Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Robinson Jeffers

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Robinson Jeffers

Message par Arturo le Lun 26 Aoû - 15:49

Robinson Jeffers
(1887 - 1962)


Robinson Jeffers 2121810

John Robinson Jeffers est un poète et dramaturge américain. Il est connu pour son œuvre évoquant la beauté de la nature sur la côte californienne et pour son antagonisme envers la société humaine. On le connait également pour ses poèmes courts et il est considéré comme une icône du mouvement écologiste, il a inspiré des poètes comme  William Everson , Yvor Winters , Gary Snyder et Robert Hass. Il fut chancelier de l'Academy of American Poets.

Robinson Jeffers est le fils de Dr William Hamilton Jeffers, pasteur presbytérien, professeur d’exégèse biblique et d'histoire biblique au Grand séminaire de théologie à Pittsburg, et d'Annie Robinson Jeffers Tuttle. Il reçoit une éducation classique, fondée sur le grec, le latin et l'étude des écrits bibliques. Pendant que la famille Jeffers séjourne en Europe, Robinson Jeffers fait ses études secondaires dans des internats suisses (Zurich, Genève) et allemands (Leipzig). En 1902, la famille Jeffers retourne aux USA et Robinson Jeffers s'inscrit au Presbyterian Occidental College de Los Angeles dans l'État de Californie, il y obtient son Bachelor of Arts en 1905. Il s'inscrit aussitôt à l'University of Southern California pour y entreprendre des études de littérature. Il y rencontre Una Call Kuster, qui devient son égérie et qu'il épouse en 1913. Le couple s'installe à Carmel by the sea, à côté de Monterey. Entre-temps, Robinson s'est rendu en Suisse pour y étudier la philosophie, l'histoire, mais aussi la littérature française, espagnole et italienne. De retour en Californie en 1907, il entreprend des études de médecine qu'il ne poursuivra pas, pour enfin finir ses études universitaires en suivant des cours de gestion forestière à l'University of Washington, à Seattle, dans l'État de Washington.

En 1919, Robinson Jeffers construit un cottage sur les falaises qui surplombent le Pacifique entre Carmel by the sea et Big Sur. Son pessimisme envers l'humanité le conduit à se retirer peu à peu de la société et à entrer dans un face à face tragique avec la nature. L'inspiration de sa poésie est puisée dans la beauté sauvage de la côte californienne, dans la littérature antique, les tragiques grecs, la philosophie nietzschéenne, le pessimisme schopenhauerien et spenglerien.

Oeuvres traduites :

Le Dieu sauvage du monde, Éditions Wildproject, Marseille, 2015.
Arturo
Arturo

Messages : 3105
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 33
Localisation : Par-delà le bien et le mal

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par Arturo le Lun 26 Aoû - 15:54

Après Cummings et Williams, j'essaie de défricher un peu la poésie américaine qui me tient à coeur. Jeffers fait partie de ces monuments. Il n'a pour l'instant eu qu'un seul recueil traduit, j'en ai traduit un de mon côté, je vous remets ici le poème que j'avais mis sur un autre fil, et je vous en partage un autre, en attendant peut-être un jour de le voir publié...

Pour ceux qui comprennent l'anglais, je vous conseille ce documentaire, qui présente bien la vie de cet homme atypique, retiré du monde sur son littoral californien, lui qui a construit de ses mains, pierre par pierre, sa maison. Et sa tour, la tour aux faucons.

Il faut savoir que Jeffers jouissait d'une excellente notoriété avant la Seconde Guerre mondiale, puis il s'y est vertement opposé, critiquant l'engagement américain, étant profondément anti-militariste. Il sera ensuite mis au ban, et quasiment oublié.

Arturo
Arturo

Messages : 3105
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 33
Localisation : Par-delà le bien et le mal

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par Arturo le Lun 26 Aoû - 15:55

LA MAISON TOMBALE DU CHIEN
(Haig, un bulldog anglais)


J'ai quelque peu changé mes habitudes ; je ne peux plus
Courir avec toi les soirées le long du rivage,
Sauf dans une sorte de rêve ; et toi, si tu rêves un
                     instant,
Tu m'y verras.

Alors laisse encore quelques temps les traces de pattes sur la porte d'entrée
Là où j'avais l'habitude de gratter pour rentrer ou sortir,
Et tu ouvrais vite ; laisse sur le sol de la cuisine
Les traces laissées par mon écuelle.

Je ne peux plus m'allonger à côté de ton feu comme j'en avais l'habitude
Sur cette pierre chaude,
Ni au pied de ton lit ; non, durant toutes les nuits
Je m'allonge seul.

Mais tes tendres pensées m'ont allongé dehors à moins de deux mètres
De ta fenêtre là où la lueur du feu si souvent ravive,
Et où tu t'assois pour lire — et j'ai si souvent peur que tu sois peiné
                pour moi —
Chaque soir la lumière de ta lampe s'étend jusqu'à moi.

Vous, femmes et hommes, vivez si longtemps, c'est difficile
De penser que vous allez mourir un jour.
Un petit chien se fatiguerait, à vivre si longtemps.
J'espère que lorsque vous reposerez

Sous terre comme moi vos vies apparaîtront
Aussi bonnes et joyeuses que la mienne.
Non, mes chers, c'est trop d'espoir : on ne vous veille
                      pas autant
Que je ne l'ai été.

Et vous n'avez jamais connu l'attention passionnée
Et fidèle que j'ai reçue.
Vos esprits sont peut-être trop actifs, trop fluctuants...
Mais pour moi vous étiez vrais.

Vous n'avez jamais été des maîtres, mais des amis. J'étais votre ami.
Je vous ai vraiment aimés, et j'ai été aimé. Un amour profond dure
Jusqu'à la fin et bien au-delà de la fin. Et si c'est ma fin,
Je ne suis pas seul. Je n'ai pas peur. Je suis toujours vôtre.
Arturo
Arturo

Messages : 3105
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 33
Localisation : Par-delà le bien et le mal

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par Arturo le Lun 26 Aoû - 16:02

CONTEMPLATION DU
SABRE
(avril 1938)

Au bout du compte la raison ne tranchera pas ; le sabre le fera.
Le sabre : un instrument obsolète de bronze ou d'acier,
                    autrefois utilisé pour tuer des hommes, mais ici
Dans le sens d'un symbole. Le sabre : il est : les tempêtes
                  et contre-tempêtes d'une destruction générale ;
                  les tueries d'hommes,
La destruction des biens et matières ; le massacre, plus ou
                  moins intentionnel, de femmes et enfants ;
Une destruction déversée depuis les ailes, l'air comme
                  complice, l'air innocent
Perverti en assassin et empoisonneur.

Le sabre : il est : tricherie et couardise, incroyables
                 bassesses, incroyable courage, loyautés,
                 insanités.
Le sabre : pleurs et désespoir, esclavage de masse, torture
                 de masse, frustration de tous les espoirs
Qui étoilaient le front de l'homme. Tyrannie pour liberté, horreur
                 pour bonheur, famine pour pain, charognes pour
                 enfants.
Au bout du compte la raison ne tranchera pas ; le sabre le fera.

Cher Dieu, quelle est la pleine splendeur des choses et les
                 étoiles sacrées, mais aussi la cruauté et l'avidité, les
                 tricheries
Et vilenies, absurdités et vice et angoisse : maintenant que
                 cette chose s'approche à nouveau de nous je trouve
                 ardu
De te prier avec un cœur bien empli.
                                                         Je sais ce qu'est la douleur, mais
                 la douleur peut resplendir. Je sais ce qu'est la mort, je l'ai
                 parfois
Espérée. Mais cruauté et servage et déchéance,
                 pestilence, immondices, misère
Des hommes sont comme de petits oiseaux meurtris et des animaux... si vous
                 n'étiez que
Des vagues battant les rochers, le vent et le cœur d'acier de la terre,
                 la sauvagerie insolente des flammes du soleil et des étoiles,
Avec quel énorme cœur je pourrais prier votre beauté.
                                                                       Vous ne vous repentirez pas,
                 ni n'annulerez la vie, ni libérerez l'homme de ses angoisses
Pour tous les âges à venir. Vous êtes le seul qui se torture lui-même
                 afin de se découvrir : je suis
Celui qui vous observe et vous découvre, et vous prie
                 dans de petits paraboles, idylles ou tragédies, bel
Et intolérable Dieu.
                               Le sabre : il est :
J'ai deux fils que j'aime. Ils sont jumeaux, ils sont
                 nés en dix-neuf cent seize, ce qui sembla pour nous
                 la sombre année
D'une grande guerre, et ils ont maintenant l'âge
Que la guerre préfère. Le premier-né est comme sa mère, il est si
                 beau
Que des gens que je connais à peine m'ont arrêté dans la rue
                 pour évoquer la grave beauté de son visage.
Le second a la force de sa beauté ; quand il se
                 dénude pour nager ses épaules de héros et
                 ses reins de lutteur
Le font paraître comme vêtu. Le sabre : il est : détestable
                 enlaidissement, aveuglement, mutilation, lèvres
                 fermées de garçons
Trop fiers pour hurler.
                                   Au bout du compte la raison ne tranchera pas : le
                 sabre le fera.
Arturo
Arturo

Messages : 3105
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 33
Localisation : Par-delà le bien et le mal

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par Arturo le Lun 26 Aoû - 16:03

Il est à noter que je vous ai partagé deux poèmes assez courts ; enfin courts pour du Jeffers. Car Jeffers use d'une poésie narrative, et certains poèmes peuvent faire plus de 100 pages.
Arturo
Arturo

Messages : 3105
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 33
Localisation : Par-delà le bien et le mal

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par Bédoulène le Lun 26 Aoû - 16:58

merci Arturo !  

"certains poèmes peuvent faire plus de 100 pages."  ce n'est pas difficile de les lire sur la longueur ?

" Au bout du compte la raison ne tranchera pas : le
sabre le fera."

cela semble illustrer ce que tu a dit de "l'homme" et qui me le rend sympathique.


_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
Bédoulène

Messages : 12827
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 74
Localisation : En Provence

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par kashmir le Lun 26 Aoû - 17:19

@Arturo a écrit:Après Cummings et Williams, j'essaie de défricher un peu la poésie américaine qui me tient à coeur.

Alors, peut-être que tu vas nous parler de Franck O'Hara ou Ron Padgett ? Robinson Jeffers 1486156233

En tout cas, merci pour les partages ! Wink
kashmir
kashmir

Messages : 1826
Date d'inscription : 10/09/2017

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par Louvaluna le Lun 26 Aoû - 21:30

Merci beaucoup, Arturo, pour tous ces fils que tu ouvres actuellement, j'en apprends des choses ! Smile

Deuxième lecture, donc, de "La maison tombale du chien", et toujours aussi touchée. Percutant !

Vous n'avez jamais été des maîtres, mais des amis. J'étais votre ami.
Je vous ai vraiment aimés, et j'ai été aimé. Un amour profond dure
Jusqu'à la fin et bien au-delà de la fin. Et si c'est ma fin,
Je ne suis pas seul. Je n'ai pas peur. Je suis toujours vôtre.

Concernant "Contemplation du sabre", la disposition typographique du poème (pas sûre du terme technique) est surprenante, ainsi que l'utilisation des deux points : cela donne tout de suite un rythme bien net en tête, je trouve, sans avoir à passer par la lecture à voix haute.
Louvaluna
Louvaluna

Messages : 1005
Date d'inscription : 19/03/2017

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par Arturo le Lun 26 Aoû - 21:49

@Bédoulène a écrit:
"certains poèmes peuvent faire plus de 100 pages."  ce n'est pas difficile de les lire sur la longueur ?

Non ça raconte une histoire, ça se lit un peu comme un roman en fin de compte ce genre de longs poèmes.

@kashmir a écrit:
Alors, peut-être que tu vas nous parler de Franck O'Hara ou Ron Padgett ? Robinson Jeffers 1486156233

Je ne les ai encore jamais lus, tu vas devoir nous en parler avant ! Cool

@Louvaluna a écrit:
Concernant "Contemplation du sabre", la disposition typographique du poème (pas sûre du terme technique) est surprenante, ainsi que l'utilisation des deux points : cela donne tout de suite un rythme bien net en tête, je trouve, sans avoir à passer par la lecture à voix haute.[/justify]
Oui je trouve aussi.

Merci pour vos retours ! cheers
Arturo
Arturo

Messages : 3105
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 33
Localisation : Par-delà le bien et le mal

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par kashmir le Lun 26 Aoû - 22:16

@Arturo a écrit:
@kashmir a écrit:
Alors, peut-être que tu vas nous parler de Franck O'Hara ou Ron Padgett ? Robinson Jeffers 1486156233

Je ne les ai encore jamais lus, tu vas devoir nous en parler avant !  Cool


Ah, non ! Robinson Jeffers 3305084518 Le spécialiste, c'est toi ! Je ne fais que les lire après les avoir découverts, l'année dernière, mais je ne saurai pas bien en parler. On patientera... Robinson Jeffers 4200188299
kashmir
kashmir

Messages : 1826
Date d'inscription : 10/09/2017

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par Tristram le Mar 27 Aoû - 1:04

Oui, grand merci pour ces découvertes !
Maintenant, les grands pessimistes qui préfèrent la compagnie d'un animal à la société des hommes, ce n'est plus neuf, mais ça a un côté fascinant, et les oscillations autour du thème sont toujours intéressantes...
Je souhaite profondément que tes traductions soient publiées (dis-nous quand elles le seront, et où).

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8434
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Robinson Jeffers Empty Re: Robinson Jeffers

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains des États-Unis d'Amérique

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum