Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 18 Juin - 8:27

18 résultats trouvés pour relationdecouple

Honoré de Balzac

La maison du chat qui pelote

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire 4172q610

Cette maison d'un autre siècle abrite en son rez-de-chaussée le magasin du drapier : Monsieur Guillaume, digne successeur de Mr Chevrel dont il a épousé la fille.

Or depuis plusieurs jours un passant s'arrête pour regarder attentivement la vieille maison, son regard est le plus souvent dirigé vers une fenêtre du 3ème étage ; celle de la chambre de mademoiselle Augustine. Tentant d'apercevoir l'objet de son désir.

Mais dans la vitrine du magasin un objet a toute son attention, un tableau dont la vue l'amuse mais aussi le navre. Sentiments que l'on comprend car ce passant est un jeune peintre qui a été primé ; il revient d'un long séjour en Italie.

"Au milieu de cette large poutre mignardement sculptée se trouvait un antique tableau représentant un chat qui pelotait. Cette toile causait la gaieté du jeune homme. Mais il faut dire que le plus spirituel des peintres modernes n’inventerait pas de charge si comique. L’animal tenait dans une de ses pattes de devant une raquette aussi grande que lui, et se dressait sur ses pattes de derrière pour mirer une énorme balle que lui renvoyait un gentilhomme en habit brodé. Dessin, couleurs, accessoires, tout était traité de manière à faire croire que l’artiste avait voulu se moquer du marchand et des passants. En altérant cette peinture naïve, le temps l’avait rendue encore plus grotesque par quelques incertitudes qui devaient inquiéter de consciencieux flâneurs. Ainsi la queue mouchetée du chat était découpée de telle sorte qu’on pouvait la prendre pour un spectateur, tant la queue des chats de nos ancêtres était grosse, haute et fournie. "

Augustine et Théodore se rencontrent lors de l'exposition de ce dernier, ils correspondent et se retrouvent en rusant. Après des concessions,  (bien évidemment les règles et valeurs de la famille Guillaume doivent être respectées et diffèrent totalement de la société dont Théodore fait partie) et grâce à l'intervention d'une cousine des Guillaume le mariage entre Augustine et le peintre - Théodore de Sommervieux - a lieu.

Dans la première année, la beauté et l'amour d'Augustine suffisent à Théodore, mais intellectuellement et socialement la jeune femme ne s'adapte pas à la société de son époux et cela lassera le jeune peintre.
Malgré ses efforts, son envie de plaire à son mari, elle ne sera jamais à ses yeux à la hauteur de sa classe ; le mariage n'apparait plus à Augustine que comme difficilement vivable. Une ultime tentative de sa part auprès  la Duchesse de Carigliano, adulée par son mari, et malgré ses judicieux conseils, ne fera que précipiter la fin.


Je pense que cet échec peut s'illustrer dans les deux tableaux dont le style et la technique s'opposent : celui représentant "le chat qui pelote" et le portait couronné d'Augustine fait par Théodore.

C'est un drame de la différence de classes.

L'ambiance feutrée et restreinte de la maison Guillaume, son éducation ne pouvaient permettre à Augustine d'évoluer vers une autre société et notamment celle de Théodore et son monde qui ne lui pardonnait pas son extraction.




Extraits :

" les deux toiles furent exposées. La scène d’intérieur fit une révolution dans la peinture. Elle donna naissance à ces tableaux de genre dont la prodigieuse quantité importée à toutes nos expositions, pourrait faire croire qu’ils s’obtiennent par des procédés purement mécaniques. Quant au portrait, il est peu d’artistes qui ne gardent le souvenir de cette toile vivante à laquelle le public, quelquefois juste en masse, laissa la couronne que Girodet y plaça lui-même. Les deux tableaux furent entourés d’une foule immense. On s’y tua, comme disent les femmes. Des spéculateurs, des grands seigneurs couvrirent ces deux toiles de doubles napoléons, l’artiste refusa obstinément de les vendre, et refusa d’en faire des copies."

"Un soir, elle fut frappée d’une pensée qui vint illuminer ses ténébreux chagrins comme un rayon céleste. Cette idée ne pouvait sourire qu’à un cœur aussi pur, aussi vertueux que l’était le sien. Elle résolut d’aller chez la duchesse de Carigliano, non pas pour lui redemander le cœur de son mari, mais pour s’y instruire des artifices qui le lui avaient enlevé ; mais pour intéresser à la mère des enfants de son ami cette orgueilleuse femme du monde ; mais pour la fléchir et la rendre complice de son bonheur à venir comme elle était l’instrument de son malheur présent"



Mots-clés : #amour #famille #relationdecouple #xixesiecle
par Bédoulène
le Ven 28 Mai - 13:43
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Honoré de Balzac
Réponses: 85
Vues: 4391

William Faulkner

Requiem pour une nonne

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Faulkn10

Titre original: Requiem for a Nun, a paru en 1951, genre: théâtre enchâssé dans un roman (??).

Où l'on retrouve, huit années après Sanctuaire, les caractères de Temple Drake, Gavin Stevens l'avocat, Gowan Stevens son neveu, ex-lâche de bonne famille devenu, depuis, le mari de Temple.
Alors bien sûr, Sanctuaire est un tel chef d'œuvre qu'on ne peut que se réjouir a priori de retrouver ces personnages, mais, il y a un mais.

Si la distance dans le temps entre les deux fictions est de huit ans en ce qui concerne les protagonistes et l'action, elle est de vingt ans entre les dates d'écriture.
Ce qui nous amène après le Nobel de littérature de 1949, et concomitamment à la réception du second National Book Award jamais décerné: entretemps Faulkner est devenu une étoile [en provenance du Dixie Flag], un incontournable de la littérature mondiale.

L'ensemble laisse un drôle de goût.
Brouillon, décousu, bavard tendant vers la logorrhée, laissant le lecteur sonné de ces infinissables ensembles massifs.
Je crois (et j'aimerai échanger sur le sujet !), par hypothèse, que Faulkner s'est permis.
À présent installé, l'âge légèrement mûrissant, ayant prouvé, détenant la notoriété, n'a-t-il pas eu envie de se permettre ?
De lâcher du narratif épais comme une lave et brodant sur un thème, avec le côté brouillon, distendu du premier jet -celui, d'ordinaire, de la garniture de corbeille à papiers- intact, restitué dans toute sa force. 
Et de donner une profondeur bien dans l'air du temps de ces années 1950: une dimension existentialiste (au reste, c'est Albert Camus qui montera la pièce pour le théâtre, ça ne doit pas être un hasard, si ?).

La longue préparation (dite Acte premier, intitulé: Le Tribunal, sous-titré: Un nom pour la ville) nous donne son lot de causerie narrative interminable, à la sudiste US, tenant en haleine en dépit d'un style plutôt décousu, composite: exposé à tiroirs, paragraphes non aérés, bribes de retours et de redites, bouts dialogués, phrases d'une demi-page voire d'une page, etc...  

Mais l'ensemble reste imprégnant, et l'on finit par mordre à l'hameçon.
Merci.
La scène 2 nous fait entrer de plain-pied dans la partie théâtre proprement dite, bien plus vive et concise.
Le même procédé de nappage préalable avec de denses descriptions inénarrables avant la partie théâtre est repris à l'acte Deux, puis à l'acte Trois.

L'idée directrice (pour aller vite) est que Temple Drake, devenue depuis Mrs Stevens, qui fut mise au bordel par Popeye l'impuissant gangster psychopathe de Sanctuaire (enfin, je ne vais pas vous raconter Sanctuaire !) est devenue la haute-bourgeoise comme-il-sied à son mari, Gowan Stevens, lequel est responsable de l'infamie perpétrée sur Temple et donne l'impression de racheter en quelque sorte sa faute en épousant Temple.
Le couple a deux enfants en bas âge.

Le frère de l'homme de main que Popeye choisissait pour honorer Temple à sa place et en sa présence (celui-là est décédé) a retrouvé un paquet de lettres et menace de chantage Temple, notamment en ce qui concerne la paternité de l'aîné du couple, dont le père aurait toutes les chances de ne pas être Gowan.

Temple, de son côté, a recruté en nounou et personnel de maison une jeune noire, Nancy, sortie du bordel et du ruisseau, qui est aussi sa confidente et, quelque part, sa consœur dans la confrérie de l'infamie, des maisons closes et de la fréquentation des truands.

Nancy, alors que Temple est quasi-prête à suivre le maître-chanteur et à tout plaquer, fortune et situation, afin de retourner à une vie marginale, aventureuse, violente, illégale et risquée, assassine l'un des deux enfants du couple, afin de sauver la situation, se sacrifiant du coup.
L'Acte premier scène 2 s'ouvre, justement, sur son jugement au tribunal, elle est défendue (bien sûr !) par Gavin Stevens, oncle de Gowan et protagoniste de Sanctuaire...

Extrait, comprenant une des plus fameuses citations de Faulkner:
The past is never dead. It's not even past.


Stevens

L'immunité est une chose qui n'existe pa.

Gowan

Contre le passé...ma folie...mon alcoolisme. Ma lâcheté, si vous préférez.

Stevens

Le passé n'existe pas non plus.

Gowan

Là encore il y a matière à rire. Mais pas si fort, n'est-ce pas ? Ça pourrait troubler les dames - déranger Miss Drake - Miss Temple Drake - Bien sûr, pourquoi pas la lâcheté ? L'excès d'entraînement plutôt, ça sonne mieux: Gowan Stevens, entraîné à l'Université de Virginie, à boire comme un gentleman, emmène une étudiante d'un petit collège, une jeune fille vierge, peut-être - sait-on jamais ? - en automobile à un match de base-ball dans un autre petit collège à la campagne. Il se saoule comme dix gentlemen, se trompe de route, continue à boire comme quarante gentlemen, fout sa voiture dans le fossé, dépasse à présent les quatre-vingts gentlemen, tombe ivre-mort, et la jeune fille, la jeune fille vierge, est enlevée et emmenée dans un bordel de Memphis...
(il murmure des mots incompréhensibles)
 

Stevens

Quoi ?

Gowan

Mais parfaitement, de la lâcheté. Appelez ça de la lâcheté. Qu'importe l'euphonie entre de vieux époux ?

Stevens

En tous cas, tu ne pourras pas dire ça du mariage qui a suivi. Qu'est-ce que...

Gowan

Mais si. Ce mariage était dans la plus pure des vieilles traditions virginiennes. Les cent soixante gentlemen, sans l'ombre d'un doute.

Stevens

L'intention était pure, et d'après tous les codes. Prisonnière dans un bordel; je n'ai pas très bien entendu...

Gowan (rapidement: en avançant la main)

Où est votre verre ? Jetez-moi cette cochonnerie - ici.

Stevens (son verre à la main)

Celui-ci me suffit. Qu'est-ce que tu as voulu dire quand tu as parlé de prisonnière dans un bordel ?

Gowan (rudement)

Tout simplement cela. Vous avez entendu.

Stevens

Tu as dit: "et y a trouvé le plus grand plaisir" (Ils se dévisagent) C'est donc cela que tu n'as jamais pu lui pardonner ? - non qu'elle ait été l'instrument créateur de ce moment de ta vie que tu ne peux jamais évoquer, ni oublier, ni expliquer, ni condamner, auquel tu ne peux même pas t'empêcher de penser, mais le fait que non seulement elle n'en a pas souffert mais qu'elle y a trouvé du plaisir - ce mois, ces quelques semaines qui rappellent l'épisode du vieux film où la femme blanche est gardée prisonnière dans la caverne du prince arabe - le fait que tuas été contraint de perdre non seulement ton indépendance de célibataire, mais ton amour-propre d'homme attaché à la chasteté de sa femme, et ton enfant par surcroît, comme prix de quelque chose que ta femme n'avait même pas perdu, ne regrettait même pas, dont elle ignorait même l'absence. C'est donc pour cela que cette pauvre négresse perdue, condamnée, folle, doit mourir ?






\Mots-clés : #addiction #conditionfeminine #criminalite #culpabilité #justice #relationdecouple #théâtre #xxesiecle
par Aventin
le Mer 19 Mai - 22:05
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: William Faulkner
Réponses: 79
Vues: 5695

Chiyo Uno

Ohan

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Ohan10

Le narrateur de ce bref récit, Kanô, vit entretenu par une geisha, Okayo, dans la maison de thé de celle-ci. Il a abandonné pour elle son épouse Ohan il y a sept ans, et il a un fils du même âge, Satoru, qu’il découvre comme il revoit sa femme. Cette dernière et l’enfant souffrent de la situation comme il projette de reformer leur famille, tout en ne parvenant pas à l’annoncer à Okayo.
Kanô, bourrelé de remords quant à sa faiblesse et les souffrances qu’il occasionne, nous parle tel que si nous étions des connaissances du voisinage, jusqu’au drame.
« Ce temps aussi bref que la journée d’un éphémère, ce temps vécu par moi comme dans un rêve, resurgit à présent dans tout son éclat devant mes yeux. »

Cette histoire simple, presque simpliste, m’a pourtant ému. En tout cas une saisissante incarnation de l’irrésolution, de l’irresponsabilité et de leurs conséquences.
L’auteure est louée pour ses personnages de l’autre sexe, mais je me demande si elle ne se projetait pas dans ces figures masculines.

\Mots-clés : #culpabilité #relationdecouple #relationenfantparent
par Tristram
le Dim 9 Mai - 22:23
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Chiyo Uno
Réponses: 5
Vues: 300

Pierre Bergounioux

Miette

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Miette10


Le narrateur, sculpteur en « ferrailles » comme l’auteur, a repris la propriété d’une famille paysanne du plateau limousin (quasiment de nos jours), qu’il nous présente au travers de ses membres, Baptiste l’opiniâtre, massif et impétueux maître-esclave de la terre, négociant voyageur et paysan planteur d’arbres, sa femme Jeanne, la douce institutrice sans dot « que la possession ne possédait pas » et que sa belle-famille déteste, les trois autres membres de la fratrie, Adrien le benjamin, Octavie la chipie à « l’air d’ajonc » et Lucie, enfin Miette (diminutif de Marie) la parcimonieuse, la mère si présente bien qu’il l’eut à peine croisée.
Au travers des photos de famille et des suppositions avouées par le « je » qui narre, mais aussi ses rencontres avec les survivants, se reconstitue le destin de chacun, « jouet de la nécessité sans faille du temps immobile et des lieux clos. »
Ce que Pierre Bergounioux relate, ce sont les règles de la vie dans cette région âpre, où le granit semble être aussi trait de caractère : l’abnégation, la dureté, le silence impassible et la maîtrise de soi des individus régis par la primogéniture et le statut de bru (autrement dit d’origine "allogène" dans un mariage de raison), dans le cadre traditionnel de l’usage.
Bergounioux développe une dialectique « du non et du oui », de l’acceptation et du refus de son sort désigné.
Il revient fréquemment sur « les choses, de la terre d’abord et ensuite des outils pour la travailler », « les choses, la maison, les terres », celles que Baptiste s’est fait devoir de perpétuer, celles qui brisèrent Octavie promise à une carrière de mathématicienne en Amérique :
« Elle avait bûché avec l’énergie qui apparentait l’effort, la peine, le vouloir à des propriétés matérielles, ce qu’à la limite ils étaient en un lieu qui ne souffrait la présence humaine qu’asservie à son despotique vouloir. »

« Ce que je veux dire, c’est que dans le même temps qu’elle se faisait l’interprète du temps d’avant, des choses éternelles, elle devinait la suite, c’est-à-dire la fin des temps, si le temps n’existe pas en soi mais toujours en un lieu qu’il baigne, et que ce lieu allait sortir du temps ou le temps – c’est tout un – le déserter. »

De l’importance d’être « gens du haut » :
« Ça paraît compliqué alors que c’est très simple, d’une évidence tangible : c’est l’endroit. Dès lors qu’on s’établissait à demeure au-dessus du grand pré, face à la chaîne des puys, à sept cents mètres d’altitude, avec le granit sous les pieds, la brande et les bois autour et le silence posé là-dessus comme une chape, on avait tout le reste, l’inflexible volonté qu’ils dictaient aux hommes, l’oppression que, par leur truchement, ils exerçaient sur les femmes, le calcul d’utilités infimes, le non, le oui, le désespoir, l’inutile fidélité. »

On apprend qu’on enrésinait déjà en Douglas dans cette région dès les années 10 ; Baptiste aurait planté un million de résineux, prévoyant, ayant compris qu’au bout de « trois mille ans » leur mode d’existence devait changer.
« Mais quoiqu’on ait fait en prévision de l’éternité d’absence où l’on va entrer, comment ne pas s’attrister, secrètement, de la venue du temps où l’on sera sorti du temps. »

Le narrateur, venu de la plaine, explicite son approche de ces « trois millénaires » incarnés :
« J’ai vu ce qui, de prime abord, avait été pour moi un mystère et le resta longtemps, la filiation profonde, l’identité secrète entre cet homme [Baptiste] né de la terre, pareil à elle, à la lande, aux bois et la grâce farouche, singulière, des filles qu’il avait engendrées après que, femmes, elles l’eurent porté.
Ce qui serait bien, c’est que nos jours, d’eux-mêmes, se rangent derrière nous, s’assagissent, s’estompent ainsi qu’un paysage traversé. On serait à l’heure toujours neuve qu’il est. On vivrait indéfiniment. Mais ce n’est pas pour ça que nous sommes faits. La preuve, c’est que l’avancée se complique des heures, des jours en nombre croissant qui nous restent présents, pesants, mémorables à proportion de ce qu’ils nous ont enlevé. Ils doivent finir, j’imagine, par nous accaparer. Quand cela se produit, qu’on est devenu tout entier du passé, notre terme est venu. On va s’en aller. »

Le récit s’achève comme cette génération disparaît.
Il m’a semblé que les circonlocutions de la langue châtiée de Bergounioux le distanciaient un peu de ses considérations sur la parentèle, en contrepoint de ce témoignage à la valeur ethnographique sans en avoir le ton.
Je ne suis pas le seul à avoir pointé cette curieuse convergence thématique contemporaine que certaines œuvres de Bergounioux partagent avec d’autres de Michon, Millet, Marie-Hélène Lafon, Jourde, qui gravite autour des petites gens dans un proche passé du centre de la France – notre centre de gravité national ?
Sinon, Quasimodo, tu peux te lancer sans crainte dans ce livre : m’étonnerait qu’il te déçoive !

\Mots-clés : #famille #fratrie #lieu #relationdecouple #relationenfantparent #ruralité #temoignage #traditions #xxesiecle
par Tristram
le Lun 26 Avr - 12:45
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Pierre Bergounioux
Réponses: 30
Vues: 1543

Paul Gadenne

La Plage de Scheveningen

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire La_pla10
Roman, 1952, 330 pages environ.


Difficile d'ajouter aux commentaires d'Églantine, Tristram et Bédoulène !


Ouvrage tout en atmosphères et déplacements (Paris intra-muros déglingué, pauvre et rationné en 1944, un trajet clair-obscur en vieille voiture très usée, une chambre d'hôtel proche de la côte flamande pour une nuit interminable qui forme le corpus du roman, la dernière vallée française (?) des Alpes (du Nord ?), un train bondé et piteux, une belle villa de Biarritz semi-abandonnée ...).

Écriture empreinte d'une certaine lenteur rythmique, laquelle ajoute à l'épaisseur, à la densité du propos, lequel est assez singulier.

Style souple, avec beaucoup de ferveur et de fragilité, épatant, comme incantatoire par instants, semblant toujours quêter l'absolu - comme les deux personnages principaux du reste - marquant beaucoup les dialogues et les monologues (ceux-ci en italiques), mais sans réellement faire surgir des temps forts par rapport à des temps plus faibles, afin d'obtenir un effet de relief et de mise en valeur lors de la narration (à d'autres, ces vieilles ficelles ?!).
On n'est vraiment pas dans du convenu, du conventionnel, et c'est heureux.
Imagination, signification...le contexte (1944, donc) ajoute encore au souffle du roman.

Dialogues et pensées, autour de deux êtres, Irène et Guillaume, tandis que plane l'ombre d'un troisième, le brillant Hersent, dont Irène et Guillaume apprennent incidemment la condamnation à mort et, du côté de Guillaume, l'épisode biblique de Caïn et Abel (Genèse 4.1-15). Tuer son amour (au sens figuré de tuer, s'entend !) est bien occire son frère et en porter le poids (Caïn dit à l'Eternel: «Ma peine est trop grande pour être supportée (...)").

Beaucoup d'introspection analytique (pas au sens freudien ou lacanien du terme) - vraiment un ouvrage qui apporte beaucoup, laisse de la matière à ruminer, une fois les pages refermées.

Vous pouvez sans peine vous figurer la joie que c'est de tomber sur un roman de cette qualité, de haute et originale tenue littéraire !

   

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Ruysda10
La plage de Scheveningen, tableau de Jacob van Ruisdael, peint entre 1665 et 1670.

\Mots-clés : #deuxiemeguerre #relationdecouple #xxesiecle
par Aventin
le Mer 14 Avr - 20:58
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Paul Gadenne
Réponses: 20
Vues: 1066

Colum McCann

Le Chant du coyote

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Le_cha10

Conor, 23 ans, parti depuis cinq années bourlinguer en Amérique sur les traces de ses parents (son père a rencontré sa mère au Mexique), est revenu de passage pour une semaine chez « le vieux », en Irlande ; il est toujours à la recherche de Mam, disparue alors qu’il avait 12 ans. Nostalgique de son pays, elle en était aussi venue à souffrir de la passion de son mari pour la photographie.
Le roman retrace ces difficiles retrouvailles sur sept jours, aussi occasion d’évoquer leurs destinées, qui passent par le voyage-errance de la guerre d’Espagne à une tour de surveillance des incendies dans le Wyoming et au San Francisco de la beat generation (avec le personnage de Cici, leur amie).
C’est également une sorte de nature writing vu par un Irlandais (mais beaucoup d’États-Uniens sont d’origine irlandaise), et surtout après les grands auteurs qui ont écrit à propos d’une wilderness intacte, avec laquelle on pouvait encore communier : la pêche à la mouche dans une rivière polluée est devenue caricaturale (elle m’a ramentu la rivière-égout où vit et pêche le Suttree de Cormac McCarthy).
« C’était la loi de la rivière, me disait-il. Elle était vouée à tout emporter sur son passage. »

« Si tu veux être heureux une heure, enivre-toi ; si tu veux être heureux une journée, tue un cochon ; si tu veux être heureux une semaine, marie-toi ; si tu veux être heureux toute une vie, va pêcher. »

« Son corps est une effigie qu’il trimbale partout et sa carcasse efflanquée lui sert de hampe. »

« Les gares routières sont parmi les endroits les plus tristes d’Amérique. Tout le monde cherche une sortie, on passe furtivement, on recherche des enfants perdus dans la foule, on reste les yeux rivés dans le vague, on attend de la vie un changement. »


\Mots-clés : #relationdecouple #relationenfantparent #voyage
par Tristram
le Ven 22 Jan - 14:31
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Colum McCann
Réponses: 28
Vues: 2096

Paule du Bouchet

Emportée

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Du-bou10
Parution augmentée mars 2020 (1ère édition Actes Sud 2011), édition des femmes - Antoinette Fouque, 120 pages environ, suivies de 80 pages environ de correspondances entre Tina Jolas et Carmen Meyer.


Cet Emportée est poignant, en ce sens que Paule du Bouchet nous fait toucher du doigt, sans fard ni emphase, toute la souffrance et la détresse de la vie des du Bouchet, en premier lieu la sienne.
Résumons:
Août 1949, André du Bouchet et Tina Jolas s'épousent, fraîchement débarqués de New-York.
Naissent Paule et 1951 et Gilles en 1954.
En 1956, c'est le début pour Tina Jolas-du Bouchet d'une liaison passionnée avec René Char, ami d'André du Bouchet.
Tout en devenant une ethnologue relativement en vue, Tina Jolas est aux côtés de René Char, un appui sans faille, pas vraiment un rôle de muse, René Char finira pourtant, octogénaire, à un an de son décès, par en épouser une autre, Marie-Claude Le Gouz de Saint-Seine, éditrice, aujourd'hui Mme veuve Char.

Tina Jolas survivra à Char une dizaine d'années à Faucon (Vaucluse) avant de s'éteindre en septembre 1999, soit un peu moins de deux ans avant le décès d'André du Bouchet.        

Paule du Bouchet a énormément souffert. André du Bouchet aussi, pour Gilles du Bouchet on ne sait pas: peut-être dans un prochain opus de sa sœur (ce serait le continuum des deux que je commente sur ce fil), à moins, bien sûr, que l'intéressé...

J'ai toujours su qu'il faudrait la mort. Enfant, je pensais que celle de Char me rendrait ma mère. Il y avait dans leur amour quelque chose d'irrémédiable comme la mort. [...] Petite fille, j'ai souhaité ardemment, de façon constante, qu'il disparaisse, prié tous les dieux du ciel et de la terre, fabriqué et piqué d'aiguilles des poupées de chiffon pour qu'il meure. "Mon Dieu, faites qu'il meure". Il ne mourait pas, et il était le Dieu de ma mère.


Ma mère a été l'incarnation de ma détresse et l'incarnation de la lumière.


Un jour, mon père m'a rapporté une formule qui lui était venue autrefois, au temps de la grande souffrance. Une pensée avait surgi, qui l'avait frappé et soulagé, comme l'évidence, parfois, a ce pouvoir de cautériser. Énoncée ainsi: "la souffrance n'est pas un argument". Surtout, il m'avait dit cela, à moi. Sur le moment, je n'ai pas compris. Je l('ai entendu alors, mais compris des années plus tard. Ma souffrance, je l'ai certainement utilisée comme un "argument", un levier qui a justifié tous mes errements, tout le poids que j'ai fait peser à ceux qui m'aimaient, elle en particulier, ma mère.   


(avec sa mère, les avant-bras tailladés après une tentative de suicide)
- Tu aurais préféré que je meure plutôt que de t'appeler quand tu es chez lui.
- oui.


Reste la fin, très belle, poétique, je me retiens -parce que c'est la fin- de reproduire ici un extrait, j'ai vraiment été étonné de trouver ça là, et l'ai beaucoup apprécié.

Les missives de la correspondance Tina Jolas -Carmen Meyer viennent faire contrepoint. Tina Jolas nous échappe, d'ailleurs, n'a-t-elle pas échappé à tous, sauf à René Char ? Mais, l'espèce de vivacité solaire de sa plume, sa liberté, son ton - du moins avec son amie, cela illustre un caractère, une personnalité hors normes.

Et puis je vais peut-être redonner une chance aux écrits de René Char - à commencer par ceux que Tina Jolas indique, qui n'étaient pas ceux sur lesquels mes tentatives avant permis personnel d'inhumer m'avaient conduit...  





Mots-clés : #famille #portrait #relationdecouple #relationenfantparent #temoignage
par Aventin
le Mar 5 Jan - 20:45
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Paule du Bouchet
Réponses: 4
Vues: 411

Irène Nemirovsky

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire 71he7k10
CHALEUR DU SANG

Quatrième de couverture :

Dans un hameau du centre de la France, au début des années 1930, un vieil homme se souvient. Après avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse, Silvio se tient à l'écart, observant la comédie humaine des campagnes, le cours tranquille des vies paysannes brusquement secoué par la mort et les passions amoureuses.

Devant lui, François et Hélène Érard racontent leur première et fugitive rencontre, le mariage d'Hélène avec un vieux et riche propriétaire, son veuvage, son attente, leurs retrouvailles. Lorsque leur fille Colette épouse Jean Dorin, la voie d'un bonheur tranquille semble tracée. Mais quelques mois plus tard, c'est le drame.

L'un après l'autre, les lourds secrets qui unissent malgré eux les protagonistes de cette intrigue vont resurgir dans le récit de Silvio, jusqu'à une ultime et troublante révélation."

"Situé dans le village même où Irène Némirovsky écrira Suite française, mais entrepris dès 1937, ce drame familial conduit comme une enquête policière raconte la tempête des pulsions dans le vase clos d'une société trop lisse. Complet et totalement inédit, ce nouveau roman d'Irène Némirovsky refait surface près de soixante-dix ans après sa composition."

Une fois de plus, je suis bluffée par le talent, les capacités d'analyse de l'âme humaine de cette auteure, quelle finesse !

L'intrigue est bien menée et jusqu'à la fin, on ne soupçonne rien...j'aime beaucoup ce titre et sa réflexion... "Chaleur du sang"  en fait, l'impulsivité de la jeunesse, folie des hormones, le monde n'est pas trop grand pour nous lorsqu'on est jeune..on est capable de tout...et de nombreuses années plus tard, il est vrai qu'on se dit : c'est bien moi qui ai fait tout ça ? Comme cela a-t-il été possible ? La chaleur du sang, l'ardeur de la jeunesse, la folie qui nous prend...notamment amoureuse...quels moments merveilleux...si bien décrits. Je comprends d'autant mieux que je suis partie sac à dos courir le vaste monde et que ma mère s'étonnait de mes envies de voyage....."jamais contente là où tu es..tu crois que c'est mieux ailleurs ? ".... Wink

Silvio  :

Voici, je voudrais la décrire. Je ne peux pas. Sans doute, dès le début, je l’ai regardée de trop près comme tout ce que l’on convoite ; connaissez-vous la forme et la couleur du fruit que vous portez à vos dents ? Les femmes que l’on a aimées, comme je l’ai aimée, il semble que dès le premier jour on les ait vues à la distance d’un baiser.

La nuit vient… alors ? on ne peut appeler cela la nuit : l’azur du jour se trouble, et verdit, et toutes les couleurs graduellement se retirent du monde visible, ne laissant qu’une nuance intermédiaire entre le gris de perle et le gris de fer. Mais tous les contours sont d’une parfaite netteté ; le puits, les cerisiers, le petit mur bas, la forêt et la tête du chat qui joue à mes pieds et mord mon sabot. C’est l’heure où la bonne rentre chez elle ; elle allume la lampe dans la cuisine, et cette lumière fait entrer instantanément toutes choses dans une nuit profonde.

Je n'avais plus de père, et ma mère n'a pas pu me retenir. "C'est comme une maladie" disait-elle épouvantée, quand je la suppliais de me donner de l'argent et de me laisser partir, "attends un peu, ça passera".*

Elle disait encore :

" En somme, tu fais comme le fils Gonin, et le fils Charles qui veulent être ouvriers en ville, qui savent qu'ils seront moins heureux qu'ici, qui me répondent, quand je les raisonne : "Ca fera du changement".
Et, en effet, c'était bien ce que je voulais : le changement ! Mon sang s'allumait en pensant à tout ce vaste monde qui vivait tandis que je demeurais ici. Je suis parti, et maintenant je ne peux pas comprendre quel démon me poussait de ma maison, moi sauvage et sédentaire. Colette Dorin m'a dit une fois, je me souviens, que je ressemble à un faune : un vieux faune vraiment, qui ne court plus les nymphes, qui se cache au coin de son feu. Et comment décrire les plaisirs que j'y trouve ? Je jouis de choses simples et qui sont à ma portée : un bon repas, un bon vin, ce carnet où je me procure, en y griffonnant, une joie sarcastique et secrète ; par-dessus tout la divine solitude. Que me faut-il de plus ? Mais à vingt ans, comme je brûlais !.....Comment s'allume en nous ce feu ? il dévore tout, en quelques mois, quelques années, en quelques heures parfois, puis s'éteint. Après, vous pouvez dénombrer ses ravages. Vous vous trouvez lié à une femme que vous n'aimez plus, ou, comme moi, vous êtes ruiné, ou, né pour être épicier, vous avez voulu vous faire peintre et vous finissez vos jours à l'hôpital. Qui n'a pas eu sa vie étrangement déformée et courbée par ce feu dans un sens contraire à sa nature profonde? Si bien que nous sommes tous plus ou moins semblables à ces branches qui brûlent dans ma cheminée et que les flammes tordent comme elles veulent ; j'ai sans doute tort de généraliser ; il y a des gens qui sont à vingt ans parfaitement sages, mais je préfère ma folie passée à leur sagesse."  .




Bon, encore un roman qui se lit d'une traite, 161 pages...heureusement récupéré par sa fille....quel bonheur !Smile

Mots-clés : #amour #relationdecouple #ruralité
par simla
le Dim 6 Déc - 7:50
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Irène Nemirovsky
Réponses: 25
Vues: 2136

Junichiro TANIZAKI

Le goût des orties

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Le_goz10

Le titre s’explique par le proverbe mis en exergue :
« À chacun selon ses goûts,
Certains insectes aiment les orties. »

Kaname est un indécis, « faible de caractère », procrastinateur, mais de mœurs libérales, et il laisse complaisamment son épouse, Misako, vaquer à son nouvel amour en attendant le divorce : c’est « un ménage où l’amour est mort. » Kaname est un personnage hésitant qui pourrait être archétypal, entre négligence et délicatesse, type d’un égoïsme soucieux de sa tranquillité. (Et la situation triangulaire, avec Aso, l'amant de Misako, serait d'inspiration autobiographique.)
« Le triste, c’est que dès le début de leur mariage, il avait perdu très vite toute attirance pour elle. Cette fraîcheur, cette jeunesse conservées aujourd’hui venaient justement de ce qu’il l’avait condamnée à mener pendant plusieurs années une existence de veuve ; à cette pensée, il éprouva un frisson de tristesse. »

« Il désirait liquider cette question avec élégance sans salir son visage de larmes et souhaitait que la séparation s’accomplisse en plein accord avec sa femme, comme si leurs sentiments à tous deux coulaient d’un même cœur. »

« Si je ne bouge plus, se disait Kaname, mon destin se réglera de lui-même. Il ne faisait aucun effort de volonté, tâchant de rester inerte, passif, pour flotter au gré du courant, jusqu’au dénouement où le mènerait le jeu des circonstances. »

Dans le même temps, il découvre auprès de son beau-père, esthète attaché aux valeurs du passé japonais, et de sa jeune maîtresse " pygmalionisée" O-Hisa, le charme désuet du bunraku, théâtre de marionnettes traditionnel, et du shamisen (luth classique), selon les mérites comparés de Tôkyô et d’Ôsaka.
« Tout le monde devient comme cela en vieillissant. À propos, j’ai remarqué le sac de son dans la salle de bains. Je vois que vous vous en servez toujours.
‒ Oui. Il emploie du savon, lui, mais il me l’interdit, sous prétexte que cela gâte l’épiderme des femmes.
‒ Et la fiente de rossignol ?
‒ Bien sûr, mais je n’en suis pas plus blanche. »

Ce qui ne l’empêche pas de lire avec intérêt Les Mille et Une Nuits, version « pour les grandes personnes », traduite en anglais par Richard Barton, ni d’aller au bordel de Mrs. Brent, où il a ses habitudes avec une prostituée blanche…
« Ce n’était qu’une prostituée, et il avait pris la ferme résolution de ne plus y retourner – mais quelle idiotie pourtant, pensait-il, de se sentir lié par de pareils serments… Il décidait donc toujours de se parjurer. »

Ce roman à l'humour subtil se termine abruptement, après de longs atermoiements pour informer leur fils Hiroshi et des tergiversations avec le cousin Takanatsu, sur fond d’hésitations entre cultures moderne occidentale et traditionnelle japonaise (publié en 1928).
Et ce livre donne l’impression que Tanizaki musardait sans bien savoir où il voulait aller : je lui ai trouvé beaucoup de charme, peut-être à cause de cela…

Mots-clés : #relationdecouple #traditions
par Tristram
le Dim 11 Oct - 23:58
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Junichiro TANIZAKI
Réponses: 53
Vues: 3102

Ludwig Lewisohn

Le Destin de Mr. Crump

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Le_des10

Bien sûr, il y a Anne. Anne Bronson Farrel Vilas Crump, femme qui inspire à la fois l’horreur et la fascination. Parce que son incroyable — mais tout à fait plausible — férocité contient plus d’une révélation sur ce que l’être humain est capable de faire, et comment non seulement la société le permet, mais laisse impuni. On est tenté d’analyser ce personnage, et sur ce plan, Ludwig Lewisohn laisse travailler le lecteur, lui faisant confiance. L’écrivain américain nous laisse pour se faire de nombreuses phrases, de nombreuses paroles très significatives, et parfois inouïes. Le Destin de Mr. Crump a été interdit aux États-Unis, et en lisant la fausse postface (elle fait réellement partie du récit, attention au spoil) on peut se figurer pourquoi.

Oui, il y a cette femme, mais il y a aussi son mari, le musicien Herbert Crump. Victime ? Son rôle est à vrai dire plus complexe que cela. Herbert Crump est au moins aussi intéressant que sa femme, sinon plus (et puis, il est émouvant, ce garçon) ; comment est-il entré dans ce jeu diabolique ? Le plus beau chapitre du roman décrit ce moment où tout a basculé, où tout son monde intérieur fait de musique et de regrets délicats vacille dans un gâchis insupportable, de chantages et de mesquineries, dont il se demande sans cesse s’il s’en sortira en étant autre chose qu’un vieil homme fini.

L'un des meilleurs romans que j'ai pu lire cette année.


Mots-clés : #relationdecouple
par Dreep
le Mer 12 Aoû - 16:25
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Ludwig Lewisohn
Réponses: 22
Vues: 999

Abbé Prévost

Antoine François Prévost d'Exiles, dit: L'abbé Prévost
(1697-1763)

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Abbzo_10

L’abbé Antoine François Prévost d'Exiles, dit l'abbé Prévost, né le 1er avril 1697 à Hesdin (France) et décédé le 25 novembre 1763 à Courteuil (France), est un romancier, historien, journaliste, traducteur et homme d'Église français.
D'abord novice au collège d'Harcourt en 1712, il est congédié un an plus tard, surpris en train de travailler à un ouvrage profane. Il s’engage ensuite dans l'armée, mais, bientôt déserteur, il s’enfuit en Hollande. Profitant de l’amnistie générale de 1716, il rentre en France et entame un second noviciat chez les jésuites à Paris, avant d’être envoyé terminer sa philosophie au collège de La Flèche. Mais il récidive, s'enfuit et s’engage à nouveau dans l’armée, cette fois comme officier.

En 1720, il entre chez les Bénédictins de l’abbaye de Jumièges, avant de prononcer ses vœux le 9 novembre 1721 et d’être envoyé à l’abbaye de Saint-Ouen. En 1724 sont publiées les "Aventures de Pomponius", roman à clé et satire anti-jésuite sous couvert de récit antiquisant. En 1726, Prévost est ordonné prêtre. Il part enseigner au collège Saint-Germer et prêcher à Évreux.

En 1727, il participe à la rédaction de la "Gallia Christiana", monumental ouvrage collectif des bénédictins, mais travaille parallèlement  aux "Mémoires et aventures d’un homme de qualité" dont il dépose le manuscrit des deux premiers tomes à la censure. En 1728, il quitte son monastère sans autorisation et s’enfuit à Londres, où il devient précepteur de Francis Eyles, fils d'un sous-gouverneur de la South Sea Company. Ayant séduit et tenté d'épouser la fille de J. Eyles, il est obligé de quitter Londres. Il se rend alors à Amsterdam, où il se lie avec une aventurière du nom d’Hélène Eckhardt, dite Lenki, et publie à Utrecht en 1731 et 1732 les tomes I à IV du Philosophe anglais ou Histoire de monsieur Cleveland, fils naturel de Cromwell. Entre-temps, ayant pris le nom de Prévost « d’Exiles » par allusion à ses propres périples, il se plonge dans la traduction de la Historia sui temporis et publie la suite en trois volumes des Mémoires et aventures d’un homme de qualité dont le dernier relate l’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, peut-être inspirée d’une de ses propres aventures et que le parlement de Paris condamnera au feu.

En 1733, cribblé de dettes, il retourne à Londres où il fonde un journal consacré à la littérature et à la culture anglaise, qu’il continuera à éditer jusqu'en 1740. Il ne rétablit pas pour autant ses affaires ; un faux chèque le mène en prison en décembre 1733. Il rentre en France au début de 1734. De retour chez les bénédictins, il effectue un nouveau noviciat à l’abbaye de la Croix-Saint-Leufroy, près d'Évreux, avant de devenir, début 1736, l’aumônier du prince de Conti, qui le protège. Les trois derniers tomes de "Cleveland" paraissent clandestinement. Il publiera d'autres romans et des traductions de l'anglais, dont la monumentale encyclopédie Histoire générale des voyages (15 vol., 1746-1759) du libraire Thomas Astley, qui introduit à l'ensemble des relations de voyage publiées depuis le XVe siècle.

Il passe ses dernières années à Paris et à Saint-Firmin, à côté de Chantilly.
Une légende tenace raconte que l'abbé aurait subi une crise d’apoplexie au retour d’une visite aux bénédictins de Saint-Nicolas-d’Acy, qu'il aurait été transporté au presbytère à la suite de son accident, et que le bailli de l'abbaye aurait fait quérir le chirurgien pour ouvrir le corps afin qu'il puisse procéder au procès-verbal d'autopsie alors que Prévost n'était pas encore mort. Jean Sgard a démontré que le dernier épisode de cette histoire a été inventé en 1782, presque 20 ans après sa mort, en réalité due à une rupture d'anévrisme.


Bibliographie :

- Les Aventures de Pomponius, chevalier romain (1724).
- Mémoires et aventures d’un homme de qualité (1728-1731).
- Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (7e tome des Mémoires et aventures d'un homme de qualité) (1731, 1753).
- Le Philosophe anglais ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell (1731- 1739).
- Le Doyen de Killerine (1735-1740).
- Histoire d'une Grecque moderne (1740).
- Histoire générale des voyages (au total 20 vol. : 15 vol. de 1746 à 1759, suivis de 5 vol. posthumes jusqu’en 17898).
- Histoire de Marguerite d’Anjou (1740).
- Mémoires pour servir à l’histoire de Malte (1741).
- Campagnes philosophiques (1741).
- Manuel lexique ou dictionnaire portatif des mots François [archive] (1750).
- Le Monde moral ou Mémoires pour servir à l’histoire du cœur humain

sources : Babelio et Wikipédia




Antoine François Prévost d'Exiles est un des écrivains les plus prolifiques du XVIIIème français.
On peut s'étonner que seul un roman, extirpé d'une somme comprenant moult tomes du reste, ait passé l'épreuve du temps, même s'il est tenu pour avéré qu'il a pissé la copie, à certaines périodes de sa vie, par obligation de subsistance et non pour faire œuvre.
Il semble aussi avoir été un traducteur de référence (depuis l'anglais), mais pour des ouvrages guère dans l'air du temps aujourd'hui, que ce soit en version originale ou traduite.

_________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Manon Lescaut
Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Manon-10
Manon Lescaut, œuvre maintes fois déclinée en version cinéma, mais aussi théâtre et opéra (ici une mise en scène contemporaine de celui de Giacomo Puccini, créé en 1894).

Peut se lire ici.

Roman, 220 pages environ, 1731 (puis plusieurs ré-éditions remaniées, la définitive datant de 1753).
En réalité il s'agit du tome VII des Mémoires et aventures d’un homme de qualité (1728-1731).

Relecture de confinement. J'avoue m'être davantage attaché à la forme qu'à l'histoire, celle-ci étant passablement notoire et ne s'oubliant pas de sitôt.

Au reste, par son curieux procédé littéraire consistant, en quelque sorte, à annoncer de nouveaux déboires ou malheurs à l'entame de chaque nouvelle scène ou action, et aussi à faire commencer l'ouvrage par une scène si ce n'est tout à fait finale, du moins proche du dénouement, l'auteur lui-même n'incite-t-il pas à s'attacher davantage au parcours qu'au résultat, mettant à bas le suspense au profit de la manière ?

On dit ce roman autobiographique pour une part certaine mais à déterminer (querelle sans fin d'experts que cette détermination), ce qui expliquerait peut-être la justesse et la fraîcheur des situations et dialogues. En tout cas le fait est que c'est vif, alerte, prenant.  

J'ai été frappé par une singularité étonnante: l'abbé Prévost use d'absolument tous les temps et de toutes les déclinaisons en matière de conjugaison de verbes sur 220 pages: de nos jours il ne trouverait pas un éditeur qui lui accepte sa copie telle quelle, sans appauvrir (pardon, uniformiser) tout ça.

Pourtant, le fait est là, têtu, tenace: l'emploi du gérondif passé ou du plus-que-parfait du subjonctif ne rend pas cette prose balourde, précieuse, adipeuse, maladroite; tout au contraire, l'ensemble dégage finesse, à-propos, justesse et un coulé extrêmement seyant.

Pardonnez-moi de saisir une si exceptionnelle et parfaite occasion pour rabâcher qu'en matière de conjugaison, la limitation à un moteur à six temps, telle qu'elle est implacablement en vigueur dans les Lettres francophones depuis la moitié du XXème siècle, n'est peut-être pas à graver définitivement dans le marbre...

On trouve aussi (plutôt peu fréquemment il est vrai à l'aune de son siècle) les petits enseignements ou la petite dialectique à portée philosophique à partir d'une situation, ce dont raffole l'écriture du temps des Lumières françaises.

Là où l'abbé Prévost se distingue, c'est qu'il ne tend pas son roman vers ce but-là (les considérations philosophico-morales), mais en lâche juste quelques unes au fil de l'action, avec retenue et parcimonie, ne semblant jamais redouter que son roman manquât de portée selon le goût de son époque.  

Quelques exégètes et commentateurs ont voulu voir dans Manon Lescaut le premier roman moderne des Lettres francophones: c'est, ma foi, assez possible, je manque de culture et de recul pour soutenir ou infirmer une telle affirmation.

Enfin, vous allez me trouver horriblement snob et futile, mais je regrette que, dans l'édition pourtant fort belle (éditions Rencontre, Lausanne, 1961) via laquelle j'ai relu cet opus, on ait cru par exemple bon de ne point orthographier les "s" en "f", les terminaisons conjuguées en "-ait" ou "-aient" "-oit" ou "-oient", etc, etc...
Tiens, à y repenser, c'est peut-être là que la bibliophilie fait sens.

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Abbe-p11
L'abbé Prévost donnant lecture de Manon Lescaut, par Joseph Caraud, 1856.


Mots-clés : #amour #culpabilité #relationdecouple #trahison
par Aventin
le Dim 3 Mai - 8:35
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Abbé Prévost
Réponses: 1
Vues: 230

Francis Jammes

Almaïde d'Etremont
ou l'histoire d'une jeune fille passionnée

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Almazc13
Nouvelle, 1901, 70 pages environ.

Ah là là, Monsieur Jammes, mais que faites vous donc de vos belles héroïnes !



Nouvelle d'un sujet et d'une épaisseur similaires à Clara d'Ellébeuse, semi-tragédie (mais je ne vous en dis pas plus !):
L'époque de narration demeure donc (le mitan du XIXème), à peine quelques petites années après Clara, et Jammes réemploie un second rôle de peu d'importance dans sa nouvelle de 1899 pour en faire l'héroïne.

Almaïde a davantage de sang, de tempérament, moins de candeur peut-être que feue son amie Clara -à moins que ce ne soit moins de contraintes, d'éducation quotidienne à marche forcée, comme le suggère vers la fin de la nouvelle le bon marquis d'Astin.

Ce marquis d'Astin, personnage de premier plan déjà dans Clara, est là tout à fait primordial, quasi centenaire, posé comme une lumineuse borne XVIIIème en pleine césure IIème République/Second Empire (mais, si ce n'est peut-être au plan des mentalités, les évènements de l'Histoire n'interfèrent en rien dans la narration).

Almaïde d'Etremont vit recluse dans une campagne éblouissante, ses parents sont décédés, un oncle taciturne, maniaque et solitaire (qui n'intervient jamais, et n'est jamais tout à fait dépeint dans la nouvelle, comme une inerte chape de plomb à peine suggérée) administre ses biens jusqu'à son mariage, et cloître -à son intérêt- de facto Almaïde en sa vague compagnie dans une splendide demeure des Aldudes.

Lasse de solitude, voyant ses amies se marier, elle passe ainsi le cap des vingt-cinq ans.

Un jour, à une danse villageoise de dimanche après-midi, spectacle qu'elle aime venir contempler, et qui constitue pour Almaïde une exceptionnelle occasion de sortie (danse de village à rapprocher du Branle de Laruns un peu plus haut sur la page), elle toise un tout jeune berger...

[Le thème de la mésalliance heureuse sera aussi repris, sous forme de conte -intitulé Le mal de vivre- par Jammes avec pour héros un poète en pleine acédie auto-destructrice et une vachère.]

[Il est aisé de faire un rapprochement, éventuellement avec Pan, mais surtout avec Les Bucoliques, Virgile, ou encore le XVIIIème français, où certaine reine raffolait à jouer la bergère en son Trianon versaillais, et de voir une allusion-hommage aux auteurs que Jammes aime à citer et commenter, tels Jean de La Fontaine, Jean-Jacques Rousseau, etc...]

Le petit enseignement, s'il faut en tirer un, est assez similaire à celui de Clara, ne pas laisser les filles jeunes, jolies, intelligentes, pieuses, fortunées, pétulantes dépérir dans l'intérêt grippe-sou d'un ascendant, dans le carcan des conventions, dans une aliénation à la bienséance telle qu'alors conçue, et dont les bras armés sont l'hypocrisie, les préjugés.

Les propos libératoires du marquis d'Astin, en clôture de la nouvelle, sont à ce propos de fort belle facture, et précisent une prise de position ferme de l'auteur, ré-affirmée en quelque sorte deux ans après la parution de Clara d'Ellébeuse.  
 
Chapitre I a écrit:Depuis lors, que d’après-midi sont passés !
Almaïde d’Etremont a vingt-cinq ans. Elle connaît la solitude et l’ombre que les morts étendent au gazon où ils furent. Les monotones jours s’enfuient sans que rien distraie cette orpheline demeurée seule dans ce trop vaste domaine en face d’un oncle âgé, infirme et taciturne.
Aucun pèlerin ne s’est arrêté à la grille, un soir de mai, pour cueillir dans le parfum des lilas noirs cette colombe fiancée. C’est en vain qu’Almaïde, assise auprès de l’étang, guette la carpe légendaire qui, des glauques profondeurs, doit rapporter l’anneau nuptial. Et rien ne répond à sa rêverie que la clameur des paons juchés dans le deuil des chênes. Et rien ne console sa méditation que sa méditation. Et rien ne se pose à sa bouche plus ardente qu’un fruit-de-la-passion que le vent altéré qui souffle aux lèvres de chair des marronniers d’Inde.

Ses yeux n’ont point de candeur, mais une chaude et hautaine mélancolie, une coulée de lumière noire au-dessus du nez mobile et mince. Et ses joues et son menton font un arc si parfait et si plein que tout baiser en voudrait rompre l’harmonie. D’un grand chapeau de paille orné de pavots des moissons, les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule. Et tout le corps n’est qu’une grâce paresseuse qui fléchit sur ce banc d’où la main d’Almaïde, négligemment, laisse tomber une missive.


Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Repent10
...les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule.

[On apprend dans Clara d'Ellébeuse que les repentirs, à la mode alors, sont ces boucles en apparence savamment négligées et naturelles, qui s'obtenaient à l'aide de beaucoup de patience et d'une sorte de peigne de buis, permettant une coiffure à cheveux attachés -selon les convenances-, mais en conservant un aspect de liberté à la chevelure, celle d'osciller et de se mouvoir, est-ce à interpréter comme un mini-signe toléré de hardiesse de type affranchissement ?]  

___________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Puisque vous paraissez goûter la plume du rustique aède des Gaves, voyez un peu ce qu'il sait faire en matière de rendu de sentiment, de situation intérieure, ci-dessous tout est dans la découpe des phrases ou des propositions, jolie façon de traduire l'exaspération, la lassitude (je m'en voudrais de vous laisser croire que Jammes n'excelle qu'à dépeindre des plantes, des animaux, des campagnes et des églises rurales !):
Fin du chapitre II a écrit:Plus rien ! Pas même, tant elle est triste, l’envie de fixer sur le papier, comme jadis elle le faisait au couvent, les expressions de sa mélancolie.

Elle se prend à rêver dans sa chambre. Elle est assise et fait un bouquet avec des fleurs éparses sur elle. Le jour qui tombe éclaire sa joue gauche, le corps demeure dans l’ombre. Elle s’ennuie. Un vague énervement, elle ne sait quoi d’insatisfait, une oppression qu’elle voudrait chasser, une angoisse, pareille à celle qui la brise parfois au réveil, la torturent. Et rien que de sentir, un instant, la pression de son coude sur son genou l’émeut jusqu’à la faire se lever du fauteuil où elle est étendue. Elle fait le tour de sa chambre sans quitter son chapeau des champs. La mousseline de sa robe qui bruit à peine lui donne de la langueur, le glissement du tissu léger sur sa chair ronde et chaude l’inquiète.

Qu’Almaïde d’Etremont est belle ainsi ! Ses yeux cernés d’ombre dans l’ombre, sa pâleur fondue au jour qui se meurt, sa démarche puissante et gracieuse qui la fait, à chaque pas, tourner sur elle-même, disent assez l’origine maternelle, le sang puisé au soleil de Grenades ardentes.

Elle pose son bouquet sur la commode bombée où luisent des appliques de cuivre et, détachant de la muraille une guitare, elle en tire quelques accords. Maintenant, assise et les jambes croisées, un poignet nerveusement tendu sous le col du bois sonore dont elle pince les cordes sourdes, Almaïde se met à chanter.

Par la fenêtre, son regard plonge dans la nuit bleue qui se lève et recouvre l’étang de splendeur. Les chauves-souris, amies des greniers vermoulus, tournoient, hésitent, crissent, cliquètent et glissent dans l’air liquide. Pareilles à de noires fumées, les branches touffues des chênes moutonnent dans l’azur nocturne qui, au-dessus de l’allée ténébreuse, semble s’écouler comme un fleuve de nacre.

La guitare glisse aux pieds d’Almaïde. La tête en arrière, les bras pendants, les yeux perdus, les narines mobiles, elle frémit un instant. Car, vision rapide, elle croit voir, dans le clair de lune qui s’élève et tremble comme un ruisseau, s’arrêter un chevrier adolescent qui tend vers elle en riant les baies d’arbouse de son torse.


Mots-clés : #amour #culpabilité #jeunesse #nouvelle #relationdecouple #ruralité #solitude
par Aventin
le Sam 11 Avr - 6:23
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Francis Jammes
Réponses: 22
Vues: 853

Wallace Stegner

Angle d’équilibre

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Angle_10


« Lyman Ward qui épousa Ellen Hammond et engendra Rodman Ward », infirme vieillissant et solitaire, décide de consacrer son reste d’existence à explorer l’histoire de sa grand-mère, Susan Burling, dessinatrice douée qui s’exila de l’univers mondain et artistique de l’Est en pleine époque victorienne pour suivre son mari, ingénieur, dans l’Ouest.
Pour en savoir beaucoup plus, voir notre LC, avec Bédoulène et Romain, ici !

Mots-clés : #aventure #culpabilité #famille #psychologique #relationdecouple #social #xixesiecle
par Tristram
le Ven 6 Mar - 12:21
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Wallace Stegner
Réponses: 89
Vues: 5123

Jim Harrison

Péchés capitaux

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Pzochz10


Je m’étais réservé la lecture gourmande du dernier roman de Jim Harrison ‒ et je l’ai savouré !
C’est (encore) l’histoire d’un sexagénaire, ici un inspecteur de police retraité et d’origine prolétaire, Sunderson, qui a beaucoup des traits communs avec l’auteur (c'est-à-dire la plupart des péchés capitaux, The Big Seven du titre original ‒ pour mémoire « l’orgueil, l’avarice, l’envie, la luxure, la gourmandise, la colère et la paresse »). Le titre vient d’un sermon qui marqua le jeune garçon alors fiévreux ; il ramentoit les Sept obsessions dans En marge. On reconnaît aussi Sunderson parce qu’il fut l’enquêteur de Grand Maître. Et le personnage s’adonne toujours à la pêche à la truite, à l’alcoolisme, à la fascination des corps de (jeunes) femmes.
« Il aurait dû se sentir coupable, il le savait, mais c’était rarement le cas. »

En fait, Sunderson culpabilise beaucoup (souvent à raison). Il est constamment rongé par l’échec de son mariage avec Diane (qu’il s’impute à juste titre).
« Il se dit qu’un monde sans voitures serait merveilleux. Un retour aux chevaux lui sembla une bonne idée. Sunderson était un luddite invétéré, un Don Quichotte rêvant d’un monde qu’il ne verrait jamais. »

(Le luddisme est une révolte d’artisans anglais au début du XIXe siècle, "briseurs des machines" de la révolution industrielle prenant son expansion.)

Un peu cassé par diverses mésaventures et autres échecs personnels, Sunderson s’installe dans un bungalow retiré du Nord Michigan, pas très éloigné de Marquette et proche de cours d’eau poissonneux ; mais il a pour voisins la famille Ames, ivrognes, méchants, fous à des degrés divers, hors-la-loi qui accumulent sans scrupule les crimes les plus crapuleux, tels que viols et meurtres. Ils sont présentés comme des « déchets humains » à cause de leur « sang vicié », et c’est l’occasion pour Jim Harrison de (faire) débattre sur l’opposition nature-culture, ici fondue dans la perspective historique de la violence intrinsèque de cette Amérique du Nord. La violence, « le huitième péché » sur lequel Sunderson va vouloir écrire un essai (on découvre plusieurs versions de la première page, laborieusement élaborée ; pour se trouver un style, il recopie des extraits de Le bois de la nuit de Djuna Barnes et de l’Ada de Nabokov).
« La violence est une tradition ancestrale en Amérique, dit Lemuel. À l’école, les livres d’histoire ne parlent pas des milliers de lynchages ni de cette habitude de tirer vers le sol dans les tipis pour tuer les femmes et les enfants indiens pendant leur sommeil. Beaucoup de journaux ont proclamé qu’il fallait exterminer tous les Indiens, comme la presse nazie dans les années trente avec les Juifs. »

D’ailleurs le roman est d’une grande actualité ; figurent notamment les détournements de mineures, les femmes battues, sans omettre les sévices sur enfants et l’inceste.
Sunderson, sans doute par déformation professionnelle, est sujet à des prémonitions alarmantes ‒ et rapidement les empoisonnements s’enchaînent chez les Ames.
Il sympathise cependant avec Lemuel, un Ames moins dégénéré, plus civilisé (il est passionné par les oiseaux), comme quelques enfants et jeunes filles ; Lemuel lui fait lire au fur et à mesure de sa rédaction son roman policier.
Scoop:
Ce texte place en abyme sa confession criminelle.

La place du sexe est importante (peut-être trop) :
« Je crois que l’instinct sexuel est profondément ancré, enfoui, encodé au fond de nous, et qu’il nous pousse à nous ridiculiser. […] Il faut de toute évidence peupler le monde, si bien que la nature nous a fait don de ces pulsions à peine contrôlables, qui se manifestent tôt et continuent jusqu’à un âge avancé. »

« On dit volontiers "Tout est dans la tête", mais ce serait où sinon ? Dans la rue ? »

Grâce à l’ami de Sunderson, Marion, un Indien, la question des peuples autochtones est aussi évoquée.
« Aucun épisode de l’histoire américaine n’était plus méprisable que notre traque meurtrière de Chef Joseph et de son peuple, sinon peut-être la guerre du Vietnam. »

« Heureusement pour notre société, presque aucun de nous ne connaît notre histoire. Sinon, les réjouissances du 4 Juillet seraient interdites. »

La fascination pour l’eau de Sunderson (et Harrison), pêcheur et pécheur, transparaît souvent.
« …] le grand mystère de son existence : l’eau en mouvement. »

« Il remarqua qu’il était très difficile de penser à soi quand on regardait un fleuve. En fait, c’était impossible. Un fleuve submergeait vos sens, du moins Sunderson en avait-il toujours eu le sentiment depuis l’enfance. »

Harrison nous promène aussi beaucoup géographiquement (USA, Mexique, Paris, Espagne), influence autobiographique de ses voyages (et observations) personnels.
Et, comme toujours chez lui, des remarques originales parsèment sa prose.
« Sunderson se dit qu’en général nous connaissons très mal les gens, mais qu’il était peut-être mieux que chacun de nous reste essentiellement un mystère pour autrui. »

« Toute la culture américaine incitait chacun à aimer quelqu’un ou quelque chose, une équipe de football ou de base-ball, une fille, une femme, un homme. Cette injonction était aberrante. »

« Il se rappela que l’Espagne avait assassiné son grand poète, Federico García Lorca. Pourquoi ? Comme s’il y avait jamais eu une bonne raison de tuer un poète. »

« En fait, comme la plupart des hommes, il vivait sa vie morceau par morceau et s’en souvenait par fragments. »

« Selon cet auteur, le vrai facteur émotionnel qui déprimait l’alcoolique était l’absolue domination chez lui de son égocentrisme. L’individu qui buvait était le centre fondamental de son propre univers, ses perceptions échouaient à atteindre le monde extérieur et demeuraient entièrement teintées par cet ego démesuré. »

Outre l'aspect roman noir, un peu prétexte, s’entrecroisent densément de nombreux fils narratifs, comme la littérature, les péchés capitaux qui obsèdent Sunderson, etc. ; Harrison reprend ses thèmes habituels dans un brassage toujours original.
(Ce livre m’a paru moins bien traduit que les précédents.)

Mots-clés : #contemporain #fratrie #polar #relationdecouple #sexualité #vengeance #vieillesse #violence
par Tristram
le Dim 1 Déc - 23:46
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Jim Harrison
Réponses: 58
Vues: 4779

Antoine Blondin

L'humeur vagabonde

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire L_hume10

Roman, 1955, 250 pages environ.

Celui-là aussi démarre fort:

Chapitre premier a écrit:Après la seconde guerre mondiale, les trains recommencèrent à rouler. On rétablit le tortillard qui reliait notre village à la préfecture. J'en profitai pour abandonner ma femme et mes enfants qui ne parlaient pas encore. Ma femme, elle, ne parlait plus.


Difficile de ne pas faire le rapprochement avec le père de l'auteur, Pierre Blondin, qui avait contracté une sorte d'ancêtre du PACS avec Raïssa Goldenstein, en 1910, qui restera sa maîtresse, tout en épousant (enceinte ?) Germaine Ragoulleau en 1921, union dont naîtra en 1922 Antoine Blondin.

Quant à Antoine Blondin lui-même, il épousera (sans descendance) d'abord Françoise Barrière, union s'achevant sur un divorce, puis Sylviane Dolfus, de qui naîtront les deux filles de l'auteur, Anne et Laurence. La paternité d'Antoine Blondin est à regarder comme un échec total, douloureux, très prégnant dans son œuvre, dans des pages à peu près exemptes de bons mots, mais pas sans drôlerie, et surtout, toujours, avec une énorme pudeur de sentiments.

Toujours est-il que Benoît, principal caractère (livre écrit au "je" par Blondin) quitte un jour sa campagne charentaise en y laissant là sa femme, Denise, cultivatrice, et leurs deux filles en bas-âge, ainsi que sa mère, bien que partant avec la bénédiction de celle-ci, qui escompte que son fils fasse une belle carrière à Paris.

Cette aventure parisienne est assez désopilante, teintée d'une certaine poésie d'ailleurs parfois, par exemple:

Chapitre VI a écrit: Jusqu'au couchant, sous lequel des mécanos sentimentaux s'attardaient à caresser des midinettes crépusculaires, je restais sur un banc dans une virevolte de papiers gras, de peaux de bananes, de feuilles tombées, de journaux caducs.
Les caprices d'un souffle de vent me plaquaient aux jambes les résultats des courses avant les pronostics, l'arrestation du gang des faux académiciens après on acquittement.
Tout ce par quoi la vie est éphémère, fête fugace, crise passagère, glissait autour de moi, me contournait sans m'atteindre.


L'épopée parisienne de Benoît s'avère un ratage complet, Benoît reprend le train, revient chez lui et...


Mots-clés : #famille #relationdecouple #solitude #xxesiecle
par Aventin
le Mer 30 Oct - 19:21
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Antoine Blondin
Réponses: 29
Vues: 1847

NATSUME Sōseki

Clair-obscur

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Clair_10

Le découpage en brefs épisodes (seulement 188 sur près de 500 pages, puisque le roman est inachevé) qui correspondent aux livraisons de Sôseki pour cette parution en feuilleton, ce séquençage obligé favorise une lecture aérée, bien que sa forme finale pour publication en en seul volume aurait sans doute été plus ramassée.
L’action se passe pendant la Première Guerre mondiale, et l’influence de l’Occident au Japon est immense, même si la société demeure profondément nipponne.
D’abord, Sôseki donne le point de vue de Yoshio Tsuda, ce qui masque un peu les défauts de ce personnage assez vain et froid, qui a des goûts au-dessus de ses moyens et emprunte à ses proches sans se soucier de rembourser.
« Pour parler plus simplement, il avait l’esprit obnubilé par les défauts d’autrui. Et il se réjouissait de reconstruire secrètement ses propres qualités à contrario. Il parvenait ainsi au même résultat que si l’idée ne lui était jamais venue de penser à ses défauts.
[…] Malheureusement il n’appréciait pas l’humour. » (115)

« Car il aimait, en effet, Nobuko sans l’aimer tant que cela. » (135)

Puis c’est la vue de l’intérieur par son épouse, Nobuko, et l’impression est confirmée que la femme a plus de sagacité que l’homme. C’est aussi une illustration de la situation inférieure de la femme dans une société machiste.
« Un mari n’est-il rien de plus qu’une éponge dont la seule fonction est d’aspirer l’amour de sa femme ? » (47)

« Au fond, il est facile de consoler une femme. » (150)

La dernière réflexion est de Tsuda, et je voudrais citer tout ce chapitre, si caractéristique qu’il semble renfermer en abyme tout le roman.
Mais l’histoire n’est pas tant, comme j’ai pu le lire ici ou là, l’observation de la désagrégation d’un couple, que la prise de conscience de leurs situations respectives en tant que ménage dans une société cloisonnée et hiérarchisée, et une confrontation de leurs personnalités dans ce cadre rigide.
Un summum est aussi atteint dans l’exposé détaillé des calculs sournois lors de l'hypocrite duel de Nobuko avec sa belle-sœur Hideko (124-130).
Puis, à l’instigation entremetteuse de madame Yoshikawa, l’épouse de son patron, Tsuda retrouve en convalescence dans une auberge curiste son ancienne maîtresse, Kiyoko, avec peut-être une certaines simplicité recouvrée ‒ mais là s’interrompt le texte.
Une certaine étrangeté hante ce texte, des remarques bizarres, un léger aspect kafkaïen assez propre à cette culture si sensible à Kafka (cf. Kōbō Abe, Haruki Murakami, etc.), comme lorsque Tsuda s’égare dans l’auberge, plus vaste qu’il ne le pensait ; mais il faut faire la part (outre celle de la traduction) de la singularité d’une culture si différente de la nôtre (les mouvements de sourcil de Nobuko, par exemple).
Réflexions in petto de Tsuda dès le second épisode, il est vrai atteint d’une lésion anale :
« Il n’est pas exclus que ce corps soit l’objet d’un changement inopiné. Il est, de plus, possible qu’en ce moment même une métamorphose dont j’ignore la nature soit en cours. Et je n’en sais absolument rien. C’est horrible. »

À ce propos, la scène du début de l’épisode 99 entre Tsuda et sa sœur Hideko est symptomatique, comme il s’efforce de rester imperturbable (à son habitude) tout en étant travaillé par une douleur spasmodique : c’est pratiquement de la somatisation.
L’observation psychologique peut effectivement être rapprochée de celles de Proust et Henry James, mais peut-être plus encore de celle de Dostoïevski, cf. le pauvre, le méprisé, le sans-gêne, voire le gênant Kobayashi :
« Je me suis tellement rabaissé que je ne perds rien à me disputer avec qui que ce soit. Si une dispute laisse des traces, elles ne peuvent jamais être en ma défaveur. Car je n’ai jamais rien possédé qui pourrait cause ma perte. » (119)

Curieusement, ce personnage antinomique de son « ami » Tsuda qui le méprise, partage avec ce dernier la même insouciance quant à rembourser l’argent qu’on lui prête/ donne...
L’intrication des relations ‒ les combinaisons, les machinations : les manigances ‒ entre les principaux personnages (qui gravitent tous dans la même sphère sinon le même milieu) m’a surtout ramentu Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos !
Le roman est rendu fascinant par le souci de compte-rendu détaillé des moindres pensées des protagonistes, de même que par l’étrangeté due à une certaine artificialité conventionnelle, celle justement de la mise à distance inhérente à cette placide dissection in vivo.
Occurrences du thème évoqué par le titre :
« Et n’ayant pas le courage de tourner leurs regards vers la lumière, ils restaient enfermés et immobiles dans cette ombre noire. » (17)

« De l’endroit où il se trouvait, il voyait, comme à portée de sa main, les plis des montagnes qui, au loin, se succédaient sur plusieurs plans et dessinaient une nette frontière entre la lumière et l’ombre. Le contraste des coloris pâles ou foncés des feuilles d’automne inscrivait sur sa rétine un dégradé d’éclats estompés. » (184)


Et grand merci à Églantine pour cette découverte !

Mots-clés : #psychologique #relationdecouple
par Tristram
le Ven 23 Aoû - 15:16
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: NATSUME Sōseki
Réponses: 35
Vues: 2665

Milan Fust

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire L_hist10

L'HISTOIRE DE MA FEMME

Ce livre est préoccupant. Une sorte de bloc irréductible à l'analyse.
L'histoire est simple pourtant. Un homme, capitaine de la marine marchande épouse, sans trop savoir pourquoi, une jeune française.
Ils vivent quelques années ensemble , mais sans être vraiment heureux. Ils finissent par se séparer et il apprend sa mort huit ans plus tard.
La seule chose qui s'est passée bien avant d'en arriver là, c'est qu'il tombe éperdument amoureux d' elle...

Qui est le capitaine Storr, le narrateur de cette histoire?
Derrière son apparence d'homme fort et d' ours très mal léché, se cache un homme tissé de contradictions.
Persuadé que la femme qu'il a épousé le trompe depuis le début, il s'invente en plus, des histoires et s'enferme dans un piège qu'il a plus ou moins construit lui-même. Il voyage, travaille, esquisse des intrigues amoureuses, et vit en même temps avec elle des moments tumultueux, pervers, destructeurs.
Derrière ces épisodes plutôt sordides, sa passion demeure, inouïe, morbide et inassouvissable.
Le seul moment de bonheur sans mélange, il le connaît alors qu'il est gravement malade, entre la vie et la mort, et qu'elle reste jour et nuit à le veiller.

De cette histoire nous ne saurons jamais que ce que nous en dit le capitaine Storr, le narrateur de cette histoire.

Mais quelle histoire ?
Sa femme est elle infidèle comme il le croit ou bien n'est-il un homme torturé par la jalousie, incapable d'aimer ?
Imagine-t-il qu'il peut se tromper et qu'il détruit ce qu'il aime le plus au monde ?
Pourquoi l'aime t'il vraiment quand elle est absente, séparée ou morte ?
Parce que seule la distance peut permettre d'inventer une passion ?

Telle est cette histoire d'obsessions, de destruction.. De questions sans réponses. De solitude extrême.
Un abîme, comme les Possédés de Dostoievski.

Ma femme serait-elle un etre angélique ? oui ? Non ?
Je demanderai plus rien, ni sur son passé, ni sur ses secrets. Car qu'y a-t-il au fond du coeur humain ? Dans le for intérieur de l'homme ? Ne nous berçons pas de mensonges. Seuls les lents monstres qui rampent au fond des mers reflètent l'image valable de cette obscurité.

P. 291

Ne plus jamais la revoir ! Ne plus jamais penser même à cette posssibilité ! C'était une chose déjà décidée d' ailleurs ; mais à ce moment, je le décidai plus fermement encore... Et pourtant, jusqu'alors, en moi, il n'y avait pas eu autre chose qu'un "plus jamais" ; et cependant l' espoir aussi était en moi, inextinguible ; l'espoir que tout cela n' était que provisoire et qu' un beau jour, elle et moi nous parlerions.
Et si ce n'était en ce monde, alors ce serait un autre. J'en avais le sentiment très doux, un sentiment qui me promettait une merveilleuse
tranquillité, une tranquillité définitive.

P. 381

Je n'avais qu'un seul désir : rentrer à la maison et me remettre à ces notes. Car j' avais le sentiment qu'en elles résidait toute la sérénité de mon âme et que consigner ici le récit de tous mes égarements resterait ma seule chance de pardon sur cette terre.
... J'avais essayé de vivre, j'avais échoué... Que faire ?
Mais cela, ces notes, je ne les lâcherai plus. Et je comprends maintenant ce qu'est la force qui pousse certains d'entre nous à écrire.
Comment réussir à tourner à son profit la malédiction de sa vie autrement qu'en la recréant, en la remodelant, en l'examinant de plus près...

P. 421

Et voilà. Cette même nuit, je finis par trouver la lettre d'Espagne. Ecrite d' une main étrangère ; elle ne comportait ni plus ni moins que cette nouvelle. Qu'elle était morte. Avant de mourir, elle avait dû demander à quelqu'un de me prévenir....
J'aurai cinquante trois ans à l'automne... Et bien que je tienne cette lettre à la main, je ne crois toujours pas qu'il en soit ainsi.
Mais je suis fermement convaincu qu'un beau jour, un jour de soleil radieux, elle me réapparaitra quelque part, au coin d'une rue, dans un quartier désert, et que même si alors elle n'est plus jeune, elle trottinera tout aussi gentiment qu'autrefois de son pas qui m'est familier.
Sur mon âme ce sera ainsi.

P. 430

Récupéré


Mots-clés : #amour #relationdecouple #jalousie
par bix_229
le Mer 8 Mai - 15:01
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Milan Fust
Réponses: 8
Vues: 544

Wallace Stegner

Une journée d’automne

Tag relationdecouple sur Des Choses à lire Cvt_un12

Court roman de jeunesse de Wallace Stegner, Une journée d’automne décrit au fil des saisons, les ravages d’une Amérique puritaine.
Tout commencé dans une légèreté un peu gnangnan.
Elspeth, au décès de ses parents quitte l’Ecosse pour rejoindre sa sœur Maragaret qui a épousé une riche propriétaire terrien, Alec . Blagueur,  assez porté sur la dive bouteille, on ne met pas longtemps)à comprendre qu’il va être plus séduit par sa jeune belle-sœur et sa naïveté  joyeuse que par son austère femme, si bonne mais si pleine de de rigueur.
La découverte du forfait est un délice de kitsch, à condition qu’on se délecte du  kitsch:

Les mains d’Elspeth s’agrippèrent aux barreaux, ses jambes la lâchèrent et elle tomba presque dans les bras d’Alec.
— Oh mon Dieu ! s’écria ce dernier.
Il serra Elspeth contre lui, mais elle se dégagea et se laissa choir sur le sol, frémissante, avec un long gémissement de douleur. Dans le noir, une vache heurta le seau à lait oublié, provoquant un fracas de métal qui résonna comme une explosion dans la grange caverneuse.
Serrés dans les bras l’un de l’autre, Elspeth désespérément agrippée à son amant, balbutiant des mots de passion et de désir, ils ne virent ni n’entendirent la femme qui se tenait dans l’ombre, muette et accablée.
Lorsque la flamme fut à son comble dans leurs veines, Alec tira Elspeth vers l’échelle du grenier, à laquelle elle monta de son plein gré. C’est alors qu’ils entendirent le cri que poussa l’ombre et le bruit de ses pas précipités sur le seuil, et que dans le demi-jour de la porte ils virent courir une silhouette.


Mais c’est là que les choses se corsent (enfin) pour décrire la coexistence que s’impose pendant des années  ce ménage à trois  instantanément disloqué, dans huis -clos d’austérité, de haine larvée et de culpabilité qui va engluer les trois personnages, chacun dans sa solitude et ses stéréotypes. Dieu merci, derrière ce silence dévastateur, les apparences sont sauves ! Qu’importent donc les souffrances ?


Mots-clés : #amour #conditionfeminine #fratrie #psychologique #relationdecouple #ruralité
par topocl
le Mer 17 Avr - 13:46
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Wallace Stegner
Réponses: 89
Vues: 5123

Revenir en haut

Sauter vers: