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Katherine Mansfield

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Message par Pinky Jeu 27 Jan - 14:13

Katherine Mansfield
(1888-1923)

Katherine Mansfield Kather10


Katherine Mansfield (Wellington, Nouvelle-Zélande, 14 octobre 1888 - Avon, Seine-et-Marne, 9 janvier 1923), nom de plume de Kathleen Mansfield Murry née Beauchamp, est une écrivaine et poétesse britannique d'origine néo-zélandaise. Puisant son inspiration tout autant de ses expériences familiales que de ses nombreux voyages, elle contribua au renouvellement de la nouvelle moderniste avec ses récits fondés sur l’observation et souvent dénués d’intrigue.
Œuvres
• In a German Pension (Pension allemande), 1911
• Prelude, 1918
• Bliss and Other Stories (Félicité), 1920
• The Garden Party and Other Stories (La Garden Party11), 1922
• Poems, 1923
• The Dove’s Nest and Other Stories (Le Nid de colombes et autres nouvelles), 1923
• Something Childish and Other Stories (Quelque chose d'enfantin, mais de très naturel et autres nouvelles), 1924
• The Journal of Katherine Mansfield (Journal de Katherine Mansfield), 1927 (édition définitive en 1954)
• The Letters of Katherine Mansfield (Les Lettres de Katherine Mansfield), 1928-1929
Principales nouvelles
• Bliss (Félicité)
• The Garden Party11 (La Garden Party)
• At the Bay (Sur la baie)
• Miss Brill12
• The Doll’s House (La Maison de poupées)
• Prelude (Prélude)
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Message par Pinky Jeu 27 Jan - 14:20

L'aloès

Katherine Mansfield 51wadv11

Une famille déménage et s'installe dans une nouvelle maison. Le sujet est mince. Ce court roman ou cette longue nouvelle est l'occasion pour K. Mansfield de présenter le fragile équilibre de cette petite communauté presque entièrement féminine. Par petites touches, elle nous dévoile les failles de Linda la mère étrangère à la vie, protégée par sa mère, la connivence entre son mari et sa sœur, deux bons vivants mais aussi les jeux et les peurs d’Isabel, Kezia, Lottie, ses trois petites filles ; sans oublier Pat, l’homme à tout faire irlandais et Alice, la bonne. On pense à Henry James, Virginia Woolf pour l’attention aux choses, aux détails qui peuvent sembler les plus anodins. C'est fin, subtil. Au-delà des personnages, c'est aussi toute l'atmosphère du jardin ou plutôt du parc entourant la nouvelle maison avec cet étrange aloès qui est rendue.
Le récit est tissé de rêveries, de souvenirs. On se déplace dans le présent, le passé, les différentes pièces de la maison où chacun et plus souvent chacune vaque à ses occupations. La grand-mère qui en est le pilier affectif et pragmatique, Linda la mère et sa sœur Beryl, les petites filles autour de Kezia la cadette ; enfin Stanley, le père heureux de l’acquisition de cette nouvelle maison mais inquiet de la santé de sa femme. Le livre s’ouvre et se referme sur les enfants, leurs peurs, leurs jeux.
Ce qui m’arrive très rarement voire jamais, j’ai relu le texte une seconde fois pour en savourer les détail. 140 pages, c’est faisable. Et là, j’ai vu combien la place des enfants était centrale, encore plus qu’à la première lecture : adulte à qui ils sont quasi indifférents comme Linda, leur mère ou adultes qui prennent soin d’eux comme Pat, Beryl et la grand-mère, la vieille Mrs Fairfield.

Quelques extraits :

La peur du noir, Kezia est rentrée dans la maison vide avant de partir vers la nouvelle maison :
« Ce faisant, le jour s’éteignit dans un tremblotement, et le ténébreux crépuscule pénétra dans la maison vide, crépuscule larron qui dérobe les formes des choses, crépuscule sournois qui peint les ombres. A ses trousses s’insinua le vent, furetant et hurlant. Les fenêtres tremblèrent – un craquement sortit des murs et des planchers, un morceau de fer sur le toit se mit à battre lugubrement – Kezia n’eut pas de ces divers bruits une perception isolée, mais elle se tint soudain tout à fait, tout à fait immobile, les yeux grands ouverts, les genoux serrés – saisie d’une peur affreuse. Son vieil épouvantail, le noir, l’avait reprise, et voilà pas de pièce éclairée où se précipiter avec l’impétuosité du désespoir …. »

Linda au réveil :
« Les voix des enfants t’importunent, Linda ? demanda la vieille Mrs Fairfield, entrant à ce moment précis avec un petit déjeuner sur un plateau. Veux-tu que je leur dise de s’éloigner davantage de la maison ?
- Non, ne te tracasse pas, dit Linda. Oh mère, mais je ne veux pas de petit déjeuner.
- Ce que je t’ai apporté ou rien, dit Mrs Fairfield, en posant le plateau sur la table de malade. Un soupçon de porridge, un bout de rôtie… »
-
- Rien que l’idée de confiture d’orange, dit Linda d’un ton moqueur…Mais Mrs Fairfield demeurait sérieuse « oui, ma petite chérie et une théière de thé fait à l’instant ! »
Elle sortie du placard une jaquette blanche en lainage ornée de nœuds rouges, la passa autour de sa fille et la lui boutonna.
- Il le faut ? dit Linda en faisant la moue, avec une grimace à l’adresse du porridge. »

Encore Linda dans sa chambre :
« C’était bien une propriété des choses de prendre vie dans le silence ; elle l’avait souvent remarqué. Pas seulement les choses grandes et importantes, comme les meubles, mais les rideaux, les motifs d’étoffes, les franges de courtepointes et de coussins. Combien de fois avait-elle vu la frange à pompons de sa courte pointe se changer en une curieuse procession de danseurs accompagnés de prêtres….Il y avait, en effet, quelques pompons qui ne dansaient pas du tout mais avançaient d’un pas majestueux, penchés en avant comme s’ils priaient ou psalmodiaient… »

Un repas de poupées :
« Oh, mais ça n’a pas d’importance » lança la nouvelle bonne avec désinvolture, en battant une crème anglaise au chocolat avec un bout de pince à linge cassée. Le dîner cuisait magnifiquement sur une marche en béton. Elle commença à mettre la nappe sur un large siège de jardin rose. Devant chaque convive, elle plaça deux assiettes en feuilles de géranium, une fourchette en aiguille de pin et un couteau en brindille. Il y avait trois têtes de pâquerettes sur une feuille de laurier, comme œufs pochés, des tranches de pétales de fuchsia, comme viande froide, de belles petites croquettes de terre et d’eau avec des graines de pissenlit, et la crème au chocolat. »

Les petits cousins et leur chien « de combat », Snooker :
« Tiens lui bien la tête, Rags » dit-il et il entoura la tête de Snooker du mouchoir qu’il attacha au sommet du crâne par un drôle de nœud qui rebiquait. « Mais c’est pour quoi faire ? » demanda Lottie. « C’est pour habituer ses oreilles à pousser plus près de la tête, tu vois, dit Pip. Tous les chiens de combat ont des oreilles plutôt en arrière quoi, et qui pointent -mais celles de Snooker sont mal fichues, elles sont molles ». « Je sais, dit Kezia, elles sont tout le temps en train de se retourner en arrière et je déteste ça

L’aloès

« La lune, que Lottie et Kezia avaient vue de la carriole du transporteur, était presque pleine – la maison, le jardin, la vieille Mrs Fairfield, Linda, tout baignait dans une éblouissante clarté. « Je suis allée jeter un coup d’œil à l’aloès, dit Mrs Fairfield. Je crois qu’il va fleurir – cette année. Ce serait une chance magnifique, tu ne trouves pas ! Regarde le sommet, là ! tous ces boutons…ou est-ce simplement un effet de la lumière ? » Tandis qu’elles se tenaient sur les marches, le haut remblai herbeux sur lequel reposait l’aloès se souleva comme une vague, et l’aloès eut l’air de voguer au-dessus, tel un vaisseau toutes rames dressées – le clair de lune accrochait son éclat aux avirons dressés, comme de l’eau, et sur la vague verte étincelait la rosée. »
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Message par Tristram Jeu 27 Jan - 15:19

Encore une tête de gondole que j'ai évitée jusque maintenant. Mais je vais peut-être espacer avec la lecture de Fournier...

_________________
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Message par Bédoulène Jeu 27 Jan - 15:29

merci Pinky, tu fais allusion à James et tes extraits sont intéressants, je vais allonger ma liste

je viens de lire que sa liaison avec Francis Carco avait inspiré à ce dernier "les innocents"

j'ai 2 ou 3 livres, mais pas aloès, j'ai donc du choix.

_________________
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Message par Pinky Jeu 31 Mar - 16:43

Journal

Katherine Mansfield 51pvkz10

L’édition « complète » que j’ai lue a été publiée en 1954. Elle a été réunie et commentée par le second mari de K Mansfield, John Middleton Murry (1889-1957), écrivain, journaliste et critique littéraire britannique, qu’elle a rencontré en 1911 et épousé en 1918.  Celui-ci, rédacteur en chef de  de 1919 à 1921 a publié sous l’influence de son épouse des œuvres de T.S. Eliot, Virginia Woolf, Lytton Stratchey, Clive Bell et d’autre membres du Bloomsbury Group. C’est lui encore qui a tapé à la machine les écrits qui couvrent les cahiers d’écolier du Journal et des nouvelles. Il a pu augmenter la première édition de 1927 en y ajoutant des extraits publiés par des biographes ou des documents épars comme des lettres non envoyées ou des commentaires de lectures. Le journal couvre les années 1904 à 1922. Cependant, les extraits concernant les années antérieures à 1912 sont très lacunaires.
« Katherine, d’abord enthousiaste de certaines maximes nietzschéenne, en était venue à considérer son « passé incompréhensible » et la plus grande partie des expériences où elle s’était jetée à corps perdu comme « négatives et même destructrices ». Elle qui, toute jeune professait que l’amour n’est qu’un sentiment partagé, avait été amenée à croire profondément en l’éternité de l’amour. » J.M. Murry.
Malgré les lacunes, on sent très bien à la lecture du texte qu’au fil des années, le tempérament instable, voire déséquilibré de KM entre recherche éperdue de l’amour, masculin ou féminin, désir d’enfant, en particulier après une fausse couche et soif d’écriture se stabilise peu à peu avant que la maladie ne devienne de plus en plus présente mais le désir d’écriture ne tarit jamais.
Pour résumer l’auteur et sa relation à l’écriture, le philosophe chrétien Gabriel Marcel (1889-1973) a écrit
« l’un des êtres les plus passionnément épris de sincérité intérieure qui aient jamais vécu ».

Katherine Mansfield a fait une partie de ses études en Angleterre puis, inquiets de ses « écarts de conduite », ses parents la rapatrient en Nouvelle-Zélande. Elle finit par repartir en Europe mais la nostalgie de la Nouvelle-Zélande la rattrapera surtout dans les dernières années de sa vie. Des premières années du Journal a été conservé des souvenirs du voyage qu’elle y a effectué avec son père, en chemin de fer et à cheval. En 1907 :
« Je trouve un charme inexprimable aux voyages par chemin de fer. Je me penche à la portière, dans le vent, qui me malmène amicalement, et, au fond de mon être, l’enfant ligoté par les cent bandelettes de la ville arrache ses liens et exulte. Les pâturages jaunes se succèdent, si beaux, parsemés de boutons d’or, ou encore tout blancs de suaves arums. Des vallons s’illuminent de l’or ondoyant des genêts. Au loin, les whares gris, deux yeux, une bouche, et autour d’eux, comme un jupon plissé, le jardin aux vives couleurs.
………….
Partout, sur les collines, on aperçoit de grands troncs carbonisés, on jurerait des animaux fantastiques, crocodile baillant, cheval sans tête, oison géant, chien de garde. En plein jour, on sourit de ces imaginations, mais dans l’obscurité, quel cauchemar ! De temps à autre, les troncs argentés, comme une armée de squelettes envahissent les collines. »

L’arrivée en Angleterre et la nostalgie de l’enfance : 1909. Murry indique qu’il s’agit sans doute d’une lettre non envoyée à son amant.

« Dire que je porte deux paires de bas et deux manteaux, que j’ai une bouillotte en juin et que je grelotte…C’est la souffrance, je pense qui me donne frissons et vertige. Être seule tout le jour, dans une maison où tous les bruits vous semblent étrangers, éprouver en son corps un bouleversement terrible qui affecte votre esprit, qui évoque tout à coup devant vous des incidents détestables, des êtres odieux, et ne repousser ces visions que pour les voir revenir, lorsque la douleur paraît empirer de nouveau ! Hélas ! je ne me promènerai plus pieds nus dans les bois sauvages ! Pas avant de m’être accoutumée au climat ….
La seule chose exquise que je puisse imaginer, la voilà : c’est que Grand’ mère me met au lit, m’apporte un bol de lait chaud et du pain, puis, debout, les mains croisées, le pouce gauche posé sur le droit, me dit de sa voix charmante : « Là, ma chérie, c’est bon, n’est-ce pas ? » Oh quel miracle de bonheur, ce serait ! Puis s’éveiller plus tard, en s’apercevant qu’elle relève les couvertures pour tâter si mes pieds sont froids et qu’elle les enveloppe d’un petit peignoir rose, plus doux que la fourrure d’un chat….Hélas ! »

L’écriture, encore et toujours. Murry dit qu’elle écrivait par fulgurance et qu’à trop construire ou réfléchir, elle ne parvenait à rien.

2 avril 1914
« J’ai recommencé à mal dormir et j’ai décidé de déchirer tout ce que j’ai écrit et de tout reprendre au début. Je suis sûre que cela vaut mieux. Cette détresse continue, je suis écrasée si complètement sous son poids. Si je pouvais écrire un seul jour, avec ma facilité d’autrefois, le sortilège serait rompu. C’est cet effort continuel – construire lentement mon idée, puis la voir, sous mes yeux et en dehors de mon pouvoir, se dissoudre lentement.

Bandol (France), novembre 1915. La mort de son frère sur le front
« Je crois que je savais depuis longtemps que la vie était finie, mais je ne l’avais clairement compris ou je n’avais jamais voulu le reconnaître avant la mort de mon frère. Oui, bien qu’il gise au cœur d’un petit bois en France et que je marche droite, sentant le soleil et le vent de la mer, je suis morte tout autant que lui. Le présent et l’avenir n’ont pas de sens pour moi. Les gens n’éveillent plus ma curiosité.
……………
« Te souviens-tu Katie ? » J’entends sa voix dans les arbres et les fleurs, dans les parfums, la lumière et l’ombre. »

Irritation devant les réactions de son mari  J.« homme ordinaire ». Octobre 1918.
Il est remarquable de constater à quel point l’homme ordinaire règne chez J. Par exemple, ce soir, il ne trouvait pas de serviettes de toilette dans sa chambre, alors quelle indignation, quelle sentiment d’injustice, quelle envie de claquer la porte, assez fort pour faire dégringoler la maison ! quelle fureur à la perspective de chercher lui-même ces maudites serviettes ! C’est exactement ce genre de réaction que doit avoir son insupportable père. Cela m’a fait repenser au problème de l’artiste et de l’homme. »


Des jugements sur d’autres écrivains, mai 1917. K Mansfield appréciait particulièrement Tchekov, était irritée par Tourgueniev et n'a jamais parlé de Virginia Woolf dans le Journal..

« Hier au soir, en triant mes plus médiocres romans, j’ai mis la main sur un exemplaire d’Howards' End et je l’ai feuilleté. Mais ça ne vaut pas grand-chose. E.M. Forster ne fait jamais que chauffer la théière avant d’y mettre le thé. Cela, c’est son fort. Tâter cette théière. N’est-ce pas qu’elle est chauffée à point ? Oui, mais il n’y aura jamais de thé dedans. »

3 janvier 1920
« Expédié mon article de critique. Journée froide. Visite de Miss S. -mortellement ennuyeuse. Son bâillement, son effort pour le dissimuler. Tempête de vent et de pluie. J’ai eu un cauchemar : Jack et moi nous étions « séparés ». Miss S. parlait de tulipes, mais elle donne à tout ce qu’elle dit un air compliqué : les fibres de son âme sont tout effilochées. »

Coqs et poules : 12 février 1920
De nuit et le matin à l’aube, j’adore écouter mes coqs bien-aimés qui appellent d’une cour déserte à l’autre. Chacun a une voix différente ; je n’en ai jamais entendu deux chanter de la même façon. Mais les poules qui semblent, tant elles caquettent, pondre tout le long du jour ont des voix aussi semblables que …que…bref, il n’y a pas moyen de les distinguer les unes des autres. L.M. dit qu’elles ne pondent pas toutes. Que certaines caquettent parce qu’elles ont peur, ou qu’elles ont été surprises, ou excitées, ou seulement pour s’amuser. Mais à mes yeux, ça n’arrange rien, ça n’en est que plus…humiliant.

Septembre 1920 intitulé « psychologie féminine »
On dit que la tourterelle ne boit jamais d’une eau limpide mais qu’elle la trouble d’abord avec sa patte, afin que cette eau convienne mieux ainsi à son humeur pensive »

27 décembre 1920
« Vous arrive-t-il toujours, quand vous regardez une étoile, de sentir que les autres dansent, scintillent, changent de place, jouent presque un jeu, dans le but de vous intriguer ? Il est étrange qu’il y ait des moments où je sens que les étoiles ne sont pas du tout solennelles, que, secrètement, elles sont joyeuses. Je l’ai senti ce soir »

« Avez-vous remarqué comme les montagnes couvertes de neige toute l’année ont l’air béat et satisfait ? On croirait qu’elles attendent de ma part une admiration craintive. Leurs cimes stupides ne paraissent jamais se demander s’il n’est pas un peu sot de se trouver éternellement au-dessus de tout soupçon ».

« Non, non, l’esprit que j’aime doit garder encore des recoins sauvages, le fouillis d’un verger où les sombres prunes violettes pleuvent dans l’herbe lourde, un petit bois poussant à l’abandon, la possibilité d’un serpent ou deux  (de vrais serpents), un étang dont personne n’a sondé la profondeur – et des sentiers parsemés de ces petites fleurs que plante l’esprit. »

19 avril 1921
« La neige
Elle tombait si doucement, si gentiment, il lui sembla même qu’elle tombait avec une sorte de tendresse. Elle flottait dans l’air comme si elle avait des regrets d’on ne sait quoi, comme si elle avait voulu le rassurer. Oublié ! Oublié ! Tout est effacé, tout est caché, enseveli depuis longtemps, disait la neige. Rien ne peut ressusciter, rien ne viendra le torturer à nouveau. Il ne reste aucune trace. Tout est comme s’il n’y avait jamais rien eu. Vos pas et les siens sont depuis longtemps recouverts. Si vous vouliez la chercher, vous ne la trouveriez pas. Et si elle voulait vous chercher, ce serait en vain. Vous vouliez bien qu’il en soit ainsi, susurrait la neige. Vous êtes tranquille, bien caché, en paix, libre. »
Juillet 1921
« J’ai achevé hier M. et Mme Colombe (une des nouvelles de la Garden Party). Je n’en suis pas complètement satisfaite. Le récit est un peu arrangé. Il n’est pas inévitable. Je veux faire sentir que ces deux enfants pourraient bien ne pas être heureux ensemble -que le mariage attire une jeune fille précisément pour des raisons de ce genre. Mais y suis-je parvenue ? Je ne le crois pas. Et puis ce n’est pas assez fort. Je veux aller plus près -beaucoup, beaucoup plus près de cela. Je veux me servir de toute ma force, même quand je fais un travail en finesse. Et l’impression me hante que, vers la fin, j’ai fait des colombes un usage abusif. [….] A présent, je vais commencer Suzannah. Il faut que ce soit senti profondément.
Mais que faire dans ce misérable état ? […] Il n’y a aucune raison, pour que je le fasse pas. Aucune raison, si ce n’est le contre-coup de la souffrance sur un organisme affaibli. »

Novembre 22
Katherine Mansfield n’écrit plus que des listes. Les derniers mots du Journal
« Quelle heure est-il ?
Il est tard
Il est encore tôt
Bien
J’aimerais parler russe avec vous. »

Elle meurt le 9 janvier 1923. Murry était venu la retrouver. Il indique
« Le compte-rendu de la conversation que nous avons eue ce jour-là se trouve dans les Lettres à J.M.M »

Une lecture à faire pour poursuivre ma découverte de K Mansfield. Il y a trois volumes de Lettres adressées à J.M. Murry.

Après avoir hésité à poursuivre la lecture du Journal car je pensais ne pas supporter le mal-être de l’auteur. Je ne regrette absolument pas cette lecture.
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Message par Armor Jeu 31 Mar - 18:25

Je ne l'imaginais pas aussi torturée, j'avoue.
J'avais ressorti l'un de ses recueils de nouvelles, encore un bouquin qui s'est vite retrouvé enfoui sous le nombre...

PS : Le couple de tourterelles qui vient me rendre visite quotidiennement pour boire l'eau toute fraîche qui leur est dédiée n'utilise pas sa patte en premier. Wink

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Message par Bédoulène Jeu 31 Mar - 18:48

merci Pinky, tu vas donc continuer avec elle !

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Message par Pinky Ven 1 Avr - 11:05

Pourquoi pas, Bédoulène si je trouve les Lettres.
En effet, moi aussi, j'ai découvert la vie "mouvementée" de K Mansfield qu'elle lisse dans ses nouvelles. Elle cherche la concision et une certaine sobriété qu'elle essaie d'atteindre dans la vie. J'avais beaucoup apprécié la Garden Party. Armor, tu peux la sortir de ta pile. ou en lire quelques nouvelles.
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