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Hans Erich Nossack

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Message par Pinky Jeu 28 Sep - 17:05

Hans Erich Nossack (1901-1977)

Hans Erich Nossack Nossac10
Hans Erich Nossack interviewé en 1959

Hans Erich Nossack naît dans une famille aisée de Hambourg. Son père, Eugen Nossack, dirige une entreprise commerciale (café et cacao).
Après son baccalauréat, il fait des études universtaires de lettres puis de droit et d’économie qu’il interrompt pour travailler comme ouvrier.
En 1923, Nossack retourne à Hambourg et épouse en 1925 Gabriele Knierer (1896-1987), avec laquelle il reste marié toute sa vie malgré de grandes difficultés. Il devient employé de banque et suit une formation de banquier. En dehors de ce travail alimentaire, il écrit des poèmes et des drames.
En 1930, il redevient membre du KPD. En 1933, il rejoint l'entreprise de son père. Il subit des perquisitions par les SA et la police, mais il n'est pas arrêté et finit par reprendre la direction de la société d'importation familiale.
En 1943, ses journaux intimes sont détruits par le plus violent bombardement de Hambourg. Nossack sauve quelques manuscrits carbonisés de son coffre-fort et les reconstituent. Hormis quelques poèmes publiés dans la Neue Rundschau en 1942 et 1944, ses premiers textes sont publiés à partir de 1947, d'abord chez Wolfgang-Krüger-Verlag, à Hambourg. L'année suivante, ses premiers livres traduits paraissent en France.
Dans son texte en prose Der Untergang (1948), il est l'un des premiers écrivains de la littérature allemande d'après-guerre à thématiser les horreurs de la guerre des bombes à travers la destruction de sa ville natale, Hambourg.
En 1949, Nossack est élu à l'Académie des sciences et de la littérature de Mayence et, en 1950, il fait partie des membres fondateurs de la Freie Akademie der Künste de Hambourg aux côtés de Hans Henny Jahnn. En outre, il est membre depuis 1961 de la Deutsche Akademie für Sprache und Dichtung de Darmstadt.
Entre 1949 et 1955, Nossack ne publie pas, car son éditeur Krüger exige de lui un roman d'amour, projet qu'il refuse, préférant travailler sur d'autres récits. De ce fait, Nossack disparaît presque complètement de la scène littéraire pendant plusieurs années. Durant cette période de crise, il se lie d'amitié avec Ernst Kreuder, avec lequel il entretient une correspondance active et cordiale. Finalement, Nossack passe aux éditions Suhrkamp, où il publie en 1955 son premier roman, qui reste à ce jour son plus grand succès, Spätestens im November.
En 1956, avec l'aide de l'industriel suisse Kurt Bösch, il dissout l'entreprise paternelle et s'installe à Aystetten, près d'Augsbourg. Il travaille désormais comme écrivain indépendant.
Avec Rudolf Hagelstange, Nossack a participé en 1961 à la célébration du centenaire de Rabindranath Tagore à New Delhi en tant que représentant des écrivains allemands. Il obtient le prix Georg-Büchner la même année.
En 1962, il s'installe à Darmstadt. De 1964 à 1968, il est vice-président de l'Académie des sciences et de la littérature de Mayence. En 1965, il s'installe à Francfort-sur-le-Main, puis revient à Hambourg en décembre 1969 pour l'amour de sa femme, où il vit et écrit jusqu'à sa mort en 1977. Ses papiers se trouvent aux Archives littéraires allemandes de Marbach.

Œuvres traduites en français
• Interview avec la mort [« Interview mit dem Tode »], trad. de Denise Naville, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 1950.
• Nekyia. Récit d’un survivant [« Nekyia »], trad. de Denise Naville, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 1955.
• Spirales. Roman d’une nuit d’insomnie [« Spiral. Roman einer schlaflosen Nacht »], trad. d’André Cœuroy, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 1959.
• La Dérive [« Spätestens im November »], trad. de Maurice Beerblock, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 1961.
• Le Frère cadet [« Der jüngere Bruder »], trad. d’André Cœuroy, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 1962.
• Avant la dernière révolte [« Nach dem letzten Aufstand »], trad. de Marie-Louise Ponty, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 1964.
• Le roi va au cinéma [« Der König geht ins Kino »], images d’A. Heras, trad. d’Heinz Schwarzinger, Paris, Éditions Casterman, 1976.
• L'Effondrement [« Der Untergang »], trad. de Jean-Pierre Boyer et Silke Hass, Genève, Éditions Héros-Limite, 2021.
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Message par Pinky Jeu 28 Sep - 17:25

Nekyia
Récit d’un survivant


Hans Erich Nossack R3201110


J'ai retrouvé ce commentaire que j'avais rédigé il y a un an sans le poster Le commentaire de Tristram sur Sebald m'a rappelé cette lecture.
Le terme  Nekyia renvoie à la mythologie grecque et à l'Odyssée :
"La Nekuia ou Nekyia (du grec ancien Νέκυια, parfois francisé en « néquie », de νέκυς / nékus/nékys, « le mort, le cadavre ») est un rituel sacrificiel lié à la mythologie grecque et ayant pour but d’invoquer les morts dans un nécromantéion. C’est aussi en particulier le titre donné au chant XI de l’Odyssée1 relatant l’invocation du défunt devin Tirésias par Ulysse qui, cherchant désespérément à rentrer à Ithaque, reçoit de Circé le conseil d’aller consulter le devin thébain à propos de l’avenir de son périple (fin du chant X).
Wikipedia, article Nekyia

Le texte écrit juste à la fin de la Seconde guerre mondiale, évoque une destruction totale de l’humanité où les hommes deviennent des oiseaux après le passage de deux grands oiseaux noirs un peu effrayants.
Le survivant s’entretient avec des personnages, une sorte d’autre lui, Toi mais aussi son Père, sa Mère, un Professeur….sans qu’on sache ce qui relève du souvenir, de la réalité ou du rêve. La structure du roman est faite d’un seul bloc, pas de chapitre mais un texte qui se déroule en retour en arrière, parfois en boucle, où le temps n’a plus trop lieu d’être.

En exergue : Post amorem omne animal triste.
Au début du texte
« Il pleuvait encore. Ou toujours. C’était au-delà de mon pouvoir.
Alors je me suis levé et j’ai rebroussé chemin. J’ai dit aux gens : « Je m’en vais chercher une voie ». Non qu’ils m’en eussent prié. Ils gisaient çà et là comme des mottes de glaise et certains se retournaient sur eux-mêmes en gémissant. »


« Je sais bien que j’ai laissé quelque chose derrière moi, c’est évident, mais comment le prouver ? Pour être cru, il faudrait pouvoir montrer quelque vestige, un débris ; mais il ne reste rien. Rien que des mots, et les mots eux aussi, ont perdu leur validité. Car cette proposition : « J’ai laissé quelque chose derrière moi » que dit-elle en définitive ? Autrefois, à quoi se fiait-on autant qu’au système chronométrique ? Tout était divisé avec précision et pouvait se traduire par des chiffres. L’un avait trente ans, l’autre avait vécu mille ans plus tôt. Le compte était généralement juste, d’ailleurs ; mais aujourd’hui les bases ne sont plus les mêmes. Le temps est brisé. Hier ? Un millénaire ? Cela ne signifie plus rien. Je n’ai qu’à m’adresser à ceux qui vécurent un millénaire plus tôt et me voilà en conversation avec eux. Alors à quoi bon les chiffres ? »

Le survivant retourne dans un lieu qu’il lui semble familier mais il est perdu
« Sans doute ai-je maintenant l’air d’un misérable fugitif. J’ai perdu mon nom et mon image. Il m’est impossible de préciser quelle place j’ai occupé dans le monde. Je ne me distingue en rien de ceux qui croupissent autour de moi. J’ai scruté leur visage pour découvrir ce qui a bien pu les préserver du sort des autres. Car je voulais connaître notre loi commune. Mais ces faces privées de toute expression ne semblent pas avoir de passé. Le regard traverse leurs yeux sans s’y arrêter. Oui, le vent s’engouffre dans leurs orbites comme si de toutes parts ne s’étendait qu’un désert infini.
»

« Dans le temps, on n’avait pas l’habitude de se fier à son propre jugement. C’était l’affaire des spécialistes qui, tenus d’exprimer l’opinion qui convenait à la majorité, rendaient compte de tout. Le soir, à heure fixe, on n’avait qu’à le lire, et en bavardant avec le voisin, avant de se coucher, on constatait qu’il pensait comme vous. Ainsi tout était réglé, et il n’existait pas de problème inquiétant.
Cette poignée de gens que le hasard a réunis, attend également, je le sais, que quelqu’un leur dise que penser. Peut-être est-ce la seule raison de leur long sommeil, encore que l’épuisement ou la faim puisse en être également cause, j’en conviens. De plus, je crois qu’ils comptent déjà sur moi pour leur inventer une opinion. »


« Il me vient à ce propos une pensée terrible. Se pourrait-il que mon nom et mon image, mènent, eux aussi, en quelque autre lieu leur vie propre ? Que mon nom parle en cet instant même, à d’autres noms sans que je sache de quoi ? »

« Pourquoi, dès la naissance, l’amour et la mort, nous arrachent-ils des cris lamentables, ce qui chasse le souvenir et jusqu’au paroles propres à les évoquer ? Car les paroles où s’exprimer cette autre vie sont prises de panique devant nos clameurs. Elles descendent vers la grève où, se retournant une fois encore, elles attendent que nous ayons retrouvé notre calme. Déjà la mer baigne leurs pieds ; elles frissonnent un peu au premier abord ; puis elles avancent prudemment et soudain se précipitent en plein dans le silence, origine sonore de l’espace et qui est leur patrie et qui fut la nôtre. Quant à nous, il ne nous reste plus que la vaine coquille des mots. En de rares heures sans bruit nous y appliquons l’oreille pour écouter le mugissement du silence. Alors, nous poussons un soupir sans savoir vraiment pourquoi. »

« Alors le crépuscule semblera céder devant toute chose. Derrière moi on reverra la ville et l’on entendra l’hymne de ceux qui furent avant nous, et qui sont toujours là pour peu que nous sachions les percevoir. On entendra la voix de l’aïeul, nette et infaillible, et la voix mâle du professeur se discernera parce qu’il se trompe parfois d’un demi ton. Par exubérance, le frère cadet lancera peut-être çà et là un trille d’allégresse, tandis que le père se contentera d’un modeste fredonnement. Personne ne voudrait renoncer à ce fredonnement, qui sert de lien aux voix des autres.
Le maître, lui, conduira le chœur, les bras largement déployés. Son joyeux baryton domine tout le monde et donne la cadence. De sorte que les coteaux alentour se détendent et que les arbres battent la mesure en balançant le chef. Mais la mère berce l’enfant sur ses genoux et répète, comme toujours : « Dors bien ; car demain il faudra veiller ».

Les dernières phrases du livre
Ah, bien longtemps encore il faudra veiller et nous taire avant de mériter tout cela.
Quant à toi qui m’as écouté, pardonne-moi, je te prie.
Je crois qu’il a cessé de pleuvoir.

Je n'avais pas lu l'extrait de Sebald cité par Tristram quand j'ai rédigé ce commentaire. Je trouve Sebald un peu sévère avec Nossack qui a choisi l'allégorie pour évoquer la catastrophe mais n'était-ce pas, pour lui une façon possible d'aborder la question à ce moment là ;  ce qui ressort des extraits que j'ai choisis, c'est bien le problème de l'embrigadement qui a empêché de penser. Le réveil est alors douloureux.
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