Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Ven 7 Oct - 7:36

94 résultats trouvés pour relationenfantparent

Thomas Mann

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Le Mirage

Un très court livre : une veuve de la cinquantaine, Rosalie von Tümmler tombe amoureuse du jeune homme américain à qui elle a demandé de donner des cours de langue à son fils, un adolescent. Rosalie aime la Nature et est bouleversée par la beauté du jeune homme et ce qu'il provoque en son coeur car chez elle c'est le coeur qui domine, pas la raison. Contrairement à sa fille Anna, affligée d'une boiterie et qui a été humiliée par l'homme qu'elle pensait avoir conquis. Aussi la jeune fille lorsque Rosalie se confie à elle tente de la détourner de l'attraction que le jeune homme - Ken - exerce sur elle. Anna et son frère aussi d'ailleurs se sont aperçus du lien qui se créé entre Rosalie et Ken et qu'ils réprouvent. Nous sommes dans les années 30 à Dusseldorff dans un milieu bourgeois.
Un retour de menstrues, inattendues à son âge,  provoque chez Rosalie le sentiment que le destin, la Nature lui offre à nouveau ce sentiment d'être une "femme complète". Aussi lors d'une sortie de la famille avec Ken, Rosalie avoue son amour au jeune homme, lequel l'attendait et tous deux se donne RV pour concrétiser leurs sentiments. Hélas ce retour de menstrues n'était que le signe physiologique de la grave maladie qui emportera Rosalie.

                                                                                                           ***

Au tout début de ma lecture j'étais réticente au discours de Rosalie qui encensait la maternité et la souffrance des femmes - notamment lorsque sa fille souffrait lors de ses menstrues - les femmes étaient faites pour souffrir. Mais j'ai poursuivi et j'ai beaucoup apprécié les échanges et les rapports entre Anna la fille et Rosalie.
La Nature est bien présente aussi.


\Mots-clés : #amour #relationenfantparent
par Bédoulène
le Dim 4 Sep - 12:14
 
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Sujet: Thomas Mann
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Junichiro TANIZAKI

Le Pont flottant des songes

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Tadasu, le narrateur, relate comme il en vint à confondre ses deux mères, la vraie, décédée comme il avait cinq ans, et sa belle-mère, qui la remplaça si exactement dès ses huit ans qu’il en vint à ne plus les distinguer.
« Je pus alors mesurer à quel point mon père avait non seulement songé à lui, mais à moi aussi. Car je dois dire que seuls les efforts d'un père extraordinairement déterminé pouvaient arriver, en coulant ma nouvelle maman dans le moule de l'ancienne, à me faire penser à elles comme à une seule et même personne, même s'il va sans dire qu'il fallait aussi que la nouvelle venue y mît du sien. »

À Tadasu, qui a tété jusque quatre ans, sa belle-mère offre encore le sein ; lorsqu’il a dix-neuf ans, ses parents ont un fils qu’ils relèguent dans une campagne éloignée, et elle lui donne de nouveau de son lait. Dans le même temps, son père, condamné par la maladie, lui demande de se marier, et la nourrice de Tadasu lui apprend les rumeurs qui courent sur le compte de sa belle-mère, qui serait une ancienne geisha, et son amante.
Dans l'Ermitage aux hérons à la claquante bascule à eau, dans ce retirement plein de raffinement traditionnel, un véritable bouquet d’implicite et d’informulé : du pur Tanizaki.

\Mots-clés : #nostalgie #psychologique #relationenfantparent #traditions
par Tristram
le Lun 22 Aoû - 12:42
 
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Sujet: Junichiro TANIZAKI
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Jean-Claude Pirotte

Portrait craché

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Un vieil homme solitaire, diminué par un cancer et la paralysie faciale, s’accommode de ses peines, revisite sa vie et les livres qui l’ont toujours accompagné (notamment les Carnets de Joseph Joubert, Neruda, Michaux, Dhôtel, Chardonne, Perros). Il écrit et lit des poèmes. On y reconnaît l’auteur lui-même.
« Les livres le relient à tous les passés mémorables, et ce qu’il a négligé de lire constitue un avenir, car les livres font échec au temps. »

« Déjà, dans l’adolescence, il était hanté par cet étrange devoir qu’il entendait s’assigner : parler à la mort comme à la seule compagne. »

« L’homme » se répète dans le quotidien sans cesse repris des traitements, à la cadence de son écriture journalière dans ses carnets. Il se voit avec un humour grinçant, et regarde l’époque avec dureté.
« Rien de plus simple que de prolonger chez l’adulte les effets d’un infantilisme insidieux. Un infantilisme appris au biberon. L’héritage naturel de l’enfance, le rêve et la liberté, ou le rêve de la liberté, s’est évanoui devant des jeux abscons. Le mal des écrans vient à bout de la lumière du ciel, avec une facilité déconcertante. »

Puis il retrace son enfance, en conflit avec sa mère, la bonne, le « faux père », malgré le médecin et le grand-père attentifs, solitaire lecteur qui se dit malade pour éviter l’école, et bientôt fugue.
« La mort telle que je la concevais enfant était mon amie. »

« La mère le traitait de prétentieux et de rebelle. »

Souvenirs aussi de Namur (sans la nommer), la ville où il vécut, « avocat subversif » en lutte contre la démolition urbanistique, et où il aurait voulu ne pas revenir, alors qu’il s’était retiré à la campagne avec sa compagne.
« Tout est là-bas, à Saint-Léger, les livres, le bureau, le feu ouvert, l’évolution du ciel et des arbres du jardin, le cerisier centenaire, immense, qu’il voit de sa table par la fenêtre, les merles, les loriots, la vie. »

Puis dans sa vie il y eut les amitiés, les amours, les alcools.
Il garde l’espoir, sans illusion.
« Survivre est un miracle quotidien. »

« Étrange de convoiter toujours ce qui manque alors que l’on oublie ce qui est là, si proche et si familier que cela même ressemble à une absence. »

« Il faut mourir un jour. Cela aussi, à condition d’y arrêter sa pensée, est rassurant. Le scandale serait celui d’une vie interminable, dégradante et dénuée du moindre attrait, de l’heureuse incertitude qui fait de la surprise devant un instant de beauté le prix d’un moment, et la valeur de la mémoire. Or, le voici désarçonné de constater combien l’idée même du cancer devient vivifiante. Enfin l’ennemie ou l’amie la mort se déclare et le rassure. Il est mortel et conserve le droit de lutter pour la vie. »

« Le père, c’était d’abord et en tout le grand-père – maternel, bien sûr, il n’en a pas eu d’autre –, monsieur Prins ensuite, Jean Jannin en Bourgogne, et quand ce dernier est mort, il y a une douzaine d’années, il n’a simplement plus eu de père.
En face du père supposé, il n’éprouvait que de l’indifférence, du mépris, de l’hostilité certes, mais rien, dans son esprit, ne correspondait à l’idée qu’il s’était faite d’un père. Il en avait conclu très vite, avec un "petit sourire" qu’il n’était que le fruit bâtard d’une immaculée conception.
Les pères, il se les est donc choisis. C’est à eux qu’il ressemble dans toutes leurs diversités, c’est eux qui l’ont construit. »

J'ai beaucoup pensé à Bix au cours de cette belle lecture, attachante malgré la généralité du thème.

\Mots-clés : #mort #relationenfantparent #vieillesse
par Tristram
le Ven 4 Mar - 11:38
 
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Sujet: Jean-Claude Pirotte
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Richard Russo

Tag relationenfantparent sur Des Choses à lire Captu106

Richard Russo : Quatre saisons à Mohawk. - Quai Voltaire

"J'avais dix ans, et j'avais découvert par hasard qu'une fille de deux ans mon aînée se déshabillait devant sa fenêtre, à dix heures trente le week-end. Elle devait être très fière de ses seins naissants, de leur croissance régulière, car elle les admirait chaque soir presque autant que moi, avant d'enfiler une chemise de nuit transparente. Je redoutais qu'un jour elle ne se rende compte que, par mégarde, elle ne fermait ses stores qu'aux deux tiers. Plus tard, à l'adolescence, je devais comprendre, ô fulgurante révélation, que cette adorable friponne avait pleinement conscience que, de l'autre côté de la rue, c'était bien mon haleine qui embuait ma fenêtre. Quand, à la rentrée suivante, elle a rempli ses cartons pour partir en Floride avec père et mère, ç'a été pour moi une perte dont j'ai rarement retrouvé la teneur. Bien sûr, à cette époque, l'intéressée était devenue plus avare de ses apparitions, mais ses seins bien plus dignes de mon admiration."

Comment aimer son père, un père absent, fuyant, irresponsable. Passant sa vie à boire, à parier, à aimer des femmes sans jamais se lier...
Mais dans l'amour, on le sait bien et on n'a pas le choix. Et donc, Ned Hall, enfant puis ado, passe son temps à courir après son père sans jamais le rattraper. Sauf pendant une période où sa mère est hospitalisée. Et ce n'est pas une expérience glorieuse.
Sa mère, il y a longtemps qu'ils se sont séparés, son père et lui, après son retour de guerre, même s'il continue  épisodiquement à lui pourrir la vie. Jusqu'à ce qu'un jour, elle lui envoie  une volée de plombs par la fenêtre.

Entre elle et Ned, rien d'affectif ne se passe. Elle offre trop l'image de la dépression et elle est par trop exigeante.

On peut juger que l'histoire paternelle mérite une justification. Il fait partie d'une génération qui a participé à la seconde guerre mondiale. Une génération perdue de plus. Dont les survivants sont sortis déboussolés et amers. Seuls les mort sont devenus des héros,
et les vivants se sentent coupables d'être encore en vie, incapables de mener une vie normale et d'assumer ce qu'on attend d'eux.

Sam, le père de Ned en fait partie. Pour lui, son fils n'est qu'une pièce rapportée, enfin c'est  ce qu'on croit longtemps. Et puis il sait brouiller les pistes, entouré de ses pareils, joueurs fauchés, travailleurs intermittents, piliers de bars. En plus il a un ami et compagnon véritable, Wussy, un noir, qui le guide et lui sauve la mise.
Wussy deviendra aussi un ami pour Ned un initiateur, dont la vie devient une série d'aventures où il apprend à vivre, à aimer, à rêver.
Telle cette somptueuse maison blanche perchée sur une colline, mirage fabuleux.

Mohawk est une ville de moyenne importance, mais caractéristique de l'Amérique profonde.
Et Russo parvient à y faire vivre une galerie de personnages attachants, dont le père est aussi connu que le loup blanc.
En fait, on pense beaucoup à Mark Twain, dans l'humour, la fantaisie, l'empathie et la magie du récit.

Les années passent, et Sam est rattrapé par le temps et ses avanies. Il se retrouve seul, et de guerre lasse, il laisse enfin apparaitre ses sentiments filiaux. Et à notre tour, émus, on révise notre opinion sur lui.

Voilà un moment que je n'avais pas rencontré un livre qui m'ait à ce point tenu en haleine.
Une histoire, une atmosphère et des personnages. Surtout les rapports entre un père et un fils. La difficulté des rapports inter familiaux et cette amère vérité qu'on ne parvient jamais à dire l'essentiel à ceux qu'on aime.


\Mots-clés : #famille #relationenfantparent
par bix_229
le Jeu 6 Jan - 19:33
 
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Sujet: Richard Russo
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Thomas McGuane

Rien que du ciel bleu

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Frank Copenhaver est quitté par sa femme Gracie. Ancien hippie, comme ses amis de l’époque il est devenu un homme d’affaires qui a réussi (comme son père…). Le roman narre les conséquences de cette séparation : sa lente dégringolade, ses (tentatives de) reprises en main et « renouvellement de ses valeurs fondamentales ».
« Peu désireux de façonner le monde, il préférait la quête de la chatte et des états modifiés de la conscience, car c’était un digne membre d’une génération désœuvrée, vouée à la fuite des responsabilités et à la fornication inconséquente, vouée à l’idéal du Rapport Humain Complet et aux chaussures tout-terrain qui ne mentent pas à vos pieds. »

Quelques rencontres féminines et aventures sexuelles douteuses...
« Et puis je vais te dire une bonne chose : dans ton cas, l’absence ne nourrit pas l’amour. Dès qu’une femme s’éloigne de toi, même pour un temps très bref, cette femme se pose une excellente question : mais comment, comment ai-je pu faire une bêtise pareille ? »

« Elle remonta sa robe au-dessus de ses hanches et pointa le doigt vers le triangle en soie blanche de sa culotte. Ça aussi, c’est fini ! s’écria-t-elle avant de sortir en claquant la porte. »

… une cascade d’hilarantes péripéties, et une certaine animadversion réciproque des cow-boys :
« Je me demande si leur mère leur attache des poids au coin de la bouche, dit Phil. Tu sais, comme font les Watusis à leurs oreilles et à leurs lèvres. Je parie que c’est le cas : la maman rancher accroche des poids à la commissure des lèvres du bébé. Ensuite, le petit gamin porte un petit chapeau de cow-boy, des petites bottes avec des petits éperons, et des poids au coin de la bouche. Ensuite, on offre un petit lasso au petit merdaillon et on colle une paire de cornes sur une botte de foin. Le plus souvent, ce petit merdeux s’appelle Boyd ; dix ou vingt ans plus tard, Boyd se bourre la gueule, il tabasse les vaches à coups de fouet, sa copine à coups de poing, et il fume ses clopes devant la téloche. »

Son malaise existentiel, l’absence de sens de sa vie absurde, est généralement rendu par petites touches indirectes.
« Il comprit soudain que son désir compulsif de regarder les gens vaquer à leurs occupations, de les observer derrière leurs fenêtres comme s’ils se trouvaient dans un laboratoire, s’expliquait par l’inconsistance de sa propre vie. S’il fallait qualifier son existence, elle lui semblait mince. Elle avait un air de faux-semblant. Il devina que tout le monde vivait dans une atmosphère de perpétuels ajournements. »

Tout au long du roman, une attention particulière est apportée au ciel et aux nuages.
La devise de Frank est :
« La Terre était plate, chacun à son heure passait par-dessus bord. »

Il y a une aimable critique de l’american way of life (y compris de la « bouffe répugnante » du McDonald) :
« Merveilleux quartiers résidentiels ! Splendides rues tracées au cordeau, délicieuse rivalité des pelouses ! Ils étaient aussi parfaits que ces organismes agglutinés pour former un récif corallien. Frank déambulait à travers les rectangles réjouissants d’Antelope Heights, savourant les mariages de couleurs, l’ordre impeccable des voitures en stationnement, la forte personnalité des boîtes à lettres − certaines juchées sur des roues de chariot, d’autres en fibre de verre, avec des faisans multicolores moulés dans les parois (un chasseur vit sans doute ici !), certaines n’attendant que des lettres, d’autres conçues pour accueillir d’énormes paquets. »

On est dans le Montana, et bien sûr il y a pas mal de pêche à la truite :
« À la courbe de la rivière, on aurait dit que les iris sauvages allaient basculer dans l’eau. L’étroite bande de boue où poussaient les laîches portait de nombreuses traces de rats musqués et sur cette même bande se dressait un héron bleu parfaitement immobile, la tête renversée comme un chien de fusil. Ses pattes fléchirent légèrement, il croassa et s’envola avec une lenteur merveilleuse et un faible sifflement des rémiges, disparaissant enfin au-dessus du mur des herbes, comme aspiré dans leur masse verte. »

De nouveau donc ce mélange de rire et de mélancolie, si caractéristique de McGuane − qui peine à trouver son lectorat sur le forum ?

\Mots-clés : #contemporain #relationdecouple #relationenfantparent #xxesiecle
par Tristram
le Lun 2 Aoû - 15:21
 
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Sujet: Thomas McGuane
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Elias Canetti

La Langue sauvée - Histoire d’une jeunesse 1905-1921

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A paru en 1977, récit autobiographique (premier opus de ceux-ci), 210 pages environ.

Histoire d'une trajectoire, avec une petite enfance dans un milieu plutôt très aisé à Roustchouk (aujourd'hui Roussé ou Ruse, dans l'actuelle Bulgarie), dans une famille Séfarade (s'orthographie "Sépharade" dans la version dont je dispose).
Classiquement ladinophone, originaire d'Anatolie, où leurs ancêtres avaient migré à la toute fin du XVème siècle suite aux lois d'expulsion des juifs des royaumes d'Espagne et du Portugal, comme nombre de Séfarades, alors bienvenus dans l'empire Ottoman, la famille Canetti s'appelait alors Cañete et a modifié son patronyme suite à une installation du côté de Venise, qui s'avèrera provisoire.

Un grand père commerçant, grossiste, qui emploie outre son frère le père d'Elias (lequel Elias a reçu le prénom du grand père), lequel père  a épousé Mathilde Arditti, d'une des meilleures familles juives Séfarade de l'Empire établie à Roustchouk, ils se sont connus à Vienne, sont férus d'art, en particulier de musique et de littérature, parlent allemand entre eux, et Elias grand père a tout fait pour contrarier la vocation de musicien de son fils, le faisant entrer de gré ou de force dans l'entreprise qu'il mène.
Elias a deux frères, Georg et Nissim, une cousine qui réside dans la même grande maison, Laurica, qui faillit l'ébouillanter, peut-être en réaction du fait qu'il l'a poursuivie un jour, hache piquée au tas de bois en mains, pour une histoire de cahier qu'elle refusait de lui montrer, ces deux évènements sont déterminants.

Il y a dans la petite enfance d'Elias Canetti un attachement viscéral à sa mère, des propos dithyrambiques envers son père, et un départ brusque pour Manchester, le père d'Elias s'étant fâché avec son grand père, se dernier finira par le maudire -chose terrible et extrêmement rare parmi les juifs Séfarades.

Peu de temps après l'installation de la famille à Manchester, où le père d'Elias est associé aux brillantes affaires d'un frère de Mathilde (il s'agit toujours de commerce, d'import-export), ce père meurt brusquement, âgé de 31 ans, laissant Mathilde veuve à 27 ans.

La suite de ce premier volume autobiographique se déroule d'abord en Suisse, vécu comme une étape avant Vienne, le retour à Vienne étant la grande perspective de Mathilde, laquelle est souffrante et se voit préconiser des soins, de préférence dans quelque sanatorium Suisse. D'abord Lausanne, puis Zürich, tout le corpus se déroule autour de la relation mère-fils aîné, peu ordinaire il est vrai, et de l'adaptation à la vie Suisse ainsi que de questions relatives à la scolarité, et au personnel de maison, puis -enfin- c'est Vienne, 1913-1916, période qui forme la troisième et dernière section de l'ouvrage.        

Vienne, mais via Zürich où Elias est scolarisé sans ses frères et loin de sa mère, ce sont aussi les premières manifestations d'antisémitisme au lycée, joliment narrées au demeurant, les camarades, les professeurs, et une admission dans un pensionnat tenu par quatre sœurs (ou presque sœurs) âgées, où Elias est le seul garçon.  
Sur le titre de l'ouvrage ("La langue sauvée"), on s'aperçoit qu'en effet Elias jongle déjà avec bonheur avec les langues, outre le Ladino, l'Anglais, le Français (peut-être un peu en-deçà sur cette langue-là, toutefois), l'Allemand - et le Latin... et aussi les lieux, les us, les cultures.
Truffé de personnages fort bien campés, ce volume d'entrée en matière est assez prenant:
On sent que Canetti éparpille des pièces de puzzle, tout en nous les donnant à voir chacune, et, une fois le mélange bien effectué, il devrait peu à peu nous donner à discerner quelque chose, mais quoi ?  

Goppenstein était encore plus inhospitalier, plus désert que je ne m'y attendais. On grimpa jusqu'au Löschendal par l'unique sentier qui relie la valée au monde extérieur. J'appris que ce sentier était encore plus étroit peu de temps auparavant; les bêtes chargées de leur faix ne pouvaient y progresser que l'une derrière l'autre. Il y avait moins de cent ans, les ours étaient encore nombreux dans le coin; à présent, on n'en rencontrait plus et c'était bien dommage. Je songeai avec regret aux ours disparus quand la vallée s'ouvrit brusquement devant nous; éclatante sous la lumière du soleil, elle s'étendait en penteascendante, se terminant par un glacier à hauteur des montagnes blanches qui se profilaient par derrière.
Il ne fallait pas beaucoup de temps pour rejoindre l'autre extrémité de la vallée.
De Ferden à Blatten, le chemin sinueux passait par quatre localités. Tout ici était différent, d'un autre âge.
Les femmes portaient un chapeau de paille noir. Et non seulement les demmes mais aussi les petites filles. Il y avait quelque chose de solennel, même dans l'allure des enfants de trois ou quatre ans, à croire que l'on était conscient ici, dès sa naissance, de la particularité de l'endroit où l'on vivait et, par suite, forcé pour ainsi dire de prouver aux intrus qu'on était différent, qu'on n'avait rien à voir avec eux.
Les enfants se pressaient contre les vieilles femmes au visage érodé sous le regard desquelles ils jouaient encore un instant auparavant.
La première phrase que j'entendis prononcer me parut provenir du fond des âges.
Un très petit garçon mais fort entreprenant s'était avancé vers nous; une vieille femme l'avait rappelé et les deux mots qu'elle lui lança pour le détourner de nous me parurent si beaux que je n'en crus pas mes oreilles: "Chom Buobilu ! - viens mon garçon", fit-elle.
Quelles voyelles étranges ! "Buebli" que j'avais l'habitude d'entendre pour "Büblein" devenait "Buobilu", sombre assemblage de u, o et i qui me fit penser aux poésies en vieux haut allemand que nous lisions en classe.
Je savais que le dialecte suisse était proche du moyen haut allemand; maintenant seulement, je découvrais qu'il y avait des patois encore plus anciens et qui sonnaient comme du vieux haut allemand.
La phrase de la vieille femme s'est d'autant mieux gravée dans ma mémoire qu'il ne me fut pas donné d'entendre autre chose de la journée. Les gens étaient muets et semblaient nous éviter.


\Mots-clés : #autobiographie #communautejuive #relationenfantparent #viequotidienne #voyage #xxesiecle
par Aventin
le Dim 4 Juil - 20:57
 
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Sujet: Elias Canetti
Réponses: 18
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Chiyo Uno

Ohan

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Le narrateur de ce bref récit, Kanô, vit entretenu par une geisha, Okayo, dans la maison de thé de celle-ci. Il a abandonné pour elle son épouse Ohan il y a sept ans, et il a un fils du même âge, Satoru, qu’il découvre comme il revoit sa femme. Cette dernière et l’enfant souffrent de la situation comme il projette de reformer leur famille, tout en ne parvenant pas à l’annoncer à Okayo.
Kanô, bourrelé de remords quant à sa faiblesse et les souffrances qu’il occasionne, nous parle tel que si nous étions des connaissances du voisinage, jusqu’au drame.
« Ce temps aussi bref que la journée d’un éphémère, ce temps vécu par moi comme dans un rêve, resurgit à présent dans tout son éclat devant mes yeux. »

Cette histoire simple, presque simpliste, m’a pourtant ému. En tout cas une saisissante incarnation de l’irrésolution, de l’irresponsabilité et de leurs conséquences.
L’auteure est louée pour ses personnages de l’autre sexe, mais je me demande si elle ne se projetait pas dans ces figures masculines.

\Mots-clés : #culpabilité #relationdecouple #relationenfantparent
par Tristram
le Dim 9 Mai - 22:23
 
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Sujet: Chiyo Uno
Réponses: 5
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Pierre Bergounioux

Miette

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Le narrateur, sculpteur en « ferrailles » comme l’auteur, a repris la propriété d’une famille paysanne du plateau limousin (quasiment de nos jours), qu’il nous présente au travers de ses membres, Baptiste l’opiniâtre, massif et impétueux maître-esclave de la terre, négociant voyageur et paysan planteur d’arbres, sa femme Jeanne, la douce institutrice sans dot « que la possession ne possédait pas » et que sa belle-famille déteste, les trois autres membres de la fratrie, Adrien le benjamin, Octavie la chipie à « l’air d’ajonc » et Lucie, enfin Miette (diminutif de Marie) la parcimonieuse, la mère si présente bien qu’il l’eut à peine croisée.
Au travers des photos de famille et des suppositions avouées par le « je » qui narre, mais aussi ses rencontres avec les survivants, se reconstitue le destin de chacun, « jouet de la nécessité sans faille du temps immobile et des lieux clos. »
Ce que Pierre Bergounioux relate, ce sont les règles de la vie dans cette région âpre, où le granit semble être aussi trait de caractère : l’abnégation, la dureté, le silence impassible et la maîtrise de soi des individus régis par la primogéniture et le statut de bru (autrement dit d’origine "allogène" dans un mariage de raison), dans le cadre traditionnel de l’usage.
Bergounioux développe une dialectique « du non et du oui », de l’acceptation et du refus de son sort désigné.
Il revient fréquemment sur « les choses, de la terre d’abord et ensuite des outils pour la travailler », « les choses, la maison, les terres », celles que Baptiste s’est fait devoir de perpétuer, celles qui brisèrent Octavie promise à une carrière de mathématicienne en Amérique :
« Elle avait bûché avec l’énergie qui apparentait l’effort, la peine, le vouloir à des propriétés matérielles, ce qu’à la limite ils étaient en un lieu qui ne souffrait la présence humaine qu’asservie à son despotique vouloir. »

« Ce que je veux dire, c’est que dans le même temps qu’elle se faisait l’interprète du temps d’avant, des choses éternelles, elle devinait la suite, c’est-à-dire la fin des temps, si le temps n’existe pas en soi mais toujours en un lieu qu’il baigne, et que ce lieu allait sortir du temps ou le temps – c’est tout un – le déserter. »

De l’importance d’être « gens du haut » :
« Ça paraît compliqué alors que c’est très simple, d’une évidence tangible : c’est l’endroit. Dès lors qu’on s’établissait à demeure au-dessus du grand pré, face à la chaîne des puys, à sept cents mètres d’altitude, avec le granit sous les pieds, la brande et les bois autour et le silence posé là-dessus comme une chape, on avait tout le reste, l’inflexible volonté qu’ils dictaient aux hommes, l’oppression que, par leur truchement, ils exerçaient sur les femmes, le calcul d’utilités infimes, le non, le oui, le désespoir, l’inutile fidélité. »

On apprend qu’on enrésinait déjà en Douglas dans cette région dès les années 10 ; Baptiste aurait planté un million de résineux, prévoyant, ayant compris qu’au bout de « trois mille ans » leur mode d’existence devait changer.
« Mais quoiqu’on ait fait en prévision de l’éternité d’absence où l’on va entrer, comment ne pas s’attrister, secrètement, de la venue du temps où l’on sera sorti du temps. »

Le narrateur, venu de la plaine, explicite son approche de ces « trois millénaires » incarnés :
« J’ai vu ce qui, de prime abord, avait été pour moi un mystère et le resta longtemps, la filiation profonde, l’identité secrète entre cet homme [Baptiste] né de la terre, pareil à elle, à la lande, aux bois et la grâce farouche, singulière, des filles qu’il avait engendrées après que, femmes, elles l’eurent porté.
Ce qui serait bien, c’est que nos jours, d’eux-mêmes, se rangent derrière nous, s’assagissent, s’estompent ainsi qu’un paysage traversé. On serait à l’heure toujours neuve qu’il est. On vivrait indéfiniment. Mais ce n’est pas pour ça que nous sommes faits. La preuve, c’est que l’avancée se complique des heures, des jours en nombre croissant qui nous restent présents, pesants, mémorables à proportion de ce qu’ils nous ont enlevé. Ils doivent finir, j’imagine, par nous accaparer. Quand cela se produit, qu’on est devenu tout entier du passé, notre terme est venu. On va s’en aller. »

Le récit s’achève comme cette génération disparaît.
Il m’a semblé que les circonlocutions de la langue châtiée de Bergounioux le distanciaient un peu de ses considérations sur la parentèle, en contrepoint de ce témoignage à la valeur ethnographique sans en avoir le ton.
Je ne suis pas le seul à avoir pointé cette curieuse convergence thématique contemporaine que certaines œuvres de Bergounioux partagent avec d’autres de Michon, Millet, Marie-Hélène Lafon, Jourde, qui gravite autour des petites gens dans un proche passé du centre de la France – notre centre de gravité national ?
Sinon, Quasimodo, tu peux te lancer sans crainte dans ce livre : m’étonnerait qu’il te déçoive !

\Mots-clés : #famille #fratrie #lieu #relationdecouple #relationenfantparent #ruralité #temoignage #traditions #xxesiecle
par Tristram
le Lun 26 Avr - 12:45
 
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Sujet: Pierre Bergounioux
Réponses: 36
Vues: 2585

Leila Slimani

Oh je vous trouve durs avec L.Slimani...certes, elle n'a pas un style "famboyant" comme d'autres, mais j'aime beaucoup sa simplicité, justement, qui est quand même au service de sujets graves, cf Chanson douce...

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Je viens de finir Le parfum des fleurs la nuit, que j'ai trouvé très beau : ce n'est pas un roman, ni vraiment un essai, mais un ouvrage qui part d'une proposition qui lui a été faite : passer la nuit dans un musée d'art contemporain à Venise, au milieu des oeuvres, et donner ses impressions. C'est bien sûr un moyen pour elle de parler de sa propre vie, ses expériences, son rapport aux origines...autant de thèmes qui, bien sûr, entrent en résonance avec les oeuvres qu'elle voit. Le livre contient de nombreuses références littéraire et un bel hommage à son père et à ses relations compliquées avec lui.
Je recommande I love you


\Mots-clés : #creationartistique #relationenfantparent
par Fantaisie héroïque
le Mar 23 Fév - 13:56
 
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Sujet: Leila Slimani
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Colum McCann

Le Chant du coyote

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Conor, 23 ans, parti depuis cinq années bourlinguer en Amérique sur les traces de ses parents (son père a rencontré sa mère au Mexique), est revenu de passage pour une semaine chez « le vieux », en Irlande ; il est toujours à la recherche de Mam, disparue alors qu’il avait 12 ans. Nostalgique de son pays, elle en était aussi venue à souffrir de la passion de son mari pour la photographie.
Le roman retrace ces difficiles retrouvailles sur sept jours, aussi occasion d’évoquer leurs destinées, qui passent par le voyage-errance de la guerre d’Espagne à une tour de surveillance des incendies dans le Wyoming et au San Francisco de la beat generation (avec le personnage de Cici, leur amie).
C’est également une sorte de nature writing vu par un Irlandais (mais beaucoup d’États-Uniens sont d’origine irlandaise), et surtout après les grands auteurs qui ont écrit à propos d’une wilderness intacte, avec laquelle on pouvait encore communier : la pêche à la mouche dans une rivière polluée est devenue caricaturale (elle m’a ramentu la rivière-égout où vit et pêche le Suttree de Cormac McCarthy).
« C’était la loi de la rivière, me disait-il. Elle était vouée à tout emporter sur son passage. »

« Si tu veux être heureux une heure, enivre-toi ; si tu veux être heureux une journée, tue un cochon ; si tu veux être heureux une semaine, marie-toi ; si tu veux être heureux toute une vie, va pêcher. »

« Son corps est une effigie qu’il trimbale partout et sa carcasse efflanquée lui sert de hampe. »

« Les gares routières sont parmi les endroits les plus tristes d’Amérique. Tout le monde cherche une sortie, on passe furtivement, on recherche des enfants perdus dans la foule, on reste les yeux rivés dans le vague, on attend de la vie un changement. »


\Mots-clés : #relationdecouple #relationenfantparent #voyage
par Tristram
le Ven 22 Jan - 14:31
 
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Sujet: Colum McCann
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Herman Joachim Bang

Maison blanche

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Originale : Det hvide hus (Danois, 1898)

Description de produit a écrit:Avec Maison blanche (1898) et Maison grise (1901), souvent parus ensemble, Herman Bang se tourne vers la pureté de l'enfance, et se livre à une sorte de "Recherche du temps perdu" intimiste et sensible, rythmée par le miracle des saisons, dominée par la figure d'une mère lumineuse bien-aimée et de personnages attachées déjà croisés dans Tine, roman admirable où il saisit la vie dans ses aspects les plus fugitifs et les plus significatifs.


Je m’arrête dans un premier temps à ce premier volet, même si certains soulignent à quel point il est en dialogue avec le deuxième. Donc souvenirs de l’auteur, fils de pasteur, à sa maison d’enfance, d’une certaine aisance (avec pas mal de domestiques), mais surtout à sa mère ! C’est elle qui domine entièrement ces pages. Pour l’enfant, un enfant, cette mère enjouée,  rieuse, généreuse, entreprenante à son temps, légère, prête à organiser des fêts (surtout Noël), voir libre, a du fasciner : on voit littéralement la troupe d’enfant (combien?) sautant autour d’elle. Attendant qu’elle raconte ou lit des histoires ou invente des jeux... Néanmoins elle n’a pas seulement une tendance à être parfois bavarde, superstitieuse, attachée avec fatigue à son lit, voir facilement angoissée, elle est aussi souvent triste, menacée par une peur quasi existentielle : c’est l’amour et la mort, omniprésents. Pressent-elle une fin proche, comme l’auteur l’avait vécue avec sa propre mère ? De ce coté-là on trouve des versets d’une profonde tristesse. Ainsi cette femme réunit des tendances seulement apparemment contradictoire : la coexistence d’une joie, toujours éphémère (elle dira qu’elle ne peut pas être heureuse plus qu’une heure à la suite) et une nostalgie d’un amour, jamais atteint, d’une mort, fin mot de tout… Et cela dans un pressentiment d’un vide, d’un ras-le-bol.
Donc, il faudrait prendre la description du résumé d’une figure « lumineuse » avec des gants. Derrière tout cela il y a le mal de vivre. Mais quel art de ce Herman Bang de dresser un portrait, et un hommage, de cette mère plus complexe que cela paraît !

J'ai bien aimé...


Mots-clés : #autobiographie #relationenfantparent
par tom léo
le Sam 16 Jan - 9:57
 
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Sujet: Herman Joachim Bang
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Paule du Bouchet

Emportée

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Parution augmentée mars 2020 (1ère édition Actes Sud 2011), édition des femmes - Antoinette Fouque, 120 pages environ, suivies de 80 pages environ de correspondances entre Tina Jolas et Carmen Meyer.


Cet Emportée est poignant, en ce sens que Paule du Bouchet nous fait toucher du doigt, sans fard ni emphase, toute la souffrance et la détresse de la vie des du Bouchet, en premier lieu la sienne.
Résumons:
Août 1949, André du Bouchet et Tina Jolas s'épousent, fraîchement débarqués de New-York.
Naissent Paule et 1951 et Gilles en 1954.
En 1956, c'est le début pour Tina Jolas-du Bouchet d'une liaison passionnée avec René Char, ami d'André du Bouchet.
Tout en devenant une ethnologue relativement en vue, Tina Jolas est aux côtés de René Char, un appui sans faille, pas vraiment un rôle de muse, René Char finira pourtant, octogénaire, à un an de son décès, par en épouser une autre, Marie-Claude Le Gouz de Saint-Seine, éditrice, aujourd'hui Mme veuve Char.

Tina Jolas survivra à Char une dizaine d'années à Faucon (Vaucluse) avant de s'éteindre en septembre 1999, soit un peu moins de deux ans avant le décès d'André du Bouchet.        

Paule du Bouchet a énormément souffert. André du Bouchet aussi, pour Gilles du Bouchet on ne sait pas: peut-être dans un prochain opus de sa sœur (ce serait le continuum des deux que je commente sur ce fil), à moins, bien sûr, que l'intéressé...

J'ai toujours su qu'il faudrait la mort. Enfant, je pensais que celle de Char me rendrait ma mère. Il y avait dans leur amour quelque chose d'irrémédiable comme la mort. [...] Petite fille, j'ai souhaité ardemment, de façon constante, qu'il disparaisse, prié tous les dieux du ciel et de la terre, fabriqué et piqué d'aiguilles des poupées de chiffon pour qu'il meure. "Mon Dieu, faites qu'il meure". Il ne mourait pas, et il était le Dieu de ma mère.


Ma mère a été l'incarnation de ma détresse et l'incarnation de la lumière.


Un jour, mon père m'a rapporté une formule qui lui était venue autrefois, au temps de la grande souffrance. Une pensée avait surgi, qui l'avait frappé et soulagé, comme l'évidence, parfois, a ce pouvoir de cautériser. Énoncée ainsi: "la souffrance n'est pas un argument". Surtout, il m'avait dit cela, à moi. Sur le moment, je n'ai pas compris. Je l('ai entendu alors, mais compris des années plus tard. Ma souffrance, je l'ai certainement utilisée comme un "argument", un levier qui a justifié tous mes errements, tout le poids que j'ai fait peser à ceux qui m'aimaient, elle en particulier, ma mère.   


(avec sa mère, les avant-bras tailladés après une tentative de suicide)
- Tu aurais préféré que je meure plutôt que de t'appeler quand tu es chez lui.
- oui.


Reste la fin, très belle, poétique, je me retiens -parce que c'est la fin- de reproduire ici un extrait, j'ai vraiment été étonné de trouver ça là, et l'ai beaucoup apprécié.

Les missives de la correspondance Tina Jolas -Carmen Meyer viennent faire contrepoint. Tina Jolas nous échappe, d'ailleurs, n'a-t-elle pas échappé à tous, sauf à René Char ? Mais, l'espèce de vivacité solaire de sa plume, sa liberté, son ton - du moins avec son amie, cela illustre un caractère, une personnalité hors normes.

Et puis je vais peut-être redonner une chance aux écrits de René Char - à commencer par ceux que Tina Jolas indique, qui n'étaient pas ceux sur lesquels mes tentatives avant permis personnel d'inhumer m'avaient conduit...  





Mots-clés : #famille #portrait #relationdecouple #relationenfantparent #temoignage
par Aventin
le Mar 5 Jan - 20:45
 
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Sujet: Paule du Bouchet
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Irène Nemirovsky

Jézabel

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Une femme, la soixantaine, assez belle, est accusée du meurtre d’un jeune étudiant Bernard Martin âgé d’une vingtaine d’années.
Au tribunal les témoins se succèdent alors que la femme se délite, ne fait aucun effort pour qu’on comprenne le pourquoi de son geste ; un jeune amant ?
Au déroulé de la vie de l’accusée Gladys Eysenach, riche, un amant italien, le Comte de Monti, se dessine le portrait d’une jeune fille et d’une femme qui a été aimée et admirée par les hommes et jalousée par les femmes.
Une femme qui n’a jamais pu vivre sans être aimée, sans vouloir être aimée. Même quand elle est devenue mère, sa fille l’a plus aimée que ce qu’elle l’a aimée.
A l’aube de la quarantaine, encore très belle, encore jeune, Gladys refuse de reconnaître l’âge de sa fille, 19 ans, car l’accepter ce serait devenir la mère d’une jeune femme alors qu’elle se voit comme la mère d’une enfant. Aussi quand sa fille Marie-Thérèse tombe enceinte et après que Gladys est rejeté au préalable le mariage avec le jeune Olivier (lequel mourra à la guerre) Gladys cache l’état de sa fille qui meurt en accouchant et rejette l’enfant ; elle le confie à sa domestique.

Gladys continue sa vie au même rythme, dans le même cercle de gens riches, et ne  veut qu’être aimée. Mais le temps ne s’arrête pas et la trahie ; elle peut rire, danser à s’épuiser elle a soixante ans et son amant la trompe avec une femme plus jeune.

Dans ce même temps Gladys est interpellée par un jeune étudiant Bernard Martin et si dans un premier temps elle pense que c’est parce qu’il est séduit, le jeune homme l’a détrompe vite en se dévoilant : c’est son petit-fils, l’enfant qu’elle a rejeté. Que veut-il se demande Gladys ? de l’argent bien sur, mais encore ?
Il veut être reconnu comme son petit-fils. Refus immédiat de Gladys, ce serait reconnaître son âge vis-à-vis des autres et surtout de son amant, reconnaître qu’elle est une vieille femme, une grand-mère et ça lui est impossible, mourir est préférable.
Seul, déprimé, ivre, le jeune homme se rend chez Gladys, » Jézabel comme il la nomme » qui devant son insistance et les vérités qu’il lui jette à la figure, la recommandation qu’il réclame pour obtenir un travail (c-à-d reconnaître que le jeune homme est son petit-fils, donc qu’elle est vieille) ne se contrôle plus et le tue.

« Je vous ai assez attendue. J’ai assez souffert. C’est votre tour. Mais, peut-être attendez-vous quelqu’un ?… Eh bien, qu’imaginer de plus drôle que cette rencontre ?… Quoi de plus délicieux ? Quoi de plus imprévu ? Quoi de plus comique ? Quoi ? répéta-t-il avec rage : « La porte s’ouvrit et l’amant entra. Madame ! Quel est ce jeune homme ? Votre amant, sans doute ?… Non, pas son amant, son petit-fils !… » Oh ! la délicieuse minute… Votre figure… Mais regardez-vous dans la glace !… Ah ! vous avez bien l’air d’une grand-mère maintenant !… Vous ne pourriez pas songer à cacher votre âge ! Regardez, regardez, dit-il en lui mettant de force un miroir sous les yeux : regardez ces poches sous vos yeux qui paraissent sous le fard !… Vieille !… Vieille, vieille femme, répéta-t-il hors de lui : comme je vous déteste. »

***

Une excellente lecture, avec quelle justesse, quelle sourde violence, l’auteure lève le masque de Gladys cette femme autant belle qu’ égoïste, frivole, qui n’aime qu’une personne : elle-même.  Ce n’est pas aimer qu’elle veut, c’est être aimée.

Je comprends Simla que tu l' apprécies autant.

Autres Extraits

« Elle souffrait d’une douleur jamais éprouvée. Mais elle ne s’y trompait pas. Elle savait bien que ce n’était pas de l’amour… Elle n’avait jamais ressenti autre chose que la soif dévorante d’être aimée, la paix délicieuse de l’orgueil satisfait. »

« — Je ne suis plus une femme ! songea-t-elle : je ne suis plus que la mère de Marie-Thérèse… Moi, moi… Ah ! je le sais bien, c’est le sort commun. Mais mourir aussi est le sort commun, et qui envisage la mort sans terreur ? J’aime Marie-Thérèse, certes, de tout mon cœur, je désire son bonheur, mais moi, moi, qui aura pitié de moi ?… Sans doute, je me crois encore jeune et belle, mais je suis déjà vieille, aux yeux des autres, une vieille femme dont on va rire bientôt, dont on dit : « Elle a été belle, elle a été aimée »… Et ce petit…
Elle eût tant aimé lui plaire. Non pour le prendre à sa fille… La seule pensée que Marie-Thérèse pût connaître son désir la remplissait de honte, mais pour se relever à ses propres yeux, pour étouffer dans son cœur ce cruel sentiment d’humiliation et de déchéance, cette souffrance d’orgueil blessé… Elle eût tant aimé lui inspirer, ne fut-ce qu’un instant, du désir… »

à son amant :

« Elle ne répondit pas. Le mariage… Sa date de naissance… Il avait trente-cinq ans, et elle… Elle ne put même pas prononcer mentalement le chiffre exact. Une honte folle, douloureuse, l’envahissait. Non, jamais, jamais !… S’il l’épousait, malgré cela, comment se défendre de la pensée qu’il ne voulait que l’argent, qu’il la quitterait un jour, non pas demain peut-être, ni dans un an, mais dix ans encore passeraient… Cela passait si vite… Et alors… Il serait jeune alors, et elle… « Car enfin, c’est un sursis que Dieu m’accorde, c’est un miracle, songea-t-elle désespérément. Un jour de maladie, la fièvre, la fatigue, et je me réveillerai vieille, vieille, vieille… Et il le saura… »

Confrontation mère/fille :
«  Ce n’est pas vrai, dit Gladys, je t’ai toujours aimée…
— Oui, quand j’étais une enfant, un prétexte à de belles attitudes, dit Marie-Thérèse avec amertume : vous me preniez sur vos genoux et vous vous faisiez admirer… Et moi, sotte que j’étais, je vous aimais tant, je vous admirais tant, je vous trouvais si belle !… Je vous parlais, moi, votre fille, comme à une enfant, comme à mon enfant… Je vous déteste maintenant, je déteste vos cheveux blonds, votre visage qui paraît plus jeune que le mien… Quel droit avez-vous d’être belle, heureuse et aimée, tandis que moi ?…
— Ce n’est pas ma faute…
— Si, cria Marie-Thérèse, c’était à moi qu’il fallait penser, à moi seule, comme moi je ne pense qu’à lui, dit-elle en entourant son corps de ses faibles bras : laissez-moi ! Partez, allez-vous-en ! »

« C’est moi que tu veux faire souffrir ?… Quand j’entendrai le mot « grand-mère » sortir de ses lèvres, à moi, à moi, je crois que je me tuerai, dit-elle à voix basse. Je souffre !… Tu ne peux pas comprendre cela… Tu me crois un monstre… Mais c’est moi qui ai raison, moi, moi, parce que je vois la vie comme elle est, si courte, si triste sans amour, sans le désir des hommes, et cette longue et horrible vieillesse !… »



Mots-clés : #criminalite #relationenfantparent #vieillesse
par Bédoulène
le Jeu 17 Déc - 16:26
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
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Carl Aderhold

Rouge

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Avec comme sous-titre roman, Carl Aderhold raconte comment à la mort de son père, la cinquantaine venue, la colère a fait remonter un mal-être qui l’a mené à une hospitalisation en psychiatrie. Celle-ci lui permet, enfin, de parler de son enfance à ses enfants. Il raconte sans tendresse son père communiste primaire, violent, alcoolique, qu’il situe dans une malédiction des hommes Aderhold, de génération en génération.

L’intérêt de la description de cet homme qui ne respire que par le Parti, préfère les dates anniversaires de Marx à celles de ses enfants, est noyée dans les excès de violence d’un père immature et égocentrique. Assez répétitif, parfois drôle, pas toujours très clair…


Mots-clés : #addiction #famille #relationenfantparent
par topocl
le Sam 14 Nov - 10:47
 
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Sujet: Carl Aderhold
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Paule du Bouchet

Debout sur le ciel

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Récit, 2018, 110 pages environ.


Alors évidemment, j'en conviens, il faut se mettre un peu à ma place:
Quand l'on a vent que la fille d'André du Bouchet a fait paraître un ouvrage dont le sujet principal est l'évocation de son enfance avec son père, et que le père en question est, ni plus ni moins, parmi vos poètes préférés -allez, même votre poète préféré- votre petit cœur, déjà si sensible, est tout prêt à fondre lorsque, rendu à la maison, la première page s'ouvre.  

Belle maîtrise d'écriture, au demeurant, que les premiers chapitres: À consulter sa biblio, on se doute que Paule du Bouchet sait parler à l'enfance, oui, mais de l'enfance, la sienne de surcroît, c'est autre chose, en rendant compte comme elle essaie de le dire, tournant autour de la formule, autre chose d'assez périlleux même, non ?

Ai-je extrapolé ?
Il me semble aussi avoir ressenti la musicienne dans ses propositions de phrase - de phrasé -, sa recherche d'harmonie dans les brèves et les longues - dans le style, disons.    
Et puis on en apprend -sans voyeurisme, sur l'homme André du Bouchet, le poète qui écrivait debout, "sur le ciel" si l'on veut.

La simplicité, la pauvreté sans doute, mais pas la dèche, plutôt une façon démunie avec de la joie, des bons moments, de l'attention.
Une lumineuse complicité passe dans ces pages: André du Bouchet, père aimant et père aimé.  

Chapitre Nourritures a écrit:Ce fut la grande vie de mon père. Pris dans l'étau d'un quotidien où tout se précipitait comme à contretemps, le désespoir d'une séparation, l'impératif des jours avec deux jeunes enfants, le travail difficile - il y eut pourtant, au cœur de tout cela, le miracle d'une éducation sauvage et raffinée dont nous fûmes les bénéficiaires insouciants.
 Il avait trente-deux ans. La vie le fuyait d'un coup, l'écrit se prenait en glace, petite fille, je guettais un œil qui parfois s'emplissait de larmes, devinais, au matin, l'impossible du jour qui commençait. Pourtant, il était là, avec la vie matérielle pour adversaire et pour alliée. Il le fallait parce que nous étions là, et que nous étions part de sa présence au monde. Admirable, ce père le fut. À ce point précis de son existence, attelé à cette vie solitaire avec ses enfants.

Comme dit Paule, mais à propos d'elle-même, bien plus loin dans le récit:
pleurer longtemps solitaire mène à quelque chose

Quelques constructions curieuses, comme la troisième phrase ci-dessous (le scond paragraphe):
Chapitre Eaux a écrit:
Cette eau rare et profonde, mon père en tire deux seaux chaque jour. L'un pour boire, l'autre pour laver. Elle nécessite des gestes précis, comme puiser avec un gobelet dans le seau de l'eau à boire, ou cueillir avec le creux de la main dans l'autre seau de quoi rafraîchir le visage ou rincer un bol.

 Suivant son usage, on jette cette eau parcimonieuse tout près de la maison - l'eau presque propre du débarbouillage du matin, l'eau où les poissons ont été lavés ou celle des légumes terreux, avec lesquelles on donne à boire aux hortensias-, ou plus loin sur la lande - l'eau grasse de la vaisselle ou l'eau savonneuse du linge. Même si nous ne sommes que trois, il faut laver le linge chaque semaine, mettre les vêtements très sales à tremper dans un baquet, changer cette eau de trempage quand le beau temps tarde, puis frotter dehors dès que le soleil est là, rincer plusieurs fois à l'eau claire du puits, mette à sécher sur les buissons en arrimant le petit linge à cause du vent qui souffle en continu.

 Le soir, nous descndons jusqu'au fond du vallon. De hautes fougères bordent un lavoir abandonné traversé par une source bruissante. Cette fougère que nous cueillons rituellement, c'est "maman". Nous la choissons avec soin, grande et souple, de manière à ce qu'une fois fixée au-dessus de mon lit, elle ploie sur mon sommeil. Au matin, un léger pollen orange poudre mon visage. Papa m'assure que c'est elle. Il dit aussi que la poussière bleutée qui recouvre les quetsches reproduit le même phénomène que le bleu du ciel sur le noir de la nuit éternelle. LA nuit est poudrée de bleu et la dent qui mord la qutsche noire ouvre sur une chait verte. Je ne comprends pas l'image, je cherche la nuit dans la prune.




Les chapitres finaux, en dépit de quelques éclairs, sont en-deçà, du moins à mon goût - mais j'ai assez apprécié quelques instants d'écriture - et l'ensemble jusqu'à un large trois-quart - pour avoir envie de me plonger dans Emportée, un de ces jours.


Si vous avez le temps:
France Cult. "par les temps qui courent"

\Mots-clés : #enfance #famille #relationenfantparent #viequotidienne #xxesiecle
par Aventin
le Ven 6 Nov - 20:56
 
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Sujet: Paule du Bouchet
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Francesca Melandri

Eva dort

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Tout au long des 1397km qui l’amènent au chevet de l’homme mourant qui aurait pu être son père si la vie était plus aimable,  et qu’elle n’a pas vu depuis 30 ans, Eva se remémore les évènements qui l’ont construite, imbriquant l’histoire familiale (d’une mère célibataire) et collective (le Tyrol du Sud, population allemande que Mussolini a voulu italianiser, qui a revendiqué son indépendance au fil des décennies, y compris par des actes terroristes).

On voyage donc très habilement entre temps et espace, récit personnel et destin d’un peuple. Le sort de ces Allemands du Nord de l’Italie est resté longtemps méconnu, y compris là-bas , et Francesca Melandri nous apprend  beaucoup de choses, sous une forme romanesque élaborée parfaitement maîtrisée, à travers des personnages complexes et attachants.


Mots-clés : #conditionfeminine #famille #historique #relationenfantparent
par topocl
le Mer 14 Oct - 11:16
 
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Sujet: Francesca Melandri
Réponses: 14
Vues: 498

Hélène Bessette

Lili pleure

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Originale: Français, 1953

CONTENU :
extrait de la 4ème de couverture a écrit:Sa mère tyrannique empêche Lili d’épouser l’homme qu’elle aime ; de dépit, elle en épouse un autre, qui est déporté à la guerre puis revient alors que Lili est cette fois amoureuse d’un berger de 13 ans son cadet. Abandonnée par son mari, délaissée par le berger, Lili se retrouve seule avec sa mère, plus insupportable que jamais.


REMARQUES :
C’est alors certes une suite de mauvaises d’histoires d’amour si on suit juste le résumé. Mais à coté de ses amants, voir le mari, il y a surtout cette mère omniprésente et -puissante qui ne peut laisser s’en aller en paix sa fille ! Elle se glisse entre la vie et Lili, empêche, intervient, et malgré le fait que le lecteur (et Lili?) s’énerve, elle continue aussi pour Lili de prendre toujours et à nouveau la première place, même si brièvement elle semble parfois vouloir resister. Mais… Lili pleure. Pas juste le titre du livre ! Et de la romance devient un drame.

Mais même cela n’est pas tout : Il y a surtout la manière ! Cette langue incroyable, maniée par Hélène Bessette, puissante, expressive, rythmée. Oui : poètique ! Et c’st pour cela qu’on la nommera inventrice du « roman poètique ». Dans la nouvelle édition cela se voit aussi dans la typographie : parfois des lignes d’une, deux mots, parfois rimés. Des énumérations, des variations sur un thème. L’auteure utilise presque uniquemment le dialogue ou le monologue intérieure. On a l’impression aussi que cela se prêterait éventuellement à une adaptation au théâtre ?!

C’est un style vraiment puissant et original, avec – dans son temps certainement aussi une vue moderne et critique sur la place de la femme, étouffée dans un cocon du vouloir maternelle, qui finalement se révêle nocive à l’infini. Mélo ? Oui, mais grâce à la langue, à la manière d’écrire beaucoup plus !

Une vraie découverte ! Convaincante !

Mots-clés : #amour #famille #jeunesse #relationenfantparent
par tom léo
le Mer 7 Oct - 18:16
 
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Sujet: Hélène Bessette
Réponses: 7
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Pete Fromm

Comment tout a commencé

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(En complément au commentaire de Topocl).
Comment une telle mésentente peut-elle s’installer entre enfants et parents ? La pratique compulsionnelle du base-ball explique-t-elle tout ? les
États-Uniens sont-ils tous fous ? Imagine-t-on nos grands prosateurs français (Houellebecq, Jourde, Carrère) nous faire tartir avec du foot, ou de la pétanque ?

Bien sûr Abilène est malade, bipolaire, maniaco-dépressive ; mais c’est (aussi, surtout) la jeunesse, goût du risque et de la destruction, rêve, révolte, conviction, véhémence, excès, qui nous est présentée, comme amplifiée par son trouble, son influence sur son petit frère, Austin.
« Ça fait partie du jeu. »

« ‒ Tu as passé ta vie entière à essayer de me ressembler, Austin. Et maintenant je prends des pilules pour être quelqu’un d’autre. »

Une description étonnante de justesse du conflit générationnel des enfants avec les parents, heureux, satisfaits ‒ minables.
« Ils veulent que je leur ressemble davantage. (Elle gardait les yeux fixés sur le ciel vide.) Qu’est-ce qu’il pourrait y avoir de pire ? »

« ‒ Tu as travaillé si dur, uniquement pour que je puisse rester à la maison et regarder les enfants devenir fous. »

Une belle histoire d’amour !

Mots-clés : #fratrie #jeunesse #pathologie #relationenfantparent #sports
par Tristram
le Ven 2 Oct - 21:56
 
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Sujet: Pete Fromm
Réponses: 57
Vues: 3243

Kenzaburō ŌE

Une affaire personnelle

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À mesure que Bird s’enfonce dans sa médiocrité, voire sa noirceur, on se demande comment le juger. Il inspire une sorte d’antipathie mêlée de pitié : il ne se justifie pas, mais avoue sans détour ni hypocrisie toutes les idées et résolutions qui l’ont traversé après avoir donné naissance à un enfant handicapé, « un enfant monstrueux » selon ses propres termes. Rien n’épargne Bird et encore moins lui-même, le roman est en fait habité par la honte et le dégoût de soi-même. Rien ne justifie ce personnage, mais quelques indices permettent d’expliquer son attitude, et surtout de voir que son environnement extérieur ne l’a jamais soutenu. Ce sont des rires embarrassés ou des menaces, Kenzaburô Ôé insiste à plusieurs reprise sur la description des faciès.

Il ne s’agit pas de trouver des excuses à Bird, loin s’en faut, mais de voir comment s’est déclenché ce glissement dans le désespoir et la lâcheté. Ce n’est pourtant pas un roman rigoureux en matière de psychologie (et d’ailleurs les personnages sont un petit peu caricaturaux) mais Kenzaburô Ôé joue la carte d’une sincérité absolue et va plus loin que son personnage en parlant de la responsabilité de l’individu dans une situation difficile, des dangereuses demi-mesures qu’il est amené à prendre. J’aurais voulu toutefois que l’auteur bouscule un peu plus en posant davantage de question, mais Ôé se contente de décrire un environnement moral, le déclinant en quelques simples phases narratives.

Mots-clés : #handicap #relationenfantparent
par Dreep
le Ven 14 Aoû - 10:26
 
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Sujet: Kenzaburō ŌE
Réponses: 9
Vues: 1513

Samanta Schweblin

Toxique

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Distancia de rescate, le titre original, fait référence à cette « distance de secours » maintenue par une mère avec son enfant, comme un lien élastique entr’eux, constamment gardé à l’esprit par Amanda.
Celle-ci passe des vacances avec sa fille Nina dans un village de la campagne argentine, où elles ont fait la connaissance de Carla et son fils David. Ce dernier est atteint d’une mystérieuse maladie, qu’en l’absence de médecin la guérisseuse locale aurait sauvé en permutant son âme avec celle d’un autre enfant.
L’origine du mal qui frappe nombre d’enfants du village est un « poison » "toxique", vraisemblablement une contamination (épandage de produits chimiques ?)
Ce bref roman consiste en la relation des évènements par Amanta, à la demande de David qui recherche un point particulier de l’histoire pour « comprendre ce qui est important et ce qui ne l’est pas ».
La tension est maintenue à son comble comme Amanta, condamnée à mourir, s’inquiète pour Nina dans une étrange atmosphère de menace, voire de conspiration.

Mots-clés : #fantastique #relationenfantparent
par Tristram
le Ven 19 Juin - 21:14
 
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Sujet: Samanta Schweblin
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