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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mar 11 Mai - 18:52

134 résultats trouvés pour lieu

Andrzej Stasiuk

Tag lieu sur Des Choses à lire 41qjj710

Mon bourricot



L’auteur part avec une connaissance Z pour un voyage au Kazakhstan dans sa vieille voiture verte, son bourricot qui vient juste d’être restauré, mais c’est surtout histoire de rouler, rouler, car c’est ce qu’ils aiment.

« Parce qu’il y en a eu, des modifications. C’est désormais rigide, ça tient super dans les virages, bien que la caisse ait été surélevée de sept bons centimè¬tres. Les amortisseurs sont jaunes et les ressorts, turquoise, dommage que les nouveaux pneus tout-terrain les cachent. En tout cas, tout ça prend les virages à merveille et adhère impec. Comment j’ai pu faire tous ces kilomètres avec les suspen¬¬¬sions d’origine et y survivre – mystère. Douze ans et près de trois cent mille bornes. J’avais dépassé la quarantaine quand je l’ai acheté. Maintenant, j’ai d鬬passé la cinquantaine, et il tient toujours. J’ai dû changer un ou deux trucs, un cardan, un croisillon, mais à part ça, je me suis contenté de faire la vidange, de changer les ampoules et les pneus. Trois cent mille. Le Monténégro, les Balkans, l’Albanie en hiver, l’Albanie en été. La Pologne, tous les jours que Dieu fait, parce que l’essence était relativement bon marché à l’époque. Plus tard, pour l’usage quotidien et les longs trajets, j’ai dû prendre un diesel plus rapide et à l’appétit mesuré. Mais j’ai gardé mon bourricot vert, car comment se débarrasser d’une brave bête mécanique qui ne vous a jamais déçu ? Impossible. »

L’auteur passe en revue toutes les voitures ayant appartenu à la famille et les voitures qui circulaient à l’époque de sa jeunesse dans les pays de l’Est (UAZ polskiFiat, Volga GAZ 24, Fiat 126P, IFA F8, P70RDA, wars-zawa M-20, taitouandi, honda stepwagon, GAZ269,GAZ251,lublin51,lada2101 etc….

La longue route est propice aux digressions, aux réflexions philosophiques, aux interrogations sur les relations entre hommes et pays.
Egalement les relations entre les pays de l'ex URSS, qu'étaient-ils, que sont-ils.
L’auteur se souvient de ses précédents voyages ; des hommes qui ont marqué ce pays, de son enfance sous le communisme.

Passé, présent et avenir quand un personnage rencontré espère encore en un avenir apaisé, réalisable et qu’il entonne « l’internationale ».

Tout au long du trajet c’est l’immensité qui s’impose et une route sans fin ?

Et comment ne pas mentionner le splendide mausolée de Khoja Ahmed Yasavi ?

Faut éviter de « négocier » le passage avec la police, surtout quand une video montre votre incorrection vis-à-vis du président dudit pays,  même si la personnalité ne s’affiche que sur un panneau publicitaire :

« — J’ai TV Polonia par satellite, a-t-il répondu tranquillement.
— Et alors ?
— Votre président y est passé hier.
— Et le vôtre, il passe pas à la télé ?
— Si, bien sûr. Mais le vôtre avait l’air apeuré, il ne présente pas bien. Le nôtre est mieux. Il n’a peur de rien.
— Mouais… Il a pas peur des Russes…, ai-je lâché avec dédain.
— Il a du gaz. Il a du pétrole. Il n’a pas peur, a-t-il dit en bâillant, je crois. Le monde démocratique ne tolérera aucune foucade.
— Et s’ils vous envahissent ?
— Ils le feront pas. Ça ne vaut pas le coup. Ils préfèrent faire du commerce. Ils ont fait une incursion en Ukraine. Politiquement, ça leur suffit pour des années. Les Russes sont malins.
— Vous êtes vernis avec ce gaz, ai-je dit tout bas.
— Comme vous avec votre liberté, a-t-il rétorqué avec ironie. Vous pouvez nous l’envoyer par gazoduc à travers la mer Caspienne. »


Extraits :

« L’Asie me plaisait bien. J’étais censé être un Européen, mais elle me plaisait. Elle avait de l’envergure. Cette espèce d’infini qui manquait à l’Europe perdue dans ses bavardages et ses digressions. Sur le siège éculé de mon bourricot, je pouvais m’imaginer que j’allais finir par arriver au bout du monde. Que ses Goodride et leur chape massive allaient fouler le monde entier comme la cavalerie de Tamerlan. Je pouvais fantasmer. En Europe, ç’aurait été impensable. D’ailleurs en Europe, il ne reste plus beaucoup de choses à penser, parce que la plupart ont déjà été pensées et, qui pis est, réalisées. Voilà pourquoi je flânais au frais en pensant au Boiteux qui élevait des collines de crânes et érigeait aux poètes des mausolées beaux comme des monstres chtoniens. Voilà pourquoi j’avais déjà consommé près de cinq cents litres d’essence. Et que j’étais prêt à en consom-mer encore pour atteindre les confins des terres.
Que voulez-vous, dans les constructions monumentales, on a des pensées monumentales. »

« Donc, on peut ne pas adorer ce pays, si on garde en mémoire plus d’un siècle d’asservissement, la Sibérie et la forteresse de Chlisselbourg, ainsi que le fait qu’il a réduit à néant les plans polonais d’empire colonial s’étendant de la Baltique à la mer Noire. On peut ne pas l’aimer pour Catherine, pour l’un et l’autre Nicolas, les deux Alexandre, pour Paskevitch et Mouraviev la Potence, pour Lénine, Staline et Brejnev, et même pour tout, mais il y a une chose pour laquelle il faut apprécier ce pays : l’essence coûte environ deux zlotys cinquante le litre13. Et nulle mémoire ni politique historique n’y changeront rien. Ni la droite, ni la gauche ni le centre ne sauteront au plafond. On arrive à la pompe et on se sert. Et quand c’est plein, on a envie d’en déverser encore cinq ou dix litres dans les environs. Pour qu’elle s’infiltre dans la steppe. Pour arroser la sainte terre de Russie. Ou bien pour compléter le plein d’une vieille Lada ou d’une Zaporojets. C’est comme ça, là-bas. On regarde les chiffres défiler et on a l’impression de gagner de l’argent. Et le super 86 revenait pratiquement à deux zlotys le litre. »

« Les Russes étaient de nouveau en guerre. Comme d’habitude, ils ne tenaient pas en place. Ils ne pouvaient pas se contenter du tracé de leurs frontières. Il faut dire qu’elles étaient bizarres. Floues. En fait, on ne pouvait pas s’empêcher d’avoir l’impression qu’elles glissaient et s’étendaient depuis sept cents ans. La petite tache sur la carte qu’était la principauté de Moscou est devenue grande comme une affiche. Comme si quelque chose s’était renversé et avait atteint le bord du continent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Personne n’a rien vu ni poussé les hauts cris. Mais qui aurait dû le faire ? Les Khantys et les Mansis ? Les Nenets et les Sépulcides ? Les Télenguites, les Téléoutes, les Tolofars, les Toubalars et les Touvains ? Ils ont peut-être crié, mais on ne les a pas entendus. Et là, maintenant, des voix s’élèvent à propos de la Crimée. Avant, personne ne disait rien. L’Afghanistan ? C’était l’œuvre des communistes, voyons, or il n’y en a plus, des communistes, par conséquent le règne des Lumières, le postmodernisme, les pistes cyclables, les droits des animaux et des minorités étaient censés prendre la place de la locomotive à vapeur de l’histoire dont on annonçait la fin. Mais de nouveau, ça n’a rien donné. Comme la fin du communisme, que personne en Occident n’avait prévue. Parce que personne n’en voulait. Parce qu’en fin de compte, quoi, c’était mal ? La démocratie est ce qu’elle est, mais les Russes tenaient la bride courte à la moitié du monde, l’administration gardait les passeports et la populace de l’Est ne polluait pas la civilisation occidentale, ne dormait pas dans les parkings, ne lavait pas les pare-brise aux carrefours, ne pêchait pas les carpes dans les parcs publics et n’attrapait pas les cygnes en guise de volaille. Nous avons déjà nos Noirs et nos basanés. Qu’est-ce qu’on va foutre avec des Asiatiques de Pologne ou de Tchécoslovaquie ? Avec des envahisseurs venus de la “zone de population mêlée” qu’on appelle dans mon pays “l’entre-deux-mers” et qui s’étend de la Baltique à la mer Noire ? Et donc, ils n’avaient rien prévu, parce qu’ils ne le voulaient pas. Mais moi, je n’ai jamais fait confiance à l’Occident, c’est pourquoi on approchait de Voronej. »

« Il me regarde dans les yeux avec compassion et dit :
— Je te comprends. On vous l’a dit et répété depuis Catherine, et vous, rien, vous n’avez que la liberté à la bouche. Quelle liberté pouvez-vous avoir entre nous et l’Allemagne ? Dis-le-moi. Ce n’est pas la liberté, c’est une malchance. Oui. »


« Alors qu’on roulait à cent, eux, ils fonçaient à cent trente. Ils tanguaient sur les dos d’âne. C’étaient surtout des V8 à essence. À cette vitesse, ils devaient bouffer au moins quinze litres aux cent. Plus tard, dans les villes, je voyais descendre les propriétaires. Bedonnants, sûrs d’eux, le visage de marbre. Ils devaient avoir la même apparence il y a des centaines d’années quand ils pénétraient dans les villes conquises et regardaient les prisonniers entravés. Parce que le monde entier était un butin et la vie, une occasion à saisir. D’ailleurs, nous faisons tous la même chose, sauf qu’en Europe, nous avons appris à faire comme si ce n’était pas le cas. Nous avons abandonné le mépris ostentatoire au profit de la poudre aux yeux égalitaire. Prétendant que ceux qui sont pauvres et faibles valent autant que ceux qui sont riches et puissants. Mon œil. Là, c’était clair. »

*******

Un petit livre qui m'a plu, j'aime l'écriture quelque peu désinvolte de Stasiuk, mais ne pas si tromper il garde bien ouverts ses sens et son esprit critique envers les autres comme lui-même.

L'intérêt des voitures et de la route est assez sympa.


Mots-clés : #autobiographie #lieu #voyage
par Bédoulène
Hier à 11:42
 
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Sujet: Andrzej Stasiuk
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Pierre Bergounioux

Miette

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Le narrateur, sculpteur en « ferrailles » comme l’auteur, a repris la propriété d’une famille paysanne du plateau limousin (quasiment de nos jours), qu’il nous présente au travers de ses membres, Baptiste l’opiniâtre, massif et impétueux maître-esclave de la terre, négociant voyageur et paysan planteur d’arbres, sa femme Jeanne, la douce institutrice sans dot « que la possession ne possédait pas » et que sa belle-famille déteste, les trois autres membres de la fratrie, Adrien le benjamin, Octavie la chipie à « l’air d’ajonc » et Lucie, enfin Miette (diminutif de Marie) la parcimonieuse, la mère si présente bien qu’il l’eut à peine croisée.
Au travers des photos de famille et des suppositions avouées par le « je » qui narre, mais aussi ses rencontres avec les survivants, se reconstitue le destin de chacun, « jouet de la nécessité sans faille du temps immobile et des lieux clos. »
Ce que Pierre Bergounioux relate, ce sont les règles de la vie dans cette région âpre, où le granit semble être aussi trait de caractère : l’abnégation, la dureté, le silence impassible et la maîtrise de soi des individus régis par la primogéniture et le statut de bru (autrement dit d’origine "allogène" dans un mariage de raison), dans le cadre traditionnel de l’usage.
Bergounioux développe une dialectique « du non et du oui », de l’acceptation et du refus de son sort désigné.
Il revient fréquemment sur « les choses, de la terre d’abord et ensuite des outils pour la travailler », « les choses, la maison, les terres », celles que Baptiste s’est fait devoir de perpétuer, celles qui brisèrent Octavie promise à une carrière de mathématicienne en Amérique :
« Elle avait bûché avec l’énergie qui apparentait l’effort, la peine, le vouloir à des propriétés matérielles, ce qu’à la limite ils étaient en un lieu qui ne souffrait la présence humaine qu’asservie à son despotique vouloir. »

« Ce que je veux dire, c’est que dans le même temps qu’elle se faisait l’interprète du temps d’avant, des choses éternelles, elle devinait la suite, c’est-à-dire la fin des temps, si le temps n’existe pas en soi mais toujours en un lieu qu’il baigne, et que ce lieu allait sortir du temps ou le temps – c’est tout un – le déserter. »

De l’importance d’être « gens du haut » :
« Ça paraît compliqué alors que c’est très simple, d’une évidence tangible : c’est l’endroit. Dès lors qu’on s’établissait à demeure au-dessus du grand pré, face à la chaîne des puys, à sept cents mètres d’altitude, avec le granit sous les pieds, la brande et les bois autour et le silence posé là-dessus comme une chape, on avait tout le reste, l’inflexible volonté qu’ils dictaient aux hommes, l’oppression que, par leur truchement, ils exerçaient sur les femmes, le calcul d’utilités infimes, le non, le oui, le désespoir, l’inutile fidélité. »

On apprend qu’on enrésinait déjà en Douglas dans cette région dès les années 10 ; Baptiste aurait planté un million de résineux, prévoyant, ayant compris qu’au bout de « trois mille ans » leur mode d’existence devait changer.
« Mais quoiqu’on ait fait en prévision de l’éternité d’absence où l’on va entrer, comment ne pas s’attrister, secrètement, de la venue du temps où l’on sera sorti du temps. »

Le narrateur, venu de la plaine, explicite son approche de ces « trois millénaires » incarnés :
« J’ai vu ce qui, de prime abord, avait été pour moi un mystère et le resta longtemps, la filiation profonde, l’identité secrète entre cet homme [Baptiste] né de la terre, pareil à elle, à la lande, aux bois et la grâce farouche, singulière, des filles qu’il avait engendrées après que, femmes, elles l’eurent porté.
Ce qui serait bien, c’est que nos jours, d’eux-mêmes, se rangent derrière nous, s’assagissent, s’estompent ainsi qu’un paysage traversé. On serait à l’heure toujours neuve qu’il est. On vivrait indéfiniment. Mais ce n’est pas pour ça que nous sommes faits. La preuve, c’est que l’avancée se complique des heures, des jours en nombre croissant qui nous restent présents, pesants, mémorables à proportion de ce qu’ils nous ont enlevé. Ils doivent finir, j’imagine, par nous accaparer. Quand cela se produit, qu’on est devenu tout entier du passé, notre terme est venu. On va s’en aller. »

Le récit s’achève comme cette génération disparaît.
Il m’a semblé que les circonlocutions de la langue châtiée de Bergounioux le distanciaient un peu de ses considérations sur la parentèle, en contrepoint de ce témoignage à la valeur ethnographique sans en avoir le ton.
Je ne suis pas le seul à avoir pointé cette curieuse convergence thématique contemporaine que certaines œuvres de Bergounioux partagent avec d’autres de Michon, Millet, Marie-Hélène Lafon, Jourde, qui gravite autour des petites gens dans un proche passé du centre de la France – notre centre de gravité national ?
Sinon, Quasimodo, tu peux te lancer sans crainte dans ce livre : m’étonnerait qu’il te déçoive !

\Mots-clés : #famille #fratrie #lieu #relationdecouple #relationenfantparent #ruralité #temoignage #traditions #xxesiecle
par Tristram
le Lun 26 Avr - 12:45
 
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Sujet: Pierre Bergounioux
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Rick Bass

Le Livre de Yaak – Chronique du Montana

Tag lieu sur Des Choses à lire 31akux10

Dans le prolongement de Winter qui rapporte son installation dans la vallée de Yaak, Rick Bass se consacre à la défense de cette dernière au moyen de plusieurs textes maladroitement regroupés, ce qui expose le lecteur à pire que la répétition, au rabâchage… mais fort heureusement l’auteur sait de quelques phrases rendre un aperçu de la forêt comme de ses pensées, ce qui fait de ce recueil un témoignage en plus d’un combat écologique : après tout, nous sommes peu nombreux à pouvoir approcher la nature encore intacte, à vivre son influence.
Tout y est cycles :
« Et l’hiver devient un pouls, un spasme du cœur qui comprime le sang dans les veines d’un être vivant, et l’on perçoit l’attente du reflux, de cet instant, entre deux battements, où le sang remonte dans les chambres du cœur pour un bref repos – six mois – avant d’être comprimé de nouveau : les cerfs affluent dans la montagne, puis ils redescendent les pentes, ils se recentrent et se déploient tour à tour, et c’est aussi ce que fait l’art, et la respiration. »

« Au lieu de cela, j’observe la nature qui rassemble les éléments disséminés et le chaos issus de cette désintégration pour les incorporer à nouveau à la vie. À l’image de l’art, qui crée de l’ordre à partir du chaos, harmonise des éléments disparates, remet sur le métier des fils effilochés. »

« Ce qui est plus stupéfiant encore, c’est que ces trois troncs, dont chacun est gros comme un torse humain, s’entrelacent à mesure qu’ils s’élèvent vers la frondaison. Leur spirale évoque moins un grand tronc d’arbre qu’un sarment de vigne ou une hélice d’ADN, un tire-bouchon ou un serpent autour d’un bâton.
En général, un arbre aussi peu commun ne survit pas au chaos de la forêt – ce que nous appelons chaos, mais où s’exprime seulement la mutation incessante d’un ordre et d’une implacable complexité, d’une implacable grâce. »

Publiés en 1996, je me demande si ces textes sont toujours à jour d’un point de vue scientifique, notamment au sujet des incendies de forêt ; les progrès en connaissance du milieu naturel vont vite, mais moins que ses transformations effrénées – c’est d’ailleurs ce qui ressort de l’épilogue daté de 2007.

\Mots-clés : #essai #lieu #nature
par Tristram
le Lun 19 Avr - 13:37
 
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Sujet: Rick Bass
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Léon-Paul Fargue

Le Piéton de Paris

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Petit complément à la présentation d’ArenSor.
Paru en 1939, ce livre évoque pour partie un Paris qui appartenait déjà au passé, et des quartiers qu’on regrette de ne pas mieux connaître afin de suivre leur parcours ; cette mémoration reste cependant pleine de charme.
Une sorte d’avant-propos, Par ailleurs, forme un beau texte présentant ce compte-rendu d’innombrables promenades dans les rues parisiennes, où Léon-Paul Fargue expose sa (non-)méthode, si ce n’est une attitude d’écoute sensible :
« Qu’on veuille bien m’excuser de risquer ici quelques semble-paradoxes auxquels je tiens comme à la racine de mes yeux. Je ne me fie pas trop à l’inspiration. Je ne me vois pas, tâtonnant parmi les armoires et les chauves-souris de ma chambre, à la recherche de cette vapeur tiède qui, paraît-il, fait soudain sourdre en vous des sources cachées d’où jaillit le vin nouveau. L’inspiration, dans le royaume obscur de la pensée, c’est peut-être quelque chose comme un jour de grand marché dans le canton. Il y a réjouissance en quelque endroit de la matière grise ; des velléités s’ébranlent, pareilles à des carrioles de maraîchers ; on entend galoper les lourdes carnes des idées ; les archers et les hussards de l’imagination chargent le papier net. Et voici que ce papier se couvrirait, comme par opération magique, et comme si, à de certaines heures, nous sentions, sur cette plage qui va d’une tempe à l’autre, le crépitement d’une mitrailleuse à écrire ? L’inspiration, en art, me fait l’effet d’un paroxysme de facilité. Et je lui préférerais encore l’intention, autre microbe, mais plus curieux. »

« Sans doute, il y a une première prise de contact. Des matières, des images sûres, des odeurs irréfutables, des clartés péremptoires viennent à ma rencontre. J’en écris, soit. C’est un premier jet. J’installe ces couleurs de préface sur un large écran. Je tisse une toile. Le stade second consiste à percevoir plus loin, à m’arrêter devant le même spectacle, à me taire plus avant, à respirer plus profond devant la même émotion. »

Le « ghetto parisien » :
« Des détritus croupissent dans les ruisseaux, mêlés aux enfants chétifs, aux chats eczémateux. Une odeur de beignets, de cuisses chaudes, de poireaux traîne à la hauteur des rez-de-chaussée. Des silhouettes ornées de tresses traversent les rues étroites et vont s’approvisionner en sirops ou en chaussons de moujik dans les librairies-restaurants. »

Les bistrots et cafés tiennent une large place, notamment les établissements recevant les noctambules.
« La chromo, en allemand le kitch, existe dans le domaine des cabarets de nuit. Restaurants bizarres, généralement slaves, qui sont à la fête nocturne ce que la quincaillerie catholico-lugubre de la place Saint-Sulpice est à l’art. Nous n’aimons pas beaucoup ça. Entr’ouvrons pourtant ensemble ce velours décoré, ces tonnes de soie parfumée qui tiennent lieu de portes dans deux de ces bars : Shéhérazade et Casanova, aux noms qui troublent l’éternel calicot. »

Fargue fait référence à nombre de personnes dont le nom, lorsqu’il le donne, a été oublié depuis.
« Je le trouvais généralement nu, déambulant dans sa chambre et s’arrêtant soudain pour crayonner les murs, comme faisait Scribe quand il avait besoin de répliques vraies. Mais le Portugais n’improvisait aucune scène : il était à la recherche d’un art nouveau qui devait, dans son esprit, réunir les avantages de la peinture, de la littérature et du papier peint. »

Il n’y a pas que la bohème et les artistes de Montmartre :
« Montparnasse est un des endroits du monde où il est le plus facile de vivre sans rien faire, et parfois même de gagner de l’argent. Il y suffit, la plupart du temps, de porter un pull-over voyant, de fumer une pipe un peu compliquée, et de danser en croquenots à clous. En revanche, le moindre talent se trouve plutôt gênant : il est même le seul moyen de crever carrément de faim. »

« Le véritable état-major de Montparnasse se composait de Moréas, de Whistler, de Jarry, de Cremnitz, de Derain, de Picasso, de Salmon, de Max Jacob, haut patronage de morts et de vivants qui donne encore le ton aux débutants dans l’art d’avoir du génie. »

Des quais de Seine aux grands hôtels, on visite l’Histoire et des histoires que souvent j'ignorais.
L’expression de la langue est heureuse, vraisemblablement fort travaillée, avec recours à des expressions et mots rares ou qui ne s’entendent plus.
À rapprocher bien sûr de Le Vin des rues, de Robert Giraud, voir ICI, et d’Antoine Blondin, voir .
Facile de regretter de ne pas avoir connu les lieux à l’époque, ainsi que les contemporains qui figurent dans ce livre…

\Mots-clés : #lieu #urbanité #xxesiecle
par Tristram
le Dim 18 Avr - 0:23
 
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Sujet: Léon-Paul Fargue
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Fabienne Verdier

@Bédoulène a écrit:merci ! mais Bix tu vas commenter quel livre ?


Tag lieu sur Des Choses à lire Passag10

Dix années passées en Chine dans les années 80, juste après l'horrible révolution culturelle, malgré les menaces, les différences, les maladresses, elle est allée non sans mal au delà de ce qu'elle voyait, entendait, vivait.

Surtout, elle a travaillé avec des vieux maitres, calligraphes, artistes divers. Grace à sa patience extrême,son attention, son respect, elle leur a redonné vie. Mis en confiance, ils lui ont donné un enseignement sans prix.
Et leur amitié. Quel bonheur que sa relation avec maitre Huang.

Découragée parfois, elle a tenu bon, a tout sacrifié y compris l'amour pendant près de 10 années.
Un exploit qui lui a permis de devenir à son tour une artiste complète, originale et reconnue.
Tag lieu sur Des Choses à lire Huang_10


Mots-clés : #autobiographie #creationartistique #lieu
par bix_229
le Dim 4 Avr - 18:59
 
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Sujet: Fabienne Verdier
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Bankim Chandra Chatterji

Le Monastère de la Félicité

Tag lieu sur Des Choses à lire Unnamed

Si les luttes et les séditions qui ont eu lieu en Inde à la fin du dix-huitième siècle ont permis aux anglais de prendre le pays sous son contrôle (puis d'en faire une colonie), Le Monastère de la Félicité, qui se déroule pendant ces événements, ne tente pas véritablement de leur donner un éclairage historique. Bankim a convenu lui-même qu'il fallait ajouter "quelques informations sur la révolte de sannyasins", et l'introduction donnée dans cette édition est plus propre à nous renseigner que le roman lui-même. Récit d'aventures ? Les péripéties se concentrent surtout à un point du roman, lorsque la bataille de 1770 fait rage. On comprend toutefois que l'enjeu concerne davantage l'équilibre du monde, mis en déroute à cause d'un dérèglement moral (il semble que celui de la nature soit entraîné avec, par quelques descriptions, non seulement celui de la société).

Mais peut-être que l'on cause beaucoup trop dans ce roman pour que les descriptions et l'action aient une place considérable dans son économie. Et ces personnages, de quoi parlent-ils ? De la vertu, de la pureté, qui consiste pour ces disciples du vishnouisme à renoncer à tout et surtout à soi : ne plus jamais voir sa femme ou ses enfants pour mieux vaincre l'ennemi, proscrire la jouissance des sens sous peine d'avoir à se suicider. On ne discute pas les préceptes du vishnouisme mais on l'explique un peu (ce dont le lecteur ignorant pourra profiter), l'objet des débats est toujours le même, passant simplement d'un personnage à l'autre, à savoir celui de la réussite ou de l'échec de ce sacerdoce. Tout cela m'aurait beaucoup intéressé si les dialogues et la psychologie des personnages n'avaient pas été si pauvres, avec si peu de variantes ou de réflexions. Tout est planifié, et d'ailleurs lorsqu'ils ne parlent pas de vertu les personnages parlent du plan à accomplir dans le récit, ce qui, je le découvre, a le don de m'agacer.

Bankim Chandra Chatterji a écrit:― Je ne comprends pas. Pourquoi les Fils sont-ils vishnouites ? Le premier devoir d'un vishnouites n'est-il pas la non-violence ?
― Tu parles des disciples de Chaitanya [....] Je t'explique ce que nos ancêtres depuis quatorze générations ont compris. Dieu est pourvu de trois qualités, tu le sais ?
― Oui sattva, rajas, et tamas, n'est-ce-pas ?
― Bien. Il y a trois façon d'adorer Dieu selon ces trois qualités. De la qualité de sattva naissent Sa compassion et Sa bonté. Son culte se fait au moyen de la dévotion. C'est ce que fait la secte de Chaitanya. De la qualité de rajas naît Sa puissance. Son culte se fait par la mise à mort des ennemis des dieux. C'est ce que nous faisons. Et par la qualité de tamas le Seigneur prend un corps physique. Il revêt selon Son désir une forme à quatre bras, par exemple. Selon cette qualité, le culte se fait par l'offrande de santal et de guirlandes de fleurs. C'est ce que font les gens ordinaires.



Mots-clés : #colonisation #lieu #religion
par Dreep
le Jeu 11 Mar - 11:03
 
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Sujet: Bankim Chandra Chatterji
Réponses: 7
Vues: 366

Charles De Coster

Tag lieu sur Des Choses à lire 51dmjm10

Légendes flamandes

Avec le quatrième de couverture ça reste mystérieux :

Au regard de l’histoire littéraire, Charles De Coster est l’homme d’une seule œuvre : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, considérée comme le texte fondateur des lettres belges. Mais de toute la production de Charles De Coster, il faut assurément détacher les Légendes flamandes.

Ces légendes nous content la création de la confrérie des courageuses femmes-archers d’Uccle, qui combattent l’ennemi pendant que leurs maris dorment (Les Frères de la Bonne Trogne), la fondation miraculeuse de l’église d’Haeckendover par trois pucelles (Blanche, Claire et Candide), la vengeance de la courageuse Magtelt contre le beau et cruel Halewyn, que le sang des vierges régénère (Sire Halewyn), le pacte avec le diable d’un forgeron ruiné et ses ruses pour déjouer ses émissaires (Smetse Smee).

Ces quatre contes sont le laboratoire des techniques littéraires qui feront de l’Ulenspiegel une œuvre unique.

espacenord.com


A la lecture dépaysement et déroutement. On sent le bon temps de la légende, le fantastique de la légende mais en prenant le chemin d'un humour et de ressorts ouvertement "populaires"... ou simples. On boit bien, on est un peu filous, les femmes ronchonnes... Et le texte joue la forme du vieillot. Oncques ne relèvera pourtant de trucs incompréhensibles. Ca se lit très bien avec une évidente curiosité, de la gourmandise même (avec ou sans bruinbier). Les chapitres, avec leurs introductions à l'ancienne sont courts et rythme le récit, les personnages sont de chatoyantes images de fables. Drôlerie, cruauté, justice, piété, tous les ingrédients sont là.

Ce qui fait qu'on se prend au jeu aussi, au fil des pages, c'est la poésie un rien archaïque qui nous baigne. Ce qui sans en avoir tant l'air, différencie le texte de "l'ancien authentique". Les touches qui discrètement mais naturellement place la femme en bonne place. Les appels à l'histoire (occupation et répression espagnole) aussi pour dessiner une force à ces bons caractères bonhommes.

Un drôle de mélange donc. Pas du régionalisme, du conte oui, de la poésie aussi, une recherche, de la diversité. Les joies du narration fluide et riche en images...

Énigmatique ce pays voisin !

Mots-clés : #contemythe #lieu #moyenage #xixesiecle
par animal
le Mer 27 Jan - 20:32
 
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Sujet: Charles De Coster
Réponses: 3
Vues: 294

Ricardo Romero

Je suis l’hiver

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Originale : Espagnol/Argentine, 2017

CONTENU :
asphakte - éditeur a écrit:Jeune diplômé de l'école de police, Pampa Asiain est muté dans le village de Monge, à des centaines de kilomètres de Buenos Aires. Là-bas, il n'y a rien – une route, un bar, une quincaillerie, des maisons abandonnées – et il ne se passe rien, du moins en apparence. Jusqu'à ce soir d'hiver où un appel téléphonique l'envoie sur la rive d'un lac. Pampa y trouve le corps d'une jeune fille pendue aux branches d'un arbre. Contre toute attente, il décide de ne parler à personne de sa découverte, et c'est d'une manière peu orthodoxe qu'il va se mesurer aux secrets de cette petite communauté…

Entre Fargo et Twin Peaks, Ricardo Romero nous emmène dans un territoire au plus profond de l'Amérique où nos tragédies se font insignifiantes devant l'immensité de la nature. Fort de son atmosphère onirique et poétique, Je suis l'hiver hantera longtemps le lecteur avec ses décors enneigés et ses personnages seuls, profondément humains.


REMARQUES :
Cinq chapitres de taille différente (le dernier juste trois pages), titrés avec les prénoms des personnages qui y jouent un rôle important. Et à l’intérieur des premiers quatre chapitres une perspective sur le présent qui avance, et un retour en arrière dans le passé de(s) personnes y jouant un rôle. Ces retours expliqueront le devenir de ces personnes.
Pampa Asiain a terminé l’école de police il y a deux ans, et est arrivé ici à Monge, à 450 km env de Buenos Aires, loin de tout. Il a 22 ans, ses parents sont morts. Il est difficile de « lire » en lui, mais il y a quelque chose de sombre, de taciturne, aussi d’infiniment patient. Tout au contraire de son collègue Parra qui parle et parle… Après un appel se plaignant de pêcheurs nocturnes au lac voisin, Pampa y va, et – lorsqu’il est en train d’y nager nu – découvre un cadavre pendant dans un arbre. Il se rappellera : c’est bien la fille du quincaillier, Gretel Castellanos ! Au ieu d’appeler du renfort, il décide de procéder à sa façon : il avait distingué une scène arrangé, l’appel invitant à découvrir le cadavre… Donc, quelqu’un viendra si après des jours on n’a pas réagi. Et il prendra son poste, la nuit, surveillera le lieu sans changer rien. Et une voiture arrive…

Pampa, Gretel et… les autres, ont quelque chose de lourd, de sombre, voir de désespéré. Et alors aussi provoquent une certaine empathie chez le lecteur. Sont-ils aussi en quelque sorte victimes ayant connu de leur part des actes de violence, d’incompréhension ?

Le paysage est marqué par la pampa : comment avoir choisi le prénom d’Asiain et le paysage le même? Peut-être parce que c’est le vide ! Et, en ce début d’hiver, la neige tombe, il fait froid. La couverture française est par ailleurs dans ce sens-là jolie.

Est-ce bien un policier ? Oui et non. L’intrigue avance à un autre rythme, et le livre n’est pas un page-turner. J’avais pendant un temps pensé de ne pas lire un roman au réalisme magique. Et c’est vrai. Mais on y trouve des éléments de rêve, une lenteur cauchemardesque, un calme imposante - un roman noir?!

Pas habituel pour mes habitudes de lecteurs, et probablement pas pour tous ici !


Mots-clés : #lieu #thriller
par tom léo
le Sam 23 Jan - 16:09
 
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Sujet: Ricardo Romero
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Albert Cossery

La Maison de la mort certaine

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Une vieille bâtisse sordide menace ruine au sommet d’une venelle des quartiers populaires du Caire ; y cohabitent plusieurs familles démunies.
« Alors, ils se disaient avec sagesse qu’un malheur qu’on connaît vaut sans doute mieux qu’un malheur sournois et qui se cache. »

Cette résignation me paraît typique de la mentalité égyptienne (mais aussi fort répandue ailleurs en Afrique et en Orient), marque d’un certain fatalisme. Un des locataires est Abdel Al le charretier, aussi famélique que les autres, mais révolté et cherchant la cause leur misère, qui va comprendre que la solidarité seule peut leur rendre justice.
« Abdel Al ne cessait jamais de secouer la torpeur de ses compagnons d’infortune. Il les rabrouait continuellement. Leur nonchalance de pauvres animaux apathiques le navrait. Indifférents aux véritables raisons de leur misère, ils ne savaient que vivre honteusement en exhalant des plaintes. Ils menaient une vie amère et pleine de tristesse. Abdel Al leur en voulait de cette immonde résignation. Il eût voulu les voir rejeter ce destin trop lourd par des actes audacieux, ou simplement tenter d’en connaître la source intarissable. Il est vrai que lui-même n’avait qu’une connaissance très vague des origines de son abjecte condition sociale. Mais cet éveil imperceptible de sa conscience suffisait à lui faire sentir sa supériorité sur les autres. Il ignorait encore l’inextricable enchevêtrement de l’économie, pour pouvoir résoudre les problèmes qui le hantaient. Il en était encore à la simplicité primitive de la raison. Ce n’était encore, chez lui, que des idées imprécises, voilées, comme une aube d’hiver. Il était souvent la proie d’intuitions, de lucidités éphémères. Une force magique le poussait à comprendre et à saisir les causes secrètes de sa misérable destinée. »

Les autres habitants déclinent la pauvreté sous toutes ses formes, paresse, bêtise, y compris la désolation.
« Chéhata, le menuisier, abandonnant son travail, fixait le sol avec une obstination stupide d’aveugle. Il semblait pétrifié depuis des siècles. À quoi pensait-il ? Un jour, peut-être, on le saura. Il faudra bien qu’il dise un jour tout l’inconnu de sa souffrance. On ne pourra plus jamais le faire taire. Il criera si fort sa grande faim que personne, après, ne pourra plus dormir. »

Quant au propriétaire, les « marchands de sommeil » ne datent pas d’hier :
« Si Khalil, c’était un propriétaire de la pire espèce. Tout d’abord, sa miteuse fortune, il la devait à des spéculations franchement criminelles. Après des années de recherches sordides, il avait découvert un merveilleux filon. Muni d’un petit capital, il s’était lancé dans l’achat de certaines maisons croulantes, d’innommables ruines que leurs propriétaires – trop heureux de s’en débarrasser quelques heures peut-être avant leur complet effondrement – lui abandonnaient pour un morceau de pain. Pour repérer ces effroyables taudis, il avait acquis un flair de chien policier. Sa capacité dans la reconnaissance et l’évaluation des futures ruines de la ville était presque légendaire. À l’heure actuelle, il possédait une dizaine de ces avalanches en suspens, éparpillées dans différentes venelles des quartiers indigènes. Cependant, c’était là un jeu de hasard auquel se livrait Si Khalil, car ces maisons pouvaient très bien s’écrouler avant d’avoir jamais rien rapporté. Mais Si Khalil avait foi en sa chance. Ce qui ne l’empêchait pas d’avoir quelques meurtres collectifs sur la conscience, par suite de certains hasards malheureux. Toutefois ces catastrophes n’étaient pas faites pour le décourager dans sa tentative d’être un homme respectable et fortuné. »

Les pronostics allant bon train sur le moment où le taudis s’effondrera sur ses occupants, ceux-ci chargent Ahmed Safa le hachâche (consommateur de hachich) d’écrire une lettre de plainte au gouvernement (bien qu’ils se défient des autorités).
« Les enfants aiment beaucoup Ahmed Safa. Il les charme par des récits fantastiques. Comme eux, il vit en enfant. Il n’a pas les soucis des adultes ; ces soucis, lourds et puants. Le hachâche n’a pas honte de sa misère. Il n’a pas cette dignité idiote qu’ont les autres, lorsqu’il s’agit de mendier. Car le plus terrible ce n’est pas d’être pauvre, c’est d’avoir honte de l’être. »

« ‒ Quelle est l’adresse du gouvernement ? dit-il.
Cette adresse allait compromettre toute l’affaire.
Personne ne savait l’adresse du gouvernement.
‒ Le gouvernement, dit Rachwan Kassem, n’a pas d’adresse. Personne ne sait où il habite et personne ne l’a jamais vu.
‒ Pourtant il existe, dit Abdel Al.
‒ Qui le saura jamais ? dit Ahmed Safa. On n’est sûr de rien, en ce monde. »

« ‒ Peut-être que le gouvernement ne sait pas lire, mon fils, dit-il comme en se parlant à lui-même. »

Un passage saisissant de cette novella, l’épisode où le vieux Kawa est "séduit" par une gamine étique qui convoite son orange pourrie…
Pour avoir vécu au Caire, je peux confirmer que, comme à Marseille, il est trop fréquent qu’un immeuble s’écroule ; le savoir-faire des bâtisseurs des pyramides n’est pas en cause, mais plutôt la corruption et l’incurie (permis de construire pour un étage, et on en monte deux-trois par-dessus…) Ça et le goût pour les encorbellements (balcons et autres moucharabiehs) dans une région où l’activité sismique n’est pas négligeable… J’ai en mémoire un bâtiment qui s’est effondré dans mon quartier, loin d’ailleurs d’être des plus miséreux : pour agrandir au rez-de-chaussée, on avait supprimé des piliers, évidemment porteurs…
La venelle, ou ruelle, c’est la hara cairote, lieu caractéristique qu’évoquent tous les romanciers de la ville.
« Jusqu’au soir, ils discutèrent de la situation, accroupis dans la cour. Ils n’avaient plus envie de se lever ni de faire le moindre geste. Ils se sentaient emprisonnés dans leur destinée et à jamais bannis du reste du monde. La maison pouvait s’écrouler, elle les trouverait prêts au suprême sacrifice. À quoi bon bouger, si tout doit finalement retomber dans le néant de la mort ? »


\Mots-clés : #lieu #misère #viequotidienne
par Tristram
le Sam 9 Jan - 14:49
 
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Sujet: Albert Cossery
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Le One-shot des paresseux

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Endurance, L'incroyable voyage de Shackleton de Alfred Lansing

Pas le livre qui brille par ses qualités littéraires, ce n'est pas non plus le but. Pas non plus le livre qui brille par la qualité de l'édition (Points) : trop bien le lexique orienté bateau mais un lexique banquise aurait été plus approprié (et LA note en base de page pour l'épaulard, ça en deviendrait drôle). Mais dans ce récit composé à partir de journaux et de notes d'interview des principaux intéressés il y a suffisamment de quoi vous faire tourner les pages.

"Le 18 janvier 1915, l'Endurance ayant a son bord une expédition se proposant de traverser a pied le continent antarctique est prise par la banquise sans avoir pu toucher terre."

La fin de l'histoire plus d'un an et demi après. 28 hommes qui auront vécu coupés du monde pendant ce temps-là. Sans s’entre-tuer, sans perdre complètement espoir, dans des conditions physiques extrêmes de froid, d'humidité et de fin ou d'inconfort. Leur bateau aura été écrasé par la glace, ils auront fait un bout de chemin en traîneau, un bout sur la mer avant d'arriver sur l'île de l’Éléphant  et que quelques-un traversent en chaloupe (si on est généreux on arrondit à 8x2m) des coins qui aujourd'hui encore ne doivent pas être toujours recommandables.

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Direction le Passage de Drake

De l'autre côté traversée de paysage "local" ça grimpe et redescend beaucoup...

C'est ahurissant la résilience de ces hommes. Entre les tempêtes il y a l'attente, âmes sensibles s'abstenir.

One-shot parce que l'auteur beeen... mais lire autre chose sur le sujet dont le récit des événements par Shackleton ça oui !


Mots-clés : #aventure #documentaire #journal #lieu #nature #voyage
par animal
le Sam 2 Jan - 20:07
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Paolo Cognetti

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Carnets de New York

Dans cette forme « unique » en français : 2020

Originale : fondée sur « New York è una finestra senza tende » (2010) et « Tutte le mie preghiere guardano verso ovest » (2014)

CONTENU :
Dans ces carnets de New York l’auteur italien nous invite de l’accompagner dans ses pérégrinations à travers la ville américaine. Il parle pas seulement des quartiers, mais aussi de ses auteurs préférés, associés avec la ville…

REMARQUES :
Une première visite à NY en automne 2003 rend fou l’auteur Cognetti, et pendant des nombreuses années il va faire tout son possible pour ramasser chaque année assez d’argent pour pouvoir se rendre pour deux, trois mois à NY et y vivre. Il écrit et écrit, et cela apparaissait en Italien dans des articles et, au moins, deux livres différents, déjà bien avant les succès « montagnardes » que nous connaissons de lui. Est-ce qu’alors cette édition nage sur le succès des autres livres pour qu’elle soit éditée alors maintenant ? Oui, bien sûr, mais nous voyons aussi, que déjà au milieu urbain l’auteur pouvait s’exprimer avec son beau et bon style.

Et voilà : nous ne lisons pas juste quelques descriptions purement touristiques d’un quelconque guide, mais des observations qui s’enracinent à des nombreuses séjours prolongés, d’une plongée dans l’atmosphère de cette ville jamais reposée. Il y était au moins une douzaine d’années pour chaque fois deux à trois mois. Des promenades à travers les quartiers, nous décrivant les caractéristiques de chacun ; des portraits des grands auteurs de cette ville dont la plupart je connaissais plus ou moins. Mais il y avait aussi des découvertes comme une Grace Paley dont j’ai toute de suite acheté une anthologie de short stories merveilleuse. Les ponts différents, le metro, l’histoire de la ville, des remarques sur l’immigration et le changement du visage de la ville…

Les chapitres sont consacrés aux différents quartiers ; on y trouve au début un croquis.

Il me semble que ce livre devrait être un beau cadeau à tous les amateurs de cette ville, et peut offrir au moins quelques nouvelles observations ! Je me sentais bien informé, mais aussi bien diverti.


Mots-clés : #lieu
par tom léo
le Sam 26 Déc - 17:17
 
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Sujet: Paolo Cognetti
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Roberto Arlt

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Eaux-Fortes de Buenos Aires

Écrites entre 1928 et 1933, les Eaux-fortes de Buenos Aires sont autant d’instantanés de la capitale argentine, de ses habitants, de ses coutumes et de son art de vivre : ses jeunes oisifs plantés devant leur seuil, ses chantiers de construction pillés de leurs briques, ses maisons de tôle ondulée aux couleurs passées… Un tableau vivant et mouvant de la ville, une œuvre urbaine et moderne.

asphalte-editions.com


Moins dingue que Les Sept fous, sans doute parce qu'il s'agit de textes destinés à un journal, sans doute aussi parce que l'objectif est différent. Quoique croquer sa ville et son moment n'empêche Roberto Arlt d'avoir la dent dure et le mot acéré... A côté de ça on a aussi des similitudes : l'intérêt pour les petits, l'envie de dévoiler l'envers du décor, l'attachement peut-être pour certaines manies et travers. ... Un goût du pittoresque ? Pourquoi pas.

De l'autre côté de la page en tout cas il y a du plaisir, de la curiosité. C'est très vivant entre les considérations linguistiques (c'est un bouquin pour Tristram), l'incroyable matière à citations (c'est un bouquin pour Tristram), le tout venant du quotidien, et la manière par petites touches d'élaborer un portrait d'une ville entière et vivante, "qui passe" avec une pincée de regrets.

Et le ton libre, direct, mouvant.

Très bon moment, qui ne paye pas tant de mine derrière ses provocations mais qui devrait laisser une impression durable. Je recommande chaudement.


Mots-clés : #lieu #urbanité #viequotidienne
par animal
le Lun 16 Nov - 19:29
 
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Sujet: Roberto Arlt
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NG Kim Chew

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La Pluie

Le livre se compose de 7 tableaux sous la pluie.
Une famille de migrants Chinois installés en Malaisie,  exploitent leur plantation d’hévéas ; dur travail de saigner les arbres pour récupérer le latex dont la vente est le principal revenu.

Cette famille se compose du père, de la mère et de Sin leur fils, du moins dans le premier tableau, car par la suite s’ajoutent des sœurs à la famille mais j’ai cru comprendre que le destin d’une autre famille était aussi relaté, famille où le fils s’appelle aussi Sin. Quelques tableaux plus tard je saisi le fait que le premier enfant Sin était en fait l’oncle du deuxième Sin.

La plantation est située dans la jungle malaisienne qui abrite beaucoup d’animaux dangereux dont le fameux tigre de Malaisie dont l’un des enfants sera la proie, car on meurt souvent brutalement et atrocement dans ces récits. Comment pourraient-il en être autrement quand on vit dans la jungle, dans la pauvreté, loin de la ville, avec pour moyen de défense seulement des bâtons, des couteaux et de nombreux chiens pour alerter.

Les prières, les rites qui s’élèvent vers les divers Dieux, n’éloigneront pas la pluie incessante durant de nombreux jours, les agressions, puis l’arrivée de l’armée japonaise (qui déjà avait conduit la famille à fuir la Chine) qui exerce ses exactions sous l’invite des malaisiens du coin, à l’encontre des Chinois migrants et donc de la famille de Sin.

Les rêves se confondent avec la réalité ou bien c’est la réalité qui se fond dans les rêves. Les esprits aimables ou méchants s’invitent souvent dans la vie de la famille.
Malgré leur culture la mère est assez pragmatique et n’hésite pas à contrevenir aux lois quand cela sert la famille.

***
Ces tableaux de vie sont contés avec tant de poésie que la lecture de ce petit livre est très agréable malgré l’étrangeté.

L’arrivée dans la plantation de l’armée japonaise est l’occasion de rappeler, leur invasion de la Chine, les nombreuses tueries dans des villes, puis par la suite,  la demande de participation et de soutien auprès des  Chinois migrants des révolutionnaires Chinois.

Les relations entre les membres de la famille sont intéressantes, voire étonnantes.

Je vous engage à faire cette lecture.

Extraits

La lecture s’ouvre sur un très beau poème :
« Jours de pluie

Après la longue sécheresse, voici les jours de pluie, continus
comme si les clartés n’allaient plus revenir
Dans l’arrière-cour les vêtements mouillés pendent, pesants
Les grenouilles pondent dans les ourlets des pantalons
Elles bondissent effrayées éclaboussant le mur
Le sol en ciment trempé, glissant,
reflète ton mal du pays
comme un poisson
dans un marais à sec
Les pages des livres, gorgées d’eau, gondolent
Des pousses d’herbes ont germé dans les mots, entre les lignes de caractères
Des cernes du bois des étagères sortent
de chatouilleuses
têtes de champignons

Comme cette année où avaient poussé sur l’arbre
contre lequel le père souvent appuyait son échelle
de nombreux champignons en forme d’oreille
petits et grands, ici et là,
pour écouter le bruit de la pluie
le bruit du vent
Bien des années après sa mort, pendant la mousson,
une sandale en plastique abandonnée dans la boue
se souvenait encore des cals obstinés de sa plante de pied

Alors, dans la forêt d’hévéas
où de grands éclairs poursuivaient de petits éclairs parmi les nuages,
la mère a dit tout doucement :
« Le feu a ri, à cette heure-là,
quelqu’un va-t-il encore venir ? »



« Les frondaisons des arbres sont luxuriantes.
Après tant d’années déjà, le chemin est presque comme dans ses souvenirs, il n’a pas beaucoup changé. Il s’étend toujours tranquillement, les feuilles mortes ne l’ont pas recouvert. Là où l’herbe ne pousse pas, c’est le chemin. Il ne change d’aspect qu’au moment des grandes pluies, quand les précipitations le submergent. Quelques feuilles s’entassent au milieu du petit chemin, retenues par les racines qui le traversent. Mais elles seront bien vite repoussées sur le côté par les marcheurs, tout comme les racines qui font trébucher seront coupées, mises à nu.
La grosse pluie de la veille au soir a trempé les arbres. Les feuilles éparpillées sur le sol ont recueilli l’eau, de la vapeur s’en échappe, elles luisent. Les araignées s’affairent à réparer leurs toiles anéanties par la pluie, elles dévident leur fil de la pointe des herbes au tronc des arbres, font des allers-retours dans les fourrés. Sur les toiles, des gouttelettes scintillantes restent accrochées.
Et le ciel est maintenant d’un azur limpide. «


« Elle s’approche  pas à pas et lui tend la bouteille. Il distingue progressivement ce qui est dedans – on dirait une peinture ou des figurines d’argile –, dans le goulot il y a une espèce de chose blanche et ronde qui lui rappelle du coton, le fond est tout noir, d’innombrables gouttelettes tombent sur ce qui ressemble à des cimes d’arbres verts. Au fond de la bouteille, en forme de motte brune, on dirait un tertre sur lequel ont poussé une dizaine de maigres arbres ; entre les arbres, une maison au toit de tôle en zinc, sous l’auvent sont posés deux vélos noirs. En y regardant de plus près, il voit un homme minuscule, d’âge moyen, assis sur une chaise en rotin, une pipe à la bouche, qui regarde le ciel, l’air complètement détendu. A côté de lui, un chien jaune, un chien blanc et un chien noir sont couchés. De l’autre côté, une femme est assise avec deux enfants sur un long banc. Ils la regardent avec une grande attention, ils semblent écouter cette femme qui raconte une histoire en faisant de grands gestes. »
« A-Yeh a brusquement cessé de téter, elle ne boit plus que du lait concentré Milkmaid. Elle est encore petite, il y doit y avoir quelque chose qu’elle ne comprend pas. Est-ce que le goût de son lait ne serait plus bon ? Elle demande à Sin d’en prendre une gorgée, pour voir, mais il secoue la tête, non, il ne veut pas. Elle en tire un peu dans une cuillère pour le goûter, eh bien c’est toujours le même lait, fade et légèrement sucré. Si personne ne lui en prend, ses seins vont enfler et lui faire mal. Cela devient bientôt insupportable, et Sin refuse toujours de la soulager, au moment de se coucher, il lui faut ôter son soutien-gorge. Ses deux seins pendent, pesants, elle souffre plusieurs jours durant. Un matin au chant du coq, elle s’aperçoit, chose incroyable, que la douleur a disparu, quelques boutons de son chemisier sont ouverts, elle sent qu’elle a été tétée avec avidité, sur le bout de son sein il reste un peu de salive. La bouche l’a quitté à l’instant même où elle s’est réveillée. Elle va jeter un coup d’œil aux enfants, ils sont tous les deux profondément endormis. Elle regarde d’un peu plus près, aucune trace de lait au coin de leur bouche ; elle hume, pas d’odeur de lait. Et si c’était… le fantôme de ce sacré A-To ? Mais comment serait-ce donc possible ? »
« Un jour, profitant d’être allée faire les courses, elle se rend au temple prier pour ses enfants et s’enquérir de ses affaires à elle. A sa grande surprise, le vieil aveugle du temple prend un ton mystérieux pour lui déclarer : « Dans ton ventre, il y a une grenouille. » Après cette déclaration, elle trouve encore le temps de courir à la consultation ouverte par le médecin indien. Une fois le diagnostic établi, elle se fait opérer et supplie le médecin aux bras couverts de poils noirs de saisir cette occasion pour la ligaturer. Plus tard, elle se souviendra toujours de ces deux mains avant qu’elles soient gantées, et après, quand les gants ont été jetés. Elle n’a pas osé regarder ce qu’on a extrait de son ventre, pas osé vérifier s’il s’agissait d’une grenouille – qu’elle soit enceinte d’une grenouille ou d’un poisson, les deux choses seraient horribles. Et elle ne voulait pas non plus savoir comme c’était arrivé là. »

« Le prêtre taoïste recommande à Sin de servir pendant cent jours un bol de nourriture à son père lors des repas, comme s’il était encore en vie. Au bout de deux jours à peine, la femme d’A-To n’y tient plus. Donner des bons plats aux chiens et aux fourmis ? Un petit bol de riz suffira, pas la peine de varier les plats.
Sin ne parle presque plus. »






Mots-clés : #famille #immigration #lieu #ruralité
par Bédoulène
le Sam 31 Oct - 18:20
 
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Sujet: NG Kim Chew
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Marie-Hélène Lafon

Tag lieu sur Des Choses à lire 97820812

Le pays d'en haut
Entretiens avec Fabrice Lardreau

Deux parties pour ce petit livre. La partie entretiens : l'enfance, le rapport au pays, la prise de conscience de ses particularités et l'attachement. Une réflexion aussi sur le lien entre les gens et le pays, ce que le pays façonne d'eux. Egalement ce regard de celle, d'une qui est partie (pour Paris). Echos littéraires aussi.

Ce qui nous amène à la partie extraits choisis d'autres auteurs qui parlent du coin (Cantal) ou d'autres... des passages vivifiants.

Pas une révélation pour les lecteurs familiarisés avec l'auteur mais sur la même trame, trace et faisant apparaître des images, presque des spectres de notre monde (modes de vie, et images se confrontant à une concrète réalité géographique et histoire loin d'être capitalo-centrée).

Mots-clés : #autobiographie #entretiens #lieu #ruralité
par animal
le Mer 14 Oct - 8:11
 
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Sujet: Marie-Hélène Lafon
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Marie-Hélène Lafon

Histoire du fils

Tag lieu sur Des Choses à lire Histoi11
Originale : Français, 2020

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:Le fils, c'est André. La mère, c'est Gabrielle. Le père est inconnu. André est élevé par Hélène, la soeur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille. Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, « Histoire du fils » sonde le coeur d'une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.


REMARQUES :
Douze chapitres, titrés selon des jours incisifs, décisifs dans la vie des protagonistes. Mais ils ne s’ensuivent pas chronologiquement, mais sautent entre des dates allant de 1908 jusqu’à 2008 : cent ans, trois générations. Et toujours et encore la questions des origines, des pères et mères et des enfants, la suite des générations malgré tous les dénis, négations ou alors l’ignorance. « Histoire de fils ». Car la mère de cet André avait une liaison comme infirmière avec un garçon tellement plus jeune, mais quand même déjà macho et dévorateur de chair. André en résulte. Il va grandir chez la sœur de Gabrielle, son mari et ses trois cousines-sœurs. Ce sera son chez soi ! Il va pas trop apprécier la venue, deux fois par an, de sa mère dans ces régions ruraux, elle, qui avait fui vers Paris. L’histoire de son père inconnu, il ne la connaît pas, ou seulement très peu à peu, et sur le tard. Mais combien de temps on porte avec soi ces questions d’origine et de filiation ? « Qui a un père inconnu est aussi un fils inconnu. » Et ces trous de mémoire, de savoir, ne seront-ils pas transmis à la prochaine génération encore ?

Le principal centre d’intérêt seront alors ces liens familiaux . Mais comme en passant – comme si souvent chez Lafon – on parle de cette tension, les différences entre les départements ruraux et Paris de l’autre coté. Aussi les sujets concernant la deuxième guerre vont apparaître dans le fond : résistance et collaboration...

Tout cela nous sera présenté peu à peu, avec des sauts. Lafon, ou la narratrice de l’histoire, dirige son attention une fois sur tel protagoniste, une fois sur tel. Parfois une situation sera éclairci bien plus tard. Car dans les premiers chapitres d’abord on comprend pas grande chose. Alors la lecture demande une attention aux détails. L’auteure joue avec des énumérations, des variations d’une expression, d’un mot. C’est bien fait, « travaillé » ! A l’intérieur d’un chapitre elle écrit quasimment sans paragraphes et sans dialogue directe.

C’est bien dans la veine de Lafon, et cela me plaît !

Mots-clés : #famille #lieu
par tom léo
le Mer 7 Oct - 9:26
 
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Sujet: Marie-Hélène Lafon
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Ichiyô HIGUCHI

Qui est le plus grand ?

Tag lieu sur Des Choses à lire Unname12

En lisant ce petit roman d’Ichiyô Higuchi, le lecteur peut trouver au début que les personnages manquent d’épaisseur, ou bien avoir l’impression d’être un peu perdu dans une sorte de brouillard, non si violent que légèrement embrumé. Beaucoup de notes de bas de page* (pour être tout à fait franc, en général je le les ai pas lues) beaucoup de notations diverses sur le temps ou la forme des maisons et surtout beaucoup de paroles qui, faute d’exprimer quelque chose de significatif, seront presque perçues comme des sons : des cris d’enfants. Nous sommes dans un Yoshiwara animé par des bagarres et des jeux enfantins. Voir ce tableau du fameux « quartier des plaisirs » à travers les fortes implications sociales qu’Higuchi évoque ne rend pas compte de son art narratif.

C’est Yoshiwara dans un monde d’enfants. Si ces derniers (la plupart des personnages) ont entre douze ou treize ans, ils sont enfants dans la mesure où leur avenir d’adultes (proche) se dessine dans une nuée d’incertitude : les dessins de Kimura Shôhachi, donnant à voir des enfants qui regardent à l’horizon (on a la sensation de voir plus loin qu’eux) sont parfois très parlants. Higuchi, elle, s’est penchée sur ce monde d’enfants avec une tendresse devenue plus qu’évidente à la fin. Ce qui était d’abord des sons a tissé des liens entre les personnages, et de façon assez délicate, en peu de mots, Higuchi nous laisse finalement comprendre ce qui se passe à l’intérieur de ces petites têtes.

* : reléguées à la fin de l’ouvrage dans mon édition


Mots-clés : #enfance #lieu
par Dreep
le Dim 27 Sep - 12:53
 
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Sujet: Ichiyô HIGUCHI
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Nicolas Edme Restif de la Bretonne

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Les nuits de Paris

Paris, juste avant la révolution de 1789. C'est ce que nous donne à voir ce roman écrit juste avant les événements susdits : on voit Paris comme à travers un trou ; un trou dans la nuit et dans le temps. J'imagine que les lecteurs parisiens (ou connaissant bien les rues de Paris) seront plus chanceux que les lecteurs de province dont je fais partie. Il n'est pas tant question des personnalités qui ont l'habitude de peupler le récit national de cette période que du petit monde ― marquises ou clochards ― qui agitent les nuits de la capitale. Seulement, et on peut ou le déplorer ou s'en amuser, ce trou a une forme très précise. La forme d'une silhouette, d'abord. Silhouette d'un narrateur mêle-tout et aventurier, silhouette du spectateur nocturne s'appelant lui-même hibou. Mieux ou pis : la silhouette de Restif de la Bretonne lui-même : au lieu de s'effacer, sa figure se précise, on le voit mieux lui que Paris... c'est dire que ce conteur fait de l'ombre à son sujet, au beau milieu de la nuit ! Mais on s'y habitue, un coup il déride, un autre coup il ennuie. On suit un auteur dans ses digressions sentimentales, politiques, philosophiques, jusque dans ses délires projectifs à propos de l'année 1888 et de tout l'Histoire de France qui a précédé cet année de grâce (l'année 2440 de Louis-Sébastien Mercier, pourrait être la suite logique de l'année 1888 de Restif, n'oublions pas d'ailleurs que les deux auteurs s'appréciaient). Bref. On suit bon an mal an un auteur qui a fait absolument ce qu'il a voulu de son livre.


Mots-clés : #ancienregime #lieu
par Dreep
le Lun 21 Sep - 18:52
 
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Sujet: Nicolas Edme Restif de la Bretonne
Réponses: 2
Vues: 127

Ossip Mandelstam

Arménie
Voyage en Arménie & poèmes

Tag lieu sur Des Choses à lire Armzon10

Lu dans l'édition La Barque parue en 2015, qui réunit à la fois "voyage..." et les poèmes afférents à l'Arménie.
Il reste tentant de lire "voyage..." dans la traduction d'André du Bouchet, ce sera sans aucun doute pour une autre fois.


Voyage entrepris comme une bouffée d'air chipée à nuit totalitaire du Kremlin.
Mandelstam, sentant sa fin proche, est-il déjà le condamné qui couchera les seize vers de l'Épigramme contre Staline ?
La thèse se tient, Mandelstam, en passeur, tente en effet de transmettre quelques bribes d'une Arménie millénaire ou éternelle, une Arménie culturelle, dirait-on aujoud'hui, aussi irrémédiablement vouée à destruction par rouleau compresseur soviétique que ne le fut le peuple arménien de Turquie, victime du génocide que l'on sait quelques années auparavant, incluant aussi la Géorgie (terre natale de Staline, soit mentionné en passant), l'évocation des Kurdes (chapitre Alaguez).

L'Arménie ?
C'est l'exotisme extrême, les confins au midi de l'Empire, une culture, un héritage et une langue non russes.
Mandelstam dévie de son propos, en coq-à-l'âne, pour nous confier quelques admirables pages dans ce curieux fourre-tout, chapitres "Moscou", "Les naturalistes", "Les français"...

Le poésie n'est pas sans sourdre de ces pages, témoin les deux premières phrases de l'extrait ci-dessous, quant aux termes utilisés pour eau et village, ils ont marqué André du Bouchet, dans le recueil "Ici en deux", peut-être en bafouillerai-je trois mots sur son fil un de ces jours:

Chapitre Sevan a écrit:Tout autour frisaient des copeaux. Le sel rongeait la terre, et les écailles de poisson clignaient de l'œil comme des éclats de quartz.
À la cantine de la cooprétavie, toute en rondins comme partout à Noradouz, et dans un style allemand cher à Pierre le Grand, on mangeait côte à côte d'épais chachlyks de moutons élevés en artel.
  Les ouvriers remarquèrent que nous n'avions pas de vin et, comme il sied à de vrais hôtes, ils remplirent nos verres.
  Je bus en mon for intérieur à la santé de la jeune Arménie, à ses maisons de pierre orange, à ses commissaires du peuple aux dents blanches, à la sueur de ses chevaux, au piétinement des files d'attente et à cette langue que nous ne sommes pas dignes de parler, tenus de rester à l'écart dans notre infirmité.
  Eau en arménien se dit: djour.
  Village: gyouk.


Mots-clés : #lieu #poésie #regimeautoritaire #voyage
par Aventin
le Ven 4 Sep - 13:29
 
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Sujet: Ossip Mandelstam
Réponses: 22
Vues: 1579

Akira Mizubayashi

janis a écrit:Je suis bien tentée, également, surtout avec le plaisir de ma lecture actuelle : j'ai bien envie de rester au Japon, un peu, par la suite ! Merci Wink


Certes, atmosphère marquée par un auteur japonais. Mais des grandes parties de son oeuvre sont écrites en français, se déroule en France. Si j'ai bien compris, l'auteur avait besoin de "respirer" un air plus libre, preant la langue française comme un trampolin pour accèder à une plus grande forme de légèreté. Le Japon lui semble trop figé dans des hierarchies, des formules...



Un amour de Mille-Ans

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Français, 2017

CONTENU :
description de produit a écrit:"La maladie de Mathilde les avait coupés du monde. Rester des heures entières auprès de sa femme ne lui pesait pas, bien au contraire. La musique devenait alors pour eux comme une prière sans paroles, l'occasion d'un silencieux échange de sourires et de soupirs d'émerveillement." Ancien professeur de littérature française à Tokyo, Sen-nen vit désormais à Paris avec sa femme Mathilde. Un jour, il reçoit un message de son amour de jeunesse, Clémence, une cantatrice qui interprétait Suzanne dans Les Noces de Figaro. Après trente ans de silence, elle l'invite à une nouvelle représentation de cet opéra, dont elle supervise la mise en scène. Mathilde laisse alors son mari aller à la rencontre du passé.


REMARQUES :
C’est dans un contexte d’une maladie grave de sa femme, qu’est raconté l’histoire d’amour entre elle et Sen-nen. Puis il est contacté par une cantatrice, Clémence S., qui trente années auparavant avait joué la Suzanne à l’Opéra Garnier. A l’époque encore étudiant à Paris, Sen-nen assista à toutes les représentations des « Noces de Figaro ». Son engouement pour la pièce de Mozart lui fait vivre ces spectacles comme quelque chose de très fort : l’action, l’interprétation, le sens même de l’opéra (un dépassement des hierarchies sociales?!) le font rêver à lui, venant d’une societé si hierarchisée. Et mettent en marche comme un amour de « Mille-Ans » (signification de Sen-nen en japonais) aussi bien pour l’interprète de Suzanne, Clémence S. Sen-nen va lui écrire pas tellement juste des lettres d’amour ou de fana, mais comme son dialogue avec la pièce, sa compréhension du sens profond. A la fin des spectacles il y aura juste une rencontre pleine d’harmonie, de partage, autour d’un verre de vin et d’une pizza. Et dans l’aujourd’hui ? Comment va se passer cette rencontre après une trentaine d’années ? Et comment se déroulera le temps commun avec sa femme Mathilde ?

Partage de la même passion pour la musique, amour pour la langue et vie entre différentes cultures (incluant l’amour pour la langue), une relation de couple tranquille, paisible et apaisée, aussi un peu à l’écart, même la présence d’un chien – on retrouvera beaucoup d’ ingrédients dont j’ai fait connaissance dans « Âme brisée ». Ici ce sont les « Noces de Figaro » qui sont au centre du roman. L’interprétation, les explication en font quelque chose qu’il faut presque connaître. Et qu’on va éventuellement mieux apprécier après ? Mizubayashi écrit en mélomane très éclairé, pouvant donné un sens à des choix de Mozart. C’est fort, mais pourrait éventuellement aussi rappeler p ex un exposé. Quitte-t-on le domaine du roman presque ?

Le partage d’une même passion pour la musique peut unir des êtres humains.

Une certaine proximité de style, de langue, d’atmosphère, avec « Âme brisée » m’a étonné. L’auteur semble avoir des sujets fétiches. Si on aime, on aimera ce roman aussi !

Mots-clés : #amour #lieu #musique #pathologie
par tom léo
le Mer 19 Aoû - 7:00
 
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Sujet: Akira Mizubayashi
Réponses: 10
Vues: 286

Alfred Döblin

Berlin Alexanderplatz

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Oui, tout cela met très longtemps à se mettre en branle : le lecteur se rend vite compte qu’il a affaire à une narration chaotique, intégrant, comme l’annonce la réputation du roman, les bruits, les voix, les rumeurs des bas-fonds de Berlin. On avance en ayant l’impression d’aller nulle part dans cette prose heurtée, qui part dans tous les sens : les morceaux semblent disjoints entre eux. On se sent dans une position d’autant plus bizarre qu’on est en train de lire une traduction. Döblin a voulu retranscrire le parler populaire de Berlin, ses locuteurs n’apparaissent qu’à travers un voile obscur, qui force la distance entre le lecteur et ces personnages, d’autant plus que l’histoire est horrible.

La distance aidant, on finit par recoller les morceaux, voir que tout cela est un magma de musique, confuse, intériorisé (par Franz Biberkopf ? par le cœur de la ville ? plutôt par ce dernier par une assez remarquable prouesse du style) intériorisé dans des effets de saturations et de syncopes. Comme dans une sorte de cauchemar, les paroles et les bruits se chevauchent entre eux, tout est indifférencié. Tout de même, tout cela s’humanise par les effets de la structure poétique mise en place, faite de réminiscences, d’éléments narratifs qui se miroitent entre eux : des arbres qui chantent, ou qui crient. Le pessimisme de Döblin est un pessimisme à la Kleist, l’influence s’en ressent fortement.


Mots-clés : #lieu
par Dreep
le Mar 18 Aoû - 12:30
 
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Sujet: Alfred Döblin
Réponses: 2
Vues: 168

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