Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 9 Aoû - 5:27

13 résultats trouvés pour musique

Le One-shot des paresseux

Alain Dister

Tag musique sur Des Choses à lire Alaind11
Né le 25 décembre 1941, décédé le 2 juillet 2008

Journaliste et photographe, a collaboré entre autres à Rock & Folk, Guitare Magazine, Actuel, Libération, etc...
Grand connaisseur du rock en général, des mouvements et des musiques des années 1960-1970-1980, qu'il a vécus "sur place", entendez entre Los Angeles, San Francisco, Detroit, Chicago, London, Paris, etc...

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Rock Critic
Sous titré: Chroniques de rock'n'roll (1967-1982).

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190 pages environ, dont annexe et préface. Compilation d'articles et d'interviews, un peu développés pour l'occasion, parus entre 1967 et 1982, édition 2007.

Un bon moment que cet ouvrage, peut-être mieux à sa place sur le fil d'ArenSor (Souvenirs, souvenirs), ou même pour certains passages sur celui de Bix (Blues) et les titres comme les artistes donnent des pistes pour garnir indéfiniment le fil Juke Box.
Alain Dister a remanié de fond en comble un premier jet, paru en 1987.

La truculence, un certain humour, le fait d'avoir vécu tout cela de l'intérieur. Quelques grands oublis peut-être - mais enfin c'est le jeu c'est ce qui distingue une compilation d'articles d'une somme visant à appréhender l'époque en ne laissant personne de côté.  

Le photographe n'est jamais loin du journaliste, quand il écrit; jugez plutôt cette mise en bouche:

Il pleut. Cité pourrie. Des piles de cartons effondrées jonchent les trottoirs. Des ombres courent, enjambant un clochard assommé par l'alcool. On m'a donné rendez-vous quelque part sur la 2ème Rue. Pour y arriver, il faut traverser tout le Bowery. Un monde, là, s'est écroulé. Quand on y arrive, on ne peut pas aller plus loin. C'est la fin avant le grand saut. Des milliers d'épaves humaines oscillent de bar en bar, s'écroulent n'importe où, dans des caniveaux que personne ne nettoie, sur des pas de portes fermées à tout jamais. Des yeux glauques dans des visages sans couleur me regardent passer avec une indifférence haineuse. On a peur de ce quartier, sans doute parce que n'importe qui peut y finir sa vie. J'arrive enfin devant l'objet de mes recherches. Un immeuble bas, en briques vaguement rougeâtres, seul debout au milieu de baraques éventrées qui servent d'abris nocturnes aux pauvres hères du coin. Une porte peinte en jaune, éclatante comme un soleil au milieu de cette désolation. Un écriteau: Third World, Love. Tout le premier étage - un ancien atelier de confection - a été transformé en studio.  



Ou cette évocation d'Elvis, et des années 1950 version US:
Le système tendait à faire des jeunes de braves cons bornés, susceptibles de bien voter et de consommer beaucoup. Ce système, toutefois, ne concernait que les Blancs, en majorité les WASPS (White Anglo-Saxon Protestants). Les Noirs, n'ayant pas encore acquis les droits civils n'avaient qu'à la boucler et croupir dans leurs ghettos, à chanter leurs machins rigolos. Ils n'étaient pourtant plus les seuls à les écouter. Depuis pas mal d'années, ils avaient organisés leurs propres médias: stations de radio à Memphis, petites marques de disques à distribution locale, circuits de concerts dans les bars et les baraques en planches (juke joints)  au bord des routes. Tous les grands bluesmen sont passés par là.

[...] c'est à lui [Sam Phillips] que rendit visite, un bel après-midi de printemps 1954, un grand camionneur timide et nonchalant, soucieux de se faire un petit extra en chantant des cantiques et des ballades locales. Le jeune Elvis avait aligné ses trente dollars et enregistré deux ou trois morceaux. Et puis, durant une pause, il avait empoigné une guitare et balancé un de ces trucs dingues diffusés sur une station noire, "That's All Right (Mama)".  
Il en avait rajouté un peu, imitant le côté expressif des chanteurs noirs.  Mais, pour Phillips, ç'avait été la révélation. En un éclair, il avait compris que cette musique, péniblement vendue à une clientèle noire fauchée, rapporterait des millions dès qu'elle serait accessible à la masse des jeunes blancs. Pour peu, bien sûr, qu'on peaufine les arrangements. Presley avait une belle voix, mais restait un guitariste limité. Il n'était évidemment pas question de lui adjoindre des accompagnateurs noirs. Le Sud raciste aurait hurlé. Des blancs qui connaissaient parfaitement les rythmes noirs, le R'n'B, le blues, il y en avait pas mal. Encore fallait-il qu'ils acceptent de se produire à côté de ce garçon un peu exhibitionniste pour le prude Tennessee.
L'un d'entre eux allait littéralement créer un nouveau langage de la guitare Rock: Scotty Moore. Les riffs qu'il a inventés sont encore en usage un peu partout.

 Mais les inspirateurs de Presley, que sont-ils devenus ? L'un d'eux, Arthur "Big Boy" Crudup, est mort dans la misère voici quelques années Auteur des premiers succès d'Elvis, il n'a jamais touché une tune de royalties. Presley n'était sans doute pas responsable de cette mesquinerie cruelle du show-business. Elle ne constituait qu'un des aspects du "barrage" établi contre la culture des Noirs, jugée dangereuse pour les fils de la blanche Amérique. (1977)      



Bref, un parfait ouvrage à trimballer, au format sac à dos ou sac de plage, ou encore transports en commun, n'oubliez pas de faire suivre le son et en avant la musique !
Mots-clés : #historique #musique #xxesiecle
par Aventin
le Mer 15 Juil - 22:03
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
Réponses: 174
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Amit CHAUDHURI

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Les immortels

Avec son talent pour les chants dévotionnels, Mallika Sengupta eut pu devenir une chanteuse classique reconnue. Elle a préféré se satisfaire de sa conditions de femme de dirigeant d’entreprise, des obligations mondaines et du prestige qui en découlent. Son amour du chant, elle l’assouvit désormais en prenant des cours avec un maître de musique : Shyamji. Plus encore que Mallika, Shyamji aurait pu briller au firmament. Mais le rôle d’enseignant s'avère finalement plus rentable, et Shaymji a toute une famille élargie à entretenir... Il prête donc indifféremment son sourire et son talent aux puristes comme aux jeunes ambitieux, avides de prêter leurs voix aux héros de Bollywood susurrant de mièvres romances en technicolor...

Au fil des ans, les relations entre Shyamji et les Sengupta s’intensifient, se complexifient. Relations de maître à élèves, mais aussi d’employé à employeurs, de débiteur à bienfaiteurs. Proches et lointaines à la fois. Ambigues. Ca et là, les rêves de gloire des uns et des autres ressurgissent. Mais pour combien de temps, et avec quel espoir de succès face aux réalités de leurs vies respectives ?
Nirmalya, le fils des Sengupta, observe les renoncements et compromissions des adultes avec toute l’intransigeance de l’adolescence. Il en vient à rejeter son milieu d’origine sans vraiment parvenir à se priver de ses nombreux avantages, et, se piquant désormais de philosophie autant que de musique traditionnelle, traîne ostensiblement son spleen à travers les rues de Bombay…

Avec les relations imbriquées de ces deux familles aux antipodes, Amit Chadhuri tenait là matière à de belles études de caractères, et j’aurais aimé qu’il approfondisse les contradictions intimes de ses personnages. Au lieu de cela, il semble avoir privilégié la musicalité de la langue, dans un élégant survol des années qui passent. Pourtant, par petites touches impressionnistes, se dessine le tableau complexe de vies entrelacées tout autant qu'à jamais séparées par les clivages sociétaux. L’air de rien, Les immortels en dit beaucoup sur l'Inde et les mutations fulgurantes de Bombay dans les années 80. Et malgré mes quelques réserves, c’est une lecture que j’ai finalement beaucoup aimée et qui, un mois après, me laisse encore une impression durable.
Ce n’est pas le livre que je conseillerais d’emblée à qui ne connaît rien de la société indienne : trop d’allusions resteraient alors lettre morte. Mais si vous avez quelque appétence pour ce curieux pays, alors il est bien possible que cet univers tout en bémols et demi tons ne vous laisse pas insensible...


Mots-clés : #famille #musique
par Armor
le Jeu 21 Mai - 3:03
 
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Sujet: Amit CHAUDHURI
Réponses: 9
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César Aira

Canto castrato

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Le Micchino est un sopraniste castrat loué par toute l’Europe du dix-huitième siècle ; avec sa suite dont Herr Klette son impresario, il va de Naples la lumineuse à Vienne l’ennuyeuse puis Saint-Pétersbourg la glacée, et finalement à Rome, chez le pape.
Le virtuoso est « très grand, svelte, avec des yeux immenses et des pommettes fuselées, comme celles de tous les castrats », et a « une aura comme de superbe indifférence, de suprême sûreté de lui » ; c’est un personnage mystérieux, ambigu de la haute société de ce dix-huitième capricieux, extravagant, de plus piqué d’espionnage.
« Aucune autre cour d’Europe n’aurait alors pu réunir autant de personnages de haut rang sous le même toit, la même nuit, sauf celle de Versailles, qui ne comptait pas : elle était le modèle. La politique de prébende de quatre générations de Habsbourg n’avait pas engendré sans douleurs cette aisance sociale. Après avoir acquis une certaine importance numérique, les nobles s’étaient fondus en un ensemble pour lequel rien n’importait que l’apparence : le faste apprêté de leurs expressions, l’émail nacré de la perfection qui les distinguaient du commun n’avaient pas d’autre origine. »

« …] ici, tout n’était que trompe-l’œil, mirage impénétrable : vivre à Vienne, c’était renoncer à la profondeur de la vie en faveur de celle de la vue ; c’était se placer sous l’empire de la perspective, du "style viennois". »

Toute l’histoire gravite autour des personnages fabuleux que sont les castrats (qui se font même remplacer incognito sur scène, tel le Mogano) :
« Puis vint la surprise de la voix. Elle était parfaite, suprêmement jeune, limpide, et d’une puissance inouïe. Tout ce que l’on avait entendu jusqu’à présent au théâtre n’était plus que poussière et cendre. Elle était parmi nous, la très-réelle, l’irremplaçable, la grande voix qui avait le pouvoir de briser verres et verrières, sensuelle jusqu’à l’inconcevable, exquise jusqu’au plus profond de ses inflexions abyssales, et pure comme les éthers les plus subtils des hauteurs où nulle émanation, jamais, n’est parvenue. »

Ce roman plaira sans doute plus aux amateurs de l’art lyrique :
« Zeus était un baryton hollandais aux yeux de crapaud. Les basses-tailles étaient à la mode, indubitablement ; une des modes innombrables qui venaient du Nord. Dans leur manie de nouveauté, les musiciens allemands décadents avaient même juché les basses sur scène, ce qui du point de vue de la lyrique était une aberration, car c’est la couleur de la voix qui commande l’équilibre entre l’attention que requiert l’écriture et la distraction qu’entraîne le sentiment, équilibre sans lequel il n’est point d’opéra. »

La troisième partie, en Russie, où l’intrigue se noue et l’action commence vraiment, est rendue par les lettres (contradictoires) à Herr Klette ("bardane, pot de colle") retenu à Trieste par une crise de goutte, du compositeur wallon Lionello Venutti et d’Amanda, sa fille unique, « un égoïsme incroyable, une frivolité inexcusable », paranoïaque persécutée par l'abominable baron Denis, son époux amateur de thé…
Amanda :
« En Russie, la disposition des branches, sur les arbres, est telle que la neige s’y accumule en quantités impressionnantes, sans doute pour empêcher que le sol ne reçoive plus de poids qu’il n’en peut supporter. »

Lionello Venutti :
« Nous traversions la ville de Pierre le Grand, et je pensais : c’est la dernière fois.  La lune nous présentait tous les palais l’un après l’autre, avec sa candeur inexorable et lente, et tout, dans l’ombre, se révélait impossible. Je ne reviendrais jamais dans cette ville, et les motifs, pour l’éviter, ne me feraient pas défaut… Elle n’existait plus sans moi. Je compris qu’elle était le reflet d’un songe, qui ne pouvait subsister sans un rêveur. C’était en ce rêveur que je me changeais en m’en allant ; il commençait à se raconter notre histoire. »

Apparemment bien documenté, autant historiquement qu’en géographie (j’ai reconnu Naples ‒ mais pas Vienne et Saint-Pétersbourg, où je ne suis jamais allé), ce roman baroque me paraît ne pouvoir être rapproché que de ceux de Leo Perutz (et de certains films de Fellini) ; difficile à définir, on pourrait dire qu’il est étrange sans sembler se départir du réel. Et résonnent curieusement quelques assertions bizarres :
« Parler de politique ou de mode, ça revient au même. Tout change sans cesse. Rien ne se répète, car tout est réel. »

« Plus rien, de nos jours, n’est mû par une cause unique. Je me demande ce qu’attendent les effets, pour se multiplier à leur tour. »


Mots-clés : #ancienregime #musique
par Tristram
le Dim 10 Mai - 16:05
 
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Sujet: César Aira
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Francis Jammes

Le 15 août à Laruns
Prosodie, témoignage - tout début XXème

Tag musique sur Des Choses à lire Flageo10
Flageolet

Ne pas cataloguer trop vite ce texte en régionalisme ou folklore, ou encore en un romantisme à la française qui se serait attardé aux années Lamartine-Sand.

Il y a des éléments d'impression façon impressionnisme, certes un peu suggérés, ou sous-jacents, du type
un amas éclatant et confus de corolles géantes et renversées, un chatoiement d’élytres de feu et d’ailes de colibris.

.

La note du flageolet elle-même, par son apparente pauvreté, et le pas de danse si simple (en est-il un ?) jouent sur une équivoque d'insignifiance, mais -paradoxe- allant vers un terme qui s'avère, au terme de ces lignes, quasi d'ordre paroxysmique:  
tandis que la flûte qui conduisait le branle crie comme un oiseau en détresse, agonise longtemps encore, et puis se meurt seule, déchirante, blessée, éperdue, aiguë…


J'avoue savourer les petites touches comme celle-ci:
Le pas du branle n’est pas un saut, ni un mouvement précipité, mais simplement un pas savant, le pas avisé et prudent des pâtres. Celui qui précède sa danseuse ne lui fait pas absolument face. Tous sont obliques l’un à l’autre dans cette promenade rêveuse dont la lenteur excessive émeut et étonne.

 

Bref...

Le texte in extenso:
LE 15 AOÛT À LARUNS

LE BRANLE
À Auguste Brunet.



Au milieu de cette coupe d’émeraude taillée dans les montagnes de Laruns, le son aigu du flageolet de buis prélude sur une note unique, extraordinairement prolongée — qui se continue, émise sans un essoufflement, jusqu’à devenir la seule chose que l’on entende, jusqu’à ne devenir que le chant de cette solitude plus verte et bleue qu’une plume de paon.

Alors, comme un remous de gave, lentement, qui charrierait des fleurs, on voit hésiter et naître le rythme du branle.

… La note du pipeau se traîne encore, semblable au cri de détresse de quelque oiseau de sommet, à quoi tout à coup s’allient l’entêté frappement du tambourin et le grincement du violon.

Le rondeau s’ordonne, se déploie en cercles concentriques, frémissants de couleurs. On ne pense point, tout d’abord, que ce soient là des danseurs et des danseuses, mais un amas éclatant et confus de corolles géantes et renversées, un chatoiement d’élytres de feu et d’ailes de colibris.

Chaque bergère alterne avec chaque berger qui la tient par la main, coiffée d’un capulet sanglant dont la doublure relevée forme une large bande d’un grenat mat qui retombe sur les épaules et les drape comme celles d’un sphinx. À peine sous le rebord de ce capulet et sur le front, distingue-t-on le liseré d’un bonnet blanc que l’on devine pareil à un bol. Deux petits bouts de tresses, nouées d’un ruban, pendent sur la taille.

Mais la merveille est le châle ossalois.

Il est mystérieux et paré de fleurs comme un autel. Des générations l’ont porté et se le sont transmis. Il contient l’angoisse de la montagne, l’effroi des pelouses vertigineuses, la couleur des végétaux qui hantent les sommets, les prismes invraisemblables, l’éclat des minerais brisés par les torrents. L’iris d’azur s’y harmonise avec le mica de glace ; la digitale avec la teinte des calcaires rougis par le soleil couchant ; l’edelweïss s’y fond aux cristaux de givre ; la gentiane à l’épouvante bleue des lacs.

Il tombe, croisé au-dessous du col où pendent les bijoux et la croix, et retombe en arrière de la robe, très bas, imitant les ailes aiguës d’un insecte au repos.

Par la main, ai-je dit, le danseur conduit sa danseuse. Il porte une chemise aux manches plissées et, jetée négligemment sur l’épaule, la veste dont la couleur se marie à celle du capulet. Son gilet et ses guêtres — elles montent jusqu’aux genoux — sont d’un tricot neigeux. Le béret large est marron. De sous le gilet on voit saillir une poche carrée destinée à contenir le sel que l’on donne aux brebis.

… Le rondeau s’élargit encore, ondule, et, lorsque le rythme de la flûte, à de certains moments, vacille, le rondeau tout entier vacille aussi comme un indécis remous, comme une vague de vent.

Le pas du branle n’est pas un saut, ni un mouvement précipité, mais simplement un pas savant, le pas avisé et prudent des pâtres. Celui qui précède sa danseuse ne lui fait pas absolument face. Tous sont obliques l’un à l’autre dans cette promenade rêveuse dont la lenteur excessive émeut et étonne.

La disposition de cette chaîne vivante, quatre ou cinq fois enroulée sur elle-même avec un art infini, crée ainsi des rondeaux qui tournent les uns dans les autres ; de telle façon que, de la circonférence au centre, on voit, alignés sous un même rayon visuel, quatre ou cinq capulets processionnant ensemble.

Tous et toutes semblent ainsi accomplir un pèlerinage vers un but jamais atteint. Pas un tressaillement dans les physionomies qui revêtent une gravité déconcertante, une attention soucieuse et méditative ; une sorte de catalepsie qui tient de l’amour et de la mort.

Et c’est la beauté de ces femmes, cette expression à la fois passive et recueillie dans ce visage rond, coloré et duveté comme une pêche. Et c’est le mystère de cette danse, cette évocation des origines où elle retourne : le tournoiement des neiges et des écumes ; la giration des fleurs dans les cyclones de vent — tandis que la brume du soir enveloppe peu à peu les cataclysmes des torrents et des rochers, se suspend aux sapinières qu’elle déchiquète, se traîne au flanc des pelouses — tandis que la flûte qui conduisait le branle crie comme un oiseau en détresse, agonise longtemps encore, et puis se meurt seule, déchirante, blessée, éperdue, aiguë…


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Mots-clés : #musique #ruralité #temoignage
par Aventin
le Jeu 9 Avr - 17:15
 
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Sujet: Francis Jammes
Réponses: 22
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Jean Mattern

Le Bleu du Lac

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Originale: Français, 2018

CONTENU:
amaz.raccourci a écrit:Quand un soir elle a remplacé au pied levé Pogorelich à Wigmore Hall, la salle de concert londonienne, celle qui allait devenir la grande pianiste Viviane Craig ne savait pas encore que sa gloire soudaine ne serait pas son défi le plus difficile à relever. Si sa vie tranquille de professeur de piano, mariée au directeur du service culturel de la BBC, a certes changé après ce succès inaugural, sa rencontre avec James, l'évidence avec laquelle elle a cédé au désir de ce charismatique critique musical, boxeur à ses heures, a profondément bouleversé son équilibre intime.

Des années plus tard, alors que leur passion va grandissant, Viviane apprend, par un appel de son exécuteur testamentaire, le décès brutal de James. Sans mesurer le sens ni la portée de la requête posthume qu'il transmet, l'homme invite la pianiste, retirée depuis cinq ans déjà de la scène musicale, à jouer une dernière fois lors de la messe de funérailles. Pendant le long trajet en métro qui va la conduire de sa demeure de Wimbledon au quartier de Holborn, Viviane, elle-même stupéfaite d'avoir accepté sans réfléchir cette épreuve, laisse libre cours aux émotions qui l'assaillent. L'église choisie par James, minutieux ordonnateur de la cérémonie, est voisine de son appartement à lui, refuge de leurs amours ...


REMARQUES :
Comme dans « Les bains de Kiraly » il s’agit aussi ici d’un livre sur une perte et une forme d’incommunicabilité, d’impossibilité apparente de porter un chagrin publiquemment… Pour clarifier le cadre de narration : tout se passe lors de ce trajet de la maison vers le lieu des funerailles où elle doit jouer une pièce de Brahms. Et les souvenirs assaillent la pianiste célébre, mariée et mère de famille, la soixantaine, mais aussi amante de ce James Fletcher ; 55 ans, critique musical, compositeur et musicologue, mais aussi boxeur à ses heures perdues, mort d’apnées de sommeil. La forme extérieure avec Viviane comme narratrice – pratiquemment pas de paragraphes dans le texte, beaucoup de phrases halétantes – donne au livre quelque chose qui pousse en avant, quelque chose de très instable, inquiet presque. Ou de plaintive, d’incontrôlée ?! Personne semble être au courant de leur amour de plusieurs décennies ! Ils se terrent dans l’appartement de James.

Elle parle volontiers du fait à quel point elle se fiche des conventions, des « règles hypocrites de la societé ». Néanmoins je me demandais constamment pourquoi alors ils vivent leur amour dans une telle cachette et finalement sont esclaves alors de ces étiquettes, jouant une comédie? Pour finalement alors garder l’autre vie de couple marié ? Bizarre, et je me fâchais avec cette liberté affichée qui, selon moi, n’en était pas une. Et le temps présent est quand même l’an 2002 ! Donc, jamais avoué cette double vie vers l’extérieur, ni à son mari.

Puis certaines répétitions trop automatiques, l’auto-célébration, et celle de l’amant, parfait dans son corps, avec « un membre comme il faut », deviennent gênantes, voir pénible. Ce nombrilisme montre éventuellement comment l’auteur (efin un homme) voudrait être vu par une femme ? Pour moi cela manquait de maturité, voir de profondeur. Un amour ne se vit pas non plus lors d’environ deux décennies, voir trois, entre quatre murs ou seulement au lit, dans un pur égoïsme à deux.

Bien sûr on pourrait accueillir avec étonnement un « petit » revirement à la fin, mais on s’y attendait, presque. Donc, ici Mattern m’a plutôt décu.

Mots-clés : #amour #mort #musique
par tom léo
le Mar 11 Juin - 21:53
 
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Sujet: Jean Mattern
Réponses: 7
Vues: 541

Anna Moï

L'écho des rizières :

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Anna Moï raconte une existence pleine d'imprévu(s) dans un pays où rien ne fonctionne comme ailleurs, où chacun invente sa vie entre tragédie et humour. Ses nouvelles sont des instantanés de charme écrits avec une remarquable pudeur.

Présentation de l'éditeur.


C'est un tout petit livre. Ce sont de tout petits "chapitres" de quelques pages à chaque fois. Mais c'est un concentré de bonheur, de joie, de nostalgie, de tristesse aussi parfois et d'espièglerie.

Anna Moï raconte des moments de l'existence, des situations, des attitudes devant les événements de la vie, des réflexions d'enfants dans un Vietnam qu'elle baigne de musique, de chant ou de violon. On regarde le ciel, les étoiles, la lune le premier jour du Têt qui commence son cycle, les paysages...

C'est un recueil à glisser dans la poche, à lire pour s'évader, visiter une autre culture et réfléchir à l'importance des choses...

Un merveilleux texte.

Le Vietnam est le dernier pays où les sirènes viennent embrasser les pieds de hommes, où les jeunes filles de quinze ans survivent aux cages à tigres et où nous serons peut-être un jour protégés de notre propre barbarie.

Like a Star @ heaven  Like a Star @ heaven  Like a Star @ heaven

Je crois que dans la vie, on tombe forcément dans la catégories des protégés, ou des protecteurs. On ne choisit pas. A tout prendre, j'aurais préféré faire partie de la première catégorie. Mais à mon corps défendant, je me suis retrouvée dans la seconde.
Nul n'a jamais pensé à me protéger. (...)



Mots-clés : {#}musique{/#} {#}nouvelle{/#}
par Invité
le Lun 10 Juin - 19:00
 
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Sujet: Anna Moï
Réponses: 19
Vues: 372

Nina Berberova

L'accompagnatrice :

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En quelques scènes où l'économie des moyens renforce l'efficacité du trait, Nina Berberova raconte ici les relations d'une soprano issue de la haute société pétersbourgeoise, avec Sonetchka, son accompagnatrice, bâtarde et pauvre; elle décrit leur exil dans les années qui suivent la révolution d'Octobre, et leur installation à Paris où leur liaison se termine dans le silencieux paroxysme de l'amour et de la haine. Virtuose de l'implicite, Nina Berberova sait tour à tour faire peser sur les rapports de ses personnages l'antagonisme sournois des classes sociales et l'envoûtement de la musique (il y a sur la voix quelques notations inoubliables). Par ce roman serré, violent, subtil, elle fut, en 1985, reçue en France, où elle avait passé plus de vingt ans avant de s'exiler définitivement aux Etats-Unis.

Présentation de l'éditeur.


Si Sonetchka avait accepté de bonne grâce, l'opportunité qui s'offrait à elle en devenant l'accompagnatrice d'une belle et virtuose soprano, il n'y aurait pas eu de roman !

Et vous n'avez pas honte (...)Vous n'avez pas honte, Sonetchka. Nous attendions tellement de vous. dira un des personnages.

Tout le récit tend à décrire cette bourgeoisie russe qui se prépare à l'exil et le regard que porte Sonetchka sur les événements quotidiens, regard d'une vie jusque là faite d'une immense misère.
Mélange d'admiration, d'envie, de suspicion, de haine : tous ces sentiments traversent l'accompagnatrice qui devient le spectateur d'une vie qui est si nouvelle pour elle.

Ce roman,qui nous emporte grâce à la fluidité de son écriture, nous permet de découvrir la vie dans cette Russie d'après la révolution d'Octobre en nous "présentant" des personnages secondaires qui vivent dans les souvenirs de Sonetchka. Et c'est l'autre versant du récit, en fait, pour moi.

C'est un livre qui m'a laissée très triste, en le renfermant : tant d'amertume l'habite...


Mots-clés : {#}exil{/#} {#}musique{/#} {#}social{/#}
par Invité
le Mer 15 Mai - 21:47
 
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Sujet: Nina Berberova
Réponses: 2
Vues: 321

Paulo Lins

Depuis que la samba est samba

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Sujet : l’histoire de la Samba, sa naissance dans  le quartier de l’Estacio à Rio de Janeiro en 1928.

C’est à travers la vie des habitants de ce quartier, voire de la Zone où se côtoient prostituées, malandros (filous, escroc…) souteneurs, que cette musique est créée par les poètes et musiciens.
Sila en est l’initiateur :

« Il cherchait une musique qui suive le rythme du va-et-vient du sexe, de la pénétration, comme le lundu mais avec un peu plus de déhanchés et de trémoussements. Voilà qui réjouirait les gens pendant le carnaval, au moment de s’amuser. Il en avait assez de cet ennui à crever, un petit pas l’un derrière l’autre, comme le trot d’un cheval bien dressé ! Silva voulait que ça balance… »

Il y a tout un dégradé de couleur de peau  dans l’Estacio mais c’ est la vieille Bahianaise Almeida qui apporte sa culture et sa cuisine à  ce quartier et bien au-delà.

La police abat sa répression sur eux et leur musique en est l’un de leurs ressentiments :

«Mais vos instruments  de Noirs ne sont pas tolérés ici, c’est clair ? Donne-le-moi, ton instrument de malheur, je le confisque au nom de la morale et des bonnes mœurs !
Je te connais, ça va te démanger et tu vas finir par jouer de cette saleté. Les gens ne savent pas se tenir, ici : ça se déhanche, ça danse collé-serré, les mulâtresses remuent du cul et soulèvent leurs jupes… Et après, c’est toute la clique qui arrive avec les berimbaus, et on en vient à la capoeira. Personne ici ne veut de vos jambes qui gigotent, de vos corps qui chaloupent, de vos pieds qui s’agitent. L’instrument est confisqué !
La police passait son temps à frapper une population qui réagissait rarement devant cette violence physique absurde, cette torture permanente. »


Les blessures  du passé ne sont pas encore cicatrisées, les fils et petits-fils d’esclaves cherchent leur voie, l’espérance d’une vie meilleure 40 ans après la fin de l’esclavage.(le 13 mai 1888 abolition de l’esclavage noir au Brésil) et en attendant,  la, les musiques soutiennent.

Musique et spiritualité (Umbanda, Candomblé..) règnent en harmonie même dans la Zone. La musique est souvent hommage aux prêtresses des terreiros (lieu de culte) et aux Esprits qui s’invitent  lors de session.
Outre la musique c’est  le sexe qui rythme aussi le quotidien de ces hommes et de ces femmes, hétéros ou homos, ça sent le sexe, le parler est cru, vrai, c’est coloré et imagé.

Chacun essaie de s’en sortir et certains comme  Sodré malgré un emploi  honnête soutire encore de la Zone :

« Il institua une sorte de tribut des commerçants, camelots, proxénètes, trafiquants de cannabis, qu’il encaissait lui-même et qu’il distribuait ensuite chaque jour aux policiers de service, pour que ceux-ci ne perturbent ni les affaires ni les divertissements de la Zone. Sodré était devenu une autorité parallèle. »

Brancura le malandro malgré des tentatives de s’amender, promesse faite à  Seu Tranca-Rua (messager de l’Umbanda) replonge toujours dans la Zone où il pratique son pouvoir de souteneur, malgré l’ amour de la plus belle des prostituée : Valdirène.

La samba  à ses débuts a eu ses détracteurs car d’autres musiquent étaient bien installées et comprises par la population :

« Avaient-ils raison de vouloir changer le cours de la musique ? Leurs paroles étaient-elles vraiment au goût du public ? L’art ne devrait-il pas suivre le sens de la vie ? Dans ce cas, pourquoi inventer quelque chose de nouveau ? Ne valait-il pas mieux jouer de vieux maxixes, dont le rythme était déjà connu de tous ?

Silva brisa le silence : « la seule chose qu’i ls voulaient, c’était entendre ce qu’ils connaissaient déjà »


Silva persévérait  et il fut chanté par le plus grand chanteur Alvès (Me Faz Carinhos).

Les amis  de Silva, Bide, Bastos…créaient eux aussi des sambas et des instruments de musique ou les amélioraient.

« Ces instruments d’avant-garde étaient nés pour combattre les instruments de torture, comme le nerf-de-bœuf, la férule, les chaînes, le supplice du tronc, le collier de fer, le gourdin, le revolver, le pistolet, la mitraillette, le marquage au fer rouge… »

Silva exposait à ses amis ce que devait être la samba et pour l’officialiser il leur divulga son intention : ouvrir un bloco (association) en un lieu où ils pourraient travailler leur musique et l’enseigner.  La première école de samba s’ouvrit et le 12 août 1928 le Carnaval se réinventait.

« La samba, la vraie, devait porter en elle le sel des percussions des terreiros de l’umbanda et du candomblé…. Cette manie de vouloir imiter les Portugais, les Français, les Argentins devait cesser. Il fallait retrouver les rythmes qui venaient d’Afrique, des cases des nègres du temps de l’esclavage, des quilombos, des terreiros, du lundu. Une samba qui donnerait la fièvre à tous, qui ferait disparaître tous les pavés du sol, qui agiterait les jambes, qui réjouirait celui qui aimait marcher, chanter, danser. Une samba pour défiler dans la rue. »

« De terreiro en terreiro, la samba se diffusa dans toute la zone nord entre les mains des Noirs libres. La période post-abolition semblait bénie. L’époque paraissait fêter la victoire de l’art, la liberté de culte, le divin et le merveilleux. La radio cèderait d’ici peu aux sirènes de leurs voix. Poètes, musiciens, acteurs, artistes et hommes politique savaient que cette musique dominerait la radio, laquelle avait de beaux jours devant elle. »



Une bonne lecture, intéressante même si je ne connais pas la langue (j’ai vu traduction des chansons ensuite) il y a du rythme dans l’écriture et c’est certainement l’essentiel .

 Au début de la lecture j’ai été à 2 doigts de laisser tomber,  le sexe était trop présent, mais j’ai eu raison de continuer car l’histoire de la samba et de ceux de l’Estacio, de la Zone m’est devenue familière, compréhensible. Et puis attendrie, les hommes pleurent,  et comme souvent les femmes sont fortes.
Voir un habitant de ce quartier devenir célèbre mérite bien la lecture. ( Estacio : haut lieu de la prostitution et dans une moindre mesure du trafic de drogue)


https://www.youtube.com/watch?v=eUUFGYsdias


mots-clés : #creationartistique #danse #musique
par Bédoulène
le Mer 26 Déc - 14:45
 
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Sujet: Paulo Lins
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Thomas Mann

Les Buddenbrook

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Tout en prenant plaisir à la lecture, je me disais tout de même que Le tournant de Klaus Mann était autrement réussi; que Musil, le contemporain de Thomas Mann, était décidément d'une autre force. Moi qui attendais de ce roman une exploration de l'âme humaine qui la transfigure, une œuvre métaphysique à valeur universelle, d'une puissance interne qui ferait de son auteur l'égal et l'héritier de Dostoïevski et de Goethe, … fi, un énième roman naturaliste ! Un théâtre mesquin, dépeint avec finesse et minutie, tout en faux-semblants, en conventions ! Sans mentionner cet attachement dégoûtant à la moindre faiblesse physiologique, au moindre symptôme morbide…
Et, juge sévère malgré les efforts fournis, j'ai déclaré attendre des rédactions ultérieures de l'élève Thomas Mann un peu plus de chaleur et d'investissement personnel.

Bien, j'ai révisé mon opinion trop tôt formulée, et je pense sincèrement qu'il s'agit d'un grand livre. Dans l'immense "galerie de personnages" qui nous est présentée, beaucoup d'entre eux n'ont qu'une valeur d'abstraction, dont le caractère est figé d'un bout à l'autre du roman. Par leur nombre et leur diversité, ces caractères, quelque figés qu'il soient, composent un bouquet riche et hétéroclite. Ce n'est pas une société caricaturale et impersonnelle, mais de réelles individualités qu'il s'agit, et c'est l'une des forces de l'œuvre que l'art du portrait qui y est déployé. Ces portraits, je l'ai dit, n'évoluent pas: les personnages sont de simples fonctions, des composantes du tableau ou de l'action, dont le motif surgit çà et là, invarié. Il en va différemment des personnages centraux. Tony, qui a d'excellentes raisons à cela, préserve vaille que vaille son identité. Christian l'hypocondriaque suit sa pente. Et Thomas, ah ! voilà le personnage le plus intéressant, le pivot du roman, dont la transformation est la plus complète. Par lui, les Buddenbrook atteignent aux plus hautes dignités, qui, en lui, porte également la ruine de cette grande famille de l'aristocratie bourgeoise. Fils et petit-fils de négociants, nouveau chef de la raison sociale Buddenbrook, plus audacieux que ses aïeux mais d'une activité plus artificielle, sa prodigieuse ardeur sera fatale à son tempérament, contrecarré par une nature double, et qui portait en lui les germes d'un artiste.

Ce déclin d'une famille, annoncé dans le sous-titre, se manifeste sous la forme d'une dégénérescence physique et morale, que l'on peut observer au cours des quatre générations. Lorsque le noyau de la famille éclate à la suite des mariages successifs, tout commence : les biens sont progressivement dispersés (et plus que l'argent, les meubles et demeures parentales), les liens distendus, et chaque foyer fait face à son lot de catastrophes.

En sa qualité de grande fresque familiale, les Buddenbrook voient se rejouer, de loin en loin, les mêmes scènes qui prennent un caractère formulaire (en particulier l'enterrement et la demande en mariage, ainsi que les repas de fêtes). Ces scènes infatigablement rejouées, sont l'occasion de descriptions variées et virtuoses de renouvellement, ainsi que la succession de portrait qui y prend place. Elles constituent les jalons visibles de l'histoire de la famille telle qu'elle est consignée dans le fameux "grand livre", dont la trace se perd dans le récit en même temps qu'il est devenu obsolète.

Je commençais à me lasser de ce patient et fastueux tableau. Cependant, avec la naissance de Hanno, représentant de la quatrième génération, le récit se déploie soudainement. Le fils de Thomas, délicat avorton continuellement angoissé, cancre que n'intéresse que la musique, est un être taciturne, inadapté semble-t-il, dont l'intériorité nous est interdite (ainsi qu'à son père qu'il exaspère quotidiennement). Les apparences le blessent; toute chose lui est un effort, tout effort une souffrance. La vie est une immense contrainte qui le brise; son existence oscille entre trois pôles : l'obligation de subir de lourds traitements médicaux, qui nous semblent bien plutôt de la maltraitance; celle de devenir négociant, dont le moindre devoir social le terrorise et dont le travail ne semble pas en rapport avec ses propres forces; et enfin, les obligations scolaires qui nous sont données à voir comme une absurdité inutile et aliénante.

Les deux lignes les plus intéressantes sont les rapports qu'il entretient, d'une part pénibles avec son père, d'autre part, tendres et ambigus avec son seul ami Caïus; et son expérience de la musique qui fournit quelques unes des pages les plus belles des Buddenbrook.
Son intériorité, qui nous est refusée comme elle nous l'est accordée pour les autres personnages, se révèle dans une scène magistrale de la fin du roman. Elle s'offre à nous par la médiation de son harmonium, sur lequel il improvise une pièce musicale d'une saisissante complexité qui révèle, cryptés, ses tourments les plus intimes. (cryptés et en partie décryptés puisque l'on ne perçoit en fait de musique que sa transposition en mots)

***

Enfin, en lien avec la discussion sur fil de Marie Darrieussecq : Thomas Mann, à 25 ans, n'avait probablement pas éprouvé toutes les figures de la souffrance qui parcourent son livre. - L'agonie, pour n'en mentionner qu'une. Dans ce cas, lui était-il possible d'en faire une évocation de quelque valeur, qui concernât intimement chacun d'entre nous ? Eh bien… ce livre vaut la peine d'aller s'en assurer !


mots-clés : #famille #historique #musique #traditions
par Quasimodo
le Sam 24 Nov - 15:16
 
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Sujet: Thomas Mann
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Lydie Salvayre

Hymne

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Le cri que Hendrix fit entendre à Woodstock, le 18 août 1969, à 9 heures du matin, ce cri continue aujourd’hui de crier et de défier le temps. C’est cela surtout que je voudrais dire à propos de The Star Spangled Banner. Qu’il fut un cri, un cri libre, un cri de refus, un cri de refus qui concentra tous les refus d’une jeunesse que l’avidité, la brutalité et le prosaïsme de la société d’alors révulsaient jusqu’à la nausée, un cri dont l’impact, quarante années après, vient encore fissurer la gangue de nos cœurs.
C’est ça que je voudrais dire dans ma lourdeur, plutôt que de verser dans cette admiration inoffensive et pieuse à laquelle je cède parfois, dans cette sanctification sans effets ni pouvoirs dont la musique de Hendrix est devenue souvent, me semble-t-il, l’objet.


Ce passage m’interroge. Lorsque j’avais créé une sorte de sous-fil dans le fil « Juke Box » consacré à Woodstock (pour ceux qui ont suivi  Very Happy ), je voulais le conclure par Hendrix. Il est bien évident, pour moi en tout cas, que la prestation de ce musicien à la fin du festival, et pas seulement The Star Spangled Banner, mais tout le concert, n’est pas comparable aux autres intervenants de ces trois jours, aussi bons fussent-ils. Hendrix est au-delà, dans une dimension propre, qu’on appelle habituellement le génie, sans définir clairement ce dont il s’agit.
J’aurais voulu mettre un autre passage que le fameux Star car, comme le souligne Lydie Sallenave, c’est un passage tellement connu qu’il finit par ne plus faire sens, un peu comme la Joconde en peinture. Il était donc urgent de réécouter vraiment ces 3mn 43 étonnantes, ce n’est pas le moindre qu’offre ce livre.

Hymne est un hymne à un homme, torturant, malaxant un hymne national pour le transformer en hymne de toute une génération. C’est une sorte de chant d’amour, avec sa virulence, ses excès, loin d’une biographie ou d’une hagiographie béate, mais un vrai cri du cœur, puissant et vrai. Ce caractère gommera aisément quelques digressions qui auraient pu être évitées. Le style a tout pour séduire… ou agacer ! Conçu comme un chant, avec ses redites, son insistance, Il peut paraître parfois d’un lyrisme excessif, mais l’auteur s’en explique :

La musique d’un seul entra en chacun et en chacun se ramifia, et en chacun elle fut comme une vague qui rejoignait la mer commune. Voilà qu’à nouveau je m’exalte et prends, malgré moi, ce ton pompeux et emphatique qui chez les autres m’insupporte. Qu’est-ce donc qui me pousse à ce ton ? Es-ce mon désir excessif de transmettre ce qui me semble relever du miracle et que je ne parviens pas à dire autrement que dans une prose exaltée ? Est-ce mon aveuglement amoureux devant la musique de Hendrix ? Ou le désir de me convaincre que cette communauté dont je loue ici le surgissement, ne fut qu’illusoire ?


Ce que je crus voir… ce que je voulus voir fut cet avènement exceptionnel après lequel nous courrons tous, l’avènement de cette vieille utopie dont nous causons avec des airs éminemment philosophiques : être soi-même et tous.


Ce noir qui avait le cœur déchiqueté, leur apporta une musique d’une violence et d’une douceur incomparables, une musique plus farouche et plus douloureuse que toutes celles qu’ils avaient entendues jusqu’ici, une musique bien plus sophistiquée, plus retorse, plus indolente, et en même temps plus sauvage.


Etant un inconditionnel de la musique de Jimy, je ne suis pas un lecteur impartial, mais j'ai bien aimé la franchise, la sincérité admirative de Lydie Salvayre
Dernier mot à la musique avec Purple Haze que Hendrix enchaîna à The Star Spangled Banner. Il fut vraiment exceptionnel ce jour là cheers



mots-clés : #biographie #musique
par ArenSor
le Lun 29 Oct - 16:36
 
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Sujet: Lydie Salvayre
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Hamid Ismaïlov

Dans les eaux du lac interdit

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Le livre est composé de 3 chapitres : I – Do (avant), II -  Do La (le destin), III – Sol Mi Fa (le sel du mythe) ; car la musique habite la vie de Yerzhan.

Un train traverse l’immense steppe du Kazakhstan, à son bord le narrateur, des gens qui discutent pour passer le temps ; dans l’une des gares un gamin propose une boisson à la vente et il joue du Brahms au violon : magnifiquement.

Le narrateur l’interpelle : « petit » ! ce qui a le don de le  contrarier vivement . Je suis un homme, j’ai 27 ans ! Voilà, c’est Yerzhan et il va conter sa vie, dans un hameau isolé, Kara-Shagan, où vivent deux familles.

L’enfance de Yerzhan pourrait être celle d’un conte, celui que sa grand-mère lui raconte pendant les longues soirées, car sa conception a surpris ce petit monde ; partie dans la forêt rattraper son foulard que le vent emporte, Kanishat, est victime d’une agression par un  « extra-terrestre » ; retrouvée blessée dans un ravin non loin de la « zone ». Cette agression portera un fruit, Yerzhan !

La Zone, ce lieu clôturé, interdit engendrera une peur sur Yerzhan, comme le marquera le « lac interdit » et  « la ville morte » que la dureté de l’hiver recouvre de neige .

L’enfance de Yerzhan se déroulera comme tous les enfants de la steppe, mais lui et les autres membres des familles se rendront compte que contrairement à Aisulu (sa promise) et les autres écoliers Yerzhan ne grandit plus. C’est un bouleversement pour l’enfant ; cet enfant doué pour la musique qui à l’âge de 3 ans jouait déjà de la dombra de son grand-père, puis à présent magnifiquement du violon.

Shaken sous l’insistance de sa femme « la citadine », avait acheté un poste gramophone, puis plus tard pour convaincre les familles que sa propagande était juste, un téléviseur. Ce fut une ouverture sur l’ailleurs. Yerzhan et Aisulu écoutèrent et regardèrent leurs « idoles », des musiciens, chanteurs. Mais à présent plus rien ne l’intéresse, il s’isole, même d’Aisulu.

Yerzhan nommera son souci « cela » ! Tous cherchent à comprendre la raison de son état. Chacun pour l’aider tentera des moyens plus ou moins archaïques, seul l’oncle Shaken qui travaille à la centrale d’essais atomiques (*) plus pragmatique l’emmènera passer une radio, dont il ne voudra pas croire les résultats. Yerzhan ne grandira plus, il a fini sa croissance.
Les explosions atomiques qui résonnent dans la steppe, détruisent villages, tuent la faune, la flore, empoisonnent les lacs, pourraient être responsables de ce phénomène ? Apparemment, même si certains membres des deux familles constatent les méfaits sur leur vie, il semble qu’ils ne mesurent pas l’importance de l’impact.

Et surement pas l’oncle Shaken dont le leitmotiv est : «  Pour construire le communisme ! C’est notre devoir absolu non seulement de rattraper, mais de surpasser les Américains ! En cas de troisième guerre mondiale ! concluait son slogan favori. » C’était l’ère de l’atome !

Yerzhan se souvint qu’un jour, par bravade, devant les écoliers médusés il s’ était baigné dans les « eaux du lac interdit ».

Pendant que le train continue son parcours, Yerzhan déroule sa vie à l’étranger, le narrateur, avec lequel il partage le compartiment de nuit. Un chemin qui l’ a conduit à jouer du violon dans les trains où il vend des boissons ; comme  son grand-père et son oncle étaient cheminots.

Extraits
« …Yerzhan grattait, en secret, la dombra, imitant ses sourcils froncés et sa voix rauque. Il ne lui fallut pas longtemps pour saisir quelques mélodies familières et,[…] à mémoriser les mouvements des doigts de son grand-père. »

« Lorsque l’archet frotta les cordes, l’instrument poussa un gémissement disgracieux. « Donne ! Donne ! Et Yerzhan prit le violon des mains de son grand-père. Ce jour-là, il usa les oreilles de tout le monde. Seul l’oncle Kepek, qui était saoul, fut si touché qu’il fondit en larmes.. »

« Le wagon se mit à tanguer. Les boites de pain se mirent à tanguer. Les vieux disparurent par la porte ouverte. Le taon faisait tournoyer le sol sous les pieds de Yerzhan. Puis il l’entraîna dans une obscurité chaotique.

La Zone ! c’était ainsi que Yerzhan se rappelait ce jour-là, le moment où le train quitta les rails et se renversa dans la steppe. Finalement, Pépé Daulet et Tonton Tolegen, couverts de sang, sauvèrent Yerzhan de l’obscurité et des pattes velues du taon. Ils l’enveloppèrent de peaux de mouton, tout en versant leurs chiches larmes de vieillards. »

« Des nuages de plomb balayaient la steppe sans donner ni pluie ni neige. Des nuages creux, que ni le tonnerre ni les éclairs ne venaient traverser. Il était étrange de voir la rapidité avec laquelle ces nuages défilaient dans le ciel quand, au sol, l’air était si stagnant.
Plusieurs jours passèrent avant que le ciel ne s’éclaircit. Personne ne sortit …Ils pissaient même dans un saladier de cuivre, que Kepek, fulminant, vidait de temps à autre par la fenêtre.
Leur urine – et celle de Yerzhan en particulier – vira au rouge, comme sous l’effet de la honte. »


« Regarde, c’est l’oie… » Yerzhan se pencha sur le côté, s’attendant à voir des bestioles, et peut-être un lac. Mais devant eux, étirant son cou de béton hors du sol, se tenait un étrange bâtiment.
Au loin Yerzhan aperçut d’autres silhouettes obscures. A mesure qu’ils s’approchaient, « l’oie » se mit à ressembler plutôt à une grue, un immense bloc de béton à moitié effondré, comme s’il avait fondu et dégouliné sur un côté. Le garçon resta bouche béé et les yeux grands ouverts, mais Tonton Shaken ne resta pas longtemps là. Il orienta le cheval vers les autres structures. Et bientôt Yerzhan les vit nettement : des maisons en ruine.
Yerzhan fut terrifié. La fin du monde décrite par Mémé Ulbarsyn se matérialisait sous ses yeux. »

Mais Pépé n’était point de son avis : « Il n’y a rien en ce bas monde qui justifie une guerre ! Le chemin de fer, je comprends, ça sert à transporter des gens et des marchandises – c’est utile pour tout le monde ! Mais à quoi sert ton putain d’atome de mes deux ? Vous avez transformé la steppe entière en désert ! On ne voit plus jamais de gerbille ou de renards ! «

« Et les hommes n’arrivent plus à bander ! intervenait Kepek avec une assertion incompréhensible de son cru qui poussait Shaken, penaud, à détourner le regard. »



Spoiler:
* "Entre 1949 et 1989, au Polygone nucléaire de Semipalantisk, il fut réalisé un total de 468 explosions nucléaires, dont 125 explosions atmosphériques et 343 explosions souterraines. La puissance totale des appareils nucléaires testés dans l'atmosphère et sous la terre au Polygone (dans une région peuplée) dépassait par un facteur de 2 500 la puissance de la bombe lâchée sur Hiroshima par les Américains en 1945."


L’auteur mêle  réalité et mythe dans l’histoire de Yerzhan, car certainement la vie des kazakhs est différente selon le lieu d’habitation. La femme de Shaken, par exemple est nommée « la citadine » comme on dirait l’étrangère.
L’amitié qui lie les deux familles du hameau est sensible et la vie de chacun montre bien la dureté de cette région et leur isolement. Certains membres sont frustes, leurs gestes anciens, manque d’hygiène.  
Le mutisme de Kanishat, la mère de Yerzhan est tout de même étonnant puisqu’il l’éloigne de son enfant. Un  mutisme voulu, une forme de révolte contre l’attitude de son père ?
Les sentiments de Yerzhan sont bien compréhensibles.
Je pense que l’auteur a installé le narrateur dans le train qui traverse la steppe  du kazashtan pour en montrer l’immensité.

Je trouve l’écriture assez poétique dans ce contexte et agréable, ainsi que la composition en 3 parties.

ajout : en résumé c'est à travers l'histoire de Yerzhan, cet adulte enfermé avec son destin, ses espoirs dans un corps d' enfant que l'auteur dénonce l'impact des nombreux essais nucléaires dans la steppe d'Ouzbékistan. La guerre froide qui opposait les USA à l'URSS est représentée par les propos de Shaken qui travaille au polygone d'essais.
L' importance du  réseau ferré dans le pays est signalé par les propos et le travail de la famille Daulet et le choix de positionner le narrateur dans un voyage en train.


Je pense lire un autre livre de l’auteur
mots-clés : #enfance #lieu #musique
par Bédoulène
le Dim 16 Sep - 16:20
 
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Sujet: Hamid Ismaïlov
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William Boyle

Tout est brisé

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Tout semble brisé dans la vie d'Erica qui ne peut compter sur l'aide de personne pour s'occuper de son père, tout juste sorti de l'hôpital. Son fils Jimmy, qui arrive à l'improviste après plusieurs années de silence, ne lui offre aucun soulagement car lui-même se sent mal à l'aise face à sa famille dans ce quartier de Brooklyn trop hanté par ses souvenirs. Il prend au contraire une nouvelle fois la fuite pour se réfugier chez des amis, à 80 km de l'Etat de New York, où il se sent plus perdu que jamais. Alors qu'une tempête se prépare, Jimmy appelle sa mère, et Erica n'hésite pas à prendre la route en affrontant les éléments déchaînés pour venir au secours de ce fils devenu sa seule raison de vivre. Et tous deux se retrouvent dans une atmosphère de fin du monde. William Boyle revient ici au décor et aux personnages de Gravesend qu'il évoque avec une mélancolie déchirante, celle-là même que lui inspire Bob Dylan lorsqu'il chante Everything is broken.

Quatrième de couverture.

Pour moi, les bibliothèques sont des lieux où s'incarne souvent la magie d'une rencontre  : je cherchais un livre qui me permette de rester dans le même esprit que ma lecture de Patti Smith et j'ai découvert cet auteur.
Le livre n'est pas optimiste mais on se prend d'affection pour tous ces personnages qui incarnent l'Amérique profonde, celle ou le travail ne garantit rien et où l'absence de travail vous fait perdre tous les repères et parfois aussi votre dignité.
On y croise toute une galerie de caractères dont certains vous resteront en mémoire longtemps, la musique est omniprésente  : Nick Cave - que vous avez cité dans le fil Juke-box - ou Jeff Buckley.

Pour les amateurs d'intrigue, passez votre chemin, il ne se passe rien d'extraordinaire, ici, c'est juste la vie quotidienne de ces hommes et femmes broyés par une société qui n'est guère clémente.

J'ai aimé énormément les accompagner et je suis impatiente de lire les autres écrits de William Boyle.


mots-clés : {#}musique{/#} {#}social{/#} {#}viequotidienne{/#}
par Invité
le Dim 5 Aoû - 15:12
 
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Sujet: William Boyle
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James McBride

Mets le feu et tire-toi

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L'idée de départ de faire une biographie  sur James Brown, "le parrain du soul", avec un point de vue neuf, une biographie écrite par un Noir du Sud, comme lui, quelqu'un de mieux à même de le comprendre.
Vous connaissez mes carences musicales, je n'en avais jamais entendu parler. C'était une bonne occasion de faire sa connaissance, et j'ai eu une pensée pour igor, évidemment.

Ce qui est spécifique là-dedans, c'est de mettre en avant ces jeunes musiciens noirs à l'enfance miséreuse, menés à la musique par le biais de la musique religieuse, qui ont réussi à se faire une place dans le show-biz, entreprise blanche, perverse, impitoyable. Et de montrer ce qu'il leur a fallu, en plus du génie musical, de persévérance, de courage, de ténacité, de souffrances, bien plus qu'aux autres. Comme même adulés,ils étaient méprisés.

James Brown était un génie musical, un homme de bien (il a encouragé la scolarisation des enfants,  légué toute sa fortune aux enfants pauvres du Sud, blancs et noirs confondus) mais aussi un tyran, un homme fantasque et autoritaire. Un solitaire. On ne l'apprend pas ici par une biographie classique, chronologique, analytique, mais à travers des rencontres de l'auteur avec diverses personnes qui ont traversé sa vie. De ce fait, certains points sont creusés et re-creusés (avec une prédilection pour les procédures juridiques de sa famille pour récupérer son héritage),  les répétitions doivent être admises, mais les trous sont béants. C'est un choix. C'est par moments épatant, mais, plus on avance dans le texte assez frustrant. Cela donne un imbroglio un peu fouillis,  le portrait est esquissé, on a l’impression de faire une connaissance assez superficielle avec ce grand homme, mais de passer à côté de beaucoup de choses.


mots-clés : #biographie #discrimination #musique
par topocl
le Sam 4 Aoû - 14:33
 
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Sujet: James McBride
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