Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 4 Déc - 0:41

8 résultats trouvés pour medias

Umberto Eco

Construire l’ennemi et autres textes occasionnels

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Dans Construire l’ennemi, Eco documente la stigmatisation de l’étranger, du laid, du juif, de l’hérétique, de la femme (notamment sorcière), du lépreux à travers les temps, en produisant nombre d’extraits édifiants (sans omettre les auteurs religieux).
« Il semble qu’il soit impossible de se passer de l’ennemi. La figure de l’ennemi ne peut être abolie par les procès de civilisation. Le besoin est inné même chez l’homme doux et ami de la paix. Simplement, dans ces cas, on déplace l’image de l’ennemi, d’un objet humain à une force naturelle ou sociale qui, peu ou prou, nous menace et doit être combattue, que ce soit l’exploitation du capitalisme, la faim dans le monde ou la pollution environnementale. Mais, même si ce sont là des cas « vertueux », Brecht nous rappelle que la haine de l’injustice déforme elle aussi le visage. »

« Essayer de comprendre l’autre, signifie détruire son cliché, sans nier ou effacer son altérité. »

Mention particulière à La paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerres, effarante justification états-unienne (et orwellienne) de la nécessité de l’ennemi, notamment pour des raisons économiques (anonyme, préfacé par J. K. Galbraith).

Absolu et relatif nous entraîne dans un débat philosophique qui revient rapidement au problème de notre conception de la vérité (atteignable ou pas).

La flamme est belle est une réflexion sur le feu, qui n’oublie pas Bachelard, entr’autres.
« Les amis pleins de sollicitude brûlent, pour des raisons de moralité et de santé mentale, la bibliothèque romanesque de Don Quichotte. On brûle la bibliothèque d’Auto da fé d’Elias Canetti, en un bûcher qui rappelle le sacrifice d’Empédocle (« quand les flammes l’atteignent enfin, il rit à pleine voix comme il n’avait jamais ri de sa vie »). »

Délices fermentées est consacré à Piero Camporesi, auteur de L’Officine des sens et « gourmet de listes ».

« Hugo, hélas ! » La poétique de l’excès :
« Le goût de l’excès le conduit à décrire en procédant par énumérations interminables [… »

« La beauté n’a qu’un type, la laideur en a mille. »

Cela m’a ramentu cette phrase (souvenir scolaire – on a beau dire du mal de l’école…) :
« Si le poète doit choisir dans les choses (et il le doit), ce n’est pas le beau, mais le caractéristique. »

Astronomies imaginaires (mais pas astrologie, croyance ou tromperie).

Je suis Edmond Dantès ! sur le roman-feuilleton, et « l’agnition ou reconnaissance » (d’un lien de parenté entre personnages) ; le texte commence ainsi :
« Certains infortunés se sont initiés à la lecture en lisant, par exemple, du Robbe-Grillet. Illisible si l’on n’a pas compris les structures ancestrales de la narration, qu’il détourne. Pour savourer les inventions et déformations lexicales de Gadda, il faut connaître les règles de la langue italienne et s’être familiarisé au bon toscan avec Pinocchio. »

Il ne manquait plus qu’Ulysse. Époustouflant patchwork de critiques du livre de Joyce, où la bêtise le dispute à l’antisémitisme.

Pourquoi l’île n’est jamais trouvée. Incipit :
« Les pays de l’Utopie se trouvent (à de rares exceptions près, comme le royaume du Prêtre Jean) sur une île. »

Texte passionnant sur l’histoire de la (non-)découverte d’îles plus ou moins fabuleuses.
« C’est parce que, jusqu’au XVIIIe siècle, date à laquelle on a pu déterminer les longitudes, on pouvait découvrir une île par hasard et, à l’instar d’Ulysse, on pouvait même s’en échapper mais il était impossible de la retrouver. »

C’est l’argument de L’Île du jour d’avant, mais on découvre aussi l’« Ile Perdue, Insula Perdita », île des Bienheureux de saint Brendan, et même un décryptage de La Ballade de la mer salée d’Hugo Pratt.

Réflexions sur WikiLeaks
« Sur le plan des contenus, WikiLeaks s’est révélé être un scandale apparent, alors que sur le plan de la forme, il a été et sera quelque chose de plus, il a inauguré une nouvelle époque historique.
Un scandale est apparent quand il rend publique une chose que tout le monde savait en privé, et dont on parlait à mi-voix par pure hypocrisie (cf. les ragots sur un adultère). »

« Et cela ne fait que confirmer une autre chose que l’on sait pertinemment : chaque dossier élaboré pour un service secret (de quelque nation que ce soit) est constitué exclusivement de matériel qui est déjà dans le domaine public. Par exemple : dans une librairie consacrée à l’ésotérisme, on s’aperçoit que chaque nouvel ouvrage redit (sur le Graal, le mystère de Rennes-le-Château, les Templiers ou les Rose-Croix) exactement ce qui figurait dans les livres précédents. Et ce n’est pas que l’auteur de textes occultistes s’interdise de faire des recherches inédites (ou ignore comment chercher des informations sur l’inexistant), mais parce que les occultistes ne croient qu’à ce qu’ils savent déjà, et qui reconfirme ce qu’ils avaient déjà appris. C’est d’ailleurs là le mécanisme du succès de Dan Brown.
Idem pour les dossiers secrets. L’informateur est paresseux tout comme est paresseux, ou d’esprit limité, le chef des services secrets, qui ne croit que ce qu’il reconnaît.
Par conséquent, puisque, dans tous les pays, les services secrets ne servent pas à prévoir des cas comme l’attaque des Twins Towers et qu’ils n’archivent que ce qui est déjà connu de tous, il vaudrait mieux les éliminer. Mais, par les temps qui courent, supprimer encore des emplois serait vraiment insensé.
Si les États continuent à confier leurs communications et leurs archives confidentielles à Internet ou d’autres formes de mémoire électronique, aucun gouvernement au monde ne pourra plus nourrir des zones de secret, et pas seulement les États-Unis, mais même pas la République de Saint-Marin ou la principauté de Monaco (peut-être que seule Andorre sera épargnée). »

« Et même si la grande masse des citoyens n’est pas en mesure d’examiner et d’évaluer la quantité de matériel que le hacker capture et diffuse, la presse joue désormais un nouveau rôle (elle a déjà commencé à l’interpréter) : au lieu de relayer les nouvelles vraiment importantes – jadis, c’étaient les gouvernements qui décidaient des nouvelles vraiment importantes, en déclarant une guerre, en dévaluant une monnaie, en signant une alliance –, aujourd’hui c’est elle qui décide en toute autonomie des nouvelles qui doivent devenir importantes et de celles qui peuvent être passées sous silence, allant jusqu’à pactiser (cela est arrivé) avec le pouvoir politique pour savoir quels « secrets » dévoilés il convenait de révéler et ceux qu’il fallait taire.
Puisque tous les rapports secrets qui alimentent haines et amitiés d’un gouvernement proviennent d’articles publiés ou de confidences de journalistes à un attaché d’ambassade, la presse prend une autre fonction : jadis, elle épiait le monde des ambassades étrangères pour en connaître les trames occultes, désormais ce sont les ambassades qui épient la presse pour y apprendre des manifestations connues de tous. »

Tout le bref texte devrait être cité !
Et c’est toujours aussi délectable de se régaler de l’esprit d’Umberto Eco…

\Mots-clés : #complotisme #contemporain #discrimination #ecriture #espionnage #essai #guerre #humour #medias #philosophique #politique #social #universdulivre #xxesiecle
par Tristram
le Lun 24 Oct - 13:57
 
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Sujet: Umberto Eco
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Michel Rio

Une comédie américaine

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Alexandra, vingt-quatre ans, est un top-model qui vient de perdre sa mère, Dorothy, « de son nom de jeune fille Dickinson, ou de son nom complet multi-matrimonial Dickinson Irving Bryant Thoreau Crane Dreiser de Crèvecœur », personnalité excentrique et marquante de la jet set dans le milieu culturel new-yorkais. Malgré les apparences, il semble que cette novella ne soit pas un roman à clef, bien que d’anciens personnages de Rio y réapparaissent, et même si on y rencontre un certain Jack Recouac, « auteur à succès qui avait le fructueux talent de rendre la marginalité accessible ».
La jeune femme avait quitté six ans plus tôt sa mère, figure aussi brillante qu’écrasante avec qui elle n’avait guère de liens affectifs ; c’est à l’occasion de la disparition de celle-ci qu’elle découvre l’identité de son père, Jérôme Avalon, un écrivain. La narration de leurs retrouvailles dans le milieu élitiste de l’art est surtout l’occasion pour Rio d’asséner ses vues sur le monde de l’édition, ainsi que sur la presse (sensationnaliste) et la culture américaine (pécuniaire, médiocre et impérialiste).
« La littérature est passée massivement, encouragée par la concentration éditoriale, de la création à la recette, recette industrielle dans le cas du pur divertissement, recette artisanale dans celui de la tranche de vie bien saignante, intimité épicée plus ou moins autobiographique qui a le double avantage d’autoriser l’auteur ignare et sans invention, puisque son enquête se limite à son pauvre moi, et d’appâter le lecteur-voyeur qui ne déteste pas humer les selles d’autrui. Deux corollaires. Un : l’analphabétisme galopant de la littérature et de son public. Deux : la création, ou prétendue telle, n’est plus validée que par son impact social, donc économique. La presse a emboîté le pas, parce qu’après tout son affaire, qui est aussi celle des trusts éditoriaux, c’est de vendre du papier. Une preuve : l’exportation regrettable de la “creative writing” inventée ici, et qui est un mensonge éhonté parce que ce qu’on peut enseigner n’est pas la création mais la recette. »

« …] en matière de création, ce qu’on vend n’est pas l’œuvre mais l’ouvrier. Variante de l’adage moderne « ne montre pas ton travail mais ton cul » impératif dans les champs artistique et politique, hautement démocratique dans la mesure où, si très peu de gens ont un génie ou des idées, une invention, en somme, tout le monde a un cul, tant bien que mal. »

Un peu outrancier avec notamment son déplaisant élitisme, ce propos pointe cependant une vraie dérive du travail d'écriture et de sa diffusion.

\Mots-clés : #contemporain #creationartistique #medias #social #xxesiecle
par Tristram
le Lun 10 Oct - 12:07
 
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Sujet: Michel Rio
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Mario Vargas Llosa

Conversation à La Catedral

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Titre original: Conversación en la Catedral, 1969, 610 pages environ.
Lu dans la seconde traduction, d'Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès, Gallimard collection Du monde entier, 2015.


Au début un journaliste rentre chez lui, voit sa femme éplorée, on a subtilisé de force leur chien; le chroniqueur, Santiago Zavala, se rend à la fourrière canine afin de le récupérer (amener les chiens divagants à la fourrière rapporte quelques soles, et, quand ils ne divaguent pas...).

Là, après quelques saynètes et propos crus, Zavala tombe sur Ambrosio, ex-chauffeur de son père, et, sur proposition du premier et indication du dernier, ils vont se jeter quelques bières dans un boui-boui nommé La Catedral.
Les 600 pages sont la teneur de cette conversation, par séquences voire chapitres entiers très embrouillée, mâtinée de flashes-back, de réminiscences, d'évocations, de soliloques, de dialogues entremêlés, de bâtons rompus, bien que plus l'on avance, plus le propos soit formellement clarifié.

J'avais lâché cet embrouillamini indigeste et long il y a une quinzaine d'années, dans l'ancienne traduction.
Aujourd'hui c'est passé crème, le style narratif (parlé mais pas nécessairement ordonné) nécessite un peu d'accoutumance et le nombre des caractères ou personnages fait qu'on peut conseiller de le lire avec une relative célérité, du moins une linéarité.

In fine j'ai beaucoup apprécié cet apparent magma d'écriture faussement désinvolte, comme des micros qui captent toutes les bribes de conversations éparses, fissent-elles sens ou non, doublés de micros plus sophistiqués qui saisissent ce qui traverse les esprits, ce qui passe par les têtes:
N'est-ce pas plus proche de ce qui se passe dans la vie ?

Rendu on ne peut plus original donc, qui "classe" l'ouvrage dans un courant littéraire exploratoire. Techniquement, le rendu de ces interférences permanentes, de ces coqs-à-l'âne, couplé à la narration de style parlé permet beaucoup de choses: La légèreté sur un sujet et une époque qui réunissent pourtant tous les ingrédients pour que ce soit bien pesant, l'attention pseudo-détournée du lecteur, qui du coup en redemande à la lecture d'une saynète, sans trop savoir à quel moment du bouquin il va trouver la suite (ou ce qui précédait, via les flashes-back en nombre !).  

Le Pérou, époque dictature d'Odría, il y avait tout pour faire du livre un mélo, ce qu'il n'est pas. Vargas Llosa réalise un petit coup de maître en réussissant une fresque où rien ne semble manquer excepté la vie rurale. Mais nous avons des destins, certains humbles, d'autres de premier plan, la violence, la corruption, la répression, les "arrangements", les oligarques, les révoltés, l'intérieur des familles, les maîtres et les servants, la prostitution - de luxe ou de caniveau.
Et même une certaine chronologie de ces temps particulièrement troublés. Les mondes des casseurs, des petites frappes, des indics, du journalisme, de la nuit sont particulièrement gratinés, le tout servi dans un bouillonnement où mijotent les entrelacs des histoires.  

Certains personnages évoqués sont réels, Odría, Bustamante par ex. (mais la parole ne leur ait jamais laissée directement), la toponymie aussi, et les évènements narrés coïncident avec exactitude à l'histoire péruvienne de ces années-là.  

Le personnage de Santiago Zavala a du Mario Vargas Llosa en lui, on dira qu'il colle avec sa bio (quant au personnage d'Amalia, il est remarquablement troussé, à mon humble avis).

Ce curieux kaléidoscope est sans aucun doute un vrai grand livre, à placer -à mon humble avis, toujours- parmi les ouvrages incontournables de la littérature latino-américaine de la seconde moitié du XXème siècle.


Un exemple de superposition de plusieurs situations, plusieurs dialogues (deux, en l'occurence); on note le simple "dit" pour informer le lecteur de l'auteur de la prise de parole.
Jamais ce "dit", comme un invariable, n'est remplacé par un des équivalents habituels lorsqu'on écrit des dialogues, du type annonça, interféra, trancha, cria, coupa, affirma, etc.

Chapitre VII, Partie 1 a écrit:
- Fondamentalement, deux choses, dit maître Ferro. Primo, préserver l'unité de l'équipe qui a pris le pouvoir. Deuxio, poursuivre le nettoyage d'une main de fer. Universités, syndicats, administration.
Ensuite élections, et au travail pour le pays.
- Ce que j'aurais aimé être dans la vie, petit ? dit Ambrosio. Riche, pour sûr.
- Alors tu pars pour Lima demain, dit Trifulcio. Et pour faire quoi ?
- Et vous c'est être heureux, petit ? dit Ambrosio. Évidemment que moi aussi, sauf que riche et heureux, c'est la même chose.
- C'est une question d'emprunts et de crédits, dit Don Fermín. Les États-Unis sont disposés à aider un gouvernement d'ordre, c'est pour cela qu'ils ont soutenu la révolution. Maintenant ils veulent des élections et il faut leur faire plaisir.  
- Pour chercher du travail là-bas, dit Ambrosio. Dans la capitale on gagne plus.
- Les gringos sont formalistes, il faut les comprendre, dit Emilio Arévalo. Ils sont ravis d'avoir le général et demandent seulement qu'on observe les formes démocratiques. Qu'Odría soit élu, ils nous ouvriront les bras et nous donneront tous les crédits nécessaires.
- Et tu fais chauffeur depuis longtemps ? dit Trifulcio.
- Mais avant tout il faut impulser le Front patriotique national, ou Mouvement restaurateur, ou comme on voudra l'appeler, dit maître Ferro. Pour se faire, le programme est fondamental et c'est pourquoi j'insiste tant.
- Deux ans comme professionnel, dit Ambrosio. J'ai commencé comme assistant, en conduisant de temps en temps. Après j'ai été camionneur et jusqu'à maintenant chauffeur de bus, par ici, dans les districts.
- Un programme nationaliste et patriotique, qui regroupe toutes les forces vivves, dit Emilio Arévalo. Industrie, commerce, employés, agriculteurs. S'inspirant d'idées simples mais efficaces.
- Alors comme ça t'es un gars sérieux, un travailleur, dit Trifulcio. Elle avait raison Tomasa de pas vouloir qu'on te voie avec moi. Tu crois que tu vas trouver du travail à Lima ?
- Il nous faut quelque chose qui rappelle l'excellente formule du maréchal Benavides, dit maître Ferro. Ordre, Paix et Travail. J'ai pensé à Santé, Éducation, Travail. Qu'en pensez-vous ?  
- Vous vous rappelez Túmula la laitière, la fille qu'elle avait ? dit Ambrosio. Elle s'est mariée avec le fils du Vautour. Vous vous rappelez le Vautour ? C'est moi qui avait aidé son fils à enlever la petite.
- Naturellement, la candidature du général doit être lancée en grandes pompes, dit Emilio Arévalo. Tous les secteurs doivent s'y rallier de façon spontanée.
- Le Vautour, le prêteur sur gages, celui qu'a été maire ? dit Trifulcio. Je me le rappelle, oui.
- Ils s'y rallieront, don Emilio, dit le colonel Espina. Le général est de jour en jour plus populaire. Il n'a fallu que quelques mois aux gens pour constater la tranquillité qu'il y a maintenant et le chaos qu'était le pays avec les apristes et les communistes lâchés dans l'arène.
- Le fils du vautour est au gouvernement, il est devenu important, dit Ambrosio. Peut-être bien qu'il m'aidera à trouver du travail à Lima.


\Mots-clés : #corruption #criminalite #famille #insurrection #medias #misere #politique #prostitution #regimeautoritaire #relationdecouple #temoignage #violence #xxesiecle
par Aventin
le Lun 1 Nov - 10:28
 
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Sujet: Mario Vargas Llosa
Réponses: 35
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Jon Swain

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River of time

L’Indochine, Jon Swain en a toujours rêvé. Aussi, lorsque l'AFP lui propose en 1970 de couvrir les conflits alors en cours au Vietnam, au Laos et au Cambodge, n’hésite-t-il pas une seconde. Entre l’Indochine et lui, c’est le coup de foudre. Jon Swain sillonne inlassablement le terrain, passant d’une armée à une autre, d’un pays à un autre, toujours au plus près des évènements. Une vie trépidante et dangereuse, qui coûta la vie à de nombreux reporters. Entre deux bouffées d’adrénaline, les journalistes se retrouvent dans les fumeries d’opium, les bordels, ou au bord des piscines où les expatriés continuent le cours d’une vie en apparence insouciante. La première moitié du livre nous raconte donc cela, d’un ton assez distancié malgré quelques moments forts au milieu des combattants. L’intérêt du propos est indéniable, mais il me manquait quelque chose, une implication plus personnelle de l’auteur, plus de chair et de vérité.

C’est arrivé d’un coup, et je l’ai reçu en pleine face.

Lorsque les khmers rouges envahissent Pnom Penh, Jon Swain se retrouve parqué avec des centaines d’étrangers à l’ambassade de France dans des conditions plus que précaires. Là, il voit la mort en face, les proches arrachés à leur famille au sein même de l’ambassade, les colonnes d’habitants sommés de partir pour la campagne, la barbarie innommable des vainqueurs. Lui-même, fou d’inquiétude, est sans nouvelles de sa compagne, restée à Saïgon qui vient de tomber aux mains des communistes. Des jours de tensions extrême, narrés au plus près, où se révèlent toute la mesquinerie ou la grandeur des êtres.
Anéantie, la petite équipe de journalistes doit laisser partir vers l’inconnu leur ami et collaborateur Dith Pran qui, quelques heures plus tôt, les avait sauvés d’une mort certaine.

Il nous avait enseigné ce qu’est l’amitié et lorsque la chance avait tourné, nous n’avons rien eu à lui donner, sinon de l’argent et de la nourriture. L’avoir abandonné me confirma que nous autres journalistes n’étions au bout du compte que des passagers privilégiés, en transit dans l’enfer cambodgien. Nous étions les témoins d’une gigantesque tragédie humaine qu’aucun de nous ne comprenait. Nous avions trahi nos amis cambodgiens. Nous n’avions pas été capables de sauver ceux qui nous avaient sauvés. Nous n’étions protégés que par nos peaux blanches. J’avais honte.


Jon Swain révèle dans des pages poignantes sa détresse face aux civils mutilés, son sentiment d'impuissance et d'inutilité. Il n'en continue pas moins d’écrire et d’alerter sur le calvaire des boat people et du peuple cambodgien. L’on sent toute sa révolte face au silence assourdissant de l’Occident, sa colère et sa tristesse face à la destruction de cultures qu’il avait appris à aimer.
Puis Jon Swain a continué sa vie de reporter, ailleurs. Il a été pris en otage en Ethiopie, a failli être tué au Timor. Au final, il n’est resté que 5 ans en Indochine. Mais elle lui a valu ses plus beaux reportages (et de prestigieux prix journalistiques). Elle lui a surtout laissé au coeur une trace indélébile. Son livre est un véritable cri d’amour à l’Indochine, à ses habitants, ses paysages, son atmosphère... Et à une femme. Si la première partie m’a laissée quelque peu sur ma faim, la seconde m’a conquise et parfois bouleversée.
River of time, ou le spleen infini de l’Indochine...

J’étais convaincu que, pour ma part, il n’y aurait jamais d’autre Indochine.
S’étaient réunis par hasard les éléments créant une alchimie unique : le lieu, la guerre, l’histoire, la femme que j’aimais ; l’endroit le plus gai et le plus romantique pour un jeune homme encore bardé d’un optimisme et d’un idéalisme forcené.



Mots-clés : #guerre #guerreduvietnam #medias #temoignage
par Armor
le Mer 18 Déc - 6:02
 
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Sujet: Jon Swain
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Vassili Peskov

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Des nouvelles d’Agafia

Original : « Tajohny tupik » (2008)
Récit traduit du russe par Yves Gauthier (2009)

Et voilà qu’on retrouve notre héroïne des « Ermites de la Taïga », Agafia. Le premier tome – que j’ai présenté en haut – se terminait vers 1992 et le désir d’Agafia de rester « chez elle ». Depuis Vassili Peskov a continué à lui rendre visite annuellement, au gré des départs d’hélicoptères, de plus en plus rare. Ces visites sont des fois seulement de quelques heures !
Le livre contient un avant-propos d’Yves Gauthier qui résume un peu l’histoire extraordinaire de cette famille qu’on avait retrouvé en 1978 dans l’immensité de la Taïga.
Puis ce livre « Des nouvelles d’Agafia » est tout simplement divisé en « articles » (écrits d’origine pour la Komsomolskaya Pravda ») des visites régulières de Peskov à partir de 1992 et jusqu’en 2008. Articles qui peuvent être légèrement répétitifs, car étalés sur des années, et retraçant une vie d’une grande régularité. Il y a aussi des photos touchantes.

Et de quoi est-ce qu’il parle avec l’ermite ? On parle de la vie de tous les jours, des travaux de ferme, de la pêche, de santé, des visites d’animaux sauvages (ours et autres…), et l’auteur nous raconte aussi des « acolytes » plus ou moins passagers : avec les années il y avait une bonne vingtaine qui ont essayé de la rejoindre. Et la plupart disparaît avec le prochain hélico ! Car cette vie est sacrement rude, et il ne faudrait pas idéaliser les conditions, même si Agafia profite de sa notoriété en Russie, et des dons qui l’aident à survivre. Si d’un côté un retour « au siècle » n’est pas un sujet pour elle, malgré la rudesse de cette réclusion, elle se réjouit néanmoins des visites et devient « causeuse ».

Il est évident que ce vieux reporter qui est Peskov voue une amitié indéfectible à Agafia, et qu’il est rempli plein d’admiration pour cette femme et ce coté aventure, réclusion, indépendance, ténacité d’elle. Mais on s’empêchera pas à sentir des fois que la simplicité de foi d’une vieille croyante un peu arrêtée dans certaines opinions peut aussi devenir plus facilement un sujet sinon de moquerie, au moins d’’incompréhension. Souvent on reste à constater l’apparente anachronisme de voir une femme choisir une telle vie où temps que « le monde » a bien changé, a bien choisi d’autres rythmes de vie.

On aimerait – j’aurais aimé – vraiment écouter plus du moteur qui anime encore cette femme, c’est à dire qui la fait vivre cette vie pas seulement comme une fermière un peu spéciale, mais aussi comme expression d’une foi plus profonde. Une femme qui prie des heures par jour. Mais c’est éventuellement un coté de la vie que ces scientifiques et journalistes ne peuvent pas cerner ? Juste vers la fin du livre, un chapitre est intitulé « Causerie de nuit », et cela me semble aller plus au cœur que bien d’autres chapitres.

Mais reste l’aventure incroyable d’Agafia qui a fêté ses 75 ans cette année !


Mots-clés : #medias #religion #solitude
par tom léo
le Dim 16 Juin - 12:26
 
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Sujet: Vassili Peskov
Réponses: 13
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Marc Lavoine - Driss El Kesri

Toi et moi, on s'appelle par nos prénoms

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Marc Lavoine (parrain) et Driss El Kesri (rédacteur en chef) ne sont là qu'à titre de préfacier, expliquant leur implication dans l'aventure du Papotin, un "journal atypique" (expliquant peu d’ailleurs, on aimerait mieux comprendre les mécanismes de cette aventure éditoriale)

Utopsy a écrit:Que signifie « atypique » ? Chaque personne participant à ce journal a probablement sa réponse. Selon un des concepteurs du journal, « atypique » signifie : « différence acceptée ».
Le Papotin est un journal qui existe depuis plus de 20 ans et compte déjà une trentaine de numéros. Il est né d’une proposition de Driss El Kesri, alors qu’il travaillait à l’hôpital de jour d’Antony, accueillant des jeunes présentant des symptômes autistiques et apparentés, d’écrire sous la dictée de ces jeunes tout ce qui leur passerait par la tête et qu’ils auraient envie de voir retranscrit.
De cette idée initiale est née celle de la création d’un journal, publié régulièrement, qui s’articulerait autour de deux éléments : des textes rédigés à partir des écrits ou des paroles des rédacteurs et des interviews de personnalités politiques, artistiques, médiatiques, réalisées par ces rédacteurs et retranscrites ensuite.
Les rédacteurs du Papotin forment un groupe hétérogène puisqu’il réunit des patients de différents hôpitaux de jours, des usagers d’IME et d’ESAT, des résidents de Foyers de vie ou de Foyers d’accueil médicalisés de la région parisienne, des accompagnants de ces personnes travaillant dans les institutions qu’elles fréquentent, ainsi que quelques personnes qui ne sont pas issues du milieu de la prise en charge spécialisée mais ont croisé le chemin du journal et sont devenus des rédacteurs du Papotin.
Le comité de rédaction du journal se réunit chaque semaine dans un théâtre parisien, en dehors du cadre des institutions dont sont issus la plupart des rédacteurs du journal, dans le but de produire le contenu du journal. Les interviews ont également lieu dans ce cadre. Cette élaboration s’effectue à partir d’une discussion libre où la parole de chacun a son importance. Le journal se reconnaît deux parrains : Howard Buten et Marc Lavoine.
Le Papotin est totalement inscrit dans l’actualité sociale et politique, interviewant des personnes comme Cécile Duflot, Stéphane Hessel, Jacques Chirac, monseigneur Gaillot, la chanteuse Lorie, etc…
La question de la norme, de la différence, de l’exclusion, de l’hétérogène, du ressenti intérieur des rédacteurs est centrale (...)
Mais ce qui structure tout aussi fortement le Papotin, c’est la fantaisie omniprésente, la drôlerie, qui donne au lecteur une jubilation particulière, salutaire, celle que l’on ressent lorsque les règles sociales sont démasquées, lorsque le langage est décalé de ses conventions habituelles.


Suivent cette préface , sans plus de commentaires, des textes extraits des nombreux numéros du Papotin, poèmes, textes courts "banaux", trucs bizarres, définitions, interviews d'hommes et femmes célèbres plus ou moins adroits et à l'aise. On apprend à connaître, ou plutôt reconnaître Arnaud, Carole, Alexandre...On est ainsi au cœur de l'âme de ces jeunes gens et de leur étrangeté, on saisit de façon aiguë leur inadaptation au monde (ou l’inadaptation du monde à eux), leur mystère et leur sensibilité à fleur de peau. On n'y comprend rien, bien sûr, mais on s'imprègne de cette différence, on voit comme le monde est inhospitalier pour eux, comme ce journal est une bulle d'ouverture et de tolérance.

Le site du papotin


mots-clés : #medias #poésie
par topocl
le Mer 11 Juil - 9:05
 
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Sujet: Marc Lavoine - Driss El Kesri
Réponses: 1
Vues: 516

Michel Houellebecq

Soumission

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Ce livre a déjà été abondamment et brillamment commenté, mais des citations furent réclamées, alors…
On retrouve d’emblée cette complaisance benoîte à préciser avec application notre propre médiocrité au travers de celle d’un narrateur type où l’on devine l’auteur. Houellebecq ne renonce pas à se rendre hostile une large part des lecteurs, non sans une certaine provocation plaisante, qui peut confiner au cynisme :
« Dans l'iconographie de l'ouvrage, il y avait la reproduction du prospectus d'un bordel parisien de la Belle Époque. J'avais éprouvé un vrai choc en constatant que certaines des spécialités sexuelles proposées par Mademoiselle Hortense ne m'évoquaient absolument rien ; je ne voyais absolument pas ce que pouvaient être le "voyage en terre jaune", ni la "savonnette impériale russe". Le souvenir de certaines pratiques sexuelles avait ainsi, en un siècle, disparu de la mémoire des hommes – un peu comme disparaissent certains savoir-faire artisanaux tels que ceux des sabotiers ou des carillonneurs. Comment, en effet, ne pas adhérer à l'idée de la décadence de l'Europe ? »

C’est une forme d’anticipation (le genre littéraire qui explore des évolutions possibles de nos sociétés), mais plus une sorte de diagnostic et de matière à réflexion qu’un pronostic ou une analyse argumentée.
C’est aussi le fil de Huysmans, sujet d’études du narrateur et de l’auteur, qui leur sert de vague référence existentielle :  
« Ç'aurait été une erreur d'accorder trop d'importance aux "débauches" et aux "noces" complaisamment évoquées par Huysmans, il y avait surtout là un tic naturaliste, un cliché d'époque, lié aussi à la nécessité de faire scandale, de choquer le bourgeois, en définitive à un plan de carrière [… »

« …] les plats pour micro-ondes, fiables dans leur insipidité, mais à l'emballage coloré et joyeux, représentaient quand même un vrai progrès par rapport aux désolantes tribulations des héros de Huysmans ; aucune malveillance ne pouvait s'y lire, et l'impression de participer à une expérience collective décevante, mais égalitaire, pouvait ouvrir le chemin d'une résignation partielle. »

Structure souple, enchaînement constant, sans temps mort ; une certaine élégance dans la narration, avec le côté clinique et détaché qui convient dans ce bilan d’une existence banale.
Savoureux regard sur la place de la carrière professionnelle (et les sujets de conversation entre collègues), la politique, l’intelligentsia et les médias, bref la société post 68 sur son erre : consommation de masse induite par la croissance, allongement et démocratisation de l'enseignement, émergence de "la jeunesse" comme nouveau groupe social et transformation des mœurs, sexe et détachement dans les rapports humains, solitude, vide de perspective…
« Que l'histoire politique puisse jouer un rôle dans ma propre vie continuait à me déconcerter, et à me répugner un peu. Je me rendais bien compte pourtant, et depuis des années, que l'écart croissant, devenu abyssal, entre la population et ceux qui parlaient en son nom, politiciens et journalistes, devait nécessairement conduire à quelque chose de chaotique, de violent et d'imprévisible. La France, comme les autres pays d'Europe occidentale, se dirigeait depuis longtemps vers la guerre civile, c'était une évidence ; mais jusqu'à ces derniers jours j'étais encore persuadé que les Français dans leur immense majorité restaient résignés et apathiques – sans doute parce que j'étais moi-même passablement résigné et apathique. Je m'étais trompé. »

Les partis et personnages politiques sont donc particulièrement visés, ainsi que les médias (et c'est piquant à lire suite aux dernières élections) :  
« L'implosion brutale du système d'opposition binaire centre-gauche – centre-droit qui structurait la vie politique française depuis des temps immémoriaux avait d'abord plongé l'ensemble des médias dans un état de stupeur confinant à l'aphasie. »

« "Ce qui est extraordinaire chez Bayrou, ce qui le rend irremplaçable", poursuivit Tanneur avec enthousiasme, "c'est qu'il est parfaitement stupide, son projet politique s'est toujours limité à son propre désir d'accéder par n'importe quel moyen à la “magistrature suprême”, comme on dit [… »

« Sous l'impulsion de personnalités aussi improbables que Jean-Luc Mélenchon et Michel Onfray [… »

« La gauche avait toujours eu cette capacité de faire accepter des réformes antisociales qui auraient été vigoureusement rejetées, venant de la droite [… »

« Les fascismes me sont toujours apparus comme une tentative spectrale, cauchemardesque et fausse de redonner vie à des nations mortes [… »

« Et l'existence d'un débat politique même factice est nécessaire au fonctionnement harmonieux des médias, peut-être même à l'existence au sein de la population d'un sentiment au moins formel de démocratie. »

« …] mais les journalistes ayant une tendance bien naturelle à ignorer les informations qu'ils ne comprennent pas, la déclaration n'avait été ni relevée, ni reprise. »

« L'absence de curiosité des journalistes était vraiment une bénédiction pour les intellectuels, parce que tout cela était aisément disponible sur Internet aujourd'hui, et il me semblait qu'exhumer certains de ces articles aurait pu lui valoir quelques ennuis ; mais après tout je me trompais peut-être, tant d'intellectuels au cours du XXe siècle avaient soutenu Staline, Mao ou Pol Pot sans que cela ne leur soit jamais vraiment reproché ; l'intellectuel en France n'avait pas à être responsable, ce n'était pas dans sa nature. »

La femme est particulièrement peu épargnée, cependant :
« Aucune femme n'avait été conviée, et le maintien d'une vie sociale acceptable en l'absence de femmes – et sans le support du foot, qui aurait été inapproprié dans ce contexte malgré tout universitaire – était une gageure bien difficile à tenir. »

Houellebecq donne une raison "scientifique" un peu biscornue au succès de l’islamisme : la prégnance de la polygamie (réservée aux dominants) du point de vue de la sélection naturelle !
« C'est à peine s'il revenait sur le cas des civilisations occidentales, tant elles lui paraissaient à l'évidence condamnées (autant l'individualisme libéral devait triompher tant qu'il se contentait de dissoudre ces structures intermédiaires qu'étaient les patries, les corporations et les castes, autant, lorsqu'il s'attaquait à cette structure ultime qu'était la famille, et donc à la démographie, il signait son échec final ; alors venait, logiquement, le temps de l'Islam). »

D’un point de vue religieux et historique, il en appelle (facilement) à Nietzsche pour discréditer la démocratie :
« L'idée de la divinité du Christ, reprenait Rediger, était l'erreur fondamentale conduisant inéluctablement à l'humanisme et aux "droits de l'homme". »

Quant au titre :
« "C'est la soumission" dit doucement Rediger. "L'idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue. C'est une idée que j'hésiterais à exposer devant mes coreligionnaires, qu'ils jugeraient peut-être blasphématoire, mais il y a pour moi un rapport entre l'absolue soumission de la femme à l'homme, telle que la décrit Histoire d'O, et la soumission de l'homme à Dieu, telle que l'envisage l'islam." »

Ce fut pour moi une lecture fort agréable (et pas trop longue), effectivement impossible à prendre au premier degré.
Et il m’en restera quelques phrases, comme celle-ci :
« Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d'imaginer le point de vue de ceux qui, n'ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière. »



mots-clés : #contemporain #identite #medias #politique #religion #romananticipation #sexualité #social
par Tristram
le Lun 30 Avr - 20:12
 
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Sujet: Michel Houellebecq
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Anjan SUNDARAM

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Kinshasa jusqu'au cou

éditions Marchialy a écrit:Dans la lignée de Ryszard Kapuściński et de V. S. Naipaul, Anjan Sundaram raconte une année de quête de vérité, une poursuite effrénée dans un pays ravagé par la misère et la violence.

Sa route est toute tracée : études de mathématiques dans la prestigieuse université américaine Yale et offre d’emploi chez Goldman Sachs. Un chemin balisé que le jeune Anjan Sundaram décide de quitter en 2005. Il abandonne tout pour plonger dans l’inconnu et prend un aller simple pour la République démocratique du Congo. Il sera désormais reporter. Ou, plutôt, essaiera de le devenir. Car derrière le romantisme de la vie d’aventures, Anjan Sundaram découvre une réalité hostile. De déconvenues en rebondissements, l’apprenti journaliste doit apprendre à survivre dans la jungle urbaine de Kinshasa. Malgré l’euphorie de l’élection présidentielle de 2006 – premières élections libres et démocratiques depuis quarante ans –, la chaleur paralysante est à l’image d’un pays qui suffoque.

Entre reportage journalistique et roman d’aventures Kinshasa jusqu’au cou est le portait sensible et humain d’un pays trop souvent réduit aux gros titres de journaux. Anjan Sundaram prend le temps de nous dévoiler la République démocratique du Congo dans toute sa complexité à travers la description d’une ville hors norme, une galerie de personnages éloquente et des aventures inédites.


Une découverte en forme de récit autobiographique de la République Démocratique du Congo ou plutôt de l'envers du décor. L'envers des titres des journaux du monde, l'envers des communiqués, une immersion aussi dans un imaginaire d'idées parfois préconçues ?

Anjan se fait loger par des connaissances de sa banquière. Loin des hôtels climatisés de la "ville", sa contribution financière à la vie de cette famille du quartier de VIctoire s'avère essentielle. Son apprentissage de la vie locale inclut de la débrouille, la peur, des amitiés incertaines et toujours une distance particulière entre lui et les autres. Lui et d'autres journalistes étrangers, d'autres indiens installés dans le pays, surtout lui et les Africains.

Il a beau partager une part de leur précarité le fait est que de pouvoir s'en aller, de pouvoir avoir plus de moyens, d'avoir plus d'opportunités  le rend forcément étranger. Désireux par ses articles, en plus du brut besoin de liquidités, de faire la lumière sur un Congo plus "vrai" on sent que ce statut a quelque chose de conflictuel. Il bénéficie de cette vision qui se perpétue et ronge le pays depuis la colonisation.

Au fil des pages on rencontre un peuple qui ne s'appartient plus vraiment et ce depuis si longtemps qu'il semble que ça en soit devenu pour ainsi dire culturel. Pays Européens, Etats-Unis, Chine, Inde et voisins africains tout le monde semble en vouloir toujours plus ou autant et à l'abris des regards du monde. Ce qui est simple quand la région concernée par la déforestation, l'exploitation minière et une violence sans fin est difficilement accessible, Au cœur des ténèbres et plus loin encore peut-être. Si l'éloignement ne suffit pas le contrat commercial, l'écologie ou encore l'ONU font apparemment amplement l'affaire.

De ce côté on tombe au moins aussi bas que les baisses de moral de notre journaliste esseulé quand il quitte la ville pour des reportages éventuels au milieu de nulle part. La mise en scène, mise en place des élections laissent songeur. Au delà d'un résultat attendu l'images de familles faisant des kilomètres pour voter... avec des haricots secs ? a quelque chose de... fou.

Une folie qui n'est qu'une fibre de celles plus vaste de Kinshasa violente, tumultueuse, injuste dans son élan vital destructeur, une ville repliée sur elle-même, ses quartiers repliés sur eux-mêmes.

Un portrait troublant, très simple dans la forme, tentaculaire et étouffant dans son contenu, les rapports de force et d'intérêts omniprésents entre individus. Un pas infranchissable vers l'autre, de la colère, de la frustration sans verser vers le document proprement à charge ou la leçon de vie.

La distance qui persiste, l'énigme culturelle imposée dans cette histoire contemporaine. C'est un fichu voyage celui dans lequel nous embarque le journaliste qui n'est plus en devenir. Et quelques impressions que je ne sais pas formuler...


mots-clés : #medias #mondialisation #politique
par animal
le Dim 9 Juil - 17:44
 
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Sujet: Anjan SUNDARAM
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