Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mar 11 Mai 2021 - 19:39

5 résultats trouvés pour espionnage

Joseph Conrad

Sous les yeux de l'Occident

Tag espionnage sur Des Choses à lire Sous_l10
Roman, titre original: Under Western Eyes, paru en langue originale en 1911, 350 pages environ

Spoiler:
Les éditions Autrement ont une réputation qui me paraît fondée de maison sérieuse et de confiance, mais là je sens que je suis à deux doigts d'ouvrir un fil, quelque chose comme "les couvertures les plus saugrenues et à côté de la plaque", qu'a-t'il pu passer par les boîtes crâniennes responsables pour nous pondre une partie -même pas un détail- d'une photo du grand poète irlandais W.B. Yeats en guise d'illustration  Shocked  ?


Un roman de Conrad de plus composé avec une gestation et un accouchement dans la douleur - deux ans et demi de labeur avec des périodes de plusieurs semaines sans parvenir à aligner deux mots, puis un manuscrit-fleuve de 1350 pages à peu près, retaillé façon bonzaï, puis ré-écrit, calibré pour une parution en feuilleton, et, au bout, Conrad tombe malade et sans le sou, ce qui obéra les dernières révisions et corrections, puis le roman fait un bide à la parution...

[Encore un] grand Conrad, pourtant.
Pessimiste dans sa vision de l'humanité (comme d'habitude), et enfourchant un dada déjà rencontré chez lui (le thème du devoir et de la faute, est-ce assez Lord Jim ?). "Sous les yeux de l'occident" certes, mais Conrad n'a pas la dent moins dure envers la Suisse démocratique qu'envers la Russie tsariste, ni non plus envers l'empire britannique, lequel apparaît sous les traits du narrateur (NB: le "je" d'écriture n'est pas Conrad).  

Saint Pétersbourg, début XXème.
L'autocratie des Romanov, la police politique, le fait de se surveiller en permanence, de prendre toutes les précautions oratoires et comportementales.
Un jeune étudiant, Kirylo Sidorovitch Razumov pioche et bachotte afin de réussir ses études, qui promettent d'être brillantes. Il est orphelin, se soupçonne (c'est une quasi-certitude) bâtard d'un grand de la Cour qui se serait mésallié.
Solitaire, peu bavard, vie sobre.
Un soir, en rentrant chez lui, il y trouve Harlin, un étudiant qu'il connaît vaguement, qui lui déclare avoir commis un attentat terroriste, et le somme de faire pour lui une commission, ce qui bien évidemment compromet notre brillant étudiant, qui risque le pire s'il obtempère.
Que faire ?

Le roman se déroule ensuite en Suisse avant de faire un bref retour en Russie à la fin. Razumov, toujours solitaire mais à présent auréolé de prestige, est en exil dans le quartier russe de Genève, où ses fréquentations révolutionnaires ont pour lui un immense respect. Mais il rencontre la sœur et la mère de Harlin...



Après "tu ne connaîtras jamais les Mayas" d'Apollinaire, "tu ne connaîtras jamais les Russes" de Conrad ?

Roman brillant, dense, sur faux-rythme souvent, faisant passer le chaud et le froid. Les personnages sont campés fortement - et non juste crayonnés pro commoditate au service de l'histoire - et, roulement de caisse claire et coup de cymbales, Conrad -je le note !- nous gratifie (enfin) de quelques caractères féminins [réussis] - au moins quatre, mazette !

Conrad module à merveille l'intensité, joue à saute-chronologie, amène joliment les temps forts du roman, je ne vais pas trop en dire afin de ne pas déflorer l'histoire.
C'est un livre qui m'a laissé méditatif, qui "fait réfléchir" comme on dit bêtement communément.

Troisième partie, chapitre 2 a écrit: Il s'assit. Vus de près, les pommettes fardées, les rides, les petits sillons de chaque côté des lèvres trop rouges le stupéfièrent. Il fut accueilli gracieusement, par un sourire de tête de mort grimaçante:
- Il y a quelque temps que nous entendons parler de vous.

Il ne sut que dire et murmura des syllabes incohérentes. L'effet tête de mort disparut.
- Et savez-vous que tout le monde se plaint de votre réserve excessive ?

Razumov garda un instant le silence, réfléchissant à ce qu'il allait répondre.
- Je ne suis pas un homme d'action, voyez-vous, dit-il d'un air ténébreux, le regard levé vers le plafond.

 Piotr Ivanovitch attendait dans un silence menaçant, à côté de son fauteuil. Razumov se sentit légèrement nauséeux. Quels pouvaient être les liens qui unissaient ces deux êtres ?  Elle, semblable à un cadavre galvanisé issu des Contes d'Hoffman; lui, le prédicateur de l'évangile féministe dans le monde entier, et de plus un ultra-révolutionnaire ! Cette vieille momie peinte aux yeux insondables, et cet homme massif, déférent, au cou de taureau ? ... Qu'est-ce que c'était ? De la sorcellerie, de la fascination ? ..."C'est pour son argent, pensa-t-il. Elle possède des millions !"

les murs et le sol du salon étaient nus comme ceux d'une grange. Les quelques meubles qu'il contenait avaient été dénichés sous les combles et descendus sans même avoir été bien dépoussiérés. C'était le rebut laissé par la veuve du banquier. Les fenêtres, sans rideaux, avaient un aspect indigent, générateur d'insomnies. Deux d'entre elles étaient aveuglées par des stores fripés, d'un blanc jaunâtre. Tout ceci suggérait non la pauvreté mais une avarice sordide.




Mots-clés : #culpabilité #espionnage #exil #politique #regimeautoritaire #terrorisme #trahison #violence #xxesiecle
par Aventin
le Lun 15 Fév 2021 - 19:48
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Joseph Conrad
Réponses: 80
Vues: 6789

Henning Mankell

L’homme inquiet

Tag espionnage sur Des Choses à lire Mankel10

Un ancien officier de marine disparaît ; or il enquêtait sur l’affaire des sous-marins soviétiques ayant pénétré dans les eaux territoriales suédoises dans les années 80, et qu’on avait laissés s’échapper "sur ordre d’en haut". Pour bien comprendre l’intrigue, il faut se rappeler que la Suède, dans sa tradition de « neutralité principielle », ne fait pas partie de l’OTAN, bien que les Suédois se méfient toujours de leur(s) voisin(s) de l’Est. La chute du mur de Berlin n’a été qu’une étape dans une guerre froide qui se poursuivrait, et les États-Unis sont un allié (quoique…) Wallander confesse une certaine « paresse politique » (il n’est pas le seul), et se demande si ce n’est pas irresponsable.
Ambiance espionnage et géopolitique donc pour la douzième et dernière aventure de Wallander, qui a soixante ans, décline et angoisse : ainsi en a décidé son créateur, Henning Mankell. L’auteur je ne sais pas, mais le commissaire solitaire, lui, si humain mais vieillissant, est mal parti entre ses craintes et ses oublis (notamment son arme dans un restaurant), peut-être écrasé par l’aboutissement d’une petite fille donnée par sa fille unique. Dans ce roman assez copieux, Mankell approfondit son fameux personnage en lui faisant revisiter une grande part de son passé, et je pense assez juste le point de vue de Bix dans son commentaire bien vu :
Bix a écrit:« A travers la dernière enquête de Wallander, conçue comme un "témoignage" sur la vie de l'enquêteur, on devine la présence de l'auteur, Mankell lui-même. »

Mais une fois encore on est emporté par l’enquête, l’atmosphère de la quête ; et dans le même temps on (re)connaît l’environnement de Wallander, sentiment entre redite et confort dans la situation de lecteur.
« Wallander n’avait jamais compris ceux qui prétendaient que la relation avec les gens qu’on aimait se poursuivait au-delà de la mort. Pour sa part il n’avait jamais réussi à la prolonger. Les morts étaient pour lui des visages dont il se souvenait à peine et leurs voix ne lui parlaient plus. »

« ‒ Je voulais te revoir. On croit que c’est terminé, avec quelqu’un, qu’on ne le reverra plus. Un jour, on se réveille et on sait que rien n’est fini. Les gens qui ont été importants, on ne s’en libère jamais tout à fait. »

« Il avait entrevu sa nudité et senti monter en lui une vague de désespoir devant tout ce qui ne pouvait être vécu une deuxième fois. »

« Que m’ait été accordée, malgré tout, cette aventure étonnante de naître, de vivre et puis de disparaître une fois de plus dans l’obscurité. »

« Il ne rêvait presque jamais des femmes qu’il avait aimées ; celles avec lesquelles il avait eu des expériences plus ou moins catastrophiques le visitaient souvent en revanche. »

Incidemment, on en apprend sur les trolls (qui sont scandinaves à l’origine, non ?) :
« Avant que les trolls n’éclatent. »

La traductrice nous dit en note qu’il s’agit d’une « expression courante pour signifier qu’une illusion tombe, ou qu’une peur infondée s’évanouit. D’après la légende, un troll qui lève les yeux vers le soleil explose instantanément et disparaît. » Elle ne précise pas si le trollage est contagieux.

Mots-clés : #espionnage #politique
par Tristram
le Mer 13 Mai 2020 - 16:51
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: Henning Mankell
Réponses: 44
Vues: 3761

Graham Greene

L'Agent secret

Tag espionnage sur Des Choses à lire L_agen11


D. est missionné par un pays en guerre civile (il est du côté des « pauvres ») à Londres pour négocier l’achat de charbon, et le parti de l’« aristocratie » et de la dictature tente de le faire échouer.
« D. était un homme infecté que la violence accompagne partout. »

« Mais l’on est toujours forcé d’employer les méthodes de l’ennemi. On lance les mêmes bombes, on démolit les mêmes existences. »

Une femme paraît, deux en fait.
« Qu’est-il arrivé à votre femme ?
‒ Ils l’ont fusillée par erreur. »

L'atmosphère est lourde, faite de méfiance et d'une sorte de désabusement sans espoir.
Ce roman ne m’a pas convaincu ; je ne sais pas ce que Graham Greene voulait transmettre, mais dans mon cas peu de chose est passé…

Mots-clés : #espionnage #guerre #politique
par Tristram
le Mer 22 Jan 2020 - 20:26
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Graham Greene
Réponses: 7
Vues: 748

Joseph Conrad

L'Agent secret

Tag espionnage sur Des Choses à lire L_agen10

Verloc est agent secret provocateur pour le compte d’une ambassade à Londres (celle de Russie, pas nommée) dans le milieu des révolutionnaires propagandistes, conspirateurs, anarchistes et autres poseurs de bombes du début du XXe.
« À la destruction de ce qui est. »

C’est prétexte à un imbroglio psychologique qui culmine dans la belle scène tragique du chapitre XI.
En fait le roman porte surtout sur la misère et l’inégalité sociale. L’inspecteur de police Heat :
« Il fallait protéger tous ces gens-là ; la protection est le premier besoin des privilégiés. Il fallait les protéger ; et aussi leurs chevaux, leurs voitures, leurs maisons, leurs serviteurs ; et il fallait protéger la source de leurs richesses au cœur de la cité et au cœur du pays ; il fallait protéger tout l’ordre social favorable à leur hygiénique oisiveté, contre l’inepte envie de ceux qui peinent à des tâches malsaines. »

« Vous n’avez pas idée comme ces hauts personnages détestent les menus désappointements. »

La police :
« Elle est là pour que ceux qui n’ont rien ne prennent pas ce qui appartient à ceux qui possèdent quelque chose. »

Je signale la très réussie scène swiftienne (chapitre VIII) du départ à l’asile de la mère pleine d’abnégation de Winnie et du sensible et « singulier » Stevie, dans un sordide coche au « vieux cheval – coursier d’apocalyptique misère ‒ »…
« Cette dernière épithète [« abominable »] contenait toute son indignation et toute son horreur à l’égard d’un genre de misère obligé de s’alimenter des angoisses de l’autre, – à l’égard du pauvre cocher, battant le pauvre cheval au nom, pour ainsi dire, des pauvres mioches qu’il avait chez lui. »

J’ai récemment abandonné la lecture de l’illisible L’Aventure, que Conrad a malencontreusement écrit à quatre mains, mais cette fois le talent ne fait pas de doute ‒ quoique la partie finale me soit paru faible…

Mots-clés : #espionnage #politique
par Tristram
le Mar 21 Jan 2020 - 16:54
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Joseph Conrad
Réponses: 80
Vues: 6789

Michael Ondaatje

Ombres sur la tamise

Tag espionnage sur Des Choses à lire Cvt_om10

Ca commence épatamment bien dans une ambiance quasi modianesque. L’auteur (qui restera jusqu’au bout un personnage dont on ne sait rien) se rappelle les années d’après guerre, quand ses parents les ont abandonnés, sa soeur et lui, sans explications, à deux personnages incertains, impliqués dans d’obscures trafics (dont une partie excellente sur le trafic de lévriers), protégeant et exploitant tout à la fois ces deux adolescents perdus, les emmenant dans des ambiances glauques et dérangeantes. Curieuse éducation au sein d’une permissivité, d’une étrangeté où tous deux s’épanouissent plutôt.

Puis  cela dérive peu à peu vers la recherche d ‘une explication sur cet abandon, il s’avère que la mère était une espionne qui priorisait son travail sur ses enfants.

Cela devient assez fumeux, les personnages sont à peine plus qu’ébauchés : des ombres sur la Tamise. Michael Ondaatje décide de nous laisser dans le même flou mystérieux que son narrateur, les réponses ne sont pas toutes là, c’est assez frustrant et a tourné pour moi  à l’ennui dans le dernier tiers.


Mots-clés : #enfance #espionnage
par topocl
le Sam 20 Juil 2019 - 14:22
 
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Sujet: Michael Ondaatje
Réponses: 5
Vues: 480

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