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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Sam 3 Déc - 23:05

11 résultats trouvés pour merlacriviere

Jean-Pierre Abraham

Armen

Tag merlacriviere sur Des Choses à lire Armen10

Le narrateur/auteur note ses impressions tandis qu’il patiente, gardien du phare d’Ar-Men, « la pierre », à l’extrémité occidentale de la chaussée de Sein, au sud de la mer d’Iroise.
Croisant le collègue de vacation au gré des quarts, il semble être au bord de la folie, de la peur, ainsi assailli par la mer, qu’à force on ne peut plus regarder.
« Il y a quelqu’un en moi qui ne doit pas sortir vivant d’ici. »

Dans cette longue veille attentive, apprentissage de la patience, il dénote un grand soin de la lumière : la lanterne bien sûr, mais aussi sa lampe à pétrole, les perles de Vermeer, les reflets, les cuivres qu’il astique.
« Alors les personnages semblaient secréter leur propre lumière. Femmes-lampes exactement, qui brillaient un peu plus dans les passages du vent. »

« Veiller à la lueur vacillante d’une bougie, ce serait moins dur. C’est la fixité de la flamme, dans ma lampe, qui m’étreint, qui fait naître, familier désormais, inépuisable, ce halètement. »

Cette rude existence monacale est surtout consacrée à l’entretien du phare.
« Le pain moisit vite, cette dizaine. »

« Plus jamais il ne serait possible de revenir à une existence normale. »

Il lui faut se défier des souvenirs (il a vingt-six ans, donc l’enfance, sa vie de marin également) ; il est aussi en compagnie des poèmes de Reverdy.
« Je voudrais être un bon outil, savoir attendre, savoir préparer… »

Son affaire, c’est encore de s’efforcer à écrire.
« Il y a des mots qui se mettent à flamber dans la nuit. Au matin souvent je les retrouve en cendres. Quels mots faut-il inventer, qui flambent à chaque fois qu’on les regarde ? »

« Et cependant je crois qu’au bout de la monotonie chaque instant doit retrouver sa fraîcheur, révéler à nouveau son pouvoir d’immense surprise. »

Voilà un beau livre, variante fort différente de Le phare, voyage immobile, de Rumiz.

\Mots-clés : #autobiographie #lieu #merlacriviere
par Tristram
le Ven 26 Aoû - 12:59
 
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Sujet: Jean-Pierre Abraham
Réponses: 3
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Valerio Varesi

La Maison du commandant

Tag merlacriviere sur Des Choses à lire La_mai14

De nouveau la brume, celle du Pô, à Sacca, petit port à la hauteur de Parme, plus généralement dans la bassa, écosystème ici aussi, ici encore, mis à mal par l’activité humaine incontrôlée, pollutions diverses, extraction du sable, et ces pêcheurs des pays de l’Est qui ratissent ce qu’il reste de poisson.
« La bassa est un territoire d’eau. »

« Ils sont comme la peste : ils salissent, ils bivouaquent, ils réduisent les berges en bouillie, et en plus, ils sont arrogants. Ils pillent le peu qui reste au fond du fleuve. Ils prennent de tout avec leurs chaluts : des silures évidemment, mais aussi des carpes, des ablettes, des poissons-chats, des brochets… Ils ne laissent rien. Personne ne les emmerde. Aucun carabinier, alors qu’ils n’ont même pas un semblant de permis. »

On retrouve l’inspecteur Soneri, avec entr’autres « l’ami », Nocio, Nanetti le chef de la Scientifique, le vieux Lumén avec son Ukrainienne muette, et cette aventure renoue avec l’atmosphère du premier livre de la série, Le Fleuve des brumes − et bien sûr grana, culaccia et anolini au bouillon… et la sempiternelle rivalité d’extrême droite et gauche, fascistes et communistes, qui remonte à la guerre.
« Sans doute était-ce en de pareils moments que naissaient les histoires du Pô, quand le brouillard exalte l’imagination. Parce qu’il faut bien rêver lorsque l’on n’y voit rien. »

« La réalité changeait en permanence, il ne servait à rien d’essayer de l’expliquer à ceux qui ne la connaissaient pas. »

« Était-ce pour cette raison qu’il aimait le brouillard ? La nébulosité, la surprise d’un chemin, le dévoilement inattendu et l’intériorité comme unique horizon rappelaient les trajectoires de vie d’où surgissaient sans cesse de nouvelles perspectives. »

« Certaines générations grandissent dans l’espoir, d’autres, dans la désillusion. Les changements balancent toujours entre les deux. Vous, par exemple, vous avez grandi dans l’espoir. Ceux d’aujourd’hui ont perdu toutes leurs illusions. La destruction est porteuse d’espoir, et la désillusion nous rend conservateurs. Vous et vos contemporains aviez envie d’abattre tout ce que vos pères avaient construit, mais les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas de père. Ils ne connaissent pas l’autorité, ils ne peuvent pas la contester. Ils n’ont aucun repère, ils cherchent désespérément quelqu’un qui leur ressemble. Voilà pourquoi ils rêvent d’un chef de meute, du discours unique. »

« Ici, la terre n’appartient pas aux hommes, elle appartient au fleuve. »

« La bassa est une terre de visions et de monstres [… »

« Vous n’imaginez pas tout ce qu’on trouve sur les arbres, après une crue. Il faut venir sous les peupliers pour s’en rendre compte : culottes, soutanes, casquettes, pots de chambre, enseignes, tables de nuit, des jouets, des vélos, des poêles à bois… Comme si le Pô se faufilait dans les maisons des gens pour voler tout ce qu’il peut… »

« Je voudrais retenir le passé, et fuir la nostalgie qui pue toujours la mort. »

« C’est une erreur de penser que la peur, la colère ou l’envie, les passions, sont le mal absolu. Le vrai mal, c’est la raison. Rien n’est plus inhumain que de l’appliquer à notre monde au service d’un objectif. Car malgré nous, le monde continue de pourrir en suivant de sombres instincts. Il vaut mieux le laisser aller comme on le fait avec le fleuve, chercher à contenir sa fureur, le seconder plutôt que d’en dévier le cours… »

« Rien ne l’agaçait davantage que le dogmatisme. La chose la plus stupide qu’on pût imaginer dans le bouillonnement chaotique de l’existence. »

Je suis au moins d’accord avec Varesi, outre sur le goût des fleuves et des brumes, avec l’exécration de ce qui peut être résumé par l’adage "la fin justifie les moyens".

\Mots-clés : #lieu #merlacriviere #polar
par Tristram
le Ven 12 Aoû - 11:34
 
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Sujet: Valerio Varesi
Réponses: 47
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Pedro Cesarino

L’attrapeur d’oiseaux

Tag merlacriviere sur Des Choses à lire Laattr10

Un anthropologue brésilien retourne une fois de plus dans sa famille adoptive amérindienne qu’il étudie, haut sur un fleuve amazonien de Colombie, mais cette fois il est las et mélancolique, quoique toujours torturé par le désir sexuel et obsédé par le mythe de l’attrapeur d’oiseaux, qu’il n’a jamais pu appréhender.
« …] je vais enfin pouvoir de nouveau m’empêtrer dans les trames des rivières et des histoires, en premier lieu celle qui me manque, celle de l’attrapeur d’oiseaux, ce récit étrange dont, pour une raison ou une autre, les racines d’un arbre obscur et inaccessible m’enveloppent. »

Avec la remontée du fleuve, je retrouve une fois encore cet univers fascinant, ces images rares qui ont demandé heures et journées de navigation pour devenir de justes métaphores.
« À ce stade du voyage, le fleuve n’est plus l’immense miroir du début, il est désormais mesurable. Nous apercevons ses deux rives qui forment peu à peu un couloir sinueux et interminable, un couloir-estomac qui nous aspire dans son tempo. »

« Des berges à n’en plus finir, des marigots et des lignes droites qui commencent à altérer la vue et l’ouïe. Le fleuve semble pénétrer comme un ver dans les concavités du cerveau et en modifier les axes. »

Cesarino cite « le vieux Français », Lévi-Strauss, dont la pensée et Tristes tropiques (ainsi que Saudades do Brasil) hantent le texte.
« En vérité, le mythe de référence n’est rien d’autre, comme nous essaierons de le montrer, qu’une transformation d’autres mythes provenant soit de la même société, soit de sociétés proches ou éloignées. »

Il commente :
« La variation des récits constitue pourtant une gymnastique mentale. Elle n’aurait de sens que si elle était motivée par quelque chose de plus – l’expérience de raconter une histoire, peut-être, ou d’être traversé par elle –, par autre chose se trouvant derrière les mots, par un monde singulier. »

Avec la fatigue, le paludisme, les rêves nocturnes, quelques substances absorbées, l’atmosphère est onirique, divinatrice (on peut penser Au cœur des ténèbres de Conrad) ; ainsi le rêve de Pasho, le nain :
« Il a rêvé des chairs et des os de sa mère éparpillés partout dans le ciel. La voûte bleue avait été envahie des os et des chairs de sa défunte mère, qu’il n’a pourtant pas connue, comme s’il s’agissait d’une couverture en patchwork ensanglantée. L’image m’impressionne, un ciel constellé d’os et de chairs, une mère-monde à l’envers. »

Un vague mal-être ronge l’anthropologue parvenu aux malocas de ses amis, dont il partage le quotidien et parle la langue, tandis que des prédictions apocalyptiques annoncent de proches perturbations. S’interrogeant sur le monde extérieur, « Manaus, Europe, Jérusalem », les caciques se réunissent pour choisir un nouveau « président » (et demandent au narrateur de leur ramener une fusée pour voyager plus vite qu’en pirogue), tandis que meurt le vieux pajé (chaman), le « grand épervier » :
« Quand une personne de la valeur d’Apiboréu meurt, il est interdit de faire le moindre effort. On s’allonge.
Les arbres semblent grandir derrière nous, tandis que nous passons devant d’autres villages et sommes suivis par toutes les pirogues qui descendent sans pagaies ni moteur, juste portées par le courant. Au-dessus de nos têtes, un phénomène inhabituel : des oiseaux de proie, qui d’ordinaire volent seuls, nous accompagnent en bande, comme si c’étaient des urubus. Harpies féroces, faucons aplomado, caracas huppés, ils assombrissent le ciel grisâtre de cette étrange journée. »

La cosmologie, c'est-à-dire le mythe en tant que façon de penser l’Autre, est bien sûr au centre du livre.
Le nom du benjamin des quatre frères fondateurs du monde, Amatseratu, le jeune « décepteur » mythique, le gâcheur, d’ailleurs entouré d’allusions au Japon, ne serait-il pas une référence facétieuse à la déesse solaire japonaise ?
L’anthropologue se sent seul, malmené entre ses incompréhensions et ses maladresses en passant par les malentendus, partagé entre la poursuite de son travail et le retour aux siens – enfin, ses autres proches. Cette autre civilisation se résumera aux aventuriers malfaiteurs rencontrés au départ et à la grotesque visite des missionnaires fondamentalistes nord-américains.

\Mots-clés : #amérindiens #autofiction #contemythe #merlacriviere #minoriteethnique #ruralité #temoignage #traditions
par Tristram
le Dim 31 Juil - 12:48
 
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Sujet: Pedro Cesarino
Réponses: 2
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Paolo Rumiz

Le phare, voyage immobile

Tag merlacriviere sur Des Choses à lire Le_pha10

Ce livre aussi superbe que concis évoque la mer (surtout la Méditerranée), ses vents, des personnes/ personnages, y compris mythiques (la culture de l’auteur est remarquable – grecque, italienne, etc.).
Le titre original est Il ciclope, et c’est comme un cyclope qu’apparaît souvent le phare mystérieux (au moins quant à sa localisation exacte) situé au centre du monde, où Rumiz séjourne pendant trois semaines, seul avec les gardiens, la nature, l’histoire, la mer. Il trouve donc le temps d’observer minutieusement, campé dans le présent/ bonheur, ainsi une fabuleuse recette de soupe de rascasse :
« Et chaque bouchée est une eucharistie. »

Il trouve aussi, au gré de son journal, celui de frappantes métaphores, de réflexions sur le passé et le présent.
« Le voyage immobile est le plus difficile de tous, parce qu'on n'a pas d'échappatoire, on est seul avec soi-même, en proie aux visions, et il est donc facile, pour ne pas dire naturel, de se laisser aller. »

« J’apprends d’emblée à tenir compte du fait que les ressources sont épuisables. »

« Avoir la vision d’ensemble : voilà ce que signifie pour moi la perception pélagique du monde. À Berlin, on ne peut pas le comprendre, ni même à Rome ou à Paris, parce que la culture est une culture de terre ferme. On n’y a pas de visionnaires, on n’y a que des analystes dans leurs fichus bureaux d’étude. »

« La Méditerranée a toujours été une mer de batailles. Mais la guerre y a toujours cohabité avec le commerce et la culture. […] Donc ce qui a changé aujourd’hui, ce n’est pas une augmentation des conflits, mais un crépuscule des échanges commerciaux et culturels. »

« Oui, ça bouge dans le ciel, cette nuit-là. Et ma métamorphose, elle aussi, s’achève. Le vent, le martèlement des vagues, la solitude, l’absence des problèmes, tout cela y a contribué. Mais ce qui m’a par-dessus tout rendu le temps de vivre, c’est le magnifique silence du Web, dont je me suis délecté au cours de ces semaines sans Internet. Mes journées durent deux fois plus longtemps. Elles sont la preuve du vol monstrueux perpétré par le Web. L’absence de navigation dans le cyberespace m’a dévoilé les horizons infinis de la navigation en mer, et aussi de celle qui existe au-dedans de moi. »

Même si le thème n’est pas neuf, qu’il s’agisse de la mer ou du voyage immobile (du Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre à Dans les forêts de Sibérie de Tesson, quasi contemporain), c’est donc aussi une prise conscience écologique, celle d’un passéisme d’homme dépassé, et/ou du fourvoiement de l’humanité.

\Mots-clés : #autobiographie #merlacriviere #voyage
par Tristram
le Dim 24 Juil - 11:11
 
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Sujet: Paolo Rumiz
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Michel Rio

Le Vazaha sans terre

Tag merlacriviere sur Des Choses à lire Le_vaz10

Michel Rio renoue avec l’histoire et le style, certains personnages aussi, de ses premiers romans. Celui-ci commence avec la fantastique (et macbéthienne) scène finale de « l’armée de morts » dans Merlin, matérialisée dans son comté de Cumbria par Alan Stewart, duc de Camlan, l’ami du narrateur-auteur. Ce dernier est également l’amant de lady Laura Savile, comtesse de Badon, cousine germaine du précédent, et assimilée à Morgane.
L’art de la conversation est plus que jamais aristocratique, à la limite de la préciosité.
« Je ne pus trouver qu’un moyen détourné, une citation, façon de créer une distance vis-à-vis de moi-même en raison du procédé et de dire à Laura la vérité à travers les mots émouvants et insondables d’un poète inégalé. »

C’est que notre héros souffre d’une mélancolie métaphysique, crise d’angoisse existentielle au sujet de la vacuité, « de la finalité ou de l’absurdité de la vie » le portant à partir en solitaire à la voile jusque Madagascar.
De l’écriture :
« C’est à la fois une terre d’élucidation, ou plus justement de tentative d’élucidation, et un moyen de rendre intéressant le voyage, de conjurer un peu l’absurdité ou l’ennui, d’introduire un parcours linéaire à travers des cycles sans queue ni tête. »

« Quand j’écris, je m’adresse à moi-même et à personne d’autre. C’est un mélange d’enquête et de création, en aucun cas une communication. »

C’est donc une traversée en mer, au cours de laquelle le narrateur sauve Virginia Fox, une navigatrice solitaire anglaise, occasion de nouveaux dialogues philosophico-érotiques.
« Je pense qu’il n’y a que le mouvement. Pas de but. Un voyage sans destination, sur un océan sans limite. Ce qui fait qu’on meurt toujours en pleine mer. »

Puis le Vahaza (en malgache : Blanc, étranger) retrouve l’île qu’il a quittée à cinq ans, ainsi qu’un crocodile et un ami d’enfance.
« Il me reste le temps. Il ne vient de nulle part, ne va nulle part. Il s’écoule. Il est simplement ce qui est nécessaire aux choses pour changer. Et quand on se met à le compter, il devient la mort. »

Complaisant, demande une certaine indulgence de la part du lecteur pour se prêter à cette dialectique mélancolieuse dans le goût de Diderot.

\Mots-clés : #autofiction #ecriture #erotisme #merlacriviere
par Tristram
le Sam 28 Mai - 12:38
 
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Sujet: Michel Rio
Réponses: 27
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Robert Erskine Childers

L'Énigme des sables − Un rapport des services secrets

Tag merlacriviere sur Des Choses à lire Zonigm10

Carruthers, le narrateur, a une vision fort snob du yachting, et il est fort surpris en rejoignant son ancien condisciple Davies pour une croisière dans la Baltique sur un petit voilier.
« La Dulcibella me parut très petite (de fait 7 tonneaux [environ 1 tonne ou deux m3] ; sa longueur était de trente pieds [environ 30 cm] environ, et sa largeur de neuf. »

C’est un bateau à fond plat, avec un très faible tirant d’eau, une dérive mobile et de petites quilles de roulis, permettant ainsi les échouages.
Davies lui paraît fort simple, puis fort expérimenté et courageux comme ils naviguent assez précairement de fjord en fjord, jusqu’à ce qu’il lui raconte sa rencontre avec Dollmann, capitaine de la Médusa qui essaya de le perdre dans un raccourci au travers des bancs de sables près de l’embouchure de l’Elbe. Davies croit que c’est un Anglais travaillant pour les Allemands, jaloux de préserver le secret stratégique de ces chenaux que parcourent seules des galiotes locales, et convainc son compagnon de retourner le surveiller en explorant cette côte masquée par les îles de la Frise orientale, zone inconnue des marins anglais, dans le but d’assurer la suprématie maritime de la Grande-Bretagne.
« C’étaient des barques à voiles, assez semblables à celles qu’on voit sur la Tamise, renflées à l’avant, élevées à l’arrière, d’un tonnage de cinquante tonneaux à peu près, gréées en galiotes avec des ailes de dérive, de très légers espars et un long beaupré retroussé. À l’avenir, je les appellerai galiotes. »

Ils explorent, observent, relèvent donc cette étrange hydrographie, dans l’optique tactique de petits torpilleurs amarinés à ces parages.
La description des bancs de sable et des chenaux en fonction des marées derrière le cordon côtier de ce qui est dorénavant appelé la mer de Wadden (Watten en allemand, les battures) restitue un paysage exotique, marqué par les « booms », pieux ou perches plantés dans le sable pour indiquer les passages parfois disparus dans l’évolution de l’ensablement.
Trois cartes sont jointes à l’ouvrage, ce qui ne m’a pas empêché de devoir recourir à plusieurs autres pour tenter de suivre leur périple.
La Dulcibella semble être surveillée par la galiote le Kormoran, avec Grimm (« sinistre »), supposément à la recherche d’un trésor englouti, et ils rencontrent également le capitaine von Brüning, commandant la canonnière Blitz de la marine allemande. Dollmann a une fille, Clara, qui ne laissa pas indifférent Davies lors de leur première rencontre…
C’est un roman d’aventures maritimes (cf. l’allusion à Stevenson au début), et un roman d’espionnage (surtout dans la seconde moitié).
La lecture est cependant moins celle d’un roman que de faits réels romancés, avec des incidents inutiles à l’intrigue (comme le personnage de Bartels, capitaine de la Johannes, qui a rescapé la Dulce), des composantes incohérentes dans un imbroglio caractéristique de l’existence authentique.
Bref, une belle surprise !

\Mots-clés : #aventure #merlacriviere #nature
par Tristram
le Ven 11 Mar - 13:08
 
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Sujet: Robert Erskine Childers
Réponses: 7
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Umberto Eco

L’île du jour d’avant

Tag merlacriviere sur Des Choses à lire L_zule11

1643, Roberto de la Grive, naufragé lucifuge et noctivague, aborde la Daphne, vaisseau désert mouillé entre une île et un continent tropical.
Le « chroniqueur » qui narre ses aventures dans un pastiche de vieux français-italien d’ailleurs cosmopolite, tout en évoquant les lettres de Roberto à sa dame, feint à la première personne du singulier d’organiser sa restitution digressive, qui rend en miroir la démarche de l’écrivain.
« Il écrivait alors pour lui, ce n’était pas de la littérature, il était vraiment là à écrire comme un adolescent qui poursuit un rêve impossible, sillonnant la page de pleurs, non point pour l’absence de l’autre, déjà pure image même quand elle était présente, mais par tendresse de soi, énamouré de l’amour… »

« Ou mieux, il n’y va pas tout de suite. Je demande grâce, mais c’est Roberto qui, dans son récit à sa Dame, se contredit, signe qu’il ne raconte pas de point en point ce qui lui est arrivé mais cherche à construire la lettre comme un récit, mieux, comme salmigondis de ce qui pourrait devenir lettre et récit, et il écrit sans décider de ce qu’il choisira, dessine pour ainsi dire les pions de son échiquier sans aussitôt arrêter lesquels déplacer et comment les disposer. »

Il raconte du point de vue de Roberto le siège de la forteresse de Casal avec son vaillant père le vieux Pozzo (c’est aussi un roman historique), et en parallèle son exploration de la Daphne avec sa cargaison-cathédrale, jardin-verger et sonore oisellerie, aussi horloges. De plus, Roberto a un frère imaginaire, Ferrare – l’Autre, et un « Intrus » semble être présent sur le navire… Eco rapproche sa situation dans la Daphne (comparée à l’arche du Déluge) à celle qui fut la sienne dans Casal assiégée. Roberto se remémore ses amis, le pyrrhonien Saint-Savin (qui rappelle Cyrano de Bergerac et son L’Autre Monde ou les États & Empires de la Lune) et le savant père jésuite Emanuele, avec « sa Machine Aristotélienne » (c’est également un roman de formation).
L’amour chevaleresque et platonique de Roberto, la Novarese, virtuelle comme un portulan :
« Si c’est une erreur des amants que d’écrire le nom aimé sur l’arène de la plage, que les ondes ensuite ont tôt fait de raviner, quel amant prudent il se sentait, lui qui avait confié le corps aimé aux arrondis des échancrures et des anses, les cheveux au flux des courants par les méandres des archipels, la moiteur estivale du visage au reflet des eaux, le mystère des yeux à l’azur d’une étendue déserte, si bien que la carte répétait plusieurs fois les traits du corps aimé, en différents abandons de baies et promontoires. Plein de désir, il faisait naufrage la bouche sur la carte, suçait cet océan de volupté, titillait un cap, n’osait pénétrer une passe, la joue écrasée sur la feuille il respirait le souffle des vents, aurait voulu boire à petits coups les veines d’eau et les sources, s’abandonner assoiffé à assécher les estuaires, se faire soleil pour baiser les rivages, marée pour adoucir le secret des embouchures… »

Puis son amour se portera, dans le salon d’Arthénice-Catherine de Rambouillet, sur « la Dame », Lilia (c’est aussi un roman d’amour, et même épistolaire – quoiqu’à sens unique).
D’avoir péroré sur la poudre d’attraction, « la sympathie universelle qui gouverne les actions à distance », lui valut d’être envoyé par le Cardinal Mazarin (Richelieu étant mourant) vers la Terra Incognita Australe du Pacifique pour résoudre le mystère des longitudes, en espionnant le savant anglais Byrd sur l’Amaryllis, également une flûte (navire hollandais), en quête du Punto Fijo (point fixe du monde terrestre). Sur celle-ci est expérimentée la comparaison de l’heure locale à celle de Londres, convenue d’avance, en notant les réactions d’un chien emmené à bord tandis qu’on agit sur l’arme qui le blessa en Angleterre…
l’Amaryllis naufragea, et c’est sur la Daphne que Roberto découvre le père jésuite Caspar Wanderdrossel (« la grive errante » ?), rescapé de l’équipage dévoré par les cannibales, et savant qui lui explique qu’ils sont aux Îles de Salomon, sur le « méridien cent et quatre-vingts qui est exactement celui qui la Terre en deux sépare, et de l’autre part est le premier méridien » : il y a toujours un jour de différence entre un côté et l’autre. L’histoire se poursuit, entre machineries abracadabrantes et autres technasmes (artifices) de Casper, apprentissage de la natation pour Roberto, et conversations philosophico-scientifiques entre les deux. Ce n’est pas tant l’étalage plaisant de la superstition du XVIIe que les balbutiements de la connaissance basée sur la réflexion, et plus récemment sur l’expérience. Ensuite la Cloche Aquatique doit permettre d’atteindre l'Île en marchant sur le fond de la mer :
« Pendant quelques minutes Roberto assista au spectacle d’un énorme escargot, mais non, d’une vesse-de-loup, un agaric migratoire, qui évoluait à pas lents et patauds, souvent s’arrêtant et accomplissant un demi-tour sur lui-même quand le père voulait regarder à droite ou à gauche. »

Grand moment du livre :
« Et puis, tout à coup, il eut une intuition radieuse. Mais qu’allait-il bougonnant dans sa tête ? Bien sûr, le père Caspar le lui avait parfaitement dit, l’Île qu’il voyait devant lui n’était pas l’Île d’aujourd’hui, mais celle d’hier. Au-delà du méridien, il y avait encore le jour d’avant ! Pouvait-il s’attendre à voir à présent sur cette plage, qui était encore hier, une personne qui était descendue dans l’eau aujourd’hui ? Certainement pas. Le vieux s’était immergé de grand matin ce lundi, mais si sur le navire c’était lundi sur cette Île c’était encore dimanche, et donc il aurait pu voir le vieux n’y aborder que vers le matin de son demain, quand sur l’Île il serait, tout juste alors, lundi… »

Avec la Colombe Couleur Orange, Emblème et/ou Devise, le narrateur-auteur évoque le goût du temps pour les symboles et signes :
« Rappelons que c’était là un temps où l’on inventait ou réinventait des images de tout type pour y découvrir des sens cachés et révélateurs. »

Roberto souffre toujours du mal d’amour, jaloux de Ferrante (c’est aussi un roman moral, psychologique).
« Roberto savait que la jalousie se forme sans nul respect pour ce qui est, ou qui n’est pas, ou qui peut-être ne sera jamais ; que c’est un transport qui d’un mal imaginé tire une douleur réelle ; que le jaloux est comme un hypocondriaque qui devient malade par peur de l’être. Donc gare, se disait-il, à se laisser prendre par ces sornettes chagrines qui vous obligent à vous représenter l’Autre avec un Autre, et rien comme la solitude ne sollicite le doute, rien comme l’imagination errante ne change le doute en certitude. Pourtant, ajouta-t-il, ne pouvant éviter d’aimer je ne peux éviter de devenir jaloux et ne pouvant éviter la jalousie je ne peux éviter d’imaginer. »

Il disserte sur le Pays des Romans (de nouveau le roman dans le roman), puis élabore le personnage maléfique de Ferrante, perfide « sycophante double » (et c’est encore un roman de cape et d’épée). S’ensuivent de (très) longues considérations philosophico-métaphysiques.
Il y a beaucoup d’autres choses dans ce roman, comme de magnifiques descriptions (notamment de nuages, de coraux à la Arcimboldo), une immersion dans la mentalité du Moyen Âge tardif (sciences navale, cartographique, obsidionale, astronomique, imaginaire des monstres exotiques, etc.), et bien d’autres.
Le livre est bourré d’allusions dont la plupart m’a échappé, mais j’ai quand même relevé, par exemple, Tusitala, surnom donné en fait à Stevenson en Polynésie. C’est un peu un prolongement de Le Nom de la rose (confer le renvoi avec « l’histoire de personnes qui étaient mortes en se mouillant le doigt de salive pour feuilleter des ouvrages dont les pages avaient été précisément enduites de poison ») et presque un aussi grand plaisir de lecture (avec recours fréquent aux dictionnaires et encyclopédies idoines).

\Mots-clés : #aventure #historique #insularite #lieu #merlacriviere #renaissance #science #solitude #voyage
par Tristram
le Lun 28 Fév - 10:43
 
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Sujet: Umberto Eco
Réponses: 55
Vues: 5633

Le One-shot des paresseux

Robert Le Serrec, Autour du monde – 5 ans à la voile en thonier

Tag merlacriviere sur Des Choses à lire Autour11

Remise en état du Saint-Yves-d’Armor de 1958 à 1960, date de départ en voyage d’Afrique du Nord à travers l’Atlantique puis le Pacifique, jusqu’au naufrage sur la Grande Barrière de corail, et la découverte d’un… serpent de mer.

\Mots-clés : #merlacriviere #voyage
par Tristram
le Jeu 3 Fév - 11:35
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
Réponses: 253
Vues: 12994

Élisée Reclus

Histoire d'un ruisseau

Tag merlacriviere sur Des Choses à lire 97827411

En omettant quelques digressions, tout le texte d’Élisée Reclus se concentre sur le seul mouvement de l’eau : ruisseau, rivière, cascade, fleuve etc… descriptions minutieuses mais dynamiques de chaque rides, courbures et éclaboussures… cette prose nécessite du lecteur une attention constante, intense, puisque Élisée Reclus tente en définitive d’aller aussi vite que l’eau !

Élisée Reclus a écrit:Irrésistible, implacable, comme si elle était elle-même poussée par le destin, l’eau qui s’écoule est animée d’une telle vitesse que la pensée ne peut la suivre : on croirait avoir sous les yeux la moitié visible d’une large roue tournant incessamment autour du rocher : à regarder cette nappe, toujours la même et toujours renouvelée, on perd graduellement la notion des choses réelles.


S’il évoque au besoin les grands fleuves, les molécules, le géographe raconte sans carte, ni microscope, sans survol ni exigence très scientifique : j’apprécie la gageure poétique qu’implique cette Histoire d’un ruisseau. La représentation des cours d’eau chez Élisée Reclus prend parfois une dimension spirituelle (presque panthéiste) le poussant à transformer le récit en essai dans d’autres matières, socio-politiques par exemple, avec l’intrusion d’arguments non-étayé : on s’écarte quelque peu du sujet. Du reste, plus on s’approche de la ville plus Reclus construit un raisonnement de façon plus convaincante et résolument optimiste.


\Mots-clés : #merlacriviere #science
par Dreep
le Jeu 6 Jan - 11:48
 
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Sujet: Élisée Reclus
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Loys Masson

Les Tortues

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Le narrateur raconte son passé, lorsque « les Seychelles sont à la variole » comme y relâche la Rose de Mahé en 1904, en attente d’une cargaison fournie par le stevedore Léonis Barclay : des tortues géantes. Son capitaine, Eckardt, navigue en marge des lois, et s’apprête en fait à récupérer le butin dérobé par un de ses complices, Juste Vahély, lors du naufrage du Glen Moor de l’Iman de Mascate vingt-deux ans plus tôt…
Le bateau part avec Vahély prisonnier à bord ; l’équipage comprend douze membres, dont Bazire qui est attiré par les tortues, alors que le narrateur les a en horreur. Le voyage est lourd de sombres pressentiments et signes prémonitoires, avec notamment l’apparition répétée d’un énigmatique chandelier à sept branches (la menorah judaïque ?).
L’atmosphère de malédiction laisse le lecteur en suspens, et le ton est dramatique, d’un mystérieux qui peut rappeler Bosco ou Ramuz ; une nuance de créolité est perceptible dans le style. Avec une certaine emphase, le récit plonge dans un délire empreint de folie, peut-être la fièvre variolique, ou la divagation éthylique.
Les métaphores sont parfois déroutantes, teintées de poésie, comme « ces anges-plantes les vanilliers ».
« Blé charançonné de l’espérance… »

Image obsédante des tortues parquées sur le pont :
« J’étais dans les vergues, loin de cette dunette, de quelque chose de mouvant à mes pieds. Loin d’un chuchotement qui se faisait dans l’enclos des tortues et qui est, je l’ai su depuis, le frottement doux, pressant, amoureux, des coques entre elles quand le temps de la pariade approche. […]
Dans l’enclos le bruit s’amplifiait. Il s’y mêlait le loc-bloc, loc-bloc, loc-bloc cadencé, comme éternel dans sa lenteur, des monstres changeant de place, se formant en couples au gré des affinités. »

Importance des sons, comme des odeurs (volontiers répugnants) :
« J’entendais le cœur de l’odeur. »

Dans la veine du récit-type de malédiction marine, superstitieuse et obscure peur, mais il me semble plus près de B. Traven ou Jean Ray que de Conrad ou Melville.

\Mots-clés : #fantastique #merlacriviere
par Tristram
le Ven 19 Nov - 12:18
 
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Peter Heller

La Rivière

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Wynn et Jack font une expédition dans le Grand Nord, la descente en canoé d’une rivière qui traverse cinq lacs. Mais voilà : après avoir dépassé le campement de deux ivrognes et aperçu un méga-feu qui sévit près de leur destination, ils ont entendu un couple se disputer dans le brouillard au bord d’un lac ; sur le point d’aborder une descente rapide (et sans retour possible), ils retournent essayer vainement de retrouver le couple, repartent et sont rejoints par un homme commotionné, qui leur dit que sa femme vient de disparaître. Ils décident de retourner de nouveau en arrière, et trouvent une femme en état de choc : a-t-elle été victime d’un ours, des deux ivrognes, ou de son mari, au comportement plutôt louche ? Ah ! j’oubliais : ils se trouvent privés de leur nourriture, et le froid commence à s’installer…
J’ai été sensible à l’atmosphère pesante des allers-retours entre la rive du lac et l’entonnoir où s’engouffre la rivière (avec référence explicite à Arthur Gordon Pym de Poe), comme s’ils étaient englués dans un tourbillon du temps-rivière en amont du premier portage :
« Jack se dit que s’il ne revoyait plus jamais cette rive, ou une autre lui ressemblant, il ne s’en porterait pas plus mal. Elle était une espèce de vortex qui n’arrêtait pas de les rappeler, ou plutôt, c’étaient les voix, le vortex, celles du couple. S’ils ne les avaient pas entendues dans le brouillard étrange, ils seraient déjà loin. Il aurait bien aimé que ce soit le cas. Il leur fallait quitter ce satané lac une bonne fois pour toutes, descendre la rivière, gagner le village et trouver un téléphone, se casser de ce coin du monde qui commençait à sentir la poisse. »

C’est un beau suspense, bien entretenu (mais un peu à la limite du plausible). C’est aussi à recommander aux amateurs de nature writing, avec cette wilderness du bouclier canadien en fin d’été, et ces deux super céistes et pêcheurs à la truite à la mouche ; c’est même assez technique (tel le ressac de rappel).
« Tous les deux avaient vu et entendu le grincement d’un grand mouvement hydraulique quasiment au niveau de la proue, un mamelon pâle qui enflait, cognait et sifflait dans un registre grave – le creux arriverait derrière –, et les garçons se lancèrent dans un sprint, Wynn les orientant vers la gauche, chacun pagayant comme un fou à un rythme désynchronisé pour avoir assez de vitesse et ne pas être aspirés dans le siphon. »

Le point de vue alterne habilement de Wynn à Jack ; ce dernier culpabilise à cause de la mort de sa mère, lorsqu’il avait douze ans.
Fuite devant l’incendie des oiseaux, mais aussi des mammifères :
« D’autres avaient également compris. En pagayant dans l’après-midi, ils virent un premier élan. Deux. Une grosse femelle avec un petit. Elle trottina vers la percée sur la rive gauche, jambes raides, ses sabots claquèrent sur le schiste et elle entra dans l’eau sans s’arrêter, tendit le cou et laissa l’eau l’emporter sans s’inquiéter, pivota pour traverser et nagea jusqu’à l’autre rive. Le petit imita sa mère. Les garçons entendirent le souffle de leur respiration. Ils n’avaient que quelques mètres d’avance sur eux. Ensuite vinrent le mâle, puis un ours noir avec deux oursons. Les petits hésitèrent au bord de l’eau, ils semblaient effrayés, alors la maman ourse s’ébroua et sortit de la rivière pour se mettre derrière eux et les faire avancer. Ils nagèrent. Le plus petit perdit pied dans le courant et Wynn crut qu’il serait emporté, mais la mère passa sous lui, donna de petits coups, des mouvements d’épaules et le poussa jusqu’à la berge. Bon sang. Ils entendirent le premier ourson arrivé hurler sans fin. Des visons traversèrent aussi, des écureuils. En fin d’après-midi, Jack avait la tête baissée, pagayait dur pour essayer de garder le rythme, et quand Wynn siffla, il leva les yeux et vit au moins une centaine de souris. Ils n’avaient jamais rien entendu de tel. On aurait dit un troupeau miniature. Elles envahirent un pan de berge érodé et pentu, et tombèrent, sautèrent ou glissèrent au goutte-à-goutte dans l’eau et nagèrent. Dieu sait comment elles arrivaient à garder le cap, mais elles y arrivaient. Elles parvinrent de l’autre côté dans la plus grande confusion.
[…] Ils virent des caribous des bois, une petite harde de mâles d’abord, trois plus jeunes et deux avec d’énormes bois, qui s’engagèrent dans la rivière sans aucune hésitation, comme l’élan avant eux. Vers la fin de l’après-midi, ils crièrent en même temps : ils passaient une série de petites vagues et devant eux se trouvait un groupe de caribous qui nageaient en file indienne. Ils en comptèrent vingt-trois. »

Les trois personnages ne peuvent éviter le feu qui approche, comme vivant, d’abord superbement décrit par sa "voix", puis par sa furie où les arbres explosent, tandis qu’ils sont pris dans un rapide…

Voilà un page-turner qui devrait plaire à nombre d’entre nous !

\Mots-clés : #merlacriviere #nature #thriller
par Tristram
le Lun 15 Nov - 11:58
 
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Sujet: Peter Heller
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