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Gaston Bachelard

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Message par Caramel Dim 21 Mar - 19:05

Gaston Bachelard
(1884-1962)

Gaston Bachelard Bachel10

Gaston, Louis, Pierre Bachelard, né à Bar-sur-Aube le 27 juin 1884 et mort à Paris le 16 octobre 1962, est un philosophe français des sciences, de la poésie, de l'éducation et du temps. Directeur de l'Institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques (IHST), il est l'un des principaux représentants de l'école française d'épistémologie historique.

Épistémologue reconnu, il a exploré les chemins inattendus des grandes découvertes scientifiques de la physique et de la chimie de la fin du xixe et du début du xxe siècle. Percevant les résistances aux évolutions, il invente, dans La Formation de l'esprit scientifique, la « psychanalyse de la connaissance objective », inspirée par les travaux de Carl Gustav Jung.

Gaston Bachelard introduit le concept d'obstacle épistémologique pour appréhender et analyser les obstacles à la connaissance scientifique constitués par les a priori notionnels liés aux acquis préexistants, de nature intellectuelle ou métaphorique et psychologiques, qui séduisent l'esprit du chercheur et des élèves mais les empêchent de progresser dans la connaissance des phénomènes. Dans La Philosophie du non, il considère que les obstacles varient suivant l'expérience du sujet, si bien qu'il forge le concept complémentaire de « profil épistémologique » qu'il applique à des exemples tirés de la logique, de la physique, de la chimie ou encore des mathématiques, en n'hésitant pas à prendre appui sur son profil personnel.

Bachelard renouvelle l'approche philosophique et littéraire de l'imagination, sous l'angle de la création. Il s'intéresse à des poètes et écrivains (entre autres Lautréamont, Edgar Allan Poe, Novalis, Henri Bosco), à des peintres (Marc Chagall, Claude Monet, Jean Revol), à des sculpteurs et des graveurs (Louis Marcoussis, Albert Flocon), au symbolisme ou encore à l'alchimie.

Il interroge les rapports entre la littérature et la science, c'est-à-dire entre l'imaginaire et la rationalité. Ils peuvent être conflictuels ou complémentaires. Une image au fort pouvoir affectif provoquera des illusions pour le scientifique (l'image du feu par exemple pourra obstruer la connaissance de l'électricité). Mais cette même image produira en littérature des effets inattendus et surchargés poétiquement : son pouvoir de fascination sera très important (chez Novalis ou Hölderlin par exemple pour l'image du feu). La rêverie poétique « sympathise » intimement avec le réel, tandis que l'approche scientifique est « antipathique » : elle prend ses distances avec la charge affective du réel.

wikipedia.org

Bibliographie :

- Essai sur la connaissance approchée, thèse principale
- Étude sur l'évolution d'un problème de physique. La propagation thermique dans les solides
- La Valeur inductive de la relativité
- Le Pluralisme cohérent de la chimie moderne
- L'Intuition de l'instant. Étude sur la Siloë de Gaston Roupnel
- Les Intuitions atomistiques : essai de classification
- Le Nouvel Esprit scientifique
- La Dialectique de la durée
- L'Expérience de l'espace dans la physique contemporaine
- La Formation de l'esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective
- La Psychanalyse du feu
- Lautréamont
- La Philosophie du non : essai d'une philosophie du nouvel esprit scientifique
- L'Eau et les rêves : Essai sur l'imagination de la matière
- L'Air et les Songes : Essai sur l'imagination du mouvement
- La Terre et les Rêveries du repos
- La Terre et les Rêveries de la volonté
- Le Rationalisme appliqué
- Paysages. Étude pour quinze burins d'Albert Flocon
- L'Activité rationaliste de la physique contemporaine
- Lettres à Louis Guillaume (1951-1962)
- Le Matérialisme rationnel
- La Poétique de l'espace
- La Poétique de la rêverie
- La Flamme d'une chandelle
- Le Droit de rêver, posthume
- L'Engagement rationaliste
- Épistémologie, textes choisis par Dominique Lecourt
- Études (« Noumène et microphysique », « La Critique du concept de frontière épistémologique », « Idéalisme discursif », « Lumière et substance » et « Le monde comme caprice et miniature »)
- Fragments d'une Poétique du Feu.
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Message par Caramel Dim 21 Mar - 19:08

Gaston Bachelard LA POÉTIQUE DE L’ESPACE extraits (poesiemuziketc.fr)

Littérature philosophique Bachel10


INTRODUCTION (extraits)

« Il faut être présent, présent à l’image dans la minute de l’image : s’il y a une philosophie de la poésie, cette philosophie doit naître et renaître à l’occasion d’un vers dominant, dans l’adhésion totale à une image isolée, très précisément dans l’extase même de la nouveauté d’image. L’image poétique est un soudain relief du psychisme, relief mal étudié dans des causalités psychologiques subalternes. Rien non plus de général et de coordonné ne peut servir de base à une philosophie de la poésie. .La notion de principe, la notion de « base » serait ici ruineuse. Elle bloquerait l’essentielle actualité, l’essentielle nouveauté psychique du poème. Alors que la réflexion philosophique s’exerçant sur une pensée scientifique longuement travaillée doit demander que la nouvelle idée s’intègre à un corps d’idées éprouvées, même si ce corps d’idées est astreint, par la nouvelle idée, à un remaniement profond, comme c’est le cas dans toutes les révolutions de la science contemporaine, la philosophie de la poésie doit reconnaître que l’acte poétique n’a pas de passé, du moins pas de passé proche le long duquel on pourrait suivre sa préparation et son avènement. »

« Quand, par la suite, nous aurons à faire mention du rapport d’une image poétique nouvelle et d’un archétype dormant au fond de l’inconscient, il nous faudra faire comprendre que ce rapport n’est pas, à proprement parler, causal. L’image poétique n’est pas soumise à une poussée. Elle n’est pas l’écho d’un passé. C’est plutôt l’inverse : par l’éclat d’une image, le passé lointain résonne d’échos et l’on ne voit guère à quelle profondeur ces échos vont, se répercuter et s’éteindre. Dans sa nouveauté, dans son activité, l’image poétique a un être propre, un dynamisme propre. Elle relève d’une ontologie directe. C’est à cette ontologie que nous voulons travailler. »

« Le poète ne me confère pas le passé de son image et cependant son image prend tout de suite racine en moi. La communicabilité d’une image singulière est un fait de grande signification ontologique » […]Certes on peut, dans des recherches psychologiques, donner une attention aux méthodes psychanalytiques pour déterminer la personnalité d’un poète, on peut trouver ainsi une mesure des pressions — surtout de l’oppression — qu’un poète a dû subir dans le cours de sa vie, mais l’acte poétique, l’image soudaine, la flambée de l’être dans l’imagination, échappent à de telles enquêtes »

« L’image poétique est en effet essentiellement variationnelle. Elle n’est pas, comme le concept, constitutive. Sans doute, la tâche est rude — quoique monotone — de dégager l’action mutante de l’imagination poétique dans le détail des variations des images. Pour un lecteur de poèmes, l’appel à une doctrine qui porte le nom, si souvent mal compris, de phénoménologie, risque donc de ne pas être entendu. Pourtant, en dehors de toute doctrine, cet appel est clair : on demande au lecteur de poèmes de ne pas prendre une image comme un objet, encore moins comme un substitut d’objet, mais d’en saisir la réalité spécifique. Il faut pour cela associer systématiquement, l’acte de la conscience donatrice au produit le plus fugace de la conscience : l’image poétique »

« L’image, dans sa simplicité, n’a pas besoin d’un savoir. Elle est le bien d’une conscience naïve. En son expression, elle est jeune langage. Le poète, en la nouveauté de ses images, est toujours origine de langage »

« Mais puisqu’une philosophie de la poésie doit recevoir toutes les puissances du vocabulaire, elle ne doit rien simplifier, rien durcir. Pour une telle philosophie, esprit et âme ne sont pas synonymes. En les prenant en synonymie, on s’interdit, de traduire des textes précieux, on déforme des documents livrés par l’archéologie des images. Le mot âme est un mot immortel. Dans certains poèmes, il est ineffaçable. C’est un mot du souffle . À elle seule l’importance vocale d’un mot doit retenir l’attention d’un phénoménologue de la poésie. Le mot âme peut être dit poétiquement avec une telle conviction qu’il engage tout un poème. Le registre poétique qui correspond à l’âme doit donc rester ouvert, à nos enquêtes phénoménologiques. »

« En bien des circonstances, on doit reconnaître que la poésie est un engagement de l’âme. La conscience associée à l’âme est plus reposée, moins intentionnalisée que la conscience associée aux phénomènes de l’esprit. Dans les poèmes se manifestent des forces qui ne passent pas par les circuits d’un savoir. Les dialectiques de l’inspiration et, du talent s’éclairent si l’on en considère les deux pôles : l’âme et l’esprit. À notre avis, âme et esprit sont indispensables pour étudier les phénomènes de l’image poétique, en leurs diverses nuances, pour suivre surtout l’évolution des images poétiques depuis la rêverie jusqu’à l’exécution. En particulier, c’est en tant que phénoménologie de l’âme que nous étudierons, dans un autre ouvrage, la rêverie poétique. À elle seule, la rêverie est une instance psychique qu’on confond trop souvent avec le rêve. Mais quand il s’agit d’une rêverie poétique, d’une rêverie qui jouit non seulement d’elle-même, mais qui prépare pour d’autres âmes des jouissances poétiques, on sait bien qu’on n’est plus sur la pente des somnolences. L’esprit peut connaitre une détente, mais dans la rêverie poétique, l’âme veille, sans tension, reposée et active. Pour faire un poème complet, bien structuré, il faudra que l’esprit le préfigure en des projets. Mais pour une simple image poétique, il n’y a pas de projet, il n’y faut qu’un mouvement de l’âme. En une image poétique l’âme dit sa présence. »

« Et, c’est ainsi qu’un poète pose le problème phénoménologique de l’âme en toute clarté. Pierre-Jean Jouve écrit: « La poésie est une âme inaugurant une forme ». (Pierre-Jean JOUVE, En miroir, éd. Mercure de France, p. 11) L’âme inaugure. Elle est ici puissance première. Elle est dignité humaine. Même si la « forme » était connue, perçue, taillée dans les « lieux communs », elle était avant la lumière poétique intérieure un simple objet pour l’esprit. Mais l’âme vient inaugurer la forme, l’habiter, s’y complaire. La phrase de Pierre-Jean Jouve peut donc être prise comme une claire maxime d’une phénoménologie de l’âme. »



«Puisqu’elle prétend aller aussi loin, descendre aussi profondément, une enquête phénoménologique sur la poésie doit dépasser, par obligation de méthodes, les résonances sentimentales avec lesquelles, plus ou moins richement — que cette richesse soit en nous ou bien dans le poème — nous recevons l’œuvre d’art. C’est ici que doit être sensibilisé le doublet phénoménologique des résonances et du retentissement. Les résonances se dispersent sur les différents plans de notre vie dans le monde, le retentissement nous appelle à un approfondissement de notre propre existence. Dans la résonance, nous entendons le poème, dans le retentissement nous le parlons, il est nôtre. Le retentissement opère un virement d’être. Il semble que l’être du poète soit notre être. La multiplicité des résonances sort alors de l’unité d’être du retentissement. Plus simplement dit, nous touchons là une impression bien connue de tout lecteur passionné de poèmes : le poème nous prend tout entier. Cette saisie de l’être par la poésie a une marque phénoménologique qui ne trompe pas. »

« C’est le retentissement que nous pourrons éprouver des résonances des répercussions sentimentales, des rappels de notre passé. Mais l’image a touché les profondeurs avant d’émouvoir la surface. Et cela est vrai dans une simple expérience de lecteur. Cette image que la lecture du poème nous offre, la voici qui devient vraiment nôtre. Elle prend racine en nous-mêmes. Nous l’avons reçue, mais nous naissons à l’impression que nous aurions pu la créer, que nous aurions dû la créer. Elle devient un être nouveau de notre langage, elle nous exprime en nous faisant ce qu’elle exprime, autrement dit elle est à la fois un devenir d’expression et un devenir de notre être. Ici, l’expression crée de l’être. »

« Ainsi l’image poétique, événement du logos, nous est personnellement novatrice. Nous ne la prenons plus comme un « objet ». Nous sentons que l’attitude « objective » du critique étouffe le « retentissement », refuse, par principe, cette profondeur où doit prendre son départ le phénomène poétique primitif. Et quant au psychologue, il est assourdi par les résonances et veut sans cesse décrire ses sentiments. »

« Nous en arrivons donc toujours à la même conclusion : la nouveauté essentielle de l’image poétique pose le problème de la créativité de l’être parlant. Par cette créativité, la conscience imaginante se trouve être, très simplement mais très purement, une origine. C’est à dégager cette valeur d’origine de diverses images poétiques que doit s’attacher, dans une étude de l’imagination, une phénoménologie de l’imagination poétique. »

« une image poétique, rien ne la prépare, surtout pas la culture, dans le mode littéraire, surtout pas la perception, dans le mode psychologique.

Nous en arrivons donc toujours à la même conclusion : la nouveauté essentielle de l’image poétique pose le problème de la créativité de l’être parlant. Par cette créativité, la conscience imaginante se trouve être, très simplement mais très purement, une origine. C’est à dégager cette valeur d’origine de diverses images poétiques que doit s’attacher, dans une étude de l’imagination, une phénoménologie de l’imagination poétique. »

«Quant à nous, adonné à la lecture heureuse, nous ne lisons, nous ne relisons que ce qui nous plaît, avec un petit orgueil de lecture mêlé à beaucoup d’enthousiasme. Alors que l’orgueil se développe d’habitude en un sentiment massif qui pèse sur tout le psychisme, la pointe d’orgueil qui naît de l’adhésion à un bonheur d’image, reste discrète, secrète. Elle est en nous, simples lecteurs, pour nous, rien que pour nous. C’est de l’orgueil en chambre. Personne ne sait qu’en lisant nous revivons nos tentations d’être poète. Tout lecteur, un peu passionné de lecture, nourrit et refoule, par la lecture, un désir d’être écrivain. Quand la page lue est trop belle, la modestie refoule ce désir. Mais le désir renaît. De toute façon, tout lecteur qui relit une œuvre qu’il aime sait que les pages aimées le concernent.»

« Du moins, le lecteur participe à cette joie de création que Bergson donne comme le signe de la création . Ici, la création se produit sur le fil ténu de la phrase, dans la vie éphémère d’une expression. Mais cette expression poétique, tout en n’ayant pas une nécessité vitale, est tout de même une tonification de la vie. Le bien dire est un élément du bien vivre. L’image poétique est une émergence du langage, elle est toujours un peu au-dessus du langage signifiant. À vivre les poèmes on a donc l’expérience salutaire de l’émergence. C’est la sans doute de l’émergence à petite portée. Mais ces émergences se renouvellent ; la poésie met le langage en état d’émergence. La vie s’y désigne par sa vivacité. Ces élans linguistiques qui sortent de la ligne ordinaire du langage pragmatique sont des miniatures de l’élan vital. »

« Ainsi, à côté des considérations sur la vie des mots telle qu’elle apparaît dans l’évolution d’une langue à travers les siècles, l’image poétique nous présente, dans le style du mathématicien, une sorte de différentielle de cette évolution. Un grand vers peut avoir une grande influence sur l’âme d’une langue. Il réveille des images effacées. Et en même temps il sanctionne l’imprévisibilité de la parole. Rendre imprévisible la parole n’est-il pas un apprentissage de la liberté ? Quel charme l’imagination poétique trouve à se jouer des censures ! Jadis, les Arts poétiques codifiaient les licences. Mais la poésie contemporaine a mis la liberté dans le corps même du langage. La poésie apparaît alors comme un phénomène de la liberté. »

«Mais la poésie est là, avec ses milliers d’images de jet, d’images par lesquelles l’imagination créatrice s’installe dans son propre domaine.

Chercher des antécédents à une image, alors qu’on est dans l’existence même de l’image, c’est, pour un phénoménologue, une marque invétérée de psychologisme. Prenons, au contraire, l’image poétique en son être. La conscience poétique est si totalement absorbée par l’image qui apparaît sur le langage, au-dessus du langage habituel, elle parle, avec l’image poétique, un langage si nouveau qu’on ne peut plus envisager utilement des corrélations entre le passé et le présent. Nous donnerons par la suite des exemples de telles ruptures de signification, de sensation, de sentimentalité, qu’il faudra bien nous accorder que l’image poétique est sous le signe d’un être nouveau.

Cet être nouveau, c’est l’homme heureux.

Heureux en parole, donc malheureux en fait, objectera tout de suite le psychanalyste. Pour lui, la sublimation n’est qu’une compensation verticale, une fuite vers la hauteur, exactement comme la compensation est une fuite latérale. Et aussitôt, le psychanalyste quitte l’étude ontologique de l’image ; il creuse l’histoire d’un homme ; il voit, il montre les souffrances secrètes du poète. Il explique la fleur par l’engrais.

Le phénoménologue ne va pas si loin. Pour lui, l’image est là, la parole parle, la parole du poète lui parle. Nul besoin d’avoir vécu les souffrances du poète pour prendre le bonheur de parole offert par le poète — bonheur de parole qui domine le drame [13] même. La sublimation, dans la poésie, surplombe la psychologie de l’âme terrestrement malheureuse. C’est un fait : la poésie a un bonheur qui lui est propre, quelque drame qu’elle soit amenée à illustrer.»

« La poésie, dans sa surprenante démarche actuelle surtout, (ne peut) correspondre qu’à des pensées attentives, éprises de quelque chose d’inconnu et essentiellement ouvertes au devenir. » (« Pierre-Jean JOUVE, En Miroir, éd. du Mercure de France)

Dès lors, une nouvelle définition du poète est en vue. C’est celui qui connaît, c’est-à-dire qui transcende, et qui nomme ce qu’il connaît. » « Il n’y a pas poésie s’il n’y a pas absolue création. » (« Pierre-Jean JOUVE, En Miroir, éd. du Mercure de France)

Une telle poésie est rare . En sa grande masse, la poésie est plus mêlée aux passions, plus psychologisée. Mais ici la rareté, l’exception, ne vient pas confirmer la règle, mais la contredire et instaurer un régime nouveau. Sans la région de la sublimation absolue — quelque restreinte et élevée qu’elle soit, même si elle semble hors de portée à des psychologues ou à des psychanalystes — qui n’ont pas, après tout, à examiner la poésie pure — on ne peut révéler la polarité exacte de la poésie.»

« En poésie, le non-savoir est une condition première ; s’il y a métier chez le poète c’est dans la tâche subalterne d’associer des images. Mais la vie de l’image est toute dans sa fulgurance, dans ce fait qu’une image est un dépassement de toutes les données de la sensibilité. »

« Mais, touchant plus simplement les problèmes de l’imagination poétique, il est impossible de recevoir le gain psychique de la poésie sans faire coopérer ces deux fonctions du psychisme humain : fonction du réel et fonction de l’irréel. Une véritable cure de rythmanalyse nous est offerte par le poème qui tisse le réel et l’irréel, qui dynamise le langage par la double activité de la signification et de la poésie. Et dans la poésie, l’engagement de l’être imaginant est tel qu’il n’est plus le simple sujet du verbe s’adapter. Les conditions réelles ne sont plus déterminantes. Avec la poésie, l’imagination se place dans la marge où précisément la fonction de l’irréel vient séduire ou inquiéter — toujours réveiller — l’être endormi dans ses automatismes. Le plus insidieux des automatismes, l’automatisme du langage ne fonctionne plus quand on est entré dans le domaine de la sublimation pure»

« Mais les images ne s’accommodent guère des idées tranquilles, ni surtout des idées définitives. Sans cesse l’imagination imagine et s’enrichit de nouvelles images.
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Message par bix_229 Dim 21 Mar - 19:26


Merci, Caramel, j'espère que ce fil aura un écho.
Bachelard, poète autant que philosophe et qui n'avait pas la grosse tete pour autant.
Quand as-tu découvert Bachelard ?
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Message par Arturo Dim 21 Mar - 20:00

Merci, je prendrai le temps de lire ce fil ! J'ai un peu effleuré Bachelard jusqu'à présent, sans encore vraiment l'aborder.
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Message par Caramel Lun 22 Mar - 9:25

@bix_229 a écrit:
Merci, Caramel, j'espère que ce fil aura un écho.
Bachelard, poète autant que philosophe et qui n'avait pas la grosse tete pour autant.
Quand as-tu découvert Bachelard ?


J'ai de la famille à Bar sur Aube :

"L'Association Internationale Gaston Bachelard, fondée à Bar-sur-Aube en 1984, n'entend pas se tenir à l'écart de ce vaste mouvement de conservation, d'interrogation, et de culture. On est bien loin d'avoir épuisé les ressources d'une philosophie marginale et secrète, dont l'écriture est par elle-même un constant bain de jouvence."
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Message par Caramel Lun 22 Mar - 9:36

La poétique de l'espace !


LA MAISON

LE SENS DE LA HUTTE

A travers les souvenirs de toutes les maisons où nous avons trouvé abri, par delà toutes les maisons que nous avons rêvé habiter !

La maison est notre coin du monde, notre premier univers.

Tous les abris, tous les refuges, toutes les chambres ont des valeurs d'onirisme consonnantes.

La maison ne se vit pas seulement au jour le jour, dans le récit de notre histoire. Par les songes les diverses demeures de notre vie se compénètrent et gardent les trésors des jours anciens.

Quand on rêve à la maison natale, dans l'extrême profondeur de la rêverie on participe à cette chaleur première. Le poète sait bien que la maison tient l'enfance immobile dans ses bras :

Maison, pan de prairie, ô lumière du soir
Soudain vous acquérez presque une face humaine
Vous êtes près de nous, embrassants, embrassés.


La maison , un lieu de vie , d'intimité, un refuge dans le bien être ou le mal être.

La maison abrite la rêverie ! elle permet de rêver en paix !

La maison est une des plus grandes puissances d'intégration pour les pensées, les souvenirs les rêves de l'homme.

Grâce à la maison nos souvenirs sont logés !

La maison est un grand berceau, l'homme est déposé dans le berceau dans la maison.
La vie est protégée dans le giron de la maison.

Sans elle l'homme serait un être dispersé.

Si elle a cave et grenier, des coins et des couloirs nos souvenirs ont des refuges de mieux en mieux caractérisés. Nous y retournons toute notre vie en nos rêveries.
Dans ce théâtre du passé qu'est notre mémoire le décor maintient les personnages dans leur rôle dominant.
On croit parfois se connaitre dans le temps, alors qu'on ne connait qu'une suite de fixations dans des espaces de la stabilité de l'être, d'un être qui ne veut pas s'écouler, qui, dans le passé même quand il s'en va jà la recherche du temps perdu, veut "suspendre" le vol du temps.
Dans ses mille alvéoles, l'espace tient du temps comprimé. L'espace sert à ça.

La maison natale

Avant d’être jeté dans le monde, le nouveau-né est déposé dans un berceau, enveloppé de chaleur. Il n’est donc pas étonnant que toujours, en nos rêveries, la maison nous apparaît comme un grand berceau où notre être se sent envahi par le bien-être. Être, c’est être bien !

Le poète allemand Rilke n’a jamais revu sa maison natale.


Et pourtant «cette étrange demeure», ce n’est pas un bâtiment matériel, écrit-il, mais elle est «toute fondue et répartie», dans son être: «les chambres, les escaliers qui descendent avec une lenteur si cérémonieuse, d’autres escaliers, cages étroites montant en spirale dans l’obscurité desquels on avançait comme le sang dans les veines»
. Pour nous, adultes, qui gardons tout au fond de notre être une «enfance permanente», la maison natale est plus qu’«un corps de logis»; elle est «un corps de songes » . Même disparue, nous l’habitons en songe, c’est-à-dire : «oniriquement».

Maison onirique

Il existe en nous, au-delà de la bâtisse réelle, et au-delà des faits du passé vrai de notre enfance, une «crypte» cachée, « une coquille initiale», un «placard profond».


Au plus profond de nous-mêmes vit une maison imaginaire, un espace d’intimité et de réconfort, de lumière et de chaleur. Grâce à elle, nous avons la conscience d’être abrité contre le froid et le chaud, contre la tempête et la pluie, contre la nuit et les forces obscures.


Henri Bosco, autre rêveur de maison, touche un point sensible quand il nous révèle le caractère maternel de la maison: « la maison se serre contre moi, comme une louve, et par moments, je sentais son odeur descendre maternellement jusque dans mon cœur. Ce fut, cette nuit-là, vraiment ma mère. Je n’eus qu’elle pour me garder et me soutenir. Nous étions seuls.»


À propos de la maternité de la maison, le poète polonais Milosz nous offre deux vers sublimes dans son poème Mélancolie:


«Je dis ma Mère. Et c’est à vous que je pense, ô Maison! Maison des beaux étés obscurs de mon enfance»


. D’après Bachelard, Milosz réunit, dans ces vers, deux archétypes différents la Mère et la Maison qui évoquent toutes deux l’image de l’intimité et du repos.


Par contre, les archétypes de la Maison et de la Mère, associés à des rêveries de repos ne suffisent pas pour rendre compte de l’être humain dans sa complexité et dans sa diversité.

La rêverie habitante



Bachelard nous sert des pages admirables sur la verticalité de la maison : le grenier, hauteur claire de l’esprit; la cave, zone irrationnelle des peurs, des passions et de l’inconscient; l’escalier qui va vers la cave, on le descend toujours, tandis que l’escalier du grenier, on le monte toujours. «La grande plante de pierre qu’est la maison pousserait mal si elle n’avait pas l’eau des souterrains à sa base».


La maison est comme un grand arbre qui lève son toit feuilli vers le ciel et est profondément enraciné dans la terre. Maison et mère, terre et ciel! Modèle végétal, cosmique, naturel de la maison des humains.
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Message par Caramel Lun 22 Mar - 9:39

Bachelard traite de la hutte comme étant «la racine pivotante de la fonction d’habiter», «l’absolu du refuge» et le «centre de la solitude concentrée». Un rêveur de maison rêve d’une hutte, d’un refuge, d’un nid, d’un coin «où il voudrait se blottir comme un animal en son trou»
. En revanche, la hutte de l’ermite est le symbole de l’homme qui veille .


Par sa lumière, lampe ou chandelle qui l’éclairent, la hutte à la lisière du bois, à l’instar des humains, regarde, veille, surveille, attend et attire les passants
Les fenêtres et les portes de la maison engagent avec le monde «un commerce d’immensité» Ouverture au monde, la maison devient expansive. Le seuil, lieu des arrivées et des départs, est un lieu sacré, frontière qui sépare le dedans du dehors.


"Une lampe allumée derrière la fenêtre
Veille au coeur secret de la nuit."

Dans un autre livre La Terre et les rêveries du repos, l’auteur dans un chapitre intitulé «la maison natale et la maison orinique», annonçait déjà la même thématique de la «rêverie habitante»:

«La maison onirique est un thème plus profond que la maison natale. Elle correspond à un besoin qui vient de plus loin. Si la maison natale met en nous de telles fondations, c’est qu’elle répond à des inspirations inconscientes plus profondes» .
«La maison natale est construite sur la crypte de la maison onirique. Dans la crypte est la racine, l’attachement, la profondeur, la plongée des rêves»
.
«Les rêves sont d’autant plus grands que le rêveur se tient dans un plus petit réduit. On donnerait à l’enfant une vie profonde en lui accordant un lieu de solitude, un coin»
.
En nous plongeant dans la densité du songe, Bachelard nous met en «quête d’immensité».



La maison et l'hiver !


"Sous la neige la maison est vieille !"


"C'était des soirs, où dans de vieilles maisons entourées de neige et de bise, les grandes histoires, les belles légendes que se transmettent les hommes, prennent un sens concret."


La maison dans la tempête :


La maison luttait bravement. Elle se plaignit tout d'abord ; les pires souffles l'attaquèrent de tous les côtés à la fois. Dès le début de la tempête des vents hargneux avaient pris le toit à partie. On essaya de l'arracher, de lui casser les reins, de le mettre en lambeaux, de l'aspirer... On eu beau insulter les volets et les portes, prononcer des menaces colossales, claironner dans la cheminée, l'être déjà humain ou j'abritais mon corps, ne céda rien à la tempête. La maison se serra contre moi, comme une louve. Ce fut cette nuit là vraiment ma mère.



Rêveries


Je rêve d'un logis, maison basse à fenêtres
Hautes, aux trois degrés usés, plats et verdis


Logis pauvre et secret à l'air d'antique estampe
Qui ne vit qu'en moi-même, où je rentre parfois
M'asseoir pour oublier le jour gris et la pluie.
André Lafon Le rêve d'un logis.


"Une maison dressée au coeur
Ma cathédrale de silence
Chaque matin reprise en rêve
Et chaque soir abandonnée
Une maison couverte d'aube
Ouverte au vent de ma jeunesse.


Jean Laroche Mémoire d'été



"Une maison où je vais seul en appelant
Un nom que le silence et les murs me renvoient
Une étrange maison qui se tient dans ma voix
Et qu'habite le vent".

Pierre seghers



Maison de vent !

Louis Guillaume "Noir comme la mer"

longtemps je t'ai construite, ô maison !
A chaque souvenir je transportais des pierres
Du rivage au sommet de tes murs
Et je voyais, chaume couvé par les saisons
Ton toit changeant comme la mer
Danser sur le fond des nuages
Auxquels il mêlait ses fumées

Maison de vent demeure qu'un souffle effaçait.

La maison perdue qui vit en nous !

O nostalgie des lieux qui n'étaient point
Assez aimés à l'heure passagère
Que je voudrais leur rendre de loin
Le geste oublié, l'action supplémentaire. Rilke Vergers


La maison est "un état d'âme".

Françoise Minkowska (psychologue) a étudié les dessins de maisons faits par les enfants.

Dessiner une maison pour un enfant c'est révèler le rêve le plus profond où il veut abriter son bonheur.

Dans certains dessins il y a du feu, de la fumée s'échappe de la cheminée. Quand la maison est heureuse la fumée s'amuse doucement au dessus du toit.


Quand l'enfant est malheureux la maison porte les traces de ses angoisses. Des enfants qui ont subi des sévices ,longtemps cachés (pendant la guerre), dessinent des maisons immobilisées dans leur raideur ! (une maison vivante n'est pas vraiment immobile). Elle intègre les mouvements par lesquels on accède à la porte, le chemin qui conduit à la maison, souvent une montée. Quand il y a une poignée à la porte c'est une maison habitation. La poignée ouvre plus qu'elle ne ferme. La clé ferme plus qu'elle n'ouvre. Dans le règne des valeurs. Le geste qui ferme est toujours plus net, plus fort que le geste qui ouvre.
Caramel
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