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Théophile Gautier

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humour - Théophile Gautier Empty Théophile Gautier

Message par ArenSor Lun 30 Mai - 16:10

Théophile Gautier
(1811 – 1872)

humour - Théophile Gautier Portra23

Poète, romancier et critique d'art français.
Il rencontre Gérard de Nerval au collège Charlemagne, puis Victor Hugo, en 1829, qu'il reconnaît pour son maître. Il participe activement au mouvement romantique et prend parti dans la bataille d'Hernani, le 25 février 1830, période qu'il évoquera avec humour dans « Les Jeunes-France » (1833).
Ses premières poésies, publiées en 1831-1832, passent inaperçues mais il se distingue de ses amis romantiques par ses préoccupations formalistes fustigeant les visions moralistes ou utilitaires de la littérature dans la célèbre préface à son roman épistolaire « Mademoiselle de Maupin » (1835). Il écrit aussi ses premières nouvelles comme « La Cafetière » (1831), dans une veine fantastique qu'il approfondira dans d'autres œuvres (« Avatar » en 1856, « Le Roman de la momie » en 1858).
En 1836, à la demande de Balzac, il donne des nouvelles et des critiques d'art au journal « La Chronique de Paris ». Il collabore ensuite intensément à d'autres journaux, en particulier « La Presse » d'Émile de Girardin : certains de ces textes seront regroupés plus tard en volumes (« Les Grotesques », « Souvenirs littéraires »…). Il publie aussi des poèmes (« La Comédie de la Mort », 1838) et s'essaie au théâtre (« Une larme du diable », 1839). Entre mai et octobre 1840, il accomplit avec le photographe Eugène Piot, un grand voyage au-delà des Pyrénées. Il envoie ses impressions au journal « La Presse ». Gautier rapporte un carnet d'impressions (« Voyage en Espagne ») et de nouveaux poèmes (« España », 1845). En 1846, il retourne en Espagne, invité par Louis-Philippe pour le mariage du duc de Montpensier avec l'infante. La nouvelle romantique « Militona » voit le jour en 1847. Elle se déroule à Madrid. D'autres voyages en Algérie, en Italie, en Grèce, en Égypte, nourriront aussi diverses publications.
En 1852, paraît « Émaux et Camées », recueil de vers qu'il enrichit jusqu'en 1872 et qui fait de son auteur un chef d'école : Baudelaire dédie ses « Fleurs du mal » au « poète impeccable » et Théodore de Banville salue le défenseur de L'Art pour l'art, précurseur des Parnassiens à la recherche du beau contre les épanchements lyriques des romantiques et valorisant le travail de la forme (« Sculpte, lime, cisèle » écrit Gautier dans son poème « L’Art », dernière pièce de « Émaux et Camées », édition de 1872).
En 1855, Gautier quitte la Rédaction du journal « La Presse » et entre au « Moniteur Universel ». Critique d'art et de spectacles, l'auteur fournit chaque mois de nombreux articles sur la peinture et la vie culturelle, ainsi que ses œuvres en avant-première. L’égyptologie est à la mode depuis que Champollion a découvert les secrets de l'écriture hiéroglyphique. Théophile Gautier passionne ses lecteurs, dès le 11 mars 1857, avec « Le Roman de la Momie », une histoire d'amour qui se déroule au temps des pharaons. Paru en 1848 dans « La Presse » sous le titre « Les Deux Étoiles », un roman où des aventuriers anglais tentent de délivrer Napoléon Ier de l'île de Sainte-Hélène est publié à partir du 24 juin 1865 dans « L’Univers Illustré ». Il s’intitulera alors « La Belle Jenny ».
Il continue à publier des articles ou des poèmes, mais aussi une biographie d'Honoré de Balzac ou des œuvres de fiction comme son roman de cape et d'épée « Le Capitaine Fracasse » (1863). Il est nommé bibliothécaire de la princesse Mathilde et fréquente les salons littéraires du Second Empire mais aussi le milieu de l'art, s’intéressant aux musiciens (il écrit sur Berlioz, Gounod, Wagner… et élabore le livret du ballet « Giselle ») comme aux peintres (Eugène Delacroix, Édouard Manet, Gustave Doré, Théodore Chassériau…).
Il meurt en 1872, laissant l'image d'un témoin de la vie littéraire et artistique de son temps dont les conceptions artistiques ont compté et dont l'œuvre diverse est toujours reconnue.


Bibliographie
L’œuvre de Théophile Gautier étant particulièrement abondant, nous nous limitons aux romans, nouvelles et poésie.

Romans
« Mademoiselle de Maupin ». « Double amour » (1835).
« L'Eldorado », devenu, très vite, « Fortunio » (1837-1838).
« Militona » (1847).
« Les Roués innocents » (1847).
« Les Deux étoiles » (1848), devenu « Partie carrée » (1851), et, enfin, « La Belle Jenny » (1865).
« Jean et Jeannette » (1850).
« Le Roman de la momie » (1858).
« Le Capitaine Fracasse » (1863).

Contes et nouvelles
« La Cafetière » (1831),
Les nouvelles suivantes sont parues dans « Les Jeunes-France » en 1833 :
« Sous la table ».
« Onuphrius ou les Vexations fantastiques d'un admirateur d'Hoffmann ».
« Daniel Jovard ».
« Celle-ci et celle-là ».
« Élias Wildmanstadius ».
« Le Bol de punch ».
En 1833, Théophile Gautier participe au recueil : Le Sélam, morceaux choisis inédits de littérature contemporaine avec la nouvelle
« Laquelle des deux », sous-titrée « Histoire perplexe ».
Les nouvelles suivantes sont parues dans « Une Larme du diable » en 1839 :
« La Chaîne d'or ou L'Amant partagé ».
« Omphale. Histoire rococo ».
« Le Petit Chien de la marquise ».
« Le Nid de rossignols ».
« La Morte amoureuse ».
« Une nuit de Cléopâtre ».
Les nouvelles suivantes sont parues pour la première fois dans le recueil « Nouvelles » en 1845 :
« La Toison d'or ».
« Le Roi Candaule ».
Sauf indication contraire, les nouvelles suivantes sont parues pour la première fois dans « La Peau de tigre » en 1852 :
« La Mille et Deuxième Nuit ».
« Le Pavillon sur l'eau ».
« Deux acteurs pour un rôle ».
« L'Oreiller d'une jeune fille ».
Le Berger.
« Le Pied de momie ».
« Angela », une reprise, sous un autre titre et sans l'épigraphe, de la première publication de « La Cafetière ».
« La Maison de mon oncle », une reprise, sous un autre titre, de la version complète de « L'Âme de la maison », parue en novembre 1839 dans « La Presse ».
« L'Enfant aux souliers de pain ».
« La Pipe d'opium ».
« Arria Marcella ».
Deux nouvelles isolées :
« Avatar » (1857).
« Jettatura » (1857).
Les nouvelles suivantes sont parues dans le recueil « Romans et contes » de 1863 :
« Le Chevalier double ».
« Le Club des hachichins ».
Les nouvelles suivantes sont parues pour la première fois dans une seconde édition de « La Peau de tigre » en 1866 :
« Une visite nocturne ».
« La Fausse conversion ».
« Feuillets de l'album d'un jeune rapin ».
Une nouvelle isolée :
« Spirite » (1866).
Une dernière nouvelle est parue à titre posthume en 1881 :
« Mademoiselle Dafné ».

Poésie
« Poésies » (1830), refondu dans le volume « Albertus ou L'Ame et le péché » (1833).
« La Comédie de la mort » (1838).
« Espagna », qui paraît dans le volume des « Poésies complètes » de 1845.
« Émaux et Camées » (1852), qui reparaît, à chaque fois augmenté, en 1853, 1858, 1863 et, enfin, en 1872 dans une édition définitive.

(source : Wikipédia)
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Message par ArenSor Lun 30 Mai - 16:19

Le Capitaine Fracasse

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Il est parfois risqué de s’aventurer des décennies plus tard dans un ouvrage découvert dans l’enfance – certainement dans une version « adaptée » - et qu’on avait adoré.
Pas de suspens : la relecture du « Capitaine Fracasse » m’a à nouveau ensorcelé ! Pour d’autres raisons, mais aussi de semblables (Ah, le personnage du Matamore, navré, perdu dans la neige !)
Le capitaine Fracasse, c’est le Matamore, la Capitan, le Scaramouche de la Commedia dell’arte, croqué par Jacques Calot et Abraham Bosse, héros du « Roman comique » de Scarron et de « L’Illusion comique » de Corneille, mais singulièrement transformé, non plus vantard mais modeste, non plus peureux mais courageux. C’est le baron de Sigognac.

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Inspiré de ses illustres devanciers, Corneille et Scarron, mais également très influencé par Rabelais, « Le Capitaine Fracasse » est un roman de cape et d’épée qui se passe sous le règne de Louis XIII et qui met en scène une troupe de comédiens. Théophile Gautier y fait preuve d’une qualité d’écriture exceptionnelle, alliant à la perfection le fantastique et le merveilleux. En particulier, les descriptions, souvent très développées, utilisent un vocabulaire précis, d’une grande richesse, avec parfois une touche de préciosité (on sent venir le courant symboliste !)  

Les premiers chapitres décrivant le château de la misère sont de petits bijoux :
« Les ronces, aux ergots épineux, se croisaient d’un bord à l’autre des sentiers et vous accrochaient au passage pour vous empêcher d’aller plus loin et vous dérober ce mystère de tristesse et de désolation. La solitude n’aime pas être surprise en déshabillé et sème autour d’elle toutes sortes d’obstacles. »

« Cinq ou six chaises recouvertes de velours qui avait pu jadis être incarnadin, mais que les années et l’usage rendaient d’un roux pisseux, laissaient échapper leur bourre par les déchirures de l’étoffe et boitaient sur des pieds impairs comme des vers scazons ou des soudards éclopés s’en retournant chez eux après la bataille. A moins d’être un esprit, il n’eût point été prudent de s’y asseoir, et, sans doute, ces sièges ne servaient que lorsque le conciliabule des ancêtres sortis de leurs cadres venaient prendre place à la table inoccupée, et devant un souper imaginaire causaient entre eux de la décadence de la famille pendant les longues nuits d’hiver si favorables aux agapes des spectres. »
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Les habitants du château : le baron de Sigognac, son serviteur Pierre, le cheval Bayard, le chien Miraud et le chat Belzebuth, sont tout aussi pittoresques :
« Un vieux chat noir, maigre, pelé comme un manchon hors d’usage et dont le poil tombé laissait voir par places la peau bleuâtre, était assis sur son derrière aussi près du feu que cela était possible sans se griller les moustaches, et fixait sur la marmite ses prunelles vertes traversées d’une pupille en forme d’I avec un air de surveillance intéressée. Ses oreilles avaient été coupées au ras de la tête et sa queue au ras de l’échine, ce qui lui donnait la mine de ces chimères japonaises qu’on place dans les cabinets, parmi les autres curiosités, ou bien encore de ces animaux fantastiques à qui les sorcières, allant au sabbat, confient le soin d’écumer le chaudron ou bouillent leurs philtres. »

Il en est de même des comédiens
« Eclairée par ce rayon, une assez grotesque figure se dessina sur le fond d’ombre ; un crâne couleur de beurre rance luisait sous la lumière et la pluie. Des cheveux gris plaqués aux tempes, un nez cardinalisé de purée septembrale, tout fleuri de bubelettes s’épanouissant en bulbes entre deux petits yeux vairons recouverts de sourcils très épais et bizarrement noirs, des joues flasques, martelées de tons vineux et traversées de fibrilles rouges, une bouche lippue d’ivrogne et de satyre, un menton à verrue où s’implantaient quelques poils revêches et durs comme des crins de vergette, composaient un ensemble de physionomie digne d’être sculptée en mascaron sous la corniche du Pont-Neuf. […] Cette tête de fantoche, servie sur une fraise de blancheur équivoque, surmontait un corps perdu dans une souquenille noire qui saluait en arc de cercle avec une affectation de politesse exagérée. »

Belles descriptions de tavernes, ainsi le Radis couronné » :
Quand Jacquemin Lampourde entra au « Radis couronné », le plus triomphant vacarme régnait dans l’établissement. Des gaillards à mine truculente, tendant leurs pots vides, frappaient sur les tables des coups de poing à tuer des bœufs et qui faisaient trembler les suifs emmanchés dans des martinets de fer. D’autres criaient « tope et masse » en répondant à des rasades. Ceux-ci accompagnaient une chanson bachique, hurlée en cœur avec des voix aussi lamentablement fausses que celles des chiens hurlant à la lune, d’un cliquetis de couteau sur les côtes de leurs verres et d’un remuement d’assiettes tournées en meule. Ceux-là inquiétaient la pudeur des Maritornes, qui, les bras élevés au-dessus de la foule, portaient des plats de victuailles fumantes et ne pouvaient se défendre contre leurs galantes entreprises, tenant plus à conserver leur plat que leur vertu. Quelques-uns pétunaient dans de longues pipes de Hollande et s’amusaient à souffler de la fumée par les naseaux. »

Ou d’auberges :
« Passez-moi la muscade ! disait l’un ! un peu de cannelle, s’écriait l’autre ! Par ici les quatre épices ! remettez du sel dans la boîte ! les clous de girofle ! du laurier ! une barde de lard, s’il vous plaît, bien mince ! soufflez ce fourneau ; il ne va pas ! éteignez cet autre, il va trop et tout brûlera comme châtaignes oubliées en la poêle ! versez du jus dans ce coulis ! allongez-moi ce roux, car il épaissit ! battez-moi ces blancs d’œufs en père fouetteur, ils ne moussent pas ! saupoudrez-moi ce jambonneau de chapelure ! tirez de la broche cet oison, il est à point ! encore cinq ou six tours pour cette poularde ! vite, vite, enlevez le bœuf ! il faut qu’il soit saignant. Laissez le veau et les poulets :
Les veaux mal cuits, les poulets crus
Font les cimetières bossus
Retenez cela, galopin. N’est pas rôtisseur qui veut. C’est un don du ciel. Portez ce potage à la reine au numéro 6. Qui a demandé des cailles au gratin ? Dressez vivement ce râble de lièvre piqué ! »

Dernier extrait : Isabelle découvre des armures dans le château de Vallombreuse
« … elle aperçut deux figures armées de pied en cap, qui se tenaient immobiles en sentinelle de chaque côté du chambranle, les gantelets croisés sur la garde de grandes épées ayant la pointe fichée en terre ; les cribles de leurs casques représentant des faces d’oiseaux hideux, dont les trous simulaient les prunelles, et le nasal le bec ; sur les cimiers se hérissaient comme des ailes irritées et palpitantes des lamelles de fer ciselées en pennes ; le ventre du plastron frappé d’une paillette lumineuse se bombait d’une façon étrange, comme soulevé par une respiration profonde ; des genouillères et des cubitières jaillissait une pointe d’acier recourbée en façon de serre d’aigle, et le bout des pédieux s’allongeait en griffe. »


Mots-clés : #aventure #humour #xixesiecle
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Message par Tristram Lun 30 Mai - 16:28

Singulière coïncidence, je viens d'entreprendre cette lecture ! Je remballe ma présentation de l'auteur et de l'oeuvre...
« Finissons la moralité et reprenons nos comédiens que nous avons laissés dans l’hôtellerie. »
Paul II Scarron, « Le Roman comique », I, XII

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Message par ArenSor Lun 30 Mai - 16:34

Tristram a écrit:Singulière coïncidence, je viens d'entreprendre cette lecture ! Je remballe ma présentation de l'auteur et de l'oeuvre...

Ce serait dommage...
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Message par Tristram Lun 30 Mai - 16:38

Je trouverai bien une petite citation ou deux...

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Message par Tristram Jeu 2 Juin - 16:06

Le Capitaine Fracasse

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Effectivement, ce roman de cape et d’épée fleure bon l’enfance et les premières lectures, au moins chez les plus anciens...
Bref, souvenirs qui en entraînent nombre d’autres, apparentés de plus d’une manière, comme cette Fantaisie, de Gérard de Nerval :
« C’est sous Louis treize ; et je crois voir s’étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,
Puis un château de brique à coins de pierre [… »
Le vocabulaire est fort riche, de ces livres qui enchantèrent mon premier âge et m’en imprimèrent son goût ; à en revisiter les définitions, on trouve souvent cet ouvrage cité en référence – et parfois on ne retrouve plus trace d’une expression, d’une tournure de phrase… On donne encore des plamussades à son cheval, mais qui sait encore le dire ?
Extraordinaires descriptions de personnages (et d’habitations, de paysages, et Gustave Doré ne s’y est pas trompé), dans une galerie qui renvoie aux grandes références littéraires et mythologiques, ici notamment Hécube (donc Homère), et Rabelais :
« Accroupie à côté de sa fille, la grand-mère, plus courbée et plus ridée qu'Hécube, l'épouse de Priam, roi de l'Ilion, rêvassait le menton sur les genoux et les mains entrecroisées sur les os des jambes, en la position de quelque antique idole égyptiaque. Des phalanges formant jeu d'osselets, des lacis de veines saillantes, des nerfs tendus comme des cordes de guitare faisaient ressembler ces pauvres vieilles mains tannées à une préparation anatomique anciennement oubliée dans l'armoire par un chirurgien négligent. Les bras n'étaient plus que des bâtons sur lesquels flottait une peau parcheminée, plissée aux articulations de rides transversales pareilles à des coups de hachoir. De longs bouquets de poils hérissaient le menton ; une mousse chenue obstruait les oreilles ; les sourcils, comme des plantes pariétaires à l'entrée d'une grotte, pendaient devant la caverne des orbites où sommeillait l'œil à demi voilé par la flasque pellicule de la paupière. Quant à la bouche, les gencives l'avaient avalée, et sa place n'était reconnaissable que par une étoile de rides concentriques.
À la vue de cet épouvantail séculaire, le Pédant, qui marchait à pied, se récria :
"Oh ! l'horrifique, désastreuse et damnable vieille ! À côté d'elle les Parques sont des poupines ; elle est si confite en vétusté, si obsolète et moisie qu'aucune fontaine de Jouvence ne la pourrait rajeunir. C'est la propre mère de l'Éternité ; et quand elle naquit, si jamais elle vint au monde, car sa nativité a dû précéder la création, le Temps avait déjà la barbe blanche. Pourquoi maître Alcofribas Nasier ne l'a-t-il pas vue avant de pourtraire sa sibylle de Panzoust ou sa vieille émouchetée par le lion avec une queue de renard ? Il eût su alors ce qu'une ruine humaine peut contenir de rides, lézardes, sillons, fossés, contrescarpes, et il en eût fait une magistrale description. Cette sorcière a été sans doute belle en son avril, car ce sont les plus jolies filles qui font les plus horribles vieilles. Avis à vous, mesdemoiselles, continua Blazius en s'adressant à l'Isabelle et à la Sérafine, qui s'étaient rapprochées pour l'entendre ; quand je songe qu'il suffirait d'une soixantaine d'hivers jetés sur vos printemps pour faire de vous d'aussi ordes, abominables et fantasmatiques vieilles que cette momie échappée de sa boîte, cela m'afflige en vérité et me fait aimer ma vilaine trogne, qui ne saurait être muée ainsi en larve tragique, mais dont, au contraire, les ans perfectionnent comiquement la laideur." »
Sigognac voyage avec des comédiens, et voici une vision universelle du théâtre, caractéristique du XVIIe, Shakespeare mais aussi Calderón (puisque Gautier est manifestement inspiré par cette époque, et que l’Espagne est fort présente dans cette histoire qui a son origine en Gascogne) :
« Un chariot comique contient tout un monde. En effet, le théâtre n’est-il pas la vie en raccourci, le véritable microcosme que cherchent les philosophes en leurs rêvasseries hermétiques ? Ne renferme-t-il pas dans son cercle l’ensemble des choses et les diverses fortunes humaines représentées au vif par fictions congruantes ? »
Nombreuses adresses de l’auteur (presque) omniscient aux lecteurs, comme chez Scarron.
Le Matamore ramentoit Cyrano de Bergerac (au moins celui de Rostand), Scapin Molière.
Le baron de Sigognac, « le dernier d’une noble race », tombe amoureux d’Isabelle, qui joue l’ingénue, et est payé de retour ; leurs pudiques amours forment la trame du roman. C’est qu’elle n’est pas qu’une comédienne, mais aussi la fille cachée d’un prince qui dût l’abandonner avec sa mère. Le premier émoi sentimental de Sigognac fut Yolande de Foix, la dédaigneuse chasseresse : on reste dans la gentilhommerie.
Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est cette croyance ressassée que d’être bien né, de sang bleu, vous fait meilleur qu’un autre, que la canaille ; la littérature colportait décidément lourdement la conviction que la valeur est innée. Curieux comme le dogme de la vertu aristocratique était encore inculqué bien après la révolution… De même, la mine des personnages trahit toujours leur extraction, basse ou haute ; à la première correspond la peau halée (Chiquita, Agostin, etc.), à la seconde le teint pâle (Isabelle, Vallombreuse notamment).
« Un gentilhomme seul peut vaincre un gentilhomme, de même qu’un diamant n’est rayé que par un autre diamant. »
La faune du Pont-Neuf ramentoit la cour des Miracles de Notre-Dame de Paris (Hugo), le duc de Vallombreuse et ses quatre estafiers certains romans de Dumas père.
Gautier fait dire au bretteur Jacquemin Lampourde :
« Cela sent le gousset, l’écafignon, le faguenas et le cambouis. »
Or on trouve dans le Littré :
« Gousset, escafignon, faguenas, cambouis, Qui formez ce présent que mes yeux réjouis Sous l'aveu de mon nez lorgnent comme un fromage, St-Amand, Cantal »
Le Dictionnaire de la langue française, récemment paru à l’époque de l’écriture du Capitaine Fracasse, semble avoir été mis à profit par Gautier, qui par ailleurs connaissait le dramaturge Saint-Amand (dont le nom apparaît dans le roman, et si c’est bien lui qui est cité par Littré).

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Message par Bédoulène Jeu 2 Juin - 20:37

retenter une lecture tant d'années après la 1ère de l'enfance ?

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Message par animal Mer 6 Juil - 19:53

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Le roman de la momie

Une lecture fort dépaysante tant pour son exotisme que pour son style... qui tranche sur notre époque (et pas que). Du luxe, de l'amour, de la séduction, du drame, les ingrédients sont pourtant toujours d'actualité, de même que la tentation érotique du mystère... et finalement pour la construction étrange, qui peut avoir l'air un peu tâcheronnée sur les bords, avec un zeste de sarcasme on peut aussi trouver ce roman de la momie très actuel !

Par contre les descriptions chargées et sans fin de la première partie du livre, elles, font plus daté. C'est lourd, plus lourd que précieux malgré le dictionnaire-catalogue des descriptions, et répétitif, écrasant... et je n'ai pas réussi à y piquer mon intérêt.

Du coup une lecture surtout laborieuse à laquelle j'ai pris bien peu de plaisir. Et comme qui dirait "une pensée pour Mona Chollet". clown

Certes peut-être on pourrait y imaginer un brin de grandiose, de l'orientalisme dans toute sa splendeur, mais quand même, je doute...

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Message par Bédoulène Jeu 7 Juil - 7:42

y a des lectures comme ça.....................

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Message par Armor Dim 10 Juil - 0:50

Pareil, je me souviens des longues, longues descriptions, du début, qui semblaient ne jamais avoir de fin (Ah l'interminable description de chaque pierre du château du capitaine Fracasse !).
Par contre, après, j'avais adoré, la momie comme le capitaine. Bon, j'avais 13 ans...

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