Venedikt Vassilievitch Erofeïev

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Venedikt Vassilievitch Erofeïev

Message par tom léo le Mar 13 Déc - 22:15

Venedikt Vassilievitch Erofeïev
(1938-1990)


(en russe : Венедикт Васильевич Ерофеев), est un écrivain russe, né le 24 octobre 1938 à Kirovsk et décédé le 11 mai 1990 à Moscou.

Il s'est fait connaitre internationalement par son livre Moscou-Pétouchki (Москва-Петушки) - Ouvrage achevé fin 1969, non autorisé, et qui longtemps circula sous forme de samizdat.

Erofeïev naît dans la région de Mourmansk et passe son enfance à Kirovsk. En 1946 son père est arrêté pour anti-soviétisme et envoyé en camp de travail. Sa mère n'a pas les moyens de nourrir les enfants et les place à l'orphelinat jusqu'à la libération du père, sept ans plus tard. En 1955, Erofeïev finit brillamment sa scolarité en obtenant une médaille d'or (équivalent d'un bac avec mention très bien). Il entre ensuite à l'Université de Moscou, en philologie. Il est renvoyé un an et demi plus tard pour absentéisme et refus de passer les examens. Il a commencé à boire avec obstination et à rédiger les Carnets d'un psychopathe. Il quitte Moscou. Afin de conserver son statut d'étudiant, il fréquente d'autres établissements, dans différentes villes. Il essaye de placer des articles dans des revues littéraires mais sans succès. Il voyage dans de nombreuses régions d'Union soviétique, exerce différents métiers, n'a pas de résidence fixe. Ses textes circulent sous forme de manuscrits, ce qui lui permet, malgré l'absence de publication officielle d'obtenir une solide réputation littéraire.

Bibliographie en français

Moscou-sur-Vodka (Moscou-Pétouchki), 1969
La Nuit de Walpurgis, ou les pas du commandeur
Carnets d'un psychopathe
Mon Lenine de poche

(Ses œuvres complètes sont en cours de traduction chez Anatolia)
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tom léo

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Re: Venedikt Vassilievitch Erofeïev

Message par tom léo le Mer 14 Déc - 7:20



Moscou-sur-Vodka


(Originaltitel: Москва — Петушки, russe, traduction littérale: Moscou-Pétouchki)

C’est de loin l’œuvre le plus connu de Venedikt Erofeev. Selon ses propres dires il a écrit ce livre entre Janvier et Mars 1970. Il fût emporté en Israel où on le publia pour la première fois en 1973 dans le journal « Ani ». Mais il ne faudrait pas négliger la distrubution dans le fameux Samizdat russe, ce moyen de reproduction clandestin, avec copies faites à la machine, à la main, des lectures faites en petits cercles. Selon beaucoup de Russes ayant vécu cet époque culturellement dans la clandestinité, Moscou – Pétouchki fut parmi les livres les plus spectaculaires.

Sur première vue il s’agit d’un récit d’une journée, d’un simple voyage en train de celui qui raconte, l’alter ego de l’auteur, Vénja, de Moscou vers Pétouchki, ville de la  région de Vladimir. Il veut y visiter sa bien-aimée...Au cours de l’action le protagoniste alcoolique devient de plus en plus ivre… et ses récits de plus en plus surréalistes, marqués par des rencontres avec des personnages clés de l’histoire et de l’Union Soviétique et de la Russie éternelle. Dans une grande confusion de gare, il se met accidentellement et sans se rendre compte, dans un train qui le ramène à Moscou et au début du voyage, et vers une exécution par quatre figures sombre.

J’ai entendu par certains lecteurs que ce récit est insupportable par l’accumulation grotesque de quantité d’alcool consumé. Une lecture superficielle peut alors arriver à réduire ce voyage à une pure beuverie (ainsi lu dans une description d’article d’amazon.de !!!). Quelle tristesse !
Mais à voir de plus près, l’auteur profite de l’occasion pour parler de beaucoup d’aspects de la vie sous l’empire soviétique. Le langage utilisé est celui de la satire, du grotesque, de l’humour si bien connus dans des situations de tyrannie. On y trouve aussi bien des paroles d’usage du parti que de nombreuses allusions vers d’œuvres d’art, littéraires et religieuses.
Et les lecteurs clandestins ne s’y trompaient pas et voyaient la critique du « paradis des ouvriers sur terre » qui, sous ces yeux là, devient un grand vide. On peut, un moment donné, aussi déduire que cette bien-aimée à visiter est inatteignable, oui, est-ce qu’elle a jamais existé ?
Le livre est divisé en chapitres avec le titre du chemin parcouru (station à station de gare).

Si on est très sensible au sujet de l’alcool, on devrait peut-être s’abstenir. Il est vrai, sans aucun doute que l’alcool était un problème pour l’auteur lui-même, et pour le peuple russe, et un ami russe m’a dit que le verbe de « boire » apparaît avec des variations, synonymes  étonnantes !…
…, mais je ne peux que conseiller une lecture avertie en vue de se faire une image de cet auteur singulier et une description rocambolesque de la réalité du système soviétique, même s’il est tout à fait pensable que le lecteur d’aujourd’hui, surtout occidental, n’est pas (ou plus) capable à déchiffrer toutes les allusions culturelles, politiques, religieuses etc.

Mais on devrait être capable d’entendre le cri de détresse et de mélancolie qui émane de ces pages !


mots-clés : #regimeautoritaire #voyage
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tom léo

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Re: Venedikt Vassilievitch Erofeïev

Message par tom léo le Ven 16 Déc - 22:23



Mon Lénine de poche


Avant de bien lire son oeuvre principale, déjà présentée en haut, j’avais eu accès à ce livre qui venait d’être publiée par Anatalia en 2008. Il s’agit bien d’un recueil de textes courts dont
- Quand je suis sorti de chez moi (Vassili Rozanov) (Василий Розанов глазами эксцентрика, 1973)
- Mon Lénine de poche (Моя маленькая лениниана), 1988
- Fanny Kaplan (Диссиденты, или Фанни Каплан), fragments d’un drame, 1995

Et quelques autres.

Il s’agit bien ici et là de fragments ou d’inachevés, mais cela ne boude pas le plaisir pour au moins deux de ces pièces qui m’ont énormément plues et qui s’approchent à être abouties :

Ce qui est rendu dans la traduction avec « Mon Lénine de poche » constitue alors un récueil, un vrai manuel de textes de Lénine. Mais qu’est-ce qui attend le lecteur ? Erofeiev se contente d’énumérer des citations avec des petites remarques sur les circonstances et le temps quand furent prononcées telles ou telles paroles. Ainsi il ne peut pas être accusé d’ »inventer » quelque chose, se dit-on ! Mais évidemment l’auteur choisit ses citations de telle façon que le système soviétique est montré dans son absurdité et cela pas seulement avec l’arrivée au pouvoir de Staline. Les racines pour la tyrannie sont déjà à trouver chez Lénine qui longtemps a bénéficié d’un aura de révolutionnaire irréprochable.

Il semble bien que c’était dans l’intention d’Erofeiev d’écrire des manuels pareils pour les autres icônes du communisme, Marx et Engels, mais cela n’aboutit pas. Celui qui connaît bien la vie dans l’URSSR sait quel dynamite il mijotait là.

Dans un autre texte sur - ou faut-il dire en complicité avec ? – Vassili Rozanov, un de ces philosophes russes farfelus du tournant du siècle, originale, partiellement grotesque et même inacceptable, le personnage principale raconte de son désir de repos éternel, bref : il cherche la mort ! Même avec deux pistolets, il n’y arrive pas et il va chez son pharmacien à la recherche d’un moyen sûr, explique le problème et le pharmacien lui prescrit alors du Rozanov ! Et juste avant de pouvoir avaler le poison, il lit encore quelques pages de Rozanov et découvre en cette figure bizarre, au-delà les frontières du temps et de l’espace, un frère d’arme ! Finalement cette expérience de lecture va le sauver : il y a vraiment quelqu’un là qui est descendu dans les abîmes de la solitude humaine et qui sait ce que c’est, la souffrance. Quel bonheur de lire Erofeiev ici avec un mélange splendide de profondeur, d’humour, de maîtrise de langue et de simplicité ! Magnifique !

Voici un extrait de la couverture, de la présentation du livre:

Quand je suis sorti de chez moi, j'ai pris soin d'emporter trois pistolets : le premier, je l'ai glissé conne ma poitrine, le deuxième aussi, quant au troisième, je ne me rappelle pas où je l'ai mis.
Une fois dehors, dans ma petite rue, je me suis dit : Est-ce que c'est une vie ? Ce n'est pas une vie, ce ne sont que remous et anéantissement du cœur. Il fait admettre que le commandement de Dieu Tu ne tueras point s'applique aussi à soi-même (Tu ne [te] tueras point, même si ça va très mal), mais mon moral aujourd'hui et le jour d'aujourd'hui sont au-delà des commandements. Car pour moi, il vaut mieux mourir que vivre, a dit le prophète Jonas. Je partage ce point de vue.
Il tombait une petite pluie fine qui venait de partout ou peut-être de nulle part, je n'en avais rien à faire. J'avais le cœur tout gonflé d'amertume, tout mon être était gonflé d'amertume, je sentais un pincement à gauche du cœur, et à droite aussi. Tous mes proches m'avaient laissé tomber. Et, pour couronner le tout, la dernière personne qui aurait pu me retenir sur cette terre m'a quitté. Elle était en train de partir, je l'ai rattrapée dans l'escalier. Je lui ai dit : Ne m'abandonne pas, ma belle au nombril blanc ! Et puis j'ai pleuré pendant une demi-heure, et puis je l'ai à nouveau rattrapée et je lui ai dit : Reste, ma belle aux seins parfumés ! ; alors, elle s'est tournée vers moi, a craché sur ma chaussure et est partie à jamais.


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Re: Venedikt Vassilievitch Erofeïev

Message par animal le Sam 25 Fév - 9:54



Moscou-sur-Vodka

C'est difficile de parler de ce livre. La majorité des références m'a fatalement échappée et c'est une part très importante du livre, un ingrédient essentiel des tirades revenues des tréfonds d'une alcoolémie brutale. Une trame de fond pour ce voyage aux frontières ou au-delà du coma éthylique, entre un réveil dans une cage d'escalier et une fin tragique.

Une sorte de cauchemar en fait. Le burlesque et le ton oscillant entre le méthodique improbable et l'histoire à tiroir donne des airs d'aventure à ce voyage programmé en train. Au départ un type perdu dans l'alcool, à l'arrivée un fils et une maîtresse, entre les deux un mur d'alcool, un voyage impossible.

De façon réductrice on peut tenter d'évoquer un sens du tragique grandiose du quotidien, avec plusieurs strates d'échec collectif. Une fatalité imbibée, épongée copieusement et consciencieusement en société.

@tom léo a écrit:On peut, un moment donné, aussi déduire que cette bien-aimée à visiter est inatteignable, oui, est-ce qu’elle a jamais existé ?
Oui on peut en douter et c'est une grande douleur cet ensemble d'inatteignable "simple" tout comme ce livre est d'une grande violence, destructrice, autodestructrice.

En même temps derrière ce cirque désabusé le geste, la peine, une poésie ténue de la dégringolade, avec ses anges, sont bien réels.

Une lecture qui se superpose à la vision récente d'un film russe (4, c'est le titre) dans lequel aussi l'alcool devient envahissant mais c'est aussi complexe que triste et effrayant.

Recommandation de mettre son moral en lieu sûr avant d'embarquer dans ce genre de lecture !

Et merci tom léo de nous parler avec justesse de ce genre d'ouvrages.

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