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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mar 11 Mai - 19:42

106 résultats trouvés pour religion

Caroline Lamarche

Tag religion sur Des Choses à lire 41iefj10
En exergue un conte :

« La Chienne de Naha »   Il y a longtemps vivait un homme, à Naha. Il vivait tout seul. Il n’avait personne. Il n’avait qu’une chienne. Sa maison se trouvait à côté d’un arbre. Tous les jours il sortait en quête de nourriture. Il allait travailler sa terre et il revenait à midi. Un jour, en rentrant chez lui, il vit que tout était prêt : les haricots étaient cuits, les tortillas bien chaudes, la maison balayée et en ordre. À partir de ce jour, cet homme, chaque fois qu’il rentrait, trouvait sa maison bien rangée et le repas prêt. Il se dit : « Comment est-ce arrivé ? Je vais voir. » Le lendemain, il sortit de sa maison comme pour aller travailler, mais il n’alla pas aux champs. Il se cacha derrière l’arbre. Il resta là un petit moment,
puis il revint à la maison, sans prévenir. Il vit alors que la chienne avait ôté son vêtement, sa peau, et qu’elle était déjà occupée à moudre le maïs et à préparer les tortillas. Elle s’était dépouillée de sa peau et l’avait déposée dans un coin de la maison. Elle s’était transformée en femme et elle cuisait les tortillas. L’homme pensa : « Parfait. Mais
comment vais-je faire pour avoir toujours une femme qui m’aide ? Je sais ce que je vais faire. » Et l’homme se précipita, s’empara de la peau de la chienne et la fit disparaître. La chienne ne put remettre son pelage et en fut réduite à être toujours une femme. Depuis ce jour, l’homme eut à sa disposition une femme qui l’aidait à préparer les tortillas et à veiller sur la maison. Mais un jour, ils se disputèrent, et l’homme se fâcha très fort. Il saisit sa machette et tua la femme. Il la frappa si fort qu’il la coupa en deux morceaux. Un morceau roula et dévala la pente jusqu’à la rivière. L’autre, l’homme s’en empara et, avec sa machette, il le coupa en tout petits morceaux. C’est ainsi que l’homme et la femme eurent des enfants. Et de là viennent tous ceux de ce village. Voilà pourquoi les gens de Naha sont si querelleurs.  "


Extrait de Tinujei : los Triquis de Copala d’Agustín García Alcaraz, Mexico City, Centro de Investigaciones y Estudios Superiores en Antropología Social, 1973


La narratrice reçoit une invitation d'une amie ; Maria la fille de sa "2ème maman", c'est à dire Lucia qui a quitté l'Espagne son pays natal pour suivre avec sa fille,  ses parents. Alors que la narratrice n'a pas pu se rendre aux obsèques de Lucia, 5 ans après, en commémoration, Maria, donc l'invite à les rejoindre, elle et son mari au Mexique où ils vivent. Le conte est une belle invite, elle s'envole pour le Mexique.
C'est bientôt la Fête des Morts, donc période choisie pour une commémoration, pour se souvenir.

Toujours munie de son enregistreur, la narratrice retrouve Maria, mais qui ne cesse de disparaître et de proposer à son amie de rencontrer une ethnie "les Triquis" pour lesquels elle et son mari s'investissent.  C'est accompagnée du livre de Lowry "Sous le volcan" que la jeune française visitera une partie de ce pays, dont les sursauts et les tourments ne l'épargent pas.

Y-a-t-il vraiment des roses à Etla, comme l'a écrit Lowry ? Elle logera avec des étudiants Triquis avant de rejoindre Copala sous le conseil de Maria, accompagnée de la jeune fille qui s'occupe des étudiants. (là le conte a surgi dans mon esprit). Copala où raisonnent les coups de feu, elle logera au "colegio" tenu par des religieuses.
Elle est curieuse de connaître le ressenti des étudiants et des religieuses sur le conte "la chienne de Naha".

En fin de livre est précisé que la période de ce voyage est de 2005 à 2007. Ulises Ruiz Ortiz était gouverneur d’Oaxaca. Son mandat a amené une période de grands troubles.

****

J'ai aimé l'écriture de l'auteur ; ce  petit livre qui relate le voyage d'une française au Mexique, avec ses sentances réalistes, sa politique vis à vis des minorités, l'étrangeté des coutumes , que ce soit une femme,  quand on sait que l'on marie des filles de 13 ans.

Extraits

"Je vois les gens monter, descendre, les immeubles au bord du viaduc routier, les fenêtres ouvertes, le linge qui sèche dans les vapeurs de monoxyde de carbone, je vois les camions, les voitures, les familles suantes, vitres baissées, l’habitacle dégorgeant des bras nus comme des poissons hors d’un panier, et les gens aisés, hautains et frais dans leurs aquariums climatisés, je vois les gigantesques panneaux publicitaires, couple jeune, élégant, devant un congélateur, tenue de soirée pour vanter une cuisinière, décolleté vertigineux pour un téléviseur, j’aperçois, aux feux, les petits vendeurs de CD piratés, qui escaladent le pesero, la chemise hors du pantalon, ils proposent leur marchandise en criant, en font écouter quelques mesures qui rivalisent avec la radio du chauffeur, puis sautent en route, serpentent entre les véhicules, assaillent le bus suivant."

" À Ciudad Juarez, les femmes assassinées sont coupables. Les gens disent qu’elles portent des jupes trop
courtes, ou qu’elles ne devraient pas sortir, à la nuit tombée, des usines où elles volent le travail aux hommes.
Ce sont des femmes pauvres, comme celles que tu vois ici. Elles nourrissent une famille entière en travaillant à
la chaîne, leur corps morcelé en gestes répétitifs et abscons. Plus tard on retrouve leurs cadavres, nus, le sexe mutilé, les oreilles perforées, les bouts de seins tranchés. Parfois même elles sont coupées en deux. »



\Mots-clés : #minoriteethnique #religion #ruralité #voyage
par Bédoulène
le Lun 26 Avr - 13:38
 
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Sujet: Caroline Lamarche
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Vues: 184

François Sureau

Je ne pense plus voyager

Tag religion sur Des Choses à lire Je_ne_10
Récit, 2016. 140 pages environ.

Je n'y allais pas franco, vers ce bouquin. Certes, l'auteur de déçoit jamais lorsqu'il évoque un personnage réel (Inigo, Ma vie avec Apollinaire, Le chemin des morts, voire, d'une certaine manière, L'Obéissance...).

Mais enfin, d'un autre côté, depuis un siècle Charles de Foucauld c'est une telle masse de biographies voire d'hagiographies, d'évocations diverses (et de récupérations variées, suis-je tenté d'ajouter) que j'étais d'emblée sceptique sur l'apport de cent quarante pages de plus.

Et puis cette publication, j'étais soupçonneux, je n'aime pas cautionner.
Foucauld, devenu Vénérable en 2001, suivi d'une Béatification en 2005, tout le monde s'attend à la parution, en 2016, à une prochaine Canonisation, laquelle se fait toujours attendre, mais s'est approchée encore en 2020 avec les décrets reconnaissant plusieurs miracles, et la qualification de martyr retenue pour son trépas: opportunité éditoriale, nous voilà.

D'autant que j'ai l'impression qu'on parle plus de Charles de Foucauld qu'on ne le lit, pourtant je suppute qu'entre autres une partie de sa très abondante correspondance et surtout, peut-être (?), ses transcriptions des contes et poèmes Touaregs, traditions orales multiséculaires (multimillénaires ?) qu'il est le premier à fixer sur le papier après les avoir recueillis in vivo pourraient ne pas désintéresser de nos jours.  

François Sureau lui-même trace un chemin d'écriture que je ne lui connaissais pas, plus rétif, hésitant, parsemé de redites, comme s'il avait du mal à cerner l'étrange ermite.
Pourtant l'ouvrage a de la saveur.
On n'"apprend" peut-être pas davantage que ce qu'un gros travail de bibliothèque pourrait fournir, mais avec François Sureau on a, du moins, la joie de lecture que constitue son regard de juriste (pour la rigueur, l'évitement professionnel du risque de se laisser embarquer, la solidité des sources et l'art d'aller aux bonnes) mâtiné de son intérêt pour les trajectoires de ces hommes de droiture, de loyauté, de devoir qui se sont embarqués dans des destinées peu communes et vont au bout (intérêt qui n'est pas sans rappeler, à mon humble avis, les héros/personnages qu'aimait à peindre aussi Joseph Conrad).

Voici donc un antihéros par excellence. De son vivant, aucun miracle, aucun converti, nul disciple.
Quant à son martyre, il est, d'abord, toujours soupçonné de l'avoir recherché, et cela freine d'ailleurs la procédure de canonisation.
De plus il est fortement capillotracté:
De ce qu'il ressort du compte-rendu inédit de Madani, publié dans ce livre de François Sureau, les djihadistes en question en étaient sans nul doute, mais demeuraient avant tout des pillards, quant à sa mise à mort par balle(s) on n'a pas fini de s'interroger...
Dommage collatéral dans l'attaque du fortin sans défense (pourtant le Marabout Blanc était bien connu et reconnu des assaillants), excès de nervosité et de zèle d'un petit jeune un rien agité du bocal et au sang échauffé par les circonstances, envie d'aller festoyer avec ses camarades plutôt que d'avoir à garder le prisonnier de la part du factotum préposé ?
Rien de glorieux, en tout cas, plutôt hasard malencontreux, conjonction de circonstances...    

Mais l'intérêt du livre n'est pas là, pas dans de telles questions somme toute très secondaires.
Il est, du moins est-ce ainsi que je l'ai ressenti, dans le fait de tenter d'appréhender le cheminement de foi de Charles de Foucauld, son étrange parcours de vie (ou ses vies multiples), d'ouvrir quelques portes sans être toujours capable de scruter tout ce qu'il y a derrière, laissant beaucoup d'ouverture au lecteur une fois le livre refermé, ne pas résoudre les questionnements, en suggérer d'autres.

Chapitre II, dernière partie a écrit:Sa mort jette une ombre triste sur cette marche vers la dernière place en quoi aura consisté sa vie, cette "chère dernière place" où rien ne s'oppose plus à l'amitié entre les hommes, d'où qu'ils viennent, quelque foi qu'ils professent. Mais Foucauld, au contraire, est devenu plus gai en même temps qu'il se dépouillait, libéré enfin d'une certaine forme d'angoisse et de cette prolixité qui parfois nous surprend. À présent il voyait ce qu'il fallait désirer, au-delà de cet Empire français qui était comme les autres voué à disparaître et de toutes les institutions de la terre qui sont autant de prisons: une sorte d'État universel, mais sans État, où chaque homme serait un frère pour l'autre homme, réalisant enfin cette promesse qu'il avait entendue en méditant sur la vie cachée de Nazareth, au point de vouloir devenir le "frère de Jésus".
  Il a souhaité que les hommes soient meilleurs, mais n'a pas rêvé du paradis sur terre. Ce n'est pas un réformateur.


Tag religion sur Des Choses à lire Charle12


Mots-clés : #biographie #religion #spiritualité
par Aventin
le Sam 3 Avr - 6:29
 
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Sujet: François Sureau
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Darcy Ribeiro

Maíra

Dans sa préface à Maíra, Ribeiro dit que le véritable sujet de son roman est la mort des dieux. Le roman est en effet construit comme un requiem à la mort annoncée de ce peuple Maïrun (4 parties dans le roman : antienne, homélie, canon, corpus). Le récit s’ouvre sur la découverte du cadavre d’une Blanche près du village maïrun et l’on suit alternativement le début de l’enquête policière pour découvrir les raisons de cette mort, les pensées d’Isaïas, maïrun converti au christianisme en proie à une crise existentielle majeure arrivé au moment où il doit devenir prêtre à Rome, mais également des parties consacrées à la cosmogonie maïrune complètement éloignée du paradigme chrétien.

Ribeiro ne se propose pas de faire une reconstitution littéraire de ce qu’aurait été la vie dans ce village indien, il ne tend pas du tout à l’objectivité : il fait parler des divinités, des morts. C'est une œuvre de fiction. Il se positionne de manière intermédiaire entre une restitution scientifique, ethnologique, objective, occidentale (on suit à la loupe des rites mortuaires, par exemple) et une pure subjectivité née de l’artifice romanesque.

C'est un roman que j'ai beaucoup apprécié, il est très riche, très mélancolique sur la fin. Très nuancé aussi, la destruction n'est pas que du côté brésilien. Beaucoup de personnages sont écartelés par les injonctions de leur propre culture (je pense au parcours christique d'Isaias et d'Alma) et Ribeiro le traduit bien.


 « Ce qu’il faut, je le sais, c’est la capacité d’affronter la vie, d’assumer mon rôle, quel qu’il soit. Finalement, être mairum, ou brésilien blanc, noir, indien ou métis n’a aucune importance. Le mauvais en moi, l’erreur, c’est de ne pas l’oublier, ni jour, ni nuit. C’est de ruminer et ressentir des bêtises, d’en souffrir. Je dois trouver dans la foi la confiance et l’acceptation de mon image et de mon essence. Pour ça il me faut prier encore plus. Mais je prie de moins en moins et avec moins de foi. Ma foi s’étiole. Serait-ce de tant demander ce qu’elle ne peut me donner ? Je n’ai pas le droit d’attendre des miracles. Y a-t-il encore des miracles ? Peut-être n’y en a-t-il jamais eu. Et finalement le miracle que je demande, quel est-il ? C’est que Dieu change ma substance, me fasse génois ou congolais ou brésilien ou un homme quelconque. Ce n’est pas le problème de Dieu. C’est mon problème. Je dois m’accepter tel que je suis, pour mieux respecter en moi son œuvre. Pauvre œuvre de merde, que Dieu me pardonne. »


« Grâce à Dieu, j’ai saisi, compris, enfin ! La pureté de Dieu, si elle existe, si Dieu existe, est dans la vie, dans la capacité de copuler, de jouir, d’enfanter. »


« La nudité, je l’ai appris hier, est l’acte très intime, très secret, de l’homme et de la femme qui, seuls au monde, délient leurs minces parures l’un devant l’autre pour l’amour et la contemplation. »


« La vérité n’est pas en un seul lieu. Et elle n’est pas chose unique. Elle est partout, elle est multiple, dispersée et contradictoire. »


« Son amour, Seigneur, est le paradis unique auquel j’aspire. Si avec elle je dois me perdre, sans elle je ne veux pas me sauver. Donne-moi, Seigneur, mon amour infortuné. Dût-il être jonché de tous les scorpions de la jalousie. Dût-il me coûter la condamnation éternelle de mon âme passionnée. Son amour, Seigneur, ou ma mort, donne-moi. »



\Mots-clés : #identite #religion #traditions
par Secrètement
le Dim 14 Mar - 0:02
 
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Sujet: Darcy Ribeiro
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Bankim Chandra Chatterji

Le Monastère de la Félicité

Tag religion sur Des Choses à lire Unnamed

Si les luttes et les séditions qui ont eu lieu en Inde à la fin du dix-huitième siècle ont permis aux anglais de prendre le pays sous son contrôle (puis d'en faire une colonie), Le Monastère de la Félicité, qui se déroule pendant ces événements, ne tente pas véritablement de leur donner un éclairage historique. Bankim a convenu lui-même qu'il fallait ajouter "quelques informations sur la révolte de sannyasins", et l'introduction donnée dans cette édition est plus propre à nous renseigner que le roman lui-même. Récit d'aventures ? Les péripéties se concentrent surtout à un point du roman, lorsque la bataille de 1770 fait rage. On comprend toutefois que l'enjeu concerne davantage l'équilibre du monde, mis en déroute à cause d'un dérèglement moral (il semble que celui de la nature soit entraîné avec, par quelques descriptions, non seulement celui de la société).

Mais peut-être que l'on cause beaucoup trop dans ce roman pour que les descriptions et l'action aient une place considérable dans son économie. Et ces personnages, de quoi parlent-ils ? De la vertu, de la pureté, qui consiste pour ces disciples du vishnouisme à renoncer à tout et surtout à soi : ne plus jamais voir sa femme ou ses enfants pour mieux vaincre l'ennemi, proscrire la jouissance des sens sous peine d'avoir à se suicider. On ne discute pas les préceptes du vishnouisme mais on l'explique un peu (ce dont le lecteur ignorant pourra profiter), l'objet des débats est toujours le même, passant simplement d'un personnage à l'autre, à savoir celui de la réussite ou de l'échec de ce sacerdoce. Tout cela m'aurait beaucoup intéressé si les dialogues et la psychologie des personnages n'avaient pas été si pauvres, avec si peu de variantes ou de réflexions. Tout est planifié, et d'ailleurs lorsqu'ils ne parlent pas de vertu les personnages parlent du plan à accomplir dans le récit, ce qui, je le découvre, a le don de m'agacer.

Bankim Chandra Chatterji a écrit:― Je ne comprends pas. Pourquoi les Fils sont-ils vishnouites ? Le premier devoir d'un vishnouites n'est-il pas la non-violence ?
― Tu parles des disciples de Chaitanya [....] Je t'explique ce que nos ancêtres depuis quatorze générations ont compris. Dieu est pourvu de trois qualités, tu le sais ?
― Oui sattva, rajas, et tamas, n'est-ce-pas ?
― Bien. Il y a trois façon d'adorer Dieu selon ces trois qualités. De la qualité de sattva naissent Sa compassion et Sa bonté. Son culte se fait au moyen de la dévotion. C'est ce que fait la secte de Chaitanya. De la qualité de rajas naît Sa puissance. Son culte se fait par la mise à mort des ennemis des dieux. C'est ce que nous faisons. Et par la qualité de tamas le Seigneur prend un corps physique. Il revêt selon Son désir une forme à quatre bras, par exemple. Selon cette qualité, le culte se fait par l'offrande de santal et de guirlandes de fleurs. C'est ce que font les gens ordinaires.



Mots-clés : #colonisation #lieu #religion
par Dreep
le Jeu 11 Mar - 11:03
 
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Sujet: Bankim Chandra Chatterji
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Joyce Carol Oates

Un livre de martyrs américains

Tag religion sur Des Choses à lire 97828410

Quatrième de couverture :

2 novembre 1999, Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d'une petite ville de l'Ohio et tire sur le Dr Augustus Voorhees, l'un des "médecins avorteurs" de l'hôpital. De façon remarquable, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier et offre le portrait acéré d'une société ébranlée dans ses valeurs profondes. Entre les foetus avortés, les médecins assassinés ou les "soldats de Dieu" condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs ?



Douloureux sujet que celui de l'avortement...qui se conjugue avec celui de la contraception chez ces chrétiens intégristes....(évidemment).

Un roman de plus de 800 pages, lu en deux jours...je dois dire que moi qui suis une inconditionnelle de J.C. Oates, je suis, une fois de plus, époustouflée par son talent !

Beau tour de force que de nous plonger dans la tête de ce chrétien pratiquant, Luther Dunphy, qui voulant lui-même être pasteur (recalé) avait ses failles ....remarquablement bien dressé ce portrait....tout comme celui du médecin gynécologue obstétricien....Gus Voorhees, idéaliste, et prêt à risquer sa vie pour accomplir ce qu'il estime être "son devoir".

Guy Voorhees

" Il avait sauvé des vies. La vie de jeunes filles et de femmes.

Des filles qui avaient essayé d'avorter elles-mêmes par honte. Des filles qui étaient arrivées à terme en semblant ne pas savoir qu'elles étaient enceintes et qui même en plein accouchement hurlaient leur déni. Des femmes enceintes qui n'étaient pas allées voir un médecin, bien que sachant, ou devinant, que le foetus était mort et qu'elles ne portaient pas la vie, mais la mort. Des filles qui cachaient leur grossesse sous des corsets, qui aplatissaient leurs seins gros de lait contre leur poitrine. On se serait cru en 1955 ou en 1935. On n'imaginerait pas que des situations aussi terribles existent encore. Par ignorance ? Par intolérance religieuse ? Par désir d'être bonnes. Et de paraître bonnes.

Certaines d'entre elles étaient pentecôtistes. Il y a eu deux ou trois Amish dans l'ouest rural du Michigan. Une poignée de catholiques dans la région de Détroit.

Certaines des très jeunes filles avaient été engrossées par....des beaux-pères ou des pères ? Des oncles ? Des frères ou des cousins plus âgés ? Elles étaient trop terrifiées pour le dire. Elles "ne savaient pas". Elles " ne se souvenaient pas ".

Dans leur religion (pour autant qu'il la comprenne) il importait peu qu'une grossesse résulte d'un viol ou d 'un inceste, l'avortement était contre la loi divine. L'avortement était un péché, un crime et une honte parce que c'était "le massacre d'innocents". En implorant l'aide du Dr Voorhees dans un murmure précipité, la mère ne l'avait pas prononcé une seule fois.


Luther Dunphy

"j'éprouvais une terrible angoisse ! J'avais souhaité être pasteur de l'église missionnaire de Jésus de Saint-Paul et transmettre la parole à tous ceux qui voulaient entendre. Mais l'église n'avait pas voulu de moi, et Dieu non plus n'avait pas voulu de moi pour répandre sa parole."

Une loi avait été votée dans l'Ohio quelques années auparavant, interdisant aux manifestants de s'approcher à moins de deux mètres des avorteurs et du personnel, de se rassembler dans l'allée ou de bloquer l'entrée du Centre ; mais cette loi n'était pas toujours observée. "

Cessez de vous mentir,
Aucun bébé ne choisit de mourir.


A cette heure-ci aucune mère n'arrivait, mais Voorhees arriverait bientôt. Cela, je le savais avec certitude.

Magistral ce roman....mais peut-on vraiment le qualifier de roman, il est presque construit sous la forme d'un reportage.

Les familles des deux principaux protagonistes, le malheureux médecin et son assassin, sont décortiquées, analysées....deux familles diamétralement opposées, les Voorhees, pur intellos de gauche d'un côté et les Dunphy de l'autre,  représentant l'Amérique rurale, profondément croyants.

Malgré tout, des familles brisées, dont les enfants n'en sortiront pas indemnes....ni les épouses d'ailleurs....

On suit leur évolution au fil du temps....

Le travail de documentation de cette auteure que je considère comme l'une des plus talentueuses de sa génération est impressionnant....tant sur les milieux (divers) chrétiens comme il en existe de nombreux  aux Etats-Unis, que sur celui du système judiciaire (si complexe) et même celui de la boxe ....

Deux choses m'ont néanmoins interpellée....les injections létales dans les Etats où la peine de mort sévit,  seraient administrées par le personnel carcéral et non par des médecins qui refusent de tuer un être humain....avec toutes les complications que cela peut créer évidemment....(j'ai vérifié sur le net, il y a eu des cas où le condamné a mis plus de deux heures à décéder et avec des souffrances évidentes)  et le sort des foetus jetés à la poubelle au lieu d'être incinérés (ça j'ai du mal à le croire)....

Un livre magnifique  Very Happy


\Mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #medecine #religion #social
par simla
le Sam 9 Jan - 5:41
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Flannery O'Connor

Merci Tristram  cheers  !

Flannery O'Connor est vraiment la Grande Dame des Lettres du Sud US !

Voici ce que j'en bafouillais antan:

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Et ce sont les violents qui l'emportent

Tag religion sur Des Choses à lire The_vi10

Titre original: The violent bear it away, 1955 pour l'écriture, 1960 pour la parution en langue originale.

Roman (195 pages environ, trois parties, douze chapitres), qui a la particularité d'avoir été son premier opus publié post-mortem en français, comme dans pas mal d'autres langues.

Un écrit-malaise. On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments ? En refermant "Et ce sont les violents qui l'emportent" ne répond pas "oui, peut-être", mais oui.  
L'histoire elle-même nous peint quelques-unes d'entre les tares, plus ou moins familières, susceptibles d'apparaître au sein du Bible Belt comme de l'humanité entière, qui sont autant d'incompréhensions prospectives de Flannery O'Connor.

Une figure de père possédé enlève sans succès un neveu (Rayber) dans son antre de Powerhead (tout un patronyme !).
Celui-ci lui échappe et un petit neveu (Tarwater, tout un patronyme également !) est à son tour pris sous la coupe (ou la coulpe ?) du vieillard.

En de paroxystiques scènes, Flannery O'Connor nous dépeint un quotidien où des effluves de Bible mal digérées tiennent lieu de règles de conduite, érigées par un vieil homme se parant des attributs de prophète et désireux de continuer sa lignée prophétique.

Puis nous assistons au trépas du vieillard, ponctué par une cuite de Tarwater, qui croit incendier le corps (sacrilège) et la maison avant de s'enfuir rejoindre, à la ville (Atlanta ?), Rayber.
Rayber qui incarnerait (cela reste fort hypothétique !) une certaine normalité. Du moins au sens où nous l'entendons, et d'ailleurs sens où s'était entendu à la date de parution.
Mais, Rayber...un autre désemparé, un autre cabossé de la vie, un autre déconnecté, pas seulement par son appareillage auditif, lien vers autrui et le monde, qu'il branche...ou parfois non.
Rayber, une femme en fuite, un enfant anormal à charge (nommé Bishop, cet innocent, ce qu'il y a de moins innocent ne serait-il pas, de la part de l'auteur, le choix du nom ?), Rayber, des convictions, un process analytique qui lui tient lieu de pensée, mais ce n'est parfois pas si loin de l'illumination que ne l'est son oncle, et ça, c'est fort, en termes de perte de repères lectoraux, chère Flannery O'Connor.

Bishop, l'innocent, l'anormal, le petit garçon et ses yeux, son physique rappelant sans coup férir le vieux fou.

Rayber demi-sourd, conséquence d'un tir au fusil du vieux psychopathe qui lui emporta une oreille.

Arrivé en ville, alors qu'il n'est pas du tout adapté à l'univers urbain, Tarwater frappe à la porte de Rayber son oncle. Quelques jours suffisent, qui sont le prétexte à l'action du roman.

Rayber, ambitieux, le félicite de son choix et l'héberge, pensant amener Tarwater à la normalité, enfin, telle que Rayber la conçoit.
Quelques scènes, qui ont dû faire jubiler l'écrivain à l'écriture, sont immanquables et d'une profondeur des plus rares. Vraiment de très haute volée. Obsédé par le fait de se défaire du vieux taré, qui l'a modelé sinon corps du moins âme, Tarwater entre d'emblée dans l'opposition la plus déroutante envers Rayber, qui pourtant désire autant que lui ce but, mais par d'autres voies que celles, brouillonnes, sanguines et aliénées, de son neveu. Et Tarwater poursuit son legs, son idée fixe, à savoir baptiser Bishop, afin qu'il continue la lignée prophétique de l'ancêtre. Six journées de vie commune, et...

Farfelu ? Sans aucun doute. Mais fébrile, nauséabond jusqu'au nauséeux, le livre se laisse continuer avec un plaisir malsain, celui du voyeur. On ne peut pas dire qu'on ne soit pas tenté de lâcher de telles pages, si l'on est un être humain constitué. Mais on est pris. Quelle force d'écriture, tout de même, Flannery O'Connor. Juste un grand auteur...

Le roman ne s'étiole jamais. Une analyse de l'eau, du feu, de la faim rapportées à cet ouvrage doit avoir nourri force pages savantes et universitaires, du moins je le présume (il y a matière, large !!).

Tarwater dépassera Rayber; accomplira ce dont il ne s'est pas senti la force. Reviendra sur le lieu de son méfait par un cheminement (géographiquement) long, un chemin signifié. Les eaux du baptême (par effraction) sont celles de la mort du summum de l'innocent incarné, donc une crucifixion supplémentaire de Jésus, sans doute, si j'analyse bien.
Tarwater probablement violé (le texte, sans doute pour éviter une censure de l'époque, et c'est un texte déjà borderline, est tout en suggestion magistrale). Tarwater trompé, comme cocufié dans son immolation de préférence à une inhumation, Tarwater qui se (re) dirige à la ville pour conclure.

Je défends ce roman, et le défendrai loin. Mais je ne suis pas sûr de le conseiller à des yeux non avertis. Manière de dire que je suis sûr de ne pas le faire. Il y a là de la très haute littérature. Avis net de chef d'œuvre en ce qui me concerne, s'il me faut jauger l'ouvrage.  

Chapitre IX a écrit:
Il réfléchit avec amertume qu'elle n'avait même pas réussi à vivre avec le visage de Bishop où il n'y avait rien d'arrogant. Le petit garçon s'était relevé et avait grimé sur la banquette arrière et, penché en avant, il lui soufflait sa respiration dans l'oreille. Par nature et par entraînement elle était qualifiée pour prendre en charge un enfant exceptionnel mais pas un enfant aussi exceptionnel que Bishop, portant son nom de famille et le visage de "cet horrible vieillard". Elle était revenue une seule fois au cours de ces deux dernières années et lui avait enjoint de placer Bishop dans une institution parce que, disait-elle, il était incapable de l'élever comme il fallait - néanmoins il était évident, rien qu'à le regarder, qu'il prospérait comme une plante au soleil. La façon dont Rayber s'était conduit en cette occurrence était encore pour lui une source de satisfaction. D'une bourrade, il avait envoyé sa femme rouler presque au milieu de la chambrée.

 A cette époque, il savait déjà que sa propre stabilité dépendait de la présence du petit garçon. Il pouvait contrôler son terrifiant amour aussi longtemps qu'il le concentrait sur Bishop, mais si quelque chose arrivait à l'enfant, c'est à cet amour même qu'il lui faudrait faire face. Alors le monde entier deviendrait son fils idiot. Il lui faudrait, par un suprême effort, résister à l'admission; avec chaque nerf, chaque muscle, chaque pensée, il lui faudrait résister au moindre sentiment, à la moindre pensée. Il lui faudrait anesthésier sa vie.


Première phrase du chapitre I de la première partie (entame du roman) a écrit:
L'oncle de Francis Marion Tarwater n'était mort que depuis quelques heures quand l'enfant se trouva trop soûl pour achever de creuser sa tombe, et un nègre nommé Buford Munson, qui était venu faire remplir sa cruche, fut obligé de la finir et d'y traîner le cadavre qu'il avait trouvé assis à table devant son petit déjeuner, et de l'ensevelir d'une façon décente et chrétienne, avec le signe du Sauveur à la tête de la fosse et assez de terre par-dessus pour empêcher les chiens de venir le déterrer.




Rafistolé d'un message sur [i]Parfum du 11 août 2014[/i]


Mots-clés : #famille #religion #satirique
par Aventin
le Dim 3 Jan - 10:50
 
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Sujet: Flannery O'Connor
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Flannery O'Connor

Et ce sont les violents qui l'emportent

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Tarwater a quatorze ans lorsque meurt son grand-oncle, avec qui il vivait seul, à l’écart de la ville. Le vieillard l’a enlevé à sa naissance (ses parents ayant disparu dans un accident) pour l’éduquer afin d’en faire le continuateur de sa mission prophétique ; il avait déjà tenté de ravir son neveu, Rayber, devenu maître d'école et père de Bishop, enfant idiot que Tarwater a le devoir de baptiser. Ce dernier, après avoir incendié leur maison (métaphore du feu mystique), rejoint Rayber en ville ; plein de méfiance, dialoguant avec soi-même sous la forme d’un étranger (puis un ami) qui lui parle, il oscille entre l’emprise du vieillard qui l’a conditionné et la révolte contre celle-ci.
D’entrée, les scènes de la mort et l’enterrement du vieux prophète donnent le ton : il est féroce, puissant, impitoyable, d’une noirceur sans échappatoire.
« Ou s’il n’était pas exactement fou, ça revenait au même, mais d’une façon différente : il n’avait qu’une chose en tête. C’était l’homme d’une seule idée. Jésus. Jésus ceci, Jésus cela. »

« Ce n’est pas Jésus ou le diable, c’est Jésus ou toi. »

« Les prophètes, c’est bon qu’à ça – à trouver que les gens sont des ânes ou des putains. »

« Quand il en avait plein le dos du Seigneur, il se soûlait, prophète ou pas prophète. »

L’incarnation des personnages est impressionnante, et pour cela aussi j’ai pensé à Steinbeck.
Sur quatre générations, les quatre membres de cette famille se voient les uns dans les autres comme dans un miroir ‒ avec haine, comme des monstres répugnants ‒ la malédiction de la folie dans leur sang.
Ce roman (1960) reprend la dénonciation de La Sagesse dans le sang (1952) à propos des fanatiques, faux prophètes et illuminés qui imposent leurs convictions religieuses (fondamentalistes, bibliques, évangélistes) dans un prosélytisme abusif, exploitant jusqu’aux enfants ‒ en fait, Flannery O’Connor défend ou illustre moins un point de vue qu’elle semble être emportée par une vision, à l’instar de Faulkner ; à l’opposé de toute démonstration, elle présente sans explication jusqu’aux menues incohérences et confusions qui caractérisent l’existence.
Laïque et même athée, le maître d’école, qui à sept ans a été subjugué par les « yeux fous de poisson mort » de son oncle le vieux prophète et l’a rejeté à quatorze ans, qui adulte se débat avec l’amour et veut aider, sauver, guérir, surveiller son neveu (ainsi que l’étudier), est aussi un porteur de certitude à sa manière, mais qui ne peut agir.
« La malédiction des enfants, c’est qu’ils croient. »

« La grande dignité de l’homme, dit l’oncle, c’est qu’il peut dire : Je suis né une fois et ça suffit. Ce que je peux voir et faire pour moi et pour mon prochain dans cette vie, ça ne regarde que moi et je m’en contente. C’est bien suffisant pour un homme. »

Le baptême d’eau qui est nouvelle naissance constitue la trame du récit comme l’augure du drame que le lecteur regarde survenir.

\Mots-clés : #famille #misère #religion
par Tristram
le Sam 2 Jan - 23:45
 
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Sujet: Flannery O'Connor
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Karel Schoeman

L'heure de l'ange

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Ce livre est donc le troisième volet de la trilogie des voix (c'est-à-dire des souvenirs), après Cette vie et Des voix parmi les ombres (que j’ai lus avec intérêt).
« Peu après midi, un jour de semaine, vers la fin de l’été de l’année 1838, l’ange du Seigneur apparut à Daniel Josias Steenkamp alors qu’il gardait les moutons de son frère dans le veld. »

Dans « l’État libre d’Orange », un ancien instituteur, en froid avec les notables locaux, cherche à se retrouver dans l’œuvre de sa vie : les notes où il consigne l’histoire de ce berger, aussi poète. C’est Jodocus de Lange, dit Jood, et après sa mort un scénariste de la télévision revient dans la petite ville périclitante où lui-même a vécu enfant, sur les traces de « Danie-Poète », « premier poète de langue afrikaans » : il visite le musée local, le lieu de sa sépulture, replonge dans cette époque où la Bible était omniprésente, sans cesse lue et citée en référence ; ainsi de la lutte de Jacob avec l’ange (qui m’a ramentu hors de propos Dimanche m’attend d’Audiberti). Le scénariste se rappelle une visite scolaire à Jood, l’érudit qui passe ses nuits à écrire (ou songer au passé ?), petite graine du souvenir qui a germé. Une mystérieuse Yvonne Engelbrecht lui laisse des messages pour qu’il la rappelle, ce qu’il néglige de faire.
« Peut-être qu’à force de travailler avec des mots et des images, de fil en aiguille, on devient incapable d’appréhender la réalité, alors on la transforme pour soi-même, pour pouvoir la comprendre, on écrit un scénario, on réalise un film, on rédige un article ou on publie un livre. »

« Mais sait-on jamais, peut-être qu’un jour l’un d’eux se souviendra de quelque chose, peut-être qu’une graine germera, nous avons un devoir envers les jeunes générations [… »

« Comment peut-on, en définitive, juger, comment peut-on mesurer, comment peut-on savoir qui lira ces mots, savoir où tombera – peut-être – la semence, et à quoi elle donnera naissance ? L’on croit en ce qu’on fait, l’on continue, cela suffit. »

Puis c’est de nouveau Jood qu’on écoute (auquel on doit les deux derniers extraits), qui s’égare un peu dans ses souvenirs (et rabâche quelque peu) et qui, étranger à la région, ne s’y est jamais vraiment intégré, qui travailla à une monographie jamais achevée sur l’histoire de la bourgade, est lui aussi poète, dont la publication à compte d’auteur fut largement ignorée, sinon éreintée.
« J’étais poète, mon recueil et les exemplaires entassés derrière la porte de mon bureau sont là pour le prouver. »

On comprend que ses démêlés dans les intrigues et médisances des notabilités du lieu l’aient aigri, rendu rancunier ‒ et expliquent son enflure vaniteuse. Et on apprend qu’il hérita des notes du pasteur Jacobus Theophilus Heyns, ou pasteur Japie, premier compilateur local et premier éditeur de Daniel Steenkamp, que Jood publie in extenso avec les mêmes déboires que précédemment.
C’est maintenant au pasteur Heyns d’évoquer ses débuts dans la paroisse, et comment il s’habitua progressivement aux accommodements avec ses ouailles
« Dans un certain sens, sans m’en rendre compte, j’avais commencé à apprendre non seulement ce qu’il fallait dire, mais aussi la manière de le dire, ce qu’il valait mieux passer sous silence [… »

… et comme il passe de la rédaction de ses sermons, puis de notices biographiques, à écrire l’histoire du district à partir des archives familiales qu’on lui confie pour qu’il sauvegarde le passé ; puis comment il recueille le manuscrit où Danie-le-Fol essaya de transmettre sa vision, lui dont la famille de basse extraction est mal vue de l’establishment. Tourmenté par sa vocation (et sa libido), ce que le pasteur confesse avec humilité est autrement fort proche de ce qu’exprimait Jood, notamment ce qui chez l’ecclésiastique est la nécessaire circonspection dans ce milieu pieux où il se dit « épié en permanence ».
Puis c’est Daniel qui parle de ses visions et prédications, une vie à « chanter et témoigner » auprès des pauvres jusqu’à ce que l’hostilité des nantis le fasse taire.
Ensuite Voix de femmes ‒ assez dépitées : la veuve de Japie, celle de Jood, d’autres regards sur les mêmes situations, confortant ce que nous avons appris de l’ambition du véhément Jood, et du doux Japie qui n’en avait pas.
« Fille de mon père, femme de Jood, quarante ans passés dans cette ville aux longues rues blanches et rectilignes, quarante ans de longues soirées assise à la table de la salle à manger en attendant de remonter, seule, le couloir jusqu’à ma chambre pour aller me coucher. »

C’est cette dernière qui fit brûler les archives de son mari Jood (et donc celles de Lapie et Danie).
Enfin la sœur aînée de Danie, plus amère encore, dont on apprend qu’elle l’éleva, recopia ses poèmes, et éclaire sa vie du contexte historique (la fin de l'esclavage, la spoliation des terres en pays bâtard par les Blancs, la guerre des Boers contre les Anglais).
Tout au long du texte on retrouve l’influence de Jacob Landman, Kosie, un des fermiers pionniers de la région, puis de son fils Kobus ‒ et tout le poids de la religion dans une société fermée, conservatrice.
Et bien sûr le veld, sa désolation, la sécheresse et la poussière blanche, avec pour seuls évènements depuis la récente colonisation afrikaner la disparition des Bâtards, des Griquas et des Bochimans, ainsi que de la faune sauvage ; aussi moutons et vergers, cyprès et gommiers ‒ et les réservoirs d’une eau si rare ‒, toute une contrée résumée de quelques mots.
Qu’est-ce qui a pu retenir mon attention dans cette lecture, qui traite longuement de choses éloignées de mes préoccupations et de mes goûts ? Peut-être l’impression qu’est habilement rendu le secret des vies disparues, suggéré par des signes énigmatiques, qui ne sera jamais vraiment connu, son existence seulement révélée : les traces du passé s’estompent, deviennent incompréhensibles.
« Comprendre n’est pas possible : celui qui est confronté à la vision ne peut qu’observer en silence, émerveillé, enregistrer et accepter, en restant immobile. Le voyage se fait vers l’intérieur. »

Demeure un leitmotiv :
« Le passé est un autre pays. »

« Le passé est un autre pays : où est la route qui y mène ? »

« Le passé est un autre pays, tellement lointain qu’il en est inaccessible, et ce que l’on peut en récupérer, ce que l’on peut en conserver, on l’emporte avec soi. »


\Mots-clés : #biographie #religion #traditions
par Tristram
le Sam 26 Déc - 23:01
 
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Sujet: Karel Schoeman
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Denis Diderot

La Religieuse

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Ce qui est étonnant avec La Religieuse c’est que si Diderot s’attaque à la religion catholique et son pouvoir sur les consciences ce n’est que de façon tout à fait discrète ou secondaire dans ce roman qu’il ne fera jamais publier (cette publication se fera après la mort de Diderot). Si encore sa cible est le couvent en tant qu’institution, la critique du Philosophe s’avère assez peu convaincante. Dans les deux couvents où elle a été envoyé contre son gré, cette Suzanne Simonin en voit de toutes les couleurs. Si elle cède à la force et au chantage, on admire la pugnacité et la sagesse avec lesquelles elle requiert sa liberté. C’est également là où elle déçoit dans la seconde partie du roman, vu que son « innocence » n’est rien d’autre que de l’ignorance. Contre toute attente Diderot explore la thématique de l’enfermement d’une manière qui évoque le roman gothique ; ni goules ni fantômes, mais des sévices corporelles, des cris, une démence qui monte sous une pression psychologique décrite par l’auteur avec une justesse admirable, d’où mon plaisir à lire ce roman qui est si peu ce que j’attendais de Diderot. Si l’on excepte l’idée même de la contrainte, les arguments soulevés par Diderot ne sauraient faire abattre les quatre murs entre lesquels d’autres ont pu entrer en toute liberté et n’y ont pas connus les horreurs décrites ici. Il y a aussi la force des rites et des superstitions, mais Diderot ne s’attarde pas trop là-dessus, ou de façon trop succincte.


Mots-clés : #philosophique #religion
par Dreep
le Mer 18 Nov - 18:34
 
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Honoré de Balzac

L’Envers de l’histoire contemporaine


Tag religion sur Des Choses à lire Quai10
"En 1836, par une belle soirée du mois de septembre, un homme d'environ trente ans restait appuyé au parapet de ce quai d'où l'on peut voir à la fois la Seine, en amont, depuis le Jardin des Plantes jusqu'à Notre-Dame, et en aval, la vaste perspective de la rivière jusqu'au Louvre". [première phrase du livre]





Roman, paru en 1848, deux parties, fixées sous les intitulés Madame de La Chanterie et L’Initié, il figure dans la section Scènes de la vie parisienne de La Comédie humaine.
Spoiler:
NB: La première partie est publiée en quatre livraisons échelonnées de septembre 1842 à novembre 1844.
La seconde partie est d’abord éditée sous le titre Madame de La Chanterie, deuxième partie, l’Initié (août-septembre 1848).
Une édition en volume posthume parait en 1854 sous son titre définitif: L’Envers de l’histoire contemporaine, deuxième épisode, L’Initié.


Celui-ci passe pour être le dernier roman achevé de Balzac.

En quelques mots, ce dont il s'agit:
Balzac présente une association dite bienveillante, une conspiration secrète fomentée autour d’une aristocrate inspirée par L’Imitation de Jésus Christ (celle de Gerson) Madame de La Chanterie, impliquée jadis dans une action de chouannerie d'importance.

Madame de la Chanterie, condamnée à de la prison, est soutenue par quatre personnages, emblématiques de l'Ancien Régime: un prêtre, un militaire, un magistrat et un bourgeois.
Godefroid, jeune homme un peu en recherche, un peu tombé du ciel, arrive dans cette compagnie. Le second "épisode" (ou seconde partir) narre la Première, les grands débuts, l'épreuve du feu de ce personnage principal (héros ?).

Cette impression que le vrai pouvoir est discret voire occulte, cela jalonne l'œuvre de Balzac. Mais ici, c'est nettement plus rare, l'"Éléphant de Tours" nous distille une ambiance d'entrée de roman des plus étonnantes, non sans rappeler les façons du roman noir, ou du moins quelques traits caractéristiques.

Toujours assez commun chez Balzac, un jeune homme en échec, essuyant claque sur claque, incapable, ayant failli aux espoirs parentaux comme à ses rêves de prime jeunesse, ayant dilapidé son avoir puis, plus tard, son héritage, vivant malgré tout largement au-dessus de ses moyens, un coléoptère nocturne attiré par les éclats étincelants de la vie parisienne, qui y brûle ses ailes après que ces lumières l'ont aveuglé.
Tel est Godefroid, un jeune homme ayant perdu gros, souhaitant donner une direction plus sobre, quasi érémitique à sa vie.  
Le hasard -la Providence- le fait remarquer un abbé, répondre à une annonce pour un logement à tarif modéré, et, de là, entrer dans une maison tenue par une sainte dame, habitée par de saints gentilshommes.

Le Bien et le Mal. Le Bien capable d'être aussi fort que le Mal, d'avoir le dessus. De même que le terme de Providence que j'employai ci-dessus, la Vertu, la Charité sont des notions désuètes, ou alors qui ressurgissent, incomplètes, nous d'autres appellations, en ce XXIème siècle, à ce qu'il me semble du moins.

Qu'a voulu faire Balzac ?
Un Balzac déjà malade, qui n'achèvera plus un roman, tout en en ayant un nombre plutôt conséquent en chantier ?
Lui qui a peint les turpitudes, la petitesse, les mœurs, la vilennie, la chicane, l'inhumanité, la débauche qui tue à petit feu et bien d'autres caractéristiques de ses contemporains, bref, l'insensé parce que trop vaste projet de consigner une Comédie humaine ??
 
Pourquoi faire ressortir, comme un pont au-dessus de son œuvre, des éléments bien présents dans Les Chouans ?  L'attaque de la diligence, les surnoms -de guerre - de Pille-Miche, Marche-à-Terre, etc... ?

Un Balzac pas très ordinaire, donc, qui questionne beaucoup, difficile à mettre en perspective.

La plume y reste succulente [mais] mordante, là-dessus vous n'aviez aucun doute:

Aussi Godefroid offrait-il ce visage qui se rencontre chez tant d’hommes, qu’il est devenu le type parisien : on y aperçoit des ambitions trompées ou mortes, une misère intérieure, une haine endormie dans l’indolence d’une vie assez occupée par le spectacle extérieur et journalier de Paris, une inappétence qui cherche des irritations, la plainte sans le talent, la grimace de la force, le venin de mécomptes antérieurs qui excite à sourire de toute moquerie, à conspuer tout ce qui grandit, à méconnaître les pouvoirs les plus nécessaires, se réjouir de leurs embarras, et ne tenir à aucune forme sociale.
Ce mal parisien est, à la conspiration active et permanente des gens d’énergie, ce que l’aubier est à la sève de l’arbre; il la conserve, la soutient et la dissimule.




Tag religion sur Des Choses à lire L_enve10
Première page.

\Mots-clés : #initiatique #religion #xixesiecle
par Aventin
le Dim 8 Nov - 20:19
 
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Flannery O'Connor

La Sagesse dans le sang

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Hazel Motes est un jeune déboussolé, passé d’une enfance cadrée par une éducation évangélique à quatre années dans l’armée (Seconde Guerre mondiale). Il croise le pitoyable Enoch Emery, plus jeune et plus déséquilibré encore, attardé à qui personne ne s’intéresse (et lui aussi traumatisé rescapé d’un milieu dévot).
Le piquant est que Flannery O’Connor est une fervente catholique, qui dénonce ici, dans son premier roman, les évangélistes, prédicateurs itinérants et autres faux prophètes nombreux dans le Sud des États-Unis.
J’ai pu observer personnellement les ravages de ce type de rackett en Afrique subsaharienne, et ne peux que soutenir la dénonciation de cette exploitation des élans de foi. J’ai vu de pauvres ouvriers se priver (eux et leurs enfants) pour payer la dîme (10% des revenus, voire plus) à une église personnifiée par un escroc qui roule en 4x4 ; je sais, l’idéal peut requérir des sacrifices, chacun est libre de se faire abuser, tout le monde a le droit d’être dupe…
Bien souvent c’est une liturgie foutraque, basée sur des lectures mal assimilées, qui réduit ces prêcheurs auto-proclamés à une caricature : il n’y a pas que des malfaiteurs, mais aussi des simples d’esprit dans les rangs sacerdotaux.
« Qu’est-ce que le pécheur espérait donc gagner ? Il finirait toujours par être la proie de Jésus. »

Et cela va plus loin : les deux illuminés vivent dans un délire, Hazel par rejet d’une éducation mensongère (qu’il ne peut fuir, pénitent qui réfute le péché comme la rédemption), Enoch par imprégnation déformée de l’image paternelle (son « sang » où se tient la sagesse) :
« ‒ L’Église du Christ ! répéta Hazel, eh bien, moi, j’prêche l’Église Sans Christ… J’suis membre et pasteur de cette Église où les aveugles ne voient pas, où les paralytiques ne marchent pas, et où ce qui est mort reste mort. Demandez-moi ce que c’est que cette Église et j’vous dirai que c’est l’Église que le sang de Jésus n’vient pas salir avec Sa Rédemption. »

« J’prêcherai qu’il n’y a pas eu de Chute parce qu’il n’y a jamais eu d’endroit d’où on pouvait tomber, et pas de Rédemption parce qu’il n’y a jamais eu de Chute, et pas de Jugement parce qu’il n’y a jamais eu ni Chute ni Rédemption. Jésus était un menteur, y a que ça d’important. »

« Moi, j’crois en un nouveau genre de Jésus, un Jésus qui n’donne pas son sang pour racheter le monde, parce qu’il est homme, et pas autre chose, parce qu’il n’a pas de Dieu en lui. Mon Église est l’Église Sans Christ. »

« Regardez-moi, hurla Hazel avec un déchirement dans la gorge, et vous verrez un homme en paix. En paix, parce que mon sang m’a rendu libre. Prenez conseil de votre sang et entrez dans le sein de l’Église Sans Christ, et peut-être quelqu’un nous apportera-t-il un nouveau jésus, et sa vue nous sauvera tous. »

« Pas de vérité derrière toutes ces vérités : voilà ce que je prêche dans mon Église. L’endroit d’où vous venez n’existe plus, celui où vous pensiez aller un jour n’a jamais existé, et celui où vous êtes ne vaut quelque chose que si vous pouvez en partir. Où donc se trouve-t-il l’endroit où vous pourrez vous arrêter ? Nulle part. »

« Ensuite, pendant une huitaine de jours, son sang [Enoch] eut avec soi-même des entretiens secrets et quotidiens, ne s’arrêtant de temps à autre que pour lui intimer un ordre. »

Humour noir :
« Il dit qu’il était pasteur.
La femme le regarda attentivement, puis regarda l’automobile derrière lui :
"De quelle Église ?" demanda-t-elle.
Il dit : "L’Église Sans Christ.
‒ Protestante ? demanda-t-elle, soupçonneuse, ou quelque chose d’étranger ?"
Il dit : "Non, madame, une Église protestante." »

Les deux personnages sont des abîmés de l’existence, plombée par leur formation ratée. Pour eux, la femme n’est qu’affaire de voyeurisme ou de bordel :
« Quand il eut terminé, il ressemblait à quelque chose que la mer aurait rejeté sur elle, et elle avait émis à son propos des commentaires obscènes auxquels il repensa, de temps à autre, au cours de la journée. »

Le bon goût règne à Taulkinham, petite ville du Tennessee :
« Le comptoir était fait d’un linoléum marbré, rose et vert. Une serveuse rousse se tenait derrière, revêtue d’un uniforme vert citron à tablier rose. Ses yeux verts, enchâssés de rose, ressemblaient à une réclame de Lime Cherry Surprise qui était pendue derrière elle. »

À mentionner, entr’autres scènes frappantes, la rencontre d’Enoch avec un « gorille », burlesque et noire guignolade qui révèle toute sa misère de gamin qui n’a pas eu d’enfance.
D’autres personnages bien campés sont de rencontre, tels Hawks le faux pasteur aveugle et sa fille la piètre Sabbath, ou Mrs Flood la logeuse :
« Elle avait le sentiment que les sommes qu’elle déboursait pour ses impôts tombaient dans les poches de tous les bons à rien de la terre, que non seulement le gouvernement les distribuait à des nègres étrangers, à des Arabes, mais les dépensait inutilement à domicile pour des crétins d’aveugles, pour le premier idiot venu, moyennant qu’il pût signer son nom sur une carte. Elle considérait que c’était parfaitement son droit d’en reprendre le plus possible. Elle considérait que c’était parfaitement son droit de reprendre n’importe quoi, argent ou autre chose, tout comme si elle eût été propriétaire d’un monde dont on l’avait dépossédée. Elle ne pouvait rien regarder avec attention sans le désirer aussitôt, et rien ne l’irritait davantage que la pensée qu’il aurait pu y avoir, caché près d’elle, quelque chose ayant de la valeur, quelque chose qu’elle ne pouvait pas voir. »

Dans ce roman, cette ville, cette Amérique, tout le monde est méchant, même « avec Jésus dans la cervelle en guise d’aiguillon »…
J’ai pu penser à John Steinbeck, peut-être à cause d’une certaine tendresse pour ses personnages malgré la farce burlesque à la fois choquante et dramatique, à la limite de l'absurde.
C’est un étonnant livre tragi-comique, à l’écriture très forte, tournant autour du thème de l’aveuglement (et bien sûr des dangers du fanatisme religieux pour soi comme pour les autres).

Mots-clés : #misère #religion
par Tristram
le Dim 26 Juil - 14:31
 
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Sujet: Flannery O'Connor
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Bernard Malamud

Le Commis

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Morris Bober est un petit épicier juif assez misérable ‒ un raté. Frank Alpine est un jeune goy ‒ un rital ‒, également assez misérable, qui participa au braquage lamentable de Morris, et se fait bizarrement embaucher par celui-ci comme commis. Grâce à lui les affaires semblent s’’améliorer, tandis qu’il s’éprend de la fille de la maison, Helen.
Les pensées des personnages tournent toutes autour du rêve américain, de la réussite sociale et personnelle : « devenir quelqu’un ». Il semble que les destinées soient inéluctablement bornées (parce qu'ils appellent la malchance), que ce soient les membres de la famille juive ou Frank, qui, dans une imprédictible alternance de dévouement et d’autodestruction, paraît voué à saboter ses propres espoirs par son comportement, et à entretenir sourdement une culpabilité qui le condamne à échouer.
« Il comprit qu’il aurait toujours des péchés inavouables, et il en fut profondément atteint. »

« Une autre chose qui l’encourageait à continuer ses filouteries, c’était le sentiment qu’il avait porté chance aux Bober en même temps qu’il leur rendait service. Quoi de plus normal que de prélever un petit quelque chose ? »

« Les années avaient passé, inexorables, sans rien lui laisser. À qui la faute ? Les coups que le sort lui avait épargnés, il se les était infligés lui-même. Il avait toujours choisi la mauvaise voie ; il s’était toujours infailliblement trompé et, faute d’instruction, il n’avait jamais pu comprendre pourquoi. La chance est un don qui ne s’acquiert pas. »

« Il [Morris] était plein de frustration : chacun de ses mouvements semblait se finir en tragédie. »

Ces existences précaires, étriquées dans un milieu de petits marchands, tournent avec les occurrences répétées de sordides comptes de menue monnaie.
« Un commerçant sentait tout de suite quand les affaires reprenaient. Les gens semblaient moins inquiets et moins irritables, moins en compétition permanente pour obtenir leur part de soleil sur cette terre. »

La situation évolue cependant vers un imbroglio inextricable des rapports humains de la maisonnée.
Être juif, c’est suivre les rites et préceptes de la religion mosaïque, ce que les Bober ne font pas à la lettre. La qualité distinctive des Juifs, outre un reste de culture commune et la méfiance envers les goys, semble consister en une certaine résignation consentante à l’adversité.
« Dieu bénisse Julius Karp, pensa l’épicier. Sans lui, mon existence serait trop facile. Si Dieu a créé Karp, c’est pour me rappeler que la vie d’un petit épicier est dure, mais ce n’est pas une raison pour l’envier. »

« En somme, se disait Frank, ces gens-là ne vivent que pour souffrir. Et le plus honoré d’entre eux, le pur des purs, le Juif modèle est celui qui supporte le plus longtemps la douleur qui lui ronge les tripes avant de se précipiter aux toilettes. Pas étonnant s’ils lui tapaient sur les nerfs. »

« C’est drôle, se dit-il, pour les Juifs la souffrance est une pièce de tissu ; ils s’en drapent comme dans un vêtement. »

« …] il est resté fidèle à l’esprit de notre loi en souhaitant pour les autres ce qu’il désirait pour lui-même, selon la loi que Dieu dicta à Moïse sur le mont Sinaï. »

À ce propos, voici une étonnante expression d’Helen :
« Elle aurait voulu être à nouveau vierge et en même temps mère. »

Les Juifs ne sont pas présentés sous un jour plus favorable que les goys (on se demande d’ailleurs où serait la différence entre les uns et les autres) :
« Quand on a du gelt [argent] plein les poches, toutes les femmes ont le genre qu’on veut, dit Karp. »

Frank, si épris de la notion de rachat, constitue une sorte de figure christique (références à saint  François d'Assise, etc.)  

Mots-clés : #communautejuive #religion
par Tristram
le Mer 15 Avr - 22:51
 
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Sujet: Bernard Malamud
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Francis Jammes

Le pèlerin de Lourdes

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Roman, 120 pages environ, 1935, paru en 1936.

L'ultime ouvrage de Jammes.
Hora Decima a eu la bonne idée de le publier à nouveau en 2005, ce qui fait qu'il est relativement aisé à trouver.

Autant Monsieur le curé d'Ozeron est écrit à deux eaux, à l'eau de rose et à l'eau bénite, autant Le pèlerin de Lourdes n'est écrit qu'à l'eau bénite.

Et qu'est-ce, d'ailleurs, que cet ouvrage ?
Un format entre la nouvelle et le roman (une centaine de pages), quinze chapitres et une dédicace, c'est, là encore, découpé, aéré. Le synopsis est toujours aussi faible, si je vous narre en deux mots (et deux mots suffisent amplement !) la problématique, "ce qui fait histoire", vous allez trouver le dénouement dans la minute: C'est, encore une fois, le cadet des soucis de Jammes. Pour cet anti-thrill et anti-suspense, "ce que ça raconte" est ailleurs. Le sujet n'est qu'un prétexte, un truc obligé (d'en passer par là) en vue de la composition. Alors, il le fourgue comme en arrière-plan du tableau, ça se verra ou bien, si ça néglige, c'est sans doute qu'il a encore mieux fait son travail !

Le héros se nomme Jean Escuyot, c'est sans doute un avatar avec une bonne part d'imaginaire de Francis Jammes lui-même, mais pas à cent pour cent (pas comme dans Le poète Rustique, quoi), et il va en pèlerinage à Lourdes, c'est loin d'être son premier. Jammes nous gratifie d'un splendide portrait, tout est simple, tout est basique, tout est évident, mais tout est si suggestif !:

Chapitre Jean Escuyot continue a écrit:
  Jean Escuyot porte le chapeau melon qui date de l'enterrement de sa femme, il y a quarante ans, mais qui ressemblerait plutôt, si large est son dôme, à la cloche de ce légume. Son feutre a pris la couleur de la rouille et s'est bosselé comme un vieil ustensile de ménage. De nombreux coups de poing assénés à l'intérieur n'ont pu le retaper. Ses ailes lui donnent l'air d'une aigle impériale qui n'aurait jamais pu s'envoler. Le petit espace où appuient l'index et le pouce sont luisants.
   Quand Jean Escuyot l'enlève on voit ses cheveux blancs au complet, si drus que leur masse, taillée racine droite, évoque les cailloux concassés au bord des routes par le marteau du cantonnier. Sous cette calotte de cheveux, le front présente plusieurs rides transversales, tantôt infléchies comme des arabesques, tantôt parallèles comme les cordes d'une lyre couchée. Cette lyre joue surtout dans la gamme de la surprise et de l'appréhension. Les sourcils, blancs comme tout le reste du poil, sont fournis et relevés en pointe comme une moustache démodée. Les yeux, d'un nocturne splendide, où chanterait un rossignol, sont deux gros pruneaux d'Agen, globuleux, d'expression bienveillante, étonnée, polie. Le nez, un peu gras et oblong, rappelle la pomme de terre nouvelle, bouillie et dépouillée de sa robe de chambre. Et les pommettes saillantes revêtent un carmin naturel qui tient davantage du couchant que de l'aurore. La bouche, purpurine aussi, laisse pointer quelques clous de girofle au cours d'une conversation. La lèvre inférieure est charnue. La barbe, de la même espèce que les cheveux, ni longue ni rase, mal taillée, présente des escaliers comme ceux dont un bûcheron gratifie une écorce recouverte de lichens. Le cou est maigre et cordé, comme l'ont certains poulets. Autour du col d'une chemise de flanelle est passée, lâchement nouée, l'une de ces cravates antiques nommées ficelles. Le gilet est recouvert d'un tricot jurant avec une jaquette officielle. Jean Escuyot, en dépit de son nom qui en bigourdan signifie noix, tout simplement, la noix, le fruit, est un percepteur à la retraite. Ce vêtement a dû faire peau neuve deux ou trois fois depuis la naissance du chapeau melon. Il est plus olivâtre que ferrugineux. Le seul cordon qui le dévore est la courroie d'une musette où sont en réserve quelques vivres, du savon, une chemise et des chaussettes de rechange. Pour rien au monde Jean Escuyot n'admettrait qu'un bouton y manquât. Il coud et ravaude lui-même. Au bout des manches les mains sont épaisses et rougeaudes. La gauche porte à l'annulaire l'alliance de sa défunte femme et la droite retient l'une de ces cannes champêtres qu'une liane a vissées. L'épiderme en est rugueux à cause des travaux de jardinage. Le pantalon est d'un gris de brume, relevé sur les souliers. L'ensemble de l'homme est vigoureux: ni grand ni petit, ni maigre ni gros.



Curieusement immiscé dans ce livre, faisant un rien dépareillé, on trouve un témoignage assez plaisant d'un pèlerinage que Francis Jammes fit à Lourdes en compagnie de Paul Claudel: est-ce qu'un extrait vous dirait ?
La dernière réplique de Claudel est assez savoureuse je trouve, en tous cas drôle, bien narrée.

chapitre Amende honorable au mauvais goût de Lourdes a écrit:
   Je vous revois, mon cher Claudel, en ces chaudes journées du pèlerinage national de 1905, où, pour la première fois, vous preniez contact avec Lourdes; Personne, j'en suis sûr, ne suivit, avec plus d'humble ferveur que vous, les cérémonies qui se déroulèrent sous nos yeux fraternels.

   Néanmoins au cours de ces longues heures que nous passions ensemble matin et soir, dans un espace limité par la grotte, les fontaines, les piscines, les bureaux, le rosaire, la crypte et la basilique, je ressentais que s'accumulait en vous un orageux mécontentement. J'avais espéré que vous échapperiez à la réaction qui mit à nu les nerfs de Huysmans et d'Henri Duparc, l'homme pourtant le plus saintement épris de Lourdes que j'aie connu; que vous vous soustrairiez à ce sentiment de révolte que provoquent souvent, chez les mieux intentionnés, des œuvres, il est vrai lamentables, qui encombrent les places, le sanctuaire, le calvaire. Il s'en faudrait de très peu qu'une telle face monstrueuse ne trouvât crédit dans les temples des solitudes de l'Asie.

  Nos promenades se renouvelaient autour des mosaïques des Mystères, et nous songions davantage, me semblait-il, à égrener proprement notre chapelet qu'à fulminer contre l'art de Lourdes. J'avais entendu tant de sarcasmes à ce sujet, qu'à vrai dire je ne voulais plus me prêter à ces lieux communs. En avais-je assez ouï de:
   - C'est affreux ! comme c'est dommage ! ça tuera la religion ! ça a empêché un protestant de se convertir ! ce n'est pas étonnant que les catholiques passent pour des idiots ! le diable est l'auteur de toutes ces choses, etc..., etc..., etc...

   Soudain, mon cher ami (je revois fort bien l'image qui vous fit éclater) votre teint rosé d'homme bien portant refléta toutes les flammes du purgatoire.
   - Ah ! ah ! ah ! vous écriiez-vous, c'en est trop, je meurs. Partons. C'est épouvantable.

   Et vous commençâtes de dévider une litanie de brèves phrases entrecoupées, si furieuses qu'elles me faisaient songer au trop fameux monologue de l'Avare de Molière.
   ...Je vois ! je vois ! poursuiviez-vous, je vois !...
  - Que voyez-vous donc ?
  - Je vois l'abominable cabotin qui a exécuté, en ricanant, cette vilenie.
  - Calmez-vous, cher ami. Ne protestez pas avec tant de véhémence ! Que vous importe, ou non, la valeur, en soi, de cette œuvre ?
Et qu'elle plaise ou pas à votre goût d'artiste, si une bonne femme, venue de Flandre, de Bretagne, des Landes, de Pontoise ou de Lannemezan, est édifiée par ce que vous trouvez horrible et, par cela même, élevée à une oraison qui, aux yeux de Dieu, vaut mille fois la nôtre ?
  - Taisez-vous, je vous en supplie, avez-vous répliqué, je vous entends, je vous comprends, je vous approuve mais, ah ! ah ! c'est affreux, en raisonnant ainsi vous allez me faire perdre le peu de goût qu'il me reste !



Replanté d'un message sur Parfum, 26 Mars 2014.


Mots-clés : #portrait #religion #spiritualité #xxesiecle
par Aventin
le Lun 6 Avr - 19:33
 
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Francis Jammes

Monsieur le Curé d'Ozeron

Tag religion sur Des Choses à lire Mr_le_10
[i]Roman, 270 pages environ, un prélude, quatorze chapitres, un épilogue. Paru en 1918.[/i]

On dit parfois d'une personne d'apparence prude et innocente, mais à fond hypocrite, que c'est une sainte-nitouche.
De Jammes ne pourrait-on dit que c'est un écrivain sain, mais qui ne touche pas aux basiques de la façon littéraire, un sain n'y-touche-pas, à savoir qu'il se contente d'affleurer, de désigner d'un geste qu'on devine lent, mesuré, précis et efficace, sans asticoter le lecteur ni, d'une certaine façon, faire le job, à savoir être assez cabotin, ou technicien, et on sent que c'est voulu (ce qui peu agacer le lecteur non prévenu) ?
Jammes, c'est un hôte qui vous reçoit dans sa demeure, il n'y pas de portes, pas d'armoires, pas de meubles à tiroirs, pas de placards, tout est là. Au surplus, si vous ne voyez pas vous-même, il prendra un geste ample mais discret pour vous désigner ce que vous cherchez, mais tout est là, à quoi bon... ?

Monsieur le Curé d'Ozeron est une œuvre d'apparence très naïve et c'est un choix, une toile rurale et de foi. A peine un semblant d'intrigue, d'histoire ou de sous-historiette s'y noue que nous devinons sans peine ce qu'il en adviendra dans quelques pages ou chapitres. Mais, comme il fait frais et doux dans ce livre !

N'y allez pas chercher de grands élans théologiques, il n'y en a pas, juste de rares et basiques références bibliques directes.
Les références indirectes, en revanche, il y aurait de quoi alimenter d'épaisses notes à chaque chapitre.

Une fois de temps en temps, à titre exceptionnel, Jammes à dû laisser une phrase partir toute seule, ou appuyer un peu plus fort la plume sur le papier, comme dans cette courte saillie:

Chapitre IV a écrit:
  Une telle doctrine peut faire sourire ou scandaliser le monde. Mais ceux  qui vivent de la Grâce, ils ne faut point qu'ils raisonnent à la manière des païens, ils doivent être surnaturels.


Chapitre IV qui est mon préféré de l'ouvrage, au reste. Je ne résiste pas à la joie de vous faire partager ce petit morceau, poétique, de cette légère mystique qui est un nectar que Jammes élabore à merveille:

Chapitre IV a écrit:
  Le soleil échancre de son feu liquide la crête boisée. Il aveugle.
  Il se lève au bas de cette fluide et pâle et fraîche étendue bleue, qui est
  une mer dont les nuages sont les sables qui se rident çà et là.
  L'un de ces nuages, au Nord, est immense et léger. Il brille.
  Il a la forme d'un crustacé dont les anneaux transparents sont à
  peine teintés de rose dans cet azur un. peu vert où il baigna.

  C'est le jour qui est blanc.

  Du cœur de Monsieur le curé d'Ozeron monte
  une salutation vers les choses visibles: ce globe
  d'où découle une lumière jaune; ces montagnes comme dessinées à la mine de plomb;
  ces collines ruisselantes, tendues de toiles d'araignée, hérissées d'arbrisseaux, d'ajoncs, de
  fougères, de bruyères; ces prairies où, comme une buée, la première gelée se pose.
  Et voici la salutation vers les choses invisibles auxquelles nous croyons par la foi en Notre-Seigneur,
  qui, en ce moment, repose sur le cœur de Monsieur le curé d'Ozeron.




Élagué et assemblé de deux messages sur Parfum, 24 Mars et 27 Mars 2014.



Mots-clés : #religion #ruralité #solidarite #spiritualité #viequotidienne #xxesiecle
par Aventin
le Lun 6 Avr - 19:33
 
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Charles Péguy

Le Porche du mystère de la deuxième vertu

Tag religion sur Des Choses à lire Le_por10
1911, 140 pages (peu denses) environ.



Derrière ce titre, pour ainsi dire médiéval, se cache un opus difficile à cataloguer: Gallimard Nrf le range dans sa collection poésie, pourquoi pas, faute de mieux (?).

Cela commence comme au théâtre, voyez plutôt:
Tag religion sur Des Choses à lire Pzoguy10


Madame Gervaise s'adresse à un enfant, qui n'intervient jamais, dont nous ignorons l'âge, le nom, le sexe. Ce Porche est un soliloque.

Mais, avec lenteur et au fil de la lecture nous parviennent quelques indices - c'est au temps de la royauté, c'est en Lorraine, il y a quatorze siècles de chrétienté... jusqu'au bout on ne sait pas, mais on suppute quand même, en foi de la parution de Péguy qui précède immédiatement, que l'enfant attentif et silencieux est Jeanne d'Arc.

Pourtant, l'auteur s'est gardé de toute référence d'ordre linguistique ou idiomatique au parler lorrain du quinzième. Ils n'utilise que des mots simples, la limpidité menant à des imprévus, des termes parfois curieusement bricolés (comme recreux ou encore travails au pluriel)

Péguy ose, par le caractère familier, populaire de l'expression, un langage adapté à une jeune oreille; en évitant bien des écueils de fausseté, ce n'est jamais gnangnan, encore moins vulgaire bien sûr, jamais même trivial.

Cette prosodie est assez singulière.
En fait de soliloque, Dieu lui-même vient s'en mêler et s'exprime au "je", puis, sans que l'on ne distingue nettement où est la reprise, la parole revient à Madame Gervaise (comme dans l'extrait, dans lequel la parole est nettement du côté de Dieu).

C'est -à mon avis- très bien traduire, de façon largement inédite, le mécanisme de l'oraison (bien plus certainement que celui de la prière), avec adjonction en guise de procédé littéraire d'un interlocuteur tiers [figuré par l'enfant, mettons Jeanne], qui reçoit mais ne participe pas, et ce tiers est bien sûr aussi nous, lecteurs.

Quant aux allusions à la France, c'est à rapprocher de la position de Péguy face au péril, imminent alors, du conflit avec l'Allemagne.

Très bien rendues les circonvolutions méditatives, à base de répétitions façon mantra, de retour en arrière mais, au bout, toujours une avancée.
Idem la découpe en vers [libres] ne s'achevant pas forcément par une ponctuation, les parenthèses, tout ce cheminement d'apparence inutile, n'allant pas droit au fait mais semblant s'égarer dans les halliers de la réflexion, qu'on pourrait dépouiller: la restitution a ce côté tel quel, intact sous la plume qui n'a pas cru bon de bûcheronner dedans, tout en conservant (écueil bien évité) un coulé facilitant la lecture.    

Le thème est celui d'une des trois vertus théologales, l'Espérance.
Celle des trois qui, selon Péguy, va le moins de soi.
Elle est une jeune enfant semblant menée par ses deux grandes sœurs, en réalité c'est elle qui les mène...


Extrait:

Je les plains. Je leur en veux. Un peu. Ils ne me font pas confiance.
Comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point Innocents dans les bras de ma Providence. Ils ont le courage de travailler.
Ils n’ont pas le courage de ne rien faire. Ils ont la vertu de travailler. Ils n’ont pas la vertu de ne rien faire.
De se détendre. De se reposer. De dormir.
Les malheureux ils ne savent pas ce qui est bon.
Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour.
Mais ils ne veulent pas m’en confier le gouvernement pendant la nuit.
Comme si je n’étais pas capable d’en assurer le gouvernement pendant une nuit.
Celui qui ne dort pas est infidèle à l’Espérance.
Et c’est la plus grande infidélité.
Parce que c’est l’infidélité à la plus grande Foi.
Pauvres enfants ils administrent dans la journée leurs affaires avec sagesse.
Mais le soir venu ils ne se résolvent point. Ils ne se résignent point à en confier le gouvernement à ma sagesse
L’espace d’une nuit à m’en confier le gouvernement.
Et l’administration et tout le gouvernement.
Comme si je n’étais pas capable, peut-être, de m’en occuper un peu.
D’y veiller.
De gouverner et d’administrer et tout le tremblement.
J’en administre bien d’autres, pauvres gens, je gouverne la création, c'est peut-être plus difficile.
Vous pourriez peut-être sans grand(s) dommage(s) me laisser vos affaires en mains, hommes sages.
Je suis peut-être aussi sage que vous.
Vous pourriez peut-être me les remettre l'espace d'une nuit.
L'espace que vous dormiez
Enfin
Et le lendemain matin vous les retrouveriez peut-être pas trop abîmées.
Le lendemain matin elles ne seraient peut-être pas plus mal.
Je suis peut-être encore capable de les conduire un peu.
Je parle de ceux qui travaillent
Et qui ainsi en ceci suivent mon commandement.
Et qui ne dorment pas, et qui ainsi en ceci
Refusent tout ce qu'il y a de bon dans ma création,
Le sommeil, tout ce que j'ai créé de bon,
Et aussi refusent tout de même ici mon commandement
même.
Pauvres enfants quelle ingratitude envers moi
Que de refuser un aussi bon, Un aussi beau commandement.
Pauvres enfants ils suivent la sagesse humaine.
La sagesse humaine dit Ne remettez pas au lendemain
Ce que vous pouvez faire le jour même.
Et moi je vous dis Celui qui sait remettre au lendemain
Est celui qui est le plus agréable à Dieu.
Celui qui dort comme un enfant
Est aussi celui qui dort comme ma chère Espérance.



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par Aventin
le Lun 30 Mar - 14:48
 
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Sujet: Charles Péguy
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Erri De Luca

Noyau d'olive

Tag religion sur Des Choses à lire Noyau10

Titre original: Nocciolo d'oliva, 2002, paru traduit en France en 2004.
Essai ou commentaires (?) 100 pages environ, une préface de l'auteur, deux parties inégales, la première groupant cinq commentaires, la seconde vingt et un.

Erri de Luca explique dans la préface qu'il n'est pas croyant, mais fréquente au quotidien la lectio divinas, les Écritures Saintes -la Bible- et qu'il utilise pour ce faire l'hébreu directement.

La très grande majorité des fidèles est loin de s'astreindre à une telle discipline, et cependant Erri de Luca précise que ça ne fait pas de lui un croyant, achoppant sur deux obstacles en particulier: le pardon -il ne sait pas donner son pardon et ne souhaite pas être pardonné quand il commet un écart- et la prière, pour laquelle il dit être d'une sécheresse, d'une infertilité sans nom.

Voilà pour la singularité de la démarche, l'ouvrage, plutôt très plaisant, érudit bien entendu mais clair, très concis dans le propos, à mots simples, se lit sans la moindre difficulté, on peut d'ailleurs piocher dedans sans respecter d'ordre - à la manière de la Bible justement.
On picore ainsi un commentaire ou deux - plus si affinités- à la fois, comme ils sont brefs, il est facile de reposer le livre et d'y revenir: voilà pour le confort de lecture.

En ce qui me concerne, la séduction a pas mal opéré: livre recommandable...à peu près à tous.
Voici, presque intégralement, le commentaire qui a donné le titre à l'ouvrage, Noyau d'olive, et qui inaugure la seconde partie:

Chez nous, on appelle Ancien Testament un recueil d'écritures saintes du peuple hébreu. Dans sa langue d'origine, il a pour titre Mikra/lecture. Parce que telle est sa valeur d'usage, être lu à haute voix dans les assemblées des rites, dans les sabbats, dans les fêtes. Et même quand on le lit pour soi, dans un moment de liberté à l'écart des autres, la règle impose le mouvement des lèvres et pas seulement la lecture avec les yeux. Le corps doit participer, souffle et lèvres du moins, accompagnant le voyage des paroles antiques, se faisant leur porteur.

L'évènement de ces écritures, c'est la révélation: un Dieu, unique et solitaire, a fait le monde au moyen de sa voix, en commençant par la lumière. Il l'a extrait du néant, se souciant, avec le même empressement, de l'infini immense et de la particule.

Une bonne partie de l'humanité n'est pas en état de remonter à Dieu. Avant même l'acte de foi, l'acte de confiance réclame trop d'effort. En non-croyant, je reste un passant d'écritures saintes et non un résident. Je me déplace le long des lignes parallèles d'un autre alphabet, fermé en vingt-deux lettres disposées entre l'aleph et le tav, qui se lisent dans le sens opposé au nôtre, donc sur des pages à feuilleter à l'envers. Je passe sur cette langue avec mon doigt et mes yeux et je me rends compte du choc, de l'impact qu'elle a subi. Une volonté de se révéler et d'agir dans le monde s'est abattue sur une langue aux mots pauvres, hostile à tout concept abstrait. Elle tombe sur des mots de trois syllabes accentuées le plus souvent sur la dernière, et elle lui transmet la tarentelle-fièvre de son incandescence.

[...]

Toute la création, tout ce qui est la suite, l'action seconde qui relève des hommes, sont écrits en donnant la priorité à l'action du verbe. "Écoute Israël", dit la principale prière hébraïque, dans le livre que nous appelons le Deutéronome et que les Hébreux appellent Devarim/Mots. Voilà, écouter est la première urgence, la première requête.

 Lire les Saintes Écritures, c'est obéir à une priorité de l'écoute. J'inaugure mes réveils par une poignée de vers, et le cours de la journée prend ainsi son fil initiateur. Je peux ensuite déraper le reste du temps au fil des vétilles de mes occupations. En attendant, j'ai retenu pour moi un acompte de mots durs, un noyau d'olive à retourner dans ma bouche.  


Mots-clés : #essai #religion #spiritualité
par Aventin
le Dim 23 Fév - 20:35
 
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Sujet: Erri De Luca
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Jacques Audiberti

Dimanche m’attend

Tag religion sur Des Choses à lire Dimanc10


« Qu’est-ce qu'un "journal" ?
Un roman.
Un roman ouvert débouchant sur le mystérieux espace qui s'étend après la série éphémère des anecdotes datées. Goncourt note les bons mots des anges. Léautaud décrit les spectres qui l'entourent.
Mais demeurons dans la vie. Restons en vie si nous pouvons. Le "journal", roman annelé, s'allonge petit à petit, engouffrant les sentiments que le héros, c'est-à-dire l'auteur, reçoit de ses rencontres et de ses expériences. Vous ne saurez jamais au juste, vous, sujet de votre propre bouquin, de quel morceau de votre personne le chapitre qui vient fera ses choux gras.
Le "journal" traîne l'adjectif "intime". Mais il ne se borne pas à recenser à la file les avis du percepteur, les ressemelages et les chocs émotifs. L'extérieur pénètre le privé. Le journaliste intime n'a pas besoin de coiffer lui-même la triple couronne de la tiare pour qu'un voyage pontifical, lui donnant à penser, figure dans son histoire. Si l'on me demande : "Mais que vous est-il arrivé ?" je peux montrer tous ces quotidiens, tous ces hebdomadaires qui ne cessent en effet d'arriver jusqu'à moi. Mon récit colle à la durée commune et linéaire où le premier crocus répond à l'ultime violette, cependant que se succèdent bombardements et tours de force. Mais il dépend avant tout de moi, cerveau, boyaux.
Je tiens mon journal. Il me tient. »

Dernier livre d’Audiberti, sorte de roman-journal tenu un an alors que, malade, il se sait condamné au dimanche de la mort chrétienne.
Il note avec verve (« l’inquiétante facilité d’une prose lyrique ») ses promenades dans Paris (en cours de transformation en ces années soixante) et ses environs, ses souvenirs (d’écrivain et journaliste notamment, sous la houlette de Paulhan, mais aussi de son enfance antiboise, en passant par ses amis), ses réflexions sur les sujets les plus divers, mais surtout l’Église avec la figure majeure de La Lutte de Jacob avec l'Ange (peinture murale de Delacroix, dans l’église Saint-Sulpice), combat de l’homme révolté contre Dieu (voir Associations d'images et de livres). Il suit les sermons dominicaux :
« Unique originalité, ce messie s’affirme le Messie. À partir de là se développe, énorme bastide de volumes et de paroles, la Babel gothique et romane, antisémite de nature, qui décalqua le démon sur un certain prototype busqué qui conjuguerait bouc et dibbouk. »

(Le dibbouk est un esprit malin ou démon juif qui s’attache à quelqu’un.)
Audiberti retrouve sa maison, longtemps inhabitée, de « Coresse-en-Hurepoix. Une gare au commencement de la vallée de Chevreuse, entre deux lèvres boisées », sous les « bombes de bruit » des « bouings d’Orly ». Il explore ses archives, évoque « l’écrivanité » :
« Telles liasses dactylographiées me donnent, un instant, l’espoir de se rapporter à quelque mienne œuvre d’autrefois, inédite, germée d’elle-même dans ce rustique local. »

« Désormais je ne saurais écrire que ce que j’écrivis. Alors, à quoi bon écrire ? L’unique envisageable progrès ne réside point tant dans de nouveaux acquêts que dans l’abandon de certains thèmes, par exemple, le sexe. Quant à mes autres dadas majeurs, le passé, pseudonyme et substitut de l’inviolable avenir, le scandale de la souffrance, l’énigmatique destin juif, ils ne me fournirent jamais que des prétextes à guirlandes d’ébahissements consternés. »

« Le mot, toujours le mot et non pas seulement l’assonance. J’aime faire vivre les mots, même en dehors du sens qu’on leur accorde. J’aime les faire vivre comme des êtres, des entités vivantes.
Le chant poétique ‒ je proposerais volontiers ce raccourci ‒ n’est d’abord au fond du poète qu’un chant sans paroles comme l'arabesque d'un mouvement d'éloquence. Il passe comme un aimant parmi les stocks des mots, il passe et repasse jusqu’à l'accident d’une mystérieuse perfection, celui où le mot valable est retenu...
Ma mission ? Rafraîchir, par l’expression poétique, le monde créé, le replonger dans son principe. Il retourne à son origine. Il repasse dans le bain initial. Poète, je crée, je renomme, pour une durée indéterminée. Je puis donc croire à mon efficacité, non didactique, mais utile, urgente. Pour que les oiseaux chantent, que le vent passe sur les champs, que les vagues soulèvent la mer, il faut le vers réussi, digne du poète, cet avocat du Créateur.
Les poètes se partagent la besogne, selon la nation, le langage, le siècle. Chaque poète est un fragment du roc brisé qu’est le Créateur. Tous rassemblés, ils n’en donnent, je veux bien, qu’une image balbutiante. Ils demeurent cependant les héritiers de la puissance suprême : la parole ! »

Aux Deux magots :
« À la table à côté Simone de Beauvoir accumulait au stylographe des ligne parallèles légèrement montantes, sans ratures, sans fioritures. Elle s’arrêtait pour consulter l’espace un tout petit peu plus haut que sa tête. Vu nos tables juxtaposées, il advenait qu’un de ses feuillets touchât, de l’angle, l’un des miens où se démenait un bal flamboyant de monstres et de mots tirés de l’encrier que je transportais dans un sac de toile marron avec mes manuscrits. Du contact du Deuxième Sexe et de mes graffouillages, ne sortit, j’espère, rien de fâcheux pour la haute lucidité méthodique et entraînante de l’œuvre de ma voisine. »

Esprit audibertien :
« L’histoire, sciemment ou non, ne cesse ainsi, tout comme la zoologie, de se livrer à des essais. La tête de cheval s’esquisse dans l’hippocampe et le haricot vert préfigure Claudia Cardinale. »


Mots-clés : #journal #nostalgie #religion #vieillesse #xxesiecle
par Tristram
le Mar 18 Fév - 21:51
 
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Don DeLillo

Les Noms  

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Le milieu des expatriés états-uniens faisant du business dans des pays "instables", essentiellement au Moyen-Orient, mais aussi en Grèce, puis en Inde.
James Axton, le narrateur, est responsable d’évaluation des risques d’enlèvements (notamment terroristes) visant à rançonner les multinationales, ceci dans un grand groupe qui propose des polices d’assurance à celles-ci. Géopolitique orientée :
« Au cœur de l’histoire. Elle est dans l’air. Les événements relient tous ces pays. »

« C’est intéressant, la façon dont les Américains préfèrent la stratégie aux principes dans toutes les occasions, et continuent cependant à se croire innocents. »

« ‒ Les peuples blancs établissaient des empires. Les gens à la peau foncée déferlaient de l’Asie centrale. »

Travers de l’expat, touriste et acheteur de tapis :
« Être un touriste, c’est échapper aux responsabilités. Les erreurs et les échecs ne vous collent pas à la peau comme ils feraient normalement. On peut se laisser glisser à travers les langues et les continents, suspendre l’opération de solide réflexion. Le tourisme est la bêtise en marche. On s’attend à ce que vous soyez bête. Le mécanisme entier du pays d’accueil est réglé en fonction de la stupidité d’action du voyageur. On circule dans un état d’hébétude, les yeux rivés sur des cartes pliantes illisibles. On ne sait pas comment parler aux gens, comment se rendre d’un endroit à un autre, ce que représente l’argent, l’heure qu’il est, ce qu’il faut manger et comment le manger. La bêtise est la norme. On peut exister à ce niveau pendant des semaines et des mois sans se faire réprimander ni subir de conséquences. »

« Investissement, disait-elle. Comme il devenait malaisé de se les procurer, leur valeur ne pouvait qu’augmenter, et ils achetaient tout ce qu’ils pouvaient. La guerre, la révolution, les soulèvements ethniques. Valeur future, bénéfices futurs. Et en attendant, regardez comme ils sont ravissants. »

Aussi une réflexion sur le voyage aérien, l'archéologie, le divorce, le cinéma.
« Il y a le temps, et il y a le temps cinématographique. »

Et surtout une investigation sur une secte énigmatique, qui immole des victimes selon un rapport aux langues/ alphabets anciens, et leurs noms en correspondance avec les lieux.
« ‒ Le mot grec puxos. Arbre-boîte. Cela suggère le bois, bien sûr, et il est intéressant que le mot book anglais remonte au boek moyen hollandais, ou bouleau, et au boko germanique, bâton de bouleau sur lequel étaient gravées des runes. Qu’avons-nous donc ? Book, box, livre, boîte, symboles alphabétiques creusés dans le bois. Le manche en bois de hache ou de couteau sur lequel était gravé le nom de son possesseur en lettres runiques. »

« Le désert est une solution. Simple, inévitable. C’est comme une solution mathématique appliquée aux affaires de la planète. Les océans sont le subconscient du monde. Les déserts sont la prise de conscience, la solution claire et simple. […]
L’intention de sens ne compte pas. Le mot lui-même compte, et rien d’autre. […]
C’est le génie de l’alphabet. Simple, inévitable. Rien d’étonnant à ce qu’il soit apparu dans le désert. »

D’après la confession finale, le culte des tueurs pourrait être une sorte d’allégorie de la fascination morbide des Occidentaux pour un certain fanatisme occulte et meurtrier, venu de leur passé (les prêcheurs dans le cas du narrateur).
Le style adopté par DeLillo peut sembler inclure des longueurs, mais vaut notamment par d'adroits fondus enchaînés.

« De son côté, Control Risks, qui se définit aussi comme "une société de conseil mondial spécialisé dans le risque et qui aide les organisations à réussir dans un monde instable", s'intéresse beaucoup à l'Afrique. Son site propose un "index risque-rendement" pour le continent et consacre un chapitre au "paysage de l'enlèvement contre rançon, et de l'extortion" en Afrique du Sud. »

https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/guinee-equatoriale/passage-en-revue-des-mercenaires-chiens-de-guerre-et-autres-societes-militaires-privees-presents-en-afrique_3749699.html du 20 décembre 2019

Mots-clés : #contemporain #mondialisation #religion #spiritualité #terrorisme #xxesiecle
par Tristram
le Ven 20 Déc - 20:56
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Don DeLillo
Réponses: 7
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Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup

Marie de Hennezel
Née en 1946


Tag religion sur Des Choses à lire 5marie10

Marie de Hennezel est psychologue clinicienne et écrivain.

Après avoir fait des études de langues et enseigné l'anglais elle réalise un DESS de psychologie clinique et un DEA de psychanalyse.
En 1986, elle intégre la première équipe de soins palliatifs en Europe continentale.
Elle se forme à l'Haptonomie, essentielle dans l'approfondissement des qualités de contact et de présence, si nécessaires dans le soin et l'accompagnement des grands malades et des mourants.
Devant l'immense besoin d'accompagnement psychologique et spirituel des personnes touchées par le VIH, Marie de Hennezel fonde en 1992, avec Jean-Louis Terrangle, l'Association Bernard Dutant - Sida et Ressourcement. Son objectif est d'accueillir ceux qui, condamnés par la médecine, conscients d'avoir un temps limité à vivre, sont en quête de sens.
Avec l'évolution des nouvelles thérapies, le Sida devient une maladie chronique et l'Association Bernard Dutant, aujourd'hui basée à Marseille, s'oriente vers des activités de ressourcement pour "prendre soin de soi" (week-ends de marche, théatre, soirée de partage).
En octobre 2002, Jean-François Mattei, Ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes Handicapées, lui confie une mission sur la fin de vie.
Un rapport "Fin de vie et Accompagnement" est remis au ministre le 16 octobre 2003.
Le 17 décembre 2003, elle est auditionnée par la mission parlementaire d'information sur l'accompagnement de la fin de vie. Cette mission a proposé une loi sur les droits des malades et la fin de vie qui a été adoptée par le parlement le 30 novembre 2004.
En février 2010, elle est entrée au Comité de pilotage de l Observatoire National de la fin de vie , dont elle a démissionné en 2012, à la suite d'un désaccord avec le Président de l'Observatoire, au sujet de la mission de l'Observatoire et du rapport d'activité publié.

Source : slog.fr


Publications

 
Spoiler:
La Mort intime, éditions Robert Laffont, 1995 (préfacé par François Mitterrand)
  L'Art de mourir, 1997, en collaboration avec Jean-Yves Leloup
  La Quête du sens, éditions Albin Michel, 2000
  Le Grand Livre de la tendresse, éditions Albin Michel, 2002
  Le Souci de l'autre, Robert Laffont, 2004
  Mourir les yeux ouverts, éditions Albin Michel, 2005
  Nous ne nous sommes pas dit au revoir, éditions Robert Laffont, 2006
  La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller, éditions Robert Laffont, 2008
  La Sagesse d’une psychologue, L’Œil neuf éditions, 2009
  Une vie pour se mettre au monde, Carnets Nord, mars 2010, en coll. avec Bertrand Vergely
  Qu'allons nous faire de vous, éditions Carnets Nord, 2011 en coll. avec Edouard de Hennezel
  Nous voulons tous mourir dans la dignité, éditions Robert Laffont, 2013
  J'ai choisi de me battre, j'ai choisi de guérir, éditions Robert Laffont, 2014 avec Claude Pinault
  Sex and sixty : un avenir pour l'intimité amoureuse, éditions Robert Laffont, 2015
  Croire aux forces de l'esprit, éditions Fayard, 2016


son fil personnel : https://deschosesalire.forumactif.com/t1648-marie-de-hennezel

Jean-Yves Leloup
Né en 1950


Tag religion sur Des Choses à lire Leloup10

Jean-Yves Leloup est un écrivain, philosophe, théologien et prêtre français, né le 24 janvier 1950 à Angers.

Fondateur de l'Institut pour la rencontre et l'étude des civilisations et du Collège international des thérapeutes, Il est l'auteur de plus de quatre vingt ouvrages en français, traduits dans une vingtaine de langues notamment en anglais, en allemand, en espagnol et en portugais (Brésil).
Jean-Yves Leloup est né le 24 janvier 1950 à Angers. Dominicain de 1973 à 1986 environ, ordonné prêtre en 1978, puis prêtre orthodoxe, analyste, philosophe, spécialiste de patristique et de religions comparées ainsi que poète, il livre quelques « fragments de son itinérance » dans son livre L'Absurde et la Grâce. En tant que prêtre il appartient à l'Église non-canonique indépendante dite « Église orthodoxe française » de la « communion des Églises orthodoxes occidentales », (son évêque n'appartient pas à l'Assemblée des évêques orthodoxes de France) son monastère est celui de Saint-Michel dans le Var. Il a enseigné dans différentes universités et instituts de recherche en anthropologie fondamentale, en Europe, aux États Unis, au Canada, en Amérique du Sud.
Les ouvrages de Jean-Yves Leloup traitent essentiellement de spiritualité chrétienne. Avec une approche contemporaine des textes; il a traduit et commenté les Évangiles apocryphes de Thomas, Philippe et Marie de Magdala, ainsi que l’Évangile canonique de Saint-Jean. Il rappelle les traditions primitives, méditatives et monastiques de l’Église orthodoxe, (Mont Athos, Hésychasme) et l’enseignement des Pères de l'Église, notamment des Pères du désert. Il s’intéresse à l’ouverture spirituelle vers les autres traditions et à la part du féminin dans la spiritualité.


Publications

Spoiler:
Va ! L'esprit et la pratique des Béatitudes, Éditions Presses du Châtelet, Coll. La parole qui guérit, 2019
Vers une écologie intégrale, Éditions UPPR, 2018
Requiem, entrer dans l'Éternité, ( avec CD Jean Paul Dessy), Éditions Le Relié, 2018
L'évidence de l'Invisible, Éditions Actes Sud, 2018
Le Testament de Marie Madeleine, Éditions Lazare et Capuccine, 2018
Les dits de la femme qui brûle, Marguerite Porete, Editions Almora, 2018
Sagesse du Mont Athos, Éditions Philippe Rey, 2018
Il n'y a qu'un seul Dieu, Lequel?, Éditions Philippe Rey, 2018
Les portes de la transfiguration, Éditions Albin Michel, 2018
Le Cantique des cantiques, La sagesse de l'amour, éditions des Presses du Châtelet, 2017
Le livre de Salomon, La sagesse de la contemplation, éditions des Presses du Châtelet, 2017.
L'ecclésiaste (Le Qohelet) La sagesse de la lucidité, éditions des Presses du Châtelet, 2016.
Le philosophe et le djihadiste, éditions des Presses du Châtelet, 2016.
Réfléchir sur le cœur des choses, Éditions du Relié, 2016.
Sens et sagesse de l'icône, UPPR, 2015.
La sagesse qui guérit, Éditions Albin Michel, 2015.
Être chrétien aujourd'hui, UPPR, 2015.
Une danse immobile, éd. du Relié, 2015.
Pierres de nuit, éd. New York - Paris - Tokyo, Coll. Nouvelles tendances de l'art contemporain, 2014.
Les Épitres de Jean (traduction et commentaire), éd. Albin Michel, 2014.
De Nietzsche à maitre Eckhart, éd. Almora, 2014.
Faire la Paix, éd. du Relié, 2013.
Un obscur et lumineux silence, La théologie mystique de Denys l'aréopagite éd. Albin Michel, 2013.
Marie-Madeleine à la Sainte Baume, éd. du Relié, 2012.
Abécédaire de l’innommable, éd. Snoeck, 2012.
L’Apocalypse de Jean, éd. Albin Michel, 2011.
L’Assise et la marche, éd. Albin Michel, 2011.
Dictionnaire Amoureux de Jérusalem, éd. Plon, 2010.
Apocalypsis avec Catherine Arto et Jean-Paul Dessy, éd. Isabelle et Jacques Pologny, 2009.
Qui est « je suis » ? Connaissance de soi et connaissance du Soi, éd. du Relié, 2009.
L’immense et l’intime (photos de Jacques Polony, calligraphies de Kitty Sabatier), éd. Isabelle et Jacques Polony, 2008.
Jésus, Marie-Madeleine et l’incarnation, éd. Albin Michel, 2008.
Apprendre à être heureux ? (avec Lytta Basset, Pascal Bruckner, Eugen Drewermann, Jean-Paul Guetny, Marek Halter, Alain Houziaux, Gérard Miller, Ysé Tardan-Masquelier), éd. Albin Michel, 2008.
Mont Athos : sur le chemin de l’Infini (photographies de Ferrante Ferranti), éd. Philippe Rey, 2007.
Les profondeurs oubliées du Christianisme (avec Karin Andréa de Guise), éd. du Relié, 2007.
Innocence et Culpabilité (avec Marie de Solemme, Philippe Naquet, Paul Ricœur, Stan Rougier), éd. Albin Michel, 2007.
Le « Notre Père » : une lecture spirituelle, coll. « Spiritualité vivantes », éd. Albin Michel, 2007.
Aimer désespérément (collectif, avec André Comte-Sponville), éd. Albin Michel, 2007.
La Grâce de solitude (collectif, avec Christian Bobin), éd. Albin Michel, 2006.
Un homme trahi - le Roman de Judas, éd. Albin Michel, 2006.
Qui aime quand « je » t’aime ? (avec Catherine Bensaïd), éd. Albin Michel, 2005 (Pocket, 2006).
Tout est pur pour celui qui est pur, éd. Albin Michel, 2005.
La vie de Jésus racontée par un arbre (conte), coll. « jeunesse », éd. Albin Michel, 1995 (éd. Du Relié, 2005).
Guérir l’esprit. Le colloque de Bodhgaya (avec Faouzi Skali, Lama D.Teundroup), « Espaces libres », éd. Albin Michel, 2004.
L’Évangile de Philippe, coll. « Spiritualité vivantes », éd. Albin Michel, 2003.
Une femme innombrable. Le roman de Marie-Madeleine, éd. Albin Michel, 2002.
L’Évangile de Thomas (calligraphies de Frank Lalou), coll. « Les carnets du calligraphie », éd. Albin Michel, 2002
Un art de l’attention, éd. du Relié, 2000 (éd. Albin Michel, 2002).
Si ma maison brûlait, j’emporterais le feu, Entretien avec Edmond Blattchen, Alice éditions, 2001.
L’art de vivre au présent (collectif, avec André Comte-Sponville), coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 2001.
Paroles d’ermites. Les Pères du désert, coll. « Carnets de sagesse », éd. Albin Michel, 2000.
La montagne dans l’océan. Méditation et compassion dans le bouddhisme et le christianisme, éd. Albin Michel, 2000.
L’Icône. Une école du regard, éd. Le Pommier, 2000.
Aimer… malgré tout (entretien avec Marie de Solemme), Éditions Dervy, 1999.
Ce corps. Paroles de Jésus et Anandamayi (avec J.C. Marol), Altess, 1999.
Prendre soin de l’Etre, les Thérapeutes selon Philon d’Alexandrie, éd. Albin Michel, 1999.
Sectes, Églises et religions. Elements pour un discernement spirituel , coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 1998.
Introduction aux « vrais philosophes ». Les Pères grecs : un continent oublié de la pensée occidentale, éd. Albin Michel, 1998.
L’Evangile de Marie. Myriam de Magdala, éd. Albin Michel, 1997
Les livres des morts. Tradition du bouddhisme, tradition du christianisme, tradition égyptienne, éd. Albin Michel, 1997.
L’art de mourir : tradition religieuse et spiritualité humaniste face à la mort aujourd’hui (avec Marie de Hennezel), Éditions Robert Laffont, 1997 (Pocket, 2000).
Désert, déserts, coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 1996.
Maître Eckhart, éd. Terre blanche, 1995 (épuisé).
La vie en Jésus-Christ selon Nicolas Cabasilas et Saint Thomas d’Aquin, Éditions Le Fennec, 1994 (épuisé).
Jean de la Croix ou la nuit habitée, éd. Le Fennec, 1994 (épuisé).
Texte de fondation du « Collège International des Thérapeutes », éd. Le Fennec, 1994 (épuisé).
Manque et plénitude. Éléments pour une mémoire de l’essentiel, éd. Albin Michel, 1994.
Paroles de Jésus. Sélection et présentation, coll. « Carnets de sagesse », éd. Albin Michel, 1994.
Jean Chrysostome : introduction aux Homélies sur l’Incompréhensibilité de Dieu, éd. Albin Michel, 1993.
Nocturnes (quatre poèmes et leur traduction anglaise), éd. Le Fennec, 1993 (épuisé).
Evagre le Pontique : introduction à Praxis et Gnosis, éd. Albin Michel, 1992.
Jean Cassien : introduction aux Collations, éd. Albin Michel, 1992.
La Voie du pèlerin, éd. Terre blanche, 1992 (épuisé).
L’Absurde et la Grâce : fragments d’une itinérance, éd. Albin Michel, 1991.
Paroles du Mont Athos, éd. Albin Michel, 1991 (Cerf, 1980).
« Entretien avec Olivier Germain-Thomas », in Agora : les Aventuriers de l’Esprit, éd. La Manufacture, 1991.
Ecrits sur L’Hésychasme, éd. Albin Michel, 1990
De l’aréalité du bleu, des vents, et des sables (poèmes et tableaux, sous le nom de Jean Khalil Sarov), éd. New York -Paris - Tokyo, coll. « Nouvelles tendances de l’art contemporain », 1990 (épuisé).
L’Evangile de Jean, éd. Albin Michel, 1989.
L’Enracinement et l’Ouverture, éd. Albin Michel, 1989.
L’Art d’apprivoiser le buffle (essai et traduction des dix tableaux de Kakouan), coll. « Pratiquer Zazen », éd. de l’Ouvert, 1988 (Le Fennec, 1994) (épuisé).
« Jnana Yoga. La Voie de la connaissance », in Les Yogas. Chemins de transformation, éd. Seveyrat, 1988.
« Approche métaphysique et éthique du visage de l’homme », in Visage, sens et contresens, éd. Eshel, 1988.
L’art du Saule (poèmes, accompagnés d’exercices proposés par Léonore Gottwald), éd. de l’Ouvert, 1987 (Verus, 2005).
Le Cantique des Cantiques (traduction et notes suivies d’échos sur les interprétations bibliques de Marc Chagall), éd. De l’Ouvert, 1987. (rééd. Terre Blanche, 1998).
L’Évangile de Thomas, éd. Albin Michel, 1986.


sources wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Yves_Leloup

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L'Art de mourir

co-écrit avec Jean Yves Leloup (prêtre et théologien orthodoxe)

Tag religion sur Des Choses à lire 517wg010

Cet ouvrage là m'a davantage amené de ressources.
Surtout les approches décrites par Leloup. Celui-ci a semble t il une bonne connaissance des rites et mythes d'un certain nombre de religions ou systèmes de pensée du monde, c'était intéressant de suivre ses analyses.

Il souligne notamment l'importance de témoigner au mourant de son identité profonde , qui dépasse la simple enveloppe souffrante et matérielle. "Vas vers toi même". D'en avoir la capacité.
C'est un livre qui traite de l'accompagnement aux personnes en fin de vie, de la fin de vie , aussi.
Les approches spirituelles croisées de Leloup m'ont très nettement enrichie, pour reconstituer fugacement mais nettement le "lieu" où se tenir. L'appareil symbolique et théologique de nombreuses cultures sont très reliées, dumoins sait il le montrer, là dessus. je conseille. Notamment il croise les mots des textes sacrés de différentes religions. Le contenu général reste assez léger, se presente sous forme de transcription d'interviews, ce n'est pas inaccessible ni un essai, je veux dire.

Je n'ai que moins rencontré la parole transmise par Hennezel. Ce qu'elle dit est intéressant mais plus basique , je dirais. Plus pragmatique. Ce sont les ouvrages que j'avais à disposition en mediatheque, j'aimerais topocl à l'avenir lire ceux dont tu parles, aussi, à bientôt de revenir.


Mots-clés : #mort #religion #spiritualite
par Nadine
le Mer 23 Oct - 9:53
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup
Réponses: 2
Vues: 537

Miriam Toews

Ce qu’elles disent

Tag religion sur Des Choses à lire Proxy208

Nous exigeons que soit reconnu notre droit de penser par nous-mêmes, dit-elle.
Oui, précise Mejal, tout ce que nous voulons, c’est penser. Qu’on nous en reconnaisse le droit ou pas.


Des femmes sont réunies pour décider de leur sort. Des femmes qui n’ont jamais droit à la parole, à la décision, corps et esprit au service des hommes et du groupe selon la loi du Dieu de cette communauté mennonite, qui vit à l’écart du monde réel.

C’est un acte farouche d’émancipation face à la menace : presque toutes ont été anesthésiées, puis violées, au fil des années. Le diable a d’abord été accusé, puis on a parlé du châtiment des pêchers. Mais ce sont bien les hommes qui  ont agi. Faut-il les aimer encore ?

Faut-il partir, accepter ou se rebeller ? Comment choisir quand on ne vous a pas donné les outils (elles sont toutes analphabètes, n’ont jamais vu le monde), quand on veut respecter la foi qui vous a été imposée, mais qui est la seule force dont on dispose ? Comment choisir quand un châtiment éternel s’oppose à un choix juste ?

Les femmes argumentent, se soutiennent, se disputent, les révoltées et  les soumises, les inquiètes et les décidées, solidaires quoique différentes.

Ce huis-clos est rapporté par l’instituteur, le seul homme qui assiste à la réunion, un homme qui fut jadis excommunié, qui observe avec satisfaction cette libération en route. Le récit en est donc livré avec une séduisante maladresse, et on y trouve toute la finesse de cet homme qui a déjà vu le monde.

Mots-clés : #conditionfeminine #huisclos #regimeautoritaire #religion
par topocl
le Sam 12 Oct - 18:03
 
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Sujet: Miriam Toews
Réponses: 1
Vues: 696

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