Tomasz Kizny

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Tomasz Kizny

Message par topocl le Mar 6 Déc - 17:23

Tomasz Kizny
Né en 1958





Photographe et journaliste polonais

Né en 1958 en Pologne, Tomasz Kizny fut, après l'instauration de la loi martiale en 1981, l'un des membres fondateurs de Dementi, association polonaise clandestine de photographes indépendants. Dementi continua, jusqu'en 1991 , de fournir des photographies « volées » aux publications et à la presse internationale.

Un ami lui présente un ancien déporté du goulag qui avait conservé des photos de la Vorkouta, un camp situé au-delà du cercle polaire, où il était interné. Dès 1986, Tomasz Kizny commence à recueillir des témoignages d'anciens prisonniers polonais revenus dans leur pays après la mort de Staline. Lui-même est l'arrière petit-fils d'un déporté polonais. L'effondrement du système soviétique lui permettent de voyager sur tout le territoire de l'ex-URSS à la recherche de témoignages et de vestiges du Goulag. Tomasz Kizny a la conviction qu'il faut garder la mémoire visuelle du goulag. Pendant trois ans, il travaille à la création d'un centre d'archives en Pologne. À partir de 1990, il étend son projet à l'ex-Union soviétique.

Oeuvres en français

-Goulag
-La grande terreur en URSS 1937-1938

(Source : Bibliomonde)

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Re: Tomasz Kizny

Message par topocl le Mar 6 Déc - 17:25

La grande terreur en URSS 1937-1938


Ce livre est énorme. Matériellement d'abord, grand,  lourd, au final assez mal pratique à lire parce que broché. Mais surtout par le sujet qu'il aborde et la façon de le traiter. On remarquera comment Tomasz Kizny s'efface devant son sujet: ni titre, ni nom d'auteur sur la couverture.

Deux parties, l'une basée sur les faits et les archives, l'autre sur la mémoire et les témoignages - qu'ils soient en actes ou en paroles - et les pèlerins, à la fois  humbles et audacieux, partis à leur recherche.

Ce livre est  une pierre de plus  à la mémoire des victimes et pour ne pas oublier l’innommable : tant de victimes et si peu de stèles. Et qui allie le poids des mots au choc des photos.

Les faits sont là. Implacablement répétés pendant 15 mois. Une nuit, le NKVD frappe à la porte et procède à l'arrestation : des anciens responsables politiques, des étrangers, des  opposants, des innocents aussi, qui ont commis l'erreur d'un regard, d'une parole déplacés, ou pas d’erreur du tout. Simplement parce qu'ils ont été dénoncés. Ou qu'il faut remplir les quotas. Tout le monde y  passera. Les bourreaux  d'hier sont les victimes de demain. Tous "ennemis du peuple". Un million sept cent mille arrestations, 700 000 exécutions, les autres déportés. Et derrière ces chiffres, autant de destins individuels.
Les documents sont confisqués, les biens volés, les familles abandonnées à la misère et à l'opprobre générale, les enfants parfois conduits à l'orphelinat. Les victimes, elles, sont incarcérées, interrogées, violentées et photographiées. Jugées, dit-on. Deux sentences : 10 ans dans les camps, ou condamnation à mort . Par balle dans la tête à bout portant - ou par strangulation, parfois. Soit dans les caves du NKVD, soit aux abords des fosses communes, qui seront camouflées, tenues secrètes, exclues des archives, oubliées. Nul ne sait : s'ils  sont morts, comment, où ils sont enterrés. C'est le règne du silence et de la terreur.

On sait tout cela, mais il ne faut cesser de le redire.


Des années plus tard, les faits sont reconnus par les gouvernants. Dans leur globalité, mais les questions restent. L'ouverture des archives, quelques témoignages éparts, quelques découvertes fortuites ou provoquées permettent peu à peu de faire progresser la connaissance, de réhabiliter, de redonner parfois aux enfants une tombe, commune ou individuelle. Des hommes, des associations, rarement des organismes publics (en tout cas jamais des organismes d'Etat) se sont donné cette mission.

Dans la première partie  Tomasz Kizny réunit des photographies des archives NKVD auxquelles il a eu exceptionnellement accès. Des portraits assez fascinants de prisonniers, d'une qualité qui fait parfois croire qu'elles ont été prises en studio, accompagnées d' éléments biographiques succincts.


On interroge ces regards : qu'on t 'ils vu, qu'on t 'ils vécu, qu'ont ils subi ? Quelques lettres, un journal intime, des ordres de mission, reproduits en fac-similé et traduits, nous l'expliquent.

Des  photos de bourreaux, jamais jugés, sont reproduites avec leur curriculum vitae. Même l'histoire d'un bourreau devenu victime, pour parfaire l'absurde de la situation.

Divers intellectuels réfléchissent sur cette Terreur, et ce qui l'a  tellement occultée à l'étranger, : la « belle » utopie  communiste, les crimes nazis qui ont pris le devant de la scène, le fait que tout cela se passait en interne, au cœur de l'URSS, on n'était finalement pas tellement concernés.

Dans la 2e partie, les photos sont cette fois-ci en couleur, prises par Tomasz Krizny. Ces photos, toujours commentées, parlent de lieux, ce qui reste des sépultures, des charniers, les traces ou l'absence de traces dans le sol, les histoires qu'on raconte, les ossements qu'on a pu extraire, les signes (monuments, stèles, photo) qui marquent les emplacements retrouvés.

       

Ces photos parlent aussi d' objets retrouvés dans les sépultures, et qui ont, parfois, permis une identification. Enfin ces photos parlent de personnes vivant encore aujourd'hui, qui ont vu leurs parents, leurs frères, leurs conjoints, arrêtés, qui ont porté ce poids en silence, que la réhabilitation a aidés, mais jamais consolés. Leurs témoignages, retranscrits en face de leurs portraits, sont déchirants.

 
La grande terreur en URSS 1937-1938 est  un livre indispensable, unique, monstrueux,
J'ai été un peu longue, car je me suis dit que si beaucoup  ne liraient pas le livre, quelques uns peut-être parcourraient ces lignes, et c'est déjà ça . Et  j'ai eu envie, à mon niveau, de poser ainsi ma stèle.

Ce livre est cher. Je pense que c'est un achat idéal à  suggérer à sa médiathèque.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #politique #regimeautoritaire


Dernière édition par topocl le Jeu 15 Déc - 7:52, édité 1 fois

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Re: Tomasz Kizny

Message par Bédoulène le Mar 6 Déc - 21:15

je note car le sujet m'intéresse

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