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39 résultats trouvés pour spiritualité

René Barjavel

Tag spiritualité sur Des Choses à lire Barjav10

"L'homme se trouve devant deux destins possibles : périr dans son berceau, de sa propre main, de son propre génie, de sa propre stupidité, ou s'élancer, pour l'éternité du temps, vers l'infini de l'espace, et y répandre la vie délivrée de la nécessité de l'assassinat. Le choix est pour demain. Il est peut-être déjà fait." Par un homme ? Par l'Espèce ? Par la Vie ? Par le Plan ? Par qui ? Ou par quoi ?"

Un excellent ouvrage de cet auteur... étonnamment d'actualité, sur le destin de l'humain...qui court quelque peu à sa perte.....en saccageant tout  (écrit en 1966 !)...des questions....quel est notre libre arbitre dans notre vie, la vie en général....qui est derrière tout ceci, pour quel but ?

Evidemment, aucune réponse, des pistes...mais il ne sait pas et nous non plus..le problème mérite d'être posé....après tout, nous sommes..donc nous pensons... Very Happy

" D'ici un siècle, ils auront fait disparaître de la Terre toutes les espèces vivantes autres que la leur. Il seront au moins cinquante milliards, ils occuperont toute la surface. Il n'y aura plus de place sur les continents ni sous les eaux pour une brebis, un brin d'herbe, une morue. ...."

Nous ne sommes que (!) 7 milliards, mais déjà tant de dégâts, s'il savait !!!

Le déséquilibre de la nature qu'a induit l'humain a provoqué des événements considérables....sur la disparition de certaines espèces nous le savons tous..néanmoins qui connait le suicide collectif des bobacs , un petit rongeur qui vit en Sibérie méridionale, qui ont commencé à se suicider en masse vers 1875-1876...supposition : lié à la création du fusil de chasse au 19e.. qui aurait tué en grande quantité leurs prédateurs naturels et provoqué, par la-même, une surpopulation de ces charmantes petites bêtes....plus assez de nourriture pour tous...suicide collectif....c'est l'hypothèse.

Il cite quelques pages de Jean Giono qui avait relaté cette histoire dans un journal en 1964.

lls se réunissent par centaines de mille, voire par millions, et se mettent en marche. Le chemin dans lequel ils s'engagent a trois mille kilomètres de long.

Le premier jour du voyage, une sorte de clivage se fait entre les bobacs destinés au suicide et ceux qui doivent assurer la continuité de l'espèce. Tout le monde part, mais au crépuscule quelques millions de bobacs retournent aux labyrinthes souterrains. Comment se fait le clivage? Personne ne le sait.
On a remarqué que la troupe destinée à se suicider est fort joyeuse. Les animaux jouent entre eux, lutinent les femelles..."

Parenthèse: au moment où paraissait l'article de Giono, les télévisions française et allemande projetaient une rétrospective de la déclaration de  la guerre de 1914. Le parallélisme des deux tableaux est saisissant. Nous avons vu sur le petit écran des populations entières-française, allemande, autrichienne, russe...partir vers les gares dans un délire de joie. On aurait pu écrire les mêmes phrases "... la troupe destinée à se suicider est fort joyeuse. Les hommes jouent entre  eux, lutinent les femmes..."Puis le clivage se fait. Une partie de la population retourne à ses demeures. Une autre partie toujours joyeuse, s'embarque vers la mort.

Mais retournons aux bobacs.

Ils mettent quatre mois à franchir les trois mille kilomètres qui les séparent du lieu où ils vont mourir. Ils suivent la rive gauche de l'Iénisséi.

Les bobacs marchent nuit et jour sans arrêt. Ils se nourrissent en marche, ils ne maigrissent pas , ne manifestent jamais de fatigue. Aux environs de juillet, ils sont à la hauteur de Touroukhansk. Dès qu'ils ont dépassé le confluent de la Toungouska inférieure, ils traversent l'Iénisséi pour passer sur la rive droite. A travers la toundra, ils se dirigent vers le bord occidental de la presqu'île de Taïmyr. Arrivés là, ils se jettent dans l'océan  glacial Arctique et se noient tous" A l'endroit où les bobacs traversent l'Iénisséi, le fleuve a plus de deux kilomètres de large. " Ils déploient à cette occasion, dit Albin Kohn, une science de la nage aussi subtile que celle de la loutre, ils sont aussi à leur aise dans l'eau que des poissons, il ne se perd pas un seul animal pendant la traversée"

Et voici comment Giono décrit leur comportement final, d'après Potanine:

"Ils arrivent à petit pas au bord de la mer, entrent dans l'eau et se noient instantanément, sans esquisser le moindre mouvement. Bientôt la  petite baie est remplie de cadavres, peu à peu emportés vers le large, pendant que toute la troupe se noie, délibérément, sans hâte et sans une seule exception.
Ce suicide collectif dure chaque fois deux à trois jours ou, plus exactement, de quarante-huit à soixante douze heures, car il n'y a pas d'arrêt, et la nuit la cérémonie continue. La différence du comportement des bobacs dans l'Iénisséi et dans la mer montre bien qu'ils ne sont pas la proie d'un réflexe d'autodestruction anarchique. Ils ne doivent pas mourir n'importe comment n'importe où.

Ils obéissent à une ordre précis. Ils marchent vers la mort pendant quatre mois, joyeusement, ignorant sans doute où ils vont et pourquoi ils y vont. Comme ils ignorent le pourquoi de ce qu'ils font quand ils s'accouplent.

C'est bien effectivement, un instinct du même ordre que l'instinct de reproduction qui semble avoir surgi pour les jeter à la mer?. Il joue en sens inverse, pour la mort au lieu de la vie, mais il se manifeste de la même façon: un appel impératif inéluctable, auquel on obéit avec une joie puissante. Tous les savants qui ont étudié  le suicide des bobacs sont en effet d'accord pour constater, avec étonnement , que les millions de petits êtres qui trottinent à travers tout un continent pour aller se noyer, y vont joyeusement, comme on va vers un but délectable. Et peut-être l'instant où ils entrent dans la mer et se donnent la mort est-il un instant de plaisir indicible, comme l'instant où se transmet la vie. L'instinct de vie et l'instinct de mort ne s'inhibent d'ailleurs pas l'un l'autre. Pendant leur voyage, les bobacs s'accouplent et mettent bas. Mais ils abandonnent leurs petits, car ils ne doivent pas s'arrêter.

Pendant les guerres des hommes, on voit aussi les permissionnaires venir semer des enfants, puis repartir vers la mort en abandonnant le terrain et la récolte.

L'individu n'est rien. L'espèce le commande. Et la loi d'équilibre commande les espèces. Pour obliger les hommes à se faire tuer, l'espèce a mis au point, sous des formes sociales, des moyens de contrainte auxquels il ne peut pas résister. Propagande d'abord, qui lui fera remplacer la peur de sa propre mort par l'ardent désir de provoquer celle de son semblable. Puis, lorsque la réalité le frappe et efface la propagande, l'impossibilité de s'échapper du mécanisme à tuer et à mourir dont il est une pièce à la fois active et passive.

La différence entre l'homme et le bobac, c'est que le bobac ignore qu'il va mourir-du moins nous le supposons-et que l'homme ignore seulement pourquoi il meurt
Dans l'un et dans l'autre cas, il y a mensonge. Le bobac croit aller vers une nouvelle joie alors qu'il va vers la dernière. L'homme croit mourir pour défendre sa terre, sa femme, sa liberté, ses idées, alors qu'il meurt simplement parce qu'il est de trop.
A moins que...
A moins que le bobac sache  vraiment qu'il va mourir. Et qu'il soit joyeux parce qu'il sait ce qu'est la mort.

Dans ce cas, nous devrions regretter de n'être pas bobacs.





Voilà....je vous le conseille vivement...très intéressant.... Wink


Mots-clés : #essai #spiritualité
par simla
le Dim 31 Mai - 6:32
 
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Sujet: René Barjavel
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Francis Jammes

Le pèlerin de Lourdes

Tag spiritualité sur Des Choses à lire Pzoler14
Roman, 120 pages environ, 1935, paru en 1936.

L'ultime ouvrage de Jammes.
Hora Decima a eu la bonne idée de le publier à nouveau en 2005, ce qui fait qu'il est relativement aisé à trouver.

Autant Monsieur le curé d'Ozeron est écrit à deux eaux, à l'eau de rose et à l'eau bénite, autant Le pèlerin de Lourdes n'est écrit qu'à l'eau bénite.

Et qu'est-ce, d'ailleurs, que cet ouvrage ?
Un format entre la nouvelle et le roman (une centaine de pages), quinze chapitres et une dédicace, c'est, là encore, découpé, aéré. Le synopsis est toujours aussi faible, si je vous narre en deux mots (et deux mots suffisent amplement !) la problématique, "ce qui fait histoire", vous allez trouver le dénouement dans la minute: C'est, encore une fois, le cadet des soucis de Jammes. Pour cet anti-thrill et anti-suspense, "ce que ça raconte" est ailleurs. Le sujet n'est qu'un prétexte, un truc obligé (d'en passer par là) en vue de la composition. Alors, il le fourgue comme en arrière-plan du tableau, ça se verra ou bien, si ça néglige, c'est sans doute qu'il a encore mieux fait son travail !

Le héros se nomme Jean Escuyot, c'est sans doute un avatar avec une bonne part d'imaginaire de Francis Jammes lui-même, mais pas à cent pour cent (pas comme dans Le poète Rustique, quoi), et il va en pèlerinage à Lourdes, c'est loin d'être son premier. Jammes nous gratifie d'un splendide portrait, tout est simple, tout est basique, tout est évident, mais tout est si suggestif !:

Chapitre Jean Escuyot continue a écrit:
  Jean Escuyot porte le chapeau melon qui date de l'enterrement de sa femme, il y a quarante ans, mais qui ressemblerait plutôt, si large est son dôme, à la cloche de ce légume. Son feutre a pris la couleur de la rouille et s'est bosselé comme un vieil ustensile de ménage. De nombreux coups de poing assénés à l'intérieur n'ont pu le retaper. Ses ailes lui donnent l'air d'une aigle impériale qui n'aurait jamais pu s'envoler. Le petit espace où appuient l'index et le pouce sont luisants.
   Quand Jean Escuyot l'enlève on voit ses cheveux blancs au complet, si drus que leur masse, taillée racine droite, évoque les cailloux concassés au bord des routes par le marteau du cantonnier. Sous cette calotte de cheveux, le front présente plusieurs rides transversales, tantôt infléchies comme des arabesques, tantôt parallèles comme les cordes d'une lyre couchée. Cette lyre joue surtout dans la gamme de la surprise et de l'appréhension. Les sourcils, blancs comme tout le reste du poil, sont fournis et relevés en pointe comme une moustache démodée. Les yeux, d'un nocturne splendide, où chanterait un rossignol, sont deux gros pruneaux d'Agen, globuleux, d'expression bienveillante, étonnée, polie. Le nez, un peu gras et oblong, rappelle la pomme de terre nouvelle, bouillie et dépouillée de sa robe de chambre. Et les pommettes saillantes revêtent un carmin naturel qui tient davantage du couchant que de l'aurore. La bouche, purpurine aussi, laisse pointer quelques clous de girofle au cours d'une conversation. La lèvre inférieure est charnue. La barbe, de la même espèce que les cheveux, ni longue ni rase, mal taillée, présente des escaliers comme ceux dont un bûcheron gratifie une écorce recouverte de lichens. Le cou est maigre et cordé, comme l'ont certains poulets. Autour du col d'une chemise de flanelle est passée, lâchement nouée, l'une de ces cravates antiques nommées ficelles. Le gilet est recouvert d'un tricot jurant avec une jaquette officielle. Jean Escuyot, en dépit de son nom qui en bigourdan signifie noix, tout simplement, la noix, le fruit, est un percepteur à la retraite. Ce vêtement a dû faire peau neuve deux ou trois fois depuis la naissance du chapeau melon. Il est plus olivâtre que ferrugineux. Le seul cordon qui le dévore est la courroie d'une musette où sont en réserve quelques vivres, du savon, une chemise et des chaussettes de rechange. Pour rien au monde Jean Escuyot n'admettrait qu'un bouton y manquât. Il coud et ravaude lui-même. Au bout des manches les mains sont épaisses et rougeaudes. La gauche porte à l'annulaire l'alliance de sa défunte femme et la droite retient l'une de ces cannes champêtres qu'une liane a vissées. L'épiderme en est rugueux à cause des travaux de jardinage. Le pantalon est d'un gris de brume, relevé sur les souliers. L'ensemble de l'homme est vigoureux: ni grand ni petit, ni maigre ni gros.



Curieusement immiscé dans ce livre, faisant un rien dépareillé, on trouve un témoignage assez plaisant d'un pèlerinage que Francis Jammes fit à Lourdes en compagnie de Paul Claudel: est-ce qu'un extrait vous dirait ?
La dernière réplique de Claudel est assez savoureuse je trouve, en tous cas drôle, bien narrée.

chapitre Amende honorable au mauvais goût de Lourdes a écrit:
   Je vous revois, mon cher Claudel, en ces chaudes journées du pèlerinage national de 1905, où, pour la première fois, vous preniez contact avec Lourdes; Personne, j'en suis sûr, ne suivit, avec plus d'humble ferveur que vous, les cérémonies qui se déroulèrent sous nos yeux fraternels.

   Néanmoins au cours de ces longues heures que nous passions ensemble matin et soir, dans un espace limité par la grotte, les fontaines, les piscines, les bureaux, le rosaire, la crypte et la basilique, je ressentais que s'accumulait en vous un orageux mécontentement. J'avais espéré que vous échapperiez à la réaction qui mit à nu les nerfs de Huysmans et d'Henri Duparc, l'homme pourtant le plus saintement épris de Lourdes que j'aie connu; que vous vous soustrairiez à ce sentiment de révolte que provoquent souvent, chez les mieux intentionnés, des œuvres, il est vrai lamentables, qui encombrent les places, le sanctuaire, le calvaire. Il s'en faudrait de très peu qu'une telle face monstrueuse ne trouvât crédit dans les temples des solitudes de l'Asie.

  Nos promenades se renouvelaient autour des mosaïques des Mystères, et nous songions davantage, me semblait-il, à égrener proprement notre chapelet qu'à fulminer contre l'art de Lourdes. J'avais entendu tant de sarcasmes à ce sujet, qu'à vrai dire je ne voulais plus me prêter à ces lieux communs. En avais-je assez ouï de:
   - C'est affreux ! comme c'est dommage ! ça tuera la religion ! ça a empêché un protestant de se convertir ! ce n'est pas étonnant que les catholiques passent pour des idiots ! le diable est l'auteur de toutes ces choses, etc..., etc..., etc...

   Soudain, mon cher ami (je revois fort bien l'image qui vous fit éclater) votre teint rosé d'homme bien portant refléta toutes les flammes du purgatoire.
   - Ah ! ah ! ah ! vous écriiez-vous, c'en est trop, je meurs. Partons. C'est épouvantable.

   Et vous commençâtes de dévider une litanie de brèves phrases entrecoupées, si furieuses qu'elles me faisaient songer au trop fameux monologue de l'Avare de Molière.
   ...Je vois ! je vois ! poursuiviez-vous, je vois !...
  - Que voyez-vous donc ?
  - Je vois l'abominable cabotin qui a exécuté, en ricanant, cette vilenie.
  - Calmez-vous, cher ami. Ne protestez pas avec tant de véhémence ! Que vous importe, ou non, la valeur, en soi, de cette œuvre ?
Et qu'elle plaise ou pas à votre goût d'artiste, si une bonne femme, venue de Flandre, de Bretagne, des Landes, de Pontoise ou de Lannemezan, est édifiée par ce que vous trouvez horrible et, par cela même, élevée à une oraison qui, aux yeux de Dieu, vaut mille fois la nôtre ?
  - Taisez-vous, je vous en supplie, avez-vous répliqué, je vous entends, je vous comprends, je vous approuve mais, ah ! ah ! c'est affreux, en raisonnant ainsi vous allez me faire perdre le peu de goût qu'il me reste !



Replanté d'un message sur Parfum, 26 Mars 2014.


Mots-clés : #portrait #religion #spiritualité #xxesiecle
par Aventin
le Lun 6 Avr - 19:33
 
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Francis Jammes

Monsieur le Curé d'Ozeron

Tag spiritualité sur Des Choses à lire Mr_le_10
[i]Roman, 270 pages environ, un prélude, quatorze chapitres, un épilogue. Paru en 1918.[/i]

On dit parfois d'une personne d'apparence prude et innocente, mais à fond hypocrite, que c'est une sainte-nitouche.
De Jammes ne pourrait-on dit que c'est un écrivain sain, mais qui ne touche pas aux basiques de la façon littéraire, un sain n'y-touche-pas, à savoir qu'il se contente d'affleurer, de désigner d'un geste qu'on devine lent, mesuré, précis et efficace, sans asticoter le lecteur ni, d'une certaine façon, faire le job, à savoir être assez cabotin, ou technicien, et on sent que c'est voulu (ce qui peu agacer le lecteur non prévenu) ?
Jammes, c'est un hôte qui vous reçoit dans sa demeure, il n'y pas de portes, pas d'armoires, pas de meubles à tiroirs, pas de placards, tout est là. Au surplus, si vous ne voyez pas vous-même, il prendra un geste ample mais discret pour vous désigner ce que vous cherchez, mais tout est là, à quoi bon... ?

Monsieur le Curé d'Ozeron est une œuvre d'apparence très naïve et c'est un choix, une toile rurale et de foi. A peine un semblant d'intrigue, d'histoire ou de sous-historiette s'y noue que nous devinons sans peine ce qu'il en adviendra dans quelques pages ou chapitres. Mais, comme il fait frais et doux dans ce livre !

N'y allez pas chercher de grands élans théologiques, il n'y en a pas, juste de rares et basiques références bibliques directes.
Les références indirectes, en revanche, il y aurait de quoi alimenter d'épaisses notes à chaque chapitre.

Une fois de temps en temps, à titre exceptionnel, Jammes à dû laisser une phrase partir toute seule, ou appuyer un peu plus fort la plume sur le papier, comme dans cette courte saillie:

Chapitre IV a écrit:
  Une telle doctrine peut faire sourire ou scandaliser le monde. Mais ceux  qui vivent de la Grâce, ils ne faut point qu'ils raisonnent à la manière des païens, ils doivent être surnaturels.


Chapitre IV qui est mon préféré de l'ouvrage, au reste. Je ne résiste pas à la joie de vous faire partager ce petit morceau, poétique, de cette légère mystique qui est un nectar que Jammes élabore à merveille:

Chapitre IV a écrit:
  Le soleil échancre de son feu liquide la crête boisée. Il aveugle.
  Il se lève au bas de cette fluide et pâle et fraîche étendue bleue, qui est
  une mer dont les nuages sont les sables qui se rident çà et là.
  L'un de ces nuages, au Nord, est immense et léger. Il brille.
  Il a la forme d'un crustacé dont les anneaux transparents sont à
  peine teintés de rose dans cet azur un. peu vert où il baigna.

  C'est le jour qui est blanc.

  Du cœur de Monsieur le curé d'Ozeron monte
  une salutation vers les choses visibles: ce globe
  d'où découle une lumière jaune; ces montagnes comme dessinées à la mine de plomb;
  ces collines ruisselantes, tendues de toiles d'araignée, hérissées d'arbrisseaux, d'ajoncs, de
  fougères, de bruyères; ces prairies où, comme une buée, la première gelée se pose.
  Et voici la salutation vers les choses invisibles auxquelles nous croyons par la foi en Notre-Seigneur,
  qui, en ce moment, repose sur le cœur de Monsieur le curé d'Ozeron.




Élagué et assemblé de deux messages sur Parfum, 24 Mars et 27 Mars 2014.



Mots-clés : #religion #ruralité #solidarite #spiritualité #viequotidienne #xxesiecle
par Aventin
le Lun 6 Avr - 19:33
 
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Richard Wagamese

Tag spiritualité sur Des Choses à lire 417sko10


Une passion peut-elle sauver un homme ? pour Saul « Cheval indien » du clan des Ojibwé ce sera le hockey. Le hockey sera aussi le moyen de cacher, d’enfouir le drame vécu enfant dans le pensionnat où les « blancs », l’autorité, l’avait contraint après l’avoir enlevé, comme tant d’autres enfants indiens, à sa famille. Pour être éduqué et recevoir un enseignement religieux, c’est-à-dire être converti à la religion catholique ; pour enlever en lui toute "indianité".

Après avoir été l’un des meilleurs joueurs de hockey, humilié, haï par les « blancs » hockyeurs, Saul abandonne ce sport et pendant des années, survivra par des boulots divers au gré de son itinérance, seul, jusqu’à ce qu’à la suite d’un malaise, l’ivrogne qu’il est devenu se retrouvera à l’hôpital puis en centre anti-alcoolique. Là en décrivant son enfance, son adolescence, il prendra conscience que le mal-être qu’il a toujours ressenti, qui l’a isolé,  a pris naissance au pensionnat. Il y retourne et là-bas, devant son premier terrain de hockey les souvenirs enfouis, rejetés car douloureux ressurgissent.

Saul retournera aussi se ressourcer sur les lieux où son arrière grand-père avait « vu » le destin de la famille et l’avait installée (ce don de vision Saul en a hérité et cela l'a servi dans le jeu de hockey)

C’est dans la famille indienne des Kelly qui l’avait accueilli à son adolescence pour vivre son hockey que Saul retrouvera la force de continuer à vivre, après s’être confié à eux, enfants issus du pensionnat également et qui portent le même douloureux passé.

C’est donc l’histoire d’une passion, celle de Saul pour le hockey, l’histoire du destin des indiens décidé par les « blancs », du racisme dont ces derniers faisaient preuve à cette époque.

Mais des évènements assez proches prouvent que ce racisme est encore bien présent.

C’était une lecture intéressante et utile, une écriture dont les mots m’ont touchée.


LC : https://deschosesalire.forumactif.com/t2627-lc-wagamese


Mots-clés : #identite #racisme #spiritualité #violence
par Bédoulène
le Ven 3 Avr - 11:28
 
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Charles Péguy

Le Porche du mystère de la deuxième vertu

Tag spiritualité sur Des Choses à lire Le_por10
1911, 140 pages (peu denses) environ.



Derrière ce titre, pour ainsi dire médiéval, se cache un opus difficile à cataloguer: Gallimard Nrf le range dans sa collection poésie, pourquoi pas, faute de mieux (?).

Cela commence comme au théâtre, voyez plutôt:
Tag spiritualité sur Des Choses à lire Pzoguy10


Madame Gervaise s'adresse à un enfant, qui n'intervient jamais, dont nous ignorons l'âge, le nom, le sexe. Ce Porche est un soliloque.

Mais, avec lenteur et au fil de la lecture nous parviennent quelques indices - c'est au temps de la royauté, c'est en Lorraine, il y a quatorze siècles de chrétienté... jusqu'au bout on ne sait pas, mais on suppute quand même, en foi de la parution de Péguy qui précède immédiatement, que l'enfant attentif et silencieux est Jeanne d'Arc.

Pourtant, l'auteur s'est gardé de toute référence d'ordre linguistique ou idiomatique au parler lorrain du quinzième. Ils n'utilise que des mots simples, la limpidité menant à des imprévus, des termes parfois curieusement bricolés (comme recreux ou encore travails au pluriel)

Péguy ose, par le caractère familier, populaire de l'expression, un langage adapté à une jeune oreille; en évitant bien des écueils de fausseté, ce n'est jamais gnangnan, encore moins vulgaire bien sûr, jamais même trivial.

Cette prosodie est assez singulière.
En fait de soliloque, Dieu lui-même vient s'en mêler et s'exprime au "je", puis, sans que l'on ne distingue nettement où est la reprise, la parole revient à Madame Gervaise (comme dans l'extrait, dans lequel la parole est nettement du côté de Dieu).

C'est -à mon avis- très bien traduire, de façon largement inédite, le mécanisme de l'oraison (bien plus certainement que celui de la prière), avec adjonction en guise de procédé littéraire d'un interlocuteur tiers [figuré par l'enfant, mettons Jeanne], qui reçoit mais ne participe pas, et ce tiers est bien sûr aussi nous, lecteurs.

Quant aux allusions à la France, c'est à rapprocher de la position de Péguy face au péril, imminent alors, du conflit avec l'Allemagne.

Très bien rendues les circonvolutions méditatives, à base de répétitions façon mantra, de retour en arrière mais, au bout, toujours une avancée.
Idem la découpe en vers [libres] ne s'achevant pas forcément par une ponctuation, les parenthèses, tout ce cheminement d'apparence inutile, n'allant pas droit au fait mais semblant s'égarer dans les halliers de la réflexion, qu'on pourrait dépouiller: la restitution a ce côté tel quel, intact sous la plume qui n'a pas cru bon de bûcheronner dedans, tout en conservant (écueil bien évité) un coulé facilitant la lecture.    

Le thème est celui d'une des trois vertus théologales, l'Espérance.
Celle des trois qui, selon Péguy, va le moins de soi.
Elle est une jeune enfant semblant menée par ses deux grandes sœurs, en réalité c'est elle qui les mène...


Extrait:

Je les plains. Je leur en veux. Un peu. Ils ne me font pas confiance.
Comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point Innocents dans les bras de ma Providence. Ils ont le courage de travailler.
Ils n’ont pas le courage de ne rien faire. Ils ont la vertu de travailler. Ils n’ont pas la vertu de ne rien faire.
De se détendre. De se reposer. De dormir.
Les malheureux ils ne savent pas ce qui est bon.
Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour.
Mais ils ne veulent pas m’en confier le gouvernement pendant la nuit.
Comme si je n’étais pas capable d’en assurer le gouvernement pendant une nuit.
Celui qui ne dort pas est infidèle à l’Espérance.
Et c’est la plus grande infidélité.
Parce que c’est l’infidélité à la plus grande Foi.
Pauvres enfants ils administrent dans la journée leurs affaires avec sagesse.
Mais le soir venu ils ne se résolvent point. Ils ne se résignent point à en confier le gouvernement à ma sagesse
L’espace d’une nuit à m’en confier le gouvernement.
Et l’administration et tout le gouvernement.
Comme si je n’étais pas capable, peut-être, de m’en occuper un peu.
D’y veiller.
De gouverner et d’administrer et tout le tremblement.
J’en administre bien d’autres, pauvres gens, je gouverne la création, c'est peut-être plus difficile.
Vous pourriez peut-être sans grand(s) dommage(s) me laisser vos affaires en mains, hommes sages.
Je suis peut-être aussi sage que vous.
Vous pourriez peut-être me les remettre l'espace d'une nuit.
L'espace que vous dormiez
Enfin
Et le lendemain matin vous les retrouveriez peut-être pas trop abîmées.
Le lendemain matin elles ne seraient peut-être pas plus mal.
Je suis peut-être encore capable de les conduire un peu.
Je parle de ceux qui travaillent
Et qui ainsi en ceci suivent mon commandement.
Et qui ne dorment pas, et qui ainsi en ceci
Refusent tout ce qu'il y a de bon dans ma création,
Le sommeil, tout ce que j'ai créé de bon,
Et aussi refusent tout de même ici mon commandement
même.
Pauvres enfants quelle ingratitude envers moi
Que de refuser un aussi bon, Un aussi beau commandement.
Pauvres enfants ils suivent la sagesse humaine.
La sagesse humaine dit Ne remettez pas au lendemain
Ce que vous pouvez faire le jour même.
Et moi je vous dis Celui qui sait remettre au lendemain
Est celui qui est le plus agréable à Dieu.
Celui qui dort comme un enfant
Est aussi celui qui dort comme ma chère Espérance.



Mots-clés : #poésie #religion #spiritualité #xxesiecle
par Aventin
le Lun 30 Mar - 14:48
 
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Sujet: Charles Péguy
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[Anonyme] Le livre des ruses

Tag spiritualité sur Des Choses à lire 71yqdj11

Le livre des ruses, La stratégie politique des Arabes

Texte malheureusement incomplet, une moitié environ de la totalité, traduit depuis manuscrits par R. Kawham probablement connu des adeptes de la collection Phébus.

Quatrième de couverture a écrit:Cet ouvrage, écrit cent ans avant Machiavel, et à sa façon non la moins divertissante - la meilleur réponse aux Occidentaux étonnés qui découvrent aujourd’hui. avec une stupéfaction que n'excuse guère leur scandaleuse ignorance. l'extraordinaire habileté, politique des responsables du monde musulman : ministres mandatés par les puissances du pétrole, émir du désert à la tête de fortunes de plusieurs milliers de millions de dollars, porte-parole de pays " pauvre " bien décidés à prendre leur revanche aux dépens des pays " riches " qui les ont d'abord exploités...

Chacun feint la surprise : " Ils n'ont pas mis, longtemps à apprendre. " Erreur : " Ils, savait " Et depuis longtemps.

Ce que montre à suffisance le présent recueil, découvert et publié par René R.Khawam un 1976 et considéré aujourd'hui comme un classique. Non point un essai abstrait (l'imaginaire arabe répugne à cela) mais un fin tissu d'histoires colorées dont les leçons, visibles ou cachées, s'entrecroisent comme autant de fils, ingénieusement agencés. Pour notre édification. Et pour notre émerveillement.


Le genre de texte qu'on peut aborder pour tout un tas de curiosités différentes et complémentaires : culturelle, historique... pratique ? un goût pour l'exotisme (ça peut aussi être positif non ?), ou pourquoi pas tout simplement une faiblesse pour les "petites histoires". Il s'agit d'ailleurs d'une compilation de ruses historiques ou entre l'historique et le légendaires classées par domaine, par exemple Les ruses des anges et des djinns ou Les ruses des vizirs, des gouverneurs et des gens de l'administration. De quelques lignes à quelques pages vous êtes partis pour des dizaines d'histoires, d'exemples, de matière à réflexion et à s'instruire. Quand on y connait rien, comme moi, on découvre un peu de ce vaste "monde arabe" qui va aller de l'Espagne à l'Irak et plus loin s'il le faut. On y découvre ou retrouve aussi une grande proximité de fond par des personnages communs aux religions juive et chrétienne.

Et puis l'humanité de la ruse. La ruse qui aboutit ou non, du puissant ou du plus petit mais ne s'agit-il pas aussi de spiritualité et de sagesse ? Un parallèle que je ferai avec un classique comme L'Art de la Guerre de Sun Tsu, le titre peut inquiéter mais c'est beaucoup plus compliqué dans sa finalité. L'humanité du divertissement aussi bien sûr, du conte. Certaines trames reviennent; se font écho.

C'est très riche, très difficile à synthétiser, plutôt épais mais pas ennuyeux, très curieux et stimulant pour l'imaginaire mais pas seulement. Un ensemble qui gardera nécessairement sa part de mystère. Ce qui est sûr en refermant ce livre c'est que si la fin justifie parfois les moyens la ruse n'est pas qu'un mauvais tour. A décanter, méditer...


Mots-clés : #contemythe #initiatique #spiritualité
par animal
le Ven 20 Mar - 21:09
 
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Sujet: [Anonyme] Le livre des ruses
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François Cheng

Cinq méditations sur la mort (autrement dit sur la vie)

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(Même couverture qu’Ouliposuccion, mais avec intégralement visible la citation du Yi Jing ou Livre des Mutations calligraphiée par François Cheng : « La vie engendre la vie, il n’y aura pas de fin. » ; il existe une « nouvelle édition » de ces cinq méditations, mais je ne sais pas ce qui a/ aurait changé).
Se faisant « avocat de la vie » (qu’il croit sans fin), François Cheng rejette le hasard et prône une sorte de « dessein intelligent » du monde :
« Mais pour nous, le principe de vie est contenu dès le départ dans l’avènement de l’univers. Et l’esprit, qui porte ce principe, n’est pas un simple dérivé de la matière. Il participe de l’Origine, et par là de tout le processus d’apparition de la vie, qui nous frappe par sa stupéfiante complexité. »

Et c’est l’antédiluvienne quête du sens (« sensation », « direction », « signification ») de la vie…
« La vie comme aventure en devenir, pleine d’une virtualité de transformation et de métamorphose… »

Rappel utile ?
« La conscience de la mort, faisant naître en nous l’idée du sacré de la vie, confère à celle-ci toute sa valeur. »

Participant des civilisations orientale et occidentale, d’ailleurs rescapé du « tiers-monde », François Cheng fait référence au Tao, la Voie de Lao-zi, comme à Le livre de la pauvreté et de la mort, de Rainer Maria Rilke :
« Seigneur, donne à chacun sa propre mort
Qui soit vraiment issue de cette vie,
Où il trouva l’amour, un sens et sa détresse. »

Ou la mort comme le fruit de la vie…
Une autre idée, rimbaldienne, « l’éternité se trouve dans l’instant ».
Le concept d’âme revivifié, comme principe de l’unicité.
La beauté :
« Tout être, de par son unicité, tend vers la plénitude de sa présence au monde, à l’instar d’une fleur ou d’un arbre. Tels sont le commencement et la définition même de la beauté. »

« Attachement-arrachement, voilà la condition de la beauté : elle aiguise notre conscience de la mort. »


Mots-clés : #poésie #spiritualité
par Tristram
le Sam 7 Mar - 19:58
 
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Sujet: François Cheng
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Erri De Luca

Noyau d'olive

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Titre original: Nocciolo d'oliva, 2002, paru traduit en France en 2004.
Essai ou commentaires (?) 100 pages environ, une préface de l'auteur, deux parties inégales, la première groupant cinq commentaires, la seconde vingt et un.

Erri de Luca explique dans la préface qu'il n'est pas croyant, mais fréquente au quotidien la lectio divinas, les Écritures Saintes -la Bible- et qu'il utilise pour ce faire l'hébreu directement.

La très grande majorité des fidèles est loin de s'astreindre à une telle discipline, et cependant Erri de Luca précise que ça ne fait pas de lui un croyant, achoppant sur deux obstacles en particulier: le pardon -il ne sait pas donner son pardon et ne souhaite pas être pardonné quand il commet un écart- et la prière, pour laquelle il dit être d'une sécheresse, d'une infertilité sans nom.

Voilà pour la singularité de la démarche, l'ouvrage, plutôt très plaisant, érudit bien entendu mais clair, très concis dans le propos, à mots simples, se lit sans la moindre difficulté, on peut d'ailleurs piocher dedans sans respecter d'ordre - à la manière de la Bible justement.
On picore ainsi un commentaire ou deux - plus si affinités- à la fois, comme ils sont brefs, il est facile de reposer le livre et d'y revenir: voilà pour le confort de lecture.

En ce qui me concerne, la séduction a pas mal opéré: livre recommandable...à peu près à tous.
Voici, presque intégralement, le commentaire qui a donné le titre à l'ouvrage, Noyau d'olive, et qui inaugure la seconde partie:

Chez nous, on appelle Ancien Testament un recueil d'écritures saintes du peuple hébreu. Dans sa langue d'origine, il a pour titre Mikra/lecture. Parce que telle est sa valeur d'usage, être lu à haute voix dans les assemblées des rites, dans les sabbats, dans les fêtes. Et même quand on le lit pour soi, dans un moment de liberté à l'écart des autres, la règle impose le mouvement des lèvres et pas seulement la lecture avec les yeux. Le corps doit participer, souffle et lèvres du moins, accompagnant le voyage des paroles antiques, se faisant leur porteur.

L'évènement de ces écritures, c'est la révélation: un Dieu, unique et solitaire, a fait le monde au moyen de sa voix, en commençant par la lumière. Il l'a extrait du néant, se souciant, avec le même empressement, de l'infini immense et de la particule.

Une bonne partie de l'humanité n'est pas en état de remonter à Dieu. Avant même l'acte de foi, l'acte de confiance réclame trop d'effort. En non-croyant, je reste un passant d'écritures saintes et non un résident. Je me déplace le long des lignes parallèles d'un autre alphabet, fermé en vingt-deux lettres disposées entre l'aleph et le tav, qui se lisent dans le sens opposé au nôtre, donc sur des pages à feuilleter à l'envers. Je passe sur cette langue avec mon doigt et mes yeux et je me rends compte du choc, de l'impact qu'elle a subi. Une volonté de se révéler et d'agir dans le monde s'est abattue sur une langue aux mots pauvres, hostile à tout concept abstrait. Elle tombe sur des mots de trois syllabes accentuées le plus souvent sur la dernière, et elle lui transmet la tarentelle-fièvre de son incandescence.

[...]

Toute la création, tout ce qui est la suite, l'action seconde qui relève des hommes, sont écrits en donnant la priorité à l'action du verbe. "Écoute Israël", dit la principale prière hébraïque, dans le livre que nous appelons le Deutéronome et que les Hébreux appellent Devarim/Mots. Voilà, écouter est la première urgence, la première requête.

 Lire les Saintes Écritures, c'est obéir à une priorité de l'écoute. J'inaugure mes réveils par une poignée de vers, et le cours de la journée prend ainsi son fil initiateur. Je peux ensuite déraper le reste du temps au fil des vétilles de mes occupations. En attendant, j'ai retenu pour moi un acompte de mots durs, un noyau d'olive à retourner dans ma bouche.  


Mots-clés : #essai #religion #spiritualité
par Aventin
le Dim 23 Fév - 20:35
 
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Sujet: Erri De Luca
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Don DeLillo

Les Noms  

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Le milieu des expatriés états-uniens faisant du business dans des pays "instables", essentiellement au Moyen-Orient, mais aussi en Grèce, puis en Inde.
James Axton, le narrateur, est responsable d’évaluation des risques d’enlèvements (notamment terroristes) visant à rançonner les multinationales, ceci dans un grand groupe qui propose des polices d’assurance à celles-ci. Géopolitique orientée :
« Au cœur de l’histoire. Elle est dans l’air. Les événements relient tous ces pays. »

« C’est intéressant, la façon dont les Américains préfèrent la stratégie aux principes dans toutes les occasions, et continuent cependant à se croire innocents. »

« ‒ Les peuples blancs établissaient des empires. Les gens à la peau foncée déferlaient de l’Asie centrale. »

Travers de l’expat, touriste et acheteur de tapis :
« Être un touriste, c’est échapper aux responsabilités. Les erreurs et les échecs ne vous collent pas à la peau comme ils feraient normalement. On peut se laisser glisser à travers les langues et les continents, suspendre l’opération de solide réflexion. Le tourisme est la bêtise en marche. On s’attend à ce que vous soyez bête. Le mécanisme entier du pays d’accueil est réglé en fonction de la stupidité d’action du voyageur. On circule dans un état d’hébétude, les yeux rivés sur des cartes pliantes illisibles. On ne sait pas comment parler aux gens, comment se rendre d’un endroit à un autre, ce que représente l’argent, l’heure qu’il est, ce qu’il faut manger et comment le manger. La bêtise est la norme. On peut exister à ce niveau pendant des semaines et des mois sans se faire réprimander ni subir de conséquences. »

« Investissement, disait-elle. Comme il devenait malaisé de se les procurer, leur valeur ne pouvait qu’augmenter, et ils achetaient tout ce qu’ils pouvaient. La guerre, la révolution, les soulèvements ethniques. Valeur future, bénéfices futurs. Et en attendant, regardez comme ils sont ravissants. »

Aussi une réflexion sur le voyage aérien, l'archéologie, le divorce, le cinéma.
« Il y a le temps, et il y a le temps cinématographique. »

Et surtout une investigation sur une secte énigmatique, qui immole des victimes selon un rapport aux langues/ alphabets anciens, et leurs noms en correspondance avec les lieux.
« ‒ Le mot grec puxos. Arbre-boîte. Cela suggère le bois, bien sûr, et il est intéressant que le mot book anglais remonte au boek moyen hollandais, ou bouleau, et au boko germanique, bâton de bouleau sur lequel étaient gravées des runes. Qu’avons-nous donc ? Book, box, livre, boîte, symboles alphabétiques creusés dans le bois. Le manche en bois de hache ou de couteau sur lequel était gravé le nom de son possesseur en lettres runiques. »

« Le désert est une solution. Simple, inévitable. C’est comme une solution mathématique appliquée aux affaires de la planète. Les océans sont le subconscient du monde. Les déserts sont la prise de conscience, la solution claire et simple. […]
L’intention de sens ne compte pas. Le mot lui-même compte, et rien d’autre. […]
C’est le génie de l’alphabet. Simple, inévitable. Rien d’étonnant à ce qu’il soit apparu dans le désert. »

D’après la confession finale, le culte des tueurs pourrait être une sorte d’allégorie de la fascination morbide des Occidentaux pour un certain fanatisme occulte et meurtrier, venu de leur passé (les prêcheurs dans le cas du narrateur).
Le style adopté par DeLillo peut sembler inclure des longueurs, mais vaut notamment par d'adroits fondus enchaînés.

« De son côté, Control Risks, qui se définit aussi comme "une société de conseil mondial spécialisé dans le risque et qui aide les organisations à réussir dans un monde instable", s'intéresse beaucoup à l'Afrique. Son site propose un "index risque-rendement" pour le continent et consacre un chapitre au "paysage de l'enlèvement contre rançon, et de l'extortion" en Afrique du Sud. »

https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/guinee-equatoriale/passage-en-revue-des-mercenaires-chiens-de-guerre-et-autres-societes-militaires-privees-presents-en-afrique_3749699.html du 20 décembre 2019

Mots-clés : #contemporain #mondialisation #religion #spiritualité #terrorisme #xxesiecle
par Tristram
le Ven 20 Déc - 20:56
 
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Sujet: Don DeLillo
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Jean-Pierre Luminet

Le bâton d'Euclide ‒ Le roman de la Bibliothèque d’Alexandrie

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Divulgation (terme préféré à vulgarisation par Jean-Pierre Luminet), roman historique des aventures de pensée des scientifiques dans le musaeum (maison des Muses) aux sept cent mille livres d’Alexandrie la cosmopolite, sur mille ans.
En 642, le général Amrou investit Alexandrie, Bédouin envoyé par le calife Omar de Médine pour brûler les livres de sa fameuse bibliothèque : le Coran les rend inutiles, voire pernicieux.
« Quant aux livres dont tu me parles dans ta dernière lettre, voici mes ordres : si leur contenu est en accord avec le livre d’Allah, nous pouvons nous en passer puisque, dans ce cas, le Coran est plus que suffisant. S’ils contiennent au contraire quelque chose de différent par rapport à ce que le Miséricordieux a dit au Prophète, il n’est aucun besoin de les garder. Agis, et détruis-les tous. »

Le bibliothécaire, Philopon, un vieux philosophe chrétien, Rhazès, un médecin juif, et la belle Hypatie, mathématicienne et musicienne, vont plaider (sur le mode des Mille et une Nuits) pour donner au général les arguments qui pourraient infléchir la décision du commandeur des croyants : c’est l’occasion de narrer l’histoire de la ville depuis le projet des Ptolémées, ainsi que l’apport des savants, écrivains et philosophes qui la marquèrent : Euclide, Archimède, Callimaque, Apollonios, Aristarque, Ératosthène, Hipparque, Philon, Claude Ptolémée, Galien…
La ficelle est grosse, la psychologie indigente, le style convenu (quelque part entre Amin Maalouf et d’Ormesson), mais cela peut constituer une belle découverte des premiers pas de l’esprit scientifique, basés sur l’observation et le calcul.
Évidemment, on parle beaucoup d’astronomie… et, bizarrement, d’astrologie !
En compléments d’une postface ou l’auteur précise sa part d’invention, on trouve d’utiles annexes, Personnages, tableaux chronologiques et notes savantes.

« Et les rois ont plus besoin des poètes que les poètes des rois. »

« ‒ Nous, les Bédouins, nous n’avons souvent pour toit que la voûte étoilée. Et nulle part le ciel ne paraît plus proche de la terre qu’au milieu du désert. Le désert nous invite au ciel. Dans la solitude et le silence des dunes, l’esprit qui pense subit par degrés la dilatation de l’infini. Plusieurs fois, jadis, aux côtés de mon grand-père, j’ai ressenti cette expérience intérieure, presque mystique… Je voyais, j’entendais, j’adorais la musique du ciel dans le silence universel… »

« …] brûler les livres, c’est brûler ses ancêtres, brûler son père et sa mère, brûler son âme, brûler l’humanité tout entière avec elle. »

« Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé !
Lis !

Ce sont les premiers mots que dit au Prophète l’archange Gabriel, le messager d’Allah, dans la caverne du mont Hira où Mahomet connut la Révélation.
[…]
Lire, sans doute, songea Hypatie. Mais lire quoi et comment ? Lire le seul Coran ou avoir la curiosité de se pencher sur d’autres ouvrages ? Lire sans comprendre n’est pas grave. Lire sans douter est redoutable. Lire sans plaisir, ce n’est pas lire. »

« ‒ Je n’ai appris qu’une seule chose durant tous mes voyages : il faut écouter l’autre, l’étranger, il faut lire l’autre, l’étranger. Il faut le comprendre. Cela doit être notre règle ordinaire, Nikolaus, notre règle absolue. Comme dit le vieux proverbe grec : "Fais bon accueil aux étrangers"…
‒ "Fais bon accueil aux étrangers, car toi aussi un jour tu seras étranger", complète Nikolaus. »


Mots-clés : #antiquite #communautejuive #historique #science #spiritualité #universdulivre
par Tristram
le Lun 16 Déc - 20:51
 
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Sujet: Jean-Pierre Luminet
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Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup

Marie de Hennezel
Née en 1946


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Marie de Hennezel est psychologue clinicienne et écrivain.

Après avoir fait des études de langues et enseigné l'anglais elle réalise un DESS de psychologie clinique et un DEA de psychanalyse.
En 1986, elle intégre la première équipe de soins palliatifs en Europe continentale.
Elle se forme à l'Haptonomie, essentielle dans l'approfondissement des qualités de contact et de présence, si nécessaires dans le soin et l'accompagnement des grands malades et des mourants.
Devant l'immense besoin d'accompagnement psychologique et spirituel des personnes touchées par le VIH, Marie de Hennezel fonde en 1992, avec Jean-Louis Terrangle, l'Association Bernard Dutant - Sida et Ressourcement. Son objectif est d'accueillir ceux qui, condamnés par la médecine, conscients d'avoir un temps limité à vivre, sont en quête de sens.
Avec l'évolution des nouvelles thérapies, le Sida devient une maladie chronique et l'Association Bernard Dutant, aujourd'hui basée à Marseille, s'oriente vers des activités de ressourcement pour "prendre soin de soi" (week-ends de marche, théatre, soirée de partage).
En octobre 2002, Jean-François Mattei, Ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes Handicapées, lui confie une mission sur la fin de vie.
Un rapport "Fin de vie et Accompagnement" est remis au ministre le 16 octobre 2003.
Le 17 décembre 2003, elle est auditionnée par la mission parlementaire d'information sur l'accompagnement de la fin de vie. Cette mission a proposé une loi sur les droits des malades et la fin de vie qui a été adoptée par le parlement le 30 novembre 2004.
En février 2010, elle est entrée au Comité de pilotage de l Observatoire National de la fin de vie , dont elle a démissionné en 2012, à la suite d'un désaccord avec le Président de l'Observatoire, au sujet de la mission de l'Observatoire et du rapport d'activité publié.

Source : slog.fr


Publications

 
Spoiler:
La Mort intime, éditions Robert Laffont, 1995 (préfacé par François Mitterrand)
  L'Art de mourir, 1997, en collaboration avec Jean-Yves Leloup
  La Quête du sens, éditions Albin Michel, 2000
  Le Grand Livre de la tendresse, éditions Albin Michel, 2002
  Le Souci de l'autre, Robert Laffont, 2004
  Mourir les yeux ouverts, éditions Albin Michel, 2005
  Nous ne nous sommes pas dit au revoir, éditions Robert Laffont, 2006
  La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller, éditions Robert Laffont, 2008
  La Sagesse d’une psychologue, L’Œil neuf éditions, 2009
  Une vie pour se mettre au monde, Carnets Nord, mars 2010, en coll. avec Bertrand Vergely
  Qu'allons nous faire de vous, éditions Carnets Nord, 2011 en coll. avec Edouard de Hennezel
  Nous voulons tous mourir dans la dignité, éditions Robert Laffont, 2013
  J'ai choisi de me battre, j'ai choisi de guérir, éditions Robert Laffont, 2014 avec Claude Pinault
  Sex and sixty : un avenir pour l'intimité amoureuse, éditions Robert Laffont, 2015
  Croire aux forces de l'esprit, éditions Fayard, 2016


son fil personnel : https://deschosesalire.forumactif.com/t1648-marie-de-hennezel

Jean-Yves Leloup
Né en 1950


Tag spiritualité sur Des Choses à lire Leloup10

Jean-Yves Leloup est un écrivain, philosophe, théologien et prêtre français, né le 24 janvier 1950 à Angers.

Fondateur de l'Institut pour la rencontre et l'étude des civilisations et du Collège international des thérapeutes, Il est l'auteur de plus de quatre vingt ouvrages en français, traduits dans une vingtaine de langues notamment en anglais, en allemand, en espagnol et en portugais (Brésil).
Jean-Yves Leloup est né le 24 janvier 1950 à Angers. Dominicain de 1973 à 1986 environ, ordonné prêtre en 1978, puis prêtre orthodoxe, analyste, philosophe, spécialiste de patristique et de religions comparées ainsi que poète, il livre quelques « fragments de son itinérance » dans son livre L'Absurde et la Grâce. En tant que prêtre il appartient à l'Église non-canonique indépendante dite « Église orthodoxe française » de la « communion des Églises orthodoxes occidentales », (son évêque n'appartient pas à l'Assemblée des évêques orthodoxes de France) son monastère est celui de Saint-Michel dans le Var. Il a enseigné dans différentes universités et instituts de recherche en anthropologie fondamentale, en Europe, aux États Unis, au Canada, en Amérique du Sud.
Les ouvrages de Jean-Yves Leloup traitent essentiellement de spiritualité chrétienne. Avec une approche contemporaine des textes; il a traduit et commenté les Évangiles apocryphes de Thomas, Philippe et Marie de Magdala, ainsi que l’Évangile canonique de Saint-Jean. Il rappelle les traditions primitives, méditatives et monastiques de l’Église orthodoxe, (Mont Athos, Hésychasme) et l’enseignement des Pères de l'Église, notamment des Pères du désert. Il s’intéresse à l’ouverture spirituelle vers les autres traditions et à la part du féminin dans la spiritualité.


Publications

Spoiler:
Va ! L'esprit et la pratique des Béatitudes, Éditions Presses du Châtelet, Coll. La parole qui guérit, 2019
Vers une écologie intégrale, Éditions UPPR, 2018
Requiem, entrer dans l'Éternité, ( avec CD Jean Paul Dessy), Éditions Le Relié, 2018
L'évidence de l'Invisible, Éditions Actes Sud, 2018
Le Testament de Marie Madeleine, Éditions Lazare et Capuccine, 2018
Les dits de la femme qui brûle, Marguerite Porete, Editions Almora, 2018
Sagesse du Mont Athos, Éditions Philippe Rey, 2018
Il n'y a qu'un seul Dieu, Lequel?, Éditions Philippe Rey, 2018
Les portes de la transfiguration, Éditions Albin Michel, 2018
Le Cantique des cantiques, La sagesse de l'amour, éditions des Presses du Châtelet, 2017
Le livre de Salomon, La sagesse de la contemplation, éditions des Presses du Châtelet, 2017.
L'ecclésiaste (Le Qohelet) La sagesse de la lucidité, éditions des Presses du Châtelet, 2016.
Le philosophe et le djihadiste, éditions des Presses du Châtelet, 2016.
Réfléchir sur le cœur des choses, Éditions du Relié, 2016.
Sens et sagesse de l'icône, UPPR, 2015.
La sagesse qui guérit, Éditions Albin Michel, 2015.
Être chrétien aujourd'hui, UPPR, 2015.
Une danse immobile, éd. du Relié, 2015.
Pierres de nuit, éd. New York - Paris - Tokyo, Coll. Nouvelles tendances de l'art contemporain, 2014.
Les Épitres de Jean (traduction et commentaire), éd. Albin Michel, 2014.
De Nietzsche à maitre Eckhart, éd. Almora, 2014.
Faire la Paix, éd. du Relié, 2013.
Un obscur et lumineux silence, La théologie mystique de Denys l'aréopagite éd. Albin Michel, 2013.
Marie-Madeleine à la Sainte Baume, éd. du Relié, 2012.
Abécédaire de l’innommable, éd. Snoeck, 2012.
L’Apocalypse de Jean, éd. Albin Michel, 2011.
L’Assise et la marche, éd. Albin Michel, 2011.
Dictionnaire Amoureux de Jérusalem, éd. Plon, 2010.
Apocalypsis avec Catherine Arto et Jean-Paul Dessy, éd. Isabelle et Jacques Pologny, 2009.
Qui est « je suis » ? Connaissance de soi et connaissance du Soi, éd. du Relié, 2009.
L’immense et l’intime (photos de Jacques Polony, calligraphies de Kitty Sabatier), éd. Isabelle et Jacques Polony, 2008.
Jésus, Marie-Madeleine et l’incarnation, éd. Albin Michel, 2008.
Apprendre à être heureux ? (avec Lytta Basset, Pascal Bruckner, Eugen Drewermann, Jean-Paul Guetny, Marek Halter, Alain Houziaux, Gérard Miller, Ysé Tardan-Masquelier), éd. Albin Michel, 2008.
Mont Athos : sur le chemin de l’Infini (photographies de Ferrante Ferranti), éd. Philippe Rey, 2007.
Les profondeurs oubliées du Christianisme (avec Karin Andréa de Guise), éd. du Relié, 2007.
Innocence et Culpabilité (avec Marie de Solemme, Philippe Naquet, Paul Ricœur, Stan Rougier), éd. Albin Michel, 2007.
Le « Notre Père » : une lecture spirituelle, coll. « Spiritualité vivantes », éd. Albin Michel, 2007.
Aimer désespérément (collectif, avec André Comte-Sponville), éd. Albin Michel, 2007.
La Grâce de solitude (collectif, avec Christian Bobin), éd. Albin Michel, 2006.
Un homme trahi - le Roman de Judas, éd. Albin Michel, 2006.
Qui aime quand « je » t’aime ? (avec Catherine Bensaïd), éd. Albin Michel, 2005 (Pocket, 2006).
Tout est pur pour celui qui est pur, éd. Albin Michel, 2005.
La vie de Jésus racontée par un arbre (conte), coll. « jeunesse », éd. Albin Michel, 1995 (éd. Du Relié, 2005).
Guérir l’esprit. Le colloque de Bodhgaya (avec Faouzi Skali, Lama D.Teundroup), « Espaces libres », éd. Albin Michel, 2004.
L’Évangile de Philippe, coll. « Spiritualité vivantes », éd. Albin Michel, 2003.
Une femme innombrable. Le roman de Marie-Madeleine, éd. Albin Michel, 2002.
L’Évangile de Thomas (calligraphies de Frank Lalou), coll. « Les carnets du calligraphie », éd. Albin Michel, 2002
Un art de l’attention, éd. du Relié, 2000 (éd. Albin Michel, 2002).
Si ma maison brûlait, j’emporterais le feu, Entretien avec Edmond Blattchen, Alice éditions, 2001.
L’art de vivre au présent (collectif, avec André Comte-Sponville), coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 2001.
Paroles d’ermites. Les Pères du désert, coll. « Carnets de sagesse », éd. Albin Michel, 2000.
La montagne dans l’océan. Méditation et compassion dans le bouddhisme et le christianisme, éd. Albin Michel, 2000.
L’Icône. Une école du regard, éd. Le Pommier, 2000.
Aimer… malgré tout (entretien avec Marie de Solemme), Éditions Dervy, 1999.
Ce corps. Paroles de Jésus et Anandamayi (avec J.C. Marol), Altess, 1999.
Prendre soin de l’Etre, les Thérapeutes selon Philon d’Alexandrie, éd. Albin Michel, 1999.
Sectes, Églises et religions. Elements pour un discernement spirituel , coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 1998.
Introduction aux « vrais philosophes ». Les Pères grecs : un continent oublié de la pensée occidentale, éd. Albin Michel, 1998.
L’Evangile de Marie. Myriam de Magdala, éd. Albin Michel, 1997
Les livres des morts. Tradition du bouddhisme, tradition du christianisme, tradition égyptienne, éd. Albin Michel, 1997.
L’art de mourir : tradition religieuse et spiritualité humaniste face à la mort aujourd’hui (avec Marie de Hennezel), Éditions Robert Laffont, 1997 (Pocket, 2000).
Désert, déserts, coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 1996.
Maître Eckhart, éd. Terre blanche, 1995 (épuisé).
La vie en Jésus-Christ selon Nicolas Cabasilas et Saint Thomas d’Aquin, Éditions Le Fennec, 1994 (épuisé).
Jean de la Croix ou la nuit habitée, éd. Le Fennec, 1994 (épuisé).
Texte de fondation du « Collège International des Thérapeutes », éd. Le Fennec, 1994 (épuisé).
Manque et plénitude. Éléments pour une mémoire de l’essentiel, éd. Albin Michel, 1994.
Paroles de Jésus. Sélection et présentation, coll. « Carnets de sagesse », éd. Albin Michel, 1994.
Jean Chrysostome : introduction aux Homélies sur l’Incompréhensibilité de Dieu, éd. Albin Michel, 1993.
Nocturnes (quatre poèmes et leur traduction anglaise), éd. Le Fennec, 1993 (épuisé).
Evagre le Pontique : introduction à Praxis et Gnosis, éd. Albin Michel, 1992.
Jean Cassien : introduction aux Collations, éd. Albin Michel, 1992.
La Voie du pèlerin, éd. Terre blanche, 1992 (épuisé).
L’Absurde et la Grâce : fragments d’une itinérance, éd. Albin Michel, 1991.
Paroles du Mont Athos, éd. Albin Michel, 1991 (Cerf, 1980).
« Entretien avec Olivier Germain-Thomas », in Agora : les Aventuriers de l’Esprit, éd. La Manufacture, 1991.
Ecrits sur L’Hésychasme, éd. Albin Michel, 1990
De l’aréalité du bleu, des vents, et des sables (poèmes et tableaux, sous le nom de Jean Khalil Sarov), éd. New York -Paris - Tokyo, coll. « Nouvelles tendances de l’art contemporain », 1990 (épuisé).
L’Evangile de Jean, éd. Albin Michel, 1989.
L’Enracinement et l’Ouverture, éd. Albin Michel, 1989.
L’Art d’apprivoiser le buffle (essai et traduction des dix tableaux de Kakouan), coll. « Pratiquer Zazen », éd. de l’Ouvert, 1988 (Le Fennec, 1994) (épuisé).
« Jnana Yoga. La Voie de la connaissance », in Les Yogas. Chemins de transformation, éd. Seveyrat, 1988.
« Approche métaphysique et éthique du visage de l’homme », in Visage, sens et contresens, éd. Eshel, 1988.
L’art du Saule (poèmes, accompagnés d’exercices proposés par Léonore Gottwald), éd. de l’Ouvert, 1987 (Verus, 2005).
Le Cantique des Cantiques (traduction et notes suivies d’échos sur les interprétations bibliques de Marc Chagall), éd. De l’Ouvert, 1987. (rééd. Terre Blanche, 1998).
L’Évangile de Thomas, éd. Albin Michel, 1986.


sources wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Yves_Leloup

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L'Art de mourir

co-écrit avec Jean Yves Leloup (prêtre et théologien orthodoxe)

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Cet ouvrage là m'a davantage amené de ressources.
Surtout les approches décrites par Leloup. Celui-ci a semble t il une bonne connaissance des rites et mythes d'un certain nombre de religions ou systèmes de pensée du monde, c'était intéressant de suivre ses analyses.

Il souligne notamment l'importance de témoigner au mourant de son identité profonde , qui dépasse la simple enveloppe souffrante et matérielle. "Vas vers toi même". D'en avoir la capacité.
C'est un livre qui traite de l'accompagnement aux personnes en fin de vie, de la fin de vie , aussi.
Les approches spirituelles croisées de Leloup m'ont très nettement enrichie, pour reconstituer fugacement mais nettement le "lieu" où se tenir. L'appareil symbolique et théologique de nombreuses cultures sont très reliées, dumoins sait il le montrer, là dessus. je conseille. Notamment il croise les mots des textes sacrés de différentes religions. Le contenu général reste assez léger, se presente sous forme de transcription d'interviews, ce n'est pas inaccessible ni un essai, je veux dire.

Je n'ai que moins rencontré la parole transmise par Hennezel. Ce qu'elle dit est intéressant mais plus basique , je dirais. Plus pragmatique. Ce sont les ouvrages que j'avais à disposition en mediatheque, j'aimerais topocl à l'avenir lire ceux dont tu parles, aussi, à bientôt de revenir.


Mots-clés : #mort #religion #spiritualite
par Nadine
le Mer 23 Oct - 9:53
 
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Sujet: Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup
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Henri Bosco

Le Jardin d'Hyacinthe

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Les Guériton, un couple de vieux paysans des Borisols, au-dessus du hameau des Amélières, est le dernier feu avant le plateau du pic de l’Escal, l’ermas où Arnaviel paît le troupeau de Frédéric Méjan de Mégremut, le narrateur. On y a vu aussi « les Nomades, les Bohémiens... » avec l’âne Culotte, qui laissent une enfant, Félicienne-Hyacinthe, aux Guériton par un soir de Noël.
Mais avant cela, la montée de Méjan aux Borisols donne lieu à une description bucolique d’un rare bonheur, « ce modeste enchantement » d’un paradis que l’eau qui disparaît peu à peu condamne à s’éteindre.
« Tant de fragilité donnait aux Borisols ce charme qui s’épand de tous les bonheurs menacés : on les aime d’autant plus qu’on les sent, nuit et jour, à la merci de la fortune. Des biens précaires tirent de l’instabilité cet aspect irréel qui nous dispose si facilement à y déceler le miracle. Notre étonnement qu’ils existent peu à peu nous porte à penser qu’ils sont nés et qu’ils tiennent bon par le fait d’un enchantement inexplicable. Nous en attendons des merveilles parce que, raisonnablement, suivant les lois de la nature, ils ne devraient pas subsister plus longtemps qu’un nuage. »

De belles pages encore sur le pâtre...
« Même quand il se tait, on voit bien qu’à ce moment-là il est naturel de se taire ; et que, si la parole est un moyen commode pour communiquer le bruit de sa pensée, le silence est indispensable à comprendre le sens profond qui l’accompagne. J’ai appris cela d’Arnaviel. »

… le foyer, le sens de la vie rustique, ici avec Sidonie, la servante de Méjan :
« Sans doute Sidonie avait-elle quelque pouvoir sur la nature du feu. A force de vivre à côté de sa propre vie matérielle, elle avait réussi à dégager des choses ce qu’elles retiennent de pur en dessous de leur forme sensible. Quelques gestes discrets, mille soins, une attention indiscernable y avaient été nécessaires. Ainsi, les petites réalités quotidiennes s’étaient-elles, l’une après l’autre, détachées de l’anonymat. Dès qu’on regardait un objet, il paraissait vous faire un signe. Sa position prenait un sens ; on en déchiffrait mal la signification, mais on le devinait orienté. Il l’était, comme tous les autres, sur cette âme attendue. Mais du moment qu’on ne sait jamais, sur cette terre, d’où surgissent les âmes (rien n’étant plus capricieux), cette orientation ne se fondait pas sur la rose-des-vents de ce bas monde ; elle obéissait à des lois secrètes. Personne ne les connaissait. Dans l’univers sentimental de Sidonie, il n’y avait ni nord, ni sud, car tout y était nord et sud, en attendant que s’y levât la forme ardemment désirée. A elle seule, évidemment, était réservé le privilège d’orienter, un jour, ce monde, sur le point merveilleux de l’horizon où elle apparaîtrait. »

C’est une longue attente mystérieuse, « l’imminence des merveilles », la promesse des « grandes espérances » qui parcourt tout le roman : plus énigmatique encore, Félicienne va venir vivre au mas Liguset, puis partir, disparaître, revenir. Le regard vide, l’enfant est étrange, simple, absente, « sans âme ».
« Rentrée dans l’insignifiance, tête vacante, corps léger, Félicienne n’était qu’un signe à peu près vain de sens, dessiné par hasard sur un bout de vie détaché de la vie raisonnable. »

Elle est irrémédiablement liée au vieux magicien qui apprivoise les bêtes : Monsieur Cyprien l’aurait enlevée pour l’enchanter, à défaut de Constantin Gloriot qu’il aimait, et lui transmettre ses pouvoirs, comme en atteste son journal (procédé peu plausible, mais Bosco a choisi de donner une apparence de témoignage véridique à son livre).
Une des rares phrases d’Hyacinthe, prononcées avant qu’elle ne tombe en léthargie :
« ‒ Le serpent était plein de fleurs, mais le jardin a mordu le renard et l’a tué... »

« ‒ C’est le jardin qui était plein de fleurs, et le serpent qui a mordu et tué le renard, n’est-ce pas, Félicienne ?... »

Aussi de belles séquences de rêve, de vision, d’hallucination fébrile, d’ensorcellement, de délire mystique.
Dernier volume de la trilogie après L'Âne Culotte et Hyacinthe, ce roman reprend donc les débuts d'Hyacinthe dans l’existence rustique du Luberon, et dénoue l’intrigue.
On retrouve tout l’univers de Bosco, la Provence, sa nature, ses mas et hameaux, ses personnages (et ils sont magnifiques, comme l’abbé Vergélian, ou Méjemirande, qui voyage/ s’envole) ; c’est la même Provence que celle de Giono, ni plus ni moins âpre ou humaine, mais d’une qualité différente par singularité des auteurs sur le même thème : le monde agreste et rural, qui consent à la présence de l’homme qui le respecte. « Le serpent et l’étoile », « un grand train d’étoiles filantes » renvoient au serpent d'étoiles. Des deux un regard paisiblement jouisseur baigne l’œuvre, mais peut-être Bosco est-il plus facilement inquiet dans son idéal de pureté ?

Mots-clés : #enfance #nature #reve #ruralité #spiritualité
par Tristram
le Dim 25 Aoû - 17:15
 
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Sujet: Henri Bosco
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Alexandra David-Néel

Le Lama aux cinq sagesses

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Alexandra David-Néel présente ce roman comme une traduction d’un texte de son fils adoptif, le Lama Yongden, rédigé afin de présenter le Tibet sans fiction…
C’est donc une visite guidée de la région, surtout sous l’angle religieux, avec un intérêt ethnologique et métaphysique, spirituel.
Mipam (« invincible »), enfant de paysan, aspire à l’amour universel bouddhique, et les péripéties du destin lui font suivre la voie religieuse. Disciple d’un tsipa (astrologue), il apprend à lire et fait preuve d’une excellente mémoire. Il apprendra même d’un naldjorpa (yogi, initié), que les mots lus ont un sens :
« ‒ Ah ! dit-il, lorsque le garçon l’eut salué par les prosternations habituelles, c’est toi qui veut apprendre ce que "disent les livres". Tu croyais que lire n’était que produire des sons ; plus d’un le croit aussi, mais il n’en est rien. »

Amoureux de la petite Dolma (« déesse ») et rêvant de la contrée pleine de compassion, Mipam est bien humain (gourmand, emporté et un peu vaniteux) même si sa naissance a été entourée de prodiges et s’il se pense fils du Bodhisatva suprême. Ces aventures mêlent spiritualité bouddhique et magie superstitieuse. Le thème duel des végétarisme-carnivorisme revient souvent dans le livre. Mipam devient commerçant pour faire fortune et pouvoir épouser Dolma ‒ lui-même partagé entre vies laïque et spirituelle.
Mipam est aussi confronté aux Blancs et à la religion chrétienne :
« Mipam répondait en indiquant les contradictions existant entre certaines de leurs théories et les faits réels. Lorsqu’ils lui parlaient de l’amour de Dieu pour ses créatures, il leur rappelait l’universelle détresse des êtres en proie à la maladie, à la vieillesse, à la mort. Il désignait les drames de la nature, le plus faible servant de nourriture au plus fort ; l’insecte à l’oiseau, le chevreuil au léopard ; il leur disait l’angoisse de l’arbre fixé au sol, qui sent la liane s’attacher à lui, croître et l’enserrer, ou les mousses tisser autour de ses branches immobiles un linceul qui l’étouffera. Si nous n’avons pas vécu d’autres vies avant notre vie présente, où donc est la justice, la divine bonté, quand certaines naissent aveugles, infirmes ou stupides. Qui donc s’amuse à les créer ainsi ? »

Mais c’est bien sûr l’aspect tibétain qui est principalement présenté, comme la croyance en la réincarnation :
« ‒ La fille à qui tu penses, n’est-ce-pas ?  ‒ C’est d’elle qu’il s’agit. Il y a longtemps, longtemps que vos chemins se rencontrent pour votre bonheur ou pour votre malheur. Bien des fois, au cours de vos vies passées, vous avez fait route ensemble. Et la voilà revenue sur ta voie. Mais les compagnons de voyage n’avancent pas toujours du même pas. L’un ralentit sa marche, s’engage dans un sentier de traverse, s’attarde à quelque hostellerie s’ouvrant sur le bord du chemin ou, fatigué, s’assoit au pied d’un arbre, tandis que l’autre se hâte et le dépasse… »

« Et peut-être, ainsi, s’étaient-ils rencontrés des milliers de fois au cours de leurs vies successives, naissant et se rejoignant, mourant et se séparant, sans parvenir à se vraiment comprendre, à se vraiment aimer. »

J’ai profité de la lecture de ce roman pour ouvrir le fil de l’auteure, qui le mérite éminemment, mais surtout pour sa peinture du Tibet ; je recommanderais sans doute plus volontiers ses récits de voyage, dont son journal-lettres à son mari, à qui chercherait une porte d’entrée à cette œuvre.

Mots-clés : #religion #spiritualité #voyage
par Tristram
le Ven 2 Aoû - 23:44
 
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Sujet: Alexandra David-Néel
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Marie de Hennezel

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Croire aux forces de l’esprit

Originale : Français, 2016

4ème de couverture a écrit:« “Je crois aux forces de l’esprit.”
Éclairer cette phrase, je pouvais tenter de le faire, puisque j’ai eu la chance d’être témoin pendant douze ans de la soif spirituelle de François Mitterrand. Un témoin privilégié, qu’il avait choisi lui-même. […] Ce n’est pas l’homme public, ni même l’homme privé, que j’ai appris à connaître, mais l’homme intérieur, aux prises avec ses interrogations métaphysiques, curieux des choses de la mort et de l’esprit. L’homme profond, à certains égards mystique, ayant un sens du divin, une expérience sensible de Dieu, qu’il a dû garder toute sa vie au secret. »


C’est lors d’une cérémonie en 1984 que Marie de Hennezel fût présentée à François Mitterand. Et cette femme discerne dans le regard « la solitude de l’homme en face », et décide le lendemain de lui écrire juste un mot en parlant « des forces, parfois possibles de ressentir, de recevoir. ». François Mitterand fût sensible à ces mots très brefs et voulait faire connaissance de cette femme. Et commence un drôle de lien qui va aller jusqu’à la mort du président en 1996 : régulièrement ils se voient à l’Elysée, mais parfois aussi en achetant des livres, ou chez elle. Non, pas un amour, mais un espace d’échange de ce qui fait vivre, une amitié presque inclassable. Un échange spirituel sur les sources. Etonnant pour celui qui ne soupçonnait pas cette vie intérieure chez l’homme d’État. Mais confirmation pour ceux qui croient « aux forces de l’esprit ».

On parle des expériences de l’enfance, de la mère priant pour « l’âme de François », des différents lieux « habités » par des energies inpalpables que le Président visite et où il tire des forces, des energies. Parmi ces lieux toujours aussi des églises, voir des monastères. Et une forme pas de réligiosité exprimée, mais de présence. Marie de Hennezel a la tâche – on a presque l’impression : la vocation – de présenter toutes sortes de ses lectures et reflexions spirituelles au Président qui, lui, ne peut plus consacrer toujours ce temps si précieux à la méditation et la réflexion. Bel échange, disant alors beaucoup de l’une et de l’autre. Touchant de multitudes de sujets « spirituels ». Et puis, comme François Mitterand se sait condamner par la maladie, aussi touchant une forme de préparation à la mort.

C’est fort. C’est beau. Et indépendemment de toute appartenance politique, on s’incline devant cet homme… Après tant de livres consacrés à l’homme d’État, Mme de Hennezel a attendu vingt ans avant de ne partager quelque choses de ce lien fort. Merci à elle !


Mots-clés : #spiritualité
par tom léo
le Sam 13 Juil - 16:17
 
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Sujet: Marie de Hennezel
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Navarre Scott Momaday

La Maison de l’aube

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« Dypaloh. Il y avait une maison faite d’aube. » Il faut être balaise pour renommer un texte qui commence ainsi, et appelé House Made of Dawn, par La Maison de l’aube au lieu de La maison faite d’aube, ou même La maison d’aube… L’expression est d’ailleurs un leitmotiv du livre.
Dypaloh (et Qtsedaba), mot qui commence (et finit) le livre, sont les formules conventionnelles de la tradition Jemez Pueblo (entité tribale autochtone du Nouveau-Mexique) pour débuter (et terminer) un récit.
Cette région peut ramentevoir à certains lecteurs Hillerman, Abbey (ou encore Bolaño) ; on est d’ailleurs au moins partiellement dans la veine Nature writing.
C’est l’histoire d’Abel, de retour de la Seconde Guerre mondiale en pays pueblo, où sa seule parentèle est son grand-père Francisco (soit sept ans de sa vie après sept ans d’absence) ; grâce au père Olguin, prêtre de la Mission (et pendant de Tosamah, « orateur, médecin, Prêtre du soleil, fils d’Oiseau-Mouche » qui apparaîtra plus loin ?), il va couper du bois pour une jeune femme californienne de passage dans la région… Mais le récit est savamment déconstruit sur un découpage chronologiquement identifié (quatre parties, la première et la dernière à Walatowa, San Diego, les deux centrales à Los Angeles, les chapitres titrés de dates), structure assez déconcertante alternant des séquences en patchwork-puzzle sur la nature grandiose (mesas et canyons, animaux et notamment oiseaux, comme les oies), des mythes, légendes, cultes, cérémonies et danses rituelles (à nouveau animaux, comme l’aigle), et la déchéance dans l’alcool, la violence dues à l’existence dans une réserve et au contact avec la société matérialiste états-unienne. D’ailleurs Abel est symboliquement comme pratiquement pris entre ces deux mondes et temporalités, les cultures pueblo déchue et occidentale moderne (héritage de spiritualité traditionnelle et profanité vaine, désespérée) ; cela fait aussi du livre un témoignage (littéraire) sur la situation sociale de ce peuple dans les années 1960, et plus vastement de l’ensemble des Indiens des Plaines. Abel est devenu incapable de renouer avec ses origines (l'innocence perdue : il est aussi le meurtrier d’un albinos/ Blanc, scène qui revient dans le kaléidoscope du texte) comme de s’intégrer au "nouveau monde" ‒ cas amérindien typique.
Il y a une dimension à la fois lyrique et métaphysique dans la présentation du paysage désertique, l’immensité, le silence, l’espace, l’infini, la grandeur, l’immuable et l’éternité (ou plutôt l’intemporalité paraissant immortalité) :
« La solitude est un élément constitutif du paysage. Dans la plaine, toutes les choses sont isolées les unes des autres ; le regard ne peut confondre les objets, et c’est bien une colline, un arbre ou un homme. La moindre éminence permet de voir jusqu’à la fin du monde. Regarder ce paysage tôt le matin, avec le soleil derrière soi, équivaut à perdre le sens des proportions. Votre imagination revit et vous en venez à penser que la Création à commencé en ce lieu précis. »

Une image, ou plutôt un concept, qui est repris, peut-être en opposition à la maison d’aube :
« C’était une maison dont la principale particularité consistait à tenir le monde en échec, comme une tombe. »

Comme répondant à un atavisme, la course à pied commence et achève le récit ‒ peut-être pour en faire un cercle.
C’est un livre exigeant de son lecteur à la fois sagacité et abandon : écoute attentive. Et c’est une œuvre riche au sens littéraire. J’apprécie par exemple une image qui décrit en creux, sans la nommer, la turquoise :
« Et aussi les lourds ceinturons aux boucles reluisantes, les bracelets, les étuis des arcs, les graines de melon et les pierreries bleu pâle… Il aurait aimé porter au doigt une pierre semblable, véritable toile d’araignée pétrifiée, ovale comme un œuf de rouge-gorge [… »



Mots-clés : #amérindiens #minoriteethnique #nature #nostalgie #spiritualité #traditions
par Tristram
le Mer 3 Juil - 16:08
 
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Sujet: Navarre Scott Momaday
Réponses: 6
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Abdelwahab Meddeb

J'hésitais de mettre une biographie de Meddeb si longue, mais il me semble que pour celui qui s'intéresse à son oeuvre, il s'y cache déjà beaucoup d'informations qui aident à situer la personne et l'oeuvre. En découvrant ce dernier livre publié de lui (voir en bas), j'ai découvert dès le début un homme d'une érudition visiblement surprenante: pas juste dans la domaine de l'Islam, mais apparemment justement chez lui, aussi dans "nos" modes de pensées. C'est clair aussi, que sa vision est empreinte d'une recherche d'intériorité que nous n'associons malheureusement pas toujours avec l'Islam. Lui il parle et VIT (car ce n'est pas dans ce sens-là purement un rapport distancié) dans la tradition soufie dont il espère une contribution au dialogue entre les spiritualités, et une expression de l'intériorité qui dépasse pour ainsi dire les limites d'une appartenance.

Ainsi il a pu et du vivre en lui-même une réconciliation de courants différents, entre la France et la Tunésie, les fondements de culture occidentaux et ceux de l'Orient. Cela a abouti apparemment à quelque chose d'extrêmement fructifiant!


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Instants soufis


Originale : 2015

CONTENU :
Albin Michel a écrit:Ces pages retracent la vie d’illustres soufis. Les dits du maître andalou Ibn ‘Arabî, du grand mystique Rûmî, ou encore de Râbi’a, cette femme poète du Xème siècle, sont autant de rappels des merveilles de l’islam, autant d’antidotes aux fausses prédications et aux simplifications meurtrières. La sagesse soufie se dit dans les fulgurances de paradoxes qui rudoient l’étroitesse de l’esprit et son aveuglement. Elle s’offre comme une exemplarité spirituelle qu’Abdelwahab Meddeb, en poète et en érudit, a toujours visée. Ce livre auquel il a travaillé jusqu’à son dernier souffle en est le témoignage saisissant.



Dieu est beau et Il aime la Beauté. (Hadith)

REMARQUES :
Voici le dernier livre paru d'Abdelwahab Meddeb sur lequel il travailla jusqu'à sa mort. Il se trouve même pas encore mentionné sur les bibliographies, voir en haut. C'est comme un héritage qu'on pourrait lire ce livre, exemple d'un Islam mystique, ouvert au dialogue qui a rien d'un Islam politique ou légaliste mais qui cherche vraiment la proximité avec Dieu (et le prochain dans une dimension large).

Meddeb a écrit:« Pour dire un islam libre, ouvert à l'altérité, allant vers l'aventure de la création, dans l'audace, la singularité, capable de s'adapter à toutes les évolutions, souverain, dans la certitude et l'orgueil de soi, humble, n'ayant peur ni de soi ni de l'autre, non hégémonique, actif dans le non-agir, allié des l'esprit, donnant réponse aux problèmes que nous vivons, de l'écologie à la conscience citoyenne, antidote contre le fanatisme, l'atteinte à la Nature, à la Beauté, proposant l'alliance avec la Beauté qui est en péril dans nos villes comme dans nos campagnes, faisant l'éloge de toutes les singularités. »


Il contient un préface (presque aussi un discours d'Adieu) de Christian Jambert, puis une introduction de l'auteur lui-même, dont le cœur est dechiré de voir l'Islam pris en otage par ceux qui s'en reclament (les « Islamistes ») mais qui le défigurent de son essence même.

Suivent alors 33 « Moments soufis » qui reprennent des méditations quotidiennes sur une radio lors du Ramadan en 2014. Par là on peut entendre des condensés, des points de cristalisation d'une attitude dans une personne concrète de la tradition soufie, ou un événements clé, une rencontre, une parole. Cela pourrait être, dans un certain sens, rapproché aux descriptions des vies de Saints dans le christianisme. Des personnes qui par leur vie incarnent peut-être beaucoup mieux que des dogmes, des règles extérieurs, le sens caché d'un enseignement. On donne juste quelques petites infos biographiques, on ne s'y attarde pas, pour exprimer comme l'essentiel que cet homme, cette femme a pu vivre et exprimer.


« Mon Dieu ! S'il est prévu que tu chaties l'une de tes créatures par le feu, je te demande d'amplifier ma propre créature au point que les flammes de l'enfer ne puissent consumer nul autre que moi. »

Abû Yazid Bestâmi

Ô musulmans, comment délibérer ? Moi, je ne sais qui je suis
je ne suis ni chrétien, ni juif, ni zoroastrien, ni musulman
ni d'Orient, ni d'Occident, ni d'en haut, ni d'en bas
ni des éléments de la nature, ni des spères qui tournent
je ne suis ni hindou, ni chinois, ni bulgare, ni turc,
ni d'Irak, ni du Khorassan
Mon signe est un non-signe, mon lieu un non-lieu
Je ne suis ni corps ni esprit
Mon âme est l'Esprit des esprits
Lorsque je profère la dualité je vois le monde Un
Je vois Un, je chante Un, je sais Un, le lis Un.

Jalâloddin Rûmî

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Je T'aime de deux amours, l'un tout entier pour l'amour, l'autre parce que Tu es digne d'être aimé.
Le premier c'est de me dépouiller de tout autre que Toi.
Le second c'est d'ôter tous les voiles afin qu'à nu je Te voie.
De l'un ni de l'autre je ne veux être louée. Mais pour l'un et pour l'autre, louange à Toi !

Râbi'a al-'Adawiyya

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Nûna Fâtima bint ibn al-Muthannâ sur Ibn 'Arabi :
« De tous ceux qui viennent me voir, il est le seul à venir entier, ne laissant rien de lui ailleurs. Il faut être là où l'on est de toute sa ersonne. C'est une règle de la voie. »

Ibrâhim ibn al-Adham dit à quelqu'un :
« Ne désirez aucune chose ni d'ici-bas ni de l'au-delà ; mettez le vide en vous pour que Dieu y soit seul dans rien d'autre, et approchez-vous de lui. »


Mots-clés : #religion #spiritualité
par tom léo
le Lun 17 Juin - 22:46
 
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Sujet: Abdelwahab Meddeb
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Mariusz Wilk

Dans les pas du renne

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(avec des éléments de la présentation de l'éditeur)

Avide de découvrir la vie du peuple mystérieux des Saamis - ou Lapons -, Mariusz Wilk a séjourné parmi eux sur la presqu'île de Kola à partir de Décembre 2005, dans le Grand Nord russe. Il en a fait connaissance pendant son séjour sur les îles Solovki (raconté dans « Le Journal d ‘un loup »), à travers les vestiges de leur présence, il y a des millénaires : des labyrinthes mystérieux …Ils constituent probablement le plus ancien peuple nomade de l’Europe. Assoiffé de rencontres et de découvertes, il raconte son arrivée dans la ville de Lovoziéro, ses explorations de la toundra et des montagnes environnantes, et ses longues marches guidées par les pâtres de rennes. Il mêle à ses réflexions des détails sur la vie quotidienne des Saamis, sédentarisés de force par le pouvoir soviétique, et leurs tentatives de préserver malgré tout leurs traditions, leur mythologie et leurs croyances chamanistes. Pour illustrer leur riche imaginaire, l'auteur va jusqu'à nous rapporter une légende saami, Le Conte de la piste écarlate. Les rennes sauvages sont une véritable clé pour comprendre l'âme saami. En suivant leurs traces, Wilk se fraie son propre chemin, cette voie que chacun doit découvrir pour soi-même. L'écrivain voyageur s'aventure dans les antichambres de l'autre monde, dans des paysages qui recueillent les rêves de la Terre, où l'on partage ses propres rêves avec le frère renne. Mais dans cette description de la relation entre l’animal et l’homme, vécu autrefois par les Saamis, on se demande à quel point un retour à ces sources paraissent/deviennent aujourd’hui artificiel. Car il y avait bien eu un éloignement de l’ancienne culture. Est-ce que un retour, même souhaitable, est encore possible ? Est-ce qu’il y a encore des vrais détenteurs de rites etc ?

J’étais ravi de retrouver Mariusz Wilk dans la suite de ses récits précédents, présentés en haut. Oui, il est vrai qu’il y a un fond d’apocalypse ressenti dans certains passages, comme par exemple quand il décrit les conséquences de la sédentarisation forcée des Saamis sous Staline : un nombre incroyable n’arrivait pas à s’y adapter, commettait du suicide ou mourrait de perte de vitalité…

Peut-être est-il normal que Wilk lui-même est devenu aussi un peu, disons, extravagant, sinon même marginal. Il est vrai que nous avons de la peine des fois de comprendre comment on peut s’immerger dans un univers apparemment si déprimant en grande partie. Cela est mystérieux… Et peut s’élever des réactions, des voix un peu « jugeant », par exemple l’Européen « moyen ». Cela est d’un coté compréhensible, d’un autre pas souhaitable.


Mots-clés : #nature #spiritualité #traditions #voyage
par tom léo
le Jeu 23 Mai - 8:08
 
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Sujet: Mariusz Wilk
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Felix Timmermans

La harpe de Saint François

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Titre original: De harp van Sint Franciscus, paru en 1933, roman, 245 pages environ, 15 chapitres, traduction et avant-propos par Camille Melloy.


Que l'exercice de l'hagiographie soit particulièrement ardu, le fait est peu contesté.
Histoire, peut-être, d'ajouter encore de la difficulté, Timmermans choisit celle d'un des saints les plus notoires, l'un de ceux dont l'intercession est toujours invoquée avec la même constance depuis des siècles, et sur lequel il a énormément été écrit (et qui, lui-même, nous a laissé des écrits, et un Ordre toujours bien vivant et actif de nos jours).

Tout ces écrits, Timmermans les a lus, médités. De cette somme de lecture, il dit avec une humilité toute...franciscaine, en guise de conclusion à l'ouvrage:
Ainsi me suis-je représenté ces choses après avoir lu les livres que les savants ont écrits sur cette belle vie.
Ainsi les ai-je vues s'accomplir. Et ces images, je les ai dédiées à ma femme et à mes enfants, au Révérend Giuseppe Pronti, prêtre d'Assise, et à quelques humbles gens de notre rue, en l'honneur de saint François.

Complétons un peu cet assaut de grande modestie (normale, vu le sujet):

- Tenter d'appréhender la mystique à l'approche de François ne l'effarouche guère, il n'élude pas le thème, ni le réduit à une observation clinique, encore moins à un foisonnement cédant au merveilleux, au fantastique, à l'imaginaire (bref lles travers les plus pénalisants sont évités).

- L'historicité comme discipline technique n'est pas le but de l'ouvrage, toujours est-il qu'autant qu'il me soit donné de pouvoir en juger, Timmermans reste toujours en phase avec celle-ci, comme un cadre imposé, mais ne réduit jamais son propos à l'"approche historique de...".
Peut-être un point ou deux (mineurs) me font tiquer, comme le fait que la mère de François était provençale et non française, ce qui était très distinct à l'époque, et que donc lorsque, jeune, il s'envisageait troubadour (et non trouvère comme indiqué) c'était en provençal et non en français qu'il chantait, langue dans laquelle il entonnera psaumes et cantiques par la suite.

- Tendresse, délicatesse, poétique rurale et naturaliste, humilité, petites gens, pauvreté -grande qualité des cœurs simples, sont les grands ingrédients de sa recette (autant de qualificatifs qui jalonnent, si j'ai bien compris son œuvre). Seul bémol sur son approche, à mon humble avis, elle est à tout le moins doloriste (à l'excès ?).

- Quand Timmermans veut bien desserrer le frein à main du lyrisme (il ne le fait jamais longtemps, du moins jamais assez longtemps à mon goût), le peintre qu'il est aussi n'est jamais loin, et nous avons là des passages de haute tenue qui donnent envie de se plonger plus avant dans ses écrits, comme:

Chapitre 8, Une couronne de roses et d'épines a écrit:
Un tournoi venait de finir, un autre allait commencer. Les trompettes allaient sonner, lorsque tout à coup, sans être invité ou attendu, un petit moine se tint debout au milieu de l'arène. Les spectateurs étaient surpris, mais avant qu'on eût pu crier un mot pour ou contre, François se mit à chanter la strophe d'une ballade, puis à prêcher sur la grande valeur d'une vie pénitente. Il était là, hirsute, émacié, déguenillé, - parlant et criant à toute cette noblesse et tous ces maîtres du pays. Ses gestes étaient vifs, sa voix aigüe, et par moments son ardeur l'emportait à tel point qu'il dansait presque. Et tous l'écoutèrent - comme on écoute le tonnerre et la musique, dans un silence tel qu'on entendait frissonner les bannières et les oriflammes dans l'air. Il y eut des larmes, des paupières baissées, des cœurs battants,  des soupirs. Et lorsqu'il s'en alla, ce fut dans un grand enthousiasme d'ovations et de voiles agités.  


Sur la richesse de sa palette descriptive, richesse contenue, non foisonnante, précise, efficace, Timmermans-peintre ne faisant qu'un avec l'écrivain - comment ne pas évoquer les peintres flamands, surtout lesdits "primitifs":

Chapitre 6 Des poètes par douzaines a écrit:
La nuit tombée, la pluie redoubla. Les gouttes égrenaient d'interminables rosaires à travers le toit sur leurs capuchons, sur leurs pieds nus, dans le petit feu fumant de bois humide. À certains moments, la fumée était si épaisse dans la cabane qu'il valait encore mieux se tenir dehors, sous la pluie. Mais frère Genièvre agitait son manteau pour dissiper la fumée. François proposa une belle méditation sur la pauvreté de la Sainte Vierge; ils récitèrent et chantèrent ensuite quelques psaumes; enfin, ils se couchèrent: il leur suffisait, pour être au lit, de s'étendre où ils se trouvaient. L'âcre fumée du petit feu demeura suspendue sous le toit. Par les fentes, l'eau tombait, avec un bruit mat, sur leur bure mince. La nuit grimpait lentement sur la terre.  






Mots-clés : #biographie #historique #moyenage #religion #spiritualité
par Aventin
le Sam 27 Avr - 16:15
 
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Sujet: Felix Timmermans
Réponses: 10
Vues: 1127

Louis Owens

Même la vue la plus perçante
(en exergue : Invisibles, les flèches de la mort volent en plein midi ; même la vue la plus perçante ne peut les discerner. Jonathan Edwards)
Tag spiritualité sur Des Choses à lire Meme-l10


Une histoire qui débute par la recherche d’un corps, la victime et de l’assassin. Mais en fait deux des personnages, le shérif-adjoint Mundo Morales et le frère de la victime, Cole Mc Curtain  découvriront leur « identité »  dans leurs  recherches.

Savoir d’où l’on vient, quelles sont nos origines, notre culture   :  c’est ce qui changera à jamais la vie de ces deux hommes.

Quelle part  colore la peau d’un être ? signe distinctif dans ce pays et ces régions où la couleur de peau est incriminée, rejetée.  

Quelle part de nos ancêtres dans notre âme ?

La spiritualité des Choctaws est particulièrement complexe, vivante alors que paradoxalement les morts semblent réclamer mais aussi offrir plus.


C’est une histoire empreinte de spiritualité, celle des Choctaws et de tous ceux, métis notamment de cette ethnie  indienne ou autres, dont les racines s' y retrouvent.

Les morts s’invitent dans la vie  des  vivants auxquels ils apportent leur sagesse,  car « même la vue la plus perçante » ne peut voir si le cœur et l’âme ne voient pas ;  savoir vivre c’est avant tout savoir regarder et voir.


Je vois aussi dans ce livre une critique sur la guerre, là particulièrement celle du Vietnam  d’où sont revenus abimés  psychiquement  beaucoup de soldats et  plusieurs des personnages sont des anciens soldats.

C’est une lecture intéressante  sur  l’identité et la spiritualité des indiens Choctaws et plus particulièrement sur leur respect et manière de traiter leurs morts.
L’auteur a puisé dans sa vie, sa famille, dans son vécu, pour ce livre (mon premier de l’auteur) c’est évident.

Je prévois une autre rencontre avec l’auteur.

mots-clés : #amérindiens #guerre #identite #polar #spiritualité #traditions
par Bédoulène
le Mer 2 Jan - 14:19
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Louis Owens
Réponses: 3
Vues: 368

Jérôme Ferrari

A son image

Tag spiritualité sur Des Choses à lire A_son_12


Originale: Français, 2018

CONTENU :
Le point de départ est rapidemment raconté : Antonia a 38 ans, elle est photographe avec des expériences lors de la guerre en Ex-Yougoslavie. Après une dizaine d’années elle rencontre en Août 2003 à Calvi/Corse à nouveau Dragan, un soldat serbe, et prolonge son séjour court. Tôt le matin, fatigué, elle veit rentrer vers le Sud de l’île, chez ses parents, mais elle aura un accident mortel.

Das la forme d’un Requiem pour la morte des morceaux et images de la vie et du faire de la décédée viendront dans la tête du prêtre célébrant, son parrain. Et on se rappelle aussi du nationalisme corse, de la violence de guerres différentes et des relations au moins ambigues et multiples entre photographie, image, réalité et mort...

REMARQUES :
Ce nouveau roman de Ferrari est à nouveau à multiples couches et niveaux, agilement conçu. Mais derrière une apparente multitude de sujets et de lieux d’action on retrouve quelques fils conducteurs, quelques accents communs, liés entre eux d’une façon assez impressionnants.

Lieu et aussi cadre temporaire principaux de nombreux chapitres sont le jour de l’enterrement d’Antonia. Nous prenons en large partie la perspective du prêtre, son cousin et parrain de 17 ans plus âgé qu’elle. Il était depuis toujours proche d’Antonia, et ses pensées retournent à différents moments clés de la vie de sa cousine : comment elle recevait à travers lui sa première caméra, dirigeant à la suite sa vie comme d’abord journaliste locale, pis reporter de guerre en Bosnie. Y sont intercalés par exemple deux chpitres historiques sur des photographes de guerre du Xxème siècle, avec leurs questionnement autour de la reconstitution de la « vérité/réalité », un service imposé par les autorités ET aussi la mise à nu des violences, des absurdités qui resulte en accusation et refus. Et toujours, par rapport à la photographie, et au-délà, la question de la relation entre réalité et image, peut-être aussi : entre vie en mouvement et instant gelé (=mort), entre exigence et réalité.

Autre sujet fort du livre (on admire quand même le culot de Ferrari…) les relations complexes d’Antonia avec le nationalisme corse, montré dans ses contradictions, voir sa ridiculité...

Et mine de rien, en prenant le Réquiem comme guide extérieur de l’assemblage des chapitres, et les pensées du prêtre célébrant comme point de vue, nous approchons une autre vie complexe dans sa lutte avec l’absurdité, le non-sens de la mort innocente d’Antonia : face à la foi, il ne trouve pas de réponses, mais un immense lassitude. La description de la vie intérieure de ce prêtre est – à mon avis – encore un signe de la complexité des questionnements de Ferrari, et aussi d’une forme de « spiritualité » qu’il faudrait pas trop vite nommer et vouloir coincer dans des définitions. Très fort ! Dans ce contexte on pourrait peut-être comprendre le titre aussi comme un rappel discret à l’énoncé sur la création « à son image »…

Il est probablement impossible de rendre toute la complexité et richesse du roman dont je fus conquis ! Bravo !

mots-clés : #guerre #spiritualité
par tom léo
le Mar 23 Oct - 18:58
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Jérôme Ferrari
Réponses: 13
Vues: 840

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