Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 12 Nov - 18:01

79 résultats trouvés pour contemythe

Pierre Clastres

Chronique des Indiens Guayaki, Ce que savent les Aché, chasseurs nomades du Paraguay

Tag contemythe sur Des Choses à lire Chroni10

Le texte de Pierre Clastres paraît d’abord assez brouillon : observations en immersion chez les Guayaki (en 1963), présentation historique de ceux-ci découverts par le monde extérieur (mais sans suivre le cours chronologique), récit de sa venue chez eux s’entremêlent avec des réflexions sur notre civilisation, y compris sa thèse d’un pouvoir politique séparé de la violence, c'est-à-dire en occurrence où le chef parle mais n’ordonne pas (finalement pas si éloigné de notre société).
Les Guayaki sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui auraient régressé et se seraient réfugiés dans la forêt (en perdant l’agriculture) sous la pression de l’expansion des Guarani plus nombreux (leurs langues sont apparentées) ; ce sont des « "gens de la forêt", des selvages ». Toute leur existence ressortit à la chasse ; le chasseur ne consomme pas le gibier qu’il flèche, mais le distribue dans une économie d’échanges courtois ; si l’arc est viril, le panier est féminin (passionnant épisode du cas d’un homosexuel). Ils sont assez souvent d’un teint clair et d’une pilosité inusités chez les Amérindiens, ce qui suscite quelques mythes non-amérindien. A propos, ils sont aussi cannibales, « mangeurs de graisse humaine » ‒ « endocannibales, en ce qu’ils font de leur estomac la sépulture ultime des compagnons », régime nourrissant, excellent au goût, même rapproché de l’amour.
« Parce que manger quelqu’un c’est, d’une certaine manière, faire l’amour avec lui. »

Certaines extrapolations interprétatives m’ont paru audacieuses, surtout après un séjour d’à peine 8 mois chez les Guayaki (groupe hélas éteint dans les années qui suivirent), et peut-être datées après les travaux Lévi-Strauss et Descola ‒ bien sûr mon incompétence ne peut avancer que des impressions, moi je suis seulement venu pour la ballade en forêt, grignoter quelques larves de palmier pinto, tâter du miel de l’abeille irö (dilué d’eau), chatouiller les femmes en kivay coutumier.
C’est donc l’habituelle opposition nature et culture, la violence devant rester en-dehors de la communauté qui s’applique à maintenir l’ordre, l’équilibre entre excès et manque.
« Là-même gît le secret, et le savoir qu’en ont les Indiens : l’excès, la démesure sans cesse tentent d’altérer le mouvement des choses, et la tâche des hommes, c’est d’œuvrer à empêcher cela, c’est de garantir la vie collective contre le désordre. »

Sinon, la grande affaire est de posséder des femmes, que ce soit par rapt guerrier ou liaison consentie qu’on se les procure. Ils pratiquent le meurtre d’enfant par vengeance-compensation d’un autre décès ; ils tuent aussi les vieillards qui ne peuvent plus marcher ‒ et, bien sûr, ils les mangent.
Revigorante, cette comparaison d'une autre société à la nôtre, avec peut-être plus de rapprochements à faire que de différences à pointer.

Mots-clés : #amérindiens #contemythe #essai #identite #minoriteethnique #mort #social #temoignage #traditions
par Tristram
le Lun 14 Oct - 1:14
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Pierre Clastres
Réponses: 2
Vues: 90

Novalis

Henri d’Ofterdingen : un roman

Tag contemythe sur Des Choses à lire Henri_10


Ce roman condense toutes les thématiques typiques du romantisme, comme l’âge d’or, le rêve, les alternances juvéniles d’exaltation et de mélancolie :
« J’ai un jour entendu ce qu’on raconte des temps anciens, et comment les rochers, dans ce temps-là, les arbres et les bêtes s’étaient entretenus avec les hommes ; [… »

« Le rêve, à ce qu’il me paraît, est une défense et notre sauvegarde contre la routine et la banalité de notre existence, les libres vacances de l’imagination enchaînée, où elle s’amuse à mettre sens dessus dessous toutes les façons de la vie et à couper d’un jeu d’enfant joyeusement folâtre le perpétuel sérieux affairé de l’adulte. »

Date et lieu de naissance de la célèbre Fleur Bleue, ce livre est difficilement lisible en cette époque de désillusion… Il paraît puéril et mièvre au premier abord, il faut faire la part des amours béates, y compris filiale, patriotique et divine, bref voilà encore une œuvre qui demande un effort de la part du lecteur !
« ‒ Votre élève, je le resterais bien toujours, alors que Klingshor regardait ailleurs.
Elle se pencha vers lui subrepticement ; il la prit par le cou et mit un baiser sur la bouche douce de la jeune fille rougissante. Elle s’écarta de lui avec une délicieuse lenteur, et non sans lui tendre, d’un geste gracieux et enfantin, la rose qu’elle avait à son corsage. Elle s’affaira ensuite à ranger son panier. Henri, dans une muette extase, ne la quittait pas des yeux. Il porta la rose à ses lèvres, puis l’épingla à sa poitrine, et s’en fut retrouver Klingshor qui regardait au loin, là-bas, du côté de la ville. »

Il s’agit grosso modo d’une suite de contes vraisemblablement initiatiques, et hermétiques dans le sens qu’on devine qu’ils correspondent à des codes allégoriques (voire alchimiques) échappant au lecteur contemporain ; à ce propos, une édition critique avec des commentaires ne serait pas superflue ‒ peut-être la Pléiade, qui dans sa publication des Romantiques allemands n’a pas retenu le traducteur de Henri d’Ofterdingen dans l’Imaginaire du même éditeur, c'est-à-dire Armel Guerne, qui paraît discuté.
Donc ode à la Poésie et à l’Amour, rêve et réalité, vie et mort, ombre et lumière, légendes et mythologies, aussi d’un Dante qui serait partagé entre Sophie et Mathilde, les deux femmes de la vie de l’auteur.
Une appréciation assez étonnante de la guerre, un peu jungerienne et fort éthérée :
« ‒ La guerre, dit Henri, me paraît somme toute une expression poétique. Les gens croient qu’il leur faut se battre pour quelque misérable possession et ne se rendent pas compte que c’est l’esprit romantique qui les soulève afin qu’en s’entre-dévorant, les inutiles méchancetés s’anéantissent d’elles-mêmes. En prenant les armes, ils servent la cause de la poésie, et c’est sous le même étendard invisible que marchent les deux armées. »

De belles fulgurances cependant :
« …] la bouche est seulement une oreille qui parle et qui répond. »

Cette définition me paraît représentative de la pensée de Novalis, voire de son projet littéraire :
« …] l’histoire : la coordination en un tout agréable et instructif de la multiplicité des incidents divers. »

J’ai personnellement été touché par l’imaginaire cailloisien des minéraux (Novalis était géologue), mais aussi des plantes, et notamment les arbres, comme êtres pratiquement vivants.
« "Comment ? s’interrogeait-il dans sa pensée : serait-il donc possible que là, sous nos pieds, se remuât monstrueusement la vie d’un autre monde ? Que des naissances sans nom se fissent dans les entrailles de la terre et s’y multipliassent, mûrissant et croissant au feu intérieur du ventre ténébreux pour devenir des créatures géantes de corps et puissantes d’esprit ? […] Ces ossements, ici, sont-ils des restes de leurs migrations vers la surface, ou sont-ils les signes d’une fuite vers les profondeurs ?" »

« C’est aussi que les plantes sont le langage tout immédiat du sol, que chaque feuille nouvelle, chaque fleur en elle-même est un certain secret qui veut se dire et qui, n’arrivant pas à trouver le mouvement et les mots de son amour et de son désir, se fait plante muette et en repos. »

Le roman est resté inachevé, mais Tieck, un ami de l’auteur, a laissé une notice concernant la suite que ce dernier entendait lui donner ; le moins qu'on puisse dire est qu'il manque une grande part, sans doute essentielle, de cet ouvrage.

Mots-clés : #contemythe #initiatique #jeunesse
par Tristram
le Lun 29 Juil - 13:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Novalis
Réponses: 3
Vues: 321

Ryûnosuke AKUTAGAWA

Rashômon et autres contes

Tag contemythe sur Des Choses à lire Rashzm10


Ces contes relèvent du fantastique, comme l’éponyme, et même du policier comme le fameux Dans le fourré, mais aussi d'un humour qui fait songer à Gogol, et pas seulement à cause des évocations de nez…
Les Kappa est une longue nouvelle, une satire sociale rappelant Swift ; Akutagawa y donne aussi un aperçu de son intéressante perception des écrivains occidentaux :
« ‒ C’est un de nos saints… saint Strindberg, qui se révoltait contre tout. »




Mots-clés : #contemythe #fantastique #humour #nouvelle #polar
par Tristram
le Ven 12 Juil - 14:03
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Ryûnosuke AKUTAGAWA
Réponses: 12
Vues: 647

André Hardellet

Le parc des archers
Suivi de Lady Long Solo

Tag contemythe sur Des Choses à lire Parc_d10

- Le parc des archers: roman, 1962, 215 pages environ.
- Lady Long Solo: nouvelle, 1971, 35 pages environ.
__________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Le parc des archers













Roman écrit au "je", et ce "je" se prénomme André et est écrivain de profession, donc le héros-narrateur n'est pas même masqué !
Idem, au reste, en ce qui concerne les noms propres utilisés (Vincerennes pour Vincennes, Saint-Macloud pour Saint-Cloud, etc...- seul Cortezzo, sur la riviera italienne à ce qu'il semble, m'échappe et semble une contraction de Cortina d'Ampezzo, qui n'a...rien à voir).


Au retour "d'un long voyage à l'étranger" André Miller, écrivain, se fait alpaguer dans le bois de Vincerennes par des membres des forces de l'ordre au bord d'un étang où il souhaitait retrouver un moment de son enfance. S'ensuit une plongée critique dans un monde en devenir ("La Gale") à la fois déshumanisé, policier, et attentant au moindre petit plaisir de l'existence.

Une soirée mondaine permet la rencontre avec deux personnages principaux, Frank Blake et Florence van Acker; caractères très fouillés qu'Hardellet dévoile peu à peu au fur et à mesure du déroulement du livre.  

Le peintre "Stève" Masson, personnage qui semble un peu fil-rouge chez Hardellet (il est le héros principal du Seuil du jardin, et c'est sous ce pseudo qu'Hardellet fit paraître Lourdes, lentes), fait quelques apparitions dans ce roman (il est devenu aliéné, sous camisole chimique et traitements).


Du mélange couple - insurrection - amitié - combats de rue - monde totalitaire sortent bien des péripéties, qu'on évitera de narrer ici. Roman attrayant, fort bien mené, même si c'est presque dans les séquences un peu digressives que je trouve que le bonheur de lire Hardellet atteint son summum.

Je regrette, certes avec mon regard d'occidental de 2019, le traitement de l'homosexualité - même si bien sûr les propos tenus par André Miller doivent être ramenés à l'époque d'écriture, etc... Et puis cela permet de se remémorer le chemin parcouru depuis ce temps-là, quand même pas si éloigné.

Jeter un coup d'œil aux actualités de 1962 et années précédentes pour essayer de trouver des correspondances entre cette fiction et ce temps-là n'a rien donné (peut-être n'ai-je pas bien cherché ?) - je pense qu'il est impossible de voir dans ces lignes-là une évocation ou une allégorie des guerres d'Indochine et d'Algérie, par exemple. De même une référence à l'occupation nazie ne fonctionne pas: je pense qu'Hardellet a vraiment tenté de signifier un avertissement au générations futures, dont la nôtre.

Chapitre XII La Section psychologique a écrit:"Vous êtes un petit joueur de banlieue, et c'est pour vous le démontrer que nous vous avons prié de venir faire un tour à la D.S. Vos amis politiques, eux, ont un programme et des buts définis, une organisation qui les soutient, vous, vous enfourchez des nuages. Ils vous utilisent provisoirement à cause de votre talent. Le romantisme est mort depuis pas mal d'années, monsieur Miller.
- Est-ce pour m'en faire part que vous m'avez prié de vous rendre visite ?"
Il haussa les épaules; il suait un mépris écrasant dans toute sa personne.  
"Vous ne vous nommez pas André Miller mais Durand et vous exercez l'emploi de comptable dans une compagnie d'assurances. Vous sortez d'une clinique psychiatrique où l'on vous a traité pendant six mois pour troubles mentaux. Votre état civil, votre profession, votre passé, c'est nous qui en disposons, qui vous les attribuons comme il nous plaît. Des témoignages, nous en produirons autant qu'il le faudra. [...]"  
 


La séquence du Parc des Archers proprement dite (c'est le titre de l'un des chapitres en plus d'être le titre de l'ouvrage), très chargée en onirisme, en symbolique, est un pur régal "hors tout". En prime, un érotisme léger, suggéré, flotte sur l'ensemble du livre.

  

Mots-clés : #erotisme #insurrection #intimiste #jalousie #politique

__________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Lady Long Solo







En voici l'entame:
Je revenais d'une banlieue spongieuse où Fulcanelli m'avait donné rendez-vous.
À la station, j'attendis en vain le car qui devait me ramener à Paris et que j'avais pris plusieurs fois auparavant; je voulus me renseigner dans un café distant de quelques centaines de mètres, mais il était fermé.
Plus d'une heure s'écoula ainsi, puis survint un très vieux taxi, semblable à ceux de la Marne, et je fis signe au chauffeur dont l'aspect s'accordait à l'antique guimbarde "À Paris, lui dis-je, Place de la Concorde. - Je sais", me répondit-il.  


Nouvelle un peu fantastique, un peu libidineuse, assez onirique. Hardellet semble y reprendre le pseudonyme de "Stève" (Masson). Il y a un autre rappel aux thématiques du Seuil du jardin (voir plus haut): les images emmagasinées, donnant la possibilité à des scènes de se revivre, ou de se vivre fictivement. Et qui se couple à la fuite du temps...



Fats Waller, avec, évoqué comme "titre préféré" I've got to write myself a letter - bon, c'est I'm gonna sit right down and write myself a letter le vrai titre, on ne va pas chipoter !




Mots-clés : #contemythe #erotisme #intimiste #reve
par Aventin
le Mer 3 Juil - 15:29
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: André Hardellet
Réponses: 15
Vues: 337

Claudio Morandini

Le chien, la neige, un pied

Tag contemythe sur Des Choses à lire Cvt_le14


Il était une fois…….. un vieil homme qui vivait seul dans  l’alpage, l’ étable est vide, il n’y a plus de bêtes, seulement de la nourriture, assez pour lui permettre de tenir tout l’hiver ; depuis des années il ne descend plus dans la vallée qu’une fois par an pour compléter son approvisionnement, la viande c’est la nature qui lui fournit. Il s’est isolé depuis que pendant la guerre il avait trouvé  un refuge là-haut dans une mine abandonnée. Il y a donc quelques années, quand il descendait plus souvent il aimait bien écouter la musique :

« La musique monte indistincte, un brouillamini d’échos de grosse caisse, de tubas et de sons aigus de clarinette qui oscillent dans le vent, mais ça lui suffit, et parfois il lui arrive de reconnaître une mélodie et il lui vient même l’envie de la fredonner, alors il le fait, mais tout bas, parce qu’il ne voudrait pas être découvert par quelqu’un qui passe par là, prêt à venir vers lui et à lui serrer la main et à ne plus la lâcher et à lui demander des choses qu’il ne sait pas, ne se rappelle pas ou ne veut pas savoir ou ne veut pas dire. »

Au fil des  saisons, il s’est éloigné, isolé, encore plus de la ville, du bruit, des gens, il jette des pierres aux touristes qui s’aventurent en été dans « son » vallon.

« Il n’a rien à cacher l’homme qui parle tout seul. Ce chalet est à lui. Cette civette est à lui. Et tout le vallon est à lui. Il peut y faire ce qui lui chante. Les animaux sont à lui, de même que les roches, l’herbe, l’eau, la glace. Et si, parfois, il a tiré sur des chamois pour se procurer un repas, il n’a de compte à rendre à personne. Les chamois sont à lui. Peau, viande, os, cornes, tout est à lui. Il a acheté tout ça avec son frère en même temps que la terre, il y a des  années avec l’argent de la vente de l’autre vallon, plus beau, où une grosse agence immobilière de la ville a fait construire des infrastructures et des hôtels. »

IL a la tête embrouillé à présent, ne se souvient plus qu’il est descendu au magasin hier, et sur le retour voilà qu’un chien, aussi pouilleux que lui,  le suit, s’accroche à ses pas, même les coups de pieds ne l’éloignent pas ;  il persiste à rester à côté de l’homme, Almedo, et ce dernier cèdera à ce  compagnon, lui ouvrira la porte,  s’amusera de son habitude de renifler les odeurs dans le chalet, même celles de l’homme  lequel ne se lave plus depuis des années.

Almedo parle à ce chien et celui-ci lui répond. Une certaine complicité s’installe, le chien est prêt sur commande à éloigner le garde-champêtre qui rode dans l’alpage depuis quelques jours ; il m’espionne dit Almedo, il pense que je braconne.

« Où est le problème, dit-il au chien qui est enfin réapparu. Ces bêtes mourraient de toute façon. Tu vois comme elles sont, elles sont faibles, elles boitent, elles se plaignent. Je leur rends un service.
- Et puis ajoute le chien, tout le monde doit mourir tôt ou tard, non ? Tu le disais l’autre jour. Mais si on parlait d’autre chose ?

Le chien n’aime pas parler de ça. La dernière fois qu’ils ont aborder ce thème, Adelmo Farandola a fait allusion au fait que, s’il n’avait pas d’autres bêtes à portée de tir, il n’y réfléchirait pas à deux fois avant de tuer le chien pour le manger.

Et puis, s’il n’y avait pas ces bêtes, qu’est-ce que je ferais ? Je serais obligé de te manger, dit en effet l’homme avec un bref ricanement.
- Ecoute, ce n’est plus très drôle, dit le chien. Ce n’était déjà pas très drôle au début.
- Non, c’est vrai ce n’est pas drôle.
- Voilà. »


L’hiver est là des mois durant, l’homme, le chien ne peuvent plus sortir du chalet enseveli sous la neige ; ils sont isolés et cet hiver et particulièrement dur car la nourriture fait défaut, le chien est une part de plus, même si les repas sont chiches.

« Les pas crissent avec difficulté sur la neige fraîche, et chaque pas ressemble à un sanglot. Chaque flocon frappe les fenêtres et toute  surface avec un petit bruit nerveux, similaire à celui de pages tournées dans un livre trop long. Et quand la température s’adoucit, voilà que les blocs de glace hurlent jusqu’à fissurer, ils sont en proie à des quintes de toux, ils se laissent aller à des éclats de tonnerre ou de flatuosité. »

Puis vient la délivrance, ils peuvent enfin sortir, et le chien renifle une forte odeur, il en parle à Almedo et ils font une macabre découverte, sous la neige.

« Ce n’est pas un sabot, mais un pied humain que l’homme et le chien voient pointer de l’avalanche. Il pointe exactement comme une jeune pousse qui aurait traversé des épaisseurs de terre, au prix d’effort et d’obstination, et se déploierait à l’air et au soleil, pour grandir avec plus de force. Il est gris et violacé »

Lorsqu’ils s’aperçoivent que vraisemblablement le cadavre a reçu des coups de fusil, Almedo tente de voir clair dans sa pauvre tête embrouillée, il croit possible que ce soit lui qui ait tiré sur cet homme. Il demande au chien s’il est fou ? le chien convient qu’il est bizarre. C’est à cause des fils à haute tension dit Almedo, toujours suspendu au-dessus du village de son enfance.

Almedo décide de cacher dans l’ancienne mine où il s’était réfugié durant la guerre, le cadavre, le chien est sceptique, il préférerait que les gendarmes soient prévenus, mais Almedo  refuse. Le chien attendra devant l’entrée de la mine que son compagnon, dont il ne veut pas être séparé, sorte.

Tous nous connaissons la fidélité du chien, celui-ci restera aimant jusqu’à la fin.

***

Je sors bouleversée de cette lecture ! Ces deux êtres enfermés, isolés durant un hiver et qui dialoguent, se cherchent et se méfient à la fois,  on passe du conte au drame. Drame de la solitude ? peut-être, mais là cette solitude est voulue, alors pourquoi la société croit devoir ramener cet homme parmi les « siens » ?
En fait on ne connait pas grand chose de la vie de cet homme, à quel moment a-t-il décidé de sa solitude ? pourquoi ?

je vous engage à lire ce petit livre, puissant.

L'auteur explique comment il a eu l'idée de ce sujet, je ne vais rien dévoiler, sauf qu'il cite Ramuz, Chessex, notamment.


Mots-clés : #contemythe #solitude
par Bédoulène
le Ven 10 Mai - 17:53
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Claudio Morandini
Réponses: 3
Vues: 121

Liliana Lazar

Terre des affranchis

Tag contemythe sur Des Choses à lire 51cxla10

S'il est maléfique, comme tout le village en est convaincu, pourquoi le lac de Slobozia, au fin fond de la forêt moldave, protège-t-il Victor, l'enfant battu, l'adolescent meurtrier ? Et pourra-t-il venir en aide à l'homme recherché, reclus chez sa mère, s'il sort la nuit de son refuge pour errer dans les bois ? Dans cette région de Roumanie où les légendes populaires cohabitent avec le culte orthodoxe, les popes sont surveillés de près par le régime communiste, et les livres saints sont brûlés. Pour expier sa faute, laver le sang sur ses mains, Victor accepte la mission que lui confie le père IIIe : il devient copiste de textes sacrés. Enfermé dans le secret de son travail, dans la tourmente de ses pulsions, dans la naïveté de sa foi, il espère une rédemption... Ancré dans l'histoire roumaine - de la fin du règne du dernier roi à l'avènement de Ceauescu, puis à sa chute -, Terre des affranchis est un roman envoûtant et inspiré, aussi palpitant qu'un récit policier, aussi inquiétant qu'un conte.

Résumé de l'éditeur.

Si vous aimez les contes, ceux qui laissent la place aux légendes locales, si vous aimez la nature et son emprise sur l'Homme, si vous aimez découvrir quelques traits de l'Histoire d'un pays, si la religion et la politique et leurs emprises respectives vous questionnent, alors il faut lire ce livre.
Et il vous faudra certainement le relire tant chaque mot du texte a son importance dans le récit des événements.
Un style poétique et qui va vous envoûter - les personnages tout autant ! - vous empêchera de quitter ce roman avant son dénouement.

Une peu de la Roumanie à découvrir...


Mots-clés : #contemythe #fantastique #regimeautoritaire
par kashmir
le Mer 10 Avr - 20:57
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Liliana Lazar
Réponses: 1
Vues: 139

LU Xun

Tag contemythe sur Des Choses à lire Lu_xun10

La Véritable Histoire de Ah Q

C'est une longue nouvelle, moderne et au ton humoristique ou plutôt satirique. Ah Q est une sorte d'idiot du village, à cela prêt que l'idiot du village est généralement plutôt gentil. Ah Q n'est pas gentil, envieux, pas doué mais méchant, aussi bête que rusé... Finalement il ressemble beaucoup à ses congénères à la différence qu'il a moins de sous dans la poche.

Au fil des chapitres on découvre le village, les influences extérieures et les mouvements politiques... Un joli paysage-portrait de communauté ouvertement grinçant mais vivifiant. Surtout ça arrive à ne pas sonner vache, ça touche mais sans donner l'impression d'un coup bas.

Il va falloir que je trouve autre chose de Lu Xun à lire !


Mots-clés : #contemythe #nouvelle #revolution #satirique
par animal
le Sam 23 Mar - 21:34
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: LU Xun
Réponses: 5
Vues: 447

Gérard Prévot

Tag contemythe sur Des Choses à lire Contes10

Contes de la mer du Nord

Aux côtés de Jean Ray, Thomas Owen et Jean Muno, Gérard Prévot est considéré comme l’une des plus grandes voix du fantastique belge. Parus en 1986, dix ans après la mort de l’auteur, ses Contes de la mer du Nord consistent en une sélection de onze récits réalisée par Jean-Baptiste Baronian, au départ du Démon de février (1970), de Celui qui venait de partout (1973) et de La Nuit du Nord (1974). C’est ce recueil introuvable et largement commenté que nous avons souhaité restituer pour la première fois dans son intégralité. Les Contes de la mer du Nord comportent des textes écrits à différents moments, mais qui ont pour point commun, outre un cadre évocateur des brumes nordiques ou germaniques, de faire ressortir le jeu d’alternance propre à Gérard Prévot : entre métaphysique et carnavalesque, entre déploiement du mystère troublant et plaisanterie étrangement inquiétante. Une pièce maîtresse de la littérature fantastique du XXe siècle.


De la variété mais pas de déception dans ce recueil. L'atmosphère "nord" est la constante alors que la part de fantastique ou de conte est variable. J'ai eu un gros faible pour les petites touches de contemporanéité qui rappellent qu'on ne lit pas un conte du passé mais bien un écrit d'aujourd'hui, sans faire nunuche-pop comme un truc canadien lu il y a quelques mois et sans trancher les repères, le décor ou le moment. On ne sort pas du mouvement du texte, on profite de l'humour noir un soupçon revanchard... jusqu'aux chutes ou dénouements qui ne laissent pas un goût différent.

Bien belle surprise encore chez cet éditeur et bien vu aussi pour l'appareil critique qui en dit un peu plus sur la biographie de l'auteur et sur cet univers littéraire du fantastique belge. Et je vois qu'ils ont publié d'autres textes : Le Démon de Février et Les tambours de Binche.

Une lecture qui mêle détente et curiosité à de réelles qualités littéraires.


Mots-clés : #contemythe #fantastique #nouvelle
par animal
le Mer 20 Mar - 22:00
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Gérard Prévot
Réponses: 6
Vues: 119

Laurent Gaudé

Salina les trois exils

Tag contemythe sur Des Choses à lire 41yf1o10

Salina est un bébé déposé par un voyageur mystérieux chez les Djimba, un peuple du désert , et adoptée à contrecœur. Son enfance s’interrompt le jour de ses premières règles, où elle est donnée en pâture au méchant fils du chef, le frère de son amour d’enfance.
Déchirement, souffrance, l’enfantement ne la sortira pas de cette détresse, la vengeance amènera contre elle  des bannissements itératifs. L’histoire est  racontée de façon rétrospective par son dernier fils  qui l’emmène vers un curieux empire des morts, où le ticket d’entrée se paie à coup d’histoires contées.

Reprenant une pièce de théâtre de 2003, Laurent Gaudé a voulu sans doute l’enrichir, car sinon, pourquoi reprendre un ancien texte ?  Gaudé veut écrire sa nouvelle  tragédie grecque en terre africaine, soit. C’est assez dommage qu’il n’en ressorte qu’un roman de moins de 150 petites pages, pleines de malheurs liés à la méchanceté des hommes face à la bonté des femmes. C’est lent et solennel, l’auteur en rajoute même un peu en sérieux et en grandiloquence. Cela donne un exercice de style que certains trouveront enchanteur, qui m’a paru un peu ampoulé, mauvaise que je suis, voire pesant, malgré la légèreté du bouquin (0.17kg chez Decitre, Armor!)


mots-clés : #conditionfeminine #contemythe #mort #relationenfantparent
par topocl
le Mer 27 Fév - 13:32
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Laurent Gaudé
Réponses: 36
Vues: 1112

Nicolas Gogol

Les veillées du hameau II

Tag contemythe sur Des Choses à lire Sorcie10


L'avant-propos signé de l'apiculteur Panko le Rouge précise que, ce coup-ci, la plupart des narrateurs sont inconnus "à l'exception du seul Foma Grigoriévitch", chantre principal des veillées du hameau I.
Cette petite farce de mise en scène préliminaire n'est pas sans importance, Gogol entend sans doute plonger plus avant dans la mémoire anonyme, orale, des Cosaques et des villageois.

____________________________________________________________________________________________________________________________________________

La nuit de Noël
En russe Ночь перед Рождеством, nouvelle écrite vers 1835 environ, 42 pages.

Peut se lire ici.


Accrochez-vous, le volume II des veillées du hameau démarre sur les chapeaux de roues !
Cet alliage du folklore, du burlesque et du fantastique est une réussite, d'une grande théâtralité.
Nouvelle vivante, colorée, qui a, du reste, inspiré à Nikolaj Andreevič Rimskij-Korsakov un Opéra éponyme.

Diable, sorcière en balai, lune décrochée, tsarine, comique de situation et de répartie, méprises, jeune premier amoureux transi idéal allant quérir l'impossible, tout y passe...

De ce tourbillon oscillant entre cocasse et merveilleux, le tout savamment dosé, passé l'étourdissement, on retient -encore une fois- la grande qualité technique de l'écrivain, là c'est une vraie prouesse en matière de conte, de conte entre autres populaire.  

Si au même instant avait glissé par là, en traîneau attelé de trois chevaux de front réquisitionnés chez des particuliers, l’assesseur au tribunal de Sorochinietz avec son bonnet bordé d’astrakan et taillé sur le patron des coiffures de uhlans, avec sa peau de mouton noir, recouverte de drap bleu, et ce fouet à tresse diaboliquement compliquée dont il encourageait son postillon, il l’aurait certainement remarquée, cette sorcière, car pas une au monde n’échappe à l’œil du susdit assesseur. Il sait sur le bout du doigt à combien de gorets se monte la portée de la truie chez telle ou telle bonne femme, combien de pièces de toile logent dans le coffre de chaque paysanne, quelles parties de sa garde-robe ou quels instruments aratoires exactement un brave homme a mis en gage le dimanche à l’auberge. Mais l’assesseur de Sorochinietz n’était point de passage ; pourquoi d’ailleurs aurait-il fourré le nez dans le secteur d’autrui ? Il avait bien assez de chats à fouetter dans son propre canton. Pendant ce temps, la sorcière poursuivait son ascension, à une telle hauteur qu’elle n’apparaissait plus que comme une tache minuscule, aperçue par éclipses, tout au fond des cieux. Mais à quelque endroit que se montrât cette tache infime, les étoiles se décrochaient de la voûte, et bientôt la sorcière en eut plein sa manche. Il n’y en avait plus que trois ou quatre dans le ciel. Et soudain, du côté opposé, surgit une seconde tache exiguë, qui grandit, s’étala, et cessa d’être une tache de rien. Même en chaussant son nez de roues empruntées, en guise de lunettes, à la calèche du commissaire, un myope n’aurait pu distinguer au juste ce que c’était.


__________________________________________________________________________________________________________________________________



Une terrible vengeance

Titre original: Страшная месть. Vers 1832 environ, 40 pages.  

Peut se lire ici.

Fantastique ou d'horreur, gothique assurément.
Je ne vais pas tourner autour du pot, il s'agit d'éviter l'écueil nouvelle dramatique, lourde = profonde, par opposition à nouvelle légère, enlevée, comique = superficielle.
Celle-ci est réellement dramatique, poignante et profonde, réellement exceptionnelle !

Gogol a sans doute encore dû puiser quelque part dans le tréfonds des traditions orales populaires (je ne vais pas aller vérifier), mais là il a extirpé une nouvelle, très allégorique, écrite magistralement, comme gravée dans l'airain à l'antique.

Les rêves (sublimes passages), la magie démoniaque, l'allégorie montagnarde et les trépassés, le personnage qui glace d'effroi les invités à une noce et finit par ruiner le mariage de sa fille, le Dniepr, les maisons de maître, le Mal dissimulé...
Quelle puissance !


Un peu après Kiev, on vit apparaître un prodige inouï: les gentilshommes et les hetmans venaient tous le contempler. Soudain l'horizon s'était élargi à l'infini aux quatre coins de la terre. Au loin, on apercevait les flots bleus du Liman; au-delà du Liman s'étendait la mer Noire; ceux qui avaient roulé leur bosse reconnurent même la Crimée, montagne émergeant de la mer, ainsi que le Sivach marécageux. À gauche on apercevait la Galicie.
"Et cela, qu'est-ce que c'est ? demandait la foule assemblée aux vieilles gens, en montrant des sommets gris et blancs qui se dessinaient au loin dans le ciel et qui ressemblaient plutôt à des nuages.
- Ce sont les monts Carpathes, disaient les vieilles gens: on trouve là des montagnes où la neige ne fond jamais, et où les nuages vont se poser pour la nuit".
À ce moment, un nouveau miracle se produisit: les nuages découvrirent la plus haute montagne, et sur son sommet apparut, dans son armement de paladin, un homme à cheval qui gardait les yeux clos, et qui se voyait aussi distinctement que s'il avait été tout près.
Alors, au milieu de la foule saisie d'étonnement et de terreur, un homme bondit à cheval et, regardant autour de lui avec des yeux hagards comme s'il cherchait à voir s'il n'était pas poursuivi, éperonna hâtivement sa monture et s'élança à bride abattue. C'était le sorcier.

___________________________________________________________________________________________________________________________________________


Ivan Fiodorovitch Chponka et sa tante

Titre original: Иван Федорович Чпонка и его тетя. Pas trouvé de date d'écriture, 25 pages.

Nouvelle légère, comique, assortie de splendides tableaux campagnards (comme ci-dessous) et aussi de familles de maîtres agricoles croquées avec maestria.
Ivan Fiodorovitch Chponka, homme sérieux, posé, assez solitaire, quitte l'armée arrivé à un grade d'officier pour venir prendre possession de son petit -mais prospère- domaine, tenu par sa tante, un personnage haut en couleur...

La carriole s'engagea sur la digue, et Ivan Fiodorovitch vit, toujours la même, la vieille maisonnette au toit de roseaux; toujours les mêmes, les pommiers et les cerisiers sur lesquels il grimpait jadis en cachette. À peine était-il entré dans la cour que des chiens de toutes sortes, bruns, noirs, gris, pies, accoururent de tous côtés. Quelques-uns se jetaient en aboyant sous les pieds des chevaux, d'autres, ayant remarqué que l'axe des roues était graissé avec du saindoux, couraient derrière la carriole; un chien se tenait près de la cuisine et, la patte posée sur un os, hurlait à plein gosier; un autre aboyait de loin et courait çà et là en remuant la queue, avec l'air de dire:"Regardez, bonnes gens, quel brillant jeune homme je fais !". Des gamins en chemises crasseuses accourraient pour voir le spectacle. Une truie, qui déambulait à travers la cour avec ses treize gorets, leva le groin d'un air interrogateur, et grogna plus fort que d'habitude. Dans la cour, on voyait s'étaler par terre quantité de bâches couvertes de froment, de millet et d'orge qui séchaient au soleil. Sur le toit également on faisait sécher beaucoup d'herbes de toutes sortes: chicorée sauvage, piloselle et autres.



_____________________________________________________________________________________________________________________________

Le Terrain ensorcelé

Titre original: Заколдованная земля . Pas trouvé de date d'écriture, 8 pages.

Très bref, cela renforce l'aspect "bonnes histoires" à se raconter en petit comité.
Donne dans le registre de la farce, du loufoque pimenté de sorcellerie ou de diablerie, conférant tout de suite une dimension de l'ordre du fantastique.

Le personnage principal est un paysan, grand-père, qui cultive une melonnière dont il vend la récolte aux rouliers de passage.
Mais des phénomènes étranges surviennent, pris par ceux-ci, le paysan croit avoir trouvé un trésor...

Le lendemain, dès qu'il commença à faire nuit dans les champs, le grand-père mis sa casaque, noua sa ceinture, prit une bêche et une pelle sous le bras, se coiffa de son bonnet, vida un cruchon de kvas, s'essuya les lèvres avec un pan de son vêtement, et marcha tout droit vers le potager du pope. Voilà qu'il a dépassé la clôture et le petit bois de chênes. Entre les arbres serpente un petit chemin qui mène dans les champs; c'est bien le même endroit, dirait-on: voilà justement le pigeonnier; mais d'aire à battre - point. "Non, ce n'est pas l'endroit. Ça doit être un peu plus loin; il faut sans doute tourner du côté de l'aire". Il rebroussa chemin, prit une autre direction: on voyait bien l'aire, mais pas le pigeonnier ! Il revint pour s'approcher du pigeonnier - et voilà l'aire qui disparaît. Comme par hasard, la pluie se met à tomber. Il courut de nouveau vers l'aire; le pigeonnier n'était plus là; vers le pigeonnier, et c'est au tour de l'aire de disparaître.  



mots-clés : #contemythe #nouvelle #xixesiecle
par Aventin
le Mer 20 Fév - 21:15
 
Rechercher dans: Écrivains Russes
Sujet: Nicolas Gogol
Réponses: 16
Vues: 830

Jan Potocki

La lecture remonte mais reste étiqueté "référence". J'espère que cette récup' va s'enrichir de lectures plus fraîches d'autre(s) membre(s).  pirat


Tag contemythe sur Des Choses à lire 97820810

Le manuscrit trouvé à Saragosse (version 1810)

GF propose deux versions 1804 et 1810. Évidemment en début de livre les compilateurs en plus d'esquisser une biographie de l'auteur (ça suffit vraiment un livre pour le faire ?) évoque l'histoire du et des livres. La version chez Corti serait la traduction d'une version pas trop pourrie mais incomplète d'une traduction polonaise du manuscrit qui a été écrit en français. Une histoire longue et compliquée (comme l'auteur ?) pour une première version inaboutie et inachevée, la version de 1804... au ton plus irrévérencieux, voire coquin (?) mais aussi avec une construction qui bien que reposant sur le même principe semble plus complexe (encore). De quoi donner envie de ne pas oublier de la lire de bon cœur un de ces jours !

Ce livre chose en lui même...

C'est l'histoire d'un manuscrit trouvé, sur le champ de bataille, du côté de Saragosse, du jeune Alphonse van Worden... tout jeune capitaine des gardes wallonnes qui est en voyage pour recevoir son premier poste. La traversée de la Sierra Morena se révèle très rapidement extrêmement riche en surprise multiples. Ce jeune homme éduqué dans les plus parfaite ligne d'un esprit chevaleresque magnifié avec au dessus de toutes les valeurs l'honneur, et juste après le respect des convenances, va plus ou moins malgré lui et tout en respectant, en somme, ses valeurs se retrouver bien ailleurs et autrement... A travers une succession de rencontres avec des personnages hauts en couleurs qui eux aussi en ont rencontrés et qui parfois sont les mêmes. Chacun évidemment se devant à un moment ou un autre de raconté son histoire et si le récit l'exige celle d'un autre par la même occasion.

Un bon prétexte pour réciter à tiroirs façon mille et une nuits avec une série d'échos plus ou moins visibles et évidents. Exercice réalisé avec un esprit vif, joyeux et entraînant... la lecture débute comme une promenade légèrement irréel avant de tirer le lecteur vers une sorte d'ivresse dans laquelle il se laisse guider sur le chemin évident de l'écriture de Potocki. Un chemin qui se déroule avec ses repères mais que l'on suit émerveillé, étourdi et désorienté...

Mais pourquoi est-ce si bon ? Parce que c'est bien pire (en forme de compliment) qu'un "à la manière de", la trame et les trames sont celles d'histoires d'amours plus ou moins déçues, de découvertes, de devoirs et d'ambitions... et de hasard. Presque simple si le roman d'apprentissage à tiroir ne se métamorphosais pas à plaisir en lutte entre rationalité et mystères, hasards et manipulations, raison et inévitables libertés. Tout comme notre Alphonse qui se laisse volontiers entrainer par ses belles cousines c'est à la fois très simple et très compliqué.

La série d'histoires et de personnages identifiables, presque stéréotypes, présente d'étonnantes ressemblances dans les motifs employés, et là se ne sont plus des tiroirs mais aussi des matriochkas, les histoires s'imbriquent, s'éclairent et se change... se recoupent, se mêlent en un fascinant bazar néanmoins cohérent mais d'abord fascinant. Sans altérer le plaisir du lecteur on expérimente la structure folle de cette entreprise, une sorte de système de Potocki , mis en abime plus tard par le système de Velasquez le géomètre touche à tout et quelque peu étourdi et proche de l'auteur... les motifs et combinaisons illustrent la vie et les vies avec tout en jouant merveilleusement avec lucidité et humour en fond une certaine naïveté qui tiendrait du grandiose...

et la boucle finit par se boucler bercée de mélancolie...

Dans tout ça on croise beaucoup de choses entre le réel et la fiction : géographie et histoire... les notes (en bas de page) orientent le lecteur, et heureusement... les sciences dures ou humaines sont employées et discutées abondamment et confrontées, mélangées à... aux religions et au fantastique... avec des ellipses, des imprécisions, des jeux, beaucoup, de la manipulation pure et simple... et mise en abime...

Une ouverture extraordinaire et curieuse avec une volonté de partage engageante... il est difficile de conclure sur cette lecture débordante et multiple... un excellent monument sans aucun doute et vertige devant ce regard en double teinte entre l'idéal qui anime ce "monde" et une réalité plus dure (mais pas toujours sans attraits).

L'utilisation des générations, de l'histoire et des chronologies ainsi que les petits exposés scientifiques sont plus ou moins digestes sur la fin mais impossible de résister et de ne pas divaguer sur une histoire des mathématiques, des sciences... et d'utiliser ces échelles pour regarder un maintenant qui n'apparait plus si lointain.

Fantastique lecture, incontournable aussi pour son amour des histoires, du récit magnifié. Ce que je n'imaginais pas c'était la densité (des) thématique(s) et cette construction abusant de fausses répétitions, c'est incroyable... d'ailleurs ça occupe du monde semble-t-il de décortiquer cet ensemble et de le croiser avec la vie de Potocki, ses écrits, ses voyages, ...

Un jeu de nuances et d'ouvertures, d'incertitudes, d'esprit... et une lumière orientale...

gros bonheur.

je ne regrette pas d'avoir choisi une période de vraie disponibilité pour attaquer le morceau. 830 pages avec les explications qui précèdent.


mots-clés : #amour #aventure #contemythe #fantastique #initiatique
par animal
le Mer 30 Jan - 22:48
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Jan Potocki
Réponses: 8
Vues: 178

Raymond Queneau

Les Enfants du limon
Tag contemythe sur Des Choses à lire Les_en10


@Arturo : la notice de la Pléiade (de même que les notes laissées par Queneau) confirme que le titre renvoie à Le Christ aux oliviers de Nerval, et à la Genèse, 11, 7 : « L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre » (en latin, « de limo terrae »)…

Où l’on retrouve Bébé Toutout, le nain malveillant de Le Chiendent, en la personne de son émule, le petit démon Purpulan, partenaire obligé de Chambernac, compilateur des « fous littéraires » (une étude que l’auteur recycle !)
« Il concevait maintenant son grand ouvrage non plus comme un chapelet de notices présentées dans un désordre alphabéto-cahotique, mais comme une œuvre ordonnée dont il savait même le titre. Il écrirait une encyclopédie des sciences inexactes. Le sous-titre serait : Aux confins des ténèbres. »

« Purpulan courba gentiment la tête, puis se penchant dans la direction de l’oreille chambernacienne la plus proche de lui souffla dedans ces mots : "Monsieur Chambernac, je suis sur le point de découvrir la quadrature du cercle." Le proviseur ouvrit la goule comme un poisson sur un étal au marché, joignant à sa surprise tout humaine la mutité de cet animal. »

L’autre fil du roman, c’est la famille Limon. J’ai bien un peu confondu Astolphe, fils de Jules-Jules Limon, et son ami Arnolphe, mais ce n’est pas trop gênant, l’intrigue ou "action" me semblant généralement secondaire voire superflue, ce qui n’est peut-être pas totalement faux avec Queneau. Il me suffit de "sentir" un sens général, ou au moins une volonté de faire sens, dans la trame du récit pour m’en contenter ‒ et c’est bien pratique avec ce livre étonnant, occasion de délicieux dialogues populaires comme d’une érudition loufoque ; mathématiques, considérations sur le mot coton, cosmogonies farfelues du XIXe et symbolisme solaire avoisinent religion (le mal comme une volonté du Dieu de la Bible), psychanalyse œdipienne des rapports d’identification au père, et politique (« la N.S.C, la nation sans classes »)…
« Pour Pandroche la politique consistait à peu près uniquement dans une connaissance approfondie et presque toujours prétendue de la vie privée de ses adversaires. C’était un spécialiste de la diffamation. Il savait que X… avait, comme tous les étudiants, volé des livres chez des libraires du Quartier latin. Il savait que Y… avait été surpris par un garde-champêtre en train de baiser une fille dans un bois. Il savait que Z… avait un frère qui se faisait flageller dans un bordel de la rue des Martyrs. La substance de ses articles s’épaississait de la répétition obstinée de ces histoires. De son passage chez les anarchos il subodorait partout la police et son flair était si puissant qu’ayant les narines pleines du fumet d’innombrables hambourgeois [ou "en-bourgeois" : policiers en civil], il n’en dépistait pas moins le juif. »

Queneau fait partie des écrivains de la profusion imaginative, les baroques continuateurs de Rabelais et Cervantès, et ici on pense surtout à Bouvard et Pécuchet : trouvailles en tous genres, notamment de mise en page, listes, permutations de registres, etc.
Limon père est mort en tombant d’un avion, ce qui rappelle Le vol d’Icare (qui viendra trente ans plus tard) ; il y a décidément une cohérence cachée dans l’œuvre de Queneau, et elle le reste essentiellement pour moi…
Quelques extraits en vrac, puisque, de toute façon, il ne s’agit pas de littérature de l’ordre…
« Le seul contact véritable entre l’homme et la nature, c’est la science, la science qui transforme et qui détruit, la science qui rend habitable un désert ou des marécages, la science qui fait courir du fer sur du fer à travers les accidents géographiques les plus divers et qui fait voler de l’aluminium à travers les incidents météorologiques les plus variés, la science qui fait de l’essence de rose avec du charbon et du sucre avec des copeaux de bois. Voilà le seul contact véritable de l’homme avec la nature : un lac desséché, un désert irrigué, une mer domptée, une montagne coupée, voilà le contact authentique de l’homme avec la nature, celui de l’action, de la destruction et de la transformation. »

« …] des filles dont le grand-père est quelque chose comme le roi de la télégraphie sans fil, on ne comprend pas d’ailleurs comment on peut être le roi de quelque chose qui n’existe pas puisqu’il n’y a pas de fil, des filles comme ça vous voudriez qu’elles ne soient pas fières ? »

« Le sel, que le soleil attire à lui en même temps que l’eau salée qu’il pompe, doit fortement coopérer à l’opération éclipsiale. Je crois que l’éclipsé est le nœud cordial et sympathique, ou la copulation générale pour toute la nature, et qu’au moment où le soleil et la lune se rencontrent, ils sont en réflexion en face l’un de l’autre ; et l’effet de la réverbération a la vertu de faire fondre le sel qui s’épanche sur le soleil ; c’est ce qui peut l’obscurcir. Je ne crois pas pouvoir attribuer cette obscurité au motif chimérique qu’un petit objet puisse à nos yeux en cacher un plus gros. »

« On commença par parler de choses sans importance ; livres, films, pièces de théâtre. On causait. Des noms, des titres amenés au hasard faisaient trois petits tours puis s’en allaient. On causait. On distribuait de la gloire, de la notoriété, du génie à machin et à chose comme du grain fictif à des fantômes de poules. On causait. »

« Paulin Gagne, l’"avocat des fous", inventa en 1868, la philanthropophagie, "le seul fait nouveau sous le soleil", "l’amour de l’homme pour l’homme livré en aliment" ; dans le "sacrifice volontaire des hommes et des femmes se livrant fraternellement et religieusement en nourriture aux victimes de la faim qui dévore le monde", Gagne découvre la solution définitive du "problème social" : "l’archiphilanthropophagie, qui renversera la barbarie et tous les crimes, peut seule dire le saint jamais à la famine universelle qui, si personne ne se sacrifie, nous dévorera tous sur le grand vaisseau de la terre privé de vivres". »

« Daniel se prenait parfois à rire en pensant à l’idée faiblichonne que les gens pouvaient se faire de la Toute-Puissance de Dieu. Ils la limitaient selon leur bon plaisir, selon leurs faiblesses, selon leurs désirs ; ils l’accommodaient à leur sauce, comme si l’on pouvait couillonner Dieu. Des individus qui avaient le vertige du haut d’une échelle en discouraient sans émoi de cette Toute-Puissance. Ils en bavardaient sans terreur. Ils avaient fabriqué un bonguieu à la guimauve qu’on pouvait lécher sans se râper la langue. Ils en avaient fait un bounoume intermédiaire entre le président Lebrun et le Père Noël, un petit vieux gentil qui voulait pas au-delà de ce qu’on lui concédait et qu’était prêt à tous les accommodements. »




mots-clés : #contemythe #creationartistique
par Tristram
le Ven 18 Jan - 20:31
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Raymond Queneau
Réponses: 30
Vues: 964

Tony Hillerman

La Voie de l'Ennemi

Tag contemythe sur Des Choses à lire La-voi10


Premier "polar ethnologique" de Tony Hillerman, il s'agit aussi de la première enquête de son célèbre personnage, le lieutenant de la police tribale navajo Joe Leaphorn.
L'anthropologue Bergen McKee et son collègue, le professeur J. R. Canfield campent dans la région désertique de Four Corners, dans la réserve navajo du plateau du Colorado. Parallèlement, une de leurs connaissances, le lieutenant Joe Leaphorn du Service de la Loi et de l’Ordre (Bureau des Affaires Indiennes), est à la recherche de Luis Horseman, un jeune Navajo déculturé, qui se terre dans le désert parce qu'il a poignardé un Mexicain.
L’histoire s’organise autour des croyances navajos en sorcellerie d’une sorte de loup-garou, ce qui sera l’occasion d’évoquer les rituels (tel "La Voie de l'Ennemi") et le mode de pensée, mais aussi la déculturation des Indiens, leurs rapports avec notre société et l’argent :
« Mise à part la satisfaction de besoins élémentaires simples, la culture navajo fait peu de cas de la propriété. En fait, être plus riche que ses frères de clan s’accompagne d’un discrédit social. C’est contre nature et, par conséquent, considéré avec méfiance. »

A ce propos, dans le glossaire des traducteurs, Danièle et Pierre Bondil, on trouve :
« Richesse : le désir de posséder est, chez les Navajos, le pire des maux, pouvant même s’apparenter à la sorcellerie. Citons Alex Etcitty, un Navajo ami de l’auteur : « On m’a appris que c’était une chose juste de posséder ce que l’on a. Mais si on commence à avoir trop, cela montre que l’on ne se préoccupe pas des siens comme on le devrait. Si l’on devient riche, c’est que l’on a pris des choses qui appartiennent à d’autres. Prononcer les mots “ Navajo riche ” revient à dire “ eau sèche ” ». (Arizona Highways, août 1979). »

Outre l’aspect "ethnologique", qui bien sûr est ce qui m’a attiré chez cet auteur, le fait de situer le thriller dans un tel contexte présente beaucoup d’intérêt, ne serait-ce que la confrontation entre « la piste de la beauté » qui fonde le mode de vie du "Peuple", et l’énigme policière.
Il est aussi intéressant de voir comment le personnage principal "d’origine", McKee, laissera la place à Joe Leaphorn.
En répons à la citation de Topocl sur le fil "Vincent Hein" :
« La légère brise, soufflant soudain dans l’axe du canyon, apporta l’odeur légèrement âcre de l’ozone libéré par la décharge électrique ainsi que le parfum de la poussière humide et de l’herbe frappée par la pluie. Elle emplit ses narines de nostalgie. Il n’y avait là rien de ces odeurs de goudron fumant, de poussière en dissolution ou de gaz d’échappement prisonniers de l’humidité qui caractérisaient les pluies urbaines. C’était une odeur d’enfance passée à la campagne, d’autant plus évocatrice qu’elle avait été oubliée. »



Mots-clés : #aventure #contemythe #identite #nature #polar
par Tristram
le Mar 1 Jan - 14:35
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Tony Hillerman
Réponses: 6
Vues: 225

Jørn Riel

Le garçon qui voulait devenir un Être Humain

Tag contemythe sur Des Choses à lire Le_gar10


Livre 1 ‒ Le naufrage
Livre 2 ‒ Leiv, Narua et Apuluk
Livre 3 ‒ …et Sølvi

(3 fois 80 pages environ)

Nota, ouvrage destiné à l’enfant de tout âge. Rêve assuré en ce qui me concerne : Helluland, Markland, Vinland… Terre de Baffin, Labrador, Terre Neuve… le pays des rochers, le pays de la forêt, le pays de l’herbe…

Vers l'an mil, un jeune Norrois naufragé au Groenland est sauvé par deux Inuit de son âge.

Les détails "ethnologiques" ne constituent pas la moindre richesse de ce conte, et en accentuent l’étrangeté merveilleuse :
« Les Inuit adoraient les eiders mâles. La petite boule de graisse qui pousse sur leur tête était particulièrement savoureuse. On préférait la déguster crue, aussitôt l’animal capturé. »

Le décalage avec nos us et coutumes, qui peut choquer, provient de notre propre déconnexion d’avec la réalité naturelle.
Et on comprend que c’est parce qu’ils sont peu que les Inuit peuvent vivre comme ils le font.
« Ils quittèrent l’habitat sans se faire particulièrement remarquer, comme c’est l’usage chez les Inuit. On part en voyage quand on en a envie, et on revient quand le voyage est terminé. »




Mots-clés : #contemythe
par Tristram
le Ven 23 Nov - 21:28
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: Jørn Riel
Réponses: 31
Vues: 1495

Éric Chevillard

@Louvaluna a écrit:Mais, dans ce cas, je conseillerais au panda mignon d'y mettre la patte en commençant par Ronce-Rose. Wink


C'est parti pour la patte :

Tag contemythe sur Des Choses à lire 418wtm10

Ronce-Rose

J'y suis donc allé du bout de la patte et j'ai surtout tourné autour. Pourtant dans cette histoire à hauteur de petite fille et un poil décalée on est assez vite dedans. C'est très fluide et sa manière de pied / contre-pied est au point et assez efficace même, il y a même des attentions qui me plaisent, tour de passe-passe nonchalant autour d'un petit rien, dans la démarche ça me plait. En pratique je suis prêt à trouver ça sympathique sans avoir réussi à vraiment me couler dans le texte. L'impression qu'il pourrait en faire des kilomètres sur le même mode sur presque tout, peut-être ? Ce qui ne m'empêche heureusement pas d'avoir apprécier et souri à certains passages et de ne pas du tout regretté cette expérience. clown

Dans ce passage par exemple, si l'ensemble ne m'emballe pas forcément, j'aime bien la phrase en gras :

Rascal en ce moment est noir avec une tache blanche si large qu'on pourrait aussi bien dire le contraire. Il ne fait pas de différence entre l'affût et la sieste et il y consacre presque tout son temps. Peut-être qu'il attire ses proies en rêvant de baies et de graines. Mais là, il s'est remué, il a même cru pouvoir attraper une mésange dans le sureau. Maintenant, il est coincé là-haut, incapable de redescendre et il regarde les oiseaux qui picorent dans l'herbe les graines et les baies de son rêve. Si c'était une vache celui-là, il faudrait lui fourrer à la main le foin dans les bajoues !


cat

mots-clés : #contemporain #contemythe #enfance #humour #initiatique
par animal
le Mer 14 Nov - 18:41
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Éric Chevillard
Réponses: 67
Vues: 1609

Ricardo Menéndez Salmón

Enfants dans le temps

Tag contemythe sur Des Choses à lire 41j9eb10

Originale : Niños en el tiempo (Espagnol, 2014)

Un roman en trois fragments, parties :

- « La blessure » : la fin d’une relation de quinze ans entre Antares, écrivain, et Héléna. Ils perdent leur jeune enfant à la suite d’un cancer. Ils vivent différemment le deuil, la séparation, et s’éloignent inexorablement l’un de l’autre… On perd la maîtrise du temps, on est devant la solitude du deuil pas partageable (?). Mais :

« L’obscurité existe, mais la vie continue. Nul n’en est coupable. »

- « La cicatrice » : un récit d’une enfance possible de Jésus, récit qui relate aussi un deuil d’absents, mais qui veut remplir un vide laissé, inacceptable : la vie d’un enfant… Les chapitres sont nommés selon l’alphabet hébreu.

Le narrateur commente un emprisonnement dans la parole des commentateurs de la personne. Et lui ? Il crée aussi son mythe...

- « La peau » : le voyage de Héléna vers la Crête : rencontre avec un homme effacé et compatriote plus âgé, Antonio, avec lequel elle va passé les soirées de son séjours de trois semaines. Une vie reprend en elle, mais à la fin là aussi : une séparation d’Antonio. On comprend que lui, Antonio/Antares, lui confie ce récit de Jésus enfant. La numérotation continue celle de la première partie !

Dans les trois « histoires/fragments » (de 60, 76 et 42 pages) il est question de mort (d’un enfant), séparation, et quelque part, et mystèrieusement, de reprise de vie et réorientation. Ils sont reliés par des personnâges ponts, et des bribes de sujets qui se renvoient l’un à l’autre : l’écrivain Antares – est-il l’auteur de cet enfance imaginé de Jésus ? Et Antares/Antonio ? L’enfant perdu, ou l’enfance perdu – sont ils pas pareillement des absurdités ? Et la séparation – est-elle inévitable à la suite de la mort vécue ? Et est-ce que l’approche artistique d’en faire face est expression de vie ou aussi empêchement ?

On retrouve lors de tout ce livre des éléments de la mythologie grècque, des face-à-face aussi avec des énoncés chrétiens. Il m’a semblé que Salmon était plus mal-à-l’aise de saisir le propre de ce message (chrétien). Ou est-ce qu’il s’agit de ses personnes ? Voilà le jeu de l’écrivain, peint par l’écrivain ? Des personnes dans la bouche desquelles on peut mettre divers propos. J’étais un peu désorienté.

L’écriture est dense, descriptive pas seulement d’actions extérieures, mais souvent aussi en donnant une interprétation possible d’une expression, d’une action. Trop ???

Il serait intéressant d’avoir d’autres avis sur ce roman qui ne m'a pas convaincu à 100 % mais qui néanmoins "a quelque chose..."


mots-clés : #contemythe #mort
par tom léo
le Mer 24 Oct - 18:46
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Ricardo Menéndez Salmón
Réponses: 1
Vues: 150

Anne-Marie Garat

Le Grand Nord Ouest

Tag contemythe sur Des Choses à lire 51btop10

15 ans plus tard, Jessie raconte à Bud l'année de ses six ans, et retourne avec lui au Canada dans le Grand Nord Ouest, dans une espèce de pèlerinage, de quête de sens qui se heurte au temps écoulé. Fille choyée d'un nabab d'Hollywood, elle voit son père mort noyé sur la plage le jour de sa fête d'anniversaire. A l'aube de cette année qui va la mener à l'âge de raison, sa mère, une femme fatale fantasque et pleine de secrets, l'emmène sans un mot d'explication dans une folle équipée vers le Grand Nord, ses immensités enneigées, ses indiens animistes. Que fuit-elle? Que cherche-t'elle accrochée tant à ses rêves qu'à ses racines? On va le découvrir au même rythme que Jessie, sans avoir toutes les clés pour autant : cette mère étrange aux identités multiples, grande manipulatrice, gardera sa part de mystère. La petite rouquine (évidemment) connaît là une belle initiation à une vie autre, authentique, à la sagesse, à une certaine dignité auprès d'un vieux couple d'indiens empreints de traditions qu'elle a séduits au premier coup d’œil

C'est bien d'Anne-Marie Garat de nous offrir pour personnages principaux de ce roman du Grand Nord une fillette et sa mère, là où l'on ne croise d'ordinaire que prospecteurs, trappeurs et autre traîne-savates. Il y a aussi ces deux indiens pleins de sagesses, de croyances  de pré-sciences, solidement ancrés dans le territoire qu'on est en train de leur arracher, et qui  transmettent leurs savoirs. Cette épopée aurait du être jubilatoire, mais sans doute du fait du style si spécifique d'Anne-Marie Garat, qui prend ici une boursouflure un peu submergeante (ça grouille un peu trop, c'est une coulée de lave qui ne s'arrête jamais), je ne suis pas pleinement entrée dans ce récit, pourtant plein de poésie, de nature sauvage et de nobles sentiments qui n'excluent pas la facétie. j'ai souvent trouvé ça longuet.

Mots-clés : #aventure #contemythe #enfance #initiatique #lieu #minoriteethnique #nature #relationenfantparent #traditions #voyage
par topocl
le Mer 19 Sep - 10:06
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Anne-Marie Garat
Réponses: 8
Vues: 502

Claude Lévi-Strauss

La Pensée sauvage

Tag contemythe sur Des Choses à lire La_pen10

Claude Lévi-Strauss développe dans cet ouvrage le fruit de ses études sur
« …] cette "pensée sauvage" qui n’est pas, pour nous, la pensée des sauvages, ni celle d’une humanité primitive ou archaïque, mais la pensée à l’état sauvage, distincte de la pensée cultivée ou domestiquée en vue d’obtenir un rendement. »

Partant de
« …] ce contact intime entre l’homme et le milieu, que l’indigène impose perpétuellement à l’ethnologue »

il en ressort que l’homme a toujours et partout développé ses capacités d’observation puis s’est efforcé d’organiser les informations recueillies, soit mettre du sens et de la cohérence (structurale) dans le désordre en classifiant les éléments du monde. C’est la même démarche de la mythologie comme de la science, qui d’ailleurs coexistent dans le même temps (un peu comme pour le singe qui nous est contemporain, et pas un ancêtre).
« Jamais et nulle part, le "sauvage" n’a sans doute été cet être à peine sorti de la condition animale, encore livré à l’empire de ses besoins et de ses instincts, qu’on s’est trop souvent plu à imaginer, et, pas davantage, cette conscience dominée par l’affectivité et noyée dans la confusion et la participation. »

Il se dégage une constante "universelle" des transformations par symétrie inverse dans la différenciation nature/ culture, que je ne commenterai pas par incapacité caractérisée. On se repose de ces réflexions de haut vol au cours de fréquents exemples de mythologie primitive avec leur éclairage, qui bien souvent m’enchantent par leur description comme par l'explication qui en est extraite.
Le regard de l’ethnologue ouvre décidément des perspectives nouvelles sur l’humain et la société ; il suscite aussi beaucoup d’interrogations (par exemple, j’ai été frappé par l’équivalence femmes-nourriture qu’on retrouve en tous lieux).
Confrontation finale avec la dialectique historique sartrienne :
« …] dans le système de Sartre, l’histoire joue très précisément le rôle d’un mythe. »

A noter qu'à l'Histoire dans le temps correspond l'ethnographie dans l'espace.

@Topocl :
« …] l’art s’insère à mi-chemin entre la connaissance scientifique et la pensée mythique ou magique ; car tout le monde sait que l’artiste tient à la fois du savant et du bricoleur : avec des moyens artisanaux, il confectionne un objet matériel qui est en même temps objet de connaissance. »


@ArenSor et @Arturo :
« "Pour André Siegfried, il y a deux attitudes politiques fondamentales de la France. Notre pays est tantôt bonapartiste et tantôt orléaniste. Bonapartiste, c'est-à-dire acceptant le pouvoir personnel et le souhaitant même. Orléaniste, c'est-à-dire s’en remettant aux députés du soin de gérer les affaires publiques. Devant chaque crise […] la France change d’attitude […]
"Personnellement, au contraire, je pense que le changement actuel, sans être totalement indépendant de ces constantes du tempérament politique français, est lié aux bouleversements que l’industrialisation apporte dans la société. […]"
Il est probable qu’aux Osage ces deux types d’opposition (l’une synchronique, l'autre diachronique) auraient servi de point de départ [… »

Cela m’a fait penser à notre propension nationale à traiter de "roi" nos dirigeants ‒ ou à leur tendance à se conformer périodiquement à ce profil !...

@Colimasson :
« Ces observations nous semblent faire justice de toutes les théories qui invoquent des "archétypes" ou un "inconscient collectif" ; seules les formes peuvent être communes, mais non les contenus. »


Deux dernières citations, qui donnent à comprendre comment l'auteur remet les choses en place :
« L’explication scientifique ne consiste pas dans le passage de la complexité à la simplicité, mais dans la substitution d’une complexité mieux intelligible à une autre qui l’était moins. »

« Nous n’entendons nullement insinuer que des transformations idéologiques engendrent des transformations sociales. L’ordre inverse est seul vrai : la conception que les hommes se font des rapports entre nature et culture est fonction de la manière dont se modifient leurs propres rapports sociaux. »

Evidemment, j’aurais dû lire Descola après ce livre ; ces notions ont été amendées et dépassées, mais une voie fut grande ouverte par Lévi-Strauss… qui demeure un des plus brillants esprits que j’ai lu (tout particulièrement synthétique) : il y a une idée ouvrant de nouvelles perspectives à pratiquement chaque phrase, et dans différents domaines transverses.
Une lecture passionnante, même si elle demande un effort !

Mots-clés : #contemythe #essai
par Tristram
le Sam 25 Aoû - 21:55
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Claude Lévi-Strauss
Réponses: 11
Vues: 369

Sylvie Germain

A la table des hommes

Tag contemythe sur Des Choses à lire S_germ10

Son obscure naissance au coeur d'une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S'il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l'espèce animale, dont une corneille qui l'accompagne depuis l'origine. A la table des hommes tient autant du fabuleux que du réalisme le plus contemporain. Comme Magnus, c'est un roman hanté par la violence prédatrice des hommes, et illuminé par la présence bienveillante d'un être qui échappe à toute assignation, et de ce fait à toute soumission.

Quatrième de couverture


Ma première lecture de Sylvie Germain a été Magnus que j'avais adoré et qui m'avait beaucoup émue.
Depuis, mes lectures de cet écrivain ont toujours été des "cadeaux": des lectures perturbantes, déstabilisantes mais dont je suis ressortie pleine de questions et d'envie de découvertes et surtout avec le désir de revenir vers cette narratrice...


Ce roman ne fait pas exception : je le place en parallèle de Magnus car il dénonce la folie des hommes et leur énergie destructrice.
C'est un conte, plein de rêves, et aussi plein de cruauté,  que vous n'arriverez pas à ancrer dans une période de l'Histoire, car il rappelle le passé comme le présent ...et sans doute décrit-il l'avenir.

La relation de l'homme à l'animal y est fortement évoquée et j'ai beaucoup aimé ces passages...Les corbeaux vénérés par les indiens le sont aussi par Sylvie Germain qui en fait le protecteur du personnage principal du livre - BAbel - et ce n'est pas si souvent que ces noirs oiseaux ont une place respectée.
L'acceptation des cultures différentes, des coutumes propres à chaque ethnie, jusqu'à la langue et l'usage des mots est au coeur de ce récit.

On ressort de ce livre, curieux des autres et de leurs richesses si on ne l'était pas avant. L'exclusion est une absurdité.



A lire ...


mots-clés : #contemporain #contemythe #guerre #initiatique
par kashmir
le Jeu 9 Aoû - 18:26
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Sylvie Germain
Réponses: 24
Vues: 656

Pierre-Jakez Hélias

Oh la la ! J'ai écrit le commentaire suivant en 2010 ! Ça me fait tout drôle de le relire... Quel enthousiasme !

Tag contemythe sur Des Choses à lire 51wvll10

La colline des solitudes

« Ses ruines, sous le ciel, mettraient plus de temps à disparaître que les os de ses derniers habitants à se dessécher au tombeau. »

Onze vieillards solitaires arpentent leur village sur des chemins indépendants. Jamais les onze ne se croisent pour respecter ce vœu de silence qui s’est imposé avec le temps et la désertion de la colline par leur descendance. Discrètement, ils veillent les uns sur les autres et s’entraident avec une rare efficacité par le biais d’un code de signaux et d’avertissements mis en place pour palier l’absence des mots. On suit ce manège avec d’autant plus de fascination que Pierre Jakez Hélias lui donne un aspect quasi mythique. On serait tenté de voir les onze tels les dieux de l’Olympe isolés dans des hauteurs inaccessibles au commun des mortels.

Mais voilà qu’on restaure la maison de feu Yann Strullu, le maréchal-ferrant ! Les onze, intrigués, rôdent autour du chantier. Que signifie donc tout ce remue ménage ? Il y a que le petit-fils du maréchal, le docteur K., veut s’installer dans la maison de son grand-père. Pourquoi ? Le petit-fils ne le sait pas vraiment lui-même. Cependant, il ne va pas tarder à découvrir l’ampleur de son héritage à travers les contes et légendes de ce mystérieux pays.

Pierre Jakez Hélias a magnifiquement bâti son récit. Une première partie où l’on s’étonne du troublant comportement des onze solitaires et où l’on assiste, après l’arrivée du petit-fils, à un drôle d’apprivoisement des uns par les autres. Une seconde partie offrant contes et légendes splendides, et durant laquelle on est certainement aussi déconcerté que le docteur lui-même. Enfin, une troisième partie où les liens se font et se défont, où comme dans une forêt après une terrible tempête la petite population secouée tente de se réinstaller confortablement ou s’exile si trop d’arbres sont tombés.

Hormis cette construction du récit qui nous emballe, on est enchanté par l’écriture tout en finesse et la richesse du texte. C’est dense et on se surprend à relire des passages entiers, non par manque de lisibilité mais pour savourer chaque détail qui, avec cet auteur, a son importance et n’est certainement pas cité pour gonfler le texte et masquer une trame pauvre. L’humour n’est pas en reste dans cette histoire ! Cela commence surtout avec les trois sœurs et une situation qui devient comique grâce au procédé de la répétition : « Chaque jour, la plupart des onze passaient un par un devant le chantier, chacun à son heure exacte, si bien que l’un ou l’autre ouvrier pouvait tirer sa montre et annoncer : nous allons voir apparaître la première des trois sœurs. A peine avait-il fini de parler que l’aînée se montrait, suivie de près par la seconde qui lui soufflait dans le cou, la plus jeune à vingt pas derrière, allez donc savoir pourquoi ! » Et nous d’imaginer cette scène plus épatante à mesure qu’on a l’occasion de l’observer ! On se régale encore de certaines expressions comme : « La nuit était noire comme dans un cul de chaudron.» (inséré dans un contexte inquiétant, une ambiance de cimetière, on est totalement pris au dépourvu), « On était à peine entré en décembre que les journaux imprimèrent une nouvelle qui fit se frotter les yeux même à ceux qui ne savaient pas lire. » (là, j’adore, j’ai ri jusqu’à ce que je découvre moi-même la nouvelle et que je sois aussi décontenancée que le narrateur). Mais il y a aussi toutes ces petites remarques que l’on retrouve habituellement à l’oral : « Edouard Bolzer était son nom, mais on l’appelait Ed le Joufflu, a-t-on besoin de vous dire pourquoi ! » Un texte savoureux, pour sûr !

La toute fin du livre est éblouissante ! Pris dans un curieux mélange d’appréhension, de surprise et de satisfaction, le lecteur y sera difficilement indifférent.

J’ai adoré ce livre qui nous maintient en lévitation entre ciel et terre, ou plutôt devrais-je dire entre terroir et magie !
mots-clés : #contemythe
par Louvaluna
le Jeu 12 Juil - 18:23
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Pierre-Jakez Hélias
Réponses: 15
Vues: 777

Revenir en haut

Page 1 sur 4 1, 2, 3, 4  Suivant

Sauter vers: