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Mohamed Mbougar Sarr

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Message par églantine Lun 29 Nov - 19:05

Mohamed Mbougar Sarr
Né en 1990


Mohamed Mbougar Sarr Mohame10

né le 20 juin 1990 à Dakar au Sénégal, est un romancier sénégalais d'expression française et lauréat du prix Goncourt 2021 pour La Plus Secrète Mémoire des hommes.

Famille et formation
Mohamed Mbougar Sarr, fils de médecin, grandit au sein d'une famille nombreuse sérère à Diourbel au Sénégal1,2. Il fait ses études secondaires au prytanée militaire de Saint-Louis avant de venir en France en classes préparatoires au lycée Pierre-d'Ailly de Compiègne puis intègre l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)1. Ses recherches portent sur Léopold Sédar Senghor, mais il interrompt sa thèse au moment où il se met à beaucoup écrire2.

Carrière littéraire

Son premier roman, Terre ceinte — décrivant la vie d'une petite ville sahélienne fictive mise sous la coupe de milices islamiques djihadistes —, reçoit en 2015 le prix Ahmadou-Kourouma au salon du livre de Genève puis le grand prix du roman métis de Saint-Denis-de-la-Réunion3 et le prix du roman métis des lycéens.

Aux Jeux de la Francophonie de 2017, il reçoit la médaille de bronze dans la catégorie littérature pour sa nouvelle Ndënd4.

Son second roman, Silence du chœur — portrait du quotidien de migrants africains en Sicile — a reçu le prix littérature monde du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo et le Prix du roman métis des lecteurs de la ville de Saint-Denis en 20185,6.

Mohamed Mbougar Sarr
est par ailleurs l'un des dix coauteurs de l'ouvrage collectif Politisez-vous !, essai auquel ont également contribué Hamidou Anne et Fary Ndao.

En novembre 2021, il reçoit le prix Goncourt pour son roman La Plus Secrète Mémoire des hommes, qui s'inspire du destin de l’écrivain malien Yambo Ouologuem. Au Sénégal, une polémique nait au sujet d'un roman précédent, De purs hommes10, inspiré d'un fait divers homophobe, roman dans lequel Mohamed Mbougar Sarr est accusé par ses détracteurs de faire « l'apologie de l’homosexualité ».

*******************************************************


Oeuvres

2014 : La Cale (nouvelle)
2015 : Terre ceinte, Éditions Présence Africaine
2017 : Silence du chœur, Éditions Présence Africaine
2018 : De purs hommes, Éditions Philippe Rey, en coédition avec Jimsaan
2021 : La Plus Secrète Mémoire des hommes, Éditions Philippe Rey, en coédition avec Jimsaan

***********************************

La plus secrète mémoire des hommes

Mohamed Mbougar Sarr La-plu10

Tout en vaquant à ma célébration du quotidien , plumeau en mains , la radio en sourdine pour unique compagne ,la ménagère quinqua que je suis s'arrête quelques secondes , happée par quelques paroles réveillant en moi une fibre plus intérieure : le coeur presque en chamade , je bâcle cette célébration transformée à l'instantanée en corvée triviale et absurde me détournant de l'essence de la vie . Fébrilement une recherche rapide sur Dieu internet me permet de mettre un nom à cet intervenant si percutant , illustre inconnu pour moi ...il s'agit d'un jeune écrivain Mohamed Mbouar Sarr . Derechef , séduite par l'acuité de son regard alors qu'il s'exprime sur le sens de la littérature , je m'empresse d'acheter son ouvrage récemment paru et en lice pour le prix GONCOURT paraît-il, balançant allègrement mes principes de réserve concernant l'actualité littéraire .

Dès les premières pages ,j'ai la conviction que mon intuition de départ me réserve un grand moment de jouissance intellectuelle .Et je me me laisse embarquer avec le narrateur écrivain , l'alter-ego de Mohamed Mbouar Sarr, à la recherche non pas du temps perdu , mais d'un livre paru en 1938 et mystérieusement disparu ainsi que son auteur, après que celui-ci fut mis au ban de l'intelligentsia de l'époque accusé de plagiaire éhonté .
Une enquête donc policière presque avec un schéma narratif en accord avec le genre , dont je n'ai pas forcément d'appétence . Mais on comprend très rapidement qu'il ne s'agit là que d'un fil d'Ariane ludique à travers lequel l'auteur , en remontant le temps et multipliant les temporalités , souhaite bousculer son lecteur , le sortir de sa zone de confort pour explorer le très-fond de celui-ci dans son adhérence avec la littérature .Alors , fidèle à mon habitude , je ne vous résumerai pas l'histoire qui importe peu , vous l'aurez compris et puis je trahirais la pensée de l'auteur :
" Je vais te donner un conseil : n'essaie jamais de dire de quoi parle un grand livre . Ou , si tu le fais , voici la seule réponse possible : rien .Un grand livre ne parle que de rien , et pourtant, tout y est. Ne retombe plus dans le piège de vouloir dire de quoi parle un livre dont tu sens qu'il est grand. Ce piège est celui que l'opinion te tend. Les gens veulent qu'un livre parle nécessairement de quelque chose. Un grand livre n'a pas de sujet et ne parle de rien, il cherche seulement à dire ou à découvrir quelque chose, mais ce seulement est déjà tout, et ce quelque chose qui est déjà tout. "

Mohamed Mbougar Sarr déploie audacieusement une palette d'outils très éclectiques empruntés à la tradition littéraire qu'il tricote habilement pour garder une forme cohérente et maîtrisée au service d'une réflexion aux multiples ramifications sur des sujets qui nourrissent les grands débats intellectuels depuis la nuit des temps .
Alors oui , laissons nous emporter par la prose de ce jeune écrivain ,en navigation spatio-temporelle déconstruite ,multipliant les mises en abîme vertigineuses , perdons nos repères de lecteurs du XXI ième siècle sécurisés par les hashtags et les classifications ...
En jouant avec la forme, alternant allègrement et dans un mouvement musical rapide et entraînant, l'écrivain n'a de cesse de déstabiliser le lecteur : du réalisme magique il en sera ( et on "copinera "avec Ernesto Sabato et d'autres ), de longues phrases Proustiennes faisant mouche aussi, basculant vers un semblant de fantastique , en appelant à la tradition orale africaine avec une pointe de magie ensorceleuse mais aussi aux grands romantiques avec quelques belles envolées de lyrisme d'un grand classicisme !
Mais loin d'être un pur exercice de style brillant et novateur , Mohamed MbougarSarr interpelle son lecteur sur des thèmes certes intemporels mais particulièrement brûlant d'actualité : L'identité et la littérature ( On pense évidemment à ce mouvement woke effrayant qui alimente les débats sur la toile ou dans les salons mondains , divise les intellectuels ...phénomène de mode ou pas , l'histoire nous le dira )...
La place de l'écrivain comme un simple maillon unique et irremplaçable dans l'histoire de la littérature ,héritier de ses pères et géniteur potentiel pour la postérité ( révision de la notion de "plagiat") .
L'écrivain "nègre" appréhendé comme pure forme d'exotisme à l'époque du colonialisme ...
Il serait vain et sans intérêt d'établir une liste de chaque interrogation que suscite cet ouvrage roboratif et galvanisant .

A condition de te délester de tout bagage culturel codifié , normalisé , étiqueté , prêt à embrasser un univers déployé dans toutes les ouvertures possibles , ami lecteur joueur , tu seras conquis .
Prix Goncourt assurément mérité mais qui risque hélas de ne pas trouver son lectorat , celui-ci plus enclin à dévorer des nourritures prédigérés de calories vides assouvissant le seul plaisir facile de l'instant .

Extraits :

EXTRAIT (une citation dans le texte) : "Toute l'histoire de la littérature n'est-elle pas l'histoire d'un plagiat ? Qu'eût été Montaigne sans Plutarque ? La Fontaine sans Esope ? Molière sans Plaute ? Corneille sans Guillen de Castro ? C'est peut-être le mot "plagiat "qui constitue le vrai problème . Sans doute les choses se seraient déroulées autrement si , à la place , on avait employé le vocable plus littéraire , plus savant , plus noble , en apparence , d'innutrition . "Le labyrinthe de l'inhumain affiche trop de ses emprunts . C'est son péché. être un grand écrivain n'est peut-être rien de plus que l'art de savoir dissimuler ses plagiats et références ( Auguste-Raymond Lamiel / L'humanité.

Il a de l'humour aussi : EXTRAIT / "Croiser un silencieux , un vrai silencieux , interroge toujours le sens -la nécessité-de sa propre parole , dont on se demande si elle n'est pas un emmerdant babil , de la boue de langage . Je vais fermer ma gueule ."  

" Les enfants , on l'oublie , portent aussi leur mélancolie ; et , pour le meilleur et pour le pire , ils la vivent peut-être plus fortement , car à cette période rien ne se vit à moitié : le monde s'engouffre en nous de toutes ses forces et par toutes les entrées de notre âme encore tendre . Il y fait son oeuvre sans égard pour notre âge . Puis il se retire tout aussi violemment . Vient alors le temps dans lequel on apprend à comprendre , à fuir , à se fermer , à feindre , à ruser, à guérir plus vite . Ou à mourir . Le temps enseigne toujours cependant . Mais il faut du temps pour apprendre . Et l'enfant n'est qu'au début du temps ."

"Donc oui : je me fiche de la réalité . Elle est toujours pauvre devant la vérité ."

 "Je ne dis pas que la littérature ne sert à rien . C'est parce que j'ai une crainte et une dévotion sacrées pour la littérature que je ne serai jamais écrivain . Je te dis qu'il vaut mieux ne pas écrire si tu n'as pas au moins l'ambition de faire trembler l'âme d'une personne ."

Bisettes fraîches à tous mes amis !
Je vous espère en forme !  Mohamed Mbougar Sarr 1183390247 Mohamed Mbougar Sarr 104761905
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Message par bix_229 Lun 29 Nov - 19:20

Merci, merci, Eglantine !
J'avais envie de lire un Prix littéraire pour une fois..

@églantine Bisettes fraîches à tous mes amis !
Retour dans les Alpes ?
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Message par Tristram Lun 29 Nov - 19:54

Ravi que tu aies cessé de martyriser le plumeau, Églantine !
Ça fait longtemps que j'hésite à commencer ma lecture programmée de La Plus Secrète Mémoire des hommes (près de 500 pages _ mais maintenant le fil d'auteur est ouvert) !
Je ne peux que tomber d'accord avec cette vision du "plagiat" (sauf quand il s'agit d'usurpation du travail d'un autre).

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Message par animal Lun 29 Nov - 19:59

Héhé, joli passage* en fanfare Mohamed Mbougar Sarr 1798711736 !

* : ou retour ? Mohamed Mbougar Sarr 1486156233

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Message par topocl Mar 30 Nov - 7:47

La mémoire des hommes semble remuer les tripes d'une femme bounce
Quel plaisir, églantine!

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Message par Bédoulène Mar 30 Nov - 9:31

contente de te lire églantine !

merci pour ce commentaire où tu donnes de toi, comme souvent !


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Message par Armor Mar 30 Nov - 16:05

Ca fait plaisir que tu aies pris le temps de venir par ici, trop rare églantine ! Ton enthousiasme donne envie de se pencher sur le livre.

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Message par Quasimodo Mar 30 Nov - 16:27

Ton commentaire tombe à pic : je venais de me convaincre d'acheter ce livre, juste après avoir écouté les critiques dithyrambiques du Masque et la Plume et (surtout) après y avoir découvert que Sarr était un amateur de Sábato, chose rare dans la littérature d'expression française.
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Message par Avadoro Mer 1 Déc - 23:49

Merci pour cet avis passionné, églantine !
Je prends souvent de la distance vis-à-vis des prix littéraires, mais cet ouvrage semble être d'une grande richesse.
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Message par Tatie Ven 3 Déc - 18:37

Pareil, je ne sais pas l'expliquer, mais comment dire, "je le sens bien, cet auteur" !!

Je le lirai.
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Message par topocl Mar 18 Jan - 16:48

Mohamed Mbougar Sarr La-plu10

La plus secrète mémoire des hommes

Difficile évidemment de passer après le commentaire emporté d’Eglantine, mais comme vous le savez déjà, nous sommes si différentes, l’une et l’autre, que le mien vous apportera peut-être un point de vue différent, pour une lecture qui m’a tout aussi emballée.

Un livre a été écrit en 1938. Un chef d’œuvre qui bouleverse la littérature, mais avec tout pour faire de lui un objet médiatique et non littéraire : un auteur qui choisit de ne pas se montrer, africain qui plus est (en 1938, années plus ouverte au colonialisme qu’à la francophonie), une accusation de plagiat... Le livre aussitôt retiré des rayons devient vite introuvable sauf chez de rares aficionados qui en cultivent encore le culte des décennies après.

Diégane Latyr Faye, double manifeste de Mohamed Mbougar Sarr, l’un des nombreux « je » du roman, un jeune écrivain sénégalais qui a le vent en poupe,  en fait partie. Exilé en France,  inscrit dans un petit cercle d’intellectuels africains, il va essayer, de recherches en rencontres, de remonter le fil de ce livre, de cet auteur, et des relations entre les deux. D’un continent à l’autre, entre retour aux sources et mystère généalogique, le hasard, le destin le conduisent tout au long de cette quête d’ Eliman, qui se dévoile peu à peu, entre réalité de l’homme, contexte historique, voyance et magie noire, mystère préservé.

Bref un roman d’une ampleur assez rare, qui englobe tout à la fois l’intime, l’exil, la littérature : qu’est ce que la littérature ? Qu’apporte-t’elle au lecteur, à l’auteur, quel lien avec l’histoire de celui-ci et l’histoire de ses lecteurs et l’histoire des hommes? Après quoi coure-t’elle ? "écrire, ne pas écrire"?

Tout ceci et bien autres choses... ce livre à la prose inventive et jouissive, est une digression gigantesque à lui tout seul, une érudition bien assumée et partagée, un espace de jeu  tout à la fois intellectuel et mystique, un hommage à l’homme et sa quête, à l’écriture et au sens de la vie, une carrière à citation, un magistral roman des origines, un puits à penser, malaxer, retourner.

Un truc qui fait abandonner son plumeau à Eglantine, ce n’est pas rien  flower  ! Et shanidar qui manque ça, pas possible  Sad ...

Alors, ça y est, vous êtes décidé·es à le tenter ou il faut rajouter une couche ?

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Message par Tristram Mar 18 Jan - 21:24

La Plus Secrète Mémoire des hommes

Mohamed Mbougar Sarr La-plu10
« Un temps la Critique accompagne l’Œuvre, ensuite la Critique s’évanouit et ce sont les Lecteurs qui l’accompagnent. Le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l’Œuvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d’autres Lecteurs peu à peu s’adaptent à l’allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d’ossements l’Œuvre poursuit son voyage vers la solitude. S’approcher d’elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d’autres Lecteurs s’en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement, l’Œuvre voyage irrémédiablement seule dans l’Immensité. Et un jour l’Œuvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s’éteindra, et la Terre, et le Système solaire et la Galaxie et la plus secrète mémoire des hommes. »
Avec cet exergue extrait de Les Détectives sauvages de Roberto Bolaño, un ton est donné (ainsi que le titre) : Mbougar Sarr parle de littérature ; l’intrigue de La Plus Secrète Mémoire des hommes s’apparente aussi beaucoup à celle des Détectives, où les personnages sont à la recherche de la poétesse Cesárea Tinajero (comme à celle d’Archimboldi dans 2666).
Diégane Latyr Faye, le narrateur, est un jeune écrivain du « Ghetto », la « jeune garde des écrivains africains vivant à Paris ». L’Araignée-mère, « Marème Siga D., une écrivaine sénégalaise d’une soixantaine d’années » qui incarne une sorte de flamboyante mère africaine, lui fait découvrir Le Labyrinthe de l’inhumain, livre mythique difficilement trouvable d’un mystérieux auteur de l’entre-deux guerres, Elimane Madag Diouf, alias T.C. Elimane, « le Rimbaud nègre », « le voyant ». Diégane se lance dans une quête de l’homme, et de l’éventuelle suite de ce livre.
Certes, l’empreinte africaine et musulmane est prégnante ; voici un point de vue qui revient en leitmotiv :
« Le hasard n’est qu’un destin qu’on ignore, un destin écrit à l’encre invisible. »
C’est surtout sensible avec l’histoire de Marème Siga et sa famille : les deux jumeaux qui se détestent, un devin, « tête pleine », et son frère disparu pendant la Première Guerre mondiale, tirailleur englouti dans sa fascination de la domination coloniale française, et dont un des deux donna pour fils à Mossane, avant qu’elle ne devienne folle, Elimane lui aussi disparu en France. On suit l’enquête de Brigitte Bollème sur le jeune prodige sénégalais, disparu après avoir été accusé de plagiat dans son unique livre, retrouvant ainsi Thérèse Jacob qui le publia avec Charles Ellenstein. Témoigne également une poétesse haïtienne qui fut son amante à Buenos Aires, où il était aussi l’ami de Gombrowicz et Sábato, quoiqu’assez solitaire et taciturne dans sa recherche de son père.
Les critiques littéraires qui n’ont pas su lire ce livre se suicident peu après, (comme) victimes d’une malédiction ; atmosphère de magie, et troublantes coïncidences telles des signes.
Le « livre essentiel » m’a ramentu Mallarmé, et ce qui est dit de l’ouvrage de T.C. Elimane, Lautréamont.
Littérature donc.
« Récit, écrit : j’invoque la gémellité, l’anagramme absolue de ces vocables où s’incarne la puissance présumée de la parole. »

« Nous nous trouvons toujours, dans un récit – mais peut-être, plus généralement, à tout moment de notre existence – entre les voix et les lieux, entre le présent, le passé, le futur. »

« Une chose est certaine et Thérèse Jacob l’a dit : il a trouvé dans la littérature son pays réel ; peut-être le seul. »

« Le temps est assassin ? Oui. Il crève en nous l’illusion que nos blessures sont uniques. Elles ne le sont pas. Aucune blessure n’est unique. Rien d’humain n’est unique. Tout devient affreusement commun dans le temps. Voilà l’impasse ; mais c’est dans cette impasse que la littérature a une chance de naître. »

« J’ai toujours pensé que chaque livre que publiait un écrivain n’était que la somme de ceux qu’il avait détruits avant d’en arriver là, ou le résultat de tous ceux qu’il s’était retenu d’écrire. »
Actualité littéraire, aussi.
« …] les journalistes et les critiques, qui n’évaluaient plus les livres mais les recensaient, entérinant l’idée que tous les livres se valent, que la subjectivité du goût constitue l’unique critère de distinction et qu’il n’y a pas de mauvais livres, seulement des livres qu’on n’a pas aimés ; et les écrivains, qui avaient banni de leur travail toute exigence de langue ou de création, se contentant de produire de plates copies du réel qui ne demandaient aucun effort poussé à l’abstraction omnipotente et tyrannique qui s’appelait le "Lecteur" ; et la masse des lecteurs, qui cherchaient dans les livres un plaisir facile, divertissant, cousu d’émotions simples moulées dans des phrases simplifiées – celles, disait Sanza, qui excédaient rarement neuf mots, ne s’écrivaient toujours qu’au présent de l’indicatif et bannissaient toute subordonnée ; et les éditeurs, valets du marché, occupés à susciter et vendre des produits formatés plutôt que d’encourager la singularité littéraire. »
Anti-houellebecquien ?
« C’est un désabusement sans profondeur, le pessimisme facile qui se déguise en lucidité, le cynisme démissionnaire qui se cache sous la sagesse du fatalisme, la peur de la vie grimée en philosophie de l’inquiétude. »
L’ouvrage n’est pas exempt de fougue libidinale, qui suscite de belles images.
« Je me rappelle sa chevelure trempée, mouillant son visage, et le mien, quand nous avons défait l’amour en fragments étincelants, et ils nous encerclèrent comme les anneaux une planète. »
Au travers de ses amours douloureuses avec Aïda, le fil de vie de Diégane s’entrelace à celui des autres protagonistes dans un style dense où les « biographèmes » se succède dans le va-et-vient des temporalités. J’ai déploré, par moments, une certaine emphase voire des longueurs ; le vocabulaire est soutenu (j’ai pour la première fois rencontré le précieux « consuétidunaire », comme le néologique et bienvenu « citationmètre »).
« Ce qui l’a chagriné, c’est que vous ne l’ayez pas vu comme écrivain, mais comme phénomène médiatique, comme nègre d’exception, comme champ de bataille idéologique. Dans vos articles, peu ont parlé du texte, de son écriture, de sa création. »
Par nombre d’aspects du cas Elimane, celui-ci fait écho à la situation de Mbougar Sarr et des écrivains originaires des anciennes colonies, des premiers à nos contemporains (de même la condition d’exilé, le racisme).
« L’exilé est obsédé par la séparation géographique, l’éloignement dans l’espace. C’est pourtant le temps qui fonde l’essentiel de sa solitude ; et il accuse les kilomètres alors que ce sont les jours qui le tuent. »

« Il a donné tous les gages culturels de la blanchité ; on ne l’en a que mieux renvoyé à sa négreur. »
Sans faire cas de l’éventuelle discrimination négative ou positive dont bénéficierait l’auteur, j’estime que Mohamed Mbougar Sarr est un véritable écrivain de valeur, en soi.
Une benoîte remarque : y a-t-il pénurie de relecteurs-correcteurs chez Philippe Rey & Jimssan éditions ? J’ai malencontreusement malencontré un « plutôt » pour « plus tôt », entr’autres…
« Je veux dire que rien n’attriste un homme comme ses souvenirs, même quand ils sont heureux. »

« Chaque être doit chercher sa question pour toucher du doigt l’épais mystère au cœur de son destin : ce qui ne lui sera jamais expliqué, mais qui occupera pourtant dans sa vie une place fondamentale. »

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Message par topocl Mer 19 Jan - 9:22

Et bien quand je pense que bix disait qu'on n'était pas réactifs entre nos lectures... je trouve ça admirable que tu te soies payé cette lecture entre mon conseil de 16h48 et ton post de 21h24!
En tout cas j'ai beaucoup pensé à toi avec tous ces beaux mots inconnus que j'ai croisés !

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Message par Bédoulène Mer 19 Jan - 16:40

merci pour vos commentaires, ceci demande réflexion et d'avoir la tête libre

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Message par topocl Mer 19 Jan - 17:03

Bédoulène a écrit: ceci demande réflexion et d'avoir la tête libre
C'est sûr!

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Message par ArenSor Lun 13 Juin - 10:44

Tristram a écrit:La Plus Secrète Mémoire des hommes

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« Un temps la Critique accompagne l’Œuvre, ensuite la Critique s’évanouit et ce sont les Lecteurs qui l’accompagnent. Le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l’Œuvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d’autres Lecteurs peu à peu s’adaptent à l’allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d’ossements l’Œuvre poursuit son voyage vers la solitude. S’approcher d’elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d’autres Lecteurs s’en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement, l’Œuvre voyage irrémédiablement seule dans l’Immensité. Et un jour l’Œuvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s’éteindra, et la Terre, et le Système solaire et la Galaxie et la plus secrète mémoire des hommes. »
Avec cet exergue extrait de Les Détectives sauvages de Roberto Bolaño, un ton est donné (ainsi que le titre) : Mbougar Sarr parle de littérature ; l’intrigue de La Plus Secrète Mémoire des hommes s’apparente aussi beaucoup à celle des Détectives, où les personnages sont à la recherche de la poétesse Cesárea Tinajero (comme à celle d’Archimboldi dans 2666).

C’est bien ce qui m’a gêné au départ. Tout comme Bolano dont il est un fervent admirateur (voir sa critique dans Le Monde du 8 juin 2022 à l’occasion de la réédition de « 2666 »), Mbougar Sarr nous entraîne à la poursuite d’un écrivain mythique, auteur d’un ouvrage qui ne l’est pas moins. Non seulement la thématique, mais la construction du récit, jouant avec le temps et l’espace et procédant par mises en abyme, se réfère ouvertement au maître chilien. Cette ne doit pas décourager car les histoires se suivent très bien, écrites dans un style fluide. Nous voyageons ainsi du Sénégal à la France, en passant par Amsterdam, Buenos-Aires, entre la première guerre mondiale et l’époque actuelle. Nous croisons même au passage de grands écrivains, autres exilés, Ernesto Sabato et Witold Gombrowicz.  
Toutefois, Mbougar Sarr fait preuve de plus d’originalité en ancrant son roman, tout au moins en grande partie, dans le « milieu africain ». Cette dénomination reste vague car elle concerne aussi bien les traditions teintées d’animisme – l’histoire du grand père mangé par un crocodile par exemple ou les dons de voyance et de guérison, que les soubresauts de la société contemporaine avec une jeunesse en grande désespérance. Le narrateur, double de l’auteur, issu d’un petit village du Sénégal, est venu en France après avoir fait de brillantes études. Il se trouve ainsi écartelé entre deux mondes, situation inconfortable, mais source probable de créativité sur le plan littéraire (il me semble).
« La Plus secrète mémoire des hommes » a été couronné, à juste titre, par le prix Goncourt 2021. C’est un livre fort, écrit par un écrivain de grande valeur.

« Le Labyrinthe de l’inhumain » appartenait à l’autre histoire de la littérature (qui est peut-être la vraie histoire de la littérature) : celle des livres, perdus dans un couloir du temps, pas même maudits, mais simplement oubliés, et dont les cadavres, les ossements, les solitudes jonchent le sol des prisons sans geôliers, balisent d’infinies et silencieuses pistes gelées. »

«Quelle est donc cette patrie ? Tu la connais : c’est évidemment la patrie des livres : les livres lus et aimés, les livres lus et honnis, les livres qu’on rêve d’écrire, les livres insignifiants qu’on a oubliés et dont on ne sait même plus si on les a ouverts un jour, les livres qu’on prétend avoir lu, les livres qu’on ne lira jamais mais dont on ne se séparerait non plus pour rien au monde, les livres qui attendent leur heure dans une nuit patiente, avant le crépuscule éblouissant des heures de l’aube. »

« Nos dirigeants nous parlent de derrière un écran, une vitre qu’aucun son ne traverse. Personne ne les entend. Ca ne changerait rien si on les entendait. On n’en a plus besoin pour savoir qu’ils ne disent pas la vérité. Le monde derrière la vitre est un aquarium. Nos dirigeants, par conséquent, ne sont pas des hommes mais des poissons : des mérous, des cabillauds, des silures, des espadons, des brochets, des morues, des soles et des poissons-clowns. Et beaucoup de requins, bien sûr. Mais le pire, quand on regarde leurs visages de poissons, c’est qu’ils semblent nous dire : à notre place, vous ne feriez pas mieux. Vous décevriez comme nous décevons. »

« Le futur me manque. Ainsi finit tout devin : dans la nostalgie du futur. Ainsi finit le voyant : dans la mélancolie de l’avenir. »

« Il ne restait et ne resterait jamais que la littérature ; l’indécente littérature, comme réponse, comme problème, comme foi, comme honte, comme orgueil, comme vie. »
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Message par topocl Lun 13 Juin - 12:35

Ton commentaire érudit est plaisant à lire, Arensor. Comme il est plaisant de te voir peu à peu évoluer de la réticence à l'admiration - voire peut-être même l'émotion ?

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Message par ArenSor Mer 15 Juin - 17:33

C'est la très grande proximité avec l'oeuvre de Bolano qui me gênait. La question était : est-ce que ce jeune (relativement ) écrivain avait les épaules assez fortes pour se mesurer à ce monstre de la littérature qu'est Roberto Bolano. J'ai été longtemps dubitatif.... Mais peu à peu, le jugement positif s'est imposé.
De l'émotion, sûrement à certains passages, mais globalement plutôt un plaisir intellectuel. Je suis curieux de savoir ce que sera le prochain livre de M. Mbougar Sarr.
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Message par topocl Jeu 16 Juin - 8:13

Oui, c’est quand même très intellectuel - et brillant pour cet aspect.
C'est l'avantage de l'inculture : je ne connais pas assez Bolano pour que cela m'ait posé problème Wink

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