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Marie-Andrée Gill

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 8 Sep 2019 - 8:48

Marie-Andrée Gill
(née en 1986)

Marie-Andrée Gill Marie-11
Photo : Courtoisie de Sophie Gagnon-Bergeron

Née en 1986, Marie-Andrée Gill est une poète ilnue originaire de la Mashteuiatsh. Bercée par les vagues du Lac-Saint-Jean jusqu’à l’âge de 22 ans, elle s’intéresse d’abord à la poésie par amour. Elle fait alors la découverte de Gaston Miron et de plusieurs autres auteurs québécois qui influenceront sa plume. Son premier recueil de poésie, Béante, est d’abord un projet personnel réalisé à compte d’auteur avec une reliure artisanale, avant d’être publié chez La Peuplade en 2012. Ce premier recueil lui vaut, en 2013, le Prix Poésie des Prix littéraires du Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de même qu’une nomination au Prix de poésie du Gouverneur Général la même année. Son deuxième recueil, Frayer (La Peuplade 2015), raconte sa jeunesse à Mashteuiatsh et remporte lui aussi le Prix Poésie des Prix littéraires du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean (2016). Bachelière en littérature, Marie-Andrée Gill utilise la poésie à la fois comme un acte politique et de gratitude face au monde, ses défis et sa beauté. Sa démarche change et évolue dans le temps, mais demeure une recherche identitaire, un travail intense sur la métaphore et les images. Elle désire avant tout partager ses mouvances intérieures.

Source : https://kwahiatonhk.com/ (organisme sans but lucratif qui se consacre à l’infrastructure littéraire des Premières Nations)

Bibliographie

Béante, 2012
Frayer, 2015
Chauffer le dehors, 2019


Dernière édition par Jack-Hubert Bukowski le Dim 8 Sep 2019 - 9:04, édité 2 fois
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 8 Sep 2019 - 8:57

Chauffer le dehors (2019) :

Marie-Andrée Gill Mariea10

Marie-Andrée Gill confirme avec ce recueil qu’elle fait partie de mon panthéon d’auteurs de poésie. Elle a une esthétique et une conception d’écriture de la poésie qui se rapprochent de la mienne. Elle déclarait d’ailleurs en 2016 : « Je sens que j’ai une responsabilité politique et sentimentale envers mon village, mais je ne sais pas comment en parler. Alors c’est comme ça que je l’exprime »*. Je l’apprenais pour la première fois, mais à la réflexion je n’en suis pas si étonné surtout quand on connaît son penchant pour des auteurs comme Daniel Leblanc-Poirier et David Goudreault.

En lisant à nouveau son recueil avec ces nouvelles lunettes d’analyse, j’ai repéré d’autres choses, dont le recours textuel d'une référence à Hubert Aquin. Il ne faut pas oublier non plus qu’elle écrit en tant que femme et cette manière d’écrire peut être considérée féministe dans la mesure qu’elle peut recourir à un mimétisme de l’écriture des hommes pour en dégager une démarche signalétique en tant que femme autochtone.

Je vous livre quelques extraits :

Toujours en train d’écrire de quoi pour survivre,
j’invente des listes de choses à faire, déconstruis
les structures fanées de rêves dociles : oignons
revenus et soupes chaudes, chanterelles et tartes
aux pommes; nos accidents de bonheur simple.

Même si la fuite aplatit les contours, l’attente est
une lueur lourde sur la matérialité des mots.
Pourtant, je sais quoi faire et ne pas faire, j’ai le manuel
de ces affaires-là, les rituels.

Quelque chose en moi garde sa lampe allumée -
une déchirure, pas tout à fait une blessure, plutôt
comme quand les nuages s’ouvrent là au milieu,
entre les poumons - une envie qui peut pas
s’empêcher de chercher le trouble, provoquer
la rencontre, essayer n’importe quoi tout à coup que.
p. 17

Quand je parlais de Goudreault et de la référence à S’édenter la chienne :

Je cherche dans le bois
et les chiennes de vivre
le remède aux morsures de ta douceur
celle qui m’a fait toucher à autre chose
qu’à la bouette des rôles à jouer
p. 27

Il faut dire après tout que les chien-ne-s sont importantes dans les coutumes et les modes de vie autochtones, du moins dans la mémoire collective.

Quand je parle de l’ombre aquinienne qui se profile (incipit de Prochain épisode) :

Je t’écris de ma piscine intérieure qui coule.
Je hurle sur mute dans le sable mouvant
des HLM en lançant du sel derrière mon
épaule et en tournant en rond à chercher
une perpétuelle dernière fois parce que
c’est connu, on sait pas réfléchir quand le
feu est pris dans le tapis.

Tout, autour de moi, se ferme et s’ouvre.
Je veux désapprendre l’odeur de tes cheveux
et, avec la même force, je dis encore encore
je veux être sur le matelas en arrière du char
à réveillonner dans tes mains, qu’on
soit des enfants, qu’on mange des chocolats
et des tomates-cerises qui explosent dans
la bouche même si je sais qu’après on fera
comme d’habitude en allant se baigner dans
nos drames parce qu’il serait le temps de péter
la bulle, prendre une débarque et réapprendre
à faire du bicycle.
p. 45

Quand on reprend une saveur plus autochtone :

Je pleume les oies pour souper, comme je voudrais
le faire pour toi mais à l’envers : te greffer des ailes
qui marchent et des cris plein la gorge, que tu puisses
voir les fleurs sauvages de mon cœur cru, la médecine
millénaire qui nous enveloppe.
p. 58

Il y a une diversité dans le registre et les procédés d’écriture. Ici, on voit que c’est néo-punk :

Chaque pensée est un crash
de corneilles dans un blender
une matière nouvelle à dompter
p. 61

Ça ne manque pas de piquant :

Ce qu’il reste :
des rires en pleurant comme tout le monde en connaît
une senteur de savon à linge pis de gaz deux-temps
et mon clitoris comme une ronde
toute seule dans sa mesure
p. 63

Autochtone bis :

Je peux aussi courir après les orignaux et écouter
la poésie pas compliquée des faux-trembles.

Sous le soleil de neige chaude je te remplace par
les sentiers que j’ouvre et tape avec la force de ma
chaleur de femme, par le chemin brillant de chaque
dièse que les flocons font en naissant.
p. 72

Il y a tellement à citer et réciter dans ce recueil. Je vous conseille la lecture du recueil pour mieux comprendre l'intention esthétique. Marie-Andrée Gill est une poétesse majeure si on se place sous la lorgnette des poétesses autochtones et de la référence aux courants contemporains de poésie québécoise. Elle veut marquer le pas et assumer ce que les poètes de l’Écrou et des maisons d’édition émergentes sont en train de défricher comme sentier.

* Référence à l'article suivant : http://impactcampus.ca/arts-et-culture/marie-andree-gill-rester-fidele-a-lordinaire/


Mots-clés : #poésie
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Message par Tristram le Dim 8 Sep 2019 - 13:18

Merci JHB pour toutes ces découvertes ! Je suis particulièrement sensible à celle-ci...

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Bédoulène le Dim 8 Sep 2019 - 16:59

j'aime beaucoup tes poétesses autochtones Jack !

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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Message par bix_229 le Dim 8 Sep 2019 - 17:27

J'aime cette quète/affirmation de ses racines.



Des fois, je ferme les yeux et je fais comme si j’étais là :

Tu mets du choke, tu tires sur la crinque, ça décolle

dans un nuage noir. Il a tombé pas mal de neige,

faudrait pas rester en rack, j’ai même pas de soute.

Tout ce qui m’entoure ressemble à la phrase être à

la bonne place. Tu contournes les arbres dans la nuit,

tu vires sur un dix cennes ; les branches dans le front,

les flocons dans les yeux : c’est sûr que c’est pas avec

toi que je vais rester pris.

Je me dis que ça ferait un beau titre de quelque

chose : Il danse avec les ski-doos.

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