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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Ven 7 Oct - 8:26

60 résultats trouvés pour jeunesse

Alberto Manguel

Un retour

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Néstor Andrés Fabris est un Argentin antiquaire à Rome qui, convié par son filleul (qu’il n’a jamais rencontré) à son mariage, retourne à Buenos Aires après trente années d’exil, ville qu’il a quittée suite à une manifestation estudiantine rudement réprimée, abandonnant ainsi Marta, la mère de son filleul. Il erre dans la ville, évoquant le passé, rencontrant des amis d’alors, dans une atmosphère déroutante, de plus en plus étrange, comme il retrouve de moins en moins son chemin. De nombreuses allusions à l’antiquité sont présentes dans le texte, comme avec le livre Le Passé, de Norberto Grossman, son ancien professeur qui, devenu conducteur d’un bus vide, le mène dans une visite du genre de celle d’Énée ou Dante aux enfers.
« C'est la raison pour laquelle, à mon sens, le passé n'est qu'une construction de la mémoire en quête de permanence, construction que nous prenons pour quelque chose d'immuable. »

Cette novella, ou même nouvelle, allie culture classique et fantastique aux thèmes de l’exil et de la culpabilité.

\Mots-clés : #culpabilité #exil #fantastique #identite #jeunesse #regimeautoritaire
par Tristram
le Lun 3 Oct - 13:23
 
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Sujet: Alberto Manguel
Réponses: 49
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Paul Léautaud

Le petit ami

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Le_pet10

Léautaud se propose, dès le commencement de son premier roman et en référence aux Souvenirs d’égotisme de Stendhal (dont il était féru), d’évoquer ses souvenirs d’enfance et de sa mère disparue, qu’il retrouve un peu chez ses petites amies dans son Paris natal.
« Moi qui pourtant me regarde sans cesse agir et rêver, jamais je n’avais encore autant pensé à moi. »

« Presque chaque soir je partais pour aller retrouver mes amies et me préparer auprès d’elles à écrire ce livre. »

Très tôt, il est attiré par les femmes, notamment les prostituées, et le voilà, vers la trentaine, passant ses soirées à la Belle Époque (celle notamment de Toulouse-Lautrec), surtout aux Folies-Bergère, avec lesdites lorettes ou cocottes − femmes légères, de plaisir, complaisantes, frivoles et/ou volages, s’il est possible de faire abstraction de la connotation péjorative de ces expressions, à prendre à la lettre en admettant qu’une femme puisse être libre de disposer de son corps.
« Pas besoin, avec elles, de faire des phrases. Un coup d’œil significatif, un court colloque, et l’on va s’aimer. »

« Il lui suffit de se prêter, de créer du bonheur, de laisser jouir de sa beauté, de ses gestes bienfaisants apportant à plaire et à satisfaire des soins toujours neufs et, ce qui est inestimable, une impudeur à peine obscène. »

« Ce n’était pas de l’amour que je venais demander à ces femmes. Mes projets de littérature me fatiguaient bien assez. C’était de la grâce, de la douceur, quelque chose qui relevât la fadeur de mes journées, passées à des besognes, parmi des gens sans tendresse. »

Il se présente lui-même comme un personnage otieux, nonchalant et sensible (voire romanesque), las de la littérature où il besogne peu à ses ambitions ; mais surtout il peint ce milieu à la fois brillant, languide et frénétique, et plus encore ses amies, avec tendresse et sincérité, et même un ton trompeusement badin, une ironie à peine perceptible (cf. la mort de la Perruche à l’hôpital). Puis Léautaud narre son ardente passion, assez équivoque, pour sa mère qu’il retrouve momentanément.
« Avoir grandi seul, élevé par des mains étrangères… M’être tant promis de la séduire, pendant tant d’années, si jamais je la retrouvais… »

Léautaud termine en résumant sa méthode d’écriture.
« Je parle de ce travail, le seul vrai, qui consiste à ne rien faire, à penser seulement à ce que l’on veut faire, à le distribuer en soi, à le voir en soi, par fragments et en entier, etc. »


\Mots-clés : #autobiographie #creationartistique #intimiste #jeunesse #nostalgie #temoignage #xxesiecle
par Tristram
le Ven 29 Juil - 12:04
 
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Sujet: Paul Léautaud
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John Maxwell Coetzee

Vers l'âge d'homme

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Sm_cvt14

Second (2003) des trois récits révisés et réunis dans Une vie de province, entre Scènes de la vie d’un jeune garçon (1999) et L’Été de la vie (2010) ; j’ai déjà lu dans sa première version le premier volume de ce qui considéré comme une autobiographie écrite à la troisième personne.
Citation liminaire de Goethe, qu’on peut je pense traduire par « « Celui qui veut comprendre le poète doit aller dans le pays du poète » :
« Wer den Dichter will verstehen,
muß in Dichters Lande gehen. »

Le personnage principal, John, est étudiant (en mathématiques) en Afrique du Sud, et a la conviction d’être un poète en devenir, un élu du « feu sacré », sur la voie du « travail de transmutation de l’expérience vécue en art ».
« Car il sera un artiste, c’est chose arrêtée de longue date. »

Émigré à Londres (il est programmeur, d’abord chez IBM), il y subit l’Angst (angoisse existentielle).
« En fait, pour rien au monde il n’entreprendrait une psychothérapie. L’objectif de la psychothérapie est de rendre heureux. À quoi bon ? Les gens heureux ne sont pas intéressants. Mieux vaut porter le fardeau du malheur et essayer d’en faire quelque chose de valable, de la poésie, de la musique ou de la peinture : c’est là sa conviction. »

« Le malheur est son élément. Il est dans le malheur comme un poisson dans l’eau. Si le malheur venait à être aboli, il ne saurait pas quoi faire de lui-même. »

Il a des relations peu satisfaisantes avec les femmes, et le regrette.
« L’art ne vit pas seulement de privation, de désir insatisfait, de solitude. Il lui faut de l’intimité, de la passion, de l’amour. »

« Le sexe et la créativité vont de pair, tout le monde le dit, et il ne met pas cela en doute. »

« Est-ce que c’est ça que veulent les femmes : être prises en charge, être menées ? Est-ce pour cela que les danseurs observent le code selon lequel l’homme conduit et la femme se laisse conduire ? »

« Comment aurait-elle pu croire que ce qu’elle lisait dans son journal n’était pas la vérité, l’ignoble vérité sur ce qui passait par la tête de son compagnon lors de ces soirées de silence pesant et de soupirs, mais que c’était de la fiction, une fiction possible parmi bien d’autres, qui n’est vraie qu’au sens où une œuvre d’art est vraie – vraie en soi, vraie et fidèle au but qu’elle poursuit par elle-même –, alors que ce qu’elle lisait d’ignoble était si conforme à ce qu’elle soupçonnait : son compagnon ne l’aimait pas, il n’avait pas même pour elle de l’affection ? »

Il rêve de passion, mais…
« Il dort mieux tout seul. »

Curiosité exotique :
« À son avis, ceux qui conduisent en état d’ébriété devraient être doublement pénalisés au lieu de bénéficier de circonstances atténuantes. Mais en Afrique du Sud tous les excès commis sous l’influence de l’alcool sont considérés avec indulgence. »

C’est écrit dans un style plat, détaché, où affleure à peine l’autodérision d’un idéaliste assez effacé et maladroit, aux idées préconçues (mais qui a cependant directement travaillé dans la course informatique américano-anglo-russe sur l’ordinateur prototype de Cambridge).
Vaut surtout pour les amateurs de Coetzee − et d’éventuels rapprochements avec son propre vécu !

\Mots-clés : #ecriture #identite #jeunesse
par Tristram
le Dim 15 Mai - 14:54
 
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Sujet: John Maxwell Coetzee
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Cormac McCarthy

Le grand passage

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Le_gra11

Dans le sud des États-Unis, à proximité de la frontière mexicaine, Billy Parham, seize ans, son frère Boyd, quatorze ans, et leur père Will tentent de piéger une louve solitaire. Remarquables observations sur la faune sauvage :
« Les éleveurs disaient que les loups traitaient le bétail avec une brutalité dont ils n’usaient pas envers les bêtes fauves. Comme si les vaches avaient éveillé en eux on ne savait quelle fureur. Comme s’ils s’étaient offensés d’on ne savait quelle violation d’un ordre ancien. D’anciens rites. D’anciens protocoles. »

« À la nuit elle descendait dans les plaines des Animas et traquait les antilopes sauvages, les regardant s’enfuir et volter dans la poussière de leur propre passage qui s’élevait du fond du bassin comme une fumée, regardant l’articulation si exactement dessinée de leurs membres et le balancement de leurs têtes et la lente contraction et la lente extension de leur foulée, guettant parmi les bêtes de la harde un signe quelconque lui désignant sa proie. »

« Elle passa près d’une heure à tourner autour du piège triant et répertoriant les diverses odeurs pour les classer dans un ordre chronologique et tenter de reconstituer les événements qui avaient eu lieu ici. »

Elle est finalement capturée par Billy, qui a recueilli les paroles d’un vieux trappeur renommé ; il décide de la ramener au Mexique d’où elle est venue. Péripéties western avec cowboy typiquement impavide, insondable. Il est généralement bien reçu quand il rencontre quelqu’un ; on lui offre un repas et il remercie ponctuellement. Aussi confirmation que l’imaginaire autour du loup est le même partout, y compris au Mexique, dont une esquisse est donnée.
« Ceux qui étaient trop soûls pour continuer à pied bénéficiaient de tous les égards et on leur trouvait une place parmi les bagages dans les charrettes. Comme si un malheur les eût frappés qui pouvait atteindre n’importe qui parmi ceux qui se trouvaient là. »

Billy préfère tuer lui-même la louve recrue dans un combat de chiens.
Puis il erre dans la sierra ; il y rencontre un vieux prêtre « hérétique » qui vit dans les ruines d’un tremblement de terre (le « terremoto » de 1887 ; il y a beaucoup de termes en espagnol/mexicain, et il vaut mieux avoir quelques notions et/ou un dictionnaire).
« Tout ce dont l’œil s’écarte menace de disparaître. »

« Si le monde n’est qu’un récit qui d’autre que le témoin peut lui donner vie ? »

« Alors que penser de cet homme qui prétend que si Dieu l’a sauvé non pas une mais deux fois des décombres de la terre c’est seulement pour produire un témoin qui dépose contre Lui ? »

Billy rentre chez lui, et découvre que ses parents ont été massacrés par deux voleurs de chevaux.
Il repart au Mexique avec Boyd. Les deux sont de très jeunes blonds (güero, güerito), et à ce titre sont généralement considérés avec sympathie ; ils deviendront vite renommés suite à leurs contacts avec alternativement de braves gens et des brigands.
« Une créature venue des plateaux sauvages, une créature surgie du passé. Déguenillée, sale, l’œil et le ventre affamé. Tout à fait inexplicable. En ce personnage incongru ils contemplaient ce qu’ils enviaient le plus au monde et ce qu’ils méprisaient le plus. Si leurs cœurs battaient pour lui, il n’en était pas moins vrai que pour le moindre motif ils auraient aussi bien pu le tuer. »

Ils récupèrent un de leurs chevaux, sauvent une jeune Mexicaine d’une tentative de viol, et l'emmènent avec eux. Ils rejoignent une troupe de saltimbanques, puis reprennent quelques autres chevaux. Boyd est gravement blessé par balle dans une escarmouche avec les voleurs.
Billy fait une autre rencontre d’importance, un aveugle, révolutionnaire victime d'affrontements avec l’armée.
« Il dit que les hommes qui avaient des yeux pouvaient choisir ce qu’ils voulaient voir mais qu’aux aveugles le monde ne se révélait que lorsqu’il avait choisi d’apparaître. Il dit que pour l’aveugle tout était brusquement à portée de main, rien n’annonçait jamais son approche. Origines et destinations devenaient des rumeurs. Se déplacer c’était buter contre le monde. Reste tranquillement assis à ta place et le monde disparaît. »

Boyd disparaît avec la jeune fille, Billy retourne un temps aux États-Unis, où il est refusé dans l’enrôlement de la Seconde Guerre mondiale à cause d’un souffle au cœur. Revenu au Mexique, il apprend que Boyd est mort (ainsi que sa fiancée).
« Le but de toute cérémonie est d’éviter que coule le sang. »

Considérations sur la mort, « la calavera ».
Un gitan, nouvelle rencontre marquante (il s’agit d’un véritable roman d’apprentissage), développe une théorie métaphysique sur la vérité et le mensonge à propos d’un avion de la Première Guerre mondiale qu’il rapporte au père d’un pilote américain.
« Chaque jour est fait de ce qu’il y a eu avant. Le monde lui-même est sans doute surpris de la forme de ce qui survient. Même Dieu peut-être. »

« Les noms des collines et des sierras et des déserts n’existent que sur les cartes. On leur donne des noms de peur de s’égarer en chemin. Mais c’est parce qu’on s’est déjà égaré qu’on leur a donné ces noms. Le monde ne peut pas se perdre. Mais nous, nous le pouvons. Et c’est parce que c’est nous qui leur avons donné ces noms et ces coordonnées qu’ils ne peuvent pas nous sauver. Et qu’ils ne peuvent pas nous aider à retrouver notre chemin. »

« Il dit que pour les gens de la route la réalité des choses avait toujours de l’importance. Il dit que le stratège ne confondait pas ses stratagèmes avec la réalité du monde car alors que deviendrait-il ? Il dit que le menteur devait d’abord savoir la vérité. »

« Il dit : ce que les hommes ne comprennent pas c’est que ce que les morts ont quitté n’est pas le monde lui-même mais seulement l’image du monde dans le cœur des hommes. Il dit qu’on ne peut pas quitter le monde car le monde sous toutes ses formes est éternel de même que toutes les choses qui y sont contenues. »

Intéressantes précisions sur le corrido, ballade épique ou romancée, poésie populaire évoquant l’amour, la politique, l’histoire (voir Wikipédia) :
« Le corrido est l’histoire du pauvre. Il ne reconnaît pas les vérités de l’histoire mais les vérités des hommes. Il raconte l’histoire de cet homme solitaire qui est tous les hommes. Il croit que lorsque deux hommes se rencontrent il peut arriver l’une ou l’autre de deux choses et aucune autre. L’une est un mensonge et l’autre la mort. Ça peut vouloir dire que la mort est la vérité. Oui. Ça veut dire que la mort est la vérité. »

Ce long roman bien documenté, qui m’a beaucoup plu, est avant tout un hymne assez traditionnel et pathétique du mythe fondateur des États-Unis, le poor lonesome cowboy et son existence rude et libre dans l’immense marge des confins.
Style factuel, congru à des personnages taiseux, pas de psychologie abordée mais des descriptions détaillées (équipement du cheval, confection des tortillas, médecin soignant Boyd, etc.) : en adéquation complète avec le contenu du discours.

\Mots-clés : #aventure #fratrie #independance #initiatique #jeunesse #mort #nature #solitude #violence #voyage
par Tristram
le Mer 13 Avr - 12:35
 
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Sujet: Cormac McCarthy
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Valery Larbaud

Fermina Márquez

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Deux jeunes Américaines (d’Amérique latine, tant ce continent ne se résume pas aux USA : elles sont Colombiennes), viennent passer leurs après-midis, chaperonnées par leur tante Mama Doloré, au collège Saint-Augustin, illustre établissement recevant beaucoup de riches descendants hispanophones, pour soutenir leur petit frère interne, Paco (Paquito, Francisco). L’aînée, Fermina, très réservée et pieuse, suscite malgré elle une compétition d’élèves séduits par sa beauté. Joanny Léniot, le fort en thème, calculateur, laborieux, ambitieux et antipathique, entre en concurrence avec Santos Iturria, « le héros du collège », hardi et émancipé, et obtient de lui tenir compagnie.
« Eh bien, lui-même, comme César, était destiné à être admiré des hommes et à être aimé des femmes. Il était indigne de lui d'admirer et d'aimer en retour. Ou bien, peut-être, aimerait-il ; mais il ne pourrait aimer qu'une captive, c'est-à-dire la femme humiliée et suppliante qui se traîne à vos pieds, et qui vous baise craintivement les mains. Oui, mais cette femme-là se trouve-t-elle ailleurs que dans les romans dont la scène est aux colonies ? »

« Joanny devait appliquer à cette tentative de séduction toute sa patience méthodique, tout son entêtement studieux de bon élève. Il lui fallait calculer froidement, surveiller les événements, guetter les occasions… »

Le monde de l’enfance est sensiblement rendu, sans doute observé avec des réminiscences personnelles de la scolarité de l’auteur (le narrateur est aussi un bon élève du collège) :
« Joanny pensa qu'il devait, à son tour, lui confier ses plus secrètes pensées. Depuis longtemps il souhaitait de les dire à quelqu'un. Il avait renoncé de bonne heure à découvrir son cœur à ses parents. Nos parents ne sont pas faits pour que nous leur découvrions nos cœurs. Nous ne sommes pour eux que des héritiers présomptifs. Ils n'exigent de nous que deux choses : d'abord, que nous profitions des sacrifices qu'ils font pour nous ; et ensuite, que nous nous laissions modeler à leur guise, c'est-à-dire que nous devenions bien vite des hommes, pour prendre la suite de leurs affaires ; des hommes raisonnables qui ne mangeront pas le bien si péniblement acquis. « Ah ! chers parents ! nous deviendrons peut-être des hommes ; mais nous ne serons jamais raisonnables. » – On dit cela, jusqu'à vingt ans, parce qu'on se croit né pour de grandes choses. »

Après avoir promu l’empire romain comme idéal et célébré son propre génie, Joanny rompt avec la chica, qui perd sa ferveur religieuse et ses exaltations d’humilité et de piété pour s’éprendre de Santos.
Camille Moûtier, un petit malheureux brimé par les « taquins » (le harcèlement scolaire n’est pas nouveau), s’est aussi amouraché de la belle, et pour s’en rapprocher sympathise avec son frère.
Devenu adulte, le narrateur visite les ruines du collège – et de leur jeunesse.
Le style est d’une grande simplicité ; le ton rappelle furieusement Le Grand Meaulnes (à peine postérieur), et devrait plaire aux afficionados de ce dernier.

\Mots-clés : #amour #education #enfance #jeunesse
par Tristram
le Mer 30 Mar - 13:27
 
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Sujet: Valery Larbaud
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Max Blecher

Aventures dans l'irréalité immédiate suivi de Cœurs cicatrisés

Tag jeunesse sur Des Choses à lire 1ereco10

Enfant puis adolescent, lors de ses « crises » le narrateur est imbibé par le monde, ses multiples tentacules, et s’y projette. Ses « aventures », de la boutique de machines à coudre d’Eugène le violoniste et sa sœur Clara qui l’affole de désir, du « souricesque » docteur et de Walter, camarade de rencontre, les Weber, son grand-père, son père, Edda… révèlent un goût sensuel et morbide, baudelairien, rimbaldien aussi, pour le cinématographe et la théâtralité, les musées de cire et cabinets de curiosités, les vieilleries et les clinquant et kitsch hétéroclites et artificiels, les spectacles forains et les monstres, les signes et l’absurde, la boue… Prégnance de la culture littéraire française, atmosphère "décadente". Sensations, rêveries, fantasmes d’une grande sensibilité, perceptions et souvenirs rendus avec finesse, servis par un style mélancolique et imagé (cf. la superbe scène de boucherie après la noce et l’enterrement chez les Weber), c’est aussi un questionnement métaphysique et un doute existentiel qui restent sans réponse.
« Je ressentais vaguement que rien en ce monde ne pouvait aller jusqu’au bout, rien ne pouvait être achevé. La férocité des objets s’épuisait elle aussi. C’est ainsi que naquit en moi l’idée de l’imperfection de tout phénomène, même surnaturel. »

« Il y avait dans tout cela une certaine mélancolie d’exister, une sorte de supplice naturel, dans les limites de ma vie d’enfant. »

« L’inutilité a empli les creux du monde comme un liquide qui se serait répandu de tous côtés, et le ciel au-dessus de ma tête, ce ciel toujours impeccable, absurde et indéfini, a acquis la couleur du désespoir. »

« Si jamais naissait en moi le sentiment d’un but existentiel et si cette ébauche était véritablement liée à quelque chose de profond, d’essentiel et d’irrémédiable, alors mon corps devrait se transformer en une statue de cire dans un musée et ma vie en une contemplation sans fin de ses vitrines. »

« Les personnages de cire étaient l’unique chose authentique, eux seuls faussaient la vie de manière ostentatoire et appartenaient, par leur étrange et artificielle immobilité, au monde réel. »

« C’est dans de petits objets sans importance : une plume d’oiseau noire, un petit livre banal, une vielle photo aux personnages fragiles et inactuels, qui semblent souffrir de quelque grave maladie intérieure, un délicat cendrier en faïence verte, en forme de feuille de chêne, sentant toujours le tabac froid, dans le simple souvenir des lunettes aux verres épais du vieux Samuel Weber, dans ces menus ornements et objets domestiques, que je retrouve toute la mélancolie de mon enfance et cette nostalgie essentielle de l’inutilité du monde qui m’enveloppait de toute part, comme une eau aux vagues pétrifiées. »

« L’extraordinaire parure de parade des oiseaux, des animaux et des fleurs, destinée à rehausser l’attrait sexuel, la queue stylisée et ultramoderne de l’oiseau de paradis, le plumage embrasé du paon, la dentelle hystérique des pétales de pétunias, le bleu invraisemblable des bourses du singe, ne sont que de pâles tentatives d’ornementation érotique à côté de l’éblouissante bague tzigane. C’était un superbe objet en fer-blanc, délicat, grotesque et hideux. Surtout hideux : il touchait l’amour dans ses régions les plus sombres, les plus fondamentales. Un véritable cri sexuel. »

Cœurs cicatrisés :
Une radiographie révèle qu’une des vertèbres d’Emanuel est rongée par « le Mal de Pott… Tuberculose osseuse des vertèbres. » Le jeune étudiant roumain en France est emmené par son père au sanatorium de Berck. Blecher donne une description réaliste, mais aussi légèrement irréelle de cette société de malades vivant pour la plupart allongés, immobilisés tels des mannequins dans de lourds corsets de plâtre, leur humeur accordée à la pluie.
« Berck n’est pas seulement une ville de malades. C’est un subtil poison. On finit par l’avoir dans le sang. Quiconque a vécu ici ne trouve plus sa place ailleurs. Un jour, tu le ressentiras, toi aussi. Tous les commerçants, les pharmaciens, et même les brancardiers, sont d’anciens malades qui n’ont pas réussi à vivre ailleurs. »

« C’était l’une des sensations étranges liées à la maladie, celle d’être un malade poussé sur un chariot, suivi par des personnes valides. Quelque chose qui ressemblait au cortège d’une famille en deuil marchant à l’arrière d’un corbillard ou à une procession de voyageurs pressés suivant la voiture de leurs bagages. »

Des intrigues se trament entre les patients aux personnalités rendues avec netteté ; les drames sont fréquents. Emanuel et Solange tombent amoureux l’un de l’autre, et c’est le summum d’amertume du désir entravé.
Ce récit est indéniablement plus factuel, et d’inspiration fortement autobiographique (au moins au début), son style plus classique et retenu s’accorde absolument au propos ; son contraste avec l’imagination hallucinée du précédent n’empêche pas qu’il soit complémentaire, que leur juxtaposition soit signifiante (cf. la découverte de Lautréamont par Emanuel). Aussi différents soient-ils, ils présentent tous deux une grande intensité d’évocation.
« − Quand quelqu’un a déjà été en retrait de la vie et a eu le temps et le calme nécessaire pour se poser une question essentielle à son égard – une seule – il reste empoisonné pour toujours… Bien sûr, le monde continue d’exister, seulement quelqu’un a passé une éponge au-dessus des choses et en a effacé l’importance… »

« − Ah, je n’aime pas les livres… ! Un livre n’est rien, ce n’est qu’un objet… Quelque chose de mort qui recèle des choses vivantes… Comme un cadavre en décomposition dans lequel grouillent des milliers et des milliers d’asticots. »

« − Tu vois, les cœurs des malades ont reçu tant de coups de couteau qu’ils se sont transformés en tissus cicatrisés. »


\Mots-clés : #identite #jeunesse #pathologie
par Tristram
le Jeu 24 Fév - 12:03
 
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Sujet: Max Blecher
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Henri Bosco

Mon compagnon de songes

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Récit sur l’adolescence (et un peu celle de l’auteur), suite peut-être de trois livres sur l’enfance, dont Le chien Barboche, et aussi L’Enfant et la rivière.
Pascalet, quinze ans, part pour la première fois seul en voyage pour séjourner chez un cousin éloigné du triste bourg de Vénoves. Très vite son aventure y devient légèrement irréelle, avec la touche personnelle de Bosco pour le fantastique et le mystère ; les arbres, les maisons et même un vieux mur, ont une personnalité, une sorte d’humanité qui évoque une vision animiste du monde vivant. Le silence est analysé dans ses différentes variantes (voir aussi pp. 250-251 et p. 276 de l’édition princeps) :
« C’était sans doute, quand j’y pense, l’être même du vrai silence, caché derrière le voile trompeur des choses qui se taisent, mais qui ont parlé et qui parleront. Elles sont encore vibrantes des bruits, des mots, des souffles dont en nous les échos se prolongent à l’infini. Le souvenir des sons qui ont ému les airs ne cesse de hanter les plus silencieuses solitudes. »

Eustache Lopy, le cousin, est un nanti bestial et craint de ses trois sœurs, Clémence, Benoîte et Clélie, ainsi que de Balbine, la servante, si laide et vive d’esprit, « un cœur pur ». Pascalet réside dans la triste maison du tyran domestique à l’insu de ce dernier, où survit le sombre souvenir d’Hortense, la sœur qu’il y séquestra jusqu’à ce qu’elle meure… la maison qui ensevelissait le passé qui revient. Or, en arrivant à Vénoves, Pascalet rencontra Mathias, l’ancien amoureux éconduit d’Hortense, revenu incognito pour se venger.
Pascalet en est à peine sorti qu’il regrette déjà le « Jardin perdu » de l’enfance ; il vit d’imagination − et note un « mémento » à la base de sa rédaction d’adulte.
« Car en moi, sans moi, tout s’invente, tout devient et tout change quelquefois sur le coup, quelquefois lentement au gré d’une fantaisie toujours en éveil. »

« Par nature, j’aime mieux regarder que réfléchir. Un regard me tient lieu de pensée. »

« Ce que je dis là pourrais-je le dire comme je me dis, si je n’évoquais rien qu’un souvenir ?... Mais je n’évoque pas, je revis. »

« Je le sais, j’en parle après coup, comme à mon âge on peut parler de ces vestiges devenus inutiles et quand même obstinés à vivre. Lorsqu’on a acquis peu à peu, grâce à un long usage, l’habitude de commenter les images qu’a rencontrées notre jeunesse et les émotions dont alors nos cœurs ont battu, on se console avec des mots. […]
Je ne pensais pas avec un esprit séparé du monde. C’est le monde qui pensait en moi tout entier. »

La Clef des songes, livre de Tante Martine, puis de l’étrange pythonisse qui trône au café de la gare, est un signe du monde des rêves.
« Votre destinée n’est pas mûre…Elle n’en est qu’à ses racines, et ce ne sont pas les racines qui parlent. Ce sont les branches et les feuilles… L’arbre commence à peine à se gonfler… Je dis bien l’arbre… Car en nous il y a un arbre, chacun a le sien, et l’âme s’y plaît… Les âmes depuis très longtemps aiment les arbres… »

Cette belle métaphore est filée plus loin :
« …] la première enfance où le contact des choses et des créatures est nécessaire à une vie qui déploie une à une ses premières feuilles…
Peut-être dans l’adolescent qui naissait en moi en restait-il encore, enveloppées dans des bourgeons dont l’éclosion allait se faire. Et peut-être même aujourd’hui où j’ai pris tant d’années y en a-t-il un d’encore vivant qui pourrait s’ouvrir. D’ailleurs ce que j’écris pourrais-je l’écrire si ces quatre ou cinq feuilles closes et oubliées ne cherchaient pas tardivement un peu de soleil dans mon vieil hiver pour en réjouir les lentes et mélancoliques journées ?... Aurais-je en leur fraîcheur tant de souvenirs sous les yeux si l’arbre ne contenait plus un peu de cette sève qui nourrit quelquefois sur les plus vieilles branches d’un ormeau ou d’un chêne de larges feuillages, des feuillages presque aussi beaux que ceux de leur jeunesse ? »

Puis Mathias emmène Pascalet et Barbine à son domaine de Roqueselve, dans la forêt, et où le jardin le fascine. On retrouve les nomades Caraques qui alimentent un grand feu de bois, et l’occasion d’un rêve renvoie à L’Enfant et la rivière.
L’atmosphère est de sortilèges, de menace sourde, de manipulations et d’aguets, maintenant sous la volonté du Vieil homme aveugle et maléfique qui a caché l’âme d’Hyacinthe dans un arbre inconnu, dont les destins sont liés.
C’est aussi le roman d’initiation de Pascalet, qui passe de son enfance solitaire à l’adolescence comme de l’été à l’automne dans ce livre.

\Mots-clés : #initiatique #jeunesse
par Tristram
le Ven 28 Jan - 11:25
 
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Sujet: Henri Bosco
Réponses: 117
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Richard Brautigan

Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus

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Poèmes d’adolescence – amours, conflits familiaux, et Hemingway en référence !
« la mort du temps

Un jour
le Temps
mourra,
et
l’Amour
l’enterrera. »

« Quelque chose

Il y a quelque chose en moi
qui ne trouve la paix
que lorsqu’il est dans la forêt,
que lorsqu’il marche sur le sol de la forêt
et est entouré d’arbres. »

« adieu à mon complexe d’œdipe

Pour Noël
je
vais offrir à ma mère
une bombe à retardement. »

Rien de fort marquant, dispensable sauf pour l’inconditionnel, mais on y trouve le poète en herbe.

\Mots-clés : #jeunesse #poésie
par Tristram
le Dim 7 Nov - 12:52
 
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Sujet: Richard Brautigan
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Marie-Aude Murail

Oh, boy !

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Petit roman qui traite de façon contemporaine de problèmes qui sont cependant de tous temps – abordés de façon plus directe qu'auparavant. Orphelins, homosexuels, femmes battues, cancéreux existaient déjà, même si on en parlait peut-être moins, et leur existence est sans doute un peu facilitée de nos jours. Comme point de comparaison, je viens de relire L'œuvre de Dieu, la Part du Diable, de John Irving, pareillement tempéré d’humour, mais chez Marie-Aude Murail c’est de la littérature jeunesse. Bien sûr, c’est pétri de bons sentiments (à tout prendre meilleurs que les mauvais), le ton est léger, le happy end de rigueur.
Par rapport au conte traditionnel, c’est une confrontation sans fard avec l’actualité, résolument le monde de la poupée Barbie et du burger, mais avec plusieurs personnages parmi lesquels choisir à s’identifier. Effectivement un côté Pennac, pédagogique, et même moralisateur.

\Mots-clés : #fratrie #jeunesse
par Tristram
le Ven 11 Juin - 0:11
 
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Sujet: Marie-Aude Murail
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Jean Giono

Le Hussard sur le toit

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Angelo, Piémontais jeune, généreux, beau, épris de panache, de liberté et d’héroïsme, d’ailleurs militaire et « révolutionnaire », chevauche en Provence dans la canicule et une grande joie de vivre.
« Il avait le goût de la supériorité et la terreur de l'affectation. Il était heureux. »

Tout le livre constitue une sorte de parcours initiatique, quête du comportement digne d’un homme de qualité, rêves de gloire d’un orgueilleux à la recherche de l’estime de soi, impatient de se conformer à l’image qu’il se fait de la bravoure désinvolte et ne craignant que paraître lâche ou peureux.  
« Au fond, tout revient à : “Vive moi !” »

Le choléra surgit, ajoutant l’horreur à ce récit d’aventures jouissif, étonnant d’un lyrisme à la limite de l’outrance dans ses descriptions de paysages comme de cadavres ou d’agonies (en passant par les oiseaux carnivores) – assez éloignées de toute réalité, mais qui "passent" toujours.
Angelo aide gratuitement un médecin, « le petit Français », à soigner (vainement) les moribonds, puis une nonne à laver (tout aussi vainement) les morts. C’est l’occasion de quelques péripéties cocasses, comme le réveil de celui qu’on croyait mort (la suite est hallucinante) :  
« – Il nous a trompés, dit la nonne.
– Ce n'est pas de sa faute, parlez à voix basse. On l'a cru mort, on s'est débarrassé de lui. Mais il est vivant et même je le crois sauvé.
– C'est un salaud, dit-elle. Il est vivant et je lui ai lavé le cul. »

Autre humour, plus fin, lorsqu’Angelo se trompe en imaginant des manœuvres nocturnes (il tient sans doute sa grande imagination de son auteur).
Giuseppe, son frère de lait, remet à Angelo une lettre de sa mère, une duchesse dont il est fils naturel, et dont il tient aussi beaucoup :
« La lettre était datée de juin et disait : "Mon bel enfant, as-tu trouvé des chimères ? Le marin que tu m'as envoyé m'a dit que tu étais imprudent. Cela m'a rassurée. Sois toujours très imprudent, mon petit, c'est la seule façon d'avoir un peu de plaisir à vivre dans notre époque de manufactures. […]
" Et maintenant, parlons de choses sérieuses. J'ai peur que tu ne fasses pas de folies. Cela n'empêche ni la gravité, ni la mélancolie, ni la solitude : ces trois gourmandises de ton caractère. Tu peux être grave et fou, qui empêche ? Tu peux être tout ce que tu veux et fou en surplus, mais il faut être fou, mon enfant. Regarde autour de toi le monde sans cesse grandissant de gens qui se prennent au sérieux. Outre qu'ils se donnent un ridicule irrémédiable devant les esprits semblables au mien, ils se font une vie dangereusement constipée. »

Et bien sûr il y a le superbe personnage de Pauline au visage « en fer de lance », pendant féminin d’Angelo le chevaleresque, orpheline de mère :
« – Les mères me conviendraient toutes. La mienne était, paraît-il, très jolie, très douce, très malade, et elle me désirait. J'ai eu amplement le temps d'aimer une ombre. Rire à mon père ne m'a jamais complètement satisfaite, même au berceau, si j'en juge par ce qui m'est resté de désirs que rien ne contente. »

Des théories paradoxales glosent sur le choléra et ses causes (tel l’orgueil !) :
« On meurt littéralement d'égoïsme. Notez ceci, je vous prie, qui est le résultat de nombreuses observations cliniques, si nous étendons le terme à la rue et aux champs et à la soi-disant bonne santé qui y circule : rues et champs que j'ai beaucoup plus fréquentés que les lits. Quand il s'agit de peste ou choléra, les bons ne meurent pas, jeune homme ! Je vous entends. Vous allez me dire comme beaucoup que vous avez vu mourir des bons. Je vous répondrai : “C'est qu'ils n'étaient pas très bons.” »

Ces discours ne m’ont pas semblé contenir beaucoup de sens, symbolique, allégorique, ou autre. Ils paraissent valoir pour leur ton, leur fantaisie baroque ; à ce propos, je n’ai malheureusement pas lu l'Arioste, fréquemment cité, et peut-être cette lecture serait-elle éclairante. Si ce livre devait contenir un "message", ce serait sans doute celui de la force de la joie de vivre, mais...
« Le choléra fini, il restera les miroirs à affronter. »

C'étaient quelques remarques au cours de ma relecture de ce chef-d’œuvre ; celle-ci m’a permis de retrouver comme des ressouvenirs d’aventures vécues – ce qui est finalement le cas.
« À pied on passe partout. Dans les collines sèches les morts ne sentent pas mauvais ; ne sentent même rien ; sentent parfois le thym et la sarriette dans laquelle ils sont couchés, toujours dans des poses très nobles, parce qu'ils sont morts devant de grands paysages. L'image des horizons libres généralement bleu pervenche donne aux muscles la fluidité qui les fait se dénouer après la mort. Il avait remarqué que, dans les pinèdes, où l'odeur de la résine s'ajoute au soleil pour composer une atmosphère de four, les cadavres qu'il rencontra (dont l'un était celui d'un garde-chasse) avaient surtout le mal du siècle : une certaine nonchalance d'allure et mélancolie d'attitude, l'air d'en avoir assez, une sorte de mépris de bonne compagnie. »


\Mots-clés : #aventure #catastrophenaturelle #jeunesse
par Tristram
le Dim 21 Fév - 12:28
 
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Sujet: Jean Giono
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Andreï Makine

L’ami arménien

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Lami-a10


Originale: Français, 2021

CONTENU :
Grasset - raccourci a écrit:A travers l’histoire d’une amitié adolescente, Makine révèle dans ce véritable bijou de littérature classique un épisode inoubliable de sa jeunesse.
Le narrateur, treize ans, vit dans un orphelinat de Sibérie à l’époque de l’empire soviétique finissant. Dans la cour de l’école, il prend la défense de Vardan, un adolescent que sa  pureté, sa maturité et sa fragilité désignent aux brutes comme  bouc-émissaire idéal. Il raccompagne chez lui son ami, dans le quartier dit du « Bout du diable » peuplé d’anciens prisonniers, d’aventuriers fourbus, de déracinés égarés «qui n’ont pour biographie que la géographie de leurs errances. »
Il est accueilli là par une petite communauté de familles arméniennes venues soulager le sort de leurs proches transférés et emprisonnés en ce lieu, à 5 000 kilomètres de leur Caucase natal, en attente de jugement pour « subversion séparatiste et complot anti-soviétique » parce qu’ils avaient créé  une organisation clandestine se battant pour l’indépendance de l’Arménie.



REMARQUES :
Le narrateur de l’histoire raconte une épisode de plusieurs semaines en automne d’une année au début des années 70 dans une grande ville de Sibérie au bord de l’Ienissei : Il a treize ans, vit dans un orphelinat, connaît déjà les tracasseries d’une vie sous la violence. A l’école il se fait garde de corps de Vardan, d’un an son aîné, mais plus fin, gracieux, pure, atteint même d’une maladie dite « arménienne » - objet idéal pour les railleries. Ce garçon, bien plus mûr et « spirituel », va ouvrir au narrateur un autre monde. De par ses actes et paroles, il l’ouvre à une « autre dimension », à une vie qu’il ne croyait pas possible. La bonté exercée envers une prostituée ivre… ; le parabole du ciel qui commence sous nos pieds… Et ce garçon va le guider vers son chez soi, dans la petite communauté arménienne de la ville. Gens qui suivent leurs parents à ce lieu de détention, en attente de jugement… Il y rencontrera des figures splendides : Sarven la patriarche, imposant, sage ; Chaviram, la mère adoptive de Vardan, aimante ; la belle Gulizar qui a suivi avec dignité son mari qui se trouve au prison. Et quelques personnages autour qui goûtent aussi l’hospitalité de ce groupe bien pauvre, mais si chaleureux. Mais oui : « Le Royaume d’Arménie » tout proche, une sorte de refuge… Quel monde pour ce garçon orphelin qui en est transformé et marqué en ces quelques semaines de cotoiement !

Les victimes de la « Histoire », des guerres, des persécutions, revêtent une dignité et transmettent une nostalgie d’autre chose, ouvre  à un changement de vision. Ce milieu est complètement nouveau, et à jamais marquant, pour le jeune narrateur, l’Alter Ego de Makine, lui, qui reste si mystèrieusement inconnu dans sa biographie...

La langue est magnifique, c’est un français pas compliqué, mais d’une finesse et ciselé où chaque mot est bien pesé. C’est un bonheur. Et je le dis aussi vu que son dernier livre m’avait un peu étonné et laissé sur ma faim. Ici il réjoind les plus beaux livres qu’il nous a déjà laissés !


\Mots-clés : #autobiographie #jeunesse #regimeautoritaire
par tom léo
le Jeu 14 Jan - 16:48
 
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Sujet: Andreï Makine
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Dylan Thomas

Portrait de l'artiste en jeune chien

Tag jeunesse sur Des Choses à lire 411ebb10

Dix nouvelles, autant de séquences autobiographiques se suivant chronologiquement comme autant d’instantanés saisis ; le titre, démarqué de James Joyce, fait référence à la sixième, Comme de petits chiens, lui-même en référence au mot d’un magistrat évaluant les mœurs amoureuses et sexuelles de jeunes gens.
Très vite dans le premier texte de ce recueil de souvenirs d'enfance surgit le fantastique teinté de surréalisme de Dylan Thomas :
« La venelle s’emplit d’une ombre trop soudaine, la foule des murs m’assaillit et je vis se tapir les toits. »

L’humour innerve les scènes de la vie quotidienne galloise.
« Le souper aurait dû être chaud, mais elle ne voulait pas qu’il vît les domestiques qui étaient vieux et sales. Son père ne voulait pas les remplacer parce qu’ils avaient toujours été chez lui. C’est là un exemple éclatant de la mentalité de ces conservateurs. »

Bord de mer :
« Depuis qu’il s’était promené et amusé, là-bas, dans la solitude de cette foule, cherchant des excuses à son désespoir et des compagnons tout en les refusant, il avait trouvé celle qui lui donnerait le vrai bonheur et l’avait perdue en trente secondes d’affolement et de maladresse près des urinoirs et de l’horloge de fleurs. »

Bien que j'y aie retrouvé beaucoup de ma jeunesse (ou à cause de cela), ce recueil ne m'a pas transporté...

\Mots-clés : #jeunesse #nouvelle
par Tristram
le Dim 10 Jan - 14:01
 
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Sujet: Dylan Thomas
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Jens Peter Jacobsen

Niels Lyhne

Tag jeunesse sur Des Choses à lire 414hq810

Les parents de Niels, dont il perçoit très jeune les caractères différents ; son père : » Il ne concevait pas l’amour comme une flamme sans cesse renaissante […]mais comme un feu tranquille couvant sous la cendre […]qui rapproche davantage et rend plus familière toute chose proche et connue. »

Sa mère : « Avec un redoublement d’ardeur, elle se lança à la poursuite de l’idéal, elle anéantit son mari sous l’averse de ses poétiques imaginations et de ses enthousiasmes. Elle chercha l’isolement pour y pleurer ses illusions perdues. »

Niels est confronté à la mort alors que sa tante Edel meurt, malgré ses prières.

« […]il n’avait vu en Jésus que le fils de Dieu, non un Dieu, et c’est pourquoi il avait adressé sa prière à Dieu le Père. Or Dieu le Père l’avait abandonné dans sa détresse. Si Dieu n’avait pas d’oreilles, il n’avait, lui pas de lèvres ; si Dieu n’avait pas de pitié, il n’avait pas d’adoration. Il bravait Dieu et le bannissait de son cœur. »

« Ce fut ainsi toute sa vie. Il rompit par bravade avec les croyances que l’éducation lui avait inculquées, il passa du côté des révoltés qui usent leurs forces dans la lutte. »


Niels part à Copenhague faire ses études ; il décide qu’il doit devenir poète, son ami Erik devient lui peintre ; il l’introduit dans le cercle d’une veuve, Madame Boye dont Niels devient amoureux.

« Mais lorsque la victoire lui fut acquise et qu’il l’eut rendue telle qu’il la voulait, il vit qu’il avait trop bien travaillé, qu’il l’avait aimée avec ses illusions, ses préjugés, ses rêves et ses erreurs, non telle qu’elle était maintenant. »

Celle-ci  commençait à l’aimer, mais lui « Mécontent de lui, d’elle de ses compatriotes, il partit et ne revint pas. »

Niels avait pour Idéal l’athéisme, il le brandissait comme un drapeau.

Après le décès de son père, il s’occupe de sa mère malade, il voyage avec elle mais celle-ci toujours portée par ses rêves n’apprécie pas la réelle beauté des paysages, des choses, elle meurt. Niels repart à Copenhague retrouver Madame Boye, laquelle lui annonce son prochain mariage. Niels perd donc la femme qu’il aimait ; ce sera ainsi toute sa vie. Amoureux d’une cousine, Fennimore, celle-ci lui préfère son ami Erik.

Niels continue à avancer, travaille mais poursuit en vain et son ideal et la position de poète qu’il désire. Rappelé par Erik qui n’arrive plus à créer, il retombe amoureux de Fennimore, et consomme avec elle l’amour adultère. Lorsqu’ Erik meurt brutalement dans un accident, Fennimore rongée par les remords chasse haineuse Niels. Il l’a perd donc une seconde fois.
Après avoir voyager pendant 2 ans, il décide de regagner la maison paternelle et ses terres, les valorise avec son jardinier et reprend une vie de simplicité. Une famille qui était amie de son père s’installe dans une ville voisine, la jeune Gerda attire son attention, ils se marient et ont un enfant. Serait-ce enfin le bonheur ? Niels convainc Gerda à son Ideal, à l’athéisme, elle devient fanatique. Une grave maladie atteint Gerda et au seuil de la mort, alors que Niels ne pouvait l’imaginer, elle réclame le secours du Pasteur.

A son tour l’enfant tombe gravement malade, il n’y a pas de médecin qui puisse venir rapidement, il meurt malgré que
: « Oh alors ! il menaça le ciel de ses poings fermés, il fit le geste d’éteindre son enfant, pour l’emporter, bien loin, et puis il se jeta à genoux et il pria Dieu, ce Dieu qui est au ciel, qui tient le monde sous l’empire de la terreur en lui infligeant la misère, la maladie, la souffrance et la mort, qui veut que tous les genoux fléchissent et au regard de qui l’on ne peut échapper, pas plus à l’extrémité des mers qu’au fond des abîmes ; ce Dieu qui, si telle est sa volonté, écrasera sous son pied l’être que tu chéris le plus au monde et, en le torturant, le fera retourner à la poussière dont il le crea.. »

« Dans son désespoir il savait ce qu’il faisait. Il avait été tenté et il avait succombé. C’était une chute, une défection ; il avait renié ses principes et trahi son idéal. Sans doute il avait la tradition dans le sang ; depuis des milliers d’années l’humanité s’adressait au ciel dans sa détresse. Il savait pourtant que les dieux sont des chimères, et qu’en priant il s’adressait à une chimère […] »

« En effet, ces grands mots, athéisme et sainte cause de la vérité, n’étaient que des noms pompeux décernés à cette chose si simple : accepter la vie comme elle est avec ses inéluctables lois »


Anéanti Niels s’engage dans l’armée alors que meurt le roi Frédéric VII, il est rapidement touché par une balle , il se meurt, son ami et médecin Hjerrild lui demande s’il veut voir un prêtre. Niels s’insurge mais à force de souffrance il arrive à penser : « C’eut été une bonne chose, tout de même, d’avoir un Dieu à qui adresser des plaintes et des prières. Il s’éteint deux jours après.

***

Donc Niels toute sa vie porta le drapeau d’un Idéal qui lui échappa, il perdit les femmes qu’il aimait et sa vie pour son pays. Nul ne peut lutter contre les lois de la vie, contre la réalité de la vie. Si les dieux sont des chimères, les idéaux aussi, hélas pour Niels (et pour nous ?)
Le poids de l'héritage religieux est aussi évoqué, dans l'enfance de Niels, puis lors des tristes épisodes où la mort surgit.

Très belle écriture, qu’elle évoque la réalité ou la poésie. C’est un livre qui ne délivre pas du bonheur, plutôt une attente vaine. Telle la vie de l’auteur à ce que j’ai pu comprendre dans la préface de Rilke.


Mots-clés : #jeunesse #portrait #psychologique #reve
par Bédoulène
le Sam 9 Jan - 11:24
 
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Sujet: Jens Peter Jacobsen
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Raymond Queneau

Les Derniers Jours

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Les_de11

C’est le Paris du début des années vingt (celui de Landru, d'Einstein et du boxeur Georges Carpentier, qui connaît une « défaite par queneau-coutte »), plus précisément autour du café Soufflet (quartier latin, vraisemblablement le Soufflot, dans la rue du même nom).
Peu à peu, trois hommes âgés s’y réunissent régulièrement pour le pernod, servi par Alfred le serveur perspicace et philosophe qui, féru d’astrologie et de statistiques, devine volontiers l’avenir. Le narrateur omniscient/ auteur consacre quelques chapitres spécialement réservés aux commentaires de ce dernier sur le retour saisonnier des choses.
« Tout ça, ce sont des histoires de planètes. Les planètes tournent en rond comme les gens. Moi, je reste fixe au milieu des soucoupes et des bouteilles d’apéro et les gens tournent autour de moi ; en rond, avec les saisons et les mois. Moi, je ne bouge pas, eux, ils tournent et se répètent. Ils sont plus ou moins contents de ça. Moi, je les regarde, mais ça ne me regarde pas. »

Les trois habitués sont le mystérieux M. Brabbant (ou Martin-Martin ou Blaisolle), M. Tolut, professeur d’histoire et géographie à la retraite qui regrette de n’avoir jamais voyagé, et son beau-frère, M. Brennuire, homme d'affaires.
Queneau nous fait d’autre part entrer dans le milieu étudiant, avec ses conventionnelles routines de dégoût ennuyé des études et goût blasé de l’épate : Tuquedenne, Rohel, insolent et séducteur, Wullmar, d’un milieu aisé, et Hublin, qui est attiré par le spiritisme et l’au-delà.
Vincent Tuquedenne, Havrais en « philo(sophie) » à la Sorbonne et timide avec les dames, qui « faisait profession de foi de pessimisme » et se réfugiait volontiers dans la lecture (personnage qui ne paraît pas dénué de résonnances autobiographiques), dans son désarroi se pose des questions métaphysiques.
« Certes, aucune de ces choses n’avait en elle-même sa raison d’être et toutes, plongées dans le devenir, étaient destinées à périr. Qu’était-ce que leur réalité. Ne dépendait-elle d’autre chose que d’elles-mêmes ? Où donc était leur réalité ? Qu’est-ce qui faisait leur réalité ? Était-ce l’Être, était-ce l’Un ? Si l’Être constituait la réalité des choses, pourquoi donc ces choses n’étaient-elles pas, car ce n’est pas être que d’être voué au ne-plus-être ? Si c’était l’Un, pourquoi donc étaient-elles plusieurs ? Pourquoi donc y avait-il des choses, pourquoi donc devaient-elles périr ?
[…]
Comment les sauver ? Oui, comment sauver les choses ? Comment arracher les choses au néant, comment les délivrer de l’Être ? Comment donner au particulier sa raison d’être en lui-même ? Comment donner à l’instant, et le devenir et l’éternité ? »

Les destinées des personnages s’intriquent, solitudes empêtrées dans le quotidien et qui prennent conscience de l’inéluctabilité de leur mort s’approchant sans répit, puis le roman d’abord plaisant sombre dans la dépression macabre (il a été écrit dans l’ombre portée de la Seconde Guerre mondiale qui approche, et publié en 1936).
Les étudiants vont se séparer pour accomplir leur service militaire, et en attendant attendent.
« C’étaient des jours sans buts, des journées sans espoir. »

Tolut, dans sa mauvaise conscience professionnelle d’avoir enseigné ce qu’il ne connaissait pas en réalité, fréquente les enterrements et les cimetières avant de se suicider.
« ‒ Oui, c’est l’âge, l’âge qui grandit. C’est comme un animal, l’âge, monsieur. C’est un animal qui grandit, qui grandit, qui grandit encore et qui finit par vous dévorer tout vivant. »

Brabbant, petit escroc qui devient honnête par ambition pour finir enfin riche, meurt de peur, de même que Brennuire, nous apprend Alfred :
« On occupe les places vides pour la prochaine hécatombe et le tour recommence. Et les saisons reviennent qui se tiennent par la main et moi je reste à les regarder en tournant la manivelle. »

De l'excellent Queneau !

Mots-clés : #jeunesse #mort #philosophique #viequotidienne #xxesiecle
par Tristram
le Mar 20 Oct - 0:44
 
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Sujet: Raymond Queneau
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Hélène Bessette

Lili pleure

Tag jeunesse sur Des Choses à lire 41aq1y10

Originale: Français, 1953

CONTENU :
extrait de la 4ème de couverture a écrit:Sa mère tyrannique empêche Lili d’épouser l’homme qu’elle aime ; de dépit, elle en épouse un autre, qui est déporté à la guerre puis revient alors que Lili est cette fois amoureuse d’un berger de 13 ans son cadet. Abandonnée par son mari, délaissée par le berger, Lili se retrouve seule avec sa mère, plus insupportable que jamais.


REMARQUES :
C’est alors certes une suite de mauvaises d’histoires d’amour si on suit juste le résumé. Mais à coté de ses amants, voir le mari, il y a surtout cette mère omniprésente et -puissante qui ne peut laisser s’en aller en paix sa fille ! Elle se glisse entre la vie et Lili, empêche, intervient, et malgré le fait que le lecteur (et Lili?) s’énerve, elle continue aussi pour Lili de prendre toujours et à nouveau la première place, même si brièvement elle semble parfois vouloir resister. Mais… Lili pleure. Pas juste le titre du livre ! Et de la romance devient un drame.

Mais même cela n’est pas tout : Il y a surtout la manière ! Cette langue incroyable, maniée par Hélène Bessette, puissante, expressive, rythmée. Oui : poètique ! Et c’st pour cela qu’on la nommera inventrice du « roman poètique ». Dans la nouvelle édition cela se voit aussi dans la typographie : parfois des lignes d’une, deux mots, parfois rimés. Des énumérations, des variations sur un thème. L’auteure utilise presque uniquemment le dialogue ou le monologue intérieure. On a l’impression aussi que cela se prêterait éventuellement à une adaptation au théâtre ?!

C’est un style vraiment puissant et original, avec – dans son temps certainement aussi une vue moderne et critique sur la place de la femme, étouffée dans un cocon du vouloir maternelle, qui finalement se révêle nocive à l’infini. Mélo ? Oui, mais grâce à la langue, à la manière d’écrire beaucoup plus !

Une vraie découverte ! Convaincante !

Mots-clés : #amour #famille #jeunesse #relationenfantparent
par tom léo
le Mer 7 Oct - 18:16
 
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Sujet: Hélène Bessette
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Pete Fromm

Comment tout a commencé

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Proxy_36

(En complément au commentaire de Topocl).
Comment une telle mésentente peut-elle s’installer entre enfants et parents ? La pratique compulsionnelle du base-ball explique-t-elle tout ? les
États-Uniens sont-ils tous fous ? Imagine-t-on nos grands prosateurs français (Houellebecq, Jourde, Carrère) nous faire tartir avec du foot, ou de la pétanque ?

Bien sûr Abilène est malade, bipolaire, maniaco-dépressive ; mais c’est (aussi, surtout) la jeunesse, goût du risque et de la destruction, rêve, révolte, conviction, véhémence, excès, qui nous est présentée, comme amplifiée par son trouble, son influence sur son petit frère, Austin.
« Ça fait partie du jeu. »

« ‒ Tu as passé ta vie entière à essayer de me ressembler, Austin. Et maintenant je prends des pilules pour être quelqu’un d’autre. »

Une description étonnante de justesse du conflit générationnel des enfants avec les parents, heureux, satisfaits ‒ minables.
« Ils veulent que je leur ressemble davantage. (Elle gardait les yeux fixés sur le ciel vide.) Qu’est-ce qu’il pourrait y avoir de pire ? »

« ‒ Tu as travaillé si dur, uniquement pour que je puisse rester à la maison et regarder les enfants devenir fous. »

Une belle histoire d’amour !

Mots-clés : #fratrie #jeunesse #pathologie #relationenfantparent #sports
par Tristram
le Ven 2 Oct - 21:56
 
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Sujet: Pete Fromm
Réponses: 57
Vues: 3243

Laura Gallego García

Laura Gallego García
Née en 1977

Tag jeunesse sur Des Choses à lire List_610

L'auteur d'Idhun. Netflix vient de sortir une série animée sur une saga qui a marqué une étape importante pour une génération au milieu des années 2000. Idhun est devenu la quintessence de l'histoire fantastique de l'Espagne, et a encore de nombreux fans aujourd'hui. Cependant, bien qu'Idhun soit son œuvre la plus connue, Laura Gallego est une écrivaine valencienne très prolifique, qui a écrit de la littérature pour enfants et pour jeunes adultes, bien que son genre préféré ait toujours été le fantastique.

Plus : wikipedia.org


Bibliographie :

Romans :

Les Chroniques de la tour
- L'Elfe Fenris, Baam, 2009
- La Vallée des loups, Baam ! 2008
- La Malédiction du maître, Baam ! 2008
- L'Appel des morts, Baam ! 2008

Idhun
- La Résistance, Bayard, 2010
- La Triade, Bayard, 2012

- La Légende du roi errant, La Joie de lire
- Prix Steamboat 2001
- Le Collectionneur d'horloges extraordinaires, Éditions du Seuil, 2005
- La Fille de la nuit, J'ai lu, 2013
- L'Impératrice des éthérés, Baam !, 2010
- Deux cierges pour le diable, Baam ! 2009

Cela m'a inspiré pendant mon adolescence, et bien que j'aie toujours voulu être écrivain grâce à cela, j'ai maintenant un travail très différent (je travaille dans les ressources humaines et je pense que c'est une tâche essentielle dans le monde d'aujourd'hui). Je le lis encore de temps en temps, le roman pour jeunes adultes m'attire toujours beaucoup, et Laura Gallego sera toujours une référence du genre en espagnol.

Mots-clés : #fantastique #jeunesse
par Ailen
le Mar 22 Sep - 10:34
 
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Sujet: Laura Gallego García
Réponses: 1
Vues: 994

Richard Brautigan

Le général sudiste de Big Sur

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Le_gzo11

Le premier roman de Richard Brautigan commence par une évocation de la guerre de Sécession, avec notamment la bataille de Wilderness (dont Lance Weller fut le chantre), et des Indiens Digger de Big Sur, évoqués par nombre d’auteurs du Nature writing :
« On dit que ces Indiens ne portaient pas de vêtements. Ils n’avaient ni feu, ni abri, ni culture. Ils ne faisaient rien pousser. Ils ne chassaient pas et ne péchaient pas. Ils n’enterraient pas leurs morts et ne donnaient pas naissance à leurs enfants. Ils vivaient de racines et de bernicles, et restaient agréablement assis sous la pluie. »

Jesse, le narrateur, et son pote, Lee Mellon, y squattent des cabanes sommaires :
« Ce matin j’ai vu un coyote dans les sauges juste au bord de l’océan – l’arrêt suivant c’est la Chine. Le coyote faisait comme s’il avait été au Nouveau-Mexique ou dans le Wyoming, sauf qu’en dessous, il y avait des baleines qui passaient. C’est ça ce pays. Viens à Big Sur que ton âme trouve un peu de place pour sortir de sa moelle. »

Ils incarnent une époque ultérieure :
« "À seize ans, je me glissais aux cours de l’université de Chicago, et j’ai vécu avec deux étudiantes noires extrêmement cultivées", dit Lee Mellon. "Nous couchions tous les trois dans le même lit. C’est ce qui m’a aidé à perdre mon accent du Sud." »

Globalement, c’est la déglingue, et la culture hippie vécue ; on y croise Henry Miller ; personnellement, j’ai aussi aperçu le fantôme Jack Kerouac…
« Étrange successeur de Vasco Nunez de Balboa, Lee Mellon cherchait des mégots au bord du monde occidental, et tout le long du chemin jusque chez nous, trouvant ici et là un exilé du royaume du tabac. »

Il y a peu d’action au début…
« Huit heures plus tard, j’étais assis avec une fille dans un petit bar de Monterey. Elle avait un verre de vin rouge devant elle, et moi un martini. C’est ainsi parfois. Impossible de prédire l’avenir et de comprendre le passé. Lee Mellon, fin soûl, avait fini par rouler par terre. J’avais lavé au jet le vomi dont il était couvert, et je l’avais recouvert d’un grand morceau de carton pour que la police ne le trouve pas. »

C’est aussi et surtout le souffle de la jeunesse, une sorte d’innocence, sa fraîcheur, une grâce difficile à expliciter (un côté Salinger ?), de l'humour et de la poésie.
Voici un petit chapitre in extenso :
«
HAIKAI DE L’ALLIGATOR DANS LE DESERT

Il pleuvait maintenant très fort, le vent hurlait comme l’armée sudiste à travers le trou dans le mur de la cuisine. Le désert – des milliers de soldats occupaient le pays – le désert !
Elizabeth et Lee Mellon étaient partis dans une autre cabane. Ils avaient quelque chose à régler. Nous sommes restés seuls, Élaine et moi, avec les alligators.
*
6 mai 1864. Un lieutenant est tombé, mortellement blessé. S’enfonçant de travers dans la mémoire, un marbre classique commença à pousser sur ses empreintes digitales. Comme il reposait là sublime aux yeux de l’histoire, une autre balle frappa son corps, et le fit tressaillir comme une ombre dans un film. Peut-être Birth of a Nation. »

Puis c’est un délire psychédélique complet dès que la marijuana entre en jeu.
« Maintenant, j’étais vraiment parti. De petites vacances à l’abri du bon sens. Pendant que Lee Mellon s’occupait de la marijuana, je planais de plus en plus. »

« Elle m’a ôté mon slip. J’avais dû le mettre en me réveillant, mais je ne m’en souvenais plus. Ce n’était guère important mais j’en fus surpris. On ne devrait pas être surpris par des choses comme ça. »


Mots-clés : #jeunesse #lieu #nature #xxesiecle
par Tristram
le Dim 28 Juin - 0:29
 
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Kenneth Grahame

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Graham16
Jours de reve - L'Age d'or. - Phébus

En règle générale, en effet, les grandes personnes sont d'un niveau très correct en matière de faits ; c'est le talent supérieur de l'imagination qui leur fait si tristement défaut.

Ils sont cinq enfants entre cinq et 12 ans, trois frères et deux soeurs. Ils vivent dans un domaine rural au bord d'une rivière.
En ce début de 20e siècle, on les qualifierait volontiers de chenapans ou de galopins. Amicalement.
Parce qu'ils sont de bonne famille et ont pour chaperons une tante et une gouvernante. Qu'ils font tourner en bourrique.

Les parents sont ils là ? Si oui, ils n'apparaissent jamais.

Aux yeux des enfants ils sont confondus dans un meme oubli. Ils sont les Olympiens, avec ce que comporte de distance cette appellation qui englobe tous les
adultes. Mais ils sont en vacances, on est en août, et ils font les quatre cents coups sans états d'âme Pirates, brigands, navigateurs, ils affolent les les animaux de basse cours et les fermiers
du voisinage.

Au fils de leurs escapades, ils rencontrent un  marginal, inspiré, non conformiste et raconteur d'histoires qui les fascinent et les rassemble comme le joueur de flute de l'histoire.
Ils se risquent aux  premières amours, aux premiers vrais chagrins et conflits.. Mais le temps avançant, on sent qu'une méchante porte va se refermer... La felure.

Ce qu'on retient -ce que j'ai retenu- c'est cette perception d'un temps sans limites, d'un éternel été.

On sait que ce livre est autobiographique et que l'auteur n'a eu qu'un seul projet : ressusciter avec des mots la magie de l'enfance.

C'est ce qu'il a réussi avec un bonheur qu'on trouve rarement dans ce genre de littérature.

Allez, on peut citer quand meme Elsa Morante, Lewis Carroll, Mark Twain, Faulkner et quelques autres.

Aux enfants -de tout age- et à ceux qui n'ont pas oublié de l'etre...

Mots-clés : #fantastique #jeunesse
par bix_229
le Ven 8 Mai - 17:40
 
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Sujet: Kenneth Grahame
Réponses: 1
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Francis Jammes

Almaïde d'Etremont
ou l'histoire d'une jeune fille passionnée

Tag jeunesse sur Des Choses à lire Almazc13
Nouvelle, 1901, 70 pages environ.

Ah là là, Monsieur Jammes, mais que faites vous donc de vos belles héroïnes !



Nouvelle d'un sujet et d'une épaisseur similaires à Clara d'Ellébeuse, semi-tragédie (mais je ne vous en dis pas plus !):
L'époque de narration demeure donc (le mitan du XIXème), à peine quelques petites années après Clara, et Jammes réemploie un second rôle de peu d'importance dans sa nouvelle de 1899 pour en faire l'héroïne.

Almaïde a davantage de sang, de tempérament, moins de candeur peut-être que feue son amie Clara -à moins que ce ne soit moins de contraintes, d'éducation quotidienne à marche forcée, comme le suggère vers la fin de la nouvelle le bon marquis d'Astin.

Ce marquis d'Astin, personnage de premier plan déjà dans Clara, est là tout à fait primordial, quasi centenaire, posé comme une lumineuse borne XVIIIème en pleine césure IIème République/Second Empire (mais, si ce n'est peut-être au plan des mentalités, les évènements de l'Histoire n'interfèrent en rien dans la narration).

Almaïde d'Etremont vit recluse dans une campagne éblouissante, ses parents sont décédés, un oncle taciturne, maniaque et solitaire (qui n'intervient jamais, et n'est jamais tout à fait dépeint dans la nouvelle, comme une inerte chape de plomb à peine suggérée) administre ses biens jusqu'à son mariage, et cloître -à son intérêt- de facto Almaïde en sa vague compagnie dans une splendide demeure des Aldudes.

Lasse de solitude, voyant ses amies se marier, elle passe ainsi le cap des vingt-cinq ans.

Un jour, à une danse villageoise de dimanche après-midi, spectacle qu'elle aime venir contempler, et qui constitue pour Almaïde une exceptionnelle occasion de sortie (danse de village à rapprocher du Branle de Laruns un peu plus haut sur la page), elle toise un tout jeune berger...

[Le thème de la mésalliance heureuse sera aussi repris, sous forme de conte -intitulé Le mal de vivre- par Jammes avec pour héros un poète en pleine acédie auto-destructrice et une vachère.]

[Il est aisé de faire un rapprochement, éventuellement avec Pan, mais surtout avec Les Bucoliques, Virgile, ou encore le XVIIIème français, où certaine reine raffolait à jouer la bergère en son Trianon versaillais, et de voir une allusion-hommage aux auteurs que Jammes aime à citer et commenter, tels Jean de La Fontaine, Jean-Jacques Rousseau, etc...]

Le petit enseignement, s'il faut en tirer un, est assez similaire à celui de Clara, ne pas laisser les filles jeunes, jolies, intelligentes, pieuses, fortunées, pétulantes dépérir dans l'intérêt grippe-sou d'un ascendant, dans le carcan des conventions, dans une aliénation à la bienséance telle qu'alors conçue, et dont les bras armés sont l'hypocrisie, les préjugés.

Les propos libératoires du marquis d'Astin, en clôture de la nouvelle, sont à ce propos de fort belle facture, et précisent une prise de position ferme de l'auteur, ré-affirmée en quelque sorte deux ans après la parution de Clara d'Ellébeuse.  
 
Chapitre I a écrit:Depuis lors, que d’après-midi sont passés !
Almaïde d’Etremont a vingt-cinq ans. Elle connaît la solitude et l’ombre que les morts étendent au gazon où ils furent. Les monotones jours s’enfuient sans que rien distraie cette orpheline demeurée seule dans ce trop vaste domaine en face d’un oncle âgé, infirme et taciturne.
Aucun pèlerin ne s’est arrêté à la grille, un soir de mai, pour cueillir dans le parfum des lilas noirs cette colombe fiancée. C’est en vain qu’Almaïde, assise auprès de l’étang, guette la carpe légendaire qui, des glauques profondeurs, doit rapporter l’anneau nuptial. Et rien ne répond à sa rêverie que la clameur des paons juchés dans le deuil des chênes. Et rien ne console sa méditation que sa méditation. Et rien ne se pose à sa bouche plus ardente qu’un fruit-de-la-passion que le vent altéré qui souffle aux lèvres de chair des marronniers d’Inde.

Ses yeux n’ont point de candeur, mais une chaude et hautaine mélancolie, une coulée de lumière noire au-dessus du nez mobile et mince. Et ses joues et son menton font un arc si parfait et si plein que tout baiser en voudrait rompre l’harmonie. D’un grand chapeau de paille orné de pavots des moissons, les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule. Et tout le corps n’est qu’une grâce paresseuse qui fléchit sur ce banc d’où la main d’Almaïde, négligemment, laisse tomber une missive.


Tag jeunesse sur Des Choses à lire Repent10
...les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule.

[On apprend dans Clara d'Ellébeuse que les repentirs, à la mode alors, sont ces boucles en apparence savamment négligées et naturelles, qui s'obtenaient à l'aide de beaucoup de patience et d'une sorte de peigne de buis, permettant une coiffure à cheveux attachés -selon les convenances-, mais en conservant un aspect de liberté à la chevelure, celle d'osciller et de se mouvoir, est-ce à interpréter comme un mini-signe toléré de hardiesse de type affranchissement ?]  

___________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Puisque vous paraissez goûter la plume du rustique aède des Gaves, voyez un peu ce qu'il sait faire en matière de rendu de sentiment, de situation intérieure, ci-dessous tout est dans la découpe des phrases ou des propositions, jolie façon de traduire l'exaspération, la lassitude (je m'en voudrais de vous laisser croire que Jammes n'excelle qu'à dépeindre des plantes, des animaux, des campagnes et des églises rurales !):
Fin du chapitre II a écrit:Plus rien ! Pas même, tant elle est triste, l’envie de fixer sur le papier, comme jadis elle le faisait au couvent, les expressions de sa mélancolie.

Elle se prend à rêver dans sa chambre. Elle est assise et fait un bouquet avec des fleurs éparses sur elle. Le jour qui tombe éclaire sa joue gauche, le corps demeure dans l’ombre. Elle s’ennuie. Un vague énervement, elle ne sait quoi d’insatisfait, une oppression qu’elle voudrait chasser, une angoisse, pareille à celle qui la brise parfois au réveil, la torturent. Et rien que de sentir, un instant, la pression de son coude sur son genou l’émeut jusqu’à la faire se lever du fauteuil où elle est étendue. Elle fait le tour de sa chambre sans quitter son chapeau des champs. La mousseline de sa robe qui bruit à peine lui donne de la langueur, le glissement du tissu léger sur sa chair ronde et chaude l’inquiète.

Qu’Almaïde d’Etremont est belle ainsi ! Ses yeux cernés d’ombre dans l’ombre, sa pâleur fondue au jour qui se meurt, sa démarche puissante et gracieuse qui la fait, à chaque pas, tourner sur elle-même, disent assez l’origine maternelle, le sang puisé au soleil de Grenades ardentes.

Elle pose son bouquet sur la commode bombée où luisent des appliques de cuivre et, détachant de la muraille une guitare, elle en tire quelques accords. Maintenant, assise et les jambes croisées, un poignet nerveusement tendu sous le col du bois sonore dont elle pince les cordes sourdes, Almaïde se met à chanter.

Par la fenêtre, son regard plonge dans la nuit bleue qui se lève et recouvre l’étang de splendeur. Les chauves-souris, amies des greniers vermoulus, tournoient, hésitent, crissent, cliquètent et glissent dans l’air liquide. Pareilles à de noires fumées, les branches touffues des chênes moutonnent dans l’azur nocturne qui, au-dessus de l’allée ténébreuse, semble s’écouler comme un fleuve de nacre.

La guitare glisse aux pieds d’Almaïde. La tête en arrière, les bras pendants, les yeux perdus, les narines mobiles, elle frémit un instant. Car, vision rapide, elle croit voir, dans le clair de lune qui s’élève et tremble comme un ruisseau, s’arrêter un chevrier adolescent qui tend vers elle en riant les baies d’arbouse de son torse.


Mots-clés : #amour #culpabilité #jeunesse #nouvelle #relationdecouple #ruralité #solitude
par Aventin
le Sam 11 Avr - 6:23
 
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Sujet: Francis Jammes
Réponses: 22
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