Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mar 20 Avr - 14:33

83 résultats trouvés pour contemporain

Richard Millet

Tag contemporain sur Des Choses à lire 97823610

Journal, tome 3

@majeanne, j'espère que ça ne t'ennuie pas que je récupère une partie de notre échange du fil des lectures du mois ?

@Quasimodo a écrit:
@majeanne a écrit:J'ai lu deux fois "Ma vie parmi les ombres" de Millet et "La gloire des Pythre" aussi.
En revanche, l'homme ne m'étant pas vraiment sympathique je n'ai pas essayé son Journal. Tu en as pensé quoi ?

J'en ai pensé que cet écrivain qu'obsède la supposée décadence de la littérature occidentale n'est pas à la hauteur de ses prestigieux aînés (ce qui tend à valider sa théorie).
Le journal est intéressant : il s'y montre le jouet de pulsions destructrices, de haines incompressibles, de désirs qui sont une torture ; il décrit le champ littéraire et éditorial avec un dégoût communicatif (il y a dans ce versant du journal un côté Paris-Match, sauf le style) et se complaît dans une posture de victime poussée à la marginalité par le "Grand Consensus". C'est un paria volontaire dominant la mesquinerie de l'époque (dans la fiction qu'il se joue), violent dénonciateur du cosmopolitisme et misanthrope incurable. Son style de polémiste du début du siècle dernier est séduisant, mais guère plus : c'est un peu juste pour la postérité.


Il dénonce l'étroitesse morale de l'époque et la dictature du politiquement correct mais ne semble pas remarquer que la plupart de ses récriminations possèdent elle-même une assise morale. En réalité, il fait exactement ce qu'il reproche aux "tenants de l'ordre moral" : il ne tolère pas d'autre éthique que la sienne, qu'il érige en orthodoxie. Il est intransigeant pour les autres et n'est "que" sévère pour lui-même, ce qui est une drôle de manière de se ménager. Il est puéril dans ses paroxysmes, et franchement vulgaire (ce qui est à l'origine de déplaisantes dissonances dans son écriture habituellement élégante). Dans de rares passages, il déplore être sujet à de pareils emportements : il se révèle ainsi être la victime de pulsions tyranniques, ce qui certes n'excuse pas tout. En sus, il est d'une extrême fatuité touchant son office : il consigne soigneusement les flatteries qu'on lui prodigue et rapporte avec complaisance les vacheries tenues par d'autres sur les rares écrivains auquel il reconnaît du talent. Il faudrait enfin mentionner sa passion pour la musique, qui occupe une part importante de sa vie et de son journal, et qui exerce sur son écriture une influence telle qu'elle devient un obstacle à sa pensée : écrivant à l'oreille, ne se préoccupant pas d'autre chose que de faire fonctionner le langage, le monde sensible lui échappe et il n'en retient que de mesquines apparences ; sa vérité propre se dérobe et il n'exprime de lui-même que le déchet de ses amertumes.


#contemporain #creationartistique #journal #viequotidienne
par Quasimodo
le Mar 6 Avr - 21:02
 
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Sujet: Richard Millet
Réponses: 11
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Amin Maalouf

Le naufrage des civilisations

Tag contemporain sur Des Choses à lire Naufra10
Essai, 2019, 355 pages environ.

Toujours oscillant, tantôt spectateur engagé, tantôt historien, ce Naufrage claudique au gré des mouvements de barre de l'auteur, à mesure qu'il pose un pied devant l'autre en cherchant à tenir son équilibre sur le fil-ligne droite du livre.

L'écriture possède l'élégance de la clarté, elle est très soignée (très M. Maalouf, de l'Académie).

Naufrage ?
Celui de la civilisation proche-orientale (le Levant sous sa plume) jadis cosmopolite et ouverte. Celle du monde arabe ensuite, avec deux dates qu'il martèole, on sent qu'elles l'obsèdent, la guerre des six-jours et la révolution iranienne de 1979.
Celle du rêve européen enfin, sans doute couplé au rêve états-unien (le fameux american dream), enlisé dans sa frilosité, son petit pré carré et emprisonné dans ses murs érigés par le maçon finance.
Et surtout un occident prisonnier de ses peurs, peurs identitaires, peurs sécuritaires, les références orwelliennes peuplent le propos.

Tout ça pour en venir à un final eschatologique, et encore, cet essai fut écrit et publié avant la pandémie...

Bref me direz-vous peut-être, pour un essai, on n'apprend rien, ou si peu: passons outre, jetons ou ignorons ?
Cette récapitulation-balisage-mise en garde et en perspective est parfois horripilante, avec ses constants renvois dos-à-dos un rien sainte-nitouche, ce vieux truc de ne pas prendre parti pour paraître prendre de la hauteur, son absence d'issues; pour ma part je doute faire à l'avenir de fréquents retours à l'ouvrage.  


Si je me hasardais à puiser dans le vocabulaire de la biologie, je dirais que ce qui s'est passé dans le monde au cours des dernières décennies a eu pour effet de "bloquer" en nous la "sécrétion des anticorps". Les empiètements sur nos libertés nous choquent moins. Nous ne protestons que mollement. Nous avons tendance à faire confiance aux autorités protectrices; et s'il leur arrive d'exagérer, nous leur accordons des circonstances atténuantes.

 Cet engourdissement de notre esprit critique représente à mes yeux une évolution significative et fort préoccupante:

J'ai quelquefois parlé, dans ce livre, de l'engrenage dans lequel nous sommes tous entraînés en ce siècle. C'est au travers de cette idée d'un "blocage des anticorps" que l'on peut observer de près le mécanisme de l'engrenage: la montée des tensions identitaires nous cause des frayeurs légitimes, qui nous amènent à rechercher la sécurité à tout prix, pour nous-mêmes comme pour ceux que nous aimons, et à nous montrer vigilants dès que nous nous sentons menacés. De ce fait, nous sommes moins vigilants sur les abus auxquels cette attitude de vigilance permanente peut conduire; moins vigilants quand les technologies empiètent sur notre vie privée; mois vigilants quand les pouvoirs publics modifient les lois dans un sens plus autoritaire et plus expéditif; [...]


\Mots-clés : #contemporain #essai #historique #mondialisation #temoignage
par Aventin
le Dim 14 Fév - 17:21
 
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Sujet: Amin Maalouf
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Victor Jestin

Tag contemporain sur Des Choses à lire 41nhi810

La chaleur

Fin août, la canicule écrase les vacanciers. Dans ce géant camping des Landes, les ados traînent, heureux ou malheureux, draguent, bronzent. Le lapin rose se charge des enfants, les parents sont gentils mais un peu dépassés. Léonard porte son vague à l‘âme et son sentiment d’exclusion. Rien que de très banal si la première phrase du roman n’était: « Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger ».

Cela vous a par moments un petit air de l’Étranger de Camus, ces phrases qui claquent, cette chaleur comme un mirage, ce jeune homme hors des codes.
C’est une lecture assez décapante par l’écriture, la façon de regarder ce monde d’une façon décalée.
Une journée de vie ordinaire assez saisissante.


\Mots-clés : #contemporain #initiatique #mort
par topocl
le Mer 10 Fév - 13:07
 
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Antoine Choplin

Tag contemporain sur Des Choses à lire 51fcty10

Nord-Est

Depuis le temps qu’ils sont dans ces camps, que le temps d’avant s’est éloigné de plus en plus, ils sont un groupe de quatre qui décident de partir, tenter l’espoir et l’aventure, retourner dans les plaines du Nord-Est où jadis, la vie était si douce.

Gari, le meneur raisonnable, Emmet le naïf qui remonte le moral à chacun, Saul, le poète devenu mutique et Jamarr le rebelle. Des noms de héros mythologiques pour ces humbles hommes malmenés par le destin.

Des épreuves et d’heureux partages les attendent sur les plateaux et les montagnes, qui soudent la petit équipe, et chacun trouve sa place dans le quatuor, encourage, rabroue, regrette, rassure, espère…

C’est un roman d’aventure qui vaut pour le temps commun partagé - et la solitude au sein de ce partage - , le dialogue pudique et amical entre les hommes (et aussi une femme qui les rejoint), qui savent qu’ils doivent se ménager les uns les autres, pour leurs silences et leurs humeurs. Cette présence attentive à l’autre, même plus faible, m’a parfois fait penser à Des souris et des hommes.

Le texte est très dialogué, fait de phrases humbles et fraternelles. Car encore plus que le cheminement, la nature hostile ou accueillante, c’est par ces personnages subtils et attachants que le livre a tenu la lectrice dans une béatitude émerveillée.


Mots-clés : #aventure #contemporain
par topocl
le Ven 22 Jan - 17:15
 
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Sujet: Antoine Choplin
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Grégory Le Floch

De parcourir le monde et d'y rôder

Tag contemporain sur Des Choses à lire De_par10

Un entêtement, une irritabilité continuelle qui, à défaut de donner corps à ce personnage sans identité dont on lit ici le parcours, caractérise la narration et le style de Grégory Le Floch de façon beaucoup plus équivoque. Personne n'écoute ce personnage (a-t-il d'ailleurs quelque chose à dire ?) qui cherche la signification d'un objet (puis deux, puis trois...) trouvé(s) par lui : tout comme ces objets, il est vide, et donc ouvert, réceptacle. Il écoute à défaut de parler, reçoit et catalyse toutes les idées et les tensions de ce monde bizarre et violent, un monde qui est de manière assez ou trop évidente le reflet du nôtre.

Tout arrive (ou tout peut arriver) quelquefois avec un sans-gêne désopilant, la plupart du temps avec une forme de gratuité que les références à l'actualité disculpent en partie. C'est aussi pour que le roman implose, avec toutes les interprétations, sur les évènements comme sur les mystérieux objets du personnage, des hypothèses et des idées provenant uniquement de ceux que le personnage croise sur sa route. Avec tout son appareillage de notes, cet épisode du personnage consultant un site web interactif, l'analogie entre le roman et internet serait toutefois un peu facile. Peu à peu, le personnage prend forme avec ses impressions et ses émotions : son ras-le-bol, son dégoût, sa tristesse et sa nostalgie prennent le dessus. Ces petites choses restées trop longtemps dans ses mains ou dans ses poches deviennent attachantes. La langue s'en ressent, dans un souffle poétique parfois hésitant, mais en tout cas très prometteur.

Mots-clés : #absurde #contemporain #identite
par Dreep
le Jeu 5 Nov - 17:02
 
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Sujet: Grégory Le Floch
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Marcus Malte

Aires    

Tag contemporain sur Des Choses à lire Cvt_ai10

Des étudiants terriens des temps futurs s’initient aux us et coutumes de la civilisation du XXIème siècle. Ça, c’est juste l’intro et le final. C’est écrit dans une nov-langue qui, comparée à Damasio, fait un peu amateur, ça m’a un peu gonflée, mais passé le prologue ça change.

Il y a donc ensuite un roman choral, genre Lelouch croisé Houellebecq. Curieux mélange, me direz-vous ? Lelouch car nous suivons une dizaine d’individus chacun dans sa voiture, chacun sa petite vie et ses petits et gros soucis,  par petites vignettes, et ils finissent par trouver évidemment des points de rencontre à la fin. Houellebecq parce que c’est un regard très critique sur notre société, un humour grinçant, une analyse sans concessions.

Le paysage, c’est donc l’autoroute, les aires où on s’arrête, d’où le titre.
On attend une fin explosive, et si elle est acerbe, elle déçoit un peu, j’aurais attendu du plus violent, du plus dénonciateur, du plus fin du monde. Plus surprenant, surtout.

Il n’y a rien à dire, il sait écrire, Marcus Malte, se renouveler, c’est un créatif. Il sort une idée à la minute, et il sait l’exploiter.
Mais ce livre est pour moi  l’excellente démonstration qu’un grand talent ne fait pas forcément un excellent livre. Que si le génie peut peut-être se permettre n’importe quoi, le talent, lui demande un peu de modestie.
C’est brillant, inventif, astucieux, bien observé, mais, voilà, un peu trop certain de son talent, un peu trop astucieux, ça devient au fil des pages très bavard, puis très loooong, c’est d’autant plus décevant que retravaillé, ça aurait pu décoiffer.

Mots-clés : #contemporain
par topocl
le Ven 27 Mar - 14:10
 
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Sujet: Marcus Malte
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Vues: 923

Danièle Sallenave

Viol

Tag contemporain sur Des Choses à lire Bm_15610

Un livre compliqué à juger.
Le sujet doit être traité, il est important, cette histoire d'épouse narrant la découverte d'un viol au sein de sa famille et retraçant les événements, le choc, la prise de conscience, le rejet de cette idée, le rejet des accusatrices. C'est troublant, cela fait réfléchir même si la forme choisie (entretiens) laisse dubitatif, car cela appauvrit le style et il faut un certain talent pour tenir un récit uniquement sur des dialogue. Peu d'écrivains y parviennent et je pense que cet exercice fut trop périlleux pour l'auteure perdant en émotion, en capacité à transmettre de l'information.
Le poids du réalisme est cependant bien présent et les personnages représentent bien une classe populaire silencieuse en proie avec beaucoup de détresse.
Une lecture en demi-teinte que j'ai cependant appréciée.


Mots-clés : #contemporain #entretiens #temoignage #violence
par Hanta
le Sam 7 Mar - 11:08
 
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Vues: 216

Lauren Weisberger

Tag contemporain sur Des Choses à lire 61dzxv10

le Diable s'habille en Prada

Trouvé dans une boîte à livre, ayant adoré le film et Meryl Streep, qui incarne merveilleusement bien ce monstre, je me suis dit qu'il fallait que je le lise.
Je ne suis pas déçue, c'est une lecture facile, agréable, très accessible (tout comme le film), même si on ne s'y connaît pas du tout dans la mode (vive la petite sauvageonne que je suis :p ), et que ça ne nous intéresse pas Wink
On se demande jusqu'où l'horrible Miranda va aller (elle est bien plus terrible dans le livre, je ne pensais pas que c'était possible !), la fin du roman ne suit pas exactement le film, ce qui n'est pas pour me déplaire.
Malgré que ça soit une lecture facile, je trouve que c'est un vrai reflet de notre société où l'on se donne corps et âme pour notre boulot, notre patron, pour un système ... Au détriment de notre vie, de nos priorités etc. Une comédie certes, mais pas que !

Pour une lecture détente, je recommande fortement, et je lirais avec plaisir d'autres romans s'ils me tombent entre les mains.

C'est tout.



Mots-clés : #contemporain #humour #mondedutravail
par Silveradow
le Mar 11 Fév - 19:34
 
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Littérature et alpinisme

Stéphanie Bodet

Tag contemporain sur Des Choses à lire Stzoph10

Biographie: L'ouvrage À la verticale de soi étant assez autobiographique, et puis ceci n'est pas une ouverture de fil, on va juste préciser qu'elle est une grimpeuse de top niveau vivant de sa passion (enfin, ça, elle vous l'expliquera), laquelle s'allie comme un gant (ou plutôt comme un coincement dans un offwidth) au voyage et à un goût certain et affiné pour la littérature ainsi que pour l'autre, autrui en général, et enfin qu'elle forme un beau couple longévif avec Arnaud Petit.


Bibliographie:
 Stéphanie Bodet, Arnaud Petit, Parois de légende : les plus belles escalades d'Europe, Grenoble, Glénat, coll. « Montagne randonnée », 2006, 143 p.
 -  Salto Angel, Chamonix, Guérin, La Petite collection, 2008.
 -  Stéphanie Bodet, Arnaud Petit, Parois de légende, Grenoble, Glénat, Collection Montagne-évasion.
 -  À la verticale de soi, Chamonix, Éditions Paulsen, Collection Guérin, 2016,
 -  Habiter le monde, Stéphanie Bodet, Editions L'Arpenteur, 2019, 288 p.


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À la verticale de soi
Autobiographie, 300 pages environ y compris portfolios (certaines photos sont à couper le souffle).


Tag contemporain sur Des Choses à lire A_la_v10
Paru en 2016 dans la fameuse collection Guérin "couverture rouge", éditions Paulsen, déception: format semi-poche en revanche, dit Terra Nova, je préférais les grands formats de chez Guérin-Paulsen, ça faisait beau livre en plus...

Petit froncement d'arcade à l'ouverture de l'ouvrage, la préface est de l'immanquable Sylvain Tesson. Qu'on se rassure, il donne dans le sobre.
Fidèle aux codes de l'autobio en matière d'alpinisme (on n'avait aucun doute sur le fait qu'elle les connaissait et les maîtrisait ceci dit), la belle Stéphanie commence par un chapitre-choc. Audacieuse, la suite de ce chapitre est située à la fin de l'ouvrage.

Puis c'est l'enfance, l'adolescence, la jeunesse qui se déroulent comme on délove une corde, avec le grand choc de la mort subite de sa sœur toute jeunette encore.

La rencontre avec Arnaud, les années-compètes, les années-voyages.
La maison, l'installation.
Stéphanie Bodet est tout à tour espiègle, enjouée, drôle, grave, inquiète rarement, de cette intranquillité maladive, comme elle dit si bien, qui au fond la fait avancer.

Aussi, le grand point d'interrogation existentiel.
Le choix de pas d'enfants, les années noires, les pépins physiques - de qui donc est cette sentence que je profère moi-même parfois quand les circonstances autorisent de la placer:  "on n'arrive pas indemne à quarante ans ?".
 
Le besoin de faire sens, venant de quelqu'un qui ne vit pas dans sa bulle grimpante (comme on peut en croiser, eh oui).

Stéphanie Bodet a une belle sensibilité, une écriture assez fine et non dénuée de joliesse; normal elle a un CAPES de Lettres me direz-vous, mais justement non, son écriture n'est pas livrée avec les copeaux d'emballage de la fac et le ton n'est jamais universitaire. Beaucoup de clins d'œil littéraires, références et citations parsèment l'ouvrage, avec à-propos, ce n'est jamais pompeux, et puis ce sont souvent des auteurs appréciés et commentés ici-chez-nous, sur deschosesàlire...

Bien sûr ça me ravit, il manquait une plume d'une telle envergure au genre littéraire alpinisme, catégorie francophone, depuis au moins... pfftt... Pierre Mazeaud, Gaston Rébuffat même qui sait ?
Les talents littéraires de Rébuffat et Mazeaud étaient trés différents entre eux, ceux de Stéphanie Bodet procèdent d'une autre singularité encore. 

Petit extrait, peut-être pas plus illustratif du style que ça j'en conviens mais qui percute bien, de surcroît j'ai bassement élu un passage de pure escalade:
À plus de 500 mètres du sol, tous les ingrédients sont réunis pour parfaire l'aventure: mauvais temps et neige sur les prises. C'est ma petite Patagonie à moi la Fleur de Lotus [NB: le nom de la voie], c'est mon Himalaya. L'initiation tant attendue !
 Le grésil me fouette le visage. Les joues en feu et la goutte au nez, , je jubile. Beth doit penser que je suis folle à lier...Encapuchonnée, les doigts gelés, je pose un câblé dans la fissure et parviens à franchir au prix d'un jeté aléatoire le petit toit de la longueur difficile. J'aime bien cette sensation de recul sur le rocher, on s'apprête à tomber quand soudain, ça tient, on ne sait pas comment mais enfin, ça a tenu ! Un bien ancré sur un cristal, trois doigts refermés sur une petite pincette de granit et un biceps sans doute congelé qui refuse de s'ouvrir, le tour est joué, me voilà au relais.
 Au sommet, tandis que Tommy réchauffe les pieds de sa douce dans sa doudoune, le vent tombe soudain. Une éclaircie déchire le voile de brume, la neige fond en scintillantes traînées sur les parois alentour. Le lac apparaît au fond de la vallée comme une profonde échancrure dans la fourrure sans fin des forêts. L'atmosphère redevient accueillante, étrangement plate même et sans relief...
 



Cet ouvrage est susceptible de plaire à beaucoup d'entre les habitués de ce forum -une majorité, peut-être, d'entre ceux-là- en tous cas bien au-delà de ceux auxquels on l'associerait spontanément en premier, à savoir Églantine et Avadoro, lesquels, du reste, l'ont possiblement déjà lu !




Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #aventure #contemporain #sports
par Aventin
le Sam 8 Fév - 0:02
 
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Sujet: Littérature et alpinisme
Réponses: 52
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Siri Hustvedt

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Un monde flamboyant

L'avant-propos fictif constitue peut-être mon seul regret quant à ce livre, qu'il enclôt tout entier, qu'il résume quoique d'une manière toute allusive et énigmatique, et que l'on peut isoler de lui comme un chef d'œuvre de la nouvelle digne de celles de Borges. Ce texte, rédigé par l'universitaire I.V. Hess, raconte sa découverte de l'artiste Harriet Burden et de son projet artistique prométhéen à travers un article scientifique puis par le biais de ses vingt-quatre journaux intimes, qui forment une œuvre colossale, tentaculaire, érudite et d'une vitalité hors-normes. Rejetée, selon ses mots, par le milieu artistique new-yorkais pour des raisons extérieures à l'art (une femme, immense et sculpturale, d'une culture sans bornes et dépourvue des notions élémentaires du tact, autant de critères apparemment disqualifiants), elle conçoit une expérience par laquelle, ayant conquis l'accès à la reconnaissance qu'on lui refusait jusque alors, elle exhiberait et les mettrait à mal les différents préjugés de race, de genre, de préférences sexuelles et de notoriété à travers lesquels est appréhendée toute œuvre d'art. Pour cela, elle décide d'exposer trois œuvres dont la paternité est confiée à trois hommes, Anton Tish, Phineas Q. Eldridge et Rune, qui deviennent ce qu'elle appelle ses masques. Ces trois expositions deviennent donc l'œuvre d'une entité hybride, et ces masques, en tant que "personnalités poétisées" de Burden (l'idée lui vient de Kierkegaard), deviennent une composante fondamentale de l'œuvre exposée (ce que le public ignore). I.V. Hess, professeur d'esthétique dont les travaux sont proches de la pensée de Burden, décide d'écrire un livre centré sur cette expérience tripartite et sur la controverse qui l'entoure, qui est celui que le lecteur s'apprête à lire.

Au terme de ce bref avant-propos fictif, il me paraît possible au lecteur de décider de la poursuite ou de l'abandon de sa lecture.

L'une des principales singularités de cette œuvre tient à sa forme, qui amalgame et perturbe de nombreux genres littéraires et artistiques : elle tient de l'étude universitaire qui toutefois ne défend aucune thèse, de l'art du portrait - d'un portrait diffracté par la multiplicité des regards -, du roman de l'artiste (l'une des principales illustrations du roman contemporain); elle est à la fois le récit d'une controverse et l'histoire d'une famille, un roman qui s'auto-interprète sans en confisquer le sens, et pour finir, une invitation à l'analyse. Elle réunit articles savants et comptes rendus d'exposition, journaux intimes, entretiens, témoignages, et brasse des disciplines aussi diverses que l'histoire de l'art, la philosophie, la psychologie, la littérature et les neurosciences. Puisque son personnage est une artiste, Siri Hustvedt se prête elle-même à la création plastique, qui demeure en puissance puisqu'elle n'est que du texte, mais qui prend vigoureusement corps dans l'esprit du lecteur tant elle est rigoureusement et puissamment composée. De même, elle introduit ponctuellement dans son œuvre des créations littéraires extérieures (la nouvelle d'Ethan, les histoires enfantines de Fervidlie) élaborées avec le plus grand soin.

Harriet Burden est une femme tumultueuse, encyclopédique, écorchée vive, prométhéenne à tous égards : elle brûle sans se consumer, elle est la créatrice démiurge d'humanoïdes calorifères, et pour que ceux-ci puissent obtenir un permis d'existence, elle se lance dans un projet secret, interdit, séditieux, porté par elle seule contre le monde des dieux de l'art. Il s'agit d'un projet tantôt militant, tantôt revanchard (selon les témoins qui le qualifient), destiné à confondre ceux qui l'ont méconnue tout en s'élevant à leur rang. Cette expérience se déroule selon trois temps destinés à faire varier les regards sur son œuvre en changeant le masque qui en endosse la paternité. Le premier est un homme blanc, médiocre, psychologiquement fragile; le deuxième, métis et homosexuel, est une figure de la scène underground nocturne de New-York, et le troisième est un artiste célèbre, avatar moderne de Warhol, et manipulateur qui se retourne contre Burden. Ces masques, je l'ai dit, sont destinés à modifier la perception de l'œuvre par le public : ainsi sont-ils (se pensent-ils) créateurs et sont-ils œuvre; ils la créent par ce qu'ils sont et dans le même mouvement sont englobés par elle. L'œuvre comprend également tout article, tout compte rendu, tout livre qui la prend pour objet (y compris le livre que nous sommes en train de lire), en ce qu'ils révèlent le biais de perception qu'empruntent public et critiques. Par ces ajouts qu'elle appelle "proliférations", au nombre potentiellement infini, Burden crée une œuvre ouverte qui subvertit et phagocyte la critique spécialisée, prise au piège et non plus seulement prescriptive. Ainsi aboutit-on au paradoxe suivant :
J'appelle A l'ouvrage appelé Un monde flamboyant, B l'expérience de Harriet Burden. A contient B (cela tombe sous le sens), et comme on vient de le voir, B contient A. Donc A=B. Et pourtant, B contient tout ce qui s'intéresse à l'expérience y compris ce qui se trouve hors de A (mon compte rendu, par exemple). L'expérience contenue dans ce livre non seulement le contient mais est plus vaste que lui.
Inversement, les divers personnages interrogés ne peuvent s'empêcher de parler d'eux-mêmes, ce qui n'entretient de relation avec l'expérience de Burden que dans la mesure où ils expriment quelque chose de leur individualité, c'est-à-dire quelques uns des facteurs de biais dans la perception d'une œuvre d'art. Mais il s'agit également de créer des caractères complexes qui se révèlent à travers des langages propres à chacun, ce que Siri Hustvedt réussit merveilleusement. Ainsi, chaque personnage devient à l'autrice un masque qui lui permet d'exprimer dans un dialogue permanent et tourmenté avec ses autres masques ce qu'elle n'a pu dire qu'avec celui-ci (comme le faisaient Harriet Burden dans son journal, et sa maîtresse à penser, Margaret Cavendish, dans son ouvrage intitulé Le monde flamboyant, faute de trouver pour leurs joutes de partenaires suffisamment talentueux ou assez peu condescendants).
Or ces personnages ne proviennent pas tous du luxueux microcosme de l'art new-yorkais. Le personnage d'Harriet Burden relie entre eux de riches collectionneurs, des scientifiques, des clochards, des artistes millionnaires, des marginaux parmi lesquels des fous et des artistes, ainsi que l'un des personnages les plus humains qu'il m'ait été donné de connaître, celui d'une jeune voyante à moitié allumée mais parfaitement lucide. C'est ainsi que Siri Hustvedt, bien loin du "pur esprit" dans sa tour d'ivoire, élabore une véritable comédie humaine qui suppose une intime compréhension des gens. De même, c'est par honnêteté intellectuelle qu'elle multiplie les points de vue sur cette controverse dans laquelle de vrais salauds tiennent leur rôle. En réalité, et c'en est le principal moteur, c'est à la destruction des catégories et à la dissolution de toute cloison que nous assistons dans ce roman. Sexe, genre, orientation sexuelle, origine biologique et origine sociale, différence psychologique, c'est toute norme qui affecte notre perception de l'art et notre regard sur la vie que par l'art Harriet Burden, partant Siri Hustvedt, nous révèle et condamne. C'est précisément, mais au sein de l'art, à la même notion stérilisante de catégorie normative que s'attaque Siri Hustvedt, en amalgamant dans ce livre hybride la multitude des genres littéraires et artistiques que j'ai déjà évoqués et qui la font imploser.

L'universitaire I.V. Hess découvre l'existence de Harriet Burden dans une revue spécialisée, lorsque celle-ci publie un texte d'un certain Richard Brickman résumant et commentant une longue lettre que lui a envoyé l'artiste. Richard Brickman (qui n'est autre qu'un pseudonyme de Burden elle-même) parle tantôt avec admiration, tantôt avec ironie d'Harriet Burden et de ses références. Références parmi lesquelles "une obscure romancière et essayiste, Siri Hustvedt", qualifiée de "cible mouvante".
Il y a là beaucoup de chose.
Premièrement, deux niveaux d'ironie se déploient. Burden dissimulée derrière Brickman se moque d'elle-même (peut-être aussi pour provoquer la sympathie du public). Puis, ce qui est fortement problématique, Brickman qualifie Siri Hustvedt d'obscure. Tant que c'est Brickman qui le fait, cela n'étonne en rien; pas davantage si Burden l'avait fait en son nom propre; en revanche, que Burden cachée derrière Brickman distingue Siri Hustvedt parmi une foule de références en la qualifiant elle seule, entre toutes les autres, d'obscure (ce qu'au passage elle n'est pas du tout), voilà qui est hautement perturbant. Sans doute est-ce là l'extrême pointe du roman par où l'autrice, Hustvedt, affleure et se laisse deviner au travers de ses différents masques.
Enfin, l'expression "cible mouvante" fait référence aux études sur la vision aveugle et le masquage : une cible (stimulus visuel) peut être intégralement masquée par l'interférence d'autres stimuli. Ainsi, sautant de masque en masque, revêtant la personnalité et maniant la parole de ses différents personnages, Siri Hustvedt peut-elle être qualifiée de cible mouvante.
Ce qui nous fournit une chaîne extrêmement complexe : selon Brickman, Burden estime que Siri Hustvedt est une cible mouvante, et suggère qu'elle se déplace de masque en masque. Or Brickman est Burden, qui par ailleurs note l'obscurité de Siri Hustvedt d'une façon extrêmement ambiguë. Tout ceci est rapporté par I.V. Hess, qui est, comme on va le voir, presque l'anagramme de Siri Hustvedt, et qui se superpose à elle en tant que responsable du livre que nous lisons. Par l'intermédiaire de masques successifs, Siri Hustvedt nous révèle le principe même de son livre, qui est le même que celui qui dirige la grande expérience d'Harriet Burden.

À la fin du roman, j'ai soudain remarqué que les lettres composant le nom de I.V. Hess, le grand ordonnateur du recueil, se retrouvent toutes dans le nom de Siri Hustvedt. Ce n'est certainement pas une coïncidence : l'autrice semble affectionner ce genre de cryptage, et sans doute y en a-t-il d'autres que je n'ai pas remarqués. C'est alors que je me suis rendu compte que j'attribuais à I.V. Hess une identité masculine sans que le moindre indice m'y ait incliné; car en réalité, tout indice dans le roman quant à l'identité de I.V. Hess a été soigneusement gommé (dans l'avant-propos, les notes de bas de page attribuées à lui/elle, et les interview menées par lui/elle). Qu'est-ce donc qui m'a conduit à construire une figure masculine, et ce dès les premières lignes ? Voilà une question parfaitement digne de l'expérience de Harriet Burden, qui reproduite sur moi constitue une preuve de l'efficacité concrète de la littérature, et dont la réponse risque fort d'être à charge pour la société dans laquelle on se construit (en plus de remettre en question la construction elle-même).

Si ce roman m'a passionné d'emblée, c'est que les œuvres de Burden (des poupées et des maisons, sortes d'ex voto) correspondent à ce que je préfère dans l'art et qui me vient de ma mère. Lorsque je lui ai fait lire l'avant-propos fictif, elle m'a dit, un peu vexée : "c'est à moi que te fait penser l'artiste, n'est-ce pas ? mais elle est à moitié folle !"
Eh bien folle ou non, là n'est précisément pas la question. C'est un personnage fondamentalement ambigu, et d'une profonde bonté.


Mots-clés : #contemporain #creationartistique #discrimination #famille #identite #insurrection #romanchoral
par Quasimodo
le Sam 4 Jan - 18:34
 
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Sujet: Siri Hustvedt
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Don DeLillo

Les Noms  

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Le milieu des expatriés états-uniens faisant du business dans des pays "instables", essentiellement au Moyen-Orient, mais aussi en Grèce, puis en Inde.
James Axton, le narrateur, est responsable d’évaluation des risques d’enlèvements (notamment terroristes) visant à rançonner les multinationales, ceci dans un grand groupe qui propose des polices d’assurance à celles-ci. Géopolitique orientée :
« Au cœur de l’histoire. Elle est dans l’air. Les événements relient tous ces pays. »

« C’est intéressant, la façon dont les Américains préfèrent la stratégie aux principes dans toutes les occasions, et continuent cependant à se croire innocents. »

« ‒ Les peuples blancs établissaient des empires. Les gens à la peau foncée déferlaient de l’Asie centrale. »

Travers de l’expat, touriste et acheteur de tapis :
« Être un touriste, c’est échapper aux responsabilités. Les erreurs et les échecs ne vous collent pas à la peau comme ils feraient normalement. On peut se laisser glisser à travers les langues et les continents, suspendre l’opération de solide réflexion. Le tourisme est la bêtise en marche. On s’attend à ce que vous soyez bête. Le mécanisme entier du pays d’accueil est réglé en fonction de la stupidité d’action du voyageur. On circule dans un état d’hébétude, les yeux rivés sur des cartes pliantes illisibles. On ne sait pas comment parler aux gens, comment se rendre d’un endroit à un autre, ce que représente l’argent, l’heure qu’il est, ce qu’il faut manger et comment le manger. La bêtise est la norme. On peut exister à ce niveau pendant des semaines et des mois sans se faire réprimander ni subir de conséquences. »

« Investissement, disait-elle. Comme il devenait malaisé de se les procurer, leur valeur ne pouvait qu’augmenter, et ils achetaient tout ce qu’ils pouvaient. La guerre, la révolution, les soulèvements ethniques. Valeur future, bénéfices futurs. Et en attendant, regardez comme ils sont ravissants. »

Aussi une réflexion sur le voyage aérien, l'archéologie, le divorce, le cinéma.
« Il y a le temps, et il y a le temps cinématographique. »

Et surtout une investigation sur une secte énigmatique, qui immole des victimes selon un rapport aux langues/ alphabets anciens, et leurs noms en correspondance avec les lieux.
« ‒ Le mot grec puxos. Arbre-boîte. Cela suggère le bois, bien sûr, et il est intéressant que le mot book anglais remonte au boek moyen hollandais, ou bouleau, et au boko germanique, bâton de bouleau sur lequel étaient gravées des runes. Qu’avons-nous donc ? Book, box, livre, boîte, symboles alphabétiques creusés dans le bois. Le manche en bois de hache ou de couteau sur lequel était gravé le nom de son possesseur en lettres runiques. »

« Le désert est une solution. Simple, inévitable. C’est comme une solution mathématique appliquée aux affaires de la planète. Les océans sont le subconscient du monde. Les déserts sont la prise de conscience, la solution claire et simple. […]
L’intention de sens ne compte pas. Le mot lui-même compte, et rien d’autre. […]
C’est le génie de l’alphabet. Simple, inévitable. Rien d’étonnant à ce qu’il soit apparu dans le désert. »

D’après la confession finale, le culte des tueurs pourrait être une sorte d’allégorie de la fascination morbide des Occidentaux pour un certain fanatisme occulte et meurtrier, venu de leur passé (les prêcheurs dans le cas du narrateur).
Le style adopté par DeLillo peut sembler inclure des longueurs, mais vaut notamment par d'adroits fondus enchaînés.

« De son côté, Control Risks, qui se définit aussi comme "une société de conseil mondial spécialisé dans le risque et qui aide les organisations à réussir dans un monde instable", s'intéresse beaucoup à l'Afrique. Son site propose un "index risque-rendement" pour le continent et consacre un chapitre au "paysage de l'enlèvement contre rançon, et de l'extortion" en Afrique du Sud. »

https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/guinee-equatoriale/passage-en-revue-des-mercenaires-chiens-de-guerre-et-autres-societes-militaires-privees-presents-en-afrique_3749699.html du 20 décembre 2019

Mots-clés : #contemporain #mondialisation #religion #spiritualité #terrorisme #xxesiecle
par Tristram
le Ven 20 Déc - 20:56
 
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Sujet: Don DeLillo
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Jim Harrison

Péchés capitaux

Tag contemporain sur Des Choses à lire Pzochz10


Je m’étais réservé la lecture gourmande du dernier roman de Jim Harrison ‒ et je l’ai savouré !
C’est (encore) l’histoire d’un sexagénaire, ici un inspecteur de police retraité et d’origine prolétaire, Sunderson, qui a beaucoup des traits communs avec l’auteur (c'est-à-dire la plupart des péchés capitaux, The Big Seven du titre original ‒ pour mémoire « l’orgueil, l’avarice, l’envie, la luxure, la gourmandise, la colère et la paresse »). Le titre vient d’un sermon qui marqua le jeune garçon alors fiévreux ; il ramentoit les Sept obsessions dans En marge. On reconnaît aussi Sunderson parce qu’il fut l’enquêteur de Grand Maître. Et le personnage s’adonne toujours à la pêche à la truite, à l’alcoolisme, à la fascination des corps de (jeunes) femmes.
« Il aurait dû se sentir coupable, il le savait, mais c’était rarement le cas. »

En fait, Sunderson culpabilise beaucoup (souvent à raison). Il est constamment rongé par l’échec de son mariage avec Diane (qu’il s’impute à juste titre).
« Il se dit qu’un monde sans voitures serait merveilleux. Un retour aux chevaux lui sembla une bonne idée. Sunderson était un luddite invétéré, un Don Quichotte rêvant d’un monde qu’il ne verrait jamais. »

(Le luddisme est une révolte d’artisans anglais au début du XIXe siècle, "briseurs des machines" de la révolution industrielle prenant son expansion.)

Un peu cassé par diverses mésaventures et autres échecs personnels, Sunderson s’installe dans un bungalow retiré du Nord Michigan, pas très éloigné de Marquette et proche de cours d’eau poissonneux ; mais il a pour voisins la famille Ames, ivrognes, méchants, fous à des degrés divers, hors-la-loi qui accumulent sans scrupule les crimes les plus crapuleux, tels que viols et meurtres. Ils sont présentés comme des « déchets humains » à cause de leur « sang vicié », et c’est l’occasion pour Jim Harrison de (faire) débattre sur l’opposition nature-culture, ici fondue dans la perspective historique de la violence intrinsèque de cette Amérique du Nord. La violence, « le huitième péché » sur lequel Sunderson va vouloir écrire un essai (on découvre plusieurs versions de la première page, laborieusement élaborée ; pour se trouver un style, il recopie des extraits de Le bois de la nuit de Djuna Barnes et de l’Ada de Nabokov).
« La violence est une tradition ancestrale en Amérique, dit Lemuel. À l’école, les livres d’histoire ne parlent pas des milliers de lynchages ni de cette habitude de tirer vers le sol dans les tipis pour tuer les femmes et les enfants indiens pendant leur sommeil. Beaucoup de journaux ont proclamé qu’il fallait exterminer tous les Indiens, comme la presse nazie dans les années trente avec les Juifs. »

D’ailleurs le roman est d’une grande actualité ; figurent notamment les détournements de mineures, les femmes battues, sans omettre les sévices sur enfants et l’inceste.
Sunderson, sans doute par déformation professionnelle, est sujet à des prémonitions alarmantes ‒ et rapidement les empoisonnements s’enchaînent chez les Ames.
Il sympathise cependant avec Lemuel, un Ames moins dégénéré, plus civilisé (il est passionné par les oiseaux), comme quelques enfants et jeunes filles ; Lemuel lui fait lire au fur et à mesure de sa rédaction son roman policier.
Scoop:
Ce texte place en abyme sa confession criminelle.

La place du sexe est importante (peut-être trop) :
« Je crois que l’instinct sexuel est profondément ancré, enfoui, encodé au fond de nous, et qu’il nous pousse à nous ridiculiser. […] Il faut de toute évidence peupler le monde, si bien que la nature nous a fait don de ces pulsions à peine contrôlables, qui se manifestent tôt et continuent jusqu’à un âge avancé. »

« On dit volontiers "Tout est dans la tête", mais ce serait où sinon ? Dans la rue ? »

Grâce à l’ami de Sunderson, Marion, un Indien, la question des peuples autochtones est aussi évoquée.
« Aucun épisode de l’histoire américaine n’était plus méprisable que notre traque meurtrière de Chef Joseph et de son peuple, sinon peut-être la guerre du Vietnam. »

« Heureusement pour notre société, presque aucun de nous ne connaît notre histoire. Sinon, les réjouissances du 4 Juillet seraient interdites. »

La fascination pour l’eau de Sunderson (et Harrison), pêcheur et pécheur, transparaît souvent.
« …] le grand mystère de son existence : l’eau en mouvement. »

« Il remarqua qu’il était très difficile de penser à soi quand on regardait un fleuve. En fait, c’était impossible. Un fleuve submergeait vos sens, du moins Sunderson en avait-il toujours eu le sentiment depuis l’enfance. »

Harrison nous promène aussi beaucoup géographiquement (USA, Mexique, Paris, Espagne), influence autobiographique de ses voyages (et observations) personnels.
Et, comme toujours chez lui, des remarques originales parsèment sa prose.
« Sunderson se dit qu’en général nous connaissons très mal les gens, mais qu’il était peut-être mieux que chacun de nous reste essentiellement un mystère pour autrui. »

« Toute la culture américaine incitait chacun à aimer quelqu’un ou quelque chose, une équipe de football ou de base-ball, une fille, une femme, un homme. Cette injonction était aberrante. »

« Il se rappela que l’Espagne avait assassiné son grand poète, Federico García Lorca. Pourquoi ? Comme s’il y avait jamais eu une bonne raison de tuer un poète. »

« En fait, comme la plupart des hommes, il vivait sa vie morceau par morceau et s’en souvenait par fragments. »

« Selon cet auteur, le vrai facteur émotionnel qui déprimait l’alcoolique était l’absolue domination chez lui de son égocentrisme. L’individu qui buvait était le centre fondamental de son propre univers, ses perceptions échouaient à atteindre le monde extérieur et demeuraient entièrement teintées par cet ego démesuré. »

Outre l'aspect roman noir, un peu prétexte, s’entrecroisent densément de nombreux fils narratifs, comme la littérature, les péchés capitaux qui obsèdent Sunderson, etc. ; Harrison reprend ses thèmes habituels dans un brassage toujours original.
(Ce livre m’a paru moins bien traduit que les précédents.)

Mots-clés : #contemporain #fratrie #polar #relationdecouple #sexualité #vengeance #vieillesse #violence
par Tristram
le Dim 1 Déc - 23:46
 
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Sujet: Jim Harrison
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Paul Auster

Sunset Park

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Pendant la crise financière américaine de 2008, Miles Heller, vingt-huit ans, travaille en Floride à l’enlèvement des rebuts dans les maisons abandonnées par leurs propriétaires ruinés.
« Dans un monde en train de s’écrouler, un monde de ruine économique et de misère implacable toujours plus étendue, l’enlèvement des rebuts est l’une des rares activités en plein essor dans cette région. »

Il héberge et soutient sa petite amie étudiante, Pilar, qui n’a que dix-sept ans… Un chantage particulièrement odieux le fera fuir, et retourner à New York.
Il m’a semblé percevoir une condamnation par l’auteur du diktat judiciaire qui occasionne une chasse abusive au "détourneur de mineure".
Le « narrateur omniscient » nous a aussi appris que Miles se sent coupable, objectivement ou pas, de la mort accidentelle de son demi-frère Bobby ; après cet accident et sept ans plus tôt, il a surpris une conversation entre son père et sa belle-mère (mariés après la fuite de sa mère alors qu’il avait six mois) lui reprochant son attitude devenue distante, et d’avoir renoncé au base-ball. Miles abandonna alors études et parents, ainsi que toute perspective ou projet pour sa propre existence.
Avec le personnage de la mère, Mary-Lee, abandonnant mari et bébé afin de poursuivre sa carrière d’actrice, on n’est pas non plus dans le propos mainstream politi-correct ; quant aux conséquences désastreuses :
« …] que sa mère n’avait absolument pas voulu de lui, que sa naissance était une erreur, qu’il n’y avait aucune raison défendable pour justifier son existence. »

Le père, Morris, un éditeur indépendant new-yorkais, est présenté comme quelqu’un de cultivé, sympathique, qui lutte pour sauver sa petite maison d’édition, préserver son couple en difficulté, et retrouver son fils.
« …] le fond de l’affaire était le suivant : ils s’aimaient mais n’arrivaient pas à s’entendre. »

« …] son père se démenait pour publier des livres valables dans un monde de produits éphémères, aussi inconsistants qu’à la mode. »

Le taciturne Miles rejoint le squat de son ami Bing Nathan, une maison délabrée de Brooklyn ‒ dans le quartier de Sunset Park ‒ où ce dernier, rebelle, percussionniste de jazz et tenancier de l’Hôpital des Objets Cassés (réparation d’appareils d’une époque révolue ‒ « machines à écrire mécaniques, stylos à encre », etc., et encadrement de tableaux), vit avec deux jeunes femmes. Il est contre…
« la croyance dominante qui veut que les nouvelles technologies modifient la conscience humaine. »

« …] et tout ce qui t’arrive depuis l’instant de ta naissance jusqu’à l’instant de ta mort, chaque émotion qui surgit en toi, chaque bouffée de colère, chaque montée de désir, chaque crise de larmes, chaque éclat de rire, tout ce que tu éprouveras un jour au cours de ta vie a également été ressenti par tous ceux qui sont venus avant toi, que tu sois un homme des cavernes ou un astronaute, que tu vives dans le désert de Gobi ou à l’intérieur du cercle arctique. »

« C’est le chevalier de l’indignation, le champion du mécontentement, le pourfendeur militant de la vie contemporaine, et il rêve de forger une réalité nouvelle sur les ruines d’un monde qui a échoué. Contrairement à la plupart des dissidents de son espèce, il ne croit pas à l’action politique. Il n’adhère à aucun mouvement, à aucun parti, il n’a jamais pris la parole en public et n’a aucun désir de conduire dans les rues des hordes en colère qui mettront le feu à des bâtiments et renverseront des gouvernements. Sa position est purement personnelle, mais s’il mène sa vie selon le principe qu’il s’est fixé, il est certain que d’autres suivront son exemple. »

« Dans une culture du jetable engendrée par la cupidité de sociétés commerciales mues par la recherche du profit, le paysage global est de plus en plus miteux, de plus en plus aliénant, de plus en plus vide de sens et de dessein unificateur. »

(Comme Simla, j’ai trouvé marquant par ce qu’il est dit de lui et de ses idées.)
Mais voici les "colocs" (sans loyer) : Alice est une thésarde et Ellen, qui a avorté et manqué un suicide, en proie aux « fantasmes hystériques » d’un désir sexuel exacerbé par le manque, tente de redonner un sens à sa vie en dessinant « l’étrangeté d’être en vie ». Toutes deux ont aussi un petit boulot partiel alimentaire.
« Elle [Ellen] ne veut pas en finir avec la vie afin de continuer à vivre. »

Les vétérans de la Seconde Guerre mondiale sont mis en parallèle avec les blessés de la société actuelle, et notamment des artistes :
« …] pas exactement des êtres humains ratés, mais pas non plus des réussites. Des âmes amochées. Des blessés qui marchent, qui s’ouvrent les veines et saignent en public. »

Plusieurs personnages gravitent autour de l’écriture, ce qui est l’occasion de la sorte de mise en abîme suivante :
« Telle est l’idée avec laquelle il joue, dit Renzo, celle d’écrire un essai sur les choses qui ne se produisent pas, sur les vies non vécues, les guerres qui n’ont pas été livrées, sur ce monde d’ombre qui s’étend parallèlement au monde que nous prenons pour le monde réel, le non-dit et le non-fait, le non-remémoré. Un terrain hasardeux, peut-être, mais qui vaudrait peut-être la peine d’être exploré. »

Auster passe d’un personnage à l’autre en leur consacrant à chaque fois un chapitre ou plus, et l’action se déroule simultanément.
Le point de vue du narrateur semble progressivement devenir celui de Morris (cet homme vieillissant est peut-être un alter ego de l’auteur), et Mary-Lee n’est bientôt plus présentée uniquement comme égocentrique, « capricieuse et incompétente », mais comme une vraie actrice (elle joue Becket au théâtre), qui regrette sincèrement son ratage de mère. Peut-être la perspective change-t-elle avec les personnages, mais ce n’est pas net.
Paul Auster a donc repris une fois de plus le thème des destinées hasardeuses :
« Ce n’est donc rien qu’un coup de dés de plus, rien qu’un numéro de loterie tiré de l’urne en métal noir, un hasard extraordinaire dans un monde de hasards extraordinaires et de désordre sans fin. »

J’ai regretté qu’il ait cédé à sa facilité enthousiaste pour prendre ses exemples de destinées extraordinaires dans les obscures et fastidieuses biographies de joueurs de base-ball.
Un des mérites du livre est de montrer clairement la précarité, les logements inaccessibles et les salaires qui ne permettent pas de vivre correctement pour ceux qui ont la chance d’avoir un travail, phénomènes qu’on observe dorénavant chez nous.
D’une manière prémonitoire,
« …] le point important de tout cela, écrivait le jeune Miles, c’est que les blessures sont une partie essentielle de la vie, et tant qu’on n’est pas blessé d’une façon ou d’une autre, on ne peut pas devenir un homme. »

Au début, j’étais persuadé de tenir un excellent roman, mais à la fin je me demande si l’élan de l’auteur ne s’est pas un peu dilué en route ; reste en tout cas une belle histoire (triste).

Mots-clés : #contemporain #social
par Tristram
le Mer 23 Oct - 21:06
 
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Sujet: Paul Auster
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Pascal Quignard

Pour vous asticoter je vais faire mes poubelles pour en ressortir une lecture qui date un peu mais laisse de sacrés clichés dans mon esprit :

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L'Occupation américaine

à Meung. petit bled du Loiret, où François Villion a été jeté au cachot, où Jeanne d'Arc a pris le pont en 1429 et je ne sais déjà plus quoi (et Alain Corneau, qui a fait un film de ce bouquin aussi)... et qui a l'air mieux que ce qu'en dit ce livre de Meung (d'autres en parle pour la station de service de l'autoroute), bref à Meung dans les années 50 Patrick et Marie-Josée grandissent ensemble, puis l'adolescence, à côté d'une base américaine qui tranche tellement avec le monde français d'alors que ça fait rêver. et le jazz qui rend vivant, et...

et c'est Pascal Quignard qui est aux manettes. premier avertissement : si vous le trouvez parfois un peu dégueulasse voire vaguement pervers, cette fois vous serez servis. entre les tripotages plus ou moins jeunes et cette complaisance dans un semblant d'ordure et un auguste bonheur dans l'abject, tout y est. deuxième avertissement : le reste aussi, ce qui ressemble à du mauvais esprit, de fausses grandes phrases pourtant petites débitées avec une régularité sidérantes, des réflexions qui n'en sont pas et ne veulent pas en être, une sereine misanthropie, misogynie...

dès le début il annonce la couleur :

Quand cesse la guerre ? L'Orléanais fut occupé par les Celtes, par les Germains, par les Romains et leurs douze dieux durant cinq siècles, par les Vandales, par les Alains, par les Francs, par les Normands, par les Anglais, par les Allemands, par les Américains. Dans le regard de la femme, dans les poings que tendent les frères, dans la voix du père qui gronde, dans chacun des liens sociaux, quelque chose d'ennemi se tient toujours.


Wahou, collection historique exposée, exposition avant l'histoire, d'abord. Elle est pour lui la collection. Les autres, à cause de lui et pas que de l'histoire : c'est immonde. Presque exclusivement immonde.

L'occupation américaine. nos deux jeunes fascinés par se monde nouveau et exaltant font les poubelles de la base, avant de pouvoir passer à la mode, aux cigarettes, à la musique. Le monde de chrome et de plastique, d'images abrutissantes de paraitre, de rejet, de méchanceté, de racisme... (très original pour parler des usa dans les années 90). L'auteur qui nous cause grec et latin volontiers en se faisant un plaisir d'oublier (avec les éditeurs) les abrutis qui n'ont pas suivis les cours ou pas assez ou pas assez longtemps, s'adonne cette fois à la traduction de dialogues en anglo-américain très sommaire, démontrant par là la pauvreté du dialecte. Effet de mauvaise fois et de mauvais esprit pense-je.

"I'll never eat that." (Trudy Wadd déclara à Patrick Carrion qu'elle ne mangerait jamais cela.)

"That swimsuit makes your balls stick out. It's disgusting!" dit Trudy en riant. (Ton maillot te colle aux parties. C'est répugnant!)

Le monde communiste est vite emballé dans le même sac d'images, mais loin, très loin. De Gaulle avec. c'est un des faux prétextes du livre, le truc quignardien de faire semblant de raconter quelque chose en s'en contrefoutant royalement (la politique ça ne vaut pas les gamins ou les ados qui se tripotent).

Marie-Josée est amoureuse de Patrick et c'est plutôt réciproque mais la relation est pourrie, morbide et plus si affinités (voir la fin du bouquin et le bilan "nostalgique" de Patrick). Marie-Josée véhicule la mort. Les deux personnages sont tentés par un romantisme rebelle déchirant mais de pacotille, influencés par Rydell (encore un super jeu sur le nom du personnage ?) leur camarade rebelle, drogué, musicien, génial du moins à leurs yeux (et double homo-auto-érotique de l'auteur ?). D'ailleurs il est dégouté par beaucoup de choses et s'en fout un peu des autres, à part le dégoût.

Et encore le temps qui n'en est pas un avec drame intersidéral et sidérant en trois jours, les phrases qui énervent (un remontage de fleuve dans le sens du courant c'est exquis) et la musique qui passe cette fois par un jazz sauvage et les percussions, ce qui encore est un rapport un peu faux car l'ombre du père et d'un certain conservatisme (et le père Montret qui n'aime pas les téléphones), choyés par ailleurs dans ce récit : la langue, certains états des choses, ont aussi avec eux la musique classique. Et que Patrick le héros paumé de cette histoire n'implique pas forcément l'adhésion à son personnage.

un extrait qui me semble pouvoir être révélateur, c'est Rydell qui cause :

"Voilà l'âpre mesquinerie constante qui s'avance, ajoutait-il en chuchotant, où le langage parle à vide sans renvoyer à rien de concret ni à rien de social. Mais ne t'inquiète pas, P.C. : c'est une politique de marchands qui se court-circuitent eux-mêmes. Politiques, prêtres, marchands, généraux, usurpateurs ! s'écriait-il. La société va prendre acte que vous êtes hors jeu. La désillusion a atteint un point de non-retour. Profiteurs vous êtes nus. Grands abuseurs, nous sommes désabusés." Il allumait un joint et expliquait : "Nous ne vous avons pas délégué notre puissance pour que vous nous en priviez. Ce que vous nous avez arraché, nous vous le retirons. De toute façon le pouvoir n'est jamais en vous : il n'est que déposé en vous. Il n'est même plus besoin de vous décapiter si ce n'était le plaisir !". Il s'exaltait : "Il ne faut pas de protection sociale ni de chaine nationale mais des Bastille en feu. Il ne faut pas de fonctionnaire d'éducation ni de service militaire obligatoire mais des révoltes à l'instar des Algériens écœurés qu'ils nous commandent d'éliminer. Il va falloir renouveler la guerre aux tyrans qu'avait déclarée la Révolution française, la guerre totale à tout porte-parole, la guerre aux chefs. La politique ne fait que pomper du sang, parfois de la monnaie : depuis l'aube du monde il ne produit rien. Dans le meilleur des cas : le cauchemar. L'insoumission doit être totale et la sécession absolue, inextinguible, c'est à dire secrète. La désobéissance ne peut en aucun cas être spectaculaire. Même ce langage, il ne faut le tenir que du bout des lèvres. Il faut se cacher comme des taupes et errer sous la terre, sous les cités comme sous les déserts. Se dissimuler comme des voleurs.


véritable autoportrait de Rydell/Quignard (auteur de ce livre) dans cette dénonciation de ce qu'il rejette ? et un rapport au lecteur à lire en creux absolu (éventuellement pour lui trouver un sens plausible), une lecture sadomasochiste ? le faible pouvoir du livre ne le justifierai de toute façon pas, je crois. D'autant qu'il est toujours très loin de l'ampleur des escaliers de Chambord par exemple.

On ne peut qu'être saisi de malaise, par un sentiment de dégout devant cette espèce de mégalomanie, malade, d'épicerie de village... la sensation d'un mépris quel qu'il soit, suivant lectures et interprétations on peut trouver plusieurs possibilités, un autisme provocant. Et puis je ne sus pas à l'aise avec les réflexions ou réflexions apparentes (dans l'extrait proposé, j'ose croire qu'il ne parle pas vraiment politique) pour le plaisir de jongler avec des images, en rejetant certaines considérations, certains facteurs historiques et autres, en restreignant soigneusement le spectre de l'étude.

On peut ranger le livre dans les lectures désagréables.


Mots-clés : #contemporain #enfance #initiatique #jeunesse
par animal
le Mar 1 Oct - 21:01
 
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Sujet: Pascal Quignard
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Yann Moix

Yann Moix
1968 - (2019 si ça continue!)

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Une tête à claque parait-il?

Yann Moix, né le 31 mars 1968 à Nevers (Nièvre), est un écrivain et réalisateur français, également chroniqueur à la télévision et dans la presse.

Il obtient le prix Goncourt du premier roman pour Jubilations vers le ciel en 1996, puis le prix Renaudot pour Naissance en 2013. Son premier long-métrage, Podium, adapté de son propre roman, remporte un important succès en 2004.


Bibliographie :

1996 : Jubilations vers le ciel, Grasset, prix Goncourt du premier roman et prix François-Mauriac
1997 : Les cimetières sont des champs de fleurs, Grasset
2000 : Anissa Corto, Grasset
2002 : Podium, Grasset
2004 : Transfusion (recueil de poèmes), Grasset
2004 : Partouz, Grasset
2006 : Panthéon, Grasset
2007 : Apprenti-juif
2008 : Mort et vie d'Edith Stein, Grasset
2009 : Cinquante ans dans la peau de Michael Jackson, Grasset
2010 : La Meute, Grasset
2013 : Naissance, Grasset, prix Renaudot
2015 : Une simple lettre d'amour, Grasset
2017 : Terreur, Grasset
2018 : Dehors. Lettre ouverte au Président de la République, Grasset
2019 : Rompre, Grasset
2019 : Orléans, Grasset



Yann Moix est un écrivain, un bon.

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CINQUANTE ANS DANS LA PEAU DE MICHAEL JACKSON

J'ai adoré ce petit livre... pour les fans de MJ et les autres...


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NAISSANCE
J'ai commencé ce livre pavé et j'ai tellement aimé que j'en ai arrêté la lecture car je n'avais pas assez de temps à ce moment-là pour en profiter pleinement, il est dans ma liste des livres à reprendre....


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ORLEANS

Je suis confuse et j'attends votre avis.

D'un côté, Orléans ne mérite pas le Goncourt. Le thème d'abord, l'enfance maltraitée... Edouard Louis bis. (Ne me croyez pas insensible, je lis à présent Un pédigree de Modiano et la vie de ce petit Patrick m'émeut aux larmes). Les détails du récit, bof. La structure du livre, intérieur, extérieur, impression de répétition.  Le style d'écriture, trop travaillé, vocabulaire trop recherché. Aux paragraphes de fin, on se demande comment il va conclure. Il ne finit pas, impression que les dernières pages ont été coupées au montage.

D'un autre côté, Moix est un génie. Ce n'est pas moi (ni Moix d'ailleurs) qui le dit , c'est son père! Celui-ci nous informe même que Yann a été testé étant petit. Sachant cela, on se dit qu'effectivement! Non, serait-ce possible? L'idée (saugrenue?) me vient que Moix a écrit un roman, oserai-je, un roman de science-fiction. Et il s'amuse aujourd'hui de sa réception comme d'un récit par notre société anesthésiée, people, hypermédiatisée (tous les chroniqueurs du Masque et la plume ont sorti leur mouchoir, personne n'émettant des doutes sur les détails exagérés des harcèlements...). Le deuxième élément de science-fiction: Moix, comme nous tous, vit dans la littérature et imagine que ses écrivains fétiches (Gide et Peguy) sont avec lui depuis toujours, dès l'enfance. C'est cet élément du livre qui, pour moi en fait l'originalité, et peut-être un bon candidat pour le Goncourt, finalement...

PS; "Orléans", le dernier livre de Yann Moix, n'a pas été retenu dans la liste du prix Goncourt 2019.


Mots-clés : #contemporain #enfance #violence
par Plume
le Mer 4 Sep - 14:55
 
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Sujet: Yann Moix
Réponses: 4
Vues: 371

Emmanuel Deraps

Failure (2019) :

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Le dernier recueil d’Emmanuel Deraps, Failure, m’a beaucoup plu à la lecture. On peut parler du ratage qu’il érige en absolu, mais c’est surtout cher à «l’art de la défaite» esquissé par Hubert Aquin. Dans des descriptions qui ne manquent pas d’à-propos, le poète se place dans la lignée des devanciers de Doctorak go :

26 juillet 2016 - montréal

cartographiant l’île noire de mémoire
j’en perds quelques bouts                      je sais
                  le cœur d’un été de vin volé
                  et de terrasses abattues
sous le poids des lancements par habitude
j’en oublie comment même me rapailler
entre les micros-ouverts et le choc
des pintes levées
à ce qui nous consume

une fin
en taxi                          en tour de ville
à un de plus que le nombre de sièges
serrés tight jusqu’à l’abandon
sous les averses neigeuses de juillet
personne ne nous avait dit qu’on jouait
dans la nuit de ses quarante ans
il avait tout fait                               pour tuer
le temps
mathieu et ses manigances
        comme pour se fêter en cachette
        ou nous faire une surprise
nous avait dit aimer
habiter
                                     la vingtaine des autres
Extrait, p. 27


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Mots-clés : #contemporain #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Mar 27 Aoû - 9:34
 
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Sujet: Emmanuel Deraps
Réponses: 6
Vues: 528

Hubert Mingarelli

La terre invisible


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Excellent roman. L'histoire d'un homme, photographe à la fin de la seconde guerre mondiale qui décide d'organiser un périple dans l'Allemagne vaincue afin de photographier les petites gens qui ont survécu.
Accompagné par un soldat novice leur voyage les conduira dans une quête existentielle.
Comme d'habitude Mingarelli se sert du thème de la guerre pour proposer un cheminement philosophique personnel ; la recherche de sens, la volonté de comprendre, l'importance des questions plus que des réponses et ce talent pour s'interroger en éludant la venue de réponses.
L'auteur se sert ici d'une belle image, celle du photographe hanté par un souvenir et en en créant de nouveaux par le biais de ses photos. Capter les scènes de vie pour oublier celles des morts, rendre tangible un vécu pour faire disparaître les catastrophes désormais vaporeuses. Une sorte de Don Quichotte aussi tant sa quête de sens est vaine et tant son Sancho Panza est aussi perdu que lui.
C'est bien écrit, le risque eut été d'en faire trop. Or la difficulté du sujet exigeait un style délicat, tendre. Et Mingarelli sait très bien le faire.

Un très bon roman.


Mots-clés : #contemporain #deuxiemeguerre
par Hanta
le Dim 11 Aoû - 10:09
 
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Sujet: Hubert Mingarelli
Réponses: 41
Vues: 1801

Eric Plamondon

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Hongrie-Hollywood express


Originale : Français, 2013

CONTENU
présentation (en grande partie) a écrit:Dans ce premier tome de la trilogie 1984 que l’auteur compte comme une année charnière (personnelle?), un certain Gabriel Rivages (Alter-Ego de l’auteur) raconte le siècle et la vie du petit Janos Weissmueller devenu Tarzan au cinéma. Et c'est tout le patchwork américain qui s’anime, des exploits sportifs qui font rêver la planète tout entière aux soubresauts de l'underground littéraire, des gloires de Hollywood aux déclins obscurs. Burroughs vend des taille-crayons, Al Capone domine Chicago, Albert Einstein croise un chasseur d'écureuils, le record du monde du 100 mètres nage libre passe sous la minute, un comptable véreux s enfuit avec la caisse et un mythe vivant finit placier dans un restaurant de Las Vegas.

De Montréal aux îles Bikini, Éric Plamondon nous promène avec finesse et jubilation dans l'histoire culturelle de la grande Amérique.


REMARQUES :
Et cette promenade il le fait par ces touches « mosaïques » d’à peine une page, en 90 chapitres en total. Style Plamondon ! On saute de bribes de la vie de Janos Weissmueller de la Hongrie et son arrivée à l’âge d’un an à Ellis Island, à la découverte de la nage à Chicago, puis ses exploits aux Jeux Olympiques de Paris et Amsterdam en 1924 et 1928. Avant qu’il ne devienne la vedette la mieux payée de Hollywood, en jouant le rôle de Tarzan dans une dizaine de films. Mais cette montée vertigineuse sera accompagnée, suivie par une descente pareillement vertigineuse… jusqu’au quasi-oubli dans une mort au Mexique.

Mais ce qui est esquissé ici d’une façon chronologique, Plamondon le raconte parfois en revenant sur ses pas ou en anticipant et il fait intercaler par des bribes d’autres histoires, rendant compte de la vie d’autres personnes, voir même de narrateurs « Je » le temps d’un chapitre. Entre autre alors Gabriel Rivages.

Cela est intelligent et aéré à la fois. Juste que peut-être il y a de ces mini-chapitres qu’on arrive pas à placer ? Ou moins moi. Mais cela ne change pas le plaisir en général et aussi d’un coté l’admiration devant un prodige de la natation et son exploitation, sa chute… Hollywood !

Mots-clés : #biographie #contemporain #portrait
par tom léo
le Dim 28 Juil - 18:38
 
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Sujet: Eric Plamondon
Réponses: 34
Vues: 2297

William Trevor

Le silence du jardin :
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Un manoir perdu dans une petite île au large des côtes de l'Irlande, au début des années trente, où de braves gens comme vous et moi se contentent de mener leur vie...c'est-à-dire la ratent de belle façon.
Ils sont protestants mais font bon ménage avec les catholiques du cru - ce qui n'empêche pas les préjugés et la solide bêtise d'être équitablement répartis entre les uns et les autres. Ce qui n'empêche pas non plus qu'on s'aime, qu'on souffre, qu'on regrette, qu'on espère... et que l'on s'assassine gentiment dans les coins. On marie une jeune fille qui n'est plus très jeune... On fornique en cachette en s'imaginant que l'honneur est sauf...On rêve à des amours impossibles...On fait des enfants...On meurt : tout cela dans le désordre, qui reste la grande loi de la vie. Chronique impitoyable - et tendre, pourtant - d'une grande famille sur le déclin, Le Silence du jardin n'est pas sans évoquer le climat des derniers films de James Ivory : dérision et compassion.
L'Irlande en plus : ses rhododendrons sauvages ; ses bourgs fouettés par le vent, où l'on compte trente-sept pubs pour deux mille habitants ; sa religiosité manique ; sa bière brune qui laisse un goût amer dans la bouche ; sa folie furieuse ; sa poésie si douce... En prime, l'art diabolique de Trevor qui laisse filer son récit au gré des rencontres, apprivoise tous les points de vue, partage tous les délires sans les juger...
et s'offre le luxe de nous mener par le bout du nez jusqu'à la dernière page, distillant son poison avec un art que n'aurait pas désavoué le regretté Alfred Hitchcock.

Présentation de l'éditeur.

Lecture choisie pour continuer au gré des jardins : celui-là est en Irlande. Celle des années 1930 à 1960 et c'est l'histoire de l'existence de plusieurs membres d'une même famille et de leurs domestiques. Egalement l'histoire d'une demeure et de ses jardins...
Mais dont on ne peut raconter grand chose au risque de dévoiler tout l'intérêt du récit.

Les personnages sont attachants pour certains, détestables pour d'autres et la voix de plusieurs opinions nous raconte le quotidien de cette petite communauté.
C'est une lecture mélancolique qui nous parle d'êtres qui cherchent la façon de vivre une existence au plus près de leurs motivations, au plus près de leurs espérances.

Il y a toujours une certaine nostalgie dans les récits de William Trevor peuplés d'êtres parfois bien désemparés.

Ce n'est pas mon roman préféré de cet écrivain, mais c'est , cependant, un merveilleux moment de lecture.


Mots-clés : {#}contemporain{/#} {#}viequotidienne{/#}
par Invité
le Sam 6 Juil - 18:30
 
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Sujet: William Trevor
Réponses: 2
Vues: 434

Nuala O'Faolain

Best Love Rosie

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La cinquantaine passée, Rosie qui a parcouru le monde pour son travail décide de quitter celui-ci et de revenir vivre en Irlande auprès de sa tante Min qui l'a élevée.

Les deux femmes n'ont pas eu la même existence, n'ont pas les mêmes idées, et le retour de Rosie s'accompagne pour celle-ci d'une multitude de questions concernant sa vie passée et celle qui l'attend.

Je n'en dirai pas plus parce qu'il faut découvrir les choses petit à petit. Les paysages de l'Irlande, la vie de ce pays, son Histoire et la présence de l'"écrit"- des livres et des auteurs cités - font de ce roman un réel bonheur de lecture.
C'est le livre à lire quand les jours paraissent tristes et que la nostalgie envahit tout.

On en sort ragaillardi, "dépoussiéré" par le vent irlandais et plein de projet pour l'avenir !


Je n'ai pu m'empècher de murmurer en refermant ce livre, la même phrase que j'avait dite en ayant regardé La vie est belle de Franck Capra : "la vraie vie n'est pas si simple que cela...."

Mots-clés : {#}contemporain{/#} {#}famille{/#} {#}nostalgie{/#} {#}solitude{/#} {#}vieillesse{/#}
par Invité
le Dim 26 Mai - 15:43
 
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Sujet: Nuala O'Faolain
Réponses: 12
Vues: 919

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