Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 14 Juil 2020 - 23:13

33 résultats trouvés pour théâtre

Yves Ravey

Tag théâtre sur Des Choses à lire Livre_10

Dieu est un steward de bonne composition

Editions de Minuit a écrit:Le dancing Chez Malaga est en émoi. Alfredo, le fils de la patronne est de retour après seize ans passés à l'étranger.
Mais Alfredo ne revient pas dans la seule intention de revoir ses proches. Il doit récupérer un document de la plus haute importance.


J'ai choisi de lire cette pièce en apprenant que Jean-Michel Ribes, que j'estime sans bien le connaître, s'est chargé de la mise en scène, ce qui m'a paru de bon augure. L'intrigue tient à rien, et l'on se moque du document qui motive le retour du fils. La pièce m'a rappelé La visite de la vieille dame de Dürrenmatt, et plus lointainement, Ghelderode. Ce qui doit advenir ne compte pas : tous les regards sont dirigés vers le passé, toutes les conversations le ruminent et le découvrent par pans. L'action de la pièce est terminée avant que celle-ci commence, il n'en manque que le dénouement. C'est une pièce à l'arrêt, une ronde poussive autour d'un personnage dérobé, une tragédie exsangue. Les caractères recréent par le dialogue les tensions de cette intrigue presque achevée qu'ils se révèlent les uns aux autres, et à nous, lecteurs. Il faut reconnaître à Yves Ravey, je n'ose pas affirmer un talent (il faudrait pour cela que je lise un autre de ses livres), mais un certain savoir-faire de dialoguiste. La plupart du temps, peut-être au détriment du sens, le style est naturel (bien qu'artificiel de bien des manières) : les phrases s'enchaînent sans heurts, portent juste, et la semi-oralité est correctement négociée. Artificiel, car certaines répliques sont comme rêvées (elles sonneraient faux prononcées nettement dans le dialogue), il s'y trouve un léger ton d'irréel, comme une sécrétion de la mémoire qui travaille, du passé qui vient au jour. Mais ces réminiscences (peut-être la trace de la logorrhée qui te fait fuir, @Tristram ?) ne sont pas envoûtantes, elles possèdent une dimension romanesque qui en rend la lecture assez agréable. Il y a en outre chez cet auteur une affection pour le vieillot, une nostalgie du passé qu'il place chez l'un de ses personnages mais que je soupçonne être à lui (après la lecture de quelques pages du Cours classique, dans un cadre qui semble emprunté au Petit Nicolas). J'aime croire que cela lui vient de ses origines franc-comtoises. J'ajoute par scrupule, car ça ne m'a guère intéressé, que l'un des sujets principaux de la pièce est celui de l'exil (l'identité de l'exilé).

Une remarque importante pour qui serait intéressé : ne soyez pas influencé (en bien ou en mal) par la couverture, il n'y a que peu de traces du "maniérisme de Minuit".

Je vous parlais des coiffeuses. C’est comme les caissières, il y en a de nouvelles, un lot, chez Billa, deux rues plus loin direction le cimetière, dans le nouveau magasin. Vous ne le connaissez pas ce magasin-là, monsieur Alfredo, il n’empêche, vous en avez de nouvelles. Par cinq elles arrivent. Vous savez que certaines ne savent même pas vous débiter une tranche de jambon...? Le client dit : « Je voudrais du jambon sec. » Elle vous découpe un morceau d’un centimètre d’épaisseur avec la machine à jambon, alors le client lui dit : « Madame, je ne vais pas payer deux cents euros pour une tranche de jambon, je voulais un demi-millimètre d’épaisseur, pas un centimètre, vous avez déjà vu du jambon de Parme épais comme une planche de contreplaqué? C’est du bois, de la sciure solidifiée, ça fait cher le mètre carré, un bois pareil, c’est du sapin, nom de dieu. » Et elle est là, elle vous regarde les yeux en chien de faïence.


Ni tout à fait séduit, ni irrémédiablement rebuté, la prochaine fois je lirai un de ses romans.


Mots-clés : #exil #famille #huisclos #immigration #théâtre
par Quasimodo
le Dim 3 Mai 2020 - 14:24
 
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Sujet: Yves Ravey
Réponses: 27
Vues: 422

Charles Péguy

Je pense que bien peu de monde lit encore Péguy : catholique, nationaliste, belliciste, étendard de la France pétainiste, l’écrivain n’est pas fait pour séduire les jeunes générations. Et pourtant ! Le penseur est aujourd’hui revendiqué par des personnalités aussi différentes qu’Edwy Plenel ou Alain Finkielkraut ! Mais l’écrivain, le poète...
En ce qui me concerne, la récente vision des deux films de Bruno Dumont : « Jeannette » et « Jeanne » m’a rappelé la grande beauté de la poésie de Péguy.

Jeanne d'Arc

Tag théâtre sur Des Choses à lire Jeanne10

« Jeanne d'Arc » est donc un drame de trois pièces écrit par Péguy en 1897 sous le pseudonyme de Pierre Baudouin (boursier d’agrégation, il ne peut écrire sous son propre nom). C’est la première œuvre importante de l’auteur. En trois pièces, « Domremy », « Les Batailles » et « Rouen » elle retrace trois épisodes importants de la vie de Jeanne d’Arc. Autant vous le dire tout de suite, ce texte est très difficile à se procurer. Vous trouverez facilement le « Mystère de la Charité de Jeanne », mais « Jeanne »… A part la Pléiade ! Et c’est dommage !
La dédicace de l’ouvrage donne tout de suite le ton. Il n’est pas inintéressant de préciser qu’à cette époque, Péguy est socialiste et athée.


« A toutes celles et à tous ceux qui auront vécu,
A toutes celles et à tous ceux qui seront morts pour tâcher de porter remède au mal universel ;
En particulier,
A toutes celles et à tous ceux qui auront vécu leur vie humaine,
A toutes celles et à tous ceux qui seront morts de leur mort humaine pour tâcher de porter remède au mal universel humain ;
Parmi eux,
A toutes celles et à tous ceux qui auront connu le remède,
c’est-à-dire :
A toutes celles et à tous ceux qui auront vécu leur vie humaine,
A toutes celles et à tous ceux qui seront morts de leur mort humaine pour l’établissement de la République socialiste universelle,
Ce poème est dédié.
Prenne à présent sa part de la dédicace qui voudra »


Basée sur des phénomènes de répétition, de monumentalité, la poésie de Péguy est ample, puissante et prend volontiers un côté épique qui l’apparente aux œuvres antiques : "L’Iliade", « Les Perses » d’Eschyle…
Elle est à l’image d’une vague régulièrement redoublée qui vient tout recouvrir en poussant au plus loin :

« Les marteaux écrasaient les casques et les crânes ;
Les flèches se glissaient aux cuirasses de fer ;
Les marteaux écrasaient les casques et les crânes ;
Les haches entaillaient la cuirasse et la chair.

Et j’étais chef de guerre, et tous ces marteaux-là
S’abattaient et broyaient pour m’obéir, à moi ;
J’étais chef de bataille, ô Dieu ! ces haches là
Taillaient et retaillaient pour m’obéir, à moi :

J’ai connu la douleur d’un chef de guerre. »


«  Mais l’Enfer sera clos sur ta Prière aussi,
Et vous, Dépossédés éternels d’Espérance,
Clamerez la Prière éternellement vaine,
Clamerez la Prière éternellement folle ;

Et les hurlements fous d’éternelle souffrance,
Et les hurlements fous d’éternelle prière
Seront comme un silence au flot de la souffrance

Noyés comme un silence au flot de la souffrance :

Car ta mort éternelle est une mort vivante,
Une vie intuable, indéfaisable et folle ;
Et dans l’éternité tous les hurlements fous,
Tout le hurlement fou de souffrance et prière
Sera comme un silence… »


« Alors commencera l’étrange exil sans plage,
L’étrange exil d’absence où vous n’êtes pas là,
La savoureuse absence, et dévorante et lente
Et folle à savourer, affolante et vivante…

Je me sentirai folle à savourer l’absence
Et vivante en folie et folle à tout jamais… »


«  Mon frère, « L’Esprit souffle où il veut » ; l’Esprit souffle quand il veut ; l’Esprit souffle comme il veut ; là où est l’Esprit, là est la liberté, l’entière indépendance. »


Péguy campe une Jeanne qui pourrait être proche de cette jeune femme de l’histoire à qui sainte Marguerite, sainte Catherine et saint Michel ont ordonné de libérer la France des Anglais.
Il en montre la volonté farouche

«  Les hommes ne valent pas chers, madame jeanne ; les hommes sont impies ; les hommes sont cruels, pillards, voleurs, menteurs ; ils aiment la ripaille : c’est bien triste à dire, mais ils sont ainsi, et pendant cinquante ans que j’ai passé ma vie avec eux, mon enfant, c’est toujours ainsi que je les ai connus.
JEANNE
- Mon maître, les hommes sont comme ils sont ; mais il nous faut penser, nous, à ce qu’il faut que nous soyons. »


« Mais à présent que je serai maîtresse de moi, je vous assure, maître Jean, oui je vous assure que je ne dirai plus de mensonges, à présent !
Non ! je ne dirai pas la parole menteuse, et je ne sais pas si j’irai loin, mais je sais bien que je marcherai droit. »


Mais aussi les faiblesses, les doutes, la peur…

« J’aurais mieux fait de filer tranquille. Tant qu’il n’y aura pas eu quelqu’un pour tuer la guerre, nous serons comme les enfants qui s’amusent en bas, dans les prés, à faire des digues avec de la terre. La Meuse finit toujours par passer par-dessus. »


« Mais j’avais peur ;… j’avais peur de la partance,… peur de la bataille,… peur de la défaite,…et je crois bien de la victoire aussi ;… J’avais peur de tout ;… et d’abord j’avais peur de moi, car je me connaissais, et je savais bien qu’une fois partie j’irais jusqu’au bout ;… j’avais peur comme une bête ; et j’étais seule sous ma désobéissance, et j’étais malheureuse, et mon âme s’étouffait sous la désobéissance lourde,… et j’avais peur, j’avais peur, j’avais peur… »



C’est la dure loi de la guerre

« Mais cette piété-là, même, c’est trop beau pour que ça dure. Je connais les soldats, moi : ils sont entrés dans la dévotion parce que c’était du nouveau, parce que ça les reposait du pillage, et de ce qui s’ensuit. C’est comme le vrai carême pour les vrais gourmands. Ca va durer l’espace d’un carême… »


« Oui, ces hommes qui ne vivent que de la guerre, qui ne vivent que par la guerre, qui ne vivent que pour la guerre, qui ne respirent que la guerre, qui ne jouissent que de la guerre, et par elle, vous allez leur vanter les bienfaits de la paix ! ».


Et cette formule, dieu délivrez-nous des imbéciles, je l’appliquerais volontiers à certaines personnes de l’administration…

«- Oh ! les imbéciles ; ce sont eux qui retardent tout, ceux qui entravent tout, eux qui empêchent tout de réussir. Et très finement ils découvrent après cela qu’il y a des entreprises qui ne réussissent point, que la vie est ainsi ; et comme des docteurs, avec des airs de sage, ils veulent bien nous enseigner leur découverte, et que nous finirons bien par nous lasser, nous aussi… Mon Dieu sauvez-nous de ceux qui sont fins, sauvez-nous de ceux qui savent la vie ; mon Dieu sauvez-nous des imbéciles. »


Peut-être inattendu dans un climat semblable, il y a beaucoup d’humour chez Péguy, humour noir bien sûr dans ce contexte…

« GILLES DE RAIS
- Les Anglais n’auraient pas été furieux. Ils n’auraient pas été aussi bêtes que ça ; ils n’auraient pas commencé par tuer les femmes ; on ne peut plus s’en servir quand on les a tuées
Après réflexion
… c'est-à-dire que l’on peut encore se servir d’elles, quand elles sont mortes, seulement…
RAOUL DE GAUCOURT
… Seulement il faut laisser ça aux sorciers. Vous n’êtes pas sorcier ? monsieur de Rais.
GILLES DE RAIS
- Non messire : pas encore… »


«  Malheureusement c’est un métier qui s’en va : si vous saviez comme on en voit, à présent, des questionneurs qui gâchent la besogne, des maladroits, qui tuent les hérétiques sans que cela serve à les sauver. »


«  MAITRE FRANCOIS BRASSET
- Qu’est-ce qui fait le plus d’effet ? dans tout ça, maître Mauger
MAUGER LE PARMENTIER
- On ne peut pas dire, maître François, parce que c’est difficile à comparer… Et puis ça dépend des personnes… Enfin, avec le brodequin, la souffrance est plus pénétrante, plus entrante, plus fausse, plus faussante ; elle porte mieux au cœur ; et surtout on a mieux la force de la sentir… Avec l’eau, la souffrance est plus large, plus envahissante, plus troublante ; c’est à peu près comme de se noyer, seulement on peut respirer, après chaque fois. »


« LE PREMIER
- Oui : on dit qu’elle a voulu faire la guerre à monsieur saint Georges pour faire plaisir à saint Michel, et que c’est pour ça qu’elle est en prison.
LE DEUXIEME
- Ca ne m’étonne pas : c’est toujours comme ça, les affaires des saints. »


« - Moi, je n’aime pas voir brûler des hérétiques, parce que, quand on est du côté du vent, ça sent la graisse brûlée. »



Mots-clés : #guerre #historique #moyenage #poésie #théâtre
par ArenSor
le Dim 29 Mar 2020 - 20:21
 
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Sujet: Charles Péguy
Réponses: 9
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José Zorrilla

José Zorrilla
(1817-1893)

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José Zorrilla y Moral, né à Valladolid le 21 février 1817 et mort à Madrid, 23 janvier 1893 (à 75 ans) est un écrivain, et poète ainsi que l'un des principaux dramaturges espagnols du XIXe siècle.
Dans ses Souvenirs du temps passé (Recuerdos del tiempo viejo, 1880-1883), Zorrilla rapporte plusieurs anecdotes de son existence besogneuse et mouvementée. Un poème qu'il lit sur la tombe de Larra (1837) lui acquiert d'emblée la célébrité. À Madrid, il écrit dans les journaux, publie des recueils poétiques, fait représenter plusieurs drames. Il se rend en France (1850), puis au Mexique (1855) où il bénéficie de la protection de l'empereur Maximilien. Il revient en Espagne, séjourne à Rome et en France de nouveau ; il se consacre activement à la littérature, est élu à l'Académie. En 1889, il reçoit à Grenade une couronne d'or qui consacre sa gloire littéraire.

Wikipédia et Encyclopædia Universalis

Bibliographie (non exhaustive, et en espagnol)

Poèmes narratifs

Grenade (poème oriental, précédé de La légende d'Al-Hamar), 1852
La légende du Cid (1882)

Théâtre

Vivir loco y morir más, 1837.
Ganar perdiendo, 1839.
Cada cual con su razón, 1839
Lealtad de una mujer y aventuras de una noche, 1839
El zapatero y el rey, 1840
El eco del torrente, 1842.
Los dos virreyes, 1842.
Un año y un día, 1842.
Sancho García, 1842.
Caín pirata, 1842.
El puñal del godo, 1843.
Sofronia, 1843.
El molino de Guadalajara, 1843
La oliva y el laurel, 1843.
Don Juan Tenorio, 1844
La copa de marfil, 1844
El alcalde Ronquillo, 1845.
El rey loco, 1846.
La reina y los favoritos, 1846.
La calentura, 1847 (suite de El puñal del godo)
El excomulgado, 1848
La Creación y el Diluvio Universal, 1848
Traidor, inconfeso y mártir, 1849
El caballo del rey Don Sancho, 1850
El encapuchado, 1870



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Don Juan Tenorio

Don Juan Tenorio, parfaitement inconnu en France, est un symbole national en Espagne et un véritable mythe en Andalousie. Je ne vois guère que Cyrano chez nous à pouvoir lui être comparé, dont il possède le panache romanesque, les morceaux de bravoure et la verve cavalière. Fondé sur l’histoire édifiante de Miguel de Mañara, suivant d’assez près le drame de Dumas (également méconnu en France), ce Don Juan est construit en deux parties dont l’une présente les funestes exploits de son héros, et l’autre sa spectaculaire rédemption. La première partie est la plus longue et la plus spécifiquement dramatique ; duels, paris, coups de théâtre, trahisons, anathèmes se succèdent ; les personnages courent d’auberges en couvent, de cours secrètes en garçonnière, et du sinueux quartier juif de Séville jusqu’au Guadalquivir. Don Juan mène ses intrigues tambour battant, distribuant libéralement pièces d'or et coups d'épée, tandis que son rival malheureux, débauché moins parfaitement doué, se trouve pris et broyé par le formidable engrenage.
La seconde partie met en scène le rachat de Don Juan, cinq ans après les faits de la première partie. L’ambiance est nettement différente : la première partie empruntait au genre du roman d’aventures et aux pièces d'Hugo et de Musset ; celle-ci est l’héritière d’une tradition baroque et des peintures de vanités, ainsi que du conte fantastique (on songe volontiers au Cantique de Noël de Dickens), et se distingue par ses accents élégiaques. Le douloureux cheminement intérieur de Don Juan Tenorio, fait de reculs, de trébuchements et de ruades qui rappellent quelque peu le Sigismond de Calderón, est initié par la visite des fantômes de ses victimes, parmi lesquels la statue du Commandeur qui le prie à souper. Contre la terrible figure de pierre et devant l'enfer tout prêt à l'accueillir, Doña Inés, image de «l'éternel féminin», obtient en définitive la rédemption du pécheur.

N'ayant pas la moindre notion de métrique espagnole, j'ai découvert cette pièce comme un enfant découvre Cyrano ou Le Cid, en me laissant porter par la pompe des rimes, les étonnantes contorsions de la syntaxe et les fulgurances des monologues.
Pour donner une petite idée :

Partout où je fus,
Je piétinai la raison,
Raillai la vertu,
Outrageai la justice
Et subornai les femmes;
Aux cabanes de pêcheurs je descendis,
Les palais je gravis;
J'escaladai les cloîtres,
Et en tous lieux je laissai
De moi un souvenir amer.
Il n'y eut ni heure ni lieu
Que je reconnusse sacrés
Ni qui fussent respectés par mon audace;
Pas plus que je ne me souciai de distinguer
Le laïc du prêtre.
Je provoquai qui je voulus,
Avec qui le voulut, je me battis,
Et jamais je ne crus
Que pût me tuer, moi,
Aucun de ceux que je tuai.

Por dondequiera que fui
la razón atropellé,
la virtud escarnecí,
a la justicia burlé,
y a las mujeres vendí.
Yo a las cabañas bajé,
yo a los palacios subí,
yo los claustros escalé,
y en todas partes dejé
memoria amarga de mí.
Ni reconocí sagrado,
ni hubo ocasión ni lugar
por mi audacia respetado;
ni en distinguir me he parado
al clérigo del seglar.
A quien quise provoqué,
con quien quiso me batí,
y nunca consideré
que pudo matarme a mí
aquel a quien yo maté.


(Désolé, ça sent fort le labeur parce que c'est une adaptation maison)


Mots-clés : #amour #aventure #corruption #sexualité #théâtre
par Quasimodo
le Sam 29 Fév 2020 - 21:18
 
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Sujet: José Zorrilla
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Mikhaïl Boulgakov

Le roman de monsieur de Molière

Tag théâtre sur Des Choses à lire Le-rom10


Il s'agit d'une biographie romanesque, où l’importance du vécu dans la création chez le fameux dramaturge m’a marqué ; il est vrai que la part de l’observation, sans même parler d’autobiographie, ne peut être que majeure chez un satiriste, a fortiori doué d'autodérision.
Passage notoire chez les précieuses ridicules, terrain particulièrement propice à l’ironie de Boulgakov :
« Il y eu Bossuet, qui se rendit par la suite célèbre en ne laissant pas passer un cadavre de quelque renommée en France sans prononcer sur la tombe de celui-ci un sermon inspiré. »

En connaisseur, Boulgakov se permet une appréciation personnelle :
« Molière avait bien raisonné : les censeurs du roi ignorent que tous les remaniements qu’on peut apporter à une œuvre ne changent pas d’un iota son sens profond et n’affaiblissent en rien l’indésirable influence qu’elle peut avoir sur le spectateur. »


Mots-clés : #ancienregime #biographie #historique #théâtre
par Tristram
le Ven 16 Aoû 2019 - 13:09
 
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Sujet: Mikhaïl Boulgakov
Réponses: 9
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Philippe Claudel

Compromis

Tag théâtre sur Des Choses à lire 31ijl010

Originale : Français, 2019

Présentation de l'éditeur Présentation de l'éditeur a écrit:Deux amis de trente ans dans un appartement vide. L’un est un comédien médiocre, l’autre un dramaturge raté. Le premier vend l’appartement et a demandé au second d’être présent lors de la signature du compromis, pour rassurer l’acheteur. Car s’il écrit de très mauvaises pièces, il a tout de même un visage rassurant. C’est sa grande qualité. La seule ? On attend l’acheteur. D’ailleurs, acheteur ou pigeon ? En l’attendant on parle. On se flatte. On se caresse. On se moque. On se taquine. Cela glisse peu à peu. On se blesse en se lançant à la face ce que l’on retient depuis longtemps. Et l’acheteur finit par arriver, qui va assister à un règlement de comptes, farcesque mais sans concession, entre les deux amis. Va-t-il en demeurer le spectateur, en devenir l’arbitre ou en être au final la seule victime ? La vie nous réserve tant d’occasions de nous compromettre pour garder le peu qu’elle nous donne, et parmi cela l’amitié, qui se nourrit bien souvent de compromis.


REMARQUES :
Il s’agit bien d’une pièce créée en Janvier 2019 au Théâtre des Nouveautés à Paris, jouée par Pierre Arditi, Michel Leeb et Stéphane Pizerat, mise en scène par Bernard Murat. Le cadre – un appartement vide que l’un des deux protagonistes du début, l’ami Denis, veut alors vendre. On attend le vendeur… L’histoire se situe dans la semaine avant les élections du Mai 1981, juste après le débat télévisuel entre Mitterand et Giscard. Et les deux artistes rêvés se mettent à délirer de la libération proche, des signes de solidarité, de la victoire de l’humanisme. A voir si cela arrive vraiment à pénétrer leur vie à eux ?

Car Martin pressent que sa présence de témoin tranquille cache quelque chose de louche. Et il s’échauffera… S’ensuit une suite rocambolesque de volte-face, de virages, de changement de perspectifs, incluant plus tard l’acheteur présent. On traverse toutes les palettes des émotions, et c’est très bien fait. Si bien qu’on se perd presque dans les argumentations à la fois grotesque, enjouées et loufoques. Indescriptibles.

Où est le jeu, la prétention ? Où la vérité, la conviction ? Qu’est-ce qui va encore changer notre perception de ce qui se passe ? Quelle comédie alors...?!

Pas mal de tout ! Une lecture rapide et agréable sans être alors un chef d’oeuvre !


Mots-clés : #théâtre
par tom léo
le Mar 18 Juin 2019 - 22:03
 
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Sujet: Philippe Claudel
Réponses: 59
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John Millington Synge

La Source des saints

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Il a fallu que j’aille voir dernièrement la pièce « La Source des saints », mise en scène par Michel Cerda, excellente au demeurant, pour que j’entende parler de John Millington Synge. Pourtant, c’est un auteur qui tient une place  importante dans les pays anglo-saxons, mais qui reste pratiquement inconnu en France. L’une des raisons est probablement la difficulté de traduction de ses pièces, écrites dans un mélange d’anglais et de gaélique.
Noëlle Renaude s’est donc efforcée de donner une nouvelle traduction de « La Source des saints » (dite aussi « La Fontaine des saints ») en essayant de respecter au mieux le phrasé particulier de l’auteur :

« Les croisements illimités des mots très concrets, je jeu de combinaisons des phonèmes, pris dans une syntaxe déréglée, créent une matière illicite : rien ne s’énonce comme il faut, chez Synge. On ne parle pas droit. On se débrouille avec le peu de moyens dont on dispose…
Faire entendre la langue de Synge dans la nôtre, c’est ce que j’ai tenté, cherchant à reproduire ces petits sons, monosyllabiques souvent, onomatopées, cris de bêtes, sifflement de vents, molécules de matière, les pulsant en respectant trous d’air, hiatus, apnées, souffles, allitérations… »

Le résultat est probant à la lecture, un peu moins à la représentation lorsqu’on n’est pas averti de la particularité de la langue (certaines personnes sont parties au cours de la représentation, alors qu’il aurait suffi d’un mot d’explication au préalable).

« La Source des saints » est l’histoire d’un couple d’aveugles, Mary et Martin Doul, vieux et moches, qui vivent de mendicité en occupant un croisement de routes. On pense tout de suite à Godot ; rapprochement tout à fait pertinent puisque Synge a été une des principales sources d’inspiration pour le jeune Beckett ! Un jour arrive dans ce coin perdu d’Irlande, un « saint homme », personne ambigu, entre illuminé ravi et faux prophète. Il apporte une fiole d’eau récoltée à la fontaine des saints, eau miraculeuse ayant le pouvoir de guérir quantité d’infirmités dont la cécité.
Mary et Martin retrouvent la vue ; mais c’est pour se voir comme ils sont, eux qui se croyaient jeunes et beaux. Du coup, ils ne se supportent plus, se battent et se séparent.
Ils vont être également confrontés à la dure loi du travail, allant de désillusions en désillusions. Martin va nourrir de vains rêves de bonheur en courtisant la jeune et belle Molly, promise au maréchal-ferrant.

« Il est âpre, brutal le jour qu’on a chaque jour, au point que j’y songe oui pour l’aveugle c’est un bien de ne pas voir ça ces nuages là qui roulent sur le mont, puis de ne pas tomber sur les gens avec leurs rouges nez, ton nez à toi tiens, mon Dieu, toi le maréchal. »


« Un homme ça lui est rude d’avoir sa vue, si vit près d’un comme toi, ou époux d’une épouse, puis ça doit lui être rude j’y songe oui au bon Dieu tout puissant de regarder le monde aux mauvais jours, puis les hommes comme toi qui vont qui viennent sur lui, puis qui dérapent tout partout dans la boue. »


Rapidement le jour s’obscurcit, Mary et Martin reviennent à leur cécité. Mais le saint homme repasse dans la région et  leur propose une seconde onction qui celle-là sera définitive.
Martin refuse de retrouver la vue et jette au loin la fiole d’eau miraculeuse. Le couple, revendiquant la cécité, part vers le sud

« On y va c’est sûr, car si pour certains de vous c’est bien d’être là à travailler puis à suer comme lui le maréchal, et puis certains de vous d’être là et à faire maigre puis oraisons puis discours sacrés comme vous, c’est bien aussi mon avis d’être là accroupi, aveugle à écouter un vent doux retourner ci là les petites feuilles de printemps puis sentir le soleil, puis pas se tourmenter nos âmes à la vue des jours gris, puis des saints hommes, puis des pieds crasseux que ça piétine le monde. »


« Poussez-vous là vous les chiennants, ou plus d’un y aura sait-on qu’aura sa tête en sang de la tannée de mon bâton. Poussez-vous là, puis ne soyez pas apeurés allez ; on s’en va nous deux aux villes du sud, où les gens ils auront bonnes voix sait-on, puis leurs sales têtes ou leur infamie on n’en saura rien de rien. »

Ce court texte à l’humour grinçant, en dehors de ses qualités de langue, dont les extraits ci-dessus peuvent peut-être donner une idée, aborde un nombre important de questions fondamentales : la normalité et le handicap, plus largement la normalité et la marginalité, le réel et l’imaginaire, la société avec ses contraintes et la liberté, la vieillesse /laideur et la jeunesse/beauté, le rôle de la religion, de la fausse-religion…
Au sortir de la représentation, un ami, prof de Lettres, m’a dit que c’était un étrange mélange de Claudel et de Beckett. Ce n’est pas faux ! Very Happy


Mots-clés : #identite #social #théâtre
par ArenSor
le Jeu 25 Avr 2019 - 19:57
 
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Sujet: John Millington Synge
Réponses: 5
Vues: 329

Nathalie Azoulai

Tag théâtre sur Des Choses à lire 41y-4y10

Titus n’aimait pas Bérénice

Alors je suis mitigée. J’ai apprécié toute la partie sur la biographie de Racine dont je ne connaissais pas la vie. Elle écrit bien cette histoire. C’est subtil et elle sait bien nous faire remonter dans le temps. Mais dès qu’elle parle de la romance de Titus et Bérénice, elle tombe dans une sentimentalité grossière et plate.

Le fait que Bérénice se console en lisant du Racine, en se plongeant dans l’histoire de sa vie est intéressant mais je n’ai compris le lien qu’à moitié. Mes amis très intelligents pourraient peut-être m’éclairer ? S’ils l’ont lu.

Mais enfin tout le monde a le droit de se consoler comme il peut et ce doit  pas toujours être logique.


Mots-clés : #amour #ancienregime #théâtre
par Pia
le Lun 15 Avr 2019 - 8:01
 
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Sujet: Nathalie Azoulai
Réponses: 1
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Daniel Pennac

Mon  frère

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Bernard, son grand frère qui l'a tant protégé enfant, avec qui, adulte  il a partagé des parties d'échec, des ballades avec leurs chiens, beaucoup d'amour et peu de confidences, est mort il y a seize mois. Quoique d'une riche personnalité, c'était un type plutôt en retrait, ce que lui reprochait son épouse,  et c’est sans doute cela qui a poussé Daniel Pennac à mettre Bartleby en scène.

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Ce récit alterne donc des histoires sur le frère de Pennnac, qui le rendent assez sympathique, et des éléments sur la pièce qu'il a jouée. Tout cela est intercalé, en chapitres alternants, avec le texte coupé de Bartleby, écrit en italique,  que Pennac a utilisé au théâtre. Au total sur 120 pages, 74 , souvent courtes, sont de Pennac. Si son frère paraissait en effet un type bien (comme c'est souvent le cas dans les éloges funèbres), s'il y a quelque moments d'émotion, le texte est quand même bien léger et tout cela est assez paresseux, sans que cela remette en cause la sincérité de l'auteur.



mots-clés : #autobiographie #fratrie #mort #théâtre
par topocl
le Jeu 4 Oct 2018 - 17:45
 
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Sujet: Daniel Pennac
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Valère Novarina

L'Opérette imaginaire
Pièce de théâtre publiée en 1998

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L’Opérette imaginaire, c’est le traditionnel quatuor amoureux des comédies légères, constitué ici de trois hommes et trois femmes – mais si, mais si. Six personnages jouant à se séduire les uns les autres. Dans une atmosphère érotico-géométrique, comme en témoigne cet échange entre L’Ouvrier Ouiceps et Anastasie (à l’acte I) :
L’OUVRIER OUICEPS.
Ma spirale verticale repense à vous : permettez-moi que je passe cordon autour d’vot’appendice !

ANASTASIE.
Mon cube est attiré profondément par vot’sphéricité.

L’OUVRIER OUICEPS.
Permettez que je passe mon anneau vital autour des limites externes de votre tétraplastie.

Ou encore une atmosphère érotico-anatomique, où L’Ouvrier Ouiceps et La Dame autocéphale, puis Le Valet de carreau avec la même partenaire, exposent en duo leurs spécificités désirables (à l’acte III) :
L’OUVRIER OUICEPS.
Ce que je veux, c’est ta rate fleurie-e, qui s’exclaffe-e, chaque fois que tu ris…

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Ce que je veux, c’est tes doubles poumons, qui s’déplient en accordéons…

L’OUVRIER OUICEPS.
Ce que je veux, c’est ton museau de tanche, au p’tit conduit si tant tellement étanche…

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Je désire par-dessus tout ton pli superstinien, où-c’qu’y a de la place pour mes trois mains !

L’OUVRIER OUICEPS.
Ce que je veux, c’est le paquet de tes os, qui me rappellent le gigot…

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Ce que je veux, c’est ta précieuse matrice, l’excellence de tous les calices…
[…]

LE VALET DE CARREAU.
Ce que je veux, c’est ta gouttière costale prolongeant, d’façon si vespérale, mon isthme pharingo-nasal…

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Ce que je veux, c’est ton tubercule précotyloïdien volant au secours d’mon faisceau cubito-carpien…

LE VALET DE CARREAU.
Ce que je veux, c’est ta valvule pylorique dont l’échappement est extrêmement pratique…

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Ce que je veux, c’est ta veine sous-clavière qui conduit droit au p’tit vestibulaire…

L’Opérette imaginaire, c’est trente-huit chansons en vers de mirliton. Extraits :
LE MORTEL, chantant jusqu’à ce qu’on le retue.
Relevailles, chanson mortelle, par un Ex.
[…]
« Attendre ! attendre allongé !
J’l’avoue c’est à désespérer
Tout seul sous terre où on voit rien
C’est déprimant, c’est dégoûtant
D’y passer tou-ou-out son temps…
Revivre ! ça m’enivre !
Revivre ! oh oui, ça m’grise !
J’étais là-bas, tellement couché,
J’étais dans cette nuit noire si en-nuyé :
qu’j’étais na-vré !
C’est épatant, ressusciter ! c’est évident,
Ça m’fait du bien
Ça m’différen-ci-i-e du chien.
Revivre revivre, rerespirer :
C’est la meilleure façon
D’pas trépasser ! »

L’HOMME SANG & LE MORTEL.
L’originelle, chanson de mon professeur de terre :
« Mon professeur de terre
M’disait naguère :
Le pire dans l’homme c’est l’homme :
Vidons-le d’son contenu !
Gommons l’homme, ôtons vite l’homme
D’ici !
Reprenons la femme à zéro
Refaisons d’eux des animaux ! »
[…]

LE MORTEL.
« L’homme n’est pas bon, nom de nom !
Il aime écorcher son frère
Y préfère, sur terre, surtout boulotter
Y s’prend les pieds dans la matière
Y fait tout dégringoler. »

L’Opérette imaginaire, c’est aussi le monstrueux discours de L’Infini romancier, qui présente aux autres personnages le début de son roman, un extrait uniquement constitué de réparties, soit 157 phrases venant à bout des verbes déclaratifs. L’Infini romancier est ainsi réduit à employer des verbes d’action ou d’état, ce qui produit un effet assez cocasse :
L’INFINI ROMANCIER.
[…] « Oh la-la » prospecta Ciboire ; « Je passe » cornemusa Jean Yolande ; « Là, j’hésite » balança Nestor ; « Je suis’s’ivre » zigzagua Boniface ; « Slptatrtacthurch ! » dégringola Caroline ; « Attention à la marche » prévint Prudence ; « Oh pardon ! » péta Philibert ; « Soupe-à-la-grimace-amaigrit-la-louche » oulipa Babouin […]

L’Opérette imaginaire, c’est encore trois actes ponctués par le passage répété du Mortel sur sa civière, une présence déstabilisante qui tend à invalider tout le reste. Ici, le mort fait son apparition alors que les autres personnages s’apprêtent à célébrer le mariage de la Dame autocéphale avec le Valet de carreau :
Les acteurs se rangent dans l’ordre alphabétique : on choisit la Dame autocéphale et le Valet de carreau. Le mort passe sur son chariot poussé par le Galoupe, un message dans les mains.

ANASTASIE.
Que dit-il ?

LE GALOUPE.
Il dit :

LE MORTEL.
Je le dis comme je l’écris : « C’est l’homme, multiplié par la femme, qui m’a porté la mort. »

ANASTASIE.
Ah c’est écœurant.

LE VALET DE CARREAU.
Enterrez-le !

LA FEMME PANTAGONIQUE.
Incinérez-moi vite ça !

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Déterrez-le !

L’ACTEUR FUYANT AUTRUI.
Il est trop tard la chose est dite.

LE GALOUPE.
Rechose redite est dite deux fois. Voilà, c’est dit. Aucun mariage peut avoir lieu. Poursuivons le mariage tout de même.

Sortie du mort.

L’Opérette imaginaire, c’est enfin une heureuse découverte qui m’incite à poursuivre avec cet auteur. Peut-être même en adoptant l’ordre chronologique des publications pour mieux saisir cet univers si particulier. En effet, dans Paysage parlé, Valère Novarina explique : « Les spectacles riment, chacun enfonce le clou du précédent. Il y a aussi tout un travail obstiné de retour aux textes précédents, tout un ensemble de « révisions » à la manière de saint Augustin. L’Acte inconnu, c’est La Scène dévoilée et La Scène, L’Origine rouge dévoilée. Je dois revenir sur mes pas pour essayer, à chaque fois, de dire les choses plus nettement ».
Tag théâtre sur Des Choses à lire Hungop10

Képzeletbeli Operett / L’Opérette imaginaire
Créé le 24 avril 2009 au Théâtre Csokonai à Debrecen (Hongrie)
Reprise à l’Odéon-Théâtre de l’Europe en novembre 2011.


mots-clés : #théâtre
par Louvaluna
le Dim 5 Aoû 2018 - 12:21
 
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Sujet: Valère Novarina
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Marcel Aymé

Tag théâtre sur Des Choses à lire Tete0410

La tête des autres

Je continue ma découverte d'Aymé, cette fois par cette pièce de théâtre dénichée à Emmaüs.
Sa lecture, aisée, assez prenante, a été rapide. C'est par un premier acte bien cynique que l'auteur plante le décor de cette mordante critique écrite en 1952. Des procureurs se congratulent d'avoir obtenu la peine de mort pour un accusé dont on doute pourtant peut être de la culpabilité. S'ensuit de véritables rebondissements vaudevillesques et mafieux qui en une sorte de spirale n'auront de cesse de démontrer la noirceur des intérêts individuels.
Mon père me signale que cette pièce est truffée d'allusions d'époque, certains personnages font référence à des personnalités au passé trouble, ça a été un scandale lors de sa création.
De mon point de vue moins averti, je reste marquée par un truc qu'Aymé distille tout du long, une espèce de démonstration du pouvoir de la communication : les personnages, tous "ennemis" les uns des autres, trouvent sans cesse moyen de communiquer, voir de laisser filer la rancoeur, sans être dupes pour autant des malveillances, une espèce de tableau de la loi de la jungle individualiste, où la communication primerait pourtant, supplantant l'appareil judiciaire, lui totalement vérolé.
Corrosif.
Malgré toutes les critiques qu'il avait adressées à la justice, il s'est trouvé, en 1961, un conseiller
à la Cour d'Aix-en-Provence pour solliciter et obtenir une contribution de Marcel Aymé à une
réflexion sur l'art de juger. (Michel Lécureur, Président de la Société des Amis de Marcel Aymé)
:
« Cher Monsieur,
Je suis très touché de votre bienveillante insistance, mais je me sens peu qualifié pour dire sur le
sujet dont vous êtes occupé rien qui puisse intéresser des Juges. Je n'ai pas fait d'études de droit
et je n'ai jamais eu de procès.
Pourtant, à deux reprises dans ma vie, mon attention a été fixée sur la Justice de mon pays et
sur son appareil : la première fois, alors qu'étant collégien, je faisais l'école buissonnière, je
fréquentais, les jours de grand froid, le Tribunal correctionnel dont l'audience était chauffée. À
cette époque, en 1916, la Justice était une Justice de classe (il semble qu'elle le soit encore,
quoique avec précaution). J'ai été profondément remué et scandalisé par la dureté et la
grossièreté avec lesquelles les Juges traitaient les gens pauvres. La deuxième fois, ce fut à la
Libération, le spectacle sans précédent en France, d'une Justice d'exception acharnée à la
vengeance, et à laquelle une magistrature craintive n'a pas ménagé son concours. Comme tout le
monde, j'ai été également au courant des nombreux scandales où la Justice s'est gardée
d'intervenir, sinon de venir en aide aux concussionnaires. Voilà qui n'est pas fait pour donner
une idée rassurante de ce qu'est devenue, en France, la plus haute des fonctions. Certes, des
Juges peuvent se sentir à l'aise dans une recherche consciencieuse du verdict, lorsqu'il s'agit de
l'assassinat d'une rentière ou de l'attaque d'un coffre-fort. Mais est-ce là tout l'exercice de la
Justice ?
Les profanes de mon espèce attendent des Juges qu'ils aient le courage de poursuivre le crime et
le délit sans égard à l'argent ni au pouvoir. Il leur semble que si la Justice consent à se laisser
entamer dans ses positions les plus avancées, elle n'est plus la Justice et qu'un Juge ne peut
avoir bonne conscience, même en face d'un criminel de droit commun. Je souhaite que, dans
votre discours d'ouverture, vous mettiez en garde la magistrature contre l'indifférence et la
légèreté, bien sûr, mais d'abord contre toute espèce de complaisance. Et je souhaite que vous
soyez entendu ! »

Marcel Aymé



mots-clés : #humour #justice #théâtre
par Nadine
le Dim 22 Juil 2018 - 19:19
 
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Sujet: Marcel Aymé
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Tennessee Williams

La Ménagerie de verre

Tag théâtre sur Des Choses à lire Willia11

Tennessee Williams fut un auteur « culte » pour moi lorsque j’étais adolescent. Puis je l’ai un peu oublié… Il a suffi d’aller au théâtre vendredi dernier voir une superbe adaptation de « La Ménagerie de verre » (Daniel Jeanneteau) pour que je tombe à nouveau sous le charme.

Comme souvent chez Williams, il s’agit d’un huit clos : une femme et ses deux enfants, une fille et un garçon. Tous les trois sont perdus dans leur propre rêve, en dehors du réel et n’arrivent pas à communiquer entre eux, sauf en de rares occasions, moments magiques !

La mère est restée dans le temps de sa jeunesse, élégante fille de l’aristocratie sudiste, entourée de riches prétendants. Las, elle a choisi le mauvais cheval, l’homme qui part à l’aventure abandonnant femme et enfants. Il enverra une carte postale de Mexico avec quelques mots laconiques « Hello, Good bye » !

Le fils, Tom, narrateur et acteur, est un poète. C’est lui qui fait vivre sa famille dans une vie misérable de manutentionnaire dans une fabrique de chaussures. La misère et aucun avenir. Tom s’évade grâce au cinéma.

Le personnage le plus touchant est incontestablement la fille, Laura, d’une timidité maladive, enfermée dans l’entretien de ses petits animaux de verre (la fameuse ménagerie), qu’elle contemple toute la journée.

- Qu’entends-tu par « ce n’est pas tout » ?
- Laura est très différente des autres jeunes filles.
- J’estime que la différence est tout à son avantage.
- Oui, mais les autres – les étrangers – ne la voient peut-être pas comme toi ; elle est affreusement timide, elle vit dans un monde à part… ce sont des choses qui la font paraître un peu bizarre aux yeux du dehors.
- Ne dis pas « bizarre ».
- Rends-toi à l’évidence. Elle l’est.
- Et peut-on savoir ce qu’elle a de bizarre ?
- Elle se cantonne dans un univers à elle – un monde de … petits bibelots de verre, maman… Elle joue ses vieux disques usés, et c’est à peu près tout.


Laura est un de ces petits animaux de verre, resplendissante de mille feux sous la lumière, mais d’une fragilité extrême
« oh ! attention… un souffle peut le briser ».


Lors de la scène paroxystique, la  corne de la petite licorne de verre est cassée.

Je m’imaginerai qu’il a subi une opération. Qu’on lui a enlevé une corne pour qu’il n’ait plus l’impression d’être un phénomène. Maintenant il sera plus à l’aise avec les autres chevaux, ceux qui n’ont pas de corne…


Tout ceci prend un sens particulier en se rendant compte combien la pièce puise dans l’histoire personnelle de l’auteur. En effet, T. Williams avait une sœur schizophrène que sa mère a fait lobotomiser…

A la fin de la pièce, le narrateur s’est échappé de ce milieu castrateur et étouffant, pensant avec regret à sa sœur, peut-être avec une pointe de mauvaise conscience.

Parfois il m’arrive de marcher le soir, dans les rues d’une ville étrangère, en attendant de trouver des compagnons. Je passe devant l’étalage illuminé d’une boutique de parfums. La vitrine est remplie de verre colorié, de minuscules flacons transparents aux couleurs délicates, semblables aux fragment d’un arc-en-ciel pulvérisé… et tout à coup, ma sœur me touche. Je me retourne et je la regarde dans les yeux. Oh, Laura, Laura, j’ai essayé de te laisser derrière moi, mais je suis plus fidèle que je ne voulais l’être.


Ce qui me touche plus particulièrement chez Tennessee Williams est son empathie avec les êtres un peu à part, limite « border-line », dont il parle avec grande délicatesse et sensibilité.


mots-clés : #théâtre
par ArenSor
le Dim 15 Avr 2018 - 18:14
 
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Sujet: Tennessee Williams
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Jon Fosse

Voilà un auteur qui a été prolifique à la fin des années 90 et début 2000, à lire sa bibliographie. Je le découvre par son théâtre, et avec son écriture si particulière, avec ce sens du rythme, je me dis que ses poèmes doivent valoir le détour, et je suis aussi curieux de lire son oeuvre romanesque.

Tag théâtre sur Des Choses à lire 31iehi10

J'ai lu ses deux pièces de théâtre : Visites, et Variations sur la mort.

C'est un peu difficile d'en parler. Jon Fosse instaure un climat pesant, de mystère. Typiquement scandinave ? (j'avais je ne sais pourquoi en tête les paysages vides du film Le sacrifice de Tarkovski).
Les dialogues sont ciselés, tout en hésitations et en redites.
Dans visites, il y a cette fille un peu naïve, un peu simplette, et très peu diserte. Que nous cache-t-elle ?
Elle semble importunée par la présence de L'homme, celui qui fréquente sa mère.
Chez Fosse les personnages n'ont pas de prénoms, c'est La fille, L'homme, La mère, Le frère.
ça donne un climat très particulier, impersonnel et universel.
Je l'ai trouvé vraiment très fort.
Un auteur à découvrir.


mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Dim 1 Avr 2018 - 16:19
 
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Sujet: Jon Fosse
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Falk Richter

Voilà un dramaturge contemporain que je découvre avec ses deux pièces publiées chez L'Arche : Je suis Fassbinder, et Sept secondes.

Tag théâtre sur Des Choses à lire 69710

Fassbinder l'insurgé. Et Richter son héritier. En agent provocateur, il part de la figure iconoclaste du réalisateur allemand pour interroger la radicalisation de nos sociétés, la montée des violences de toute sorte, l'exclusion et les discriminations, et poser des questions cruellement absentes de nos débats publics. Pointant la peur comme terreau fécond où prospèrent les extrémismes politiques, il met les sociétés européennes face à leurs responsabilités et l'impasse de leurs systèmes. Que faire face à la terreur ? Rester dans un cocon bien chaud qui nous déresponsabilise ? Prétexter l'enrouage de la machine sans se rendre compte que le machiniste est l'agent de sa propre aliénation ? Quelle place reste-t-il pour un sursaut de conscience dans un corps politique et social moralement exsangue ? Je suis Fassbinder est d'une fureur vigoureuse et non violente.

Dans Sept secondes un chasseur-bombardier américain chargé de missiles largue son chargement mortel sur un pays lointain. Son pilote, un père de famille texan, croit en la mission civilisatrice de la guerre et remercie Dieu chaque jour de combattre du « bon côté ». À plusieurs voix, Falk Richter décrit l'équilibre précaire de la terreur dans un système d'ingérence des états occidentaux, le quotidien de la destruction de masse et l'atroce banalité du mal.


Dans Je suis Fassbinder, ça envoie du pâté, dans tous les sens ! Une pièce de théâtre dans la pièce, avec un metteur en scène, personnage qui se prend pour le célèbre cinéaste allemand. Puis des personnages qui mélangent leur texte et leurs idées. ça fuse, tout y passe, sur des sujets d'actualité brûlants. Avec au coeur le destin de l'Europe, d'une certaine Europe. La menace pour certains de l'Islam, des migrants, d'une vision fantasmée. La montée des extrémismes, que ce soit en Allemagne, en France (nombreuses références à la dynastie Le Pen) ou ailleurs Pologne, Hongrie.

On ne sait plus trop quoi penser devant cette profusion d'arguments, dignes d'un café du commerce sous cocaïne.
Je pense voir assez clair dans sa dénonciation, en faisant passer certains arguments pour des discours de beaufs, fachos, n'empêche que c'est parfois un peu trop gros et qu'il me semble faire un peu l'autruche sur certains sujets, tout en se servant de tout ça, enfin c'est juste mon impression.
Reste que c'est plaisant à lire, et certainement à voir en spectacle vivant.

Et y a de l'idée !

Ce désir qu'arrive un gentil dirigeant autoritaire est en train d'infester tout ce continent. Beaucoup sont comme la mère de Fassbinder, à vouloir des dirigeants forts comme Marine Le Pen, Viktor Orban, Jaroslaw Kaczynski, en espérant que cette fois, ça va bien se passer, que ces gentils dirigeants autoritaires vont régler tous les problèmes, débarrasser le pays des réfugiés, des étrangers, des musulmans et vont créer des structures bien claires sans anéantir des masses de gens cette fois, sans guerre, sans que l'Europe se retrouve encore en cendres.

mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Ven 23 Mar 2018 - 16:51
 
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Sujet: Falk Richter
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Friedrich Dürrenmatt

C'est drôle que wikipédia le qualifie en premier lieu d'auteur de romans policiers, tant en regardant sa bibliographie ce n'est pas l'aspect qui semble le plus prégnant dans son oeuvre (oui je n'aime toujours pas le policier ! Tag théâtre sur Des Choses à lire 1390083676 ).

Mais j'aime Dürrenmatt, en tout cas je n'ai abordé que son versant dramaturge pour l'instant avec deux pièces, qui m'ont conquis :
Romulus le Grand et La visite de la vieille dame.

La première, ma lecture date un peu, mais c'était très chouette, avec l'empereur Romulus (le dernier de l'Empire Romain) en vieux sage un peu décalé.

Tag théâtre sur Des Choses à lire La-vis10

Et la seconde, récemment, tout récemment, cette semaine. Une pièce très pessimiste sur la condition humaine, où on se demande si l'auteur va finalement nous apporter un souffle d'espoir, s'il va nous sauver cette situation inextricable.
Faut-il sacrifier un homme pour le bien de la communauté, c'est un peu le thème de la pièce. Mais ça se transforme. On retourne la problématique, et on voit ce que l'on veut voir.
Je n'en dis pas plus, c'est sans doute sa pièce la plus connue, il me semble que Quasimodo l'a lue également ces derniers temps.



mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Jeu 8 Fév 2018 - 12:17
 
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Sujet: Friedrich Dürrenmatt
Réponses: 11
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Gilbert-Keith Chesterton

Magie

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Théâtre, une centaine de pages "aérées", 1913, titre original: Magic. A Fantastic Comedy.

En version originale ici.
Ou encore sur TonTube/livre audio là:
La croustillante genèse de cet opus est narrée en introduction (de François Rivière, dans l'édition Payot-Rivages Poche de 2015), je ne résiste pas à l'envie de vous en livrer les grandes lignes:
Elles concernent deux gentlemen amis-ennemis, les plus cordiaux débatteurs diamétralement opposés de leur temps et de leur lieu, G-K Chesterton et G-B Shaw.

Ceux-ci vont, en ces temps pré-médias autres que l'écrit, jusqu'à se produire en public pour des joutes-débats qui font salle comble, en plus de s'affronter par journaux et écrits divers interposés !

Or, George-Bernard Shaw brûle de voir Gilbert-Keith Chesterton tâter d'un genre qui devrait lui aller comme un gant: le théâtre, une forme d'expression où son sens comique, de la répartie mais aussi comique burlesque ou de situation, son art du paradoxe et son écriture enlevée devraient faire merveille.

Aussi il le défie publiquement d'écrire une pièce, promettant même de l'aider au besoin. Pas de réponse. Chesterton publie "Un nommé Jeudi" (roman explicite, voir précédents messages sur ce fil).

George-Bernard Shaw s'enhardit jusqu'à le relancer (1er mars 1908): "Alors cette pièce, où en est-elle ?"

Silence. Mais Shaw revient à la charge en octobre 1909, lui écrivant qu'il a le synopsis à lui fournir, lui indiquant la longueur souhaitable (18000 mots), et même quelle somme il convient de réclamer pour l'édition puis auprès d'éventuels producteurs auprès desquels faire jouer la pièce.

Chesterton réagit par...la publication d'un essai sur G-B Shaw !
Mais Shaw ne désarme pas, passe de la persuasion à l'intrusion quand, trois années plus tard, il prend le prétexte d'une visite (fictive ?) auprès d'un tiers à Beaconsfield (où résident les Chesterton), pour adresser à Mme Chesterton une lettre lui demandant de bien vouloir le recevoir, et, je cite (fin de la lettre)
J'aimerais lire ma pièce Androclès et le lion à Gilbert afin de le stimuler car il serait bon qu'il se mette aussi au travail. Il faudrait qu'à cette lecture, vous-même tombiez en admiration et déclariez que vous ne pourrez jamais aimer un homme incapable d'écrire des choses pareilles...Et que si Gilbert n'est pas en mesure de livrer dans les trois semaines une œuvre de cette qualité, telle l'héroïne d'Une maison de poupée, vous quitterez le foyer conjugal pour aller vivre votre vie.  

Cette fois-ci, Chesterton cède, mais garde la liberté de ne pas respecter le délai imparti: 18 mois plus tard la pièce, en trois actes et un prélude, est créée au Little Theatre de London. Et restera à l'affiche pour cent soixante quinze représentations, coup d'essai, coup de maître !
L'action se déroule dans le salon du Duc, que jouxtent diverses pièces et un jardin.
Personnages: Le Duc (plutôt doux-dingue, incapable d'appuyer une cause plutôt qu'une autre, etc...),
trois personnages représentant les autorités, les références morales et comportementales du lieu et du temps:
Le Docteur Grimthorpe (la science et la méthodologie scientifico-scientiste)
Le Révérend Cyril Smith (la morale, mais celle du Siècle -du temps, distordue vis-à-vis des Evangiles),
Morris Carleon (le jeune businessman américain, pétri d'action, de sens des affaires, et de réalisme matérialiste égocentré),
Puis trois personnages, dont deux clefs:
Hastings (le secrétaire du Duc, guindé, professionnel, froidement drôle)
L'étranger (le premier rôle masculin, magicien (?), chamane (?) prestidigitateur (?), illusioniste (?)),
Patricia Carleon (sœur de Morris, seul rôle féminin, celle par qui tout arrive...)

Le poétique Prélude se déroule dans le jardin, dans l'obscurité, c'est un échange, plutôt onirique, un rien mystique, entre Patricia et l'étranger.

L'acte I voit l'entrée en scène de tous les autres personnages, et le comique naît de leurs réparties, tutoyant parfois la métaphysique aux confins de l'absurde, si chère à Chesterton.

Se mettent en place les autorités, telles que les symbolisent le docteur, le révérend et l'homme d'affaires.

Face à ceux-là, Chesterton fait donner, via l'étranger (et Patricia, "passeuse" involontaire -ou impromptue), une bien réelle (elle !) leçon: de féérie, de foi, d'amour.
Sa patte donne libre cours aux méta (-phore, -physique).
A bien y regarder, nous avons là, en trois actes et un prélude, un joli petit morceau de vulgarisation exégétique drôle, en matière d'immanence et de transcendance.





Sorti du chapeau-claque, entre lapin et colombe, d'un message sur Parfum du 25 juillet 2015.

mots-clés : #théâtre
par Aventin
le Mar 16 Jan 2018 - 17:44
 
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Sujet: Gilbert-Keith Chesterton
Réponses: 43
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Nathalie Sarraute

Le mensonge

Tag théâtre sur Des Choses à lire Gd10

Pièce de théâtre savoureuse. Celle-ci se basant sur une critique sarcastique et acerbe des conventions sociales et de la relation parfois conflictuelle que nous pouvons avoir dans l'honnêteté que nous devon ou que nous ne devons pas à autrui.
Par un jeu de rhétorique Nathalie Sarraute permet de mettre en exergue une hypocrisie sociale sur le devoir d'être, le devoir de dire qui finalement entre en contradiction avec des devoirs similaires mais antagonistes.

On y voit également une critique du kantisme. Kant dans Fondements de la métaphysique des moeurs exprime l'idée selon laquelle la vérité est fondatrice du droit et par conséquent elle était un principe inaltérable et in contournable. Schématiquement il conviendra de dire strictement la vérité tout le temps à tout le monde. Ce que Pierre souhaite dans la pièce.
Il en demeurera alors un dilemme sur l'argumentaire à avoir entre s'illusionner des mensonges d'autrui ou déceler chaque mensonge pour expier.

plus que jamais d'actualité.

mots-clés : #théâtre
par Hanta
le Jeu 4 Jan 2018 - 9:50
 
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Sujet: Nathalie Sarraute
Réponses: 42
Vues: 1774

Howard Zinn

Howard Zinn fait partie des penseurs libertaires états-uniens, comme Chomsky, pourfendeurs du capitalisme néo-libéral.

Historien, mais j'aborde son oeuvre par le pan du théâtre avec sa pièce Karl Marx, le retour. (Marx in Soho, 1999)

Tag théâtre sur Des Choses à lire Captur13

Un Karl Marx qui ressuscite et qui débarque à la fin du vingtième siècle. Le pitch est bon !
Un monologue en un acte.
Truculent. Beaucoup d'humour, des attaques dans tous les sens (Bakounine en prend pour son grade).
Cette pièce est "un travail d'éducation populaire qui doit plus à la contre-information qu'à la vulgarisation".
Avoir une bonne connaissance de l'Histoire et de la vie de Marx est un pré-requis pour apprécier cette pièce un peu foutraque.
La dernière partie se veut comme une sorte de réhabilitation des idées marxistes, un sauvetage désespéré ?

Quelques tirades :

Avez-vous jamais eu des furoncles  ? Il n'y a pas de maladie plus odieuse. Les furoncles m'ont pourri la vie. Et encouragé certains imbéciles à tout expliquer à cause d'eux. "Marx enrage contre le capitalisme à causes de ses furoncles! " (...) Peut-être que ma colère enflamme mes furoncles ? Mais essayez de travailler en restant assis avec des furoncles au cul !


Sa femme, dans un passage très drôle se moque de l'ennui que provoque la lecture du Kapital :
- Sais-tu pourquoi les censeurs ont autorisé sa publication ? Parce qu'ils n'y ont rien compris et qu'ils étaient certains que personne n'y comprendrait rien.


En plus, elle a accepté le fait que je ne puisse jamais avoir tout simplement un travail comme les autres. J'ai bien essayé une fois. J'ai adressé une lettre de candidature aux chemins de fer pour un emploi de bureau. Ils m'ont répondu comme suit : "Dr. Marx,
nous sommes honorés par votre demande d'emploi dans nos services. Nous n'avons jamais eu de docteur en philosophie parmi nos employés de bureau. Mais, ce poste nécessitant une écriture lisible, nous sommes au regret de devoir décliner votre offre. "


mots-clés : #politique #théâtre
par Arturo
le Lun 27 Nov 2017 - 16:08
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Howard Zinn
Réponses: 12
Vues: 623

August Strindberg

J'ai commencé ma lecture du tome 1 du théâtre complet publié chez l'Arche.
Avec pour première pièce Le Libre-penseur : (écrite en 1869, donc pièce de jeunesse)

Et ce fut une lecture très stimulante.
J'ai songé à Martin Eden, de Jack London, avec ce personnage central idéaliste, exalté, qui veut changer le monde et bouleverser l'ordre établi, une société sclérosée par l'ordre moral. On peut penser aussi à Nietzsche quelque part. Même si Strindberg leur était antérieur avec cette production.
La prose est dynamique et percutante. En revanche, je me dis qu'à jouer au théâtre ça doit être dur pour les acteurs, vu la longueur impressionnante de certaines tirades !
En bref, un style puissant, et des répliques qui font mouche.

Le thème éternel de l'opposition du fils au père.
- Karl : Ce n'est pas vrai, père. Je ne renie pas Dieu.
- Larsson : Mais tu n'as pas de religion ?
- Karl : Comment le savez-vous ?
- Larsson : Mon Dieu! Tu ne fréquentes jamais la maison du Seigneur et tu ne lis jamais la parole de Dieu. Si quelqu'un fait ainsi, il n'a pas de religion.
- Karl : Le Dieu que je vénère n'habite pas dans des maisons de pierres édifiées par les mains des hommes.
- Larsson : Mais comment s'appelle-t-elle, ta religion ? Tu appartiens tout de même bien à une secte quelconque ?
- Karl : La religion que j'embrasse est celle de l'amour et de la vérité.
- Larsson : Je n'ai jamais entendu parler de cette religion. Et ton intention est de devenir pasteur ?

...


Deux visions antagonistes ...  Very Happy A noter que le jeune Karl est une sorte de transcendantaliste.

Mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Jeu 19 Oct 2017 - 9:30
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: August Strindberg
Réponses: 10
Vues: 840

Federico Garcia Lorca

Le grand poète et dramaturge de la première moitié du XXème.
Parti trop tôt, assassiné lors de la guerre d'Espagne.
Il nous a laissé de belles choses.
Son Romancero Gitano, ode aux gitans, aux vagabonds.

Et un théâtre que je commence à découvrir.

La maison de Bernarda Alba (1936):

Tag théâtre sur Des Choses à lire Produc11
Une des dernières pièces avant de mourir.
Un témoignage d'une époque, la photographie d'un monde qui va peu à peu disparaître.
Et tant mieux, au vu du paysage que nous dresse l'auteur :
poids de la religion, paralysie face au regard des autres (vous me direz que ça n'a pas disparu ! )
Mais enfin, ça semble tout de même loin cette pièce :
Une matriarche qui tient ses filles d'une main de fer, qui ne veut les offrir à personne.
Les rapports sont âpres, la tension omniprésente.


mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Mar 22 Aoû 2017 - 13:45
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Federico Garcia Lorca
Réponses: 22
Vues: 1376

Alexandra Badea

Il est plutôt rare que je promeuve des écrivains contemporains, d'ailleurs j'ai tendance à considérer - par la force des choses - qu'un bon auteur est un auteur mort ! Tag théâtre sur Des Choses à lire 1390083676
Le problème avec ceux qui ont encore l'outrecuidance de vivre, c'est qu'ils font partie prenante du grand bouillonnement vibrionnant du paysage littéraire. Pour un lecteur exigeant, il est difficile de s'y retrouver parmi toutes les parutions, sachant que tout semble merveilleux au vu de l'extérieur, et qu'une fois que j'ouvre ledit bouquin j'ai tout de go envie de le refermer : alors ... que faire ? Continuer à lire, à parcourir, se fier à son instinct. Et de temps en temps, il m'arrive de tomber (heureusement) sur un auteur qui me plaît.
Alexandra, réjouissez-vous, vous voilà parmi le cercle restreint des survivants ! (il n'y a pas que les éditeurs qui se montrent intransigeants).

Mais revenons-en à nos moutons. Ce que j'aime chez cette autrice, c'est qu'elle prend à bras-le-corps les thèmes actuels qui font mal : désenchantement, virtualité, déshumanisation du monde du travail ... Un peu à l'instar d'un Houellebecq, mais avec une écriture bien plus incisive (l'utilisation du "tu" fait son effet). C'est aussi le propre du dialogue théâtral. Je n'ai pas encore lu son roman, mais je vous recommande chaudement de découvrir ses pièces de théâtre, notamment Pulvérisés.

Tag théâtre sur Des Choses à lire Pulver10

Quatre métiers, quatre villes : Shanghai, Dakar, Lyon, Bucarest. La vie en entreprise aux quatre coins du monde. Une ouvrière chinoise raconte ce qu'elle subit chaque jour à l'usine : l'humiliation quotidienne. Au même moment, un superviseur de plateau sénégalais dénonce la cruauté dont peut faire preuve son chef d'entreprise pour « faire du chiffre ». Ailleurs, un responsable assurance-qualité voit se détériorer sa relation familiale sous la pression du travail. Et à Bucarest, une ingénieur d'études et développement témoigne de sa difficulté à s'intégrer, à réussir, à gravir les échelons. Le quotidien de ces individus est rude, tranchant, parfois cruel et honteux.


Dites-m'en des nouvelles, et surtout si vous en êtes ressortis indemnes ! Elle a de quoi nous questionner, et mettre le doigt là où ça piquotte !

mots-clés : #contemporain #social #théâtre #viequotidienne
par Arturo
le Lun 21 Aoû 2017 - 15:29
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Alexandra Badea
Réponses: 5
Vues: 491

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