Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Jeu 29 Juil - 11:01

146 résultats trouvés pour lieu

Pierre Loti

Tag lieu sur Des Choses à lire Produc13

Le roman d'un enfant

Tout est dans le titre. L'enfance, l'autobiographie... romancée, au moins un peu derrière les allures de journal. Certainement en tout cas la chronologie et le fragmentaire ou l'épisode ne sont pas la seule trame choisie par l'auteur. Les petites touches, les réserves, la distance construise une partie de l'image qui reste.

L'image de quoi ? de l'enfant ? pas tout à fait. De l'auteur adulte qui regarde en arrière ? pas uniquement.

Le parfum de la nostalgie ? Il y en a pour le garçon rangé et choyé devenu, ou qui deviendra, aventurier mais ce que je retiendrai ce sont les images de la nature "simple" et les incertitudes et surtout la manière claire de faire autre chose que l'autoportrait tout en conservant des points d'interrogation. Pas de sur analyse, un brin de mise en scène, un humour discret, un goût assumé du détail.

Un discret exercice de style aussi plaisant à suivre qu'évocateur.


Mots-clés : #autobiographie #enfance #journal #lieu
par animal
le Jeu 22 Juil - 19:25
 
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Sujet: Pierre Loti
Réponses: 9
Vues: 830

Italo Calvino

Ermite à Paris – Pages autobiographiques

Tag lieu sur Des Choses à lire Ermite10

Recueil de textes autobiographiques qui commence… par un séjour aux USA, et pas érémitique… Ce journal expédié à ses collègues des éditions Einaudi représente quand même la moitié du livre. Sinon, intéressant regard d’un Italien communiste qui connaît déjà l’URSS, fin des années cinquante ; attrait vif des villes, aussi forte attention aux religions (ici la juive) :
« Le drapeau américain est sur un des côtés de l’autel, comme dans toutes les églises américaines, de n’importe quelle confession (ici, de l’autre côté il y a le drapeau d’Israël). »

Côte Ouest :
« Ces paradis terrestres où vivent les écrivains américains, je n’y vivrais pas, même mort. Il n’y a rien d’autre à faire que se saouler. »

Il y a nombre d’opinions ou d’informations (vraies ou fausses) qui sont piquantes :
« J’oubliais de dire qu’une grande partie des histoires racontées par les guides sur les faits qui se sont passés dans les maisons historiques de New Orleans ont été inventées par Faulkner. Dans sa jeunesse, Faulkner a vécu ici quelques années comme guide en promenant des touristes ; il inventait toutes les histoires qu’il racontait, mais elles ont eu un tel succès que les autres guides ont commencé aussi à les raconter et elles font maintenant partie de l’histoire de la Louisiane. »

Aussi une expérience marquante avec la lutte de Martin Luther King dans le Sud.
Puis, dans la seconde moitié du livre, plus autobiographique encore, Calvino parle de son mentor, Cesare Pavese, et de son rapport à l’écriture :
« Humainement, mieux vaut voyager que rester chez soi. D’abord vivre, ensuite philosopher et écrire. Il faudrait avant tout que les écrivains vivent avec une attitude à l’égard du monde qui corresponde à une plus grande acquisition de vérité. C’est ce quelque chose, quel qu’il soit, qui se reflétera sur la page et sera la littérature de notre temps ; rien d’autre. »

« C’est qu’on ne raconte bien que ce que l’on a laissé derrière nous, que ce qui représente quelque chose de terminé (et l’on découvre ensuite que ce n’est pas du tout terminé). »

Calvino semble parler de choses et de façons différentes à chaque nouvel ouvrage, ce qu’il revendique ici :
« Quant à mes livres, je regrette de ne les avoir publiés chacun sous un nom de plume différent ; je me sentirais plus libre de tout recommencer chaque fois. Comme, néanmoins, je cherche toujours à faire. »

On trouve divers textes, plus ou moins brefs, dont des entretiens, des biographies de commande, et voici comment l’une se termine, qui me paraît légèrement goguenarde :
« L’auteur du Baron perché semble avoir plus que jamais l’intention de prendre ses distances avec le monde. Est-il parvenu à une condition de détachement indifférent ? Le connaissant, il faut croire que c’est plutôt une conscience accrue de toute la complication du monde qui le pousse à étouffer en lui aussi bien les mouvements de l’espoir que ceux de l’angoisse. »

L’expérience politique prend une grande place ; étonnante attitude devant la terrible dérive stalinienne, qu’il qualifie de schizophrénique :
« Tu me demandes : mais si tous, intellectuels, dirigeants, militants, vous aviez ce poids sur la poitrine, comment se fait-il que vous n’ayez pas songé à vous en défaire plus tôt ? »

La réponse est assez choquante, même si je soupçonnais depuis longtemps qu’elle ressortissait de l’aveuglement fanatique :
« …] un révolutionnaire, entre la révolution et la vérité, choisit d’abord la révolution. »

En quelque sorte des "faits alternatifs" ? La fin justifiant tous les moyens…
Ce livre est surtout intéressant pour ceux qui voudraient mieux connaître la politique italienne (communisme et fascisme), mais aussi l’homme Calvino, avec un éclairage de son œuvre ; peu très sur lui à Paris, juste le court texte éponyme du livre – ah ces éditeurs…
« J’ai aujourd’hui soixante ans et j’ai désormais compris que la tâche d’un écrivain consiste uniquement à faire ce qu’il sait faire : pour le narrateur, c’est raconter, représenter, inventer. J’ai cessé depuis plusieurs années d’établir des préceptes sur la manière dont il faudrait écrire : à quoi sert de prêcher un certain type de littérature plutôt qu’un autre si les choses que vous avez envie d’écrire finissent par être complètement différentes ? J’ai mis un petit moment à comprendre que les intentions ne comptent pas, que ne compte que ce que l’on réalise. Alors, mon travail littéraire devint aussi un travail de recherche de moi-même, de compréhension de ce que j’étais. »


\Mots-clés : #autobiographie #lieu #politique #Racisme #voyage #xxesiecle
par Tristram
le Ven 16 Juil - 12:41
 
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Sujet: Italo Calvino
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Carla Maliandi

Tag lieu sur Des Choses à lire Cvt_un12

Une chambre en Allemagne

Une jeune femme quitte Buenos Aires, sa maison, sa famille, son travail et part en Allemagne à Heidelberg, ville où sa famille s’était exilée pour fuir la dictature en Argentine.
Pas pour étudier ni travailler pour « dormir d’une traite », tourner une page de sa vie ; définitivement ?  En fait elle se trouve devant une page blanche.

Mais avec peu d’argent, elle ne peut que louer une chambre dans une résidence étudiante où  elle n’a pas sa place. Elle y rencontre un compatriote Miguel et sympathise avec une étudiante Japonaise, Shanice, laquelle se suicide, lui léguant « tout ce qui est dans sa chambre ».

Elle se rend compte qu’elle est enceinte, suite à l’affirmation de Miguel, mais pour sa part elle ne sait à qui imputer la paternité : son ex compagnon ou une aventure lors d’une soirée arrosée.
Elle revisite cette ville où les souvenirs remontent de sa jeune enfance dans la ville et retrouve l’un des élèves de son père, Mario, qui était son ami et qu’elle a quitté il y a une trentaine d’années quand sa famille est retournée vivre en Argentine.

Elle a une aventure avec Joseph, un photographe ami de Mario.

Les parents de l’étudiante japonaise, Mr et Mme Takahashi arrivent pour l’enterrement de leur fille ; le père repart dans son pays mais et la mère reste à Heidelberg. Elle a un comportement des plus étranges, elle s’accroche à notre fausse étudiante qui ressent le besoin de l’aider mais souhaite aussi l’éloigner car sa présence est inquiétante.

La narratrice se retrouvant seule suite au voyage de Mario et Joseph, déambule dans la ville enneigée et suit une femme qu’elle pense être Mme Takahashi.

L’autrice laisse, à mon sens, la liberté au lecteur d’imaginer la fin.


***
C’est sympathique, l’écriture est agréable et des situations étonnantes s’enchainent, notamment à cause de la personnalité de Miguel qui aide notre narratrice à gérer ses soucis.

Et une digression insolite vers la sœur de Miguel.

La mère japonaise, amène une certaine angoisse par son étrangeté, son insistance, sa personnalité dominante.

Les personnages sont bien décrits dans leur différence culturelle et physique.

La narratrice évoque très peu la vie qu’elle a quitté en Argentine, contrairement à ce qu’ont dû faire et penser ses parents, eux en exil forcé.


Mots-clés : #exil #lieu
par Bédoulène
le Dim 4 Juil - 8:23
 
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Sujet: Carla Maliandi
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George Eliot

Middlemarch

Tag lieu sur Des Choses à lire Unname15

Un rien, et tout bascule, tous changent de place dans ce microcosme de la société prévictorienne : Middlemarch. Les uns tombent en disgrâce ou en banqueroute, les autres sauvent les apparences dans cette petite ville où la vie est rythmée par les mariages et les enterrements, les alliances et les exclusions mondaines ou politiques. Un rien qui est à la fois tout chez George Eliot, à la fois décisif et incisif, se glissant dans ces mille pages pour les rendre si curieusement prenantes. Cela consiste à décrire des attitudes, des intentions ou impulsions ; des personnages qui, parfois, ne soupçonnent pas les mobiles plus ou moins refoulés qui les font agir.

Une ronde des caractères où se déploie doucement la finesse d’analyse de George Eliot, avec son ironie tranquille, enveloppée d’une placidité qui ferait presque oublier son côté mordant, discret, sous le trop grand amour qu’elle porte à certains de ses personnages (Dorothea, par exemple…), lorsque le dénouement d’une intrigue étouffe un peu la subtilité psychologique. Mais c’est un grand roman, et Proust ne s’y est pas trompé.


\Mots-clés : #amour #conditionfeminine #lieu #psychologique #xixesiecle
par Dreep
le Jeu 24 Juin - 19:34
 
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Sujet: George Eliot
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Cees Nooteboom

Venise. Le lion la ville et l'eau

Tag lieu sur Des Choses à lire Venise10

Évidemment ce livre vaut surtout pour qui connaît ne serait-ce qu’un peu Venise ; j’ai pris plaisir à m’égarer de nouveau dans ses venelles qui s’achèvent parfois sans avertissement dans un rio en contrebas.
« Vous cherchiez quelque chose, un palais, la maison d’un poète, mais vous perdez votre chemin, vous vous engagez dans une ruelle qui aboutit à un mur ou à une berge sans pont et soudain, vous comprenez que c’est cela l’important, que ce que vous voyez maintenant, vous ne l’auriez jamais vu autrement. »

S’il est illustré de photos de Simone Sassen, la compagne de Cees Nooteboom, il n’y a guère de représentation des tableaux, qui tiennent pourtant une grande place dans ce recueil de textes écrits sur des décennies, et parfois très récents (Nooteboom évoque les « porcs balancés » et Trump).
Le passé est partout dans la ville-labyrinthe.
« Entendons-nous bien : je suis heureux à Venise, mais c’est un bonheur avec un arrière-goût, peut-être du fait de cet entassement de passé, de cette surabondance de beauté, et parce que c’est trop de bonheur – la tension du labyrinthe qui peut vous amener soudain, plusieurs fois par jour, dans une cour fermée, devant les briques d’un mur aveugle ou devant une eau sans pont, si bien que ce qui eût dû s’ouvrir se referme tout à coup, vous obligeant à faire volte-face et à retourner là d’où vous veniez. Un instant la ville vous a tenu captif, un instant vous avez été la mouche prise dans la toile, le prisonnier de Borges, contraint par les mailles d’un filet de mille églises et palais, ligoté par d’étroites et sombres venelles et puis, d’un seul coup, c’est fini, vous voilà dans la lumière du quai, vous voyez les bateaux sillonner en tous sens cette lumière, et tout au fond la miniature de Murano, étincelant dans l’ardeur de septembre. » (Le labyrinthe désagrégé)

« Dans les lieux historiques, le passé reculé n’est jamais qu’une autre forme d’hier. »

« Qui ne croit pas que les morts sont encore de la partie n’a rien compris. »

Plus encore sur le labyrinthe :
« Venise entière n’est qu’un éternel réseau de recoupements, impossible d’y échapper pour la simple raison, peut-être, qu’on ne veut pas y échapper. Une ville qui est un univers condensé constitue une variante spécifique de claustrophobie, un domaine clos et néanmoins relié au monde. »

« Cette ville ne s’arrête jamais, ni dans notre imagination ni dans la réalité. Une ville entourée d’eau n’a pas de frontières, elle est partout. Une ville toile d’araignée, le labyrinthe auquel on ne se fait jamais, on reste pris dans ses rets, même après un an d’absence. »

Inévitablement aussi, on n’échappe pas à « l’armée » (surtout chinoise, japonaise) des touristes.
« Entre leur regard et la ville, il y aura toujours un téléphone ou un appareil qui leur montrera leur propre visage avec en fond de décor la ville qu’ils avaient tant désiré voir. »

« Étrange : les foules que j’essaie d’éviter dans la journée, je les recherche justement chez le Tintoret. »

Comme de coutume chez Nooteboom, des réflexions originales.
« Tout ici a été construit par des hommes, et pourtant c’est comme si la ville s’était générée, s’était bâtie elle-même, et avait peut-être inventé les hommes qui l’ont bâtie. Une étendue d’eau où se déversent quelques rivières, presque un marécage, çà et là une île, des hommes qui ont ici cherché refuge et y ont construit une ville qui en retour a produit cette race d’hommes, création mutuelle ayant suscité une chose sans pareille dans le monde, des hommes qui font une ville qui fait des hommes, lesquels, durant des siècles, soumettent tout leur environnement, prodigieuse multiplication de puissance et d’argent autour d’une église qui n’a jamais su si elle appartenait à l’Orient ou à l’Occident, excroissance où ont fleuri les plus invraisemblables absurdités et traditions, et dont l’efflorescence la plus ahurissante fut cette créature singulière, le doge, en une immense série de centaines d’hommes, les premiers se perdant dans les brumes de l’Histoire et le dernier ayant déposé de ses propres mains ce couvre-chef qui tenait à la fois du bonnet de nuit phrygien et de la couronne. »


\Mots-clés : #Essai #historique #insularite #lieu
par Tristram
le Jeu 24 Juin - 13:18
 
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Sujet: Cees Nooteboom
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Judith Perrignon

Tag lieu sur Des Choses à lire 4178hw10

Là où nous dansions

Autant Judith Perrignon m’a séduite quand elle donnait la parole intime à des personnalités attachantes et tourmentées (Gérard Garouste, Marceline Loridan-Ivens ), autant elle m’impressionne quand elle décide de décrire, rien que ça, le destin d'une ville, en l'occurrence Detroit : grandeur et décadence. Et à travers cette ville, le destin du capitalisme et  son arrogance comme le destin des individus, en particulier des Noir·es alternativement discriminé·es, amadoué·es, spolié·es, au final toujours bafoué·es…

De l'apogée du fordisme à l'effondrement, de l'abandon à la résurgence financière, elle nous parle la vie des immeubles  détruits par les promoteurs, des autoroutes, prenant la place des logements. Et à travers eux, des vies touchantes et vibrantes des habitant.es, écrasé·es par la grosse machine, de celles et ceux qui s'en sortent, petits et grands destins de chanteurs.ses, de flics, d’artistes comme de ceux et celles qui subissent,  plongent dans la détresse, la drogue, la délinquance.

Là où nous dansions est un ambitieux emporté haut la main par Judith Perrignon, grâce à son style lyrique, sa vision inclusive, son attachement à l'intime des êtres, sa détestation du libéralisme.


\Mots-clés : #economie #lieu #segregation #social
par topocl
le Mer 23 Juin - 14:51
 
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Sujet: Judith Perrignon
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Alain Robbe-Grillet

Dans le labyrinthe

Tag lieu sur Des Choses à lire Dans_l13


Un soldat épuisé chemine dans une ville sous la neige, à la recherche d’une adresse qu’il a oubliée pour remettre un colis à il ne sait trop qui. Il fait partie d'une armée en déroute, et l'ennemi approche. Perdu, c’est surtout le temps qui est labyrinthique, les épisodes d’un appartement (avec la scène d’un tableau, un portrait photographique de soldat), d’un gamin qui le guide un moment, d’un café bondé (celui du tableau), se mélangeant, étant repris (et on pense à La reprise, mais aussi Les Gommes). La caractéristique principale du texte est une description méticuleuse des objets, souvent récurrents (un lampadaire, une fissure, une toile cirée à carreaux blancs et rouges, etc.).
« …] il faudrait donc se pencher en avant, soulever le pan de toile cirée et jeter un coup d’œil sous la table, entre les quatre pieds carrés qui s’amincissent vers le bas – ou bien, s’amincissant vers le bas, mais en bois tourné, cannelés, devenant à l’extrémité supérieure cylindriques et lisses, s’achevant au sommet en quatre cubes portant une rose sculptée sur deux de leurs faces – ou bien… ; [… »

« Il n’y a pas de gros poêle carré, en faïence, près de la porte du fond, tout au bout du comptoir, avec son tuyau coudé à angle droit qui rejoindrait le mur au-dessus des étagères à bouteilles. »

L’impression donnée par ce court roman est celle d’un script par plans juxtaposés. Elle est renforcée par ces déclics de pêne, de minuterie (ou d’appareil photo) qui séparent obscurité et lumière :
« Noir. Déclic. Clarté jaune. Déclic. Noir. Déclic. Clarté grise. Déclic. Noir. »

Comme dans un film également, la séquence finale présente le dénouement, qui remet l’ensemble en perspective, celle de l’auteur du texte.

\Mots-clés : #ecriture #lieu
par Tristram
le Lun 21 Juin - 12:52
 
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Sujet: Alain Robbe-Grillet
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Andrzej Stasiuk

Contes de Galicie

Tag lieu sur Des Choses à lire Contes10


Des portraits de ruraux, et même d’une église orthodoxe démontée (Le lieu), dans le paysage désolé d’une campagne polonaise entre alcool et religion, encore marquée de la calamité communiste, avec ses « PGR mortes » (fermes collectivistes).
« Il y avait un kiosque au village. Quand le communisme, grand dispensateur de grisaille, œuvrait dans le coin, la cabane ressemblait à un aquarium sale où flottaient quelques brosses à dents, trois sortes de cigarettes et le visage blanc et ennuyé de la vendeuse. Gromada, Rolnik Polski [journaux] étaient pleins de consolations et de promesses. "Deux tickets de bus et un paquet de Popularne." "Deux paquets de Popularne et un ticket de bus." Et les allumettes. Combien de combinaisons ! »

Dukla est paru en 1997, les Contes de Galicie en 2001, et ils évoquent tous deux cette Galicie occidentale, dans cet esprit qui rappelle Magris lorsqu’il dépeint l’Europe orientale.
« Ce Temps exempt d’adjectifs a quelque chose d’intrigant. L’imagination aussi a besoin d’ordre, de noms, de causes et effets. C’est de là que viennent toutes ces histoires inventées auxquelles nous nous mettons à croire avec le temps. Il se peut que l’imagination et la foi n’existent pas l’une sans l’autre, vu que leur essence commune réside dans la non-exigence de preuves. »

Mais certains personnages réapparaissent d’un texte à l’autre, Kościejny, Gacek, le sergent roux, le curé… une histoire s’organise, celle d’un meurtrier devenu fantôme qui demande une messe au curé par l’intermédiaire d’un policier. Une forte impression de réalisme magique avec cette surgie de l’imaginaire qui s’arrache à un morne environnement, et forme une belle surprise.

\Mots-clés : #lieu #ruralité
par Tristram
le Dim 20 Juin - 13:57
 
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Sujet: Andrzej Stasiuk
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Daniel Defoe

The Life and Strange Surprizing Adventures of Robinson Crusoe

Tag lieu sur Des Choses à lire Robins10
Publié en 1719, 230 pages envion. Succès mondial depuis trois siècles.

Il m'a semblé une bonne idée (en était-ce une ?) de revenir au texte anglais initial. On y découvre des éléments questionnants, que bien des versions édulcorées ou "Jeunesse" ont passé à profits et pertes.

En 1719 Defoe était un homme politique, plusieurs fois jeté en prison pour dettes et pour positions politiques, il avait été aventurier, commerçant, agent secret, infiltrait les jacobites, trempait dans mainte opération et basses œuvres au nom de sa foi presbytérienne.

Toute cette dimension-là transparaît dans Robinson; ainsi, lorsqu'il prie (et il prie souvent, dans l'édition originale) avec ce côté très accentué des presbytériens s'accusant de celles d'entre leurs propres fautes qui leur paraissent les pires, aux fins d'espérer le pardon, la rémission, la rédemption, sommes-nous surpris de constater qu'au nombre de celles-ci ne figure pas la traite négrière, alors que désobéir à ses parents est une erreur de jeunesse sur laquelle il revient sans cesse.
La dimension Providence (très XVIIIème il est vrai) est particulièrement à l'honneur, c'est je crois -enfin du moins est-ce mon analyse, le sentiment vécu, éprouvé de celle-ci qui maintient Robinson à flot, la tête à peu près claire:
Le personnage de Tom Ayrton, dans L'Île Mystérieuse de Jules Verne, donne certainement une meilleure idée de l'état psychologique ravagé de ceux qui ont été marronés, largués solitaire sur une île déserte.

L'île de Robinson est déserte, humainement parlant, mais se révèle très prodigue.
C'est la solitude extrême qui lui pèse, mais avec vue sur une autre terre ou île: or il ne s'y aventure pas, c'est singulier.
De même il met des années avant de reconnaître complètement l'autre côté de l'île ou le naufrage l'a jeté seul survivant, ce qui est à tout le moins étrange, "on ne peut attendre d'un prisonnier qu'il ne fasse pas le tour de sa propre geôle" comme dit Marguerite Yourcenar (dans l'Œuvre au noir).

L'argent, la position sociale ne sont pas le mal mais le juste fruit de l'ingéniosité et du travail, notion à peu près impossible à comprendre pour la quasi-totalité des autres courants chrétiens (le terrain est très déblayé pour L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, le fameux ouvrage de Max Weber, presque deux siècles plus tard).  

Également la façon de se comporter en roi ou roitelet, avec ses assujettis, avec une prise de possession de l'île très "seul maître à bord après Dieu" que ce soit avec Vendredi puis son père ou avec les naufragés, est certainement époque, mais à rapprocher des convictions, des engagements politiques de Defoe.

Le seul livre que J-J Rousseau conseillait à Émile d'avoir en bibliothèque, au strict détriment de tous les autres, étonne aussi par la maladresse chronique de Robinson, maladresse que les versions expurgées ont transformé en ingéniosité.
Et la juste compensation de la maladresse est le travail, énorme, celui-ci à mi-chemin entre le rachat et le signe de la Providence.

Enfin, car j'arrête là - je m'en voudrais de trop lire et surtout de commenter sans recul cet énorme succès avec des yeux occidentaux du XXIème siècle - travers plus difficile à éviter encore que les fameux écueils de l'île de Robinson...  

Livre vivant, alerte, tenant bien son lecteur en haleine, même dans sa prime version: celà ça fait trois siècles que des millions de lecteurs en sont convaincus...
J'ai bien apprécié le souci de Defoe de brouiller les cartes, avec utilisation démiurgique de la notion de tempête destructrice: sommes-nous bien dans les Caraïbes, avec des traits d'îles qui font davantage penser aux côtes brésiliennes ou chiliennes ?
Là est une d'entre les petites touches d'un romancier talentueux...

He was a comely handsome Fellow, perfectly well made; with straight strong Limbs, not too large; tall and well shap’d, and as I reckon, about twenty six Years of Age. He had a very good Countenance, not a fierce and surly Aspect; but
seem’d to have something very manly in his Face, and yet he had all the Sweetness and Softness of an European in his Countenance too, especially when he smil’d.
His Hair was long and black, not curl’d like Wool; his Forehead very high, and large, and a great Vivacity and sparkling Sharpness in his Eyes. The Colour of his Skin was not quite black, but very tawny; and yet not of an ugly yellow nauseous
tawny, as the Brasilians, and Virginians, and other Natives of America are; but of a bright kind of a dun olive Colour, that had in it something very agreeable; tho’ not very easy to describe. His Face was round, and plump; his Nose small, not flat
like the Negroes, a very good Mouth, thin Lips, and his fine Teeth well set, and white as Ivory. After he had slumber’d, rather than slept, about half an Hour, he wak’d again, and comes out of the Cave to me; for I had been milking my Goats, which I had in the Enclosure just by: When he espy’d me, he came running to me, laying himself down again upon the Ground, with all the possible Signs of an humble thankful Disposition, making a many antick Gestures to show it: At last he lays his Head flat upon the Ground, close to my Foot, and sets my other Foot upon his Head, as he had done before; and after this, made all the Signs to me of Subjection, Servitude, and Submission imaginable, to let me know, how he would serve me as long as he liv’d; I understood him in many Things, and let him know, I was very well pleas’d with him; in a little Time I began to speak to him, and teach him to speak to me; and first, I made him know his Name should be Friday, which was the Day I sav’d his Life; I call’d him so for the Memory of the Time;
I likewise taught him to say Master, and then let him know, that was to be my Name; I likewise taught him to say, YES, and NO, and to know the Meaning of them; I gave him some Milk, in an earthen Pot, and let him see me Drink it before him, and sop my Bread in it; and I gave him a Cake of Bread, to do the like, which he quickly comply’d with, and made Signs that it was very good for him.


\Mots-clés : #aventure #colonisation #esclavage #insularite #lieu #nature #solitude
par Aventin
le Dim 6 Juin - 18:00
 
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Sujet: Daniel Defoe
Réponses: 24
Vues: 1681

Kurt Tucholsky

Tag lieu sur Des Choses à lire 97828811

Un livre des Pyrénées

Petit livre de voyage un peu étrange. L'auteur nous emmène dans les Pyrénées et en France. La nature, les petites villes, un peu les gens mais de loin. Un vrai voyage "d'étranger". Il est allemand et l'entre deux guerres l'accueil, en quelques sortes. Des randos à pieds ou pas, un gros morceau, assez fort et nuancé, sur Lourdes... On pourrait garder "ça" ou de petites observations qui sonnent juste mais ça ne ferait pas l'impression laissée par le livre. Qui ne paye pas de mine, qui n'est pas un chef d'oeuvre, qui se lit facilement avec un peu de distance... Et qui laisse un petit quelque chose en plus, dans le contact et le souvenir. Qui laisse aussi une pensée pour le moment qui aurait pu ne pas se transformer 15 années plus tard en une autre guerre ?

Il n'a pas l'air de grand chose mais c'est un bon livre.

Mots-clés : #lieu #voyage
par animal
le Ven 28 Mai - 19:49
 
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Sujet: Kurt Tucholsky
Réponses: 3
Vues: 554

Jean-Paul Clébert

Paris insolite

Tag lieu sur Des Choses à lire Paris_11

À propos de ces flâneries urbaines, impossible de ne pas évoquer les deux Robert, Giraud et Doisneau (qui apparaissent d’ailleurs dans ce livre qui leur est dédié), et inutile de préciser que la connaissance géographique de Paris est conseillée. Ce texte est plus encore peut-être un témoignage sur les lieux et l’époque, tant sont nombreux les portraits et tableaux précis, comme les Halles, la Villette, ou l’ancienne ligne des fortifications où erre ce « rôdeur de barrières ».
« Mais en haut, face au Canon de Bicêtre et le long des fortifs, c’est pas beau. Envie de s’asseoir et d’en finir, à condition que ça puisse finir un jour. Une brocanteuse en rade ayant piqué la place d’un ancien, et rangeaillé ses mignardises en stuc et toc sur un coin d’herbe, il s’ensuit une bagarre lamentable. L’autre balance tout. Volent au vent, tas de détritus, morceaux de porcelaine qui trouvent encore moyen de casser. Et ça gueule. Argot hétérogène, yiddish, polak, bas allemand, berbère, kabyle, gitan et même slang, comme celui de ce grand vieil Américain là-bas, couvert d’une peau de bique à trois étages comme un berger des Pyrénées et que personne ne comprend, si ce n’est peut-être l’Isaac du coin qui cligne de l’œil… »

Clébert se signale également par son intense curiosité, surtout pour les gens, mais aussi esthétique, historique, sociale.
« Et Martin, surtout, peut-être le seul type qui à Paris puisse se vanter d’exercer la profession de porteur d’eau, allant chaque matin chercher à la fontaine la flotte à tout faire de dix ou quinze habitants, muni de brocs en faïence bleue et d’arrosoirs en tôle bosselée, faisant les corvées, les courses, au tabac, chez le boulanger, à l’épicerie, là-bas en ville, de l’autre côté de la caserne, se faisant payer la plupart du temps en nature, cigarettes, verres de vin ou de café, bols de soupe qu’il réclame d’un ton péremptoire, n’ayant pas la langue dans sa poche et lorgnant instinctivement le comptoir, n’acceptant d’aller quérir les ingrédients que si son godet est plein à ras bord, d’avance et posé bien en évidence ; menant une vie de château, couchant dans une cahute plus ou moins abritée dont il est le légal propriétaire, se couchant tôt et se levant tard, n’arrivant chez Francis que vers dix heures, au désespoir de Mme Jeanne qui n’a rien pour tremper la soupe, et saluant la compagnie, se collant les mitaines aux flancs du poêle, s’approchant du patron qui petit-déjeune en rentier d’un saladier de café au lait et de tranches de pain beurré, et lui déclarant l’œil égrillard et la voix théâtrale : Ah ! Comme votre café me fait plaisir ! »

Il n’omet pas de courir les filles − affichant une certaine misogynie peut-être ?
« La Catherine fait dans les cent quatre-vingts livres et baise à croupetons. Grasses et boudinées, elles ne sont plus de toute première fraîcheur, mais les clients ne manquent pas : bouchers et tripiers du coin habitués à malaxer la viande mollasse et la bidoche violette. »

La misère pendant la guerre et le long après-guerre de reconstruction passent peu à peu, avec les petits métiers depuis disparus.
« …] les biffins qui (tôt arrivés, à trois-quatre-cinq heures de la nuit d’hiver, pour avoir la meilleure place qu’ils marquent de ficelles, de pavés, de journaux, tandis qu’ils vont boire un jus mauvais) viennent vendre leur camelote, ces objets hétéroclites dont échappe à première vue la valeur marchande, morceaux de tissus et de vêtements, godasses dépareillées, soucoupes ébréchées, réveille-matin sans aiguilles et vides probablement, jeux de clés, poignées de clous, cartes postales, journaux maculés, jusqu’à des morceaux de planches coupées et assemblées en margotins. »

Les bistrots évidemment, tous aussi singuliers que chaque individu, dans un livre cependant moins aviné que Le Vin des rues ; pourtant les mêmes rues et quartiers de Paris… Et surtout la vadrouille heureuse :
« Itinéraires parisiens, dédales, détours, raccourcis, volteface, retours, montées, descentes, calme plat des rues abandonnées, dont le charme est si grand que fatigué déjà d’un long piétinement dans la zone sud, aux confins de Montrouge, je n’hésitais pas à regagner ma tanière des Halles par le chemin des écoliers, quittant le boulevard Kellermann pour remonter sur la place des Peupliers et longer la rue Charles-Fourier (où dès cinq heures des dizaines de copains cloches stationnent devant la porte de cave du sordide bâtiment de la Mie de Pain, faisant la queue de façon organisée, ne voulant pas perdre une place, car les tickets, rouges pour une soupe et un lit, blancs pour une soupe seule et le droit de dormir sur les bancs, et sans couleur distincte pour celui de s’allonger sur le ciment, sont distribués par ordre d’arrivée). »

« Mais un cul-de-sac dans la ville est une chose rare, presque un miracle. Car Paris-la-nuit est un dédale, les rues y sont interminables, n’en finissent jamais, se multiplient, se poursuivent, se prolongent, s’emboîtent les unes aux autres comme des canalisations, se rétrécissent ou s’élargissent comme des bouts de lorgnettes, ou en équerre, ou à angles droits, vaste treillage, échafaudage enchevêtré de tubulures de fer posé à même le sol. Paris-la-nuit est un labyrinthe où chaque rue débouche dans une autre, ou dans un boulevard qu’ils appellent justement une artère, où je progresse lentement par soubresauts comme un caillot de sang, hoquetant, suivant la plus grande pente, poussé derrière moi par les étranglements, aspiré devant par le vide. Et j’avance, je marche, je coule, je fleuve, j’espère me jeter dans la mer, havre de paix et d’insouciance. Mais c’est impossible, il n’y a jamais autre chose que des embranchements, des carrefours, des bifurcations, partout des affluents à droite à gauche en amont en aval, partout des rives identiques encaissées indifférentes, insensibles à l’égratignement du cours des rues. »

« Vagabondage. Mon plus long voyage, un bon mois, fut le parcours du quatrième arrondissement, le centre vital de Paris, le plexus, d’une diversité stupéfiante, propre à l’évocation d’un exotisme de pas-de-porte. »

« Mains au creux des fentes pantalonnières, le mégot basculant, l’œil plissé sous la fumée, un pied chassant l’autre, on se tape un gueuleton visuel, gratuit, pour soi seul. »

Les différentes « chroniques », manifestement écrites à différentes dates, sont vaguement regroupées par thèmes ou lieux. L’expression est originale, et vigoureuse. Savoureuse, même si ce n’est pas toujours drôle.
« C’est en son honneur et sur sa demande que j’avais fait le sacrifice d’un paquet de bougies, dont il aimait comme moi la lumière vacillante tellement plus vivante que celle d’une lampe électrique dont la source est anonyme et canalisée, vivante dans ses mouvements de hanches, dans la variation de sa vivacité, une cosmie d’éclats et d’éclipses, vivante parce qu’éphémère, dont la lueur apaisante ne choquait pas les paupières des endormis, les veillait, s’animant à leur souffle. J’en avais enculé trois bouteilles. »

« Rien n’est plus épouvantable que le repêchage en Seine de cadavres qui s’en vont à vau-l’eau couler des jours meilleurs dans un autre univers, gosses maltraités et incompris, filles engrossées et abandonnées, chômeurs inadaptables, follingues obsédés, tous ces types de roman-feuilleton qui ont la vogue des lectures populaires et dont le spectacle cramponne les badauds comme des insectes scatophiles sur des merdes neuves. »

La crasse et la faim, les Arabes et les juifs, les cloches et les mendigots, les chiffonniers et les chômeurs, les vieillards et les putains, les repris de justice et un avaleur de grenouilles, Clébert est avide de s’initier à tous les milieux et corporations, de connaître de façon approfondie tout un réseau de repaires, terriers, planques et caches secrètes, ficelles, tuyaux et combines partagées entre copains.
Le vrai de cette vie, c’est le goût de la liberté, un choix assumé de cette indépendance que lui envient les inconnus qui lui prêtent leur logement pour une matinée :
« Nombre relativement étonnant (qui suffit à remplir la longueur d’un calendrier) des types ayant encore le sens de l’hospitalité et du dépannage gratuit. »

Sans paraître politisé, Clébert n’aime pas les personnes aisées qui méprisent les nécessiteux, guère les religieux (mais son point de vue sur eux est intéressant) et nettement moins encore les touristes et la fausse bohème ; il fait preuve de passéisme (regret des vieilles rues et du bon temps qui disparaissent) :
« La lumière bouffe tout. La nuit dans la ville se réduit à une poignée d’heures. »

Saisissante évocation également, celle des indigents qui meurent seuls : tout le passage mériterait d’être cité.
« On imagine assez peu le nombre de ces êtres humains, à bout de ressources et de souffle, qui s’éteignent en cachette, se terrent dans leur trou pour se voir mourir. »

Le « Paris Vécu », les marches nocturnes, le peuple quand ce terme n’était pas encore trop entaché de connotations – une page devenue légendaire.
Une belle découverte que celle de ce livre, due à maître ArenSor, que j'en remercie !

\Mots-clés : #lieu #misere #social #temoignage #urbanité #xxesiecle
par Tristram
le Mer 19 Mai - 0:27
 
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Sujet: Jean-Paul Clébert
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Andrzej Stasiuk

Dukla

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Le livre comprend un récit en trois parties qui en tient les quatre-cinquièmes, dix-huit autres beaucoup plus brefs le suivant.
Pogorze, milieu de l’été
Ce titre précise le lieu et l’époque où commence un voyage en voiture jusque Dukla, petite ville du sud-est polonais où le narrateur/ Andrzej Stasiuk a beaucoup de souvenirs remontant sur vingt ans. Stasiuk est particulièrement attentif à la lumière (mais aussi aux odeurs) :
« Voilà pourquoi dans ce récit il n’y aura pas d’intrigue ; rien ne doit interférer quand on va vers le néant et que l’on constate que le monde n’est que brouillage du libre flux de la lumière. »

« On peut comparer chacun des voyages à une plaque photographique transparente ; en les superposant, on obtiendra une image stéréoscopique, mais celle-ci ne gagnera ni en netteté ni en profondeur. Nous ne savons pas décrire la lumière, ne nous reste qu’à l’imaginer. »

« Il me semble depuis longtemps que la seule chose qui vaille la peine d’être décrite est la lumière, ses changements et sa constance. Les faits m’intéressent moins. Je les oublie. Ils s’enchaînent arbitrairement. Les maillons cassent d’un rien, se recomposent sans raison avant de rompre à nouveau au moindre prétexte. »

La seconde partie est au départ de Jasło, toujours en été, et commence semblablement (avec une note rimbaldienne je trouve) :
« J’ai toujours voulu écrire un livre sur la lumière. Il me semble que rien ne rappelle autant l’éternité. »

Pour donner le ton :
« Le Magnum Disco-Night Club était vide. Cette rotonde en verre ajouré était comme le reste. Le seul témoignage d’une activité passée était l’enseigne, mais qui sait si, même avant, il se passait quelque chose ici. Peut-être que c’était justement en train de devenir quelque chose. Elle aurait pu être aussi bien en démolition qu’en travaux. Cette bulle de savon avait poussé au milieu du fer et du béton. Une pichenette aurait suffi pour que le vide se réapproprie cet espace. Je tentai de me représenter une soirée sous cette frêle cloche avec le tremblement maladif des lampes stroboscopiques et le martèlement des trains derrière. J’obtins d’abord un terrarium, puis une danse de squelettes. »

« Le monde est plein de détails à partir desquels naissent des histoires. »

La troisième partie relate une fête populaire religieuse.
L’ensemble forme une longue introspection dans la mémoire, la vacuité des dimanches, un amour d’adolescence, le gisant d’Amalia fille de Brühl, images qui témoignent d’une Pologne rurale assez grise et pauvre, de tristes vestiges du passé.
« Au crépuscule, l’espace n’existe plus, il ne reste que le temps. »

« Finalement, les événements se distinguent à peine du temps dans lequel ils durent. Même si on sait d’où ils viennent, on ne sait pas où ils s’en vont. Il faut sans cesse en fabriquer de nouveaux. »

Les petits textes suivants abordent des instants, des évènements, souvent de la nature ; ils révèlent eux aussi le sens de l’observation, la grande attention au monde de Stasiuk.
Voici une curieuse variation sur les « parolles gelées » de Rabelais :
« On entendait des chiens. Leurs aboiements venaient du sud, mais là-bas il n’y avait pas de village, des mirages sonores dérivaient entre des pans d’air gelés. Qui sait d’ailleurs s’ils n’avaient pas été conservés par ce concentré d’espace depuis l’hiver dernier, et qui peut dire si notre conversation menée à voix basse n’allait pas l’être aussi, et si quelqu’un dans un an ou des années ne l’entendra pas. »

Stasiuk est doué pour les métaphores ; une petite en passant, pour l’expressif de la chose :
« Les essuie-glaces grattaient le pare-brise comme s’ils voulaient rentrer à l’intérieur. »

Comme déjà signalé par Tom Léo, ce livre parle beaucoup du temps qui passe (et aussi de la finitude) ; ce n’est certes pas le seul dans le genre, mais le style est original, et l’émotion masquée.
« L’obscurité et le temps, substances légères et invisibles responsables de la fragilité humaine. L’esprit est une flamme d’allumette exposée au vent. L’âme craint l’obscurité, elle se réfugie dans un corps qui, lui, prend conscience de son existence en touchant sa peau. Il reste alors ce sens, le plus banal, celui qui fait qu’un ver bouge dans la terre, celui grâce auquel on sait faire la différence entre ce qui est vivant et ce qui est mort, c’est à peu près tout. »


\Mots-clés : #autobiographie #lieu
par Tristram
le Mer 12 Mai - 18:22
 
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Andrzej Stasiuk

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Mon bourricot



L’auteur part avec une connaissance Z pour un voyage au Kazakhstan dans sa vieille voiture verte, son bourricot qui vient juste d’être restauré, mais c’est surtout histoire de rouler, rouler, car c’est ce qu’ils aiment.

« Parce qu’il y en a eu, des modifications. C’est désormais rigide, ça tient super dans les virages, bien que la caisse ait été surélevée de sept bons centimè¬tres. Les amortisseurs sont jaunes et les ressorts, turquoise, dommage que les nouveaux pneus tout-terrain les cachent. En tout cas, tout ça prend les virages à merveille et adhère impec. Comment j’ai pu faire tous ces kilomètres avec les suspen¬¬¬sions d’origine et y survivre – mystère. Douze ans et près de trois cent mille bornes. J’avais dépassé la quarantaine quand je l’ai acheté. Maintenant, j’ai d鬬passé la cinquantaine, et il tient toujours. J’ai dû changer un ou deux trucs, un cardan, un croisillon, mais à part ça, je me suis contenté de faire la vidange, de changer les ampoules et les pneus. Trois cent mille. Le Monténégro, les Balkans, l’Albanie en hiver, l’Albanie en été. La Pologne, tous les jours que Dieu fait, parce que l’essence était relativement bon marché à l’époque. Plus tard, pour l’usage quotidien et les longs trajets, j’ai dû prendre un diesel plus rapide et à l’appétit mesuré. Mais j’ai gardé mon bourricot vert, car comment se débarrasser d’une brave bête mécanique qui ne vous a jamais déçu ? Impossible. »

L’auteur passe en revue toutes les voitures ayant appartenu à la famille et les voitures qui circulaient à l’époque de sa jeunesse dans les pays de l’Est (UAZ polskiFiat, Volga GAZ 24, Fiat 126P, IFA F8, P70RDA, wars-zawa M-20, taitouandi, honda stepwagon, GAZ269,GAZ251,lublin51,lada2101 etc….

La longue route est propice aux digressions, aux réflexions philosophiques, aux interrogations sur les relations entre hommes et pays.
Egalement les relations entre les pays de l'ex URSS, qu'étaient-ils, que sont-ils.
L’auteur se souvient de ses précédents voyages ; des hommes qui ont marqué ce pays, de son enfance sous le communisme.

Passé, présent et avenir quand un personnage rencontré espère encore en un avenir apaisé, réalisable et qu’il entonne « l’internationale ».

Tout au long du trajet c’est l’immensité qui s’impose et une route sans fin ?

Et comment ne pas mentionner le splendide mausolée de Khoja Ahmed Yasavi ?

Faut éviter de « négocier » le passage avec la police, surtout quand une video montre votre incorrection vis-à-vis du président dudit pays,  même si la personnalité ne s’affiche que sur un panneau publicitaire :

« — J’ai TV Polonia par satellite, a-t-il répondu tranquillement.
— Et alors ?
— Votre président y est passé hier.
— Et le vôtre, il passe pas à la télé ?
— Si, bien sûr. Mais le vôtre avait l’air apeuré, il ne présente pas bien. Le nôtre est mieux. Il n’a peur de rien.
— Mouais… Il a pas peur des Russes…, ai-je lâché avec dédain.
— Il a du gaz. Il a du pétrole. Il n’a pas peur, a-t-il dit en bâillant, je crois. Le monde démocratique ne tolérera aucune foucade.
— Et s’ils vous envahissent ?
— Ils le feront pas. Ça ne vaut pas le coup. Ils préfèrent faire du commerce. Ils ont fait une incursion en Ukraine. Politiquement, ça leur suffit pour des années. Les Russes sont malins.
— Vous êtes vernis avec ce gaz, ai-je dit tout bas.
— Comme vous avec votre liberté, a-t-il rétorqué avec ironie. Vous pouvez nous l’envoyer par gazoduc à travers la mer Caspienne. »


Extraits :

« L’Asie me plaisait bien. J’étais censé être un Européen, mais elle me plaisait. Elle avait de l’envergure. Cette espèce d’infini qui manquait à l’Europe perdue dans ses bavardages et ses digressions. Sur le siège éculé de mon bourricot, je pouvais m’imaginer que j’allais finir par arriver au bout du monde. Que ses Goodride et leur chape massive allaient fouler le monde entier comme la cavalerie de Tamerlan. Je pouvais fantasmer. En Europe, ç’aurait été impensable. D’ailleurs en Europe, il ne reste plus beaucoup de choses à penser, parce que la plupart ont déjà été pensées et, qui pis est, réalisées. Voilà pourquoi je flânais au frais en pensant au Boiteux qui élevait des collines de crânes et érigeait aux poètes des mausolées beaux comme des monstres chtoniens. Voilà pourquoi j’avais déjà consommé près de cinq cents litres d’essence. Et que j’étais prêt à en consom-mer encore pour atteindre les confins des terres.
Que voulez-vous, dans les constructions monumentales, on a des pensées monumentales. »

« Donc, on peut ne pas adorer ce pays, si on garde en mémoire plus d’un siècle d’asservissement, la Sibérie et la forteresse de Chlisselbourg, ainsi que le fait qu’il a réduit à néant les plans polonais d’empire colonial s’étendant de la Baltique à la mer Noire. On peut ne pas l’aimer pour Catherine, pour l’un et l’autre Nicolas, les deux Alexandre, pour Paskevitch et Mouraviev la Potence, pour Lénine, Staline et Brejnev, et même pour tout, mais il y a une chose pour laquelle il faut apprécier ce pays : l’essence coûte environ deux zlotys cinquante le litre13. Et nulle mémoire ni politique historique n’y changeront rien. Ni la droite, ni la gauche ni le centre ne sauteront au plafond. On arrive à la pompe et on se sert. Et quand c’est plein, on a envie d’en déverser encore cinq ou dix litres dans les environs. Pour qu’elle s’infiltre dans la steppe. Pour arroser la sainte terre de Russie. Ou bien pour compléter le plein d’une vieille Lada ou d’une Zaporojets. C’est comme ça, là-bas. On regarde les chiffres défiler et on a l’impression de gagner de l’argent. Et le super 86 revenait pratiquement à deux zlotys le litre. »

« Les Russes étaient de nouveau en guerre. Comme d’habitude, ils ne tenaient pas en place. Ils ne pouvaient pas se contenter du tracé de leurs frontières. Il faut dire qu’elles étaient bizarres. Floues. En fait, on ne pouvait pas s’empêcher d’avoir l’impression qu’elles glissaient et s’étendaient depuis sept cents ans. La petite tache sur la carte qu’était la principauté de Moscou est devenue grande comme une affiche. Comme si quelque chose s’était renversé et avait atteint le bord du continent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Personne n’a rien vu ni poussé les hauts cris. Mais qui aurait dû le faire ? Les Khantys et les Mansis ? Les Nenets et les Sépulcides ? Les Télenguites, les Téléoutes, les Tolofars, les Toubalars et les Touvains ? Ils ont peut-être crié, mais on ne les a pas entendus. Et là, maintenant, des voix s’élèvent à propos de la Crimée. Avant, personne ne disait rien. L’Afghanistan ? C’était l’œuvre des communistes, voyons, or il n’y en a plus, des communistes, par conséquent le règne des Lumières, le postmodernisme, les pistes cyclables, les droits des animaux et des minorités étaient censés prendre la place de la locomotive à vapeur de l’histoire dont on annonçait la fin. Mais de nouveau, ça n’a rien donné. Comme la fin du communisme, que personne en Occident n’avait prévue. Parce que personne n’en voulait. Parce qu’en fin de compte, quoi, c’était mal ? La démocratie est ce qu’elle est, mais les Russes tenaient la bride courte à la moitié du monde, l’administration gardait les passeports et la populace de l’Est ne polluait pas la civilisation occidentale, ne dormait pas dans les parkings, ne lavait pas les pare-brise aux carrefours, ne pêchait pas les carpes dans les parcs publics et n’attrapait pas les cygnes en guise de volaille. Nous avons déjà nos Noirs et nos basanés. Qu’est-ce qu’on va foutre avec des Asiatiques de Pologne ou de Tchécoslovaquie ? Avec des envahisseurs venus de la “zone de population mêlée” qu’on appelle dans mon pays “l’entre-deux-mers” et qui s’étend de la Baltique à la mer Noire ? Et donc, ils n’avaient rien prévu, parce qu’ils ne le voulaient pas. Mais moi, je n’ai jamais fait confiance à l’Occident, c’est pourquoi on approchait de Voronej. »

« Il me regarde dans les yeux avec compassion et dit :
— Je te comprends. On vous l’a dit et répété depuis Catherine, et vous, rien, vous n’avez que la liberté à la bouche. Quelle liberté pouvez-vous avoir entre nous et l’Allemagne ? Dis-le-moi. Ce n’est pas la liberté, c’est une malchance. Oui. »


« Alors qu’on roulait à cent, eux, ils fonçaient à cent trente. Ils tanguaient sur les dos d’âne. C’étaient surtout des V8 à essence. À cette vitesse, ils devaient bouffer au moins quinze litres aux cent. Plus tard, dans les villes, je voyais descendre les propriétaires. Bedonnants, sûrs d’eux, le visage de marbre. Ils devaient avoir la même apparence il y a des centaines d’années quand ils pénétraient dans les villes conquises et regardaient les prisonniers entravés. Parce que le monde entier était un butin et la vie, une occasion à saisir. D’ailleurs, nous faisons tous la même chose, sauf qu’en Europe, nous avons appris à faire comme si ce n’était pas le cas. Nous avons abandonné le mépris ostentatoire au profit de la poudre aux yeux égalitaire. Prétendant que ceux qui sont pauvres et faibles valent autant que ceux qui sont riches et puissants. Mon œil. Là, c’était clair. »

*******

Un petit livre qui m'a plu, j'aime l'écriture quelque peu désinvolte de Stasiuk, mais ne pas si tromper il garde bien ouverts ses sens et son esprit critique envers les autres comme lui-même.

L'intérêt des voitures et de la route est assez sympa.


Mots-clés : #autobiographie #lieu #voyage
par Bédoulène
le Lun 10 Mai - 11:42
 
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Sujet: Andrzej Stasiuk
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Pierre Bergounioux

Miette

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Le narrateur, sculpteur en « ferrailles » comme l’auteur, a repris la propriété d’une famille paysanne du plateau limousin (quasiment de nos jours), qu’il nous présente au travers de ses membres, Baptiste l’opiniâtre, massif et impétueux maître-esclave de la terre, négociant voyageur et paysan planteur d’arbres, sa femme Jeanne, la douce institutrice sans dot « que la possession ne possédait pas » et que sa belle-famille déteste, les trois autres membres de la fratrie, Adrien le benjamin, Octavie la chipie à « l’air d’ajonc » et Lucie, enfin Miette (diminutif de Marie) la parcimonieuse, la mère si présente bien qu’il l’eut à peine croisée.
Au travers des photos de famille et des suppositions avouées par le « je » qui narre, mais aussi ses rencontres avec les survivants, se reconstitue le destin de chacun, « jouet de la nécessité sans faille du temps immobile et des lieux clos. »
Ce que Pierre Bergounioux relate, ce sont les règles de la vie dans cette région âpre, où le granit semble être aussi trait de caractère : l’abnégation, la dureté, le silence impassible et la maîtrise de soi des individus régis par la primogéniture et le statut de bru (autrement dit d’origine "allogène" dans un mariage de raison), dans le cadre traditionnel de l’usage.
Bergounioux développe une dialectique « du non et du oui », de l’acceptation et du refus de son sort désigné.
Il revient fréquemment sur « les choses, de la terre d’abord et ensuite des outils pour la travailler », « les choses, la maison, les terres », celles que Baptiste s’est fait devoir de perpétuer, celles qui brisèrent Octavie promise à une carrière de mathématicienne en Amérique :
« Elle avait bûché avec l’énergie qui apparentait l’effort, la peine, le vouloir à des propriétés matérielles, ce qu’à la limite ils étaient en un lieu qui ne souffrait la présence humaine qu’asservie à son despotique vouloir. »

« Ce que je veux dire, c’est que dans le même temps qu’elle se faisait l’interprète du temps d’avant, des choses éternelles, elle devinait la suite, c’est-à-dire la fin des temps, si le temps n’existe pas en soi mais toujours en un lieu qu’il baigne, et que ce lieu allait sortir du temps ou le temps – c’est tout un – le déserter. »

De l’importance d’être « gens du haut » :
« Ça paraît compliqué alors que c’est très simple, d’une évidence tangible : c’est l’endroit. Dès lors qu’on s’établissait à demeure au-dessus du grand pré, face à la chaîne des puys, à sept cents mètres d’altitude, avec le granit sous les pieds, la brande et les bois autour et le silence posé là-dessus comme une chape, on avait tout le reste, l’inflexible volonté qu’ils dictaient aux hommes, l’oppression que, par leur truchement, ils exerçaient sur les femmes, le calcul d’utilités infimes, le non, le oui, le désespoir, l’inutile fidélité. »

On apprend qu’on enrésinait déjà en Douglas dans cette région dès les années 10 ; Baptiste aurait planté un million de résineux, prévoyant, ayant compris qu’au bout de « trois mille ans » leur mode d’existence devait changer.
« Mais quoiqu’on ait fait en prévision de l’éternité d’absence où l’on va entrer, comment ne pas s’attrister, secrètement, de la venue du temps où l’on sera sorti du temps. »

Le narrateur, venu de la plaine, explicite son approche de ces « trois millénaires » incarnés :
« J’ai vu ce qui, de prime abord, avait été pour moi un mystère et le resta longtemps, la filiation profonde, l’identité secrète entre cet homme [Baptiste] né de la terre, pareil à elle, à la lande, aux bois et la grâce farouche, singulière, des filles qu’il avait engendrées après que, femmes, elles l’eurent porté.
Ce qui serait bien, c’est que nos jours, d’eux-mêmes, se rangent derrière nous, s’assagissent, s’estompent ainsi qu’un paysage traversé. On serait à l’heure toujours neuve qu’il est. On vivrait indéfiniment. Mais ce n’est pas pour ça que nous sommes faits. La preuve, c’est que l’avancée se complique des heures, des jours en nombre croissant qui nous restent présents, pesants, mémorables à proportion de ce qu’ils nous ont enlevé. Ils doivent finir, j’imagine, par nous accaparer. Quand cela se produit, qu’on est devenu tout entier du passé, notre terme est venu. On va s’en aller. »

Le récit s’achève comme cette génération disparaît.
Il m’a semblé que les circonlocutions de la langue châtiée de Bergounioux le distanciaient un peu de ses considérations sur la parentèle, en contrepoint de ce témoignage à la valeur ethnographique sans en avoir le ton.
Je ne suis pas le seul à avoir pointé cette curieuse convergence thématique contemporaine que certaines œuvres de Bergounioux partagent avec d’autres de Michon, Millet, Marie-Hélène Lafon, Jourde, qui gravite autour des petites gens dans un proche passé du centre de la France – notre centre de gravité national ?
Sinon, Quasimodo, tu peux te lancer sans crainte dans ce livre : m’étonnerait qu’il te déçoive !

\Mots-clés : #famille #fratrie #lieu #relationdecouple #relationenfantparent #ruralité #temoignage #traditions #xxesiecle
par Tristram
le Lun 26 Avr - 12:45
 
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Sujet: Pierre Bergounioux
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Rick Bass

Le Livre de Yaak – Chronique du Montana

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Dans le prolongement de Winter qui rapporte son installation dans la vallée de Yaak, Rick Bass se consacre à la défense de cette dernière au moyen de plusieurs textes maladroitement regroupés, ce qui expose le lecteur à pire que la répétition, au rabâchage… mais fort heureusement l’auteur sait de quelques phrases rendre un aperçu de la forêt comme de ses pensées, ce qui fait de ce recueil un témoignage en plus d’un combat écologique : après tout, nous sommes peu nombreux à pouvoir approcher la nature encore intacte, à vivre son influence.
Tout y est cycles :
« Et l’hiver devient un pouls, un spasme du cœur qui comprime le sang dans les veines d’un être vivant, et l’on perçoit l’attente du reflux, de cet instant, entre deux battements, où le sang remonte dans les chambres du cœur pour un bref repos – six mois – avant d’être comprimé de nouveau : les cerfs affluent dans la montagne, puis ils redescendent les pentes, ils se recentrent et se déploient tour à tour, et c’est aussi ce que fait l’art, et la respiration. »

« Au lieu de cela, j’observe la nature qui rassemble les éléments disséminés et le chaos issus de cette désintégration pour les incorporer à nouveau à la vie. À l’image de l’art, qui crée de l’ordre à partir du chaos, harmonise des éléments disparates, remet sur le métier des fils effilochés. »

« Ce qui est plus stupéfiant encore, c’est que ces trois troncs, dont chacun est gros comme un torse humain, s’entrelacent à mesure qu’ils s’élèvent vers la frondaison. Leur spirale évoque moins un grand tronc d’arbre qu’un sarment de vigne ou une hélice d’ADN, un tire-bouchon ou un serpent autour d’un bâton.
En général, un arbre aussi peu commun ne survit pas au chaos de la forêt – ce que nous appelons chaos, mais où s’exprime seulement la mutation incessante d’un ordre et d’une implacable complexité, d’une implacable grâce. »

Publiés en 1996, je me demande si ces textes sont toujours à jour d’un point de vue scientifique, notamment au sujet des incendies de forêt ; les progrès en connaissance du milieu naturel vont vite, mais moins que ses transformations effrénées – c’est d’ailleurs ce qui ressort de l’épilogue daté de 2007.

\Mots-clés : #essai #lieu #nature
par Tristram
le Lun 19 Avr - 13:37
 
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Sujet: Rick Bass
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Léon-Paul Fargue

Le Piéton de Paris

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Petit complément à la présentation d’ArenSor.
Paru en 1939, ce livre évoque pour partie un Paris qui appartenait déjà au passé, et des quartiers qu’on regrette de ne pas mieux connaître afin de suivre leur parcours ; cette mémoration reste cependant pleine de charme.
Une sorte d’avant-propos, Par ailleurs, forme un beau texte présentant ce compte-rendu d’innombrables promenades dans les rues parisiennes, où Léon-Paul Fargue expose sa (non-)méthode, si ce n’est une attitude d’écoute sensible :
« Qu’on veuille bien m’excuser de risquer ici quelques semble-paradoxes auxquels je tiens comme à la racine de mes yeux. Je ne me fie pas trop à l’inspiration. Je ne me vois pas, tâtonnant parmi les armoires et les chauves-souris de ma chambre, à la recherche de cette vapeur tiède qui, paraît-il, fait soudain sourdre en vous des sources cachées d’où jaillit le vin nouveau. L’inspiration, dans le royaume obscur de la pensée, c’est peut-être quelque chose comme un jour de grand marché dans le canton. Il y a réjouissance en quelque endroit de la matière grise ; des velléités s’ébranlent, pareilles à des carrioles de maraîchers ; on entend galoper les lourdes carnes des idées ; les archers et les hussards de l’imagination chargent le papier net. Et voici que ce papier se couvrirait, comme par opération magique, et comme si, à de certaines heures, nous sentions, sur cette plage qui va d’une tempe à l’autre, le crépitement d’une mitrailleuse à écrire ? L’inspiration, en art, me fait l’effet d’un paroxysme de facilité. Et je lui préférerais encore l’intention, autre microbe, mais plus curieux. »

« Sans doute, il y a une première prise de contact. Des matières, des images sûres, des odeurs irréfutables, des clartés péremptoires viennent à ma rencontre. J’en écris, soit. C’est un premier jet. J’installe ces couleurs de préface sur un large écran. Je tisse une toile. Le stade second consiste à percevoir plus loin, à m’arrêter devant le même spectacle, à me taire plus avant, à respirer plus profond devant la même émotion. »

Le « ghetto parisien » :
« Des détritus croupissent dans les ruisseaux, mêlés aux enfants chétifs, aux chats eczémateux. Une odeur de beignets, de cuisses chaudes, de poireaux traîne à la hauteur des rez-de-chaussée. Des silhouettes ornées de tresses traversent les rues étroites et vont s’approvisionner en sirops ou en chaussons de moujik dans les librairies-restaurants. »

Les bistrots et cafés tiennent une large place, notamment les établissements recevant les noctambules.
« La chromo, en allemand le kitch, existe dans le domaine des cabarets de nuit. Restaurants bizarres, généralement slaves, qui sont à la fête nocturne ce que la quincaillerie catholico-lugubre de la place Saint-Sulpice est à l’art. Nous n’aimons pas beaucoup ça. Entr’ouvrons pourtant ensemble ce velours décoré, ces tonnes de soie parfumée qui tiennent lieu de portes dans deux de ces bars : Shéhérazade et Casanova, aux noms qui troublent l’éternel calicot. »

Fargue fait référence à nombre de personnes dont le nom, lorsqu’il le donne, a été oublié depuis.
« Je le trouvais généralement nu, déambulant dans sa chambre et s’arrêtant soudain pour crayonner les murs, comme faisait Scribe quand il avait besoin de répliques vraies. Mais le Portugais n’improvisait aucune scène : il était à la recherche d’un art nouveau qui devait, dans son esprit, réunir les avantages de la peinture, de la littérature et du papier peint. »

Il n’y a pas que la bohème et les artistes de Montmartre :
« Montparnasse est un des endroits du monde où il est le plus facile de vivre sans rien faire, et parfois même de gagner de l’argent. Il y suffit, la plupart du temps, de porter un pull-over voyant, de fumer une pipe un peu compliquée, et de danser en croquenots à clous. En revanche, le moindre talent se trouve plutôt gênant : il est même le seul moyen de crever carrément de faim. »

« Le véritable état-major de Montparnasse se composait de Moréas, de Whistler, de Jarry, de Cremnitz, de Derain, de Picasso, de Salmon, de Max Jacob, haut patronage de morts et de vivants qui donne encore le ton aux débutants dans l’art d’avoir du génie. »

Des quais de Seine aux grands hôtels, on visite l’Histoire et des histoires que souvent j'ignorais.
L’expression de la langue est heureuse, vraisemblablement fort travaillée, avec recours à des expressions et mots rares ou qui ne s’entendent plus.
À rapprocher bien sûr de Le Vin des rues, de Robert Giraud, voir ICI, et d’Antoine Blondin, voir .
Facile de regretter de ne pas avoir connu les lieux à l’époque, ainsi que les contemporains qui figurent dans ce livre…

\Mots-clés : #lieu #urbanité #xxesiecle
par Tristram
le Dim 18 Avr - 0:23
 
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Sujet: Léon-Paul Fargue
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Fabienne Verdier

@Bédoulène a écrit:merci ! mais Bix tu vas commenter quel livre ?


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Dix années passées en Chine dans les années 80, juste après l'horrible révolution culturelle, malgré les menaces, les différences, les maladresses, elle est allée non sans mal au delà de ce qu'elle voyait, entendait, vivait.

Surtout, elle a travaillé avec des vieux maitres, calligraphes, artistes divers. Grace à sa patience extrême,son attention, son respect, elle leur a redonné vie. Mis en confiance, ils lui ont donné un enseignement sans prix.
Et leur amitié. Quel bonheur que sa relation avec maitre Huang.

Découragée parfois, elle a tenu bon, a tout sacrifié y compris l'amour pendant près de 10 années.
Un exploit qui lui a permis de devenir à son tour une artiste complète, originale et reconnue.
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Mots-clés : #autobiographie #creationartistique #lieu
par bix_229
le Dim 4 Avr - 18:59
 
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Bankim Chandra Chatterji

Le Monastère de la Félicité

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Si les luttes et les séditions qui ont eu lieu en Inde à la fin du dix-huitième siècle ont permis aux anglais de prendre le pays sous son contrôle (puis d'en faire une colonie), Le Monastère de la Félicité, qui se déroule pendant ces événements, ne tente pas véritablement de leur donner un éclairage historique. Bankim a convenu lui-même qu'il fallait ajouter "quelques informations sur la révolte de sannyasins", et l'introduction donnée dans cette édition est plus propre à nous renseigner que le roman lui-même. Récit d'aventures ? Les péripéties se concentrent surtout à un point du roman, lorsque la bataille de 1770 fait rage. On comprend toutefois que l'enjeu concerne davantage l'équilibre du monde, mis en déroute à cause d'un dérèglement moral (il semble que celui de la nature soit entraîné avec, par quelques descriptions, non seulement celui de la société).

Mais peut-être que l'on cause beaucoup trop dans ce roman pour que les descriptions et l'action aient une place considérable dans son économie. Et ces personnages, de quoi parlent-ils ? De la vertu, de la pureté, qui consiste pour ces disciples du vishnouisme à renoncer à tout et surtout à soi : ne plus jamais voir sa femme ou ses enfants pour mieux vaincre l'ennemi, proscrire la jouissance des sens sous peine d'avoir à se suicider. On ne discute pas les préceptes du vishnouisme mais on l'explique un peu (ce dont le lecteur ignorant pourra profiter), l'objet des débats est toujours le même, passant simplement d'un personnage à l'autre, à savoir celui de la réussite ou de l'échec de ce sacerdoce. Tout cela m'aurait beaucoup intéressé si les dialogues et la psychologie des personnages n'avaient pas été si pauvres, avec si peu de variantes ou de réflexions. Tout est planifié, et d'ailleurs lorsqu'ils ne parlent pas de vertu les personnages parlent du plan à accomplir dans le récit, ce qui, je le découvre, a le don de m'agacer.

Bankim Chandra Chatterji a écrit:― Je ne comprends pas. Pourquoi les Fils sont-ils vishnouites ? Le premier devoir d'un vishnouites n'est-il pas la non-violence ?
― Tu parles des disciples de Chaitanya [....] Je t'explique ce que nos ancêtres depuis quatorze générations ont compris. Dieu est pourvu de trois qualités, tu le sais ?
― Oui sattva, rajas, et tamas, n'est-ce-pas ?
― Bien. Il y a trois façon d'adorer Dieu selon ces trois qualités. De la qualité de sattva naissent Sa compassion et Sa bonté. Son culte se fait au moyen de la dévotion. C'est ce que fait la secte de Chaitanya. De la qualité de rajas naît Sa puissance. Son culte se fait par la mise à mort des ennemis des dieux. C'est ce que nous faisons. Et par la qualité de tamas le Seigneur prend un corps physique. Il revêt selon Son désir une forme à quatre bras, par exemple. Selon cette qualité, le culte se fait par l'offrande de santal et de guirlandes de fleurs. C'est ce que font les gens ordinaires.



Mots-clés : #colonisation #lieu #religion
par Dreep
le Jeu 11 Mar - 11:03
 
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Sujet: Bankim Chandra Chatterji
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Charles De Coster

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Légendes flamandes

Avec le quatrième de couverture ça reste mystérieux :

Au regard de l’histoire littéraire, Charles De Coster est l’homme d’une seule œuvre : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, considérée comme le texte fondateur des lettres belges. Mais de toute la production de Charles De Coster, il faut assurément détacher les Légendes flamandes.

Ces légendes nous content la création de la confrérie des courageuses femmes-archers d’Uccle, qui combattent l’ennemi pendant que leurs maris dorment (Les Frères de la Bonne Trogne), la fondation miraculeuse de l’église d’Haeckendover par trois pucelles (Blanche, Claire et Candide), la vengeance de la courageuse Magtelt contre le beau et cruel Halewyn, que le sang des vierges régénère (Sire Halewyn), le pacte avec le diable d’un forgeron ruiné et ses ruses pour déjouer ses émissaires (Smetse Smee).

Ces quatre contes sont le laboratoire des techniques littéraires qui feront de l’Ulenspiegel une œuvre unique.

espacenord.com


A la lecture dépaysement et déroutement. On sent le bon temps de la légende, le fantastique de la légende mais en prenant le chemin d'un humour et de ressorts ouvertement "populaires"... ou simples. On boit bien, on est un peu filous, les femmes ronchonnes... Et le texte joue la forme du vieillot. Oncques ne relèvera pourtant de trucs incompréhensibles. Ca se lit très bien avec une évidente curiosité, de la gourmandise même (avec ou sans bruinbier). Les chapitres, avec leurs introductions à l'ancienne sont courts et rythme le récit, les personnages sont de chatoyantes images de fables. Drôlerie, cruauté, justice, piété, tous les ingrédients sont là.

Ce qui fait qu'on se prend au jeu aussi, au fil des pages, c'est la poésie un rien archaïque qui nous baigne. Ce qui sans en avoir tant l'air, différencie le texte de "l'ancien authentique". Les touches qui discrètement mais naturellement place la femme en bonne place. Les appels à l'histoire (occupation et répression espagnole) aussi pour dessiner une force à ces bons caractères bonhommes.

Un drôle de mélange donc. Pas du régionalisme, du conte oui, de la poésie aussi, une recherche, de la diversité. Les joies du narration fluide et riche en images...

Énigmatique ce pays voisin !

Mots-clés : #contemythe #lieu #moyenage #xixesiecle
par animal
le Mer 27 Jan - 20:32
 
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Sujet: Charles De Coster
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Ricardo Romero

Je suis l’hiver

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Originale : Espagnol/Argentine, 2017

CONTENU :
asphakte - éditeur a écrit:Jeune diplômé de l'école de police, Pampa Asiain est muté dans le village de Monge, à des centaines de kilomètres de Buenos Aires. Là-bas, il n'y a rien – une route, un bar, une quincaillerie, des maisons abandonnées – et il ne se passe rien, du moins en apparence. Jusqu'à ce soir d'hiver où un appel téléphonique l'envoie sur la rive d'un lac. Pampa y trouve le corps d'une jeune fille pendue aux branches d'un arbre. Contre toute attente, il décide de ne parler à personne de sa découverte, et c'est d'une manière peu orthodoxe qu'il va se mesurer aux secrets de cette petite communauté…

Entre Fargo et Twin Peaks, Ricardo Romero nous emmène dans un territoire au plus profond de l'Amérique où nos tragédies se font insignifiantes devant l'immensité de la nature. Fort de son atmosphère onirique et poétique, Je suis l'hiver hantera longtemps le lecteur avec ses décors enneigés et ses personnages seuls, profondément humains.


REMARQUES :
Cinq chapitres de taille différente (le dernier juste trois pages), titrés avec les prénoms des personnages qui y jouent un rôle important. Et à l’intérieur des premiers quatre chapitres une perspective sur le présent qui avance, et un retour en arrière dans le passé de(s) personnes y jouant un rôle. Ces retours expliqueront le devenir de ces personnes.
Pampa Asiain a terminé l’école de police il y a deux ans, et est arrivé ici à Monge, à 450 km env de Buenos Aires, loin de tout. Il a 22 ans, ses parents sont morts. Il est difficile de « lire » en lui, mais il y a quelque chose de sombre, de taciturne, aussi d’infiniment patient. Tout au contraire de son collègue Parra qui parle et parle… Après un appel se plaignant de pêcheurs nocturnes au lac voisin, Pampa y va, et – lorsqu’il est en train d’y nager nu – découvre un cadavre pendant dans un arbre. Il se rappellera : c’est bien la fille du quincaillier, Gretel Castellanos ! Au ieu d’appeler du renfort, il décide de procéder à sa façon : il avait distingué une scène arrangé, l’appel invitant à découvrir le cadavre… Donc, quelqu’un viendra si après des jours on n’a pas réagi. Et il prendra son poste, la nuit, surveillera le lieu sans changer rien. Et une voiture arrive…

Pampa, Gretel et… les autres, ont quelque chose de lourd, de sombre, voir de désespéré. Et alors aussi provoquent une certaine empathie chez le lecteur. Sont-ils aussi en quelque sorte victimes ayant connu de leur part des actes de violence, d’incompréhension ?

Le paysage est marqué par la pampa : comment avoir choisi le prénom d’Asiain et le paysage le même? Peut-être parce que c’est le vide ! Et, en ce début d’hiver, la neige tombe, il fait froid. La couverture française est par ailleurs dans ce sens-là jolie.

Est-ce bien un policier ? Oui et non. L’intrigue avance à un autre rythme, et le livre n’est pas un page-turner. J’avais pendant un temps pensé de ne pas lire un roman au réalisme magique. Et c’est vrai. Mais on y trouve des éléments de rêve, une lenteur cauchemardesque, un calme imposante - un roman noir?!

Pas habituel pour mes habitudes de lecteurs, et probablement pas pour tous ici !


Mots-clés : #lieu #thriller
par tom léo
le Sam 23 Jan - 16:09
 
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Sujet: Ricardo Romero
Réponses: 4
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