Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Jeu 29 Juil - 9:49

94 résultats trouvés pour fantastique

Lord Dunsany

Contes d'un rêveur

Tag fantastique sur Des Choses à lire Contes11

Songes d’un haschischin, souvent dans la noire Londres polluée, toujours sur un ton biblique, qui se délecte de noms imaginaires comme autant de chatoyantes chimères (et inspirera manifestement Lovecraft).
« Lorsque j’eus parlé, ils me firent compliment des demeures de mon imagination, disant que bien qu’ils n’eussent jamais vu ces villes, elles étaient dignes en effet d’être imaginées. »
« Jours oisifs sur le Yann »

«
Quand les collines appelaient, j’allais les voir par la route, à vélo. Si vous y allez en train, vous manquez l’approche lente, vous ne vous débarrassez pas de Londres comme d’un vieux péché oublié, ni ne passez près des petits villages qui ont dû entendre les rumeurs des collines ; vous ne vous demandez pas si elles sont toujours les mêmes, et atteignant enfin à l’orée de leurs robes largement étendues, tombant à leurs pieds, vous voyez leurs visages accueillants et saints. En train, vous les voyez soudain, au détour d’une courbe – les voilà toutes, assises sous le soleil. »
« Le champ »


\Mots-clés : #fantastique
par Tristram
le Dim 20 Juin - 17:36
 
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Sujet: Lord Dunsany
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Adolfo Bioy Casares

Dormir au soleil

Tag fantastique sur Des Choses à lire Dormir10

Lucien Bordenave − Lucho − raconte par écrit à un certain Félix Ramos comment il a laissé sa femme, la belle Diana qu’il aime, être enfermée à l’asile psychiatrique, et comment il acquit une chienne du même nom. Il apparaît comme quelqu’un d’assez faible, angoisseux jusqu’à l’insomnie voire la superstition ; quant à elle, qui lui faisait sans cesse des reproches et s’absentait la nuit avant son internement, en est revenue transformée, aimante – comme sa sœur, qui lui ressemble tant, et s’était révélée amoureuse de son beau-frère tandis qu’elle était en clinique. Une impression fort diffuse d’étrangeté s’installe progressivement au cours de la lecture du roman ; puis le narrateur est enfermé à son tour, et s’évade…
« Nos désirs finissent par se réaliser sous une forme qui nous amène à trouver meilleur de ne rien désirer. »

Casares manipule le lecteur, qui forge des hypothèses, puis perd pied...

\Mots-clés : #fantastique
par Tristram
le Jeu 10 Juin - 13:07
 
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Sujet: Adolfo Bioy Casares
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William Henry Hudson

Vertes demeures

Tag fantastique sur Des Choses à lire Captur34

Robinsonnade exotique dans le genre d’Henry Rider Haggard, Edgar Rice Burroughs et Arthur Conan Doyle.
Cette évocation fantaisiste de la forêt sud-américaine par un naturaliste est surtout un fantasme d’amour merveilleux qui se substitue au presqu’impossible rendu de la nature, mais sa haine raciste, même fantasmatique, m’a insupporté d’entrée :
« Il m’est pénible de dire du bien des sauvages de Guyane, mais je dois le faire, car non seulement ils ne me firent aucun mal lorsque j’étais à leur merci au cours de mon long périple, mais ils m’accueillirent dans leurs villages, me nourrirent lorsque j’avais faim et m’aidèrent alors que je n’avais rien à leur proposer en échange.
Ne crois pas, cependant, qu’ils aient un bon naturel ou cette humanité que l’on trouve chez les peuples civilisés : loin de là. Je les tiens aujourd’hui et, heureusement pour moi, les tenais alors, quand j’étais à leur merci, pour des bêtes féroces douées d’une sorte d’intelligence sournoise et malveillante dépassant de loin celle de la brute, et n’ayant pour toute morale que le respect des droits des membres de la même famille, ou de la tribu, respect sans lequel même les communautés les plus primitives ne peuvent survivre. »

C’est bien sûr sa supériorité de Blanc qui permet à Abel, le héros-narrateur, de garder le dessus lors des rencontres au cours de ses pérégrinations ; en fait c’est sa duplicité, qui le gêne d’ailleurs moins que d’organiser un massacre… Et c'est un peu, en raccourci, l'histoire cynique de la colonisation des peuples amérindiens...
M’a semblé fort intéressant le fil de la carnivorie qui court d’un bout à l’autre de l’ouvrage, Rima la femme-oiseau luttant contre les chasseurs, et tous les autres personnages, y compris Abel, mangeant de la viande (évidemment sauvage) dès que possible.
Le livre est assez mal traduit, pour ce que j’ai pu en juger ; à noter une traduction antérieure, de Victor Llona, qui m’est parue au moins aussi valable, consultable ici : https://issuu.com/scduag/docs/fra12011 et la VO de Green Mansions: A Romance of the Tropical Forest : https://gutenberg.org/ebooks/942
Une perle baroque :
« The Indian kills his enemy, but the white man takes his gold, and that is worse than death. »
William Henry Hudson

« L’Indien tue son ennemi, mais l’homme blanc lui prend son or, ce qui est pire que s’il le tuait. »
Traduction Patrick Reumaux

« L’Indien tue son ennemi, mais l’homme blanc lui prend son or, et cela est pire que la mort. »
Traduction Victor Llona


\Mots-clés : #fantastique
par Tristram
le Lun 7 Juin - 14:15
 
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Sujet: William Henry Hudson
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Julio Cortázar

Un certain Lucas

Tag fantastique sur Des Choses à lire Un_cer10

Recueil de textes brefs, la plupart tournant autour d’un certain Lucas : absurde, fantastique, humour, poésie, rêve (et même cauchemar), questionnement métaphysique, invention (y compris de mots), autobiographie aussi sans doute ; Cronopes et Fameux vient à l’esprit, sans être surpassé. J’ai surtout pensé à Un certain Plume, de Michaux, qui pourrait être un modèle, et en tout cas participe du même esprit.

\Mots-clés : #absurde #fantastique #nouvelle
par Tristram
le Mer 14 Avr - 14:06
 
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Sujet: Julio Cortázar
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José Saramago

Le radeau de pierre

Tag fantastique sur Des Choses à lire Le_rad10

La péninsule Ibérique se sépare de l’Europe par « rupture des Pyrénées », et José Saramago nous raconte avec bonhomie cette scission fantastique, et les réactions des personnes comme des gouvernements et scientifiques.
« Il y eut une pause, on sentit passer dans l’air comme un grand souffle, la première et profonde respiration de celui qui se réveille, et la masse de pierre et de terre, couverte de villes, de villages, de rivières, de bois, d’usines, de forêts vierges, de champs cultivés, avec ses habitants et ses animaux, commença de bouger, barque qui s’éloigne du port et met le cap vers l’océan, une fois encore inconnu. »

Elle a pris la mer comme une île, et la vision forte est à la fois rendue avec réalisme et poésie, un certain onirisme, du merveilleux et de l’humour sur un substrat de mythologie infernale (avec notamment les chiens).
Joana Carda griffe le sol avec une branche d’orme, Maria Guavaira dévide interminablement un bas de laine bleue, Joaquim Sassa fait ricocher une lourde pierre sur la mer, les étourneaux suivent José Anaiço, Pedro Orce est le seul à ressentir le tremblement de la terre, et tous vont se réunir pour voyager à travers l’ex-péninsule.
La foule va voir passer le rocher de Gibraltar, tandis que d’après les calculs l’archipel des Açores se trouve sur la route suivie…
La recherche stylistique novatrice, habituelle à Saramago, va vers un allégement de la ponctuation, moins marquée notamment dans les dialogues ; cette fois, elle ne gêne pas la compréhension du lecteur, souligne le flux de paroles ou pensées sans artificialité. De plus, le narrateur s’adresse directement au lecteur, et digresse volontiers sur l’écriture, le langage (et les noms, qui apparemment fascinent l’auteur). Saramago fait aussi de nombreuses allusions aux littératures espagnoles et lusophones, y compris à ses propres œuvres, et affectionne les dictons.
« Joaquim Sassa ne répondit pas, il fit taire son imagination, car le dialogue menaçait de tourner en rond, il allait devoir répéter, Je ne sais pas, et ainsi de suite, avec quelques légères variantes, d’ordre formel, en prenant malgré tout le maximum de précautions car, on le sait, la forme mène au fond, le contenant au contenu, le son d’un mot à son sens. »

« Une aura, une lueur sans éclat, une sorte de lumière non lumineuse semblait planer sur elle, mais cette phrase, composée comme toutes les autres presque uniquement de mots, peut-elle échapper à l’équivoque. »

« …] c’est le narrateur, amant de la justice, qui n’a pu résister à faire ce commentaire. »

« Enfin, le dernier car il en fallait bien un, Pedro Orce dit, Où on dira je vais, et cette phrase qui offense manifestement la grammaire et la logique par excès de logique et sans doute aussi de grammaire, restera telle quelle, peut-être finira-t-on par lui trouver un sens particulier qui la justifie et l’absolve, celui qui a l’expérience des mots sait qu’on peut tout en attendre. »

« …] tout ce que nous disons s’ajoute à ce qui est, à ce qui existe [… »

De mon point de vue, une belle réussite !

\Mots-clés : #contemythe #fantastique #insularite
par Tristram
le Mer 7 Avr - 13:40
 
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Sujet: José Saramago
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César Aira

Les Nuits de Flores

Tag fantastique sur Des Choses à lire Les_nu10

En ces temps de crise économique, Aldo et Rosita, un couple de retraités du quartier de Flores à Buenos Aires, font partie de l’équipe nocturne de delivery de pizzas − mais si les autres sont des jeunes en mobylette, eux livrent à pied. César Aira observe précisément et avec empathie ce cas sociologique dans son quartier de prédilection. Surviennent, dans la criminalité corollaire de la crise, l’enlèvement et l’exécution de Jonathan, un des motocyclistes – occasion de remarques originales sur le traitement de l’information :
« S’il y a une nouvelle, c’est la télévision qui la donne, elle est vite assimilée et cesse d’être une nouveauté. Il est quasiment impossible d’être surpris, car la surprise se trouve immédiatement reléguée à un passé immédiat, et il ne reste que la répétition. »

« Ceux qui avaient une certaine expérience de la vie, comme Aldo et Rosa, savaient qu’il suffisait d’attendre qu’une autre nouvelle remplace celle-ci. »

« C’était une espèce de cercle vicieux. Il fallait savoir pour pouvoir s’identifier, mais la connaissance déformait les faits. En réalité, il n’y avait rien à raconter, parce qu’il n’y avait pas de temps disponible et que la simultanéité ne se raconte pas. »

« Il fallait toujours être attentif aux décisions de la grande industrie, c’étaient les seules projections sur le futur qui comptaient. »

Apparaît aussi Nardo, une sorte de petit monstre, « un mélange de perroquet et de chauve-souris », puis… beaucoup de choses, dont une enquête policière, de la critique d’art et une plongée dans le monde maléfique de la pègre, non sans rocambolesques rebondissements et métamorphoses, incluant un glissement dans le réalisme magique.
« Les naturalistes trouvent dans de petites modifications de l’environnement les causes de l’extinction d’un oiseau, d’un insecte, d’un cactus… Pourquoi l’assassinat ne serait-il pas une de ces causes ? Il était si difficile de découvrir les coupables… L’impunité circulait, comme une monnaie légale. Ils sentaient que ce n’étaient pas des pizzas qu’ils livraient, mais un message, que plus personne ne comprenait : le message de la disparition de toute chose. »

Ce bref roman combine réflexions sociétales et aventures baroques dans un maelström jubilatoire qui m’a bien plu !

\Mots-clés : #fantastique #social
par Tristram
le Dim 4 Avr - 23:37
 
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Sujet: César Aira
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Stephen King

Tag fantastique sur Des Choses à lire If-it-10

Si ça saigne

C'est un recueil de quatre nouvelles.

Pour éviter de trop en dire, je vais évoquer quelques thèmes généraux : la technologie et ses dérives, le monde actuel et virtuel, l'écriture (avec une référence magistrale à E A POE), le passage du temps, la maladie, la vieillesse...

Il y a une nouvelle qui reprend l'héroïne de M. Mercedes. C'est classique chez King, ces correspondances entre livres. Elle n'était pas mal, mais un peu longue.

On retrouve l'habituelle capacité de King à narrer le quotidien, les soucis des gens, à nous livrer un état des lieux de la vie dans le Maine, et aux Etats-Unis. Ce côté un peu rural, plein de bon sens. On est loin des mégapoles à la mode et factices.

Il tape dans le vrai !

Il y a aussi l'irruption de l'irrationnel dans la vie ordinaire, les questionnements sur le destin (la nouvelle avec Chuck, qui meurt à 39 ans, est absolument magistrale et émouvante).

Allez bonus : ma nouvelle préférée est la dernière.

On y retrouve un écrivain qui est frappé - comme la foudre - de l'inspiration. Il sait que c'est son ultime chance d'écrire un bon roman. Il part s'isoler dans un vieux chalet décrépit. Imaginez l'ambiance poussiéreuse, silencieuse et tempétueuse (car un ouragan arrive). Habituel décor du maître. On y est. On se sent mal. On attend, on frissonne, on vit dans l'exaltation créatrice.

On pense à Shining. Son mental va t-il résister ? C'est fébrile, agité et l'homme écrit, écrit, jusqu'à en perdre un peu la raison. Puis surgit un "rat" : épisode hallucinatoire (ou pas), surréel car celui-ci lui parle... Est-ce son daemon ? Un délire ? Ou la voix de la création littéraire ?

Je n'en dis pas plus.

Il sait nous captiver...


Mots-clés : #fantastique #nouvelle
par Tatie
le Sam 20 Mar - 16:48
 
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Sujet: Stephen King
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Charles Dickens

Cantique de Noël

Tag fantastique sur Des Choses à lire Cantiq10

Voici, dans un conte de cinq « couplets », Ebenezer Scrooge (quels noms de personnages, comme celui de son commis, Bob Cratchit !), un homme d’affaires âpre au gain ayant survécu à son associé, Jacob Marley, dont le spectre lui apparaît un soir de Noël typiquement londonien.
« Scrooge reprit le chemin de son lit et se mit à penser, à repenser, à penser encore à tout cela, toujours et toujours et toujours, sans rien y comprendre. Plus il pensait, plus il était embarrassé ; et plus il s’efforçait de ne pas penser, plus il pensait. Le spectre de Marley le troublait excessivement. Chaque fois qu’après un mûr examen il décidait, au-dedans de lui-même, que tout cela était un songe, son esprit, comme un ressort qui cesse d’être comprimé, retournait en hâte à sa première position et lui présentait le même problème à résoudre : "était-ce ou n’était-ce pas un songe ?" »

Odieux avare endurci, trois esprits successifs (passé, présent et avenir) l’amènent à repentance au spectacle de la misère humaine qui fête malgré tout gaiement Noël en compagnie. L’acariâtre nanti découvre l’amour et la bonne humeur familiale. Après cette leçon nocturne, il rit et répand le bonheur.
C’est pathétique (la mort du petit Tiny Tim, les bons sentiments), d’une époque où cela était encore possible en littérature – encore neuf.
Dickens excelle tant dans la forme brève que dans ses longs feuilletons, et son œuvre appartient au fond commun des lettres. L'histoire fameuse de Scrooge fait partie de ses créations devenues légendaires outre-manche. J’ai moi-même l’impression de l’avoir déjà lu – ce qui n’est pas impossible…

\Mots-clés : #contemythe #fantastique #misere #social #xixesiecle
par Tristram
le Mer 3 Mar - 0:02
 
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Sujet: Charles Dickens
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Richard Brautigan

Le monstre des Hawkline ‒ Western gothique

Tag fantastique sur Des Choses à lire Le_mon10

Ça commence effectivement en western, et bascule dans le roman gothique… Comment dire ? nous manquons de pseudo-synonymes moins imprécis pour "décalé", "déjanté" et autres "foutraque" et "loufoque". C’est un burlesque et un absurde qui correspondent assez à ce que firent au cinéma au même moment les Monty Python, voire même un homologue du théâtre de l’absurde, dans la grande lignée du grotesque et du non-sens de la farce.
Deux tueurs professionnels sont engagés pour une mystérieuse mission dans « l’énorme maison jaune » de Miss Hawkline, à l’écart dans le désertique « Oregon de l’est »… et l’antagonisme de l’ombre et de la lumière des « Produits Chimiques » dans le cristallisoir du sous-sol renouvelle les genres avec force clins d’œil !
« Greer et Cameron étaient visiblement des hommes capables de se sortir de n’importe quelle situation avec le maximum d’effet pour le minimum d’effort.
Ils n’avaient l’air ni dur ni méchant. Ils ressemblaient plutôt au produit de la distillation de ces deux qualités. Ils semblaient vivre dans l’intimité de quelque chose que les autres ne pouvaient percevoir. Bref, ils ne manquaient pas de présence. On n’avait pas envie de se frotter à eux, même si Cameron passait son temps à compter, par exemple qu’il avait vomi dix-neuf fois entre Hawaii et San Francisco. Ils gagnaient leur vie à tuer les gens. »

« La route s’enfonçait dans la désolation des Dead Hills qui disparaissaient derrière eux pour réapparaître de nouveau. Tout était toujours pareil et tout était très tranquille.
Un instant Greer crut voir quelque chose de différent, mais il comprit qu’il s’était trompé. Ce qu’il avait vu était identique à ce qu’il voyait. Il avait cru que c’était plus petit, mais c’était en réalité exactement de la même taille que tout le reste. »

« Greer et Cameron contemplaient les sœurs Hawkline occupées à caresser en l’embrassant un porte-parapluies fait d’une patte d’éléphant, en l’appelant :
‒ Daddy ! Daddy !
C’est-à-dire :
‒ Papa ! Papa ! »

Malheureusement dans une traduction avec des maladresses… absurdes.

Mots-clés : #absurde #fantastique #humour
par Tristram
le Mer 14 Oct - 20:43
 
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Sujet: Richard Brautigan
Réponses: 37
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Laura Gallego García

Laura Gallego García
Née en 1977

Tag fantastique sur Des Choses à lire List_610

L'auteur d'Idhun. Netflix vient de sortir une série animée sur une saga qui a marqué une étape importante pour une génération au milieu des années 2000. Idhun est devenu la quintessence de l'histoire fantastique de l'Espagne, et a encore de nombreux fans aujourd'hui. Cependant, bien qu'Idhun soit son œuvre la plus connue, Laura Gallego est une écrivaine valencienne très prolifique, qui a écrit de la littérature pour enfants et pour jeunes adultes, bien que son genre préféré ait toujours été le fantastique.

Plus : wikipedia.org


Bibliographie :

Romans :

Les Chroniques de la tour
- L'Elfe Fenris, Baam, 2009
- La Vallée des loups, Baam ! 2008
- La Malédiction du maître, Baam ! 2008
- L'Appel des morts, Baam ! 2008

Idhun
- La Résistance, Bayard, 2010
- La Triade, Bayard, 2012

- La Légende du roi errant, La Joie de lire
- Prix Steamboat 2001
- Le Collectionneur d'horloges extraordinaires, Éditions du Seuil, 2005
- La Fille de la nuit, J'ai lu, 2013
- L'Impératrice des éthérés, Baam !, 2010
- Deux cierges pour le diable, Baam ! 2009

Cela m'a inspiré pendant mon adolescence, et bien que j'aie toujours voulu être écrivain grâce à cela, j'ai maintenant un travail très différent (je travaille dans les ressources humaines et je pense que c'est une tâche essentielle dans le monde d'aujourd'hui). Je le lis encore de temps en temps, le roman pour jeunes adultes m'attire toujours beaucoup, et Laura Gallego sera toujours une référence du genre en espagnol.

Mots-clés : #fantastique #jeunesse
par Ailen
le Mar 22 Sep - 10:34
 
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Sujet: Laura Gallego García
Réponses: 1
Vues: 869

Jean Ray

Les Derniers Contes de Canterbury

Tag fantastique sur Des Choses à lire Les_de10


Le narrateur (principal) relate comme il assiste, dans la vieille taverne londonienne où les pèlerins des Contes de Canterbury de Chaucer se sont rencontrés six siècles plus tôt, à une soirée où chacun leur tour racontent leur histoire des êtres déplacés dans le temps, « ou vivant plutôt dans un présent de plusieurs siècles ». Parmi eux, le Chat Murr d’Hoffmann, le Falstaff de Shakespeare, et nombre d’autres références littéraires du genre fantastique (au sens large), mais aussi des fantômes de bourreau, de marin, de sorcière…
Volontiers macabre, souvent horrifique, avec beaucoup d’humour noir mais aussi d’ironie, notamment inspirés du roman gothique anglais et de Dickens, ces contes valent surtout par l’atmosphère que Ray sait excellemment rendre, et par son style baroque, au vocabulaire étendu, volontiers archaïsant. Quelques extraits en donneront peut-être un meilleur aperçu :
« Ma maison !… La douce et vieille maison de Stanworth Street, sentant bon l’excellente cuisine d’Elfrida, et la fraîche amertume des lauriers-tin en cuvelle de mon jardinet, où un jet d’eau, svelte comme une liane, taquinait les petits rochers de margritin… »

Premières phrases de Le bonhomme Mayeux (ou Uriah Chickenhead) :
« En 1849, je n’étais qu’une sotte image, tavelée de rouille et tachée de graisse, épinglée sur une porte de placard dans les cuisines du château de Claremont, à cinq lieues françaises de Londres.
Le cuisinier Trochard, soldat de Valmy et demi-solde, dévoué au roi en exil et à sa fortune, dans un geste de rancune, me cloua à cette place comme à un pilori.
‒ C’est toi, sale merle, bavard et stupide, qui portes la faute de la perte royale, me criait-il après boire.
Et, non content de m’accabler d’injures, il me lapidait de rogatons et d’ordures.
Un historien lui aurait certes donné tort, mais Trochard savait à peine épeler les gazettes venant de France.
Heureusement, aux créatures idéalement plates les peines et les souffrances des êtres à trois dimensions sont épargnées, et je n’éprouvai ni goûts de révolte ni désirs de vengeance.
Jusqu’au jour… à la nuit, pour être plus véridique…
Il y avait un fantôme à Claremont. »

De même, début de Reid Unthank :
« J’étais content de moi. Ma plume éclata du bec comme je signai mon manuscrit d’un large paraphe, ce qui est généralement d’excellent augure.
‒ Il plaira ! aurait dit mon vieux maître d’école qui avait foi dans les signes bons et mauvais, appogiatures des prophéties.
J’empruntai à ma logeuse, dont le mari était maître corroyeur aux tanneries de Putney Communs, le cachet de la corporation, portant la drayoire et, de cire rouge, scellai mon envoi au Club Littéraire d’Upper-Thames.
Ma modestie m’empêcha d’inscrire en tête de mon œuvre une devise, où discrètement mes espérances se trouvaient encloses : « Honneur et Profit ».
J’attendis le samedi suivant avec fièvre.
Souvent, en mes copieuses heures de loisir, mes pas me portaient vers une de ces larges eaux mortes de Isle of Dogs, où l’on prend encore un peu de poisson. Un vieux Chinois, du nom de Su, y avait établi une sorte de bourdingue à claies, dont le coutel s’ouvrait près de l’une des berges de Limehouse Reach, et qui retenait captifs merlans, turbotins, carrelets et émissoles en rupture d’eau salée. »

Une quinzaine de textes divers, souvent fort inventifs, liés par le fil de cette réunion fantomale et la récurrence de certains personnages/ conteurs (ou de lieux, comme le quartier de Tyburn) ‒ en fait une structure plus ingénieuse encore, avec mise en abyme de l’histoire du narrateur principal.

Mots-clés : #fantastique #nouvelle
par Tristram
le Ven 7 Aoû - 0:18
 
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Sujet: Jean Ray
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Jacques Abeille

Le Veilleur du Jour

Tag fantastique sur Des Choses à lire Le_vei10

Il s’agit d’une suite aux Jardins statuaires, et les références aux statues sont fréquentes, comme d'autres au premier monde créé par Jacques Abeille. Le personnage principal est Barthélemy Lécriveur (voire « Léo Barthe, infâme auteur de récits scabreux où le désespoir le dispute à l’obscène »), qui apparaît déjà dans le premier livre.
Celui-ci suit la route qui mène à Terrèbre, la cité "tentaculaire", comme une araignée dans sa toile (et il s’efforce vainement de s’écarter de cette voie).
« "Et puis la ville s’est mise à grossir comme une toile d’araignée."
Et il croyait voir la dentelle des épeires tendue sur les rosiers sauvages et toute miroitante de rosée.
"C’est comme une main aux mille doigts crispés sur un cœur malade." »

Parvenu dans la ville, il se demande où en est le cœur… Elle est ancienne, bâtie sur des marécages, et les descriptions sont abordées avec un souci de géographe et d’historien, sans amoindrir la dimension lyrique et poétique du texte. Il y aura aussi urbanisme, histoire de l’art (statuaire), archéologie, mythologie…
« "Un homme est donc un paysage ?
‒ Un labyrinthe sur pilotis, et aussi la brume, et aussi l’eau morte dans son indifférente étendue. »

De précises descriptions ne sont pas sans rappeler celles du nouveau roman. Les préoccupations scripturaires sont d’ailleurs centrales.
« À la différence des narrations accumulées antérieurement dans ses archives où tout événement et toute circonstance sont décrits de manière si impersonnelle qu’on croirait que ce sont les choses mêmes qui prennent la parole (mais cela serait encore une autre illusion), maintenant il rédige son récit à la première personne en l’ordonnant sur le fil du temps, si bien qu’il ne peut séparer ce qu’il vit, jusque dans le détail intime, de ce qu’il ne voit pourtant qu’à la condition de s’en tenir à distance. »

L’aspect ethnologique s’illustre de nouveau, comme avec le rite d’adoption chez les bûcherons avec les trois serpents.
« ‒ Avec l’adoption se transmet la faculté d’accueillir les signes. On ne traduit pas les signes, on agit selon leur sens ; partout retentissent des appels et, de ce point de vue, on peut dire que la forêt est partout. »


Barthélemy devient veilleur de jour dans un entrepôt vide qui commande l’accès à un vieux cimetière, avec charge d’attendre la venue d’un inconnu annoncé par la légende occulte mentionnée dans un vieux livre interdit… Il explore l’antique labyrinthe géométrique que constitue la bâtisse, s’y installe.
Le roman tourne autour des passages secrets, des choses cachées, de l’envers du décor. Dans une mystérieuse atmosphère d’énigmes, une intrigue est nouée, où prennent part l’antiquaire, Coralie l’étudiante, le Professeur Destrefonds et Son Excellence le grand chancelier de Terrèbre (on perçoit une certaine défiance envers la politique) ; avec le piètre enquêteur Molavoine s’ajoute une dimension polar.
Le même beau lyrisme, parfois un peu artificiel et presque emphatique, prévaut toujours, sensuel ; la part érotique prend une plus grande place.
L’inspiration et le style pourraient être rapprochés de ceux de Mandiargues, et peut-être aussi de Rio.
Quelques phrases qui m’ont semblé être représentatives :
« Il n’y a pas de meilleurs lecteurs que les rêveurs.
‒ Ils sont inattentifs, pourtant.
‒ Que non point ; mon métier m’a accoutumée à les reconnaître ; eux seuls savent faire fleurir comme il convient les virtualités de l’écrit. Ce qui est écrit a besoin d’être déplié et c’est tout un art que de donner leurs aises aux mots ; au lieu de faire effort, il faut s’abandonner, vous comprenez ? »

« Sur la place pourtant immense la presse était infernale et, malgré l’effort des gendarmes qui s’affairaient à mouvoir la masse humaine agglutinée, il semblait que ne subsistassent que des courants tourbillonnaires très lents dans lesquels les hommes, comme d’infimes particules pétries dans une pâte convulsive, se substituaient les uns aux autres dans un piétinement indéfini ; au milieu, comme au centre d’un chaudron en ébullition on voit surgir de temps à autre quelque objet plus épais et massif que l’élément où il surnage, trois attelages de forains tanguaient et roulaient à la houle humaine et s’efforçaient d’avancer vers la rue Sainte-Sophie. »

« Cependant, pour en revenir à notre propos, je te dirai qu’il m’importe assez peu qu’un homme se présente comme un réformateur, ou comme un révolutionnaire, ou même comme un conservateur. Je pense que tu pressens aussi bien que moi la dévaluation que dénonce l’emphase de ces termes. Ce qui m’importe et me paraît seul réel, c’est le sentiment de justice qui l’inspire. »

« Toute société se caractérise par un certain nombre de luxes, de dépenses intempestives, d’excès dont l’utilité immédiate est fort douteuse et qui contredisent ouvertement les règles pourtant inflexibles de son fonctionnement. »

« C’est cela la mort ; ce surcroît de honte dont se trouvent chargés les vivants. C’est cela l’histoire de l’humanité ; un présent de plus en plus écrasé de honte. »


Mots-clés : #fantastique
par Tristram
le Sam 1 Aoû - 23:14
 
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Sujet: Jacques Abeille
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Henri Bosco

Malicroix

Tag fantastique sur Des Choses à lire 51f86g10

Le narrateur, Martial de Mégremut, cette amène famille de paisibles bons vivants des vergers dans les collines, hérite d’un parent éloigné, Cornélius de Malicroix, la Redousse, une île du Rhône en Camargue. Pour que le maigre domaine lui reste, il doit y vivre seul (avec le farouche Balandran, berger déjà au service de Cornélius) pendant trois mois, ainsi que le lui apprend lors d’une visite sur les lieux maître Dromiols, accompagné d’Oncle Rat, lui-même d’une famille historiquement serve de celle du notaire…
C’est donc une histoire de solitude, d’introspection et de patience, de rapport au temps qui passe, aussi d’immersion dans une nature où les éléments trouvent toute leur puissance ‒ fleuve, pluie, vent, tempête (on est en automne), neige (on est bientôt en hiver), arbres, mais aussi feu de l’âtre, Bréquillet le briard ‒ et c’est autant de magnifiques descriptions lyriques.
« Car tout (je le savais), dans cette aventure insolite, dépendait du temps. »

« L’inquiétude des eaux naîtrait qui, avec celle des forêts, est sans doute la plus antique et la plus angoissante au cœur de l’homme. »

L’île sur le Rhône est orientée dans l’axe du fleuve du Nord au Sud, en amont où un roc, « l’écueil du Ranc », a permis sa formation alluviale alimentée par les Alpes, à l’aval où une lagune limoneuse donne sur la mer.
Il y a aussi le mythe, celui du taureau blanc des Rambard (des voisins manadiers), à l’origine de la rencontre dramatique de Cornélius avec Delphine d’or, qu’il épousa et qui se noya peu après lors d’une traversée du Rhône en bac.
« Ainsi se forment lentement, chez ces êtres qui vivent seuls, à longueur de journées, de mois, de saisons et d’années méditatives, le goût et le besoin de la vision, la secrète passion des figures surnaturelles… Car on a vu ici des demi-dieux…
[…]
‒ Sait-on jamais ? Ici le moindre souffle est une voix, l’ombre la plus banale, une présence. Un reflet sur l’eau, un nuage, deviennent aussitôt l’origine d’un mythe ou évoquent quelque légende. Les vieux cultes ne sont qu’assoupis sous cette terre. Il suffît quelquefois d’un rien pour les éveiller inopinément. Et alors vous voyez surgir les croyances les plus étonnantes…
‒ Lesquelles ? demandai-je.
Il baissa la voix, s’inclina vers ma chaise et dit :
‒ Celle de la bête, surtout.
‒ Le taureau ? demandai-je. »

« Au loin, le passeur. À peine un homme, une Ombre. »

Il y a encore le mystère… le codicille, avec l’ultime épreuve…
Martial est un studieux, partagé entre l’aimable « tribu » des familiers Mégremut, doux et raisonnables, et la violence sauvage et ténébreuse de la race pratiquement disparue des Malicroix, car il participe des deux sangs. (Il y aurait beaucoup à dire des heureux et bienveillants Mégremut ‒ des sortes de Hobbits ‒, et il semble que Sylvius, paru la même année, leur soit consacré.)
« Botaniste, agronome, horticulteur, herboriste, que sais-je encore ?… »
‒ Jardinier, dis-je doucement. »

« Je sais attendre, et même d’une attente pure, celle qui n’attend rien, dont le seul objet est d’attendre. Le temps ne passe plus : il dure, mais sans fissure perceptible, et dès lors rien n’est lent ; nul ennui ; l’on repose. Tout étant devenu possible, on ne redoute ni n’espère ; et l’âme ne tient au futur que par l’éventualité, mais purifiée de toutes ses formes. On jouit de ce qui est, merveilleusement, ce qui vient, plus qu’à l’ordinaire, étant lent à venir. Quelque chose en nous se révèle, sensible au monde du silence, monde frémissant au delà des ondes sonores dont il enveloppe et compose, pour les atténuer et les confondre, les vibrants messages. »

Martial, qui dans sa « terreur des eaux » craint le fleuve puissant et « noir », et qui bizarrement n’explore guère son nouveau domaine, pense dans un premier temps renoncer à son héritage après un court séjour de « courtoisie » ; c’est l’occasion de belles notations psychologiques.
« Il arrive que les grandes décisions ne se prennent pas, mais se forment d’elles-mêmes. Le débat du pour et du contre pèse peu en regard de cet obscur cheminement. L’acte de la volonté dure ne se détache pas de nos hésitations, pour les trancher. On ne s’aperçoit pas qu’on a pris un parti, mais on fait tous les gestes qu’il comporte, insensiblement. On s’engage ainsi, par l’action la plus modeste, dans un mouvement d’actes simples et naturels qui se précisent peu à peu. Quand cette précision nous est devenue claire, tout est décidé. »

Bonheur d’expression :
« J’avais l’impression déroutante de ces choses déjà vues, que l’on sait n’avoir jamais vues. »

Martial a beaucoup de rêves, quelques hallucinations et même un délire fébrile ; curieusement, il se réveille souvent à minuit, comme c’était paraît-il la coutume au Moyen Âge.
J’ai noté une particularité de l’écriture de Bosco : certains évènements, à peine relatés, sont repris dans un second passage qui les expose sous un angle nouveau, ou plus fouillé.
Plus je pratique Bosco, et plus je suis sous le charme. C’est un peu contre-intuitif, mais l’accoutumance à sa forme d’écriture, une sorte d’acceptation préalable et de suspension critique de ma part, me permettent d’approfondir et d’apprécier plus pleinement son œuvre.

Mots-clés : #fantastique #huisclos #initiatique #solitude
par Tristram
le Lun 13 Juil - 20:50
 
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Sujet: Henri Bosco
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Mariam Petrosyan

La Maison dans laquelle

Tag fantastique sur Des Choses à lire 51-5jr10

Je n’ai jamais lu quelque chose de comparable ! Par moments, on peut penser à Bruno Schultz pour le délire fantastique, mais de loin. On a évoqué aussi l’univers de Tim Burton, de Lewis Caroll, du William Golding de « Sa Majesté des mouches ». Il y a du vrai dans ces comparaisons, mais c’est tout de même un ouvrage très original.
Mariam Petrosyan, qui est une plasticienne, n’a écrit que ce livre. Elle s’y est attelée à l’âge de 18 ans. C’est la raison pour laquelle elle a su si bien parler du passage de l’adolescence à l’âge adulte.

« Le monde de l’adolescence est moins agréable que celui de l’enfance, mais beaucoup plus intense et plus riche en émotions et en sentiments que celui des adultes. Le monde des adultes est ennuyeux. Les adolescents ont hâte de grandir, parce qu’ils croient que l’indépendance va leur apporter la liberté. Alors qu’en réalité, ils vont se retrouver dans une espèce de prison à vie, faite d’obligations et d’interdictions dont ils ne pourront sortir que lorsqu’ils auront atteint la vieillesse – pour les plus chanceux. »


Ce n’est pas le moindre des mérites de ce livre sur lequel elle a travaillé une dizaine d’années, c’est même probablement sa grande force que cet univers restitué de l’enfance et de l’adolescence.
Ce fut visiblement une expérience forte pour l’auteure « Tout comme elle ne dit pas l’avoir écrit mais y avoir vécu, s’y être réfugiée soir après soir, elle ressent un grand vide depuis sa parution. »
On sent, derrière la transposition fictionnelle, un vécu personnel très fort.

Ouvrons la porte de cet univers :

« Salut à vous les avortons, les prématurés et les attardés. Salut, les laissés-pour-compte, les cabossés et ceux qui n’ont pas réussi à s’envoler ! Salut à vous, enfants-chiendent ! »


Le ton est donné. Nous voici dans la Maison

La Maison est une sorte de pensionnat pour handicapés physiques, mais aussi mentaux

« Tous les types de démences réunis en un seul et même Nid. Les spécialistes n’avaient qu’à se munir de leurs encyclopédies pour s’amuser à les pointer un par un. Des psychopathes, ici, il y en avait pour tous les goûts »


La Maison est gigantesque, puisqu’elle est toujours vue par les yeux de leurs pensionnaires, avec des couloirs interminables, remplie de caches et d’endroits mystérieux, certains frappés d’anathèmes ou tout du moins dangereux à fréquenter, de dortoirs qui sont devenus souvent de vrais dépotoirs où l’on clope, picole, bouffe et où éventuellement on dort, de la cafetière, du Croisement et de son canapé, autre point de rencontres, et de beaucoup d’autres lieux que l’on découvre au fur et à mesure de la lecture. Surtout, il y a la Maison et l’Extérieur, les deux mondes sont étanches, tout du moins le voudrait-on !

« Chaque recoin de la Maison était hanté par les morts qui y avaient vécu. Chaque armoire abritait un squelette anonyme qui finissait d’y pourrir. Quand il y avait trop de spectres pour une pièce, ils commençaient à envahir les couloirs. Pour lutter contre ces importuns, on dessinait des symboles ésotériques sur les portes et on s’accrochait des amulettes autour du cou. On aimait ses propres fantômes, on les amadouait, on leur demandait conseil, on leur chantait des chansons et on leur racontait des histoires. Et ils répondaient par des inscriptions au savon et au dentifrice sur les miroirs, ou par des dessins à la peinture violette sur les murs. Il leur arrivait de murmurer à l’oreille de certains élus, quand ceux-ci prenaient une douche ou se montraient suffisamment téméraires pour passer la nuit sur le canapé du Croisement. »


La Maison en vient à être une sorte d’organisme vivant quelque peu inquiétant :

« Car la Maison exige une forme d’attachement mêlé d’inquiétude. Du mystère. Du respect et de la vénération. Elle accueille ou elle rejette, gratifie ou dépouille, inspire aussi bien des contes que des cauchemars, tue fait vieillir, donne des ailes… C’est une divinité puissante et capricieuse, et s’il y a bien une chose qu’elle n’aime pas, c’est qu’on cherche à la simplifier avec des mots. Ce genre de comportement se paie toujours. »


Il existe une singulière osmose entre la Maison et ses occupants. Les murs sont couverts de dessins, d’inscriptions. Les fenêtres, une fois nettoyées, ont été rapidement noircies à la peinture car… elles donnaient sur l’Extérieur !
Quelques rares éducateurs savent lire les graffiti qui marquent les lieux

« Les murs étaient leurs journaux à eux, leurs magazines, leurs panneaux de signalisation, leur téléphone, leur musée. Le principe était simple : on y notait ce qu’on avait à dire, après quoi il ne restait qu’à attendre. Ce qui en découlait ne dépendait plus de l’auteur. Un surnom pouvait aussi bien être oublié et recouvert d’un autre gribouillis, qu’adopté et employé sur le champ. »


Les pensionnaires ont modelé, autant qu’ils ont été modelés par la Maison :

« Par exemple, j’avais compris que le goût des habitants de la Maison pour les histoires à dormir debout n’était pas né comme ça, qu’ils avaient transformé leurs douleurs en superstitions, et que ces superstitions s’étaient à leur tour muées, petit à petit, en traditions. Et les traditions, surtout lorsqu’on est enfant, on les adopte immédiatement. Si j’étais arrivé ici il y a quelques années, peut-être que je trouverais banal de communiquer avec les morts. Je serais à côté des autres sur la vieille photo de Noiraud, avec un arc fabriqué de mes propres mains ou une corne sortant de ma poche ; je porterais fièrement une amulette pour mettre les esprits frappeurs en déroute, que j’aurais échangé contre une collection de timbres ; je craindrais certains endroits, des lieux précis de la Maison à certains moments précis de la journée, où je me rendrais toutefois par défi. »


C’est une bien curieuse faune qui vit dans la Maison…

Au départ, nous rencontrons « Fumeur », un « roulant », qui vient de s’être fait virer du groupe des « Faisans » pour avoir oser arborer des baskets trop voyantes. Il trouve refuge auprès de « Lord » du groupe 4 qui vient de goûter au Chemin Lunaire, boisson on ne peut plus dangereuse, encore plus que l’Arc-en Ciel Blanc ou les Quatre-marches.

« Bon, tout a commencé quand Lord a décidé d’essayer un truc qui s’appelle le chemin Lunaire. Or, l’effet de cette boisson sur l’organisme se caractérise par le fait qu’il est… totalement imprévisible, justement. Certains se sentent mal, d’autres sont euphoriques, d’autres encore commencent à se conduire bizarrement… Vu de l’extérieur, c’est assez impressionnant. Par exemple, je connais quelqu’un qui, après en avoir bu, ne s’exprimait plus qu’en vers. Tiens, et un autre qui n’arrivait tout simplement plus à parler… »


Pour Lord, le résultat est de tomber en catalepsie. Pris de peur, « Noiraud » conduit Lord au « Sépulcre ». Pour cette raison, « Sphinx » va casser la figure à noiraud. En effet, Lord a déjà trois traits rouges sur son dossier ; un quatrième signifierait l’exclusion de la Maison, autant dire la mort. Finalement Sphinx qui connait bien une « araignée » est chargé par le groupe de plaider la cause de Lord…

Ainsi les pensionnaires sont répartis en différents groupes, six au total, plus ou moins hiérarchisés. Chacun a son chef, ses acolytes, ses règles de vie, ses codes… L’histoire pullule de rivalités, de putschs, manqués ou réussis, pour s’assurer la domination. Pour compliquer le tout, il y a les Bandar-Log, groupe transversal, sortes de bad boys comparables aux Hells Angels.

« Pour mériter son titre, la Meute devait régulièrement se rappeler au bon souvenir de son entourage par des vitres cassées, de graffitis, des souris glissées dans les tiroirs des professeurs, des cigarettes fumées dans les toilettes. Ils faisaient tout pour entretenir leur mauvaise réputation, car elle les distinguait de leurs ennemis jurés, les roulants. Mais les victimes préférées de la Meute, c’étaient les nouveaux, les petits chéris à leur maman qui sentaient encore l’Extérieur : un ramassis de chochottes et de geignards, pas même dignes d’avoir un surnom. »


Le plus haut en couleur est incontestablement le groupe 2, « Les Rats »,  dont les membres évoquent les Punks

« Ses cheveux ressemblaient à du sang séché et ses lèvres étaient d’une couleur si vive qu’on les aurait dites fardées de rouge. Il avait le menton strié de coupures de rasoir et le cou enserré d’un collier d’os de poulets séchés. Comme tous les autres Rats, il était loufoque, mais de près, il paraissait encore plus bizarre. »


« Pendant une demi-heure ce fut l’extase. Puis un rat dépressif éclata en sanglots et sortit un rasoir. Décidément, ces gars-là ne savaient pas se tenir ! Ils devaient manifestement considérer leurs tendances suicidaires comme leur bien le plus précieux.
Le Raton se taillada, noyé dans sa morve. Fasciné par le spectacle, Valet se mit à jouer faux. Le charme était rompu. Les Rats se dispersèrent pour emmener leur rejeton se faire raccommoder. Au sol s’étendaient de belles flaques rouges. Sphinx soupira. Je chaussai mes lunettes n° 5 ; elles offraient un spectre de couleurs tonifiant, dans les tons jaunes orangés. Bien utile quand on avait affaire aux anciens Pestiférés ».


Derrière la noirceur, bien réelle, parfois inquiétante, il y a beaucoup d’humour dans l’univers de Mariam Petrosyan. On rit beaucoup.

« Après quelques mètres, nous avons remarqué deux silhouettes solitaires et avons hâté le pas. C’étaient l’Aveugle et la Rate. Un couple parfaitement assorti – à faire froid dans le dos. Aussi pâles que des cadavres, dotés des mêmes yeux cernés de bleu, et tous deux dans un état de dépérissement avancé. L’Aveugle, en outre, était lacéré des clavicules au nombril, son t-shirt en lambeaux, laissait voir les écorchures de sa peau. Un spectacle d’autant plus saisissant que les ongles de Rate étaient rougis de sang séché.
- Tiens, regarde, dis-je à Sirène. C’est un trip dans le genre de ton « Kamasutra », mais tendance marquis de Sade. »


Eh oui, au milieu de l’ouvrage, la « Nouvelle Loi » permet une forme de mixité. Entrent dans la danse Gaby la Longue, Rousse, Sirène, Rate, Aiguille… pour le meilleur et parfois le pire.

Tout ce petit monde vit avec une angoisse de fond : le moment de quitter la Maison au moment des 18ans.
Toutes les astuces sont bonnes pour échapper à ce moment fatidique : distorsion du temps avec la nuit la plus longue

« Dans la Maison, le temps ne s’écoulait pas comme à l’Extérieur. On n’en parlait pas vraiment, car ces choses-là étaient bizarres et auraient vite fait d’attirer les foules, mais certains parvenaient à vivre plus d’une vie, tandis que d’autres n’y passaient qu’un seul mois. Plus tu tombais dans ces endroits étranges qui aspiraient le temps, plus tu existais. En règle générale, ça n’arrivait qu’à ceux qui habitaient ici depuis déjà un bail, si bien que la différence entre les vétérans et les nouveaux était immense ; pas besoin d’être extralucide pour la voir. Les plus avides s’adonnaient à ça plusieurs fois par mois, si bien qu’ils traînaient derrière eux plusieurs versions de leur passé. »


Echappée vers l’imaginaire avec la nuit des contes, ou moyens plus radicaux :

« Qu’ils grandissent, se métamorphosent, eux et leur territoire, jusqu’à l’âge où il leur faudrait quitter la Maison. La promotion précédente avait trouvé un moyen bien à elle de faire face à cette échéance : douze tentatives de suicide, dont cinq réussies. »


Las adultes sont pourtant présents, mais toujours en arrière-plan. Les professeurs dont on ne parle pratiquement pas. Le Directeur, Requin, essayant vaguement de maintenir une façade de discipline. En revanche, une place plus large est faite aux éducateurs, Ralf, Elan, qui sont les traits d’union entre les pensionnaires et la direction.

Au final, je vois tout ces protagonistes sur une photo de groupe, avec leurs vêtements excentriques qui affirment leur personnalité, leurs gris-gris et amulettes pour se protéger, leurs collections d’objets dérisoires et inutiles, leur regard bravache, parfois terriblement cruel (il y a des morts dans l’histoire), qui trahit toutefois leur désarroi, leur solitude et un terrible besoin d’affection.
J’ai eu du mal à me séparer de ces « Crevards pestiférés » : Sphinx, l’Aveugle, Fumeur, Roux, Sauterelle, Chacal Tabaqui, Vautour, Bossu, Putois, le Macédonien, Sirène, Rousse, Rate et tous les autres, au bout de plus de 900 pages mais qui se lisent comme du petit lait, pourvu qu’on accepte de rentrer dans cet univers singulier.
A mon avis, un grand livre sur l’adolescence. Ce n'est pas si fréquent les écrivains capables de créer un univers:D
Je termine en précisant que la couverture est très belle. Je trouve que la maison Monsieur Toussaint Louverture a une politique éditoriale tout à fait remarquable.

Mots-clés : #enfance #fantastique #initiatique
par ArenSor
le Sam 11 Juil - 20:13
 
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Sujet: Mariam Petrosyan
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Samanta Schweblin

Toxique

Tag fantastique sur Des Choses à lire Toxiqu10

Distancia de rescate, le titre original, fait référence à cette « distance de secours » maintenue par une mère avec son enfant, comme un lien élastique entr’eux, constamment gardé à l’esprit par Amanda.
Celle-ci passe des vacances avec sa fille Nina dans un village de la campagne argentine, où elles ont fait la connaissance de Carla et son fils David. Ce dernier est atteint d’une mystérieuse maladie, qu’en l’absence de médecin la guérisseuse locale aurait sauvé en permutant son âme avec celle d’un autre enfant.
L’origine du mal qui frappe nombre d’enfants du village est un « poison » "toxique", vraisemblablement une contamination (épandage de produits chimiques ?)
Ce bref roman consiste en la relation des évènements par Amanta, à la demande de David qui recherche un point particulier de l’histoire pour « comprendre ce qui est important et ce qui ne l’est pas ».
La tension est maintenue à son comble comme Amanta, condamnée à mourir, s’inquiète pour Nina dans une étrange atmosphère de menace, voire de conspiration.

Mots-clés : #fantastique #relationenfantparent
par Tristram
le Ven 19 Juin - 21:14
 
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Sujet: Samanta Schweblin
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Kenneth Grahame

Tag fantastique sur Des Choses à lire Graham16
Jours de reve - L'Age d'or. - Phébus

En règle générale, en effet, les grandes personnes sont d'un niveau très correct en matière de faits ; c'est le talent supérieur de l'imagination qui leur fait si tristement défaut.

Ils sont cinq enfants entre cinq et 12 ans, trois frères et deux soeurs. Ils vivent dans un domaine rural au bord d'une rivière.
En ce début de 20e siècle, on les qualifierait volontiers de chenapans ou de galopins. Amicalement.
Parce qu'ils sont de bonne famille et ont pour chaperons une tante et une gouvernante. Qu'ils font tourner en bourrique.

Les parents sont ils là ? Si oui, ils n'apparaissent jamais.

Aux yeux des enfants ils sont confondus dans un meme oubli. Ils sont les Olympiens, avec ce que comporte de distance cette appellation qui englobe tous les
adultes. Mais ils sont en vacances, on est en août, et ils font les quatre cents coups sans états d'âme Pirates, brigands, navigateurs, ils affolent les les animaux de basse cours et les fermiers
du voisinage.

Au fils de leurs escapades, ils rencontrent un  marginal, inspiré, non conformiste et raconteur d'histoires qui les fascinent et les rassemble comme le joueur de flute de l'histoire.
Ils se risquent aux  premières amours, aux premiers vrais chagrins et conflits.. Mais le temps avançant, on sent qu'une méchante porte va se refermer... La felure.

Ce qu'on retient -ce que j'ai retenu- c'est cette perception d'un temps sans limites, d'un éternel été.

On sait que ce livre est autobiographique et que l'auteur n'a eu qu'un seul projet : ressusciter avec des mots la magie de l'enfance.

C'est ce qu'il a réussi avec un bonheur qu'on trouve rarement dans ce genre de littérature.

Allez, on peut citer quand meme Elsa Morante, Lewis Carroll, Mark Twain, Faulkner et quelques autres.

Aux enfants -de tout age- et à ceux qui n'ont pas oublié de l'etre...

Mots-clés : #fantastique #jeunesse
par bix_229
le Ven 8 Mai - 17:40
 
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Sujet: Kenneth Grahame
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Carlos Drummond de Andrade

Tag fantastique sur Des Choses à lire Andrad12

Carlos Drummond de Andrade  : Conversation extraordiniare avec une dame de ma connaissance. - Métailié

Poète en vers, Carlos Drummond de Andrade l'est  aussi dans sa prose, ses contes et récits, il parvient à donner vie et couleurs à un Etat du Brésil plutot ingrat et replié sur lui même, le Minas Gerais.

Une amie que j'avais, a failli y perdre la raison, tant ce pays de mines, et de rues et de maisons en pente la déprimait, elle qui, carioca de coeur, ne revait que de Rio. 
 
Carlos Drummond a sublimé le réel, même si son regard sur l'humain est plutot acerbe. N'y font défaut ni les simagrées religieuses, ni la  cruauté enfantine, ni les cas de conscience de collégiens.

La nouvelle la plus drôle met en scène des notables assemblés face à un prisonnier qui vient de s'évader.
Ou encore cette histoire de vampire, où un trop respectable gérant de banque mange les doigts des dames. Des  dames seulement, pas des jeunes filles ! Imaginez !
Mais ce qui séduit et retient le plus, c'est la beauté du style de certaines métaphores. Sa prose est souvent lyrique et elle atteint une transparence magique. Il y a aussi de très belles evocations de l'enfance et de la ville du poète.

Un des meilleurs livres de l'année.


Mots-clés : #contemythe #fantastique
par bix_229
le Ven 10 Avr - 19:56
 
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Sujet: Carlos Drummond de Andrade
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[Anonyme] Huon de Bordeaux

Huon de Bordeaux

Tag fantastique sur Des Choses à lire Huon10
Aux éditions Champion Classiques, 2003, un peu plus de 600 pages y compris adaptation/traduction, glossaire, notes, appareil critique, tables et bibliographie. Le corpus lui-même est de l'ordre de 10800 vers à peu près.

Le genre est la chanson dite de geste, donc assonancée, en décasyllabes quasi systématiquement, se groupant en laisses (des strophes présentant la même assonance). Attention, au cours des siècles on trouve aussi une version intégralement en prose.

Mais restons sur la version versifiée.
Elle émane d'un trouvère-jongleur, probablement, par conséquent s'accompagnant d'un instrument de musique (viéle à peu près certainement), ou plusieurs instruments, plusieurs musiciens.
La version utilisée par l'édition ci-dessus reproduite, n'est pas la plus ancienne version attestée, elle utilise la langue d'oïl.

La plus ancienne conservée est l'édition dite M, conservée à la bibliothèque municipale de Tours, estimée en datation au milieu du XIIIème, ce devait être la deuxième ou troisième génération de propagation de ce texte, suivant toujours les mêmes experts.
C'est le support de l'ouvrage de référence de Pierre Ruelle (Huon de Bordeaux, 1960, aux Presses Universitaires de France), aujourd'hui épuisé et ardu à trouver d'occasion (et conséquemment onéreux bien entendu).

Le second, dit T, est conservé à Turin, daté de 1311 et émane d'un copiste picard, il a été très endommagé par le feu en 1904.

Le troisième, P de son petit nom, est conservé à la Bibliothèque Nationale à Paris. C'est l'œuvre d'un copiste lorrain du XVème, et sert de base à la version que j'ai entre les mains.


Tag fantastique sur Des Choses à lire Vizole10


Mots-clés : #contemythe #fantastique #moyenage #poésie
par Aventin
le Lun 13 Jan - 15:43
 
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Sujet: [Anonyme] Huon de Bordeaux
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Haruki MURAKAMI

1Q84

Tag fantastique sur Des Choses à lire Tylych31

Livre 1
Avril - juin 1984.
Histoires entrelacées d’Aomamé et Tengo.
Lui est un jeune professeur de mathématiques qui travaille aussi dans l’édition, par ailleurs passionné d’écriture. Komatsu, l’éditeur qui le suit amicalement car il l’estime doué, lui propose de réécrire le manuscrit de Fukaéri (Ériko Fukada), une lycéenne de dix-sept ans (La Chrysalide de l’air, un roman puissamment imaginatif, mais mal écrit), à la fois pour en faire une œuvre sensationnelle et se moquer du monde littéraire en remportant le prix Akutagawa.
« Seulement, à l’opposé de Fukaéri, tu n’as pas encore saisi ce que tu devais écrire. Alors bien souvent, dans tes textes, on ne voit pas où est le cœur de l’histoire. Ce que tu devras écrire, tu le trouveras en toi. C’est comme un petit animal apeuré tapi dans un trou profond, qui aimerait s’enfuir, mais qui n’arrive pas à s’échapper. Tu sais qu’il est caché là, au fond. Mais tant qu’il ne sort pas, tu ne pourras pas l’attraper. » 2

Le processus de mise en forme ou réécriture(s) est passionnant (chapitre 6) ; il s’efforce d’obtenir des phrases qui coulent (comme les mathématiques selon Tengo, comme le style de Murakami).
« Après tout, il n’avait qu’à régler concrètement les détails, l’un après l’autre. Une fois qu’il aurait travaillé et organisé les à-côtés, il était possible que l’image d’ensemble se dessine d’elle-même en toute clarté. »

« Durant un laps de temps déterminé, il étoffait le texte, autant que possible, puis, durant un laps de temps déterminé, il le réduisait, autant que possible. En poursuivant obstinément ces opérations opposées et complémentaires, l’amplitude diminuait peu à peu et le texte finissait par se stabiliser à un niveau d’équilibre satisfaisant. Jusqu’à atteindre enfin le point où il n’y avait plus rien à rajouter, plus rien à retrancher. Les complaisances de son ego une fois élaguées, les qualificatifs superflus éliminés, la logique trop apparente se réfugiait à l’arrière-plan. »

L’écrivain (lequel ?) se confie :
« Quand j’écris un roman, je cherche, grâce à mes mots, à transformer le paysage environnant pour qu’il me devienne plus naturel. En somme, j’opère une reconstruction. Et, de la sorte, je m’assure de mon existence dans ce monde, en tant qu’être humain. »

Aomamé, "femme libérée", est une tueuse professionnelle de maris particulièrement violents avec leur épouse ; une distorsion temporelle l’a fait glisser dans un univers parallèle légèrement différent ‒ celui de l’année 1Q84.
Dans les deux cas, des souvenirs surgissent du passé de façon aussi précise qu’intempestive ; comme souvent chez Murakami, la musique tient une place importante.
Fukaéri, l’étrange, taciturne jeune fille dyslexique à la beauté troublante fait se rencontrer Tengo et le « Maître », Ébisuno, un ancien ethnologue, qui lui raconte l’expérience de communauté agraire utopique du père de Fukaéri, précurseur de l’agriculture biologique ; une dissidence aboutit à la formation d’une faction armée extrémiste qui affronte la police ‒ c’est le point de distorsion commun aux deux histoires.
« De mon point de vue, Takashima a produit des robots incapables de penser. Ils ont réussi à enlever de la tête des gens les mécanismes permettant de penser par soi-même. Un univers semblable à celui que George Orwell a décrit dans son roman. Mais comme vous le savez sans doute, sur terre, il existe pas mal d’individus qui cherchent volontairement à vivre dans cet état de mort cérébrale. Parce que, n’est-ce pas, c’est plus confortable. Ils n’ont plus à réfléchir à des choses compliquées, ils se contentent de faire ce qui leur a été ordonné d’en haut, sans rien dire. Ils ne sautent pas un repas. » 10

« À cette époque-là, lui aussi avait à peu près compris que, dans le Japon des années soixante-dix, ce n’était ni le lieu ni l’heure qu’advienne la révolution. Ce qu’il gardait en tête au fond, c’était la révolution en tant que possibilité, ou, plus encore, la révolution en tant que métaphore, en tant qu’hypothèse. Aussi était-il persuadé que l’exercice d’une pensée destructrice, anti-système, était indispensable à une société saine. En d’autres termes, comme une épice salubre. Cependant, ce que voulaient les étudiants qu’il avait dirigés, c’était une révolution authentique, au cours de laquelle coulerait du sang véritable. » 10

La communauté agraire aboutit à une secte eschatologique ‒ « …] tout un chacun, au fond de soi, attend l’arrivée de la fin du monde. »
« Ils devaient accompagner leurs parents de maison en maison, le dimanche et les jours de congé, ils devaient sonner chez des étrangers. Même si le prosélytisme et la collecte de la redevance étaient des activités différentes, Tengo avait bien compris que ce rôle qui leur était imposé blessait profondément leur cœur d’enfant. Le dimanche, les enfants devraient s’amuser avec d’autres enfants autant qu’ils le voudraient, et non pas aller menacer les gens à propos d’une redevance ou leur annoncer une fin du monde terrifiante. Ces choses-là – à supposer qu’elles soient indispensables –, c’était l’affaire des adultes. » 12

Les endroits-moments où les deux univers se touchent, se compénètrent, sont amenés avec grand art ; de même l’apparition du fantastique (la Sinfonietta de Janáček, les Little People, les deux lunes, etc.), références à la science-fiction (notamment dickienne) comme au merveilleux (ainsi Le Petit Peuple d’Arthur Machen) ; Aomamé et Tengo se sont croisés lorsqu’ils avaient dix ans, et en ont été marqués.
C’est aussi onirique :
« De retour chez lui, il se coucha, s’endormit et rêva. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait fait un rêve aussi clair. Dans ce rêve, il était une toute petite pièce d’un gigantesque puzzle. Mais cette pièce n’était pas fixe, sa forme ne cessait de changer à chaque instant. Par conséquent, elle ne s’emboîtait nulle part. Évidemment. De surcroît, alors qu’il s’appliquait déjà à découvrir sa place, il lui fallait, dans un temps donné, rassembler les pages d’une partition pour timbales. Les pages avaient été dispersées par un vent violent, elles s’étaient éparpillées un peu partout. Il les ramassait une à une. Puis il devait vérifier leurs numéros et les remettre dans le bon ordre. Pendant ce temps, son corps ne cessait de changer de forme, comme une amibe. La situation devenait inextricable. Finalement, Fukaéri arrivait de nulle part et lui prenait la main. La forme de Tengo se stabilisait. Le vent tombait brusquement, la partition n’était plus désordonnée. Ouf, se disait Tengo. Mais, au même moment, le temps qui lui avait été accordé touchait à son terme. "C’est fini", annonçait Fukaéri, d’une petite voix. Bien sûr, une seule phrase. Le temps stoppait net, le monde s’arrêtait là. La terre cessait lentement de tourner, tous les sons et toutes les lumières s’évanouissaient.
Le lendemain matin, lorsqu’il ouvrit les yeux, le monde continuait sans encombre. Et les choses, tournées vers l’avant, étaient déjà en mouvement. En train de faire périr tous les êtres vivants qui se trouvaient devant elles, en les écrasant l’un après l’autre, comme le gigantesque char de la mythologie indienne. » 16

Il m’a semblé qu’à la différence de ses autres ouvrages, dans celui-ci Murakami rend plus compte du Japon (histoire récente, vie quotidienne). La description de la personnalité homogène de chacun des deux principaux personnages est particulièrement fouillée et concordante malgré quelques menues incohérences (Aomamé ne consomme que rarement de la viande, et dans ce cas c’est du poulet ; une page plus loin, elle mange un steak), que j’aurais tendance à imputer à la traduction (Madame Hélène Morita peut me joindre par MP).
Murakami détaille minutieusement ce qu’il raconte ; sa manière est de présenter chaque fait d’une façon circonstanciée, voire un peu niaise, qui n’évite pas toujours le double emploi et la sensation de délayage ; il accumule de vagues questions, et semble parfois vouloir différer la suite de l’histoire, ou au moins ménager sa venue, voire l’attendre. Mon intérêt de lecteur a commencé à faiblir un peu à mi-volume du premier livre.
On notera par ailleurs une certaine récurrence de la dégustation de vin blanc, notamment de Chablis, qui révèle peut-être une certaine appétence particulière à l’auteur.

Livre 2 :
Juillet-septembre 1984
, les mêmes.
Les disparitions de jeune fille dans les deux fils temporels jouent du ressort "policier", suspense commode…
On accède enfin à la teneur du roman La Chrysalide de l’air ‒ et bien sûr les personnages sont contenus dans cette histoire.
« Causes et conséquences se mêlaient inextricablement. » 24

Aussi cette impression de film de SF genre Millénium.
« Ce que Tengo devait sans doute faire, alors qu’il était planté au carrefour du présent, c’était observer exactement son passé et ensuite écrire l’avenir correspondant à ce qu’aurait été son passé récrit. Il n’avait pas d’autre voie. » 4

Une érotique de l’enfante impubère :
« Et ses petites oreilles roses, qu’on aurait dites poudrées à l’aide d’une douce houppette, semblaient tout juste avoir été créées. Formées sur des critères uniquement esthétiques. Bien davantage que pour percevoir des sons. Du moins, telles que les voyait Tengo. Et au-dessous, dans leur prolongation, son cou fin et délicat resplendissait comme un frais végétal mûri sous un généreux soleil. Un cou d’une pureté sans réserve, qui s’accorderait avec la rosée du matin et les coccinelles. Il la voyait ainsi pour la première fois. C’était une vision presque miraculeuse, belle et intime à la fois. » 12

La référence aux dieux (japonais) est exotique, celle au Dieu de la Bible moins, quant à la superstition elle est… universelle. Murakami renvoie beaucoup aux sectes, dont les Témoins (de Jéhovah). Pour ce qui est de la tendance New Age, on appréciera :
« Là où il y a de la lumière, il y a nécessairement de l’ombre, là où il y a de l’ombre, il y a nécessairement de la lumière. Sans lumière il n’y a pas d’ombre, et, sans ombre, pas de lumière. Carl G. Jung a expliqué ces choses-là dans un de ses livres. » 13

Aomamé et Tengo se cherchent. 1Q84 est aussi un roman d'apprentissage.

Livre 3 :
Octobre-décembre 1984
, toujours les mêmes.
Ushikawa, un enquêteur qui se présente comme le directeur d’une vague association promotionnelle, homme particulièrement laid apparu au début du Livre 2, « un Raskolnikov qui n’aurait pas rencontré Sonia », commence à rapprocher les fils Tengo et Aomamé.
« En tout cas, le cercle se resserrait. Mais ni Aomamé ni Tengo ne savaient que le cercle se rétrécissait rapidement autour d’eux. » 17

Ces deux personnages sont marqués par la mort, tentation du suicide chez Aomamé et lente agonie du coma du père de Tengo dans « La Ville des Chats » ; ils formeront avec le détective trois points de vue alternés dans le déroulement romanesque, sans que la chronologie soit exactement respectée.
Curieuse récurrence de collecteurs de la NHK (redevance audiovisuelle), comme le fut le père de Tengo. Aussi fréquentes apparitions d’un corbeau.
« Nous créons un récit, lequel, en même temps, nous met en mouvement. » 23

Je rapproche souvent les œuvres de Haruki Murakami et celles de Paul Auster : même succès, même topos de la destinée (mais l’un est moins résolument base-ball que l’autre), et surtout, une sorte de parenté dans le talent à raconter une histoire qui se déroule aisément, de façon compréhensible, restant à l’esprit autant qu’elle retient l’attention, un story telling peut-être plus dans la forme que dans le fond, car ne semblant généralement rien vouloir démontrer ; surtout, je me demande si leurs œuvres ont une valeur au-delà du plaisir de lecture qu’elles donnent.
1Q84 est un exemple typique. C’est le page-turner parfait : il est propre à satisfaire durablement la pulsion de lecture, combler paisiblement ce besoin comme on peut se rassasier méthodiquement de chips calibrées et convenablement salées. Ça ronronne tandis que les mêmes choses sont reprises, comme dans un feuilleton ; et ça ne manque pas de charme, c’est congru tel une lecture au long cours, sans trop de secousses.
Mais si on préfère les lectures plus incisives ou cursives, je pense que le choix de Bédoulène, de se limiter au premier livre, est judicieux. Sans en faire un haiku, Murakami aurait pu largement tailler dans les longueurs de ces plus de mille cinq cents pages. ; mais ce n’était pas son but, autant en avertir le lecteur : 1Q84 est une sorte de feuilleton à la Eugène Sue adapté à notre monde, dans le prolongement des contes à la veillée et dans le goût des séries audiovisuelles.

Mots-clés : #fantastique #sciencefiction
par Tristram
le Sam 23 Nov - 13:04
 
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Sujet: Haruki MURAKAMI
Réponses: 28
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Gustav Meyrink

Le Golem (1915)

Tag fantastique sur Des Choses à lire Golem_10

Plongée dans le vieux quartier juif de Josefov à Prague avant sa destruction à la fin du 19e siècle. Ici, les maisons de guingois se pressent le long de ruelles sordides comme des chicots pourris.

« Je m’approchais de la fenêtre : tel un cimetière fantomatique tremblant dans l’air, les rangées de pignons chantournés faisaient penser à des pierres tombales aux inscriptions effacées par les intempéries, dressées sur les sombres caveaux, les « lieux d’habitation » dans lesquels le tourbillon des vivants s’était creusé trous et passages. »


Dans le ghetto règne la crasse, les exhalaisons putrides :

«  L’accumulation incessante de ces pensées jamais renouvelées qui empoisonnent l’air  »


« Un rire – dans ces maisons, un rire joyeux ? Dans tout le ghetto, il n’y a personne qui puisse rire joyeusement. »


Y circule un étrange faune, êtres lobotomisés :

«D’un seul coup, je compris jusqu’au tréfonds de leur être ces créatures énigmatiques qui habitent autour de moi : elles traversent l’existence sans volonté, animées par un courant magnétique invisible – comme, il y a un moment, le bouquet de mariée flottant dans la rigole dégoûtante.  
Il me sembla que les maisons me regardaient avec des visages sournois, pleins d’une méchanceté sans nom – Les portes : des gueules noires larges ouvertes aux dents gâtées, des gosiers qui pouvaient à chaque instant pousser un hurlement si perçant et si chargé de haine que nous en serions effrayés jusqu’au plus profond de nous-mêmes. »


Personnages peu recommandables comme le sinistre brocanteur Aaron Wassertrum ou Rosina la rousse qui affole tous les mâles du quartier ; pauvres hères comme l’étudiant Charousek qui se consume de haine et de vengeance.
On rencontre aussi le trio de musicien, sculpteur et montreur de marionnettes. Ceux-ci se retrouvent régulièrement au salon Loisitschek pour des soirées « Aujourdvi Krand Goncert », cabaret fréquenté autant par la pègre que par la haute noblesse venue s’y encanailler. Les trois discutent alors avec leur ami
Maître Athanasius Pernath
Le héros du livre. Maître Pernath, a perdu mémoire de son enfance. Plus précisément, on a muré certaines portes de son cerveau pour lui permettre de vivre après de terribles crises de folie. Il exerce le métier de tailleur de pierres fines. C’est même une vraie pointure en ce qui concerne la réalisation de camées ou d’intailles. Accessoirement, il restaure aussi des objets anciens.
Et un jour un curieux personnage à l’allure mongole, aux yeux en amandes, vient lui confier à restaurer une lettrine du livre Ibour.
Et l’on parle des apparitions de cette créature, le Golem, qui revient hanter le ghetto tous les 33 ans. Individu façonné dans la glaise, le golem s’anime grâce à un papier couvert de formules magiques qu’on a placé dans sa bouche.
Mais maître Pernath est-il en train de rêver toute cette histoire ?
Tout le génie de Meyrink réside dans cette absence de frontière entre rêve et réalité ; deux mondes qui se mélangent comme fleuve à son embouchure et mer.
Ne serait-ce pas d’ailleurs un troisième état, celui d’une errance entre veille et sommeil ?

« Tous les hommes connaîtraient cette expérience s’ils possédaient la clef. Or la seule et unique clef, c’est que l’on prenne conscience dans le sommeil de la forme de son « Moi », de sa peau pourrait-on dire – que l’on trouve les interstices étroits par lesquels la conscience se glisse entre veille et sommeil profond. C’est pourquoi je vous ai dit tout à l’heure, « j’erre » et non pas « je rêve ». »


L’ouvrage fait référence d’un bout à l’autre à la Kabbale, bien sûr, mais aussi au Christianisme, aux mythes égyptiens etc.
Il faut donc lire « Le Golem »  renonçant à tout esprit critique, en s’abandonnant au charme de ce mélange d’ésotérisme, de théosophie et de mysticisme, à cette atmosphère d’étrangeté, de pure magie, de chute et de rédemption. Bref, avec des yeux d’enfant ! Comme on va au cirque voir un prestidigitateur  Very Happy

NB : "Le Golem" était un livre que Shanidar aimait beaucoup  Very Happy


Mots-clés : #fantastique
par ArenSor
le Mer 25 Sep - 18:57
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Gustav Meyrink
Réponses: 8
Vues: 819

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