Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 13 Aoû - 17:27

96 résultats trouvés pour religion

Flannery O'Connor

La Sagesse dans le sang

Tag religion sur Des Choses à lire Cvt_la11

Hazel Motes est un jeune déboussolé, passé d’une enfance cadrée par une éducation évangélique à quatre années dans l’armée (Seconde Guerre mondiale). Il croise le pitoyable Enoch Emery, plus jeune et plus déséquilibré encore, attardé à qui personne ne s’intéresse (et lui aussi traumatisé rescapé d’un milieu dévot).
Le piquant est que Flannery O’Connor est une fervente catholique, qui dénonce ici, dans son premier roman, les évangélistes, prédicateurs itinérants et autres faux prophètes nombreux dans le Sud des États-Unis.
J’ai pu observer personnellement les ravages de ce type de rackett en Afrique subsaharienne, et ne peux que soutenir la dénonciation de cette exploitation des élans de foi. J’ai vu de pauvres ouvriers se priver (eux et leurs enfants) pour payer la dîme (10% des revenus, voire plus) à une église personnifiée par un escroc qui roule en 4x4 ; je sais, l’idéal peut requérir des sacrifices, chacun est libre de se faire abuser, tout le monde a le droit d’être dupe…
Bien souvent c’est une liturgie foutraque, basée sur des lectures mal assimilées, qui réduit ces prêcheurs auto-proclamés à une caricature : il n’y a pas que des malfaiteurs, mais aussi des simples d’esprit dans les rangs sacerdotaux.
« Qu’est-ce que le pécheur espérait donc gagner ? Il finirait toujours par être la proie de Jésus. »

Et cela va plus loin : les deux illuminés vivent dans un délire, Hazel par rejet d’une éducation mensongère (qu’il ne peut fuir, pénitent qui réfute le péché comme la rédemption), Enoch par imprégnation déformée de l’image paternelle (son « sang » où se tient la sagesse) :
« ‒ L’Église du Christ ! répéta Hazel, eh bien, moi, j’prêche l’Église Sans Christ… J’suis membre et pasteur de cette Église où les aveugles ne voient pas, où les paralytiques ne marchent pas, et où ce qui est mort reste mort. Demandez-moi ce que c’est que cette Église et j’vous dirai que c’est l’Église que le sang de Jésus n’vient pas salir avec Sa Rédemption. »

« J’prêcherai qu’il n’y a pas eu de Chute parce qu’il n’y a jamais eu d’endroit d’où on pouvait tomber, et pas de Rédemption parce qu’il n’y a jamais eu de Chute, et pas de Jugement parce qu’il n’y a jamais eu ni Chute ni Rédemption. Jésus était un menteur, y a que ça d’important. »

« Moi, j’crois en un nouveau genre de Jésus, un Jésus qui n’donne pas son sang pour racheter le monde, parce qu’il est homme, et pas autre chose, parce qu’il n’a pas de Dieu en lui. Mon Église est l’Église Sans Christ. »

« Regardez-moi, hurla Hazel avec un déchirement dans la gorge, et vous verrez un homme en paix. En paix, parce que mon sang m’a rendu libre. Prenez conseil de votre sang et entrez dans le sein de l’Église Sans Christ, et peut-être quelqu’un nous apportera-t-il un nouveau jésus, et sa vue nous sauvera tous. »

« Pas de vérité derrière toutes ces vérités : voilà ce que je prêche dans mon Église. L’endroit d’où vous venez n’existe plus, celui où vous pensiez aller un jour n’a jamais existé, et celui où vous êtes ne vaut quelque chose que si vous pouvez en partir. Où donc se trouve-t-il l’endroit où vous pourrez vous arrêter ? Nulle part. »

« Ensuite, pendant une huitaine de jours, son sang [Enoch] eut avec soi-même des entretiens secrets et quotidiens, ne s’arrêtant de temps à autre que pour lui intimer un ordre. »

Humour noir :
« Il dit qu’il était pasteur.
La femme le regarda attentivement, puis regarda l’automobile derrière lui :
"De quelle Église ?" demanda-t-elle.
Il dit : "L’Église Sans Christ.
‒ Protestante ? demanda-t-elle, soupçonneuse, ou quelque chose d’étranger ?"
Il dit : "Non, madame, une Église protestante." »

Les deux personnages sont des abîmés de l’existence, plombée par leur formation ratée. Pour eux, la femme n’est qu’affaire de voyeurisme ou de bordel :
« Quand il eut terminé, il ressemblait à quelque chose que la mer aurait rejeté sur elle, et elle avait émis à son propos des commentaires obscènes auxquels il repensa, de temps à autre, au cours de la journée. »

Le bon goût règne à Taulkinham, petite ville du Tennessee :
« Le comptoir était fait d’un linoléum marbré, rose et vert. Une serveuse rousse se tenait derrière, revêtue d’un uniforme vert citron à tablier rose. Ses yeux verts, enchâssés de rose, ressemblaient à une réclame de Lime Cherry Surprise qui était pendue derrière elle. »

À mentionner, entr’autres scènes frappantes, la rencontre d’Enoch avec un « gorille », burlesque et noire guignolade qui révèle toute sa misère de gamin qui n’a pas eu d’enfance.
D’autres personnages bien campés sont de rencontre, tels Hawks le faux pasteur aveugle et sa fille la piètre Sabbath, ou Mrs Flood la logeuse :
« Elle avait le sentiment que les sommes qu’elle déboursait pour ses impôts tombaient dans les poches de tous les bons à rien de la terre, que non seulement le gouvernement les distribuait à des nègres étrangers, à des Arabes, mais les dépensait inutilement à domicile pour des crétins d’aveugles, pour le premier idiot venu, moyennant qu’il pût signer son nom sur une carte. Elle considérait que c’était parfaitement son droit d’en reprendre le plus possible. Elle considérait que c’était parfaitement son droit de reprendre n’importe quoi, argent ou autre chose, tout comme si elle eût été propriétaire d’un monde dont on l’avait dépossédée. Elle ne pouvait rien regarder avec attention sans le désirer aussitôt, et rien ne l’irritait davantage que la pensée qu’il aurait pu y avoir, caché près d’elle, quelque chose ayant de la valeur, quelque chose qu’elle ne pouvait pas voir. »

Dans ce roman, cette ville, cette Amérique, tout le monde est méchant, même « avec Jésus dans la cervelle en guise d’aiguillon »…
J’ai pu penser à John Steinbeck, peut-être à cause d’une certaine tendresse pour ses personnages malgré la farce burlesque à la fois choquante et dramatique, à la limite de l'absurde.
C’est un étonnant livre tragi-comique, à l’écriture très forte, tournant autour du thème de l’aveuglement (et bien sûr des dangers du fanatisme religieux pour soi comme pour les autres).

Mots-clés : #religion
par Tristram
le Dim 26 Juil - 14:31
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Flannery O'Connor
Réponses: 28
Vues: 1150

Bernard Malamud

Le Commis

Tag religion sur Des Choses à lire Commis10

Morris Bober est un petit épicier juif assez misérable ‒ un raté. Frank Alpine est un jeune goy ‒ un rital ‒, également assez misérable, qui participa au braquage lamentable de Morris, et se fait bizarrement embaucher par celui-ci comme commis. Grâce à lui les affaires semblent s’’améliorer, tandis qu’il s’éprend de la fille de la maison, Helen.
Les pensées des personnages tournent toutes autour du rêve américain, de la réussite sociale et personnelle : « devenir quelqu’un ». Il semble que les destinées soient inéluctablement bornées (parce qu'ils appellent la malchance), que ce soient les membres de la famille juive ou Frank, qui, dans une imprédictible alternance de dévouement et d’autodestruction, paraît voué à saboter ses propres espoirs par son comportement, et à entretenir sourdement une culpabilité qui le condamne à échouer.
« Il comprit qu’il aurait toujours des péchés inavouables, et il en fut profondément atteint. »

« Une autre chose qui l’encourageait à continuer ses filouteries, c’était le sentiment qu’il avait porté chance aux Bober en même temps qu’il leur rendait service. Quoi de plus normal que de prélever un petit quelque chose ? »

« Les années avaient passé, inexorables, sans rien lui laisser. À qui la faute ? Les coups que le sort lui avait épargnés, il se les était infligés lui-même. Il avait toujours choisi la mauvaise voie ; il s’était toujours infailliblement trompé et, faute d’instruction, il n’avait jamais pu comprendre pourquoi. La chance est un don qui ne s’acquiert pas. »

« Il [Morris] était plein de frustration : chacun de ses mouvements semblait se finir en tragédie. »

Ces existences précaires, étriquées dans un milieu de petits marchands, tournent avec les occurrences répétées de sordides comptes de menue monnaie.
« Un commerçant sentait tout de suite quand les affaires reprenaient. Les gens semblaient moins inquiets et moins irritables, moins en compétition permanente pour obtenir leur part de soleil sur cette terre. »

La situation évolue cependant vers un imbroglio inextricable des rapports humains de la maisonnée.
Être juif, c’est suivre les rites et préceptes de la religion mosaïque, ce que les Bober ne font pas à la lettre. La qualité distinctive des Juifs, outre un reste de culture commune et la méfiance envers les goys, semble consister en une certaine résignation consentante à l’adversité.
« Dieu bénisse Julius Karp, pensa l’épicier. Sans lui, mon existence serait trop facile. Si Dieu a créé Karp, c’est pour me rappeler que la vie d’un petit épicier est dure, mais ce n’est pas une raison pour l’envier. »

« En somme, se disait Frank, ces gens-là ne vivent que pour souffrir. Et le plus honoré d’entre eux, le pur des purs, le Juif modèle est celui qui supporte le plus longtemps la douleur qui lui ronge les tripes avant de se précipiter aux toilettes. Pas étonnant s’ils lui tapaient sur les nerfs. »

« C’est drôle, se dit-il, pour les Juifs la souffrance est une pièce de tissu ; ils s’en drapent comme dans un vêtement. »

« …] il est resté fidèle à l’esprit de notre loi en souhaitant pour les autres ce qu’il désirait pour lui-même, selon la loi que Dieu dicta à Moïse sur le mont Sinaï. »

À ce propos, voici une étonnante expression d’Helen :
« Elle aurait voulu être à nouveau vierge et en même temps mère. »

Les Juifs ne sont pas présentés sous un jour plus favorable que les goys (on se demande d’ailleurs où serait la différence entre les uns et les autres) :
« Quand on a du gelt [argent] plein les poches, toutes les femmes ont le genre qu’on veut, dit Karp. »

Frank, si épris de la notion de rachat, constitue une sorte de figure christique (références à saint  François d'Assise, etc.)  

Mots-clés : #communautejuive #religion
par Tristram
le Mer 15 Avr - 22:51
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Bernard Malamud
Réponses: 42
Vues: 1685

Francis Jammes

Le pèlerin de Lourdes

Tag religion sur Des Choses à lire Pzoler14
Roman, 120 pages environ, 1935, paru en 1936.

L'ultime ouvrage de Jammes.
Hora Decima a eu la bonne idée de le publier à nouveau en 2005, ce qui fait qu'il est relativement aisé à trouver.

Autant Monsieur le curé d'Ozeron est écrit à deux eaux, à l'eau de rose et à l'eau bénite, autant Le pèlerin de Lourdes n'est écrit qu'à l'eau bénite.

Et qu'est-ce, d'ailleurs, que cet ouvrage ?
Un format entre la nouvelle et le roman (une centaine de pages), quinze chapitres et une dédicace, c'est, là encore, découpé, aéré. Le synopsis est toujours aussi faible, si je vous narre en deux mots (et deux mots suffisent amplement !) la problématique, "ce qui fait histoire", vous allez trouver le dénouement dans la minute: C'est, encore une fois, le cadet des soucis de Jammes. Pour cet anti-thrill et anti-suspense, "ce que ça raconte" est ailleurs. Le sujet n'est qu'un prétexte, un truc obligé (d'en passer par là) en vue de la composition. Alors, il le fourgue comme en arrière-plan du tableau, ça se verra ou bien, si ça néglige, c'est sans doute qu'il a encore mieux fait son travail !

Le héros se nomme Jean Escuyot, c'est sans doute un avatar avec une bonne part d'imaginaire de Francis Jammes lui-même, mais pas à cent pour cent (pas comme dans Le poète Rustique, quoi), et il va en pèlerinage à Lourdes, c'est loin d'être son premier. Jammes nous gratifie d'un splendide portrait, tout est simple, tout est basique, tout est évident, mais tout est si suggestif !:

Chapitre Jean Escuyot continue a écrit:
  Jean Escuyot porte le chapeau melon qui date de l'enterrement de sa femme, il y a quarante ans, mais qui ressemblerait plutôt, si large est son dôme, à la cloche de ce légume. Son feutre a pris la couleur de la rouille et s'est bosselé comme un vieil ustensile de ménage. De nombreux coups de poing assénés à l'intérieur n'ont pu le retaper. Ses ailes lui donnent l'air d'une aigle impériale qui n'aurait jamais pu s'envoler. Le petit espace où appuient l'index et le pouce sont luisants.
   Quand Jean Escuyot l'enlève on voit ses cheveux blancs au complet, si drus que leur masse, taillée racine droite, évoque les cailloux concassés au bord des routes par le marteau du cantonnier. Sous cette calotte de cheveux, le front présente plusieurs rides transversales, tantôt infléchies comme des arabesques, tantôt parallèles comme les cordes d'une lyre couchée. Cette lyre joue surtout dans la gamme de la surprise et de l'appréhension. Les sourcils, blancs comme tout le reste du poil, sont fournis et relevés en pointe comme une moustache démodée. Les yeux, d'un nocturne splendide, où chanterait un rossignol, sont deux gros pruneaux d'Agen, globuleux, d'expression bienveillante, étonnée, polie. Le nez, un peu gras et oblong, rappelle la pomme de terre nouvelle, bouillie et dépouillée de sa robe de chambre. Et les pommettes saillantes revêtent un carmin naturel qui tient davantage du couchant que de l'aurore. La bouche, purpurine aussi, laisse pointer quelques clous de girofle au cours d'une conversation. La lèvre inférieure est charnue. La barbe, de la même espèce que les cheveux, ni longue ni rase, mal taillée, présente des escaliers comme ceux dont un bûcheron gratifie une écorce recouverte de lichens. Le cou est maigre et cordé, comme l'ont certains poulets. Autour du col d'une chemise de flanelle est passée, lâchement nouée, l'une de ces cravates antiques nommées ficelles. Le gilet est recouvert d'un tricot jurant avec une jaquette officielle. Jean Escuyot, en dépit de son nom qui en bigourdan signifie noix, tout simplement, la noix, le fruit, est un percepteur à la retraite. Ce vêtement a dû faire peau neuve deux ou trois fois depuis la naissance du chapeau melon. Il est plus olivâtre que ferrugineux. Le seul cordon qui le dévore est la courroie d'une musette où sont en réserve quelques vivres, du savon, une chemise et des chaussettes de rechange. Pour rien au monde Jean Escuyot n'admettrait qu'un bouton y manquât. Il coud et ravaude lui-même. Au bout des manches les mains sont épaisses et rougeaudes. La gauche porte à l'annulaire l'alliance de sa défunte femme et la droite retient l'une de ces cannes champêtres qu'une liane a vissées. L'épiderme en est rugueux à cause des travaux de jardinage. Le pantalon est d'un gris de brume, relevé sur les souliers. L'ensemble de l'homme est vigoureux: ni grand ni petit, ni maigre ni gros.



Curieusement immiscé dans ce livre, faisant un rien dépareillé, on trouve un témoignage assez plaisant d'un pèlerinage que Francis Jammes fit à Lourdes en compagnie de Paul Claudel: est-ce qu'un extrait vous dirait ?
La dernière réplique de Claudel est assez savoureuse je trouve, en tous cas drôle, bien narrée.

chapitre Amende honorable au mauvais goût de Lourdes a écrit:
   Je vous revois, mon cher Claudel, en ces chaudes journées du pèlerinage national de 1905, où, pour la première fois, vous preniez contact avec Lourdes; Personne, j'en suis sûr, ne suivit, avec plus d'humble ferveur que vous, les cérémonies qui se déroulèrent sous nos yeux fraternels.

   Néanmoins au cours de ces longues heures que nous passions ensemble matin et soir, dans un espace limité par la grotte, les fontaines, les piscines, les bureaux, le rosaire, la crypte et la basilique, je ressentais que s'accumulait en vous un orageux mécontentement. J'avais espéré que vous échapperiez à la réaction qui mit à nu les nerfs de Huysmans et d'Henri Duparc, l'homme pourtant le plus saintement épris de Lourdes que j'aie connu; que vous vous soustrairiez à ce sentiment de révolte que provoquent souvent, chez les mieux intentionnés, des œuvres, il est vrai lamentables, qui encombrent les places, le sanctuaire, le calvaire. Il s'en faudrait de très peu qu'une telle face monstrueuse ne trouvât crédit dans les temples des solitudes de l'Asie.

  Nos promenades se renouvelaient autour des mosaïques des Mystères, et nous songions davantage, me semblait-il, à égrener proprement notre chapelet qu'à fulminer contre l'art de Lourdes. J'avais entendu tant de sarcasmes à ce sujet, qu'à vrai dire je ne voulais plus me prêter à ces lieux communs. En avais-je assez ouï de:
   - C'est affreux ! comme c'est dommage ! ça tuera la religion ! ça a empêché un protestant de se convertir ! ce n'est pas étonnant que les catholiques passent pour des idiots ! le diable est l'auteur de toutes ces choses, etc..., etc..., etc...

   Soudain, mon cher ami (je revois fort bien l'image qui vous fit éclater) votre teint rosé d'homme bien portant refléta toutes les flammes du purgatoire.
   - Ah ! ah ! ah ! vous écriiez-vous, c'en est trop, je meurs. Partons. C'est épouvantable.

   Et vous commençâtes de dévider une litanie de brèves phrases entrecoupées, si furieuses qu'elles me faisaient songer au trop fameux monologue de l'Avare de Molière.
   ...Je vois ! je vois ! poursuiviez-vous, je vois !...
  - Que voyez-vous donc ?
  - Je vois l'abominable cabotin qui a exécuté, en ricanant, cette vilenie.
  - Calmez-vous, cher ami. Ne protestez pas avec tant de véhémence ! Que vous importe, ou non, la valeur, en soi, de cette œuvre ?
Et qu'elle plaise ou pas à votre goût d'artiste, si une bonne femme, venue de Flandre, de Bretagne, des Landes, de Pontoise ou de Lannemezan, est édifiée par ce que vous trouvez horrible et, par cela même, élevée à une oraison qui, aux yeux de Dieu, vaut mille fois la nôtre ?
  - Taisez-vous, je vous en supplie, avez-vous répliqué, je vous entends, je vous comprends, je vous approuve mais, ah ! ah ! c'est affreux, en raisonnant ainsi vous allez me faire perdre le peu de goût qu'il me reste !



Replanté d'un message sur Parfum, 26 Mars 2014.


Mots-clés : #portrait #religion #spiritualité #xxesiecle
par Aventin
le Lun 6 Avr - 19:33
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Francis Jammes
Réponses: 22
Vues: 397

Francis Jammes

Monsieur le Curé d'Ozeron

Tag religion sur Des Choses à lire Mr_le_10
[i]Roman, 270 pages environ, un prélude, quatorze chapitres, un épilogue. Paru en 1918.[/i]

On dit parfois d'une personne d'apparence prude et innocente, mais à fond hypocrite, que c'est une sainte-nitouche.
De Jammes ne pourrait-on dit que c'est un écrivain sain, mais qui ne touche pas aux basiques de la façon littéraire, un sain n'y-touche-pas, à savoir qu'il se contente d'affleurer, de désigner d'un geste qu'on devine lent, mesuré, précis et efficace, sans asticoter le lecteur ni, d'une certaine façon, faire le job, à savoir être assez cabotin, ou technicien, et on sent que c'est voulu (ce qui peu agacer le lecteur non prévenu) ?
Jammes, c'est un hôte qui vous reçoit dans sa demeure, il n'y pas de portes, pas d'armoires, pas de meubles à tiroirs, pas de placards, tout est là. Au surplus, si vous ne voyez pas vous-même, il prendra un geste ample mais discret pour vous désigner ce que vous cherchez, mais tout est là, à quoi bon... ?

Monsieur le Curé d'Ozeron est une œuvre d'apparence très naïve et c'est un choix, une toile rurale et de foi. A peine un semblant d'intrigue, d'histoire ou de sous-historiette s'y noue que nous devinons sans peine ce qu'il en adviendra dans quelques pages ou chapitres. Mais, comme il fait frais et doux dans ce livre !

N'y allez pas chercher de grands élans théologiques, il n'y en a pas, juste de rares et basiques références bibliques directes.
Les références indirectes, en revanche, il y aurait de quoi alimenter d'épaisses notes à chaque chapitre.

Une fois de temps en temps, à titre exceptionnel, Jammes à dû laisser une phrase partir toute seule, ou appuyer un peu plus fort la plume sur le papier, comme dans cette courte saillie:

Chapitre IV a écrit:
  Une telle doctrine peut faire sourire ou scandaliser le monde. Mais ceux  qui vivent de la Grâce, ils ne faut point qu'ils raisonnent à la manière des païens, ils doivent être surnaturels.


Chapitre IV qui est mon préféré de l'ouvrage, au reste. Je ne résiste pas à la joie de vous faire partager ce petit morceau, poétique, de cette légère mystique qui est un nectar que Jammes élabore à merveille:

Chapitre IV a écrit:
  Le soleil échancre de son feu liquide la crête boisée. Il aveugle.
  Il se lève au bas de cette fluide et pâle et fraîche étendue bleue, qui est
  une mer dont les nuages sont les sables qui se rident çà et là.
  L'un de ces nuages, au Nord, est immense et léger. Il brille.
  Il a la forme d'un crustacé dont les anneaux transparents sont à
  peine teintés de rose dans cet azur un. peu vert où il baigna.

  C'est le jour qui est blanc.

  Du cœur de Monsieur le curé d'Ozeron monte
  une salutation vers les choses visibles: ce globe
  d'où découle une lumière jaune; ces montagnes comme dessinées à la mine de plomb;
  ces collines ruisselantes, tendues de toiles d'araignée, hérissées d'arbrisseaux, d'ajoncs, de
  fougères, de bruyères; ces prairies où, comme une buée, la première gelée se pose.
  Et voici la salutation vers les choses invisibles auxquelles nous croyons par la foi en Notre-Seigneur,
  qui, en ce moment, repose sur le cœur de Monsieur le curé d'Ozeron.




Élagué et assemblé de deux messages sur Parfum, 24 Mars et 27 Mars 2014.



Mots-clés : #religion #ruralité #solidarite #spiritualité #viequotidienne #xxesiecle
par Aventin
le Lun 6 Avr - 19:33
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Francis Jammes
Réponses: 22
Vues: 397

Charles Péguy

Le Porche du mystère de la deuxième vertu

Tag religion sur Des Choses à lire Le_por10
1911, 140 pages (peu denses) environ.



Derrière ce titre, pour ainsi dire médiéval, se cache un opus difficile à cataloguer: Gallimard Nrf le range dans sa collection poésie, pourquoi pas, faute de mieux (?).

Cela commence comme au théâtre, voyez plutôt:
Tag religion sur Des Choses à lire Pzoguy10


Madame Gervaise s'adresse à un enfant, qui n'intervient jamais, dont nous ignorons l'âge, le nom, le sexe. Ce Porche est un soliloque.

Mais, avec lenteur et au fil de la lecture nous parviennent quelques indices - c'est au temps de la royauté, c'est en Lorraine, il y a quatorze siècles de chrétienté... jusqu'au bout on ne sait pas, mais on suppute quand même, en foi de la parution de Péguy qui précède immédiatement, que l'enfant attentif et silencieux est Jeanne d'Arc.

Pourtant, l'auteur s'est gardé de toute référence d'ordre linguistique ou idiomatique au parler lorrain du quinzième. Ils n'utilise que des mots simples, la limpidité menant à des imprévus, des termes parfois curieusement bricolés (comme recreux ou encore travails au pluriel)

Péguy ose, par le caractère familier, populaire de l'expression, un langage adapté à une jeune oreille; en évitant bien des écueils de fausseté, ce n'est jamais gnangnan, encore moins vulgaire bien sûr, jamais même trivial.

Cette prosodie est assez singulière.
En fait de soliloque, Dieu lui-même vient s'en mêler et s'exprime au "je", puis, sans que l'on ne distingue nettement où est la reprise, la parole revient à Madame Gervaise (comme dans l'extrait, dans lequel la parole est nettement du côté de Dieu).

C'est -à mon avis- très bien traduire, de façon largement inédite, le mécanisme de l'oraison (bien plus certainement que celui de la prière), avec adjonction en guise de procédé littéraire d'un interlocuteur tiers [figuré par l'enfant, mettons Jeanne], qui reçoit mais ne participe pas, et ce tiers est bien sûr aussi nous, lecteurs.

Quant aux allusions à la France, c'est à rapprocher de la position de Péguy face au péril, imminent alors, du conflit avec l'Allemagne.

Très bien rendues les circonvolutions méditatives, à base de répétitions façon mantra, de retour en arrière mais, au bout, toujours une avancée.
Idem la découpe en vers [libres] ne s'achevant pas forcément par une ponctuation, les parenthèses, tout ce cheminement d'apparence inutile, n'allant pas droit au fait mais semblant s'égarer dans les halliers de la réflexion, qu'on pourrait dépouiller: la restitution a ce côté tel quel, intact sous la plume qui n'a pas cru bon de bûcheronner dedans, tout en conservant (écueil bien évité) un coulé facilitant la lecture.    

Le thème est celui d'une des trois vertus théologales, l'Espérance.
Celle des trois qui, selon Péguy, va le moins de soi.
Elle est une jeune enfant semblant menée par ses deux grandes sœurs, en réalité c'est elle qui les mène...


Extrait:

Je les plains. Je leur en veux. Un peu. Ils ne me font pas confiance.
Comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point Innocents dans les bras de ma Providence. Ils ont le courage de travailler.
Ils n’ont pas le courage de ne rien faire. Ils ont la vertu de travailler. Ils n’ont pas la vertu de ne rien faire.
De se détendre. De se reposer. De dormir.
Les malheureux ils ne savent pas ce qui est bon.
Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour.
Mais ils ne veulent pas m’en confier le gouvernement pendant la nuit.
Comme si je n’étais pas capable d’en assurer le gouvernement pendant une nuit.
Celui qui ne dort pas est infidèle à l’Espérance.
Et c’est la plus grande infidélité.
Parce que c’est l’infidélité à la plus grande Foi.
Pauvres enfants ils administrent dans la journée leurs affaires avec sagesse.
Mais le soir venu ils ne se résolvent point. Ils ne se résignent point à en confier le gouvernement à ma sagesse
L’espace d’une nuit à m’en confier le gouvernement.
Et l’administration et tout le gouvernement.
Comme si je n’étais pas capable, peut-être, de m’en occuper un peu.
D’y veiller.
De gouverner et d’administrer et tout le tremblement.
J’en administre bien d’autres, pauvres gens, je gouverne la création, c'est peut-être plus difficile.
Vous pourriez peut-être sans grand(s) dommage(s) me laisser vos affaires en mains, hommes sages.
Je suis peut-être aussi sage que vous.
Vous pourriez peut-être me les remettre l'espace d'une nuit.
L'espace que vous dormiez
Enfin
Et le lendemain matin vous les retrouveriez peut-être pas trop abîmées.
Le lendemain matin elles ne seraient peut-être pas plus mal.
Je suis peut-être encore capable de les conduire un peu.
Je parle de ceux qui travaillent
Et qui ainsi en ceci suivent mon commandement.
Et qui ne dorment pas, et qui ainsi en ceci
Refusent tout ce qu'il y a de bon dans ma création,
Le sommeil, tout ce que j'ai créé de bon,
Et aussi refusent tout de même ici mon commandement
même.
Pauvres enfants quelle ingratitude envers moi
Que de refuser un aussi bon, Un aussi beau commandement.
Pauvres enfants ils suivent la sagesse humaine.
La sagesse humaine dit Ne remettez pas au lendemain
Ce que vous pouvez faire le jour même.
Et moi je vous dis Celui qui sait remettre au lendemain
Est celui qui est le plus agréable à Dieu.
Celui qui dort comme un enfant
Est aussi celui qui dort comme ma chère Espérance.



Mots-clés : #poésie #religion #spiritualité #xxesiecle
par Aventin
le Lun 30 Mar - 14:48
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Charles Péguy
Réponses: 9
Vues: 268

Erri De Luca

Noyau d'olive

Tag religion sur Des Choses à lire Noyau10

Titre original: Nocciolo d'oliva, 2002, paru traduit en France en 2004.
Essai ou commentaires (?) 100 pages environ, une préface de l'auteur, deux parties inégales, la première groupant cinq commentaires, la seconde vingt et un.

Erri de Luca explique dans la préface qu'il n'est pas croyant, mais fréquente au quotidien la lectio divinas, les Écritures Saintes -la Bible- et qu'il utilise pour ce faire l'hébreu directement.

La très grande majorité des fidèles est loin de s'astreindre à une telle discipline, et cependant Erri de Luca précise que ça ne fait pas de lui un croyant, achoppant sur deux obstacles en particulier: le pardon -il ne sait pas donner son pardon et ne souhaite pas être pardonné quand il commet un écart- et la prière, pour laquelle il dit être d'une sécheresse, d'une infertilité sans nom.

Voilà pour la singularité de la démarche, l'ouvrage, plutôt très plaisant, érudit bien entendu mais clair, très concis dans le propos, à mots simples, se lit sans la moindre difficulté, on peut d'ailleurs piocher dedans sans respecter d'ordre - à la manière de la Bible justement.
On picore ainsi un commentaire ou deux - plus si affinités- à la fois, comme ils sont brefs, il est facile de reposer le livre et d'y revenir: voilà pour le confort de lecture.

En ce qui me concerne, la séduction a pas mal opéré: livre recommandable...à peu près à tous.
Voici, presque intégralement, le commentaire qui a donné le titre à l'ouvrage, Noyau d'olive, et qui inaugure la seconde partie:

Chez nous, on appelle Ancien Testament un recueil d'écritures saintes du peuple hébreu. Dans sa langue d'origine, il a pour titre Mikra/lecture. Parce que telle est sa valeur d'usage, être lu à haute voix dans les assemblées des rites, dans les sabbats, dans les fêtes. Et même quand on le lit pour soi, dans un moment de liberté à l'écart des autres, la règle impose le mouvement des lèvres et pas seulement la lecture avec les yeux. Le corps doit participer, souffle et lèvres du moins, accompagnant le voyage des paroles antiques, se faisant leur porteur.

L'évènement de ces écritures, c'est la révélation: un Dieu, unique et solitaire, a fait le monde au moyen de sa voix, en commençant par la lumière. Il l'a extrait du néant, se souciant, avec le même empressement, de l'infini immense et de la particule.

Une bonne partie de l'humanité n'est pas en état de remonter à Dieu. Avant même l'acte de foi, l'acte de confiance réclame trop d'effort. En non-croyant, je reste un passant d'écritures saintes et non un résident. Je me déplace le long des lignes parallèles d'un autre alphabet, fermé en vingt-deux lettres disposées entre l'aleph et le tav, qui se lisent dans le sens opposé au nôtre, donc sur des pages à feuilleter à l'envers. Je passe sur cette langue avec mon doigt et mes yeux et je me rends compte du choc, de l'impact qu'elle a subi. Une volonté de se révéler et d'agir dans le monde s'est abattue sur une langue aux mots pauvres, hostile à tout concept abstrait. Elle tombe sur des mots de trois syllabes accentuées le plus souvent sur la dernière, et elle lui transmet la tarentelle-fièvre de son incandescence.

[...]

Toute la création, tout ce qui est la suite, l'action seconde qui relève des hommes, sont écrits en donnant la priorité à l'action du verbe. "Écoute Israël", dit la principale prière hébraïque, dans le livre que nous appelons le Deutéronome et que les Hébreux appellent Devarim/Mots. Voilà, écouter est la première urgence, la première requête.

 Lire les Saintes Écritures, c'est obéir à une priorité de l'écoute. J'inaugure mes réveils par une poignée de vers, et le cours de la journée prend ainsi son fil initiateur. Je peux ensuite déraper le reste du temps au fil des vétilles de mes occupations. En attendant, j'ai retenu pour moi un acompte de mots durs, un noyau d'olive à retourner dans ma bouche.  


Mots-clés : #essai #religion #spiritualité
par Aventin
le Dim 23 Fév - 20:35
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Erri De Luca
Réponses: 31
Vues: 1274

Jacques Audiberti

Dimanche m’attend

Tag religion sur Des Choses à lire Dimanc10


« Qu’est-ce qu'un "journal" ?
Un roman.
Un roman ouvert débouchant sur le mystérieux espace qui s'étend après la série éphémère des anecdotes datées. Goncourt note les bons mots des anges. Léautaud décrit les spectres qui l'entourent.
Mais demeurons dans la vie. Restons en vie si nous pouvons. Le "journal", roman annelé, s'allonge petit à petit, engouffrant les sentiments que le héros, c'est-à-dire l'auteur, reçoit de ses rencontres et de ses expériences. Vous ne saurez jamais au juste, vous, sujet de votre propre bouquin, de quel morceau de votre personne le chapitre qui vient fera ses choux gras.
Le "journal" traîne l'adjectif "intime". Mais il ne se borne pas à recenser à la file les avis du percepteur, les ressemelages et les chocs émotifs. L'extérieur pénètre le privé. Le journaliste intime n'a pas besoin de coiffer lui-même la triple couronne de la tiare pour qu'un voyage pontifical, lui donnant à penser, figure dans son histoire. Si l'on me demande : "Mais que vous est-il arrivé ?" je peux montrer tous ces quotidiens, tous ces hebdomadaires qui ne cessent en effet d'arriver jusqu'à moi. Mon récit colle à la durée commune et linéaire où le premier crocus répond à l'ultime violette, cependant que se succèdent bombardements et tours de force. Mais il dépend avant tout de moi, cerveau, boyaux.
Je tiens mon journal. Il me tient. »

Dernier livre d’Audiberti, sorte de roman-journal tenu un an alors que, malade, il se sait condamné au dimanche de la mort chrétienne.
Il note avec verve (« l’inquiétante facilité d’une prose lyrique ») ses promenades dans Paris (en cours de transformation en ces années soixante) et ses environs, ses souvenirs (d’écrivain et journaliste notamment, sous la houlette de Paulhan, mais aussi de son enfance antiboise, en passant par ses amis), ses réflexions sur les sujets les plus divers, mais surtout l’Église avec la figure majeure de La Lutte de Jacob avec l'Ange (peinture murale de Delacroix, dans l’église Saint-Sulpice), combat de l’homme révolté contre Dieu (voir Associations d'images et de livres). Il suit les sermons dominicaux :
« Unique originalité, ce messie s’affirme le Messie. À partir de là se développe, énorme bastide de volumes et de paroles, la Babel gothique et romane, antisémite de nature, qui décalqua le démon sur un certain prototype busqué qui conjuguerait bouc et dibbouk. »

(Le dibbouk est un esprit malin ou démon juif qui s’attache à quelqu’un.)
Audiberti retrouve sa maison, longtemps inhabitée, de « Coresse-en-Hurepoix. Une gare au commencement de la vallée de Chevreuse, entre deux lèvres boisées », sous les « bombes de bruit » des « bouings d’Orly ». Il explore ses archives, évoque « l’écrivanité » :
« Telles liasses dactylographiées me donnent, un instant, l’espoir de se rapporter à quelque mienne œuvre d’autrefois, inédite, germée d’elle-même dans ce rustique local. »

« Désormais je ne saurais écrire que ce que j’écrivis. Alors, à quoi bon écrire ? L’unique envisageable progrès ne réside point tant dans de nouveaux acquêts que dans l’abandon de certains thèmes, par exemple, le sexe. Quant à mes autres dadas majeurs, le passé, pseudonyme et substitut de l’inviolable avenir, le scandale de la souffrance, l’énigmatique destin juif, ils ne me fournirent jamais que des prétextes à guirlandes d’ébahissements consternés. »

« Le mot, toujours le mot et non pas seulement l’assonance. J’aime faire vivre les mots, même en dehors du sens qu’on leur accorde. J’aime les faire vivre comme des êtres, des entités vivantes.
Le chant poétique ‒ je proposerais volontiers ce raccourci ‒ n’est d’abord au fond du poète qu’un chant sans paroles comme l'arabesque d'un mouvement d'éloquence. Il passe comme un aimant parmi les stocks des mots, il passe et repasse jusqu’à l'accident d’une mystérieuse perfection, celui où le mot valable est retenu...
Ma mission ? Rafraîchir, par l’expression poétique, le monde créé, le replonger dans son principe. Il retourne à son origine. Il repasse dans le bain initial. Poète, je crée, je renomme, pour une durée indéterminée. Je puis donc croire à mon efficacité, non didactique, mais utile, urgente. Pour que les oiseaux chantent, que le vent passe sur les champs, que les vagues soulèvent la mer, il faut le vers réussi, digne du poète, cet avocat du Créateur.
Les poètes se partagent la besogne, selon la nation, le langage, le siècle. Chaque poète est un fragment du roc brisé qu’est le Créateur. Tous rassemblés, ils n’en donnent, je veux bien, qu’une image balbutiante. Ils demeurent cependant les héritiers de la puissance suprême : la parole ! »

Aux Deux magots :
« À la table à côté Simone de Beauvoir accumulait au stylographe des ligne parallèles légèrement montantes, sans ratures, sans fioritures. Elle s’arrêtait pour consulter l’espace un tout petit peu plus haut que sa tête. Vu nos tables juxtaposées, il advenait qu’un de ses feuillets touchât, de l’angle, l’un des miens où se démenait un bal flamboyant de monstres et de mots tirés de l’encrier que je transportais dans un sac de toile marron avec mes manuscrits. Du contact du Deuxième Sexe et de mes graffouillages, ne sortit, j’espère, rien de fâcheux pour la haute lucidité méthodique et entraînante de l’œuvre de ma voisine. »

Esprit audibertien :
« L’histoire, sciemment ou non, ne cesse ainsi, tout comme la zoologie, de se livrer à des essais. La tête de cheval s’esquisse dans l’hippocampe et le haricot vert préfigure Claudia Cardinale. »


Mots-clés : #journal #nostalgie #religion #vieillesse #xxesiecle
par Tristram
le Mar 18 Fév - 21:51
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Jacques Audiberti
Réponses: 10
Vues: 405

Don DeLillo

Les Noms  

Tag religion sur Des Choses à lire Les_no10


Le milieu des expatriés états-uniens faisant du business dans des pays "instables", essentiellement au Moyen-Orient, mais aussi en Grèce, puis en Inde.
James Axton, le narrateur, est responsable d’évaluation des risques d’enlèvements (notamment terroristes) visant à rançonner les multinationales, ceci dans un grand groupe qui propose des polices d’assurance à celles-ci. Géopolitique orientée :
« Au cœur de l’histoire. Elle est dans l’air. Les événements relient tous ces pays. »

« C’est intéressant, la façon dont les Américains préfèrent la stratégie aux principes dans toutes les occasions, et continuent cependant à se croire innocents. »

« ‒ Les peuples blancs établissaient des empires. Les gens à la peau foncée déferlaient de l’Asie centrale. »

Travers de l’expat, touriste et acheteur de tapis :
« Être un touriste, c’est échapper aux responsabilités. Les erreurs et les échecs ne vous collent pas à la peau comme ils feraient normalement. On peut se laisser glisser à travers les langues et les continents, suspendre l’opération de solide réflexion. Le tourisme est la bêtise en marche. On s’attend à ce que vous soyez bête. Le mécanisme entier du pays d’accueil est réglé en fonction de la stupidité d’action du voyageur. On circule dans un état d’hébétude, les yeux rivés sur des cartes pliantes illisibles. On ne sait pas comment parler aux gens, comment se rendre d’un endroit à un autre, ce que représente l’argent, l’heure qu’il est, ce qu’il faut manger et comment le manger. La bêtise est la norme. On peut exister à ce niveau pendant des semaines et des mois sans se faire réprimander ni subir de conséquences. »

« Investissement, disait-elle. Comme il devenait malaisé de se les procurer, leur valeur ne pouvait qu’augmenter, et ils achetaient tout ce qu’ils pouvaient. La guerre, la révolution, les soulèvements ethniques. Valeur future, bénéfices futurs. Et en attendant, regardez comme ils sont ravissants. »

Aussi une réflexion sur le voyage aérien, l'archéologie, le divorce, le cinéma.
« Il y a le temps, et il y a le temps cinématographique. »

Et surtout une investigation sur une secte énigmatique, qui immole des victimes selon un rapport aux langues/ alphabets anciens, et leurs noms en correspondance avec les lieux.
« ‒ Le mot grec puxos. Arbre-boîte. Cela suggère le bois, bien sûr, et il est intéressant que le mot book anglais remonte au boek moyen hollandais, ou bouleau, et au boko germanique, bâton de bouleau sur lequel étaient gravées des runes. Qu’avons-nous donc ? Book, box, livre, boîte, symboles alphabétiques creusés dans le bois. Le manche en bois de hache ou de couteau sur lequel était gravé le nom de son possesseur en lettres runiques. »

« Le désert est une solution. Simple, inévitable. C’est comme une solution mathématique appliquée aux affaires de la planète. Les océans sont le subconscient du monde. Les déserts sont la prise de conscience, la solution claire et simple. […]
L’intention de sens ne compte pas. Le mot lui-même compte, et rien d’autre. […]
C’est le génie de l’alphabet. Simple, inévitable. Rien d’étonnant à ce qu’il soit apparu dans le désert. »

D’après la confession finale, le culte des tueurs pourrait être une sorte d’allégorie de la fascination morbide des Occidentaux pour un certain fanatisme occulte et meurtrier, venu de leur passé (les prêcheurs dans le cas du narrateur).
Le style adopté par DeLillo peut sembler inclure des longueurs, mais vaut notamment par d'adroits fondus enchaînés.

« De son côté, Control Risks, qui se définit aussi comme "une société de conseil mondial spécialisé dans le risque et qui aide les organisations à réussir dans un monde instable", s'intéresse beaucoup à l'Afrique. Son site propose un "index risque-rendement" pour le continent et consacre un chapitre au "paysage de l'enlèvement contre rançon, et de l'extortion" en Afrique du Sud. »

https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/guinee-equatoriale/passage-en-revue-des-mercenaires-chiens-de-guerre-et-autres-societes-militaires-privees-presents-en-afrique_3749699.html du 20 décembre 2019

Mots-clés : #contemporain #mondialisation #religion #spiritualité #terrorisme #xxesiecle
par Tristram
le Ven 20 Déc - 20:56
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Don DeLillo
Réponses: 7
Vues: 529

Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup

Marie de Hennezel
Née en 1946


Tag religion sur Des Choses à lire 5marie10

Marie de Hennezel est psychologue clinicienne et écrivain.

Après avoir fait des études de langues et enseigné l'anglais elle réalise un DESS de psychologie clinique et un DEA de psychanalyse.
En 1986, elle intégre la première équipe de soins palliatifs en Europe continentale.
Elle se forme à l'Haptonomie, essentielle dans l'approfondissement des qualités de contact et de présence, si nécessaires dans le soin et l'accompagnement des grands malades et des mourants.
Devant l'immense besoin d'accompagnement psychologique et spirituel des personnes touchées par le VIH, Marie de Hennezel fonde en 1992, avec Jean-Louis Terrangle, l'Association Bernard Dutant - Sida et Ressourcement. Son objectif est d'accueillir ceux qui, condamnés par la médecine, conscients d'avoir un temps limité à vivre, sont en quête de sens.
Avec l'évolution des nouvelles thérapies, le Sida devient une maladie chronique et l'Association Bernard Dutant, aujourd'hui basée à Marseille, s'oriente vers des activités de ressourcement pour "prendre soin de soi" (week-ends de marche, théatre, soirée de partage).
En octobre 2002, Jean-François Mattei, Ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes Handicapées, lui confie une mission sur la fin de vie.
Un rapport "Fin de vie et Accompagnement" est remis au ministre le 16 octobre 2003.
Le 17 décembre 2003, elle est auditionnée par la mission parlementaire d'information sur l'accompagnement de la fin de vie. Cette mission a proposé une loi sur les droits des malades et la fin de vie qui a été adoptée par le parlement le 30 novembre 2004.
En février 2010, elle est entrée au Comité de pilotage de l Observatoire National de la fin de vie , dont elle a démissionné en 2012, à la suite d'un désaccord avec le Président de l'Observatoire, au sujet de la mission de l'Observatoire et du rapport d'activité publié.

Source : slog.fr


Publications

 
Spoiler:
La Mort intime, éditions Robert Laffont, 1995 (préfacé par François Mitterrand)
  L'Art de mourir, 1997, en collaboration avec Jean-Yves Leloup
  La Quête du sens, éditions Albin Michel, 2000
  Le Grand Livre de la tendresse, éditions Albin Michel, 2002
  Le Souci de l'autre, Robert Laffont, 2004
  Mourir les yeux ouverts, éditions Albin Michel, 2005
  Nous ne nous sommes pas dit au revoir, éditions Robert Laffont, 2006
  La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller, éditions Robert Laffont, 2008
  La Sagesse d’une psychologue, L’Œil neuf éditions, 2009
  Une vie pour se mettre au monde, Carnets Nord, mars 2010, en coll. avec Bertrand Vergely
  Qu'allons nous faire de vous, éditions Carnets Nord, 2011 en coll. avec Edouard de Hennezel
  Nous voulons tous mourir dans la dignité, éditions Robert Laffont, 2013
  J'ai choisi de me battre, j'ai choisi de guérir, éditions Robert Laffont, 2014 avec Claude Pinault
  Sex and sixty : un avenir pour l'intimité amoureuse, éditions Robert Laffont, 2015
  Croire aux forces de l'esprit, éditions Fayard, 2016


son fil personnel : https://deschosesalire.forumactif.com/t1648-marie-de-hennezel

Jean-Yves Leloup
Né en 1950


Tag religion sur Des Choses à lire Leloup10

Jean-Yves Leloup est un écrivain, philosophe, théologien et prêtre français, né le 24 janvier 1950 à Angers.

Fondateur de l'Institut pour la rencontre et l'étude des civilisations et du Collège international des thérapeutes, Il est l'auteur de plus de quatre vingt ouvrages en français, traduits dans une vingtaine de langues notamment en anglais, en allemand, en espagnol et en portugais (Brésil).
Jean-Yves Leloup est né le 24 janvier 1950 à Angers. Dominicain de 1973 à 1986 environ, ordonné prêtre en 1978, puis prêtre orthodoxe, analyste, philosophe, spécialiste de patristique et de religions comparées ainsi que poète, il livre quelques « fragments de son itinérance » dans son livre L'Absurde et la Grâce. En tant que prêtre il appartient à l'Église non-canonique indépendante dite « Église orthodoxe française » de la « communion des Églises orthodoxes occidentales », (son évêque n'appartient pas à l'Assemblée des évêques orthodoxes de France) son monastère est celui de Saint-Michel dans le Var. Il a enseigné dans différentes universités et instituts de recherche en anthropologie fondamentale, en Europe, aux États Unis, au Canada, en Amérique du Sud.
Les ouvrages de Jean-Yves Leloup traitent essentiellement de spiritualité chrétienne. Avec une approche contemporaine des textes; il a traduit et commenté les Évangiles apocryphes de Thomas, Philippe et Marie de Magdala, ainsi que l’Évangile canonique de Saint-Jean. Il rappelle les traditions primitives, méditatives et monastiques de l’Église orthodoxe, (Mont Athos, Hésychasme) et l’enseignement des Pères de l'Église, notamment des Pères du désert. Il s’intéresse à l’ouverture spirituelle vers les autres traditions et à la part du féminin dans la spiritualité.


Publications

Spoiler:
Va ! L'esprit et la pratique des Béatitudes, Éditions Presses du Châtelet, Coll. La parole qui guérit, 2019
Vers une écologie intégrale, Éditions UPPR, 2018
Requiem, entrer dans l'Éternité, ( avec CD Jean Paul Dessy), Éditions Le Relié, 2018
L'évidence de l'Invisible, Éditions Actes Sud, 2018
Le Testament de Marie Madeleine, Éditions Lazare et Capuccine, 2018
Les dits de la femme qui brûle, Marguerite Porete, Editions Almora, 2018
Sagesse du Mont Athos, Éditions Philippe Rey, 2018
Il n'y a qu'un seul Dieu, Lequel?, Éditions Philippe Rey, 2018
Les portes de la transfiguration, Éditions Albin Michel, 2018
Le Cantique des cantiques, La sagesse de l'amour, éditions des Presses du Châtelet, 2017
Le livre de Salomon, La sagesse de la contemplation, éditions des Presses du Châtelet, 2017.
L'ecclésiaste (Le Qohelet) La sagesse de la lucidité, éditions des Presses du Châtelet, 2016.
Le philosophe et le djihadiste, éditions des Presses du Châtelet, 2016.
Réfléchir sur le cœur des choses, Éditions du Relié, 2016.
Sens et sagesse de l'icône, UPPR, 2015.
La sagesse qui guérit, Éditions Albin Michel, 2015.
Être chrétien aujourd'hui, UPPR, 2015.
Une danse immobile, éd. du Relié, 2015.
Pierres de nuit, éd. New York - Paris - Tokyo, Coll. Nouvelles tendances de l'art contemporain, 2014.
Les Épitres de Jean (traduction et commentaire), éd. Albin Michel, 2014.
De Nietzsche à maitre Eckhart, éd. Almora, 2014.
Faire la Paix, éd. du Relié, 2013.
Un obscur et lumineux silence, La théologie mystique de Denys l'aréopagite éd. Albin Michel, 2013.
Marie-Madeleine à la Sainte Baume, éd. du Relié, 2012.
Abécédaire de l’innommable, éd. Snoeck, 2012.
L’Apocalypse de Jean, éd. Albin Michel, 2011.
L’Assise et la marche, éd. Albin Michel, 2011.
Dictionnaire Amoureux de Jérusalem, éd. Plon, 2010.
Apocalypsis avec Catherine Arto et Jean-Paul Dessy, éd. Isabelle et Jacques Pologny, 2009.
Qui est « je suis » ? Connaissance de soi et connaissance du Soi, éd. du Relié, 2009.
L’immense et l’intime (photos de Jacques Polony, calligraphies de Kitty Sabatier), éd. Isabelle et Jacques Polony, 2008.
Jésus, Marie-Madeleine et l’incarnation, éd. Albin Michel, 2008.
Apprendre à être heureux ? (avec Lytta Basset, Pascal Bruckner, Eugen Drewermann, Jean-Paul Guetny, Marek Halter, Alain Houziaux, Gérard Miller, Ysé Tardan-Masquelier), éd. Albin Michel, 2008.
Mont Athos : sur le chemin de l’Infini (photographies de Ferrante Ferranti), éd. Philippe Rey, 2007.
Les profondeurs oubliées du Christianisme (avec Karin Andréa de Guise), éd. du Relié, 2007.
Innocence et Culpabilité (avec Marie de Solemme, Philippe Naquet, Paul Ricœur, Stan Rougier), éd. Albin Michel, 2007.
Le « Notre Père » : une lecture spirituelle, coll. « Spiritualité vivantes », éd. Albin Michel, 2007.
Aimer désespérément (collectif, avec André Comte-Sponville), éd. Albin Michel, 2007.
La Grâce de solitude (collectif, avec Christian Bobin), éd. Albin Michel, 2006.
Un homme trahi - le Roman de Judas, éd. Albin Michel, 2006.
Qui aime quand « je » t’aime ? (avec Catherine Bensaïd), éd. Albin Michel, 2005 (Pocket, 2006).
Tout est pur pour celui qui est pur, éd. Albin Michel, 2005.
La vie de Jésus racontée par un arbre (conte), coll. « jeunesse », éd. Albin Michel, 1995 (éd. Du Relié, 2005).
Guérir l’esprit. Le colloque de Bodhgaya (avec Faouzi Skali, Lama D.Teundroup), « Espaces libres », éd. Albin Michel, 2004.
L’Évangile de Philippe, coll. « Spiritualité vivantes », éd. Albin Michel, 2003.
Une femme innombrable. Le roman de Marie-Madeleine, éd. Albin Michel, 2002.
L’Évangile de Thomas (calligraphies de Frank Lalou), coll. « Les carnets du calligraphie », éd. Albin Michel, 2002
Un art de l’attention, éd. du Relié, 2000 (éd. Albin Michel, 2002).
Si ma maison brûlait, j’emporterais le feu, Entretien avec Edmond Blattchen, Alice éditions, 2001.
L’art de vivre au présent (collectif, avec André Comte-Sponville), coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 2001.
Paroles d’ermites. Les Pères du désert, coll. « Carnets de sagesse », éd. Albin Michel, 2000.
La montagne dans l’océan. Méditation et compassion dans le bouddhisme et le christianisme, éd. Albin Michel, 2000.
L’Icône. Une école du regard, éd. Le Pommier, 2000.
Aimer… malgré tout (entretien avec Marie de Solemme), Éditions Dervy, 1999.
Ce corps. Paroles de Jésus et Anandamayi (avec J.C. Marol), Altess, 1999.
Prendre soin de l’Etre, les Thérapeutes selon Philon d’Alexandrie, éd. Albin Michel, 1999.
Sectes, Églises et religions. Elements pour un discernement spirituel , coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 1998.
Introduction aux « vrais philosophes ». Les Pères grecs : un continent oublié de la pensée occidentale, éd. Albin Michel, 1998.
L’Evangile de Marie. Myriam de Magdala, éd. Albin Michel, 1997
Les livres des morts. Tradition du bouddhisme, tradition du christianisme, tradition égyptienne, éd. Albin Michel, 1997.
L’art de mourir : tradition religieuse et spiritualité humaniste face à la mort aujourd’hui (avec Marie de Hennezel), Éditions Robert Laffont, 1997 (Pocket, 2000).
Désert, déserts, coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 1996.
Maître Eckhart, éd. Terre blanche, 1995 (épuisé).
La vie en Jésus-Christ selon Nicolas Cabasilas et Saint Thomas d’Aquin, Éditions Le Fennec, 1994 (épuisé).
Jean de la Croix ou la nuit habitée, éd. Le Fennec, 1994 (épuisé).
Texte de fondation du « Collège International des Thérapeutes », éd. Le Fennec, 1994 (épuisé).
Manque et plénitude. Éléments pour une mémoire de l’essentiel, éd. Albin Michel, 1994.
Paroles de Jésus. Sélection et présentation, coll. « Carnets de sagesse », éd. Albin Michel, 1994.
Jean Chrysostome : introduction aux Homélies sur l’Incompréhensibilité de Dieu, éd. Albin Michel, 1993.
Nocturnes (quatre poèmes et leur traduction anglaise), éd. Le Fennec, 1993 (épuisé).
Evagre le Pontique : introduction à Praxis et Gnosis, éd. Albin Michel, 1992.
Jean Cassien : introduction aux Collations, éd. Albin Michel, 1992.
La Voie du pèlerin, éd. Terre blanche, 1992 (épuisé).
L’Absurde et la Grâce : fragments d’une itinérance, éd. Albin Michel, 1991.
Paroles du Mont Athos, éd. Albin Michel, 1991 (Cerf, 1980).
« Entretien avec Olivier Germain-Thomas », in Agora : les Aventuriers de l’Esprit, éd. La Manufacture, 1991.
Ecrits sur L’Hésychasme, éd. Albin Michel, 1990
De l’aréalité du bleu, des vents, et des sables (poèmes et tableaux, sous le nom de Jean Khalil Sarov), éd. New York -Paris - Tokyo, coll. « Nouvelles tendances de l’art contemporain », 1990 (épuisé).
L’Evangile de Jean, éd. Albin Michel, 1989.
L’Enracinement et l’Ouverture, éd. Albin Michel, 1989.
L’Art d’apprivoiser le buffle (essai et traduction des dix tableaux de Kakouan), coll. « Pratiquer Zazen », éd. de l’Ouvert, 1988 (Le Fennec, 1994) (épuisé).
« Jnana Yoga. La Voie de la connaissance », in Les Yogas. Chemins de transformation, éd. Seveyrat, 1988.
« Approche métaphysique et éthique du visage de l’homme », in Visage, sens et contresens, éd. Eshel, 1988.
L’art du Saule (poèmes, accompagnés d’exercices proposés par Léonore Gottwald), éd. de l’Ouvert, 1987 (Verus, 2005).
Le Cantique des Cantiques (traduction et notes suivies d’échos sur les interprétations bibliques de Marc Chagall), éd. De l’Ouvert, 1987. (rééd. Terre Blanche, 1998).
L’Évangile de Thomas, éd. Albin Michel, 1986.


sources wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Yves_Leloup

*********************

L'Art de mourir

co-écrit avec Jean Yves Leloup (prêtre et théologien orthodoxe)

Tag religion sur Des Choses à lire 517wg010

Cet ouvrage là m'a davantage amené de ressources.
Surtout les approches décrites par Leloup. Celui-ci a semble t il une bonne connaissance des rites et mythes d'un certain nombre de religions ou systèmes de pensée du monde, c'était intéressant de suivre ses analyses.

Il souligne notamment l'importance de témoigner au mourant de son identité profonde , qui dépasse la simple enveloppe souffrante et matérielle. "Vas vers toi même". D'en avoir la capacité.
C'est un livre qui traite de l'accompagnement aux personnes en fin de vie, de la fin de vie , aussi.
Les approches spirituelles croisées de Leloup m'ont très nettement enrichie, pour reconstituer fugacement mais nettement le "lieu" où se tenir. L'appareil symbolique et théologique de nombreuses cultures sont très reliées, dumoins sait il le montrer, là dessus. je conseille. Notamment il croise les mots des textes sacrés de différentes religions. Le contenu général reste assez léger, se presente sous forme de transcription d'interviews, ce n'est pas inaccessible ni un essai, je veux dire.

Je n'ai que moins rencontré la parole transmise par Hennezel. Ce qu'elle dit est intéressant mais plus basique , je dirais. Plus pragmatique. Ce sont les ouvrages que j'avais à disposition en mediatheque, j'aimerais topocl à l'avenir lire ceux dont tu parles, aussi, à bientôt de revenir.


Mots-clés : #mort #religion #spiritualite
par Nadine
le Mer 23 Oct - 9:53
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup
Réponses: 2
Vues: 400

Miriam Toews

Ce qu’elles disent

Tag religion sur Des Choses à lire Proxy208

Nous exigeons que soit reconnu notre droit de penser par nous-mêmes, dit-elle.
Oui, précise Mejal, tout ce que nous voulons, c’est penser. Qu’on nous en reconnaisse le droit ou pas.


Des femmes sont réunies pour décider de leur sort. Des femmes qui n’ont jamais droit à la parole, à la décision, corps et esprit au service des hommes et du groupe selon la loi du Dieu de cette communauté mennonite, qui vit à l’écart du monde réel.

C’est un acte farouche d’émancipation face à la menace : presque toutes ont été anesthésiées, puis violées, au fil des années. Le diable a d’abord été accusé, puis on a parlé du châtiment des pêchers. Mais ce sont bien les hommes qui  ont agi. Faut-il les aimer encore ?

Faut-il partir, accepter ou se rebeller ? Comment choisir quand on ne vous a pas donné les outils (elles sont toutes analphabètes, n’ont jamais vu le monde), quand on veut respecter la foi qui vous a été imposée, mais qui est la seule force dont on dispose ? Comment choisir quand un châtiment éternel s’oppose à un choix juste ?

Les femmes argumentent, se soutiennent, se disputent, les révoltées et  les soumises, les inquiètes et les décidées, solidaires quoique différentes.

Ce huis-clos est rapporté par l’instituteur, le seul homme qui assiste à la réunion, un homme qui fut jadis excommunié, qui observe avec satisfaction cette libération en route. Le récit en est donc livré avec une séduisante maladresse, et on y trouve toute la finesse de cet homme qui a déjà vu le monde.

Mots-clés : #conditionfeminine #huisclos #regimeautoritaire #religion
par topocl
le Sam 12 Oct - 18:03
 
Rechercher dans: Écrivains du Canada
Sujet: Miriam Toews
Réponses: 1
Vues: 576

Alexandra David-Néel

Le Lama aux cinq sagesses

Tag religion sur Des Choses à lire Le_lam10

Alexandra David-Néel présente ce roman comme une traduction d’un texte de son fils adoptif, le Lama Yongden, rédigé afin de présenter le Tibet sans fiction…
C’est donc une visite guidée de la région, surtout sous l’angle religieux, avec un intérêt ethnologique et métaphysique, spirituel.
Mipam (« invincible »), enfant de paysan, aspire à l’amour universel bouddhique, et les péripéties du destin lui font suivre la voie religieuse. Disciple d’un tsipa (astrologue), il apprend à lire et fait preuve d’une excellente mémoire. Il apprendra même d’un naldjorpa (yogi, initié), que les mots lus ont un sens :
« ‒ Ah ! dit-il, lorsque le garçon l’eut salué par les prosternations habituelles, c’est toi qui veut apprendre ce que "disent les livres". Tu croyais que lire n’était que produire des sons ; plus d’un le croit aussi, mais il n’en est rien. »

Amoureux de la petite Dolma (« déesse ») et rêvant de la contrée pleine de compassion, Mipam est bien humain (gourmand, emporté et un peu vaniteux) même si sa naissance a été entourée de prodiges et s’il se pense fils du Bodhisatva suprême. Ces aventures mêlent spiritualité bouddhique et magie superstitieuse. Le thème duel des végétarisme-carnivorisme revient souvent dans le livre. Mipam devient commerçant pour faire fortune et pouvoir épouser Dolma ‒ lui-même partagé entre vies laïque et spirituelle.
Mipam est aussi confronté aux Blancs et à la religion chrétienne :
« Mipam répondait en indiquant les contradictions existant entre certaines de leurs théories et les faits réels. Lorsqu’ils lui parlaient de l’amour de Dieu pour ses créatures, il leur rappelait l’universelle détresse des êtres en proie à la maladie, à la vieillesse, à la mort. Il désignait les drames de la nature, le plus faible servant de nourriture au plus fort ; l’insecte à l’oiseau, le chevreuil au léopard ; il leur disait l’angoisse de l’arbre fixé au sol, qui sent la liane s’attacher à lui, croître et l’enserrer, ou les mousses tisser autour de ses branches immobiles un linceul qui l’étouffera. Si nous n’avons pas vécu d’autres vies avant notre vie présente, où donc est la justice, la divine bonté, quand certaines naissent aveugles, infirmes ou stupides. Qui donc s’amuse à les créer ainsi ? »

Mais c’est bien sûr l’aspect tibétain qui est principalement présenté, comme la croyance en la réincarnation :
« ‒ La fille à qui tu penses, n’est-ce-pas ?  ‒ C’est d’elle qu’il s’agit. Il y a longtemps, longtemps que vos chemins se rencontrent pour votre bonheur ou pour votre malheur. Bien des fois, au cours de vos vies passées, vous avez fait route ensemble. Et la voilà revenue sur ta voie. Mais les compagnons de voyage n’avancent pas toujours du même pas. L’un ralentit sa marche, s’engage dans un sentier de traverse, s’attarde à quelque hostellerie s’ouvrant sur le bord du chemin ou, fatigué, s’assoit au pied d’un arbre, tandis que l’autre se hâte et le dépasse… »

« Et peut-être, ainsi, s’étaient-ils rencontrés des milliers de fois au cours de leurs vies successives, naissant et se rejoignant, mourant et se séparant, sans parvenir à se vraiment comprendre, à se vraiment aimer. »

J’ai profité de la lecture de ce roman pour ouvrir le fil de l’auteure, qui le mérite éminemment, mais surtout pour sa peinture du Tibet ; je recommanderais sans doute plus volontiers ses récits de voyage, dont son journal-lettres à son mari, à qui chercherait une porte d’entrée à cette œuvre.

Mots-clés : #religion #spiritualité #voyage
par Tristram
le Ven 2 Aoû - 23:44
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Alexandra David-Néel
Réponses: 2
Vues: 217

Suketu Mehta

Tag religion sur Des Choses à lire 51-yqz10

Bombay Maximum City

Bombay Maximum City est un monstre : près de 800 pages en grand format, plus de 5 cm d’épaisseur, et un contenu protéiforme et démesuré, aussi affolant qu’attachant, déroutant en diable…  Un ouvrage gargantuesque, à l’image de cette ville tentaculaire de Bombay (désormais Mumbai), plus de 20 millions d’habitants au compteur et des milliers de nouveaux arrivants absorbés chaque jour sans coup férir.
Bombay est la ville de tous les possibles : un Eldorado, un mirage, une chimère… Pour elle, pour les espoirs qu’elle porte, les provinciaux n’hésitent pas à tout quitter pour s’entasser à 7 dans quelques mètres carrés insalubres. A Bombay, millionnaires et miséreux vivent dans une étonnante proximité, les gangs règnent en maîtres, la politique se mêle de tout – ou rien, c’est selon. A Bombay nul ne peut vivre s’il n’accepte qu’en toute chose, il faut accepter de petits arrangements, avec autrui comme avec sa propre conscience… Bombay est aussi sage que délurée, honnête que corrompue, tolérante qu’incendiaire… Bombay a mille vies et mille formes, si étroitement entrelacées qu’il est presqu’impossible de les démêler.

Suketu Mehta, de retour dans la ville de son enfance après des années passées aux Etats-Unis, a arpenté la cité pour tenter de se la réapproprier. Il nous livre un ouvrage hybride et très personnel, mélange de récit autobiographique et d’enquête journalistique. La particularité de l’auteur est d’avoir longuement côtoyé ceux dont il a choisi de parler, finalement pas si nombreux, et d’avoir exploré des facettes sombres ou méconnues de la ville. On croise ainsi d’attachantes danseuses de bar, des tueurs à gage à la solde des gangs qui contrôlent la ville, des stars de Bollywood, un chevalier blanc de la lutte anti-terroriste (tortionnaire à ses heures perdues), et même une famille de diamantaires jaïns qui renonce à tout attachement et tout bien terrestre pour embrasser une vie monastique d’un ascétisme presque terrifiant...

Dans ce foisonnement d’informations, le passage qui m’a durablement marquée reste la (longue) première partie, consacrée aux émeutes inter-religieuses qui ont ensanglanté la ville en 1993. On ne ressort pas indemne de la lecture des témoignages de ceux qui, des années après avoir massacré passants, voisins, et même amis, prétendaient n’en éprouver aucun remord, tandis que l’instigateur des émeutes, le tout puissant Bal Thackeray (chef du parti nationaliste hindou Shiv Sena), continuait d’attiser la haine dans un constant mélange de  « fake news » et d’arrogance. Avec le tout Bombay à sa porte pour solliciter ses faveurs...

Bombay Maximum City, ce sont 800 pages de démesure et d’humanité cachée, retrouvée ou bafouée. Un texte dont on ressort tout pantelant, des interrogations plein la tête. On ne va pas se mentir : il y a des longueurs. Pas mal de longueurs, même. J’en avais bien conscience en les lisant et pourtant je m’en fichais comme d’une guigne, tant l'auteur a le don de vous prendre par la main et de ne plus vous lâcher. (Bon allez OK, j'ai un chouilla rechigné sur la fin. Mais chut.)
Quinze ans après la parution du livre, j’aimerais penser que la situation a bien changé, et pourtant j’en doute, tant les problèmes de Bombay semblent être voués à un éternel recommencement…. Un livre édifiant.


Mots-clés : #autobiographie #criminalite #documentaire #lieu #religion #violence
par Armor
le Mar 30 Juil - 18:37
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Suketu Mehta
Réponses: 14
Vues: 526

Umberto Eco et le Cardinal Carlo Maria Martini

Umberto Eco
(1932 - 2016)

Tag religion sur Des Choses à lire Img-um10

Umberto Eco, né le 5 janvier 1932 à Alexandrie dans le Piémont et mort le 19 février 2016 à Milan, est un universitaire, érudit et écrivain italien. Fils de Giovanna Bisio et de Giulio Eco, employé aux chemins de fer, il a passé son baccalauréat au lycée Giovanna-Plan d'Alexandrie, sa ville natale. Dans sa classe, il y avait un accordéoniste, Gianni Coscia, qui a fait une carrière en accompagnant entre autres Astor Piazzolla. Ils se sont liés d'amitié et ont composé ensemble à l'école de petites revues musicales dont Umberto écrivait le livret. Amis d'enfance, ils ont continué à faire de la musique ensemble, Umberto Eco étant un très honorable flûtiste.

Dans sa jeunesse, il faisait partie des jeunes catholiques de l'action catholique. Au début des années cinquante, il en devint même un des principaux responsables nationaux italiens. En 1954, il abandonna son engagement en raison d'un désaccord avec Luigi Gedda (it).
Diplômé en philosophie en 1954 à l'université de Turin (avec une thèse sur l'esthètique de Saint Thomas d'Aquin), Umberto Eco s'intéresse dans un premier temps à la scolastique médiévale, puis à l'art d'avant-garde et à la culture populaire contemporaine. Il rencontre un succès immédiat en Italie.
Sa thèse universitaire sur Thomas d'Aquin lui fit mettre de la distance avec la Foi et l'église catholique : « Il m'a miraculeusement guéri de la foi », a-t-il déclaré ironiquement.
Devenu ensuite un pionnier des recherches en sémiotique (La Structure absente, 1968), Umberto Eco développe une théorie de la réception qui le place parmi les penseurs européens les plus importants de la fin du xxe siècle.

Son premier roman, Le Nom de la rose (1980) connaît un succès mondial avec plusieurs millions d'exemplaires vendus et des traductions en 43 langues, malgré un contenu dense et ardu. Umberto Eco met en application dans ce « policier médiéval » ses concepts sémiologiques et ses théories du langage, ceux-là mêmes qu'il enseigne à Turin.
Son deuxième roman, Le Pendule de Foucault (1988) connaît également un énorme succès, quoique pour des raisons inverses : le public, guidé par Eco, part à la découverte de symboles énigmatiques ou prophétiques, à rebours de la dénonciation de l'ésotérisme qui est pourtant le propos de l'auteur. Mais celui-ci démontre par la même occasion que le lecteur est libre de ses interprétations. Le livre tourne d'ailleurs en ridicule l'interprétation à outrance des faits avérés ou légendaires de l'histoire, en tirant avec un égal succès des dimensions d'un simple kiosque à journaux le même genre d'informations de portée cosmique que certains se croient fondés à lire dans celles de la pyramide de Khéops.

Tout au long de sa carrière, il écrit régulièrement, dans des quotidiens et des hebdomadaires, des chroniques sur des sujets de l'heure, avec un souci de « débusquer du sens là où on serait porté à ne voir que des faits ».

Il est élu membre associé de l’Académie royale de Belgique le 7 mars 2011.
En février 2015, il est récompensé du prix Alphonse-Allais pour l'ensemble de son œuvre. En novembre 2015, il quitte les éditions Bompiani pour fonder à Milan La nave di Teseo, une nouvelle maison d'édition.
Umberto Eco meurt le 19 février 2016 d'un cancer.

source : Wikipédia

Fil personnel de l'auteur : https://deschosesalire.forumactif.com/t1563-umberto-eco

Bibliographie :

Spoiler:
Romans
- Le Nom de la Rose (1980) : Page 1
- La Pendule de Foucault (1988)
- L'Ile du Jour d'avant (1994)
- Baudolino (2000)
- La Mystérieuse flamme de la Reine Loana (2004)
- Le Cimetière de Prague (2010) : Page 1
- Numéro Zéro (2015)

Essais (liste sélective)
- Le Problème esthétique chez Thomas d'Aquin (1970)
- Art et beauté dans l'esthétique médiévale (1987)
- L'Œuvre ouverte (1962)
- Pastiches et postiches (1996) (version augmentée de Diario minimo, 1963)
- La Structure absente, introduction à la recherche sémiotique (1968)
- Le Signe, histoire et analyse d'un concept, (1971)
- La Guerre du faux (tiré de Il costume di casa, 1973; Dalla periferia dell'impero, 1977 ; Sette anni di desiderio, 1983)
- Beatus de Liébana (1973)
- La Production des signes (version partielle de A Theory of Semiotics, 1975)
- De Superman au Surhomme (1976)
- Lector in fabula ou la Coopération interprétative dans les textes narratifs (1979)
- Apostille au Nom de la Rose (1983)
- Sémiotique et philosophie du langage (1984)
- L'Énigme de la Hanau 1609 (1989) (« Enquête bio-bibliographique sur l'Amphithéâtre de l'Éternel Sapience... de heinrich Khunrath»)
- Les Limites de l'interprétation (1990)
- Comment voyager avec un saumon, nouveaux pastiches et postiches (traduction partielle de Il secondo diario minimo)
- Interprétation et surinterprétation (1992)
- La Recherche de la langue parfaite dans la culture européenne (1993)
- Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs (1994)
- Incontro - Encounter - Rencontre (1996) (en italien, anglais et français)
- Croire en quoi ? (1996) Page 1
- Cinq questions de morale (1997)
- Kant et l'ornithorynque (1997)
- De la littérature (2002)
- La Licorne et le Dragon, les malentendus dans la recherche de l'universel (collectif, 2003)
- Histoire de la beauté (2004)
- À reculons, comme une écrevisse (2006)
- Dire presque la même chose, expériences de traduction (2003)
- Histoire de la laideur (2007)
- Histoire de la beauté (2008)
- Vertige de la liste (2009) Page 1
- De l'arbre au labyrinthe (2011)
- Confessions d'un jeune romancier (2013)
- Histoire des lieux de légende (2013)
- Construire l’ennemi (2014)
- Écrits sur la pensée au Moyen Âge (2015)
- Chroniques d'une société liquide (2016)
- Comment écrire sa thèse
- Reconnaître le fascisme

En collaboration
- Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, N’espérez pas vous débarrasser des livres (2009)

Œuvres pour la jeunesse
- Les Trois Cosmonautes, avec Eugenio Carmi, 1989
- La Bombe du général, avec Eugenio Carmi, 1989
Les Gnomes de Gnou, avec Eugenio Carmi, Grasset, 1993


Cardinal Carlo Maria Martini
1927/2012

Tag religion sur Des Choses à lire Carlo-10

Carlo Maria Martini, né le 15 février 1927 à Turin (Italie) et mort le 31 août 2012 à Gallarate, près de Milan (Italie), est un prêtre jésuite italien. Professeur d'Écritures saintes et recteur de l'Institut biblique de Rome, il devient recteur de l'Université grégorienne avant d'être nommé archevêque de Milan en 1979. Il est créé cardinal par Jean-Paul II en 1983.

Spoiler:
Jeunesse et formation
Né à Turin, Carlo Maria Martini est baptisé le 22 février 1927. Au journaliste Aldo Maria Valli il confie : « C'est à mes parents que je dois mes racines religieuses et le respect de qui pense autrement que moi ». À neuf ans, il va à l'école jésuite Istituto Sociale à Turin. Le 25 septembre 1944, il entre dans la Compagnie de Jésus et est ordonné prêtre le 13 juillet 1952 par le cardinal Maurilio Fossati.

En 1958, il obtient un doctorat de théologie fondamentale à l'Université pontificale grégorienne de Rome. Sa thèse porte sur les témoignages de la résurrection du Christ. Il obtient ultérieurement un deuxième doctorat à l'Institut d'études bibliques de Rome avec cette fois-ci une thèse sur l'Évangile selon Luc.

Professeur d'Écritures saintes
Le 2 février 1962, il fait sa profession religieuse définitive dans la Compagnie de Jésus. À partir de cette même année, il commence une longue collaboration avec la revue La Civiltà Cattolica où il signera un grand nombre d'articles, particulièrement sur le progrès des recherches en sciences bibliques. Il est chargé d'enseignement à l'Institut biblique pontifical, un institut d'études supérieures et de recherches en sciences bibliques, dont il est le recteur de 1969 à 1978.
En 1978, il est choisi par le pape Paul VI pour être le recteur (rector magnificus) de l'Université pontificale grégorienne. Pendant ces années, il publie de nombreux travaux universitaires. Il est l'un des responsables éditoriaux du Novum Testamentum Graece.

Archevêque de Milan
Le 29 décembre 1979, Jean-Paul II le nomme archevêque de Milan. Pour sa première nomination épiscopale, Carlo Maria Martini reçoit d'emblée la responsabilité du diocèse le plus grand au monde avec plus de 1 100 paroisses, une charge considérable et prestigieuse. Il est consacré le 6 janvier 1980 par le pape en personne.
En tout l'archevêque donne une place privilégiée à la lecture et la méditation de la Parole de Dieu. En novembre 1980, il met sur pied l' école de la Parole qui réunit chaque mois des milliers de jeunes gens qu'il initie à l'écoute et la méditation de l'Écriture.
De 1987 à 1993, il préside la Conférence des évêques européens.

Cardinal
Carlo Maria Martini en 1992.
Lors du consistoire du 2 février 1983, il est créé cardinal par le pape Jean-Paul II avec le titre de cardinal-prêtre de Sainte-Cécile du Trastévère.
En 1995-1996, il participe à la création de la « mafia de Saint-Gall » avec Mgr Ivo Fürer (en).
En 2002, ayant atteint l'âge de la retraite, il est remplacé à Milan par le cardinal Dionigi Tettamanzi. Pour marquer la fin de son mandat apostolique à Milan il écrit une lettre pastorale intitulée Sur Ta parole: « Pas de nostalgie, pas de regrets, pas de fuites des nécessités actuelles: laissons-nous donc animer d'une ardente espérance, d'une profonde passion pour le Royaume qui vient... » Attaché à la Terre sainte, où le bibliste qu'il est retrouve les traces de Jésus de Nazareth, qui a toujours été au coeur de sa vie et de sa recherche, il prend sa retraite à Jérusalem, pour y prier et se consacrer à ses études d'exégèse biblique.
Lors du conclave de 2005, âgé de 78 ans, il est encore électeur et éligible. Pendant des années, de nombreux catholiques « progressistes » ont espéré son élection pour succéder à Jean-Paul II. Cependant, à la mort de ce dernier, l'élection du cardinal Martini est généralement considérée comme improbable, en raison de ses opinions, de son âge, ou, surtout, parce qu’il souffre de la maladie de Parkinson. Il refuse alors qu'on vote pour lui.
Le 15 février 2007, il atteint l'âge limite de 80 ans et ne peut plus voter en cas de nouveau conclave. Il rentre en Italie du Nord en 2008, sa maladie de Parkinson s'étant aggravée.
Il meurt à Gallarate le 31 août 2012 (à 85 ans). En novembre 2012, le rabbin Giuseppe Laras, acteur du dialogue judéo-chrétien au côté de Carlo Maria Martini, fait parvenir de la terre de Jérusalem pour que celle-ci soit placée dans le tombeau du cardinal4. Le rabbin Laras souhaite qu'une forêt soit consacrée à sa mémoire, près du lac de Tibériade, comme pour Jean XXIII, entre autres.


Souvent considéré comme l'un des membres « progressistes » du Sacré Collège, il a montré à travers ses nombreux écrits une grande largeur de vues qui l'a rendu populaire dans certains milieux de l'Église catholique.
L'une de ses œuvres les plus connues dans le grand public est une série de lettres échangées avec l'auteur italien Umberto Eco, dont la traduction française a été publiée en 1997 sous le titre Croire en quoi ?
Il déclare en juillet 2007 qu'il ne célébrera pas la forme tridentine du rite romain tel que le permet le récent motu proprio Summorum Pontificum6, soulignant la bonne volonté de Benoit XVI qui « permet à chacun de prier Dieu dans l'ancienne forme et dans la nouvelle ».
En 2008, il livre un ouvrage d'entretiens sur la foi, les jeunes et l'Église avec le jésuite Georg Sporschill, dans lequel il apparait souvent à contre-courant du pape Benoît XVI et critique à demi-mot la hiérarchie de l'Église. Il remet explicitement en cause Humanæ Vitæ et estime que l'interdiction de la contraception artificielle a créé « un tort grave » à l'Église qui, selon lui, « [s']est éloignée de beaucoup de gens » et dont « beaucoup de gens se sont éloignés »


Publications en français
Spoiler:

1968 - 1984
1968 : Beati Petri Apostoli epistulae Ex Papyro Bodmeriana VIII Transcriptae, (2 vol.) éd. Hamilcar Pizzi, Milan. Fac-simile d'un papyrus biblique important, le papyrus Bodmer VIII.
1968 : Collaboration à Kurt Aland, Matthew Black, Carlo M. Martini… [et al.], The Greek New Testament, United Bible societies, London ; New York ; Edinburgh [etc.], 2d ed.
1969 : Essai bibliographique sur Jésus-Christ, à la suite de Paul VI (Pape) Messages aux hommes d'aujourd'hui, le Christ et le drame de conscience moderne, Fayard, Paris.
1981 : Voici votre roi : les "Exercices spirituels" de saint Ignace à la lumière de saint Jean, Cerf, Coll. « Épiphanie » no 62
1982 : Être avec Jésus : l'itinéraire spirituel des Douze selon saint Marc, Cerf, Coll. « Épiphanie » no 78

Le cardinal Martini reçoit la visite du pape Jean Paul II à Milan en 1984.
1984 : Itinéraire de prière avec Saint Luc, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 2, Paris
1984 : Saint Paul face à lui-même, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 3, Paris
1984 : La Bonne Nouvelle de la Résurrection.Contribution à l'ouvrage collectif sous la direction de R. Gantoy . Cerf, Collection « Lire la Bible » no 66
1985 - 1994
1985 : L'Évangélisateur en saint Luc, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 5, Paris
1986 : Témoins de la Parole - Maximilien Kolbe. Thérèse de l'Enfant-Jésus. Charles de Foucauld. Simone Weil. Georges La Pira. Deux fiancés., Cerf, Coll. « Épiphanie »
1986 : La Femme de la Réconciliation, ed. Saint-Paul, Paris-Fribourg
1986 : Peuple en marche : pour une Église missionnaire, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 6, Paris
1987 : Sur les chemins du Seigneur : réflexions pour chaque jour, Desclée de Brouwer, Paris
1987 : L'Église pour le monde : méditations sur l'Église d'après les textes de Vatican II, ed. Saint-Paul, Paris-Fribourg
1987 : La Femme dans son peuple : le cheminement de Marie avec les hommes et les femmes de tous les temps, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 12, Paris
1987 : Présentation dans Carlo Cremona, Augustin d'Hippone : la raison et la foi, Éd. de la Colombe, Paris
1990 : Préface pour Aux commencements de la foi : pastorale catéchuménale en Europe aujourd'hui / Conférence européenne des catéchuménats, Médiaspaul, Paris
1991 : Participation à Communication et spiritualité : recueil de textes et d'interviews, Pierre Babin (Dir.), Chalet, Coll. «Le chrétien en situation», Paris
1991 : Préface dans Les évêques d'Europe et la nouvelle évangélisation Coll. «Documents des Églises», Paris
1991 : David et le Christ : retraite ignacienne, éd. Culture et vérité, Coll. «Chrétiens aujourd'hui» no 6, Namur
1992 : Prêtres, quelques années après… - Méditations sur le ministère presbytéral, Cerf, Coll. « Épiphanie », Paris.
1992 : "Je te cherche dès l'aube" : une école de prière, Centurion, Paris
1993 : Épreuve et persévérance - Méditations sur le livre de Job, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1993 : Épreuve et persévérance : méditations sur le livre de Job, Cerf, Coll. «Épiphanie», Paris
1994 : À l'écoute du cœur : entretiens avec Alain Elkann, Albin Michel, Coll. «Paroles vives», Paris
1994 : Vie de Moïse : vie de Jésus et existence pascale, Ed. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1994 : Abraham, notre père dans la foi, Ed. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse).
1995 - 1999
1995 : Bible et vocation : de la vocation baptismale à la vocation sacerdotale, Médiaspaul, Coll. Maranatha no 34, Paris
1995 : Samuel - Méditations sur le premier livre de Samuel, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1995 : Et Dieu se fit vulnérable : les récits de la Passion, Cerf, Coll. Épiphanie
1995 : S'ouvrir à la Parole du Christ : maximes spirituelles / cardinal Martini ; choisies par Christine Povero, Fates, Coll. Foi Vivante no 363, Troyes
1995 : "Je jouerai pour Toi" : méditations sur la vie religieuse, Desclée de Brouwer, Paris
1995 : "Que devons-nous faire ?" : méditations pastorales sur l'Évangile de Matthieu, Desclée de Brouwer, Paris
1995 : Et Dieu se fit vulnérable - Les récits de la passion, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1995 : Apôtre, projet de vie ou mandat ?, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1996 : Mets de l'ordre dans ta vie - Méditations sur les «Exercices spirituels» de saint Ignace, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1997 : En chemin avec Timothée, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1997 : La femme dans son peuple : le cheminement de Marie avec les hommes et les femmes de tous les temps, Médiaspaul, Coll. Maranatha no 12, Paris
1997 : Jérémie : parole pour aujourd'hui, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1998 : Croire en quoi ?, en collab. avec Umberto Eco, Éd. Payot & Rivages, Coll. Rivages poche. Petite bibliothèque
1998 : À l'écoute du cœur : entretiens avec Alain Elkann, Albin Michel, Coll. Espaces Libres no 83, Paris
1998 : Miettes de la Parole, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1998 : À la fin du millénaire faisons un rêve, Salvator, Paris
1998 : Qui suis-je ? Qui es-tu ? : Méditations bibliques pour les jeunes, Salvator, Paris
1998 : Parole et politique, en collab. avec Enzo Bianchi, Éd. Fates, Troyes
1998 : Marie souffre encore, Éd. Saint-Paul, Versailles.
1999 : Libre pour aimer - Marie, Servante du Seigneur, modèle des croyants – Méditations, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1999 : Petit dictionnaire de spiritualité, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1999 : J'irai vers mon Père : lettre pastorale 1998-1999, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 - 2004
2000 : Méditations sur l'Évangile de Marc, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : Quelle beauté sauvera le monde ?, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : Le fruit de l'Esprit dans la vie quotidienne, Éd. de l'Atelier & Éd. ouvrières, Paris
2000 : Les Béatitudes, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : Méditations sur l'Évangile de Jean, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : "Je rêve d'une Europe de l'Esprit", Bayard, Paris
2001 : Simple propos sur le corps, Éd. Saint-Paul, Versailles
2001 : Témoins de la Parole, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2001 : Disciples du Christ ressuscité, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2001 : La joie de l'Évangile, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2001 : Le "Notre Père", Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2002 : Les vertus, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2003 : La joie parfaite, fruit de la Croix, avec la collab. Raniero Cantalamessa, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2003 : Les sacrements, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
20qu04 : Le Désir de Dieu - Prier les psaumes, Cerf, Coll. « Épiphanie »
2004 : L'Esprit et l'apostolat, avec la collab. de Godfried Danneels, Franco Gallivanone et Benoît Standaert, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Le sérieux de la foi : croire selon saint Jean, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Vers Jérusalem, Cerf, Paris
2004 : L'Église une, sainte, catholique, apostolique, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Propos sur l'art, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Vers Jérusalem, Cerf, Coll. « Épiphanie »
2005 - 2012
2005 : Découvrir sa [vocation], Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2005 : Paul et son ministère : deuxième Lettres aux Corinthiens, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2005 : O mon peuple, sors de tes servitudes, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2005 : Paul et son ministère : deuxième Lettres aux Corinthiens, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2006 : Martini – Mes trois villes - Rome, Jérusalem, Milan, Cerf, Coll. « L'Histoire à vif »
2006 : Préface pour Gilles Routhier et Laurent Villemin (Dir.) Nouveaux apprentissages pour l'Église : mélanges offerts à Hervé Legrand, Cerf, Paris
2006 : Préface pour Alain Marchadour & David Neuhaus, La terre, la Bible et l'histoire : "vers le pays que je te ferai voir", Bayard, Paris
2011: "Mon jardin secret" DDB (226 p) cité dans "Prions en Église" no 295, juillet 2011
2012 : L’évêque au jour le jour, Éditions Lessius
2013 : Je crois à la vie éternelle, Éditions Médiaspaul
2013 : Dernières conversations : Sur Dieu, l'Eglise, le pape, l'éthique et la foi, Bayard Jeunesse


**********************************************


Croire en quoi ?

Tag religion sur Des Choses à lire Croire11


Ce livret est co-signé par Umberto Eco et le cardinal Carlo Maria Martini.
Le titre original est In cosa crede chi non crede ? qui serait mieux traduit par « À quoi croit celui qui ne croit pas ».
L’idée de base, c’est de délimiter un terrain d’entente entre Eglise et non-croyants : quels sont leurs points d’accord, leur "lieu commun" ?
Le dialogue débute par des vues sur le millénarisme (cet échange épistolaire remonte à 1995), l’Apocalypse de Jean, la fin des temps (il est contemporain des Entretiens sur la fin des temps entre Jean Delumeau, Umberto Eco, Stephen Jay Gould et Jean-Claude Carrière, de très recommandable lecture).
« Nous vivons aujourd’hui [1995] (fût-ce de la manière écervelée à laquelle les moyens de communications nous ont habitués) nos terreurs de la fin ; et, disons-le, dans l’esprit du bibeamus, edamus, cras moriemur ["Buvons et mangeons, car nous mourrons demain", Ésaïe, XXII, 13], en célébrant la fin des idéologies et de la solidarité dans le tourbillon d’un consumérisme irresponsable. Chacun joue avec le fantasme de l’Apocalypse tout en l’exorcisant d’autant plus inconsciemment qu’il le craint et le projette sur les écrans sous forme de spectacle sanguinolent, espérant ainsi l’avoir rendu irréel. Mais la force des fantasmes tient précisément à leur irréalité. »

Eco précise que la notion de progrès, d’histoire, de marche en avant, de perfectibilité et donc d’espérance est intrinsèquement chrétienne ; d’où la finalité dernière prônée par la religion.
L’enjeu principal, il y a un quart de siècle, c’est déjà celui de la planète. Eco pointe un paradoxe (ou une méconnaissance) qui me revient souvent à l’esprit :
« Il y a les végétariens, qui renoncent au respect de la vie végétale pour protéger la vie animale. »

L’écueil religion (catholique) et laïcité, c’est d’abord le problème du respect de la vie (surtout dans le débat sur le droit à l’avortement). Puis c’est la question du sacerdoce des femmes.
Quel est le fondement de l’éthique, de la morale laïque, dans une société aux règles mouvantes ? Quelle est la justification de l’altruisme sans principe métaphysique, transcendant ?
« Certains problèmes éthiques me sont devenus plus clairs quand je me suis penché sur des questions sémantiques ‒ et peu importe si d’aucuns trouvent nos propos difficiles : ils ont sans doute été encouragés à penser trop facile par la "révélation" mass-médiatique, prévisible par définition. Qu’ils apprennent à penser difficile, car ni le mystère ni l’évidence ne sont faciles.
Il s’agit de savoir s’il existe des "universaux sémantiques", c'est-à-dire des notions élémentaires communes à toute l’espèce humaine, pouvant être exprimées par toutes les langues. […] Malgré cela, j’en suis arrivé à la certitude qu’il existe des notions communes à toutes les cultures, et que toutes se réfèrent à la position de notre corps dans l’espace. »

Il me semble finalement revenir à la vague notion d’archétypes jungiens d’un inconscient collectif…

En un mot, une lecture stimulante d'intelligence, ouvrant des perspectives et précisant même quelques concepts d'actualité.


Mots-clés : #entretiens #philosophique #religion
par Tristram
le Mer 10 Juil - 9:36
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Umberto Eco et le Cardinal Carlo Maria Martini
Réponses: 0
Vues: 226

Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen

Les Aventures de Simplicissimus

Tag religion sur Des Choses à lire Les_av10

Universalis a écrit:
Le livre s'ouvre sur le récit de l'enfance misérable du héros dans une ferme du Spessart. Après le pillage de la ferme par les impériaux, il erre dans les bois où il est recueilli par un ermite qui lui donne sa première formation religieuse et morale. La mort de l'ermite le rejette dans la guerre, d'abord du côté des impériaux, puis du côté des protestants. Habillé d'une peau de veau, il devient bouffon du gouverneur de Hanau et mérite son nom ambigu de Simplicius. Puis à Soest, en Westphalie, sous le nom du Chasseur Vert, il est sur le point de faire fortune en trompant les autres au lieu de donner l'apparence d'être lui-même trompé.

La situation de départ est paradoxale : le narrateur-protagoniste est un enfant apparemment simplet, qui acquiert auprès d’un ermite une éducation cultivée (surtout religieuse, mais il lit, écrit, a des notions de latin) tout en restant fort naïf et totalement ignorant de la société des hommes.
Revenu à celle-ci, l’innocence de Simplici est telle qu’il prend pour crise de folie l’abêtissement alcoolique et l’excès de table (en période de famine), chapitre I, XXX et suivants. Ses cocasses mésaventures sont pleines d’humour (et même d’autodérision), notamment fondé sur le ressort traditionnel de la scatologie, surtout pétomane ‒ et tout naturellement Simplicius devient bouffon à la cour du gouverneur qui l’a recueilli. Déguisé en veau, devenu « fou », le rire lui permet de dire impunément leur fait à tous ceux qui le dominent ‒ et c’est un moyen d’appréhender son propre triste sort :
« Je ne pus me retenir de rire de mon désastre parce que je vis, à considérer le nid et les plumes, quel genre d’oiseau je devais être. » (II, VI)

« Vint alors le repas de midi auquel je me laissais employer, car je m’étais prescrit de relever toutes sottises et de châtier toutes vanités, ce qui répondait à merveille à ma condition de ce temps-là. Aucun des convives n’était assez bon que je ne blâmasse et condamnasse son vice, et s’il s’en trouvait un à qui cela déplût, ou bien il en était tourné en dérision par les autres, ou bien mon maître lui remontrait qu’un sage ne saurait s’échauffer la bile comme un fou. » (II, X)

Subordonné d’un gouverneur militaire, il réfute l’hérédité nobiliaire des qualités d’un ancêtre héroïque, d’ailleurs souvent basée sur des combats meurtriers ou des arts « ramas de vanités et de folies » :
« Mais qu’est-ce qu’une gloire que vient souiller tant de sang humain innocent répandu, et qu’est-ce qu’une noblesse conquise et confirmée par la perte de tant de milliers d’autres hommes ? »

Le récit témoigne de la grande inventivité humaine dans la barbarie au cours de la guerre de Trente Ans, conflit pan-européen entre catholiques et protestants à une époque où un monde sans Dieu ni religion était encore inconcevable. C’est l’occasion de considérations religieuses et/ou philosophiques, morales :
« …] tu dois avec le temps de mieux en mieux te connaître, et quand tu devrais vivre aussi vieux que Mathusalem, ne laisse pas cette pratique déserter ton cœur, car si la plupart des hommes sont damnés, c’est pour n’avoir pas su ce qu’ils étaient ou ce qu’ils pouvaient devenir ou devaient devenir. » (I, XII)

…qui ne sont pas dénuées de satire impie :
« Ainsi je pris congé de l’ecclésiastique qui par son saint zèle spirituel n’avait rien mérité de moi si ce n’est qu’un jour je lui refusai un lapin qu’il me demandait instamment, sous prétexte qu’il s’était prit tout seul à un collet et donc lui-même occis, que par conséquent il n’était pas séant qu’en sa qualité de suicidé il fût enseveli dans un sol béni. » (IV, XI)

Un étonnant rêve-métaphore des reîtres-partie aérienne d’arbres dont les paysans sont les racines malmenées, filée dans les chapitres XV et suivants du livre I.
Une danse de sabbat est décrite :
« …] ; mon banc qui m’emportait se posa près des ménétriers qui se tenaient autour de la danse en dehors des cercles ; mais au lieu de flûtes droites, flûtes traversières et chalumeaux, ils n’avaient rien de mieux que couleuvres, vipères et orvets dont ils sonnaient avec entrain : d’autres avaient des chats, leur soufflaient au cul et leur pinçaient la queue comme à des cithares ; on aurait dit son de cornemuse ; d’autres jouaient de l’archet sur des têtes de cheval comme sur la chanterelle d’un violon ; d’autres encore chatouillaient la harpe sur des carcasses de vaches comme on en voit chez l’équarisseur ; il y en avait même un qui avait une chienne sous le bras ; il lui tirait la queue d’une main en faisant de l’autre le doigté sur les tétins, parmi quoi les diables jouaient de la trompe nasale que la forêt en retentissait ; [… » (II, XVII)

Les armées fourragent au détriment des populations rurales, et les tribulations de notre héros connaissent des hauts et des bas :
« De ce moment-là, nous eûmes la vie la plus paresseuse du monde, où jouer aux quilles était notre plus gros travail ; quand j’avais étrillé, affouragé et abreuvé le bidet de mon dragon, je faisais le métier de gentilhomme : j’allais me promener. » (II, XXIX)

« Je ne pus me débarrasser de mon Jupiter, car le commandant n’en voulait pas, vu qu’il n’y avait rien à lui plumer, mais disait vouloir m’en faire cadeau gratis ; donc je fus affublé d’un bouffon à moi sans que j’eusse besoin d’en acheter un, bien que l’année précédente j’eusse dû m’en laisser tenir le rôle. Si étrange et capricieuse est la fortune, et si variable le temps ! Peu avant, les poux me tracassèrent, et maintenant j’avais en mon pouvoir le roi des puces ; une demi-année avant, je servais de petit domestique à un méchant dragon ; désormais je possédais deux valets qui me disaient Monsieur ; un an à peine était encore passée que les loqueteux me faisaient la course à la gueuse pour faire de moi leur paillasse ; maintenant, c’était au point que les jeunes filles se toquaient d’amour pour moi ; alors je m’aperçus opportunément qu’il n’y a rien au monde d’aussi constant que l’inconstance elle-même. J’en vint à redouter que la fortune ne tournât contre moi ses lubies et ne me fit ravaler chèrement ma prospérité du moment. » (III, VIII)

Simplicius est toujours intéressé d’explorer de nouveaux domaines de connaissance, que ce soit la topographie locale, l’artillerie ou la médecine. Et il paraît condamné à provoquer une funeste envie par son ostentation.
A la moitié du livre, le récit s’éloigne de la chronique historique authentifiable et gagne en fiction, notamment fantastique.
Il rencontre enfin les femmes (et ira jusqu’à être rétribué pour sa beauté complaisante à Paris) :
« J’en avais exactement six qui m’aimaient, et moi en retour ; pourtant aucune n’avait mon cœur en entier ni moi seul ; chez une me plaisaient les yeux noirs, chez l’autre les cheveux jaune d’or, en la troisième, c’était l’aimable gentillesse, et chez toutes les autres un je-ne-sais-quoi qu’une autre n’avait pas. » (III, XVIII)

Simplici va même explorer le monde souterrain, ou plutôt subaquatique, en passant par les puits liquides de lacs communiquant avec le Centrum Terrae. C’est là qu’il présentera au roi de ce monde une version édulcorée (et curieusement politiquement correcte) de l’humanité :
« Il n’y a plus d’avares, mais des épargnants ; plus de dissipateurs, mais des généreux ; plus de trognes armées qui volent et tuent les gens, mais des soldats qui protègent la patrie ; plus de mendiants oisifs par vocation, mais des contempteurs de la richesse et des amants de la pauvreté volontaire ; plus de juifs accaparateurs de blé et de vin, mais des gens prévoyants qui recueillent les vivres en excédent à l’intention du peuple en cas de besoin futur. »

L’histoire se prolonge d’une continuatio, une « Robinsonade » où Simplicius est (re)devenu un ermite exotique, de même que Vagabonde Courasche constituera une suite de ces Aventures dans un pseudo-« Livre Sixième ».
Le texte de von Grimmelshausen est annoté et commenté par le traducteur, Jean Amsler, ce qui n’est pas inutile pour en comprendre le contexte et y découvrir certaines particularités.



Mots-clés : #guerre #religion #voyage
par Tristram
le Dim 23 Juin - 10:51
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen
Réponses: 3
Vues: 265

Claire Messud

Avant le bouleversement du monde

"Et elle avait appris une expression balinaise qui l'avait touchée : C'était celle qui décrivait l'époque paisible de l'origine de l'île, lorsque tout allait bien sur terre, avant l'arrivée des hommes blancs. L'expression était "dugas gumine enteg", et elle signifiait
avant le bouleversement du monde."


Tag religion sur Des Choses à lire Cvt_av10

Melody, une maîtresse femme, a deux filles, l'aînée Virginia et Emmy la cadette. A l'âge adulte Emmy se marie avec un australien et part vivre dans son pays, tandis que Virginia reste vivre avec sa mère. Deux caractères très différents ; Emmy dit maîtriser sa vie alors que Virginia pense que nous sommes tributaires du destin, notre vie nous échappe.

A la suite d'une grande déception Virginia, alors que la famille est athée, trouve refuge dans la religion et surtout dans son groupe de lecture de la Bible qui se déroule régulièrement chez son amie Angelica.

Emmy après quelques années de confort matériel et moral, une fille Portia en âge de se marier, ne contrôle plus sa vie : son mari la quitte pour sa meilleure amie. Mais a-t-elle jamais contrôler sa vie ? Elle part à Bali pour se retrouver. La seule chose qu'elle arrivera à accomplir, non s'en mal c'est l'ascension de la montagne Abang. Invitée par le fils d' un riche australien elle sera rejetée par une ancienne maîtresse de Buddy Spark. Retour chez elle. Que reste-t-il de son "moi" de l'île, qu'en est-il de son "moi" Sydnéen" ?  Elle se glisse dans  sa vie d'avant, comme dans ses loques refuge.


De son côté Virginia est dans une mauvaise passe, professionnelle mais surtout spirituelle ; elle découvre le révérend faisant l'amour avec un homme. Bouleversée, elle n'en dira mot à personne mais acceptera de partir quelques jours sur l'île de Sky avec sa mère, pensant elle aussi faire le point de sa vie. Retour à Londres.

"Et elle sentait que la seule voie qu' il lui restait était de poursuivre sa quête des bras accueillants de son Dieu. Si elle avait eu un souhait, il aurait été de retrouver son éclatante certitude : n'avoir jamais vu, jamais su, jamais douté."


Durant le séjour sur l'île de Skye où Molly pensait mourir, celle-ci écrit une lettre à son aînée pour lui recommander de se rapprocher de sa soeur.

"Elle et toi, vous ne vous ressemblez pas, à part, malheureusement, par votre orgueil ; vous n'avez pas toujours été gentilles l'une avec l'autre ; c'est peut-être ma faute. Je voulais que vous vous entendiez, mais tu es née avec la peau dure, et Virginia sans peau du tout."

Virginia fait le voyage pour l'Australie afin d'assister au mariage de sa nièce, qu'elle ne connait pas, Portia. Les deux soeurs se retrouvent et chacune mesure le fossé qui les sépare, qui les a toujours séparé, Emmy veut se montrer sous son meilleur jour, elle joue un rôle ce qui n'échappe pas à Virginia qui malgré tout lui envie sa liberté.

"Une telle liberté lui apparaissait à la fois comme la chose qu'elle avait le plus enviée à sa soeur et comme un vide terrifiant, le dénouement effroyablement triste qu'elle prévoyait pour elle-même lorsque leur mère serait enfin partie, la chose justement dont tout le monde semblait chercher à se prémunir avec tant de zèle. Vu sous cet angle, elle ressentait presque de la pitié pour Emmy qui, comme tous les autres, avait tant essayé, et cependant échoué. Pourtant Emmy avait Portia."


***

De beaux portraits de femmes ;  l'auteure nous livre leurs pensées les plus intimes. L'écriture souligne l'ironie, l'hypocrisie, les faiblesses des personnes au gré des situations ; l'incertitude dans laquelle  tout être subit son destin.
Je pense que la religion, les religions sont un peu pointées dans le récit (ou plutôt les adeptes ?), ainsi que la guerre (évoquée à deux reprises, notamment pour son impact sur les deux enfants).

Le choix du titre ; un tacle sur la colonisation ?

De belles descriptions de la région de Bali.

Cette écriture m'a rappelé  JCO qui sait si bien elle aussi  "entrer" dans la tête des personnages.

C'est une première lecture de cet auteure et c'est son premier roman, donc je continuerai à faire sa connaissance.

J'attends vos propositions ! Smile


Mots-clés : #famille #fratrie #psychologique #religion
par Bédoulène
le Ven 21 Juin - 19:04
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Claire Messud
Réponses: 26
Vues: 1240

Abdelwahab Meddeb

J'hésitais de mettre une biographie de Meddeb si longue, mais il me semble que pour celui qui s'intéresse à son oeuvre, il s'y cache déjà beaucoup d'informations qui aident à situer la personne et l'oeuvre. En découvrant ce dernier livre publié de lui (voir en bas), j'ai découvert dès le début un homme d'une érudition visiblement surprenante: pas juste dans la domaine de l'Islam, mais apparemment justement chez lui, aussi dans "nos" modes de pensées. C'est clair aussi, que sa vision est empreinte d'une recherche d'intériorité que nous n'associons malheureusement pas toujours avec l'Islam. Lui il parle et VIT (car ce n'est pas dans ce sens-là purement un rapport distancié) dans la tradition soufie dont il espère une contribution au dialogue entre les spiritualités, et une expression de l'intériorité qui dépasse pour ainsi dire les limites d'une appartenance.

Ainsi il a pu et du vivre en lui-même une réconciliation de courants différents, entre la France et la Tunésie, les fondements de culture occidentaux et ceux de l'Orient. Cela a abouti apparemment à quelque chose d'extrêmement fructifiant!


Tag religion sur Des Choses à lire 41w5ng10

Instants soufis


Originale : 2015

CONTENU :
Albin Michel a écrit:Ces pages retracent la vie d’illustres soufis. Les dits du maître andalou Ibn ‘Arabî, du grand mystique Rûmî, ou encore de Râbi’a, cette femme poète du Xème siècle, sont autant de rappels des merveilles de l’islam, autant d’antidotes aux fausses prédications et aux simplifications meurtrières. La sagesse soufie se dit dans les fulgurances de paradoxes qui rudoient l’étroitesse de l’esprit et son aveuglement. Elle s’offre comme une exemplarité spirituelle qu’Abdelwahab Meddeb, en poète et en érudit, a toujours visée. Ce livre auquel il a travaillé jusqu’à son dernier souffle en est le témoignage saisissant.



Dieu est beau et Il aime la Beauté. (Hadith)

REMARQUES :
Voici le dernier livre paru d'Abdelwahab Meddeb sur lequel il travailla jusqu'à sa mort. Il se trouve même pas encore mentionné sur les bibliographies, voir en haut. C'est comme un héritage qu'on pourrait lire ce livre, exemple d'un Islam mystique, ouvert au dialogue qui a rien d'un Islam politique ou légaliste mais qui cherche vraiment la proximité avec Dieu (et le prochain dans une dimension large).

Meddeb a écrit:« Pour dire un islam libre, ouvert à l'altérité, allant vers l'aventure de la création, dans l'audace, la singularité, capable de s'adapter à toutes les évolutions, souverain, dans la certitude et l'orgueil de soi, humble, n'ayant peur ni de soi ni de l'autre, non hégémonique, actif dans le non-agir, allié des l'esprit, donnant réponse aux problèmes que nous vivons, de l'écologie à la conscience citoyenne, antidote contre le fanatisme, l'atteinte à la Nature, à la Beauté, proposant l'alliance avec la Beauté qui est en péril dans nos villes comme dans nos campagnes, faisant l'éloge de toutes les singularités. »


Il contient un préface (presque aussi un discours d'Adieu) de Christian Jambert, puis une introduction de l'auteur lui-même, dont le cœur est dechiré de voir l'Islam pris en otage par ceux qui s'en reclament (les « Islamistes ») mais qui le défigurent de son essence même.

Suivent alors 33 « Moments soufis » qui reprennent des méditations quotidiennes sur une radio lors du Ramadan en 2014. Par là on peut entendre des condensés, des points de cristalisation d'une attitude dans une personne concrète de la tradition soufie, ou un événements clé, une rencontre, une parole. Cela pourrait être, dans un certain sens, rapproché aux descriptions des vies de Saints dans le christianisme. Des personnes qui par leur vie incarnent peut-être beaucoup mieux que des dogmes, des règles extérieurs, le sens caché d'un enseignement. On donne juste quelques petites infos biographiques, on ne s'y attarde pas, pour exprimer comme l'essentiel que cet homme, cette femme a pu vivre et exprimer.


« Mon Dieu ! S'il est prévu que tu chaties l'une de tes créatures par le feu, je te demande d'amplifier ma propre créature au point que les flammes de l'enfer ne puissent consumer nul autre que moi. »

Abû Yazid Bestâmi

Ô musulmans, comment délibérer ? Moi, je ne sais qui je suis
je ne suis ni chrétien, ni juif, ni zoroastrien, ni musulman
ni d'Orient, ni d'Occident, ni d'en haut, ni d'en bas
ni des éléments de la nature, ni des spères qui tournent
je ne suis ni hindou, ni chinois, ni bulgare, ni turc,
ni d'Irak, ni du Khorassan
Mon signe est un non-signe, mon lieu un non-lieu
Je ne suis ni corps ni esprit
Mon âme est l'Esprit des esprits
Lorsque je profère la dualité je vois le monde Un
Je vois Un, je chante Un, je sais Un, le lis Un.

Jalâloddin Rûmî

- - - - - -

Je T'aime de deux amours, l'un tout entier pour l'amour, l'autre parce que Tu es digne d'être aimé.
Le premier c'est de me dépouiller de tout autre que Toi.
Le second c'est d'ôter tous les voiles afin qu'à nu je Te voie.
De l'un ni de l'autre je ne veux être louée. Mais pour l'un et pour l'autre, louange à Toi !

Râbi'a al-'Adawiyya

- - - - - - - - - - -

Nûna Fâtima bint ibn al-Muthannâ sur Ibn 'Arabi :
« De tous ceux qui viennent me voir, il est le seul à venir entier, ne laissant rien de lui ailleurs. Il faut être là où l'on est de toute sa ersonne. C'est une règle de la voie. »

Ibrâhim ibn al-Adham dit à quelqu'un :
« Ne désirez aucune chose ni d'ici-bas ni de l'au-delà ; mettez le vide en vous pour que Dieu y soit seul dans rien d'autre, et approchez-vous de lui. »


Mots-clés : #religion #spiritualité
par tom léo
le Lun 17 Juin - 22:46
 
Rechercher dans: Spiritualité et religions
Sujet: Abdelwahab Meddeb
Réponses: 1
Vues: 255

Vassili Peskov

Tag religion sur Des Choses à lire 97827410

Des nouvelles d’Agafia

Original : « Tajohny tupik » (2008)
Récit traduit du russe par Yves Gauthier (2009)

Et voilà qu’on retrouve notre héroïne des « Ermites de la Taïga », Agafia. Le premier tome – que j’ai présenté en haut – se terminait vers 1992 et le désir d’Agafia de rester « chez elle ». Depuis Vassili Peskov a continué à lui rendre visite annuellement, au gré des départs d’hélicoptères, de plus en plus rare. Ces visites sont des fois seulement de quelques heures !
Le livre contient un avant-propos d’Yves Gauthier qui résume un peu l’histoire extraordinaire de cette famille qu’on avait retrouvé en 1978 dans l’immensité de la Taïga.
Puis ce livre « Des nouvelles d’Agafia » est tout simplement divisé en « articles » (écrits d’origine pour la Komsomolskaya Pravda ») des visites régulières de Peskov à partir de 1992 et jusqu’en 2008. Articles qui peuvent être légèrement répétitifs, car étalés sur des années, et retraçant une vie d’une grande régularité. Il y a aussi des photos touchantes.

Et de quoi est-ce qu’il parle avec l’ermite ? On parle de la vie de tous les jours, des travaux de ferme, de la pêche, de santé, des visites d’animaux sauvages (ours et autres…), et l’auteur nous raconte aussi des « acolytes » plus ou moins passagers : avec les années il y avait une bonne vingtaine qui ont essayé de la rejoindre. Et la plupart disparaît avec le prochain hélico ! Car cette vie est sacrement rude, et il ne faudrait pas idéaliser les conditions, même si Agafia profite de sa notoriété en Russie, et des dons qui l’aident à survivre. Si d’un côté un retour « au siècle » n’est pas un sujet pour elle, malgré la rudesse de cette réclusion, elle se réjouit néanmoins des visites et devient « causeuse ».

Il est évident que ce vieux reporter qui est Peskov voue une amitié indéfectible à Agafia, et qu’il est rempli plein d’admiration pour cette femme et ce coté aventure, réclusion, indépendance, ténacité d’elle. Mais on s’empêchera pas à sentir des fois que la simplicité de foi d’une vieille croyante un peu arrêtée dans certaines opinions peut aussi devenir plus facilement un sujet sinon de moquerie, au moins d’’incompréhension. Souvent on reste à constater l’apparente anachronisme de voir une femme choisir une telle vie où temps que « le monde » a bien changé, a bien choisi d’autres rythmes de vie.

On aimerait – j’aurais aimé – vraiment écouter plus du moteur qui anime encore cette femme, c’est à dire qui la fait vivre cette vie pas seulement comme une fermière un peu spéciale, mais aussi comme expression d’une foi plus profonde. Une femme qui prie des heures par jour. Mais c’est éventuellement un coté de la vie que ces scientifiques et journalistes ne peuvent pas cerner ? Juste vers la fin du livre, un chapitre est intitulé « Causerie de nuit », et cela me semble aller plus au cœur que bien d’autres chapitres.

Mais reste l’aventure incroyable d’Agafia qui a fêté ses 75 ans cette année !


Mots-clés : #medias #religion #solitude
par tom léo
le Dim 16 Juin - 12:26
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Vassili Peskov
Réponses: 13
Vues: 530

Marilynne Robinson

Tag religion sur Des Choses à lire 41-0cp10

Gilead


Avant tout il me semblait que c'était un récit de vie, destiné alors à son fils si jeune (il a sept ans!) que le pasteur vieillissant va jamais le rencontrer comme adulte. Certains partages et explications seront jamais possibles. Ces circonstances donneront un ton de mélancolie, d'un certain regret. C'est alors un livre de la relation entre père et fils, et il y en a d'autres de ces relations : l'ami Boughton en a aussi ! Le jeune Jack. Et finalement la relation entre le grand-père et le père est une aussi etc. Là intervient une autre dimension : l'attitude de combat du grand-père (presque une figure vétéro-testamentaire) et le quiétisme du père, qui s'était tourné vers les Quakers.

Bien sûr je ne peux pas forcer de voir la beauté des remarques, pas seulement sur la nature ou des descriptions, mais d'une recherche de Dieu, d'une vie de foi. Ce livre a quelque chose d'une version adapté du « Journal d'un curé de campagne » de Bernanos. Par ailleurs le Pasteur John Ames en fait allusion ! Les remarques sur Feuerbach sont fort intéressanes ; Et beaucoup d'autres choses… Mais cela touche au plus profond, et on y est ouvert ou pas. Mais ce n'est certainement pas « n'importe quoi ». Si l'auteur a attendu si longtemps entre la publication de ses livres, elle a aussi préparé son coup. Autre réaction : un ami pasteur me disait qu'il est très remarquable qu'une femme arrive a tellement bien comprendre ou saisir certains aspects de la vie d'un prédicateur…

Donc, une grande partie du roman se laisse lire pas comme un récit, mais presque comme une méditation.

MAIS je suis tout à fait d'accord que le rythme devient très lent. Ce fleuve tranquille n'est pas pour tout le monde et il y a danger d'endormissement (aussi pour moi). Circulant, des sujets reviennent sous différentes lumières, et certaines expressions de regrets (de ne pas voir son fils comme adulte) sont trop répétitives. Mais pour l'amateur d'une certaine lenteur, d'un regard presque méditatif sur la vie – il y a des pépites.

« These are the things that Ames tells his son about: his ancestors, the nature of love and friendship, the part that faith and prayer play in every life and an awareness of one's own culpability. There is also reconciliation without resignation, self-awareness without deprecation, abundant good humor, philosophical queries--Jack asks, "'Do you ever wonder why American Christianity seems to wait for the real thinking to be done elsewhere?'"--and an ongoing sense of childlike wonder at the beauty and variety of God's world. »


Mots-clés : #relationenfantparent #religion
par tom léo
le Ven 14 Juin - 7:35
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Marilynne Robinson
Réponses: 12
Vues: 502

Alaa al-Aswany

L’immeuble Yacoubian

Tag religion sur Des Choses à lire Bm_cvt12

Si on s’en tient au premier et au dernier chapitre, il s ‘agit d’un homme notable vieillissant, qui, voyant l’âge venir, emploie une jeune femme pour lui prodiguer de la compagnie et un peu plus. Et qui est si doux et si charmant qu’après avoir voulu le gruger, elle finit par l’aimer infiniment.

Mais au Caire la vie grouille et il ne s’agit pas de s’en tenir à une histoire intime et heureuse. L’immeuble Yacoubian, immeuble haussmannien qui réunit les riches dans ses étages et les pauvres sur sa terrasse, est un lieu de vie intense, jamais en pause,  où s’expriment toutes les déviances d’un pays marqué par la misère, la corruption, une religion égarée, des rapports sociaux gangrenés, un puritanisme mal caché par un libéralisme de mœurs qui n’est qu’apparent.

Dans ce roman choral, l’habile conteur Al Aswany fait se croiser et s’entrecroiser  le beau monde et les petites gens, les policiers ripous, les politiciens dépravés et les islamistes aveugles, les bourgeois sûrs du pouvoir de leur argent, les femmes manipulées, pelotées, achetées, les homosexuels réprouvés, tout un monde foisonnant qui illustre les dérives d’un pays, écartelé entre civilisation et régression,  à la fois révulsé et fasciné par l’Occident.



L'immeuble Yacoubian:
Tag religion sur Des Choses à lire Ya10

Une terrasse:
Tag religion sur Des Choses à lire Yac10


Mots-clés : #corruption #religion #romanchoral #terrorisme
par topocl
le Sam 25 Mai - 9:13
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: Alaa al-Aswany
Réponses: 25
Vues: 2476

Ali al-Muqri

Le beau Juif

Tag religion sur Des Choses à lire 51cd8r10


Originale: Al-Yahūdī al-Ḥālī (Arabe/Yemen, 2009)

Présentation de l'éditeur a écrit:Dans le Yémen du XVIIe siècle, les communautés cohabitent et s'affrontent. Alors quand Fatima, la fille du mufti, s'éprend du bel adolescent juif qui répare les fenêtres ajourées du palais de son père, leur histoire est forcément destinée à connaître un parcours semé d'embûches. Quant à l'enfant de cette union interdite, ni les Musulmans ni les Juifs ne veulent le reconnaître. Que son père se convertisse à l'islam n'y change rien. Et quand, vers 1660, un certain Shabbataï Tsevi prétend être le Messie et redonne vie au rêve d'émancipation des Juifs, les rapports inter-religieux se compliquent encore... Ce roman dresse un tableau vivant d'un Yémen fécond et multiculturel.  


REMARQUES :
C’est avec un certain recul - au début de sept ans - que Salem le Juif, raconte en 1644 des rencontres avec Fatima, la fille du Mufti, de cinq ans son aînée ! S’installe pendant une période un vrai apprentissage mutuel des cultures de l’un et de l’autre à Rayda : Salem apprend l’écriture, la poèsie arabe, évidemment aussi grâce aux grands spirituels de l’Islam, et aussi le Coran lui-même. Et Fatima est assidue à apprendre le Hébreu, à étudier les textes de la Torah. Ô, là où l’amour naît on veut tout savoir et apprendre de l’autre. Mais bien sûr qu’on apprécie - et qu’on peut apprécier ! - ce qui fait plaisir et vivre à l’autre ! Et peu à peu les deux s’imprègnent de la culture, de la foi de l’autre ! Salem, plus tard, va se dire « appartenant au rite de Fatima », muselman à sa façon à elle : ouverte, tolérante. Et vice versa. Comme si là où la relation et le respect entre des individus sont accordés, on ne peut plus s’exclure !  

Mais quand on craind, des deux cotés, que cela va virer vers une relation amoureuse « impossible » dans le temps (on cite des exemples suicidaires de jeunes amants…), on baigne dans les affrontements intra-communautaires qui frisent la haine, voir l’exclusion et l’oppression. Dans le contexte du Yemen du XVIIème siècle ce sont plutôt des Juifs qui seront des victimes d’exactions, et qui sont poussés vers l’obéissance. Néanmoins, avec leur rêve d’un Messie vainqueur à l’horizon, on les voit aussi capables de pousser les Muselmans vers l’exclusion…, en théorie.  

Dans ce contexte : quelle sera le chemin des deux amoureux qui ont grandi entre-temps ? Je vous le laisse découvrir. La langue est belle. On pourrait être étonné d’un changement de ton quand le vieux Salem donne le récit de l’histoire des Juifs, de leur attente, comment ils sont traités. Et cela s’appelera à juste titre dans cette partie « Chronique ». Mais cela contribue à donner chair à un récit qui n’est pas seulement une histoire d’amour, mais un récit de l’histoire d’une minorité dans un pays arabe.

Assez osé pour un roman de ses contrées-là, touchant, poignant ! Cela m’a plu et je remercie T.

Mots-clés : #amour #historique #religion
par tom léo
le Mar 21 Mai - 22:30
 
Rechercher dans: Écrivains du Proche et Moyen Orient
Sujet: Ali al-Muqri
Réponses: 8
Vues: 762

Revenir en haut

Page 1 sur 5 1, 2, 3, 4, 5  Suivant

Sauter vers: