Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Ven 7 Oct - 8:52

52 résultats trouvés pour sciencefiction

John Brunner

Sur l'onde de choc

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Sur_l_10

Tome 4 de la tétralogie Noire :
Wikipédia a écrit:Un monde où règnent la surpopulation, l'eugénisme et le terrorisme dans Tous à Zanzibar (1968), la violence, la haine raciale et le complexe militaro-industriel dans L'Orbite déchiquetée (1969), la pollution, l'activisme écologique et les toutes-puissantes corporations dans Le Troupeau aveugle (1972), les réseaux informatiques, les virus et la manipulation de l'information dans Sur l'onde de choc (1974).

J’ai déjà lu le très recommandable Tous à Zanzibar :
« Pour être moderne, il ne suffit plus d’acheter aujourd’hui et de jeter demain.
Il faut acheter aujourd’hui et jeter aujourd’hui. »

« Le monde réel n’existait plus. Il s’éloignait de Donald comme les images fugitives d’un rêve : expression suprême du principe d’incertitude, déchirées par l’effort même tenté pour les saisir. »

« Nous sommes au courant de tout ce qui se passe à l’échelle de la planète, et nous n’acceptons plus que notre horizon limité circonscrive la réalité. Ce que nous retransmet la télé est bien plus réel. »

Nick Haflinger est un des surdoués pupilles de Randémont, « institut du génie », organisation fédérale des USA au XXIe qui forme l’élite intellectuelle propre à servir le pays, ou plutôt son gouvernement. Ce dernier promeut le « style-de-vie banane », hyper-informatisé et contrôlé par l’État, et Nickie échappe au système afin de ne pas devenir son instrument, ayant trouvé le moyen de changer d’identités, y compris pour les ordinateurs tous connectés.
« Créateur d’utopies, conseil en style-de-vie, spéculateur delphique, expert-saboteur en informatique, rationalisateur système et Dieu sait quoi encore. »

Avec une imagination éblouissante, Brunner narre ses mésaventures (il rencontre Kate, une étudiante fort intuitive, et surtout « sage », c'est-à-dire sensée ; il sera repris) tout en peignant dans cette dystopie un monde qui ressemble curieusement à ce qu’il tend vraiment à devenir de nos jours : un récit qui n’a pas pris une ride, malgré des inventions fort originales (d’un jeu, celui des tringles, et d’une danse, dite de « coley », aux cités marginales où les rescapés du grand tremblement de terre californien organisent des communautés « écotarciques » à l’écart du système global et liberticide – en passant par le Pavillon d’Eustache, service téléphonique de défoulement cathartique à l’abri du gouvernement, pour lequel Nick installe une « couleuvre » protectrice, genre de virus-firewall). C’est une brillante anticipation des hackers et lanceurs d’alerte (à une époque où Internet balbutiait).
« Les rumeurs étaient destinées à faire plaisir aux gens en leur faisant croire que le monde se portait vraiment aussi mal qu’ils en avaient l’impression. »

« Tout se passe comme si le paradoxe suivant était démontré : chacun ignore de quoi il retourne, mais tout le monde sait de quoi il s’agit. »

« Avec une certaine nostalgie, il racontait quelques anecdotes comiques sur les erreurs commises de son temps. La plupart provenaient du préjugé alors en vigueur selon lequel une certaine dose d’émulation est nécessaire pour obtenir des gens un maximum d’efficacité. Alors qu’au contraire, ce qui caractérise une personne douée de sagesse, c’est qu’elle voit tout de suite que l’émulation est une source de gaspillage de temps et d’énergie. »

« La possibilité de devenir qui vous vouliez au lieu d’être ce que vous étiez dans la mémoire des ordinateurs. »

« Autant vouloir prétendre que le mouvement de la mer qui polit les galets sur la grève leur rend un grand service parce qu’il est préférable pour un galet d’avoir des contours lisses plutôt que rugueux. Le galet ne se soucie pas de la forme qu’il a. Mais pour une personne, c’est une chose très importante. Et chaque vague que vous produisez réduit la variété de formes qu’un être humain peut revêtir. »

« En théorie, n’importe lequel d’entre nous a accès à plus d’informations que dans toute l’histoire du monde, et cela grâce à une simple cabine de viphone. […]
Malgré tout ce qu’on raconte sur le pouvoir "libérateur" du réseau informatique, la vérité est qu’il afflige la plupart d’entre nous d’une nouvelle raison de se précipiter dans la paranoïa. »

« Washington : hier. L’exercice du pouvoir personnel. Le privilège de la fonction. La réduction du consensus populaire à un unique porte-parole, écho d’une période où les gens d’une même communauté arrivaient à s’accorder parce qu’ils n’étaient pas assaillis par cent versions incompatibles des événements. »

« S’il existe un phénomène tel que le mal absolu, il consiste à traiter un autre être humain comme un objet. »

« UN : Notre planète est riche. Par suite, la pauvreté et la faim en sont indignes, et puisque nous avons les moyens de les supprimer, nous le devons.
DEUX : Nous appartenons à une espèce civilisée. Par suite, nul ne pourra désormais tirer de profit illicite du fait que, tous ensemble, nous savons plus de choses qu’un seul d’entre nous n’en peut connaître.
»


\Mots-clés : #politique #romananticipation #sciencefiction #social
par Tristram
le Lun 8 Aoû - 12:12
 
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Sujet: John Brunner
Réponses: 4
Vues: 126

Nevil Shute

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Image27

Le dernier rivage

Aaaaaaah, l'Australie, le post apocalyptique nucléaire et les pénuries d'essence.... ça sent la sauvagerie !

... Ou pas. Dans la vision de Nevil Shute quand l'hémishpère nord virtuellement n'existe plus et que les jours de l'hémisphère sud sont comptés on fait plutôt comme on peut. C'est à dire que l'on soit commandant de sous-marin, jeune couple avec enfant, ingénieur ou jeune célibataire on fait un peu comme tous les jours d'avant mais avec un indicible et un gros point d'interrogation sur la conscience en plus.

La vie de tous les jours en pas pareil avec pourquoi ? en fond et des choses très simples au fond dans ce livre un peu simple mais étrangement parlant. Pas besoin de meurtres à tout va dans la SF, la question de l'identité de notre vie au milieu des grands chamboulements imaginables suffit ?

Ici ça suffit, un rien suranné mais une trame positive ça fait plutôt du bien tant ça peut résonner avec une grande peur réactualisée...


Mots-clés : #sciencefiction
par animal
le Mar 17 Mai - 21:37
 
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Sujet: Nevil Shute
Réponses: 3
Vues: 99

Theodore Sturgeon

Les Plus qu'humains

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Les_pl10

L’Idiot est un jeune vagabond vivant au gré de ses instincts.
Évelyne est élevée recluse avec sa sœur ainée Alice par leur père, M. Kew, dans une atmosphère puritaine défiante du corps-mal.
L’Idiot ressent l’appel d’Évelyne, parvient à la rejoindre ; Kew les rosse à coups de fouet, sa fille en meurt, et il se tue ; Alice survit traumatisée.
Janie, cinq ans, a le pouvoir de déplacer les objets par sa seule volonté, et rencontre Bonnie et Beany, les petites jumelles qui elles savent se déplacer instantanément en tout lieu (on n’apprendra qu’elles sont noires qu’au travers du regard des adultes, ce qui est finement observé).
L’Idiot (dont le regard possède un étrange pouvoir) a été recueilli par de pauvres paysans, les Prodd, en attendant d’avoir leur propre enfant, un nourrisson qui se révèlera mongoloïde. Devenu Tousseul, il emporte ce dernier dans sa tanière, où ils vivront avec Janie, Bonnie et Beany.
« On ne peut vraiment pas dire qu’on appartient à une société quand cette société contient un élément disposé à vous exclure. »

Bébé est une sorte d’ordinateur vivant qui répond à toutes les questions. Janie traduit pour Tousseul :
« Il dit qu’il est une sorte de cerveau et moi le corps, et les jumelles sont les bras et les jambes et toi, toi, tu es la tête. Et que le tout, c’est Je. »

Ensemble, les enfants « mixollent » (« un mélange de mixte et de coller »).
Gerry, six ans, qui ne connait que la faim, le froid, la crainte à l’orphelinat, et ne ressent que haine et colère, s’enfuit et est recueilli par Tousseul.
« A six ans, Gerry était véritablement un homme. Ou, du moins, il possédait au plus haut point cette capacité d’adulte qui consiste à apprécier le plaisir grisâtre de simplement ne pas souffrir. »

Il se présente à Stern, un psychanalyste, pour se connaître lui-même, car il a tué Alice qui voulait les séparer, et parce qu’il doit remplacer Tousseul, mort par accident ; lui aussi est télépathe, mais a régressé dans un infantilisme pervers.
« Nous ne croyons jamais rien sans le vouloir. »

« Ce que nous pensons nous fait accomplir des choses curieuses. Certaines nous semblent tout à fait sans motifs, stupides, folles. Et, pourtant, il y a un fondement : dans tout ce que nous faisons, il existe une chaîne solide, inattaquable, une logique. Creusez à une profondeur suffisante et vous trouverez la cause et l’effet aussi clairement dans ce domaine que dans tous les autres. Attention : je dis logique, je n’ai pas dit justesse, justice ou rien de la sorte. Logique et vérité sont deux choses très différentes. Mais elles se confondent pour l’esprit qui est le créateur de cette logique… »

Retour en arrière : Alice recueillit les enfants, non sans réticence ; elle se souvient comme Tousseul l’utilisa pour explorer les livres, ce qui permet de mettre des noms sur les notions de télékinésie, téléportation, télépathie, symbiose, gestalt :
« Un groupe. Comme si c’était un traitement unique pour plusieurs maladies différentes. Comme plusieurs pensées exprimées en une phrase. L’ensemble est plus grand que la somme des parties. »

« Une partie qui va chercher. Une partie qui pense. Une partie qui trouve. Et une partie qui parle. »

Tousseul :
« Vous avez des gens qui peuvent bouger des choses avec leur tête. Vous avez des gens qui peuvent se faire bouger par l’esprit. Vous avez des gens qui peuvent calculer n’importe quoi si on le leur demande ; si on pense à leur demander. Ce que vous n’avez pas, c’est l’espèce de personne qui peut les mettre ensemble. Comme un cerveau réunit les parties qui poussent et les parties qui tirent et celles qui sentent la chaleur, et qui marchent, et pensent, et toutes les autres choses... Moi j’en suis un, dit-il pour finir. »

« Tout ce que je sais, c’est que je dois faire ce que je suis en train de faire exactement comme un oiseau doit faire son nid quand la saison vient. »

« Ce que je suis ?... Je vais vous le dire : le ganglion central d’un organisme complexe qui se compose, primo : de Bébé, cerveau électronique ; secundo et tertio : Bonnie et Beany : téléportation ; Janie, télékinésie, et moi-même, télépathie et contrôle central. »

Suit l’histoire de Hip Barrows, « enfant prodige », ingénieur contrarié devenu lieutenant, qui découvrit la première machine basée sur l’antigravitation (conçue par Bébé pour désembourber le camion de Prodd). Gerry le broie (ayant notamment pris l’apparence du docteur Thompson), mais Alice lui vient en aide, qui en quelque sorte se révolte contre la tête de l’organisme auquel elle appartient. Hip participera à ce nouveau stade de l’évolution de l’humanité, passage de l’Homo Sapiens à l’Homo Gestalt.
« Il doit exister un nom pour ce code, pour ce jeu de règles qui prévoient que, par sa manière de vivre, l’individu aide l’espèce à vivre. Quelque chose de distinct, de supérieur à la morale. Convenons d’appeler cela l’ethos ou si l’on préfère, l’éthique. C’est bien ce dont l’Homo Gestalt a besoin : non pas la morale, mais une éthique. »

Le rendu de la solitude intrinsèque de Tousseul (notamment), c'est-à-dire de l’innocent, du différent, du surdoué, m’a frappé au point que je recommande vivement cette lecture, de même que celle de Cristal qui songe, comme introduction ou complément à l’empathie pour l’autre, notamment l’enfant, prodige ou pas.
Malgré les références datées sur les pouvoirs paranormaux (et en psychologie ?), qui d’ailleurs peuvent se concevoir comme une parabole, c’est un chef-d’œuvre d’humanité et de sensibilité – sensitivité ! − (qui demanderait une nouvelle traduction ? Relu dans la même version, 1956, que ma première lecture).
Sinon, curieuse coïncidence, j’ai savouré de retrouver dans ce roman de science-fiction les mêmes thèmes que dans ma précédente lecture, Le rêve de d’Alembert, de Diderot (comme l’évolution des espèces, et jusqu’à la gestalt de l’essaim) !

\Mots-clés : #psychologique #sciencefiction
par Tristram
le Sam 14 Mai - 14:23
 
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Sujet: Theodore Sturgeon
Réponses: 9
Vues: 262

Richard Matheson

L’Homme qui rétrécit

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire L_homm13

Le récit commence comme Scott, l’homme qui rétrécit « d'un septième de pouce chaque jour » n’est plus haut que d’un centimètre et demi, et affronte l’araignée qui le pourchasse dans sa cave.
« Depuis le début, il n'avait cessé de fuir. Physiquement, devant les hommes, les enfants, le chat, l'oiseau et l'araignée, et − pire encore − mentalement. Devant la vie, devant ses problèmes et ses peurs ; reculer, battre en retraite, ne jamais faire front, céder, renoncer, se rendre, voilà tout ce dont il avait été capable. »

Son histoire retrace sa survie terrible d’une façon impressionnante, en alternance avec l’évolution progressive de son état dû à une origine mystérieuse (« dérèglement de son catabolisme », « une toxine inconnue » ou « un insecticide affreusement transformé par des radiations »). Pris pour un gamin par sa femme qu’il désire vainement (comme l’adolescente qui prend soin de sa fille), confronté à la pitié et à l’ignoble perspective de se produire dans les médias pour monnayer son cas (et on mesure les limites de la couverture sociale états-unienne), voyant inexorablement le monde grandir − de moins en moins à sa taille, de plus en plus périlleux (même les sons deviennent plus agressifs) −, croît sa solitude tandis que se poursuit le décompte des jours qu’il lui reste avant de disparaître tout à fait.
« C'était d'avoir à l'assumer qui la rendait si pénible. Il rétrécissait de jour en jour, sans que cela se remarque, inéluctablement, perdant chaque semaine deux centimètres et demi avec la régularité de quelque affreuse horloge. Et les journées s'écoulaient, routinières, monotones.
Jusqu'à ce que la colère, tapie en lui comme un animal acculé, se déchaîne. Le motif importait peu. Le moindre prétexte était bon. »

Passages marquants et finement rendus, la rencontre de la naine du champ de foire, le changement du rapport avec sa femme et sa petite fille.
La lutte opiniâtre de Scott dans l'attente de sa fin décuple le suspense du récit qui la détaille (et même le dénouement est original). Malgré l'improbabilité du scénario, la projection tant matérielle que psychologique force l'attention du lecteur.

\Mots-clés : #sciencefiction
par Tristram
le Dim 1 Mai - 13:09
 
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Sujet: Richard Matheson
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Stanislas Lem

Solaris

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Solari10

L’océan plasmatique et pensant de la planète Solaris génère des succubes à partir de la mémoire des explorateurs. Kris Kelvin est visité par Harey, sa compagne dont le suicide fut partiellement de sa faute ; il s’en débarrasse en l’envoyant en orbite, mais la créature réapparaît ; créée à partir des souvenirs de Kelvin et pratiquement indestructible, elle s’interroge peu à peu sur son identité comme lui s’habitue au statu quo et l’aime pour elle-même : le drame psychologique du simulacre et de qui y est confronté est rendu avec profondeur.
De la SF pure et dure (astronomie, etc.), qui tranche avec des particularités datées (initialement publié en 1961) : dans une station spatiale, on en est encore à manipuler de lourds et gros livres de papier…
Bien écrit, le récit est palpitant, un vrai thriller ; il déploie aussi d’extraordinaires envolées fictionnelles, telles les descriptions des phénomènes comme les longus et mimoïdes, évoqués dans un style scientifique parodique (la « solaristique »). Ainsi, les simétriades sont longuement présentées comme de grandioses symphonies mathématiques où « même les lois physiques sont abolies », de gigantesques créations d’« architectonique évolutive » :
« On n’a pas manqué d’essayer de transposer la symétriade, de l’"illustrer". La démonstration d’Awerian a connu un succès non négligeable. Imaginons, disait-il, un édifice datant de la splendeur de Babylone, mais construit dans une substance vivante, sensible et capable d’évoluer ; l’architectonique de cet édifice passe par une série de phases et prend sous nos yeux les formes d’une construction grecque, puis romaine ; les colonnes, telles des tiges végétales, deviennent ensuite plus minces, la voûte s’allège, s’élève, s’incurve, l’arceau décrit une parabole abrupte et se rompt en flèche. Le gothique est né, il atteint sa maturité, le temps fuit et de nouvelles formes se dessinent ; l’austérité de la ligne disparaît sous les explosions d’une exubérance orgiaque, le baroque s’épanouit sans retenue ; si la progression se poursuit, étant toujours entendu que nous considérons les mutations successives comme les étapes d’une vie évolutive, nous arrivons enfin à l’architecture de l’époque cosmique, et nous parvenons peut-être à comprendre ce qu’est une symétriade. »

D’une manière générale, les paysages mercure et sang de la planète aux deux soleils sont rendus avec pittoresque, et même poésie.
Lem présente une épistémologie de la solaristique, qui s’apparente parfois, au cours de son histoire, à l’alchimie ou à une religion, à une foi mythique, et se révèle moins intéressante à propos de son objet, l’océan de Solaris, qu’au sujet de l’humanité qui se passionne pour ce dernier, cherchant le « Contact ».

\Mots-clés : #sciencefiction
par Tristram
le Sam 26 Mar - 12:38
 
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Sujet: Stanislas Lem
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Richard Matheson

Je suis une légende

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Je_sui10

Cela fait cinq mois qu’ils assiègent Robert Neville dans sa maison barricadée dès que la nuit vient.
« Tout ce qui les concernait, décidément, était étrange : le fait qu’ils se cachaient le jour, que l’ail les tenait à l’écart, qu’il fallait les exterminer avec des pieux de bois, qu’ils étaient censés redouter les croix et les miroirs... Oui, justement, les miroirs : suivant la légende, leur image ne s’y reflétait pas. Or il savait que ce n’était pas vrai – pas plus qu’ils ne se transformaient en chauves-souris. C’étaient là des superstitions que la logique et l’observation démentaient. Il n’était pas moins ridicule de leur prêter le pouvoir de se changer en loups. »

Tous les soirs, les vampires l’invitent à sortir, jettent des pierres sur sa maison, et il le supporte de moins en moins dans sa grande solitude (les femmes, et son ancien ami et voisin, Ben Cortman, l’insupportent particulièrement). Je pense que, grâce au cinéma, tout le monde a en tête l’image de ce survivant parcourant au volant de sa voiture une cité déserte, récupérant des vivres et détruisant des zombies endormis. Sa femme est morte, puis est revenue (boire son sang), et il l’a définitivement tuée (en leur plantant un pieu dans le cœur). Car il y a deux sortes de vampires : des vivants, et des sortes de morts ambulants.
Robert tente de découvrir scientifiquement l’origine de cette épidémie, d’abord connue de manière légendaire. Puis il découvre et adopte un chien : il n’est pas le seul à être immunisé contre ce bacille. Robert trouve également une explication psychologique concernant la peur des croix (ou des torahs !) et miroirs.
Divulgâchage :

C’est sans doute une des premières (et emblématique) visions d’une telle pandémie, thème qui sera souvent repris − une lecture appropriée en période de confinement…

\Mots-clés : #sciencefiction #thriller
par Tristram
le Mar 1 Mar - 11:35
 
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Sujet: Richard Matheson
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Charles Daubas

Cherbourg

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire 00978810

J’ai particulièrement apprécié le côté pointu, avec une impression de rigueur scientifique, de l’exposé minutieux des faits (malheureusement parfois laborieux et peu clair) : les débris de béton d’une cité démolie qui flottent, une digue qui s’effondre, dans l’environnement militaro-nucléaire de l’arsenal.
La description de Cherbourg et de sa rade est précise, y compris du point de vue de la géographie humaine (avec la sorte de déni de la population).
Pitch : Frédérique Pierre, inspecteur à la sûreté départementale, refuse de lâcher son enquête malgré le secret défense.

\Mots-clés : #sciencefiction #thriller
par Tristram
le Mer 9 Fév - 11:43
 
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Sujet: Charles Daubas
Réponses: 7
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Andy Weir

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire M0235210

La SF ça ne fait pas forcément du mal et laisser sa curiosité se fait appâter par l'enthousiasme d'un collègue non plus, j'ai donc tenter l'aventure de se journal de bord essentiellement martien. La forme d'un journal écrit assez simplement par un astronaute qui, suite à un accident fâcheux, se retrouve abandonné "seul sur Mars" par ses collègues.

Précision qui a son importance ou non, je n'en sais rien, je n'avais et n'ai toujours pas vu le film... Mais revenons en à notre cosmonaute tout seul avec une antenne déglinguée et le matériel d'une mission avortée pour survivre. En effet notre "ingénieur et botaniste" ne compte pas se laisser abattre tout de suite et un problème, une victoire, une catastrophe à la fois il va se démener pour tenir un peu plus longtemps que prévu.

Je ne veux pas trop en dire mais il y a des patates et pas d'extraterrestres, le casse tête scientifique de cette survie est riche en suspense (et en petites blagues) et p*** ça fait du bien un bouquin où personne ne veut tuer personne, personne n'est en compétition avec personne, personne n'en veut à personne, rien n'est diabolique pas même la démesure humaine et tout ça même pas parce qu'il est tout seul au beau milieu d'un désert extra-terrestre.

Indépendamment de son suspense efficace je crois que c'est ça qui le place en classique de la SF, une SF au sens noble qui regarde notre monde un peu en biais, l'interroge et nous dépayse dans le même mouvement.

Ce n'est vraiment pas un pied pour l'écriture mais pour le reste j'ai passé un excellent moment à n'avoir pour seule envie que de tourner les pages...


Mots-clés : #aventure #sciencefiction
par animal
le Dim 16 Jan - 21:12
 
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Sujet: Andy Weir
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Theodore Sturgeon

Cristal qui songe

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Crista10

Horty (Horton) Bluett est un enfant trouvé de huit ans. Mal aimé à l’école (qui l’a renvoyé pour avoir mangé des fourmis) comme dans sa famille d’accueil, son seul ami est Junky, un cube de bois bariolé contenant un diablotin à ressort, jouet qu’il possède depuis l’orphelinat. Armand, son père adoptif, lui ayant écrasé trois doigts (ainsi que la tête de Junky), Horty fugue. Il est recueilli par des nains qui vivent en forains, travaillant pour le directeur de la troupe, le Cannibale, un médecin surdoué devenu un haineux misanthrope.
Ce dernier a découvert le « cristal », être vivant totalement étranger à notre perception du monde ; ils peuvent « copier les êtres vivants qui les entourent », mais involontairement, un peu comme une chanson est le sous-produit de l’amour qui fait chanter l’amoureuse :
« Leurs rêves ne sont pas des pensées, des ombres, des images, des sons, comme les nôtres. Ils sont faits de chair, de sève, de bois, d’os, de sang. »

Le Cannibale parvient à les contrôler, les contraignant par de torturantes ondes psychiques à créer des êtres vivants, parfois inachevés – des monstres.
Horty, devenu Hortense (ou Kiddo), s’épanouit dans la communauté du cirque, où sa maternelle amie Zena le chaperonne, déguisé en fillette ; guidé par cette dernière, il lit beaucoup, se souvenant de tout grâce à sa mémoire prodigieuse ; et sa main coupée repousse…
« Horty apprenait vite mais pensait lentement ; la mémoire eidétique est l’ennemie de la pensée logique. »

(Eidétique au sens d’une mémoire vive, détaillée, d'une netteté hallucinatoire, qui représente le réel tel qu'il se donne, d’après Le Robert.)
Bien qu’il lui soit difficile de prendre seul une décision, Horty devra s’enfuir pour échapper à la dangereuse curiosité du Cannibale.
« Fais les choses toi-même, ou passe-t’en. »

Une douzaine d’années plus tard, Kay, la seule camarade de classe d’Horty à lui avoir témoigné de la sympathie, est draguée par Armand, devenu veuf et juge, qui la fait chanter pour parvenir à ses fins…
Horty affrontera le Cannibale − cette histoire est un peu son roman d’apprentissage −, et il comprendra les cristaux mieux que lui.
« …] les cristaux ont un art à eux. Lorsqu’ils sont jeunes, lorsqu’ils se développent encore, ils s’exercent d’abord en copiant des modèles. Mais quand ils sont en âge de s’accoupler, si c’est vraiment là un accouplement, ils créent du neuf. Au lieu de copier, ils s’attachent à un être vivant et, cellule par cellule, ils le transforment en une image de la beauté, telle qu’ils se la représentent. »

Considéré comme un classique de l’étrange, ce roman humaniste a pour thème la différence, physique ou de capacités psychiques particulières, thème qui sera développé dans Les plus qu'humains.
« Les lois, les châtiments font souffrir : la puissance n’est, en fin de compte, que la capacité d’infliger de la souffrance à autrui. »

« Tout au cours de son histoire, ça a été le malheur de l’humanité de vouloir à tout prix que ce qu’elle savait déjà fût vrai et que ce qui différait des idées reçues fût faux. »

En cette époque où le souci de l’Autre devient peut-être de plus en plus important, cet auteur un peu oublié m’émeut toujours par son empathie pour l’enfant et le différent.

\Mots-clés : #enfance #fantastique #identite #initiatique #philosophique #psychologique #sciencefiction #solidarite
par Tristram
le Jeu 9 Déc - 11:58
 
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Sujet: Theodore Sturgeon
Réponses: 9
Vues: 262

Evgueni Zamiatine

Nous

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Nous10

J’ai commencé dans la version Gallimard, Nous autres, et suis passé à celle d’Actes Sud quand j’ai réalisé que la première aurait été traduite du russe… à partir d'une traduction anglaise !
Il s’agit d’un roman de science-fiction, et même d’une dystopie, description d’un État totalitaire, et satire du régime soviétique. Il annonce Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, 1984 de George Orwell et Un bonheur insoutenable d'Ira Levin.
Quarante notes rédigées par D-503, qui ne pense qu’en mathématicien rationaliste, dans un futur éloigné ; il se présente comme le Constructeur de l’Intégrale, un vaisseau spatial destiné à imposer dans le monde extraterrestre les valeurs de sa société de contrôle des personnes – une colonisation rhétorique dans un premier temps de propagande.
« Vous êtes destinés à soumettre au joug bienfaisant de la raison des êtres inconnus qui habitent d’autres planètes et sont peut-être encore en état de liberté primitive. S’ils refusent de comprendre que nous leur apportons un bonheur mathématiquement exact, notre devoir sera de les obliger à être heureux. Mais avant de recourir aux armes, nous essayons la parole.
Au nom du Bienfaiteur, à tous les Numéros de l’État Unitaire nous déclarons :
Que tous ceux qui s’en sentent capables composent des traités, des poèmes, des manifestes, des odes ou autres œuvres célébrant la beauté et la grandeur de l’État Unitaire. »

Les personnes sont devenues des numéros, désignées par un nombre matricule (une lettre et deux à quatre chiffres) marqués sur la plaque dorée qu’ils portent sur leur Tenue bleue ; ces dénominations chiffrées auraient été inspirées à Zamiatine par les numéros des pièces détachées du brise-glace Alexandre Nevski, dont il avait assuré le suivi du chantier lors de sa construction dans un chantier naval anglais pour le compte de la Russie. Et effectivement, les personnages sont les composants d’une grande machine au « rythme d’acier », « la victoire de “nous” sur “je”, du TOUT sur le UN… »
« Cela donne du courage : se voir comme la partie d’un tout énorme, puissant, unitaire. »

« Nous avançons – un seul corps à un million de têtes, et en chacun d’entre nous règne cette humble joie qui sans doute est celle des molécules, des atomes, des globules. Dans le monde ancien, seuls les chrétiens – nos seuls prédécesseurs (bien que fort imparfaits) – l’avaient compris : l’humilité est la vertu – l’orgueil est le mal ; “NOUS” vient de Dieu, “MOI” – du diable. »

À partie de l’image des « machines-outils : yeux fermés, oublieuses de tout, tournaient les boules des régulateurs », la métaphore des « boules rondes et lisses des têtes » court tout au long du roman.
Les Numéros vivent dans de transparentes cités de verre cernées par la Muraille verte de la nature sauvage, dont ne parviennent que les pollens sucrés du désir.
« L’homme a quitté l’état de bête sauvage quand il a construit le premier mur. »

Depuis longtemps toute propriété privée leur est interdite, y compris leur identité, et même l’organisation de leurs activités, régies dans les « Tables du Temps » d’un taylorisme généralisé : leur liberté est ouvertement supprimée, au profit d’un prétendu bonheur. Ainsi D-503 dispose d’un peu d’intimité prévue par ce planning avec O-90, sa partenaire sexuelle, « rose et ronde », qu’il partage (triangle) avec R-13, le poète aux « lèvres épaisses, africaines » (lui a des mains velues, « simiesques », dont il a honte) ; contrairement à lui, R aime plaisanter.
« Les plaisanteries ont toujours comme ressort secret le mensonge. »

Le régime est autoritaire, dans la main de pierre du Bienfaiteur secondé par la cohorte des Gardiens : les criminels sont éliminés lors de fêtes liturgiques, sous le verdict des « Poètes officiels ». Le « Jour de l’Unanimité », c’est celui des élections, ou plutôt celui de la réélection ! Les « membranes de rue » enregistrent les conversations pour le Bureau des Gardiens…
« Le seul moyen de libérer l’homme du crime, c’est de le priver de liberté. »

D-503 rencontre une inconnue (donc marquée d’un X !) : l’inquiétante I-330, qui le séduit, et se révèle être dissidente.
Et D-503, cette belle mécanique de logique euclidienne obéissant aux règles arithmétiques, dysfonctionne ; lui qui affiche un idéal de clarté se croit malade, anormal, a même un rêve, il commence à avoir de l’imagination, voire une âme − et son style est de plus en plus éclaté, décousu, embrouillé, délirant, riche en images et métaphores.
Les portraits sont caricaturaux et comiques, comme celui de S-4711 le Gardien, caractérisé par des yeux comme des forets, « des ailes-oreilles roses déployées », et « la courbe d’une nuque fléchie – un dos voûté – arc double – la lettre S. »
C’est une belle découverte que celle de ce livre, peut-être plus encore pour l’écriture, la construction de Zamiatine que pour son regard sur l’URSS obscurantiste et rigide, "fonctionnaire", en construction sous Lénine (parution en 1920). Zamiatine s’attache aux personnages, joue avec les mots et les couleurs : il m’a aussi ramentu Boulgakov.
« L’homme – c’est un roman : avant d’avoir lu la dernière page, on ne sait pas comment cela finira… Sinon à quoi bon lire… »


\Mots-clés : #regimeautoritaire #revolution #satirique #sciencefiction
par Tristram
le Lun 6 Déc - 12:25
 
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Sujet: Evgueni Zamiatine
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Arthur C. Clarke

Les Enfants d'Icare

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Les_en13

Les Suzerains sont des extraterrestres qui se sont imposés à la terre, y apportant la paix, la sécurité et la prospérité. Leur Superviseur, Karellen, est le seul à communiquer avec la planète, par l’intermédiaire de Stormgren, secrétaire général des Nations Unies. Wainwright est le leader de la Ligue de la Liberté, une organisation plus ou moins religieuse regrettant l’indépendance humaine, qui s’oppose aux Suzerains en grande partie parce que leur projet de constitution mondiale rend caducs les États souverains, et parce qu’ils ne se montrent pas. L’idée maîtresse est l’interrogation sur les projets à long terme des extraterrestres (qu’ils soient effectivement bien attentionnés ou pas), et sur le risque de perte d’âme de l’humanité sous cette tutelle (on constate rapidement une stagnation des arts).
D’une fête dans une villa futuriste tournant autour du surnaturel et du paranormal à une colonie qui tente une expérience de vie communautaire indépendante et démocratique, le roman est riche en péripéties et révélations où je n'entrerai pas, préférant donner une brève sélection d’extraits qui m’ont paru significatifs de sa grande densité d’idées originales, de vision tant de l’avenir que du passé et du présent.
« La production était automatisée dans une large mesure ; les usines robots déversaient un flot ininterrompu d’articles de consommation, de telle sorte que les objets de première nécessité étaient virtuellement gratuits. On travaillait pour acquérir le superflu si on le désirait ou on ne travaillait pas. »

« L’homme occidental avait réappris – ce que le reste du monde n’avait jamais oublié – que l’oisiveté n’est pas un péché du moment qu’elle ne dégénère pas en vulgaire fainéantise. »

« L’Homme était donc toujours prisonnier de sa planète. Une planète beaucoup plus belle, mais aussi beaucoup plus petite un siècle auparavant. En abolissant la guerre, la faim et la maladie, les Suzerains avaient aboli du même coup l’aventure. »

« Le mysticisme est peut-être l’aberration maîtresse de l’intelligence humaine. »

« Disons qu’il y a au-dessus de nous un Maître Esprit qui se sert de nous comme un potier de son tour. Et votre race est l’argile à laquelle ce tour confère sa forme. »

Une fois encore, il me semble percevoir l’influence de Theodore Sturgeon (Cristal qui songe, Les Plus qu'humains).
Ce roman, publié en 1954 (le spectre du nucléaire est prégnant), atteste de la puissance de prévision que peut développer la science-fiction en tant qu’expérience de pensée (il est par exemple amusant de remplacer « Suzerains » par "numérique"…) Et l’inquiétude à propos de l’avenir de l’humanité est (de plus en plus) légitime.
La SF dans toute sa force, avec imagination fertile et spéculations métaphysiques – de plus, ce qui est trop rare dans le genre, c’est bien écrit/ traduit (par Michel Deutsch).

\Mots-clés : #sciencefiction
par Tristram
le Mar 19 Oct - 13:54
 
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Sujet: Arthur C. Clarke
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Vinciane Despret

Autobiographie d’un poulpe et autres récits d’anticipation

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Autobi10

Dans une désopilante parodie de publication scientifique jargonnant dans notre avenir, Vinciane Despret expose les résultats futurs des recherches en éthologie.
Un glossaire préalable définit :
« Géolinguistique (n. f.) : la géolinguistique est une branche tardive de la linguistique. Elle a émergé au moment où les linguistes se sont rendu compte que les humains n’étaient pas les seuls à avoir forgé des langues dotées de structures originales, qui évoluent avec le temps et qui permettent aux locuteurs de différents règnes de communiquer. La géolinguistique étudie les langues de communautés vivantes, et parfois même non vivantes – quoique les dernières découvertes plaidant en faveur de l’existence de langages chez les non-vivants continuent de faire l’objet de controverses. La géolinguistique donnera ultérieurement naissance à la thérolinguistique, qui s’est spécialisée dans l’étude des formes littéraires chez les animaux et les plantes.
Thérolinguistique (n. f.) : le terme “thérolinguistique” a été forgé à partir du grec thèr (θήρ), “bête sauvage”. Il désigne la branche de la linguistique qui s’est attachée à étudier et à traduire les productions écrites par des animaux (et ultérieurement par des plantes), que ce soit sous la forme littéraire du roman, celle de la poésie, de l’épopée, du pamphlet, ou encore de l’archive… Apparaîtront, au fur et à mesure que cette science explorera le monde dit sauvage, d’autres formes expressives qui débordent des catégories littéraires humaines (et qui relèveront alors d’un autre domaine de spécialisation, celui des sciences cosmophoniques et paralinguistiques). On trouve la première occurrence du terme “thérolinguiste” en 1974, dans une nouvelle d’anticipation d’Ursula K. Le Guin “The Author of the Acacia Seeds. And Other Extracts from the Journal of the Association of Therolinguistics”. »

Suit une sorte de table des matières baroque :
« – l’habitat narratif tissé (avec une étude comparative des toiles de l’araignée Argiope aurantia et des nids des oiseaux tisserins) ;
– les monuments funéraires (l’orientation des tombes chez les surmulots et les sculptures éphémères de liturgie de deuil chez les corneilles d’Hawaï) ;
– les chaussées et les routes (poétiques d’influence des fourmis Cataglyphis velox ; poétiques pavées des termites Odontotermes magdalenae ; poétiques des créations souterraines – ce qu’on appelle aujourd’hui communément les tunnels littéraires : étude comparative chez le rat-taupe, le blaireau et le termite Reticulitermes urbis) ;
– les constructions sympoïétiques multispécifiques (les demeures en carton des fourmis noires des bois Lasius fuliginosus et des champignons) ;
– les musées du réemploi – les habitats-musées des objets catastrophés (tels le village-musée de poteries des poulpes communs de la baie de Porquerolles et les nids-musées des objets volés des pies Pica pica dans la région de Chicago). »

On se propose donc d’aborder…
« …] la thérolinguistique classique, que ce soit l’écriture kinétique chorale chez le manchot Adélie ou, pour évoquer les plus récentes, l’archive historique chez l’araignée, la poésie initiatique chez la luciole, le roman souterrain chez la marmotte et l’épopée labyrinthique chez le surmulot. »

… et on ne se limite pas à l’animal :
« Ce courant put également élargir le champ des recherches au végétal et permit d’étudier, entre autres, l’épopée lyrique du lichen, la poésie passive de l’aubergine et le roman tropique du tournesol – sans oublier ce genre, toutefois considéré comme mineur, qu’est le roman policier historique du coquelicot aux prises avec les produits phytosanitaires. »

Dans le premier chapitre est relatée la prise de conscience de la tentative de communication des araignées avec nous au moyen de vibrations.
Dans le second, on apprend que les wombats produisent des fèces cubiques leur permettent de construire des murs territoriaux ; on parle de « géopolitique scatologique du wombat », et même de « scatologie spéculative » et de « cosmopolitique fécale » !
L’anthropomorphisme n’est peut-être pas assez évité (mais comment faire autrement ?), et Vinciane Despret semble ne pas tenir compte des travaux de Richard Dawkins : « …] les anciennes conceptions néodarwiniennes de l’évolution faisait peser sur les comportements des animaux une exigence lourde : il fallait que chacun de ces comportements soit immédiatement lié à des bénéfices en termes de survie ou de reproduction [… » paraît faire référence aux individus (ou aux espèces), pas aux gènes.
La revue chronologique de cette démarche scientifique permet à Vinciane Despret de présenter les travaux antérieurs − qui nous sont contemporains, mais pas forcément connus −, notamment en primatologie, révélant une sorte de « sens du sacré » ritualisé chez des « autres qu’humains » (notion renvoyant aux non-humains de Descola).
Troisième chapitre, le poulpe, surprenant animal furtif, utilise "historiquement" son encre pour projeter un écran, puis un leurre devant ses prédateurs, et enfin un phylactère pour communiquer des contenus : pour… écrire, c'est-à-dire passer de l’adaptation à l’expression créatrice !
Des enfants symbiotes, ou « symenfants » partagent le monde des poulpes, comme d’autres celui des papillons monarques, et constituent un passage d’une grande poésie, éclairant aussi l’autisme ; j’ai évidemment songé à Les Plus qu'humains de Theodore Sturgeon (qui curieusement n’est pas référencé, alors que plusieurs autres œuvres de SF le sont, comme des livres d’Ursula Le Guin ou Alain Damasio).
Des approches fort originales de la création artistique, notamment littéraire, révolutionnent notre regard :
« Nous l’avons évoqué, les thérolinguistes soutiennent l’hypothèse que l’écriture, et donc les diverses formes littéraires ou poétiques de nombre d’animaux, a pu émerger du jeu. Par un nouveau détournement des puissances de la fiction qui se sont épanouies dans le jeu, le geste ludique se serait, à un moment de l’évolution, mis au service de l’art du récit. Ce qui était en œuvre dans l’art de jouer a été rendu disponible pour un art de fabuler, de raconter, d’inventer des possibles – les “on n’aurait qu’à dire que” que connaissent si bien les enfants –, puis pour l’art (ou la nécessité, ou la joie) d’écrire ce que l’on racontait. »

« Il faut que les mots nous rappellent ce qui est et ce qui a été, même si cela nous fait souffrir. »

D’une intelligence inventive époustouflante, ce petit livre est fort recommandable (et on aura grand intérêt à suivre les suggestions données en notes, textes, vidéos et autres).

\Mots-clés : #nature #sciencefiction #science
par Tristram
le Jeu 14 Oct - 0:09
 
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Sujet: Vinciane Despret
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Jules Verne

Hector Servadac

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Le capitaine Hector Servadac et son « brosseur » (ordonnance), Ben-Zouf de la butte Montmartre (comme son surnom ne l’indique pas), servent en Algérie, près de l'embouchure du Chéliff. Suite à un cataclysme catastrophique, un nouveau système cosmographique remplace celui que nous connaissons : le soleil se lève à l’ouest et se couche à l’est, « la durée du jour n'est plus que de six heures », « l'intensité de la pesanteur a diminué » ; leur région se résume dorénavant à une île, qu’ils baptisent Gourbi. Embarqués sur la goélette du comte Timascheff, commandée par le lieutenant Procope, ils partent à la recherche de l’Afrique disparue. Lors d’une circumnavigation sur que ce qui reste de la Méditerranée, ils découvrent Gibraltar à la place de Corfou, et réalisent que le sphéroïde terrestre qui les porte est beaucoup plus réduit que la terre, s’étendant sur 29 degrés de longitude au lieu de 360 : ils sont sur un astéroïde :
« − C'est, reprit Procope, d'admettre qu'un fragment s'est détaché de la terre, emportant une portion de l'atmosphère avec lui, et qu'il parcourt le monde solaire en suivant une orbite qui n'est plus l'orbite terrestre. »

« Il est incontestable que nous venons de faire le tour de ce qui reste du monde ! »

Cette mer est limitée par une étrange falaise d’aspect métallique.
« De l'ancienne terre, il ne restait que l'île Gourbi, plus quatre îlots : Gibraltar, occupé par les Anglais, Ceuta, abandonné par les Espagnols, Madalena, où la petite Italienne avait été recueillie, et le tombeau de saint Louis, sur la rive tunisienne. Autour de ces points respectés, s'étendait la mer Gallienne, comprenant environ la moitié de l'ancienne Méditerranée, et à laquelle des falaises rocheuses, de substance et d'origine inconnues, faisaient un cadre infranchissable. »

L'île Gourbi étant la seule terre d’envergure, et partant le seul territoire de subsistance pour les oiseaux, ceux-ci le ravagent, ce qui occasionne une de ces listes dont Verne use avec bonheur :
« Chemin faisant, le capitaine Servadac et ses compagnons dirigèrent une mousquetade nourrie contre le nuage d'oiseaux qui se développait au-dessus de leur tête. Il y avait là plusieurs milliers de canards sauvages, de pilets, de bécassines, d'alouettes, de corbeaux, d'hirondelles, etc., auxquels se mêlaient des oiseaux de mer, macreuses, mauves et goélands, et du gibier de plume, cailles, perdrix, bécasses, etc. Chaque coup de fusil portait, et les volatiles tombaient par douzaines. Ce n'était pas une chasse, mais une extermination de bandes pillardes. »

Leur astre s’éloignant du soleil, la température chute rapidement, et les rescapés s’installent dans le réseau caverneux d’un volcan où, canalisée, la lave pourvoit à leurs besoins en chauffage.
La grande question demeure : l’orbite du corps céleste qui les porte est-elle hyperbolique, parabolique ou elliptique (dans ce dernier cas, ils retourneront vers la terre). Palmyrin Rosette, astronome ayant également survécu, leur révèle qu’ils sont emportés par une comète, qu’il a nommée Gallia, et qui devrait rejoindre la terre au bout de deux ans (terrestres) : cours de cométographie qui m’a paru encore valable, et on mesure comme Verne s’adresse à un jeune lectorat (d’élèves ayant déjà un bon niveau scientifique).
Après maintes péripéties, la comète revient à son périhélie, et nos héros vont « se glisser avec l'atmosphère gallienne dans l'atmosphère terrestre »… en montgolfière !

Malgré un côté cocardier très daté (guerres et colonies), j’ai retrouvé cet esprit qui peut-être m’a plus formé que je ne l’aurais cru lors de mes lectures enfantines.
« Le caractère aventureux du capitaine Servadac étant donné, on accordera sans peine qu'il ne se montrât point définitivement abasourdi de tant d'événements extraordinaires. Seulement, moins indifférent que Ben-Zouf, il aimait assez à savoir le pourquoi des choses. L'effet lui importait peu, mais à cette condition que la cause lui fût connue. À l'entendre, être tué par un boulet de canon n'était rien, du moment que l'on savait en vertu de quelles lois de balistique et par quelle trajectoire il vous arrivait en pleine poitrine. Telle était sa manière d'envisager les faits de ce monde. Aussi, après s'être préoccupé, autant que le comportait son tempérament, des conséquences du phénomène qui s'était produit, il ne songeait plus guère qu'à en découvrir la cause. »

Cet aspect patriotique et martial est curieusement mis en abyme et moqué dans le personnage de Ben-Zouf – et l’humour aussi a vieilli…
Les stéréotypes, notamment racistes, sont systématiques quant aux nationalités et « races » :
« Petit, malingre, les yeux vifs mais faux, le nez busqué, la barbiche jaunâtre, la chevelure inculte, les pieds grands, les mains longues et crochues, il offrait ce type si connu du juif allemand, reconnaissable entre tous. C'était l'usurier souple d'échine, plat de cœur, rogneur d'écus et tondeur d'œufs. L'argent devait attirer un pareil être comme l'aimant attire le fer, et, si ce Schylock fût parvenu à se faire payer de son débiteur, il en eût certainement revendu la chair au détail. D'ailleurs, quoiqu'il fût juif d'origine, il se faisait mahométan dans les provinces mahométanes, lorsque son profit l'exigeait, chrétien au besoin en face d'un catholique, et il se fût fait païen pour gagner davantage. »

De même que sa phraséologie, le roman de Verne constitue d’ailleurs un document sur le XIXe ; livre paru en 1877, il commence par une provocation en duel (Servadak et Timascheff à propos d’une veuve convoitée), coutume fréquente à l'époque.
Évidemment, une certaine culture scientifique, surtout astronomique et physique, est recommandée chez le lecteur. C’est un trésor de géographie, d’histoire, de géologie, de botanique, etc., de techniques comme la marine, la géométrie, météorologie, etc. − et de vocabulaire ; il y a un côté didactique, mais attrayant pour certains : c’est extraordinaire, mais pas incompréhensible ; exemples :
« En un mot, dans la "bobine Rosette", la "nervosité", – que l'on accepte pour un instant ce mot barbare, – était emmagasinée à une très haute tension, comme l'électricité l'est dans la bobine Rhumkorff. »

(Belle métaphore du tempérament du professeur Palmyrin Rosette, comparé à un générateur de haute fréquence par induction, à une époque où « nervosité » est un néologisme récent…)
« À peine d'étroites criques s'ouvraient-elles çà et là. Pas une aiguade ne se voyait, à laquelle un navire pût faire sa provision d'eau. Partout se développaient ces larges rades foraines qui sont découvertes sur trois points du compas. »

(Une rade foraine est ouverte aux vents et aux vagues du large, d’après Le Grand Robert.)
Je ne connaissais pas la « mer saharienne », un projet que Verne développera dans son roman L'Invasion de la mer, voir aussi https://sciencepost.fr/au-xixe-siecle-il-y-eut-un-projet-de-creation-dune-mer-dans-le-desert-du-sahara/.
Verne use même du latin ; ainsi, « Orbe fracto, spes illoesa » se traduirait par « Même si tout est perdu, je garde espoir ».
Moins célèbre que d’autres, ce roman présente une grande fantaisie tout en étant exemplaire du regard scientifique qui caractérise Verne : parti de l’hypothèse possible d’un arrachement d’écorce terrestre suite à la collision avec une comète, il élabore un scénario mêlant effets plausibles et peu vraisemblables.
J’ai repensé à Cyrano de Bergerac, à son L'autre monde qui aurait pu inspirer Verne s’il l’a lu.

\Mots-clés : #aventure #catastrophenaturelle #sciencefiction #science #xixesiecle
par Tristram
le Mer 28 Juil - 22:47
 
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Sujet: Jules Verne
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Mary Shelley

Mary Shelley
(1797-1851)

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Fille du rationaliste William Godwin et de la féministe Mary Wollstonecraft, elle est enlevée à 17 ans par Shelley, dont elle partagera l'exil et qu'elle épousera en 1818. Presque par hasard, à la faveur d'un jeu littéraire en compagnie de Byron et de Shelley, cette jeune fille devient l'auteur d'un roman philosophique et de terreur, Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818), alliance du fantastique et du scientifique qui permet un traitement original du thème du monstre, incarnation de l'orgueil et de la folie de son créateur. Cette double condamnation de la démesure du savant (qui veut rivaliser avec Dieu) et d'une image composite de la personne humaine (le monstre n'est pas né d'un couple, mais de débris de cadavres) est aussi une critique acerbe d'une société nourrie de rousseauisme et qui se fonde sur les apparences : le « monstre », bon à sa naissance, devient criminel dès lors qu'il est rejeté de tous. Sa révolte contre son créateur, qu'il finit par tuer, trahit l'angoisse existentielle de l'homme sans Dieu, dans un univers où seul le mal assure la puissance. L'œuvre de Mary Shelley, plus connue que le nom de sa créatrice, connaîtra une immense postérité. Les adaptations cinématographiques (Frankenstein, 1931, et la Fiancée de Frankenstein, 1935, réalisés par James Whale, qui a donné au monstre son « visage »), comme les innombrables suites, adaptations, font de cette figure l'un des rares mythes modernes. Mary Shelley écrit également des nouvelles, des récits de voyages (Histoire d'un voyage de six semaines, 1817), des romans (le Dernier Homme, 1826 ; Perkin Warbeck, 1830) et publie après la mort de Shelley ses Poèmes posthumes (1824), ses Œuvres poétiques (1839) ainsi que ses œuvres en prose (1840). Son Journal comme sa correspondance apportent des renseignements précieux sur le poète.

larousse.fr

Plus : wikipedia.org



Bibliographie des ouvrages traduits en français : (wikipedia)

Romans
- Frankenstein ou le Prométhée moderne, 1818
- Mathilda, 1819
- Valperga, ou La Vie et les aventures de Castruccio, prince de Lucques, 1823
- Le Dernier Homme, 1826

Récits de voyages
- Histoire d’une randonnée de six semaines à travers une partie de la France, de l'Allemagne et de la Hollande, avec des lettres décrivant un tour sur le lac de Genève et des glaciers de Chamonix, 1817
- Errances en Allemagne et en Italie en 1840, 1842 et 1843, 1844

Histoire pour enfants
- Maurice ou le cabanon du pêcheur, 1820

Poèmes dramatiques
- Proserpine et Midas, 1820

Nouvelles
- Une histoire de passions, 1822
- L'Endeuillée, 1829
- Le Rêve (The Dream, A Tale), 1831
- Transformation, 1831
- La Jeune Fille invisible, 1832
- L'Immortel Mortel (The Mortal Immortal: A Tale), 1833

Édition
- Poèmes posthumes de Percy Bysshe Shelley, 1824
- Œuvres poétiques de Percy Bysshe Shelley, 1839

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Le dernier homme

On pense inutile de présenter la créatrice de Frankenstein, et pourtant l'admirable livre : LE DERNIER HOMME, qu'elle a écrit aux alentours de 1826, nous fait approcher cette femme de lettres dans son intimité d'épouse et de mère meurtrie par les deuils successifs qui l'ont terrassée.

On a dit que c'était un livre autobiographique. Et de l'anticipation. Certes.

Mais ô combien plus !

Je ne m'étendrai pas sur l'intrigue futuriste : l'action se déroule entre 2073 et 2100. La monarchie britannique est détrônée et surtout, la peste ravage l'Europe. La peste est vraiment un des personnages principaux. Le symbole de notre fragile condition.

Le narrateur, Lionel, est un proche de la famille royale déchue et nous conte la course contre la montre à travers l'Angleterre, puis la France pour fuir la maladie meurtrière.

La plume romantique - au sens littéraire du terme - transporte le lecteur dans un avenir brumeux, sombre où les sentiments humains sont exaltés et paroxystiques. Plusieurs histoires d'amour se croisent. Elles sont puissantes et fusionnelles. C'est écrit avec une force émotionnelle !

Malheureusement, les divers protagonistes sont amenés à mourir un à un. Lionel restera le seul et dernier homme.

C'est l'occasion pour MS d'écrire de somptueuses pages sur la mort, oui, j'ai bien dit la mort. J'ai rarement ressenti un lyrisme pareil sur ce qui est horrible : la séparation, le vide, le néant.

Faire de l'art avec la morbidesse ! Et elle brille, Mary, par ses envolées tellement authentiques, tellement personnelles. Elle fait jaillir une matière langagière lumineuse avec la noirceur du trépas.

Seule avec ses mots, face à l'éternité. C'est glaçant et pourtant sublime.

En filigrane, elle déroule ses tragédies. La mort de Percy, le poète, son amour. De ses enfants. Souffrance insondable. De ses amis, Byron ou Polidori. Tous ces talents, qui formèrent une sorte de "club" autour d'elle.

Pourquoi lire LE DERNIER HOMME ?

Parce que l'écriture est souveraine. Parce que c'est de la vraie littérature, une oeuvre rare, atypique, qui se conquiert.

Une expérience métaphysique.


sunny


Mots-clés : #sciencefiction #xixesiecle
par Tatie
le Ven 19 Fév - 19:18
 
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Sujet: Mary Shelley
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Jasper Fforde

L'affaire Jane Eyre

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Thursday Next, jeune vétéran de la guerre de Crimée (qui dure depuis 131 années en 1985), est « détective à la Brigade Littéraire du Service des Opérations Spéciales basée à Londres », qui s’occupe des faux en bibliophilie ; elle se retrouve impliquée dans la lutte contre Achéron Hadès, son ancien professeur d’anglais devenu un célèbre et dangereux maître du crime.
« Mais le chiffre d’affaires et les sommes d’argent liquide que brassait la distribution d’œuvres littéraires avaient éveillé l’intérêt du grand banditisme. Je connaissais au moins quatre LittéraTecs londoniens tombés dans l’exercice de leurs fonctions. »

L’originalité de cette fantaisie entre science-fiction uchronique, polar à suspense et métatextualité férue de littérature, c’est la survenue des personnages de fiction dans le monde réel et vice-versa ; cependant, ce monde réel n’est pas tout à fait le nôtre, plutôt un univers parallèle (et occasion de parodie, voire de satire ; on peut ainsi s’interroger sur le mystérieux Groupe Goliath qui pèse tant sur la politique internationale…)
L’enlèvement de Quaverley, personnage secondaire de Martin Chuzzlewit de Dickens, pour l’éliminer du manuscrit original, prélude celui de Jane Eyre.
« Ce n’était pas ainsi que je l’imaginais. Thornfield Hall, je le voyais plus grand et plus fastueusement meublé. Il y régnait une forte odeur d’encaustique et, à l’étage, il faisait un froid de canard. Il n’y avait pratiquement aucune lumière dans la maison ; les couloirs semblaient se fondre dans une obscurité insondable. C’était austère et peu accueillant. Je remarquai tout cela, mais par-dessus tout, je remarquai le silence ; le silence d’un monde sans machines volantes, sans circulation automobile et sans grandes métropoles. L’ère industrielle avait à peine commencé ; la planète avait atteint le tournant du C’était Mieux Avant. »

Une autre belle idée : un théâtre qui joue Richard III tous les vendredis soir avec des interprètes choisis dans le public d’afficionados ! Shakespeare est omniprésent, avec notamment l’énigme de son identité.
Exemple de trouvaille loufoque : les touristes japonais croisés dans un roman victorien.
Il est préférable de bien connaître les grands romans (anglais : Charlotte Brontë, mais aussi Austen, Milton, Carroll, etc.), leurs personnages et leurs intrigues pour goûter cette lecture pleine d’allusions, et surtout d’humour. On pourrait regretter une certaine superficialité ou puérilité, un peu trop de platitudes et clichés dans cette métafiction, mais l’imaginaire original est là.
Et je ne peux m’empêcher d’y voir une allégorie des réécritures et autres révisionnismes historiques…

\Mots-clés : #historique #humour #polar #sciencefiction #universdulivre
par Tristram
le Ven 8 Jan - 12:45
 
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Sujet: Jasper Fforde
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Bernard Werber

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Roman de philosophie fiction comme aime à dire Bernard Werber ! Exactement ça !

Quatrième de couverture : Pour nous, une seule histoire existait : celle de l'humanité. Mais il y a eu LA rencontre. Et, eux, les chats, ont changé à jamais notre destinée.

Bastet , est donc la chatte héroïne de cette trilogie (de l'égyptien Bast...nom de la déesse égyptienne de la joie du foyer, de la chaleur du soleil, de la maternité , et aussi la déesse protectrice des femmes enceintes et des enfants. Déesse aux traits félins dont le centre religieux se trouvait dans la ville de Bubastis (Égypte) ), accompagnée par Pythagore, son chat voisin, un magnifique siamois,  "qui vont vivre en direct la destruction de Paris par des fanatiques religieux et l'invasion de la ville par les rats. Ils vont devoir donner de leurs personnes pour sauver l'humanité".

Extraits :

" Se battre. Toujours se battre. Pourquoi le monde est-il aussi violent?


- Peut-être que s'il n'y avait pas de violence on s'ennuierait. Les jours se ressembleraient tous. Tu imagines, s'il faisait beau tous les jours? La violence est un peu comme l'orage. Une soudaine concentration d'énergie qui explose. Et une fois que tout est déchargé, une fois que les nuages noirs se sont transformés en gouttes de pluie, et que toutes les gouttes sont tombées, cela s'arrête et les beaux jours reviennent. Il y a de la violence partout. Même les plantes se battent. Les lierres étouffent les arbres. Les feuilles sont concurrentes et se volent entre elles l'accès aux rayons du soleil."


Pythagore, son complice, est un chat de laboratoire auquel on a "ouvert" un troisième oeil dans le crâne (Ouverture Electronique par Interface Légère) ce qui lui permet de brancher une clé USB d'acquérir un nombre infini de connaissances et de se connecter pour en découvrir d'autres...
                                                               

Mais pour qui se prennent-ils, ces humains! Ils ont transformé la forêt et l'herbe en une ville de ciment, ils ont transformé les arbres en meubles, ils nous ont transformés en...jouets jetables!

Ne sommes-nous donc pour eux que des êtres qu'on met à la poubelle après usage, comme tous les objets dont ils se débarrassent lorsqu'ils ne les amusent plus ?

JE HAIS L'ESPÈCE HUMAINE.


                                                               
Ainsi les humains ont découvert l'importance de l'art , commente-t-il. Cela ne sert à rien. Ni à manger , ni à dormir , ni à conquérir des territoires. L'art est une activité inutile et pourtant c'est leur force.


La science , c'est l'art de tenter de comprendre le monde. Là où la politique est l'obéissance aux lois , là où la religion est la soumission à la volonté du grand géant barbu imaginaire et invisible qui surveille tout , la science cherche sans a priori et pose de nouvelles questions.



Pour nous , les chats , cela peut évidemment paraître illogique , mais il semblait qu'ils aient créé Dieu parce qu'ils ne supportaient pas d'être libres et responsables de leurs propres actes. Grâce à cette notion , les humains peuvent se percevoir eux-mêmes comme des êtres qui ne font qu'obéir à un maître. Tout ce qui arrive est "Sa" volonté. C'est également un moyen pour les religieux qui prétendent parler en son nom d'assujettir les esprits les plus faibles. Nous , les chats , nous sommes capables de nous sentir responsables de nos actes et nous sommes capables de supporter d'être libres. Nous n'avons pas besoin d'imaginer qu'un chat géant dans le ciel nous surveille.

Qu'est-ce que la mort ? Depuis que j'ai pris conscience que je n'étais faite que de poussières flottantes dans du vide, unies simplement par l'idée que je me fais de moi-même, la mort me semble juste une « autre » organisation de ces particules.

Ayant compris cela, pourquoi aurais-je peur de changer d'état ? Mourir, après tout, n'est qu'un changement d'organisation de l'infime quantité de matière qui me compose."


Bon, je pourrais continuer longtemps ainsi...Bastet, accompagnée de ses amis, de sa "servante" Nathalie et de quelques humains survivants.... va devoir affronter Tamerlan, le roi des rats, à la tête d'une armée de rats conséquente... au cours de multiples affrontements...

Très intéressant comme roman,  drôle, philosophique, instructif....j'ai beaucoup aimé ! Evidemment, une condition impérative : aimer les chats !

J'ai terminé le second : " Sa majesté des chats" J'en parlerai ultérieurement.

C'est la première fois que je lis cet auteur...bien écrit, amusant, j'ai bien aimé Very Happy


Mots-clés : #sciencefiction
par simla
le Dim 3 Jan - 6:51
 
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Sujet: Bernard Werber
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Philip K. Dick

Glissement de temps sur Mars

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Glisse10

Nous sommes en 1994, sur Mars, où la vie des colons n’est pas idyllique (première parution du livre en 1963). L’eau, primordiale dans un environnement désertique, est gérée par l’ONU (et parcimonieusement distribuée via les fameux canaux), mais le syndicat des plombiers, dirigé par Arnie Kott, profite abusivement de ce filon.
Les indigènes (de la même espèce que nous) sont leurs « nègres » :
« Et rien ne paraissait exaspérer davantage ces fermiers prospères que le fait d’être sollicités par les créatures dont ils s’étaient appropriés les terres. »

Norbert Steiner, qui subsiste de marché noir, a un fils « autistique », Manfred, pris en charge par Nouvel Israël, la colonie sioniste ; et il se suicide.
« C’est bizarre, se dit-elle, lorsqu’on entend parler de suicide, notre réaction immédiate est un sentiment de culpabilité, de responsabilité. Si seulement je n’avais pas fait ceci, ou si j’avais fait cela… J’aurais pu empêcher cette mort. Je suis coupable. »

« ‒ En tout cas, quand tu entends parler d’un suicide, tu peux être sûre d’une chose : c’est que le gars sait pertinemment qu’il n’est pas un membre utile de la société. Il fait face à cette réalité, et c’est ce qui déclenche tout, le fait de savoir que l’on n’a d’importance pour personne. »

Son voisin est Jack Bohlen, un dépanneur fort doué, qui vécut un épisode schizophrénique, et répare un des professeurs de l’école ‒ un simulacre.
« …] l’école n’était pas là pour informer ni pour éduquer, mais pour modeler les enfants, et d’une manière sévèrement restrictive. Elle était le lien qui les unissait à leur héritage culturel, et elle colportait cette culture tout entière dans la jeunesse. Les élèves y étaient pliés ; le but était la perpétuation de la culture et le moindre trait particulier qui pouvait pousser un enfant dans une autre direction devait être éliminé. »

« L’autisme, se dit Jack en dévissant le dos du Portier Coléreux, est devenu un concept très utile pour les autorités martiennes. Il a remplacé l’ancien terme "psychopathe" qui à son époque avait remplacé "imbécile moral", qui avait lui-même remplacé "fou criminel". »

« La réalité que fuyait le schizophrène – ou plutôt, à laquelle il ne s’adaptait jamais – était la réalité de la vie communautaire, de la vie dans une culture donnée ayant des valeurs données ; il ne s’agissait pas de l’existence biologique, ni d’une quelconque forme de vie héréditaire, mais bien de la vie que l’on inculquait. […]
Car les valeurs d’une société changeaient continuellement, et l’École Communale constituait une tentative pour les stabiliser, pour les figer à un moment donné – pour les embaumer.
Il pensait depuis longtemps que l’École Communale était névrosée. Elle désirait un monde exempt de toute nouveauté, de toute surprise. Et c’était le monde du névrosé atteint d’obsession compulsive ; il ne s’agissait pas d’un monde sain, loin de là. »

« Je comprends maintenant ce qu’est la psychose : c’est l’aliénation complète de la perception des objets du monde extérieur, particulièrement les objets qui ont une importance : c’est-à-dire les gens chaleureux qui l’habitent. Et par quoi sont-ils remplacés ? Par une affreuse préoccupation – le flux et le reflux incessants de notre propre être. Les changements qui émanent de l’intérieur, et n’affectent que cela. Il s’agit d’une véritable coupure entre les deux univers, intérieur et extérieur, si bien qu’aucun d’eux n’interfère plus avec l’autre. Ils continuent d’exister tous les deux, mais séparément.
C’est l’interruption du temps. La fin de toute expérience, de toute nouveauté. Lorsqu’une personne devient psychotique, rien ne pourra plus jamais lui arriver. […]
Un moi coagulé, immense et figé, qui efface tout le reste, occupe l’espace tout entier. »

Ces observations restent intéressantes, mais on mesure à ces propos assez confus sur la psychopathie l’importance du vocabulaire, et partant de la traduction ; ainsi, « autisme » est rendu par « psychose » dans Nous les Martiens, même livre, mais paru l’année précédente (dans une autre traduction). Aussi, les considérations psychologiques glissent rapidement vers la précognition et une théorie qui soutient que ces « anormaux » perçoivent l’écoulement du temps de façon beaucoup plus rapide que nous ; et il apparaît qu’ils distinguent le futur dans ce qu’il a de mort et délabré, ce que Manfred désigne du terme « rongeasse », et Jack « le Rongeur »… peut-être même le contrôlent-ils ?
Exemples d’hallucinations, caractéristiques de la « panique du schizophrène », effondrement de la réalité où son inconscient se projette :
« Les yeux de Doreen se mirent à fondre, s’opacifièrent ; derrière l’un d’eux ses cils devinrent les pattes poilues et agitées d’un insecte velu coincé là, cherchant à sortir. Son minuscule œil rouge, gros comme une tête d’épingle, passa furtivement au bord de l’œil aveugle de Doreen, puis disparut ; ensuite, l’insecte se tortilla, faisant gonfler l’œil mort de la femme ; durant un instant, la bestiole apparut derrière le cristallin de Doreen, regarda ça et là et aperçut Jack mais sans pouvoir comprendre qui il était, ni ce qu’il était ; l’insecte n’était pas capable d’utiliser parfaitement le mécanisme pourri derrière lequel il vivait. »

« Sous la peau de Mr. Kott, il y avait des ossements humides et luisants. Mr. Kott était un sac d’ossements, sales et néanmoins luisants-humides. Sa tête était un crâne contenant des billets qu’il mâchonnait ; au-dedans, les billets devenaient des objets pourris que quelque chose mangeait pour les faire mourir. Jack Bohlen était également un sac mort, grouillant de rongeasse. Joliment peint, d’odeur agréable, l’extérieur qui trompait presque tout le monde se pencha vers Miss Anderton, et il le vit ; il vit que cela désirait terriblement la jeune femme. La forme humide et poisseuse se glissa de plus en plus près d’elle ; les mots sautèrent de sa bouche comme des insectes morts et tombèrent sur elle. Les insectes-paroles morts s’enfuirent dans les plis de ses vêtements, et quelques-uns se glissèrent sous sa peau pour pénétrer dans le corps de Doreen. »

Jack a été chargé par Arnie (quant à lui plutôt parano me semble-t-il) de construire une « chambre de ralentissement » afin de communiquer avec Manfred ; les visions précognitives de ce dernier sont rendues par des répétitions de séquences dans le texte, avec variations parfois.
Là se tient le grand intérêt de l’œuvre de Philip K. Dick : les rapports entre instabilité mentale et prospective (étude des avenirs possibles), en passant par l’examen de la société présente.
À signaler l’humour, avec des personnages et situations cocasses, comme le Dr. Glaub et les machines éducatives. Aussi de l’action et du délire, typiquement pulps ‒ parfois sommaire, mais bourré d’invention.

\Mots-clés : #colonisation #education #handicap #sciencefiction
par Tristram
le Mer 30 Déc - 23:24
 
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Sujet: Philip K. Dick
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George Steiner

Le transport de A. H.

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Le_tra10

A. H., c’est Adolf Hitler, retrouvé à 90 ans par un commando juif (et sioniste) au cœur d’un infernal marais amazonien ‒ un « enfer vert » particulièrement sordide et répugnant.
Court roman étonnant, fort baroque voire délirant, passionné et peut-être cathartique ?
« Être Juif, c’est garder Hitler en vie. »

On pourrait douter du sérieux de ce récit, n’était évoquée la litanie des noms des Juifs massacrés, et la liste de leurs tourments…
Ainsi, l’hypothèse est avancée qu’Hitler serait juif, et qu’il voulait supprimer les autres pour être le dernier…
Les conséquences de la réapparition d’Hitler et ses aspects juridiques, diplomatiques et politiques sont exposés, de même que la part des nombreux "complices" de l’hitlérisme.
« C’est la bombe publicitaire la plus excitante depuis que Jésus s’est relevé de dessous sa dalle. »

« …] manifestement la montée et les actes du nazisme impliquaient la participation active, l’initiative de beaucoup d’autres, de millions d’autres peut-être. C’était la relation entre la personnalité d’Hitler et cette participation, la manière dont il l’avait obtenue et se l’était attachée, la question de pouvoir situer la responsabilité, qui demandaient à être clarifiées. »

Il y a aussi un intéressant développement sur la musique et le temps.
« Parler c’est nager, puis finalement se noyer dans l’inhumain et ténébreux fleuve du temps qui ne sera jamais maîtrisé. »

Évidemment le peuple élu est au centre du propos.
« Choisir une race. La préserver pure et sans taches. Placer devant ses yeux une terre promise. Purger cette terre de ses habitants ou bien les asservir. Vos croyances, votre arrogance. »

« Qu’est-ce qu’un Reich de mille ans comparé à l’éternelle Sion ? Peut-être étais-je le faux Messie, le Précurseur. Jugez-moi et c’est vous que vous jugerez. Uebermenschen, vous, les élus ! »

C’est donc un livre de science-fiction, plus précisément d’uchronie, comme par exemple Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick ; il y a aussi une part de fantastique ; mais tout cela n’est que moyens de réflexion, matière à expériences de pensée. Et, pour le coup, c’est provocant !

\Mots-clés : #sciencefiction #xxesiecle
par Tristram
le Dim 27 Déc - 23:23
 
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Sujet: George Steiner
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Hervé Le Tellier

L'Anomalie

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire L_anom10

En premier lieu sont présentés, un à un et avec des styles congrus, plusieurs personnages fort différents : Blake, tueur professionnel menant une double vie ; Victor (ou Victør) Miesel, écrivain qui a croisé l’amour sans saisir l’opportunité ; Lucie, qui fut la première à se lasser dans sa relation avec André l’architecte vieillissant ; David, qui vient d’apprendre qu’il a un cancer incurable et fort avancé… Peu à peu apparaît le lien entre ces différents destins réunis à bord d’un vol commercial vers New York perturbé par des turbulences. Puis c’est la famille Kleffman, la petite Sophia, sa grenouille Betty (en fait un crapaud, qui survit à une sévère déshydratation), son frère Liam, sa maman Avril et son père Clark. La police semble appréhender chaque personnage. Ensuite nous faisons connaissance avec Joanna Wasserman, une jeune avocate noire qui réussit, et qui est aussi arrêtée par le FBI sans raison apparente.
Nous revenons à Miesel, l’écrivain pessimiste à la Cioran, qui s’est suicidé après avoir envoyé son dernier ouvrage, L'Anomalie, à son éditrice… Extrait :
« Dieu, que la connerie suinte de l’esprit religieux. Toute certitude poignarde l’intelligence. Pour faire de la mort une mésaventure parmi d’autres, le croyant a perdu la raison. Si le doute a fait de moi un autodidacte de la vie, j’aurai d’autant plus joui de chaque instant. Jamais je ne suis submergé d’émotion mystique, même face aux scintillements glorieux d’un nuage. Sur le point de mourir noyé, je tente de nager, je ne vais tout de même pas prier Archimède. Et en ce jour où je coule, mes yeux s’ouvrent sur des abysses où n’a cours aucun théorème. »

Aussi occasion d’un aperçu du milieu littéraire français parisien :
« C’est un succès immédiat. Le service culture de Libération lui offre la double page qu’il avait promise, Le Monde des livres, qui a passé tous les siens sous silence, se rachète par une longue nécro louangeuse où l’on peut lire qu’il "faut féliciter les Éditions de l’Oranger d’avoir su publier Miesel", La Grande Librairie exhume ce qui peut exister de vidéos de Victor pour en dresser un portrait, France Culture lui consacre trois émissions : l’affaire Miesel démarre. Clémence réimprime dans l’urgence Des échecs qui ont raté, et même ce roman d’il y a cinq ans, Les montagnes viendront nous trouver, dont les ultimes exemplaires en stock étaient menacés de pilon. »

Puis voici Slimboy, nouvelle vedette hip-hop R&B afro-pop et gay à Lagos (empire impressionnant de la violence folle, et je confirme pour connaître un peu) :
« Si l’Afrique tout entière est un enfer pour les homosexuels, le Nigeria est son neuvième cercle. Il y a la loi, qui les menace de quatorze années de prison, il y a la police, qui les pourchasse et leur extorque de l’argent, il y a toute une population qui les rejette, avec répugnance et détestation, abreuvée de haine et de rumeurs par les évêques et prêtres évangélistes au sud, et au nord par les musulmans qui appliquent la charia. »

Adrian le statisticien courtise Meredith quand il est réquisitionné par le Pentagone, pour qui il a préparé avec Tina un rapport et des protocoles sur la chaîne de décision en cas de situation de crise aérienne (après les dysfonctionnements du 11 septembre 2001).
À la sortie des perturbations atmosphériques, le vol Air France Paris-New York est détourné par l’US Air Force.
André délaissé par Lucie :
« Il lui a écrit, en sachant que c’est inutile, et surtout, disons, contre-productif. Mais quand les piles de la télécommande sont mortes, on appuie toujours plus fort. C’est humain. »

Le Tellier cite liminairement à la seconde partie du livre cette phrase de Victør Miesel dans "son" L'Anomalie :
« L’existence précède l’essence, et de pas mal, en plus. »

C’est une affirmation de l’existentialisme par opposition à l’essentialisme avec sa notion de quiddité :
« Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. »
Sartre, L'existentialisme est un humanisme, cité par Le Robert

Plus généralement, Victør Miesel est prétexte à d’intéressantes réflexions sur l’écriture :
« Il sait malgré tout qu’il suffira qu’une de ses phrases soit plus intelligente que lui pour que ce miracle fasse de lui un écrivain. »

« Aucun auteur n’écrit le livre du lecteur, aucun lecteur ne lit le livre de l’auteur. Le point final, à la limite, peut leur être commun. »

Plus globalement encore, l’exposé de l’histoire offre de nombreuses pensées ou formules aphoristiques :
« Je ne connais pas de problème qui résiste à une absence de solution. »

« Il y a une vie après la mort, surtout celle des autres. »

« D’autant que comme vous le savez, quand on a un marteau, tout finit par ressembler à un clou. »

« Le message est flou, mais la liberté de pensée sur internet est d’autant plus totale qu’on s’est bien assuré que les gens ont cessé de penser. »

« Malgré tout, je n’aime pas trop ce mot de "destin". Ce n’est qu’une cible qu’on dessine après coup à l’endroit où s’est fichée la flèche. »

Nous sommes en 2021, futur proche avec l’actualité d’aujourd’hui, y compris le président des États-Unis :
« Le président américain reste immobile, comme sonné. Le mathématicien observe cet homme primaire, et il se conforte dans l’idée désespérante qu’en additionnant des obscurités individuelles on obtient rarement une lumière collective. »

Il apparaît que David, qui apprit fin mai avoir un cancer, est le pilote du vol Air France Paris-New York du 10 mars ‒ comme de celui du 24 juin. Dans ces deux cas, l’avion est parfaitement identique : c’est le même, qui existe « en double », avec son équipage et ses passagers. Les occupants du second vol sont réunis dans un hangar par l’armée, qui recherche ceux du premier… Cette situation extraordinaire est précisément décrite (Blake ‒ celui de juin ‒ parvient à s’enfuir, etc.), ainsi que la réaction des autorités, qui ont rassemblé une foule d’experts (Nobels de sciences dures, mais aussi des philosophes, et même des représentants de la majorité des cultes, qui sont réunis à la Maison-Blanche !)
C’est que la question est d’importance : parmi les explications possibles de cette « copie carbone » ou « impression 3D » d’un avion et de ses occupants, résiste surtout (quoiqu’invérifiable) celle qui voit dans notre monde (avec nous-mêmes) une simulation informatique, une « boîte de Petri » dans un laboratoire où nous sommes observés, étudiés…
« La vie commence peut-être quand on sait qu’on n’en a pas.
Qu’est-ce que ça changerait pour eux, après tout ? Simulés ou non, on vit, on sent, on aime, on souffre, on crée, et on mourra tous en laissant sa trace, minuscule, dans la simulation. »

« L’ironie est que dans l’hypothèse d’une simulation, une chose n’est plus guère contestable : l’homme est bien la création d’une intelligence supérieure. Mais qui est prêt à adorer le développeur d’un monumental jeu de rôle ? »

Philip K. Dick a été un précurseur de ce type de réflexion sur la notion philosophique de simulacre (après Platon, avant Baudrillard), comme dans le roman L’Œil dans le ciel, écrit en 1955 et paru en France en 1959 sous le titre Les Mondes divergents :
« Sommes-nous des êtres humains ? Plutôt des bêtes, attendant d’être nourries, récompensées ou punies. »

S’ensuivent les confrontations de chaque personnage avec lui-même à trois mois d’écart et avec ses proches, dans de différents cas de figure : Blake le tueur qui ne peut se faire confiance pour être deux fois, les deux Lucie et son fils unique, Miesel « June » (de juin) qui revient en France où il est mort, auteur d’un best-seller…
« Personne ne se donne la mort, on ne vous a pas appris ça ? Il n’y a que des suppliciés qui s’échappent en tuant leur bourreau. »

« Tu es entre Romain Gary et Jésus-Christ. Suicide et résurrection. »

À propos, la situation provoque une réaction aberrante de croyants fanatiques…
« Alors, aidé par Dieu et Instagram et Facebook, Jacob apprend que l’une de ces Monstruosités va s’exhiber ce soir à la face du monde, il regarde avec dégoût et fureur cette fille blonde, et Jacob sait qu’elle incarne le Grand Mensonge et la perfidie du Déchu. »

Les situations amoureuses, compliquées, sont particulièrement tristes.
« Aimer évite au moins de chercher sans cesse un sens à sa vie. »

C’est bien sûr l’OULIPO qui m’a attiré vers ce livre, excellente démonstration de ce que les contraintes de l’écrivain, qui n’apparaissent pas vraiment à la lecture, donnent une impression de sens sous les apparences, de soupçon d’un intéressant mystère sous la réalité proposée.
L’énigme est très intelligemment développée, et l’humour, souvent fin, n’est jamais loin. Cependant…
« Mais un homme d’humour digne de ce nom ne l’est-il pas toujours "malgré tout ?" »


\Mots-clés : #sciencefiction
par Tristram
le Mer 9 Déc - 11:46
 
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René Barjavel

René Barjavel


Tag sciencefiction sur Des Choses à lire 51d95q10

                                Le grand secret

Quatrième de couverture a écrit:
C'est l'histoire d'un couple séparé par un extraordinaire événement, puis réuni dans des circonstances telles que jamais un homme et une femme n'en ont connu de pareilles. C'est aussi l'histoire d'un mystère qui depuis 1955, a réuni, à l'insu de tous, dans une angoisse commune, par dessus les oppositions des idéologies et des impérialismes, les chefs des plus grandes nations. C'est ce "grand secret" qui a mis fin à la Guerre Froide, qui a été la cause de l'assassinat de Kennedy qui rend compréhensible le comportement de De Gaulle en mai 1968, qui a rendu indispensable les voyages de Nixon à Moscou et à Pékin. Il n'a rien à voir avec la guerre ou la bombe H. C'est le secret de la plus grande peur et du plus grand espoir du monde. Il ne faut pas oublier que c'est un roman. Mais si c'était vrai? ...


150 pages avant de découvrir ce grand secret que je ne dévoilerai donc pas ici, il faut maintenir le suspens...tout du moins pour ceux qui ne l'ont pas lu, évidemment.... Wink

J'ai beaucoup aimé ce roman très imaginatif mais posant aussi de bonnes questions ...paru en 1973 !!!
Ce grand secret qui serait à l'origine de tous les événements relatés plus haut, guerre froide, assassinat de Kennedy, etc.........et qui nous fait nous interroger sur les conséquences d'une telle découverte.....notamment celle des ressources terrestres....et la possible survie d'une société utopique qui a oublié le propre des humains....s'insurger contre des diktats qu'ils estiment liberticides.....et leur force de vie au final.......une force et une faiblesse en l'occurrence....On s'insurge contre la mort, cruelle, injuste, mais la vie sans la mort serait-elle possible  ?

Le seul bémol pour la féministe que je suis, la recherche obstinée de Roland, son amour disparu soudainement, par Jeanne (pendant 17 ans) au détriment de l'éducation de son seul fils.....là, j'ai du mal Smile Mais bon, c'est un roman d'anticipation....Very Happy

Un roman où l'on croise Kennedy, Nixon, Krouchtchev, Nehru, de Gaulle, tous ces grands personnages disparus...

Très bien conçu....très bien documenté...une grand part de réalisme...ce qui en fait toute sa force !

" Dans la deuxième partie des années 60, un certain nombre de savants et de techniciens de discipline de pointe, appartenant aux nations les plus diverses, furent soustraits à leurs activités.

A Meudon, Eugène Libert, astronome, rentrant chez lui à bicyclette le 7 septembre 1966, après une nuit d'observation, n'arriva pas à son domicile.

A Détroit, le 3 mars 1967, Albury King, chimiste, spécialiste des alliages d'aciers spéciaux, fut aperçu pour la dernière fois montant dans un autocar à destination de Ann Arbor. Il n'avait aucune raison de s'y rendre, et, en fait, il ne s'y rendit pas.

Le 29 août 1969, le biologiste hollandais L.Groning, le seul au monde à avoir réussi à maintenir en vie pendant quatorze jours un chimpanzé à la température zéro degré, revenant de vacances en Yougoslavie, entra en Allemagne fédérale à Schärding, et n'en ressortit nulle part.

Ainsi disparurent ou furent considérés comme ayant péri dans des accidents, un ingénieur américain travaillant pour la NASA au perfectionnement de cellules solaires, un pépiniériste allemand, toute une équipe russe qui poursuivait des recherches sur la nature de la gravitation, un hôtelier suisse, deux architectes, des ouvriers, en tout une centaine de personnes, hommes et femmes, chacun étant un des meilleurs dans sa spécialité. Le physicien japonais Kinoshita, atteint d'un cancer généralisé, fut retiré par sa famille de l'hôpital où il agonisait alors qu'il ne lui restait que quelques jours à vivre. Le cercueil qui fut déposé une semaine plus tard dans son tombeau ne contenait qu'un sac de terre.

Ces disparitions n'attirèrent par particulièrement l'attention. Il disparaît chaque année dans le monde des dizaines de milliers de personnes qu'on ne retrouve jamais.



Mots-clés : #historique #sciencefiction #xxesiecle
par simla
le Jeu 3 Sep - 5:44
 
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Sujet: René Barjavel
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