Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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9 résultats trouvés pour urbanité

Roberto Arlt

Eaux-Fortes de Buenos Aires

Tag urbanité sur Des Choses à lire Eaux-f10

Bienvenue chez les flâneurs, flemmards et autres fainéants portègnes ! « le joyeux parasite avec le squenun [une variété locale de vaurien particulièrement mou] ou l’homme qui fait le mort » ! le chômeur professionnel (ou pas) en marcel qui lanterne assis sur le seuil, « marié à une repasseuse » qui l’entretient…
« L’homme bouchon, qui jamais ne s’enfonce, quels que soient les événements troubles auxquels il est mêlé, est le type le plus intéressant de la faune des enflures. »

« C’est le propre des crapules, des malandrins, des arnaqueurs, des roublards, des médiocres, des imbéciles brevetés, des voleurs, des futés, des lèche-bottes, des feignasses et des flambeurs ; c’est le propre des misérables prétentieux, des hommes ruinés avec un nom aristocratique, des sous-fifres aux velléités de patron, des patrons ayant une âme de sous-fifre, que de proclamer après un quart d’heure de conversation et avec l’air pincé d’une demoiselle dont on douterait du pucelage : "Moi, j’suis né avec une cuillère en argent dans la bouche…" »

« Ils en ont ras-le-bol. La flemme les a bouffés jusqu’à la moelle. Ils s’ennuient tellement que, pour parler, il leur faut prendre des minutes de vacances et des arrêts maladies d’un quart d’heure. Ils en ont ras-le-bol. […]
En Inde, ces indolents seraient de parfaits disciples de Bouddha, puisqu’ils sont les seuls à connaître les mystères et les délices de la vie contemplative. »

« Il ne fait aucun doute que nous vivons dans un pays de vagabonds, de fainéants, de bons à rien, d’aspirants fonctionnaires et de fanatiques du hamac paraguayen. »

Presque aussi fielleux qu’Ambrose Bierce et acerbe qu’Ian McEwan (c’est le mordant des eaux-fortes), cette humanité est aussi « fourbe » qu’ailleurs, mais on devine chez l’auteur de ces chroniques journalistiques une misanthropie (il est vrai concernant plus les notables que les malfrats ou miséreux) et une acrimonie singulières.
Misogynie également :
« Une femme doute du mari, du fiancé, du frère et du père, mais il suffit qu’elle croise sur son chemin un dévergondé loquace, pure pyrotechnie, gestes mélodramatiques, prestance étudiée, théâtralité comme on en trouve dans les romans de cette idiote appelée Delly, et frère, fiancé ou mari se trouvent annihilés par le charlatan. »

Goût (amer) de la vie urbaine :
« Tout au long des saussaies, il y a des rues plus mystérieuses que des repaires de brigands, des maisons à deux étages en tôle de zinc et, sur le fond ondulé de ces maisons, un tramway ocre jette une ombre mouvante de progrès. » (Les Grues abandonnées sur l’île Maciel)

« Les extraordinaires rencontres de la rue. Les choses qu’on y voit. Les mots qu’on y entend. Les tragédies qui vous sautent au visage. Et soudain, la rue, la rue lisse et qui semblait destinée à n’être qu’une artère de trafic avec les trottoirs pour les hommes et la chaussée pour les bestiaux et les chariots, devient une vitrine, ou plutôt une scène grotesque et épouvantable où, comme dans les cartons de Goya, les possédés, les pendus, les ensorcelés, les fous, dansent leur sarabande infernale. » (Le Plaisir de vagabonder)

Il m’a semblé que, bien qu’ils ne furent pas du même milieu social, Arlt concrétisait la fascination de son contemporain Borges pour les bas-fonds et le tango. Il fait souvent référence aux auteurs russes, mais use surtout de la langue populaire de l’argot (le lunfardo de Buenos Aires et le cálo gitan), souvent d’origine italienne ; un petit lexique arltien en fin de volume s’adresse plus aux hispanophones.
M’a donné le goût de retourner aux Livres de Chroniques d’António Lobo Antunes, qui dans mes souvenirs, certes incertains, sont peut-être plus substantiels.

\Mots-clés : #criminalite #urbanité #viequotidienne #xxesiecle
par Tristram
le Ven 1 Jan - 20:45
 
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Sujet: Roberto Arlt
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Roberto Arlt

Tag urbanité sur Des Choses à lire Couv_e10

Eaux-Fortes de Buenos Aires

Écrites entre 1928 et 1933, les Eaux-fortes de Buenos Aires sont autant d’instantanés de la capitale argentine, de ses habitants, de ses coutumes et de son art de vivre : ses jeunes oisifs plantés devant leur seuil, ses chantiers de construction pillés de leurs briques, ses maisons de tôle ondulée aux couleurs passées… Un tableau vivant et mouvant de la ville, une œuvre urbaine et moderne.

asphalte-editions.com


Moins dingue que Les Sept fous, sans doute parce qu'il s'agit de textes destinés à un journal, sans doute aussi parce que l'objectif est différent. Quoique croquer sa ville et son moment n'empêche Roberto Arlt d'avoir la dent dure et le mot acéré... A côté de ça on a aussi des similitudes : l'intérêt pour les petits, l'envie de dévoiler l'envers du décor, l'attachement peut-être pour certaines manies et travers. ... Un goût du pittoresque ? Pourquoi pas.

De l'autre côté de la page en tout cas il y a du plaisir, de la curiosité. C'est très vivant entre les considérations linguistiques (c'est un bouquin pour Tristram), l'incroyable matière à citations (c'est un bouquin pour Tristram), le tout venant du quotidien, et la manière par petites touches d'élaborer un portrait d'une ville entière et vivante, "qui passe" avec une pincée de regrets.

Et le ton libre, direct, mouvant.

Très bon moment, qui ne paye pas tant de mine derrière ses provocations mais qui devrait laisser une impression durable. Je recommande chaudement.


Mots-clés : #lieu #urbanité #viequotidienne
par animal
le Lun 16 Nov - 19:29
 
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Sujet: Roberto Arlt
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Albert Cossery

Les Hommes oubliés de Dieu

Tag urbanité sur Des Choses à lire Les_ho10

Recueil de cinq nouvelles, ou plutôt suite de portraits cairotes, dans les années quarante :
I – Le facteur se venge
Un repasseur drogué qui ne sort de sa paresse que pour insulter le facteur, souffre-douleur du quartier, et pour baiser sa femme ou la battre. Or le facteur rêve d’une revanche de tyran… C’est un sommet d’abjection, et on est loin d’une ode à la paresse…
« Il se sentait trop fatigué pour aller jusqu’à chez lui et battre sa femme. Il aurait voulu plutôt dormir. »

II – La jeune fille et le haschache
(Le haschache est le consommateur de haschich). Une jeune fille en proie au désir se livre à un drogué qui peine à sortir de son sommeil.
« Tous les gens qui habitent ce quartier sont des imbéciles. Quant aux femmes, ce sont toutes des putains. Elles ne savent faire que des commérages lorsqu’il n’y a pas un homme pour les baiser. Comme je voudrais leur pisser à tous sur la tête. La drogue qui me rendra fou, il y a cinq jours que je n’en ai pas senti l’odeur. Le monde va bientôt finir. Si ça continue encore quelques jours, il n’y aura plus de monde. »

III – Le coiffeur a tué sa femme
Chaktour, le misérable ferblantier de la ruelle Noire, n’a plus d’espoir. Son fils arrive avec une botte de trèfle, pour le « mouton de la fête », que son père n’a pas les moyens d’acheter. (Traditionnellement, chaque famille sacrifie un mouton pour le repas de l'Aïd el-Kebir, la "grande fête" musulmane qui commémore le sacrifice d'Abraham.)
« L’homme tout en travaillant pensait à la mort comme à la seule délivrance possible, et il la désirait ardemment pour lui, sa femme, son enfant et toute la ruelle. »

« Il n’était pas gêné pas sa misère. Elle était grande et large et il s’y promenait librement. Elle était comme une prison spacieuse ; il était libre d’aller d’un mur à l’autre de sa misère sans demander la permission à personne. Il était seulement gêné de la sentir si abondante. C’était une misère riche. Il ne savait comment la dépenser. Il regarda l’enfant, l’héritier d’une telle richesse. »

Le gendarme, autre despote de quartier, évoque la « révolte des balayeurs » qu’il a maté la veille. Chaktour est déconcerté par cet évènement, ainsi que par le crime du coiffeur ambulant ; mais lui vient la conviction que la misère arrive à sa fin.
Sarcastique, Cossery personnifie la ville qui broie les pauvres au profit des puissants (il distingue « ville européenne » et ville indigène) ; ce texte fut considéré comme subversif par les autorités…
IV – Danger de la fantaisie
« L’école des mendiants se trouve au bout du sentier de l’Enfant-qui-Pisse, dans un endroit appelé la place du Palmier. C’est une vieille masure à l’état de ruine, effroyablement noyée dans les immondices. Elle sert en même temps de demeure à Abou Chawali. »

Abou Chawali est le maître de cette « école des mendiants », et le scandalise la théorie du lettré Tewfik Gad, « intellectuel raté », qui est d’user de psychologie, et de substituer la sympathie à la pitié pour toucher les « clients » :
« La sympathie était un sentiment encore inexploité par la classe mendiante. Jusqu’alors la valeur d’un mendiant résidait dans sa misère crapuleuse, ses plaies suppurantes et son indicible saleté. Aussi cette race de pleurnicheurs incurables, aux douleurs criardes et à l’aspect mortel, devait disparaître et faire place à une foule de petites créatures habillées comme des poupées en sucre, et aux attitudes naïves et charmantes. Par leur maintien et leurs gestes pleins d’une grâce exotique, elles sauront établir chez le client un courant de sympathie, vite récompensé, car rien ne plaît à l’homme satisfait comme le spectacle qui l’émeut d’une manière agréable, sans le salir ni l’effaroucher. Il était certain que tous les idiots sentimentaux de la ville européenne seraient séduits par l’attrait irrésistible de ce pittoresque nouveau. »

Une fantaisie qu’Abou Chawali rejette au nom du réalisme ‒ et de la dignité des mendiants :
« Abou Chawali, lui, répugnait à la fantaisie ; il était partisan du réalisme le plus cru, le plus dénué de complaisance, celui qui prend les clients à la gorge, les étouffe et les rend inaptes à tout genre d’optimisme. Il lui fallait des créatures rassemblant en elles les pires mutilations corporelles, souillées par mille maladies contagieuses et inguérissables. En somme, une matière humaine qui fût en mesure d’apitoyer les cœurs pourris et les consciences tarées de l’humanité repue. Et non seulement les apitoyer, mais aussi leur faire peur. Car Abou Chawali portait en lui, profondément enracinée, une idée sociale, pleine de sombres révoltes. »

« Il faut que nos enfants apparaissent tels qu’ils sont en réalité, c’est-à-dire immondes et crasseux et qu’ils traînent dans les rues comme de vivants reproches. Il faut que le monde nous craigne et qu’il sente monter autour de lui l’odeur nauséabonde de notre énorme misère. […]
‒ La mendicité ne subira pas de modifications. Elle devra rester telle qu’elle est ou bien disparaître complètement de la surface de la terre. »

On atteint dans ce texte goguenard un sommet de sordidité…
Qui a vécu au Caire se ramentera :
« Les ordures incalculables de plusieurs générations mortes et oubliées fleurissent le long de ce sentier maudit. C’est la fin du monde ; on ne peut pas aller plus loin. La misère humaine a trouvé ici son tombeau. »

Excellente observation sur le mécanisme de l’émeute :
« Alors les gens du terrain comprennent qu’un délire a éclaté quelque part et ils se précipitent tous vers le lieu du tumulte. Sans rien demander, sans s’inquiéter du motif, ils prennent l’affaire en mains, se lancent des injures et créent d’inutiles et irrémédiables confusions. »

V – Les affamés ne rêvent que de pain
Tristes amours de misère, la nuit, dans l’attente d’une aube d’espoir.
« Passèrent d’abord un vieillard aveugle traîné par un enfant nu, mais complètement nu et qui n’avait rien fait pour l’être. Mendiant et fils de mendiant. La rue les avala peu à peu, lentement, avec dégoût.
Puis passa une femme mariée qui était très pressée, mais personne ne savait pourquoi.
Puis une charrette avec deux hommes dedans, deux hommes maigres et silencieux.
Puis quelques vagues échantillons de l’humanité crasseuse, sans couleur ni relief, et qu’on ne peut pas décrire.
Puis la rue redevint ce qu’elle était. »

Cossery préfigure Naguib Mahfouz et ses harafîch (gueux des ruelles), avec une dimension plus critique ; on trouve déjà dans ce livre le petit peuple des terrasses qu’Alaa al-Aswany dépeindra.

Mots-clés : #nouvelle #social #urbanité
par Tristram
le Jeu 10 Sep - 16:22
 
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Sujet: Albert Cossery
Réponses: 17
Vues: 2036

Vikram CHANDRA

Ce livre est à l’image de Bombay, à l’image de son sujet : un monstre. Plus de 1000 pages, 1,2 kg sur la balance, écrit pas bien gros. Une aberration d’édition. Ce livre, je le regarde en chien de faïence depuis des années. Très tentée de le lire, incapable d’en arriver à la seule solution envisageable pour en venir à bout, à savoir le tronçonner. Et abîmer un livre, ça, je déteste. Mais je me suis dit que cette période si particulière était l’occasion de vaincre mes réticences. Et donc, j’ai tronçonné gaiement.

Tag urbanité sur Des Choses à lire 31og1x10

Le Seigneur de Bombay

Le Seigneur de Bombay est un livre monstre sur un homme monstrueux vivant dans une ville monstre. Nous voilà bien partis. Comme il va de soi dans une ville monstre, à Bombay, la corruption est partout. Même la police est concernée, très concernée même. Il y a ceux qui usent de la corruption « raisonnablement », et ceux qui mangent à tout les rateliers, y compris celui de la pègre, dans une relation amis-ennemis dont l’ambiguïté est savamment entretenue. A ce petit jeu-là certains sont rois, mais Sartaj Singh n’en est pas. Il n’est qu’un policier de quartier qui penche du côté plutôt honnête de la force. Le voilà donc bien étonné lorsqu’un appel anonyme lui livre Ganesh Gaitonde, l’un des plus gros parrains de Bombay. Mais Gaitonde se suicide avant son arrestation, entraînant avec lui dans la mort une femme inconnue. C'est une grosse affaire, même les services secrets s'en mêlent. Sartaj est chargé d'enquêter. On ne lui dit qu’une chose : la sécurité de la nation est en jeu, pas moins.

Donc, Sartaj enquête tout en menant sa vie de flic de quartier, ses affaires routinières, ses visites à sa mère, et ses éventuelles amours. Sartaj est un type plutôt bien, fatigué de la vie mais pas encore tout à fait désabusé. La flamme ne demande, peut-être, qu’à être réanimée. Le récit alterne entre le quotidien de Sartaj et le récit d’outre-tombe de Gaitonde. Car même mort, le parrain tient à sa légende. Alors, quand Sartaj se repose, il se raconte, dans une logorhhée méticuleuse qui ne nous épargne rien de ses faits d’arme ; son premier crime, sa première trahison, puis la gloire, l’or et les femmes, les boys fidèles à la vie à la mort, et la lutte acharnée contre son concurrent, Suleman Isa. Le tout matiné d’un chouilla de patriotisme hindou, puisqu’il y avait une place à prendre de ce côté là…

Ganesh use des hommes comme on écosse des petits pois. A chaque cosse ouverte, ce sont 4 ou 5 grains bien ronds et charnus que l’on s’attend à voir rouler dans l’assiette. Mais il arrive qu’il y en ait d’autres, des grains menus et mal fichus qui se cachaient dans les coins. On les accepte quand même dans la pitance, on n’est pas chien. Ganesh Gaitonde les accepte aussi. Sauf que lui n’a que faire des petits pois, ce sont les têtes qu’il fait rouler. S’il y en a plus que prévu, eh bien c’est qu’il devait y avoir des dommages collatéraux. Et bas.
Cela dit, Ganesh a aussi des états d’âme. C’est un homme qui réfléchit, qui a une vision, une pensée, une spiritualité. Il voit loin, il n’est pas fait du même bois que le commun des mortels, et il met tout en oeuvre pour nous en persuader dans ces pages où il expose en détail ses succès et aussi, parfois, quelques faiblesses moins avouables… Fascinante plongée dans la psychée d’un parrain...

Bien qu’essentiellement centré sur Gaitonde et Sartaj, le récit ne néglige pas pour autant les autres protagonistes. Vikram Chandra se délecte à nous raconter par me menu la vie de chacun des personnages rencontrés : policiers, femmes au foyer ou femmes d’affaire, politiciens, délinquants, et même Miss Monde… Un luxe de détails qui pourrait être fastidieux et se révèle au contraire fascinant. Au travers des multiples aspects de ces vies minuscules imbriquées, c’est le portrait de Bombay, l’énigmatique ville monstre, qui se dessine en creux. Avec ses contradictions, ses rêves enfouis, ses amours ravis ou déçus, ses meurtres et sa crasse.
Les nombreux termes hindi, gujarati, marathi, bengali, etc. qui parsèment le récit, et que le formidable travail de traduction nous rend instinctivement compréhensibles, participent de la sensation d'immersion. (Le recours au (très bon) glossaire s'avère évidemment utile, par exemple pour établir la subtile distinction entre maderchood et bhenchood, dont Gaitonde et ses sbires ponctuent la moindre hrase...)
J’y étais, à Bombay, aux côté de Ganesh Gaitonde et de ses boys, de Sartaj et de son adjoint, et même de Miss monde. Un regard, un éclat de rire, et puis une tête qui roule…

1000 pages. Il y a forcément des longueurs, dans un tel pavé, me direz-vous. Je n’en ai pas vu une seule. Ces 1000 pages ont passé comme un éclair. Même tronçonné et désormais moche comme tout, ce livre, je l’aime. J'ai pour lui les yeux de Chimène. Trois jours que je l'ai terminé, et il me manque. Tout me paraît fade, en comparaison. Il fera date, c'est certain.
Vous aurez compris, je crois, que je le recommande vivement, ce Seigneur de Bombay, si vous êtes prêts à découvrir les entrailles de la ville monstre, ses recoins obscurs et ses magouilles, son charme inexplicable et son bouillonnement. Un roman fascinant, palpitant. Même si au final, de ce tourbillon de vies humaines, ne reste que la vacuité et l’impermanence. Un petit tour sur terre, et bas.


Mots-clés : #famille #urbanité #violence
par Armor
le Sam 11 Avr - 16:59
 
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Sujet: Vikram CHANDRA
Réponses: 8
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Alain Damasio

Les furtifs

Tag urbanité sur Des Choses à lire Proxy196

Tu te sens prêt, Lorca?
– Absolument pas…
– C'est précisément ce que j'appelle être prêt. Cet état d'incertitude fragile, ouverte, qui rend disponible à l'inconnu. Crois-moi Lorca, quoi qu'il arrive, tu vas vivre l'un des moments les plus intenses de ton existence. Reste ouvert.



On est en 2041. Les villes sont privatisées. La Gouvernance, grâce aux technologies numériques, a mis en place une société basée sur le contrôle , Jouant sur la peur et le désir, elle a habilement su la faire accepter au commun des mortels. 
Une nouvelle espèce arrive peu à peu à la connaissance humaine : les furtifs, qui semble à l’origine de tout le vivant. Elle a pu survivre grâce à sa  capacité à se cacher , ne pas laisser de trace, échapper au contrôle, justement. Elle intéresse l’armée de par cette capacité, et le pouvoir de la rébellion qu’elle est susceptible de nourrir. Les furtifs sont des êtres étranges, en métamorphose permanente - empruntant en quelques minutes à différentes espèces animales ou végétales, mais pouvant aussi transmettre à un humain une part d’eux-même. Ils se déplacent avec une vélocité extrême, échappant au regard humain, car ce seul regard peut les tuer. Ils ont à voir avec la fuite, la liberté. Ils s’expriment par sons, mélodies, phrases mi-infantiles mi-sybillines. Et laissent d’obscures glyphe comme seul signe de leur passage.

Tishka, l’enfant mystérieusement disparue de Lorca et Sahar, n’a t ’elle pas rejoint le camp des furtifs ?. Ses parents la recherchent dans une logue enquête,  riche en péripéties, en rencontres parfois ésotériques, en épreuves.

Plus leur enquête avance, plus se lève dans le pays une prise de conscience, d’où émerge un mouvement pro-furtif, réunissant les libertaires, les marginaux, les exclus et ceux qui se sont exclus par choix, grapheurs, musiciens, scientifiques, rebelles en tout genre..., qui va nous mener dans une ZAD à Porquerolles et vers un combat politique et une insurrection finale grandiose.


C’est un formidable roman d’aventure, où le réel infiltre un imaginaire prolifique. Les six personnages-phares, identifiées par leur symboles, sont des figures mythologiques, héros portés par leur grandeur et leurs petitesses, leur singularité, leur folie, leur charisme. Les rebondissements s’enchaînent , mêlant scènes intimes, épisodes guerriers ou quasi magiques, poursuites, amples scènes de foule.

C’est un magnifique roman d’amour autour du trio Varèse, au centre duquel Trishka est l’enfant troublante, qui a pris son envol,  mais n’en aime pas moins ses parents. Ceux-ci l’ont fait naître pour elle-même, respectent son choix, mais voudraient quand même bien la voir grandir, la caresser, l’aimer. C’est d’un pathétique grandiose et sans pathos.

C’est un roman philosophique, sociétal, politique, une grande réflexion sur les outils numériques et les risques qu’ils nous font encourir, si réels, si proches. Une exhortation à s’intéresser à l’autre et le respecter, à s’ouvrir à l’étrange, à s’ancrer dans le vivant. Un hommage aux sens, à la musique et  aux sonorités, au beau, aux valeurs et émotions perdues.

C’est enfin un objet littéraire pharaonique, unique, où on retrouve tout le travail sur la langue, la ponctuation et la typographie qu’on a déjà connu dans La horde du Contrevent, mais magnifié, mûri, amplifié. Damasio est un inventeur de mots fantasque et érudit, un joueur de son assez incroyable, un surdoué du jeu de mots, de lettres, de l’Oulipo. Il multiplie les néologismes, les inversions de sens et de syllabes, les allitérations et les assonances, cela s’accélère dans les temps forts, monte en puissance tout au fil du livre pour créer dans les derniers chapitre, s’insinuant peu à peu,  comme une langue nouvelle, le damasien, issue du français, parfaitement compréhensible mais parfaitement différente, d’une poésie, d’un rythme, d’une tension, d’une mélodie incroyables.

C’est livre géant, titanesque, décapant, totalement enthousiasmant. Il ne faut pas hésiter à s’obstiner à y entrer, c’est une lecture exigeante, qui demande un temps d’habituation (il m’a fallu 200 pages) mais qui devient enchanteresse.

Mots-clés : #amour #aventure #fantastique #insurrection #relationenfantparent #romanchoral #sciencefiction #urbanité #xxesiecle
par topocl
le Mar 30 Juil - 13:54
 
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Sujet: Alain Damasio
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Cyril Dion

Demain
Un nouveau monde en marche

(il a dû rager un peu de se faire piquer son « monde  en marche, Cyril Dion)

Tag urbanité sur Des Choses à lire 518bak10

Mais nous avons oublié un détail : est-ce que l'être humain a besoin de la nature ? Oui. Est-ce que la nature a besoin de l'être humain ? Non.
Pierre Rabhi.


En 2012, Cyril Dion « découvre », par une étude de Nature , que nous allons tous dans le mur.

"Que faire ? Mais pourquoi personne ne fait rien ? , se dit-il, c’est incroyable !"

Bien conscient qu’il ne faut pas compter sur les multinationales, ni sur les gouvernements que celles-ci tiennent pieds et poings liés, il décide, avec Mélanie Laurent,  de partir à la rencontre d’initiatives individuelles ou collectives, souvent implantées dans le local, qui non seulement créent une ambiance de pépinière, mais aussi prouvent que cela est possible, efficace, et aussi rentable. Et réussissent. Et diffusent leurs pratiques.

Et il les raconte,  persuadé que ce qui fait bouger les hommes, ce sont les récits. Il y met une sympathique naïveté feinte, qui permet de revenir aux fondamentaux dans  une volonté pédagogique, un enthousiasme déterminé qui permettent d’échapper à un côté trop catalogue, fait ressentir une réelle proximité au lecteur, traité d’égal à égal, totalement impliqué, pris en considération tant dans les carences de ses connaissances que dans ses motivations personnelles.

Thierry Salomon : « le mot "transition" est intéressant. Ce n'est pas un modèle, c'est une démarche. On part d'un certain nombre de petites expérimentations locales, qui arrivent à se bâtir dans les interstices de ce que permet l'institution, qui se reproduisent lorsqu'elles fonctionnent et, si elles ont fait leurs preuves, on crée une norme pour aller dans ce sens. Ce mouvement est intéressant car il part du bas, puis le haut raccroche les wagons pour généraliser. »


Cyril Dion mêle avec fluidité les données objectives, informations scientifiques, interviews d’experts et d’acteurs de terrain, observations personnelles. Il y met aussi une réelle  empathie, qui est l’une de ses forces, je crois, pour un réel ouvrage d’investigation populaire. Il s’introduit dans le récit, aussi humble que le lecteur,  réfléchissant à l’hôtel d’étape, cédant un temps au pessimisme pour mieux rebondir, se culpabilisant des km parcourus pour la cause en avion.
Cela donne, à côté de la rigueur de l’exercice,  une grande proximité à ce nouveau récitpour l’homme moderne qu’il nous propose, qui décide d’un optimisme (il dit bien quelque part qu'il a volontairement décidé de ne pas s'étendre sur les difficultés et les échecs).

Il finit en apothéose par la description de « son » monde idéal pour demain, écologique, citoyen, partagé, récit très utopique, il doit bien le savoir, mais  porteur d’espoirs et  ferment d’actions positives.

Spoiler:
Au niveau agroalimentaire, il rapporte les expériences de Detroit, ville économiquement ravagée reconvertie dans l' agriculture urbaine , de Topmordem en Angleterre dont les habitants ont développé Les Incroyables Comestibles, culture de fruits et légumes partagés , ou la ferme de permaculture du Bec-Helloin qui prouve sa compétitivité face à la culture intensive.

Au niveau énergétique il rapporte le scénario de transition énergétique Negawatt, qui montre que celle-ci est possible, entre décroissance du gaspillage énergétique, création d’énergies renouvelables, recherche d'autonomie, réduction d'émission de CO2 . Un pays (Islande), des îles (La réunion), des villes ( Copenhague classée n°1 des villes les plus résilientes au changement climatique, Malmö et son écoquartier prometteur, San Francisco avec l'objectif zéro déchet) se lancent à fond dans l’aventure de la transition énergétique.

Au niveau économique, en réponse à l’aberration de la croissance économique indéfinie, génératrice du pillage de la planète et des pire disparités, il évoque l’expérience d’Emmanuel Druon (dont j’ai lu Le syndrome du poisson lune) avec Pochéco,  une entreprise qui prouve au quotidien  que la performance économique est compatible avec une croissance raisonnée et une gestion écologique et humaine. Il parle des monnaies complémentaires comme celle de la  Wir Bank en Suisse ou la Bristol Pound, d’initiatives privilégiant le local., ou encore des makers et de la culture des Fab-labs, qui remplacent la consommation par la fabrication et la réparation.

Au niveau politique, il parle de la démocratie délibérative, du tirage au sort en alternative aux élections, des  ateliers constituants http://ateliersconstituants.org/ et s’appuie sur la rédaction de la Constitution Islandaise, ou les panchayat (conseils municipaux) et gram sabha (assemblées populaires) en Inde  notamment à Kuttambakkam, où le maire, par ce biais, a réussi à annihiler le système des castes et l’exclusion des Intouchables.

Tout cela ne tiendra pas sans l’éducation, bien sûr, une éducation à la coopération et non plus à la compétition, comme en Finlande où nous visitons une école.


Alors, nous, qu’est-ce que nous faisons aujourd’hui plus qu’hier pour entrer dans Demain ?

Mots-clés : #contemporain #documentaire #ecologie #economie #education #nature #politique #urbanité
par topocl
le Jeu 16 Mai - 11:50
 
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Sujet: Cyril Dion
Réponses: 15
Vues: 871

Jacques Réda

Accidents de la circulation

Tag urbanité sur Des Choses à lire Accide12
180 pages environ. Nouvelles, bien que l'auteur préfère récits. Paru en 2001.


L'arpenteur du quotidien urbain sublimé nous entraîne cette fois-ci (et pour ne pas trop changer) dans son Paris maintes fois encré dans sa prose, entre narquois, préciosité, poésie et agapes quasi de l'ordre cingriesque.
Avec incursions, à moins qu'excursions ne soit un terme préférable, en France profonde, à Lisbonne, à Madrid, à Bologne (pour "les cravates", qu'on peut trouver ailleurs chez cet auteur - il doit aimer donc ce récit-là, à moins que l'amateur ne soit son éditeur).

Homme aux semelles d'évent, il met en évidence tout ce que la confrérie de la voirie et du fil à linge cèle, de façon géo-poétiquement correcte (cher Jack-Hubert, si tu passes par ce fil d'auteur, qui n'est pas qu'à linge...).

Nul besoin d'aller s'immerger dans des tessons de civilisations rares, dans des paysages sublimes, des rencontres hors du commun: le simple franchissement géographique de votre boîte aux lettres suffit à entrer dans un monde exceptionnel, à condition bien entendu de subodorer sa présence, ce qui est une autre paire de manches.
Mais-bonheur et tutoriel-, voilà Réda à la rescousse, puis à la manœuvre et à la barre, on lève le doigt pour se laisser désigner passager attentif et silencieux.

Ces Accidents de la circulation, dans lesquels il n'y a jamais crash ! au sens ballardien du terme, et plutôt collusion que collision, ont leur charme (usuel chez l'auteur) un peu bric-et-broc.

Narquois disais-je, flegmatique, bonhomme et gentiment humoristique, le gentilhomme Réda.  

Un mot sur le découpage du livre:
25 récits (ou nouvelles), charpentés en 4 titres de chapitre, qui valent qu'on les cite parce qu'ils se répondent et composent une phrase:

Quand on sent que le temps va tourner à l'orage,
(11 récits)
il vaut mieux s'aviser de prendre un peu de champ,
(5 récits)
puis reprendre la route, en roulant, en marchant,
(5 récits)
en se laissant porter au loin comme un nuage.
(4 récits).

Récit Roman de l'escabeau a écrit:
Peut-on attendre davantage d'une rue ? Raisonnablement: non, ou pour mieux dire: en bonne justice. Au-delà, les rues, si on leur tourne la tête, on ne sait pas de quoi elles seront capables ensuite pour leur malheur. Elles ressembleront à celles de la banlieue pavillonnaire qui ont complètement perdu le nord, auxquelles il faudrait sans arrêt rappeler le parcours qu'elles ont à suivre ou simplement leur nom qui se répète dans les communes avoisinantes.  Si je renais au mot la rue du Retrait dans les intentions qu'elle manifeste, ce serait abuser de l'innocence, parce qu'elle propose quelque chose qu'elle ne comprend pas bien.





Mots-clés : #nouvelle #urbanité
par Aventin
le Ven 10 Mai - 14:51
 
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Sujet: Jacques Réda
Réponses: 27
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Simon et Capucine Johannin

Nino dans la nuit

Tag urbanité sur Des Choses à lire Nino_d10


Nino est un tout jeune homme qui hante les rues et les nuits de Paris, poches vides, cœur battant, à la recherche d’éclats qui s’apparenteraient au bonheur. La rage au cœur il hait cette société qui ne vit que par l’argent, il va de petits boulots humiliants en petits vols rapides. Il aime la douce Lale d’un curieux amour-toujours revitalisant, trésor de tendresse dans ce monde sans pitié. Avec ses potes, à la vie à la mort, ils déchirent les nuits de leurs cris, de elurs danses, de leurs défonces.

Si le roman n’avait pas cette fin,  ce serait une romance contemporaine âpre, sauvage, magnétique, où la noirceur du quotidien n’empêche pas la douceur de l’âme de ces jeunes antihéros en galère, refusés de la vie « normal ». Il y a une beauté fébrile dans cette colère désespérée, dans cette langue crue, résolument contemporaine, à la poésie urbaine, qui claque et frappe, on prend ça en pleine figure.

J’ai douté sur la fin, cette allégeance brutale à un univers clinquant, cette démission face au fric. Qu’y a t’il donc de pire, la galère sociale en elle-même , ou les mirages et les compromissions qu’elle impose ?
On parlait naguère des romans que seule la fin « justifiait ». J’ai trouvé ici un roman insolite, innovant, prenant, auquel je dois au contraire pardonner la fin.

Mots-clés : #amitié #amour #contemporain #jeunesse #social #urbanité
par topocl
le Jeu 25 Avr - 9:26
 
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Sujet: Simon et Capucine Johannin
Réponses: 1
Vues: 498

Iain Sinclair

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Quitter Londres

1975-2016, ainsi se termine le livre. A travers ses marches, souvent accompagnées, l'auteur nous fait le récit dans différents quartiers de l'effacement de la ville. Dans le brouhaha des conversations des communications sur portables, les images de réhabilitations se succèdent, réécritures automatiques d'un mieux obligatoire polarisées sur des projets commerciaux et des investissements espérés juteux.

L'emballage censé rendre le tout séduisant est très balisé, promenades prédéfinies, religion du vélo, espaces de co-working, barbiers, ... on n'est pas très dépaysés.

De même que par l'envers du décor qui toujours chez Sinclair accompagne son regard, lui sert de moteur. Sans abris immigrés sans papiers, artistes, bâtiments et lieux qui sont un lien, l'histoire et l'âme du vécu de la ville sont sa trame à lui. Une trame réactualisée physiquement par la marche et le partage du récit... ou sa construction quand il s'agit d'une exploration commune.

Le kaléidoscope nostalgique donne le tournis mais l'épopée fait aussi bien. Malgré The Shard, la couleur des vélos et quelques couleurs locales c'est la reconnaissance d'un même mouvement destructeur qui rassure. Pas parce que le mouvement d'effacement et d'anonymisation est réjouissant mais pour le parcours humain qui laisse aussi imaginer que d'une façon ou d'une autre il peut persister une trace, une mémoire commune.

Pas mal de pistes à explorer, Sebald, Ballard et Moore pour les plus connus mais ça va bien plus loin !

Farfelu, énigmatique, nocturne, usé, vivifiant et chaleureux ? Au moins tout ça et bien plus encore ce judicieux portrait d'une ville emblématique (mais de quoi ?).

Phénoménal bric-brac plein de surprises.

Mots-clés : #lieu #urbanité
par animal
le Dim 21 Avr - 13:27
 
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Sujet: Iain Sinclair
Réponses: 26
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