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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Jeu 29 Juil - 10:51

29 résultats trouvés pour racisme

Ernest Gaines

Dites-leur que je suis un homme

Tag racisme sur Des Choses à lire 41vvrv10

Le titre originel, A Lesson Before Dying, me paraît mieux convenir que celui qui a été choisi en français et représente incorrectement l’attitude du jeune condamné tout au long du récit.
« Ils vous condamnent à mort parce que vous étiez au mauvais endroit au mauvais moment, sans la moindre preuve que vous ayez été mêlé au crime, en dehors du fait d’avoir été sur les lieux quand il s’était produit. Pourtant six mois plus tard ils viennent ouvrir votre cage et vous informent : nous, tous des Blancs, avons décidé qu’il est temps pour vous de mourir, parce que c’est la date et l’heure qui conviennent. »

L’avocat commis d’office à la défense de Jefferson a déclaré que d’envoyer ce dernier à la chaise électrique n’avait pas plus de sens que d’y placer un porc, et cette assimilation du Noir à l’animal choque tout son entourage. Sa nan-nan (marraine), Miss Emma, veut que Grant, le narrateur, lui enseigne dans l’attente de son exécution à marcher à la mort comme un homme. Grant a eu la chance d’aller à l’université, et est devenu instituteur.
« Ils regardent leurs pères, leurs grands-pères, leurs oncles, leurs frères – ce sont tous des hommes brisés. Ils me voient ; et moi, qui ai grandi sur cette plantation, je peux leur apprendre à lire, à écrire et à compter. Je peux leur donner quelque chose que ni un mari, ni un père, ni un grand-père ne leur a jamais donné, alors ils veulent me retenir aussi longtemps que possible. Sans se rendre compte qu’en s’accrochant à moi, ils vont me briser aussi. Que pour que je sois ce qu’ils croient, ce qu’ils veulent, je dois m’enfuir comme les autres l’ont fait dans le passé. »

Il est amer à cause de la condition raciale, et d'autant plus rétif à la perspective d’obéir à Miss Emma, solidement soutenue par tante Lou qui l’a élevé. Le livre repose essentiellement sur sa torture intérieure, ses pulsions de fuite ou de repli sur son amour pour Vivian, son incroyance au paradis (ce qui le déconsidère socialement), puis son engagement progressif pour la dignité, l’identité, l’humanité de Jefferson, et plus largement de leur communauté.
Ce roman puissant repose sur les personnages, notamment les femmes et leur rôle social dans une collectivité où les hommes ont été réduits à l’humiliation.
C’est peut-être LE livre qu’il faudrait lire en première lecture (à l’école par exemple) sur le racisme et la peine de mort, essentiellement aux USA.

\Mots-clés : #mort #racisme
par Tristram
le Sam 24 Juil - 13:38
 
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Sujet: Ernest Gaines
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Italo Calvino

Ermite à Paris – Pages autobiographiques

Tag racisme sur Des Choses à lire Ermite10

Recueil de textes autobiographiques qui commence… par un séjour aux USA, et pas érémitique… Ce journal expédié à ses collègues des éditions Einaudi représente quand même la moitié du livre. Sinon, intéressant regard d’un Italien communiste qui connaît déjà l’URSS, fin des années cinquante ; attrait vif des villes, aussi forte attention aux religions (ici la juive) :
« Le drapeau américain est sur un des côtés de l’autel, comme dans toutes les églises américaines, de n’importe quelle confession (ici, de l’autre côté il y a le drapeau d’Israël). »

Côte Ouest :
« Ces paradis terrestres où vivent les écrivains américains, je n’y vivrais pas, même mort. Il n’y a rien d’autre à faire que se saouler. »

Il y a nombre d’opinions ou d’informations (vraies ou fausses) qui sont piquantes :
« J’oubliais de dire qu’une grande partie des histoires racontées par les guides sur les faits qui se sont passés dans les maisons historiques de New Orleans ont été inventées par Faulkner. Dans sa jeunesse, Faulkner a vécu ici quelques années comme guide en promenant des touristes ; il inventait toutes les histoires qu’il racontait, mais elles ont eu un tel succès que les autres guides ont commencé aussi à les raconter et elles font maintenant partie de l’histoire de la Louisiane. »

Aussi une expérience marquante avec la lutte de Martin Luther King dans le Sud.
Puis, dans la seconde moitié du livre, plus autobiographique encore, Calvino parle de son mentor, Cesare Pavese, et de son rapport à l’écriture :
« Humainement, mieux vaut voyager que rester chez soi. D’abord vivre, ensuite philosopher et écrire. Il faudrait avant tout que les écrivains vivent avec une attitude à l’égard du monde qui corresponde à une plus grande acquisition de vérité. C’est ce quelque chose, quel qu’il soit, qui se reflétera sur la page et sera la littérature de notre temps ; rien d’autre. »

« C’est qu’on ne raconte bien que ce que l’on a laissé derrière nous, que ce qui représente quelque chose de terminé (et l’on découvre ensuite que ce n’est pas du tout terminé). »

Calvino semble parler de choses et de façons différentes à chaque nouvel ouvrage, ce qu’il revendique ici :
« Quant à mes livres, je regrette de ne les avoir publiés chacun sous un nom de plume différent ; je me sentirais plus libre de tout recommencer chaque fois. Comme, néanmoins, je cherche toujours à faire. »

On trouve divers textes, plus ou moins brefs, dont des entretiens, des biographies de commande, et voici comment l’une se termine, qui me paraît légèrement goguenarde :
« L’auteur du Baron perché semble avoir plus que jamais l’intention de prendre ses distances avec le monde. Est-il parvenu à une condition de détachement indifférent ? Le connaissant, il faut croire que c’est plutôt une conscience accrue de toute la complication du monde qui le pousse à étouffer en lui aussi bien les mouvements de l’espoir que ceux de l’angoisse. »

L’expérience politique prend une grande place ; étonnante attitude devant la terrible dérive stalinienne, qu’il qualifie de schizophrénique :
« Tu me demandes : mais si tous, intellectuels, dirigeants, militants, vous aviez ce poids sur la poitrine, comment se fait-il que vous n’ayez pas songé à vous en défaire plus tôt ? »

La réponse est assez choquante, même si je soupçonnais depuis longtemps qu’elle ressortissait de l’aveuglement fanatique :
« …] un révolutionnaire, entre la révolution et la vérité, choisit d’abord la révolution. »

En quelque sorte des "faits alternatifs" ? La fin justifiant tous les moyens…
Ce livre est surtout intéressant pour ceux qui voudraient mieux connaître la politique italienne (communisme et fascisme), mais aussi l’homme Calvino, avec un éclairage de son œuvre ; peu très sur lui à Paris, juste le court texte éponyme du livre – ah ces éditeurs…
« J’ai aujourd’hui soixante ans et j’ai désormais compris que la tâche d’un écrivain consiste uniquement à faire ce qu’il sait faire : pour le narrateur, c’est raconter, représenter, inventer. J’ai cessé depuis plusieurs années d’établir des préceptes sur la manière dont il faudrait écrire : à quoi sert de prêcher un certain type de littérature plutôt qu’un autre si les choses que vous avez envie d’écrire finissent par être complètement différentes ? J’ai mis un petit moment à comprendre que les intentions ne comptent pas, que ne compte que ce que l’on réalise. Alors, mon travail littéraire devint aussi un travail de recherche de moi-même, de compréhension de ce que j’étais. »


\Mots-clés : #autobiographie #lieu #politique #Racisme #voyage #xxesiecle
par Tristram
le Ven 16 Juil - 12:41
 
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Sujet: Italo Calvino
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Ahmadou Kourouma

Allah n’est pas obligé

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« Je décide le titre définitif et complet de mon blablabla est Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas. Voilà. Je commence à conter mes salades. »

Après cet incipit, Birahima, un jeune garçon de Togobala (Guinée ; mais la précision géographique a peu d’importance, c’est l’ensemble de l’Afrique occidentale qui peut convenir comme théâtre de ces tribulations) commence à raconter sa vie dans un français laborieux (et savoureux), s’aidant de dictionnaires et d’un lexique de français d'Afrique ; Kourouma donne entre parenthèses la définition des mots peu courants, et c’est peut-être parce que ce texte fut écrit à la demande d’anciens enfants-soldats d’Afrique de l’Est.
« Ces dictionnaires me servent à chercher les gros mots, à vérifier les gros mots et surtout à les expliquer. Il faut expliquer parce que mon blablabla est à lire par toute sorte de gens : des toubabs (toubab signifie blanc) colons, des noirs indigènes sauvages d’Afrique et des francophones de tout gabarit (gabarit signifie genre). Le Larousse et le Petit Robert me permettent de chercher, de vérifier et d’expliquer les gros mots du français de France aux noirs nègres indigènes d’Afrique. L’Inventaire des particularités lexicales du français d’Afrique explique les gros mots africains aux toubabs français de France. Le dictionnaire Harrap’s explique les gros mots pidgin à tout francophone qui ne comprend rien de rien au pidgin. »

« (Au village, quand quelque chose n’a pas d’importance, on dit qu’il ne vaut pas le pet d’une vieille grand-mère. Je l’ai expliqué une fois déjà, je l’explique encore.) »

Birahima est élevé par sa mère infirme puis, devenu orphelin, surtout par la rue : « j’étais un enfant sans peur ni reproche ».
Le principal leitmotiv dans l'aire musulmane, c’est bien sûr que tout dépend d’Allah, qu’il faut célébrer avec fatalisme – mais l’antienne varierait peu sous d’autres cieux monothéistes.
« Les sacrifices, c’est pas forcé que toujours Allah et les mânes des ancêtres les acceptent. Allah fait ce qu’il veut ; il n’est pas obligé d’accéder (accéder signifie donner son accord) à toutes les prières des pauvres humains. Les mânes font ce qu’ils veulent ; ils ne sont pas obligés d’accéder à toutes les chiaderies des prieurs. »

Parti rejoindre sa tante au Liberia avec Yacouba, féticheur et « multiplicateur de billets de banque », il devient enfant-soldat, small-soldier, dans le camp du colonel Papa le bon, une sorte de prêtre inféodé à Taylor, « avec la soutane, les galons, les grigris en dessous, le kalach et la canne pontificale » (nombreux sont les personnages religieux, d'obédience « œcuménique », souvent féminins, qui encadrent les factions).
« La sœur Hadja Gabrielle Aminata était tiers musulmane, tiers catholique et tiers fétichiste. »

Tableau bien documenté de l’horreur délirante de « la guerre tribale » (civile), d’abord au Liberia puis en Sierra Leone, sans concession pour les dirigeants de la sous-région et « leurs troupes d’interposition qui ne s’interposent pas », la diaspora libanaise, les associations de chasseurs traditionnels, et la communauté internationale.
« Comparé à Taylor, Compaoré le dictateur du Burkina, Houphouët-Boigny le dictateur de Côte-d’Ivoire et Kadhafi le dictateur de Libye sont des gens bien, des gens apparemment bien. Pourquoi apportent-ils des aides importantes à un fieffé menteur, à un fieffé voleur, à un bandit de grand chemin comme Taylor pour que Taylor devienne le chef d’un État ? Pourquoi ? Pourquoi ? De deux choses l’une : ou ils sont malhonnêtes comme Taylor, ou c’est ce qu’on appelle la grande politique dans l’Afrique des dictatures barbares et liberticides des pères des nations. (Liberticide, qui tue la liberté d’après mon Larousse.) »

« (la Conférence nationale, c’est la grande foire politique qu’on a organisée dans tous les pays africains vers 1994, au cours de laquelle chacun a raconté ce qui lui passait par la tête). »

Témoignage précis sur le système :
« La première fois que j’ai pris du hasch, j’ai dégueulé comme un chien malade. Puis c’est venu petit à petit et, rapidement, ça m’a donné la force d’un grand. Faforo (bangala du père) ! »

« Le camp était limité par des crânes humains hissés sur des pieux comme tous les casernements de la guerre tribale. »

Épisodes terribles, comme celui de la méthode « Pas de bras, pas d’élections » :
« On procéda aux "manches courtes" et aux "manches longues". Les "manches courtes", c’est quand on ampute les avant-bras du patient au coude ; les « manches longues", c’est lorsqu’on ampute les deux bras au poignet. Les amputations furent générales, sans exception et sans pitié. Quand une femme se présentait avec son enfant au dos, la femme était amputée et son bébé aussi, quel que soit l’âge du nourrisson. Autant amputer les citoyens bébés car ce sont de futurs électeurs. »

Dans ce récit teinté d’oralité et d’autres caractéristiques de la narration africaine, Birahima fait souvent l’oraison funèbre d’enfants-soldats tués, occasion de raconter leur histoire et la façon dont ils furent recrutés.
Partout recommencés, les grigris, les kalach, la corruption, l’anarchie, des « rebelles » aux coupeurs de route et « autres fretins de petits bandits », comme les « sobels » : « C’est-à-dire des soldats dans la journée et des rebelles (bandits pillards) dans la nuit », jusqu’à la sauvagerie extrême.
« Dans les guerres tribales, un peu de chair humaine est nécessaire. Ça rend le cœur dur et dur et ça protège contre les balles. »

« J’ai voulu devenir un petit lycaon de la révolution. C’étaient les enfants-soldats chargés des tâches inhumaines. Des tâches aussi dures que de mettre une abeille dans les yeux d’un patient, dit un proverbe des nègres noirs indigènes et sauvages. […]
"Eh bè, les lycaons, c’est les chiens sauvages qui chassent en bandes. Ça bouffe tout ; père, mère, tout et tout. Quand ça a fini de se partager une victime, chaque lycaon se retire pour se nettoyer. Celui qui revient avec du sang sur le pelage, seulement une goutte de sang, est considéré comme blessé et est aussitôt bouffé sur place par les autres. Voilà ce que c’est. C’est pigé ? Ça n’a pas pitié." »

Yacouba et Birahima, le grigriman et l’enfant-soldat, sont ballotés d'une péripétie à l'autre ; mais chaque flambée de violence est une aubaine pour eux, un regain de prospérité dans un monde en ruine.
« En ce temps-là, les Africains noirs indigènes sauvages étaient encore cons. Ils ne comprenaient rien à rien : ils donnaient à manger et à loger à tous les étrangers qui arrivaient au village. »

Finalement j’ai trouvé peu de romanciers africains qui m’aient convaincu ; mais Ahmadou Kourouma sait transmettre une bonne partie de l’esprit caractéristique de l’Afrique occidentale, notamment celui de la Côte d’Ivoire.
J’ai beau avoir vécu dans les parages et connaître les évènements, j’ai été frappé par le rendu des faits : c’est un livre d’une grande puissance. Heureusement qu’il a été écrit par un Noir, un Africain, parce que d’une autre couleur, d’une autre origine, il aurait été vilipendé, surtout à notre époque de chasse gardée de la parole.
Me reste à lire la suite et fin de ce récit, Quand on refuse on dit non, chronique du retour de Birahima en Côte d’Ivoire.

\Mots-clés : #aventure #enfance #guerre #historique #independance #politique #racisme #Religion #temoignage #traditions #violence #xixesiecle
par Tristram
le Ven 14 Mai - 20:35
 
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Sujet: Ahmadou Kourouma
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Mark Twain

Tag racisme sur Des Choses à lire Buck10

Les Aventures de Huckleberry Finn


Un adolescent qui ne veut pas être "civilisé" entendez par là, qui veut faire à sa guise, malgré l'affection que lui prodigue l'aimable et Vve madame Douglas qui l'a adopté car sa mère n'est plus et son père est une brute, buveur que Huck ne souhaite plus revoir.

Huck et son ami Tom, orphelin aussi, ont découvert un trésor, ils sont riches de 6000 dollars, dont le père de Huck veut le "soulager" et il l'oblige à le suivre, le séquestre dans sa cabane dont Huck parvient à s'échapper. Il se cache  dans une petite île du fleuve Missouri et se propose de descendre le fleuve  avec son canot dès que les habitants de la ville, la police et son père arrêteront de rechercher le "noyé" ;  car c'est évident  il a été jeté dans le fleuve après qu'il fut assassiné puisque des traces, savamment abandonnées par Huck convainquent du drame.

Mais l'île cache un autre personnage ; Jim l'esclave de la soeur de la Vve. Huck est bien content de partager la solitude avec Jim.

"– Jim... je ne me serais pas attendu à ça de ta part.
– Oui ; mais vous avez promis de ne pas me dénoncer.
Si l’on apprend que je t’ai gardé le secret, on me traitera de canaille d’abolitionniste et on me montrera au doigt. N’importe, j’ai promis, je tiendrai...
– Vous vous êtes sauvé aussi, massa Huck.  
– Oh ! ce n’est pas la même chose ; je n’appartiens à personne ; on ne m’a pas acheté"


Jim aime bien conter des histoires, réelles ou à peu près et comme Huck est superstitieux il est intéressé.

"Il me parla ensuite d’une foule d’autres choses qu’on doit éviter de faire, sous peine de s’attirer une mésaventure plus ou moins sérieuse. Il ne faut jamais secouer une nappe après le coucher du soleil. Quand on prépare un plat, il ne faut jamais compter ce qu’on met dedans – les œufs d’une omelette, par exemple. Si le propriétaire d’une ruche vient à trépasser, il faut avertir les abeilles dès l’aube, sans quoi elles cesseraient de travailler et crèveraient.
Les nègres sont très forts pour reconnaître les mauvais présages. Une fois lancé sur ce terrainlà, Jim eut l’air de ne plus pouvoir s’arrêter et la plupart de ses histoires n’avaient rien de neuf pour moi."


Huck lui raconte l'histoire de Salomon et du bébé qu'il menace de couper en deux, Jim ne comprend pas l'action proposée par le roi

"Je vis que ce serait perdre mon temps que de vouloir discuter avec Jim. On ne peut pas apprendre à un nègre à raisonner."

Jim et Huck récupère un radeau qui les conduira dans les Etats libres, ce qu'évidemment souhaite vivement Jim, il pense pouvoir ensuite racheter femme et enfant. Huck profite de l'endormissement de Jim pour lui faire une blague.

"Lorsque je vous ai revu là, sans une égratignure, les larmes me sont montées aux yeux. J’étais si content que j’avais envie de me jeter à vos pieds et de les embrasser. Vous, vous n’avez pensé qu’à vous moquer du vieux Jim et à lui faire honte de sa bêtise avec vos menteries. Oui, il y a un tas de saletés sur le radeau, et ces saletés, ce sont les gens qui font des avanies à leurs amis. Là-dessus Jim me tourna le dos et se glissa dans le wigwam sans dire un mot de plus. Il en avait dit assez. Je me sentais si honteux que j’aurais presque pu me jeter à ses pieds pour lui demander pardon.Ce ne fut qu’au bout d’un quart d’heure que je me décidai à m’humilier devant le nègre ; mais je le fis. Je ne le regrette pas et je n’en ai jamais rougi depuis. Je ne lui aurais certes pas joué ce tour-là si je m’étais douté qu’il prendrait la chose à cœur."

Bien des aventures vont retarder Huck et Jim, notamment deux escrocs dont ils auront du mal à se séparer.

"Il va sans dire que, pour ma part, je ne les plaignais ni l’un ni l’autre ; sans la frayeur qu’ils m’inspiraient, je les aurais dénoncés"


Tom fait preuve aussi d'amitié et n'hésite pas à mentir pour éviter à Jim d'être découvert sur leur radeau. Jim recherché comme esclave évadé se retrouvera enfermé dans une cabane en bois. Huck ayant été pris par erreur par la tante de Tom est traité comme neveu, mais Tom arrive lui aussi au domicile de sa tante. Imbroglio sur les prénoms des deux jeunes gens. Qui est qui ?

Mis au courant de la situation de Jim Tom décide qu'il participera à l'évasion de Jim avec Huck, mais il faut que se soit spectaculaire ! Donc se référant à ses lectures d'aventures, de prisonniers célèbres, il prend le déroulememnt de l'évasion en mains. Ce déroulement étonnera beaucoup Jim qui trouve bien compliqué de suivre les directives de Tom, en tant que prisonnier.

Il faut dire que Huck de son côté fait remarquer à son ami Tom qu'il complique les tâches, mais Tom est intransigeant, Jim est prisonnier il doit être dans les mêmes conditions que tous les prisonniers de ses lectures, voire rester 37 ans emprisonné (sic) et son évasion doit l'être également.

" À la bonne heure, Tom ! Nous voilà d’accord. Nous supposerons tout ce que tu voudras. Pour peu que tu y tiennes, je supposerai qu’il y est resté cent ans. Maintenant, tu peux compter sur moi pour escamoter les deux couteaux"


Les deux amis feront bien évader Jim mais ce dernier ayant alerter, pour plus de vraisemblance, la famille et les poursuivants, Tom sera blessé.
Son état nécessitant des soins Jim n'hésite pas à ramener Tom au domicile de sa famille, quitte à se faire reprendre. Qu'importe Huck est son ami et Tom l'est devenu.

"– Quelle chance, hein ? dit-il, tandis que nous détachions le mouchoir qu’il avait roulé autour de sa jambe. Une évasion sans coups de fusil ne vaudrait pas deux cents. Je n’avais plus envie de chanter victoire et Jim n’était plus disposé à danser. Il courut chercher de l’eau pour laver la blessure et déchira une des chemises du duc pour faire un bandage."

Huck : "Je savais bien que mon vieux Jim était blanc en dedans"




Une histoire mais qui illustre bien la situation des esclaves noirs, les relations avec certains de leurs "maîtres". D'ailleurs Huck sait qu'il ne devrait pas, en tant que blanc, partager une amitié avec un noir et de plus un esclave évadé. Mais malgré l'héritage de haine, d'idées fausses, de supériorité inique,  Huck appréciera l'amitié de Jim, même si, oui si il emploie le terme de  "nègre" . Suffit de vouloir connaître "l'autre". De plus Huck lui-même n'aspire qu'à la liberté.

Du côté de Tom, il s'agit aussi de montrer ce qu'il est capable de faire ; son imagination n'est jamais prise en défaut et puisque Huck est son ami et que celui-ci désire aider Jim, il s'y associera aussi, dans une évasion qu'il veut rocambolesque.

Donc un rappel nécessaire de l'esclavage aux USA puisqu'il n'a été aboli qu'en 1863 par proclamation de Lincol, mais nous savons qu'aujourd'hui encore les  exactions ont continué et les relents sont présents. (James Meredith, né le 25 juin 1933 à Kosciusko dans l'État du Mississippi (États-Unis), a été le premier étudiant noir-américain de l'université du Mississippi, jusqu'alors réservée aux étudiants blancs.)

merci à toi Animal de ta proposition


Mots-clés : #amitié #aventure #esclavage #racisme
par Bédoulène
le Mer 3 Mar - 17:43
 
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Sujet: Mark Twain
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Elizabeth Hartley Winthrop

Tag racisme sur Des Choses à lire 41hg4310

Le châtiment de Willie Jones.

De la tombée du jour au lever du soleil, la nuit de l'exécution capitale de Willie, un jeune noir accusé d'avoir violé une Blanche, Elizabeth Winthrop suit, de minute en minute, une poignée de personnages, telle une ribambelle se passant le relais, dans cette petite ville de Louisiane en 1943. Tous, de près ou de loin, sont concernés par ce châtiment et ses implications (peine de mort, racisme) que ce soit Willie, ses proches, des membres de la justice ou de la police, le prêtre qui l’assiste, des blancs qui doutent ou d’autres sûrs de leur droit. Tous ont un étroite relation avec la mort qui les a déjà marqués, et la guerre qui se déroule au loin marque les faits de son empreinte .

Très maîtrisé, très attentif à chacun.e, plein de compassion dans cette ambiance électrique du Sud : ce roman progresse sûrement pour laisser entendre toutes les voix. C’est réellement touchant et intéressant.


Mots-clés : #justice #racisme #segregation
par topocl
le Mer 24 Fév - 11:19
 
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Sujet: Elizabeth Hartley Winthrop
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André Brink

Une saison blanche et sèche

Tag racisme sur Des Choses à lire Extern41

il y a le Ben d’avant : bon père, bon mari, bon paroissien et bon prof, un rien terne et décevant. Tellement commode pour son entourage. Et puis il y a le Ben d’après les morts de Gordon et son fils, Gordon le balayeur noir du collège, Jonathan, l’enfant brillant dont Ben finançait la scolarité, devenu activiste dans Soweto en flammes. Tous deux arrêtes et torturés à mort, des mort niées et camouflées.

Cherchant la vérité, Ben s’expose à l’opprobre publique et familiale, à la traque et l’inquisition sans limites de la Section Spéciale. Qu’importe, porter la vérité est devenu son seul chemin, c’est devenir vrai lui-même. Sa trahison est sa loyauté.

Interdit de publication à sa parution, Une saison blanche et sèche est un roman-massue extrêmement condensé, concentré, minéral, qui, comme son héros,  va droit au but de la dénonciation, n’omet aucun détail, chemine assidûment et sans détour. Tout est là, tout est utile.

Bien plus que l’histoire d’un autre homme, Gordon, domestique devenu frère par sa mort,  Ben, quelque soit son chemin de croix, veut dénoncer le mal de toute une nation bien-pensante, derrière son Dieu, ses certitudes et sa vertu. Ben est un homme ordinaire, lanceur d’alerte étonné de lui-même, qui se perd pour sauver le monde, car pour lui nul autre choix n’est devenu possible.

Le roman est d’un grand classicisme, mais échappe aux lourdeurs et clichés qu’on redoute par moment. Dans une belle économie de moyens, André Brink ne retient que ce qui est utile à  son propos, mais il laisse aussi la part belle aux doutes, aux interrogations de son héros anti-héros, profondément humain dans son sacrifice. Le déchaînement de violence et de terreur auquel il est confronté n’a d’égal que la sauvagerie des paysages tant urbains que désertiques.


Le fait que le papa de Quasimodo soit de bon conseil n’était plus à démontrer. Reste juste au fiston à entendre ce beau conseil.


Mots-clés : #historique #polar #racisme #segregation #social #xxesiecle
par topocl
le Lun 18 Mai - 11:06
 
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Sujet: André Brink
Réponses: 3
Vues: 784

Richard Wagamese

Tag racisme sur Des Choses à lire 417sko10


Une passion peut-elle sauver un homme ? pour Saul « Cheval indien » du clan des Ojibwé ce sera le hockey. Le hockey sera aussi le moyen de cacher, d’enfouir le drame vécu enfant dans le pensionnat où les « blancs », l’autorité, l’avait contraint après l’avoir enlevé, comme tant d’autres enfants indiens, à sa famille. Pour être éduqué et recevoir un enseignement religieux, c’est-à-dire être converti à la religion catholique ; pour enlever en lui toute "indianité".

Après avoir été l’un des meilleurs joueurs de hockey, humilié, haï par les « blancs » hockyeurs, Saul abandonne ce sport et pendant des années, survivra par des boulots divers au gré de son itinérance, seul, jusqu’à ce qu’à la suite d’un malaise, l’ivrogne qu’il est devenu se retrouvera à l’hôpital puis en centre anti-alcoolique. Là en décrivant son enfance, son adolescence, il prendra conscience que le mal-être qu’il a toujours ressenti, qui l’a isolé,  a pris naissance au pensionnat. Il y retourne et là-bas, devant son premier terrain de hockey les souvenirs enfouis, rejetés car douloureux ressurgissent.

Saul retournera aussi se ressourcer sur les lieux où son arrière grand-père avait « vu » le destin de la famille et l’avait installée (ce don de vision Saul en a hérité et cela l'a servi dans le jeu de hockey)

C’est dans la famille indienne des Kelly qui l’avait accueilli à son adolescence pour vivre son hockey que Saul retrouvera la force de continuer à vivre, après s’être confié à eux, enfants issus du pensionnat également et qui portent le même douloureux passé.

C’est donc l’histoire d’une passion, celle de Saul pour le hockey, l’histoire du destin des indiens décidé par les « blancs », du racisme dont ces derniers faisaient preuve à cette époque.

Mais des évènements assez proches prouvent que ce racisme est encore bien présent.

C’était une lecture intéressante et utile, une écriture dont les mots m’ont touchée.


LC : https://deschosesalire.forumactif.com/t2627-lc-wagamese


Mots-clés : #identite #racisme #spiritualité #violence
par Bédoulène
le Ven 3 Avr - 11:28
 
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Sujet: Richard Wagamese
Réponses: 33
Vues: 2719

Tania de Montaigne

Tag racisme sur Des Choses à lire 61wfj710

L'ASSIGNATION - Les Noirs n'existent pas

Un livre court et qui vaut vraiment le détour ! Mais je l'ai lu il y a un certain temps, je ne me risquerai pas à faire un commentaire.
En tout cas, voilà l'article qui m'a donné envie de m'y plonger :

"Elle se souvient, quand elle avait 13 ans. Apercevant ses cheveux frisés, la coiffeuse la refuse : "On ne coiffe pas ça." L'auteure en tire cette moralité : "Au début des années 1980, une Blanche qui croit que les Noirs existent affirme à une Noire, qui n'est pas encore sûre d'en être vraiment une, qu'elle est une chose."
Avis à "tous les êtres en majuscules (Juifs, Musulmans, Noirs...)" affublés d'une nature immuable. Contre cette essentialisation, qui perpétue les vieux mythes ("aujourd'hui on ne dit plus "race", on dit "origine", mais le principe est le même"), Tania de Montaigne ferraille avec brio : "J'essaye de me souvenir du temps où je n'étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Ce temps où noire était un adjectif, pas un nom. Une couleur" Gare au nom de famille ! Par exemple, au hasard, si on s'appelle Tania de Montaigne, on aura droit à cette question récurrente "C'est votre vrai nom ?"
Bien vu, bien pensé : Un livre qui défrise les neurones."
Le canard enchaîné

Bonne lecture !


Mots-clés : #racisme
par Exini
le Sam 21 Mar - 16:31
 
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Sujet: Tania de Montaigne
Réponses: 3
Vues: 442

James Baldwin

Si Beale Street pouvait parler

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Ha mais ces deux jeunes gens noirs si follement amoureux, il ne faudrait pas pour autant qu'ils croient que le monde est à eux... L'arrogante belle machine des blancs est en route pour les broyer. Et croiraient-ils qu'ils ont la moindre chance de s'en sortir, naïfs qu'ils sont? Que l'amour serait plus fort que tout? plus fort que la haine et que les barreaux des prisons?

Roman  plein de rage du sort déchirant des exclus et de l'amour contrarié, Si Beale street pouvait parler, est alternativement lumineux et désespéré.  A travers le regard à la fois naÏf et lucide, en tout cas fondamentalement sincère, de Tish, cette toute jeune femme qui a cru à sa chance, il décortique l'impasse d'un monde qui ne laisse aucune chance à certains.

Mots-clés : #amour #racisme
par topocl
le Lun 6 Jan - 16:53
 
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Sujet: James Baldwin
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Howard Fast

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Mémoires d'un rouge

Encore un commentaire qui ne rendra pas justice à la somme de choses qu'on trouve dans le livre. Surtout qu'il a du métier ce Howard Fast dont je ne connaissais pas le nom, les environ 550 pages de ses mémoires passent avec une facilité déconcertante.

On démarre fort avec un jeune homme qui rêve de s'engager contre le nazisme et qui se retrouve presque à regret à travailler comme un damné à la préparation des bulletins d'information qui seront diffusés dans toutes l'Europe occupée.

On découvre ensuite derrière ce patriotisme un parcours assez dur : très jeune il a dû travailler, se battre aussi et à côté de ça il a réussi malgré tout à lire, et à écrire. L'obsession après avoir juste ce qu'il faut pour se loger et se nourrir avec ses frères et leur père.

De rencontre en rencontre il se démène et accepte l'importance de sa tâche, stimulé aussi par sa place au cœur du système et de l'information. Néanmoins il veut partir, se confronter à la réalité de la guerre. Ce qui ne se fera pas comme il l'espérait. Ses penchants "à gauche" ou pro-russes alors que le conflit va toucher à sa fin dérangent et son départ se fera pour l'Afrique du Nord avant l'Inde.

Patriotisme toujours, et pacifisme encore plus fort face aux absurdités et injustices de la guerre. Nous voilà partis dans un vrai voyage qui vient nourrir l'homme et ses convictions. Il y a des pages très fortes là-dedans aussi.

De retour aux Etats-Unis les années difficiles pour les communistes et sympathisants sont là. D'auteur à succès il devient persona non grata. Procès, refus des éditeurs... Condamnation et montage de sa propre maison d'édition. Prison, campagnes politiques, meetings, récoltes de fonds pour les plus démunis, combat contre le racisme des années difficiles mais riches encore. La mise en place du maccarthysme et de mascarades judiciaires aux frais du contribuable sont décrites dans l'ombre non pas des écoutes et tracas incessants causés par un FBI envahissant mais plutôt dans la tension entre le parti communiste et ses lignes directrices et le sentiment d'injustice car au fond il reste et est volontairement ce qu'on pourrait un "bon américain" avec des idéaux indéboulonnables de liberté.

Des pages assez incroyables encore. Il faut aussi parler de la menace d'une troisième guerre mondiale avec la menace atomique mais aussi de l'antisémitisme et des rumeurs d'une URSS de moins en moins idyllique. Ne pas oublier les tentatives de lynchages ?

C'est dense, très dense, très riche et avance vers l'inévitable ras le bol d'un parti qui s'est peut-être d'abord plombé lui-même à force de rigidité et de dogmatisme aveugle. Désillusion ? Ptet ben que oui, ptet ben que non.

Après tout pour Howard Fast ce qu'on lit c'est sa volonté mais soutenue par les rencontres, sa femme, ses enfants et les amis d'un jour ou de toujours, ce sont aussi ses chroniques au Daily Worker et surtout surtout l'indépendance et la liberté de penser, de s'exprimer et d'aider.

Et il y a les images et idéologies qui sont mises en lumière dans le livre avec leurs reflets d'aujourd'hui...

Mots-clés : #autobiographie #documentaire #guerre #justice #politique #racisme #social #solidarite #universdulivre
par animal
le Jeu 26 Sep - 14:08
 
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Sujet: Howard Fast
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C.E. Morgan

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Le sport des rois

Difficile de trouver les mots pour évoquer ce roman de fièvre et de fureur, qui suit les pas d'un riche propriétaire terrien du Kentucky qui a investi toute sa vie dans l'élevage des chevaux de course, incarnation pour lui d'une forme de transcendance et de transmission d'une toute-puissance.
Cette passion des courses de chevaux s'est construite en opposition à son père, qui lui a laissé une terre ayant créé une fortune familiale mais l'a renié dans ces choix. Et ce déchirement, cette haine enfouie et intérieure d'une figure paternelle est à la source de tous les tourments, reflets des contradictions, des souffrances d'un monde clos du Sud des Etats-Unis, où le mépris de soi s'engloutit dans la perpétuation d'une ségrégation raciale quotidienne.
L'évocation des femmes, des noirs n'est que violence et amertume aux yeux d'hommes blancs déjà à moitié brisés...et la colère d'Henry Forge, qui voit sa propre fille se rebeller, puis un garçon d'écurie de sang-mêlé le supplanter dans son ambition hippique, ne peut que s'achever dans le drame.

L'écriture de C.E. Morgan est marquante, souvent flamboyante par ses accents romanesques, et peut rappeler l'intensité abrupte d'un Faulkner tant elle fascine et déroute à la fois. Paradoxalement, Le sport des rois semble parfois manquer de personnalité ou de sincérité, en privilégiant jusqu'à l'excès une dimension spectaculaire dans les rebondissements narratifs. Mais malgré ces regrets, il s'agit pour moi d'une oeuvre qui constitue un temps fort de mon année littéraire, et ne laissera pas indifférent.


Mots-clés : #famille #racisme #relationenfantparent #segregation
par Avadoro
le Mar 24 Sep - 23:28
 
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Sujet: C.E. Morgan
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Simone Schwarz-Bart

Pluie et vent sur Télumée Miracle

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Ce roman semble contenir toutes les Antilles françaises, du moins les thèmes qui les particularisent dans la littérature qui va suivre.
On retrouve le typique caractère antillais dépeint par les écrivains autochtones, tempérament teinté de cette ombre amère, la défiance, un fond rancunier, voire haineux ‒ l’héritage de l’inoubliable, l’irrémissible esclavage (on peut être raciste à moins). Et tout le livre qui parle des Afro-Caribéens pauvres le fait toujours en opposition aux Blancs quand ces derniers sont évoqués.
« Il ne sut jamais dire ce qui se passa en lui et comment il en vint, sur la fin de son séjour, à considérer les Blancs comme des bouches qui se gavent de malheur, des vessies crevées qui se sont érigées en lanternes pour éclairer le monde. » (II, 13)

Pays aussi et surtout de conte, d’oralité, d’invention verbale, où l’important semble être d’avoir à dire :
« …] ils surent qu’ils auraient une belle chose à raconter, au moins une fois dans leur vie. » (I, 1)

« L’Ange Médard sourit et je lui tins la main jusqu’à l’aube, agenouillée près de lui, cependant que les gens s’amassaient en silence, devant ma case, contemplant la scène qui se déroulait devant leurs yeux et s’efforçant d’en tirer une histoire, déjà, une histoire qui ait un sens, avec un commencement et une fin, comme il est nécessaire, ici-bas, si l’on veut s’y retrouver dans le décousu des destinées. » (II, 14)

Au travers de la vie de Télumée, qui connaît plusieurs fois l’amour et sa perte, ce roman expose la précarité du bonheur, et témoigne de la dignité humaine jusque dans la misère.
« Toutes les rivières, même les plus éclatantes, celles qui prennent le soleil dans leur courant, toutes les rivières descendent dans la mer et se noient. Et la vie attend l’homme comme la mer attend la rivière. On peut prendre méandre sur méandre, tourner, contourner, s’insinuer dans la terre, vos méandres vous appartiennent mais la vie est là, patiente, sans commencement et sans fin, à vous attendre, pareille à l’océan. » (II, 4)

Quant au style, cet extrait devrait assez donner le ton :
« Cette année-là, la disgrâce de Fond-Zombi commença par un hivernage qui surprit tout le monde. Des trombes d’eau s’étaient abattues sur le village, transformant les chemins en torrents boueux qui charriaient vers la mer toute la graisse de la terre. Les fruits coulaient avant de mûrir et les négrillons avaient une petite toux sèche qui faisait mal. Attendons le calme, disait-on, oubliant que mauvais hivernage vaut mieux que bon carême. Et le carême survint, torride, stupéfiant, étouffant porcs et dévastant poulaillers, cependant que les feuilles de bananiers devenaient hachures du vent, oripeaux défraîchis qui striaient l’espace en signe de débandade. Fond-Zombi avait un aspect désertique, et le mal semblait dans l’air la seule chose palpable, que les gens fixaient hébétés des après-midi durant. Les femmes allaient par la rue avec une célérité déconcertante, et à peine pouvait-on deviner leur maigreur, la tristesse de leurs yeux. Elles glissaient comme des ombres et se croisant, elles s’adressaient un salut évasif qui signifiait, de l’une à l’autre… il faut stopper le mal par notre silence et d’ailleurs, depuis quand la misère est-elle un conte ?... » (II, 8 )

Un classique : à lire !

Mots-clés : #esclavage #identite #racisme
par Tristram
le Dim 22 Sep - 11:55
 
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Sujet: Simone Schwarz-Bart
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William Faulkner

Trois nouvelles (Une rose pour Emily - Soleil couchant - Septembre ardent)

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Titres originaux: A Rose for Emily - That evening sun - Dry September.

Lu en version Folio bilingue (ci-dessus).
Dates de premières publications: 1930 pour A Rose for Emily, 1931 pour That evening sun et pour Dry September.


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A Rose for Emily (Une rose pour Emily):

Le narrateur écrit au "je", plus exactement au "nous", "nous" englobant ainsi tous les habitants de la ville (Jefferson, bien connue des lecteurs de Faulkner).
Emily et sa maison sont, en quelque sorte, deux monuments, deux exceptions à Jefferson. L'histoire débute par l'évocation de la date du décès d'Emily. Ce décès donne enfin l'occasion à la communauté villageoise de pousser la porte de la maison d'Emily, où elle vivait recluse en compagnie d'un vieux serviteur, qui disparaît dès le décès officialisé:

V a écrit:Le Noir vint à la porte recevoir la première des dames. Il les fit entrer avec leurs voix assourdies et chuchotantes, leurs coups d'œil rapides et furtifs, puis il disparut. Il traversa toute la maison, sortit par-derrière et on ne le revit plus jamais.
Les deux cousines arrivèrent tout de suite. Elles firent procéder à l'enterrement le second jour. Toute la ville vint regarder Miss Emily sous une masse de fleurs achetées. Le portrait au crayon de son père rêvait d'un air profond au-dessus de la bière, les dames chuchotaient, macabres, et, sur la galerie et la pelouse, les très vieux messieurs - quelques-uns dans leurs uniformes bien brossés de Confédérés - parlaient de Miss Emily comme si elle avait été leur contemporaine, se figurant qu'ils avaient dansé avec elle, qu'ils l'avaient courtisée peut-être, confondant le temps et sa progression mathématique, comme font les vieillards pour qui le passé n'est pas une route qui diminue mais, bien plutôt, une vaste prairie que l'hiver n'atteint jamais, séparé d'eux maintenant par l'étroit goulot de bouteille des dix dernières années.


V a écrit:The Negro met the first of the ladies at the front door and let them in, with their hushed, sibilant voices and their quick, curious glances, and then he disappeared. He walked right through the house and out the back and was not seen again.The two female cousins came at once. They held the funeral on the second day, with the town coming to look at Miss Emily beneath a mass of bought flowers, with the crayon face of her father musing profoundly above the bier and the ladies sibilant and macabre; and the very old men --some in their brushed Confederate uniforms--on the porch and the lawn, talking of Miss Emily as if she had been a contemporary of theirs, believing that they had danced with her and courted her perhaps, confusing time with its mathematical progression, as the old do, to whom all the past is not a diminishing road but, instead, a huge meadow which no winter ever quite touches, divided from them now by the narrow bottle-neck of the most recent decade of years.


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That evening sun  (Soleil couchant):

Le thème de la peur, traité très en finesse. Quelle virtuosité dans l'inexprimé, quelle économie de mots, aussi. Beaucoup de dialogues, mettant en avant le langage des enfants:
En effet le narrateur au "je" de la nouvelle est un enfant de neuf ans, Quentin:
Autant Christian Bobin m'avait exaspéré avec ce procédé-là dans La folle allure, autant William Faulkner m'enchante dans That evening sun !

IV a écrit:
Alors, Nancy se remit à faire le bruit, pas fort. Assise, penchée au-dessus du feu, elle laissait pendre ses longues mains entre ses genoux. Soudain, l'eau se mit à couler sur sa figure, en grosses gouttes. Et, dans chaque goutte, tournait une petite boule de feu, comme une étincelle, jusqu'au moment où elle lui tombait du menton/ "Elle ne pleure pas, dis-je".
- "Je ne pleure pas" dit Nancy. Elle avait les yeux fermés. ""Je ne pleure pas. Qui est-ce ?
- Je ne sais pas, dit Caddy qui se dirigea vers la porte et regarda au-dehors. Il va falloir que nous partions, dit-elle. Voilà Papa.
- Je vais le dire, dit Jason. C'est vous qui m'avez forcé à venir."


IV a écrit:Then Nancy began to make that sound again, not loud, sitting there above the fire, her long hands dangling between her knees; all of a sudden water began to come out on her face in big drops, running down her face, carrying in each one a little turning ball of firelight like a spark until it dropped off her chin. "She's not crying," I said.
"I ain't crying," Nancy said. Her eyes were closed. "I ain't crying. Who is it?"
"I don't know," Caddy said. She went to the door and looked out. "We've got to go now," she said. "Here comes father."
"I'm going to tell," Jason said. "Yawl made me come."




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Dry September (Septembre ardent):

Un salon de coiffure pour hommes [blancs] dans une petite ville du Sud Faulknérien. Une rumeur de viol d'une femme blanche célibataire par un noir enflamme la conversation. Seul le coiffeur s'interpose et est persuadé de l'innocence du noir.

Nouvelle où action et suggestion sont étroitement imbriquées, avec finesse: la non-description du lynchage est remarquable, dans ce registre-là (il fut, paraît-il, reproché à Faulkner de ne pas avoir couché ce lynchage sur papier). Très sobre dans son écriture, Faulkner nous gratifie d'une nouvelle dense, paroystique: du grand art.

III a écrit:
La vitesse précipita Hawk parmi les ronces poussiéreuses jusque dans le fossé. Un nuage de poussière s'éleva autour de lui, et il resta étendu, haletant, secoué de nausées, parmi les craquements ténus, agressifs de tiges sans sève, jusqu'à ce que la seconde voiture soit passée et ors de vue. Alors, il se leva et s'éloigna, traînant la jambe. Arrivé sur la grand-route, il prit la direction de la ville en brossant de ses mains son vêtement. La lune avait monté, elle glissait très haut, sortie enfin du nuage de poussière sous lequel, au bout d'un moment, la lueur de la ville apparut.

 

III a écrit:The impetus hurled him crashing through dust-sheathed weeds, into the ditch. Dust puffed about him, and in a thin, vicious crackling of sapless stems he lay choking and retching until the second car passed and died away. Then he rose and limped on until he reached the highroad and turned toward town, brushing at his clothes with his hands. The moon was higher, riding high and clear of the dust at last, and after a while the town began to glare beneath the dust.



Mots-clés : #criminalite #justice #mort #psychologique #racisme #segregation #vieillesse #violence
par Aventin
le Dim 9 Juin - 13:35
 
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Sujet: William Faulkner
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Dany Laferrière

Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer

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« C’est simple, c’est un type, un Nègre, qui vit avec un copain qui passe son temps couché sur un Divan à ne rien faire sinon à méditer, à lire le Coran, à écouter du jazz et à baiser quand ça vient. »

Voici le résumé du roman par l’auteur ; il faut juste ajouter que le type, qui est le narrateur, rêve de femmes blanches et d’écriture.
Il y a un petit côté Bukowski et Henry Miller (qu’il nomme d’ailleurs plusieurs fois) dans cette rengaine du futur écrivain avec sa machine à écrire d’occasion dans sa petite piaule crasseuse (ici dans la banlieue montréalaise) ‒ sans compter Hemingway, qui se situe en bonne place dans les références littéraires !
« Faut lire Hemingway debout, Bashô en marchant, Proust dans un bain, Cervantes à l’hôpital, Simenon dans le train (Canadian Pacific), Dante au paradis, Dosto en enfer, Miller dans un bar enfumé avec hot-dogs, frites et coke… Je lisais Mishima avec une bouteille de vin bon marché au pied du lit, complètement épuisé, et une fille à côté, sous la douche. »

« Je lis : Hemingway, Miller, Cendrars, Bukowsky, Freud, Proust, Cervantes, Borges, Cortazar, Dos Passos, Mishima, Apollinaire, Ducharme, Cohen, Villon, Lévy Beaulieu, Fennario, Himes, Baldwin, Wright, Pavese, Aquin, Quevedo, Ousmane, J.-S. Alexis, Roumain, G. Roy, De Quincey, Marquez, Jong, Alejo Carpentier, Atwood, Asturias, Amado, Fuentes, Kerouac, Corso, Handke, Limonov, Yourcenar. »

Humour potache (avec une dimension sarcastique, et provoquante), mais pour être facétieuse la pose est un peu facile. On a quand même l’impression que Laferrière profite d’une position lui permettant d’exprimer non seulement du politiquement incorrect, mais un bel éventail de poncifs, de phantasmes et d’opinions sexistes et racistes, sans qu’on puisse toujours y voir une caricature.
« DES BLANCHES COLONISÉES. Les prêtresses du Temple de la Race. Des droguées de Nègre. »

Ce premier livre (paru en 1985, date d’édition qui n’est pas anodine) racoleur (comme son titre) reprend comme une recette gagnante les susnommés Miller et Bukowski dans une mouture bohème-branchouille et frère ceci-cela. Contre-culture baba cool et/ou Hemingway à Paris.
Ça parle principalement de sexe, avec les « Miz » (miss successives), et c’est vrai que les scènes de baise respirent le vécu. Aussi ode à la paresse, au mysticisme oriental mal assimilé, c’est surtout le cri de l’envie, de la convoitise, sans même le cosmétique d’une revendication politique :
« Qu’est-ce que j’ai contre les riches ? Eh bien, je crève de jalousie, je meurs d’envie. Je veux être riche et célèbre. »

Apparemment, ça vient quand même après Carole Laure :
« Carole Laure dans mon lit. Carole Laure en train de me préparer un bon repas nègre (riz et poulet épicé). Carole Laure assise à écouter du jazz avec moi dans cette misérable chambre crasseuse. Carole Laure, esclave d’un Nègre. Qui sait ? »

Mais il n’y a pas que ça (quoi que) :
« Bessie Smith (1896-1937), Chattanooga, Tennessee. Pauvre Bessie. I am so downhearted, heartbroken, too. Me voici mollement couché au fond d’un fleuve (Mississippi Floods), doucement ballotté par les chants de cueillette du coton. Le Mississippi a inventé le blues. Chaque note contient une goutte d’eau. Et une goutte du sang de Bessie. "When it rained five days and the sky turned dark at night… It thundered and it lightened and the winds began to blow…"
Pauvre Bessie. Pauvre Mississippi. Pauvre fille d’eau. Pauvre Bessie au cœur lynché. Corps noirs ruisselants de sueurs, courbés devant la grâce floconneuse du coton. Corps noirs luisants de sensualité et ballottés par le cruel vent du Sud profond. Deux cents ans de désirs entassés, encaissés, empilés et descendant les flots du Mississippi dans la cale des riverboats. Désirs noirs obsédés par le corps blanc pubère. Désirs tenus en laisse comme un chien enragé. Désirs crépitants. Désirs de la Blanche.
‒ Qu’est-ce qui t’arrive, Vieux ?
‒ Quoi ?
‒ T’as peur ?
‒ Peur de quoi ?
‒ T’as peur de la maudite page blanche ?
‒ C’est ça.
‒ Tors-la, Vieux, prends-la, fais-la gémir, humanise cette saloperie de page blanche. »

« ‒ Tu viens d’où ? me demande brutalement la fille qui accompagne Miz Littérature.
À chaque fois qu’on me demande ce genre de question, comme ça, sans prévenir, sans qu’il ait été question, auparavant, du National Geographic, je sens monter en moi un irrésistible désir de meurtre. »

(« demander une question", c’était bien sûr avant l'Académie française, quand l’auteur était sous influence linguistique anglaise…)


Mots-clés : #ecriture #humour #racisme
par Tristram
le Dim 28 Avr - 1:40
 
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Sujet: Dany Laferrière
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William Styron

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UN MATIN DE VIRGINIE. Tros histoires de jeunesse. - Folio

Les souvenirs d'enfance inspirent souvent les écrivains du Sud des Etats Unis. Mais si Un été indien est un livre plein de douceur, d'émerveillement. Un ilot de quiétude dans l'oeuvre de Truman Capote, celui de [b]Styron [/b]est marqué -surtout l'enfance- par la douleur, la conscience du racisme, l'incommunicabilité, la révolte, l'angoisse. Surtout par la mort de sa mère, marquée par la souffrance abominable d'un cancer en phase terminale. Celle d'un père suppliant l'infirmière de lui donner toujours plus de morphine.
Mais ce qui est frappant chez Styron, l'auteur, et aussi l'homme, c'est l'authenticité de son propos, son idéalisme et son courage sans failles, sa fidélité aux causes qu'il a soutenues : le respect de la dignité humaine, le refus de la violence et du racisme.

Il y a aussi des histoires extraordinaires, comme celle du très vieux Shadrach, qui après avoir été esclave en Virginie, fut déporté tout jeune en Alabama. Et c'est à moitié mort, en grande partie à pied qu'il reviendra mourir en Virginie. Après avoir revu un étang dont l'image mentale l'avait suivi et protégé pendant plus de cinquante années..
Cette bonne vieille Virginie dont il avait inventé le souvenir miséricordieux au point de vouloir mourir là et y être enterré.
Mais ceci est une autre histoire...

"Six cents milles ! Le voyage, à ce que nous parvînmes à comprendre, avait duré plus de trois mois... Il avait fait tout le trajet à pied, quand bien même, de temps à autre, il lui était arrivé de se laisser prendre en voiture - presque toujours, on peut en être sûr, par un des rares Nègres qui en ce temps-là possédait une voiture dans le Sud profond.
Il avait mis quelques dollars de côté, ce qui lui permettait de satisfaire son estomac. Il dormait sur les talus ou dans les granges...Le périple lui fit traverser la Géorgie, les Carolines et enfin la Virginie du Sud.
P. 94

Pour satisfaire le dernier voeu de Shadrach, désormais incapable de bouger, on le hisse dans une brouette pour le conduire au bief du moulin dont il avait gardé l'image de l'enfance.
.

"Nous arretâmes la brouette sur la banquette moussue, et là, Shadrach contempla le bief du moulin, grouillant du ballet des insectes aquatiques et frémissant sous une brume de soleil cuivrée où de petites libellules piquaient dans une iridescence vaporeuse et fébrile.
Posté près de la brouette, je tournai la tête et scrutai le visage vénérable, essayant de comprendre ce qui pouvait, dans ce qu'il contemplait maintenant, susciter une pareille expression de nostalgie et de paix. Ses yeux se mirent à suivre les petits Dabney qui avaient plongé dans l'eau de l'étang.
Cela semblait être une réponse et, illuminé par une brusque lueur, j'eus la certitude que jadis Shadrach avait lui aussi nagé ici lors d'un inconcevable mois d'août près d'un siècle auparavant.
pp. 115-116


Récupéré

J'espère qu'on reparlera de cet écrivain, tellement humain et émouvant.


mots-clés : #deuxiemeguerre #racisme #enfance
par bix_229
le Mar 20 Nov - 19:00
 
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Sujet: William Styron
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Toni Morrison

L'origine des autres

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"l’auteur se replonge dans ses propres souvenirs mais également dans l’histoire, la politique, et surtout la littérature qui joue un rôle important – notamment la littérature de William Faulkner, Flannery O’Connor et Joseph Conrad – dans la notion de « race » aux États-Unis, que ce soit de manière positive ou négative. L’auteur s’intéresse à ce que signifie être noir, à la notion de pureté des « races » et à la façon dont la littérature utilise la couleur de peau pour décrire un personnage ou faire avancer un récit. Élargissant la portée de son discours, Toni Morrison étudie également la mondialisation et le déplacement des populations à notre époque. " Babelio
« Toni Morrison retrace, à travers la littérature américaine, les modes de pensée et de comportement qui désignent, de manière subtile, qui trouve sa place et qui ne la trouve pas… L’Origine des autres associe l’éloquence caractéristique de Toni Morrison à la signification que revêt, de nos jours, l’expression citoyen de monde. " The New Republic


Je copie les commentaires ci-dessus parce qu'ils synthétisent bien l'objet de cet essai.
Morrisson décortique les mouvements culturels et les postures identitaires, et c'est passionnant. Sa langue reste très accessible, i vous êtes intéressés par l'auteur et son engagement, à travers son écriture, mais que vous hésiteriez pourtant à lire un texte plus directement analytique, essayez tout de même, ce n'est pas du blabla, Morrisson donne beaucoup d'éléments d'analyse, des extraits littéraires, elle explique et met à jour des traits fondamentaux, son analyse historique et sociologique sont très pertinentes, neuves sans doute, mais surtout elle transmet cela d'une manière très intéressante et accessible, je le redis.

Elle n'hésite pas non plus à parler de son propre travail d'écriture, et cet aspect est aussi passionnant : comment choisir l'énonciation , la faire politique.

En somme, un très court mais très dense livre qui nous donne des clefs fondamentales pour mettre en question nos postures face à nos identités construites, et qui nous invite à devenir créateurs d'un monde meilleur. J'ai été très impressionnée notamment par l'analyse qu'elle fait de la société américaine, difficile à appréhender pour un occidental avec une réelle pertinence, pertinence qu'elle nous offre, nous descillant sur de subtils oublis de fondamentaux.

"La romancière montre aussi  comment l'obsession de la couleur n'a cessé de s'exprimer en littérature, par exemple chez Faulkner et Hemingway, participant à la perpétuation de tropes racistes. Elle revient sur les raisons qui l'ont poussée, pour sa part, à "effacer les indices raciaux" dans plusieurs romans et nouvelles, notamment Beloved et Paradise. Laissant longuement parler la littérature, elle invite à une transformation des regards, par l'éthique et par les livres. La langue comme champ de bataille, et comme lieu de résistance. " Lenartowicz pour l'Express

mots-clés : #creationartistique #esclavage #essai #historique #identite #mondialisation #politique #racisme
par Nadine
le Mar 2 Oct - 11:02
 
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Sujet: Toni Morrison
Réponses: 20
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Langston Hughes

Histoires de blancs


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Tout d'abord merci aux éditions Complexe car le livre est un bel objet, un joli papier, une couverture de qualité à un prix acceptable.
Recueil de nouvelles dont l'objet principal est la relation entre blancs et noirs avant la lutte pour les droits civiques.
Pas de temporalité, on est un temps dans les Etats du Sud, un temps dans Harlem, finalement les kilomètres ou les ans ne changent pas grand chose à la condition tragique des Noirs.
On est glacé par la fièvre raciste, qu'elle soit douloureusement élogieuse en prêtant une poésie animale à la population Noire qui ne demande pas cet éloge tout aussi insultant que la condamnation de réels abrutis par ailleurs.
J'ai eu mal durant tout l'ouvrage en me demandant comment cela avait pu se produire, un tel contexte et j'ai pensé à aujourd'hui et je me suis dit que malgré l'évolution des choses on n'avait pas bien avancé et pas très vite.

L'écriture est magnifique, les personnages sont tantôt poignants tantôt haïssables. Et l'histoire est tellement scandaleuse qu'il n'y a même pas de moraline.

L'on assiste au destin tragique d'une esclave domestique, d'un jazzman malade, de domestiques manipulés puis de musiciens. On peut être amusé par le point de vue Kierkegaardien sur l'artiste qui est déroulé dans la dernière nouvelle par l'un des personnages. Pas de morale binaire tous les blancs n'étaient pas affreux mais les belles personnes ne faisaient définitivement pas le poids.

mots-clés : #nouvelle #racisme
par Hanta
le Mar 4 Sep - 19:27
 
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Sujet: Langston Hughes
Réponses: 3
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Romain Gary

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CHIEN BLANC

Romain Gary vint en Californie en 1969 avec sa femme Jean Seberg, engagée politiquement et socialement.
C' est l' époque où les Noirs manifestent pour les droits civiques. Malcolm X a été assassiné, les Black Panthers dirigent un mouvement révoutionnaire radical qui va dérailler sérieusement et Martin Luther King est abattu à son tour.
Gary est témoin de la situation, mais beaucoup plus spectateur qu' acteur.
Il a eu certes un role important dans l' Histoire, mais les hommes l' ont déçu, enfin, la nature humaine...
Il aime les betes et il est toujours accompagné d' un zoo ambulant : chiens, chats, oiseaux, serpent...
Il a recueilli un chien perdu, quand il se rend compte très rapidement que l' animal a été dressé pour attaquer les Noirs.
Contre l' avis général, il décide de ne pas l' abattre...

"C' est assez terrible d' aimer les bètes. Lorsque vous voyez dans un chien un etre humain, vous ne pouvez pas vous empecher de voir un chien dans l' homme et de l' aimer."

Curieusement, je ne connaissais Gary que sous son nom d' emprunt : Ajar. Je crois que j' avais été retenu par le coté diplomate ou l' aspect best seller...
Je connaissais la réalité dont il parle, mais dite par un homme tel que Gary, elle acquiert une autre dimension, celle d' un homme honnète, généreux, lucide, profondément humain.
Vraiment un type bien !
Souvent déçu, irrité, mais jamais désabusé ni découragé.
Du moins à l' époque...

Sa femme, l' actrice américaine Jean Seberg, se suicide en 1979.
Et lui meme se tire une balle dans la bouche en 198O.
Que le bonheur est proche, que le bonheur est lointain !

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mots-clés : #autobiographie #racisme
par bix_229
le Mar 21 Aoû - 20:44
 
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Sujet: Romain Gary
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Sylvain Pattieu

@Nadine a écrit:Ouais, j'ai hâte de te lire sur le suivant. Et de tomber sur cet auteur par bon hasard.


Y' a qu'à demander, mais je vais faire court, car ça ne m'a pas emballée.

Nous avons arpenté un chemin caillouteux.

Tag racisme sur Des Choses à lire Index10

Un tout petit bouquin assez didactique sur un couple de pirates de l'air, en 1972, qui ont voulu attirer l'attention sur la cause des noirs aux US, et on fini tranquillement leur vie - commencée de façon, on dira, un peu brutale -  dans un coin de Normandie à faire le bien dans leur quartier.
A priori séduisant, mais en fait assez anecdotique et un peu fouillis;.


mots-clés : #racisme #segregation #social
par topocl
le Lun 30 Juil - 20:56
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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William Faulkner

Sartoris
Tag racisme sur Des Choses à lire 51yr2k10

Une imposante  et magnifique maison blanche édifiée par John Sartoris avant la guerre de Sécession,  sur une grande propriété, où vivent désormais, l’un des fils dit le vieux Bayard, miss Jenny  la tante du jeune Bayard petit-fils du vieux Bayard. L’ombre de l’ancêtre plane toujours sur la famille entretenue par le vieux serviteur Simon et le vieil ami Will.

Vivent également sur la propriété les serviteurs noirs, comme souvent les serviteurs de maison le sont de génération en génération. C’est le cas pour le vieux Simon, sa femme, ses enfants. Malgré qu’ils soient bien traités par la famille Sartoris l’on ressent le racisme qui existait dans cette région du Sud des Etats unis d’Amérique .
D’ailleurs le fils de Simon de retour de guerre ayant reçu un autre traitement revient avec l’idée qu’il est l’égal des blancs et qu’il peut donc faire ce qu’il entend, il sera vite remis à sa place.

« Mais quel est donc l’imbécile qui a imaginé de flanquer à des nègres le même uniforme qu’à des blancs ? M. Vardaman voyait plus juste, il avait bien prévenu à cette époque ces crétins de Washington que ça ne donnerait rien de bon. »
« Voyons, mon p’tit, répondit le Dr Peabody, il n’est pas question de laisser Will fourrer de sa drogue sur la verrue de Bayard. C’est très bien pour les nègres et les bestiaux, mais Bayard n’en a pas besoin. »


Bayard revient de la première guerre mondiale alors que son frère John, aviateur comme lui, y a perdu la vie.  Il est vrai qu’aucun des Sartoris depuis l’ancêtre John n’est mort de mort naturelle.

Bayard est affecté par la perte de son frère et sa réaction, comme tous les Sartoris, est de violence, contre lui-même,  contre la vie,  et de fanfaronnade. Il  hypothèque sans cesse sa vie à la faucheuse.
Il dirige aussi sa colère contre son frère John :

« - Sacré cochon de Boche ! dit-il. Aussi bien, il n’a jamais été fichu de voler. Je passais mon temps à l’empêcher de grimper là-haut sur cette sacrée pétoire, - et il s’emporta furieusement contre son frère mort. »
« Je passais mon temps à essayer de l’empêcher de grimper là-haut avec ce Camel. Mais il m’a fichu un gnon. En plein dans le nez. »


Même l’amour de sa jeune femme ne put le sauver : « Et ils restaient étendus aux bras l’un de l’autre, dans l’ombre où s’abolissait un instant son incurable désespérance et la solitude de ce destin dont il ne pouvait s’évader. (cette désespérance m’a ramenée à  celle du Héros de Givre et sang de Powys).

« Bayard étendu sur un lit inconnu, et dont les nerfs engourdis par l’alcool rayonnaient comme des fils de glace à travers ce corps qu’il devait traîner à tout jamais avec lui par un monde sans joie et sans intérêt.
- Merde ! s’écria-t-il, couché sur le dos, regardant par la fenêtre dehors où il n’y avait rien à voir, attendant le sommeil sans savoir s’il viendrait ou non, sans se soucier particulièrement que ce fût l’un ou l’autre. Ne rien savoir, et l’interminable durée de la vie normale d’un homme. Soixante-dix années à traîner par le monde ce corps obstiné, et à duper ses instantes exigences. Trois fois vingt et dix, disait la Bible. A peine plus d’un tiers de fait. Merde ! »


Miss Jenny, dirige la maison et les hommes d’une main de maître, lucide, forte mais tendre aussi, elle ne se fait aucune illusion sur le sort des Sartoris. Depuis le retour de Bayard, elle s’inquiète pour le vieux Bayard qui parcourt avec son petit-fils les routes dans sa voiture à « toute vitesse" :

« Si tu perds tes  après-midi à courir avec lui, ce n’est pas seulement parce que tu crois que ça l’empêchera de faire la culbute avec sa voiture, si tu y vas c’est  parce que tu veux être dedans, toi aussi, quand ça arrivera. Alors crois-tu que tu te soucies plus que lui de ta famille ? »

Le cœur du vieux Bayard est en mauvais état et comme le médecin en averti miss Jenny elle lui répond :
« Avez-vous jamais vu un Sartoris mourir de sa mort naturelle comme n’importe quel autre ? demanda miss Jenny. Vous savez bien que ce cœur-là  n’emportera pas Bayard avant son heure. »

C’est lors d’une sortie en voiture avec son petit-fils que l’heure arriva.

La mort de son grand-père bouleversa Bayard et il ne trouva de remède à sa désespérance que dans la fuite, l’alcool, sans toutefois  jamais perdre sa dignité, sa fanfaronnade ;  la faucheuse réclama le paiement de l’hypothèque.

C’est le même jour que naissait un nouveau Sartoris, son fils.

Narcissa la femme de Bayard prénomma l’enfant de son patronyme : Benbow

Choix qui fit réagir miss Jenny :
« Et vous croyez que cela fera quelque chose ? demanda miss Jenny. Vous figurez-vous que pour changer un seul d’entre-eux il suffit de changer de nom ?

L’avenir seul le dira.

Extraits :
« Miss Jenny déclarait qu’elle avait encore trop à faire pour son salut sans le compromettre en se rendant à l’église à cinquante milles à l’heure, qu’elle avait à son actif autant de péchés que pouvait en comporter son train de vie coutumier, surtout depuis qu’elle avait à charge, par-dessus le marché, de ménager coûte que coûte une entrée au ciel à l’âme du vieux Bayard qui, chaque après-midi, sillonnait à toute vitesse les routes de la contrée en compagnie du jeune Bayard, au risque de se casser le cou. Quant à l’âme du jeune Bayard, miss Jenny était tranquille : il n’en avait pas. »

Un beau passage hommage au mulet : « Quelque Homère des champs de coton devrait chanter un jour la Saga du Mulet, et dire la place qu’il occupe dans les Etats du Sud.

« Narcissa retourna sur sa chaise et  Simon reparut, cette fois processionnellement suivi d’Isom, et, pendant les quelques minutes qui s’écoulèrent, ce fut entre la cuisine et la salle à manger une série d’allées et venues pour apporter un dindon rôti, un jambon fumé, un plat de cailles, un autre d’écureuils, un opossum cuit au four sur un lit de patates douces, une salade de concombres et de betteraves, des patates douces et des pomme de terre d’Irlande, du riz et de la bouillie de maïs, des biscuits secs, de longues et minces flûtes de pain de maïs, des confitures de fraises et de poires, de la gelée de coings et de pommes, de la compote de myrtilles et des pêches conservées.
Alors Simon apporta des tartes de trois espèces, un petit plum-pudding à vous donner le coup de grâce, une merveille de gâteau au whisky, aux noix et aux fruits, traître et fatal comme le péché, dont le parfum vous ravissait au septième ciel, et, pour finir, avec un air mystérieux et pénétré d’importance, une bouteille de porto. »


« Les nègres trinquèrent avec lui, cordialement, bien qu’un peu intimidés. Deux catégories d’êtres inconciliables par le sang, l’atavisme, le milieu, rapprochés un instant et confondus dans le même rêve ; l’humanité oubliant pour un jour ses appétits, sa lâcheté, sa convoitise. »

************

Encore une fois emportée par l’écriture de Faulkner, les sentiments d’une justesse de ton, le réalisme, l’attitude des personnes de couleur, celle des  blancs ; l’ âme et le tempérament des gens du Sud.
Un passage révélateur sur les relations du vieux maître et du vieux serviteur Simon quand celui-ci a « dépensé » l’argent  que sa communauté lui avait confié.

Cette grande famille, ces hommes Sartoris, leur destinée, leur mort dramatique : une part d'héritage ?


mots-clés : #famille #mort #racisme
par Bédoulène
le Mar 10 Juil - 23:36
 
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Sujet: William Faulkner
Réponses: 81
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