Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mar 29 Nov - 22:08

11 résultats trouvés pour thriller

Gaea Schoeters

Le Trophée

Tag thriller sur Des Choses à lire Le_tro11

John Hunter White est en safari sur les traces d’un vieux rhinocéros noir, guidé par Van Heeren.
« Qu’on le veuille ou non, la chasse au trophée est la seule forme viable de conservation de la nature, et la seule méthode qui permette de préserver l’avenir des espèces menacées. Avec le chèque à six chiffres qu’il a payé pour pouvoir abattre ce seul mâle, il finance non seulement un programme de reproduction pour ga­­rantir la survie de l’espèce, mais il donne aussi au reste du troupeau une chance équitable de survie. Il n’y a que les “protecteurs de la nature” à ne pas l’entendre de cette oreille. »

Hunter ne s’intéresse pas personnellement aux trophées, c’est son épouse qui en est amatrice.
« Pourtant, ils ont l’habitude de longues périodes de séparation, leur vie est ainsi faite. On pourrait même dire que le succès de leur relation tient à cette distance, au fait qu’ils dosent soigneusement le temps qu’ils passent ensemble. Parce que tout, même l’amour, est soumis à la première loi de l’économie : la rareté exacerbe la demande. »

C’est un riche investisseur.
« Plus la civilisation étend son emprise sur le monde, plus la nature sauvage prend de la valeur. »

« Hunter aime son travail pour la même raison qu’il aime la chasse. Ce qui l’attire, ce n’est pas le profit, mais le frisson du risque : dans le monde civilisé à l’extrême d’aujourd’hui, le marché boursier est l’un des derniers secteurs, à l’exception du crime organisé, où l’audace se voit encore réellement récompensée. »

« Pourtant, il ne perçoit pas la mort de la proie comme son triomphe, mais plutôt comme un effet secondaire de sa victoire, aussi malheureux qu’inévitable. »

Des braconniers massacrent "son" rhinocéros.
« L’armée abat chaque année plus de braconniers pour protéger votre gibier que les braconniers ne tuent de rhinocéros. Ordre du gouvernement. Pour protéger l’économie. Cette chasse à l’homme est un sous-produit de la chasse au trophée. »

« Ce que je veux dire, c’est que votre moralité occidentale est un produit de luxe réservé à ceux qui peuvent se le permettre. Le reste du monde doit se contenter de pragmatisme. »

Van Heeren propose un autre trophée à Hunter : un Bushman, dans une chasse à l’homme sur le même principe de financement de la préservation du groupe… Les Bushmen, peuple décimé et persécuté par le gouvernement qui a pris ses terres ancestrales, sont des chasseurs nomades, d’excellents pisteurs à la mémoire entraînée, ayant une pratique fort fine de leur écosystème ; ils font partie de la nature.
Hunter tue un dangereux buffle solitaire à leur demande.
« Pourtant, il ne ressent pas l’euphorie qui succède normalement à un tir aussi concluant. Ce qui le traverse est plutôt de l’ordre du soulagement. Il ne désirait pas cet animal, donc sa mort ne lui procure aucune satisfaction. Le tuer était nécessaire, la mise à mort une formalité fastidieuse à laquelle il lui a fallu se prêter. Qu’un acte identique puisse produire une émotion totalement différente, simplement parce qu’il n’a été précédé d’aucun souhait, le surprend. Il a rarement ressenti aussi peu d’émotion après avoir tué un animal. »

Il assiste à une chasse du koudou à l’épuisement : un coureur poursuit l’antilope par temps très chaud, jusqu’à faire « bouillir » son sang.
« C’est la chasse dans sa forme la plus ancienne et la plus pure : l’homme, armé de sa seule volonté, se soumet l’animal. »

Les Bushmen chassent pour se nourrir, et respectent le gibier.
« "Le jour de notre mort, une brise légère effacera nos traces dans le sable. Lorsque le vent sera tombé, qui dira à l’éternité que nous avons marché ici, au début des temps ?" C’est un chant funèbre, qu’on entonne pour les humains comme pour les animaux, car dans la mort nous sommes tous égaux. Lorsqu’un animal meurt, ses traces s’effacent à la surface du sable, tout comme nos pas vont bientôt disparaître afin de laisser la place à ceux qui viennent après nous. Karoha a poursuivi le koudou sur le sable, il s’est enfui sur le sable, et il lui rend hommage avec le sable. Ce n’est qu’ainsi que son esprit pourra retourner dans le sable d’où il est sorti. »

« Il y a longtemps, à l’époque de la première création, les hommes et les animaux étaient égaux. Lorsque Dieu a créé le monde pour la deuxième fois, il a donné le feu à l’homme. Depuis lors, nous avons été choisis pour chasser. C’est Dieu qui décide qui est le chasseur, et qui est la proie. Mais sans l’un, l’autre ne peut exister, et ils sont donc parfaitement égaux, l’un à l’autre. »

Le contrat est scellé :
« !Nqate va courir, Hunter White va le chasser, et Dawid va le guider. […]
Car leurs destins sont liés. Hunter White est venu le jour où !Nqate est devenu un homme. Il l’a vu tuer son élan. Dawid conduira Hunter White à !Nqate, comme Hunter White conduira Dawid en Amérique. C’est la volonté des dieux, et c’est aussi la volonté du village tout entier. »

Une conception de l’humanité loin de la nôtre :
« Nous sommes en Afrique, mon cher. N’oubliez jamais cela. La vie humaine n’a pas la même valeur ici. Non pas parce qu’ils aiment moins leurs enfants, mais parce que la vie est plus dure sous les tropiques : la moitié de leurs enfants meurent avant l’âge de quinze ans, un enfant sur cinq meurt avant l’âge d’un an. Si l’on n’adopte pas une attitude pragmatique à ce sujet, on devient fou. Les bébés qui naissent en période de grande sécheresse, et qui ont donc peu de chances de survivre à leur première année, sont tués, quand les femmes n’avortent pas spontanément. Cela leur évite un chagrin plus grand encore. S’ils n’ont pas d’espoir de survivre, il vaut mieux qu’ils meurent avant qu’on ne s’attache trop à eux. »

Considérations sur la nature « impitoyable » …
« La mort infligée par violence n’a aucun rapport avec la cruauté, tout comme la cruauté de la nature n’enlève rien à sa beauté. »

… Avec l’étonnant choucas qui expose ses proies dans un arbre :
« On dirait une salle des trophées. »

Puis c’est la (longue) traque dramatique, avec un excès d’héroïsme en grand écart avec la vraisemblance. Autant j’avais apprécié la première partie bien documentée, une approche consciencieuse du problème de la chasse qui va de l’éthique à l’économique, et la découverte d’une société immergée dans son environnement avec lequel elle interagit de façon adaptée, la partie finale m’a paru glisser dans une trop grande démesure (ou alors mal exposée).
À déplorer malheureusement une certaine maladresse d’écriture (plutôt due à la traduction ?) dans ce roman passionnant.
« Ils avancent lentement, s’arrêtant brièvement chaque fois pour s’assurer que la bête ne les a pas remarqués. »

Outre John A. Hunter, célèbre chasseur professionnel et guide de chasse au Kenya auquel son personnage principal doit son prénom, Gaea Schoeters s’inspire d’Hemingway et du Conrad d’Au cœur des ténèbres.

\Mots-clés : #aventure #nature #thriller
par Tristram
le Jeu 24 Nov - 11:48
 
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Sujet: Gaea Schoeters
Réponses: 2
Vues: 51

Pierre Péju

Effractions

Tag thriller sur Des Choses à lire Effrac10

Trois novellas formant un triptyque, Effractions, Usurpation, Péremption.
La première est l’histoire d’un piètre braqueur poursuivi par la police qui se réfugie chez une célèbre plasticienne. Il s’avère que l’inventivité de cette dernière s’est épuisée, et le jeune homme se révèle plus créatif qu’elle, tel Mantegna :
« Maudit présage que cette imitation d’un artiste qui avait été un gosse adopté, un dessinateur de génie, puis un disciple dépassant son maître. »

L’argument du second texte est plus original : le narrateur, un écrivain, rencontre par hasard un voyageur qui se rend à Tunis comme lui, semblant redouter d’y aller, et leurs passeports sont involontairement échangés ; saisissant aux cheveux le kairos de cette opportunité romanesque, il décide de se faire passer pour l’homme dont il a dorénavant la fausse identité. Il se retrouve embarqué dans une histoire de barbouzes des services français et de la dictature tunisienne, impliqué dans la fuite d’une jeune Tunisienne possédant une preuve de la collusion homicide des agents réprimant les opposants au régime. L’homme, qui s’est également substitué à lui dans un festival littéraire, est un archéologue qu’on accuse du vol de pièces archéologiques (autre thème d’actualité) pour le forcer à participer à la capture de l’opposante, recueillie par les promoteurs de la révolution de jasmin qui éclate. Le romancier s’identifie progressivement à l’archéologue.
« Je dispose de très peu de temps pour me décider. Les spécialistes des sciences cognitives prétendent qu’une telle décision est prise par le cerveau quelques centièmes de seconde avant que l’esprit n’en ait conscience. Naïvement persuadé d’exercer sa propre volonté, l’individu ne ferait, paraît-il, que subir un choix déjà opéré, qu’exécuter un programme plus mystérieux. »

Troisième récit, Victor Sédol, soixante-dix ans, qui griffonne depuis toujours dans un carnet, a autrefois publié un roman, Alonia ou la désolation, histoire d’une île utopique qui eut du succès. Surtout il croit qu’il faut « achever ce qui est commencé » ; dans cet esprit, il a adhéré à la mutuelle SAM, « Suicide, assistance mutuelle » : il assassine en attendant d’être assassiné à son tour. Mais il change d’avis sur l’existence :
« Pas un malentendu, mais beaucoup d’inaccompli. Des portes entrouvertes, des existences mal fermées, des rêves dont on perd le souvenir avant de les avoir notés. »

… et décide de tenter de fuir sa mort qu’il a programmée. Il est accompagné de sa femme, avec laquelle il avait pourtant rompu, qui elle est menacée par la maladie (et s’est aussi affiliée à la SAM, qui les traque).
Trois expériences de pensée et/ou faux polars au style malheureusement trop attendu, télégraphié, conventionnel.

\Mots-clés : #thriller
par Tristram
le Lun 17 Oct - 13:07
 
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Sujet: Pierre Péju
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Richard Matheson

Je suis une légende

Tag thriller sur Des Choses à lire Je_sui10

Cela fait cinq mois qu’ils assiègent Robert Neville dans sa maison barricadée dès que la nuit vient.
« Tout ce qui les concernait, décidément, était étrange : le fait qu’ils se cachaient le jour, que l’ail les tenait à l’écart, qu’il fallait les exterminer avec des pieux de bois, qu’ils étaient censés redouter les croix et les miroirs... Oui, justement, les miroirs : suivant la légende, leur image ne s’y reflétait pas. Or il savait que ce n’était pas vrai – pas plus qu’ils ne se transformaient en chauves-souris. C’étaient là des superstitions que la logique et l’observation démentaient. Il n’était pas moins ridicule de leur prêter le pouvoir de se changer en loups. »

Tous les soirs, les vampires l’invitent à sortir, jettent des pierres sur sa maison, et il le supporte de moins en moins dans sa grande solitude (les femmes, et son ancien ami et voisin, Ben Cortman, l’insupportent particulièrement). Je pense que, grâce au cinéma, tout le monde a en tête l’image de ce survivant parcourant au volant de sa voiture une cité déserte, récupérant des vivres et détruisant des zombies endormis. Sa femme est morte, puis est revenue (boire son sang), et il l’a définitivement tuée (en leur plantant un pieu dans le cœur). Car il y a deux sortes de vampires : des vivants, et des sortes de morts ambulants.
Robert tente de découvrir scientifiquement l’origine de cette épidémie, d’abord connue de manière légendaire. Puis il découvre et adopte un chien : il n’est pas le seul à être immunisé contre ce bacille. Robert trouve également une explication psychologique concernant la peur des croix (ou des torahs !) et miroirs.
Divulgâchage :

C’est sans doute une des premières (et emblématique) visions d’une telle pandémie, thème qui sera souvent repris − une lecture appropriée en période de confinement…

\Mots-clés : #sciencefiction #thriller
par Tristram
le Mar 1 Mar - 11:35
 
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Charles Daubas

Cherbourg

Tag thriller sur Des Choses à lire 00978810

J’ai particulièrement apprécié le côté pointu, avec une impression de rigueur scientifique, de l’exposé minutieux des faits (malheureusement parfois laborieux et peu clair) : les débris de béton d’une cité démolie qui flottent, une digue qui s’effondre, dans l’environnement militaro-nucléaire de l’arsenal.
La description de Cherbourg et de sa rade est précise, y compris du point de vue de la géographie humaine (avec la sorte de déni de la population).
Pitch : Frédérique Pierre, inspecteur à la sûreté départementale, refuse de lâcher son enquête malgré le secret défense.

\Mots-clés : #sciencefiction #thriller
par Tristram
le Mer 9 Fév - 11:43
 
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Craig Johnson

Le Camp des morts

Tag thriller sur Des Choses à lire 0343-c10

Un excellent polar/ thriller avec une enquête du shérif Longmire dans l’hiver du Wyoming, toujours axé sur les Indiens (et ici les Basques !), personnages attachants et de plus une excellente intrigue aux rebondissements inattendus, le tout bien rendu.

\Mots-clés : #minoriteethnique #polar #thriller
par Tristram
le Mer 2 Fév - 11:30
 
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Peter Heller

La Rivière

Tag thriller sur Des Choses à lire La_riv10

Wynn et Jack font une expédition dans le Grand Nord, la descente en canoé d’une rivière qui traverse cinq lacs. Mais voilà : après avoir dépassé le campement de deux ivrognes et aperçu un méga-feu qui sévit près de leur destination, ils ont entendu un couple se disputer dans le brouillard au bord d’un lac ; sur le point d’aborder une descente rapide (et sans retour possible), ils retournent essayer vainement de retrouver le couple, repartent et sont rejoints par un homme commotionné, qui leur dit que sa femme vient de disparaître. Ils décident de retourner de nouveau en arrière, et trouvent une femme en état de choc : a-t-elle été victime d’un ours, des deux ivrognes, ou de son mari, au comportement plutôt louche ? Ah ! j’oubliais : ils se trouvent privés de leur nourriture, et le froid commence à s’installer…
J’ai été sensible à l’atmosphère pesante des allers-retours entre la rive du lac et l’entonnoir où s’engouffre la rivière (avec référence explicite à Arthur Gordon Pym de Poe), comme s’ils étaient englués dans un tourbillon du temps-rivière en amont du premier portage :
« Jack se dit que s’il ne revoyait plus jamais cette rive, ou une autre lui ressemblant, il ne s’en porterait pas plus mal. Elle était une espèce de vortex qui n’arrêtait pas de les rappeler, ou plutôt, c’étaient les voix, le vortex, celles du couple. S’ils ne les avaient pas entendues dans le brouillard étrange, ils seraient déjà loin. Il aurait bien aimé que ce soit le cas. Il leur fallait quitter ce satané lac une bonne fois pour toutes, descendre la rivière, gagner le village et trouver un téléphone, se casser de ce coin du monde qui commençait à sentir la poisse. »

C’est un beau suspense, bien entretenu (mais un peu à la limite du plausible). C’est aussi à recommander aux amateurs de nature writing, avec cette wilderness du bouclier canadien en fin d’été, et ces deux super céistes et pêcheurs à la truite à la mouche ; c’est même assez technique (tel le ressac de rappel).
« Tous les deux avaient vu et entendu le grincement d’un grand mouvement hydraulique quasiment au niveau de la proue, un mamelon pâle qui enflait, cognait et sifflait dans un registre grave – le creux arriverait derrière –, et les garçons se lancèrent dans un sprint, Wynn les orientant vers la gauche, chacun pagayant comme un fou à un rythme désynchronisé pour avoir assez de vitesse et ne pas être aspirés dans le siphon. »

Le point de vue alterne habilement de Wynn à Jack ; ce dernier culpabilise à cause de la mort de sa mère, lorsqu’il avait douze ans.
Fuite devant l’incendie des oiseaux, mais aussi des mammifères :
« D’autres avaient également compris. En pagayant dans l’après-midi, ils virent un premier élan. Deux. Une grosse femelle avec un petit. Elle trottina vers la percée sur la rive gauche, jambes raides, ses sabots claquèrent sur le schiste et elle entra dans l’eau sans s’arrêter, tendit le cou et laissa l’eau l’emporter sans s’inquiéter, pivota pour traverser et nagea jusqu’à l’autre rive. Le petit imita sa mère. Les garçons entendirent le souffle de leur respiration. Ils n’avaient que quelques mètres d’avance sur eux. Ensuite vinrent le mâle, puis un ours noir avec deux oursons. Les petits hésitèrent au bord de l’eau, ils semblaient effrayés, alors la maman ourse s’ébroua et sortit de la rivière pour se mettre derrière eux et les faire avancer. Ils nagèrent. Le plus petit perdit pied dans le courant et Wynn crut qu’il serait emporté, mais la mère passa sous lui, donna de petits coups, des mouvements d’épaules et le poussa jusqu’à la berge. Bon sang. Ils entendirent le premier ourson arrivé hurler sans fin. Des visons traversèrent aussi, des écureuils. En fin d’après-midi, Jack avait la tête baissée, pagayait dur pour essayer de garder le rythme, et quand Wynn siffla, il leva les yeux et vit au moins une centaine de souris. Ils n’avaient jamais rien entendu de tel. On aurait dit un troupeau miniature. Elles envahirent un pan de berge érodé et pentu, et tombèrent, sautèrent ou glissèrent au goutte-à-goutte dans l’eau et nagèrent. Dieu sait comment elles arrivaient à garder le cap, mais elles y arrivaient. Elles parvinrent de l’autre côté dans la plus grande confusion.
[…] Ils virent des caribous des bois, une petite harde de mâles d’abord, trois plus jeunes et deux avec d’énormes bois, qui s’engagèrent dans la rivière sans aucune hésitation, comme l’élan avant eux. Vers la fin de l’après-midi, ils crièrent en même temps : ils passaient une série de petites vagues et devant eux se trouvait un groupe de caribous qui nageaient en file indienne. Ils en comptèrent vingt-trois. »

Les trois personnages ne peuvent éviter le feu qui approche, comme vivant, d’abord superbement décrit par sa "voix", puis par sa furie où les arbres explosent, tandis qu’ils sont pris dans un rapide…

Voilà un page-turner qui devrait plaire à nombre d’entre nous !

\Mots-clés : #merlacriviere #nature #thriller
par Tristram
le Lun 15 Nov - 11:58
 
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Sujet: Peter Heller
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Ricardo Romero

Je suis l’hiver

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Originale : Espagnol/Argentine, 2017

CONTENU :
asphakte - éditeur a écrit:Jeune diplômé de l'école de police, Pampa Asiain est muté dans le village de Monge, à des centaines de kilomètres de Buenos Aires. Là-bas, il n'y a rien – une route, un bar, une quincaillerie, des maisons abandonnées – et il ne se passe rien, du moins en apparence. Jusqu'à ce soir d'hiver où un appel téléphonique l'envoie sur la rive d'un lac. Pampa y trouve le corps d'une jeune fille pendue aux branches d'un arbre. Contre toute attente, il décide de ne parler à personne de sa découverte, et c'est d'une manière peu orthodoxe qu'il va se mesurer aux secrets de cette petite communauté…

Entre Fargo et Twin Peaks, Ricardo Romero nous emmène dans un territoire au plus profond de l'Amérique où nos tragédies se font insignifiantes devant l'immensité de la nature. Fort de son atmosphère onirique et poétique, Je suis l'hiver hantera longtemps le lecteur avec ses décors enneigés et ses personnages seuls, profondément humains.


REMARQUES :
Cinq chapitres de taille différente (le dernier juste trois pages), titrés avec les prénoms des personnages qui y jouent un rôle important. Et à l’intérieur des premiers quatre chapitres une perspective sur le présent qui avance, et un retour en arrière dans le passé de(s) personnes y jouant un rôle. Ces retours expliqueront le devenir de ces personnes.
Pampa Asiain a terminé l’école de police il y a deux ans, et est arrivé ici à Monge, à 450 km env de Buenos Aires, loin de tout. Il a 22 ans, ses parents sont morts. Il est difficile de « lire » en lui, mais il y a quelque chose de sombre, de taciturne, aussi d’infiniment patient. Tout au contraire de son collègue Parra qui parle et parle… Après un appel se plaignant de pêcheurs nocturnes au lac voisin, Pampa y va, et – lorsqu’il est en train d’y nager nu – découvre un cadavre pendant dans un arbre. Il se rappellera : c’est bien la fille du quincaillier, Gretel Castellanos ! Au ieu d’appeler du renfort, il décide de procéder à sa façon : il avait distingué une scène arrangé, l’appel invitant à découvrir le cadavre… Donc, quelqu’un viendra si après des jours on n’a pas réagi. Et il prendra son poste, la nuit, surveillera le lieu sans changer rien. Et une voiture arrive…

Pampa, Gretel et… les autres, ont quelque chose de lourd, de sombre, voir de désespéré. Et alors aussi provoquent une certaine empathie chez le lecteur. Sont-ils aussi en quelque sorte victimes ayant connu de leur part des actes de violence, d’incompréhension ?

Le paysage est marqué par la pampa : comment avoir choisi le prénom d’Asiain et le paysage le même? Peut-être parce que c’est le vide ! Et, en ce début d’hiver, la neige tombe, il fait froid. La couverture française est par ailleurs dans ce sens-là jolie.

Est-ce bien un policier ? Oui et non. L’intrigue avance à un autre rythme, et le livre n’est pas un page-turner. J’avais pendant un temps pensé de ne pas lire un roman au réalisme magique. Et c’est vrai. Mais on y trouve des éléments de rêve, une lenteur cauchemardesque, un calme imposante - un roman noir?!

Pas habituel pour mes habitudes de lecteurs, et probablement pas pour tous ici !


Mots-clés : #lieu #thriller
par tom léo
le Sam 23 Jan - 16:09
 
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Sujet: Ricardo Romero
Réponses: 4
Vues: 609

Tahar Ben Jelloun

L'insomnie

Tag thriller sur Des Choses à lire L_inso10


Tanger : le narrateur, un scénariste, est insomniaque et découvre qu’il ne trouve le sommeil qu’après avoir tué quelqu’un ‒ remède qui ne dure qu’un temps, et donc à renouveler régulièrement. En fait, pris dans un engrenage, il force la main aux personnes promises à une mort proche.
« Je n’étais pas un tueur, mais un "hâteur" de mort. »

« ‒ Non, pas le tuer, mais juste avancer la date de sa mort… »

L’efficacité du procédé dépend de la "valeur" des personnes qu’il aide « en fin de vie à partir en paix » :
« Les points crédits sommeil ‒ c’est ainsi que je les appelais désormais ‒ que je venais de gagner étaient dix fois plus importants que ceux que m’avait fait gagner son frère qui, du fait de sa pauvreté, ne pesaient pas lourd dans la balance de ma bourse imaginaire. »

Cette histoire, assez rocambolesque (et qui m’a rappelé Vila-Matas, peut-être aussi par contamination de ma récente lecture), est occasion sinon prétexte à rendre compte avec un esprit fort critique de la société marocaine, empreinte des « mauvais souvenirs des années de plomb », d’autoritarisme, de corruption, d’hypocrisie, de prostitution, de sorcellerie, et de la religion musulmane.
« Elle a fait le pèlerinage cinq fois et pense que mourir sur les lieux saints de l’islam est une chance inespérée. J’aurais pu lui offrir le voyage pour qu’elle se laisse piétiner par des brutes et meure sur place. Mais je n’étais pas assez croyant pour tenter le coup. »

« Je ne jeûne pas durant le mois de Ramadan. Il m’arrive de boire un verre de bordeaux ou une coupe de champagne. Je n’exagère jamais. »

« J’ai réussi cependant à lui interdire d’insulter en ma présence les juifs et les Noirs. Il se retenait et je voyais que ça le démangeait et qu’il faisait beaucoup d’efforts. »

« Comme tous les grands voyous, il devait avoir une assurance européenne qui lui permettrait d’être évacué par avion sanitaire et d’être sauvé dans un hôpital parisien. »

Le narrateur est divorcé, toujours en contact et en mauvais termes avec sa mégère d’épouse, à la base de son problème d’insomnie.
« "C’est qu’elle t’aime toujours !" Comment pouvaient-ils confondre l’amour et cette volonté de nuire ? Comment penser qu’aimer c’est harceler, poursuivre de sa hargne une personne qui a été proche ? »

Belle étude clinique de l’insomnie :
« Nuits blanches, nuits sèches, sans rêves, sans cauchemars, sans aventures. Nuits tristes. Nuits étroites, étriquées, réduites à quelque souffrance. Nuits inutiles, sans intérêt, sans saveur. Nuits à oublier, à jeter dans la poubelle. Nuits traîtresses. Nuits sans vergogne. Nuits de bandits, de truands, de salauds. Nuits sales, perverses, cruelles, hideuses. Nuits indignes du jour, du soleil, de la lumière et de la beauté du monde. »

« Je ne sais plus depuis combien de nuits je suis privé de sommeil. Je ne dors plus. Impossible de fermer l’œil, même un instant. La nuit devient blanche et creuse. Son vide me torture et me met dans tous mes états. Dès que le soir approche, je ne suis plus le même. Je me surprends à mendier à voix haute : "S’il vous plaît… un petit peu de sommeil… un petit peu de cette douce et agréable absence… Une simple échappée, une brève escapade, un pique-nique avec les étoiles dans le noir absolu me suffiraient…" Mais rien. »

« Quelqu’un chuchote dans l’oreille : le sommeil est un animal de compagnie, il faut en prendre soin, sinon il te quitte et tu auras le plus grand mal à le faire revenir, un animal doux et tendre, capricieux, parfois compliqué, plus important qu’un chien ou un chat, c’est le prince de la compagnie, s’il t’abandonne tu connaîtras une douleur étrange… »  

Évidemment, « aider des vieilles personnes à s’en aller dans le calme et la dignité » évoque l’euthanasie, et ce livre peut aussi contenir une réflexion sociétale, ou même une fable ‒ à moins qu’il ne s’agisse que des fictions ou fantasmes du cinéaste, voire de ses rêves !
Dans un genre totalement différent que celui des autres livres de Tahar Ben Jelloun (au moins ceux que j’ai lu), celui-ci est finement humoristique, quoique grinçant.

Mots-clés : #humour #satirique #thriller
par Tristram
le Lun 4 Mai - 0:25
 
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Sujet: Tahar Ben Jelloun
Réponses: 10
Vues: 4538

Julien Capron

Feux de détresse

Tag thriller sur Des Choses à lire 41wbb510

En ouvrant ce sujet je me rends compte que ce livre est une suite de "la mise à jour" et du coup je suis un peu frustré que cela ne soit pas précisé dans l'ouvrage.
Thriller narrant l'omnipotence d'un programme antivirus sur le monde numérique, indépendant, organisant sur son siège social qui est un bateau sophistiqué et high tech un concours annuel décidant e la plus grande invention informatique et assurant fortune au trio gagnant.
L'on suit l'aventure d'un ancien gagnant et de son équipe qui repart à l'oeuvre pour gagner la compétition. Seulement tout ne se passera pas comme prévu.
Lecture agréable. Cela se lit facilement, et demeure léger par rapport à ce que je lis d'habitude. Les personnages sont bien présentés et l'on se pique de curiosité pour découvrir leur univers.
Malheureusement le style est pauvre et parfois indigent. Ce qui est miraculeusement un avantage dans certains cas tant le jargon informatique peut rebuter quand n'y connait pas grand chose. N'étant pas dans cette position je peux néanmoins comprendre un lecteur qui se dirait "largué" par ce vocabulaire.
L'auteur retranscrit bien la numérisation des relations sociales involontairement ou non puisque le récit ne décrit que de rares émotions. Tout est dramatiquement rationnel sauf la fin qui est du coup difficilement compréhensible.
Une lecture agréable mais mitigée donc. Peut être est ce du au fait que ce soit une suite. Je ne sais cependant si j'aurais envie de payer pour lire le premier volume.

Mots-clés : #huisclos #thriller
par Hanta
le Mer 17 Avr - 10:50
 
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Sujet: Julien Capron
Réponses: 2
Vues: 288

Kent Meyers

Twisted Tree

Tag thriller sur Des Choses à lire 419prp10

Un tordu, le tueur de l’autoroute I-90, kidnappe les jeunes Anas, osseuses et aviaires anorexiques repérées sur internet. Le lecteur se trouve dans la tête de celui qui, dans sa volonté de pouvoir, croit rassembler l’ensemble de la vie de chacune de ses victimes, et les sauvegarder en mosaïques de posts sur le net.
« Il recueille toutes ces existences, les tient entre ses mains, puis les éparpille à nouveau : des petits morceaux sur le Net, des fragments qu’une personne méticuleuse et sensible et assez intelligente pourrait rassembler. Ce n’est pas simplement de l’art, mais des vies complètes et éternelles, aussi impérissables qu’Internet lui-même. Alexander Stoughton réalise quelque chose jamais encore réalisé auparavant. »

Élise, la caissière d’un commerce alimentaire de Twisted Tree scanne la population (on a déjà compris que Kent Meyers est un de ces analystes chirurgicaux des USA dont les USA ont le secret). Sophie s’occupe de son beau-père paraplégique et haï depuis que sa mère est morte. Et les personnages et points de vue s’enchaînent, se relient en figures qui constituent par ricochets le puzzle de l’histoire.
Kent Meyers a le don des scènes puissamment évoquées (les bisons ; le petit Indien pauvre et timide fasciné par les billes ; les crotales). De magnifiques morceaux !
« Les faisceaux de phares vous font ça, parfois, si vous les regardez trop longtemps. Ils vous font oublier les distances et les perspectives. Vous pouvez croire, l’espace d’un instant, que ce satané continent tout entier a été aspiré en lui-même, que les Appalaches ont glissé jusque dans le Dakota du Sud et que vous vous apprêtez à gravir leur sommet, votre moteur grognant comme un porc, en direction des étoiles. Et soudain, bon Dieu, c’étaient des bisons, leurs bosses se détachaient dans la lumière. Comme s’il avait mené son camion dans le passé, ou que le temps s’était immiscé par une lézarde, qu’il verrait bientôt des Indiens à cheval, lancés à leur poursuite. »

Les observations sont précises :
« Il n’y avait pas assez de bruit pour marquer le passage du temps. Elle était obligée de laisser la radio ou la télé allumée. »

« …] le silence semblait patienter dehors comme un chien assis. »

Côté analyse, le chapitre « La valeur de l’argent » nous emmène dans la boutique et l’esprit d’un prêteur sur gages, et on y voit les choses sous un angle différent ‒ et très original :
« Le système en place arnaque les gens, c’est une pratique courante. Il fait son affaire en racontant des mensonges, achète et vend des rêves, guette les insécurités des gens, les convainc que leurs foutaises ont de la valeur, que les marques sont une religion – et les gens gobent tout. Et ici, où les prix affichés correspondent à la valeur des objets, tout le monde pense qu’ils ne sont pas corrects. Je n’ai encore jamais vu une boutique de prêteur sur gages couronnée Meilleur Magasin de l’Année par une chambre de commerce. C’est parce qu’on ne ment pas. On prend le relais à l’endroit où le mensonge finit, où le rêve se désintègre, et tout ce qu’il en reste est ici. »

Meyers, excellent conteur, manie aussi l'humour avec brio, comme dans l'épilogue, en complet contraste avec le premier chapitre.
La traduction m’a paru douteuse par endroits, mais il passe quand même de belles expressions :
« …] elle vit presque au-delà de mon champ d’interprétation. »

Ce roman doit sans doute à Faulkner : il gravite autour d’une famille pionnière, (ici les Valen, dans la région depuis le massacre des Indiens) ; dans un Lieu (une petite ville du Midwest encerclée par le wild désertique, où se situe le ranch des Valen) ; vu par les yeux des personnages, vécu de l’intérieur.
Ce drame rappelle aussi Jim Harrison, et pas seulement par l’aspect nature writing.



Mots-clés : #romanchoral #thriller
par Tristram
le Jeu 11 Avr - 0:21
 
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Sujet: Kent Meyers
Réponses: 18
Vues: 883

David Morrell

Rambo  / Premier sang

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Dialogue imaginaire.
-Tu lis quoi en ce moment ?
-Premier sang, de David Morel.
-Ah ouais ? C'est quoi ça ?
-Le livre dont a été tiré Rambo.
-Ah ouais ? Rambo?  Tag thriller sur Des Choses à lire 575154626
-Oui, c'est animal  qui m' a dit !
-Aaaaaaaah! animal!
-Ben oui Tag thriller sur Des Choses à lire 1384701150
-Et c'est bien?
-Oui, pas le coup de génie, mais vachement bien  Very Happy  !

Donc si on se dit que c'est Rambo, le Rambo de Sylvester Stallone, en effet, ça peut faire un peu peur, au début.



En fait si  on a l'impression que le film suit scrupuleusement le scénario objectif du livre, si on est embarqué dans une course-poursuite haletante, totalement in-crédible mais à laquelle on croit  quand même à chaque instant, si plus on avance, plus ça devient dément et violent, le livre est loin de n'être que cela. C'est beaucoup plus nuancé, il n'y a pas de vrai salaud, les héros, dont j'imagine que dans le film on peut croire qu'ils n'ont que des muscles, ici, ont un cœur et un cerveau.

Sous couvert d'action, le livre est une réflexion navrée, quoique enlevée, sur le thème : Regardez ce que nous faisons de ces hommes que nous envoyons à la guerre. La guerre ne fait pas que des morts au combat, elle nous détruit tous à petit feu (enfin, grand feu un peu dans le livre, hein...). Un jour au Vietnam ce sont nos héros, un jour aux USA ils devraient rentrer dans le moule qu'on leur a soigneusement fait quitter et il deviennent inacceptables .
On est impressionné par ces trois hommes pris dans des sables mouvants  de haine, de fascination, de fierté et qui le paient le prix fort.
Et le dosage est plutôt habile entre la pensée et l'action.

(commentaire récupéré)

Mots-clés : #captivite #guerreduvietnam #thriller #violence
par topocl
le Ven 17 Fév - 11:14
 
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Sujet: David Morrell
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