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Medoruma Shun

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Message par bix_229 le Ven 6 Jan - 0:05

Medoruma Shun
Né en 1960


Medoruma Shun Medoru10

Shun Medoruma 目取真俊 (né le 6 octobre 1960) est, avec Eiki Matayoshi, un des plus importants écrivains contemporains originaires d'Okinawa. Il a reçu le prix Akutagawa en 1997 pour sa nouvelle « Une goutte d'eau » (Suiteki). Les thèmes centraux dans l’œuvre de Medoruma sont l'occupation japonaise et la suppression de la culture et de la langue d'Okinawa, ainsi que la présence de soldats américains sur les îles de l'archipel.
source : Wikipédia

Ouvrages traduits en français :

1999 : L’âme de Kôtarô contemplait la mer
2004 : Les pleurs du vent
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Message par bix_229 le Ven 6 Jan - 0:14

Medoruma Shun Shun1110

L'AME DE KOTARO CONTEMPLAIT LA MER

"Un jour, la rumeur s'est répandue qu'on entendait le chant d'une femme sur l'îlot-cimetière. L'endroit suscitait régulièrement ce genre d'histoires..."

Dans ces six nouvelles, la légende et le mythe sont comme un recours face à la terrible, à l'incompréhensible cruauté du monde.
Dans ce monde là, il y a eu la guerre. Une guerre terrifiante que l'auteur/narrateur n'a pas connue, mais qui tua cent mille personnes en quatre vingt deux jours sur l'île et l'archipel d'Okinawa. Cette violence inouïe semble avoir laissé des traces au point de contaminer les esprits et de les livrer à une cruauté sans fin. Cruauté des enfants envers les plus faibles d'entre eux. Cruauté des adultes envers les enfants. Cruauté des adultes entre eux.

Dans le pays, il y a des âmes de défunts qui errent et se confient à ceux qui ont le coeur pur. Ces défunts sont mécontents, frustrés, blessés et ils tiennent à le dire à ceux qui peuvent les voir et les écouter. Ils se manifestent aussi d'autres façons et le fantastique n'est jamais absent, même si parfaitement intégré. Et les enfants et les plus vieux sont le plus à même de les percevoir.
Mais  ce qui frappe le plus, c'est la solitude de tous. Morts ou vivants.
Et tout serait finalement intolérable, s'il n' y avait les souvenirs du narrateur enfant, qui eut la chance de connaître un univers encore protégé de la pollution moderne et de la nature défigurée.

Emouvant tel est le mot qui convient pour ce très beau livre, tellement bien écrit et bien traduit. Coup de chapeau aux traductrices.

Deux exemples de la beauté du style :

« Un murmure, « Uutôto, Uutôto … », qui ne sortait d’aucune bouche. Le bruit du vent, aigu puis grave, suivit comme une luciole l’étroit chemin obscur au pied de la falaise, traversa le tympan des enfants qui tendaient l’oreille puis descendit jusqu’au fond de leur poitrine avant d’aller se dissoudre dans l’eau froide accumulée au creux d’un vieil arbre. »

« A la surface de l’eau, calme jusque-là, se dessina une infime ondulation. En passant au-dessus d’un banc de petits poissons remontant l’estuaire, la houle scintilla légèrement. Des oiseaux diaphanes s’envolèrent, les fines feuilles des filaos se balancèrent lentement et, au milieu du chant des cigales qui résonnait au loin, on entendit comme le son triste d’une flûte.
»


Récup.


mots-clés : #nouvelle #fantastique
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Message par tom léo le Jeu 6 Juil - 7:21

Medoruma Shun 51azmc10

Les pleurs du vent/Fuon


Originale : 風音 (Fuon, Japonais, 2004)

CONTENU :
« Jusqu’à présent, personne n’avait jamais eu l’idée de parler sérieusement du crâne qui pleure à quelqu’un d’extérieur au village. D’abord parce que le sentiment d’avoir une dette envers ceux qui étaient morts à la guerre interdisait aux survivants de parler à tort et à travers des disparus, mais surtout parce que quiconque entendait la triste lamentation du vent ne pouvait qu’être saisi de stupeur. »

Tout commence par un jeu d’enfants au pied de l’ancien ossuaire, sur l’air de chiche qu’on grimpe sur la falaise, pour aller voir de plus près le crâne humain qu’on aperçoit d’en bas, et qui gémit sous le vent. De toute la bande, seul Akira a le courage de monter. Et de tout le village, seul Seikichi, le père d’Akira, s’oppose à ce qu’un journaliste de la métropole tourne un reportage autour de la légende du crâne qui pleure, objet sacré, emblème des heures terribles de la bataille d’Okinawa…
Les Pleurs du vent conte magnifiquement la paix retrouvée des âmes.

REMARQUES :
Né sur l'île d'Okinawa l'auteur revient dans ses écrits souvent sur les traumatisme de la bataille d'Okinawa, une des plus sanglantes de la guerre mondiale. Le temps présent du roman peut être situé vers le milieu des années 80 :
Akira entre dans un de ces jeux plutôt bête, veut montrer son courage en mettant un bocal d'eau avec un poisson dans un lieu à part, une grotte difficilement accessible ou on déposait les corps. Une sorte de cimetière à ciel ouvert. La décomposition des corps étaient laisse aux élements, ici les vents, le soleil,les animaux de la mer proche. D'une de ces cranes émanait un ton sifflant, rappelant une plainte. Selon la légende il s'agit d'un Kamikaze de la guerre aérienne.

Seikichi, le père d'Akira, se défend violemment quand à ce moment arrive de la ville des journaliste pour extraire de lui un témoignage, un rapport sur le « crane pleurant ». Mieux vaudrait encore s'y rendre et transgresser un lieu de tabou ! Mais cela ne pouvait que produire des malheurs. Il faudrait laisser un tel lieu comme intouchable, sacré, le respecter, et ne pas en faire un lieu de curiosité malsaine. Au contraire du jeune journaliste Izumi, le vieux, Fujii, semble mieux comprendre...

Mais dans un retour en arrière nous comprenons que Seikichi sait de l'histoire vraiment plus. N'a-t-il pas, comme plus tard alors son fils, et maintenant « en pensée » les journalistes ou ce Taguichi du village (trop sûr de lui-même), une fois brisé des tabous ? Est-ce qu'il avait dérangé le repos des morts ? Est-ce que l'âme du mort trouvera enfin ce repos ? Quoi faire ?

Ce roman fin réunit des réflexions sur le respect pour les morts avec des vieilles culpabilités, mais aussi une paix retrouvée enfin. Aussi à travers des élements phantastiques nous entrons dans un monde qui reste et restera encore, marqué par les atrocités de la guerre.

Impressionnant !


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Message par bix_229 le Jeu 6 Juil - 15:58

Merci Tom Leo !
Je l' ai déjà noté !
Medoruma Shun est pour moi une belle découverte.
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Message par Tristram le Jeu 6 Juin - 13:26

L'âme de Kôtarô contemplait la mer

Medoruma Shun Shun1110

Okinawa, un lieu étrange, dans cet archipel rattaché en 1879 au Japon dont il est aussi distant que de Taiwan ou la Chine, siège d’une bataille célèbre pour ses horreurs pendant la seconde Guerre Mondiale, sous administration américaine pendant 27 ans avant d’être rétrocédé au Japon… autrement réputé pour la longévité de ses habitants, et sa cuisine…
Et oui, on est ailleurs, et (vu de loin ?) typiquement dans la sphère culturelle japonaise (certaines scènes marines m’ont rappelé des estampes d’Hokusai, d’autres les contes fantastiques traditionnels ou le cinéma ‒ tout ensemble Akutagawa et Kurosawa).
Six textes courts, basés sur des souvenir d’enfance dans cette culture en voie de disparition :

Mabuigumi l’âme relogée : Uta, une vieille prêtresse assez bourrue tente de faire réintégrer à son corps le mabui (l’âme) de Kôtarô, qu’elle aime comme le fils jamais eu ; sous un veloutier, l’âme guette la mer pendant que le corps est habité par un gros aaman (bernard-l’ermite). Le mabui de Kôtarô attend sa mère, tuée pendant la guerre sur cette même plage, sur les œufs qui venait de pondre une tortue marine. Mabuigumi, c’est le rite ; sinon, rien d’anormal ‒ mais qu’est-ce qu’un veloutier ?
Medoruma Shun Velout10

L’awamori du père Brésil : un garçon sympathise avec un vieil homme qui a vécu longtemps en Amérique du Sud et qui demeure désormais à l’écart, entre ses arbres fruitiers et la pêche. L’awamori, c’est le traditionnel alcool de riz, et le récit une belle et dramatique histoire d’enfance.

Rouges palmiers : éveil à la sexualité (ou aux sexualités ?) pendant l’occupation américaine.
« Le vent agitait les fines feuilles des filaos, un mince rai de lumière étincelait puis s’éteignait. Un fil d’araignée se balançait dans le ciel bleu pâle qui commençait à virer au violet. Une lueur verte, ou peut-être dorée, ondoyait paresseusement sur une bonne dizaine de mètres depuis les branches des filaos vers la mer. C’était un fil incroyablement long et fin. Parallèle à la surface de l’eau, il émettait une lueur fragile et pure qui apparaissait et disparaissait tour à tour au gré du vent. »

Coq de combat :  quand la cruauté des combats de coqs s’étend aux hommes.

Avec les ombres : une petite fille est élevée par sa grand-mère, kaminchu (prêtresse) : lente d’esprit, elle était ostracisée à l’école. Elle goûte la solitude du sanctuaire de la forêt sacrée, et auprès d’un ficus au bord de la rivière, où se révèle son don de voir et communiquer avec les défunts. Ceux-ci apprécient être écoutés.

La mer intérieure : de même que les morts essaient parfois d’entraîner les vivants, la vue du double de quelqu’un annonce le décès de cette personne. Un îlot-cimetière, ses coutumes funéraires et ses légendes, dont une femme qui chante. Poissons de récifs coralliens, souffrances et deuils...

Le premier et les deux derniers textes sont fortement teintés de fantastique ; on y retrouve le même absurde un peu kafkaïen que chez Haruki Murakami ou Kōbō Abe.

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Message par Bédoulène le Jeu 6 Juin - 16:33

c'est donc un bel arbre le veloutier !

merci Tristram !

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Message par Tristram le Jeu 6 Juin - 17:18

Il y a aussi des filaos dans le livre...
Medoruma Shun Filao10

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Message par Armor le Jeu 6 Juin - 17:42

J'ai personnellement eu un sentiment très ambivalent à la lecture de ce livre : j'ai adoré tous les passages sur la vie quotidienne sur l'île, les relations humaines, la culture locale, décrits avec beaucoup de finesse. Par contre, la plupart des passages fantastiques m'ont (comme souvent...) laissée plus perplexe qu'autre chose, me demandant bien ce que ça voulait signifier et ce que ça apportait à l'histoire...

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Message par Tristram le Jeu 6 Juin - 17:49

Perso je m'y suis senti à l'aise, peut-être parce que j'ai lu beaucoup de contes parlant de renards et de lune, comme Akinari... Pour moi, ça a fait un tout, la vie précaire des îliens et leur spiritualité...

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Message par tom léo le Jeu 6 Juin - 18:42

Vous parliez là de l'autre livre que je n'ai pas encore lu. Pour le coté fantastique, il apparaît aussi dans "Les pleurs du vent". J'y vois, en réflèchissant maintenant sur vos remarques, plutôt un miroir de la vie et des peurs, des attentes et des expériences passés des gens. Donc faisant partie et de la culture ambiante, et aussi de la manière de receptionner, digérer les événements.
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Message par Armor le Jeu 6 Juin - 18:51

Le côté onirique propre aux croyances populaires ne m'est pas étranger, pour avoir moi aussi lu beaucoup de contes. Mais le bernard l'hermite dans la gorge, je n'ai pas su qu'en faire ! Medoruma Shun 1390083676 Ce genre de chose me laisse toujours dubitative, ça ne me correspond tout simplement pas du tout. Je crois que je suis trop rationnelle pour ça. Wink

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Message par Tristram le Jeu 6 Juin - 19:00

Là, effectivement, c'est franchement kafkaïen _ ou "Abéïen". Mais je me souviens d'une aventure avec un bernard qui s'est subitement signalé dans une voiture en circulation sur une île des Caraïbes _ animal surprenant !

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Message par Tristram le Ven 6 Déc - 21:10

Les Pleurs du vent

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Histoire étrange du crâne d’un kamikaze d'Okinawa, où sont remués les souvenirs de la guerre.
« Pendant la semaine qui venait de s’écouler, il s’était évertué à chercher toutes sortes de raisons à sa propre mort, mais il était seulement parvenu à prendre conscience de sa totale inanité. C’était par crainte de faire face à ce néant qu’ils s’étaient tous plongés avec ferveur dans l’écriture de lettres ou de testaments. Plusieurs fois, Fujii avait étouffé une terrible envie d’égorger ceux qui disaient que c’était "Pour l’Empereur !". Cette haine, faute d’objet sur lequel porter, ne cessait de grandir, le dévorant de l’intérieur. »
(On retrouve le bernard-l'ermite, toujours macabre.)
Je ne sais pas si on peut vraiment parler de fantastique, peut-être plutôt de moments oniriques, ou légendaires ?
Je regrette de n’avoir pas lu ce bref récit d’une traite (à bon entendeur…)

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Message par Bédoulène le Ven 6 Déc - 22:53

merci pour le commentaire et pour le conseil !

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