Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Ven 24 Sep - 7:32

90 résultats trouvés pour relationenfantparent

Thomas McGuane

Rien que du ciel bleu

Tag relationenfantparent sur Des Choses à lire Rien_q10

Frank Copenhaver est quitté par sa femme Gracie. Ancien hippie, comme ses amis de l’époque il est devenu un homme d’affaires qui a réussi (comme son père…). Le roman narre les conséquences de cette séparation : sa lente dégringolade, ses (tentatives de) reprises en main et « renouvellement de ses valeurs fondamentales ».
« Peu désireux de façonner le monde, il préférait la quête de la chatte et des états modifiés de la conscience, car c’était un digne membre d’une génération désœuvrée, vouée à la fuite des responsabilités et à la fornication inconséquente, vouée à l’idéal du Rapport Humain Complet et aux chaussures tout-terrain qui ne mentent pas à vos pieds. »

Quelques rencontres féminines et aventures sexuelles douteuses...
« Et puis je vais te dire une bonne chose : dans ton cas, l’absence ne nourrit pas l’amour. Dès qu’une femme s’éloigne de toi, même pour un temps très bref, cette femme se pose une excellente question : mais comment, comment ai-je pu faire une bêtise pareille ? »

« Elle remonta sa robe au-dessus de ses hanches et pointa le doigt vers le triangle en soie blanche de sa culotte. Ça aussi, c’est fini ! s’écria-t-elle avant de sortir en claquant la porte. »

… une cascade d’hilarantes péripéties, et une certaine animadversion réciproque des cow-boys :
« Je me demande si leur mère leur attache des poids au coin de la bouche, dit Phil. Tu sais, comme font les Watusis à leurs oreilles et à leurs lèvres. Je parie que c’est le cas : la maman rancher accroche des poids à la commissure des lèvres du bébé. Ensuite, le petit gamin porte un petit chapeau de cow-boy, des petites bottes avec des petits éperons, et des poids au coin de la bouche. Ensuite, on offre un petit lasso au petit merdaillon et on colle une paire de cornes sur une botte de foin. Le plus souvent, ce petit merdeux s’appelle Boyd ; dix ou vingt ans plus tard, Boyd se bourre la gueule, il tabasse les vaches à coups de fouet, sa copine à coups de poing, et il fume ses clopes devant la téloche. »

Son malaise existentiel, l’absence de sens de sa vie absurde, est généralement rendu par petites touches indirectes.
« Il comprit soudain que son désir compulsif de regarder les gens vaquer à leurs occupations, de les observer derrière leurs fenêtres comme s’ils se trouvaient dans un laboratoire, s’expliquait par l’inconsistance de sa propre vie. S’il fallait qualifier son existence, elle lui semblait mince. Elle avait un air de faux-semblant. Il devina que tout le monde vivait dans une atmosphère de perpétuels ajournements. »

Tout au long du roman, une attention particulière est apportée au ciel et aux nuages.
La devise de Frank est :
« La Terre était plate, chacun à son heure passait par-dessus bord. »

Il y a une aimable critique de l’american way of life (y compris de la « bouffe répugnante » du McDonald) :
« Merveilleux quartiers résidentiels ! Splendides rues tracées au cordeau, délicieuse rivalité des pelouses ! Ils étaient aussi parfaits que ces organismes agglutinés pour former un récif corallien. Frank déambulait à travers les rectangles réjouissants d’Antelope Heights, savourant les mariages de couleurs, l’ordre impeccable des voitures en stationnement, la forte personnalité des boîtes à lettres − certaines juchées sur des roues de chariot, d’autres en fibre de verre, avec des faisans multicolores moulés dans les parois (un chasseur vit sans doute ici !), certaines n’attendant que des lettres, d’autres conçues pour accueillir d’énormes paquets. »

On est dans le Montana, et bien sûr il y a pas mal de pêche à la truite :
« À la courbe de la rivière, on aurait dit que les iris sauvages allaient basculer dans l’eau. L’étroite bande de boue où poussaient les laîches portait de nombreuses traces de rats musqués et sur cette même bande se dressait un héron bleu parfaitement immobile, la tête renversée comme un chien de fusil. Ses pattes fléchirent légèrement, il croassa et s’envola avec une lenteur merveilleuse et un faible sifflement des rémiges, disparaissant enfin au-dessus du mur des herbes, comme aspiré dans leur masse verte. »

De nouveau donc ce mélange de rire et de mélancolie, si caractéristique de McGuane − qui peine à trouver son lectorat sur le forum ?

\Mots-clés : #contemporain #relationdecouple #relationenfantparent #xxesiecle
par Tristram
le Lun 2 Aoû - 15:21
 
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Sujet: Thomas McGuane
Réponses: 16
Vues: 1054

Elias Canetti

La Langue sauvée - Histoire d’une jeunesse 1905-1921

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A paru en 1977, récit autobiographique (premier opus de ceux-ci), 210 pages environ.

Histoire d'une trajectoire, avec une petite enfance dans un milieu plutôt très aisé à Roustchouk (aujourd'hui Roussé ou Ruse, dans l'actuelle Bulgarie), dans une famille Séfarade (s'orthographie "Sépharade" dans la version dont je dispose).
Classiquement ladinophone, originaire d'Anatolie, où leurs ancêtres avaient migré à la toute fin du XVème siècle suite aux lois d'expulsion des juifs des royaumes d'Espagne et du Portugal, comme nombre de Séfarades, alors bienvenus dans l'empire Ottoman, la famille Canetti s'appelait alors Cañete et a modifié son patronyme suite à une installation du côté de Venise, qui s'avèrera provisoire.

Un grand père commerçant, grossiste, qui emploie outre son frère le père d'Elias (lequel Elias a reçu le prénom du grand père), lequel père  a épousé Mathilde Arditti, d'une des meilleures familles juives Séfarade de l'Empire établie à Roustchouk, ils se sont connus à Vienne, sont férus d'art, en particulier de musique et de littérature, parlent allemand entre eux, et Elias grand père a tout fait pour contrarier la vocation de musicien de son fils, le faisant entrer de gré ou de force dans l'entreprise qu'il mène.
Elias a deux frères, Georg et Nissim, une cousine qui réside dans la même grande maison, Laurica, qui faillit l'ébouillanter, peut-être en réaction du fait qu'il l'a poursuivie un jour, hache piquée au tas de bois en mains, pour une histoire de cahier qu'elle refusait de lui montrer, ces deux évènements sont déterminants.

Il y a dans la petite enfance d'Elias Canetti un attachement viscéral à sa mère, des propos dithyrambiques envers son père, et un départ brusque pour Manchester, le père d'Elias s'étant fâché avec son grand père, se dernier finira par le maudire -chose terrible et extrêmement rare parmi les juifs Séfarades.

Peu de temps après l'installation de la famille à Manchester, où le père d'Elias est associé aux brillantes affaires d'un frère de Mathilde (il s'agit toujours de commerce, d'import-export), ce père meurt brusquement, âgé de 31 ans, laissant Mathilde veuve à 27 ans.

La suite de ce premier volume autobiographique se déroule d'abord en Suisse, vécu comme une étape avant Vienne, le retour à Vienne étant la grande perspective de Mathilde, laquelle est souffrante et se voit préconiser des soins, de préférence dans quelque sanatorium Suisse. D'abord Lausanne, puis Zürich, tout le corpus se déroule autour de la relation mère-fils aîné, peu ordinaire il est vrai, et de l'adaptation à la vie Suisse ainsi que de questions relatives à la scolarité, et au personnel de maison, puis -enfin- c'est Vienne, 1913-1916, période qui forme la troisième et dernière section de l'ouvrage.        

Vienne, mais via Zürich où Elias est scolarisé sans ses frères et loin de sa mère, ce sont aussi les premières manifestations d'antisémitisme au lycée, joliment narrées au demeurant, les camarades, les professeurs, et une admission dans un pensionnat tenu par quatre sœurs (ou presque sœurs) âgées, où Elias est le seul garçon.  
Sur le titre de l'ouvrage ("La langue sauvée"), on s'aperçoit qu'en effet Elias jongle déjà avec bonheur avec les langues, outre le Ladino, l'Anglais, le Français (peut-être un peu en-deçà sur cette langue-là, toutefois), l'Allemand - et le Latin... et aussi les lieux, les us, les cultures.
Truffé de personnages fort bien campés, ce volume d'entrée en matière est assez prenant:
On sent que Canetti éparpille des pièces de puzzle, tout en nous les donnant à voir chacune, et, une fois le mélange bien effectué, il devrait peu à peu nous donner à discerner quelque chose, mais quoi ?  

Goppenstein était encore plus inhospitalier, plus désert que je ne m'y attendais. On grimpa jusqu'au Löschendal par l'unique sentier qui relie la valée au monde extérieur. J'appris que ce sentier était encore plus étroit peu de temps auparavant; les bêtes chargées de leur faix ne pouvaient y progresser que l'une derrière l'autre. Il y avait moins de cent ans, les ours étaient encore nombreux dans le coin; à présent, on n'en rencontrait plus et c'était bien dommage. Je songeai avec regret aux ours disparus quand la vallée s'ouvrit brusquement devant nous; éclatante sous la lumière du soleil, elle s'étendait en penteascendante, se terminant par un glacier à hauteur des montagnes blanches qui se profilaient par derrière.
Il ne fallait pas beaucoup de temps pour rejoindre l'autre extrémité de la vallée.
De Ferden à Blatten, le chemin sinueux passait par quatre localités. Tout ici était différent, d'un autre âge.
Les femmes portaient un chapeau de paille noir. Et non seulement les demmes mais aussi les petites filles. Il y avait quelque chose de solennel, même dans l'allure des enfants de trois ou quatre ans, à croire que l'on était conscient ici, dès sa naissance, de la particularité de l'endroit où l'on vivait et, par suite, forcé pour ainsi dire de prouver aux intrus qu'on était différent, qu'on n'avait rien à voir avec eux.
Les enfants se pressaient contre les vieilles femmes au visage érodé sous le regard desquelles ils jouaient encore un instant auparavant.
La première phrase que j'entendis prononcer me parut provenir du fond des âges.
Un très petit garçon mais fort entreprenant s'était avancé vers nous; une vieille femme l'avait rappelé et les deux mots qu'elle lui lança pour le détourner de nous me parurent si beaux que je n'en crus pas mes oreilles: "Chom Buobilu ! - viens mon garçon", fit-elle.
Quelles voyelles étranges ! "Buebli" que j'avais l'habitude d'entendre pour "Büblein" devenait "Buobilu", sombre assemblage de u, o et i qui me fit penser aux poésies en vieux haut allemand que nous lisions en classe.
Je savais que le dialecte suisse était proche du moyen haut allemand; maintenant seulement, je découvrais qu'il y avait des patois encore plus anciens et qui sonnaient comme du vieux haut allemand.
La phrase de la vieille femme s'est d'autant mieux gravée dans ma mémoire qu'il ne me fut pas donné d'entendre autre chose de la journée. Les gens étaient muets et semblaient nous éviter.


\Mots-clés : #autobiographie #communautejuive #relationenfantparent #viequotidienne #voyage #xxesiecle
par Aventin
le Dim 4 Juil - 20:57
 
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Sujet: Elias Canetti
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Chiyo Uno

Ohan

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Le narrateur de ce bref récit, Kanô, vit entretenu par une geisha, Okayo, dans la maison de thé de celle-ci. Il a abandonné pour elle son épouse Ohan il y a sept ans, et il a un fils du même âge, Satoru, qu’il découvre comme il revoit sa femme. Cette dernière et l’enfant souffrent de la situation comme il projette de reformer leur famille, tout en ne parvenant pas à l’annoncer à Okayo.
Kanô, bourrelé de remords quant à sa faiblesse et les souffrances qu’il occasionne, nous parle tel que si nous étions des connaissances du voisinage, jusqu’au drame.
« Ce temps aussi bref que la journée d’un éphémère, ce temps vécu par moi comme dans un rêve, resurgit à présent dans tout son éclat devant mes yeux. »

Cette histoire simple, presque simpliste, m’a pourtant ému. En tout cas une saisissante incarnation de l’irrésolution, de l’irresponsabilité et de leurs conséquences.
L’auteure est louée pour ses personnages de l’autre sexe, mais je me demande si elle ne se projetait pas dans ces figures masculines.

\Mots-clés : #culpabilité #relationdecouple #relationenfantparent
par Tristram
le Dim 9 Mai - 22:23
 
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Sujet: Chiyo Uno
Réponses: 5
Vues: 331

Pierre Bergounioux

Miette

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Le narrateur, sculpteur en « ferrailles » comme l’auteur, a repris la propriété d’une famille paysanne du plateau limousin (quasiment de nos jours), qu’il nous présente au travers de ses membres, Baptiste l’opiniâtre, massif et impétueux maître-esclave de la terre, négociant voyageur et paysan planteur d’arbres, sa femme Jeanne, la douce institutrice sans dot « que la possession ne possédait pas » et que sa belle-famille déteste, les trois autres membres de la fratrie, Adrien le benjamin, Octavie la chipie à « l’air d’ajonc » et Lucie, enfin Miette (diminutif de Marie) la parcimonieuse, la mère si présente bien qu’il l’eut à peine croisée.
Au travers des photos de famille et des suppositions avouées par le « je » qui narre, mais aussi ses rencontres avec les survivants, se reconstitue le destin de chacun, « jouet de la nécessité sans faille du temps immobile et des lieux clos. »
Ce que Pierre Bergounioux relate, ce sont les règles de la vie dans cette région âpre, où le granit semble être aussi trait de caractère : l’abnégation, la dureté, le silence impassible et la maîtrise de soi des individus régis par la primogéniture et le statut de bru (autrement dit d’origine "allogène" dans un mariage de raison), dans le cadre traditionnel de l’usage.
Bergounioux développe une dialectique « du non et du oui », de l’acceptation et du refus de son sort désigné.
Il revient fréquemment sur « les choses, de la terre d’abord et ensuite des outils pour la travailler », « les choses, la maison, les terres », celles que Baptiste s’est fait devoir de perpétuer, celles qui brisèrent Octavie promise à une carrière de mathématicienne en Amérique :
« Elle avait bûché avec l’énergie qui apparentait l’effort, la peine, le vouloir à des propriétés matérielles, ce qu’à la limite ils étaient en un lieu qui ne souffrait la présence humaine qu’asservie à son despotique vouloir. »

« Ce que je veux dire, c’est que dans le même temps qu’elle se faisait l’interprète du temps d’avant, des choses éternelles, elle devinait la suite, c’est-à-dire la fin des temps, si le temps n’existe pas en soi mais toujours en un lieu qu’il baigne, et que ce lieu allait sortir du temps ou le temps – c’est tout un – le déserter. »

De l’importance d’être « gens du haut » :
« Ça paraît compliqué alors que c’est très simple, d’une évidence tangible : c’est l’endroit. Dès lors qu’on s’établissait à demeure au-dessus du grand pré, face à la chaîne des puys, à sept cents mètres d’altitude, avec le granit sous les pieds, la brande et les bois autour et le silence posé là-dessus comme une chape, on avait tout le reste, l’inflexible volonté qu’ils dictaient aux hommes, l’oppression que, par leur truchement, ils exerçaient sur les femmes, le calcul d’utilités infimes, le non, le oui, le désespoir, l’inutile fidélité. »

On apprend qu’on enrésinait déjà en Douglas dans cette région dès les années 10 ; Baptiste aurait planté un million de résineux, prévoyant, ayant compris qu’au bout de « trois mille ans » leur mode d’existence devait changer.
« Mais quoiqu’on ait fait en prévision de l’éternité d’absence où l’on va entrer, comment ne pas s’attrister, secrètement, de la venue du temps où l’on sera sorti du temps. »

Le narrateur, venu de la plaine, explicite son approche de ces « trois millénaires » incarnés :
« J’ai vu ce qui, de prime abord, avait été pour moi un mystère et le resta longtemps, la filiation profonde, l’identité secrète entre cet homme [Baptiste] né de la terre, pareil à elle, à la lande, aux bois et la grâce farouche, singulière, des filles qu’il avait engendrées après que, femmes, elles l’eurent porté.
Ce qui serait bien, c’est que nos jours, d’eux-mêmes, se rangent derrière nous, s’assagissent, s’estompent ainsi qu’un paysage traversé. On serait à l’heure toujours neuve qu’il est. On vivrait indéfiniment. Mais ce n’est pas pour ça que nous sommes faits. La preuve, c’est que l’avancée se complique des heures, des jours en nombre croissant qui nous restent présents, pesants, mémorables à proportion de ce qu’ils nous ont enlevé. Ils doivent finir, j’imagine, par nous accaparer. Quand cela se produit, qu’on est devenu tout entier du passé, notre terme est venu. On va s’en aller. »

Le récit s’achève comme cette génération disparaît.
Il m’a semblé que les circonlocutions de la langue châtiée de Bergounioux le distanciaient un peu de ses considérations sur la parentèle, en contrepoint de ce témoignage à la valeur ethnographique sans en avoir le ton.
Je ne suis pas le seul à avoir pointé cette curieuse convergence thématique contemporaine que certaines œuvres de Bergounioux partagent avec d’autres de Michon, Millet, Marie-Hélène Lafon, Jourde, qui gravite autour des petites gens dans un proche passé du centre de la France – notre centre de gravité national ?
Sinon, Quasimodo, tu peux te lancer sans crainte dans ce livre : m’étonnerait qu’il te déçoive !

\Mots-clés : #famille #fratrie #lieu #relationdecouple #relationenfantparent #ruralité #temoignage #traditions #xxesiecle
par Tristram
le Lun 26 Avr - 12:45
 
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Sujet: Pierre Bergounioux
Réponses: 30
Vues: 1726

Leila Slimani

Oh je vous trouve durs avec L.Slimani...certes, elle n'a pas un style "famboyant" comme d'autres, mais j'aime beaucoup sa simplicité, justement, qui est quand même au service de sujets graves, cf Chanson douce...

Tag relationenfantparent sur Des Choses à lire 97822311

Je viens de finir Le parfum des fleurs la nuit, que j'ai trouvé très beau : ce n'est pas un roman, ni vraiment un essai, mais un ouvrage qui part d'une proposition qui lui a été faite : passer la nuit dans un musée d'art contemporain à Venise, au milieu des oeuvres, et donner ses impressions. C'est bien sûr un moyen pour elle de parler de sa propre vie, ses expériences, son rapport aux origines...autant de thèmes qui, bien sûr, entrent en résonance avec les oeuvres qu'elle voit. Le livre contient de nombreuses références littéraire et un bel hommage à son père et à ses relations compliquées avec lui.
Je recommande I love you


\Mots-clés : #creationartistique #relationenfantparent
par Fantaisie héroïque
le Mar 23 Fév - 13:56
 
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Sujet: Leila Slimani
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Vues: 1286

Colum McCann

Le Chant du coyote

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Conor, 23 ans, parti depuis cinq années bourlinguer en Amérique sur les traces de ses parents (son père a rencontré sa mère au Mexique), est revenu de passage pour une semaine chez « le vieux », en Irlande ; il est toujours à la recherche de Mam, disparue alors qu’il avait 12 ans. Nostalgique de son pays, elle en était aussi venue à souffrir de la passion de son mari pour la photographie.
Le roman retrace ces difficiles retrouvailles sur sept jours, aussi occasion d’évoquer leurs destinées, qui passent par le voyage-errance de la guerre d’Espagne à une tour de surveillance des incendies dans le Wyoming et au San Francisco de la beat generation (avec le personnage de Cici, leur amie).
C’est également une sorte de nature writing vu par un Irlandais (mais beaucoup d’États-Uniens sont d’origine irlandaise), et surtout après les grands auteurs qui ont écrit à propos d’une wilderness intacte, avec laquelle on pouvait encore communier : la pêche à la mouche dans une rivière polluée est devenue caricaturale (elle m’a ramentu la rivière-égout où vit et pêche le Suttree de Cormac McCarthy).
« C’était la loi de la rivière, me disait-il. Elle était vouée à tout emporter sur son passage. »

« Si tu veux être heureux une heure, enivre-toi ; si tu veux être heureux une journée, tue un cochon ; si tu veux être heureux une semaine, marie-toi ; si tu veux être heureux toute une vie, va pêcher. »

« Son corps est une effigie qu’il trimbale partout et sa carcasse efflanquée lui sert de hampe. »

« Les gares routières sont parmi les endroits les plus tristes d’Amérique. Tout le monde cherche une sortie, on passe furtivement, on recherche des enfants perdus dans la foule, on reste les yeux rivés dans le vague, on attend de la vie un changement. »


\Mots-clés : #relationdecouple #relationenfantparent #voyage
par Tristram
le Ven 22 Jan - 14:31
 
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Sujet: Colum McCann
Réponses: 28
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Herman Joachim Bang

Maison blanche

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Originale : Det hvide hus (Danois, 1898)

Description de produit a écrit:Avec Maison blanche (1898) et Maison grise (1901), souvent parus ensemble, Herman Bang se tourne vers la pureté de l'enfance, et se livre à une sorte de "Recherche du temps perdu" intimiste et sensible, rythmée par le miracle des saisons, dominée par la figure d'une mère lumineuse bien-aimée et de personnages attachées déjà croisés dans Tine, roman admirable où il saisit la vie dans ses aspects les plus fugitifs et les plus significatifs.


Je m’arrête dans un premier temps à ce premier volet, même si certains soulignent à quel point il est en dialogue avec le deuxième. Donc souvenirs de l’auteur, fils de pasteur, à sa maison d’enfance, d’une certaine aisance (avec pas mal de domestiques), mais surtout à sa mère ! C’est elle qui domine entièrement ces pages. Pour l’enfant, un enfant, cette mère enjouée,  rieuse, généreuse, entreprenante à son temps, légère, prête à organiser des fêts (surtout Noël), voir libre, a du fasciner : on voit littéralement la troupe d’enfant (combien?) sautant autour d’elle. Attendant qu’elle raconte ou lit des histoires ou invente des jeux... Néanmoins elle n’a pas seulement une tendance à être parfois bavarde, superstitieuse, attachée avec fatigue à son lit, voir facilement angoissée, elle est aussi souvent triste, menacée par une peur quasi existentielle : c’est l’amour et la mort, omniprésents. Pressent-elle une fin proche, comme l’auteur l’avait vécue avec sa propre mère ? De ce coté-là on trouve des versets d’une profonde tristesse. Ainsi cette femme réunit des tendances seulement apparemment contradictoire : la coexistence d’une joie, toujours éphémère (elle dira qu’elle ne peut pas être heureuse plus qu’une heure à la suite) et une nostalgie d’un amour, jamais atteint, d’une mort, fin mot de tout… Et cela dans un pressentiment d’un vide, d’un ras-le-bol.
Donc, il faudrait prendre la description du résumé d’une figure « lumineuse » avec des gants. Derrière tout cela il y a le mal de vivre. Mais quel art de ce Herman Bang de dresser un portrait, et un hommage, de cette mère plus complexe que cela paraît !

J'ai bien aimé...


Mots-clés : #autobiographie #relationenfantparent
par tom léo
le Sam 16 Jan - 9:57
 
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Sujet: Herman Joachim Bang
Réponses: 14
Vues: 845

Paule du Bouchet

Emportée

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Parution augmentée mars 2020 (1ère édition Actes Sud 2011), édition des femmes - Antoinette Fouque, 120 pages environ, suivies de 80 pages environ de correspondances entre Tina Jolas et Carmen Meyer.


Cet Emportée est poignant, en ce sens que Paule du Bouchet nous fait toucher du doigt, sans fard ni emphase, toute la souffrance et la détresse de la vie des du Bouchet, en premier lieu la sienne.
Résumons:
Août 1949, André du Bouchet et Tina Jolas s'épousent, fraîchement débarqués de New-York.
Naissent Paule et 1951 et Gilles en 1954.
En 1956, c'est le début pour Tina Jolas-du Bouchet d'une liaison passionnée avec René Char, ami d'André du Bouchet.
Tout en devenant une ethnologue relativement en vue, Tina Jolas est aux côtés de René Char, un appui sans faille, pas vraiment un rôle de muse, René Char finira pourtant, octogénaire, à un an de son décès, par en épouser une autre, Marie-Claude Le Gouz de Saint-Seine, éditrice, aujourd'hui Mme veuve Char.

Tina Jolas survivra à Char une dizaine d'années à Faucon (Vaucluse) avant de s'éteindre en septembre 1999, soit un peu moins de deux ans avant le décès d'André du Bouchet.        

Paule du Bouchet a énormément souffert. André du Bouchet aussi, pour Gilles du Bouchet on ne sait pas: peut-être dans un prochain opus de sa sœur (ce serait le continuum des deux que je commente sur ce fil), à moins, bien sûr, que l'intéressé...

J'ai toujours su qu'il faudrait la mort. Enfant, je pensais que celle de Char me rendrait ma mère. Il y avait dans leur amour quelque chose d'irrémédiable comme la mort. [...] Petite fille, j'ai souhaité ardemment, de façon constante, qu'il disparaisse, prié tous les dieux du ciel et de la terre, fabriqué et piqué d'aiguilles des poupées de chiffon pour qu'il meure. "Mon Dieu, faites qu'il meure". Il ne mourait pas, et il était le Dieu de ma mère.


Ma mère a été l'incarnation de ma détresse et l'incarnation de la lumière.


Un jour, mon père m'a rapporté une formule qui lui était venue autrefois, au temps de la grande souffrance. Une pensée avait surgi, qui l'avait frappé et soulagé, comme l'évidence, parfois, a ce pouvoir de cautériser. Énoncée ainsi: "la souffrance n'est pas un argument". Surtout, il m'avait dit cela, à moi. Sur le moment, je n'ai pas compris. Je l('ai entendu alors, mais compris des années plus tard. Ma souffrance, je l'ai certainement utilisée comme un "argument", un levier qui a justifié tous mes errements, tout le poids que j'ai fait peser à ceux qui m'aimaient, elle en particulier, ma mère.   


(avec sa mère, les avant-bras tailladés après une tentative de suicide)
- Tu aurais préféré que je meure plutôt que de t'appeler quand tu es chez lui.
- oui.


Reste la fin, très belle, poétique, je me retiens -parce que c'est la fin- de reproduire ici un extrait, j'ai vraiment été étonné de trouver ça là, et l'ai beaucoup apprécié.

Les missives de la correspondance Tina Jolas -Carmen Meyer viennent faire contrepoint. Tina Jolas nous échappe, d'ailleurs, n'a-t-elle pas échappé à tous, sauf à René Char ? Mais, l'espèce de vivacité solaire de sa plume, sa liberté, son ton - du moins avec son amie, cela illustre un caractère, une personnalité hors normes.

Et puis je vais peut-être redonner une chance aux écrits de René Char - à commencer par ceux que Tina Jolas indique, qui n'étaient pas ceux sur lesquels mes tentatives avant permis personnel d'inhumer m'avaient conduit...  





Mots-clés : #famille #portrait #relationdecouple #relationenfantparent #temoignage
par Aventin
le Mar 5 Jan - 20:45
 
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Sujet: Paule du Bouchet
Réponses: 4
Vues: 427

Irène Nemirovsky

Jézabel

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Une femme, la soixantaine, assez belle, est accusée du meurtre d’un jeune étudiant Bernard Martin âgé d’une vingtaine d’années.
Au tribunal les témoins se succèdent alors que la femme se délite, ne fait aucun effort pour qu’on comprenne le pourquoi de son geste ; un jeune amant ?
Au déroulé de la vie de l’accusée Gladys Eysenach, riche, un amant italien, le Comte de Monti, se dessine le portrait d’une jeune fille et d’une femme qui a été aimée et admirée par les hommes et jalousée par les femmes.
Une femme qui n’a jamais pu vivre sans être aimée, sans vouloir être aimée. Même quand elle est devenue mère, sa fille l’a plus aimée que ce qu’elle l’a aimée.
A l’aube de la quarantaine, encore très belle, encore jeune, Gladys refuse de reconnaître l’âge de sa fille, 19 ans, car l’accepter ce serait devenir la mère d’une jeune femme alors qu’elle se voit comme la mère d’une enfant. Aussi quand sa fille Marie-Thérèse tombe enceinte et après que Gladys est rejeté au préalable le mariage avec le jeune Olivier (lequel mourra à la guerre) Gladys cache l’état de sa fille qui meurt en accouchant et rejette l’enfant ; elle le confie à sa domestique.

Gladys continue sa vie au même rythme, dans le même cercle de gens riches, et ne  veut qu’être aimée. Mais le temps ne s’arrête pas et la trahie ; elle peut rire, danser à s’épuiser elle a soixante ans et son amant la trompe avec une femme plus jeune.

Dans ce même temps Gladys est interpellée par un jeune étudiant Bernard Martin et si dans un premier temps elle pense que c’est parce qu’il est séduit, le jeune homme l’a détrompe vite en se dévoilant : c’est son petit-fils, l’enfant qu’elle a rejeté. Que veut-il se demande Gladys ? de l’argent bien sur, mais encore ?
Il veut être reconnu comme son petit-fils. Refus immédiat de Gladys, ce serait reconnaître son âge vis-à-vis des autres et surtout de son amant, reconnaître qu’elle est une vieille femme, une grand-mère et ça lui est impossible, mourir est préférable.
Seul, déprimé, ivre, le jeune homme se rend chez Gladys, » Jézabel comme il la nomme » qui devant son insistance et les vérités qu’il lui jette à la figure, la recommandation qu’il réclame pour obtenir un travail (c-à-d reconnaître que le jeune homme est son petit-fils, donc qu’elle est vieille) ne se contrôle plus et le tue.

« Je vous ai assez attendue. J’ai assez souffert. C’est votre tour. Mais, peut-être attendez-vous quelqu’un ?… Eh bien, qu’imaginer de plus drôle que cette rencontre ?… Quoi de plus délicieux ? Quoi de plus imprévu ? Quoi de plus comique ? Quoi ? répéta-t-il avec rage : « La porte s’ouvrit et l’amant entra. Madame ! Quel est ce jeune homme ? Votre amant, sans doute ?… Non, pas son amant, son petit-fils !… » Oh ! la délicieuse minute… Votre figure… Mais regardez-vous dans la glace !… Ah ! vous avez bien l’air d’une grand-mère maintenant !… Vous ne pourriez pas songer à cacher votre âge ! Regardez, regardez, dit-il en lui mettant de force un miroir sous les yeux : regardez ces poches sous vos yeux qui paraissent sous le fard !… Vieille !… Vieille, vieille femme, répéta-t-il hors de lui : comme je vous déteste. »

***

Une excellente lecture, avec quelle justesse, quelle sourde violence, l’auteure lève le masque de Gladys cette femme autant belle qu’ égoïste, frivole, qui n’aime qu’une personne : elle-même.  Ce n’est pas aimer qu’elle veut, c’est être aimée.

Je comprends Simla que tu l' apprécies autant.

Autres Extraits

« Elle souffrait d’une douleur jamais éprouvée. Mais elle ne s’y trompait pas. Elle savait bien que ce n’était pas de l’amour… Elle n’avait jamais ressenti autre chose que la soif dévorante d’être aimée, la paix délicieuse de l’orgueil satisfait. »

« — Je ne suis plus une femme ! songea-t-elle : je ne suis plus que la mère de Marie-Thérèse… Moi, moi… Ah ! je le sais bien, c’est le sort commun. Mais mourir aussi est le sort commun, et qui envisage la mort sans terreur ? J’aime Marie-Thérèse, certes, de tout mon cœur, je désire son bonheur, mais moi, moi, qui aura pitié de moi ?… Sans doute, je me crois encore jeune et belle, mais je suis déjà vieille, aux yeux des autres, une vieille femme dont on va rire bientôt, dont on dit : « Elle a été belle, elle a été aimée »… Et ce petit…
Elle eût tant aimé lui plaire. Non pour le prendre à sa fille… La seule pensée que Marie-Thérèse pût connaître son désir la remplissait de honte, mais pour se relever à ses propres yeux, pour étouffer dans son cœur ce cruel sentiment d’humiliation et de déchéance, cette souffrance d’orgueil blessé… Elle eût tant aimé lui inspirer, ne fut-ce qu’un instant, du désir… »

à son amant :

« Elle ne répondit pas. Le mariage… Sa date de naissance… Il avait trente-cinq ans, et elle… Elle ne put même pas prononcer mentalement le chiffre exact. Une honte folle, douloureuse, l’envahissait. Non, jamais, jamais !… S’il l’épousait, malgré cela, comment se défendre de la pensée qu’il ne voulait que l’argent, qu’il la quitterait un jour, non pas demain peut-être, ni dans un an, mais dix ans encore passeraient… Cela passait si vite… Et alors… Il serait jeune alors, et elle… « Car enfin, c’est un sursis que Dieu m’accorde, c’est un miracle, songea-t-elle désespérément. Un jour de maladie, la fièvre, la fatigue, et je me réveillerai vieille, vieille, vieille… Et il le saura… »

Confrontation mère/fille :
«  Ce n’est pas vrai, dit Gladys, je t’ai toujours aimée…
— Oui, quand j’étais une enfant, un prétexte à de belles attitudes, dit Marie-Thérèse avec amertume : vous me preniez sur vos genoux et vous vous faisiez admirer… Et moi, sotte que j’étais, je vous aimais tant, je vous admirais tant, je vous trouvais si belle !… Je vous parlais, moi, votre fille, comme à une enfant, comme à mon enfant… Je vous déteste maintenant, je déteste vos cheveux blonds, votre visage qui paraît plus jeune que le mien… Quel droit avez-vous d’être belle, heureuse et aimée, tandis que moi ?…
— Ce n’est pas ma faute…
— Si, cria Marie-Thérèse, c’était à moi qu’il fallait penser, à moi seule, comme moi je ne pense qu’à lui, dit-elle en entourant son corps de ses faibles bras : laissez-moi ! Partez, allez-vous-en ! »

« C’est moi que tu veux faire souffrir ?… Quand j’entendrai le mot « grand-mère » sortir de ses lèvres, à moi, à moi, je crois que je me tuerai, dit-elle à voix basse. Je souffre !… Tu ne peux pas comprendre cela… Tu me crois un monstre… Mais c’est moi qui ai raison, moi, moi, parce que je vois la vie comme elle est, si courte, si triste sans amour, sans le désir des hommes, et cette longue et horrible vieillesse !… »



Mots-clés : #criminalite #relationenfantparent #vieillesse
par Bédoulène
le Jeu 17 Déc - 16:26
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
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Carl Aderhold

Rouge

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Avec comme sous-titre roman, Carl Aderhold raconte comment à la mort de son père, la cinquantaine venue, la colère a fait remonter un mal-être qui l’a mené à une hospitalisation en psychiatrie. Celle-ci lui permet, enfin, de parler de son enfance à ses enfants. Il raconte sans tendresse son père communiste primaire, violent, alcoolique, qu’il situe dans une malédiction des hommes Aderhold, de génération en génération.

L’intérêt de la description de cet homme qui ne respire que par le Parti, préfère les dates anniversaires de Marx à celles de ses enfants, est noyée dans les excès de violence d’un père immature et égocentrique. Assez répétitif, parfois drôle, pas toujours très clair…


Mots-clés : #addiction #famille #relationenfantparent
par topocl
le Sam 14 Nov - 10:47
 
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Sujet: Carl Aderhold
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Paule du Bouchet

Debout sur le ciel

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Récit, 2018, 110 pages environ.


Alors évidemment, j'en conviens, il faut se mettre un peu à ma place:
Quand l'on a vent que la fille d'André du Bouchet a fait paraître un ouvrage dont le sujet principal est l'évocation de son enfance avec son père, et que le père en question est, ni plus ni moins, parmi vos poètes préférés -allez, même votre poète préféré- votre petit cœur, déjà si sensible, est tout prêt à fondre lorsque, rendu à la maison, la première page s'ouvre.  

Belle maîtrise d'écriture, au demeurant, que les premiers chapitres: À consulter sa biblio, on se doute que Paule du Bouchet sait parler à l'enfance, oui, mais de l'enfance, la sienne de surcroît, c'est autre chose, en rendant compte comme elle essaie de le dire, tournant autour de la formule, autre chose d'assez périlleux même, non ?

Ai-je extrapolé ?
Il me semble aussi avoir ressenti la musicienne dans ses propositions de phrase - de phrasé -, sa recherche d'harmonie dans les brèves et les longues - dans le style, disons.    
Et puis on en apprend -sans voyeurisme, sur l'homme André du Bouchet, le poète qui écrivait debout, "sur le ciel" si l'on veut.

La simplicité, la pauvreté sans doute, mais pas la dèche, plutôt une façon démunie avec de la joie, des bons moments, de l'attention.
Une lumineuse complicité passe dans ces pages: André du Bouchet, père aimant et père aimé.  

Chapitre Nourritures a écrit:Ce fut la grande vie de mon père. Pris dans l'étau d'un quotidien où tout se précipitait comme à contretemps, le désespoir d'une séparation, l'impératif des jours avec deux jeunes enfants, le travail difficile - il y eut pourtant, au cœur de tout cela, le miracle d'une éducation sauvage et raffinée dont nous fûmes les bénéficiaires insouciants.
 Il avait trente-deux ans. La vie le fuyait d'un coup, l'écrit se prenait en glace, petite fille, je guettais un œil qui parfois s'emplissait de larmes, devinais, au matin, l'impossible du jour qui commençait. Pourtant, il était là, avec la vie matérielle pour adversaire et pour alliée. Il le fallait parce que nous étions là, et que nous étions part de sa présence au monde. Admirable, ce père le fut. À ce point précis de son existence, attelé à cette vie solitaire avec ses enfants.

Comme dit Paule, mais à propos d'elle-même, bien plus loin dans le récit:
pleurer longtemps solitaire mène à quelque chose

Quelques constructions curieuses, comme la troisième phrase ci-dessous (le scond paragraphe):
Chapitre Eaux a écrit:
Cette eau rare et profonde, mon père en tire deux seaux chaque jour. L'un pour boire, l'autre pour laver. Elle nécessite des gestes précis, comme puiser avec un gobelet dans le seau de l'eau à boire, ou cueillir avec le creux de la main dans l'autre seau de quoi rafraîchir le visage ou rincer un bol.

 Suivant son usage, on jette cette eau parcimonieuse tout près de la maison - l'eau presque propre du débarbouillage du matin, l'eau où les poissons ont été lavés ou celle des légumes terreux, avec lesquelles on donne à boire aux hortensias-, ou plus loin sur la lande - l'eau grasse de la vaisselle ou l'eau savonneuse du linge. Même si nous ne sommes que trois, il faut laver le linge chaque semaine, mettre les vêtements très sales à tremper dans un baquet, changer cette eau de trempage quand le beau temps tarde, puis frotter dehors dès que le soleil est là, rincer plusieurs fois à l'eau claire du puits, mette à sécher sur les buissons en arrimant le petit linge à cause du vent qui souffle en continu.

 Le soir, nous descndons jusqu'au fond du vallon. De hautes fougères bordent un lavoir abandonné traversé par une source bruissante. Cette fougère que nous cueillons rituellement, c'est "maman". Nous la choissons avec soin, grande et souple, de manière à ce qu'une fois fixée au-dessus de mon lit, elle ploie sur mon sommeil. Au matin, un léger pollen orange poudre mon visage. Papa m'assure que c'est elle. Il dit aussi que la poussière bleutée qui recouvre les quetsches reproduit le même phénomène que le bleu du ciel sur le noir de la nuit éternelle. LA nuit est poudrée de bleu et la dent qui mord la qutsche noire ouvre sur une chait verte. Je ne comprends pas l'image, je cherche la nuit dans la prune.




Les chapitres finaux, en dépit de quelques éclairs, sont en-deçà, du moins à mon goût - mais j'ai assez apprécié quelques instants d'écriture - et l'ensemble jusqu'à un large trois-quart - pour avoir envie de me plonger dans Emportée, un de ces jours.


Si vous avez le temps:
France Cult. "par les temps qui courent"

\Mots-clés : #enfance #famille #relationenfantparent #viequotidienne #xxesiecle
par Aventin
le Ven 6 Nov - 20:56
 
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Sujet: Paule du Bouchet
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Francesca Melandri

Eva dort

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Tout au long des 1397km qui l’amènent au chevet de l’homme mourant qui aurait pu être son père si la vie était plus aimable,  et qu’elle n’a pas vu depuis 30 ans, Eva se remémore les évènements qui l’ont construite, imbriquant l’histoire familiale (d’une mère célibataire) et collective (le Tyrol du Sud, population allemande que Mussolini a voulu italianiser, qui a revendiqué son indépendance au fil des décennies, y compris par des actes terroristes).

On voyage donc très habilement entre temps et espace, récit personnel et destin d’un peuple. Le sort de ces Allemands du Nord de l’Italie est resté longtemps méconnu, y compris là-bas , et Francesca Melandri nous apprend  beaucoup de choses, sous une forme romanesque élaborée parfaitement maîtrisée, à travers des personnages complexes et attachants.


Mots-clés : #conditionfeminine #famille #historique #relationenfantparent
par topocl
le Mer 14 Oct - 11:16
 
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Sujet: Francesca Melandri
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Hélène Bessette

Lili pleure

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Originale: Français, 1953

CONTENU :
extrait de la 4ème de couverture a écrit:Sa mère tyrannique empêche Lili d’épouser l’homme qu’elle aime ; de dépit, elle en épouse un autre, qui est déporté à la guerre puis revient alors que Lili est cette fois amoureuse d’un berger de 13 ans son cadet. Abandonnée par son mari, délaissée par le berger, Lili se retrouve seule avec sa mère, plus insupportable que jamais.


REMARQUES :
C’est alors certes une suite de mauvaises d’histoires d’amour si on suit juste le résumé. Mais à coté de ses amants, voir le mari, il y a surtout cette mère omniprésente et -puissante qui ne peut laisser s’en aller en paix sa fille ! Elle se glisse entre la vie et Lili, empêche, intervient, et malgré le fait que le lecteur (et Lili?) s’énerve, elle continue aussi pour Lili de prendre toujours et à nouveau la première place, même si brièvement elle semble parfois vouloir resister. Mais… Lili pleure. Pas juste le titre du livre ! Et de la romance devient un drame.

Mais même cela n’est pas tout : Il y a surtout la manière ! Cette langue incroyable, maniée par Hélène Bessette, puissante, expressive, rythmée. Oui : poètique ! Et c’st pour cela qu’on la nommera inventrice du « roman poètique ». Dans la nouvelle édition cela se voit aussi dans la typographie : parfois des lignes d’une, deux mots, parfois rimés. Des énumérations, des variations sur un thème. L’auteure utilise presque uniquemment le dialogue ou le monologue intérieure. On a l’impression aussi que cela se prêterait éventuellement à une adaptation au théâtre ?!

C’est un style vraiment puissant et original, avec – dans son temps certainement aussi une vue moderne et critique sur la place de la femme, étouffée dans un cocon du vouloir maternelle, qui finalement se révêle nocive à l’infini. Mélo ? Oui, mais grâce à la langue, à la manière d’écrire beaucoup plus !

Une vraie découverte ! Convaincante !

Mots-clés : #amour #famille #jeunesse #relationenfantparent
par tom léo
le Mer 7 Oct - 18:16
 
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Sujet: Hélène Bessette
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Pete Fromm

Comment tout a commencé

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(En complément au commentaire de Topocl).
Comment une telle mésentente peut-elle s’installer entre enfants et parents ? La pratique compulsionnelle du base-ball explique-t-elle tout ? les
États-Uniens sont-ils tous fous ? Imagine-t-on nos grands prosateurs français (Houellebecq, Jourde, Carrère) nous faire tartir avec du foot, ou de la pétanque ?

Bien sûr Abilène est malade, bipolaire, maniaco-dépressive ; mais c’est (aussi, surtout) la jeunesse, goût du risque et de la destruction, rêve, révolte, conviction, véhémence, excès, qui nous est présentée, comme amplifiée par son trouble, son influence sur son petit frère, Austin.
« Ça fait partie du jeu. »

« ‒ Tu as passé ta vie entière à essayer de me ressembler, Austin. Et maintenant je prends des pilules pour être quelqu’un d’autre. »

Une description étonnante de justesse du conflit générationnel des enfants avec les parents, heureux, satisfaits ‒ minables.
« Ils veulent que je leur ressemble davantage. (Elle gardait les yeux fixés sur le ciel vide.) Qu’est-ce qu’il pourrait y avoir de pire ? »

« ‒ Tu as travaillé si dur, uniquement pour que je puisse rester à la maison et regarder les enfants devenir fous. »

Une belle histoire d’amour !

Mots-clés : #fratrie #jeunesse #pathologie #relationenfantparent #sports
par Tristram
le Ven 2 Oct - 21:56
 
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Sujet: Pete Fromm
Réponses: 54
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Kenzaburō ŌE

Une affaire personnelle

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À mesure que Bird s’enfonce dans sa médiocrité, voire sa noirceur, on se demande comment le juger. Il inspire une sorte d’antipathie mêlée de pitié : il ne se justifie pas, mais avoue sans détour ni hypocrisie toutes les idées et résolutions qui l’ont traversé après avoir donné naissance à un enfant handicapé, « un enfant monstrueux » selon ses propres termes. Rien n’épargne Bird et encore moins lui-même, le roman est en fait habité par la honte et le dégoût de soi-même. Rien ne justifie ce personnage, mais quelques indices permettent d’expliquer son attitude, et surtout de voir que son environnement extérieur ne l’a jamais soutenu. Ce sont des rires embarrassés ou des menaces, Kenzaburô Ôé insiste à plusieurs reprise sur la description des faciès.

Il ne s’agit pas de trouver des excuses à Bird, loin s’en faut, mais de voir comment s’est déclenché ce glissement dans le désespoir et la lâcheté. Ce n’est pourtant pas un roman rigoureux en matière de psychologie (et d’ailleurs les personnages sont un petit peu caricaturaux) mais Kenzaburô Ôé joue la carte d’une sincérité absolue et va plus loin que son personnage en parlant de la responsabilité de l’individu dans une situation difficile, des dangereuses demi-mesures qu’il est amené à prendre. J’aurais voulu toutefois que l’auteur bouscule un peu plus en posant davantage de question, mais Ôé se contente de décrire un environnement moral, le déclinant en quelques simples phases narratives.

Mots-clés : #handicap #relationenfantparent
par Dreep
le Ven 14 Aoû - 10:26
 
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Sujet: Kenzaburō ŌE
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Samanta Schweblin

Toxique

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Distancia de rescate, le titre original, fait référence à cette « distance de secours » maintenue par une mère avec son enfant, comme un lien élastique entr’eux, constamment gardé à l’esprit par Amanda.
Celle-ci passe des vacances avec sa fille Nina dans un village de la campagne argentine, où elles ont fait la connaissance de Carla et son fils David. Ce dernier est atteint d’une mystérieuse maladie, qu’en l’absence de médecin la guérisseuse locale aurait sauvé en permutant son âme avec celle d’un autre enfant.
L’origine du mal qui frappe nombre d’enfants du village est un « poison » "toxique", vraisemblablement une contamination (épandage de produits chimiques ?)
Ce bref roman consiste en la relation des évènements par Amanta, à la demande de David qui recherche un point particulier de l’histoire pour « comprendre ce qui est important et ce qui ne l’est pas ».
La tension est maintenue à son comble comme Amanta, condamnée à mourir, s’inquiète pour Nina dans une étrange atmosphère de menace, voire de conspiration.

Mots-clés : #fantastique #relationenfantparent
par Tristram
le Ven 19 Juin - 21:14
 
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Wallace Stegner

L'Envers du temps

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Bruce Mason, ancien ambassadeur, rédacteur en chef, spécialiste des hydrocarbures du Moyen-Orient, revient à Salt Lake City où il vécut « l’innocence » paradisiaque de ses enfance et adolescence mormones dans l’Utah des années vingt et trente. Et le passé resurgit à quarante-cinq années d’écart, par bouffées d’intenses sensations.
« Il connaissait cette rue, mais celle-ci le mettait mal à l’aise. Cela tenait-il à ce que, bien que pourvus des mêmes yeux, celui qui voyait et celui qui se souvenait n’étaient pas les mêmes ? »

« Prenant simultanément conscience de l’endroit où il se trouve et de son caractère familier, ralentissant le pas afin de poursuivre cette conversation imaginaire sur la pelouse de Joe, il ressent comment la somme du passé, massée en un désordre qui n’a rien de chronologique, flotte derrière le rideau du présent, rattachée à un parfum, à un son, à un contact ou à tel ou tel mot, qui va lui ouvrir les portes et la laisser revenir. Alors qu’une bouffée plus forte agite les frondaisons en contrebas, il s’immobilise pour écouter. Le souvenir est instantanément tangible, une giclée d’adrénaline dans le sang, une sensation de chair de poule sur les bras. »

« Or ici, il avait passé l’après-midi et la soirée à arpenter les contours de cette réserve de la mémoire, fasciné par des images extraites de son immaturité et par la fragrance des possibilités perdues. »

Il retrouve avec gêne le souvenir de celui qu’il fut, « maladif et chétif », affligé d’un complexe d’infériorité et « affamé de reconnaissance », ses premières amours, « l’impatiente, spirituelle et fébrile Holly » et surtout la radieuse Nola au regard insondable, qu’il aimait tant et devait épouser, et son ami Joe Mulder, qui l’initia au tennis et l’introduisit dans la communauté de son âge, aussi Jack Bailey, le perpétuel « sujet de scandale ».
Est bien décrit l’espèce de monstrueux "allumage" permanent que constituent les rapports des jeunes Nord-Américains entr’eux, l’optimisation fébrile et assez absurde de l’excitation sexuelle de jeunes gens sportifs, étirée jusqu’au supplice…
« Il vivait dans les livres et dans sa tête, tête engourdie par les drogues altérant la perception que secrète la physiologie adolescente. »

« L’obsession érotique ordinaire. »

Son père avait fait du salon un bar clandestin, puis était devenu bootlegger, et la mésentente, le conflit sourd qui les oppose ne se sont jamais éteints ; on retrouve des éléments autobiographiques déjà présents notamment dans La Bonne grosse montagne en sucre (outre le père dans l’alcool, les frères Bruce et Chet, Salt Lake City, etc.)
Stegner développe l’idée que le choix de sa destinée par Bruce fut en fait casuel (ce que je crois plus fréquent qu’on ne l’admet généralement) :
« Certains d’entre nous n’en savaient pas assez pour être insatisfaits et ambitieux. Certains d’entre nous avaient une expérience et des aspirations si limitées que seulement le hasard ou l’intervention d’autrui ou peut-être on ne sait quelle inéluctable destinée psychosociale furent capables de nous éjecter hors de notre ornière. »

« Il n’est pas né pour fonder Rome, il n’a pas de compulsion particulière à devenir riche et célèbre, il est incapable de calcul et de stratégie. Tout au contraire, ses aspirations et son avenir visible coïncident. »

« Il n’avait pas eu plus d’initiative relativement à sa carrière que l’eau n’en a lorsqu’elle dévale une pente. »

J’ai aussi apprécié le rendu des rêves de Bruce, et d’une manière générale la façon habile de présenter l’histoire.
(Une fois encore avec cet auteur, c’est arrivé presque à la moitié du livre que son intérêt jaillit. J’avais déjà noté que c’était une œuvre mineure, après l’impression de déjà vu due à son histoire familiale.)
Le titre original, Recapitulation, a les mêmes acceptions qu’en français, notamment celles de "sommaire", etc. Le Merriam-Webster précise l’une d’elles : “the hypothetical occurrence in an individual organism's development of successive stages resembling the series of ancestral types from which it has descended so that the ontogeny of the individual retraces the phylogeny of its group”, et Le Grand Robert confirme : « Loi de récapitulation, d'après laquelle l'ontogénie répète la philogénie (et l'embryologie correspond à l'anatomie comparée). » Voilà qui éclaire me semble-t-il l’approche de Wallace Stegner révélée dans la seconde partie (sur quatre) de ce roman :
« Vu et invisible, éclairé et enténébré, tout était présent sans effort. C’était un espace de vie jadis accepté et utilisé, sur lequel il s’était reposé sans incertitude, sans même s’en rendre compte, une sécurité figée comme l’expression d’un visage au moment d’un instantané photographique. Ce territoire contenait et limitait une histoire, personnelle et sociale, dans laquelle il s’était jadis construit. C’était sa place – d’abord son problème, puis son huître et aujourd’hui le musée ou le diorama où étaient conservées des versions antérieures de lui-même. »

Bruce reste le dernier de la famille… Par contre, je n’ai pas de vraie raison au titre en français ; je ne sais pas non plus pourquoi les éditions Gallmeister ont publié ce livre dans la collection "nature writing". Le véritable thème, outre un retour de l’auteur sur son existence, est celui de l’élaboration des souvenirs. Bruce à coutume de noter dans un carnet noir ce qu’il doit faire, et de le caviarder lorsque c’est fait :
« Ce qui ne lui plaisait pas, il pouvait soit le biffer soit le corriger. La mémoire, tantôt agent de conservation, tantôt tampon du censeur, pouvait être aussi un art. »


Mots-clés : #famille #relationenfantparent
par Tristram
le Jeu 7 Mai - 0:44
 
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Sujet: Wallace Stegner
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David Vann

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David Vann : Impurs. - Gallmeister



P12 l’air était irrespirable. Si brulant que sa gorge était un tunnel desséché, ses poumons fins comme du papier, incapables de se gonfler, et il ne savait pas pourquoi il ne parvenait pas à partir, tout simplement. Elle avait fait de lui une sorte d’époux, lui, son fils. Elle avait chassé sa propre mère, sa sœur et sa nièce, et il ne restait plus qu’eux deux, et chaque jour il avait le sentiment qu’il ne pourrait supporter un jour de plus, mais chaque jour il restait.

… Et tout est dit.
Pourquoi donc Galen 22 ans, ne peut-il quitter   sa mère et le
reste de sa famille, à laquelle rien ne le relie, sinon une sorte de névrose
de fixation.
Vann va plus loin. Il écrit que cette familleest "soudée par la violence",
et la haine. Une haine ancienne et viscérale.
Ils sont incapables de faire la paix ni de se séparer.
Tous les jours ou presque, ils se réunissent autour d'une tasse de thé
Et c'est toujours le meme rituel, la meme danse de mort.
Ou plutôt non. Les sentiments s'exacerbent et  semblent mijoter
dans la chaleur torride de ce coin de Californie du Sud.
Cette famille est un nœud de serpents, un piège morbide et fatal.
Comme l'écrivait David Cooper dans Mort de la famille, dans une famille névrosée,
c'est le plus fragile psychologiquement qui craque, victime et bouc émissaire
de l'atmosphère anxiogène ambiante.
Et bien entendu; c'est Galen qui s'y enlise.
Sa mère et sa tante se déchirent depuis l'enfance à cause du traitement inégal imposé  par leur propre mère.
Quant à la fille de sa tante, sa cousine, elle souffle sur les  braises et
l'entrainent dans une liaison sexuelle frustrante et perverse.
Galen perd pied.
Toutes ses tentatives pour émerger se heurtent à une réalité compacte
et incompréhensible.

Tout ce qu'il voulait atteindre était juste hors de sa portée,
invariablement.
Le monde, un vide  minuscule, comme observé à travers le mauvais coté
d'un télescope.


Le déchainement  de violence qui s'ensuit est inéluctable.
L'auteur a su prolonger la crise  jusqu'à la suffocation du lecteur.
Pari réussi et de main de maitre.

Mots-clés : #famille #relationenfantparent #violence
par bix_229
le Lun 13 Jan - 19:13
 
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Richard Wagamese

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Les étoiles s'éteignent à l'aube

Roman initiatique d'un adolescent d'ascendance indienne qui accompagne un père qu'il n'a pas connu pour son dernier voyage. Deux hommes à des âges différents de la vie mais tous deux en manque d'une partie d'eux-mêmes. Tous les oppose, le jeune homme droit dans ses bottes et débrouillard, serein, fort ; l'autre malade, alcoolique avec beaucoup d'ombres dans son passé. On trouve aussi la figure calme du tuteur, la femme et la mère à l'aura quasi mystique... et la nature. On respire le  grand air canadien comme si on y était.

Il faut rajouter encore la guerre et un regard cru sur la vie rude des travailleurs des minorités (locales)... et insister sur l'alcoolisme. Beaucoup de thèmes donc qui se retrouvent mélangés dans ce voyage à pieds et à cheval, cette quête d'identités individuelles et collectives : familiale... et plus, la transmission se retrouvant aussi dans un autre geste, celui du tuteur et d'autres rares présences.

Tout fait beaucoup mais ça reste "sensible" et loin d'être sans intérêt, cependant je dois me reconnaître plus à l'aise, indulgent en fait, après avoir lu la petite biographie de l'auteur qui en a un petit peu ch... des deux côtés de la barrière en ayant fait du bon du moins bon et il faut lui reconnaître d'abord ce mélange là : du bon et du moins bon, de ce que peuvent cacher les apparences et tout ce qui peut exister derrière les appréhensions, les blocages ou les rancunes. Ce n'est pas si binaire que ça en a l'air et le temps existe, les mots aussi (parait-il). Alors le regret est dans la forme à l'américaine, très maîtrisée mais très formatée.

Ne pas oublier le bon, l'évidence de moments de lecture, "tourne page",  etc.


Mots-clés : #addiction #amérindiens #ancienregime #guerre #initiatique #nature #relationenfantparent
par animal
le Mar 7 Jan - 20:52
 
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Sujet: Richard Wagamese
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John Fante

Les Compagnons de la grappe

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The Brotherhood of the Grape aurait peut-être été mieux traduit par « la fraternité de la vigne », comme il est dit dans le roman lui-même ? La traduction de Brice Matthieussent m’a aussi paru douteuse par endroits (comme ces « briques rouges immaculées »)…
Le narrateur, Henry Molise, est un écrivain quinquagénaire qui évoque ses relations familiales, notamment avec son père, Nick, immigré des Abruzzes, ancien maçon et tailleur de pierre de soixante-seize ans, autoritaire ‒ un tyran domestique ‒, buveur, joueur, coureur et violent. Les rapports entre ce dernier, sa femme et les quatre enfants sont toujours conflictuels, dans une alternance passionnée de haine et d’amour, haute en couleur et typiquement ritale. C’est en fait la même saga familiale que Fante raconte dans ses précédents romans, avec l’exubérance, l’infantilité, la sentimentalité, la rage latines.
« Un peu d’ail écrasé sous ses narines lui fit reprendre conscience, et avec le courage d’une sainte Bernadette elle se mit à vaciller dans la cuisine pour poser du vin et des tartes génoises sur la table, où une discussion de ses problèmes avec papa s’ensuivit. »

« De fait, nous formions un clan impulsif, imprévisible, imbattable pour les décisions prises à chaud et les remords lancinants. »

« Le cimetière de Valhalla grouillait d’anges en marbre blanc sculptés par mon père, les ailes déployées, leurs bras et leurs longs doigts tendus, graves et concentrés comme des oiseaux de proie, figés en une posture menaçante, tels des vautours protégeant leur charogne. Perchés un peu partout, on avait l’impression qu’ils avaient déjà profané les tombes. »

« Mon père n’avait jamais désiré d’enfants. Il avait désiré des poseurs de briques et des tailleurs de pierre. Il a eu un écrivain, un comptable dans une banque, une fille mariée, et un serre-freins. En un sens il a essayé de faire de ses fils des maçons comme on façonne la pierre – en cognant dessus. »

C’est la lecture qui permit à Henry de s’évader de l’emprise paternelle, lui révélant sa vocation :
« Alors c’est arrivé. Une nuit que la pluie tambourinait sur le toit indigné de la cuisine, un grand esprit s’est glissé à jamais dans ma vie. Je tenais son livre entre mes mains tremblantes tandis qu’il me parlait de l’homme et du monde, d’amour et de sagesse, de souffrance et de culpabilité, et j’ai compris que je ne serais plus jamais le même. Il s’appelait Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski. Personne n’en savait autant que lui sur les pères et les fils, les frères et les sœurs, les prêtres et les fripons, la culpabilité et l’innocence. Dostoïevski m’a changé. L’Idiot, les Possédés, les Frères Karamazov, le Joueur. Il m’a bouleversé de fond en comble. J’ai découvert que je pouvais respirer, voir des horizons invisibles. La haine que j’éprouvais pour mon père a fondu. Je me suis mis à l’aimer, cette pauvre épave livrée à ses obsessions et à la souffrance. J’ai aussi découvert mon amour pour ma mère, et pour toute la famille. L’heure était venue de devenir un homme, de quitter San Elmo pour m’ouvrit au monde. Je voulais penser et sentir comme Dostoïevski. Je voulais écrire. »

S’ensuivit une période de vagabondage à Los Angeles, narrée avec humour, avant un piteux retour au foyer où il s’initie à l’écriture.
Mais l’emprise paternelle est telle qu’Henry suit aujourd’hui son père pour l’aider à construire un fumoir de granit dans les montagnes…
« Agenouillés près du torrent, nous avons tété le cruchon en tournant nos visages hâves vers le résultat de nos efforts – une petite bâtisse trapue qui ressemblait à un bunker arabe dans le Sinaï. Ce fumoir était mal fichu et tout de guingois. On aurait dit que les pierres avaient été jetées dans le mur plutôt que posées l’une sur l’autre. Les murs ondulaient comme du linge qui claque au vent, tantôt convexes, tantôt concaves, pleins de bosses et de creux, et puis ils étaient très épais, beaucoup plus épais que ce qu’avait promis papa. Le mortier dégoulinait de partout et maculait la pierre. Malgré tous ces défauts esthétiques, ce fumoir semblait indestructible. […]
Ça ne ressemblait pas du tout à un bâtiment, davantage à une charretée de pierres déversées en vrac. Fatigué, ivre, en proie à des hallucinations, je me suis mis à voir une ancienne tombe indienne. Puis un iceberg. J’ai cligné des yeux et regardé encore. Maintenant c’était un ours polaire. Puis le mont Whitney, puis une formation rocheuse sur la lune. Le brouillard envahissait la clairière tandis que je roulais les tuyaux et rassemblais les outils. Quand j’ai regardé de nouveau la chose, c’était un navire qui avançait lentement dans la brume. »

C’est l’occasion de célébrer le fruit de la vigne, le vrai sang italien.
« Nous pénétrions dans les vignobles d’Angelo Musso, la terre sacrée de mon père et de ses amis. Depuis cinquante ans ils éclusaient le Chianti et les crus authentiques produits par ces collines rocheuses. Ils étaient non seulement les clients d’Angelo, mais aussi ses esclaves, éperdus d’inquiétude quand la récolte s’annonçait mauvaise, car ce vin était le lait de leur seconde enfance, livré une fois par mois à la porte du client en cruchons d’un gallon, tandis que les verres vides étaient rapportés à la propriété.
Tous les cinq ans environ le gel détruisait les vignes ou bien le vin nouveau tournait mystérieusement à l’aigre, et les paisani devaient se rabattre sur une autre marque. Pareille catastrophe semait le désespoir parmi eux, ainsi que l’insomnie et les rhumatismes. Jusqu’au dernier, les clients d’Angelo vivaient dans la terreur qu’il ne mourût avant eux. […]
Angelo Musso était incapable de parler, car dix ans plus tôt on lui avait retiré les cordes vocales à cause d’un cancer. La cendre de ses cigarettes laissait un sillage gris sur le devant de sa chemise bleue, et il toussait par intermittence, car il fumait sans discontinuer ; sur la table, devant lui, étaient posés deux paquets de Camel à côté d’une carafe de vin, d’un briquet et d’un cendrier plein à ras bord. Mon père et la plupart des Italiens qui habitaient depuis longtemps le comté de Placer considéraient Angelo Musso comme un être extraordinaire, un oracle antique qui ne dispensait aucune sagesse, un sage qui ne donnait aucun conseil, un prophète sans prédictions, un dieu qui faisait fermenter le vin le plus magique du monde sur un minuscule vignoble de trente âcres généreusement doté de gros cailloux et de ceps sublimes. Cela faisait de lui un être divin. Son mutisme obligé contribuait aussi à cette métamorphose. Parce qu’il ne pouvait parler, tout le monde venait lui soumettre ses problèmes. Et chacun trouvait sa solution dans les yeux jaunâtres d’Angelo. »

« J’étais fait pour être fils. »


Mots-clés : #famille #immigration #relationenfantparent
par Tristram
le Ven 3 Jan - 23:10
 
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Sujet: John Fante
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