Patrice Desbiens

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Patrice Desbiens

Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 12 Déc - 6:34

Patrice Desbiens
Né en 1948


Patrice Desbiens est le poète beat du Canada français le plus illustre et prolifique. En publiant de façon presque exclusive à Prise de parole, une maison d’édition franco-ontarienne basée à Sudbury, jusqu’en 2007, Patrice Desbiens fait son coming-out québécois en publiant six recueils de poésie à la maison d’édition montréalaise d’inspiration surréaliste L’Oie de Cravan. Nous apprenons dans un article du journal Le Devoir consacré à son intention qu’il demeure à Montréal depuis 1993. Il avait bien publié Amour ambulance aux Écrits des forges en 1988 (maison d’édition basée à Trois-Rivières), mais la consécration québécoise est venue bien tardivement… L’avant-garde poétique québécoise des années 2010 lui reconnaît une influence prégnante.

Dans ce cas, à l’instar de Gabrielle Roy, Patrice Desbiens est inclassable. La voix de la raison me dit qu’il peut être considéré comme un poète québécois. Toutefois, mon côté sentimental le place parmi les poètes canadiens français. De plus en plus, Patrice Desbiens émaille ses recueils poétiques de références poétiques et littéraires québécoises. Il conçoit donc écrire dans ce cadre-là, ce qui peut l’inclure dans un corpus de poésie québécoise.

Bibliographie

Récits poétique
  1974 : Ici, Editions à Mitaine,
  1977 : Les conséquences de la vie, Prise de parole,
  1979 : L'Espace qui reste, Prise de parole,
  1981 : L'Homme invisible, Prise de parole,
  1983 : Sudbury textes 1981-1983, Prise de parole,
  1985 : Dans l'après-midi cardiaque, Prise de parole, Finaliste du Prix du Gouverneur général,
  1987 : Les cascadeurs de l'amour, Prise de Parole,
  1988 : Poèmes anglais Prise de parole,
  1988 : Amour ambulance, Écrits des forges,
  1995 : Un pépin de pomme sur un poêle à bois, Prise de parole, Prix Champlain,
  1997 : L'effet de la pluie poussée par le vent sur les bâtiments, Docteur Sax,
  1997 : La fissure de la fiction, Prise de Parole,Prix de poésie des Terrasses Saint-Sulpice,
  1999 : Rouleaux de printemps, Prise de parole,
  2001 : Bleu comme un feu, Prise de parole,
  2002 : Hennissements, Prise de parole,
  2004 : Grosse guitare rouge, livre cd avec René Lussier, Prise de parole,
  2005 : Désâmé, Prise de parole,
  2007 : En temps et lieux, L'Oie de Cravan,
  2008 : Homme invisible (L') / The Invisible Man suivi de Les cascadeurs de l'amour, Prise de parole,
  2008 : Décalage, Prise de parole,
  2008 : En temps et lieux 2, L'Oie de Cravan,
  2009 : En temps et lieux 3, L'Oie de Cravan,
  2011 : Pour de vrai, L'Oie de Cravan.
  2013 : Les abats du jour, L'Oie de Cravan.
  2015 : Vallée des cicatrices, L’Oie de Cravan
  2016 : Le quotidien du poète, Prise de parole

Document audio
  1985 : La cuisine de la poésie présente: Patrice Desbiens, Prise de parole
  1999 : Patrice Desbiens et les moyens du bord, avec René Lussier, Guillaume Dostaler,     Jean Derome et Pierre Tanguay, Prise de parole
  1999 : Ambiance Magnétique, CD[/spoiler]

#poésie #québec


Dernière édition par Jack-Hubert Bukowski le Jeu 29 Déc - 9:31, édité 5 fois
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Re: Patrice Desbiens

Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 12 Déc - 6:43



Un pépin de pomme sur un poêle à bois (1995) :

S’il y a un recueil de Patrice Desbiens qu’il faut lire pour le comprendre et l’accompagner sur les deux versants de sa quête poétique, c’est bien celui-là. Dans Un pépin de pomme sur un poêle de bois, la poésie est narrée au point de prendre forme dans un récit continu. Le résultat pour sobre qu’il apparaisse quand on l’examine sous toutes ses coutures n’en est pas moins mû par une émotion qui nous saisit à tout instant, quand on s’y attend le moins. Lorsque nous ouvrons un recueil de Patrice Desbiens, nous sommes vite avertis par le rythme de la lecture. Dans ce recueil, la poésie, le récit, prennent des longueurs même si elles sont invraisemblables tellement la brièveté des vers entrecoupe ce qui s’inscrit dans la longueur des réminiscences des souvenirs immémoriaux. Patrice Desbiens use de tendresse et d'humour pour nous communiquer avec vivacité d’esprit ce dont il nous entretient en tant que matière poétique.

Je me répète.
Je vous répète.
Je suis en dette.
Je suis l’écho de ma
génération.
Pauvre poisson.
Encore les écailles
Ébouriffées.
Regarde maman :
On me donne de l’argent
pour écrire des poèmes.
Regarde maman :
On me donne de l’argent
pour lire des poèmes.
Tout est si beau.
L’écriture nous coupe aux
genoux comme
une faux.
Tout ceci est si faux.
Mais on continue
quand même.


mots-clés : #poésie
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Re: Patrice Desbiens

Message par animal le Mer 14 Déc - 22:22

J'avais été assez déçu par ma tentative et déçu sans doute car je n'avais pas ressenti de geste particulier par rapport à la langue. A part que ce n'était pas en anglo-américain. Il me faut plus de croquettes dans ma gamelle !



En temps et lieux

Je ne peux pas dire que je regrette ma lecture car il y a des passages qui me plaisent mais c'est le genre d'objet qui me renvoie directement à mes réserves et à mes doutes quant au genre ou à l'icône poésie.

Le recueil m'est apparu inégal. Indépendamment d'une forme contemporaine à l'américaine "beat" ou "post-beat" mais pas trop et nativement en français. Peu de mots, fluidité pour fixer l'instantanéité d'une vision ou du moment d'un souvenir. La femme, la ville, quelques rimes parfois envahissantes ou aux airs superflus, décalées ?

Pas simple de dire pourquoi un poème plutôt qu'un autre va mieux fonctionner dans l'exercice répétitif du recueil. L'exotisme nord américain joue probablement un rôle mais ce n'est pas sûr. En effet qu'y aurait-il d'absolument typique là-dedans ? Rien que quelques régionalismes de vocabulaire ou décor, de noms de lieux.

Ce qui ramène à l'objet. C'est un beau petit livre, de qualité mais qu'y a-t-il dedans ? Rien d'extraordinaire. Les qualités sont celles du commun, les défauts ceux de l'anecdote. Mais l'accumulation. La poésie, le recueil, m’apparaît encore comme l'accumulation de peu, trop peu, dont l'étiquette devrait suffire à placer au-dessus le contenu, le sauver et sauver son lecteur. Et ça je n'y crois pas.

Peut-être l'effet d'une drogue d'une illusion que la brièveté rend accessible ? Il y a des choses qui me plaisent, d'autres qui ne m'intéressent pas et un je ne sais quoi qui me met sur la défensive.

(Dix pages de prose narrative alimentaire correcte valent au moins trois pages de "poésie").

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Re: Patrice Desbiens

Message par Jack-Hubert Bukowski le Ven 14 Juil - 6:09



Les trois cahiers de En temps et lieux de Patrice Desbiens sont maintenant disponibles dans un seul recueil poétique au sein de la même collection de la maison d'édition L'Oie de Cravan qui a intronisé Nombreux seront nos ennemis de Geneviève Desrosiers.
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Re: Patrice Desbiens

Message par Jack-Hubert Bukowski le Ven 14 Juil - 6:42

Amour ambulance :

J'ai pris le temps de lire, reposer et reprendre la lecture d'Amour ambulance. Patrice Desbiens s'y révèle dans les thèmes qu'il chérit. Nous pourrions dire à la limite qu'il incarne un autre genre de La marche à l'amour de Gaston Miron, version beat. Il est très porté sur la sonorité des choses, il joue beaucoup des rimes et on peut comprendre la réticence toute naturelle d'un Animal. Il y a quand même des perles qui ressortent.

3

Ton amant est toujours
là comme
la température et
je suis l'hypoténuse
de ce rêve rectangle.

Tu es belle comme
une ruelle.

Alors, autant parler d'autos...

3

Le bruit que fait
une voiture.

Le bruit qu'elle fait
quand on est à l'intérieur.
Le bruit qu'elle fait
quand on l'entend venir.

Le bruit qu'elle fait
quand elle frappe un homme
le long d'un chemin de frontière
la nuit.

J'aime bien les motifs et les métaphores que Patrice Desbiens laisse transparaître.

7

C'est la solitude
folle et froide
au creux du cœur.
Le cerveau exposé comme
un chou-fleur dans une
épicerie.

La noirceur s'acharne
à l'unique fenêtre.

C'est la solitude
belle et lente
comme une chatte.

Éponge de sang et
la mer à boire.

Patrice Desbiens renchérit et de belle façon :

4

La pluie danse
sur tous les
temps.

L'Arc-de-Triomphe
de tes jambes
dans un pays
qui n'existe que
dans les cartes postales.

Tu es vraie
comme le sang
comme la lune au-dessus
d'un centre d'achats.

Mes mains sont
des animaux frileux
qui grelottent à ta
porte.

Il y a une musique qui est caractéristique de la patte à Desbiens :

8

Tout est si bien
mesuré et
posé.

Seulement la chair
est imprécise.

La cuisine tranquille
la nuit qui se frotte
aux fenêtres comme
un chat noir.

La seule métaphore
qui marche encore
est toi
ou

moi.

Il y a une belle séquence concernant Aimée et un long poème qui clôt le recueil. Je me contenterai pour le moment de revenir à Aimée :

UNE PROMENADE AVEC AIMÉE

Je marche le long des rues
de Sudbury avec Aimée.
Il y a des hommes qui la
regardent.
Ils ont des planchers de danse
dans les yeux.
Ils ont des trous de mines
dans le cœur.
Ils demandent tous
ce qu'un bum comme moi
fait avec une belle fille
comme elle.

Et on se demande d'où nous vient un poète de la jeune génération à l'instar de Daniel Leblanc-Poirier. Il y en a plein des comme lui et elle et ça nous vient tout droit de l'héritage de Patrice Desbiens.
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Re: Patrice Desbiens

Message par Jack-Hubert Bukowski le Mer 15 Nov - 8:16

Décalage :

J'ai pris l'occasion d'un de mes achats de Patrice Desbiens pour le relire. J'y ai fait des découvertes qui allaient dans le sens de ce que j'avais découvert à propos de l'influence de Lorca dans son oeuvre. Je ne pense pas qu'il s'agit ici d'un des meilleurs recueils qui le concernent, mais Patrice Desbiens se cite bien à l'occasion.

Tout d'abord, l'influence des Jack Kerouac, Denis Vanier et Josée Yvon :

Dignes comme des cygnes et
gelés comme des pingouins
Josée Yvon et
Denis Vanier
glissent le long de
la rue Saint-Jean.

Josée Yvon porte
un t-shirt de
Jack Kerouac
tellement trop petit
tellement serré sur
elle qu'on voit son
coeur battre et

Denis derrière
qui sourit sans
explications.

Dans la même suite poétique plus loin :

Devant le Fou-Bar
un cortège funèbre
descend la rue Saint-Jean
comme une parade malade
comme un fleuve de
chair fatiguée et floue
qui chatouille les chevilles
des piétons qui
sourient jaune
en se noyant
dedans.

Ils sourient jaune
et jeunes et jolis.

et
Jack where's Jack
et

ils ont tous lu
un de ses livres
au moins une fois
dans leurs
petites pack-sacks
de vies.

Ce poème est très emblématique de l'écriture de Patrice Desbiens :

À Timmins
à une danse d'école
les Fallen Leaves
jouent du Hendrix
dans un gymnase
qui sent le sexe et
la statue de sel.

Les gars regardent
les filles
les filles
regardent le chanteur
je regarde le
batteur.

J'ai des années
et des années
j'ai les plis infinis
d'un nouveau-né
je porte tous
les manteaux d'hiver
de ma vie.

Je regarde le
batteur.

Je ne danse pas.

Puis, cet indice :

De Cochrane à Kandahar
toutes les lunes
de Lorca
nous lorgnent.

De Kandahar à Kapuskasing
le monde s'émonde
sans rancune
aucune.

Le monde s'émonde
Le monde s'émiette
et à Timmins
un bulldozer
rase le
Bucovetsky's.

Il n'y a pas de
décalage.

Comme vous voyez, Patrice Desbiens est souvent un adepte de la poésie brève. Il y a beaucoup de jeu dans ses vers, des références qui s'échangent entre les lecteurs et lui. Il a été un produit de l'époque à laquelle il a vécue, c'est-à-dire allant du passage des Denis Vanier et Josée Yvon à la rencontre internationale Jack Kerouac qui a eu lieu à Québec du 1er au 4 octobre 1987.
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Re: Patrice Desbiens

Message par Bédoulène le Mer 15 Nov - 16:02

j'aime énormément !

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