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Alice Miller

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Message par colimasson le Jeu 1 Mar - 13:15

Alice Miller
(1923 - 2010)


Alice Miller Avt2_m10

Alice Miller a exercé la psychanalyse jusqu'en 1980 avant de se consacrer entièrement à ses recherches sur l'enfance. Traduite dans le monde entier, elle est l'auteur de nombreux ouvrages sur les causes et les conséquences des mauvais traitements infligés aux enfants.

Bibliographie :

Le drame de l'enfant doué (1979)
C'est pour ton bien (1980)
L'enfant sous terreur (1981)
Images d'une enfance (1985)
La souffrance muette de l'enfant (1988)
La connaissance interdite (1988)
Abattre le mur du silence (1990)
L'avenir du drame de l'enfant doué (1996)
Chemins de Vie - Sept Histoires (1998)
Libres de savoir : Ouvrir les yeux sur notre propre histoire (2001)
Notre corps ne ment jamais (2004)
Ta vie sauvée enfin (2007)
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Message par colimasson le Jeu 1 Mar - 13:21

Hop, y en a qui voulaient savoir ce que j'avais pensé de :

C'est pour ton bien

Alice Miller 41fo5r10

C’est assez marrant tout ce qu’on peut connaître consciemment et tout ce qu’on n’arrive pas à réaliser factuellement. Savoir que l’on répète toujours les mêmes schémas conflictuels par exemple mais ne pas arriver à s’en extraire. Savoir pourquoi, selon quelles modalités et à quelles fins on ne cesse de faire tourner les rouages maudits de ce qui devient, au fil du temps, une malédiction, mais continuer à entretenir le mouvement en y investissant toute son énergie. Bon eh bien, c’est plutôt drôle de lire ce livre après pris connaissance du témoignage de Martin Miller sur sa mère Alice dans son livre « Le Vrai « Drame de l’enfant doué » ». Martin règle en quelque sorte ses comptes avec sa mère et remet en question son enseignement en lui demandant, par-delà la mort et les blessures de l’enfance, la raison pour laquelle son propre fils n’a pas pu bénéficier de ses principes théoriques.

L’enfance d’Alice Miller a été particulièrement traumatisante. Née au sein d’une famille juive en Pologne, elle s’échappe du ghetto où elle a toujours vécu à l’âge de 17 ans pour séjourner dans la partie aryenne de Varsovie. Elle change alors de nom et prend une identité polonaise pour cacher ses origines. Elle réussit à sauver quelques membres de sa famille en leur donnant de faux passeports. Sa jeunesse se déroule dans la crainte d’être démasquée, d’être trahie et d’être déportée. Cette crainte ne la quitta plus et elle érigea un mur de silence. Les questionnements de son fils, sa curiosité naturelle, prirent la forme d’attaques contre lesquelles elle ne put réagir autrement qu’en se défendant contre cet enfant qu’elle percevait comme un persécuteur.

Alice Miller était sans doute parfaitement conscience de ce qui se passait dans sa famille et c’est avec cette conscience qu’elle a pu décrire la manière dont la violence se transmet de génération en génération. Cette violence est souterraine. Ses origines sont occultées, si bien qu’on a pu dire que la violence représentait la nature de l’homme non civilisé. Alice Miller ne prône pas une éducation émilienne à la Rousseau puisqu’elle reste encore une éducation, c’est-à-dire la satisfaction des besoins qu’un adulte projette sur cette matière neuve qu’est l’enfant. C’est cette innocence originelle qui fait de la violence éducative un mal indélogeable.

Ouais, c’est vrai, la souffrance qu’on se prend tous en plein dans la gueule ne provient pas seulement de notre famille. Tous les jours, la société nous fait courber le dos. Oui mais du fait que la répression parentale survient dès les premiers jours de la vie, par l’intermédiaire de parents qui pensent être pleins de bonnes intentions (et qui ne voient pas que leur bonté n’est qu’une mascarade pour permettre à leurs besoins de se frayer un passage), « l’individu n’est pas en mesure de retrouver en lui-même sans aide extérieure les traces de cette répression ». Et Alice Miller poursuit, mettant en avance l’utilité de l’analyse psychanalytique pour dépasser cette forclusion : « C’est comme un homme à qui l’on aurait imprimé une marque dans le dos et qui, sans l’aide d’un miroir, ne pourrait jamais la découvrir. La situation analytique est une de celles qui présentent cette sorte de miroir ».

Cette forclusion laisse une trace psychique mais n’est pas accompagnée de représentation mentale, si bien que l’événement se trouve quelque part mais il ne peut être retrouvé et il continue d’agir en sourdine. De là : « il ne peut y avoir de colère ni de révolte de l’enfant contre cette manipulation déguisée, car il n’est pas en mesure de déceler la manipulation. Il ne peut s’éveiller en lui que des sentiments de peur, de honte, d’insécurité et de désarroi, qu’il oubliera sans doute assez vite, dès lors qu’il aura trouvé sa propre victime ». Voici les racines de la violence (qui peut être aussi une absence de tendresse ou de manifestations sentimentales adressées à l’enfant) selon Alice Miller. On s’en prend plein la gueule mais c’est normal, on nous dit que les parents ont toujours raison, alors on avale sa colère et on la projette ailleurs, sur soi-même ou sur d’autres victimes. On apprend à faire profil bas, on comprend que la seule façon de se faire dorer le blason c’est d’obéir et d’être gentil, on devient finalement maître dans l’art de refouler ses sentiments et d’adopter un comportement qui pue la fausseté et l’abnégation. Et ceux qui paient, ce sont nous-mêmes et nos propres enfants. Au lieu d’avoir des parents qui osent exprimer leurs sentiments, qui savent montrer leur amour et qui peuvent supporter les sentiments négatifs que leur inspirent parfois leurs enfants, les gosses se heurtent à des parents fermés, mutiques, méfiants, toujours dans le contrôle sentimental et la retenue. La source d’eau vive s’évapore aussitôt au contact de cette aridité affective.

Alice Miller étudie trois cas pour soutenir sa thèse. A travers des récits, elle nous parlera de Christiane F., auteure de « Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée », d’Adolf Hitler et de Jürgen Bartsch, tueur en série allemand qui a tué quatre enfants après bien d’autres tentatives de meurtres non abouties. Au-delà de l’intérêt de ces histoires qu’Alice Miller retrace en s’appuyant sur de nombreuses sources qu’elle commente tout au long du développement, des points communs finissent par relier ces trois parcours qui s’originent d’une même souffrance et qui prennent des voies d’expressions différentes en fonction du contexte environnemental ou de la personnalité des sujets :
- Une même extrême destructivité qui apparaît comme décharge de la haine accumulée et refoulée de l’enfance et qui est transférée sur d’autres objets ou sur soi-même.
- Tendresse reçue seulement en tant que soi-objet, propriété des parents. Négation de l’individualité de l’enfant.
- De la maltraitance et de l’humiliation d’une façon continue pendant l’enfance (pas de possibilité donc de retrouver, même momentanément, des parents aimants).
- Impossibilité de réagir sainement par une fureur narcissique ou de confier ses sentiments de haine à un adulte pendant l’enfance.
- Besoin pulsionnel consécutif de profiter du pouvoir d’expression que confère l’adolescence ou l’âge adulte pour communiquer au monde l’expression de la souffrance endurée. Toutefois, cette souffrance ne peut pas être communiquée par la parole car elle a été trop souvent refoulée. Elle se laisse donc démontrer à travers des mises en scènes inconscientes qui permettent d’attirer l’attention sur soi, comme l’enfant battu s’attirait aussi, bon gré, mal gré, l’attention du parent maltraitant.

Pour Alice Miller, il faut faire exploser le carcan de silence qui entoure la réalité de la maltraitance de l’enfant pour permettre à ceux-ci de sortir de la malédiction d’une violence qui se transmet de génération en génération. Le titre de la troisième partie de son livre est explicite : « Angoisse, colère et deuil mais pas de sentiment de culpabilité sur la voie d’une conciliation ».

« Comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, ce n’est pas le traumatisme en lui-même qui rend malade mais le désespoir total, inconscient et refoulé de ne pouvoir s’exprimer au sujet de ce que l’on a subi, de n’avoir pas le droit de manifester de sentiments de colère, d’humiliation, de désespoir, d’impuissance ni de tristesse, ni même le droit de les vivre ».

Certes, on peut se dire que la mémère Alice, elle exagère, à suggérer que Hitler ne serait pas devenu le Führer s’il avait été bien dorloté par ses vieux. Si son daron, un mec aux origines juives dissimulées, ne l’avait pas tabassé régulièrement. Mais en fait, pourquoi cette idée nous semble si ridicule ? Peut-être parce qu’on l’aborde avec notre esprit rationnel d’adultes qui ont bien appris à jouer les gros durs, à ravaler leur fierté et leur tendresse, qui ont oublié ce que ça fait d’être un enfant, de vouloir de l’amour et de recevoir de l’agacement, de la colère ou de la peur. Même moi je me suis dit au début que c’était un peu abusé toute cette histoire mais en fait, je n’ai aucune raison de penser que Miller déconne de bout en bout. Bien sûr, il serait naïf de croire qu’un jour, grâce à méthode d’Alice, nous pourrons éradiquer complètement la violence de nos comportements. La violence a de nombreuses origines et de multiples formes d’expression mais si la violence reçue et refoulée au cours de l’enfance est la plus sournoise et la plus déterminante pour l’avenir d’un individu et d’une culture, c’est parce qu’elle est inconsciente, c’est parce qu’elle prend les manettes pour contrôler l’être à sa guise, sans qu’il ne se doute de rien.

« Le drame de l’individu bien élevé réside dans le fait qu’une fois adulte il ne peut pas savoir ce qui lui a été fait, ni ce qu’il fait lui-même, s’il ne s’en est pas aperçu tant qu’il était enfant. Des foules d’institution en profitent et en particulier les régimes totalitaires. »

Alors ouais, Alice Miller a bien essayé de défricher la violence qui se cachait dans son inconscient mais elle n’a pas réussi à ne pas la projeter sur son fils, comme celui-ci semble vouloir nous le dire, mais d’autres peut-être réussiront mieux qu’elle. Peut-on dire que les nouvelles méthodes d’éducation limite laxistes sont des rejetons de son enseignement ? ça serait mal comprendre son message. Ce n’était pas seulement contre la pédagogie noire que se positionnait Alice mais aussi contre la pédagogie blanche, contre toutes ces pédagogies créées par des adultes pour satisfaire les besoins supposés des enfants qui ne sont, en fait, que les besoins inconscients des adultes. Que faire de son gosse alors ? L’éduquer sans y penser ? L’éduquer comme on laisserait pousser une plante librement chez soi, en se contentant de l’arroser, de la mettre au chaud et à la lumière, de lui dire qu’elle est belle et qu’on l’aime ? Je n’en sais foutre rien, et personne d’autre non plus.


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Message par Bédoulène le Ven 2 Mar - 10:44

merci Coli ! ton commentaire m' a intéressée, surtout ta conclusion ! Smile


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Message par colimasson le Ven 2 Mar - 11:57

Oui, il semblerait qu'il n'y ait pas vraiment de comportement "suffisamment bon" en fait... on peut juste se délester de la violence accumulée dans son enfance en la reconnaissant,en lui permettant de s'exprimer, de s'évacuer... la filiation serait une malédiction inévitable ! Very Happy
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