Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Ven 18 Juin - 8:12

52 résultats trouvés pour jeunesse

Marie-Aude Murail

Oh, boy !

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Oh_boy10

Petit roman qui traite de façon contemporaine de problèmes qui sont cependant de tous temps – abordés de façon plus directe qu'auparavant. Orphelins, homosexuels, femmes battues, cancéreux existaient déjà, même si on en parlait peut-être moins, et leur existence est sans doute un peu facilitée de nos jours. Comme point de comparaison, je viens de relire L'œuvre de Dieu, la Part du Diable, de John Irving, pareillement tempéré d’humour, mais chez Marie-Aude Murail c’est de la littérature jeunesse. Bien sûr, c’est pétri de bons sentiments (à tout prendre meilleurs que les mauvais), le ton est léger, le happy end de rigueur.
Par rapport au conte traditionnel, c’est une confrontation sans fard avec l’actualité, résolument le monde de la poupée Barbie et du burger, mais avec plusieurs personnages parmi lesquels choisir à s’identifier. Effectivement un côté Pennac, pédagogique, et même moralisateur.

\Mots-clés : #fratrie #jeunesse
par Tristram
le Ven 11 Juin - 0:11
 
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Sujet: Marie-Aude Murail
Réponses: 11
Vues: 509

Jean Giono

Le Hussard sur le toit

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Angelo, Piémontais jeune, généreux, beau, épris de panache, de liberté et d’héroïsme, d’ailleurs militaire et « révolutionnaire », chevauche en Provence dans la canicule et une grande joie de vivre.
« Il avait le goût de la supériorité et la terreur de l'affectation. Il était heureux. »

Tout le livre constitue une sorte de parcours initiatique, quête du comportement digne d’un homme de qualité, rêves de gloire d’un orgueilleux à la recherche de l’estime de soi, impatient de se conformer à l’image qu’il se fait de la bravoure désinvolte et ne craignant que paraître lâche ou peureux.  
« Au fond, tout revient à : “Vive moi !” »

Le choléra surgit, ajoutant l’horreur à ce récit d’aventures jouissif, étonnant d’un lyrisme à la limite de l’outrance dans ses descriptions de paysages comme de cadavres ou d’agonies (en passant par les oiseaux carnivores) – assez éloignées de toute réalité, mais qui "passent" toujours.
Angelo aide gratuitement un médecin, « le petit Français », à soigner (vainement) les moribonds, puis une nonne à laver (tout aussi vainement) les morts. C’est l’occasion de quelques péripéties cocasses, comme le réveil de celui qu’on croyait mort (la suite est hallucinante) :  
« – Il nous a trompés, dit la nonne.
– Ce n'est pas de sa faute, parlez à voix basse. On l'a cru mort, on s'est débarrassé de lui. Mais il est vivant et même je le crois sauvé.
– C'est un salaud, dit-elle. Il est vivant et je lui ai lavé le cul. »

Autre humour, plus fin, lorsqu’Angelo se trompe en imaginant des manœuvres nocturnes (il tient sans doute sa grande imagination de son auteur).
Giuseppe, son frère de lait, remet à Angelo une lettre de sa mère, une duchesse dont il est fils naturel, et dont il tient aussi beaucoup :
« La lettre était datée de juin et disait : "Mon bel enfant, as-tu trouvé des chimères ? Le marin que tu m'as envoyé m'a dit que tu étais imprudent. Cela m'a rassurée. Sois toujours très imprudent, mon petit, c'est la seule façon d'avoir un peu de plaisir à vivre dans notre époque de manufactures. […]
" Et maintenant, parlons de choses sérieuses. J'ai peur que tu ne fasses pas de folies. Cela n'empêche ni la gravité, ni la mélancolie, ni la solitude : ces trois gourmandises de ton caractère. Tu peux être grave et fou, qui empêche ? Tu peux être tout ce que tu veux et fou en surplus, mais il faut être fou, mon enfant. Regarde autour de toi le monde sans cesse grandissant de gens qui se prennent au sérieux. Outre qu'ils se donnent un ridicule irrémédiable devant les esprits semblables au mien, ils se font une vie dangereusement constipée. »

Et bien sûr il y a le superbe personnage de Pauline au visage « en fer de lance », pendant féminin d’Angelo le chevaleresque, orpheline de mère :
« – Les mères me conviendraient toutes. La mienne était, paraît-il, très jolie, très douce, très malade, et elle me désirait. J'ai eu amplement le temps d'aimer une ombre. Rire à mon père ne m'a jamais complètement satisfaite, même au berceau, si j'en juge par ce qui m'est resté de désirs que rien ne contente. »

Des théories paradoxales glosent sur le choléra et ses causes (tel l’orgueil !) :
« On meurt littéralement d'égoïsme. Notez ceci, je vous prie, qui est le résultat de nombreuses observations cliniques, si nous étendons le terme à la rue et aux champs et à la soi-disant bonne santé qui y circule : rues et champs que j'ai beaucoup plus fréquentés que les lits. Quand il s'agit de peste ou choléra, les bons ne meurent pas, jeune homme ! Je vous entends. Vous allez me dire comme beaucoup que vous avez vu mourir des bons. Je vous répondrai : “C'est qu'ils n'étaient pas très bons.” »

Ces discours ne m’ont pas semblé contenir beaucoup de sens, symbolique, allégorique, ou autre. Ils paraissent valoir pour leur ton, leur fantaisie baroque ; à ce propos, je n’ai malheureusement pas lu l'Arioste, fréquemment cité, et peut-être cette lecture serait-elle éclairante. Si ce livre devait contenir un "message", ce serait sans doute celui de la force de la joie de vivre, mais...
« Le choléra fini, il restera les miroirs à affronter. »

C'étaient quelques remarques au cours de ma relecture de ce chef-d’œuvre ; celle-ci m’a permis de retrouver comme des ressouvenirs d’aventures vécues – ce qui est finalement le cas.
« À pied on passe partout. Dans les collines sèches les morts ne sentent pas mauvais ; ne sentent même rien ; sentent parfois le thym et la sarriette dans laquelle ils sont couchés, toujours dans des poses très nobles, parce qu'ils sont morts devant de grands paysages. L'image des horizons libres généralement bleu pervenche donne aux muscles la fluidité qui les fait se dénouer après la mort. Il avait remarqué que, dans les pinèdes, où l'odeur de la résine s'ajoute au soleil pour composer une atmosphère de four, les cadavres qu'il rencontra (dont l'un était celui d'un garde-chasse) avaient surtout le mal du siècle : une certaine nonchalance d'allure et mélancolie d'attitude, l'air d'en avoir assez, une sorte de mépris de bonne compagnie. »


\Mots-clés : #aventure #catastrophenaturelle #jeunesse
par Tristram
le Dim 21 Fév - 12:28
 
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Sujet: Jean Giono
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Andreï Makine

L’ami arménien

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Originale: Français, 2021

CONTENU :
Grasset - raccourci a écrit:A travers l’histoire d’une amitié adolescente, Makine révèle dans ce véritable bijou de littérature classique un épisode inoubliable de sa jeunesse.
Le narrateur, treize ans, vit dans un orphelinat de Sibérie à l’époque de l’empire soviétique finissant. Dans la cour de l’école, il prend la défense de Vardan, un adolescent que sa  pureté, sa maturité et sa fragilité désignent aux brutes comme  bouc-émissaire idéal. Il raccompagne chez lui son ami, dans le quartier dit du « Bout du diable » peuplé d’anciens prisonniers, d’aventuriers fourbus, de déracinés égarés «qui n’ont pour biographie que la géographie de leurs errances. »
Il est accueilli là par une petite communauté de familles arméniennes venues soulager le sort de leurs proches transférés et emprisonnés en ce lieu, à 5 000 kilomètres de leur Caucase natal, en attente de jugement pour « subversion séparatiste et complot anti-soviétique » parce qu’ils avaient créé  une organisation clandestine se battant pour l’indépendance de l’Arménie.



REMARQUES :
Le narrateur de l’histoire raconte une épisode de plusieurs semaines en automne d’une année au début des années 70 dans une grande ville de Sibérie au bord de l’Ienissei : Il a treize ans, vit dans un orphelinat, connaît déjà les tracasseries d’une vie sous la violence. A l’école il se fait garde de corps de Vardan, d’un an son aîné, mais plus fin, gracieux, pure, atteint même d’une maladie dite « arménienne » - objet idéal pour les railleries. Ce garçon, bien plus mûr et « spirituel », va ouvrir au narrateur un autre monde. De par ses actes et paroles, il l’ouvre à une « autre dimension », à une vie qu’il ne croyait pas possible. La bonté exercée envers une prostituée ivre… ; le parabole du ciel qui commence sous nos pieds… Et ce garçon va le guider vers son chez soi, dans la petite communauté arménienne de la ville. Gens qui suivent leurs parents à ce lieu de détention, en attente de jugement… Il y rencontrera des figures splendides : Sarven la patriarche, imposant, sage ; Chaviram, la mère adoptive de Vardan, aimante ; la belle Gulizar qui a suivi avec dignité son mari qui se trouve au prison. Et quelques personnages autour qui goûtent aussi l’hospitalité de ce groupe bien pauvre, mais si chaleureux. Mais oui : « Le Royaume d’Arménie » tout proche, une sorte de refuge… Quel monde pour ce garçon orphelin qui en est transformé et marqué en ces quelques semaines de cotoiement !

Les victimes de la « Histoire », des guerres, des persécutions, revêtent une dignité et transmettent une nostalgie d’autre chose, ouvre  à un changement de vision. Ce milieu est complètement nouveau, et à jamais marquant, pour le jeune narrateur, l’Alter Ego de Makine, lui, qui reste si mystèrieusement inconnu dans sa biographie...

La langue est magnifique, c’est un français pas compliqué, mais d’une finesse et ciselé où chaque mot est bien pesé. C’est un bonheur. Et je le dis aussi vu que son dernier livre m’avait un peu étonné et laissé sur ma faim. Ici il réjoind les plus beaux livres qu’il nous a déjà laissés !


\Mots-clés : #autobiographie #jeunesse #regimeautoritaire
par tom léo
le Jeu 14 Jan - 16:48
 
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Sujet: Andreï Makine
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Dylan Thomas

Portrait de l'artiste en jeune chien

Tag jeunesse sur Des Choses à lire 411ebb10

Dix nouvelles, autant de séquences autobiographiques se suivant chronologiquement comme autant d’instantanés saisis ; le titre, démarqué de James Joyce, fait référence à la sixième, Comme de petits chiens, lui-même en référence au mot d’un magistrat évaluant les mœurs amoureuses et sexuelles de jeunes gens.
Très vite dans le premier texte de ce recueil de souvenirs d'enfance surgit le fantastique teinté de surréalisme de Dylan Thomas :
« La venelle s’emplit d’une ombre trop soudaine, la foule des murs m’assaillit et je vis se tapir les toits. »

L’humour innerve les scènes de la vie quotidienne galloise.
« Le souper aurait dû être chaud, mais elle ne voulait pas qu’il vît les domestiques qui étaient vieux et sales. Son père ne voulait pas les remplacer parce qu’ils avaient toujours été chez lui. C’est là un exemple éclatant de la mentalité de ces conservateurs. »

Bord de mer :
« Depuis qu’il s’était promené et amusé, là-bas, dans la solitude de cette foule, cherchant des excuses à son désespoir et des compagnons tout en les refusant, il avait trouvé celle qui lui donnerait le vrai bonheur et l’avait perdue en trente secondes d’affolement et de maladresse près des urinoirs et de l’horloge de fleurs. »

Bien que j'y aie retrouvé beaucoup de ma jeunesse (ou à cause de cela), ce recueil ne m'a pas transporté...

\Mots-clés : #jeunesse #nouvelle
par Tristram
le Dim 10 Jan - 14:01
 
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Sujet: Dylan Thomas
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Jens Peter Jacobsen

Niels Lyhne

Tag jeunesse sur Des Choses à lire 414hq810

Les parents de Niels, dont il perçoit très jeune les caractères différents ; son père : » Il ne concevait pas l’amour comme une flamme sans cesse renaissante […]mais comme un feu tranquille couvant sous la cendre […]qui rapproche davantage et rend plus familière toute chose proche et connue. »

Sa mère : « Avec un redoublement d’ardeur, elle se lança à la poursuite de l’idéal, elle anéantit son mari sous l’averse de ses poétiques imaginations et de ses enthousiasmes. Elle chercha l’isolement pour y pleurer ses illusions perdues. »

Niels est confronté à la mort alors que sa tante Edel meurt, malgré ses prières.

« […]il n’avait vu en Jésus que le fils de Dieu, non un Dieu, et c’est pourquoi il avait adressé sa prière à Dieu le Père. Or Dieu le Père l’avait abandonné dans sa détresse. Si Dieu n’avait pas d’oreilles, il n’avait, lui pas de lèvres ; si Dieu n’avait pas de pitié, il n’avait pas d’adoration. Il bravait Dieu et le bannissait de son cœur. »

« Ce fut ainsi toute sa vie. Il rompit par bravade avec les croyances que l’éducation lui avait inculquées, il passa du côté des révoltés qui usent leurs forces dans la lutte. »


Niels part à Copenhague faire ses études ; il décide qu’il doit devenir poète, son ami Erik devient lui peintre ; il l’introduit dans le cercle d’une veuve, Madame Boye dont Niels devient amoureux.

« Mais lorsque la victoire lui fut acquise et qu’il l’eut rendue telle qu’il la voulait, il vit qu’il avait trop bien travaillé, qu’il l’avait aimée avec ses illusions, ses préjugés, ses rêves et ses erreurs, non telle qu’elle était maintenant. »

Celle-ci  commençait à l’aimer, mais lui « Mécontent de lui, d’elle de ses compatriotes, il partit et ne revint pas. »

Niels avait pour Idéal l’athéisme, il le brandissait comme un drapeau.

Après le décès de son père, il s’occupe de sa mère malade, il voyage avec elle mais celle-ci toujours portée par ses rêves n’apprécie pas la réelle beauté des paysages, des choses, elle meurt. Niels repart à Copenhague retrouver Madame Boye, laquelle lui annonce son prochain mariage. Niels perd donc la femme qu’il aimait ; ce sera ainsi toute sa vie. Amoureux d’une cousine, Fennimore, celle-ci lui préfère son ami Erik.

Niels continue à avancer, travaille mais poursuit en vain et son ideal et la position de poète qu’il désire. Rappelé par Erik qui n’arrive plus à créer, il retombe amoureux de Fennimore, et consomme avec elle l’amour adultère. Lorsqu’ Erik meurt brutalement dans un accident, Fennimore rongée par les remords chasse haineuse Niels. Il l’a perd donc une seconde fois.
Après avoir voyager pendant 2 ans, il décide de regagner la maison paternelle et ses terres, les valorise avec son jardinier et reprend une vie de simplicité. Une famille qui était amie de son père s’installe dans une ville voisine, la jeune Gerda attire son attention, ils se marient et ont un enfant. Serait-ce enfin le bonheur ? Niels convainc Gerda à son Ideal, à l’athéisme, elle devient fanatique. Une grave maladie atteint Gerda et au seuil de la mort, alors que Niels ne pouvait l’imaginer, elle réclame le secours du Pasteur.

A son tour l’enfant tombe gravement malade, il n’y a pas de médecin qui puisse venir rapidement, il meurt malgré que
: « Oh alors ! il menaça le ciel de ses poings fermés, il fit le geste d’éteindre son enfant, pour l’emporter, bien loin, et puis il se jeta à genoux et il pria Dieu, ce Dieu qui est au ciel, qui tient le monde sous l’empire de la terreur en lui infligeant la misère, la maladie, la souffrance et la mort, qui veut que tous les genoux fléchissent et au regard de qui l’on ne peut échapper, pas plus à l’extrémité des mers qu’au fond des abîmes ; ce Dieu qui, si telle est sa volonté, écrasera sous son pied l’être que tu chéris le plus au monde et, en le torturant, le fera retourner à la poussière dont il le crea.. »

« Dans son désespoir il savait ce qu’il faisait. Il avait été tenté et il avait succombé. C’était une chute, une défection ; il avait renié ses principes et trahi son idéal. Sans doute il avait la tradition dans le sang ; depuis des milliers d’années l’humanité s’adressait au ciel dans sa détresse. Il savait pourtant que les dieux sont des chimères, et qu’en priant il s’adressait à une chimère […] »

« En effet, ces grands mots, athéisme et sainte cause de la vérité, n’étaient que des noms pompeux décernés à cette chose si simple : accepter la vie comme elle est avec ses inéluctables lois »


Anéanti Niels s’engage dans l’armée alors que meurt le roi Frédéric VII, il est rapidement touché par une balle , il se meurt, son ami et médecin Hjerrild lui demande s’il veut voir un prêtre. Niels s’insurge mais à force de souffrance il arrive à penser : « C’eut été une bonne chose, tout de même, d’avoir un Dieu à qui adresser des plaintes et des prières. Il s’éteint deux jours après.

***

Donc Niels toute sa vie porta le drapeau d’un Idéal qui lui échappa, il perdit les femmes qu’il aimait et sa vie pour son pays. Nul ne peut lutter contre les lois de la vie, contre la réalité de la vie. Si les dieux sont des chimères, les idéaux aussi, hélas pour Niels (et pour nous ?)
Le poids de l'héritage religieux est aussi évoqué, dans l'enfance de Niels, puis lors des tristes épisodes où la mort surgit.

Très belle écriture, qu’elle évoque la réalité ou la poésie. C’est un livre qui ne délivre pas du bonheur, plutôt une attente vaine. Telle la vie de l’auteur à ce que j’ai pu comprendre dans la préface de Rilke.


Mots-clés : #jeunesse #portrait #psychologique #reve
par Bédoulène
le Sam 9 Jan - 11:24
 
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Sujet: Jens Peter Jacobsen
Réponses: 6
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Raymond Queneau

Les Derniers Jours

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Les_de11

C’est le Paris du début des années vingt (celui de Landru, d'Einstein et du boxeur Georges Carpentier, qui connaît une « défaite par queneau-coutte »), plus précisément autour du café Soufflet (quartier latin, vraisemblablement le Soufflot, dans la rue du même nom).
Peu à peu, trois hommes âgés s’y réunissent régulièrement pour le pernod, servi par Alfred le serveur perspicace et philosophe qui, féru d’astrologie et de statistiques, devine volontiers l’avenir. Le narrateur omniscient/ auteur consacre quelques chapitres spécialement réservés aux commentaires de ce dernier sur le retour saisonnier des choses.
« Tout ça, ce sont des histoires de planètes. Les planètes tournent en rond comme les gens. Moi, je reste fixe au milieu des soucoupes et des bouteilles d’apéro et les gens tournent autour de moi ; en rond, avec les saisons et les mois. Moi, je ne bouge pas, eux, ils tournent et se répètent. Ils sont plus ou moins contents de ça. Moi, je les regarde, mais ça ne me regarde pas. »

Les trois habitués sont le mystérieux M. Brabbant (ou Martin-Martin ou Blaisolle), M. Tolut, professeur d’histoire et géographie à la retraite qui regrette de n’avoir jamais voyagé, et son beau-frère, M. Brennuire, homme d'affaires.
Queneau nous fait d’autre part entrer dans le milieu étudiant, avec ses conventionnelles routines de dégoût ennuyé des études et goût blasé de l’épate : Tuquedenne, Rohel, insolent et séducteur, Wullmar, d’un milieu aisé, et Hublin, qui est attiré par le spiritisme et l’au-delà.
Vincent Tuquedenne, Havrais en « philo(sophie) » à la Sorbonne et timide avec les dames, qui « faisait profession de foi de pessimisme » et se réfugiait volontiers dans la lecture (personnage qui ne paraît pas dénué de résonnances autobiographiques), dans son désarroi se pose des questions métaphysiques.
« Certes, aucune de ces choses n’avait en elle-même sa raison d’être et toutes, plongées dans le devenir, étaient destinées à périr. Qu’était-ce que leur réalité. Ne dépendait-elle d’autre chose que d’elles-mêmes ? Où donc était leur réalité ? Qu’est-ce qui faisait leur réalité ? Était-ce l’Être, était-ce l’Un ? Si l’Être constituait la réalité des choses, pourquoi donc ces choses n’étaient-elles pas, car ce n’est pas être que d’être voué au ne-plus-être ? Si c’était l’Un, pourquoi donc étaient-elles plusieurs ? Pourquoi donc y avait-il des choses, pourquoi donc devaient-elles périr ?
[…]
Comment les sauver ? Oui, comment sauver les choses ? Comment arracher les choses au néant, comment les délivrer de l’Être ? Comment donner au particulier sa raison d’être en lui-même ? Comment donner à l’instant, et le devenir et l’éternité ? »

Les destinées des personnages s’intriquent, solitudes empêtrées dans le quotidien et qui prennent conscience de l’inéluctabilité de leur mort s’approchant sans répit, puis le roman d’abord plaisant sombre dans la dépression macabre (il a été écrit dans l’ombre portée de la Seconde Guerre mondiale qui approche, et publié en 1936).
Les étudiants vont se séparer pour accomplir leur service militaire, et en attendant attendent.
« C’étaient des jours sans buts, des journées sans espoir. »

Tolut, dans sa mauvaise conscience professionnelle d’avoir enseigné ce qu’il ne connaissait pas en réalité, fréquente les enterrements et les cimetières avant de se suicider.
« ‒ Oui, c’est l’âge, l’âge qui grandit. C’est comme un animal, l’âge, monsieur. C’est un animal qui grandit, qui grandit, qui grandit encore et qui finit par vous dévorer tout vivant. »

Brabbant, petit escroc qui devient honnête par ambition pour finir enfin riche, meurt de peur, de même que Brennuire, nous apprend Alfred :
« On occupe les places vides pour la prochaine hécatombe et le tour recommence. Et les saisons reviennent qui se tiennent par la main et moi je reste à les regarder en tournant la manivelle. »

De l'excellent Queneau !

Mots-clés : #jeunesse #mort #philosophique #viequotidienne #xxesiecle
par Tristram
le Mar 20 Oct - 0:44
 
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Sujet: Raymond Queneau
Réponses: 37
Vues: 2681

Hélène Bessette

Lili pleure

Tag jeunesse sur Des Choses à lire 41aq1y10

Originale: Français, 1953

CONTENU :
extrait de la 4ème de couverture a écrit:Sa mère tyrannique empêche Lili d’épouser l’homme qu’elle aime ; de dépit, elle en épouse un autre, qui est déporté à la guerre puis revient alors que Lili est cette fois amoureuse d’un berger de 13 ans son cadet. Abandonnée par son mari, délaissée par le berger, Lili se retrouve seule avec sa mère, plus insupportable que jamais.


REMARQUES :
C’est alors certes une suite de mauvaises d’histoires d’amour si on suit juste le résumé. Mais à coté de ses amants, voir le mari, il y a surtout cette mère omniprésente et -puissante qui ne peut laisser s’en aller en paix sa fille ! Elle se glisse entre la vie et Lili, empêche, intervient, et malgré le fait que le lecteur (et Lili?) s’énerve, elle continue aussi pour Lili de prendre toujours et à nouveau la première place, même si brièvement elle semble parfois vouloir resister. Mais… Lili pleure. Pas juste le titre du livre ! Et de la romance devient un drame.

Mais même cela n’est pas tout : Il y a surtout la manière ! Cette langue incroyable, maniée par Hélène Bessette, puissante, expressive, rythmée. Oui : poètique ! Et c’st pour cela qu’on la nommera inventrice du « roman poètique ». Dans la nouvelle édition cela se voit aussi dans la typographie : parfois des lignes d’une, deux mots, parfois rimés. Des énumérations, des variations sur un thème. L’auteure utilise presque uniquemment le dialogue ou le monologue intérieure. On a l’impression aussi que cela se prêterait éventuellement à une adaptation au théâtre ?!

C’est un style vraiment puissant et original, avec – dans son temps certainement aussi une vue moderne et critique sur la place de la femme, étouffée dans un cocon du vouloir maternelle, qui finalement se révêle nocive à l’infini. Mélo ? Oui, mais grâce à la langue, à la manière d’écrire beaucoup plus !

Une vraie découverte ! Convaincante !

Mots-clés : #amour #famille #jeunesse #relationenfantparent
par tom léo
le Mer 7 Oct - 18:16
 
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Sujet: Hélène Bessette
Réponses: 7
Vues: 180

Pete Fromm

Comment tout a commencé

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Proxy_36

(En complément au commentaire de Topocl).
Comment une telle mésentente peut-elle s’installer entre enfants et parents ? La pratique compulsionnelle du base-ball explique-t-elle tout ? les
États-Uniens sont-ils tous fous ? Imagine-t-on nos grands prosateurs français (Houellebecq, Jourde, Carrère) nous faire tartir avec du foot, ou de la pétanque ?

Bien sûr Abilène est malade, bipolaire, maniaco-dépressive ; mais c’est (aussi, surtout) la jeunesse, goût du risque et de la destruction, rêve, révolte, conviction, véhémence, excès, qui nous est présentée, comme amplifiée par son trouble, son influence sur son petit frère, Austin.
« Ça fait partie du jeu. »

« ‒ Tu as passé ta vie entière à essayer de me ressembler, Austin. Et maintenant je prends des pilules pour être quelqu’un d’autre. »

Une description étonnante de justesse du conflit générationnel des enfants avec les parents, heureux, satisfaits ‒ minables.
« Ils veulent que je leur ressemble davantage. (Elle gardait les yeux fixés sur le ciel vide.) Qu’est-ce qu’il pourrait y avoir de pire ? »

« ‒ Tu as travaillé si dur, uniquement pour que je puisse rester à la maison et regarder les enfants devenir fous. »

Une belle histoire d’amour !

Mots-clés : #fratrie #jeunesse #pathologie #relationenfantparent #sports
par Tristram
le Ven 2 Oct - 21:56
 
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Sujet: Pete Fromm
Réponses: 50
Vues: 2207

Laura Gallego García

Laura Gallego García
Née en 1977

Tag jeunesse sur Des Choses à lire List_610

L'auteur d'Idhun. Netflix vient de sortir une série animée sur une saga qui a marqué une étape importante pour une génération au milieu des années 2000. Idhun est devenu la quintessence de l'histoire fantastique de l'Espagne, et a encore de nombreux fans aujourd'hui. Cependant, bien qu'Idhun soit son œuvre la plus connue, Laura Gallego est une écrivaine valencienne très prolifique, qui a écrit de la littérature pour enfants et pour jeunes adultes, bien que son genre préféré ait toujours été le fantastique.

Plus : wikipedia.org


Bibliographie :

Romans :

Les Chroniques de la tour
- L'Elfe Fenris, Baam, 2009
- La Vallée des loups, Baam ! 2008
- La Malédiction du maître, Baam ! 2008
- L'Appel des morts, Baam ! 2008

Idhun
- La Résistance, Bayard, 2010
- La Triade, Bayard, 2012

- La Légende du roi errant, La Joie de lire
- Prix Steamboat 2001
- Le Collectionneur d'horloges extraordinaires, Éditions du Seuil, 2005
- La Fille de la nuit, J'ai lu, 2013
- L'Impératrice des éthérés, Baam !, 2010
- Deux cierges pour le diable, Baam ! 2009

Cela m'a inspiré pendant mon adolescence, et bien que j'aie toujours voulu être écrivain grâce à cela, j'ai maintenant un travail très différent (je travaille dans les ressources humaines et je pense que c'est une tâche essentielle dans le monde d'aujourd'hui). Je le lis encore de temps en temps, le roman pour jeunes adultes m'attire toujours beaucoup, et Laura Gallego sera toujours une référence du genre en espagnol.

Mots-clés : #fantastique #jeunesse
par Ailen
le Mar 22 Sep - 10:34
 
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Sujet: Laura Gallego García
Réponses: 1
Vues: 862

Richard Brautigan

Le général sudiste de Big Sur

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Le_gzo11

Le premier roman de Richard Brautigan commence par une évocation de la guerre de Sécession, avec notamment la bataille de Wilderness (dont Lance Weller fut le chantre), et des Indiens Digger de Big Sur, évoqués par nombre d’auteurs du Nature writing :
« On dit que ces Indiens ne portaient pas de vêtements. Ils n’avaient ni feu, ni abri, ni culture. Ils ne faisaient rien pousser. Ils ne chassaient pas et ne péchaient pas. Ils n’enterraient pas leurs morts et ne donnaient pas naissance à leurs enfants. Ils vivaient de racines et de bernicles, et restaient agréablement assis sous la pluie. »

Jesse, le narrateur, et son pote, Lee Mellon, y squattent des cabanes sommaires :
« Ce matin j’ai vu un coyote dans les sauges juste au bord de l’océan – l’arrêt suivant c’est la Chine. Le coyote faisait comme s’il avait été au Nouveau-Mexique ou dans le Wyoming, sauf qu’en dessous, il y avait des baleines qui passaient. C’est ça ce pays. Viens à Big Sur que ton âme trouve un peu de place pour sortir de sa moelle. »

Ils incarnent une époque ultérieure :
« "À seize ans, je me glissais aux cours de l’université de Chicago, et j’ai vécu avec deux étudiantes noires extrêmement cultivées", dit Lee Mellon. "Nous couchions tous les trois dans le même lit. C’est ce qui m’a aidé à perdre mon accent du Sud." »

Globalement, c’est la déglingue, et la culture hippie vécue ; on y croise Henry Miller ; personnellement, j’ai aussi aperçu le fantôme Jack Kerouac…
« Étrange successeur de Vasco Nunez de Balboa, Lee Mellon cherchait des mégots au bord du monde occidental, et tout le long du chemin jusque chez nous, trouvant ici et là un exilé du royaume du tabac. »

Il y a peu d’action au début…
« Huit heures plus tard, j’étais assis avec une fille dans un petit bar de Monterey. Elle avait un verre de vin rouge devant elle, et moi un martini. C’est ainsi parfois. Impossible de prédire l’avenir et de comprendre le passé. Lee Mellon, fin soûl, avait fini par rouler par terre. J’avais lavé au jet le vomi dont il était couvert, et je l’avais recouvert d’un grand morceau de carton pour que la police ne le trouve pas. »

C’est aussi et surtout le souffle de la jeunesse, une sorte d’innocence, sa fraîcheur, une grâce difficile à expliciter (un côté Salinger ?), de l'humour et de la poésie.
Voici un petit chapitre in extenso :
«
HAIKAI DE L’ALLIGATOR DANS LE DESERT

Il pleuvait maintenant très fort, le vent hurlait comme l’armée sudiste à travers le trou dans le mur de la cuisine. Le désert – des milliers de soldats occupaient le pays – le désert !
Elizabeth et Lee Mellon étaient partis dans une autre cabane. Ils avaient quelque chose à régler. Nous sommes restés seuls, Élaine et moi, avec les alligators.
*
6 mai 1864. Un lieutenant est tombé, mortellement blessé. S’enfonçant de travers dans la mémoire, un marbre classique commença à pousser sur ses empreintes digitales. Comme il reposait là sublime aux yeux de l’histoire, une autre balle frappa son corps, et le fit tressaillir comme une ombre dans un film. Peut-être Birth of a Nation. »

Puis c’est un délire psychédélique complet dès que la marijuana entre en jeu.
« Maintenant, j’étais vraiment parti. De petites vacances à l’abri du bon sens. Pendant que Lee Mellon s’occupait de la marijuana, je planais de plus en plus. »

« Elle m’a ôté mon slip. J’avais dû le mettre en me réveillant, mais je ne m’en souvenais plus. Ce n’était guère important mais j’en fus surpris. On ne devrait pas être surpris par des choses comme ça. »


Mots-clés : #jeunesse #lieu #nature #xxesiecle
par Tristram
le Dim 28 Juin - 0:29
 
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Sujet: Richard Brautigan
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Kenneth Grahame

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Graham16
Jours de reve - L'Age d'or. - Phébus

En règle générale, en effet, les grandes personnes sont d'un niveau très correct en matière de faits ; c'est le talent supérieur de l'imagination qui leur fait si tristement défaut.

Ils sont cinq enfants entre cinq et 12 ans, trois frères et deux soeurs. Ils vivent dans un domaine rural au bord d'une rivière.
En ce début de 20e siècle, on les qualifierait volontiers de chenapans ou de galopins. Amicalement.
Parce qu'ils sont de bonne famille et ont pour chaperons une tante et une gouvernante. Qu'ils font tourner en bourrique.

Les parents sont ils là ? Si oui, ils n'apparaissent jamais.

Aux yeux des enfants ils sont confondus dans un meme oubli. Ils sont les Olympiens, avec ce que comporte de distance cette appellation qui englobe tous les
adultes. Mais ils sont en vacances, on est en août, et ils font les quatre cents coups sans états d'âme Pirates, brigands, navigateurs, ils affolent les les animaux de basse cours et les fermiers
du voisinage.

Au fils de leurs escapades, ils rencontrent un  marginal, inspiré, non conformiste et raconteur d'histoires qui les fascinent et les rassemble comme le joueur de flute de l'histoire.
Ils se risquent aux  premières amours, aux premiers vrais chagrins et conflits.. Mais le temps avançant, on sent qu'une méchante porte va se refermer... La felure.

Ce qu'on retient -ce que j'ai retenu- c'est cette perception d'un temps sans limites, d'un éternel été.

On sait que ce livre est autobiographique et que l'auteur n'a eu qu'un seul projet : ressusciter avec des mots la magie de l'enfance.

C'est ce qu'il a réussi avec un bonheur qu'on trouve rarement dans ce genre de littérature.

Allez, on peut citer quand meme Elsa Morante, Lewis Carroll, Mark Twain, Faulkner et quelques autres.

Aux enfants -de tout age- et à ceux qui n'ont pas oublié de l'etre...

Mots-clés : #fantastique #jeunesse
par bix_229
le Ven 8 Mai - 17:40
 
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Sujet: Kenneth Grahame
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Francis Jammes

Almaïde d'Etremont
ou l'histoire d'une jeune fille passionnée

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Almazc13
Nouvelle, 1901, 70 pages environ.

Ah là là, Monsieur Jammes, mais que faites vous donc de vos belles héroïnes !



Nouvelle d'un sujet et d'une épaisseur similaires à Clara d'Ellébeuse, semi-tragédie (mais je ne vous en dis pas plus !):
L'époque de narration demeure donc (le mitan du XIXème), à peine quelques petites années après Clara, et Jammes réemploie un second rôle de peu d'importance dans sa nouvelle de 1899 pour en faire l'héroïne.

Almaïde a davantage de sang, de tempérament, moins de candeur peut-être que feue son amie Clara -à moins que ce ne soit moins de contraintes, d'éducation quotidienne à marche forcée, comme le suggère vers la fin de la nouvelle le bon marquis d'Astin.

Ce marquis d'Astin, personnage de premier plan déjà dans Clara, est là tout à fait primordial, quasi centenaire, posé comme une lumineuse borne XVIIIème en pleine césure IIème République/Second Empire (mais, si ce n'est peut-être au plan des mentalités, les évènements de l'Histoire n'interfèrent en rien dans la narration).

Almaïde d'Etremont vit recluse dans une campagne éblouissante, ses parents sont décédés, un oncle taciturne, maniaque et solitaire (qui n'intervient jamais, et n'est jamais tout à fait dépeint dans la nouvelle, comme une inerte chape de plomb à peine suggérée) administre ses biens jusqu'à son mariage, et cloître -à son intérêt- de facto Almaïde en sa vague compagnie dans une splendide demeure des Aldudes.

Lasse de solitude, voyant ses amies se marier, elle passe ainsi le cap des vingt-cinq ans.

Un jour, à une danse villageoise de dimanche après-midi, spectacle qu'elle aime venir contempler, et qui constitue pour Almaïde une exceptionnelle occasion de sortie (danse de village à rapprocher du Branle de Laruns un peu plus haut sur la page), elle toise un tout jeune berger...

[Le thème de la mésalliance heureuse sera aussi repris, sous forme de conte -intitulé Le mal de vivre- par Jammes avec pour héros un poète en pleine acédie auto-destructrice et une vachère.]

[Il est aisé de faire un rapprochement, éventuellement avec Pan, mais surtout avec Les Bucoliques, Virgile, ou encore le XVIIIème français, où certaine reine raffolait à jouer la bergère en son Trianon versaillais, et de voir une allusion-hommage aux auteurs que Jammes aime à citer et commenter, tels Jean de La Fontaine, Jean-Jacques Rousseau, etc...]

Le petit enseignement, s'il faut en tirer un, est assez similaire à celui de Clara, ne pas laisser les filles jeunes, jolies, intelligentes, pieuses, fortunées, pétulantes dépérir dans l'intérêt grippe-sou d'un ascendant, dans le carcan des conventions, dans une aliénation à la bienséance telle qu'alors conçue, et dont les bras armés sont l'hypocrisie, les préjugés.

Les propos libératoires du marquis d'Astin, en clôture de la nouvelle, sont à ce propos de fort belle facture, et précisent une prise de position ferme de l'auteur, ré-affirmée en quelque sorte deux ans après la parution de Clara d'Ellébeuse.  
 
Chapitre I a écrit:Depuis lors, que d’après-midi sont passés !
Almaïde d’Etremont a vingt-cinq ans. Elle connaît la solitude et l’ombre que les morts étendent au gazon où ils furent. Les monotones jours s’enfuient sans que rien distraie cette orpheline demeurée seule dans ce trop vaste domaine en face d’un oncle âgé, infirme et taciturne.
Aucun pèlerin ne s’est arrêté à la grille, un soir de mai, pour cueillir dans le parfum des lilas noirs cette colombe fiancée. C’est en vain qu’Almaïde, assise auprès de l’étang, guette la carpe légendaire qui, des glauques profondeurs, doit rapporter l’anneau nuptial. Et rien ne répond à sa rêverie que la clameur des paons juchés dans le deuil des chênes. Et rien ne console sa méditation que sa méditation. Et rien ne se pose à sa bouche plus ardente qu’un fruit-de-la-passion que le vent altéré qui souffle aux lèvres de chair des marronniers d’Inde.

Ses yeux n’ont point de candeur, mais une chaude et hautaine mélancolie, une coulée de lumière noire au-dessus du nez mobile et mince. Et ses joues et son menton font un arc si parfait et si plein que tout baiser en voudrait rompre l’harmonie. D’un grand chapeau de paille orné de pavots des moissons, les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule. Et tout le corps n’est qu’une grâce paresseuse qui fléchit sur ce banc d’où la main d’Almaïde, négligemment, laisse tomber une missive.


Tag jeunesse sur Des Choses à lire Repent10
...les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule.

[On apprend dans Clara d'Ellébeuse que les repentirs, à la mode alors, sont ces boucles en apparence savamment négligées et naturelles, qui s'obtenaient à l'aide de beaucoup de patience et d'une sorte de peigne de buis, permettant une coiffure à cheveux attachés -selon les convenances-, mais en conservant un aspect de liberté à la chevelure, celle d'osciller et de se mouvoir, est-ce à interpréter comme un mini-signe toléré de hardiesse de type affranchissement ?]  

___________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Puisque vous paraissez goûter la plume du rustique aède des Gaves, voyez un peu ce qu'il sait faire en matière de rendu de sentiment, de situation intérieure, ci-dessous tout est dans la découpe des phrases ou des propositions, jolie façon de traduire l'exaspération, la lassitude (je m'en voudrais de vous laisser croire que Jammes n'excelle qu'à dépeindre des plantes, des animaux, des campagnes et des églises rurales !):
Fin du chapitre II a écrit:Plus rien ! Pas même, tant elle est triste, l’envie de fixer sur le papier, comme jadis elle le faisait au couvent, les expressions de sa mélancolie.

Elle se prend à rêver dans sa chambre. Elle est assise et fait un bouquet avec des fleurs éparses sur elle. Le jour qui tombe éclaire sa joue gauche, le corps demeure dans l’ombre. Elle s’ennuie. Un vague énervement, elle ne sait quoi d’insatisfait, une oppression qu’elle voudrait chasser, une angoisse, pareille à celle qui la brise parfois au réveil, la torturent. Et rien que de sentir, un instant, la pression de son coude sur son genou l’émeut jusqu’à la faire se lever du fauteuil où elle est étendue. Elle fait le tour de sa chambre sans quitter son chapeau des champs. La mousseline de sa robe qui bruit à peine lui donne de la langueur, le glissement du tissu léger sur sa chair ronde et chaude l’inquiète.

Qu’Almaïde d’Etremont est belle ainsi ! Ses yeux cernés d’ombre dans l’ombre, sa pâleur fondue au jour qui se meurt, sa démarche puissante et gracieuse qui la fait, à chaque pas, tourner sur elle-même, disent assez l’origine maternelle, le sang puisé au soleil de Grenades ardentes.

Elle pose son bouquet sur la commode bombée où luisent des appliques de cuivre et, détachant de la muraille une guitare, elle en tire quelques accords. Maintenant, assise et les jambes croisées, un poignet nerveusement tendu sous le col du bois sonore dont elle pince les cordes sourdes, Almaïde se met à chanter.

Par la fenêtre, son regard plonge dans la nuit bleue qui se lève et recouvre l’étang de splendeur. Les chauves-souris, amies des greniers vermoulus, tournoient, hésitent, crissent, cliquètent et glissent dans l’air liquide. Pareilles à de noires fumées, les branches touffues des chênes moutonnent dans l’azur nocturne qui, au-dessus de l’allée ténébreuse, semble s’écouler comme un fleuve de nacre.

La guitare glisse aux pieds d’Almaïde. La tête en arrière, les bras pendants, les yeux perdus, les narines mobiles, elle frémit un instant. Car, vision rapide, elle croit voir, dans le clair de lune qui s’élève et tremble comme un ruisseau, s’arrêter un chevrier adolescent qui tend vers elle en riant les baies d’arbouse de son torse.


Mots-clés : #amour #culpabilité #jeunesse #nouvelle #relationdecouple #ruralité #solitude
par Aventin
le Sam 11 Avr - 6:23
 
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Sujet: Francis Jammes
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Francis Jammes

Clara d'Ellébeuse


Tag jeunesse sur Des Choses à lire Clara_12
Nouvelle, 1899.

Un charme distingué, suranné, coule de ces pages, peut-être déjà volontairement désuètes à la date de parution - je m'avance sans doute un peu - mais, comme Jammes avait choisi que l'action se déroulât un demi-siècle plus tôt, en toute subjectivité j'y vois un indice: il ne voulait pas faire du "1900".

Beaucoup de charme donc dans cette tragique nouvelle.
Son déroulé s'effectue dans une campagne béarnaise paradisiaque, à l'intérieur d'un milieu haut-du-pavé, bourgeois aisé ou bien noble.
Quitte à me fourvoyer j'y vois aussi un clin d'œil de Jammes à l'un des grands maîtres de la peinture provinciale de ce milieu-là, ces années-là: Balzac.

Comment une jeune fille éclatante, seize ans, belle, fortunée, douce, aimable, pure, remarquable en bien des points arrive à sombrer pour avoir découvert des bribes d'un secret de famille, pas nécessairement hautement honteux, du reste, loin de là.

Avec en contrepoint les carcans - les conventions, l'entre-soi ne favorisant pas l'ouverture au monde, l'ignorance dans laquelle on tenait sciemment les jeunes filles, aussi la mésinterprétation des Évangiles et des commandements bibliques en général (là aussi, avec une part orientée, voulue, qui accuse le Siècle).

Jammes nous délivre une bien belle peinture légère, enlevée, s'en donne à cœur-joie dès qu'une occasion d'évoquer les jardins, les intérieurs, les animaux, les tenues vestimentaires se présente - jusqu'à la mièvrerie, quand il la suggère, est équivoque et raffinée.
Bref ça me transporte à chaque fois, j'ai beau m'y attendre !

Allez, vous prendrez bien un petit échantillon:
Chapitre IV a écrit:Dans l’ombre fraîche et grise de l’aube, les contours sont durs et noirs. On découple bientôt les chiens qui reniflent et rampent sur un chaume. L’un d’eux s’attarde. Un autre tourne sur lui-même. Tous épandent une odeur caséeuse. Quelques-uns trottent vite, bassets torses, griffons moustachus et braques dégingandés.

Tout à coup un long appel jaillit d’une gorge. Immobile, le cou tendu, le corps raidi, les yeux vagues, un chien hurle puis se tait une seconde. Et, de nouveau, il sonne. C’est un gémissement long qui tremble dans l’air matinal, l’ébranle de la plaine aux coteaux. Ses compagnons accourent à lui. Il crie toujours, le mufle haut et froncé, remuant la queue, les oreilles dressées et ridées. Puis tous, presque en même temps, se mettent à donner. Un jappe. Ceux-ci ont deux notes prolongées : haute puis basse, et ceux-là jouent du tambour de leur gosier. Et là-bas, pendant les silences, répond la meute de l’écho.


Et même un petit deuxième, vous allez voir, c'est tout léger, un zéphyr d'encre sur page, ça ne pèse pas !
Chapitre II a écrit:Clara attend que le jardinier ait fini de bâter le petit âne. C’est fait. Elle cueille une gaule verte et, d’un banc de pierre, saute sur la bête qu’elle dirige vers la grille. Elle prend le sentier des bois de Noarrieu. Les gouttes glacées des néfliers pleuvent sur elle. L’âne trotte. Elle est toute secouée et, de temps en temps, retient son large chapeau de paille prêt à tomber. La voici sur la lisière moussue où veillent les colchiques. Dans les haies brillent des toiles d’araignées. On entend le gloussement des ruisseaux encore gorgés de l’orage nocturne. Des pies jacassent, un geai crie.

Mais, au milieu des bois, c’est un silence que rien ne trouble, à peine le bruissement des hautes fougères froissées par les flancs du petit âne ; c’est un recueillement de fraîcheur qui va durer là jusqu’au soir, même aux heures torrides où les maïs crépitent. Au pied d’un châtaignier, sur une éclaircie de lumière et d’émeraude, il y a des gentianes. Leurs cloches sombrement bleues tentent Clara d’Ellébeuse qui arrête sa monture, en descend, et les cueille pour les allier aux reines-marguerites et aux narcisses de son chapeau des champs, orné de rubans blancs à filets paille.
 
Elle s’assied auprès de l’arbre et, tressant les fleurs, songe avec tristesse à la fin des vacances, à la rentrée, à la grande cour des récréations d’octobre où les feuilles dures des platanes sont agitées par le vent aigre et froid.


Mots-clés : #culpabilité #intimiste #jeunesse #mort #ruralité #solitude #xixesiecle
par Aventin
le Ven 10 Avr - 17:02
 
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Sujet: Francis Jammes
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Lluís Llach

Lluís Llach
Né en 1948

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Lluís Llach i Grande, né le 7 mai 1948 à Gérone (Catalogne), est un chanteur et romancier catalan. Il est une des figures de proue du combat pour la culture catalane contre le franquisme. En 1965, il rejoint le groupe Els Setze Jutges. Du fait de cet engagement qui l'a conduit à l'exil, il est considéré en Catalogne comme une référence non seulement musicale mais également morale. Sa chanson L'Estaca (le pieu) est devenu un véritable hymne libertaire catalan. Aux élections de 2015 au parlement de Catalogne, il conduit la coalition indépendantiste Junts pel Sí dans la circonscription de Gérone. Il devient député au parlement de Catalogne de 2015 à 2017. Il préside de 2018 à 2019 le Conseil consultatif pour la promotion d'un forum civique et social pour le débat constituant.


Bibliographie

Les Yeux Fardés, 2012
Les Femmes de la Principal, 2014
Le Théâtre des merveilles, 2017

Discographie
Spoiler:
Els èxits de Lluís Llach (1969)
Ara i aquí (1970)
Com un arbre nu (1972)
Lluís Llach a l'Olympia (1973)
L'Estaca (1973)
I si canto trist... (1974)
Viatge a Itaca (1975)
Barcelona, gener de 1976 (1976)
Campanades a morts (1977)
El meu amic, el mar (1978)
Somniem (1979)
Verges 50 (1980)
I amb el somriure, la revolta (1982)
T'estimo (1984)
Maremar (1985)
Camp del Barça, 6 de juliol de 1985 (1985)
Astres (1986)
Geografia (1988)
La forja de un rebelde (1990)
Torna aviat (1991)
Ara, 25 anys en directe (1992)
Un pont de mar blava (1993)
Rar (1994)
Porrera (1995)
Nu (1997)
9 (1998)
Temps de revoltes (2000)
Jocs (2002)
Junts (avec Josep Carreras, 2003)
Poetes (2004)
Que no s'apague la llum (avec Feliu Ventura 2005)
i. (2006)
Verges 2007 (2007)




Tag jeunesse sur Des Choses à lire Les_ye11

Les yeux fardés

Un jeune réalisateur en mal d'idées vient écouter l'histoire d'un vieil homme aux yeux outrageusement fardés. Ce roman est constitué d'un court prologue suivi des vingt-quatre enregistrements de Germinal Massagué, qui raconte pour l'essentiel sa jeunesse pendant la guerre civile. Pour son premier roman, l'auteur fait preuve d'un certain sens du rythme et de la composition : chacun de ces enregistrements se focalise sur une étape majeure de la formation du narrateur, sans fausse note ni baisse de régime. L'écriture est rapide, les phrases brutes, mal dégrossies, car Lluís Llach se refuse à toute joliesse. Et l'on se rend compte, bientôt, que sa manière ne manque nullement de vigueur, d'efficacité ni de délicatesse.

Si l'on en croit le narrateur, c'est une histoire d'amour qui va nous être racontée. Mais le contexte politique de la guerre civile, le combat des gauches contre le fascisme prennent rapidement le dessus : le singulier ne peut se défaire du collectif, l'histoire d'amour et l'histoire espagnole sont indissociables l'une de l'autre. Il s'agit d'une trajectoire individuelle au milieu de la tragédie collective, une plongée dans la guerre civile à hauteur d'homme, qui la rend pleinement sensible. Il est singulier qu'un si vieil homme, racontant ses années de formation, puisse ressusciter sa jeunesse avec tant de chair, de nerfs, d'appétits; qu'il recrée enfin ces années d'étourdissements euphoriques, de pulsions vitales et de traumatismes avec une pareille acuité. Le récit trouve son équilibre entre la plongée immersive par laquelle Germinal revit les événements de sa jeunesse, et la prise de distance qui intervient de loin en loin, rythmées par les adresses au réalisateur, qui lui permettent l'analyse rétrospective et la contextualisation de ce que la jeune génération ignore de l'ancienne. Par ailleurs, c'est un livre à double face : une incarnation des élans et des frissons de la chair, mais également une peinture de la destruction; un éloge de l'humanisme et de l'effervescence intellectuelle de cette époque presque mythologique, des aspirations politiques et sociales de tout un peuple, mais aussi un chant funéraire et le récit d'un naufrage; en somme, un conte d'amour qui devient un conte de folie et de mort. Parallèlement à cette trame se noue une discrète histoire d'amitié hors champ, entre Germinal et le réalisateur silencieux, que l'on comprend à demi-mot.

Comme je l'ai dit, ce roman est formé d'entretiens qui peut-être serviront de base à un scénario de film. Ainsi, bien qu'il ne puisse être réduit à un simple matériau de travail pour le cinéma, ce roman forme-t-il un appel aux arts visuels. Chaque adresse au réalisateur nous rappelle la raison de ce récit, et nous incite à le transposer au cinéma. Et de même pouvons-nous envisager le personnage du cinéaste comme un avatar du lecteur, et son film en germe comme une métaphore de l'activité imageante de la lecture littéraire.
En revanche, s'il fait son film, le personnage du cinéaste ne se contentera certainement pas d'animer l'histoire qu'il a entendue. Ce n'est pas un documentariste, c'est un réalisateur de fiction : sans nul doute, en se l'incorporant, fera-t-il de cette histoire quelque chose d'entièrement nouveau (avec des personnages, des lieux et une trame tout autres). Et ainsi devrait faire le cinéaste qui voudrait adapter Les yeux fardés : réaliser le film qu'est venu chercher le réalisateur fictif dans l'histoire de Germinal Massagué.


Mots-clés : #amour #erotisme #guerredespagne #identitesexuelle #jeunesse #xxesiecle
par Quasimodo
le Mer 12 Fév - 21:16
 
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Sujet: Lluís Llach
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Roger Nimier

D'Artagnan amoureux
ou: cinq ans avant

Tag jeunesse sur Des Choses à lire D_arta10

Roman, 300 pages environ, paru post-mortem en 1962.

Fiction de cape et d'épée, promenade dans le Grand Siècle français. Très surprenant ouvrage, on n'y reconnaît absolument rien du style ni de la manière du Hussard bleu.
Ces cinq ans avant du sous-titre situent l'action quinze ans après Les trois mousquetaires, d'Artagnan a trente-cinq ans.

S'amusant sans doute beaucoup, Nimier s'essaie à plagier Alexandre Dumas, et à faire défiler autour de d'Artagnan quelques personnages de pure fiction, comme Pélisson de Pélissart, maréchal de France, esprit allègre et, n'en doutons pas, génial, inventeur entre autres d'une machine volante qui ne vole pas mais roule.
Mais aussi de grands noms, telle Marie de Rabutin-Chantal, pas encore devenue Madame de Sévigné (ce qui me fais penser que j'ai un bon vingt-cinq messages de retard sur le fil de l'épistolière), son fameux parent Roger de Bussy-Rabutin, le Pape Urbain VIII, l'abbé Ménage, Paul de Gondi, futur Cardinal de Retz, Louis XIII, la Reine, Louis XIV enfant, Richelieu agonisant, Mazarin, le Duc d'Enghien (le Grand Condé de la bataille de Rocroi, orthographiée Rocroy), et jusqu'à l'évocation de Blaise Pascal, voire le nom de Rembrandt, simplement jeté sans que Nimier n'ose le portraiturer:    
Une déclaration d'amour au Grand Siècle, version française. Et à Dumas...

On ne s'ennuie pas, c'est preste, enlevé, tout empli de missions secrètes, contretemps et aléas, chausses-trappes et bien sûr de méchants-qui-courrent-toujours, on croise le fer, complote, désire, échange de bons mots, se bat, défenestre, bouffe et boit à la Rabelais, nonobstant de forts curieux régimes, ou bien lorsque l'acédie prend le dessus.

À réserver à ceux d'entre les adolescents que vous côtoyez qui n'ont pas eu leur compte après avoir épuisé Les trois mousquetaires, Le vicomte de Bragelonne et Vingt ans après.  
Plume et style de joli panache, tout-à-fait digne des grands succès du genre de cape et d'épée.


Chapitre Une conversation diplomatique a écrit:
  "S'agirait-il, pensa d'Artagnan, d'une commande de mules faite par Richelieu qui a les pieds sensibles ? Serais-je devenu bottier sans le savoir ? Non, car on ne m'aurait pas tiré des coups de mousquet pour des mules. Attendons la suite."
- Mais s'il est un temps pour passer des mules, il en est un autre pour enfiler des bottes.
 "Voilà qui est mieux, songea notre mousquetaire. Mes affaires augmentent d'une pointure."
- Or, que se passe-t-il aujourd'hui ?
  Les yeux de M. Pélisson eurent le scintillement de l'enfer et le velouté du diable.
- Il se passe qu'on s'est mis à table.
  "Mordious, fit d'Artagnan pour lui-même, serions-nous passés de l'orthopédie à la gastronomie ?"
- Ce qui fait qu'il se donne de fameux coups de fourchette à travers l'Europe. Le plus gros mangeur se nomme Habsbourg. Il a double tête et double estomac. Et ce double estomac contient déjà l'Espagne, Naples, la Sicile, le Milanais, l'Autriche, la Bohême, la Hongrie, les Flandres.
- Je sais cela. Je lui ai repris Arras, voici deux ans.
  Sans se soucier de cette gasconnade, M. Pélisson de Pélissart poursuivit:
- En face, l'autre convive se nomme Bourbon.
Le pauvre n'a que la France.
- C'est déjà un joli morceau.
- Oui, parce qu'avec la France, il a la Gascogne, jambe de chienne ! dont nous sommes issus tous deux. Et aussi les massifs centraux d'Auvergne, d'où sortent des soldats à la tête trop dure pour les boulets ordinaires. Si bien qu'on est obligé d'aller chercher du minerai de fer en Suède pour parvenir à la leur casser.
M. Pélisson but un troisième verre.
- Ouverte ou cachée, la guerre dure depuis 1618. Cela fait donc vingt-quatre ans qu'on se trouve à table, chose suffisante pour un siècle ou deux.
- Comme vous y allez ! Moi qui n'ai pas de mines de plomb ni de champs de truffes, j'ai besoin de combats pour vivre.
- Il restera le Turc.
- Je l'ai vaincu sur mer.
- Le protestant.
- Besogne de faquins.
- Bah ! Nous arrangerons cela. Connaissez-vous Urbain VIII ?
- Non.
- Il veut vous voir.
- Moi ?
- Vous.
- Que me dira-t-il ?
- Il vous remettra un traité de paix universelle, valable pour trois siècles et contresigné par les plus grands souverains d'Europe.
- Ce qui fait qu'il n'y aura plus de guerre jusqu'au milieu du XXe siècle.
- Terminé.
- Et dans trois siècles, on pourra recommencer.
- Peut-être.
- Je serai trop vieux, soupira d'Artagnan.
- Je vous ai dit qu'on s'occuperait de vous.
- Et que ferai-je de ce traité ?
- Vous le remettrez au cardinal de Richelieu, avec un message personnel.
- Et cela suffira ?
- Cela suffira.
  D'Artagnan demeura songeur. M. Pélisson de Pélissart lui tendit un verre de réconfort et s'approcha de son oreille.
 


Tag jeunesse sur Des Choses à lire De_bat10




Mots-clés : #humour #jeunesse
par Aventin
le Lun 16 Déc - 17:11
 
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Sujet: Roger Nimier
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Ryu MURAKAMI

69

Tag jeunesse sur Des Choses à lire 41c2fq10


De Ryu Murakami j’ai aussi lu „seulement „69“ et comme déjà dit, cette oeuvre semble sortir de l’atmosphère des autres livres. C’est, au moins à Tokyo, le temps de la révolte, avec les Stones, Beatles et Compagnie, et chez le héros, le narrateur principale, le souci premier de finalement perdre sa virginité. Pour vue qu’on accepte que dans cette perspectif Ryu subordonne la révolution à la recherche d’une relation amoureuse, on trouvera un livre hilarante à souhait, avec des poules perdues et des infractions rocambolesques à l’école. Il semble que ce livre fut aussi un triomphe au Japon. Et même si je ne suis pas de la même génération, je me sentais rappelé aux temps d’une certaine jeunesse.


Mots-clés : #autobiographie #humour #jeunesse #xxesiecle
par tom léo
le Sam 30 Nov - 7:57
 
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Sujet: Ryu MURAKAMI
Réponses: 6
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Jean-Marie Gustave [J.M.G] Le Clézio

Le procès-verbal

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Le personnage central est Adam Pollo, un jeune homme squattant une villa du Midi près de la mer, oisif et meublant son tædium vitæ de menues occupations ludiques, telles que suivre un chien, correspondre avec son amie Michèle (nonobstant de manifestes difficultés de communication sociale ‒ d’ailleurs la jeune femme est peut-être imaginaire) ; c’est un pur produit de son auteur, et revendiqué comme tel :
« Il n’y avait rien, dans la composition même de ces choses horribles, qui lui indiquât de façon certaine s’il sortait de l’asile ou de l’armée. »

« …] l’important, c’est de toujours parler de façon à être écrit ; comme ça, on sent qu’on n’est pas libre. On n’est pas libre de parler comme si on était soi. Et voilà, on se confond mieux. On n’est plus seul. On existe avec le facteur 2, ou 3, ou 4, et plus avec ce satané facteur 1. Tu comprends ? »

D’ailleurs la lettre liminaire de Le Clézio est édifiante ; elle commence ainsi :
« J’ai deux ambitions secrètes. L’une d’elles est d’écrire un jour un roman tel, que si le héros y mourait au dernier chapitre, ou à la rigueur était atteint de la maladie de Parkinson, je sois accablé sous un flot de lettres anonymes et ordurières.
De ce point de vue, je le sais, le "Procès-verbal" n’est pas tout à fait réussi. Il se peut qu’il pèche par excès de sérieux, par maniérisme et verbosité ; la langue dans laquelle il est écrit évolue du dialogue para-réaliste à l’ampoulage de type pédantiquement almanach. »

L’ensemble paraît daté, et pas uniquement à cause des tranches de vie des années soixante :
« Un type italien, assis sur un banc, sort un paquet de cigarettes italiennes de sa poche. Le paquet est aux trois quarts vide, si bien que le nom, "Esportazione" se dépare de sa richesse et flotte sur les flancs du papier comme un fanion flapi. Il sort une cigarette, et ce qu’on pouvait attendre arrive : il fume. Il regarde les seins d’une jeune fille qui marche. Les pull-overs collants, genre marinier, qu’on vend à Prisunic. Deux seins.
À force de blocs, d’immenses rectangles gris, de ciment sur ciment, et de tous ces lieux anguleux, on passe vite d’un point à un autre. On habite partout, on vit partout. Le soleil s’exerce sur le granule des murs. À force de cette série de villes anciennes et nouvelles, on est planté en plein dans le tumulte de la vie : on vit comme dans des milliers de bouquins accumulés les uns sur les autres. Chaque mot est une incidence, chaque phrase une série d’incidences du même ordre, chaque nouvelle une heure, ou plus, ou moins, une minute, dix, douze secondes. »

Dans ce texte expérimental qui ressort au Nouveau Roman (utilisation du & pour "et", chapitres repérés par une lettre de l’alphabet en majuscule à leur début, texte en gras ou barré, etc.), quelques détails troublants, comme les termes « excavités », « cossidés » (lépidoptères, dont le gâte-bois) et « losangulaire » ou le verbe luminer (attesté en moyen français), le probable néologisme « circonférique », l’emploi de « prostase » (du grec supériorité, prédominance), et la référence au Parsidol (un antiparkinsonien ?) sont autant de signes que peut-être il y aurait quelque chose de cryptique à découvrir.
Une théorie particulièrement excentrique est exposée à la fin du chapitre N. :
« Pour donner un autre exemple d’une folie devenue familière à Adam, on pourrait parler de cette fameuse Simultanéité. La Simultanéité est un des éléments nécessaires à l’Unité qu’Adam avait un jour pressentie, soit au cours de l’histoire du Zoo, soit à cause du Noyé, soit à propos de bien d’autres anecdotes qui sont volontairement oubliées ici. La Simultanéité est l’anéantissement total du temps et non du mouvement ; cet anéantissement doit être conçu, non pas forcément sous forme d’expérience mystique, mais par un recours constant à la volonté d’absolu dans le raisonnement abstrait. Il s’agit, à propos d’un acte quelconque, mettons, fumer une cigarette, de ressentir indéfiniment durant le même geste, les millions d’autres cigarettes vraisemblablement fumées par des millions d’autres individus sur la terre. Sentir des millions de légers cylindres de papier, écarter les lèvres et filtrer quelques grammes d’air mélangé de fumée de tabac ; dès lors, le geste de fumer devient unique. Il se métamorphose en un Genre ; le mécanisme habituel de la cosmogonie et de la mythisation peut intervenir. Ce qui est, en un sens, aller en direction opposée au système philosophique normal, qui part d’un acte ou d’une sensation, pour aboutir à un concept facilitant la connaissance.
Ce processus, qui est celui des mythes en général, comme, par exemple, la naissance, la guerre, l’amour, les saisons ou la mort, peut être appliqué à tout : chaque objet, une éclisse d’allumette sur une table d’acajou verni, une fraise, le son d’une horloge, la forme d’un Z sont récupérables sans limite dans l’espace et le temps. Et, à force d’exister des millions et des milliards de fois, en même temps que leur fois, ils deviennent éternels. Mais leur éternité est automatique : ils n’ont nul besoin d’avoir jamais été créés, et se retrouvent en tous siècles et en tous lieux. »

Adam écrit longuement dans un cahier ; il y note :
« Procès-Verbal d’une catastrophe
chez les fourmis. »

Le procès-verbal, c’est celui d’une jeunesse mal à l’aise dans la société ; à la fin du livre (paru en 1963), Le Clézio prédit même une suite à cette histoire…
Interpellé après avoir harangué la foule, Adam sera interné dans un asile où des étudiants (« comme vous », c'est-à-dire lui) viennent l’interroger pour un diagnostic ; ils discutent entr’eux :
« "C’est intelligent, tout ça" dit le type à lunettes. "Mais c’est tout ce qu’on peut en dire…"
"Ça ne veut rien dire, c’est de l’amphigouri métaphysique" coupa un autre étudiant. »

« Parce que c’est de la littérature. Tout bonnement. Je sais, on fait tous de la littérature, plus ou moins, mais maintenant, ça ne va plus. Je suis vraiment fatigué de – C’est fatal, parce qu’on lit trop. On se croit obligé de tout présenter sous une forme parfaite. On croit toujours qu’il faut illustrer l’idée abstraite avec un exemple du dernier cru, un peu à la mode, ordurier si possible, et surtout – et surtout n’ayant aucun rapport avec la question. Bon Dieu, que tout ça est faux ! Ça pue la fausse poésie, le souvenir, l’enfance, la psychanalyse, les vertes années et l’histoire du Christianisme. On fait des romans à deux sous, avec des trucs de masturbation, de pédérastie, de Vaudois, de comportements sexuels en Mélanésie, quand ce ne sont pas les poèmes d’Ossian. »

Je ressens ce roman comme situé dans le sillage de La nausée de Sartre et de L’étranger de Camus ; une vague démonstration existentialiste, presque absurde, vide voire philosophico-creuse…

Mots-clés : #jeunesse #nouveauroman #xxesiecle
par Tristram
le Ven 18 Oct - 21:07
 
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Sujet: Jean-Marie Gustave [J.M.G] Le Clézio
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Mathieu Palain

Sale gosse

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Originale : Français, 2019

Présentation de l'éditeur a écrit:Wilfried naît du mauvais côté de la vie.
Sa mère, trop jeune et trop perdue, l’abandonne. Il est placé dans une famille d’accueil aimante. À quinze ans, son monde, c’est le foot. Il grandit balle au pied dans un centre de formation. Mais une colère gronde en lui. Wilfried ne sait pas d’où il vient, ni qui il est. Un jour sa rage explose ; il frappe un joueur. Exclusion définitive. Retour à la case départ. Il retrouve les tours de sa cité, et sombre dans la délinquance. C’est là qu’il rencontre Nina, éducatrice de la Protection judiciaire de la jeunesse. Pour elle, chaque jour est une course contre la montre ; il faut sortir ces ados de l’engrenage. Avec Wilfried, un lien particulier se noue.
D’une plume hyper-réaliste, Mathieu Palain signe un roman percutant. Il nous plonge dans le quotidien de ces héros anonymes et raconte avec empathie une histoire d’aujourd’hui, vraie, urbaine, bouleversante d’humanité.


REMARQUES :
Roman, inspiré d’histoires vraies. Ecriture et histoire qui sonne réaliste et proche d’un vécu dans la France d’aujourd’hui. Comme dit le titre, il s’agit d’un gosse : à l’heure du roman Wilfried a quinze ans. Il a fait une bêtise qui l’arrache de ce qu’il aimait faire : le foot dans un centre d’entrainement de l’AJ Auxerre. Donc, il revient vers ses parents d’accueil et vire doucement vers le bas. Et sera reclamé après une quinzaine d’années d’absence par sa mère naturelle. Comment s’en sortir ?

Et c’est déjà que l’auteur avait introduit depuis le début la présence de personne attachantes et engagées de la protection des mineurs et de l’accompagnement. Donc un regard positif sur ce travail dans le social ! Et ainsi pas justement fataliste, mais porteur d’un espoir. Mais néanmoins écrit avec une plume très réaliste, n’évitant pas des descriptions macabres et p ex le langage des banlieues. J’ai rarement (jamais?) lu quelque chose de si près du vécu d’une couche de jeunes dont je ne connais si peu. Très bien !

Voir aussi entretien avec l'auteur: https://www.youtube.com/watch?v=V14nEZtOI1U


Mots-clés : #criminalite #jeunesse #justice #social
par tom léo
le Jeu 10 Oct - 22:02
 
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Sujet: Mathieu Palain
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Pascal Quignard

Pour vous asticoter je vais faire mes poubelles pour en ressortir une lecture qui date un peu mais laisse de sacrés clichés dans mon esprit :

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L'Occupation américaine

à Meung. petit bled du Loiret, où François Villion a été jeté au cachot, où Jeanne d'Arc a pris le pont en 1429 et je ne sais déjà plus quoi (et Alain Corneau, qui a fait un film de ce bouquin aussi)... et qui a l'air mieux que ce qu'en dit ce livre de Meung (d'autres en parle pour la station de service de l'autoroute), bref à Meung dans les années 50 Patrick et Marie-Josée grandissent ensemble, puis l'adolescence, à côté d'une base américaine qui tranche tellement avec le monde français d'alors que ça fait rêver. et le jazz qui rend vivant, et...

et c'est Pascal Quignard qui est aux manettes. premier avertissement : si vous le trouvez parfois un peu dégueulasse voire vaguement pervers, cette fois vous serez servis. entre les tripotages plus ou moins jeunes et cette complaisance dans un semblant d'ordure et un auguste bonheur dans l'abject, tout y est. deuxième avertissement : le reste aussi, ce qui ressemble à du mauvais esprit, de fausses grandes phrases pourtant petites débitées avec une régularité sidérantes, des réflexions qui n'en sont pas et ne veulent pas en être, une sereine misanthropie, misogynie...

dès le début il annonce la couleur :

Quand cesse la guerre ? L'Orléanais fut occupé par les Celtes, par les Germains, par les Romains et leurs douze dieux durant cinq siècles, par les Vandales, par les Alains, par les Francs, par les Normands, par les Anglais, par les Allemands, par les Américains. Dans le regard de la femme, dans les poings que tendent les frères, dans la voix du père qui gronde, dans chacun des liens sociaux, quelque chose d'ennemi se tient toujours.


Wahou, collection historique exposée, exposition avant l'histoire, d'abord. Elle est pour lui la collection. Les autres, à cause de lui et pas que de l'histoire : c'est immonde. Presque exclusivement immonde.

L'occupation américaine. nos deux jeunes fascinés par se monde nouveau et exaltant font les poubelles de la base, avant de pouvoir passer à la mode, aux cigarettes, à la musique. Le monde de chrome et de plastique, d'images abrutissantes de paraitre, de rejet, de méchanceté, de racisme... (très original pour parler des usa dans les années 90). L'auteur qui nous cause grec et latin volontiers en se faisant un plaisir d'oublier (avec les éditeurs) les abrutis qui n'ont pas suivis les cours ou pas assez ou pas assez longtemps, s'adonne cette fois à la traduction de dialogues en anglo-américain très sommaire, démontrant par là la pauvreté du dialecte. Effet de mauvaise fois et de mauvais esprit pense-je.

"I'll never eat that." (Trudy Wadd déclara à Patrick Carrion qu'elle ne mangerait jamais cela.)

"That swimsuit makes your balls stick out. It's disgusting!" dit Trudy en riant. (Ton maillot te colle aux parties. C'est répugnant!)

Le monde communiste est vite emballé dans le même sac d'images, mais loin, très loin. De Gaulle avec. c'est un des faux prétextes du livre, le truc quignardien de faire semblant de raconter quelque chose en s'en contrefoutant royalement (la politique ça ne vaut pas les gamins ou les ados qui se tripotent).

Marie-Josée est amoureuse de Patrick et c'est plutôt réciproque mais la relation est pourrie, morbide et plus si affinités (voir la fin du bouquin et le bilan "nostalgique" de Patrick). Marie-Josée véhicule la mort. Les deux personnages sont tentés par un romantisme rebelle déchirant mais de pacotille, influencés par Rydell (encore un super jeu sur le nom du personnage ?) leur camarade rebelle, drogué, musicien, génial du moins à leurs yeux (et double homo-auto-érotique de l'auteur ?). D'ailleurs il est dégouté par beaucoup de choses et s'en fout un peu des autres, à part le dégoût.

Et encore le temps qui n'en est pas un avec drame intersidéral et sidérant en trois jours, les phrases qui énervent (un remontage de fleuve dans le sens du courant c'est exquis) et la musique qui passe cette fois par un jazz sauvage et les percussions, ce qui encore est un rapport un peu faux car l'ombre du père et d'un certain conservatisme (et le père Montret qui n'aime pas les téléphones), choyés par ailleurs dans ce récit : la langue, certains états des choses, ont aussi avec eux la musique classique. Et que Patrick le héros paumé de cette histoire n'implique pas forcément l'adhésion à son personnage.

un extrait qui me semble pouvoir être révélateur, c'est Rydell qui cause :

"Voilà l'âpre mesquinerie constante qui s'avance, ajoutait-il en chuchotant, où le langage parle à vide sans renvoyer à rien de concret ni à rien de social. Mais ne t'inquiète pas, P.C. : c'est une politique de marchands qui se court-circuitent eux-mêmes. Politiques, prêtres, marchands, généraux, usurpateurs ! s'écriait-il. La société va prendre acte que vous êtes hors jeu. La désillusion a atteint un point de non-retour. Profiteurs vous êtes nus. Grands abuseurs, nous sommes désabusés." Il allumait un joint et expliquait : "Nous ne vous avons pas délégué notre puissance pour que vous nous en priviez. Ce que vous nous avez arraché, nous vous le retirons. De toute façon le pouvoir n'est jamais en vous : il n'est que déposé en vous. Il n'est même plus besoin de vous décapiter si ce n'était le plaisir !". Il s'exaltait : "Il ne faut pas de protection sociale ni de chaine nationale mais des Bastille en feu. Il ne faut pas de fonctionnaire d'éducation ni de service militaire obligatoire mais des révoltes à l'instar des Algériens écœurés qu'ils nous commandent d'éliminer. Il va falloir renouveler la guerre aux tyrans qu'avait déclarée la Révolution française, la guerre totale à tout porte-parole, la guerre aux chefs. La politique ne fait que pomper du sang, parfois de la monnaie : depuis l'aube du monde il ne produit rien. Dans le meilleur des cas : le cauchemar. L'insoumission doit être totale et la sécession absolue, inextinguible, c'est à dire secrète. La désobéissance ne peut en aucun cas être spectaculaire. Même ce langage, il ne faut le tenir que du bout des lèvres. Il faut se cacher comme des taupes et errer sous la terre, sous les cités comme sous les déserts. Se dissimuler comme des voleurs.


véritable autoportrait de Rydell/Quignard (auteur de ce livre) dans cette dénonciation de ce qu'il rejette ? et un rapport au lecteur à lire en creux absolu (éventuellement pour lui trouver un sens plausible), une lecture sadomasochiste ? le faible pouvoir du livre ne le justifierai de toute façon pas, je crois. D'autant qu'il est toujours très loin de l'ampleur des escaliers de Chambord par exemple.

On ne peut qu'être saisi de malaise, par un sentiment de dégout devant cette espèce de mégalomanie, malade, d'épicerie de village... la sensation d'un mépris quel qu'il soit, suivant lectures et interprétations on peut trouver plusieurs possibilités, un autisme provocant. Et puis je ne sus pas à l'aise avec les réflexions ou réflexions apparentes (dans l'extrait proposé, j'ose croire qu'il ne parle pas vraiment politique) pour le plaisir de jongler avec des images, en rejetant certaines considérations, certains facteurs historiques et autres, en restreignant soigneusement le spectre de l'étude.

On peut ranger le livre dans les lectures désagréables.


Mots-clés : #contemporain #enfance #initiatique #jeunesse
par animal
le Mar 1 Oct - 21:01
 
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Sujet: Pascal Quignard
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Alain Julien Rudefoucauld

Le dernier contingent

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Pendant 12 semaines le lecteur (trice) suit le quotidien de jeunes mineurs délinquants : Marco, véritable Goliath, Thierry le rouquin Circassien, Sylvie fille de gendarme, Malid mulâtre qui se prostitue, Xavier fils d’enseignants  et Manon prostituée. En alternance chacun parle, c'est le "je" qui est employé et qui donne la vivacité à leur récit.

Tous abîmés par la société, parents absents, désintéressés ou pire intéressés.

Une plongée dans le système « éducatif » social/pénal en mutation permanente qui ne répond pas ou mal à l’ errance, la recherche des jeunes mineurs confrontés à la violence morale ou physique de la société.

On ne peut que s’attacher à ces jeunes cabossés mais qui restent pourtant debout, qui n’ont de soutien qu’ eux-mêmes. Des moments de tension extrême,sans réserve,  mais aussi des situations sur le fil qu'un sourire même moqueur, une parole, un geste peuvent apaiser.

Douze semaines de rencontres, de violence graduelle, d’insertion, de fuites, de retrouvailles, de partage, et une rencontre 3 ans après pour expurger le passif.

L’auteur expose des faits, des réalités, sans langue de bois, tel le langage déroutant pour un adulte de ces mineurs,  et sans jugement.

Certainement qu’ils sont nombreux dans notre société ces Marco, Malid, Manon,Thierry, Xavier, Sylvie…………. Qui ont le même langage, les mêmes mots pour dénoncer leur mal-être, leur difficulté à vivre,  la désertion des adultes.

Une écriture qui vient des tripes, c’est cru, net, incisif, certaines situations sont éprouvantes et le lecteur (trice)sent que la réalité est peut-être au-deçà.

Extraits
Sylvie : « De toute façon c’est à chaque fois le même truc. La même connerie. Chaque dimanche. Elle se fait sauter. Depuis le petit-déjeuner, jusqu’au soir. Il sort pas de la chambre l’autre. Elle se fait sauter, et Papa il a sauté. C’est tout ce qu’il y a à dire. »

Malid : « Ah ! les parents ils vont pouvoir lire, c’est pas en taule qu’ils vont s’amuser à la Partouze, ou alors y a plus de justice. Des tarés. Des adoptés. Tous gardiens agréés. Sécu. Assurance sociale et compagnie. […]Comme dans Zola. Pas un gosse qu’a la même origine. C’est la curée. La curée des adoptés. »

Xavier : Ma parole je fais. Mon père, il est toujours planqué derrière Platon, et ma mère, elle baise avec Kant, je vous dis pas les noms !
-Tes parents ils sont profs et ils t’appellent hé hé ! tu te fous de moi encore, je te sauve la mise, et tu me balades en plus, je vais me fâcher, je te le dis moi.
Elle redémarre en râlant comme un Garfield. Elle me scotche la Tatie. Elle gueule sans s’arrêter, - Allez, presse un peu, ils surveillent, ta culotte pue le chien. »
Xavier :
« Les gendarmes nous regardent. Ils sont avec un air de cons prétentieux.
Un gendarme :
-Qu’est-ce que tu racontes, demande celui qui est à côté de Malid, tu lis Albert Camus toi ?
- Ben oui il leur dit.
- Ben qu’est-ce que tu fous en ordonnance 45 ?
Là il dort plus Malid. Il se frotte le front. Il fixe le gendarme, - C’est ma révolte, Msieur.
- Quoi c’est ta révolte . Tu te révoltes en faisant la pute ?
- Non, mais le résultat c’est moi qui les baise, c’est ça ma révolte. »

« Marco balance ses battoirs en l’air, épouvantail, - Hé Msieur, pas la peine de reculer et de vous jouer l’aventure, si j’avais voulu vous aligner ça serait déjà fait ! mon copain il veut simplement que je vous pose une question, c’est ça la pièce, ça fait ringard, alors c’est quoi un AEP ?
Le gars se rassure. Il danse d’un pied l’autre.

- Un Accueil Educatif Pénal
- Un Accueil Educatif Pénal, ça va ensemble ces mots ?
- C’est la réforme de la justice ; j’y suis pour rien. »

Manon : […] vous inquiétez pas, vous avez déjà votre place réservée à la prison, ou à l’hôpital psychiatrique, ça dépend de ce qu’on trouvera dans les tests et dans les dossiers ; et moi je vous dis que j’attendrais pas, c’est clair ; oh ! la foule des humains ! vous m’entendez, les petits éducs ! les petits placés ! les rampants ! j’ai plus de liberté dans mes cuisses que dans votre tête ; regardez autour de vous bande de nazes, and look me !
Manon élève au-dessus de sa tête une belle poche en plastique jaune toute pleine de je sais pas quoi. Elle hurle au ciel, - La liberté !
Elle disparait du pont avant d’avoir dit – Je m’envole terriens.
On contemple Manon qui écarte l’eau de ses bras pour rejoindre la berge là-bas. »

Marco  au directeur de la colonie :  « Ben Msieur, vous êtes copain avec les monos ou quoi ?
Le gendarme m’empoigne le bras, - Bon alors, si c’est ça on va te laisser ici toi.
- Moi je reste pas là, çui qui s’appelle Robert, il m’a fouillé la braguette, et lui là, l’autre, là, il a rien fait, il était dans la cuisine pour le cinquième repas, mais il est pareil, pareil, je vous dis Msieur, alors pas la peine de me forcer, je reste pas là Msieur.
- Vous vous tenez à disposition, fait l’adjudant au directeur. »

N’hésitez pas à faire cette lecture bien au-delà de mon modeste commentaire.

Mots-clés : #jeunesse #justice #social #violence
par Bédoulène
le Mar 17 Sep - 17:35
 
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Sujet: Alain Julien Rudefoucauld
Réponses: 4
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