Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Jeu 29 Juil - 11:59

80 résultats trouvés pour solitude

Chloé Delaume

Tag solitude sur Des Choses à lire 41bjhb10

Le cœur synthétique

Adélaïde a 46 ans et elle a largué son conjoint. Elle  ne met pas longtemps à réaliser que la solitude c’est nul, qu’à son âge les mecs ne se retournent plus sur elle et que la vie de femme presque cinquantenaire est bien triste. Elle déprime, mais heureusement, elle a un chat, et 4 super copines avec lesquelles elle peut parler états d’âmes, hommes à prendre et à trouver, grands choix existentiels.

Plusieurs fois elle croit avoir trouvé la perle rare, mais en fait elle finit toujours par comprendre que les perles rares sont rares….

Pour finir, Chloe Delaume lui offre alors un double destin :
Spoiler:
soit elle rencontre l’homme idéal, soit, et cette solution semble beaucoup plus plaire à l’auteure, elle comprend que vivre seule c’est bien aussi, elle vit en communauté avec ses copines, elle s’épanouit en tant que femme indépendante.

Aussi, Adélaïde est attachée de presse dans l’édition et cela nous permet de voir un peu comment fonctionne ce petit monde fermé - et pas du tout intéressant sous la plume de Chloé Delaume, et de réaliser la dure vie de cette héroïne condamnée à vivre dans 35m2 dans le 20ème.

Le message est assez clair : mesdames, vivez par et pour vous même. Le résultat est bâclé, plat autant dans le récit que dans le style, il n’y a jamais de vraie surprise, je n’ai vraiment pas compris l’intérêt d’un tel livre


\Mots-clés : #amitié #amour #solitude
par topocl
le Sam 26 Juin - 9:21
 
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Sujet: Chloé Delaume
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Meša Selimović

L'île

Tag solitude sur Des Choses à lire L_zule10


Roman diffracté (ou mosaïqué) en dix-neuf "nouvelles" autonomes ayant plus ou moins en commun une île où vit un couple vieillissant, de revenu modeste, et dont la vie aura été très ordinaire.
Le seul aspect original concernant la région est constitué par les croyances superstitieuses concernant la mort.
Le nom de famille Ružić apparaît plusieurs fois, et au centre du livre (dans le treizième texte) apparaît ladite famille (et disparaît aussitôt après) (pas compris pour le coup).
Le style est fort simple, le récit teinté de tristesse et d’absurde existentialiste.
Ce texte m’a moins intéressé que Le derviche.

\Mots-clés : #solitude
par Tristram
le Ven 18 Juin - 21:48
 
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Sujet: Meša Selimović
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Vues: 270

Patrick Chamoiseau

L’empreinte à Crusoé

Tag solitude sur Des Choses à lire L_empr10


Ce conte est une variation sur le célèbre thème de Defoe (après celle de Michel Tournier dans Vendredi ou les limbes du Pacifique, et aussi de Saint-John Perse dans Images à Crusoé) : un naufragé sur une île déserte a oublié son identité (Robinson Crusoé d’après le nom brodé sur le baudrier qu’il portait), et s’est organisé une civilisation cadrée par des rituels, un ensemble de constructions qu’il administre pour lui seul.
(Il n’y a pas de majuscule, notamment au début des phrases ; ces dernières se terminent par un point-virgule au lieu d’un point.)
« j’avais fini par me dissoudre dans cette image mentale ; et si je m’étais tenu si droit, affublé de ces peaux, parasolé, armé, soucieux de rituels intangibles, c’est que j’avais sans doute tenté d’instituer une forme à cette dénaturation croissante qui faisait de moi un élément parmi ceux de cette île ; »

Liste jouissive des objets qu’il récupère dans l’épave de la frégate :
« …] cordages, bouts de voile, bisaiguës, marteaux, clous, rabots, bonnets, bouts de chaînes, sabres, harpons, barriques de poudre, maillets, mousquetons, pistolets, huilier, branles, tente de grosse toile, ficelles, aiguilles, barriques de biscuits secs, burins, tonneaux de rhum, couteaux du chirurgien, flacons de graines diverses, salières, fourchettes, sabots, chausses, cantines, coffres et coffrets cadenassés... une telle accumulation d’objets me rassurait infiniment, comme si cela dressait entre moi et cette île un rempart bienfaisant ; je n’en finissais pas d’en rapporter frénétiquement, d’en amasser avec gourmandise, puis de contempler leur étalement baroque sur des dizaines de mètres en les égrenant un à un dans ma tête... poinçons, théières, sucriers, éponges, trousseaux de clés, équerres, longue-vue, soupière, boîtes à bijoux, quincailleries et ferrailles, brosses, petits boulets, cisailles, limes plates, arquebuses, chassepots, caissettes, limes rondes, boîtes à plomb, assiettes et gamelles, crucifix... ; »

Au bout de vingt ans, il découvre une empreinte de pas sur la plage, qui le commotionne. Il traque d’abord hostilement cet autre (qui deviendra l’Autre), puis veut s’en faire un ami.
« à force de poursuivre l’Autre-inatteignable fomenté par l’empreinte, et à force de le désirer, je lui avais conféré la densité d’une présence invisible − comme si j’avais créé une matière nouvelle, contagieuse, galopante, qui s’était mise à se répandre partout... ; »

Il se rend compte qu’il a régressé, tant physiquement que dans son langage écrit et parlé, et se reprend, dorénavant attentif à la nature qui lui paraissait jusque-là menaçante – occasion d’un lyrisme enchanteur :
« le vent jouait de mille manières, à différents rythmes, les branches, les sables et l’à-plat des savanes ; il se heurtait aux troncs, remontait les écorces, déclenchait des crécelles en provoquant parfois des cascades de feuilles mortes qui paraissaient m’offrir d’élémentaires acclamations ; les oiseaux me permettaient de déceler ses lignes de force, ils suivaient ses voltes ascendantes, s’égaillaient quand il se mettait à sillonner juste au niveau du sol... ; les abeilles et autres choses volantes grouillaient dans les souffles qu’il épandait partout, comme des cercles en extension sur une eau invisible ; la moindre plante se nourrissait de papillons, transformait ses fleurs en oiseaux-mouches, transmutait ses feuillages en des peuplades d’insectes... une instabilité vivante que le vent accentuait en augmentant les frissonnements, les sauts et les brusques envolées ; »

Un esprit holiste l’habite :
« et les choses empirèrent, seigneur ; une fièvre animiste me fit accroire que les apparences ne comptaient plus, qu’elles étaient interchangeables ; que dans des contractions de temps, d’espaces, de perceptions, on passait de l’une à l’autre dans une continuité d’existences ; ainsi, chaque existence était le tout et en même temps n’importe quel élément de ce tout ; ainsi, chaque mort était le lieu exact d’une renaissance qui nourrissait le tout ; ainsi, le tout n’était que l’intensité la plus vive de l’infini des variétés et des diversités ; »

Ensuite, ayant réalisé que c’était sa propre empreinte qu’il a découverte (bien qu’il ait rencontré l’étranger), il se crée un Autre, nommé Dimanche ; puis il perçoit des présences dans l’île, que dorénavant il aime pour elle-même, sans volonté d’en profiter ou de la fuir. Dans un mystérieux petit livre rescapé du naufrage, des fragments de Parménide et d’Héraclite, les deux voix alternent, « le vieux poète et son Autre ».
Un terrible tremblement de terre ravage l’île, et le plonge dans l’angoisse.
« une raréfaction d’existence ne leur [les animaux] autorisait qu’un fil d’expiration et des hoquets d’inspiration ; d’autant que la terre n’arrêtait pas de frissonner, ou d’éprouver des spasmes qui semaient à chaque fois une panique générale ; dans mon esprit secoué, les choses avaient du mal à retrouver leur place ; maintenant que j’avais vu les arbres se déplacer dans des charrois de terre, le sol se faire océanique, toute immobilité me paraissait suspecte ; l’herbe dissimulait des vertèbres de dragon prêtes à se torsader ; je soupçonnais les mornes d’être des crânes de gorgones enfouis sous une pelure de roche, attentifs au moment de surgir en sifflant ; j’avançais donc, comme sur un sable dont chaque grain serait une mâchoire potentielle, en assurant mes pas avec un grand souci, et prêt à me jeter au sol sitôt le moindre frisson ; les insectes se déplaçaient comme moi ; les oiseaux, sans doute par grande méfiance de l’air, sautillaient d’une ombre à l’autre comme pour anticiper un invisible bond de l’île tout entière... ; »

Lui qui fut « l’idiot puis la petite personne » (enfant, en créole), devient « artiste » exposé au « dehors » en retrouvant l’empreinte, pétrée, qui provoque ses multiples naissances.
« l’île n’avait existé que par moi et pour moi ; j’avais été ma propre et seule réalité ; lui, cet Autre inattendu, m’avait non seulement explosé avec sa seule empreinte, mais je le découvrais en train de faire exploser l’île tout entière en un vrac d’apparitions ahurissantes ; »

Le dénouement m’a surpris, même si un indice m’avait laissé deviner dès les premières pages que le navire était négrier, et que j’avais suspecté l’identité du naufragé ; je dirai simplement qu’elle implique Ogomtemmêli, le sage dogon dont Marcel Griaule rapporte les propos dans Dieu d’eau).
Suit L’atelier de l’empreinte, Chutes et notes, où l’auteur commente son travail, et l’« aventure fixe, immobile » du naufragé :
« La "situation Robinson" est un archétype de l’individuation, c’est en cela qu’elle est toujours fascinante pour nous, toujours inépuisable. »

« Le vivant nous apprend ceci : pas d’existence sans l’expérimentation permanente d’une infinité de possibles. »

« Renoncer à l’histoire et semer des possibles, infiniment. »

Dans sa postface, le philosophe Guillaume Pigeard de Gurbert (que Chamoiseau surnomme « l’Altesse ») invoque Deleuze et pose Chamoiseau en explorateur de « traces ».
Enfin, une annexe de ce dernier, L’artiste et l’impensable, précise la place de l’art, avec la pensée philosophique, devant cette source de vie.
Ce qui m’a le plus conquis, c’est le souffle, la démesure, le style baroque, les belles métaphores de Chamoiseau, comme celle du naufragé-perle enveloppée dans la chair de l’île. L’épisode où le naufragé batifole avec une multitude de tortues de mer m’a ramentu la sensualité de Grainville, et le panthéisme, Giono.

\Mots-clés : #insularite #philosophique #solitude
par Tristram
le Mer 16 Juin - 22:12
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
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Daniel Defoe

The Life and Strange Surprizing Adventures of Robinson Crusoe

Tag solitude sur Des Choses à lire Robins10
Publié en 1719, 230 pages envion. Succès mondial depuis trois siècles.

Il m'a semblé une bonne idée (en était-ce une ?) de revenir au texte anglais initial. On y découvre des éléments questionnants, que bien des versions édulcorées ou "Jeunesse" ont passé à profits et pertes.

En 1719 Defoe était un homme politique, plusieurs fois jeté en prison pour dettes et pour positions politiques, il avait été aventurier, commerçant, agent secret, infiltrait les jacobites, trempait dans mainte opération et basses œuvres au nom de sa foi presbytérienne.

Toute cette dimension-là transparaît dans Robinson; ainsi, lorsqu'il prie (et il prie souvent, dans l'édition originale) avec ce côté très accentué des presbytériens s'accusant de celles d'entre leurs propres fautes qui leur paraissent les pires, aux fins d'espérer le pardon, la rémission, la rédemption, sommes-nous surpris de constater qu'au nombre de celles-ci ne figure pas la traite négrière, alors que désobéir à ses parents est une erreur de jeunesse sur laquelle il revient sans cesse.
La dimension Providence (très XVIIIème il est vrai) est particulièrement à l'honneur, c'est je crois -enfin du moins est-ce mon analyse, le sentiment vécu, éprouvé de celle-ci qui maintient Robinson à flot, la tête à peu près claire:
Le personnage de Tom Ayrton, dans L'Île Mystérieuse de Jules Verne, donne certainement une meilleure idée de l'état psychologique ravagé de ceux qui ont été marronés, largués solitaire sur une île déserte.

L'île de Robinson est déserte, humainement parlant, mais se révèle très prodigue.
C'est la solitude extrême qui lui pèse, mais avec vue sur une autre terre ou île: or il ne s'y aventure pas, c'est singulier.
De même il met des années avant de reconnaître complètement l'autre côté de l'île ou le naufrage l'a jeté seul survivant, ce qui est à tout le moins étrange, "on ne peut attendre d'un prisonnier qu'il ne fasse pas le tour de sa propre geôle" comme dit Marguerite Yourcenar (dans l'Œuvre au noir).

L'argent, la position sociale ne sont pas le mal mais le juste fruit de l'ingéniosité et du travail, notion à peu près impossible à comprendre pour la quasi-totalité des autres courants chrétiens (le terrain est très déblayé pour L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, le fameux ouvrage de Max Weber, presque deux siècles plus tard).  

Également la façon de se comporter en roi ou roitelet, avec ses assujettis, avec une prise de possession de l'île très "seul maître à bord après Dieu" que ce soit avec Vendredi puis son père ou avec les naufragés, est certainement époque, mais à rapprocher des convictions, des engagements politiques de Defoe.

Le seul livre que J-J Rousseau conseillait à Émile d'avoir en bibliothèque, au strict détriment de tous les autres, étonne aussi par la maladresse chronique de Robinson, maladresse que les versions expurgées ont transformé en ingéniosité.
Et la juste compensation de la maladresse est le travail, énorme, celui-ci à mi-chemin entre le rachat et le signe de la Providence.

Enfin, car j'arrête là - je m'en voudrais de trop lire et surtout de commenter sans recul cet énorme succès avec des yeux occidentaux du XXIème siècle - travers plus difficile à éviter encore que les fameux écueils de l'île de Robinson...  

Livre vivant, alerte, tenant bien son lecteur en haleine, même dans sa prime version: celà ça fait trois siècles que des millions de lecteurs en sont convaincus...
J'ai bien apprécié le souci de Defoe de brouiller les cartes, avec utilisation démiurgique de la notion de tempête destructrice: sommes-nous bien dans les Caraïbes, avec des traits d'îles qui font davantage penser aux côtes brésiliennes ou chiliennes ?
Là est une d'entre les petites touches d'un romancier talentueux...

He was a comely handsome Fellow, perfectly well made; with straight strong Limbs, not too large; tall and well shap’d, and as I reckon, about twenty six Years of Age. He had a very good Countenance, not a fierce and surly Aspect; but
seem’d to have something very manly in his Face, and yet he had all the Sweetness and Softness of an European in his Countenance too, especially when he smil’d.
His Hair was long and black, not curl’d like Wool; his Forehead very high, and large, and a great Vivacity and sparkling Sharpness in his Eyes. The Colour of his Skin was not quite black, but very tawny; and yet not of an ugly yellow nauseous
tawny, as the Brasilians, and Virginians, and other Natives of America are; but of a bright kind of a dun olive Colour, that had in it something very agreeable; tho’ not very easy to describe. His Face was round, and plump; his Nose small, not flat
like the Negroes, a very good Mouth, thin Lips, and his fine Teeth well set, and white as Ivory. After he had slumber’d, rather than slept, about half an Hour, he wak’d again, and comes out of the Cave to me; for I had been milking my Goats, which I had in the Enclosure just by: When he espy’d me, he came running to me, laying himself down again upon the Ground, with all the possible Signs of an humble thankful Disposition, making a many antick Gestures to show it: At last he lays his Head flat upon the Ground, close to my Foot, and sets my other Foot upon his Head, as he had done before; and after this, made all the Signs to me of Subjection, Servitude, and Submission imaginable, to let me know, how he would serve me as long as he liv’d; I understood him in many Things, and let him know, I was very well pleas’d with him; in a little Time I began to speak to him, and teach him to speak to me; and first, I made him know his Name should be Friday, which was the Day I sav’d his Life; I call’d him so for the Memory of the Time;
I likewise taught him to say Master, and then let him know, that was to be my Name; I likewise taught him to say, YES, and NO, and to know the Meaning of them; I gave him some Milk, in an earthen Pot, and let him see me Drink it before him, and sop my Bread in it; and I gave him a Cake of Bread, to do the like, which he quickly comply’d with, and made Signs that it was very good for him.


\Mots-clés : #aventure #colonisation #esclavage #insularite #lieu #nature #solitude
par Aventin
le Dim 6 Juin - 18:00
 
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Pete Fromm

Le Nom des étoiles

Tag solitude sur Des Choses à lire Le_nom10


Récit très largement autobiographique, sorte de remake d’Indian Creek : Pete Fromm va de nouveau surveiller des œufs de poisson, cette fois-ci pas de saumons mais d’ombres, non plus dans l’Idaho mais dans la Bob Marshall Wilderness, Montana, et pas pour 7 mois mais pour un seul, 25 ans plus tard. Sauf qu’il n’a pas pu emmener ses deux fils, et il a beaucoup de mal à s’y faire. Sans compter la présence de grizzlis, qui l’oblige à chanter en se déplaçant pour annoncer la sienne.
Des allers-retours dans son existence passée (maître-nageur dans le Nevada, garde forestier des rivières au Grand Teton National Park, Wyoming, etc.) alternent avec les épisodes de cette histoire principale, sans grande opportunité, sinon occasion de considérations métaphysiques sur la vie et la mort, sur le hasard et la filiation aussi. Le récit vaut surtout pour certaines péripéties vécues en pleine nature, des images de la faune sauvage qui (me) font rêver.
Pendant son séjour, Fromm lit les nouvelles d’Hemingway, qui l’inspire – je vais faire de même, à titre de comparaison.

\Mots-clés : #autobiographie #aventure #nature #solitude
par Tristram
le Dim 2 Mai - 12:25
 
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Sujet: Pete Fromm
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Eugène Ionesco

Le Solitaire

Tag solitude sur Des Choses à lire Le_sol13

(Je signale au passage d’intéressante illustration de couverture par Eric Provoost pour Folio.)
Un autre personnage de roman à verser au dossier des héros peu tournés vers l’effort et encore moins tentés par le travail ! Le narrateur n’a guère de scrupule à quitter son poste d’employé à 35 ans pour vivre en retraité sur un héritage inopinément perçu.
Il emménage dans un appartement d’un autre quartier de Paris en ce début des années 70, s’engage avec plaisir dans une vie tranquille, faite d’observation des passants et de réflexions philosophiques (portant sur la finitude de l’univers, l’ailleurs ou la part de libre arbitre). Il est devenu :
« Un spectateur sur le plateau au milieu des acteurs. »

Fait digne d’intérêt rétrospectif, il est incapable de tenir son ménage sans une servante et de manger autrement qu’au restaurant, ce que je trouve significatif à plus d’un titre.
Il médite donc, entre ennui et angoisse, éveil et sommeil, s’adonnant volontiers à l’alcool, pensant au passé, dans ce monde qui est une prison où tout n’est qu’ignorance.
« En somme nous regrettons tout, cela prouve bien que ce fut beau. »

« La vie est merveilleuse quand on la regarde dans son ensemble, dans son passé, dans cette sorte d’espace que devient le temps quand tout s’est éloigné. »

« Le passé est une mort sans cadavre. »

« La grâce que vous procure l’alcool est précaire. La grâce ou la lucidité. Quand est-ce que je me réveille sur la vérité ? Quand je ne vois que misère et pestilence ou lorsque je pense que toute l’existence, que toute la création est un mois de mai fleuri et lumineux ? Mais nous ne savons rien. »

« Je me rendis compte que je pensais trop, moi qui m’étais promis de ne pas penser du tout, ce qui est bien plus sage puisque, de toute façon, personne n’y entend rien. »

« "Vous n’avez pas honte de vivre pour rien ?" m’a demandé un jour Pierre Ramboule ou Jacques, je ne sais plus qui. En me scrutant je m’aperçois que je n’ai pas cette honte : vaut-il mieux engager les autres à se massacrer ou vaut-il mieux les laisser vivre et mourir comme ils peuvent ? Je ne sens pas le besoin de répondre à cette question. »

« J’ai le vertige et j’ai peur de l’ennui ; il y avait quelque temps, j’avais eu une dépression, pour être inconsciemment à la mode peut-être, due à l’ennui ou étant l’ennui lui-même. Si on écrit sur l’ennui, c’est que l’on ne s’ennuie pas. »

Sans surprise, la solitude est le thème principal du livre.
« D’habitude on n’est pas seul dans la solitude. On emporte le reste avec soi. »

« Mais elle n’est pas facile à supporter la quotidienneté, enfin, tout de même, l’oisiveté devait être préférable au travail. Entre l’effort et l’ennui, c’est toujours un certain ennui que je choisissais, que je préférais. »

« Je n’ai rien d’intéressant à dire aux autres. Et ce que disent les autres, cela ne m’intéresse pas non plus. La présence des autres m’a toujours gêné. »

Il ne fréquente que les bistrots, lit le journal.
« C’est bien malin de philosopher sans avoir appris à philosopher et après sept apéritifs. Je repris mon journal, je ne lis jamais la page sportive. Ces équipes qui se jettent les unes contre les autres illustreraient pourtant bien le fait que ce n’est pas le ballon qui compte et quand les équipes plus grandes que sont les nations se jettent les unes contre les autres ou lorsque les classes sociales se font la guerre, ce n’est pas pour des raisons économiques, ni pour des raisons patriotiques, ni pour des raisons de justice ou de liberté, mais tout simplement pour le conflit en soi, pour le besoin de faire la guerre. Mais je ne suis pas polémologue. Et puis qu’ils se fassent la guerre ou pas, cela ne m’intéresse pas. Je n’ai pas d’agressivité ou à peine, c’est en cela que je suis différent des autres. »

Puis il sombre dans la neurasthénie et l’amertume, vit un temps avec la serveuse de son restaurant ; on entend des combats de rue, qui se rapprochent de jour en jour : c’est la révolution.

\Mots-clés : #solitude #viequotidienne #xxesiecle
par Tristram
le Sam 3 Avr - 23:48
 
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Sujet: Eugène Ionesco
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Daniel Defoe

Tag solitude sur Des Choses à lire 41avfp10

Robinson Crusoé

Je viens de finir cette relecture, ultra classique.

Au-delà des péripéties, l'oeuvre est imbibée de philosophie, tant sur l'infortune (vers laquelle on se précipite bien souvent inconsciemment, à l'instar du héros), sur la civilisation, ses bienfaits et ses limites, Dieu (omniprésent car Crusoé survit dans son île désertique grâce à la lecture assidue de la Bible, dans une adoration permanente du Créateur).

Je trouve finalement ce livre très cérébral. La mer et le naufrage ne sont que des prétextes à une retraite spirituelle forcée, obligeant l'homme à repenser le monde, voire à en modifier ses représentations.

Le récit s'étale, ce qui nous fait ressentir le temps de cette solitude muette, qui semble ne jamais finir.

Il y a évidemment la rencontre fondamentale avec Vendredi, qui sonne comme le retour au monde et à sa diversité.

De nombreuses questions sur les peuples, leurs différentes moeurs sont abordées. De quoi en faire un ouvrage qui abat quelques préjugés, mais pas tous.

Le livre reste un bon reflet des questionnements du 18ème.


\Mots-clés : #ancienregime #aventure #phychologique #solitude
par Tatie
le Jeu 18 Fév - 21:11
 
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Sujet: Daniel Defoe
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Maryline Desbiolles

Anchise

Tag solitude sur Des Choses à lire Anchis10

Originale : Français, 1999 (Prix Femina)

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:Qui peut dire si quelque chose tourmente encore le vieil Anchise, si quelque rêve l'habite toujours dans sa dure solitude, si les collines qui l'entourent, et qu'il a rendues depuis longtemps à la sauvagerie, lui renvoient encore quelque écho, quelque bruissement, quelque rire du bonheur étincelant qu'il vécut autrefois, il y a bien longtemps, avec sa jeune femme qui était si blonde que tout le monde l'appelait la Blanche ?

Dans ce livre, il est dit de la Blanche qu'elle était menue et saisissante comme une ablette, avec son ventre d'argent qui troue les eaux les plus noires. Qu'elle était merveilleuse et insignifiante comme l'ablette. Qu'elle était inattendue et commune comme l'ablette et que, comme l'ablette, elle ignorait que ses écailles scintillantes avaient le pouvoir de changer les eaux les plus noires en voie Lactée.

Mais de leur après-midi d'amour dans la forêt de mimosas en fleur au-dessus du village, un dimanche de février, s'en souvient-t-il, Anchise ? Et des abeilles et des ruches qu'il aimait tant, s'en souvient-il, aussi ?

Comment faire renaître, une dernière fois, l'incandescence première ? Comment se jeter une fois pour toutes dans la lumière du grand amour perdu ?

REMARQUES :
Et dans une lumière éblouissante, un jour d’été, le narrateur distancié décrit la scène d’une voiture grimpante la colline sur des chemins inconnus, d’un homme y sortant et versant quelque chose sur et dans la voiture, s’y remettant et… l’incendiant.

On se retrouve dans l’arrière-pays de Nice : on s’éloigne dans un mouvement de la ville, sent les passages imperceptibles entre habitat et campagne et sort, à peine à une vingtaine de km de la ville. C’est déjà la campagne, et ces trois maisons qui se trouvent dans un virage de le route du Sel (la D 2204) semblent déjà assez lointaines de tout, voir isolées, sinon presque délabrées. Ici la narration va s’arrêter et rester : Ouvre-t-on encore les volets ? A peine. Et les trois ménages de personnes âgées, la Thomas, les Sasso, l’Anchise, ils semblent ne plus communiquer, murés dans une vie d’intérieur, où la visite hebdomadaire au supermarché sera la seule sortie.

L’auteure va décliner des aspects des mots tels que « lumière », « eau », « campagne », dans leur sens et double sens. Il y aura des descriptions de tous ces quatre habitants, néanmoins c’est l’Anchise qui retiendra le plus notre attention : Né dans le temps de la première guerre, avec un père qui ne va pas en revenir, il quittera tôt l’école, mais tombera éperdumment amoureux d’une fille plus jeune : la « Blanche », la blonde. Il attendra, et il connaîtront des mois d’amour et le mariage. Mais il sera appelé sous le drapeau, partira. Quelle absurdité : deuil renversé ! Quand il reviendra, c’est elle qui est morte. Enceinte, peut-être, de quelques mois ? Qui le saura… Et notre Anchise vît désormais comme dans un répondant ce que tant de veuves de guerre en vecu : la solitude, la presque folie de souffrance, l’impossibilité de se lier encore une fois, même si plus tard même ses voisins ne peuvent plus l’associer avec une vie de couple. Il est entré dans une vie entre rêve de ce bonheur bref, souvenirs vifs. Si loin, si proche. Jusques à quand ?

Je dis dans ma grande ignorance que l’écriture de Maryline Desbiolles me rappelait une Marie-Hélène Lafon. Langage vif, parfois jouant avec la pluralité de sens d’un mot. On sent la poétesse… De ma part une recommandation !


Mots-clés : #amour #mort #solitude
par tom léo
le Dim 7 Fév - 16:15
 
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Sujet: Maryline Desbiolles
Réponses: 2
Vues: 331

Alexandre Bergamini

Vague inquiétude :

Tag solitude sur Des Choses à lire A_berg10


Un voyage au Japon, d'abord dans la cité de Tokyo puis dans les "Alpes Japonaises" : à mesure que le narrateur s'enfonce dans le pays, se détache davantage du nécessaire, vit dans sa solitude, à mesure que le paysage se dépouille de ses artifices, que les rencontres se font plus vraies, plus sincères, l'écrit devient plus intime, de plus en plus bouleversant, de plus en plus ciselé dans ses mots.

Tout au long de ce temps passé dans un pays qu'il ressent comme sien, l'accompagnent poètes et écrivains qu'il a déjà souvent côtoyés et dont il nous fait le cadeau de nous initier à leurs vies et leurs oeuvres et, ainsi, de nous les faire approcher. "Vague inquiétude" est de ces livres qui entrainent et font ouvrir d'autres portes, vers d'autres horizons de lectures ou de découvertes et rendent curieux.

Ce voyage dans la solitude, acceptée, désirée, source de bienfait et de renouveau dans les perceptions, Alexandre Bergamini l'entreprend dans la compagnie spirituelle de son frère qui s'est suicidé des années auparavant. Et en parlant de la vie tourmentée de ces artistes Japonais qu'il nous cite, en vivant la simplicité naturelle des visages croisés, en acceptant les dons et les attentions désintéressés, finalement il revient avec sérénité en pensées vers ce frère tant aimé.


Nous nous asseyons pour boire un thé chaud à l'abri. Une très vieille Japonaise toute en courbes nous sert, puis elle s'assoit en retrait près de la fenêtre et regarde la pluie tomber. Il n'y a pas de musique, il y a le silence. nous sommes seuls dans un salon, deux tables basses, des coussins, de vieilles photographies d'avant-guerre, de Tokyo, une photo d'elle jeune, émouvante. Le goût si fin, si délicat du thé réveille le sensible, l'endormi, le souterrain. Le moins éveille le plus : c'est peu et c'est parfait. Le trop nous endort et finit par nous anesthésier. (...) Comment apprend-on la présence au monde ? Comment reconnait-on la saveur du temps qui travaille en nous ? La plénitude découle-t-elle de chocs successifs, de la perte définitive, e l'acceptation de sa propre perte, de sa disparition même ?(...)
Nous partons et la petite vieille nous accompagne sur le seuil de sa porte. Par son regard légèrement décalé et trouble dans le vide, Je réalise qu'elle est aveugle. (...) Je la salue doucement, je sais qu'elle ne nous voit pas. On pense avoir bu du thé. On a partagé plus que cela.


De cette place qu'il nous faut conquérir constamment en force en Occident nous avons perdu l'attention d'être ensemble, la délicatesse et la subtilité d'être au monde, la fluidité et la fraternité. Nous concevons la vie comme un droit ou une bataille, non comme un privilège ou une possibilité. Nous exigeons au lieu d'inspirer. Nous voulons ardemment et nous nous accrochons, au lieu d'expirer et de relâcher. Nous pensons que notre volonté et nos désirs impérieux nous protégeront de l'inspiration et de l'expiration. Nous ne serons protégés de rien.


Une vie ne suffit pas à connaitre et à comprendre un pays mais une lumière déchirant le réel peut en donner l'accès. Une vie ne suffit pas à se connaitre. Des portes s'ouvrent parfois l'espace d'une fraction de seconde dans les paysages, comme parfois chez les humains en un regard, en une faille, nous saisissons l'essence de leur être. Une lueur révèle leur ombre comme une partie complémentaire qui les dévoile.



Un papillon se pose sur ma main, sur mon visage. Il me butine le dos, les jambes les reins, les pieds. Ses pattes légères se posent et sa trompe se désaltère aux gouttelettes d'eau fraiche. Que demander de plus à la vie ? Une belle maison ? Un salaire ? Un amour ? Nous ne sommes jamais à la hauteur de ce qui nous est accordé.

Papillon qui bat des ailes
je suis comme toi
poussière d'être

Kobayashi Issa



\Mots-clés : {#}solitude{/#} {#}voyage{/#}
par Invité
le Ven 1 Jan - 21:01
 
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Sujet: Alexandre Bergamini
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Gunnar Gunnarsson

Merci Bix ! Tu as si joliment présenté cet ouvrage, qu'ajouter ?

À noter une singularité, qui est qu'avec Gunnarsson on arrive à...plusieurs "titres originaux".
En effet, il a composé toute son œuvre en Danois, étant parti à dix-huit ans, petit paysan de l'Est de l'Islande, étudier "à la capitale", Copenhague (l'Islande faisait alors partie du Royaume du Danemark), avec, déjà, la volonté de devenir écrivain, mais devant se coltiner avec une langue qu'il maîtrisait mal: il sait lire le Danois, très peu le parler, encore moins l'écrire.
Ça changea ensuite, puisque dès les années 1920 il devint un des écrivains-phares de la littérature en langue danoise.

Puis, sur ses vieux jours, Gunnarsson a entrepris de traduire lui-même en Islandais son œuvre (laquelle avait déjà été presque en totalité traduite déjà, y compris par des "pointures", tel le futur Nobel de littérature Halldór Laxness).

Cas particulier, Le Berger de l'Avent résultait d'une commande venue d'Allemagne (pays de première publication, en langue allemande donc) après une première nouvelle, inspirée de faits réels qui se sont déroulés en 1925: un berger, Benedikt Sigurjónsson, a la tête d'un groupe d'hommes, a affronté l'hiver islandais pour aller chercher des bêtes égarées, et en est revenu vivant...  

Ces précisions, parmi tant d'autres, dans la riche postface de Jón Kalman Stefánsson.
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Le Berger de l'Avent

Tag solitude sur Des Choses à lire Le_ber10
Nouvelle, 1936 en allemand. Titre original danois (1937): Advent. Titre original islandais (1939): Aðventa.


Beaucoup de profondeur dans une limpide sobriété !
C'est magnifique, pour tous âges et vite lu, lumineux de simplicité bien qu'aux antipodes de la mièvrerie.

Donc un trio, à la tête l'homme, Benedikt, et deux animaux, qui ne sont pas seulement des aides. Il s'agit d'un couplage de forces en trident, en quelque sorte. Par facétie, Gunnarsson le nomme "la sainte Trinité".
Un bien beau bref passage, à l'économie de mots:
Depuis des années, tous les trois étaient inséparables. Et cette connaissance profonde qui ne s'établit qu'entre espèces éloignées, ils l'avaient acquise les uns des autres. Jamais ils ne se portaient ombrage. Aucune envie, aucun désir ne venait s'immiscer entre eux.


Benedikt, "homme simple, homme de peine", 54 ans, 27ème voyage, comme un anniversaire...qui ne se fâche pas quand d'autres (la fermière de Botn, Sigridur) lui exposent qu'en fait d'autres guettent sa venue, pour qu'il se mette, lui, à prendre tous les risques pour retrouver leur bétail égaré dans la montagne hivernale en furie.
Oui, mais il y a ces bêtes en perdition, alors... ce berger, c'est la bonté auto-missionnée, qui trace droit au-dessus des petitesses et de la mesquinerie des intérêts.

Benedikt parle peu et juste, ne boit pas d'alcool, ne joue pas aux cartes.

Quant aux descriptions d'ordre météorologique et montagnard, elles sont remarquables, sonnent singulièrement réalistes et fouillées: souvenirs d'enfance du petit Gunnar, histoires de veillées dans l'Est islandais ?

Comme il y a union quasi fusionnelle entre l'homme, le bélier et le chien, il y a, dans le rapport au terrain enneigé et montagneux et les éléments (déchaînés, parfois), quand même pas une osmose, mais pas une lutte, en tous cas.
Du savoir et de la volonté, ceux d'un berger et de deux animaux, naît une compréhension/appréhension de la réalité, laquelle est inhumaine ou surhumaine, et une adaption à ce contexte-ci avec ces moyens-là, dérisoires à ce qu'il nous paraît, alors que quasi tout le monde périrait.
Benedikt et ses compagnons à quatre pattes, eux, avancent.
Vont de trous en refuges.
Ont le flair, ou l'expérience, pour savoir où le bétail a pu se remiser.
Benedikt est le berger de l'Aventure, au sens étymologique "ce qui doit arriver, se produire" autrement dit ad-venir.

Parmi les rares personnages secondaires, il y a un Benedikt, un jeune. On imagine un flambeau qui se transmet...

\Mots-clés : #aventure #intimiste #ruralité #solidarite #solitude #voyage
par Aventin
le Jeu 17 Déc - 17:57
 
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Sujet: Gunnar Gunnarsson
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Ödön von Horváth

Un fils de notre temps

Tag solitude sur Des Choses à lire Cvt_un11

Dieu sait où peut nous mener notre réflexion ! C'est ce qui inquiète ce fils de la guerre ― né en 17 ― et le texte de nous plonger dans la tête de ce fasciné des drapeaux et des armées. Les pensées fusent, vont et viennent et emportent notre personnage comme une feuille morte à la moindre rafale, au temps où même le vent assassine.

Je ne suis pas une crapule, mon cœur est une mer noire.
Sous un ciel enflammé.
Les nuages, ils avancent si furieusement...


L'organisation typographique du texte (un retour à la ligne à chaque phrase) soutient le rythme des pensées de ce jeune homme sensible, si vite fanatisé et si vite refroidi. Les rencontres sont brèves, les événements sans suite. Dès le début Ödön von Horváth nous fait comprendre et répète que son héros respire la solitude, et que cette solitude n'a pas le moindre poids. Il n'attend qu'une idée pour se fondre dans la masse ou pour aimer. Si par ailleurs l'auteur est assez transparent dans son propos (le message est clair : on est foutu lorsque la société a décidé de supprimer l'individu) j'ai mis beaucoup de temps à saisir l'importance de ce qui traverse le récit de bout en bout, et de ce fait, ai mis également beaucoup de temps à sympathiser avec notre héros et même à le trouver intéressant.

Mots-clés : #regimeautoritaire #solitude
par Dreep
le Mar 13 Oct - 19:30
 
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Sujet: Ödön von Horváth
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Isabelle Autissier

Isabelle Autissier
Née en 1956

Tag solitude sur Des Choses à lire Isabel10

Isabelle Autissier, née le 18 octobre 1956 à Paris, est une navigatrice française, première femme à avoir accompli un tour du monde lors d'une compétition, en 1991. Installée à La Rochelle depuis 1980, elle est également écrivain et présidente du WWF-France.

Isabelle Autissier passe sa jeunesse à Saint-Maur-des-Fossés en région parisienne et découvre la voile en Bretagne dès l'âge de 6 ans. Ingénieur agronome (spécialisation en halieutique), elle mène en 1980 pour le compte du CORPECUM une recherche sur les langoustines et les gros crustacés. Cette activité de recherche se prolonge pour le compte de l'IFREMER à La Rochelle sur les pêcheries du golfe de Gascogne. De 1984 à 1990, elle enseigne à l'École maritime et aquacole de La Rochelle.

En 1991, elle fonde avec C. Auguin, A. Gautier et J-L. Van Den Heede l'association IMOCA, pour regrouper les skippers des monocoques de 60 pieds. La même année, elle termine 7e au cours du BOC Challenge en réalisant l'exploit d'être la première femme à faire un tour du monde en course. Cette réussite la pousse à abandonner l'enseignement pour se consacrer entièrement à la course au large.
En 1994, lors de l'édition suivante, son bateau démâte puis est détruit par une vague au sud de l'Australie. À son retour, sa nouvelle notoriété lui permet d'obtenir le soutien de l'entreprise vendéenne PRB. Elle fait alors appel à l'architecte Jean-Marie Finot et au constructeur Marc Pinta pour mettre au point le premier 60 pieds Open à quille basculante. En juillet 1996, elle participe au Vendée Globe, au cours duquel elle est mise hors course suite à son arrêt à Capetown pour réparer un safran endommagé, mais elle repart et termine ce tour du monde 4 jours après le vainqueur. Au cours de cette course où les concurrents ont affronté des conditions extrêmes, elle fait demi-tour en pleine tempête pour essayer de retrouver Gerry Roufs, dont la balise Argos avait cessé d'émettre, mais elle n'arrive malheureusement pas à le repérer et finit par reprendre sa route après avoir lutté contre les éléments qui feront se coucher son bateau à plusieurs reprises.
En 1999, au cours de la course en solitaire autour du Monde Around Alone (ex-Boc Challenge), elle chavire à 25 nœuds et son bateau reste à l'envers. Le skipper italien Giovanni Soldini viendra la sauver. C'est probablement cet accident qui accéléra la décision d'Isabelle Autissier d'abandonner les courses en solitaire. Elle continue néanmoins quelques courses en équipage.

Isabelle Autissier s'est également tournée vers l'écriture. Après plusieurs récits, essais, ainsi qu'un livret d'opéra, Homo Loquax, elle publie en 2009 son premier roman, Seule la mer s'en souviendra, l'histoire d'une supercherie en mer inspirée d'un fait réel – l'affaire Crowhurst en 19699.
En décembre 2009, elle est élue présidente de la branche française du World Wildlife Fund (WWF).
Depuis 2012, elle présente Les récits d'Isabelle Autissier, émission diffusée tous les dimanches sur France Inter.


Bibliographie :

- Rendez-vous avec la mer, avec Antoine Le séguillon (Solar, 1996)
- Une solitaire autour du monde, avec Éric Coquerel (Arthaud, 1997)
- Kerguelen, le voyageur au pays de l'ombre (Grasset, 2006)
- Salut au Grand Sud, avec Erik Orsenna (Stock, 2006)
- Versant océan : l'île du bout du monde avec Lionel Daudet (Grasset, 2008)
- Seule la mer s'en souviendra, roman (Grasset, 2009)
- L’Amant de Patagonie (Grasset, 2012) — prix Maurice-Genevoix 2013
- La terre pour horizon, Entretiens avec Isabelle Autissier, (Presses de l'Île-de-France, 2013)
- Passer par le Nord, la nouvelle route maritime éditions Paulsen (2014) en collaboration avec Erik Orsenna
- Soudain, seuls, roman (Stock, 2015)
- Oublier Klara, roman (Stock, 2019) prix Femina du roman 2019

Littérature jeunesse :
Contes éducatifs marins sous forme d'album-cd
- Zoë et le dauphin (Editions 2 pies tant mieux, 2015)
- Zoë et le goéland (Editions 2 pies tant mieux, 2016)
- Zoë et les sardines (Editions 2 pies tant mieux, 2017)
- Zoë et la méduse (Editions 2 pies tant mieux, 2018)

Source : Wikipédia




Tag solitude sur Des Choses à lire 41wswj10

Soudain, seuls


J'ose espérer qu'Isabelle Autissier est meilleure navigatrice qu'écrivaine Tag solitude sur Des Choses à lire 1390083676

J'ai lu ce roman (péniblement) jusqu'aux trois quarts....et j'ai écrémé la fin... un concentré d'âneries... Surprised

L'histoire : deux jeunes bobos parisiens,  (dont une fonctionnaire aux impôts..ça ne s'invente pas) décident de tenter la grande aventure : faire le tour du monde en bateau (sans aucune expérience de navigation préalable) . Après des escales toutes plus sympathiques les unes que les autres, ils décident de s'arrêter pour quelques jours dans une réserve marine, quelque part du côté d'Ushuaïa....

Sans prendre la peine de consulter la météo (qui est pourtant la meilleure amie des navigateurs on sait tous ça, sauf eux apparemment) Louise et Ludovic nos deux protagonistes partent à l'aventure dans l'île..explorer d'anciens glaciers....Louise est une spécialiste de l'escalade malgré tout....

Bref, soudain la météo se dégrade, un cyclone ou genre se déclenche, le temps de revenir (plusieurs heures) plus de bateau !

Coup de chance, ils sont ancrés dans une baie où une ancienne pêcherie aux phoques s'était implantée, donc du matos et des bâtiments où se réfugier...mais rien à manger...voici donc nos deux bobos qui ont sans doute mangé des steaks en barquette toute leur vie qui se transforment en bouchers acharnés et à coups de barre de fer vont quasiment anéantir toute une colonie de manchots (on ne leur a pas appris à préserver les ressources visiblement) ils n'ont pas non plus tenté une seule fois de pêcher (doivent être allergiques au poisson)....

Bref, les vivres se faisant rares...Louise décide de partir seule en douce à la recherche de la base scientifique qui doit sûrement se trouver sur l'île en abandonnant Ludovic à son sort...Bingo ! Elle y parvient et va y rester un mois environ à puiser dans les réserves...ah les pâtes..ah le riz, trop bon  Smile   (Ventre affamé n'a décidément pas d'oreille ..ou de coeur...?? ) Malgré tout, un remords la réveille et elle repart chercher son compagnon...manque de bol lorsqu'elle arrive enfin..il expire !

Evidemment, elle retourne à la civilisation peu après ..j'ai lu entre les lignes...trop nul ce bouquin !  Mais j'ai bien rigolé quand même....

N'est pas Daniel Defoe qui veut.....je trouve qu'elle aurait dû choisir des Robinson vegan ou vegé...ça aurait eu plus d'originalité... Tag solitude sur Des Choses à lire 1390083676


Mots-clés : #nature #solitude
par simla
le Mer 26 Aoû - 1:39
 
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Sujet: Isabelle Autissier
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Howard McCord

Tag solitude sur Des Choses à lire L-homm10

Je viens de lire L'homme qui marchait sur la lune et ce livre m'a laissé un peu la même impression que le livre de Karl Heinz Ott, Enfin, le silence.
Une sorte de bloc lisse et énigmatique qui laisse peu de place à l'interprétation. D'autant que les propos du narrateur sont à la fois simples et opaques, comme s' ils cherchaient à nous égarer...

Mon nom est Gasper, William Gasper, et je ne fais rien pour gagner ma vie ; je vis tout simplement. Ma famille n'a rien de particulier, et j'ai un passé parfaitement ordinaire.


Ordinaire ?

William Gasper nous apprend qu'après avoir tué au service de l'armée de son pays, il s'est mis à son compte.
Il a déjà exécuté 140 personnes, "de rang moyen" : militaires et policiers.

J'aime tuer des coupables, c'est une chose dans laquelle j'excelle.

Le reste du temps, W G arpente les montagnes.
W G est un solitaire, un être asocial et nihiliste. Il se tient pour immoral et pourtant, il se juge supérieur à ceux qu'il tue. Et plus encore aux politiciens et aux militaires qui sont mandatés pour tuer ou faire tuer et sont même récompensés pour cela.
W G aime la solitude. En tout cas il aime à le dire...
Pourtant, au détour d'une phrase, il reconnait que, sans autre relation que lui-même, il lui arrive de douter de son existence-même.
Faute de compagnie, il se parle à lui-même et peut-être au lecteur qu'il imagine...

... Je raconte mon histoire, vous écoutez, nous sommes donc liés par un pacte, à défaut de respect.


Le discours de W G est hautain et raffiné. C'est celui d'un homme cultivé mais qui hait la culture. Qui déteste les écrivains et qui pourtant écrit et raconte, comme tous les écrivains, pour se prouver qu'il existe.

Il vit dans le présent et même dans l'instant. Ses besoins sont limités et ses désirs en sommeil.
Pourtant il a des rêves étranges et effrayants. Et il lui arrive d'invoquer une déesse celte qui ne lui sauva la vie que pour mieux la risquer. Elle lui inspire de la crainte mais aussi des fantasmes érotiques.
Pour se justifier, il affirme que ce que nous percevons de la réalité est infime.

Le présent donc, c'est pour lui, et depuis 5 ans, le sol aride de la Lune qu'il arpente, une montagne "de nulle part", et sur lequel il vit en autosuffisance grâce à sa forme physique et aux armes qu'il possède. Grâce à la connaissance parfaite des lieux aussi.

Bien entendu, ses activités de tueur free lance lui ont attiré des ennemis puissants et décidés à l'éliminer.
Mais c'est lui qui aura le dernier mot.

Et je ne sais rien de plus sinon que c'est un livre miné par le doute.
Le doute sur à peu près tout, sauf sur la réalité de l'écriture, et elle est forte.

Rapatrié

Mots-clés : #solitude #violence
par bix_229
le Sam 18 Juil - 18:54
 
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Henri Bosco

Malicroix

Tag solitude sur Des Choses à lire 51f86g10

Le narrateur, Martial de Mégremut, cette amène famille de paisibles bons vivants des vergers dans les collines, hérite d’un parent éloigné, Cornélius de Malicroix, la Redousse, une île du Rhône en Camargue. Pour que le maigre domaine lui reste, il doit y vivre seul (avec le farouche Balandran, berger déjà au service de Cornélius) pendant trois mois, ainsi que le lui apprend lors d’une visite sur les lieux maître Dromiols, accompagné d’Oncle Rat, lui-même d’une famille historiquement serve de celle du notaire…
C’est donc une histoire de solitude, d’introspection et de patience, de rapport au temps qui passe, aussi d’immersion dans une nature où les éléments trouvent toute leur puissance ‒ fleuve, pluie, vent, tempête (on est en automne), neige (on est bientôt en hiver), arbres, mais aussi feu de l’âtre, Bréquillet le briard ‒ et c’est autant de magnifiques descriptions lyriques.
« Car tout (je le savais), dans cette aventure insolite, dépendait du temps. »

« L’inquiétude des eaux naîtrait qui, avec celle des forêts, est sans doute la plus antique et la plus angoissante au cœur de l’homme. »

L’île sur le Rhône est orientée dans l’axe du fleuve du Nord au Sud, en amont où un roc, « l’écueil du Ranc », a permis sa formation alluviale alimentée par les Alpes, à l’aval où une lagune limoneuse donne sur la mer.
Il y a aussi le mythe, celui du taureau blanc des Rambard (des voisins manadiers), à l’origine de la rencontre dramatique de Cornélius avec Delphine d’or, qu’il épousa et qui se noya peu après lors d’une traversée du Rhône en bac.
« Ainsi se forment lentement, chez ces êtres qui vivent seuls, à longueur de journées, de mois, de saisons et d’années méditatives, le goût et le besoin de la vision, la secrète passion des figures surnaturelles… Car on a vu ici des demi-dieux…
[…]
‒ Sait-on jamais ? Ici le moindre souffle est une voix, l’ombre la plus banale, une présence. Un reflet sur l’eau, un nuage, deviennent aussitôt l’origine d’un mythe ou évoquent quelque légende. Les vieux cultes ne sont qu’assoupis sous cette terre. Il suffît quelquefois d’un rien pour les éveiller inopinément. Et alors vous voyez surgir les croyances les plus étonnantes…
‒ Lesquelles ? demandai-je.
Il baissa la voix, s’inclina vers ma chaise et dit :
‒ Celle de la bête, surtout.
‒ Le taureau ? demandai-je. »

« Au loin, le passeur. À peine un homme, une Ombre. »

Il y a encore le mystère… le codicille, avec l’ultime épreuve…
Martial est un studieux, partagé entre l’aimable « tribu » des familiers Mégremut, doux et raisonnables, et la violence sauvage et ténébreuse de la race pratiquement disparue des Malicroix, car il participe des deux sangs. (Il y aurait beaucoup à dire des heureux et bienveillants Mégremut ‒ des sortes de Hobbits ‒, et il semble que Sylvius, paru la même année, leur soit consacré.)
« Botaniste, agronome, horticulteur, herboriste, que sais-je encore ?… »
‒ Jardinier, dis-je doucement. »

« Je sais attendre, et même d’une attente pure, celle qui n’attend rien, dont le seul objet est d’attendre. Le temps ne passe plus : il dure, mais sans fissure perceptible, et dès lors rien n’est lent ; nul ennui ; l’on repose. Tout étant devenu possible, on ne redoute ni n’espère ; et l’âme ne tient au futur que par l’éventualité, mais purifiée de toutes ses formes. On jouit de ce qui est, merveilleusement, ce qui vient, plus qu’à l’ordinaire, étant lent à venir. Quelque chose en nous se révèle, sensible au monde du silence, monde frémissant au delà des ondes sonores dont il enveloppe et compose, pour les atténuer et les confondre, les vibrants messages. »

Martial, qui dans sa « terreur des eaux » craint le fleuve puissant et « noir », et qui bizarrement n’explore guère son nouveau domaine, pense dans un premier temps renoncer à son héritage après un court séjour de « courtoisie » ; c’est l’occasion de belles notations psychologiques.
« Il arrive que les grandes décisions ne se prennent pas, mais se forment d’elles-mêmes. Le débat du pour et du contre pèse peu en regard de cet obscur cheminement. L’acte de la volonté dure ne se détache pas de nos hésitations, pour les trancher. On ne s’aperçoit pas qu’on a pris un parti, mais on fait tous les gestes qu’il comporte, insensiblement. On s’engage ainsi, par l’action la plus modeste, dans un mouvement d’actes simples et naturels qui se précisent peu à peu. Quand cette précision nous est devenue claire, tout est décidé. »

Bonheur d’expression :
« J’avais l’impression déroutante de ces choses déjà vues, que l’on sait n’avoir jamais vues. »

Martial a beaucoup de rêves, quelques hallucinations et même un délire fébrile ; curieusement, il se réveille souvent à minuit, comme c’était paraît-il la coutume au Moyen Âge.
J’ai noté une particularité de l’écriture de Bosco : certains évènements, à peine relatés, sont repris dans un second passage qui les expose sous un angle nouveau, ou plus fouillé.
Plus je pratique Bosco, et plus je suis sous le charme. C’est un peu contre-intuitif, mais l’accoutumance à sa forme d’écriture, une sorte d’acceptation préalable et de suspension critique de ma part, me permettent d’approfondir et d’apprécier plus pleinement son œuvre.

Mots-clés : #fantastique #huisclos #initiatique #solitude
par Tristram
le Lun 13 Juil - 20:50
 
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Sujet: Henri Bosco
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Joseph Conrad

Un paria des îles
Titre original: An Outcast of the Islands, roman, 310 pages environ, 1896.

Tag solitude sur Des Choses à lire -190110
Gunung Batur et le fleuve Berau (Sambir et Pantaï dans les romans), où se déroulent les actions de La folie Almayer et d'Un paria des îles, photo de 1901.

Il peut être lu en version originale ici.
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Quelques personnages de La folie Almayer sont utilisés à nouveau dans cette tragédie, qui se situe dans l'antériorité par rapport à La folie....

En premier lieu Almayer lui-même, et sa fille Nina, mais qui n'a alors que cinq ans. Mme Almayer est extrêmement effacée dans ce roman-là, tandis que le Rajah Laut, le Seigneur des Mers, le capitaine Lingard, a en revanche un rôle tout à fait prépondérant. Idem le petit gouvernement de Sambir, l'intrigant mini-homme d'état Babalatchi et son Rajah de pacotille, Lakamba, Abdulla, le commerçant-armateur arabe, Jim-Eng, le voisin chinois opiomane, Ali, serviteur-contremaître d'Almayer, Hudig, le grand négociant et son bras droit Vink, etc...

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Peter Willems est un jeune homme brillant en affaires, devenu le bras droit du négociant Hudig, qui l'avait recruté chez Lingard, où, de mousse, il s'était hissé à la position de second. Il épouse (un peu à main forcée) la fille naturelle de Hudig sans connaître ce lien filial, et ont un garçon.

Crâneur, m'as-tu-vu avec ses pairs et la populace, égotique, plus que désagréable envers sa femme mais généreux -quoique méprisant- envers la large famille de celle-ci, il commet un jour un impair en piquant dans la caisse de Hudig afin de renflouer des affaires personnelles ayant mal tourné.
Alors qu'il est en train de finir de rembourser discrètement les sommes, ni vu ni connu, cette blâmable incartade est découverte par Hudig et Vink, et il se fait congédier illico.
Puis son épouse le flanque dehors, et, à la rue, il est rattrapé de justesse par Lingard au bout de la jetée d'un port. S'ensuit une explication musclée, virant au pugilat, entre l'ex-protégé de Lingard et ce dernier.  

Lingard lui offre une issue, le débarquer quelques semaines dans un port inconnu, pour ainsi dire sa chasse gardée commerciale, nul autre négociant ou trafiquant que lui ne s'y aventurant jamais, bien que nombreux (dont Abdulla) soient ceux qui pistent le navire de Lingard afin de découvrir ce havre dans lequel Lingard a tout monopole.

Il s'agit bien sûr de Sambir, sur le fleuve Pantaï, dont le Rajah (Patalolo) est sous la coupe réglée de Lingard.
Logé chez l'autre protégé de Lingard, Almayer (qui, lui, a épousé par intérêt la fille adoptive de Lingard, voir La folie Almayer ), les deux hommes ne s'entendent pas du tout, atteignent même des sommets d'exécration.  

Las d'inaction, Willems se promène aux alentours, et tombe ainsi éperdument amoureux d'une beauté, Aïssa, fille d'Omar, ancien chef pirate (de Babalatchi en particulier), devenu aveugle.

Le roué Babalatchi utilise alors Willems pour mettre en route un vieux plan qu'il caressait, jusqu'alors irréalisable: faire venir Abdulla à Sambir, afin qu'un autre négociant d'envergure coupe l'herbe sous le pied de Lingard, déposer le vieux Rajah Patalolo en place et faire reconnaître son propre petit maître Lakamba comme seigneur des lieux, lequel en rêve depuis qu'il a pour ainsi dire échoué sur cette terre-là.
Comme seul Willems connaît les passes et les traquenards de la navigation sur le fleuve à bord d'un navire de fort tonnage, c'est sur lui que compte Babalatchi, qui a averti discrètement Abdulla, mais pour cela il faut l'affaiblir, le rendre dépendant, en faire son pantin et être capable de s'en défaire définitivement ensuite...

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Opus bien plus charpenté que La folie Almayer, ce Paria...atteint parfois aux grandeurs tragiques antiques.

Judicieusement bâti donc, d'une scénographie exceptionnelle (si l'on peut parler, du moins je le crois, de scénographie pour un roman ?), servi par des descriptions toujours fortes, d'une poésie lourde, touffue, suante et prégnante -magnifique-, et des caractères, des psychologies fouillées...

Toutefois, à l'instar de Conrad lui-même dont ce n'était pas le roman préféré de sa production, peut-être parce que celui-ci lui a beaucoup coûté d'efforts, d'affres et de difficulté à mener à bon port (un comble pour un tel marin) cette histoire-là, je le range dans les totalement indispensables, entendez remarquable à plus d'un titre et à vivement conseiller, mais pas forcément parmi ceux d'entre les écrits de Conrad qui m'ont le plus transporté, sans que ce soit mon dernier mot: peut-être, en y repensant, quand je l'aurai bien digéré....




Mots-clés : #aventure #colonisation #conditionfeminine #culpabilité #discrimination #esclavage #insularite #minoriteethnique #solitude #trahison #vengeance #xixesiecle
par Aventin
le Dim 24 Mai - 18:33
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Francis Jammes

Almaïde d'Etremont
ou l'histoire d'une jeune fille passionnée

Tag solitude sur Des Choses à lire Almazc13
Nouvelle, 1901, 70 pages environ.

Ah là là, Monsieur Jammes, mais que faites vous donc de vos belles héroïnes !



Nouvelle d'un sujet et d'une épaisseur similaires à Clara d'Ellébeuse, semi-tragédie (mais je ne vous en dis pas plus !):
L'époque de narration demeure donc (le mitan du XIXème), à peine quelques petites années après Clara, et Jammes réemploie un second rôle de peu d'importance dans sa nouvelle de 1899 pour en faire l'héroïne.

Almaïde a davantage de sang, de tempérament, moins de candeur peut-être que feue son amie Clara -à moins que ce ne soit moins de contraintes, d'éducation quotidienne à marche forcée, comme le suggère vers la fin de la nouvelle le bon marquis d'Astin.

Ce marquis d'Astin, personnage de premier plan déjà dans Clara, est là tout à fait primordial, quasi centenaire, posé comme une lumineuse borne XVIIIème en pleine césure IIème République/Second Empire (mais, si ce n'est peut-être au plan des mentalités, les évènements de l'Histoire n'interfèrent en rien dans la narration).

Almaïde d'Etremont vit recluse dans une campagne éblouissante, ses parents sont décédés, un oncle taciturne, maniaque et solitaire (qui n'intervient jamais, et n'est jamais tout à fait dépeint dans la nouvelle, comme une inerte chape de plomb à peine suggérée) administre ses biens jusqu'à son mariage, et cloître -à son intérêt- de facto Almaïde en sa vague compagnie dans une splendide demeure des Aldudes.

Lasse de solitude, voyant ses amies se marier, elle passe ainsi le cap des vingt-cinq ans.

Un jour, à une danse villageoise de dimanche après-midi, spectacle qu'elle aime venir contempler, et qui constitue pour Almaïde une exceptionnelle occasion de sortie (danse de village à rapprocher du Branle de Laruns un peu plus haut sur la page), elle toise un tout jeune berger...

[Le thème de la mésalliance heureuse sera aussi repris, sous forme de conte -intitulé Le mal de vivre- par Jammes avec pour héros un poète en pleine acédie auto-destructrice et une vachère.]

[Il est aisé de faire un rapprochement, éventuellement avec Pan, mais surtout avec Les Bucoliques, Virgile, ou encore le XVIIIème français, où certaine reine raffolait à jouer la bergère en son Trianon versaillais, et de voir une allusion-hommage aux auteurs que Jammes aime à citer et commenter, tels Jean de La Fontaine, Jean-Jacques Rousseau, etc...]

Le petit enseignement, s'il faut en tirer un, est assez similaire à celui de Clara, ne pas laisser les filles jeunes, jolies, intelligentes, pieuses, fortunées, pétulantes dépérir dans l'intérêt grippe-sou d'un ascendant, dans le carcan des conventions, dans une aliénation à la bienséance telle qu'alors conçue, et dont les bras armés sont l'hypocrisie, les préjugés.

Les propos libératoires du marquis d'Astin, en clôture de la nouvelle, sont à ce propos de fort belle facture, et précisent une prise de position ferme de l'auteur, ré-affirmée en quelque sorte deux ans après la parution de Clara d'Ellébeuse.  
 
Chapitre I a écrit:Depuis lors, que d’après-midi sont passés !
Almaïde d’Etremont a vingt-cinq ans. Elle connaît la solitude et l’ombre que les morts étendent au gazon où ils furent. Les monotones jours s’enfuient sans que rien distraie cette orpheline demeurée seule dans ce trop vaste domaine en face d’un oncle âgé, infirme et taciturne.
Aucun pèlerin ne s’est arrêté à la grille, un soir de mai, pour cueillir dans le parfum des lilas noirs cette colombe fiancée. C’est en vain qu’Almaïde, assise auprès de l’étang, guette la carpe légendaire qui, des glauques profondeurs, doit rapporter l’anneau nuptial. Et rien ne répond à sa rêverie que la clameur des paons juchés dans le deuil des chênes. Et rien ne console sa méditation que sa méditation. Et rien ne se pose à sa bouche plus ardente qu’un fruit-de-la-passion que le vent altéré qui souffle aux lèvres de chair des marronniers d’Inde.

Ses yeux n’ont point de candeur, mais une chaude et hautaine mélancolie, une coulée de lumière noire au-dessus du nez mobile et mince. Et ses joues et son menton font un arc si parfait et si plein que tout baiser en voudrait rompre l’harmonie. D’un grand chapeau de paille orné de pavots des moissons, les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule. Et tout le corps n’est qu’une grâce paresseuse qui fléchit sur ce banc d’où la main d’Almaïde, négligemment, laisse tomber une missive.


Tag solitude sur Des Choses à lire Repent10
...les cheveux coulent en repentirs obscurs sur la ronde lueur de l’épaule.

[On apprend dans Clara d'Ellébeuse que les repentirs, à la mode alors, sont ces boucles en apparence savamment négligées et naturelles, qui s'obtenaient à l'aide de beaucoup de patience et d'une sorte de peigne de buis, permettant une coiffure à cheveux attachés -selon les convenances-, mais en conservant un aspect de liberté à la chevelure, celle d'osciller et de se mouvoir, est-ce à interpréter comme un mini-signe toléré de hardiesse de type affranchissement ?]  

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Puisque vous paraissez goûter la plume du rustique aède des Gaves, voyez un peu ce qu'il sait faire en matière de rendu de sentiment, de situation intérieure, ci-dessous tout est dans la découpe des phrases ou des propositions, jolie façon de traduire l'exaspération, la lassitude (je m'en voudrais de vous laisser croire que Jammes n'excelle qu'à dépeindre des plantes, des animaux, des campagnes et des églises rurales !):
Fin du chapitre II a écrit:Plus rien ! Pas même, tant elle est triste, l’envie de fixer sur le papier, comme jadis elle le faisait au couvent, les expressions de sa mélancolie.

Elle se prend à rêver dans sa chambre. Elle est assise et fait un bouquet avec des fleurs éparses sur elle. Le jour qui tombe éclaire sa joue gauche, le corps demeure dans l’ombre. Elle s’ennuie. Un vague énervement, elle ne sait quoi d’insatisfait, une oppression qu’elle voudrait chasser, une angoisse, pareille à celle qui la brise parfois au réveil, la torturent. Et rien que de sentir, un instant, la pression de son coude sur son genou l’émeut jusqu’à la faire se lever du fauteuil où elle est étendue. Elle fait le tour de sa chambre sans quitter son chapeau des champs. La mousseline de sa robe qui bruit à peine lui donne de la langueur, le glissement du tissu léger sur sa chair ronde et chaude l’inquiète.

Qu’Almaïde d’Etremont est belle ainsi ! Ses yeux cernés d’ombre dans l’ombre, sa pâleur fondue au jour qui se meurt, sa démarche puissante et gracieuse qui la fait, à chaque pas, tourner sur elle-même, disent assez l’origine maternelle, le sang puisé au soleil de Grenades ardentes.

Elle pose son bouquet sur la commode bombée où luisent des appliques de cuivre et, détachant de la muraille une guitare, elle en tire quelques accords. Maintenant, assise et les jambes croisées, un poignet nerveusement tendu sous le col du bois sonore dont elle pince les cordes sourdes, Almaïde se met à chanter.

Par la fenêtre, son regard plonge dans la nuit bleue qui se lève et recouvre l’étang de splendeur. Les chauves-souris, amies des greniers vermoulus, tournoient, hésitent, crissent, cliquètent et glissent dans l’air liquide. Pareilles à de noires fumées, les branches touffues des chênes moutonnent dans l’azur nocturne qui, au-dessus de l’allée ténébreuse, semble s’écouler comme un fleuve de nacre.

La guitare glisse aux pieds d’Almaïde. La tête en arrière, les bras pendants, les yeux perdus, les narines mobiles, elle frémit un instant. Car, vision rapide, elle croit voir, dans le clair de lune qui s’élève et tremble comme un ruisseau, s’arrêter un chevrier adolescent qui tend vers elle en riant les baies d’arbouse de son torse.


Mots-clés : #amour #culpabilité #jeunesse #nouvelle #relationdecouple #ruralité #solitude
par Aventin
le Sam 11 Avr - 6:23
 
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Francis Jammes

Clara d'Ellébeuse


Tag solitude sur Des Choses à lire Clara_12
Nouvelle, 1899.

Un charme distingué, suranné, coule de ces pages, peut-être déjà volontairement désuètes à la date de parution - je m'avance sans doute un peu - mais, comme Jammes avait choisi que l'action se déroulât un demi-siècle plus tôt, en toute subjectivité j'y vois un indice: il ne voulait pas faire du "1900".

Beaucoup de charme donc dans cette tragique nouvelle.
Son déroulé s'effectue dans une campagne béarnaise paradisiaque, à l'intérieur d'un milieu haut-du-pavé, bourgeois aisé ou bien noble.
Quitte à me fourvoyer j'y vois aussi un clin d'œil de Jammes à l'un des grands maîtres de la peinture provinciale de ce milieu-là, ces années-là: Balzac.

Comment une jeune fille éclatante, seize ans, belle, fortunée, douce, aimable, pure, remarquable en bien des points arrive à sombrer pour avoir découvert des bribes d'un secret de famille, pas nécessairement hautement honteux, du reste, loin de là.

Avec en contrepoint les carcans - les conventions, l'entre-soi ne favorisant pas l'ouverture au monde, l'ignorance dans laquelle on tenait sciemment les jeunes filles, aussi la mésinterprétation des Évangiles et des commandements bibliques en général (là aussi, avec une part orientée, voulue, qui accuse le Siècle).

Jammes nous délivre une bien belle peinture légère, enlevée, s'en donne à cœur-joie dès qu'une occasion d'évoquer les jardins, les intérieurs, les animaux, les tenues vestimentaires se présente - jusqu'à la mièvrerie, quand il la suggère, est équivoque et raffinée.
Bref ça me transporte à chaque fois, j'ai beau m'y attendre !

Allez, vous prendrez bien un petit échantillon:
Chapitre IV a écrit:Dans l’ombre fraîche et grise de l’aube, les contours sont durs et noirs. On découple bientôt les chiens qui reniflent et rampent sur un chaume. L’un d’eux s’attarde. Un autre tourne sur lui-même. Tous épandent une odeur caséeuse. Quelques-uns trottent vite, bassets torses, griffons moustachus et braques dégingandés.

Tout à coup un long appel jaillit d’une gorge. Immobile, le cou tendu, le corps raidi, les yeux vagues, un chien hurle puis se tait une seconde. Et, de nouveau, il sonne. C’est un gémissement long qui tremble dans l’air matinal, l’ébranle de la plaine aux coteaux. Ses compagnons accourent à lui. Il crie toujours, le mufle haut et froncé, remuant la queue, les oreilles dressées et ridées. Puis tous, presque en même temps, se mettent à donner. Un jappe. Ceux-ci ont deux notes prolongées : haute puis basse, et ceux-là jouent du tambour de leur gosier. Et là-bas, pendant les silences, répond la meute de l’écho.


Et même un petit deuxième, vous allez voir, c'est tout léger, un zéphyr d'encre sur page, ça ne pèse pas !
Chapitre II a écrit:Clara attend que le jardinier ait fini de bâter le petit âne. C’est fait. Elle cueille une gaule verte et, d’un banc de pierre, saute sur la bête qu’elle dirige vers la grille. Elle prend le sentier des bois de Noarrieu. Les gouttes glacées des néfliers pleuvent sur elle. L’âne trotte. Elle est toute secouée et, de temps en temps, retient son large chapeau de paille prêt à tomber. La voici sur la lisière moussue où veillent les colchiques. Dans les haies brillent des toiles d’araignées. On entend le gloussement des ruisseaux encore gorgés de l’orage nocturne. Des pies jacassent, un geai crie.

Mais, au milieu des bois, c’est un silence que rien ne trouble, à peine le bruissement des hautes fougères froissées par les flancs du petit âne ; c’est un recueillement de fraîcheur qui va durer là jusqu’au soir, même aux heures torrides où les maïs crépitent. Au pied d’un châtaignier, sur une éclaircie de lumière et d’émeraude, il y a des gentianes. Leurs cloches sombrement bleues tentent Clara d’Ellébeuse qui arrête sa monture, en descend, et les cueille pour les allier aux reines-marguerites et aux narcisses de son chapeau des champs, orné de rubans blancs à filets paille.
 
Elle s’assied auprès de l’arbre et, tressant les fleurs, songe avec tristesse à la fin des vacances, à la rentrée, à la grande cour des récréations d’octobre où les feuilles dures des platanes sont agitées par le vent aigre et froid.


Mots-clés : #culpabilité #intimiste #jeunesse #mort #ruralité #solitude #xixesiecle
par Aventin
le Ven 10 Avr - 17:02
 
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Edgar Hilsenrath

Tag solitude sur Des Choses à lire Fuck-a10

Fuck America

Drôle de truc, ouvertement vulgaire et faussement léger dans son grand sentiment d'absence. Certainement construite d'autobiographie cette stagnation new-yorkaise d'un émigrant juif allemand entre petits boulots et rédaction de son livre, Le Branleur. Entre les histoires de bite du presque jeune homme c'est malgré tout une certaine misère, une présence étrange des autres, comme lui, une grande parenthèse cruelle dans la vie... les difficultés du souvenir et du passé et une très grande solitude. Forcément c'est aussi le rêve américain, sans le rêve.

Pas forcément un livre qui ferait revenir à l'auteur mais après les dernières pages faut voir...


Mots-clés : #exil #genocide #identite #immigration #solitude
par animal
le Mer 1 Jan - 20:50
 
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Sujet: Edgar Hilsenrath
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Francisco Coloane

Cap Horn

Tag solitude sur Des Choses à lire Cap_ho10

Quatorze nouvelles sur la brutalité de l’existence pour les animaux (y compris l’homme) en Patagonie, que ce soit dans les estancias magellanes, dans la pampa ou en mer. Ou plutôt de brefs récits, rapportés par un narrateur comme autant de témoignages, ce qu’ils sont au moins en partie.
Le dernier texte, qui donne son nom au recueil, résume bien l’ensemble : des hommes tuent les bébés phoques où ils sont mis au monde, puis s’entretuent.

« Le couteau était pour Denis comme une prolongation de lui-même, un sens supplémentaire grâce auquel il recevait de secrètes et agréables vibrations. Il l’avait toujours en main, coupant des longes de cuir, amincissant des lanières, effilant les fines veines de guanaco qui servent de fil à coudre. » (La voix du vent)

« Denis était-il un criminel-né ? Ou bien ses vingt années de dépeçage avaient-elles fait de lui un homme accoutumé à son lot quotidien de victimes ? » (La voix du vent)

« Nous étions à la mi-décembre et la nuit, sous ces latitudes, est presque inexistante ; les jours se mordent la queue, car à peine le crépuscule commence-t-il à étendre ses ombres que la clarté laiteuse de l’aurore les efface. » (L’iceberg de Kanasaka)

« Puis nous donnâmes à manger aux chiens et nous nous assîmes autour du feu pour boire le maté et goûter ce calme indicible, mélancolique et parfois angoissant qui s’installe la nuit dans les déserts et les pampas fuégiennes, où nul oiseau ni insecte ne viennent troubler la solitude et le silence. » (Une nuit dans le Páramo, III)

« C’est la vie, compagnons ! Nous finirons tous de la même manière, comme les moutons que nous conduisons de l’estancia à la chambre froide ; à la différence près que les capones [moutons châtrés], on les engraisse et que la viande part en Europe dans des boîtes de conserve de toutes les couleurs, tandis que nous, on se serre la ceinture, on nous roule dans la farine et on nous marche sur les pieds ! Et au bout du compte nos pauvres carcasses s’en vont pourrir dans la boue, ou parfois, histoire de changer, on nous envoie, sans prendre la peine de nous engraisser, dans ces charniers humains que les riches creusent entre les frontières ! D’ailleurs, il n’est pas impossible qu’on finisse bientôt là-bas ! J’ai entendu dire que toutes ces bêtes étaient prévues pour une guerre prochaine. » (Chiens, chevaux, hommes)


Mots-clés : #aventure #nature #nouvelle #solitude
par Tristram
le Ven 27 Déc - 23:03
 
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Sujet: Francisco Coloane
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Antoine Blondin

Un singe en hiver

Tag solitude sur Des Choses à lire 77895710
Jean Gabin, Suzanne Flon, Jean-Paul Belmondo dans le film éponyme d'Henri Verneuil, sorti en 1962, d'après le roman de Blondin.


Roman, 1959, 190 pages environ.

Antoine Blondin toujours aussi accrocheur dans ses entames, vraiment un spécialiste:
Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-Ysé-Kiang dans son lit-bateau: trois mille kilomètres jusqu'à l'estuaire, vingt-six jours de rivière quand on ne rencontrait pas les pirates, double ration d'alcool de riz si l'équipage négligeait de se mutiner. Autant dire qu'il n'y avait pas de temps à perdre.  


Alors il y a le film.
Que j'ai dû voir, mais je me souviens à grand peine de bribes, de bouts de séquences, il faudrait revoir.  
En tous cas, Verneuil à la réalisation, Gabin-Flon-Belmondo, Verneuil-Boyer-Audiard au scénario, Michel Magne à la musique, c'était les gros moyens, la grosse artillerie.
Spoiler:


C'est cela qui est très curieux: Le livre est si intimiste, et à huis-clos, avec tellement d'introspection, de non-dit, qu'on peine à imaginer qu'on ait pu juger bon de transcrire tout cela sur l'écran.



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Un homme jeune s'installe dans un hôtel d'une station balnéaire normande, hors saison. Seul client du couple de tenanciers, M. Fouquet évolue insensiblement vers une relation un peu privilégiée, amicale.
Toutefois sa présence demeure un mystère.
Peu à peu, via une cuite prise chez Esnault, le bar à alcoolos local, Fouquet se dévoile à Quentin Albert, lequel ne boit plus une goutte d'alcool depuis dix ans.

Peu à peu non comprenons que la présence de Fouquet est liée à celle de sa fille, pensionnaire du Cours Dillon situé dans cette bourgade, collée là suite au divorce de ses parents. Fouquet observe sa fille à la dérobée, en taisant sa présence. Quand il ne se livre pas à des corridas avec la circulation automobile en guise de taureaux après boire (Antoine Blondin était, paraît-il, adepte notoire de cette pratique dangereuse !).  

Poursuivant ses tentatives extrêmement maladroites en matière de paternité (c'est aussi du vécu pur jus chez Blondin) Fouquet se lie à Albert, poursuivant l'idée fixe de le refaire plonger dans l'alcool...

Un chef-d'œuvre de Blondin ? Je ne sais pas. Un ouvrage somme toute délicat, loin d'être dénué d'une certaine profondeur. Et la certitude que l'auteur à mis du sien, a puisé dans Blondin, pour échafauder le personnage de Fouquet.

Oui, j'ai bien aimé.


Chapitre IV a écrit:"Lui, Fouquet, n'a pas d'habitudes, pensa Quentin, tout ce qu'il fait possède la dignité charmante du provisoire. Il me rappelle Dauger, ce matelot sans spécialité - sans spécialité comme Fouquet, les paupiettes mises à part. Ce Dauger qui faisait merveille dans la brousse avec la seule allégresse de l'instinct, tandis que nous nous retrouvions encerclés malgré nos thèmes tactiques. L'habitude, c'est un bon moyen de se laisser mourir sur place."



Mots-clés : #addiction #amitié #huisclos #solitude #xxesiecle
par Aventin
le Jeu 31 Oct - 20:29
 
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Sujet: Antoine Blondin
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