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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Sam 25 Sep - 6:16

8 résultats trouvés pour espionnage

Graham Greene

Notre agent à La Havane

Tag espionnage sur Des Choses à lire Notre_10

Wormold, un Anglais qui tente de vendre des aspirateurs à La Havane, est recruté de façon burlesque par les services secrets de son pays. Il invente des informations et recrute des agents fictifs, dont il touche les émoluments. Mais les personnages qu’il a imaginés semblent prendre vie… pour être éliminés !
Son ami le vieux docteur Hasselbacher, sa fille Milly, sa "secrétaire" Béatrice Severn, le capitaine Segura (le « Vautour Rouge »), autant de personnes de son entourage qui participeront de près ou de loin aux imbroglios qui caractérisent cette dérisoire satire.
« Vous devriez rêver davantage, Mr. Wormold. Au siècle où nous vivons, la réalité n’est pas une chose à regarder en face. »

« Ils avancèrent à tâtons dans la pénombre du bar au Séville-Biltmore. Ils avaient vaguement conscience de la présence d’autres buveurs, assis et recroquevillés dans le silence et l’obscurité comme des parachutistes attendant sans joie le signal de sauter dans le vide. »


\Mots-clés : #espionnage #humour #satirique
par Tristram
le Mar 14 Sep - 19:56
 
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Sujet: Graham Greene
Réponses: 17
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Denis Johnson

Arbre de fumée

Tag espionnage sur Des Choses à lire Arbre_19

Ce livre renvoie, implicitement comme explicitement, à Un Américain bien tranquille de Graham Greene ; j’ai donc lu ce dernier en premier, chronologie oblige.
« William "Skip" Sands, de la Central Intelligence Agency des États-Unis », « – Skip Sands l’Américain bien tranquille, l’Affreux Américain – » et d’autres personnages sont suivis de 1963 à 1983, gravitant essentiellement autour et au Vietnam. On retrouve la haine aveugle du communisme considéré comme une menace qu’il faut combattre au niveau géopolitique, et même la « troisième force », dans ce théâtre de la guerre froide en ex-Indochine.
La guerre du Vietnam proprement dite est bien sûr présente, et les atrocités commises de part et d’autre ne sont pas omises :
« Je sais que tu as rejoint le gouvernement pour servir le monde, mais nos dirigeants envoient de braves garçons détruire un autre pays et peut-être perdre leur vie sans la moindre explication convaincante. »

« Aujourd’hui on est les héros, demain on est des nazis. »

Skip vit dans la villa de Bouquet, un Français demeuré en Indochine où il est mort d’une explosion dans un tunnel, qui l’inspire comme il citait Artaud ou écrivait à Bataille à propos de son livre Lascaux ou la naissance de l’art. Skip lit aussi Marc Aurèle, Cioran, autrement à peine occupé à des tâches administratives apparemment aussi absurdes qu’inutiles (croisement de fiches bristol résumant d'anciens entretiens, compilation de contes vietnamiens).
« Quelqu’un garde une trace des moindres détails. Mais qui garde la trace de celui qui garde la trace ? »

C’est pour l’essentiel un roman d’espionnage, sur ce temps de guerre confus (et fumeux) où se mêlent vrais et faux agents, y compris un agent double, et le thème central est celui de la désinformation.
« Arbre de fumée – (pilier de fumée, pilier de feu) la "lumière guide" d’un but sincère pour la fonction du renseignement – refaire de la collecte des informations la principale fonction des opérations de renseignement, plutôt que de fournir des justifications à la politique. Car si nous ne le faisons pas, la prochaine étape permettra aux bureaucrates blasés, cyniques, carriéristes, assoiffés de pouvoir, d’utiliser le renseignement pour influencer la politique. L’étape ultime consiste à créer des fictions et à les servir à nos politiciens afin de contrôler la direction du gouvernement, et puis – "Arbre de fumée" – remarque la similarité avec le nuage en forme de champignon. HAH ! »

« C’est Psy Ops. Nous parlons de déboussoler le jugement de l’ennemi. »

C’est peut-être le déploiement de cette méthode militaire qui a mené à généraliser la stratégie tactique d’enfumage à toute la société (aparté personnel).
L’oncle de Skip est un colonel haut en couleur, à la stature mythique, retraité de l’armée de l’air, héros évadé de captivité chez les Japonais, proche des locaux et responsable (pour son compte personnel ?) du Labyrinthe, projet de cartographie près de Cu chi, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Tunnels_de_C%E1%BB%A7_Chi et https://fr.wikipedia.org/wiki/Rat_des_tunnels :
« Cette terre sous nos pieds, c’est là que le Viêt-cong situe son cœur national. Cette terre est leur mythe. Si nous pénétrons dans cette terre, nous pénétrons leur cœur, leur mythe, leur âme. Voilà de la vraie infiltration. Telle est notre mission : pénétrer le mythe de la terre. »

Denis Johnson donne aussi des points de vue vietnamiens :
« Les Américains ne gagneront pas. Ils ne se battent pas pour leur terre natale. Ils veulent simplement être bons. Afin d’être bons, ils doivent se battre un peu et puis s’en aller. »

« Les communistes croient seulement à l’avenir. En son nom ils détruiront tout, ils rempliront l’avenir de néant. »

« Sans la présence du colonel pour s’interposer entre le regard de Minh et tous ces Américains, ils lui semblaient incroyablement vides, confus, sincères, stupides – des monstres infantiles équipés d’armes chargées. »

Nous suivons également les frères Houston, Bill et James, respectivement engagés dans la marine et l’infanterie, paumés caractéristiques d’une Amérique perdant ses valeurs dans le vide existentiel et la violence.
« Il était ainsi, voilà tout, surtout quand il picolait, c’est-à-dire la plupart du temps ; sinon, il était tout simplement jeune et idiot, comme la plupart d’entre eux. »

En définitive, c’est le désarroi moral (notamment religieux) aux États-Unis qui est au cœur de ce livre :
« Calvin ne parle pas de désespoir, mais il s’agit bel et bien de cela. Je sais que l’enfer est ici, ici même, sur la planète Terre, et je sais aussi que toi, moi et nous tous avons seulement été créés par Dieu pour être damnés. »

« Il y avait une limite. Il l’avait franchie. Mais les communistes aussi l’avaient franchie. Des criminels ? En Chine, en Ukraine, ils avaient massacré davantage de gens que le criminel Adolf Hitler aurait même pu rêver d’en liquider. On ne pouvait certes pas le crier sur les toits, mais il ne fallait jamais l’oublier. Parfois, peut-être – afin de se colleter avec un tel ennemi –, on franchissait comme lui la fameuse limite. »

Il y a aussi Kathy, infirmière dans une ONG, un tueur professionnel allemand, un détecteur de mensonge, Storm qui est particulièrement cinglé (plus encore que « Lieut Givré »).
« Break on Through, c’est une chanson. C’est ma philosophie, ma devise. »

Si je ne m’abuse, c’est des Doors et Jim Morrison.
Lecture captivante et profonde, où on pense (de loin) à Conrad (et/ou Coppola).
« − Cherchez-vous la légende, ou les faits ?
− Je veux savoir la vérité, mec.
− J’irais jusqu’à dire que la vérité est dans la légende.
− Et les faits, alors ?
– Indisponibles. Rendus opaques par la légende. »

« Au Sud Vietnam je croyais qu’on m’avait mis sur la touche. Relégué en un lieu où je pourrais réfléchir à la guerre. Mais dans une guerre personne n’est épargné et dans une guerre on ne doit pas réfléchir, on ne doit jamais réfléchir. La guerre, c’est l’action ou la mort. La guerre, c’est l’action ou la lâcheté. La guerre, c’est l’action ou la trahison. La guerre, c’est l’action ou la désertion. Comprends-tu ce que je veux dire ? La guerre, c’est l’action. La réflexion aboutit à la trahison. »


\Mots-clés : #espionnage #guerre #guerreduvietnam #trahison #xxesiecle
par Tristram
le Lun 5 Juil - 13:27
 
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Sujet: Denis Johnson
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Graham Greene

Un Américain bien tranquille

Tag espionnage sur Des Choses à lire Un_amz10

Le narrateur, Fowler, est un correspondant de presse britannique faisant le reportage de la guerre des Français à Saigon (ce que Greene fit également) ; il est présent depuis des années, se drogue à l’opium et n’envisage pas de jamais quitter le Viet-nam.
« Mes confrères journalistes se faisaient appeler correspondants, je préférais le titre de reporter. J’écrivais ce que je voyais, je n’agissais pas, et avoir une opinion est encore une façon d’agir. »

Son ami Pyle, « un Américain bien tranquille », jeune attaché à la Mission d’aide économique, aussi « chargé de missions spéciales » est retrouvé mort. Phuong, qui fut sa compagne avant de le quitter pour Pyle, revient vivre avec lui.
C’est un aperçu de la guerre contre le Viet-Minh au milieu des « armées privées », comme celle du général Thé (phénomène qu’on reverra souvent, et pas qu’en Lybie) :
« Ce pays était en proie aux barons rebelles : on aurait dit l’Europe du Moyen Âge. »

Il y a aussi un regard intéressant sur les Vietnamiens (et Vietnamiennes) et les Occidentaux à l’époque, la religion syncrétique caodaïste, le travail de journaliste forcément limité par le pouvoir militaire qui contrôle l’information et censure. Même un personnage secondaire comme Vigot, officier de la Sûreté française expert du 421 et de Pascal, devient attachant et caractéristique. Il y a aussi de l’action violente (la nuit dans la tour de guet), du témoignage de guerre…
Mais le thème principal est l’étude psychologique de l’étrange duo Fowler-Pyle ; si le premier est plutôt désabusé et cynique, Pyle est plus naïf et « innocent » (image étonnante a priori, que j’ai également gardée de nombre d’États-Uniens rencontrés lors de mes séjours outre-mer).
« Un homme devient digne de confiance, dit solennellement Pyle, quand on a confiance en lui. »

Cela n’empêche pas cet idéaliste d’œuvrer à la surrection d’une « Troisième Force » afin que la démocratie affronte victorieusement le communisme, et qu’importent les explosifs placés dans la foule. (Greene semble considérer que la guerre d’Indochine n’était pas essentiellement « coloniale ».)
Ce bref roman qui commence par la fin devrait ne pas présenter beaucoup d’intérêt dû au suspense, mais le lecteur comprend que c’est le contraire d’une maladresse lorsqu’il parvient au renversement final : Fowler, qui se targuait d’être et de vouloir rester non « engagé », y viendra à son tour...

\Mots-clés : #colonisation #complotisme #espionnage #guerreduvietnam #politique #psychologique #terrorisme
par Tristram
le Mer 30 Juin - 15:46
 
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Sujet: Graham Greene
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Joseph Conrad

Sous les yeux de l'Occident

Tag espionnage sur Des Choses à lire Sous_l10
Roman, titre original: Under Western Eyes, paru en langue originale en 1911, 350 pages environ

Spoiler:
Les éditions Autrement ont une réputation qui me paraît fondée de maison sérieuse et de confiance, mais là je sens que je suis à deux doigts d'ouvrir un fil, quelque chose comme "les couvertures les plus saugrenues et à côté de la plaque", qu'a-t'il pu passer par les boîtes crâniennes responsables pour nous pondre une partie -même pas un détail- d'une photo du grand poète irlandais W.B. Yeats en guise d'illustration  Shocked  ?


Un roman de Conrad de plus composé avec une gestation et un accouchement dans la douleur - deux ans et demi de labeur avec des périodes de plusieurs semaines sans parvenir à aligner deux mots, puis un manuscrit-fleuve de 1350 pages à peu près, retaillé façon bonzaï, puis ré-écrit, calibré pour une parution en feuilleton, et, au bout, Conrad tombe malade et sans le sou, ce qui obéra les dernières révisions et corrections, puis le roman fait un bide à la parution...

[Encore un] grand Conrad, pourtant.
Pessimiste dans sa vision de l'humanité (comme d'habitude), et enfourchant un dada déjà rencontré chez lui (le thème du devoir et de la faute, est-ce assez Lord Jim ?). "Sous les yeux de l'occident" certes, mais Conrad n'a pas la dent moins dure envers la Suisse démocratique qu'envers la Russie tsariste, ni non plus envers l'empire britannique, lequel apparaît sous les traits du narrateur (NB: le "je" d'écriture n'est pas Conrad).  

Saint Pétersbourg, début XXème.
L'autocratie des Romanov, la police politique, le fait de se surveiller en permanence, de prendre toutes les précautions oratoires et comportementales.
Un jeune étudiant, Kirylo Sidorovitch Razumov pioche et bachotte afin de réussir ses études, qui promettent d'être brillantes. Il est orphelin, se soupçonne (c'est une quasi-certitude) bâtard d'un grand de la Cour qui se serait mésallié.
Solitaire, peu bavard, vie sobre.
Un soir, en rentrant chez lui, il y trouve Harlin, un étudiant qu'il connaît vaguement, qui lui déclare avoir commis un attentat terroriste, et le somme de faire pour lui une commission, ce qui bien évidemment compromet notre brillant étudiant, qui risque le pire s'il obtempère.
Que faire ?

Le roman se déroule ensuite en Suisse avant de faire un bref retour en Russie à la fin. Razumov, toujours solitaire mais à présent auréolé de prestige, est en exil dans le quartier russe de Genève, où ses fréquentations révolutionnaires ont pour lui un immense respect. Mais il rencontre la sœur et la mère de Harlin...



Après "tu ne connaîtras jamais les Mayas" d'Apollinaire, "tu ne connaîtras jamais les Russes" de Conrad ?

Roman brillant, dense, sur faux-rythme souvent, faisant passer le chaud et le froid. Les personnages sont campés fortement - et non juste crayonnés pro commoditate au service de l'histoire - et, roulement de caisse claire et coup de cymbales, Conrad -je le note !- nous gratifie (enfin) de quelques caractères féminins [réussis] - au moins quatre, mazette !

Conrad module à merveille l'intensité, joue à saute-chronologie, amène joliment les temps forts du roman, je ne vais pas trop en dire afin de ne pas déflorer l'histoire.
C'est un livre qui m'a laissé méditatif, qui "fait réfléchir" comme on dit bêtement communément.

Troisième partie, chapitre 2 a écrit: Il s'assit. Vus de près, les pommettes fardées, les rides, les petits sillons de chaque côté des lèvres trop rouges le stupéfièrent. Il fut accueilli gracieusement, par un sourire de tête de mort grimaçante:
- Il y a quelque temps que nous entendons parler de vous.

Il ne sut que dire et murmura des syllabes incohérentes. L'effet tête de mort disparut.
- Et savez-vous que tout le monde se plaint de votre réserve excessive ?

Razumov garda un instant le silence, réfléchissant à ce qu'il allait répondre.
- Je ne suis pas un homme d'action, voyez-vous, dit-il d'un air ténébreux, le regard levé vers le plafond.

 Piotr Ivanovitch attendait dans un silence menaçant, à côté de son fauteuil. Razumov se sentit légèrement nauséeux. Quels pouvaient être les liens qui unissaient ces deux êtres ?  Elle, semblable à un cadavre galvanisé issu des Contes d'Hoffman; lui, le prédicateur de l'évangile féministe dans le monde entier, et de plus un ultra-révolutionnaire ! Cette vieille momie peinte aux yeux insondables, et cet homme massif, déférent, au cou de taureau ? ... Qu'est-ce que c'était ? De la sorcellerie, de la fascination ? ..."C'est pour son argent, pensa-t-il. Elle possède des millions !"

les murs et le sol du salon étaient nus comme ceux d'une grange. Les quelques meubles qu'il contenait avaient été dénichés sous les combles et descendus sans même avoir été bien dépoussiérés. C'était le rebut laissé par la veuve du banquier. Les fenêtres, sans rideaux, avaient un aspect indigent, générateur d'insomnies. Deux d'entre elles étaient aveuglées par des stores fripés, d'un blanc jaunâtre. Tout ceci suggérait non la pauvreté mais une avarice sordide.




Mots-clés : #culpabilité #espionnage #exil #politique #regimeautoritaire #terrorisme #trahison #violence #xxesiecle
par Aventin
le Lun 15 Fév - 19:48
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Henning Mankell

L’homme inquiet

Tag espionnage sur Des Choses à lire Mankel10

Un ancien officier de marine disparaît ; or il enquêtait sur l’affaire des sous-marins soviétiques ayant pénétré dans les eaux territoriales suédoises dans les années 80, et qu’on avait laissés s’échapper "sur ordre d’en haut". Pour bien comprendre l’intrigue, il faut se rappeler que la Suède, dans sa tradition de « neutralité principielle », ne fait pas partie de l’OTAN, bien que les Suédois se méfient toujours de leur(s) voisin(s) de l’Est. La chute du mur de Berlin n’a été qu’une étape dans une guerre froide qui se poursuivrait, et les États-Unis sont un allié (quoique…) Wallander confesse une certaine « paresse politique » (il n’est pas le seul), et se demande si ce n’est pas irresponsable.
Ambiance espionnage et géopolitique donc pour la douzième et dernière aventure de Wallander, qui a soixante ans, décline et angoisse : ainsi en a décidé son créateur, Henning Mankell. L’auteur je ne sais pas, mais le commissaire solitaire, lui, si humain mais vieillissant, est mal parti entre ses craintes et ses oublis (notamment son arme dans un restaurant), peut-être écrasé par l’aboutissement d’une petite fille donnée par sa fille unique. Dans ce roman assez copieux, Mankell approfondit son fameux personnage en lui faisant revisiter une grande part de son passé, et je pense assez juste le point de vue de Bix dans son commentaire bien vu :
Bix a écrit:« A travers la dernière enquête de Wallander, conçue comme un "témoignage" sur la vie de l'enquêteur, on devine la présence de l'auteur, Mankell lui-même. »

Mais une fois encore on est emporté par l’enquête, l’atmosphère de la quête ; et dans le même temps on (re)connaît l’environnement de Wallander, sentiment entre redite et confort dans la situation de lecteur.
« Wallander n’avait jamais compris ceux qui prétendaient que la relation avec les gens qu’on aimait se poursuivait au-delà de la mort. Pour sa part il n’avait jamais réussi à la prolonger. Les morts étaient pour lui des visages dont il se souvenait à peine et leurs voix ne lui parlaient plus. »

« ‒ Je voulais te revoir. On croit que c’est terminé, avec quelqu’un, qu’on ne le reverra plus. Un jour, on se réveille et on sait que rien n’est fini. Les gens qui ont été importants, on ne s’en libère jamais tout à fait. »

« Il avait entrevu sa nudité et senti monter en lui une vague de désespoir devant tout ce qui ne pouvait être vécu une deuxième fois. »

« Que m’ait été accordée, malgré tout, cette aventure étonnante de naître, de vivre et puis de disparaître une fois de plus dans l’obscurité. »

« Il ne rêvait presque jamais des femmes qu’il avait aimées ; celles avec lesquelles il avait eu des expériences plus ou moins catastrophiques le visitaient souvent en revanche. »

Incidemment, on en apprend sur les trolls (qui sont scandinaves à l’origine, non ?) :
« Avant que les trolls n’éclatent. »

La traductrice nous dit en note qu’il s’agit d’une « expression courante pour signifier qu’une illusion tombe, ou qu’une peur infondée s’évanouit. D’après la légende, un troll qui lève les yeux vers le soleil explose instantanément et disparaît. » Elle ne précise pas si le trollage est contagieux.

Mots-clés : #espionnage #politique
par Tristram
le Mer 13 Mai - 16:51
 
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Sujet: Henning Mankell
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Graham Greene

L'Agent secret

Tag espionnage sur Des Choses à lire L_agen11


D. est missionné par un pays en guerre civile (il est du côté des « pauvres ») à Londres pour négocier l’achat de charbon, et le parti de l’« aristocratie » et de la dictature tente de le faire échouer.
« D. était un homme infecté que la violence accompagne partout. »

« Mais l’on est toujours forcé d’employer les méthodes de l’ennemi. On lance les mêmes bombes, on démolit les mêmes existences. »

Une femme paraît, deux en fait.
« Qu’est-il arrivé à votre femme ?
‒ Ils l’ont fusillée par erreur. »

L'atmosphère est lourde, faite de méfiance et d'une sorte de désabusement sans espoir.
Ce roman ne m’a pas convaincu ; je ne sais pas ce que Graham Greene voulait transmettre, mais dans mon cas peu de chose est passé…

Mots-clés : #espionnage #guerre #politique
par Tristram
le Mer 22 Jan - 20:26
 
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Joseph Conrad

L'Agent secret

Tag espionnage sur Des Choses à lire L_agen10

Verloc est agent secret provocateur pour le compte d’une ambassade à Londres (celle de Russie, pas nommée) dans le milieu des révolutionnaires propagandistes, conspirateurs, anarchistes et autres poseurs de bombes du début du XXe.
« À la destruction de ce qui est. »

C’est prétexte à un imbroglio psychologique qui culmine dans la belle scène tragique du chapitre XI.
En fait le roman porte surtout sur la misère et l’inégalité sociale. L’inspecteur de police Heat :
« Il fallait protéger tous ces gens-là ; la protection est le premier besoin des privilégiés. Il fallait les protéger ; et aussi leurs chevaux, leurs voitures, leurs maisons, leurs serviteurs ; et il fallait protéger la source de leurs richesses au cœur de la cité et au cœur du pays ; il fallait protéger tout l’ordre social favorable à leur hygiénique oisiveté, contre l’inepte envie de ceux qui peinent à des tâches malsaines. »

« Vous n’avez pas idée comme ces hauts personnages détestent les menus désappointements. »

La police :
« Elle est là pour que ceux qui n’ont rien ne prennent pas ce qui appartient à ceux qui possèdent quelque chose. »

Je signale la très réussie scène swiftienne (chapitre VIII) du départ à l’asile de la mère pleine d’abnégation de Winnie et du sensible et « singulier » Stevie, dans un sordide coche au « vieux cheval – coursier d’apocalyptique misère ‒ »…
« Cette dernière épithète [« abominable »] contenait toute son indignation et toute son horreur à l’égard d’un genre de misère obligé de s’alimenter des angoisses de l’autre, – à l’égard du pauvre cocher, battant le pauvre cheval au nom, pour ainsi dire, des pauvres mioches qu’il avait chez lui. »

J’ai récemment abandonné la lecture de l’illisible L’Aventure, que Conrad a malencontreusement écrit à quatre mains, mais cette fois le talent ne fait pas de doute ‒ quoique la partie finale me soit paru faible…

Mots-clés : #espionnage #politique
par Tristram
le Mar 21 Jan - 16:54
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Michael Ondaatje

Ombres sur la tamise

Tag espionnage sur Des Choses à lire Cvt_om10

Ca commence épatamment bien dans une ambiance quasi modianesque. L’auteur (qui restera jusqu’au bout un personnage dont on ne sait rien) se rappelle les années d’après guerre, quand ses parents les ont abandonnés, sa soeur et lui, sans explications, à deux personnages incertains, impliqués dans d’obscures trafics (dont une partie excellente sur le trafic de lévriers), protégeant et exploitant tout à la fois ces deux adolescents perdus, les emmenant dans des ambiances glauques et dérangeantes. Curieuse éducation au sein d’une permissivité, d’une étrangeté où tous deux s’épanouissent plutôt.

Puis  cela dérive peu à peu vers la recherche d ‘une explication sur cet abandon, il s’avère que la mère était une espionne qui priorisait son travail sur ses enfants.

Cela devient assez fumeux, les personnages sont à peine plus qu’ébauchés : des ombres sur la Tamise. Michael Ondaatje décide de nous laisser dans le même flou mystérieux que son narrateur, les réponses ne sont pas toutes là, c’est assez frustrant et a tourné pour moi  à l’ennui dans le dernier tiers.


Mots-clés : #enfance #espionnage
par topocl
le Sam 20 Juil - 14:22
 
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Sujet: Michael Ondaatje
Réponses: 5
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