Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 17 Sep - 23:41

73 résultats trouvés pour fantastique

Alain Damasio

Les furtifs

Tag fantastique sur Des Choses à lire Proxy196

Tu te sens prêt, Lorca?
– Absolument pas…
– C'est précisément ce que j'appelle être prêt. Cet état d'incertitude fragile, ouverte, qui rend disponible à l'inconnu. Crois-moi Lorca, quoi qu'il arrive, tu vas vivre l'un des moments les plus intenses de ton existence. Reste ouvert.



On est en 2041. Les villes sont privatisées. La Gouvernance, grâce aux technologies numériques, a mis en place une société basée sur le contrôle , Jouant sur la peur et le désir, elle a habilement su la faire accepter au commun des mortels. 
Une nouvelle espèce arrive peu à peu à la connaissance humaine : les furtifs, qui semble à l’origine de tout le vivant. Elle a pu survivre grâce à sa  capacité à se cacher , ne pas laisser de trace, échapper au contrôle, justement. Elle intéresse l’armée de par cette capacité, et le pouvoir de la rébellion qu’elle est susceptible de nourrir. Les furtifs sont des êtres étranges, en métamorphose permanente - empruntant en quelques minutes à différentes espèces animales ou végétales, mais pouvant aussi transmettre à un humain une part d’eux-même. Ils se déplacent avec une vélocité extrême, échappant au regard humain, car ce seul regard peut les tuer. Ils ont à voir avec la fuite, la liberté. Ils s’expriment par sons, mélodies, phrases mi-infantiles mi-sybillines. Et laissent d’obscures glyphe comme seul signe de leur passage.

Tishka, l’enfant mystérieusement disparue de Lorca et Sahar, n’a t ’elle pas rejoint le camp des furtifs ?. Ses parents la recherchent dans une logue enquête,  riche en péripéties, en rencontres parfois ésotériques, en épreuves.

Plus leur enquête avance, plus se lève dans le pays une prise de conscience, d’où émerge un mouvement pro-furtif, réunissant les libertaires, les marginaux, les exclus et ceux qui se sont exclus par choix, grapheurs, musiciens, scientifiques, rebelles en tout genre..., qui va nous mener dans une ZAD à Porquerolles et vers un combat politique et une insurrection finale grandiose.


C’est un formidable roman d’aventure, où le réel infiltre un imaginaire prolifique. Les six personnages-phares, identifiées par leur symboles, sont des figures mythologiques, héros portés par leur grandeur et leurs petitesses, leur singularité, leur folie, leur charisme. Les rebondissements s’enchaînent , mêlant scènes intimes, épisodes guerriers ou quasi magiques, poursuites, amples scènes de foule.

C’est un magnifique roman d’amour autour du trio Varèse, au centre duquel Trishka est l’enfant troublante, qui a pris son envol,  mais n’en aime pas moins ses parents. Ceux-ci l’ont fait naître pour elle-même, respectent son choix, mais voudraient quand même bien la voir grandir, la caresser, l’aimer. C’est d’un pathétique grandiose et sans pathos.

C’est un roman philosophique, sociétal, politique, une grande réflexion sur les outils numériques et les risques qu’ils nous font encourir, si réels, si proches. Une exhortation à s’intéresser à l’autre et le respecter, à s’ouvrir à l’étrange, à s’ancrer dans le vivant. Un hommage aux sens, à la musique et  aux sonorités, au beau, aux valeurs et émotions perdues.

C’est enfin un objet littéraire pharaonique, unique, où on retrouve tout le travail sur la langue, la ponctuation et la typographie qu’on a déjà connu dans La horde du Contrevent, mais magnifié, mûri, amplifié. Damasio est un inventeur de mots fantasque et érudit, un joueur de son assez incroyable, un surdoué du jeu de mots, de lettres, de l’Oulipo. Il multiplie les néologismes, les inversions de sens et de syllabes, les allitérations et les assonances, cela s’accélère dans les temps forts, monte en puissance tout au fil du livre pour créer dans les derniers chapitre, s’insinuant peu à peu,  comme une langue nouvelle, le damasien, issue du français, parfaitement compréhensible mais parfaitement différente, d’une poésie, d’un rythme, d’une tension, d’une mélodie incroyables.

C’est livre géant, titanesque, décapant, totalement enthousiasmant. Il ne faut pas hésiter à s’obstiner à y entrer, c’est une lecture exigeante, qui demande un temps d’habituation (il m’a fallu 200 pages) mais qui devient enchanteresse.

Mots-clés : #amour #aventure #fantastique #insurrection #relationenfantparent #romanchoral #sciencefiction #urbanité #xxesiecle
par topocl
le Mar 30 Juil - 13:54
 
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Sujet: Alain Damasio
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Ryûnosuke AKUTAGAWA

Rashômon et autres contes

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Ces contes relèvent du fantastique, comme l’éponyme, et même du policier comme le fameux Dans le fourré, mais aussi d'un humour qui fait songer à Gogol, et pas seulement à cause des évocations de nez…
Les Kappa est une longue nouvelle, une satire sociale rappelant Swift ; Akutagawa y donne aussi un aperçu de son intéressante perception des écrivains occidentaux :
« ‒ C’est un de nos saints… saint Strindberg, qui se révoltait contre tout. »




Mots-clés : #contemythe #fantastique #humour #nouvelle #polar
par Tristram
le Ven 12 Juil - 14:03
 
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Vladimir Nabokov

Invitation au Supplice

Tag fantastique sur Des Choses à lire Invita10


Cincinnatus attend d’être décapité dans une geôle où il est traité avec égards, même si l’ignorance de la date de son exécution le torture de faux espoirs. Le ton est assez loufoque, ne serait-ce que parce qu’il a été condamné pour ne pas être… transparent !
« Accusé du plus épouvantable des forfaits, de turpitude gnoséologique, si peu convenable à exprimer qu’il fallait recourir à des euphémismes tels que : impénétrabilité, opacité, obstacle à la lumière [… »

« Voilà trente ans que je vis parmi des ombres perceptibles au toucher, leur cachant que j’étais doué de vie et de réalité. »

« Impénétrable aux rayons d’autrui », Cincinnatus paraît même un peu christique :
« Non, il faut quand même que je note quelques impressions, en legs à la postérité. Je ne suis pas n’importe qui, je suis celui qui vit au milieu de vous… »

Cincinnatus se dédouble parfois étrangement, l’histoire est teintée d’onirisme dans un univers de reflets où quelquefois quelque chose cloche, traversée de poussées hallucinatoires qui m’ont fait rapprocher ce roman de ceux de Boulgakov et Gogol (ainsi qu’aux contes d’Hoffmann), comparaison aussi légitime que celle de Kafka quant à l’aspect absurde et totalitaire de la captivité.
« Très longtemps ils gravirent des escaliers – la forteresse avait sans doute souffert d’une légère attaque, car les degrés destinés à la descente servaient à présent à la montée, et vice versa. De nouveau, il fallut enfiler des corridors – mais qui paraissaient plus habités, en ce sens qu’ils indiquaient nettement, soit par du linoléum, soit par du papier de tenture, soit par un bahut à la muraille qu’ils étaient contigus à des appartements occupés. A un détour, on sentait même une odeur de choux. Plus loin, on dépassa une porte vitrée sur laquelle était écrit …ureau et après un nouveau périple dans l’obscurité, on déboucha subitement dans une cour toute vibrante du grand soleil de midi. »

Dans cette mascarade parodique et farcesque, riche en illusions d’optique et précises descriptions de menues choses du décor, on trouve aussi la petite Emma (précurseur de Lolita ?), des papillons, un bourreau grotesque mais jovial, ayant à cœur de sympathiser avec sa victime… et une armoire gestante :
« Une large armoire à glace rutilait, apparue [dans la cellule de Cincinnatus lors de la visite de sa femme avec famille et bagages] avec ce qu’elle réfléchissait personnellement (à savoir : un petit coin de la chambre à coucher conjugale – une raie de soleil sur le plancher, un gant tombé à terre et une porte ouverte sur le fond). »

« Dans ce remue-ménage, la large armoire avec son propre reflet se dressait, pareille à une femme enceinte, tenant précautionneusement et le garant à mesure son ventre bardé de glace, de peur qu’on ne le heurtât. »

« Dans un ravin pouvait se voir une grande armoire à glace, adossée dans les douleurs de l’enfantement à un rocher. »

Métaphores typiques de l’Enchanteur :
« Mais Cincinnatus ne se sentait pas d’humeur à causer. Mieux valait la solitude – solitude percée, il est vrai, dans ce réduit à judas, rappelant une nacelle qui fait eau. »

« Sur la table, une feuille de papier étalait sa virginité et, ressortant sur cette blancheur, gisait avec un reflet d’ébène sur chacun de ses six pans, un crayon admirablement taillé, long comme la vie de n’importe quel homme, à l’exception de Cincinnatus ; crayon, descendant civilisé de notre index. »

« Avec ce lourd volume en guise de lest [un livre], j’ai plongé, savez-vous, jusqu’au fond des temps. »


Remarque : livre paru en 1938...  
Nota bene : rien à voir non plus, à ma connaissance, avec Cincinnatus Lucius Quinctius (VE s. av. J.-C.), le bouclé, parangon de vertu du citoyen romain…


Mots-clés : #fantastique #humour #reve
par Tristram
le Mer 29 Mai - 17:43
 
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Sujet: Vladimir Nabokov
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Liliana Lazar

Terre des affranchis

Tag fantastique sur Des Choses à lire 51cxla10

S'il est maléfique, comme tout le village en est convaincu, pourquoi le lac de Slobozia, au fin fond de la forêt moldave, protège-t-il Victor, l'enfant battu, l'adolescent meurtrier ? Et pourra-t-il venir en aide à l'homme recherché, reclus chez sa mère, s'il sort la nuit de son refuge pour errer dans les bois ? Dans cette région de Roumanie où les légendes populaires cohabitent avec le culte orthodoxe, les popes sont surveillés de près par le régime communiste, et les livres saints sont brûlés. Pour expier sa faute, laver le sang sur ses mains, Victor accepte la mission que lui confie le père IIIe : il devient copiste de textes sacrés. Enfermé dans le secret de son travail, dans la tourmente de ses pulsions, dans la naïveté de sa foi, il espère une rédemption... Ancré dans l'histoire roumaine - de la fin du règne du dernier roi à l'avènement de Ceauescu, puis à sa chute -, Terre des affranchis est un roman envoûtant et inspiré, aussi palpitant qu'un récit policier, aussi inquiétant qu'un conte.

Résumé de l'éditeur.

Si vous aimez les contes, ceux qui laissent la place aux légendes locales, si vous aimez la nature et son emprise sur l'Homme, si vous aimez découvrir quelques traits de l'Histoire d'un pays, si la religion et la politique et leurs emprises respectives vous questionnent, alors il faut lire ce livre.
Et il vous faudra certainement le relire tant chaque mot du texte a son importance dans le récit des événements.
Un style poétique et qui va vous envoûter - les personnages tout autant ! - vous empêchera de quitter ce roman avant son dénouement.

Une peu de la Roumanie à découvrir...


Mots-clés : #contemythe #fantastique #regimeautoritaire
par kashmir
le Mer 10 Avr - 20:57
 
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Jacques Audiberti

Abraxas

Tag fantastique sur Des Choses à lire Abraxa10


Voyage épique et même picaresque, entre Ravenne et péninsule ibérique, entre Moyen Âge et Renaissance, entre gitans, juifs, chrétiens et sarrasins, puis sur « la chère, la belle », la féminine caravelle à la recherche des îles.
Fable un peu fantastique, poétique, sensuelle, d’une baroque inventivité verbale, c’est, pour un premier roman, un texte dense, une œuvre exigeante du lecteur, 300 pages difficiles aussi à lire à cause de la taille minime des caractères et de la piètre impression photomécanique Gallimard. Ledit lecteur suit sans grand effort l’histoire, et pourtant la plupart des syntagmes l’interroge.
C’est une histoire de peintre(s) : descriptions, observations, métaphores, lexique d’une fabuleuse richesse, notamment vocabulaire de la marine, mais aussi néologismes et archaïsmes, à démêler des "provencialismes", italianismes et hispanismes ; ça tient du surréalisme en plus merveilleux, de Boris Vian en moins systématique ; à propos, ça se rapproche de Salammbô, Huysmans, Gadda, Michaux, Asturias, la constellation des écrivains créateurs, des auteurs de l’excès et du débordement, avec comme étoiles majeures Homère, Rabelais, Cervantès, Joyce… bref, Jacques Audiberti se révèle un « écripvain » fou de mots !
L’abraxas est une amulette, un talisman, un truc ésotérique, qui aurait même donné abracadabrantesque ; selon Thomas More, l’île d’Utopia s’appelait Abraxa lorsqu’elle était encore une presqu’île raccordée par un isthme au continent américain…
Peu de commentaires sur cette œuvre ; en voici cependant un, assez pertinent : https://brumes.wordpress.com/2014/02/13/voyage-au-bout-du-jour-abraxas-de-jacques-audiberti/
« Peindre… Tirer le néant du néant, si ce monde est le néant. » I, IV

« Tous les hommes sont promis à devenir, tôt ou tard, des hommes. Mais en eux la bête s’attarde… Elle s’attarde. » I, VI

« Avec une prestesse toute escoubellesque, Villalogar se munit d’un pinceau, l’humecta d’une gélatine salivaire, brouilla la partie supérieure du trait vert qu’il dilata, vers le haut, d’une patouille grise et fondue, barré, enfin, d’un liséré mince et bleuâtre. Il en résultait une diffusion organisée et fuyante de présence et de distance océanique. Si on la regardait en faisant la maison du loup, c'est-à-dire les yeux encadrés par les paumes, on était, bon jeu beau fou, devant la mer. […]
J’ai frappé la roche avec un pinceau, et la roche a coulé, comme une source fraîche sur le sable de ma toile, où roche elle est revenue. J’ai frappé la mer avec mon pinceau et la mer s’est durcie sur ma toile. Elle y demeure dans sa dureté humide. J’ai pris le gros rat du monde dans le trou de ma palette. » I, X

(L’escoube, ou escouve, est un balai en vieux français ; ce mot nous a donné l’écouvillon !)
« Se battre, même pour une cause juste, équivaut à jeter un peu de bois au brasier de la violence et de la souffrance. » I, XII

« La tempête s'emballait. Vainement elle cherchait, de ce qui l'exaspère, le difficile secret dans les mollesses qu'elle chavire. La caravelle, de toutes ses forces, se contractait. Elle se bouchait les oreilles au bruit de ses mâchoires dont éclate l'os délicat. Cernée par les vagues ameutées, elle leur demandait, pourtant, de la porter, de la masquer. Perdue dans une bave massive, elle frissonnait aux jambes chaque fois qu'une gifle liquide l'écrasait dans l'élasticité diluvienne, laquelle prenait sa part de la bourrade allongée et, de plus belle, s'ébouriffait. » II, XVIII

« Son jupon mouvementé noyait, accompagnait d’escalades et de dégringolades, à grand renfort de tambourins silencieux, le rythme de ses jambes non pas même devinées sous l’étoffe, mais éparses et multipliées à ce train négligent et dominateur d’ailes et de gouffres autour d’elles. »



Mots-clés : #aventure #fantastique #voyage
par Tristram
le Mar 26 Mar - 19:32
 
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Gérard Prévot

Tag fantastique sur Des Choses à lire Contes10

Contes de la mer du Nord

Aux côtés de Jean Ray, Thomas Owen et Jean Muno, Gérard Prévot est considéré comme l’une des plus grandes voix du fantastique belge. Parus en 1986, dix ans après la mort de l’auteur, ses Contes de la mer du Nord consistent en une sélection de onze récits réalisée par Jean-Baptiste Baronian, au départ du Démon de février (1970), de Celui qui venait de partout (1973) et de La Nuit du Nord (1974). C’est ce recueil introuvable et largement commenté que nous avons souhaité restituer pour la première fois dans son intégralité. Les Contes de la mer du Nord comportent des textes écrits à différents moments, mais qui ont pour point commun, outre un cadre évocateur des brumes nordiques ou germaniques, de faire ressortir le jeu d’alternance propre à Gérard Prévot : entre métaphysique et carnavalesque, entre déploiement du mystère troublant et plaisanterie étrangement inquiétante. Une pièce maîtresse de la littérature fantastique du XXe siècle.


De la variété mais pas de déception dans ce recueil. L'atmosphère "nord" est la constante alors que la part de fantastique ou de conte est variable. J'ai eu un gros faible pour les petites touches de contemporanéité qui rappellent qu'on ne lit pas un conte du passé mais bien un écrit d'aujourd'hui, sans faire nunuche-pop comme un truc canadien lu il y a quelques mois et sans trancher les repères, le décor ou le moment. On ne sort pas du mouvement du texte, on profite de l'humour noir un soupçon revanchard... jusqu'aux chutes ou dénouements qui ne laissent pas un goût différent.

Bien belle surprise encore chez cet éditeur et bien vu aussi pour l'appareil critique qui en dit un peu plus sur la biographie de l'auteur et sur cet univers littéraire du fantastique belge. Et je vois qu'ils ont publié d'autres textes : Le Démon de Février et Les tambours de Binche.

Une lecture qui mêle détente et curiosité à de réelles qualités littéraires.


Mots-clés : #contemythe #fantastique #nouvelle
par animal
le Mer 20 Mar - 22:00
 
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Kate Atkinson

Dans les replis du temps

Tag fantastique sur Des Choses à lire Proxy142

Se plaçant clairement sous l’influence de Shakespeare et du Songe d ‘une nuit d’été, Kate Atkinson nous raconte une histoire qui est en scène la fantaisie, les sortilèges, le mystère avec des allers-retours dans le temps, dans le règne de l’onirique et l’imaginaire.
C’est l’occasion de raconter Isobel,  cette adolescente tragiquement privée de sa mère sans explications depuis tant d’années, sans beaucoup d’amour de remplacement et sans réelle personne  étayante en compensation.

Le fonds est donc une histoire totalement tragique d’une jeune fille qui se débat avec ses interrogations sur la vérité, le double, la disparition, et au final le sens de la vie ; et sans du tout occulter cet aspect sérieux, c’ est traité avec la légèreté habituelle de Kate Atkinson, qui prend selon les moments un aspect comique,  ou fantasque, avec de grands allers-retours entre le bouffon et le burlesque.

J’ai donc une grande  ambivalence vis-à-vis de ce roman, ou j’ai trouvé du très  réussi et du un peu lourdingue. J’ai eu la même impression que quand je vois une représentation du Songe d’une nuit d’été : quelque chose de très poétique, plein de folles idées, à l’imagination débridée, d’une inventivité qui peine à s’épuiser, mais sans doute un peu trop pour moi, par moments pleinement abouti, à d’autres fois presque démonstratif. Avec l’impression aussi que l’auteure s’amuse énormément.



mots-clés : #enfance #fantastique #humour
par topocl
le Lun 18 Mar - 9:34
 
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Robert Louis Stevenson

Tag fantastique sur Des Choses à lire 97820811

Le cas étrange du Dr. Jekyll et de M. Hyde (1885)

L'avantage c'est qu'on peut se passer de résumé ! Ca permet de passer tout de suite à la forme, exercice de style ? La présentation du texte dans le GF pas cher souligne bien cet aspect avec les courts chapitres qui se répondent avant d'aboutir enfin à la confession. Et même si on sait avant de (re)lire le livre ce qu'il en est, le mystère fonctionne. Histoire d'atmosphère et de narration. Et de jeu de miroirs.

Le ressort principal étant peut-être celui des tentations et de la curiosité avec... ou opposé à celui des convenances, apparences et satisfactions peut-être factices des "bons" de l'histoire qui ne reconnaissent pas si facilement ces penchants ? Le personnage et la fameuse confession, l'effet de double font beaucoup penser à la psychanalyse (dans les grandes lignes pour le grand public et de façon communément admise) mais on peut aussi se demander le regard biographique et les projections familiales qui pourraient aussi s'y nicher ? (Ca ne serait certainement pas moins convaincant que la recherche de connotations homosexuelles rappelées dans la présentation).

Si c'est à re-relire ce sera en VO ou dans une autre traduction. Pas forcément qu'elle soit mauvaise mais avec l'édition dans l'ensemble, la présentation ?, je suis un brin réservé.


Mots-clés : #fantastique #xixesiecle
par animal
le Lun 25 Fév - 21:15
 
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Sheridan Le Fanu

La Maison près du cimetière

Tag fantastique sur Des Choses à lire 516opf10

« La Maison près du cimetière » est un gros roman de plus de 600 pages.

La lecture en est au départ très déstabilisante. Cela commence comme une enquête policière dans une atmosphère fantastique : découverte d’un crâne avec fracture dans le cimetière de Chapelizod, aujourd’hui banlieue de Dublin.

Puis, nous voilà introduit dans la vie de cette bourgade au bord de la Liffey, vers le milieu du 18e siècle, alors qu’elle conservait encore son caractère rural.

Peu à peu se dessinent des personnages, souvent hauts en couleur : docteurs, officiers du régiment royal d’artillerie, ecclésiastiques, aristocrates et notables, serviteurs etc. Tout ce petit monde vaque à ses occupations, se croise, s’évite, se rencontre dans des lieux qui dessinent une géographie imagée : « Les Ormes », « Les Moulins », « Sous les tuiles », « La Maison du roi », « Belmont », « Les Jaunets »…
Surtout, les deux auberges « La Saumonière », mais surtout « Le Phoenix» sont les lieux principaux de discussions, on y apprend les nouvelles, on papote, on y répand les cancans, on y médit. Là naissent des amitiés, se profilent des rancœurs, des rivalités, voire des haines. Le tout dans une atmosphère de tabac, de bière et de punch.

On aime bien les fêtes à Chapelizod : mariages, bals et défilés du régiment. On ripaille, on boit, on danse, chacun selon sa personnalité. A l’inverse, l’actualité est marquée par quelques duels.

Autrement dit, le rythme du livre est vraiment très lent. On ne sait pas trop où vous entraîne l’auteur et il faut plusieurs centaines de pages avant que l’intrigue se dessine. Mais ensuite, elle ne vous lâche plus. Sheridan le Fanu est un maître dans l’art du suspens ! Et les dernières centaines de pages se dévorent avec avidité.

En résumé, je dirai que l’intérêt principal du roman réside dans ce tableau  d’un microcosme dont les personnages et les histoires se croisent et s’entrecroisent. Shéridan Le Fanu l’examine avec acuité et tendresse. Bien sûr, il y a cette enquête policière et cette atmosphère fantastique qui sous-tendent le récit. Mais là n’est pas l’essentiel.
« La Maison près du cimetière » était un des livres favoris de Joyce et je comprends pourquoi ! Pour ma part, j’ai été marri de quitter ce petit monde de Chapelizod qui m’a accompagné pendant un mois et auquel je m’étais attaché.  Very Happy


mots-clés : #fantastique #polar
par ArenSor
le Ven 22 Fév - 16:06
 
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Sujet: Sheridan Le Fanu
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Jan Potocki

La lecture remonte mais reste étiqueté "référence". J'espère que cette récup' va s'enrichir de lectures plus fraîches d'autre(s) membre(s).  pirat


Tag fantastique sur Des Choses à lire 97820810

Le manuscrit trouvé à Saragosse (version 1810)

GF propose deux versions 1804 et 1810. Évidemment en début de livre les compilateurs en plus d'esquisser une biographie de l'auteur (ça suffit vraiment un livre pour le faire ?) évoque l'histoire du et des livres. La version chez Corti serait la traduction d'une version pas trop pourrie mais incomplète d'une traduction polonaise du manuscrit qui a été écrit en français. Une histoire longue et compliquée (comme l'auteur ?) pour une première version inaboutie et inachevée, la version de 1804... au ton plus irrévérencieux, voire coquin (?) mais aussi avec une construction qui bien que reposant sur le même principe semble plus complexe (encore). De quoi donner envie de ne pas oublier de la lire de bon cœur un de ces jours !

Ce livre chose en lui même...

C'est l'histoire d'un manuscrit trouvé, sur le champ de bataille, du côté de Saragosse, du jeune Alphonse van Worden... tout jeune capitaine des gardes wallonnes qui est en voyage pour recevoir son premier poste. La traversée de la Sierra Morena se révèle très rapidement extrêmement riche en surprise multiples. Ce jeune homme éduqué dans les plus parfaite ligne d'un esprit chevaleresque magnifié avec au dessus de toutes les valeurs l'honneur, et juste après le respect des convenances, va plus ou moins malgré lui et tout en respectant, en somme, ses valeurs se retrouver bien ailleurs et autrement... A travers une succession de rencontres avec des personnages hauts en couleurs qui eux aussi en ont rencontrés et qui parfois sont les mêmes. Chacun évidemment se devant à un moment ou un autre de raconté son histoire et si le récit l'exige celle d'un autre par la même occasion.

Un bon prétexte pour réciter à tiroirs façon mille et une nuits avec une série d'échos plus ou moins visibles et évidents. Exercice réalisé avec un esprit vif, joyeux et entraînant... la lecture débute comme une promenade légèrement irréel avant de tirer le lecteur vers une sorte d'ivresse dans laquelle il se laisse guider sur le chemin évident de l'écriture de Potocki. Un chemin qui se déroule avec ses repères mais que l'on suit émerveillé, étourdi et désorienté...

Mais pourquoi est-ce si bon ? Parce que c'est bien pire (en forme de compliment) qu'un "à la manière de", la trame et les trames sont celles d'histoires d'amours plus ou moins déçues, de découvertes, de devoirs et d'ambitions... et de hasard. Presque simple si le roman d'apprentissage à tiroir ne se métamorphosais pas à plaisir en lutte entre rationalité et mystères, hasards et manipulations, raison et inévitables libertés. Tout comme notre Alphonse qui se laisse volontiers entrainer par ses belles cousines c'est à la fois très simple et très compliqué.

La série d'histoires et de personnages identifiables, presque stéréotypes, présente d'étonnantes ressemblances dans les motifs employés, et là se ne sont plus des tiroirs mais aussi des matriochkas, les histoires s'imbriquent, s'éclairent et se change... se recoupent, se mêlent en un fascinant bazar néanmoins cohérent mais d'abord fascinant. Sans altérer le plaisir du lecteur on expérimente la structure folle de cette entreprise, une sorte de système de Potocki , mis en abime plus tard par le système de Velasquez le géomètre touche à tout et quelque peu étourdi et proche de l'auteur... les motifs et combinaisons illustrent la vie et les vies avec tout en jouant merveilleusement avec lucidité et humour en fond une certaine naïveté qui tiendrait du grandiose...

et la boucle finit par se boucler bercée de mélancolie...

Dans tout ça on croise beaucoup de choses entre le réel et la fiction : géographie et histoire... les notes (en bas de page) orientent le lecteur, et heureusement... les sciences dures ou humaines sont employées et discutées abondamment et confrontées, mélangées à... aux religions et au fantastique... avec des ellipses, des imprécisions, des jeux, beaucoup, de la manipulation pure et simple... et mise en abime...

Une ouverture extraordinaire et curieuse avec une volonté de partage engageante... il est difficile de conclure sur cette lecture débordante et multiple... un excellent monument sans aucun doute et vertige devant ce regard en double teinte entre l'idéal qui anime ce "monde" et une réalité plus dure (mais pas toujours sans attraits).

L'utilisation des générations, de l'histoire et des chronologies ainsi que les petits exposés scientifiques sont plus ou moins digestes sur la fin mais impossible de résister et de ne pas divaguer sur une histoire des mathématiques, des sciences... et d'utiliser ces échelles pour regarder un maintenant qui n'apparait plus si lointain.

Fantastique lecture, incontournable aussi pour son amour des histoires, du récit magnifié. Ce que je n'imaginais pas c'était la densité (des) thématique(s) et cette construction abusant de fausses répétitions, c'est incroyable... d'ailleurs ça occupe du monde semble-t-il de décortiquer cet ensemble et de le croiser avec la vie de Potocki, ses écrits, ses voyages, ...

Un jeu de nuances et d'ouvertures, d'incertitudes, d'esprit... et une lumière orientale...

gros bonheur.

je ne regrette pas d'avoir choisi une période de vraie disponibilité pour attaquer le morceau. 830 pages avec les explications qui précèdent.


mots-clés : #amour #aventure #contemythe #fantastique #initiatique
par animal
le Mer 30 Jan - 22:48
 
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Sujet: Jan Potocki
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George Saunders

Lincoln au Bardo




4ème de couv a écrit:Washington, nuit du 25 février 1862. Dans le paisible cimetière de Oak Hill, non loin de la Maison-Blanche, quelque chose se prépare… Un peu plus tôt ce même jour, on a enterré un petit garçon prénommé Willie, qui n’est autre que le fils du Président des États-Unis. Ce soir-là, Abraham Lincoln, dévasté de chagrin, s’échappe de son bureau pour venir se recueillir en secret sur la
sépulture de son enfant. Il croit être seul – il ne l’est pas. Bientôt, des voix se font entendre, et
voici que jaillit des caveaux tout un peuple d’âmes errantes, prises au piège entre deux mondes, dans une sorte de purgatoire (le fameux Bardo de la tradition tibétaine). L’arrivée du jeune Willie va déclencher parmi eux un immense charivari – une bataille épique, reflet d’outre-tombe de la guerre de Sécession qui, au même moment, menace de déchirer la nation américaine. Tour à tour inquiétants, hilarants, attendrissants, les spectres surgis de l’imagination de George Saunders nous offrent un spectacle inouï, qui tient de la farce beckettienne autant que de la tragédie shakespearienne. Magistral chef d’orchestre de ce choeur d’ombres baroques, George Saunders s’amuse à dynamiter tous les registres romanesques, pour mieux nous confronter aux plus profonds mystères de notre existence : qu’est-ce que la mort ? qu’est-ce que la vie ? qu’est-ce que l’amour ? et comment vivre, et aimer, quand nous savons que tout est voué au néant ?


REMARQUES :
Ayant gagné le Man Bookers Prize, traduit avec succès déjà dans plusieurs langues, j’en ai entendu parlé déjà pas mal de ce livre. Certaines remarques et mots de la présentation laissent pourtant pensé presque à une histoire de fantômes bizarroïdes. Au fond il me semble que Saunders vise plus haut.

Il n’y a pas de narrateur, mais tout se présente comme, d’un coté, des collages de diverses articles, lettres, sources pour décrire le scénario autour de ce jour, cette nuit de la mort et de l’enterrement du fils d’Abraham Lincoln. Au milieu de la guerre civile, tandisque les premiers massacres tuent des centaines de soldats, il est confronté avec la mort sur un plan personnel. Son fils Willie est mort ! Et celui qu’on réduit souvent sur une action historique se revèle être bien plus : père attaché à son enfant, chagriné au plus profond. Est-ce que cela, et cette nuit auprès de son enfant mort, voir déjà enterré, va changer qqe ch?

Et de l’autre coté : des « voix », s’interpellant, se trouvant certes dans un monde parallèle, mais comme entre deux, le Bardo. Pour des raions variées, les gens s’y trouvant n’ont pas trouvé encore comment « laisser derrière soi l’ancien monde », prendre congé. Leur problème : une forme d’attachement trop grande, des regrets, parfois presqu’un amour trop grande. Pour aller en avant, il faudrait resolument regarder vers l’avant, sinon : risque de glacer sur place, de ne plus bouger ?

Narration alors entre changements de voix et dissonances (parfois les petits bouts de citations donnent des opinions et éclairages différentes sur une seule et même chose) ici. Et une forme de dialogue, de complémentarité (?) là, parfois formant un tout harmonieux où l’un raconte les événements se passant, ou anticipe la parole de l’autre sans altération

Mais ce choix de procèder sans narrateur au sens propre rend parfois la forme (à mon avis) un peu artificiel et difficile à avaler ?!

Néanmoins la grande force de ce roman va rester probablement une vue sur différentes attitudes face à la mort. Saunders choisit un terme du monde imagé du bouddhisme tibétain, sur un monde « entre les deux », le "Bardo". Monde coupé, mais encore attaché. Comment surmonter ses resistances, nostalgies, son refus ? Y-aura-t-il un jeu pour avancer encore après la mort physique ? Au même moment nous trouverons des références chrétiennes aussi... Donc, ce livre pourrait fournir de matières pour beaucoup pour une réflexion ou un partage.

Pour ne pas avoir toujours aimé le style, la forme choisie, je ne peux néanmoins pas donner quant à moi le plein d’étoiles !


mots-clés : #fantastique #mort #religion
par tom léo
le Mar 22 Jan - 7:54
 
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Sujet: George Saunders
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Fédor Dostoïevski

Le Rêve d'un homme ricidule, Bobok et La Douce. J'aime aussi ces trois nouvelles souvent réunies.
Si Dans mon souterrain est un livre en partie métaphysique, sa problématique est celle de la condition humaine. Et sur ce plan, il est étonnamment prophétique.

Tag fantastique sur Des Choses à lire 41d02p10

Dans La Douce, le personnage central interpelle lui aussi des interlocuteurs imaginaires. Mais contrairement au souterrain où le protagoniste cherche uniquement à se ronger et, finalement, à se détruire devant le corps de sa femme,  le mari de La Douce, lui, est hanté par des questions précises : que s'est il passé, et pourquoi serait-il responsable du suicide de sa femme ?
La quête angoissée d'une réponse, c'est le sujet même de la nouvelle.
"L'homme est est seul sur la terre", conclue t-il, ayant essayé  en vain de prier un Dieu absent.
C'est aussi un des premiers exemples de ce qu'on appellera plus tard "monologue intérieur."

Tag fantastique sur Des Choses à lire 51ydqk10

Le rêve d'un homme ridicule est un récit très curieux. Voilà un homme qui rentre chez lui désespéré et songe à se suicider.
Il s'endort et fait un rêve carrément édénique qui l'arrache à sa mortelle inertie.
Il a eu la révélation de l'amour et pense que sa mission désormais est d'apporter la bonne nouvelle aux hommes. Mais il se heurte à leur incompréhension. A leurs yeux, il est devenu plus ridicule encore. Pire, il est peut-être devenu dangereux.

Tag fantastique sur Des Choses à lire 51xbqu10

Quant à Bobok , c'est un exemple rare d'humour dans l'oeuvre de Dostoievski.
Un humour grinçant, méchant.
Voilà que les morts parlent entre eux dans un cimetière.
Quel est le sens de cette boufonnerie macabre, mélange de fantastique, de dérision et même d'érotisme ?
En tout cas, c'est un exemple d'une noirceur qui en surprendra plus d'un, habitué à une autre image de l'auteur.


mots-clés : #fantastique #humour #nouvelle #psychologique
par bix_229
le Mer 9 Jan - 19:00
 
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Sujet: Fédor Dostoïevski
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Jean Giono

Prélude de Pan

Tag fantastique sur Des Choses à lire Przolu10


Nouvelle parue dans le recueil assez hétéroclite Solitude de la pitié, les nouvelles y sont courtes ou très courtes.

Elles furent écrites entre 1925 et 1932, publiées séparément dans diverses revues qui retouchèrent plus ou moins titres et textes, de là le malaise, ou le mal-être, que Giono conservera toujours envers les maisons d'éditions et "ceux qui publient" de façon générale.

Les dix-sept pages de Prélude de Pan furent publiées pour la première fois par Henri Pourrat dans la revue l'Almanach des champs, en novembre 1929. Précision: on peut trouver ce texte aujourd'hui tiré à part dans les fameux Folio - 2€ (couverture ci-dessus), sans acquérir le recueil Solitude de la pitié.

Le sujet:
Quelques signes avant-coureurs auxquels on ne prête pas attention précèdent une fête annuelle de petit village montagnard. Alors que la fête débute dans un des deux cafés du village, entre un "étrange étranger" qui intime l'ordre à un bûcheron de cesser de traumatiser un animal (une colombe) qu'il a capturée et désailée...

 Nouvelle que j'ai très très souvent relue - je n'ai pas le compte exact de mes relectures. On y trouve sur dix-sept pages tout un condensé de Giono:
D'abord, et le titre l'indique ainsi que l'histoire proprement dite (mais je ne dévoile pas !):
 On le sait épris de culture grecque classique, et même fin connaisseur - Prélude de Pan est un autre de ces renvois, ou clins d'œil, à la culture grecque antique, et dès lors peut se situer non loin de l'inclassable "Naissance de l'Odyssée" , et pas seulement parce que ces textes se suivent d'assez près dans sa biographie (ils se suivent d'autant plus qu'on sait que Giono travaillait sur plusieurs livres à la fois).
Oui c'est bien le Pan dont le nom a donné, en langue française, le mot panique.
Et il y a -ne pas en dire plus !- un rendu assez bacchique dans ces pages.

Condensé de Giono encore parce qu'on est toujours dans le registre rural et montagnard, terrien, mieux: tellurique.
Ensuite parce qu'on est en plein dans cette veine du réalisme magique dont nous avons parlé sur ce forum à propos de bien d'autres auteurs (Nabokov, Marcel Aymé, Asturias, etc, etc...).

Condensé de Giono par la charge poétique, et par la qualité des suggestions, du non-dit mais laissé deviner, et toujours par l'extrême soin de la mise en relief des situations (le procédé littéraire).

Du Giono, aussi, par l'instrument de musique et son rôle, il y a si souvent si ce n'est presque toujours un instrument de musique chez Giono, et c'est rarement juste un objet anodin du décor, mais quelque chose qui déclenche, quelque chose de décisif.
Comme la guitare dans Naissance de l'Odyssée, dans Le chant du monde et dans Les grands chemins, la "monica" dans Un de Baumugnes,  l'accordéon dans Ivan Ivanovitch Kossiakoff et ici dans Prélude de Pan, le piston dans L'iris de Suse, etc j'en oublie très certainement beaucoup !

Extrait:

Il pointa lentement son index vers Antoine et il lui dit:
"Va chercher ton accordéon".
Comme ça.

Et c'était, autour, le grand silence de tous, sauf dehors, où la fête continuait à mugir comme une grosse vache. Et, pour moi qui était là, je peux vous dire, c'était exactement comme si j'avais eu la bouche pleine de ciment en train de durcir, et pour les autres ça devait être pareil, et pour Boniface aussi. Personne ne fit un geste, même pas des lèvres. Il y avait sur nous tout le poids de la terre.
On entendait au-dessus du café le pas d'Antoine qui allait chercher son accordéon dans sa chambre, puis ce fut son pas dans l'escalier, puis le voilà.
Il était là, avec l'instrument entre les mains. Il était prêt. Il attendait le commandement.
"Joue", lui dit l'homme.
Alors il commença à jouer. Alors, ceux qui étaient près de la porte virent arriver les nuages.

Le gros Boniface laissa retomber lentement son bras. Et en ce même moment il levait la jambe, doucement, dans la cadence et l'harmonie de la musique qui était plus douce qu'un vent de mai. Pourtant ce que l'Antoine était en train de jouer c'était toujours la chose habituelle: le Mio dolce amore et sa salade de chansons qu'il inventait; mais ça avait pris une autre allure...
Puis, Boniface leva l'autre jambe, et il arrondit ses bras, et il se dandina de la hanche, puis il bougea les épaules, puis sa barbe se mit à flotter dans le mouvement. Il dansait.
Il dansait là, en face de l'homme qui ne le quittait pas des yeux. Il dansait comme en luttant, contre son gré, à gestes encore gluants. C'était comme la naissance du danser. Puis, petit à petit, toute sa mécanique d'os et de muscles, huilée de musique prit sa vitesse, et il se mit à tressauter en éperdu en soufflant des han, han, profonds. Ses pieds battaient le plancher de bois; il se levait sous ses pieds une poussière qui fumait jusqu'à la hauteur des genoux.

On était là, comme écrasés, à regarder. Pour moi, je n'étais plus maître ni de mes bras, ni de mes jambes, ni de tout mon corps sauf ma tête. Elle, elle était libre; elle avait tout le loisir de voir monter l'ombre de l'orage, d'entendre siffler le vent du malheur. Pour les autres, je crois, c'était la même chose. Je me souviens. On avait été tous empaquetés ensemble par la même force. Le plus terrible, c'était cette tête toute libre, qui se rendait compte de tout.    







Rénové d'un message sur Parfum du 30 mars 2014, nouvelle qui m'est à ce point virale que j'ai dû ajouter trois ou quatre lecture depuis...


mots-clés : #fantastique #nouvelle #ruralité
par Aventin
le Dim 16 Déc - 19:08
 
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Sujet: Jean Giono
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Sarah Waters

Tag fantastique sur Des Choses à lire Bm_62111

Au hasard d'une urgence, Faraday, médecin de campagne, pénètre dans la propriété délabrée qui a jadis hanté ses rêves d'enfant : il y découvre une famille aux abois, loin des fastes de l'avant-guerre. Mrs Ayres, la mère, s'efforce de maintenir les apparences malgré la débâcle pour mieux cacher le chagrin qui la ronge depuis la mort de sa fille aînée. Roderick, le fils, a été grièvement blessé pendant la guerre et tente au prix de sa santé de sauver ce qui peut encore l'être. Caroline, enfin, est une jeune femme étonnante d'indépendance et de force intérieure. Touché par l'isolement qui frappe la famille et le domaine, Faraday passe de plus en plus de temps à Hundreds. Au fil de ses visites, des événements étranges se succèdent : le chien des Ayres, un animal d'ordinaire docile, provoque un grave accident, la chambre de Roderick prend feu en pleine nuit, et bientôt d'étranges graffitis parsèment les murs de la vieille demeure. Se pourrait-il qu'Hundreds Hall abrite quelque autre occupant?


Dans l’Angleterre d’après-guerre, le Docteur Faraday, médecin de campagne, retourne pour y effectuer une consultation dans le manoir, Hundred Hall, où travaillait sa mère quand il était enfant, et dont il se souvient les fastes, la magnificence, un manoir pour lui symbole de cette aristocratie dont il ne faisait pas partie et dont il aurait eu envie de grapiller les miettes, comme quand il prélève, enfant, un gland d’une moulure d’un mur du manoir.

Or, le manoir, après les affres de la seconde guerre mondiale, a perdu de sa magnificence et de sa vie, il sombre peu à peu dans une décrépitude annoncée par les difficultés que la famille Ayres, vestige de l’aristocratie anglaise, rencontre à tenter de maintenir ne serait ce qu’une part du domaine en état.

En proposant un traitement expérimental au fils de famille, Roderick, qui souffre encore fortement dans son corps de blessures de guerre, il va peu à peu se faire une place au sein de la famille Ayres. Médecin, ami, confident parfois, il pénètre peu à peu dans l’intimité de cette famille et assiste au naufrage de cette aristocratie et de son emblème, Hundred Hall. Le manoir, bien trop coûteux en entretien, avale au fil du temps les restes de fortune des Ayres, décrépissant malgré tout, une pièce après l’autre étant laissé à l’abandon pour tenter de maintenir un semblant de faste dans les pièces à vivre. La propriété est peu à peu vendue au plus offrant pour tenter de maintenir un tant soit peu le navire à flot, mais celui-ci prend l’eau de toute part.

Faraday va s’attacher à ces gens, et plus particulièrement à Caroline, la fille de la maison, n’osant d’abord espérer un jour faire partie réellement de sa vie, lui, fils de leur ancienne bonne, mais s’y introduisant chaque jour plus, jusqu’à caresser l’espoir d’une union. Mais est ce vraiment à ces gens et au manoir qu’il s’intéresse ou à leur position sociale, en tous les cas à l’idée qu’il s’en fait, lui qui regardait enfant ce monde enviable de l’extérieur, comme une pomme attirante que l’on ne peut que regarder mais dans laquelle il est interdit de croquer pour la classe laborieuse dans laquelle il est né ?

En parallèle, il se passe progressivement des événements étranges dans le hall, d’abord autour de Roderick, puis des autres membres de la famille : traces de brûlures à des endroits inexpliqués, bruits, écritures qui apparaissent sur le bois, etc… Cela nous maintient dans une ambiance un peu surnaturelle, bercée par l’ambiance du manoir qui s’y prête bien, et dans l’attente du déploiement de ce mystère ci qui apparait dès les premières pages quand, à l’occasion de la visite qu’il rend à la bonne pour la soigner, Faraday l’entend parler de sa peur de travailler là car elle perçoit une présence malsaine.

Les événements qui surviennent, s’ils font partie intégrante de l’atmosphère, sont somme toute assez sporadiques dans les premiers temps, et ne prendront une place plus importante que plus tard. Ils s’accroissent au rythme de la chute du domaine, voire l’accélère, et ce dans le même temps que l’évolution de la place qu’occupe Faraday dans la famille, et de celle qu’il s’autorise à occuper.

Les personnages de la famille Ayres sont à l’image d’une classe sociale qui se meurt, coincée entre les anciens us et coutumes et les nouveaux, continuant à s’astreindre à une certaine manière d’être liée à leur rang. Cela, chez la mère très marqué, est chez les enfant présent de par leur éducation mais, peu à peu, ils tendent à s’extraire du moule formaté pour eux qui n’a plus lieu d’être, jusqu’à s’en libérer.

Au travers de la famille Ayres, on assiste à la lente agonie de l’aristocratie qui se débat face à une chute inéluctable et tentant de maintenir une forme de prestance malgré les murs qui s’effondre au propre comme au figuré. Face à cela, l’évolution du docteur Faraday va en sens inverse, lui, enfant de bonne qui, s’il ne s’imagine même pas avoir le droit de frayer avec les Ayres au début va, peu à peu, évoluer de mentalité, s’autoriser une place où il s’imaginerai même devenir membre de la famille.
Ce livre, confrontant deux mondes, est une subtile analyse des différences de classes sociales et de l’évolution de la situation après-guerre. C’est le témoin de la mort d’une époque et du début d’une nouvelle.

En toile de fond plus ou moins pesante selon les moments, les phénomènes qui surviennent au manoir nous amènent à revisiter l’histoire ancienne, le temps où Mme Ayres perd sa première fille de diphtérie, cela avant d’avoir plusieurs années plus tard deux autres enfants qui sont parmi les protagonistes du livre. On entend la souffrance de cette mère n’ayant jamais fait le deuil de sa première enfant, Susan, et celle de ses enfants, notamment Roderick, qui ne s’est jamais senti regardé, aimé, juste un substitut décevant de cette enfant morte et jamais suffisament satisfaisant pour sa mère.
Dans les phénomènes survenant à Hundred Hall, on soupçonne la trace de Susan, ou tout au moins c’est ce que suppose les personnages en présence, sauf le Dr Faraday qui garde, face à tout cela, un recul et un rationnalisme inébranlable, expliquant cela par l’hypothèse de la folie.

L’indésirable, un titre qui amène à s’interroger sur qui est désigné dans ce terme. La petite Susan, supposée à la source de tous ces phénomènes et dont la présence, au-delà de sa mort, serait indésirable pour au moins certains des protagonistes ? Le docteur Faraday, en tant qu’homme de basse classe qui, bien qu’il s’introduise peu à peu dans la maison, ne serait pas vraiment désiré de cette famille, voire indésirable en tant qu’incarnant leur déchéance, mais également étant l’irruption d’un autre milieu indésirable dans le leur ?

Le fait est que le final de ce livre engendre aussi nombre de questions. (Ne pas lire ce qui suit si vous n’avez pas lu le livre)

Spoiler:
En effet, lors du décès « accidentel » de Caroline, sa bonne Betty mentionne avoir vu comme une ombre et sa maitresse dire « vous » avant de tomber en agitant les bras. Cela a bousculé pour moi l’ensemble du livre, car l’hypothèse qu’à ce moment c’est Faraday, repoussé dans son amour par Caroline, soit revenir au manoir et soit la cause de son décès m’a plus qu’effleurée. Du coup, comment relire l’œuvre autrement ? Comme peut être l’histoire d’un homme rongé d’envie depuis l’enfance d’appartenir à un milieu qui n’est pas le sien et qui, par la suite, s’introduira dans la demeure, prendra de plus en plus de place pour ses occupants, et les poussera peut-être en partie vers leur déchéance, allant éventuellement jusqu’au meurtre après avoir été éconduit et rendu fou par cela. N’a-t-il pas un black-out de ce qu’il a fait la nuit où Caroline décède ? Finalement, Faraday ne devriendrait-il pas lui-même fou à avoir rêvé accéder à une classe sociale qui n’est pas la sienne, à imaginer s’occuper du manoir, point peu à peu très présent dans son intérêt, et la perte de ses illusions ne lui a-t-elle pas été fatale ?


Bref, je sors de cette lecture que j’ai appréciée, même si j’ai trouvé le rythme souvent lent et pesant, avec moult questions qui nécessiteraient peut être une relecture.
L’intérêt du livre est, à mon sens, dans l’analyse de la différence des classes et de l’évolution que ces différences subissent après guerre, ainsi que dans l’analyse fine de la psychologie des personnages et leur évolution à chacun au fil du roman.
Il faut aussi reconnaître à l’auteure un certain talent pour mettre en place une atmosphère tant par les lieux que les événements qui s’y déroulent.
Quant à qui est l’indésirable et à ce qui se passe vraiment, je laisse à tous les futurs lecteurs loisir de faire des hypothèses, et peut être m’y replongerai je un jour pour peaufiner plus la question.


mots-clés : #fantastique
par chrysta
le Dim 16 Déc - 14:02
 
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Sujet: Sarah Waters
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Hans Henny Jahnn

Tag fantastique sur Des Choses à lire 41smtv10

Le Navire de bois

José Corti a écrit:Achevé en 1936, Le Navire de bois constitue le premier volet de la trilogie romanesque publiée à titre posthume par Walter Muschg, Fleuve sans Rives. Comme Andreas de Hoffmannsthal, Le Procès de Kafka et L’Homme sans qualités de Musil, la trilogie fait partie des grandes œuvres en prose de notre siècle restées inachevées. Comme dans ses autres œuvres, et notamment son théâtre, Jahnn conduit ses personnages jusqu’au point de rupture où les forces, soudain libérées, se déchaînent. "Ce que nous accordons aux tragiques du passé, écrivait Hans Wolffheim en 1966, à propos de l’auteur du Navire de bois, nous devons le concéder au poète moderne : d’être, au-delà des conventions bourgeoises, un créateur de mythes, de proposer donc des Images archétypiques de l’homme qui font peut-être éclater ces conventions. Il se pourrait qu’on y découvre plus de vérité que dans les icônes confortables de nos normes sociales."

Chez Jahnn, comme chez Kafka, des acteurs cheminent sans but, presque sans chemin. Ils n’avancent plus, de peur de reculer. Ils voudraient marcher, s’élancer, mais ils craignent de marcher à l’envers. Jamais plus les pas ne s’enchaînent. Tout l’effort de l’écrivain consiste à les égarer davantage, à les perdre, car l’idée du “chemin" est encore une entrave : "quand on dit que le chemin est plus important que le but, c’est en souvenir d’un début où ils ont été identiques.” (Jünger, Les Ciseaux)

Pour complaire à sa fiancée, la fille d’un capitaine de marine, Gustav décide à l’improviste de l’accompagner dans un voyage sur un étrange navire de bois, véritable labyrinthe, transportant une cargaison mystérieuse vers une destination inconnue. Seule femme à bord, Ellena devient l’objet des fantasmes de tous les hommes. Un jour, elle a disparu ; en tentant de la retrouver, Gustav provoque involontairement le naufrage du navire.

À la fois roman de haute mer, de la veine des Melville et Conrad, mettant l’homme aux prises avec les éléments, et intrigue policière, comme Le Procès de Kafka, ce récit allie un réalisme intense à un univers intérieur et symbolique : le mystère ou l’absurdité de l’existence, la solitude des êtres, leur obscure culpabilité.

jose-corti.fr


Ce n'est pas le quatrième de couverture mais ça plante le décor et les attentes. Pourtant quand on commence la lecture ce qui frappe d'abord c'est l'impression de qualité, la qualité dans le ça coule de source autant que c'est terriblement bien écrit, cohérent, dense, fluide, régulier.

On s'installe donc assez vite et heureusement parce que ce qui se dessine derrière les mots se complique rapidement. Le côte normal puis surprenant de l'histoire s'altère rapidement... la tonalité d'ensemble est sombre, son mystère côtoie le fantastique et l'objet premier est un tourment incessant, très palpable très physique. Impossible d'échapper aux alternances d'espoir et d'effondrement. Plusieurs monde se confronte, les oppositions ne sont jamais franches, les rapports de forces factices, mêlés d'envies qui restent floues...

Le traducteur (ahurissant de maîtrise ?) évoque la confrontation au réel comme principale source de l'inquiétude ou de la quête sans objet. Très difficile de parler de tout ce qu'il y a dans ce livre, ou qui ne va pas dans ce livre.

Ce qui est sûr c'est qu'on est bien dans le solide et que les références à Kafka ou d'autres on certainement du sens. J'ai pensé à Blanchot aussi. C'est très étrange, très diffus, très visuel, très sensoriel tout court pour des préoccupations très intériorisées.

L'ombre de la période mérite aussi réflexion, elle serait tapie dans le brouillard derrière...

L'autre grosse surprise finalement est de ne pas avoir entendu parler de cet auteur avant cette lecture (recommandation du libraire).

Choc, lecture très marquante.


Mots-clés : #fantastique #huisclos #identite #initiatique
par animal
le Lun 5 Nov - 22:15
 
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Sujet: Hans Henny Jahnn
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Andreï Kourkov

Laitier de nuit

Tag fantastique sur Des Choses à lire Andrei10


Trois fils de vie s’entrecroisent, se rejoignent et se ramifient dans Kiev et ses environs, ceux de gens simples, qui paraissent "foncièrement bons" et paisibles (généreux comme la nourrice Irina, et finalement optimistes), permettant d’avoir un aperçu de la vie en Ukraine post-soviétique, avec ses misères et ses superstitions, ses trafics et sa précarité, sa résignation devant la criminalité et la corruption, les dysfonctionnements et les incertitudes, surtout sa ploutocratie distinctive…
« Du lait maternel, nous en avons dans le pays, plus qu’il n’y a de pétrole en Russie ! »

« Le jour où les gens ne s’entraideront plus que pour du fric, j’irai moi-même me flanquer à la flotte. Peut-être que tu me tireras de l’eau ce jour-là ! Qui sait ?! »

Les intrigues cheminent doucement, sans ennui chez le lecteur, elles alternent d’un court chapitre à l’autre (il y en a 119), progressent au rythme lent de l’art du roman, tout au long de ses 400 pages.
« Il est des histoires qui commencent un beau jour et jamais ne s’achèvent. Elles en sont tout bonnement incapables. Parce que leur commencement engendre des dizaines d’autres histoires indépendantes qui ont chacune leur prolongement. C’est comme le choc d’un gravier contre le pare-brise d’une voiture : au point d’impact se dessine une multitude de lézardes, et à chaque ornière rencontrée sur la route, l’une ou l’autre progresse et s’allonge. »

Les liens se tissent sur le ton du conte ou de la fable ; on y rencontre vraisemblablement les sous-entendus d’une satire politique, mais je n’ai pas trouvé la clé que je n’ai d’ailleurs pas cherchée. (A mon humble avis, ces allusions équivoques sont juste suffisantes pour se faire gratter la tête aux autorités, et aux exégètes qui tirent sur les cheveux avant de les couper en quatre). De même, ne pas espérer de réponse, d’éclaircissement final…
« La nuit, beaucoup de somnambules errent dans les rues de Kiev. Il leur arrive de se rencontrer, de se lier d’amitié, mais le jour ils ne se reconnaissent pas. Il se constitue chez eux une sorte de mémoire nocturne qui ne se déclenche que lors des crises de somnambulisme. »

Humour gogolien, fantaisie qui rappelle Boulgakov, fantasmagorie/ onirisme hoffmanniens (celui du Chat Murr), "réalisme hystérique" (ou "magique" ?), une réalité quotidienne qui s’emballe (le somnambulisme comme une sorte de double vie, le « défunt plastinisé », le chat justicier…) tandis que l’ensemble reste étonnamment cohérent et crédible.

Dans certains pays, la classe dirigeante préfère se faire soigner à l’étranger :
« Les oligarques et les hommes politiques se méfient des médicaments de masse ! Ils ont besoin de remèdes spéciaux, qu’on ne trouve pas en pharmacie. Le plus souvent contre la fatigue, ou contre l’impuissance ! Mais Edik s’intéressait surtout aux tranquillisants. Il avait une idée fixe : mettre le monde entier sous calmants. J’ai l’impression que le monde l’agaçait fortement. Ce n’est que le soir, à l’approche de l’obscurité, qu’il commençait lui-même à sourire… Sinon, il souriait rarement… »  

Réputation slave non usurpée :
« – Et qu’est-ce que vous voulez boire ?
– Une double vodka, répondit Dima.
– Moi pareil, ajouta Valia.
– Toi, il ne t’en faut pas ! (Dima regardait sa femme avec étonnement.) Tu es enceinte !
– Bon alors, qu’est-ce qu’elle prendra ? demanda le marchand en s’adressant cette fois-ci à Dima.
– Un verre de cognac, taille normale. »

J’ai voulu en savoir plus sur la "Doktorskaya", sorte de saucisse à cuire, la mortadelle du docteur, délice datant de l’ère soviétique, régal de Dima au petit déjeuner, et en voici l’alléchante composition :
viande de porc 68%, eau, fécule de pomme de terre, sel, sirop de glucose, saindoux, de la maltodextrine, dextrose, épices, extraits d'épices, E450 stabilisant, E621 exhausteur de goût, E300 antioxydant, conservateur E250, protéides du soja 0,5%, épaississant : E407, E410, E412, E415, E466; colorant E120, correcteurs d'acidité: E262, E325. Le produit peut contenir des traces de moutarde et le céleri.

Ce livre m'a particulièrement plu à cause d'une certaine fraîcheur de ton.
Et merci à Bédoulène pour la suggestion dans la chaîne d'automne 2018 !


Mots-clés : #fantastique #social
par Tristram
le Dim 4 Nov - 14:10
 
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Sujet: Andreï Kourkov
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Sadegh Hedayat

La chouette aveugle


Tag fantastique sur Des Choses à lire La_cho10


Songeries fantasmagoriques, mêlant romantisme, morbide et macabre, où se précise l’envie de néant.
Influences d’Edgar Allan Poe, surtout Maupassant, et bien sûr Omar Khayyâm.
Étranges retours de la narration, comme des remous oniriques, des reprises de scènes, lieux, gestes.
Frappant épisode : sa mère, une bayadère indienne, peu après sa naissance, ordonna "l’ordalie du naja" afin de choisir son époux d’entre ses deux amants, son père et son oncle, frères jumeaux…
On s'interroge aussi sur ce qui renvoie à la culture où à l'inconscient, comme dans la prééminence de la main gauche.
« La mort fredonnait doucement sa chanson, comme un bègue qui se reprend à chaque mot, et qui, à peine arrivé à la fin d’un vers, doit recommencer. »

« Je veux presser ma vie entière, comme l’on presse une grappe de raisin, en verser goutte à goutte le suc, non, le vin, comme l’eau du viatique, dans la gorge sèche de mon ombre. Je veux simplement, avant de partir, consigner sur le papier les maux qui, dans ce coin de chambre, lentement m’ont rongé, comme autant de chancres et de tumeurs. […] Je n’écris que par ce besoin d’écrire qui me tient. J’ai besoin, de plus en plus besoin, de communiquer mes pensées à mon être imaginaire, à mon ombre. Cette ombre sinistre qui se penche sur le mur, dans la lumière de la lampe et qui semble lire avec attention, dévorer ce que j’écris. À coup sûr, elle comprend mieux que moi. C’est à mon ombre seulement que je puis parler comme il faut. C’est elle qui m’oblige à parler ; elle seule peut entendre. Elle comprend, bien sûr… j’exprimerai goutte à goutte le suc, non, le vin amer de mon existence dans son gosier, puis je lui dirai : "Voilà ma vie !" »

On ne sera surpris ni du suicide de l'auteur, ni de l'engouement des surréalistes pour lui...

[recyclé de la Grosse Flemme des Paresseux en One-shot]



mots-clés : #fantastique
par Tristram
le Mar 23 Oct - 12:36
 
Rechercher dans: Écrivains du Proche et Moyen Orient
Sujet: Sadegh Hedayat
Réponses: 2
Vues: 350

Shirley Jackson

Tag fantastique sur Des Choses à lire Ob_17e10

La maison hantée

Construite par un riche industriel au XIXe siècle, Hill House est une monstruosité architecturale, labyrinthique et ténébreuse, qui n'est plus habitée par ses propriétaires. On la dit hantée. Fasciné par les phénomènes paranormaux, le docteur Montague veut mener une enquête et sélectionne des sujets susceptibles de réagir au surnaturel. C'est ainsi qu'Eleanor arrive à Hill House avec ses compagnons. L'expérience peut commencer, mais derrière les murs biscornus, les fantômes de la maison veillent et les cauchemars se profilent..



J’ai embarqué dans ce roman avec l’idée d’un voyage dans quelque chose qui aurait pu jouer sur la note émotionnelle de peur chez moi, espérant trouver au minimum de l’effrayant, du mystère, du suspense. J’admets que le cadre s’y prêtait avec cette maison biscornue qui donne froid dans le dos rien qu’à l’imaginer, et bouleverse les repères spatio-temporels des visiteurs. Avec les protagonistes, je suis donc entrée dans cette maison gothique aux plans scabreux, et avec eux je suis restée en haleine de ce que j’allais y affronter, y découvrir.
Malgré des ingrédients pour un bon roman inquiétant, je trouve que « La maison hantée » n’a pas répondu à mes attentes. Non pas que je me sois ennuyée, mais je trouve qu’il se passe finalement peu de choses, que le crescendo vers le final n’est pas forcément attendu, sauf dans les derniers chapitres où on commence à se questionner. Les personnages sont assez peu fouillés, et je n’ai pas vraiment réussi à m’y attacher. Les scènes « effrayantes » ont du mal à décoller et il n’y a pas vraiment de suspense, de montée d’adrénaline, d’attente autour de cela.
Le tout me parait assez décousu, avec intrusion de nouveaux personnages en cours qui brise le huis clos, un huis clos pas vraiment intriguant ni angoissant.
Je reste sur ma faim et cherche toujours le livre d’Halloween qui va un peu me tenir en haleine et titiller un peu mon émotionnel.


Mots-clés : #fantastique #horreur
par chrysta
le Sam 20 Oct - 13:55
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Shirley Jackson
Réponses: 4
Vues: 189

Collectif : Le temps sauvage

Tag fantastique sur Des Choses à lire Marsf010

Un recueil/anthologie qui contient :
1 - Isaac ASIMOV, Sally (Sally), pages 5 à 30, trad. Hery FASTRE
2 - Clifford Donald SIMAK, Vous ne retournerez jamais chez vous (You'll Never Go Home Again! / Beachhead), pages 31 à 55, trad. Hery FASTRE
3 - Lyon Sprague DE CAMP, L'Œil de Tandyla (The Eye of Tandyla), pages 57 à 87, trad. Hery FASTRE
4 - Ray BRADBURY, Le Futur antérieur (Tomorrow and Tomorrow), pages 89 à 113, trad. Hery FASTRE
5 - Robert BLOCH, L'Œil affamé (The Hungry Eye), pages 115 à 140, trad. Hery FASTRE
6 - Theodore STURGEON, La Chambre noire (The dark room), pages 141 à 190, trad. Hery FASTRE
7 - John WYNDHAM, L'Ève éternelle (The Eternal Eve), pages 191 à 223, trad. Hery FASTRE
8 - Fritz LEIBER, Je cherche Jeff (I'm Looking for "Jeff"), pages 225 à 242, trad. Hery FASTRE
9 - Jean-Baptiste BARONIAN, Y a-t-il une science-fiction pure ?, pages 256 à 253, Postface

Et un coup d’œil encouragé à noosfere.org

Par quel chemin aborder le commentaire, quand on est peu lecteur de science-fiction... il y a le bon côté de la découverte de Theodore Sturgeon, quand on a découvert récemment Kurt Vonnegut ça un sens, l'envie de pouvoir tremper ou retremper une patte sans trop se mouiller dans l'univers de noms bien connus (Asimov, Simak,  Bradbury, (Leiber)), et puis logiquement c'est se confronter au point d'interrogation de la science-fiction.

Sans grande surprise c'est la nouvelle "fantasy", L'Œil de Tandyla, qui m'a le moins botté. Néanmoins c'est assez représentatif de la diversité qui habite ce petit livre qui voyage entre espace, futur et passé avec une aisance finalement impressionnante. Le petit article qui sert de postface insiste d'ailleurs à raison sur la narration, la volonté de raconter une histoire comme composante commune aux différents genres, sous-genres.

Par ricochet il n'est pas surprenant de retrouver de façon plus ou moins flagrante une attention portée par les auteurs à des sentiments ou comportements forts. Chaque texte apportant sa manière et sa couleur au regard du lecteur.

Une lecture décousue mais une lecture dans l'ensemble enrichissante, intéressante, avec ou sans la touche "vintage" (je pense notamment à Sally, la première nouvelle tournée vers les voitures). Vous ne retournerez jamais chez vous serait la plus typiquement SF avec voyage spatial et extra-terrestres mais avec pas grand chose l'esprit l'emporte de loin. Et c'est facile d'avoir un mot pour chaque nouvelle tellement le recueil est cohérent !

Tout simplement, ça fait du bien. Ce ne sont pas forcément les textes les plus subtils, les plus dégrossis, les plus fins mais ce qu'on y trouve mérite qu'on en profite. Oui, ça fait du bien, et la poésie humaine ténue mais vivante partagée par ces auteurs ne manque pas de sens.

Donc un SF, c'est vaste et pas forcément très technologique, voire pas technologique du tout.

Merci encore compère volatile ! Tag fantastique sur Des Choses à lire 3481408968


mots-clés : #fantastique #nouvelle #sciencefiction
par animal
le Ven 19 Oct - 18:39
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Collectif : Le temps sauvage
Réponses: 10
Vues: 191

Dino Buzzati

Bàrnabo des montagnes

Tag fantastique sur Des Choses à lire Barnab10

Bref roman (ou novella), le premier publié par Buzzati, et propre à ravir ceux qui ont apprécié Le Désert des Tartares.
Bàrnabo, un des gardes forestiers commis à la surveillance d’une poudrière perdue dans les montagnes, évite par peur et lâcheté un affrontement avec de mystérieux brigands. Il est renvoyé, et revient cinq ans plus tard affronter son destin dans ce lieu vertigineux et fascinant.
Histoire à la limite de l’irréel (et de l’absurde, de l’étrange ; c’est pratiquement du réalisme magique), elle est austère comme la montagne.
Divulgâchage:
Le dénouement évite le drame, comme dans Le Désert des Tartares.

Avec l’inquiétude existentielle, la quête de sens, un autre des thèmes majeurs de cette œuvre (pas que de ce texte) avec l’attente (et bien qu’on ne puisse le contenir en une citation) :  
« Il semble que le temps n’en finisse jamais de passer, pourtant il fuit comme le vent. »

Comme pour les autres livres de Buzzati, prétendre le résumer ou le penser objectivement enlèverait assurément la part indicible qui en fait de la littérature.

Je proposerais bien le mot-clé "fantastique", mais il pourrait légitimement être jugé inapproprié, et surtout induire en erreur le lecteur intéressé…



mots-clés : #fantastique #solitude
par Tristram
le Sam 1 Sep - 16:40
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Dino Buzzati
Réponses: 18
Vues: 1449

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