Antal Szerb

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Antal Szerb

Message par Bédoulène le Mar 13 Déc - 11:44

Antal Szerb (1901-1945)


Antal Szerb (Budapest, 1er mai 1901, Balf, 27 janvier 1945), est un romancier, historien de la littérature, essayiste, critique littéraire, professeur et éditeur hongrois. Ses parents appartiennent à la classe moyenne juive, et se sont convertis au catholicisme. Son père se considère comme un franc-maçon. Il est donc baptisé et reçoit une éducation catholique romaine : il fréquente le lycée piariste de Budapest. Outre cela, l'expérience la plus marquante de son enfance est le scoutisme, et son parrain est Ottokár Prohászka, théologien et écrivain catholique et évêque de Székesfehérvár. Sándor Sík, prêtre et poète religieux, est son professeur au lycée piariste de Budapest et l'encourage à continuer son activité littéraire. C'est ainsi qu'il écrit ses premiers poèmes, nouvelles, qu'il publie au sein du cercle littéraire de son lycée, où il finit par publier même des tentatives d'essais et de drames vers la fin de ses années lycéennes.

Après avoir passé le baccalauréat, il commence ses études supérieures en septembre 1920 à l'université de Budapest en faculté de littérature et langues hongroises et allemandes. Pendant cette période, il apprend de façon autodidacte l'anglais et le français. Après avoir écrit sa thèse sur Ferenc Kölcsey, il obtient son doctorat le 24 juillet 1924. Il a à peine vingt ans lorsque NyugatOccident »), la revue littéraire hongroise la plus importante, publie en février 1921 six de ses poèmes d’un coup. Ensuite il écrit des œuvres critiques pour cette revue. Après ceci, NapkeletOrient », une autre revue littéraire) publie ses écrits aussi, et Minerva, une revue scientifique, d’histoire des idées qui est en train de s’organiser l’accepte parmi ses rédacteurs aussi. En 1926 on publie sa thèse sur Ferenc Kölcsey en intégralité au sein de la revue.

Pendant les années 1930, il s’occupe surtout de la littérature anglo-saxonne et des théories du roman. Son ouvrage, A világirodalom története (L’histoire littéraire mondiale), s’appuie entre autres sur un ouvrage semblable de Mihály Babits, Az európai irodalom története (L’histoire de la littérature européenne). Il considérait la littérature comme un mouvement mondial où les écrivains illustres des nations différentes inspirent les autres tout au long des siècles et à travers les frontières. Ses poèmes sont nés de la quête identitaire. Ses premières nouvelles sont historiques ou issues de l’univers des contes.

Il épouse Amália Lakner à Budapest le 15 juin 1932. Ensuite il épouse Klára Bálint, la fille d’Aladár Bálint et la sœur du peintre Endre Bálint le 28 juillet 1938. Il séjourne en Italie et à Paris et passe une année à Londres. À 37 ans, il devient président de la Société hongroise des études littéraires. Dans la plupart de ses œuvres des années 1930, l’inspiration historique disparaît, et est remplacée par les merveilles, le mysticisme. Un autoportrait lyrique surgit, ironique et doux dans La Légende des Pendragon, son premier roman qui est un mélange du roman policier, de l’essai et de l’histoire de fantômes. Le Voyageur et le clair de lune a comme thème l’expérience du voyage vers l’intériorité et il a été récompensé par le prix Baumgarten en 1935.

Sa dernière œuvre, Le collier de la reine (A királyné nyaklánca, 1943), se passe sous l'Ancien Régime en France. Bien que, par ses parents, converti au catholicisme, il est considéré comme juif par les lois anti-juives. À partir de 1941, ses émissions de radio cessent et son Histoire de la littérature mondiale est censurée. Nyugat cesse de paraître. Interdit d’exercer en tant que professeur, il est envoyé en travail forcé à Balf, pour creuser les tranchées anti-tanks contre l’armée soviétique. Le 27 janvier 1945, les soldats du camp de Balf le battent à mort.

(wikipedia)

Ouvrages traduits en français

La Légende des Pendragon
recueil de nouvelles
Le Voyageur et le Clair de lune
Oliver VII
Le Collier de la reine

Essais

1934 (Histoire de la littérature hongroise)
1936 (Jours ordinaires et miracles [sur la théorie du roman])
1941 (Histoire de la littérature mondiale)

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Re: Antal Szerb

Message par Bédoulène le Mar 13 Déc - 11:50



Le voyageur et le clair de lune

C’est à l’occasion de leur voyage de noces en Italie que Mihaly et Erzsi prendront conscience de ce qui les lie et les délie.

Le principal attrait de se livre est avant tout la découverte de l’Italie, par Mihaly qui a étudié dans sa jeunesse l’histoire des religions, fasciné par  les vieilles maisons, leur architecture.

Mihaly a recherché toute sa vie la différence, il l’est lui-même, « abstrait » d’après certains, incapable de s’intéresser aux autres. Tourmenté dans sa jeunesse par des troubles nerveux (hallucinations, sensation de subir un tourbillon ….) qui l’isolaient et le conduisaient à trouver de la terreur dans l’ordinaire. (par exemple dans les mosaïques de Ravenne)

Mihaly regarde au cimetière de Cestius un couple d’anglais devant la tombe de Keats :
« j’ai du mal à imaginer une scène plus insignifiante et banale, et néanmoins, toute l’indicible horreur du monde a envahi mon cœur. »

Erzsi fait elle aussi partie des autres, ceux dont les pensées, les désirs n’intéressent pas Mihaly, c’est un fait qu’il faut accepter, si elle vit avec lui.

« Avec Mihaly, c’était l’inverse ; il s’efforçait scrupuleusement d’expliquer tous ses faits et ses gestes, voulant à tout prix qu’Erzsi le connût en entier, mais plus il s’expliquait, plus les choses devenaient confuses. Erzsi savait depuis longtemps qu’elle ne comprenait pas Mihaly, parce qu’il avait des secrets qu’il n’osait s’avouer à lui-même. De même Mihaly ne la comprenait pas davantage, parce que l’idée ne l’effleurait pas qu’on pût s’intéresser à une vie intérieure autre que la sienne. »

Le fil rouge de ce livre est la mort. L’ Etre a de façon intrinsèque « l’Autre désir » celui de connaître la mort, quitte à se l’approprier pour certains,  mais plus généralement à la rejeter, à se comporter comme si elle n’existait pas.

« Parce que la nature de la civilisation est partout, de détourner l’attention des hommes de la réalité de la mort, de compenser le désir de mort en diminuant le désir brut de la vie. La civilisation chrétienne l’a fait également.
Tu remarqueras que dans les sociétés civilisées, la mort s’est dans l’ensemble, retrouvée parmi les notions taboues. C’est ainsi que la civilisation se défend contre un danger monstrueux, à savoir qu’en tout homme agit un instinct opposé à l’instinct de vie, instinct très malin qui nous pousse d’une main douce mais ferme vers le néant. »


Mihaly, jeune homme a touché du doigt ce néant, mais a reculé devant l’inconnue ; là à Rome dans une attente d’ une rencontre, de son destin il s’est perdu dans la solitude et les fantômes du passé ressurgissent. Reculera t-til devant sa mort ? sa propre mort comme la considère Eva (rencontre du passé) cette mort qu’on se donne !

Une lecture intéressante sous l’écriture précise mais non dénuée de poésie.
C’est un rêve qui donne son titre au livre.

Autres Extraits

« Et pourtant, pourquoi le nier, je me fais beaucoup de soucis non seulement parce que je connais Erzsi mais aussi, et surtout, parce que je te connais, toi. [….] Erzsi t’aime sûrement parce que tu es tel que tu es, parce que tu es si lointain et abstrait que rien ni personne ne te concerne , comme si tu étais un Martien, un étranger de passage sur la terre ; parce que tu ne peux rien garder en mémoire de précis, parce que tu es incapable d’en vouloir vraiment à quelqu’un, parce que tu ne sais pas prêter attention aux paroles des autres, parce que c’est plutôt par bonne volonté et politesse que tu fais quelquefois semblant d’être un homme toi aussi. »

« Je ne supporte pas les responsabilités et je déteste systématiquement ceux qui attendent quelque chose de moi… »

« La politique ne touche que la surface, et le peuple italien, ce peuple végétatif pareil à la mer, supporte temps changeants avec une étonnante passivité et ne se solidarise pas avec la grande histoire. Il soupçonnait que déjà la Rome républicaine et impériale, avec ses gestes démesurés, son héroïsme et ses saloperies n’était qu’un jeu viril de surface, et que toute la romanité n’était que l’affaire privée de quelques comédiens géniaux, alors que pendant ce temps, les Italiens mangeaient tranquillement leurs pâtes, chantaient l’amour et engendraient une innombrable progéniture. »

« Voici un homme qui a réussi à se figer à l’âge qui lui convient. »



mots-clés : #psychologique #voyage

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Re: Antal Szerb

Message par bix_229 le Lun 26 Déc - 18:52



Le Voyageur et le clair de lune. - V. Hamy

A peine Mihaly vient-il d'épouser Erszi qu'il l'abandonne alors qu'ils se rendent en train en Italie.
En fait, ce mariage est un malentendu total. Erszi a divorcé d'un mari riche et protecteur mais désespérément conformiste. En Mihaly, elle pense trouver quelqu'un de foncièrement différent. Mais pour Mihaly, le mariage n' est qu'une formalité pour rentrer dans le rang et occuper, contre son gré, un poste dans l'entreprise familiale.

Désormais, c'est le début d'une fuite en avant. Les yeux toujours fixés sur un moment de son adolescence vécue dans le sillage enflammé d'un couple d' ados, Tamas et Eva, frère et soeur, unis par des liens très forts. Ils jouent leur vie dans une représentation constante, assumant tous les rôles qu'ils imaginent fiévreusement.
Mihaly, fasciné, s'accroche à eux, essayant d'imaginer un rôle à sa mesure, mais sans y parvenir. Comme un papillon de nuit, il se brûle à leur flamme.

Il n'empêche. Mihaly erre en Italie à la poursuite des fantômes du passé. Refusant de rentrer chez lui ou de revoir son épouse.
Sans but, sans argent. Sans raison véritable.

Mais qu'est-ce qui fait courir Mihaly ?
Il cherche Eva, il se cherche lui-même et ne se trouve pas. Il s'effondre.
Epuisé par quinze ans de fuite, forcé de vivre en fonction de ce qu'on attend de lui. Et son errance désespérée dans Rome est émouvante.
Même si cet anti héros est un loser, immature, faible, sans volonté. Attiré par rien, poussé dans toutes les impasses.
Peut-êre les Hongrois de l'époque (le début des années 30) se sont-ils identifiés à lui, parce que dans ce parcours erratique, il y a le passage d'un moment incertain de la vie à un autre et qui nous concerne tous.

Un très bon livre. Vraiment.

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