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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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35 résultats trouvés pour identitesexuelle

Honoré de Balzac

Histoire des 13 : « La Fille aux yeux d’or »,1835

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Cvt_la13


Troisième et dernier volet de l’Histoire des treize.
Henry de Marçay est un jeune dandy, beau, friqué, sûr de lui et prétentieux. Bref, un personnage imbuvable !
Lors d’une promenade, il tombe amoureux d’une jeune femme, la fille aux yeux d’or, surveillée de prés par une duègne. Toutefois, les deux jeunes gens vont réussir à se rencontrer. C’est alors que Henry de Marçais a l’impression d’être manipulé et de jouer un rôle pour une troisième personne cachée…
Ce court roman relève beaucoup de l’orientalisme. Est-ce en rapport avec la dédicace adressée à Eugène Delacroix? La profusion de tissus précieux, la volupté des corps dénudés, les parfums capiteux, l’évocation de l’homosexualité féminine donnent à « La Fille aux yeux d’or » un parfum pré-baudelairien.



Mots-clés : #amour #identitesexuelle
par ArenSor
le Lun 28 Juin - 23:09
 
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Sujet: Honoré de Balzac
Réponses: 99
Vues: 5806

Michel Tournier

Les Météores

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Les_mz10


Voici Alexandre Surin, homosexuel chasseur, à la fois élitiste, antisocial et abject (Tournier fait preuve d’une véritable fascination pour l’analité dans ses œuvres) ; malsain et scandaleux, ce cynique « dandy des gadoues », ce joyeux pervers jouit de l’ordure (les « oms », ordures ménagères, sorte d’acronyme où il est permis de voir une malicieuse affinité avec "hommes"…), et s’accomplit dans la répurgation (latinisme qui désigne l’ensemble des activités liées à la propreté et à l’hygiène dans les collectivités locales, Wiktionnaire) :
« Moi, sans sexe, je ne vois vraiment pas de qui j’aurais pu avoir besoin. »

« Peu à peu j’étais séduit par l’aspect négatif, je dirai presque inverti, de cette industrie. »

« La guerre menace cette fin d’été. Hitler ayant achevé avec la complicité générale le massacre des homosexuels allemands cherche d’autres victimes. Est-il nécessaire de préciser que la formidable mêlée d’hétérosexuels qui se prépare m’intéresse en spectateur, mais ne me concerne pas ? Si ce n’est peut-être au dernier acte, quand l’Europe, le monde entier sans doute ne seront plus qu’un seul tas de décombres. Alors viendra le temps des déblayeurs, récupérateurs, éboueurs, biffins et autres représentants de la corporation chiffonnière. En attendant, j’observerai la suite des opérations l’œil appointé, à l’abri d’une réforme que me valut à l’âge du régiment une éventration herniaire depuis belle lurette surmontée et oubliée. »

« …] j’ai le privilège insigne – en vertu de mon métier et de mon sexe également exécrés par la racaille – de demeurer inébranlé à ma place, fidèle à ma fonction d’observateur lucide et de liquidateur de la société. »

Une discussion théologique sur le Paraclet (le Saint-Esprit, cf. Le Vent paraclet, réflexions autobiographique, littéraire et philosophique) et la météorologie explicite le titre :
« L’Esprit-Saint est vent, tempête, souffle, il a un corps météorologique. Les météores sont sacrés. »

Tournier est féru de vocabulaire, d’érudition, d’étymologie, d’allusions littéraires ; ainsi, « la haine atmosphérique des hétérosexuels » doit renvoyer à la barométrie psychologique dont parle Baudelaire dans ses Paradis artificiels : « les phénomènes atmosphériques de son âme »…
Autre référence, celle à la cryptophasie, emploi d'un langage secret par les jumeaux, « élaboré spontanément par le couple gémellaire, compréhensible de lui seul, et pouvant nuire au développement du langage social proprement dit » (TLFi).
Car la (seconde) moitié du livre concerne les jumeaux, Jean et Paul, soit Jean-Paul, « frères-pareils » parmi les « sans-pareil » ; celui qui a l’ascendant dans cette gémellité fera fuir la fiancée de l’autre, qui à son tour fuira, bientôt poursuivi autour du monde par son frère déparié.
« Des deux, j’étais le conservateur, le mainteneur. Jean au contraire a obéi à un parti pris de séparation, de rupture. Mon père dirigeait une usine où l’on tissait et cardait. Jean ne se plaisait qu’avec les cardeuses, moi je trouvais mon bonheur auprès des ourdisseuses. Dès lors, je suis tenté d’admettre que Jean-le-Cardeur sème la discorde et la ruine partout où il passe en vertu de sa seule vocation. C’est une raison de plus pour que je m’efforce de le retrouver et de le ramener à Bep. »

(Bep est le jeu fusionnel dans la cellule gémellaire.)
Franz (comme Arnaud le benêt du Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs de Mathias Énard, c’est un « enfant-calendrier »), ainsi que les autres innocents de l’établissement de débiles mentaux proche de la Cassine et de la filature familiale en Bretagne, est proche des jumeaux comme de toute la progéniture de Maria-Barbara et d’Édouard (frère d’Alexandre), aussi occasion d’un rendu sensible de ces jeunes handicapés.
Tournier revisite nombre de codes (et tabous) sociaux, comme l’inceste.
« Le mariage ne créait-il pas une sorte de parenté entre les époux, et puisqu’il s’agissait de deux êtres appartenant à la même génération, cette parenté n’était-elle pas analogue à celle qui unit un frère et une sœur ? Et si le mariage entre frère et sœur réels est interdit, n’est-ce pas justement parce qu’il est absurde de prétendre créer par institution et sacrement ce qui existe déjà en fait ? »

Le début de la Seconde Guerre mondiale est évoqué au travers d’Édouard, hétérosexuel notoire, typique père de famille (dont les jumeaux) et séducteur de nombreuses femmes, qui s’engage dans l’armée puis la Résistance sous l’Occupation.
« L’angoisse de la mort et la peur de mourir sont exclusives l’une de l’autre. La peur chasse l’angoisse comme le vent du nord balaie les nuées orageuses de l’été. La menace immédiate fouette le sang et appelle des réactions sans retard. »

La fin du livre se situe lors de l’érection du mur de Berlin (livre publié en 1975), et remue encore les fantasmes de l’auteur.
Dans ce roman au style châtié qui manie paradoxe et provocation, mais nuancé d’humour voire d’ironie, Tournier a le même goût du rocambolesque, du symbolique, du bizarre et de la bravade que son Alexandre ; partout se devine le conte mythique, avec ce qu’il a aussi d’ambigu, de cruel, de maléfique ; plutôt hétérogène malgré ses thèmes suivis, il vaut aussi beaucoup pour les remarques diverses de l’auteur à tous propos. Il y a des scènes frappantes, voire du gore, comme avec la guerre des rats et goélands dans une décharge, ou l’inondation de Venise en 1959. A propos, voici deux descriptions de paysages, la première en Islande, la seconde en Bretagne :
« Paysage beige, livide, verdâtre, coulées de morve, de pus chaud, de sanie glauque, vapeurs toxiques, bourbiers qui bouillonnent comme des marmites de sorcière. On y voit mijoter le soufre, le salpêtre, le basalte en fusion. Angoisse en présence de cette chose innommable et totalement contre nature : la pierre liquéfiée… Solfatares où fusent des jets de vapeur empoisonnée, où rêvent des fumerolles annelées. Bleu intense, irréel, du fond du geyser. Le petit lac se vide sous l’effet d’une déglutition, d’une puissante succion interne, puis le liquide reflue d’un coup, bondit vers le ciel, se disperse en gerbe, retombe en crépitant sur les rochers. Contraste entre ce paysage totalement minéral, et l’activité vivante, viscérale qui s’y manifeste. Cette pierre crache, souffle, rote, fume, pète et chie pour finir une diarrhée incandescente. C’est la colère de l’enfer souterrain contre la surface, contre le ciel. Le monde souterrain exhale sa haine en vomissant à la face du ciel ses injures les plus basses, les plus scatologiques. »

« Je n’oublierai jamais cette première rencontre. Toute la journée un grain et ses séquelles avaient rincé et peigné la côte. Le jour baissait lorsqu’on put enfin sortir. L’air mouillé était frais, et le soleil glissant déjà dans l’entrebâillement lumineux ouvert entre l’horizon et le couvercle des nuages, nous baignait d’une lumière faussement chaleureuse. La basse mer ajoutait les déserts miroitants de la grève au ciel dévasté. »

Un livre original, étrange, que j’ai lu sans lassitude (il est vrai sur papier, à l’ancienne, artisanalement !)


Mots-clés : #fratrie #identitesexuelle #initiatique #sexualité
par Tristram
le Lun 15 Fév - 12:23
 
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Sujet: Michel Tournier
Réponses: 13
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Fatima Daas

La petite dernière

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Extern60

Récit autobiographique d’une jeune  femme lesbienne née dans une famille traditionnelle maghrébine.

J’ai eu un peu l’impression de lire encore et toujours la même famille maghrébine, la même adolescence rebelle où l’identité sexuelle se comprend peu à peu, alternativement se cache et se crie, où la religion se questionne… dans un récit pas très fouillé, volontairement elliptique, où l’attention est surtout retenue par une composition incantatoire, obsessionnelle, comme une prière un peu vaine adressée à un monde rejetant.


Mots-clés : #famille #identitesexuelle #initiatique
par topocl
le Lun 19 Oct - 12:48
 
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Sujet: Fatima Daas
Réponses: 7
Vues: 216

Kathleen Winter

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Annabe11

En mars 1968, un enfant nait à Croydon Arbour, un village isolé du Labrador.
Ni garçon ni fille, il est ce qu'on nomme un hermaphrodite.
Seules trois personnes sont au courant, la mère, le père et une amie de la famille.
La venue de l'enfant va créer un problème nouveau dans un couple, déjà trop différent.
Le mari est un homme des bois, taciturne, seulement à l'aise dans son travail de
trappeur, la foret profonde et ceux qui la peuplent.
On le croit limité et obtus, la suite prouvera qu'il n'en est rien.

Lorsque Treadway ressent le besoin de parler, il s'adresse à une nyctale boréale qu'il a rencontrée quand il avait dix sept ans. Lui et la chouette boréale partagent certaines caractéristiques physiques. Tous deux sont de petite taille comparativement aux autres membres de leur espèce.Tous deux possèdent un corps compact, rond, fiable mais à première vue sans grâce. La nyctale boréale est l'un des oiseaux les plus discrets et les plus modestes qui soient.



Elle, regrette un peu la ville où elle a  vécu, aimerait avoir des échanges plus chaleureux
et intimes.
Un peu à contre coeur elle accepte qu'on opère l'enfant et qu'on développe son coté masculin.
Wayne est un enfant très sensible, plutot solitaire. Seule Wally, une fille de son age lui apportera
ce qu'il cherche le plus, une affection et une acceptation sans questions.

Il a l'impression qu'ils sont seuls, même si ce n'est pas le cas. Il a l'impression que tous deux se reconnaissent d'une manière qui n'appartient qu'à eux. Les autres peuvent le regarder, mais ils ne voient pas ce que voit Wally Michelin, et il n'est pas convaincu que les autres voient ce que lui-même voit chez Wally. Une impression d'infini. Quand on est en compagnie d'une personne ordinaire, on peut tracer la limite du territoire que l'on occupe ensemble, et l'expérience a appris à Wayne que cet espace était généralement réduit. Plus petit qu'un pays et plus petit qu'une ville et parfois plus petit que l'espace d'une pièce. Mais cette pièce, cet espace qu'ils occupent en ce instant, n'existe pas concrètement. Boston n'a pas nécessairement de réalité non plus, même si Wayne en devine la présence effervescente dans toutes ces lumières, ces rues et ces parcs inconnus, derrière les portes de la salle de répétition. Se retrouver en présence de Wally lui donne l'impression qu'en cette minute la vie vient de fleurir à l'intérieur de lui plutôt que de rester en dormance. Il perçoit la vibration électrique de sa propre existence et ne veut pas que cette vibration cesse, même s'il sait qu'elle s'est déjà interrompue dans le passé et qu'elle peut s'interrompre de nouveau.



En grandissant, il commence à prendre conscience de ce qu'il est ou plutot de ce qu'il pourrait etre.
Qu'il devrait etre.
Le médecin qui l'opére est un homme intelligent et sensible. Il est le premier à l'éclairer
malgré ses propres interrogations.
A travers les incompréhensions et les déchirements, Wayne prend douloureusement conscience
qu'il est victime d'un enfermement, celui d'une fille dans un corps de garçon. Annabel.
Un beau personnage balloté dans une aventure trop exceptionnelle et douloureuse.
Une errrance dans le doute et les gouffres.
Telle est l'histoire

Annabel est  un livre sensible, poétique et émouvant, qui met l'accent sur un problème
humain très actuel, celui de l'identité et du genre.

\nMots-clés : #identitesexuelle #psychologique
par bix_229
le Sam 8 Aoû - 16:31
 
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Sujet: Kathleen Winter
Réponses: 2
Vues: 689

Lluís Llach

Lluís Llach
Né en 1948

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Lluis_11

Lluís Llach i Grande, né le 7 mai 1948 à Gérone (Catalogne), est un chanteur et romancier catalan. Il est une des figures de proue du combat pour la culture catalane contre le franquisme. En 1965, il rejoint le groupe Els Setze Jutges. Du fait de cet engagement qui l'a conduit à l'exil, il est considéré en Catalogne comme une référence non seulement musicale mais également morale. Sa chanson L'Estaca (le pieu) est devenu un véritable hymne libertaire catalan. Aux élections de 2015 au parlement de Catalogne, il conduit la coalition indépendantiste Junts pel Sí dans la circonscription de Gérone. Il devient député au parlement de Catalogne de 2015 à 2017. Il préside de 2018 à 2019 le Conseil consultatif pour la promotion d'un forum civique et social pour le débat constituant.


Bibliographie

Les Yeux Fardés, 2012
Les Femmes de la Principal, 2014
Le Théâtre des merveilles, 2017

Discographie
Spoiler:
Els èxits de Lluís Llach (1969)
Ara i aquí (1970)
Com un arbre nu (1972)
Lluís Llach a l'Olympia (1973)
L'Estaca (1973)
I si canto trist... (1974)
Viatge a Itaca (1975)
Barcelona, gener de 1976 (1976)
Campanades a morts (1977)
El meu amic, el mar (1978)
Somniem (1979)
Verges 50 (1980)
I amb el somriure, la revolta (1982)
T'estimo (1984)
Maremar (1985)
Camp del Barça, 6 de juliol de 1985 (1985)
Astres (1986)
Geografia (1988)
La forja de un rebelde (1990)
Torna aviat (1991)
Ara, 25 anys en directe (1992)
Un pont de mar blava (1993)
Rar (1994)
Porrera (1995)
Nu (1997)
9 (1998)
Temps de revoltes (2000)
Jocs (2002)
Junts (avec Josep Carreras, 2003)
Poetes (2004)
Que no s'apague la llum (avec Feliu Ventura 2005)
i. (2006)
Verges 2007 (2007)




Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Les_ye11

Les yeux fardés

Un jeune réalisateur en mal d'idées vient écouter l'histoire d'un vieil homme aux yeux outrageusement fardés. Ce roman est constitué d'un court prologue suivi des vingt-quatre enregistrements de Germinal Massagué, qui raconte pour l'essentiel sa jeunesse pendant la guerre civile. Pour son premier roman, l'auteur fait preuve d'un certain sens du rythme et de la composition : chacun de ces enregistrements se focalise sur une étape majeure de la formation du narrateur, sans fausse note ni baisse de régime. L'écriture est rapide, les phrases brutes, mal dégrossies, car Lluís Llach se refuse à toute joliesse. Et l'on se rend compte, bientôt, que sa manière ne manque nullement de vigueur, d'efficacité ni de délicatesse.

Si l'on en croit le narrateur, c'est une histoire d'amour qui va nous être racontée. Mais le contexte politique de la guerre civile, le combat des gauches contre le fascisme prennent rapidement le dessus : le singulier ne peut se défaire du collectif, l'histoire d'amour et l'histoire espagnole sont indissociables l'une de l'autre. Il s'agit d'une trajectoire individuelle au milieu de la tragédie collective, une plongée dans la guerre civile à hauteur d'homme, qui la rend pleinement sensible. Il est singulier qu'un si vieil homme, racontant ses années de formation, puisse ressusciter sa jeunesse avec tant de chair, de nerfs, d'appétits; qu'il recrée enfin ces années d'étourdissements euphoriques, de pulsions vitales et de traumatismes avec une pareille acuité. Le récit trouve son équilibre entre la plongée immersive par laquelle Germinal revit les événements de sa jeunesse, et la prise de distance qui intervient de loin en loin, rythmées par les adresses au réalisateur, qui lui permettent l'analyse rétrospective et la contextualisation de ce que la jeune génération ignore de l'ancienne. Par ailleurs, c'est un livre à double face : une incarnation des élans et des frissons de la chair, mais également une peinture de la destruction; un éloge de l'humanisme et de l'effervescence intellectuelle de cette époque presque mythologique, des aspirations politiques et sociales de tout un peuple, mais aussi un chant funéraire et le récit d'un naufrage; en somme, un conte d'amour qui devient un conte de folie et de mort. Parallèlement à cette trame se noue une discrète histoire d'amitié hors champ, entre Germinal et le réalisateur silencieux, que l'on comprend à demi-mot.

Comme je l'ai dit, ce roman est formé d'entretiens qui peut-être serviront de base à un scénario de film. Ainsi, bien qu'il ne puisse être réduit à un simple matériau de travail pour le cinéma, ce roman forme-t-il un appel aux arts visuels. Chaque adresse au réalisateur nous rappelle la raison de ce récit, et nous incite à le transposer au cinéma. Et de même pouvons-nous envisager le personnage du cinéaste comme un avatar du lecteur, et son film en germe comme une métaphore de l'activité imageante de la lecture littéraire.
En revanche, s'il fait son film, le personnage du cinéaste ne se contentera certainement pas d'animer l'histoire qu'il a entendue. Ce n'est pas un documentariste, c'est un réalisateur de fiction : sans nul doute, en se l'incorporant, fera-t-il de cette histoire quelque chose d'entièrement nouveau (avec des personnages, des lieux et une trame tout autres). Et ainsi devrait faire le cinéaste qui voudrait adapter Les yeux fardés : réaliser le film qu'est venu chercher le réalisateur fictif dans l'histoire de Germinal Massagué.


Mots-clés : #amour #erotisme #guerredespagne #identitesexuelle #jeunesse #xxesiecle
par Quasimodo
le Mer 12 Fév - 21:16
 
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Sujet: Lluís Llach
Réponses: 6
Vues: 624

Brigitte Giraud

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire 41wkhb10

Jour de courage

Originale : Français, 2019

CONTENU :

Lors d un exposé en cours d histoire sur les premiers autodafés nazis, Livio, 17 ans, retrace l’incroyable parcours de Magnus Hirschfeld, ce médecin juif-allemand qui lutta pour l'égalité hommes-femmes et les droits des homosexuels dès le début du XXe siècle. Homosexuel, c'est précisément le mot que n'arrive pas à prononcer Livio : ni devant son amie Camille, dont il voit bien qu'elle est amoureuse de lui, ni devant ses parents. Magnus Hirschfeld pourrait-il parler pour lui ? Sous le regard interdit des élèves de sa classe, Livio accomplit alors ce qui ressemble à un coming out. Deux histoires se mêlent et se répondent pour raconter ce qu'est le courage, celui d'un jeune homme prêt à se livrer, quitte à prendre feu, et celui d un médecin qui résiste jusqu'à ce que sa bibliothèque de recherche soit brûlée vive. À un siècle de distance, est-il possible que Magnus Hirschfeld et Livio se heurtent à la même condamnation ?


REMARQUES :
La première et plus longue partie du roman se joue lors d’un jour d’école, début 2019 à Lyon. Livio, d’origine italien, 17 ans, avait choisi comme sujet d’exposé lors du cours d’histoire les premiers autodafés sous le régime nazie. Comme exemple il prendra l’histoire de Magnus Hirschfeld et la place dans le contexte :

né le 14 mai 1868 à Kolberg et mort le 14 mai 1935 à Nice, il fut un médecin allemand juif. Premier à étudier la sexualité humaine sur des bases scientifiques et dans sa globalité (il a fondé l'Institut de sexologie à Berlin), il est l'un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle. Hirschfeld a lutté contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175


(Source et plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Magnus_Hirschfeld  ). Son institut très en avance dans son temps, fut entièrement détruit, ainsi que la bibliothèque de grand valeur détruit lors des autodafés dès 1933…

Mais derrière cette histoire Livio fait comme son « coming out », s’exposant devant la classe comme il l’avait jamais fait. Dans des retours en arrière l’auteure nous le présente dans son devenir, toujours à moitié cachant son orientation, aussi bien devant ses parents un peu «absent», voir son père macho, que devant son amie Camille, amoureuse de lui, sans voir venir le coup.

Dans une sorte d ‘épilogue on nous présente les heures, les jours après cette exposé et les conséquences.

Je ne vais pas en dire tout, mais il est étonnant que dans un certain sens Giraud ne raconte pas l’histoire comme une sorte de thriller ou l’enjeu ne serait pas clair, ou où des choses se révéleront peu à peu. A vrai dire l’essentiel en soi est peut-être presque clair dès les premières pages, « prévisible ». Donc, en ce sens-là pas trop de suspense ou de divertissement. Non, c’est dans son ton distancié une forme de témoignage, une chronologie, de la difficulté de pouvoir dire, même dans notre société soi-disant si libérale, son alterité, le fait de vouloir vivre autrement.

Est-ce qu’on pourrait s’imaginer un autre accueil ? Est-ce qu’on a trouvé le moment donné la parole ou le geste nécessaire pour soutenir quelqu’un ?


Mots-clés : #identitesexuelle #medecine #XXSiecle
par tom léo
le Ven 13 Déc - 16:17
 
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Sujet: Brigitte Giraud
Réponses: 12
Vues: 899

Anosh IRANI

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Livre_10

Le colis

Pour perdre la face, il faut avoir une face, et pas ce qu’avait Madhu : un visage indéfini, homme et femme se la disputant inlassablement pour tenter de s’imposer. Une énergie féminine existait en elle depuis son enfance. Elle s’était exprimée de manière très progressive, d’abord subtile, une cuisse par-ci, un regard timide par-là, un gloussement dans l’obscurité, puis, plus franche, la femme avait pris le dessus, elle s’était moquée de l’homme et l’avait laissé pour mort. Mais cet homme du passé revenait maintenant prendre sa vengeance, il la punissait de s’être débarrassée de lui, se frayait un chemin vers le devant de la scène. Et si cet affrontement ne cessait pas, elle finirait sans visage. Il ne lui resterait plus qu’un crâne.


En Inde, les hijras sont vénérées, un peu. Méprisées, beaucoup. Et craintes peut-être encore plus. Nées femmes dans un corps d’homme, elles se regroupent en communauté autour de leur gourou. Elles ont le don de bénir ou de maudire, à leur guise. Elles sont « le troisième sexe ». Très jeune, Madhu a fui le rejet familial pour devenir l’une d’entre elles et vivre dans le quartier rouge, haut lieu de la prostitution de Bombay. Mais à bientôt 40 ans, son corps autrefois adulé la trahit, et les questions existentielles affluent...

Madhu est à l’heure des bilans. L’heure d'admettre que la liberté qu’elle a crue trouver chez les hijras n’était probablement qu’illusoire et que, derrière le charme de sa gourou et les soupirs exaspérés de son père, se cachaient une complexité qu’elle a toujours niée. L’heure de réaliser que, dans le quartier rouge, les luttes de pouvoir et d’argent sont à l’oeuvre à chaque instant, jusque les rares endroit dont on les pensait exclus. Son passé, sa vie semée d’échecs la rongent… Et c’est précisément à ce moment qu’on la charge d’un nouveau colis.
Les "colis", ce sont des fillettes vendues par leurs familles et qu’il faut broyer mentalement afin qu'elles se résolvent à leur sort : 10 passes par jour, 300 jours par an. Minimum. Madhu a sa propre méthode, bien différente de la violence inouïe des proxénètes, et pourtant tout aussi glaçante… Cette fois encore elle l’applique froidement, consciencieusement. Mais le chaos intérieur qui est le sien depuis quelques temps l’amène à douter…

Il y a des romans, comme ça, qui vous remuent au plus profond de vous. Des livres qui vous rappellent à quel point un seul être peut receler en même temps des abîmes de tendresse et de monstruosité, et qui vous mettent face à votre propre humanité si imparfaite. Pour moi, Le colis fut de ceux-là.
D'ordinaire, les prostituées comme les hijras ne sont que des ombres interchangeables à la merci des proxénètes et du sida, vouées au rejet, aux quolibets et à la honte. Anosh Irani leur rend un visage, des rêves sous le désespoir, des rires et des amours, aussi. Sa plume, tour à tendre tendre, nostalgique ou d’une crudité acerbe, épouse cette humanité mouvante, ambigüe, reniée et pourtant tellement réelle. Madhu, avec ses contradictions, son verbe haut et sa fragilité, est inoubliable.
Un roman coup de poing. Un roman coup de coeur.


Mots-clés : #famille #identitesexuelle #lieu #psychologique #sexualité
par Armor
le Sam 7 Sep - 16:02
 
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Sujet: Anosh IRANI
Réponses: 10
Vues: 726

Jake Hinkson

Sans lendemain

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Cvt_sa10

C’est un thriller dans les suites immédiates de l’après-guerre, qui se passe dans Arkansas, état archaïque de la puritaine Amérique. Billie, une jeune lesbienne délurée et rentre dans le tas, souhaite y promouvoir, pour la société qui l’emploie,  les vertus du cinéma de série B. Incarnation du démon, elle est confrontée à un charismatique pasteur  aveugle qui ne jure que par le mal. Il est l‘époux d’une jeune femme splendide dont elle tombe immédiatement amoureuse. Deux meurtres plus loin, elle se plaint encore que le monde est inique et peu tolérant.

Le ton est alerte et plutôt plaisant, parfois même drôle, surtout au début, mais le roman s’embourbe vite dans des péripéties rocambolesques et des personnages lourdingues. Dommage pour un roman  qui courre sur des sentiers rarement battus, mais qui, malgré ses bonnes intentions, ne m'a guère fait palpiter.


Mots-clés : #conditionfeminine #identitesexuelle #religion  Et on re-réclame "thriller" Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire 1384701150 ??
par topocl
le Lun 8 Avr - 11:44
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Jake Hinkson
Réponses: 3
Vues: 332

Claudie Hunzinger

Elles vivaient d'espoir

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire C_hunz10


"Thérèse disait qu'elle se compromettait follement. Je n'ai pas coutume de m'occuper de l'opinion des autres, répondait Emma. La mienne me suffit. Et je trouve plus honorable d'être au ban de la société qu'en ses trônes d'honneur."

C. H.

Elles vivaient d'espoir est un roman qui raconte l'émancipation de deux femmes, Emma et Thérèse. Elles tentent de construire ensemble, dans les années trente, une vie à la fois amoureuse et engagée, parallèlement à la montée des utopies et du nazisme. Un homme et la guerre vont les séparer. Leur histoire personnelle rejoint alors la grande Histoire et l'horrible beauté des tragédies.

Présentation de l'éditeur.

Troisième roman de Claudie Hunzinger que je lis et je l'ai trouvé différent des autres. Dans le sujet bien sûr, le style et les sentiments qu'il m'en reste, une fois la dernière page tournée.

L'histoire en parallèle de deux femmes qui s'aiment  et qui n'auront pas le même trajet de vie.
Je n'ai pu m'empêcher d'avoir une affinité plus prononcée pour l'une plutôt que pour l'autre...Même si j'essayais de rester neutre, l'égoïsme de l'une face à l'abnégation de l'autre me dérangeait.
En regard de leurs vies intimes partagées ou non, gronde la montée du nazisme et donc des choix vont être à faire...

Durant toute la deuxième partie du roman qui est le récit d'un réseau de résistance dans le pays de Fougères, en Bretagne, je n'ai pu éloigner, de mes pensées, le souvenir lu de la vie de Thérèse de Moëlien, égérie de la Chouannerie bretonne au destin tragique. (Et Claudie Hunzinger en parle dans les dernières pages du roman.)
Cette partie du roman m'a captivée et je pense désormais, souvent, à Thérèse Pierre et à son courage. J'ai refermé le livre encore plus partagée sur le récit de la vie de ces deux femmes : et si elles avaient fait d'autres choix personnels ?


Mots-clés : {#}amour{/#} {#}biographie{/#} {#}deuxiemeguerre{/#} {#}identitesexuelle{/#} {#}politique{/#}
par Invité
le Jeu 4 Avr - 18:30
 
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Sujet: Claudie Hunzinger
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Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Proxy_69

Je n'aime pas trop les jeunes gens trop médiatiques et les livres trop médiatiques. J'y allais donc vraiment à reculons. J’ai de ces aprioris, parfois. 
J'avais tort. C’est les médias qu'il faut ne pas aimer, et laisser les jeunes gens qui ont des choses à dire écrire leurs livres. Celui-ci ressemble à un conte populaire : les fées d'Édouard Louis c'est  l’école de la République qui pour une fois a joué son rôle et l'a aidé à sortir de sa misère psychique, et à devenir le garçon brillant qu'il est devenu, quoique définitivement marqué. 

D’abord il y a sa famille : Zola en l’an 2000, on l’a dit. Des êtres frustres, rustres. La pauvreté, l’alcool, l’absence d’horizon. On a parlé de règlement de compte, je ne l'ai pas vu. Peut-être en rajoute-t’il, peut-être pas. C’est sans importance (il y a écrit « roman »). Ce sont des faits et des comportements, insoutenables pour nos yeux éduqués et privilégiés. Mais cependant, si on veut mettre un peu de bienveillance dans sa lecture, j'ai cru déceler en eux tous, des failles, une humanité. Et si je l’ai lue, c’est qu’Edouard Louis l’y a glissée. 

Toute cette bassesse,  cette arrogance vulgaire, cette sauvagerie, ce n'est jamais que de la peur, la peur de l'autre chez des gens qui n'ont jamais eu droit à la parole, mais aussi à ce qu'on leur parle, à ce qu'on leur explique. Malgré tout le rejet qu'ils inspirent, ils souffrent et aiment, mais ils n'ont pas eu la chance qu'on leur apprenne à l’ exprimer dignement. Mais quand même, le père a décidé de ne jamais frapper ses enfants, et s'y tient ; croyant mourir, il donne cérémonieusement  une chevalière à son fils, qu'il a pourtant l'air de tant rejeter ; il y a plusieurs tels petits gestes rapportés, sous le flot de grossièretés, qui montrent l'homme en lui. L’homme souffrant. Malgré tous ces dénigrements , malgré l'horreur que leur inspire l'homosexualité de leur fils, pour eux totalement inacceptable, ils n'en sont pas moins fiers.
(Edouard Louis écrit un chapitre qu'il appelle L'autre père où il rapporte des faits "honorables" en rapport avec son père. Si son père pouvait écrire, il écrirait sûrement lui aussi un chapitre intitulé  L'autre fils pour éclairer son ambiguïté à son sujet)

Finalement je me disais : ce qu'il y a de plus curieux, ce n'est pas tant que de tels gens existent, c'est surtout qu’il soit besoin d' expliquer qu'ils existent, car dans la vie, nous en côtoyons, j'en vois dans mon bureau, j'en vois dans ma rue. Il suffit de choisir de les voir.
.
Et puis, cette homophobie, cette horreur de voir leur fils être (et devenir) autre, je ne pense pas que cela soit lié uniquement à leur inculture, c'est trop facile, ce n'est vraiment pas une question de classe sociale (le dernier paragraphe du livre le prouve bien et nous-même comment aurions-nous réagi avec toutes nos belles idées et notre belle conscience donneuse de leçons ?). 

Et c’est le 2e grand thème du livre, ce garçon, qui, dès la petite l'enfance s'est senti différent, et a été ressenti différent par les autres. Qui a discerné peu à peu en quoi cela consistait, en a eu peur, en a même été dégoûté (comme dans Le secret de Brokeback mountain), a subi, dans la famille,  au village, au collège, les humiliations et les insultes qui y étaient liées, a tenté selon les moments de l'apprivoiser, de le nier, de le dépasser, a souffert dans son corps et dans son âme. Ce garçon, qui, quand il est enfin arrivé à sortir avec une fille, jubile en se répétant dans sa tête : « guéri, guéri ». Et qui, peu à peu, construit sa défense : la fuite. Une fuite comme une construction.

Sans pathos, sans fiel, En finir avec Eddy Bellegueule est un roman d’éducation absolument terrible.

Récup 2014

Mots-clés : #autobiographie #discrimination #enfance #famille #identitesexuelle #social #temoignage
par topocl
le Mar 23 Oct - 20:37
 
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Sujet: Edouard Louis
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Sebastian Barry

Des jours sans fin

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Cvt_de11

Thomas McNulty a fui la famine de son Irlande natale tout juste adolescent. Avec la terre nouvelle de l'Amérique, incarnation de son espoir de renouveau,   il va découvrir, en compagnie de John Cole, son "galant", un mode de vie qu'il va servir avec une constante loyauté -qui n'empêche pas les remises en question. Ce monde naissant, où il s'engage en tant que Tunique Bleue,  s'appuie sur la conquête de la frontière, l'extermination des bisons et des Indiens, mais aussi  la guerre de Sécession au nom de la liberté de tous. Au fil des années, des épreuves et des moments de bonheur, il cerne mieux cette Amérique, en perpétuelle évolution, ses combats ignobles ou généreux, ses habitants contrastés et ambivalents. il apprend aussi à se connaître lui-même, à prendre soin de la part féminine qui est en lui, qui ne l'empêche en aucun cas de se montrer "viril" au combat.

Thomas McNulty, dans sa naïveté, est un homme sensible et résolu, il raconte avec délicatesse les atermoiements de son âme, les interrogations de son esprit, les battements de son cœur, mais il se montre aussi, quand il est soumis à l'autorité,  dans une cruauté sans ambages, partie prenante  des massacres, des atrocités physiques et morales d'un monde en construction.

C'est un très beau western, avec ce que le western implique de nobles sentiments et de droiture. Mais il est aussi source de réflexion et plein de compassion. Contrairement aux westerns classiques, les femmes n'y sont pas que des potiches et il réfléchit sur l’identité sexuelle dans un monde pas vraiment ouvert sur ce sujet. Il ne réserve pas le beau rôle aux blancs, il dénonce implacablement la cruauté et le génocide. Il s'épanouit dans  la douceur et de la bienveillance de son personnage, plein de l'amour qui le lie à ses attachements, contraint par l'époque et le lieu à une vie de violence, qu'il s'efforce de décrypter.

Les soldats échangent quelques coups d'oeil. Personne aime voir les nombreuses armes étincelantes des Indiens. Des dagues, des pistolets. On a l'impression de rencontrer des bandits. Des types pas honnête. Leurs pères possédaient tout, et ils avaient jamais entendu parler de nous. Maintenant, cent mille Irlandais parcourent cette terre avec des Chinois qui fuient de cruels empereurs, des Hollandais et des Allemands, ainsi que des hommes de l'Est. Qui se déversent sur les chemins en hordes interminables. Chaque visage indien donne l'impression d'avoir été giflé. Plusieurs fois. Et ces têtes sombres nous observent  sous leurs mauvais chapeaux. Des vagabonds. Des hommes défaits. C'est ce que je pense.          

                                                                                                                                   

Je  suis une fois de plus extrêmement touchée par cet auteur, Sebastian Barry, sa pudeur mêlée de lyrisme, son amour de la nature et des hommes, de la part d'humanité qui est en eux, cachée derrière la violence, son respect pour la souffrance de chacun quel qu'il soit. Comment il arrive  à décrypter une certaine bonté derrière le déchaînement. Cet homme est miséricordieux, comme son héros, il parle "avec plus de chagrin que de colère". Il réussit le tour de force de  reconnaître sa valeur et sa dignité au plus obscur des personnages, se nourrissant des ambiguïtés et des ambivalences, sans pour autant pardonner l'impardonnable ou renoncer  à la dénonciation d'une extermination sauvage.

Merci Tom Léo Very Happy !                                    




mots-clés : #aventure #genocide #guerre #historique #identitesexuelle #immigration #xixesiecle
par topocl
le Mar 4 Sep - 14:46
 
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Sujet: Sebastian Barry
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Djuna Barnes

Le bois de la nuit

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Le Paris nocturne des années vingt-trente et de tous les vices, terrain favori des ivrognes et « invertis » tourmentés, notamment états-uniens, et volontiers iconoclastes.
Roman d’inspiration onirique, baroque, décadente, théâtrale, que traversent les personnages en perdition : la baronine Robine Vote, une jeune Américaine mariée au faux baron Felix Volkbein, riche juif autrichien cultivé auquel elle donne un enfant retardé, Guido, avant de le fuir pour vivre avec l’amoureuse et bohème Nora Flood, qu’elle fuit pour errer la nuit dans les cafés, puis suivre la riche et vulgaire Jenny Petheridge, le tout sous l’œil du docteur Matthieu O'Connor, observateur averti et pochard travesti.
Je retiens le portrait acerbe (et jaloux) de la « squatteuse », Jenny, la description cruelle des « deux-pence-debout » (prostituées en fin de carrière), le facétieux Tiny O’Toole, l’oscillation perpétuelle entre bestial et humain…
Ramentevances, parentages et rapprochements non certifiés : Lautréamont, Wilde, Peladan, Ronald Firbank, Cixous, les vierges folles rimbaldiennes…
« Ses méditations, pendant cette marche, étaient une part du plaisir qu’elle escomptait trouver quand la marche prendrait fin. […]
Ses pensées étaient par elles-mêmes une forme de locomotion. »

« …] des rideaux qui ressemblaient à des colonnes par le tempo de leur immobilité [… »

« La vie : la permission de connaître la mort. »

« Votre vie est particulièrement à vous quand vous l’avez inventée. »

« Le Temps est un grand congrès qui projette notre fin, et la jeunesse n’est que le passé en train d’avancer une jambe. »

« La souffrance est le dépérissement du cœur ; tout ce que nous avons aimé devient l’"interdit" quand nous ne l’avons pas compris tout à fait, comme le pauvre est le rudiment d’une ville parce qu’il sait quelque chose que la ville, à cause de sa propre destinée, veut oublier. Ainsi l’amant doit aller à l’encontre de la nature pour trouver l’amour. »



mots-clés : #amour #identitesexuelle
par Tristram
le Sam 4 Aoû - 21:00
 
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David Foster Wallace

Petits Animaux inexpressifs

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Nouvelle narrant l’histoire de l’équipe de production et de réalisation du jeopardy. Dans es années 80 quand il fallait relancer ce jeu célèbre. Précisions que cette histoire est intégrée dans le recueil de nouvelles La fille aux cheveux étranges que je n’ai pas lu.
Cette histoire globale est incrémentée dans l’histoire d’amour de deux jeunes femmes abîmées, la candidate phare du jeu et l’encyclopédiste chargée des questions. Des personnages avec une forte psychologie, un style mi sarcastique mi cynique font de cette histoire une fiction intéressante. L’autisme et le lesbianisme sont des thématiques de société qui n’ont malheureusement pas évolué dans le bon sens et on y décèle les mêmes enjeux et les mêmes incompréhensions. Que dire à autrui ? Comment l’expliquer ? C’est notre vécu ? Notre nature ?
Une fiction simple avec un propos émouvant et intelligemment mené.

****
mots-clés : #amour #identitesexuelle #pathologie #psychologique
par Hanta
le Jeu 5 Avr - 10:30
 
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Sujet: David Foster Wallace
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Arundhati ROY

topocl, j'ai mis le temps, mais voilà mon avis...

Le ministère du bonheur suprême

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire 61javi10
Au début, lorsqu’elle était venue s’y installer, elle avait enduré des mois de cruauté insouciante comme l’aurait fait un arbre, sans broncher. Elle ne se retournait pas pour voir quel mouflet lui avait jeté une pierre, ne se dévissait pas le cou pour lire les insultes gravées dans son écorce. Quand les gens l’invectivaient - clown sans cirque, reine sans palais - , elle laissait la blessure traverser ses branches comme une brise, et de la musique de ses feuilles bruissantes elle tirait un baume pour apaiser la douleur.


Ce livre commence comme un tourbillon qui vous happe et ne vous lâche plus. Inspiré, enlevé et foisonnant, le style de l’auteur, qui n’est pas sans rappeler un certain Salman Rushdie, multiplie les trouvailles. Les quelques 200 pages consacrées au personnage follement romanesque d’Anjum sont un enchantement. Dans ce roman parfois très cru sur la réalité indienne, Arundhati Roy semble avoir voulu laisser en partie de côté ce que le quotidien des hijras peut avoir de sordide pour créer une figure flamboyante, rebelle et insondable, agréant autour d’elle, dans le cimetière dont elle a fait son domaine, une petite communauté hétéroclite et attachante. Une sorte d’idéal bancal de syncrétisme et de tolérance. L’Inde (presque) rêvée d’Arundhati Roy ?

Mais le rêve n’a qu’un temps, et le reste du roman délaisse Anjum pour se consacrer à des pages autrement plus politiques, multipliant les allusions à l'actualité indienne qu'un lecteur un minimum averti sera probablement plus à même d'apprécier. Toutefois, cette seconde partie est surtout consacrée au conflit au Cachemire, qui perdure depuis 70 ans, avec des horreurs perpétrées de tous côtés, et au milieu, une population équilibriste qui jongle pour sa survie. Les personnages de Tilo, Naga et Musa, sont là pour nous rappeler toute l’âpreté de cette existence en sursis.
Malheureusement, si Arundhati Roy retrouve régulièrement sa verve et son talent dans des pages particulièrement poignantes, celles-ci sont noyées dans de longues digressions qui saturent le lecteur. L'auteur a voulu mettre dans son roman toute la démesure et la folie d’une situation bouchée, mais aussi les doutes et les indignations de la militante qu’elle est depuis tant d’années, perdant parfois de vue qu’elle n’écrivait pas un nouvel essai... Inévitablement, ses héros en pâtissent, et font souvent figure d’alibis. J’aurais dû trembler pour eux, j’aurais voulu trembler pour eux, mais pour cela, il aurait fallu pouvoir s’attacher…

Arundhati Roy semble avoir eu pour projet d'écrire une sorte de roman total sur l'Inde, ou plutôt sur « son » Inde. Le pari n’est qu’en partie réussi. Une fois passé un premier tiers enchanteur dont la grâce n’est jamais revenue, le récit se fait quelque peu poussif. A vouloir absolument multiplier les péripéties pour évoquer tous les grands maux de l’Inde contemporaine, l’auteur s’est parfois perdue. Pourtant, quelque chose m’a retenue, malgré tout. Car c’est là un roman peu banal, qui agace, qui remue, qui veut crier au monde ce que l’Inde tient tant à cacher, qui émeut dans sa volonté farouche de rétablir l’humain dans les espaces où il est nié.
Je regrette évidemment le livre extraordinaire qu’Arundhati Roy aurait pu écrire si tout avait été à l’avenant du premier tiers, si les quelques fulgurances de la partie cachemirie n’avaient pas été engluées dans tant de redites... Mais rien que pour son début magnifique, ce roman vaut la peine. Rien que pour le style et l’évidente sincérité d’un auteur sans concession, il vaut la peine. Rien que pour la lutte obstinée contre la haine et l'obscurantisme, il vaut la peine. Et si le bonheur semble chaque jour plus illusoire, ce n’est pas une raison pour ne pas essayer d’y croire... un peu.

Il n’y avait pas de guide touristique à sa disposition pour lui expliquer qu’au Cachemire les cauchemars étaient volages. Infidèles à leurs propriétaires, ils s’invitaient dans les rêves des autres pour y folâtrer en toute impudeur. Des génies de l’embuscade qu’aucune fortification, aucune clôture ne pouvait tenir à distance. Au Cachemire, la seule chose à faire avec eux, c’était de les étreindre comme de vieux amis et de les manoeuvrer comme de vieux ennemis. Elle allait apprendre, bien sûr, bientôt.



mots-clés : #amitié #guerre #identitesexuelle #politique
par Armor
le Dim 11 Mar - 23:50
 
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Sujet: Arundhati ROY
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Franck Bouysse

Glaise

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Sur fond de guerre de 14, au fin fond du Cantal rural, ceux et celles qui ne sont pas partis au front tentent de survivre, et affrontent l'amour et la haine.

Les péripéties sont totalement prévisibles dans les deux premiers tiers du livre, et ce qui innove un peu à la fin est préparé mine de rien  par des dialogues-pièges semés ça et là entre les chapitres pour feinter le lecteur. Les personnages sont, on dira dans ce contexte rural, taillés à la serpe, la nuance  ne semblant pas faire partie de la psychologie des habitants du Cantal. Assez curieux de voir ces paysans de peu de mots alterner entre le dialogue utilitaire  et les interrogations philosophico-existencielles. Enfin, parmi les scènes vraiment "terroir", un certain plaisir à se complaire dans la vilénie assez morbide.

Tout cela dans un style ronflant à force d'être travaillé, avec des métaphores "poétiques" qui fleurissent à chaque page (oui, à chaque page, ce n’est pas une façon de parler).

Cet avis n'engage que moi, Le Monde recommande, mon libraire recommande, Babelio note 4.25/5...

Mots-clés : #amour #identitesexuelle #premiereguerre #ruralité
par topocl
le Sam 10 Mar - 9:36
 
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Sujet: Franck Bouysse
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Paul Auster

4 3 2 1

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Quel dommage que ce livre fasse 1 000 pages, qu'il pèse 1 tonne, cela va décourager tant de lecteurs ! Quel plaisir que ce roman de la démesure, qu'il fasse 1000 pages, qu' on s'y vautre, qu'on s'y traîne, qu'on s'y love, qu'on y tremble et qu'on y pleure, qu'on y rie, qu'on s'y attache, qu'on y retrouve tant  de souvenirs propres , qu'on y apprenne tant…

Bien sûr, certains aimeront, d'autres pas, mais comment ne pas reconnaître à Paul Auster, cet homme courtois, lumineux, intelligent, d'être en plus un auteur hors-pair, hors normes, qui nous livre ici son Grand Roman Américain, typique d'un lieu et d'une époque, tentaculaire et omniscient et qui ne ressemble à aucun autre? Comment ne pas lui reconnaître un talent extraordinaire de conteur, tant dans la structure narrative, profondément originale et parfaitement maîtrisée, que dans l'écriture d'une richesse, d'une vivacité, une inventivité qui n'est que le reflet de celle de la vie de son (ses) héros, "mes quatre garçons" les appelle-t'il, tellement jeunes et tellement mûrs, tellement heureux et tellement désespérés, tellement attachants?

On l'a dit partout, Archibald Isaac Ferguson est un jeune juif new-yorkais des banlieues dans l'après-guerre, de cette classe moyenne qui, Dieu merci, recherche son émancipation non dans la consommation et la frivolité, mais dans la création, (l'écriture en l'occurrence ), la réflexion, la remise en question, la recherche d'une justice et des libertés. Et comme Ferguson est un enfant puis un jeune homme réfléchi, si souvent "adulte", qui s'interroge en permanence sur la destinée, le rôle du hasard et des choix, Paul Auster, par des glissements dans son environnement, lui offre quatre destins, tout en préservant sa personnalité centrale, qui va évoluer, certes, varier selon les versions, mais rester là comme un noyau fondateur.

Tour de force, Paul Auster déplace sur une vingtaine d'années les personnages (Ferguson et tout son complexe environnement familial et amical)  avec malice, sur son échiquier élaboré, sans jamais perdre le lecteur, en tout cas jusque ce qu'il faut pour que cela soit délicieux de se laisser porter, d'essayer de venir vérifier un détail en arrière et finalement y renoncer, car finalement, on s'en fout, l'instant est là qui nous emporte: il y a cet humour, cette clairvoyance, cette tendresse pour les personnages quels qu'ils soient,  cette générosité sans limites de l'auteur et c'est ce qui importe..  Il y a ce souffle époustouflant à décrire l'intimité d'un jeune homme en formation, son incroyable relation avec une mère toujours ouverte, toujours accueillante, toujours encourageante, jamais envahissante, qui est la clé de sa personnalité, de son aptitude à de devenir un explorateur et un conquérant (un conquérant sympathique) dans tous les domaines : les études, l'écriture, le positionnement politique, le sport, la culture, l'amour, le sexe… L'existence des quatre histoires enrichit formidablement cette façon d'aborder  l'élaboration d'une personnalité, lui donne une puissance, une profondeur.

Les quatre Ferguson ont tous  une relation à l'écrit, qui n'est pas la même, poète, journaliste, prosateur… à succès ou sans succès, tous dans une recherche absolue de sincérité, dans un désir d'inventer de nouvelles voies, et ceux qui cherchent à savoir ce qu'est la littérature ne manqueront pas de trouver ici de nombreuses pistes.
Mais Auster élargit son discours à tous les arts, rend un hommage à un nombre incalculable d' œuvres qui ont marqué son propre apprentissage culturel, les livres, les films, les pièces musicales, le sport qui en même temps qu'un épanouissement physique est un art. Il raconte le plaisir des premières fois,  ces innombarables premières fois qu'il faut connaître, les unes après les autres, pour se construire en tant qu'homme vivant.
Il rend hommage aux médiateurs, parents, adultes bienveillants, amis, petites amies et petits amis, professeurs, tous sources d'inspiration, donneurs de conseils, tuteurs attentionnés, guides à travers le monde, tous  ces gens qui nous aiment, et qui font que nous devenons qui nous sommes.

Il raconte comment la jeunesse née après guerre, dans cette euphorie du jamais-plus et de la quête du bonheur enfin aboutie, sa jeunesse à lui, a grandi au contraire dans  une Amérique violente, autoritaire, imbue d'elle-même, violant les libertés individuelles, méprisant les individus (l'assassinat de Kennedy, de King, la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les émeutes raciales). Comment elle a fait fleurir en son sein  la révolte et parfois l'engagement.

Il y a enfin New-York, ville tentaculaire, détestable et magnifique, ses rues numérotées où déambuler nuit et jour, ses cafés, ses odeurs, ses taudis, ses habitants, ses universités, ses banlieues d'où chacun rêve de s'échapper...

Et puis, on tourne la 1015ème page... et c'est fini.
Déjà.... pale
Tant pis, il nous reste Paul Auster, il parait qu'il a déjà commencé à écrire son prochain livre!



mots-clés : #amitié #amour #communautejuive #creationartistique #identitesexuelle #insurrection #lieu #relationenfantparent #sports
par topocl
le Sam 3 Mar - 10:58
 
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Sujet: Paul Auster
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Le One-shot des paresseux

Je mets d'autant plus ce livre en one-shot que je ne sais pas dans quelle case mettre son auteur, Shaun Levin

Shaun Levin est né en Afrique du Sud. Il a passé de nombreuses années en Israël et vit aujourd’hui à Londres. Dans son œuvre, il aborde les thèmes de l’immigration et des expériences traumatiques ainsi que la question de l’identité, en particulier à travers la sexualité. S’il publie depuis le début des années 1990, son premier roman, Seven Sweet Things, est paru en 2003. Il a été suivi de plusieurs livres, récits et essais. Depuis quelques années, il écrit sur la vie de trois artistes britanniques du xxe siècle : Mark Gertler, David Bomberg et Isaac Rosenberg.


Le Garçon en polaroïds


Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire 51ji8410

C'est un joli objet d'autofiction intime, qui met en face à face des clichés d'un jeune garçon, photos de famille un peu floues et maladroites, et des textes décrivant des instantanés de sa vie, de ses émotions, qui répondent avec une précision floutée à la question : c'est quoi de grandir avec une sexualité qui n'est pas celle attendue, de changer de pays, de se confronter sans réticence à ses désirs.
Petit livre attachant à l'émotion parfois violente qui trace un portrait subjectif de son auteur, "le Garçon".

mots-clés : #autofiction #identitesexuelle
par topocl
le Sam 24 Fév - 9:59
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Arundhati ROY

Le Ministère du Bonheur Suprême

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C'est un roman qui se veut total, brillant, phénoménal. Qui emprunte au conte merveilleux façon Rushdie, à la folie façon Garcia Marquez, au militantisme tous azimuts façon Arindathi Roy, le tout saupoudré d'instants de poésie magique. L'auteur y multiplie les détails, les joyaux, les extravagances entrecroisés avec passion. On ne compte plus les personnages, les lieux, le temps éclate pour n'être plus linéaire. Tout cela est d'une richesse inouïe, mais un peu gaspillée car l'effet final est  d'une confusion (sans doute alimentée par la pauvreté de ma culture en histoire indienne) qui a fini par me mener à l'ennui. Tant de péripéties donnent paradoxalement  l'impression qu'il ne se passe pas grand chose, et les personnages, à force de singularité, deviennent archétypaux et désincarnés.

Y échappe Anjum, la hijrat, femme dans un corps d'homme, construisant une chambre d'hôtes entre les tombes, accueillante aux hommes et aux  animaux, curieux symbole d'une Inde déchirée entre ses diverses identités, et qui donne une belle vie aux 200 premières pages (malheureusement il en reste 350...).

Mots-clés : #historique #identitesexuelle #regimeautoritaire
par topocl
le Ven 26 Jan - 13:38
 
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Sujet: Arundhati ROY
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Christophe Honoré

Ton père

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Voila un petit "roman" poignant comme la vie quand elle grippe, que le bonheur vous est refusé, et refusé simplement parce que c'est vous. Etre soi pour Christophe Honoré, c'est être gay : déjà qu'il revendique le droit à la différence, ne voila t'il pas qu'il revendique aussi le droit au bonheur, quel culot!

Christophe Honoré  aime la drague et le sexe. Il n'a jamais pensé que cela interdisait d'avoir des enfants, c'est pourquoi il a fait une fille avec une amie hétérosexuelle, une petite fille  délurée et tendre qui a  10 ans maintenant. Elle partage son temps entre ses parents, et part en vacances avec eux deux. Ils ont une relation pleine de vivacité, de respect, un attachement qui vient des tripes, parce qu'un père aime son enfant, tout simplement, et que là ça a été un combat particulier, cette paternité, et ça ne peut que magnifier les émotions.

Seulement un jour, quelqu'un se mêle de lui faire savoir que ça le contrarie, cette paternité pour un homme gay,  que ça outrepasse l'acceptable, que c'est un non-droit. Et ce quelqu'un le dit de façon anonyme, et odieuse, et le répète.

Christophe Honoré raconte la grande ambiguïté de sa réaction face à cette agression. Prendre à la légère, négliger, rigoler : se réfugier derrière l'habituel "Ce n’est rien", habitué qu'il est depuis toujours à affronter cette discrimination "ordinaire" ?  Tout remettre en question comme si le droit était de l'autre côté, se laisser phagocyter par le point de vue haineux de l'autre? Ou au contraire laisser ressurgir cette peur tapie  qui ne l'a jamais vraiment quitté (et  qui inclut sa fille, cette fois), se laisser envahir, démolir, submerger par la tristesse et la colère (une colère rageuse parfois à la limite de l'infantile). Il va de l'un à l'autre, il erre, et finalement refuse de laisser cette manipulation malveillante  souiller son heureuse intimité personnelle familiale.

C'est virulent,  intime, débordant d'émotion, mêlant habilement la douceur et l'horreur. A travers ce réquisitoire révolté transparaît (rayonne, plutôt)  l'histoire pleine de tendresse de cette filiation, qui ne devrait normalement qu'être ordinaire. C'est souvent maladroit et sincère, comme semble l’être Christophe Honoré dans la vie, et il en ressort un charme de résistance finalement joyeuse.

mots-clés : #autofiction #identitesexuelle #relationenfantparent #discrimination
par topocl
le Sam 18 Nov - 16:31
 
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Sujet: Christophe Honoré
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Daniel Mendelsohn

L’étreinte fugitive

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Daniel Mendelsohn  , pour moi comme pour beaucoup, ça a d'abord été le choc de Les disparus. Le succès aidant, est parue en français l'étreinte fugitive, premier volet de sa trilogie. La parution récente du troisième opus,  Une odyssée : un père, un fils, une épopée, est l'occasion pour moi de m'y replonger. Moins abouti sans doute, plus confus, moins centré, l'étreinte fugitive reste une lecture riche et pleine d'ouvertures.

Si la tragédie était, comme nous nous plaisions à le croire parfois, le théâtre de l'affrontement du Bien et du Mal, elle ne serait pas aussi captivante : la tension qu'elle suscite vient de quelque chose de beaucoup plus complexe et intéressant, qui est le conflit entre deux idées du Bien.


Daniel Menselsohn aime les "garçons", il vit à Chelsea, quartier gay de New-York et fréquente les lieux de drague, les sites de rencontres,  cumule les rencontres d'une nuit ou d'un instant, sans lendemain et sans intimité, pour le plaisir du jeu et de la multiplicité.
Daniel Mendelsohn habite aussi dans le New Jersey, un quartier à la bourgeoisie conformiste, auprès d'une femme célibataire, Rose, qui, une fois enceinte, lui a demandé d'être l'élément masculin auprès de cet enfant, Nicholas. Auprès de lui il apprend l’importance  de la permanence, de la sagesse, l'intensité de la filiation.
Daniel Mendelsohn est le descendant de Juifs polonais émigrés aux Etats-Unis entre deux guerres, et dont l'histoire familiale est aussi complexe et pleine  de sens que celles de la tragédie grecque.
Daniel Mendelsohn ne renonce à aucune de ces trois images de lui, qui se reflètent  et se répondent à l'infini dans un miroir qu'il se tend à lui-même.

Ce qui donne un sens à cet amalgame parfois confus,  est une expression du grec ancien, dont Mendelsohn est un érudit passionné : deux particules, men ... et de... qui n'ont de sens l'une sans l'autre, et qu'on pourrait traduire par d'un côté... et de l'autre côté , et qui, nous dit-il, sous-tendent la pensée grecque. Quelque chose qui a à voir avec la dualité, le paradoxe, l’ambiguïté, le compromis. Quelque chose qui apprivoise la complexité : gay et père, sujet et objet, volage et fidèle, Américain et juif, fils et père, confronté à la beauté comme à la perte.

Dans la famille de cet homme, les photos avaient une importance suprême parce que c'était la preuve de la beauté et qu'après avoir  tout perdu, leur maison, leur terre, leur brasserie, leur boucherie en gros, leurs camions, leurs domestiques, leurs filles et leur dignité, il ne leur restait que la beauté.


C'est livré dans un livre exigent, sans concession, qui ne s'offre pas le luxe de la simplicité, de la chronologie, parce que ce ne serait pas le reflet de la vie, de ses surprises, de ses traquenards. Mendelsohn suit ses pensées, saute d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre pour tracer un trajet plein de contre-temps, de digressions  et de détours. L'ensemble est disparate, parfois sans queue ni tête, et l'unité lui vient par une réflexion implicite sur les liens entre vie vécue, littérature, mythes, histoires, mensonges qui sont la source de son identité.

Nous allons voir des tragédies parce que nous avons honte de tout compromis, parce que nous trouvons dans la tragédie la beauté pure de l'absolu, une beauté qu'on ne peut avoir si on choisit de vivre.



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par topocl
le Mer 11 Oct - 21:39
 
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Sujet: Daniel Mendelsohn
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