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Lucrèce

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Message par Dreep Dim 22 Jan - 10:40

Lucrèce

Lucrèce Lucret10

(94 av.jc - 54 av.jc)

On ne dispose sur la vie de Lucrèce d'aucune information fiable.

Ses contemporains l'ignorent ou se taisent sur son compte. Les exceptions sont très rares. Cicéron lui consacre une phrase dans un billet adressé à son frère Quintus daté de février 53 av. J.-C. : « Le poème de Lucrèce est bien, comme tu me l'écris, à la fois de beaucoup de génie et de beaucoup d'art2 ». Un passage du Chronicon de Jérôme de Stridon, ouvrage postérieur de quatre siècles, affirme que Cicéron fut son éditeur, ce qui ne cadre pas avec les critiques contre l'épicurisme que Cicéron énonce dans ses traités3. Ovide écrit dans Les Amours : « Les poèmes du sublime Lucrèce ne périront que le jour où le monde entier sera détruit4. » Mais ils ne disent rien sur sa vie. Tacite évoque le De rerum sans rien dire de son auteur. Sous l'Empire, Lucrèce semble oublié dans la littérature conservée. A contrario un graffiti de Pompéi, retrouvé dans une villa luxueuse en front de mer, reprend les trois premiers mots du célèbre premier vers du livre II : « suave mari magno ». Preuve que Lucrèce était connu et cité en Campanie, terre de forte implantation épicurienne au premier siècle de notre ère5.

Sur cette quasi-absence de témoignages, Henri Bergson a proposé une explication : « Il faut croire qu'après la chute de la République, lorsque la politique des empereurs eut remis le paganisme à la mode, Lucrèce, adversaire de la religion, devint un ami dangereux, dont il était prudent de ne pas trop s'entretenir6. »

Seuls deux textes du ive siècle, donc très postérieurs, donnent des indications douteuses : Donat écrit dans sa Vie de Virgile que Lucrèce est mort l'année où Crassus et Pompée furent consuls et où Virgile prit, à 17 ans la toge virile7. Mais cette affirmation est contradictoire : Virgile a eu 17 ans en 53 et le deuxième consulat commun de Pompée et Crassus date de 55. Par ailleurs, le crédit accordé à cette œuvre est très faible. Dans sa Chronique, saint Jérôme, élève de Donat, semble à peu près s'accorder avec son maître sur les dates. Il ajoute des informations que beaucoup jugent assez incertaines, en raison notamment de l'hostilité des chrétiens à l'égard de l'épicurisme. À l'année 96 ou 94 suivant les manuscrits, il est écrit : « Le poète Titus Lucretius naît. Rendu fou par un philtre d'amour, il rédigea dans ses moments de lucidité quelques livres que Cicéron corrigea8 par la suite. Il se donna la mort dans sa quarante-quatrième année9. »

La courte biographie de saint Jérôme et la lettre de Cicéron ont laissé imaginer que ce dernier, à la mort de Lucrèce, a eu le manuscrit du poème inachevé pour le mettre en ordre et le publier.

Quant au suicide, Alfred Ernout, le traducteur des Belles Lettres, écrit : « La folie, le suicide ont dû être des châtiments inventés par l'imagination populaire pour punir l'impie qui refusait de croire à la survie de l'âme et à l'influence des dieux comme au pouvoir des prêtres10. » De même, Bergson : « Cette sombre histoire a tout l'air d'un roman. Dans les temps anciens, l'imagination populaire se plaisait à faire punir ainsi l'athée, dès cette vie, par les dieux qu'il avait bravés. ». Selon Pichon : « Lucrèce avait peu vécu. Or une mort prématurée ne semble jamais naturelle : elle suggère fatalement l'idée de crime ou de suicide » et indique que sa folie serait une punition divine pour avoir attaqué la providence. L'affirmation de Jérôme fit débat, une hypothèse étant qu'il l'aurait sourcée à partir d'un ouvrage lacunaire de Suétone, De poetis. Mais aucun auteur excepté Jérôme ne mentionne ces faits, alors que l'encyclopédie de Suétone fut très populaire, d'autant que le ive siècle est marqué par l'apparitions de travaux apocryphes11.

D'autres auteurs (Pierre Boyancé12, le Dr Logre13, André Comte-Sponville14, Paul Nizan15) considèrent comme plausible l'hypothèse du suicide en raison du climat d'angoisse ou de mélancolie qui domine l'œuvre : « Le sens extraordinaire de l'angoisse qui domine le De rerum natura révèle assez un homme capable de pousser jusqu'à la mort volontaire le désir d'échapper à l'angoisse16 » dit Paul Nizan.

Fidèle en tout à sa doctrine, écrit Constant Martha17, Lucrèce aura trop mis en pratique un des plus importants préceptes d’Épicure : « Cache ta vie ».
Bibliographie :

De la nature
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Message par Dreep Dim 22 Jan - 10:42

De la nature

Lucrèce De-la-nature

J’étais sûr, d’avance, d’aimer De rerum natura (que j’ai lu en français, goûtant le latin de temps à autres, puisque cette version est bilingue). L’idée d’un poème basé sur l’observation du monde ― et par-delà les limites que les connaissance de l’époque impliquent ― me séduisait énormément. Le poème de Lucrèce est-il comparable aux chants homériques ou aux œuvres du cher Ovide ? Non, hélas ou heureusement… S’il fallait absolument trouver une expérience comparable dans des lectures précédentes, je parlerai plutôt de Dante et sa Divine Comédie. Virgile guidait Dante dans les monde au-delà de la mort ; à Memmius, Lucrèce enseigne de quoi le monde sensible est fait, au-delà de ce qu’il pouvait percevoir, avec, pour seul appui, les théories d’Épicure ou celles de Démocrite. Comme ceux de Dante, les vers de Lucrèce décrivent, raisonnent. D’autre part, De rerum natura est un poème extrêmement peu narratif, pas de personnage (pas de nom en tout cas, seulement des figurants) presque pas de mythologie. C’est du moins la première fois que je lis une œuvre antique où celle-ci joue un rôle aussi secondaire, tout au plus celui de métaphore ou pour désigner les chimères de la superstition.

Lucrèce fait gorge chaude de ces dernières, accumulant les hypothèses sensées ou absurdes, pourvu qu’elles nourrissent son imagination comme une corne d’abondance. En l’absence d’épistémologie rigoureuse ou de moyens de vérifier si ce qu’il dit est vrai ou pas, on serait tenté de dire que les idées ont autant d’intérêt les unes que les autres, si le propos global n’était pas d’une pertinence exceptionnelle. Même si tout n’est que pure spéculation, l’intention est bien de comprendre, non de grossir la terreur que les choses de la vie nous inspire. Fi, donc, des dieux tyranniques, les monstres extraordinaire et même les héros. Le réel, dans ses aspects les concrets, comme les plus factuels, est le sujet de Lucrèce aussi bien que son substrat d’images, suggérant un monde de sensations, de mouvements, de vide ou d’anéantissement. C’est comme si Lucrèce pétrissait le monde comme une matière malléable, afin de trouver sa forme vraie. Les atomes s’unissent et se désunissent, selon leurs formes, consistances, couleurs ; tout se recréé jusqu’à l’épuisement final, la fin de tout. Il en ressort à cette image, et comme juxtaposés à la Nature des choses. Des tableaux de plus en plus « réaliste » de la vie humaine, ses jouissances, ses malheurs, les guerres, la maladie, mais aussi subrepticement l’empire ; ses diversions, soit pour refuser de regarder sa finitude en face, soit pour accepter ce « monde » modelé et organisé par des hommes.
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Message par Tristram Dim 22 Jan - 13:00

Ah! Le De rerum natura : De la nature des choses !
« Tout mortel doit mourir tôt ou tard à son heure.
Personne n’y échappe : à quoi bon résister ?
Et puis l’on tourne en rond dans le cercle de vivre,
Où nul plaisir nouveau ne peut plus nous surprendre. »
III, 1076-1080

« La nature du monde tout entier, en effet, est par l’âge changée, et c’est tout qui doit passer d’un état dans un autre, rien ne demeure semblable à soi, tout se déplace, la nature contraint toute chose à changer, elle transforme tout. »
V, 823-832

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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