Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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6 résultats trouvés pour renaissance

Marguerite Yourcenar

L'Œuvre au noir

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Roman, 1968, 330 pages environ.  

(relecture)

Magnifique roman, ne cède en rien en altitude aux Mémoires d'Hadrien.

Fine, élégante écriture pseudo-classique, de haute volée.
Marguerite Yourcenar sollicite, à sa façon, le lecteur pour qu'il développe à partir de ses riches énoncés (et c'est régal).

Style remarquable:
On sort du "je" narratif (toujours en comparaison avec les Mémoires d'Hadrien). Une sorte d'impersonnalité narrative, qui peut passer, en trompe-l'œil, pour de la froideur, mais c'est pour mieux poser quelques écrins de tournures et mots rares ou se raréfiant à l'usage de nos jours, la froideur tempérant l'accusation de pédantisme ou d'excès de frivolité dans la recherche fouillée.

Classicisme de la syntaxe (merci, Mme Yourcenar, d'employer dans un roman francophone post Céline/Sartre, des temps de conjugaison peu usités de nos jours en langue française, au lieu de s'en tirer par des périphrases ou des découpes à un point tous les cinq mots !), sur laquelle se greffent des images qu'on dirait baroques, ou bien issues des tableaux des maîtres de la Renaissance.

La Renaissance, justement: Sa mystique, sa violence, ses espérances, ses grands anonymes, ses savants cachés, ses couvents, ses banquiers, ses autorités, ses bourgeois, ses peuples, ses soudards, ses guerres permanentes, ses juges... l'époque nous est brossée sans la moindre complaisance, et de façon très érudite: à ce propos, la note de l'auteur, qui clôt l'ouvrage, est précieuse et fort éclairante, on en regretterait presque que d'autres auteurs ne se plient pas au jeu de laisser sur un coin de table la genèse de leurs créations, leurs recherches...

Une certaine matière médiévale n'est point absente de ces pages, comme une vigueur crue, qui sûrement colle à un regard sagace sur l'époque de narration, la Renaissance n'est pas une rupture avec le monde tel qu'il existait précédemment effectuée en un jour.


Au commencement, deux cousins se rencontrent par hasard sur une route des Flandres: l'un est militaire et s'en va quérir gloire, honneurs et vie de camp, l'autre la science et la sapience, ainsi qu'une quête explorative du monde. On ne sait pas, durant tout le début, lequel d'entre Zénon le philosophe et Henri-Maximilien le soldat sera le héros principal, à supposer qu'il n'y en ait pas deux...

Les thèmes de la recherche, de l'intelligence opposée à la bêtise crue, le combat contre les dogmes et les vérités admises parce qu'assénées, la médecine, la singularité, la Foi et l'athéisme, l'alchimie non traitée de façon farfelue, grotesque ou romantique, la quête de savoir, la médecine et le soin apporté à autrui de façon plus générale, la rébellion, l'audace, la transgression, les erreurs aussi, les découvertes aux conséquences néfastes si ce n'est meurtrières, la solitude et la discrétion, tout ceci compose avec puissance dans le creuset de l'auteur.
Les dialogues sont, parfois, d'une dureté sans nom, bien que d'une grande sobriété.

Le travail d'auteur, L'Œuvre à l'Encre Noire est tellement ciselé qu'on ressent la perfection comme but à atteindre, pour un livre que Marguerite Yourcenar a porté pendant une quarantaine d'années avant de le publier, et qui prendra dix années de dur labeur à sa compagne et traductrice Grace Frick, dans leur maison du Maine, avant d'apposer le point final à la traduction anglais: dix années...

Maintenant, les deux branches de la parabole se rejoignaient; la mors philosophica s'était accomplie: l'opérateur brûlé par les acides de la recherche était à la fois sujet et objet, alambic fragile et, au fond du réceptacle, précipité noir.
L'expérience qu'on avait cru pouvoir confiner à l'officine s'était étendue à tout. S'en suivait-il que les phases subséquentes de l'aventure alchimique fussent autre chose que des songes, et qu'un jour il connaîtrait aussi la pureté ascétique de l'Œuvre au Blanc, puis le triomphe conjugué de l'esprit et des sens qui caractérise l'Œuvre au Rouge ?
Du fond de la lézarde naissait une Chimère.
Il disait Oui par audace, comme autrefois par audace il avait dit Non.  



Mots-clés : #culpabilité #exil #famille #historique #medecine #philosophique #renaissance #violence
par Aventin
le Lun 6 Juil - 19:36
 
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Sujet: Marguerite Yourcenar
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Patrick Weber

La Vierge de Bruges

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Roman, 1999, 185 pages environ.

Polar se déroulant à Bruges, en 1475, sous le règne de Charles Le Téméraire.
Le livre s'ouvre sur une scène de crime, puis passe à Pieter Linden, jeune homme passionné de peinture, lequel entre, par l'entremise de son oncle et tuteur, comme apprenti dans l'atelier du plus célèbre peintre flamand de l'époque, Hans Memling, d'origine allemande.

Arrive un jeune et riche banquier florentin, Lorenzo Rienzi, qui vient se faire portraiturer dans l'atelier de Memling, alors que se nouent intrigues, conflits d'intérêts, crimes et tentatives de crimes...

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Je ne suis pas un grand adepte du polar, donc pas forcément bon public pour ce genre de parution; le style, l'écriture de Weber me semble un peu œuvre de scénariste par instants, plutôt que de romancier - une arborescence plutôt qu'une florescence.

Mais il y a de la rigueur dans la construction, et, comme en bande dessinée ou en art pictural en général, le souci de placer telle scène bien juxtaposée à telle autre, de manière à obtenir un effet de mise en valeur de tel paragraphe ou chapitre vis-à-vis de passages davantage de l'ordre du texte de liaison.

Il me semble aussi brider un peu son texte, vouloir le tenir bien en mains, alors que les prétextes à débordement d'imagination galopante sont susceptibles de fleurir à chaque coin de page.

Ainsi les passages les plus séduisants sont-ils les rêves décrits, et bien sûr tout ce qui a trait à la peinture flamande et à l'architecture de Bruges.  

Et l'on sort du roman édifié, avec envie d'en connaître davantage sur l'œuvre de Memling.
L'apport de celui est bien situé, sans ton professoral, dans la chronologie de la peinture flamande (Robert Campin, Jan Van Eyck, Petrus Christus...).

Quelques tableaux véritables traversent ce polar, outre celui -célèbre- de la couverture, avec le bout des doigts peints sur le cadre "comme si elle ne voulait pas rester emprisonnée dans sa toile", celui-ci:

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Ou ce diptyque, d'un personnage-clef du roman, Tommaso Portinari - et son épouse:
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Mots-clés : #creationartistique #polar #renaissance #violence
par Aventin
le Sam 13 Juin - 18:09
 
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Sujet: Patrick Weber
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Sandor Marai

La Nuit du bûcher

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Un inquisiteur espagnol vient se former à l’orthodoxie romaine (fin XVIe). Outre le rappel historique, ce roman vaut pour mettre en lumière le fait que la Sainte Inquisition fut un instrument parfaitement conçu afin de lutter contre la Réforme ‒ donc un summum du conservatisme ‒ par la terreur, avec une vocation de charité à convertir les hérétiques par la torture puis la « confortation » in extremis avant de les livrer à l’édifiant bûcher purificateur.
« Une simple confession ne suffit pas. Nous avons besoin qu’il reconnaisse que le bûcher dont les flammes dévoreront son corps misérable n’est qu’un feu purificateur, un purgatoire au service d’une cause suprême ! Qu’il comprenne, l’hérétique, qu’en acceptant sa condamnation avec humilité mais aussi en s’accusant lui-même au vu et au su du monde entier, il rend un grand, un ultime service à l’univers des croyants ! »

Intéressant aussi le regard d’un Espagnol, venu d’un pays austère dans une Italie sensuelle, paisible, matérialiste et même pragmatique.
Tous les membres de la société chrétienne doivent être complices du Saint-Office (ce qui explique le rôle des laïques confortatori, ceux qui « fortifient et cherchent à redonner espoir à celui qui n’a plus rien à espérer ») :
« La plupart du temps, nous nous contentons de brûler tous ceux qui sont soupçonnés d’hérésie et ne peuvent attester de leur innocence. Ici, à Rome, on est plus exigeant : on veut débusquer chez chacun le moindre manquement à servir les buts de l’Inquisition. Les indolents sont tout aussi dangereux que les hérétiques actifs et véritables, me disait le padre Alessandro. Toute personne qui ne persécute pas activement l’adversaire est suspecte. »

Particulièrement répugnante est l’exploitation de la délation chez les enfants :
« Les enfants sont les petits observateurs directs de la famille, cette communauté étroite, et le padre soulignait avec quelle joyeuse et vive attention ils s’emparaient des paroles imprudentes des adultes pour ensuite signaler à la Sainte Inquisition ce qu’ils avaient entendu ! […]
Les enfants, ces petits agneaux candides au cœur pur, comprennent la leçon et, avec leur aide, il a été possible bien des fois de démasquer à temps les personnes vivant dans le péché de l’indifférence ou de la résistance, en d’autres termes, enclins à l’hérésie… Quelquefois des pères ou des mères, des frères, des sœurs, comme cela s’est trouvé. »

Comme dans tous les autoritarismes, les livres sont suspects.
« Mais le livre, qui entend exercer son influence au travers de concepts formulés avec des mots, sans s’appuyer sur d’éloquentes représentations, se révèle dangereux car il éveille la pensée. »

« Ce que nous ne pouvons tolérer est que l’on puisse imprimer quelque part un livre où l’écrivain exprime librement ses pensées. »

D’ailleurs la Sainte Cause constitue le prodrome de totalitarismes plus étendus.
« Arrivera une époque où l’on regroupera sans ambages ni perte de temps tous ceux qui seront soupçonnés de tomber un jour dans le péché d’hérésie, à cause de leur origine ou pour d’autres raisons, dans des champs clos par des barrières de fer, pour des périodes plus ou moins longues… mais en général il vaudra mieux que ce soit pour longtemps. […]
Viendra un temps où il faudra enfermer les suspects en groupe, sans discernement, sans tenir compte de l’individu […]
Il faut créer des emplacements entourés de pieux et clôturés de fer sur de grandes surfaces où l’on pourra garder tous ceux qui ne sont peut-être pas hérétiques mais dont on peut à bon droit soupçonner qu’ils le deviendront un jour. Sur ces terrains clôturés, on pourra en surveiller non pas quelques douzaines mais plusieurs milliers en même temps. »

La tâche des inquisiteurs est codifiée, ritualisée, avec des règles très précises :
« La procédure légale donne le droit à l’accusé de demander un avocat commis d’office. Toutefois, le devoir de cet avocat ne peut consister en rien d’autre qu’à aider l’accusé à formuler ses aveux de façon rapide et inconditionnelle et de hâter sa confession puisque c’est la seule façon de sauver son âme. »

« Et par-dessus tout, il faut veiller à ce que l’accusé ne sache jamais ce dont on l’accuse. On doit talonner le suspect sans relâche pour qu’il découvre lui-même son péché, pour qu’il formule, lui, l’accusé, son propre chef d’accusation. »

Giordano Bruno, après sept ans aux mains de l’Inquisition, refuse jusqu’à la fin de courber l’intelligence et le savoir devant la foi.
« Il disait que l’on ne pouvait écrire si on était privé de liberté… »

Subitement (de façon effectivement peu vraisemblable), déguisé en scribe, le narrateur fuit à Genève la calviniste, où il travaille dans l’imprimerie et rédige son compte-rendu à son « frère » resté dans son couvent d’Avila.
« J’ai l’impression d’en avoir dit à la fois davantage et peut-être moins que ce que j’aurais voulu, les mots m’ont échappé : l’écriture est une occupation diabolique. L’homme qui prend une plume à la main se laisse entraîner par son besoin de dire. À un certain moment, il s’aperçoit que ce n’est plus lui qui écrit mais le livre ou le manuscrit qui s’écrit tout seul. Alors il faut serrer la bride et raturer tout ce qui, dans le texte, est superflu. Et à présent que ma subsistance provient de la correction d’écrits profanes, je peux dire que le véritable savoir-faire ne consiste pas à écrire mais à couper.
Si nous voulons formuler la vérité, il faut savoir tailler et effacer tout ce qui n’est pas le mot juste, celui qui exprime quelque chose au-delà de la vérité. »

« Mais il restera toujours quelque part un hérétique qu’ils ne réussiront pas à brûler à temps. Et un seul homme est capable de contaminer tous les hommes sains, tel le lépreux qui ne porte pas de clochette à son cou. »


Mots-clés : #historique #renaissance #universdulivre
par Tristram
le Mer 8 Avr - 0:15
 
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Sujet: Sandor Marai
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Leo Perutz

Le Judas de Léonard

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Roman historique basé sur une anecdote réelle, le dernier roman de Leo Perutz est aussi allégorique.
Léonard de Vinci cherche les traits du Judas de sa Cène en lente préparation mentale, le péché de cet apôtre étant d’avoir trahi par orgueil l’amour qu’il éprouvait pour le Christ.
Joaquim Behaim est un commerçant voyageur qui tombe amoureux de Niccola, qu’il ignore être la fille de Boccetta, l’avare prêteur dont il s’efforce de recouvrer une dette.
Divulgâchage:
Il renoncera à la femme aimée pour l’argent récupéré en la sacrifiant, et sera le modèle choisi par Léonard. Et l’auteur révèle dans une conclusion que Mancino, l’amnésique poète chevaleresque et de mauvaise vie, également amoureux de Niccola et tué par Boccetta, ne serait autre que Villon !


Mots-clés : #historique #renaissance
par Tristram
le Jeu 4 Juil - 12:17
 
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Sujet: Leo Perutz
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Antoine Compagnon

Un été avec Montaigne

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Ces quarante petits extraits commentés me semblent constituer une excellente introduction à Montaigne, auteur qui nous parle pourtant directement, sans truchement, dans notre propre langue, si proche par-delà près d’un demi-millénaire. Cependant, il faut admettre que son langage s'éloigne, que parcourir son œuvre exige davantage d’effort aux lecteurs contemporains : les actualisations d’Antoine Compagnon l’éclairent à propos.
A parcourir ce recueil, manifestement pas composé d’une seule venue, des contradictions apparaissent, discordances qui ne sont d’ailleurs pas absentes des Essais ; c’est toute la difficulté de l’exercice, où l’on risque de dire tout et son contraire. Mais Montaigne se révèle en personnalité bien définie : son honnêteté lui a fait traverser intact les siècles, et les errements de ses réflexions en sont partie intégrante.
La devise de Montaigne est « Que-sais-je ? », illustrée d’une balance dont les plateaux sont en équilibre. La règle de ce grand sceptique, c'est le doute, la réflexion. Sa position favorite, c’est à cheval, entre un lieu et un autre, au cours d’un voyage incessant, toujours libre de ses mouvements. Sinon, c’est dans sa « librairie », à musarder, feuilleter, dicter ses « songes ». Beaucoup aussi à méditer dans ces livres considérés comme lieux de rencontre de soi à travers l’autre.
« Si Montaigne se regarde dans les livres, s’il les commente, ce n’est pas pour se faire valoir, mais parce qu’il se reconnaît en eux. Il observe dans le chapitre "De l’institution des enfants" : "Je ne dis les autres, sinon pour d’autant plus me dire" (I, 25, 227).
Montaigne rappelle par là que les autres lui procurent un détour vers soi. S’il les lit et les cite, c’est qu’ils lui permettent de mieux se connaître. Mais le retour sur soi est aussi un détour vers l’autre, la connaissance de soi prélude à un retour à l’autre. Ayant appris grâce aux autres à se connaître, constate-t-il, il connaît mieux les autres ; il les comprend mieux qu’ils ne se comprennent eux-mêmes : "Cette longue attention que j’emploie à me considérer, me dresse à juger aussi passablement des autres : Et est peu de choses, de quoi je parle plus heureusement et excusablement. Il m’advient souvent, de voir et distinguer plus exactement les conditions de mes amis qu’ils ne font eux-mêmes" (III, 13, 1675).
La fréquentation de l’autre permet d’aller à la rencontre de soi, et la connaissance de soi permet de revenir à l’autre. »

« Les livres seraient de meilleurs amis ou amours que les êtres réels. Avant de l’affirmer, n’oublions pas que Montaigne ne cesse jamais de concevoir la vie comme une dialectique entre moi et autrui. Si la rareté de l’amitié et la fugacité de l’amour incitent à privilégier le refuge de la lecture, celle-ci ramène inévitablement aux autres. »

Je me sens fort prochain de cet homme, de ses humeurs, de ses tours de pensée et de sa façon de lire, de citer, d’écrire ; son expression plurielle, animée, désordonnée, digressive et bonhomme, m’enchante.
Quand on le compulse, il est rare de trouver des pensées qui n’aient été reprises, développées depuis lors ; de même, il est difficile de lire d’autres auteurs sans y découvrir des idées qui n’aient pas racine ou filiation chez Montaigne, qui réactualisait lui-même abondamment ses prédécesseurs.
J’aurais pu ranger l’œuvre de Montaigne dans la philosophie, dans les essais (ou dans Radio Chose !), mais son style est tel qu’elle mérite amplement de l’être dans la littérature.
Au fait, l’émission est toujours présente en podcast sur France Inter ; à bon entendeur…



mots-clés : #biographie #philosophique #renaissance
par Tristram
le Sam 8 Déc - 23:47
 
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Sujet: Antoine Compagnon
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Metin Arditi

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Le Turquetto

Si d'aventure une personne vous parlait de ce livre, de son héros à la vie improbable, de la foule bigarrée du bazar de Constantinople, avec ses mendiants hauts en couleurs, ses fabricants d'encre et de babouches, ses marchands d'esclaves, si cette personne vous racontait Venise, son foisonnement artistique et ses intrigues, si enfin elle évoquait les trois grandes religions monothéistes, alors, vous auriez l'impression que l'on vous parle d'un pavé de 800 pages. Et quelle ne serait pas votre surprise, en ouvrant le Turquetto, de découvrir un livre d'à peine 280 pages, et encore, très aérées.

C'est que nous avons là affaire à un écrivain maîtrisant merveilleusement son art, et qui vous pose un décor comme personne. Quelques détails, disséminés au fil des phrases, et c'est le lecteur qui se construit tout un monde.
L'auteur mélange à merveille imaginaire et grande Histoire, cette Histoire qui ballotte les êtres, et notamment ce pauvre Elie, né juif à une époque où il ne faisait guère bon l'être, et où les trois religions du livre se regardaient en chiens de faïence.

Un personnage un peu éthéré, ce Turquetto, qui connaîtra le rejet, la déchéance sociale comme la gloire et les honneurs, mais traversera tout cela sans guère y attacher d'importance, en homme aussi libre que possible des entraves infligées par la société et ses codes imbéciles. Une seule obsession le guidera toute sa vie, et lui sera aussi nécessaire que de respirer : le dessin.
Peut lui chaut d'être juif, chrétien ou musulman ( ou du moins, voudra-t'il le croire...) Pour lui, seule compte la magie du trait, sa célébration de la piété, sa faculté à révéler la vérité des êtres.

J'ai vécu ce livre comme une succession d'émotions, subtiles et contrastées. La construction de l'ouvrage rappelle un peu une pièce de théâtre, avec ses trois actes divisés en courtes scénettes.
Il faut avouer une chose : on ne s'attache pas vraiment au personnage principal, ce Turquetto omniprésent, passionné, tourmenté, et pourtant insaisissable. Paradoxalement, les personnages secondaires ont parfois plus de corps que le Turquetto lui-même. Certains sont particulièrement marquants, comme le calligraphe amoureux de son art, la vieille et sensuelle "éducatrice" de futures concubines, ou encore l'homme d'église migraineux et désabusé.
Avec une vraie économie de mots, Metin Arditi nous livre l'intimité de tous ces êtres, en de courts chapitres qui, chaque fois, suscitent l'émotion, la réflexion devant la richesse des thèmes abordés, et l'admiration du lecteur devant son art consommé de la chute.


PS : Ne lisez pas la quatrième de couverture, elle en dit bien trop.

(ancien commentaire remanié)


mots-clés : #creationartistique #historique #renaissance #romanchoral
par Armor
le Sam 28 Jan - 14:39
 
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Sujet: Metin Arditi
Réponses: 11
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