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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 14 Nov 2019 - 12:09

26 résultats trouvés pour philosophique

Umberto Eco et le Cardinal Carlo Maria Martini

Umberto Eco
(1932 - 2016)

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Umberto Eco, né le 5 janvier 1932 à Alexandrie dans le Piémont et mort le 19 février 2016 à Milan, est un universitaire, érudit et écrivain italien. Fils de Giovanna Bisio et de Giulio Eco, employé aux chemins de fer, il a passé son baccalauréat au lycée Giovanna-Plan d'Alexandrie, sa ville natale. Dans sa classe, il y avait un accordéoniste, Gianni Coscia, qui a fait une carrière en accompagnant entre autres Astor Piazzolla. Ils se sont liés d'amitié et ont composé ensemble à l'école de petites revues musicales dont Umberto écrivait le livret. Amis d'enfance, ils ont continué à faire de la musique ensemble, Umberto Eco étant un très honorable flûtiste.

Dans sa jeunesse, il faisait partie des jeunes catholiques de l'action catholique. Au début des années cinquante, il en devint même un des principaux responsables nationaux italiens. En 1954, il abandonna son engagement en raison d'un désaccord avec Luigi Gedda (it).
Diplômé en philosophie en 1954 à l'université de Turin (avec une thèse sur l'esthètique de Saint Thomas d'Aquin), Umberto Eco s'intéresse dans un premier temps à la scolastique médiévale, puis à l'art d'avant-garde et à la culture populaire contemporaine. Il rencontre un succès immédiat en Italie.
Sa thèse universitaire sur Thomas d'Aquin lui fit mettre de la distance avec la Foi et l'église catholique : « Il m'a miraculeusement guéri de la foi », a-t-il déclaré ironiquement.
Devenu ensuite un pionnier des recherches en sémiotique (La Structure absente, 1968), Umberto Eco développe une théorie de la réception qui le place parmi les penseurs européens les plus importants de la fin du xxe siècle.

Son premier roman, Le Nom de la rose (1980) connaît un succès mondial avec plusieurs millions d'exemplaires vendus et des traductions en 43 langues, malgré un contenu dense et ardu. Umberto Eco met en application dans ce « policier médiéval » ses concepts sémiologiques et ses théories du langage, ceux-là mêmes qu'il enseigne à Turin.
Son deuxième roman, Le Pendule de Foucault (1988) connaît également un énorme succès, quoique pour des raisons inverses : le public, guidé par Eco, part à la découverte de symboles énigmatiques ou prophétiques, à rebours de la dénonciation de l'ésotérisme qui est pourtant le propos de l'auteur. Mais celui-ci démontre par la même occasion que le lecteur est libre de ses interprétations. Le livre tourne d'ailleurs en ridicule l'interprétation à outrance des faits avérés ou légendaires de l'histoire, en tirant avec un égal succès des dimensions d'un simple kiosque à journaux le même genre d'informations de portée cosmique que certains se croient fondés à lire dans celles de la pyramide de Khéops.

Tout au long de sa carrière, il écrit régulièrement, dans des quotidiens et des hebdomadaires, des chroniques sur des sujets de l'heure, avec un souci de « débusquer du sens là où on serait porté à ne voir que des faits ».

Il est élu membre associé de l’Académie royale de Belgique le 7 mars 2011.
En février 2015, il est récompensé du prix Alphonse-Allais pour l'ensemble de son œuvre. En novembre 2015, il quitte les éditions Bompiani pour fonder à Milan La nave di Teseo, une nouvelle maison d'édition.
Umberto Eco meurt le 19 février 2016 d'un cancer.

source : Wikipédia

Fil personnel de l'auteur : http://deschosesalire.forumactif.com/t1563-umberto-eco

Bibliographie :

Spoiler:
Romans
- Le Nom de la Rose (1980) : Page 1
- La Pendule de Foucault (1988)
- L'Ile du Jour d'avant (1994)
- Baudolino (2000)
- La Mystérieuse flamme de la Reine Loana (2004)
- Le Cimetière de Prague (2010) : Page 1
- Numéro Zéro (2015)

Essais (liste sélective)
- Le Problème esthétique chez Thomas d'Aquin (1970)
- Art et beauté dans l'esthétique médiévale (1987)
- L'Œuvre ouverte (1962)
- Pastiches et postiches (1996) (version augmentée de Diario minimo, 1963)
- La Structure absente, introduction à la recherche sémiotique (1968)
- Le Signe, histoire et analyse d'un concept, (1971)
- La Guerre du faux (tiré de Il costume di casa, 1973; Dalla periferia dell'impero, 1977 ; Sette anni di desiderio, 1983)
- Beatus de Liébana (1973)
- La Production des signes (version partielle de A Theory of Semiotics, 1975)
- De Superman au Surhomme (1976)
- Lector in fabula ou la Coopération interprétative dans les textes narratifs (1979)
- Apostille au Nom de la Rose (1983)
- Sémiotique et philosophie du langage (1984)
- L'Énigme de la Hanau 1609 (1989) (« Enquête bio-bibliographique sur l'Amphithéâtre de l'Éternel Sapience... de heinrich Khunrath»)
- Les Limites de l'interprétation (1990)
- Comment voyager avec un saumon, nouveaux pastiches et postiches (traduction partielle de Il secondo diario minimo)
- Interprétation et surinterprétation (1992)
- La Recherche de la langue parfaite dans la culture européenne (1993)
- Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs (1994)
- Incontro - Encounter - Rencontre (1996) (en italien, anglais et français)
- Croire en quoi ? (1996) Page 1
- Cinq questions de morale (1997)
- Kant et l'ornithorynque (1997)
- De la littérature (2002)
- La Licorne et le Dragon, les malentendus dans la recherche de l'universel (collectif, 2003)
- Histoire de la beauté (2004)
- À reculons, comme une écrevisse (2006)
- Dire presque la même chose, expériences de traduction (2003)
- Histoire de la laideur (2007)
- Histoire de la beauté (2008)
- Vertige de la liste (2009) Page 1
- De l'arbre au labyrinthe (2011)
- Confessions d'un jeune romancier (2013)
- Histoire des lieux de légende (2013)
- Construire l’ennemi (2014)
- Écrits sur la pensée au Moyen Âge (2015)
- Chroniques d'une société liquide (2016)
- Comment écrire sa thèse
- Reconnaître le fascisme

En collaboration
- Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, N’espérez pas vous débarrasser des livres (2009)

Œuvres pour la jeunesse
- Les Trois Cosmonautes, avec Eugenio Carmi, 1989
- La Bombe du général, avec Eugenio Carmi, 1989
Les Gnomes de Gnou, avec Eugenio Carmi, Grasset, 1993


Cardinal Carlo Maria Martini
1927/2012

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Carlo Maria Martini, né le 15 février 1927 à Turin (Italie) et mort le 31 août 2012 à Gallarate, près de Milan (Italie), est un prêtre jésuite italien. Professeur d'Écritures saintes et recteur de l'Institut biblique de Rome, il devient recteur de l'Université grégorienne avant d'être nommé archevêque de Milan en 1979. Il est créé cardinal par Jean-Paul II en 1983.

Spoiler:
Jeunesse et formation
Né à Turin, Carlo Maria Martini est baptisé le 22 février 1927. Au journaliste Aldo Maria Valli il confie : « C'est à mes parents que je dois mes racines religieuses et le respect de qui pense autrement que moi ». À neuf ans, il va à l'école jésuite Istituto Sociale à Turin. Le 25 septembre 1944, il entre dans la Compagnie de Jésus et est ordonné prêtre le 13 juillet 1952 par le cardinal Maurilio Fossati.

En 1958, il obtient un doctorat de théologie fondamentale à l'Université pontificale grégorienne de Rome. Sa thèse porte sur les témoignages de la résurrection du Christ. Il obtient ultérieurement un deuxième doctorat à l'Institut d'études bibliques de Rome avec cette fois-ci une thèse sur l'Évangile selon Luc.

Professeur d'Écritures saintes
Le 2 février 1962, il fait sa profession religieuse définitive dans la Compagnie de Jésus. À partir de cette même année, il commence une longue collaboration avec la revue La Civiltà Cattolica où il signera un grand nombre d'articles, particulièrement sur le progrès des recherches en sciences bibliques. Il est chargé d'enseignement à l'Institut biblique pontifical, un institut d'études supérieures et de recherches en sciences bibliques, dont il est le recteur de 1969 à 1978.
En 1978, il est choisi par le pape Paul VI pour être le recteur (rector magnificus) de l'Université pontificale grégorienne. Pendant ces années, il publie de nombreux travaux universitaires. Il est l'un des responsables éditoriaux du Novum Testamentum Graece.

Archevêque de Milan
Le 29 décembre 1979, Jean-Paul II le nomme archevêque de Milan. Pour sa première nomination épiscopale, Carlo Maria Martini reçoit d'emblée la responsabilité du diocèse le plus grand au monde avec plus de 1 100 paroisses, une charge considérable et prestigieuse. Il est consacré le 6 janvier 1980 par le pape en personne.
En tout l'archevêque donne une place privilégiée à la lecture et la méditation de la Parole de Dieu. En novembre 1980, il met sur pied l' école de la Parole qui réunit chaque mois des milliers de jeunes gens qu'il initie à l'écoute et la méditation de l'Écriture.
De 1987 à 1993, il préside la Conférence des évêques européens.

Cardinal
Carlo Maria Martini en 1992.
Lors du consistoire du 2 février 1983, il est créé cardinal par le pape Jean-Paul II avec le titre de cardinal-prêtre de Sainte-Cécile du Trastévère.
En 1995-1996, il participe à la création de la « mafia de Saint-Gall » avec Mgr Ivo Fürer (en).
En 2002, ayant atteint l'âge de la retraite, il est remplacé à Milan par le cardinal Dionigi Tettamanzi. Pour marquer la fin de son mandat apostolique à Milan il écrit une lettre pastorale intitulée Sur Ta parole: « Pas de nostalgie, pas de regrets, pas de fuites des nécessités actuelles: laissons-nous donc animer d'une ardente espérance, d'une profonde passion pour le Royaume qui vient... » Attaché à la Terre sainte, où le bibliste qu'il est retrouve les traces de Jésus de Nazareth, qui a toujours été au coeur de sa vie et de sa recherche, il prend sa retraite à Jérusalem, pour y prier et se consacrer à ses études d'exégèse biblique.
Lors du conclave de 2005, âgé de 78 ans, il est encore électeur et éligible. Pendant des années, de nombreux catholiques « progressistes » ont espéré son élection pour succéder à Jean-Paul II. Cependant, à la mort de ce dernier, l'élection du cardinal Martini est généralement considérée comme improbable, en raison de ses opinions, de son âge, ou, surtout, parce qu’il souffre de la maladie de Parkinson. Il refuse alors qu'on vote pour lui.
Le 15 février 2007, il atteint l'âge limite de 80 ans et ne peut plus voter en cas de nouveau conclave. Il rentre en Italie du Nord en 2008, sa maladie de Parkinson s'étant aggravée.
Il meurt à Gallarate le 31 août 2012 (à 85 ans). En novembre 2012, le rabbin Giuseppe Laras, acteur du dialogue judéo-chrétien au côté de Carlo Maria Martini, fait parvenir de la terre de Jérusalem pour que celle-ci soit placée dans le tombeau du cardinal4. Le rabbin Laras souhaite qu'une forêt soit consacrée à sa mémoire, près du lac de Tibériade, comme pour Jean XXIII, entre autres.


Souvent considéré comme l'un des membres « progressistes » du Sacré Collège, il a montré à travers ses nombreux écrits une grande largeur de vues qui l'a rendu populaire dans certains milieux de l'Église catholique.
L'une de ses œuvres les plus connues dans le grand public est une série de lettres échangées avec l'auteur italien Umberto Eco, dont la traduction française a été publiée en 1997 sous le titre Croire en quoi ?
Il déclare en juillet 2007 qu'il ne célébrera pas la forme tridentine du rite romain tel que le permet le récent motu proprio Summorum Pontificum6, soulignant la bonne volonté de Benoit XVI qui « permet à chacun de prier Dieu dans l'ancienne forme et dans la nouvelle ».
En 2008, il livre un ouvrage d'entretiens sur la foi, les jeunes et l'Église avec le jésuite Georg Sporschill, dans lequel il apparait souvent à contre-courant du pape Benoît XVI et critique à demi-mot la hiérarchie de l'Église. Il remet explicitement en cause Humanæ Vitæ et estime que l'interdiction de la contraception artificielle a créé « un tort grave » à l'Église qui, selon lui, « [s']est éloignée de beaucoup de gens » et dont « beaucoup de gens se sont éloignés »


Publications en français
Spoiler:

1968 - 1984
1968 : Beati Petri Apostoli epistulae Ex Papyro Bodmeriana VIII Transcriptae, (2 vol.) éd. Hamilcar Pizzi, Milan. Fac-simile d'un papyrus biblique important, le papyrus Bodmer VIII.
1968 : Collaboration à Kurt Aland, Matthew Black, Carlo M. Martini… [et al.], The Greek New Testament, United Bible societies, London ; New York ; Edinburgh [etc.], 2d ed.
1969 : Essai bibliographique sur Jésus-Christ, à la suite de Paul VI (Pape) Messages aux hommes d'aujourd'hui, le Christ et le drame de conscience moderne, Fayard, Paris.
1981 : Voici votre roi : les "Exercices spirituels" de saint Ignace à la lumière de saint Jean, Cerf, Coll. « Épiphanie » no 62
1982 : Être avec Jésus : l'itinéraire spirituel des Douze selon saint Marc, Cerf, Coll. « Épiphanie » no 78

Le cardinal Martini reçoit la visite du pape Jean Paul II à Milan en 1984.
1984 : Itinéraire de prière avec Saint Luc, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 2, Paris
1984 : Saint Paul face à lui-même, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 3, Paris
1984 : La Bonne Nouvelle de la Résurrection.Contribution à l'ouvrage collectif sous la direction de R. Gantoy . Cerf, Collection « Lire la Bible » no 66
1985 - 1994
1985 : L'Évangélisateur en saint Luc, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 5, Paris
1986 : Témoins de la Parole - Maximilien Kolbe. Thérèse de l'Enfant-Jésus. Charles de Foucauld. Simone Weil. Georges La Pira. Deux fiancés., Cerf, Coll. « Épiphanie »
1986 : La Femme de la Réconciliation, ed. Saint-Paul, Paris-Fribourg
1986 : Peuple en marche : pour une Église missionnaire, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 6, Paris
1987 : Sur les chemins du Seigneur : réflexions pour chaque jour, Desclée de Brouwer, Paris
1987 : L'Église pour le monde : méditations sur l'Église d'après les textes de Vatican II, ed. Saint-Paul, Paris-Fribourg
1987 : La Femme dans son peuple : le cheminement de Marie avec les hommes et les femmes de tous les temps, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 12, Paris
1987 : Présentation dans Carlo Cremona, Augustin d'Hippone : la raison et la foi, Éd. de la Colombe, Paris
1990 : Préface pour Aux commencements de la foi : pastorale catéchuménale en Europe aujourd'hui / Conférence européenne des catéchuménats, Médiaspaul, Paris
1991 : Participation à Communication et spiritualité : recueil de textes et d'interviews, Pierre Babin (Dir.), Chalet, Coll. «Le chrétien en situation», Paris
1991 : Préface dans Les évêques d'Europe et la nouvelle évangélisation Coll. «Documents des Églises», Paris
1991 : David et le Christ : retraite ignacienne, éd. Culture et vérité, Coll. «Chrétiens aujourd'hui» no 6, Namur
1992 : Prêtres, quelques années après… - Méditations sur le ministère presbytéral, Cerf, Coll. « Épiphanie », Paris.
1992 : "Je te cherche dès l'aube" : une école de prière, Centurion, Paris
1993 : Épreuve et persévérance - Méditations sur le livre de Job, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1993 : Épreuve et persévérance : méditations sur le livre de Job, Cerf, Coll. «Épiphanie», Paris
1994 : À l'écoute du cœur : entretiens avec Alain Elkann, Albin Michel, Coll. «Paroles vives», Paris
1994 : Vie de Moïse : vie de Jésus et existence pascale, Ed. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1994 : Abraham, notre père dans la foi, Ed. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse).
1995 - 1999
1995 : Bible et vocation : de la vocation baptismale à la vocation sacerdotale, Médiaspaul, Coll. Maranatha no 34, Paris
1995 : Samuel - Méditations sur le premier livre de Samuel, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1995 : Et Dieu se fit vulnérable : les récits de la Passion, Cerf, Coll. Épiphanie
1995 : S'ouvrir à la Parole du Christ : maximes spirituelles / cardinal Martini ; choisies par Christine Povero, Fates, Coll. Foi Vivante no 363, Troyes
1995 : "Je jouerai pour Toi" : méditations sur la vie religieuse, Desclée de Brouwer, Paris
1995 : "Que devons-nous faire ?" : méditations pastorales sur l'Évangile de Matthieu, Desclée de Brouwer, Paris
1995 : Et Dieu se fit vulnérable - Les récits de la passion, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1995 : Apôtre, projet de vie ou mandat ?, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1996 : Mets de l'ordre dans ta vie - Méditations sur les «Exercices spirituels» de saint Ignace, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1997 : En chemin avec Timothée, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1997 : La femme dans son peuple : le cheminement de Marie avec les hommes et les femmes de tous les temps, Médiaspaul, Coll. Maranatha no 12, Paris
1997 : Jérémie : parole pour aujourd'hui, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1998 : Croire en quoi ?, en collab. avec Umberto Eco, Éd. Payot & Rivages, Coll. Rivages poche. Petite bibliothèque
1998 : À l'écoute du cœur : entretiens avec Alain Elkann, Albin Michel, Coll. Espaces Libres no 83, Paris
1998 : Miettes de la Parole, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1998 : À la fin du millénaire faisons un rêve, Salvator, Paris
1998 : Qui suis-je ? Qui es-tu ? : Méditations bibliques pour les jeunes, Salvator, Paris
1998 : Parole et politique, en collab. avec Enzo Bianchi, Éd. Fates, Troyes
1998 : Marie souffre encore, Éd. Saint-Paul, Versailles.
1999 : Libre pour aimer - Marie, Servante du Seigneur, modèle des croyants – Méditations, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1999 : Petit dictionnaire de spiritualité, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1999 : J'irai vers mon Père : lettre pastorale 1998-1999, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 - 2004
2000 : Méditations sur l'Évangile de Marc, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : Quelle beauté sauvera le monde ?, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : Le fruit de l'Esprit dans la vie quotidienne, Éd. de l'Atelier & Éd. ouvrières, Paris
2000 : Les Béatitudes, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : Méditations sur l'Évangile de Jean, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : "Je rêve d'une Europe de l'Esprit", Bayard, Paris
2001 : Simple propos sur le corps, Éd. Saint-Paul, Versailles
2001 : Témoins de la Parole, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2001 : Disciples du Christ ressuscité, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2001 : La joie de l'Évangile, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2001 : Le "Notre Père", Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2002 : Les vertus, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2003 : La joie parfaite, fruit de la Croix, avec la collab. Raniero Cantalamessa, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2003 : Les sacrements, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
20qu04 : Le Désir de Dieu - Prier les psaumes, Cerf, Coll. « Épiphanie »
2004 : L'Esprit et l'apostolat, avec la collab. de Godfried Danneels, Franco Gallivanone et Benoît Standaert, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Le sérieux de la foi : croire selon saint Jean, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Vers Jérusalem, Cerf, Paris
2004 : L'Église une, sainte, catholique, apostolique, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Propos sur l'art, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Vers Jérusalem, Cerf, Coll. « Épiphanie »
2005 - 2012
2005 : Découvrir sa [vocation], Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2005 : Paul et son ministère : deuxième Lettres aux Corinthiens, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2005 : O mon peuple, sors de tes servitudes, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2005 : Paul et son ministère : deuxième Lettres aux Corinthiens, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2006 : Martini – Mes trois villes - Rome, Jérusalem, Milan, Cerf, Coll. « L'Histoire à vif »
2006 : Préface pour Gilles Routhier et Laurent Villemin (Dir.) Nouveaux apprentissages pour l'Église : mélanges offerts à Hervé Legrand, Cerf, Paris
2006 : Préface pour Alain Marchadour & David Neuhaus, La terre, la Bible et l'histoire : "vers le pays que je te ferai voir", Bayard, Paris
2011: "Mon jardin secret" DDB (226 p) cité dans "Prions en Église" no 295, juillet 2011
2012 : L’évêque au jour le jour, Éditions Lessius
2013 : Je crois à la vie éternelle, Éditions Médiaspaul
2013 : Dernières conversations : Sur Dieu, l'Eglise, le pape, l'éthique et la foi, Bayard Jeunesse


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Croire en quoi ?

Tag philosophique sur Des Choses à lire Croire11


Ce livret est co-signé par Umberto Eco et le cardinal Carlo Maria Martini.
Le titre original est In cosa crede chi non crede ? qui serait mieux traduit par « À quoi croit celui qui ne croit pas ».
L’idée de base, c’est de délimiter un terrain d’entente entre Eglise et non-croyants : quels sont leurs points d’accord, leur "lieu commun" ?
Le dialogue débute par des vues sur le millénarisme (cet échange épistolaire remonte à 1995), l’Apocalypse de Jean, la fin des temps (il est contemporain des Entretiens sur la fin des temps entre Jean Delumeau, Umberto Eco, Stephen Jay Gould et Jean-Claude Carrière, de très recommandable lecture).
« Nous vivons aujourd’hui [1995] (fût-ce de la manière écervelée à laquelle les moyens de communications nous ont habitués) nos terreurs de la fin ; et, disons-le, dans l’esprit du bibeamus, edamus, cras moriemur ["Buvons et mangeons, car nous mourrons demain", Ésaïe, XXII, 13], en célébrant la fin des idéologies et de la solidarité dans le tourbillon d’un consumérisme irresponsable. Chacun joue avec le fantasme de l’Apocalypse tout en l’exorcisant d’autant plus inconsciemment qu’il le craint et le projette sur les écrans sous forme de spectacle sanguinolent, espérant ainsi l’avoir rendu irréel. Mais la force des fantasmes tient précisément à leur irréalité. »

Eco précise que la notion de progrès, d’histoire, de marche en avant, de perfectibilité et donc d’espérance est intrinsèquement chrétienne ; d’où la finalité dernière prônée par la religion.
L’enjeu principal, il y a un quart de siècle, c’est déjà celui de la planète. Eco pointe un paradoxe (ou une méconnaissance) qui me revient souvent à l’esprit :
« Il y a les végétariens, qui renoncent au respect de la vie végétale pour protéger la vie animale. »

L’écueil religion (catholique) et laïcité, c’est d’abord le problème du respect de la vie (surtout dans le débat sur le droit à l’avortement). Puis c’est la question du sacerdoce des femmes.
Quel est le fondement de l’éthique, de la morale laïque, dans une société aux règles mouvantes ? Quelle est la justification de l’altruisme sans principe métaphysique, transcendant ?
« Certains problèmes éthiques me sont devenus plus clairs quand je me suis penché sur des questions sémantiques ‒ et peu importe si d’aucuns trouvent nos propos difficiles : ils ont sans doute été encouragés à penser trop facile par la "révélation" mass-médiatique, prévisible par définition. Qu’ils apprennent à penser difficile, car ni le mystère ni l’évidence ne sont faciles.
Il s’agit de savoir s’il existe des "universaux sémantiques", c'est-à-dire des notions élémentaires communes à toute l’espèce humaine, pouvant être exprimées par toutes les langues. […] Malgré cela, j’en suis arrivé à la certitude qu’il existe des notions communes à toutes les cultures, et que toutes se réfèrent à la position de notre corps dans l’espace. »

Il me semble finalement revenir à la vague notion d’archétypes jungiens d’un inconscient collectif…

En un mot, une lecture stimulante d'intelligence, ouvrant des perspectives et précisant même quelques concepts d'actualité.


Mots-clés : #entretiens #philosophique #religion
par Tristram
le Mer 10 Juil 2019 - 9:36
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Umberto Eco et le Cardinal Carlo Maria Martini
Réponses: 0
Vues: 75

Laurent de Sutter

Pop' philosophie

Tag philosophique sur Des Choses à lire Hjktgu10

Plus de cent pages pour parler du vide en faisant du vide.
La pop'philosophie est un concept créé par Gilles Deleuze. Gilles Deleuze étant un philosophe qui avait dans son projet philosophique posé comme postulat de base que la philosophie avait pour mission principale de créer des concepts. Le souci est que Deleuze n'accompagnait pas cette décision d'une nécessité de définir et que cette définition soit logiquement valide.
Il y avait donc parfois avec ses oeuvres un léger hermétisme sur les notions avancées.
Pop'philosophie est en quelque sorte une approche, celle de discourir de tout ce qui est commun. Réfléchir et questionner un clip musical, un film, ou une publicité.
Il y avait cette affirmation selon laquelle on pouvait discuter de l'insignifiant et c'est la discussion qui allait être révélatrice de quelque chose de signifiant.
C'est principalement le propos de ce livre, pouvoir discuter de rien car la valeur réside dans la discussion et la réflexion, non sur l'objet.
Ce qui est vrai. Mais il n'a pas fallu attendre Deleuze pour s'intéresser à cela en philosophie. C'était déjà le cas avec Aristote.
Deleuze y accompagne selon Sutter un paradigme social et culturel qui est que le philosophe ne doit pas être savant pour pouvoir réfléchir philosophiquement sur quelque chose. Il ciblera par exemple Umberto Eco qui était expert en de nombreuses choses et comme étant ainsi le paroxysme du philosophe pouvant avoir une culture sur tout mais de fait complexifiant le discours philosophique par un savoir pas forcément utile.
Là dessus rien de nouveau non plus Montaigne en parlait déjà, Rabelais aussi.
Le problème de cet ouvrage est double. Le premier est qu'il n'apporte rien aux études faites sur l'oeuvre de Deleuze. Strictement rien.
Le second est qu'il s'attarde sur un concept de Deleuze qui est lui-même peu utilisé par le philosophe mais qui en plus apporte peu de choses en termes d'héritages. En effet peu de philosophes ont suivi cette notion de pop'philosophie car elle était mal définie, secondaire et peu conséquente.
Un livre qui n'aura même pas le pouvoir de questionner sur sa propre existence.

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Mots-clés : #philosophique
par Hanta
le Sam 15 Juin 2019 - 15:17
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Laurent de Sutter
Réponses: 9
Vues: 270

Witold Gombrowicz

Cours de philosophie en six heures un quart

Tag philosophique sur Des Choses à lire Cours-10

Il est des accidents que l'on regarde avec un sourire gêné. Un petit peu comme un ami qui tient des propos fort dommageables pour sa crédibilité. On voudrait lui dire de se taire pour préserver ce qui reste de cohérence mais devant l'assemblée c'est impossible.
Alors peut être que cet ouvrage pour des personnes qui n'y connaissent pas grand chose en philosophie est agréable, peut être que pour les personnes qui souhaitent être autodidactes c'est un bon début mais il y a tellement de faussetés par simplification, tellement d'opinion personnelle sur ce que tel ou tel philosophe aurait voulu dire qu'on en vient à lire des contre sens. Le contresens en philosophie étant ce qu'il y a de pire, on se retrouve avec un ouvrage mal écrit, mal présenté, décousu, et parsemé de petites erreurs qui tuent le sens de la pensée des certains philosophes.
Je préfère retenir le Gombrowicz romancier ou nouvelliste.

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Mots-clés : #essai #philosophique
par Hanta
le Sam 4 Mai 2019 - 10:07
 
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Sujet: Witold Gombrowicz
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Gustave Flaubert

Bouvard et Pécuchet

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Le dernier roman de Flaubert, qu’il n’a pas eu le temps d’achever (pas même le premier volume sur deux prévus), constitue un formidable projet encyclopédique, une accumulation totalitaire, une tentative d’approche exhaustive de tous les domaines de la pensée. Il a réuni pour ce faire une documentation énorme (plus de 1500 ouvrages annotés ‒ ce qui explique sans doute la densité du texte), y compris trois expéditions sur la côte normande :
« Je placerai Bouvard et Pécuchet entre la vallée de l'Orne et la vallée d'Auge, sur un plateau stupide, entre Caen et Falaise ; mais il faudra que je retourne dans cette région quand j'en serai à leurs courses archéologiques et géologiques, et il y a de quoi s'amuser. »
A sa nièce Caroline, 24 juin 1874

Pour mémoire, c’est l’histoire de deux greffiers mis à l'aise par un héritage, qui décident de se retirer à la campagne pour étudier les sciences et les techniques, et parcourent les différents domaines des connaissances d’un insuccès à un échec, de contradictions en fatuités. Leur méthode est systématiquement de se documenter, d’expérimenter puis d’évaluer.
« C’est l’histoire de ces deux bonshommes qui copient une espèce d’encyclopédie critique en farce. Vous devez en avoir une idée. Pour cela, il va me falloir étudier beaucoup de choses que j’ignore : la chimie, la médecine, l’agriculture. Je suis maintenant dans la médecine. Mais il faut être fou et triplement phrénétique pour entreprendre un pareil bouquin ! »
Lettre à Madame Roger des Genettes, 19 août 1872

Les deux copistes ont la solide réputation d’être fort bêtes, mais je ressens une si profonde empathie pour eux, qu’il me semble qu’ils synthétisent la pitoyable condition humaine :
« Ce qui les gagna, ce qui les délectait, c'est la tendresse pour les humbles, la défense des pauvres, l'exaltation des opprimés. »

Ils me ramentoivent d’ailleurs le doux Bartleby de Melville.
Pour Flaubert rien n’est certain hormis la bêtise, et il pointe les contradictions d’avis, scientifiques ou non, qui confinent à l’absurde (on songe à Voltaire ; d’ailleurs au Dictionnaire philosophique portatif ou La Raison par alphabet de ce dernier semble répondre le Dictionnaire des idées reçues, qui était prévu comme partie intégrante de Bouvard et Pécuchet).
Il semble cependant que Flaubert se soit, au moins partiellement, par moments, identifié à ses deux personnages :
« Alors une faculté pitoyable se développa dans leur esprit, celle de voir la bêtise et de ne plus la tolérer. »

Toujours est-il que l’auteur n’affirme pas : il dérange, fait s’interroger son lecteur. Ce questionnement sur la vérité est plus que jamais d’actualité, avec cette complaisance à la sottise qu’on constate de nos jours (négation de la science, du réel, de la raison comme du sentiment).
Le succès (posthume) de Flaubert tient peut-être aussi à l’abondante matière qu’il a laissé aux critiques littéraires, dont une correspondance où l’élaboration de son œuvre est commentée par l’auteur lui-même. Ainsi, j’ai pris plaisir à suivre jusqu’à sa lettre du 2 mai 1880 à sa nièce Caroline son enquête sur une intuition de l’existence de l’exception à l’exception en botanique (qui ne prendra que quelques lignes d’ailleurs inachevées dans le chapitre X de son roman), pour aboutir à cette remarque que pourraient agréer nombre de scientifiques et artistes :
« La réalité ne se plie point à l'idéal, mais le confirme. »

Beaucoup de choses donc ; il y a un petit côté écolo avant l’heure…
« Pécuchet fit creuser devant la cuisine un large trou, et le disposa en trois compartiments, où il fabriquerait des composts qui feraient pousser un tas de choses dont les détritus amèneraient d’autres récoltes procurant d’autres engrais, tout cela indéfiniment, et il rêvait au bord de la fosse, apercevant dans l’avenir des montagnes de fruits, des débordements de fleurs, des avalanches de légumes. »

…et un large côté enfantin dans les expérimentations genre "petit chimiste" des deux compères :
« Bouvard, toujours en sueur, n'avait pour vêtement que sa chemise et son pantalon tiré jusqu'au creux de l'estomac par ses courtes bretelles ; mais étourdi comme un oiseau, il oubliait le diaphragme de la cucurbite, ou exagérait le feu. Pécuchet marmottait des calculs, immobile dans sa longue blouse, une espèce de sarrau d'enfant avec des manches ; et ils se considéraient comme des gens très sérieux, occupés de choses utiles. »

Un peu aussi du facteur Cheval dans leur art topiaire :
« Ils avaient été sur les rives de l'Orne, choisir des granits, les avaient cassés, numérotés, rapportés eux-mêmes dans une charrette, puis avaient joint les morceaux avec du ciment, en les accumulant les uns par-dessus les autres ; et au milieu du gazon se dressait un rocher, pareil à une gigantesque pomme de terre. »

« Le lendemain, à son réveil, Bouvard fut surpris. Les deux premiers ifs de la grand allée (qui la veille encore, étaient sphériques) avaient la forme de paons, et un cornet avec deux boutons de porcelaine figuraient le bec et les yeux. Pécuchet s'était levé dès l’aube ; et tremblant d'être découvert, il avait taillé les deux arbres à la mesure des appendices expédiés par Dumouchel. Depuis six mois, les autres derrière ceux-là imitaient, plus ou moins, des pyramides, des cubes, des cylindres, des cerfs ou des fauteuils. Mais rien n'égalait les paons, Bouvard le reconnut, avec de grands éloges.
Sous prétexte d'avoir oublié sa bêche, il entraîna son compagnon dans le labyrinthe. Car il avait profité de l'absence de Pécuchet, pour faire, lui aussi, quelque chose de sublime. La porte des champs était recouverte d'une couche de plâtre, sur laquelle s'alignaient en bel ordre cinq cents fourneaux de pipes, représentant des Abd-el-Kader, des nègres, des turcos, des femmes nues, des pieds de cheval, et des têtes de mort !
‒ Comprends-tu mon impatience !
‒ Je crois bien !
Et dans leur émotion, ils s'embrassèrent. »

Et, donc, on rit énormément :
« Ils se transportèrent chez le pharmacien de Bayeux (celui de Falaise leur en voulait toujours à cause de son jujube) et ils l'engagèrent à fabriquer comme les Anciens des pila purgatoria, c'est-à-dire des boulettes de médicaments, qui à force d'être maniées, s'absorbent dans l'individu.
D'après ce raisonnement qu'en diminuant la chaleur on entrave les phlegmasies [inflammations], ils suspendirent dans son fauteuil, aux poutrelles du plafond, une femme affectée de méningite, et ils la balançaient à tour de bras quand le mari survenant les flanqua dehors.
Enfin au grand scandale de M. le curé, ils avaient pris la mode nouvelle d'introduire des thermomètres dans les derrières. »

La dimension moliéresque ou rabelaisienne ne manque effectivement pas :
« Mais tous les livres ne valant pas une observation personnelle, ils entraient dans les cours, et demandaient aux laboureurs s'ils avaient vu des taureaux se joindre à des juments, les cochons rechercher les vaches, et les mâles des perdrix commettre entre eux des turpitudes.
‒ Jamais de la vie !
On trouvait même ces questions un peu drôles pour des messieurs de leur âge.
Ils voulurent tenter des alliances anormales.
La moins difficile est celle du bouc et de la brebis. Leur fermier ne possédait pas de bouc. Une voisine prêta le sien ; et l'époque du rut étant venue, ils enfermèrent les deux bêtes dans le pressoir, en se cachant derrière les futailles, pour que l'événement pût s'accomplir en paix. »

Mais on ne trouve pas que fantaisie, gaudriole ou nigauderie dans cette histoire : une substantificque mouelle y est comprise, comme au corps défendant de l’auteur (et je pense à Diderot).
« Peu d’historiens ont travaillé d’après ces règles, mais tous en vue d’une cause spéciale, d’une religion, d’une nation, d’un parti, d’un système, ou pour gourmander les rois, conseiller le peuple, offrir des exemples moraux.
Les autres, qui prétendent narrer seulement, ne valent pas mieux ; car on ne peut tout dire, il faut un choix. Mais dans le choix des documents, un certain esprit dominera, et comme il varie, suivant les conditions de l’écrivain, jamais l’histoire ne sera fixée. »

La période "lecture de romans" ne manque pas de sel non plus : lassés des inexactitudes et procédés éculés d’Alexandre Dumas et Walter Scott, Bouvard et Pécuchet s’essaient à travailler leur voix pour déclamer de la tragédie (ils triompheront dans Phèdre, Tartuffe et Hernani !) :
« Bouvard, plein d’expérience, lui conseilla, pour l’assouplir, de la déployer depuis le ton le plus bas jusqu’au plus haut, et de la replier, émettant deux gammes, l’une montante, l’autre descendante ; et lui-même se livrait à cet exercice, le matin, dans son lit, couché sur le dos, selon le précepte des Grecs. Pécuchet, pendant ce temps-là, travaillait de la même façon ; leur porte était close et ils braillaient séparément. »

Voici un intéressant aperçu du "biais du lecteur", ou de la suspension consentie de l'incrédulité :
« Sans connaître les modèles, ils trouvaient ces peintures ressemblantes, et l'illusion était complète. »

Sur Balzac :
« L'œuvre de Balzac les émerveilla, tout à la fois comme une Babylone, et comme des grains de poussière sous le microscope. Dans les choses les plus banales, des aspects nouveaux surgirent. Ils n'avaient pas soupçonné la vie moderne aussi profonde.
‒ Quel observateur ! s'écriait Bouvard.
‒ Moi je le trouve chimérique, finit par dire Pécuchet. Il croit aux sciences occultes, à la monarchie, à la noblesse, est ébloui par les coquins, vous remue les millions comme des centimes, et ses bourgeois ne sont pas des bourgeois, mais des colosses. Pourquoi gonfler ce qui est plat, et décrire tant de sottises ! Il a fait un roman sur la chimie, un autre sur la Banque, un autre sur les machines à imprimer, comme un certain Ricard avait fait "le cocher de fiacre", "le porteur d’eau", "le marchand de coco". Nous en aurions sur tous les métiers et sur toutes les provinces, puis sur toutes les villes et les étages de chaque maison et chaque individu, ce qui ne sera plus de la littérature, mais de la statistique ou de l’ethnographie. »

Autant donc créer soi-même :
« Enfin, ils résolurent de composer une pièce.
Le difficile c'était le sujet.
Ils le cherchaient en déjeunant, et buvaient du café, liqueur indispensable au cerveau, puis deux ou trois petits verres. Ensuite, ils allaient dormir sur leur lit ; après quoi, ils descendaient dans le verger, s'y promenaient, enfin sortaient pour trouver dehors l'inspiration, cheminaient côte à côte, et rentraient exténués.
Ou bien, ils s'enfermaient à double tour, Bouvard nettoyait la table, mettait du papier devant lui, trempait sa plume et restait les yeux au plafond, pendant que Pécuchet dans le fauteuil, méditait les jambes droites et la tête basse.
Parfois, ils sentaient un frisson et comme le vent d'une idée ; au moment de la saisir, elle avait disparu. »

Il y a aussi de l’action, du sentiment !
« Et ayant jeté un regard autour d'eux, il la prit à la ceinture, par derrière, et la baisa sur la nuque, fortement.
Elle devint très pâle comme si elle allait s'évanouir, et s'appuya d'une main contre un arbre ; puis, ouvrit les paupières, et secoua la tête.
‒ C'est passé.
Il la regardait, avec ébahissement. »

De la démocratie :
« Ces nigauds forment la masse électorale, et nous subissons leur volonté. Pourquoi ne peut-on se faire avec des lapins trois mille livres de rentes ? C'est qu'une agglomération trop nombreuse est une cause de mort. De même, par le fait seul de la foule, les germes de bêtise qu'elle contient se développent et il en résulte des effets incalculables.
‒ Ton scepticisme m’épouvante ! dit Pécuchet. »

Summum, le magnétisme dont c’est la grand’ mode, avec Pécuchet hypnotisé par la visière de sa casquette !
« Cependant par toute l'Europe, en Amérique, en Australie et dans les Indes, des millions de mortels passaient leur vie à faire tourner des tables, et on découvrait la manière de rendre les serins prophètes, de donner des concerts sans instruments, de correspondre aux moyens des escargots. La Presse offrant avec sérieux ces bourdes au public, le renforçait dans sa crédulité. »

« Puis comme Germaine avait des bourdonnements d'oreilles, qui l'assourdissaient, il dit un soir d'un ton négligé : Si on essayait du magnétisme ? Elle ne s'y refusa pas. Il s'assit devant elle, lui prit les deux pouces dans ses mains et la regarda fixement, comme s'il n'eût fait autre chose de toute sa vie.
La bonne femme, une chaufferette sous les talons, commença par fléchir le cou ; ses yeux se fermèrent, et tout doucement, elle se mit à ronfler. Au bout d'une heure qu'ils la contemplaient Pécuchet dit à voix basse : Que sentez-vous ?
Elle se réveilla.
Plus tard sans doute la lucidité viendrait.
Ce succès les enhardit ; et reprenant avec aplomb l'exercice de la médecine ils soignèrent Chamberlan, le bedeau, pour ses douleurs intercostales, Migraine, le maçon, affecté d'une névrose de l'estomac, la mère Varin, dont l'encéphaloïde sous la clavicule exigeait pour se nourrir des emplâtres de viande, un goutteux, le père Lemoine, qui se traînait au bord des cabarets, un phtisique, un hémiplégique, bien d'autres. Ils traitèrent aussi des coryzas et des engelures. »

« Car le lendemain à six heures un valet de charrue vint leur dire qu’on les réclamait à la ferme, pour une vache désespérée.
Ils y coururent.
Les pommiers étaient en fleurs et l’herbe, dans la cour, fumait sous le soleil levant. Au bord de la mare, à demi couverte d’un drap, une vache beuglait, grelottante des seaux d’eau qu’on lui jetait sur le corps, et, démesurément gonflée, elle ressemblait à un hippopotame.
Sans doute, elle avait pris du « venin » en pâturant dans les trèfles. Le père et la mère Gouy se désolaient, car le vétérinaire ne pouvait venir, et un charron qui savait des mots contre l’enflure ne voulait pas se déranger ; mais ces messieurs dont la bibliothèque était célèbre, devaient connaître un secret.
Ayant retroussé leurs manches, ils se placèrent l’un devant les cornes, l’autre à la croupe, et, avec de grands efforts intérieurs et une gesticulation frénétique, ils écartaient les doigts pour épandre sur l’animal des ruisseaux de fluide, tandis que le fermier, son épouse, leur garçon et des voisins, les regardaient presque effrayés.
Les gargouillements que l’on entendait dans le ventre de la vache provoquèrent des borborygmes au fond de ses entrailles. Elle émit un vent. Pécuchet dit alors :
— C’est une porte ouverte à l’espérance, un débouché, peut-être.
Le débouché s’opéra, l’espérance jaillit dans un paquet de matières jaunes éclatant avec la force d’un obus. Les cuirs se desserrèrent, la vache dégonfla ; une heure après il n’y paraissait plus. »

Une somme d’autant plus inépuisable qu’elle reste inachevée...


Mots-clés : #humour #philosophique
par Tristram
le Mer 27 Mar 2019 - 19:27
 
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Sujet: Gustave Flaubert
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Giorgio Agamben

Bartleby, ou La création

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Ouvrage philosophique centré sur la grande interrogation posée lors de la lecture de Bartleby. Quel est le sens de la tournure particulière de cette phrase si souvent répétée par le copiste de Melville : Je préfèrerais ne pas.
Plusieurs prismes d'étude sont donc à envisager :
le prisme logique : ne pas préférer c'est finalement ne pas choisir, c'est considérer que moi sujet je ne puis décider s'il faut ou s'il ne faut pas.
C'est ensuite annihiler le libre arbitre, c'est décréter que le sujet n'a finalement pas d'incidence sur l'action.
C'est déclarer que de toute façon comme le démontre Aristote la proposition peut ou ne pas être n'infirme pas le principe de non contradiction et demeure nécessairement vrai. De fait le non choix laisse possible toute alternative.
C'est signifier comme le démontre Leibniz dans sa théodicée que ce n'est pas lorsqu'un choix est à faire que l'événement e produit, la choix est déjà fait.

D'un point de vue philosophique à la fois sceptique et stoïcienne et existentialiste.
Sceptique car ne pas choisir c'est décider que rien ne doit advenir de son choix et donc en nier la validité et la pertinence.
Cela conduit même au nihilisme si on en nie le sens.
Stoïcienne car finalement, le refus du choix pour constater l'absence de rôle décisionnaire du sujet face à l'ordre des choses laisse penser que seule la vision du monde importe.
Existentialiste car Bartleby copiste qui ne créé pas, disparait refuse sa place dans le monde allant même jusqu'à se nier en tant que sujet au long du récit.

Analyse courte mais riche et assez complexe, Agamben dresse une argumentation complète du récit de Melville dans un style soutenu et agréable.
Porte d'entrée de l'oeuvre d'Agamben c'est aussi une étude nécessaire de celle de Melville.


mots-clés : #philosophique
par Hanta
le Mar 12 Mar 2019 - 11:28
 
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René Pons

Gravats

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Court ouvrage présentant un texte par page et ayant pour thème commun la ruine, la destruction par métaphore et symbole.
Pas de sensiblerie ni de mièvrerie, le propos est philosophique, sentimental mais toujours avec une sobriété dénotant une humilité de l'auteur vis à vis du sujet traité.
Le style est esthétiquement réussi, d'une grande fluidité, et d'une grande richesse en termes de vocabulaire. Il y a une précision poétique dans la structure de la phrase qui est agréable et permet de ressentir le message.

Extrait :
Rien n'est pire qu'un mot en train de mourir et dont le sens se décolle comme la mue d'un serpent. On le trouve dans un coin, déjà recouvert de poussière, on le ramasse, on le soupèse, mais on ne comprend pas ce qu'il fait là et à quoi il pourrait servir. Et plus les jours passent, et plus on en trouve ainsi que l'on reconnait mais sans la mémoire de ce qu'ils voulaient dire. Amalgamés, ont ils formé un vers perdu ? Ont-ils été la racine d'une admiration ? On ne s'en souvient plus. Peut être ont-ils été déposés là par une inondation oubliée, venus de l'autre rive de ce fleuve qui ne cesse jamais de couler, nous barrant le passage d'un possible retour. Sans doute sont ils les restes d'une maîtrise depuis longtemps gangrénée. Les restes d'un savoir qui n'a pas cessé de s'éteindre en nous.



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mots-clés : #philosophique
par Hanta
le Dim 17 Fév 2019 - 9:37
 
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Nicole Krauss

Forêt profonde

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Eh bien, la forêt a été vraiment obscure pour moi. Il y a là une recherche de virtuosité, dans une tentative pseudo(?)-philosophique tournant autour de l’identité, du double, de la métamorphose, des univers multiples qui nuit férocement au romanesque. Les discours « penseurs » envahissent le paysage et nuisent aux deux intrigues, qui devraient être des thrillers psychologiques, mais sont plutôt des objets cocasses que j’ai abordés avec un certain détachement

Il y a donc deux personnages (dont une écrivaine prénommée Nicole qui ne supporte plus son mari), menés en chapitres alternés, qui ont certes beaucoup de points communs : tous deux abandonnent leur vie américaine plus ou moins ordinaire, insatisfaits l’un de sa réussite vaine l’autre de son mariage en échec, s’exilent sans trop savoir pourquoi, s’installent au Hilton de Tel-Aviv, sont chacun pris en charge par un personnage mystérieux et atypique qui veut leur imposer l’un des histoires de judéité en rapport avec la kabbale, l’autre une curieuse histoire autour de Kafka dont la mort n’aurait été qu’un simulacre lui permettant une deuxième vie à l’abri de la notoriété. Le problème narratif, c’est qu’au-delà de ces similitudes, ils ne se rencontrent qu’à la dernière page dans une pirouette temporelle assez naïve.

J’aspire à un roman comme une clairière, dont le récit linéaire se suffirait à lui-même,sans thèse, sans thème, sans démonstration,
où l’auteur n’aurait pas le besoin de montrer qu’il ou elle est un ou une brillant(e) intellectuel(le),   n’aurait pas besoin de Kafka comme mentor, ni de régler ses comptes avec son ex.


mots-clés : #absurde #autofiction #communautejuive #creationartistique #identite #philosophique
par topocl
le Mer 9 Jan 2019 - 18:29
 
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Sujet: Nicole Krauss
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Antoine Compagnon

Un été avec Montaigne

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Ces quarante petits extraits commentés me semblent constituer une excellente introduction à Montaigne, auteur qui nous parle pourtant directement, sans truchement, dans notre propre langue, si proche par-delà près d’un demi-millénaire. Cependant, il faut admettre que son langage s'éloigne, que parcourir son œuvre exige davantage d’effort aux lecteurs contemporains : les actualisations d’Antoine Compagnon l’éclairent à propos.
A parcourir ce recueil, manifestement pas composé d’une seule venue, des contradictions apparaissent, discordances qui ne sont d’ailleurs pas absentes des Essais ; c’est toute la difficulté de l’exercice, où l’on risque de dire tout et son contraire. Mais Montaigne se révèle en personnalité bien définie : son honnêteté lui a fait traverser intact les siècles, et les errements de ses réflexions en sont partie intégrante.
La devise de Montaigne est « Que-sais-je ? », illustrée d’une balance dont les plateaux sont en équilibre. La règle de ce grand sceptique, c'est le doute, la réflexion. Sa position favorite, c’est à cheval, entre un lieu et un autre, au cours d’un voyage incessant, toujours libre de ses mouvements. Sinon, c’est dans sa « librairie », à musarder, feuilleter, dicter ses « songes ». Beaucoup aussi à méditer dans ces livres considérés comme lieux de rencontre de soi à travers l’autre.
« Si Montaigne se regarde dans les livres, s’il les commente, ce n’est pas pour se faire valoir, mais parce qu’il se reconnaît en eux. Il observe dans le chapitre "De l’institution des enfants" : "Je ne dis les autres, sinon pour d’autant plus me dire" (I, 25, 227).
Montaigne rappelle par là que les autres lui procurent un détour vers soi. S’il les lit et les cite, c’est qu’ils lui permettent de mieux se connaître. Mais le retour sur soi est aussi un détour vers l’autre, la connaissance de soi prélude à un retour à l’autre. Ayant appris grâce aux autres à se connaître, constate-t-il, il connaît mieux les autres ; il les comprend mieux qu’ils ne se comprennent eux-mêmes : "Cette longue attention que j’emploie à me considérer, me dresse à juger aussi passablement des autres : Et est peu de choses, de quoi je parle plus heureusement et excusablement. Il m’advient souvent, de voir et distinguer plus exactement les conditions de mes amis qu’ils ne font eux-mêmes" (III, 13, 1675).
La fréquentation de l’autre permet d’aller à la rencontre de soi, et la connaissance de soi permet de revenir à l’autre. »

« Les livres seraient de meilleurs amis ou amours que les êtres réels. Avant de l’affirmer, n’oublions pas que Montaigne ne cesse jamais de concevoir la vie comme une dialectique entre moi et autrui. Si la rareté de l’amitié et la fugacité de l’amour incitent à privilégier le refuge de la lecture, celle-ci ramène inévitablement aux autres. »

Je me sens fort prochain de cet homme, de ses humeurs, de ses tours de pensée et de sa façon de lire, de citer, d’écrire ; son expression plurielle, animée, désordonnée, digressive et bonhomme, m’enchante.
Quand on le compulse, il est rare de trouver des pensées qui n’aient été reprises, développées depuis lors ; de même, il est difficile de lire d’autres auteurs sans y découvrir des idées qui n’aient pas racine ou filiation chez Montaigne, qui réactualisait lui-même abondamment ses prédécesseurs.
J’aurais pu ranger l’œuvre de Montaigne dans la philosophie, dans les essais (ou dans Radio Chose !), mais son style est tel qu’elle mérite amplement de l’être dans la littérature.
Au fait, l’émission est toujours présente en podcast sur France Inter ; à bon entendeur…



mots-clés : #biographie #philosophique #renaissance
par Tristram
le Sam 8 Déc 2018 - 23:47
 
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Sujet: Antoine Compagnon
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Michel Onfray

Michel Onfray
Né en 1959

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Michel Onfray, né le 1er janvier 1959 à Argentan (Orne), est un philosophe et essayiste français qui défend une vision du monde hédoniste, épicurienne et athée.

En 2002, à la suite de la montée du Front national, parti politique d'extrême droite, lors de l'élection présidentielle, il quitte sa carrière d'enseignant pour créer l'université populaire de Caen où il délivre pendant treize ans un cours intitulé « contre-histoire de la philosophie » retransmis sur France Culture. Sa portée médiatique est renforcée par des interventions régulières en TV ou radio où il s'exprime au sujet de débats politiques et sociaux. Michel Onfray est un auteur fécond avec plus de quatre-vingts ouvrages publiés. Sa pensée est principalement influencée par des philosophes tels que Nietzsche et Épicure, par l'école cynique, par le matérialisme français et par l'anarchisme proudhonien. En raison de ses prises de positions parfois controversées, il est régulièrement au centre de polémiques.
Né d'un père ouvrier agricole et d'une mère femme de ménage abandonnée bébé puis placée à l'Assistance publique, il vécut à Chambois. Il a un frère cadet7. Michel Onfray est « pris en charge » de l'âge de dix ans à celui de quatorze dans un pensionnat catholique tenu par des prêtres salésiens à Giel dans l'Orne qu'il décrit comme un lieu de souffrance — « Je fus l'habitant de cette fournaise vicieuse » — dans la préface d'un de ses ouvrages, La Puissance d’exister et, également, de manière courte dans la préface de son Crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne.
En 1979, il devient stagiaire journaliste à la rédaction d'Argentan d'Ouest-France pour financer ses études. Il y reste jusqu'en 19829.
Élève entre autres de Lucien Jerphagnon et d'Alexis Philonenko, il soutient en 1986, à l'âge de vingt-sept ans, une thèse de doctorat, intitulée « Les implications éthiques et politiques des pensées négatives de Schopenhauer à Spengler » sous la direction de Simone Goyard-Fabre, au centre de philosophie politique et juridique de l'université de Caen14.
Il envoie son premier livre, consacré à la figure oubliée du philosophe nietzschéen Georges Palante, à un petit éditeur d'Ille-et-Vilaine.
En 1987, à vingt-huit ans, il frôle la mort lors d'un infarctus. Sa rééducation au côté d'une diététicienne impitoyable, qui lui prédit sa fin prochaine s'il persiste à se régaler de confits et de gâteaux au chocolat, est à l'origine de son deuxième ouvrage, Le Ventre des philosophes (initialement intitulé Diogène cannibale), publié en 1989 par l'intermédiaire de Jean-Paul Enthoven chez Grasset (dans la collection « Figures » que dirige Bernard-Henri Lévy), dans lequel il s'intéresse aux passions et phobies alimentaires de ses auteurs favoris16. Quelques années plus tard, il contracte une infection en Mauritanie qui provoque un AVC qui l'empêche d'écrire et provoque un nouvel accident cardiaque quelques jours plus tard (syndrome de tako-tsubo).
Il obtient en 1993 le Prix Médicis essai pour La Sculpture de soi. La morale esthétique. En 1991, il intègre le comité de rédaction de La Règle du jeu, la revue que vient de créer Bernard-Henri Lévy dans laquelle il publiera six articles. Il quitte celle-ci en 1998 alors qu'elle change de formule. Il affirmera n'être « allé que deux fois » au comité de rédaction et ne pas s'y être senti « du tout à [sa] place ». Plus globalement, il estime s'être « fait instrumentaliser par Grasset » et avoir été traité « comme un fantassin de l'équipe BHL », avouant n'être « pas fier » de cet épisode. Son ouvrage sorti en 1995, La Raison gourmande, lui permet d'avoir sa première apparition médiatique dans Bouillon de culture.

sources wikipedia

Suite :
Spoiler:
Michel Onfray se réclame notamment de l'héritage intellectuel de philosophes comme Nietzsche, La Mettrie, Aristippe de Cyrène. Ces trois penseurs ont en commun, dans une certaine mesure, d'inviter à une ascèse hédoniste.
Michel Onfray emprunte à la pensée nietzschéenne sa vision de l'Occident, de la morale et sa critique essentielle du christianisme. D'Aristippe de Cyrène, il retient le grand oui à la vie, l'hédonisme dynamique, la pulsion exacerbée, et la sagesse tragique des philosophes de Cyrène (ainsi que l'athéisme de certains, faisant fonctionner à plein régime l'arithmétique des plaisirs : un plaisir est mauvais s'il est suivi d'un déplaisir plus important, ou d'un trouble). Michel Onfray se réclame également du postanarchisme.
Il propose une pensée résolument matérialiste dont il fait l’éloge et la présentation dans différents domaines qui l’intéressent particulièrement : éthique et politique, usage ludique du corps, rapports amoureux, esthétique, etc., le tout étant regroupé sous la rubrique de la philosophie existentielle. Pour le philosophe, la probité et la connaissance du monde sont des clés incontournables :
« Il faut partir du réel et construire avec celui-ci. » Il travaille à la déconstruction des mythes guidés par la « pulsion de mort », c'est-à-dire le refus du monde et de l'existence au profit des chimères et des contes. C'est avec le bâton du cynique qu'il dénude les chimères qui le font déboucher sur un « athéisme radical et militant. »
Michel Onfray propose une pratique existentielle de l'hédonisme. Il a pour ambition de rapprocher son lecteur du monde de la culture des arts et du savoir. L’objectif de ce rapprochement est l'épanouissement, le plaisir, et une harmonisation ou une réconciliation du rapport à soi, à autrui, et au monde. Le disciple de Dionysos qu'est l'hédoniste selon Onfray, prend conscience des formes d’aliénations et de douleurs qui le menacent. Onfray les impute principalement aux religions et aux dogmes politiques et économiques. C'est pour cela qu’il replace l’individu au centre de son existence en l’invitant à « penser en homme d'action et agir en homme de pensée » (Georges Sorel) : « principe d’une éthique solaire et souveraine ». Il aborde dans Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire la question de la sexualité et tente de réactualiser le libertin : il y critique les philosophies qui font l'éloge d'un amour désincarné au détriment du plaisir du corps (Platon, par exemple).
Pour Michel Onfray, l'amour doit se construire de manière immanente, dans l'en deçà, ici et maintenant ; il veut le paradis sur terre, et pas au-delà, pas ailleurs. Il se construit au quotidien grâce à une infatigable « sculpture de soi » qui nécessite des choix dans tous les domaines : philosophique bien sûr, mais aussi esthétique, politique, gastronomique, etc.
Prônant un athéisme argumenté et militant, il décortique au cours de ses conférences à l'université populaire de Caen la manière dont ce qu'il appelle l'idéalisme ascétique platonicien (notamment son monde des idées), néo-platonicien, puis chrétien, et enfin allemand, influencent toujours notre manière de penser et de concevoir le monde, donc notre manière de vivre (l'épistèmê judéo-chrétienne : dixit Michel Foucault). De cette « contre-histoire de la philosophie », Michel Onfray tire des enseignements, des idées, des pensées, propres à permettre la fabrication d’une vie quotidienne jubilatoire. Son Traité d'athéologie, un essai violent contre les religions monothéistes, crée la polémique.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray


Ouvrages généraux

Chambois et Fel: Histoires mêlées, Charles Corlet, 1989
Cynismes : Portrait du philosophe en chien, Grasset, 1990
L'Art de jouir : Pour un matérialisme hédoniste, Grasset, 1991
La Sculpture de soi : La Morale esthétique, Grasset, 1993
Ars Moriendi : Cent petits tableaux sur les avantages et les inconvénients de la mort, Folle Avoine, 1994
Politique du rebelle : Traité de résistance et d'insoumission, Grasset, 1997
Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire, Grasset, 2000
Antimanuel de philosophie : Leçons socratiques et alternatives, Bréal, 2001
Physiologie de Georges Palante : Pour un nietzschéisme de gauche, Grasset, 2002
L'Invention du plaisir : Fragments cyrénaïques, LGF, 2002
Célébration du génie colérique : Tombeau de Pierre Bourdieu, Galilée, 2002
Féeries anatomiques : Généalogie du corps faustien, Grasset, 2003
La Communauté philosophique : Manifeste pour l'Université populaire, Galilée, 2004
Traité d'athéologie : Physique de la métaphysique, Grasset, 2005
La Sagesse tragique : Du bon usage de Nietzsche, LGF, 2006
Suite à La Communauté philosophique : Une machine à porter la voix, Galilée, 2006
La Puissance d'exister : Manifeste hédoniste, Grasset, 2006
La Pensée de midi : Archéologie d'une gauche libertaire, Galilée, 2007
L'Innocence du devenir : La Vie de Frédéric Nietzsche, Galilée, 2008
Le Songe d'Eichmann, Galilée, 2008
Le Souci des plaisirs : Construction d'une érotique solaire, Flammarion, 2008
La Religion du poignard : Éloge de Charlotte Corday, Galilée, 2009
Le Crépuscule d'une idole : L'Affabulation freudienne, Grasset, 2010
Apostille au Crépuscule : Pour une psychanalyse non freudienne, Grasset, 2010
Manifeste hédoniste, Autrement, 2011
L'Ordre libertaire : La Vie philosophique d'Albert Camus, Flammarion, 2012
Vies et mort d'un dandy : Construction d'un mythe, Galilée, 2012
Rendre la raison populaire : Université populaire, mode d'emploi, Autrement, 2012
Le Postanarchisme expliqué à ma grand-mère : Le Principe de Gulliver, Galilée, 2012
Le Canari du nazi. Essais sur la monstruosité, Collectif, Autrement, 2013
La Raison des sortilèges : Entretiens sur la musique, Autrement, 2013
Un requiem athée, Galilée, 2013
Bestiaire nietzschéen : Les Animaux philosophiques, Galilée, 2014
Haute école : Brève histoire du cheval philosophique, Flammarion, 2015
Penser l'Islam, Grasset, 2016
Le Miroir aux alouettes : Principes d'athéisme social, Plon, 2016
La Parole au peuple, L'Aube, 2016,
La Force du sexe faible : Contre-histoire de la Révolution française, Autrement, 2016
Décoloniser les provinces : Contribution aux présidentielles, L'Observatoire, 2017
La Cour des Miracles : Carnets de campagne, L'Observatoire, 2017
Tocqueville et les Apaches : Indiens, nègres, ouvriers, Arabes et autres hors-la-loi, Autrement, 2017
Vivre une vie philosophique : Thoreau le sauvage, Le Passeur, 2017
Miroir du nihilisme : Houellebecq éducateur, Galilée, 2017
Solstice d'hiver : Alain, les Juifs, Hitler et l'Occupation, L'Observatoire, 2018
Zéro de conduite : Carnet d'après campagne, L'Observatoire, 2018
Le Deuil de la mélancolie, Robert Laffont, 2018
La Stricte observance : Avec Rancé à la Trappe, Gallimard, 2018

suite
Spoiler:
Série Avant le silence
Avant le silence : Haïkus d'une année, Galilée, 2014
Les Petits serpents : Avant le silence, II, Galilée, 2015
L'Éclipse de l'éclipse : Avant le silence, III, Galilée, 2016
Série Brève encyclopédie du monde
Cosmos : Une ontologie matérialiste, Flammarion, 2015
Décadence : Vie et mort du judéo-christianisme, Flammarion, 2017
Sagesse : Savoir vivre au pied d'un volcan, Albin Michel, 2019
Série Contre-histoire de la littérature
Onfray se donne pour objectif d'étudier un ouvrage par siècle, chacun ayant généré un concept universel. Les prochaines œuvres à théoriser sont Madame Bovary, La Divine Comédie, Gargantua, Faust, Le Procès.
Le réel n'a pas eu lieu : Le Principe de Don Quichotte, Autrement, 2014
La Passion de la méchanceté : Sur un prétendu divin marquis, Autrement, 2014
Série Contre-histoire de la philosophie
Article détaillé : Contre-histoire de la philosophie.
Les Sagesses antiques, Grasset, 2006
Le Christianisme hédoniste, Grasset, 2006
Les Libertins baroques, Grasset, 2007
Les Ultras des Lumières, Grasset, 2007
L'Eudémonisme social, Grasset, 2008,
Les Radicalités existentielles, Grasset
La Construction du surhomme, Grasset, 2011
Les Freudiens hérétiques, Grasset, 2013
Les Consciences réfractaires, Grasset, 2013
La Pensée postnazie, Grasset, 2018
L'Autre pensée 68, Grasset, 2018
Série Gastrosophie
Le Ventre des philosophes : Critique de la raison diététique, Grasset, 1989
La Raison gourmande : Philosophie du goût, Grasset, 1995
Les Formes du temps : Théorie du sauternes, Mollat, 1996
Série Journal hédoniste
Le Désir d'être un volcan, Grasset, 1996
Les Vertus de la foudre, Grasset, 1998
L'Archipel des comètes, Grasset, 2001
La Lueur des orages désirés, Grasset, 2007
Le Magnétisme des solstices, Flammarion, 2013
Le Temps de l'étoile polaire, Robert Laffont, À paraître
Série La Philosophie féroce
La Philosophie féroce : Exercices anarchistes, Galilée, 2004
Traces de feux furieux : La Philosophie féroce II, Galilée, 2006
Philosopher comme un chien : La Philosophie féroce, III, Galilée, 2010
Série Théorie des éléments
Ces textes poétiques sont respectivement consacrés à la terre, l'air, l'eau et le feu. Il considère ces ouvrages comme ceux qui le tiennent le plus à cœur.
Le Recours aux forêts : La Tentation de Démocrite, Galilée, 2009
La Sagesse des abeilles : Première leçon de Démocrite, Galilée, 2012
La Constellation de la baleine : Le Songe de Démocrite, Galilée, 2013
La Cavalière de Pégase : Dernière leçon de Démocrite, Galilée, 2018
Ouvrages sur l'esthétique
L'Œil nomade : La Peinture de Jacques Pasquier, Folle Avoine, 1993
Métaphysique des ruines : La Peinture de Monsù Desiderio, Mollat, 1995
Splendeur de la catastrophe : La Peinture de Vladimir Vélikovic, Galilée, 2002
Les Icônes païennes : Variations sur Ernest Pignon-Ernest, Galilée, 2003
Archéologie du présent : Manifeste pour une esthétique cynique, Adam Biro/Grasset, 2003
Épiphanies de la séparation : La Peinture de Gilles Aillaud, Galilée, 2004
Oxymoriques : Les Photographies de Bettina Rheims, Jannink, 2005
Le Chiffre de la peinture : L'Œuvre de Valerio Adami, Galilée, 2008
La Vitesse des simulacres : Les Sculptures de Pollès, Galilée, 2008
L'Apiculteur et les Indiens : La Peinture de Gérard Garouste, Galilée, 2009
Fixer des vertiges : Les Photographies de Willy Ronis, Galilée, 2007
Transe est connaissance : Un chamane nommé Combas, Flammarion, 2014
Récits de voyage
À côté du désir d'éternité : Fragments d'Égypte, Mollat, 1998
Esthétique du pôle Nord : Stèles hyperboréennes, Grasset, 2002
Théorie du voyage : Poétique de la géographie, LGF, 2007
Les Bûchers de Bénarès : Cosmos, Éros et Thanatos, Galilée, 2008
Nager avec les piranhas : Carnet guyanais, Gallimard, 2017
Le Désir ultramarin : Les Marquises après les Marquises, Gallimard, 2017
La Pensée qui prend feu : Artaud le Tarahumara, Gallimard, 2018



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Nager avec les piranhas ‒ Carnet guyanais

Tag philosophique sur Des Choses à lire Cvt_na11


Je m’attendais à des clichés, des contresens, des erreurs… mais la lecture de ce bref essai m’a navré. Il est signé par un philosophe reconnu, que je découvre là, mais qui a quand même une certaine notoriété, et une audience…
Ce qui est atterrant, c’est qu’Onfray accumule les approximations, les raccourcis, les extrapolations dans un manque de rigueur scandaleux, pour parvenir à des conclusions fantaisistes qu’il avait dès le départ : l’ouvrage n’est qu’un prétexte à, outre raconter ses petites aventures en Amazonie, taper sur la république jacobine et les élues (écologiste et socialiste) autrices d’un rapport sur le fort taux de suicide chez les jeunes Amérindiens. Le plus alarmant, c’est que le lecteur peut dorénavant s’interroger sur la validité, la légitimité d’ouvrages portant sur des sujets qu’il ne connaît guère.
On peut comprendre que l’auteur n’ait pas une connaissance approfondie du contexte après une visite de 24 heures dans un village amérindien (et n’avoir pas lu, ou mal, les ouvrages de sciences humaines qui s’y rapportent) ; mais comment accepter qu’un visiteur de passage pérore quasi officiellement sur un sujet d’une telle importance, que nombre de personnes, spécialistes ou simples habitants locaux, connaissent mieux que lui ?
L’auteur se rend donc par avion à Maripasoula (laissant sous-entendre que c’est le seul moyen d’accès), et de là en pirogue (deux heures) à Taluhen, village wayana, pour y passer la nuit. L’incipit prévient, belle devise pour qui se pique de réflexion sans a priori :
« Ce que l’on trouve dans un voyage est toujours ce que l’on y met. »

Dans la foulée de cette assertion, Onfray discrédite les ethnologues, qui devraient « taire ce que l’on croit savoir ». Par contre, le bien-fondé de son approche-éclair reste sous-entendu. Mais le lecteur est magistralement prévenu de ce qui va suivre.
Dès la seconde page, l’auteur succombe avec style à un biais aussi infondé qu’insultant :
« J’aime les voyages non pas parce qu’ils nous permettent de rencontrer l’altérité dans un même temps, mais parce qu’ils nous donnent la mêmeté dans un autre temps. Ces peuples sont en effet fossiles : autrement dit, ils sont ce que nous fûmes et, hélas, ils seront ce que nous sommes, avant que tous, ceux qui furent, ce qui sont et ceux qui seront, disparaissent dans un même homme insipide, fade comme un ver solitaire. »

C’est la thèse que développe l’auteur, champion sans conteste de la simplification abusive : il faut laisser les Primitifs sans contact avec notre sordide civilisation, dans leur réserve muséale : sans électricité, sans télévision, sans Internet (sans écoles, sans médecins, etc.) Quant à l’orpaillage clandestin qui pollue les eaux, l’auteur ne comprend pas que l’armée ne résolve pas le problème ‒ sauf probables compromissions politiques voire dessous-de-table en haut lieu ‒ que proposerait-il, notre je-sais-tout-en-une-minute ? le napalm ? A noter pourtant que depuis la visite d’Onfray en 2015, les sites illégaux ne sont plus aussi repérables d’avion : il a sans doute été entendu…
Dans sa description des bons sauvages rencontrés, Onfray déploie la même partialité manichéenne que certains voyageurs du XIXe, dont il n’a pourtant pas les excuses :
« Mais les uns sont les autres : ainsi, Derrick "Tukanu" Jubitana Opota, le petit garçon de huit ans dont les parents nous logent, porte-t-il, sur un cliché, le pagne rouge cachant son étui pénien, puis rien d’autre ; et, sur l’autre, le bermuda blanchi à l’eau de Javel et les baskets montantes, le gilet de costume trois pièces et un tee-shirt bariolé. Sur la première photo, il porte aussi les vertus de sa tribu : la fierté, la détermination, la virilité, la superbe, la force, l’affûtage ; sur la seconde, les vices de la nôtre : l’arrogance, la suffisance, le narcissisme, l’égotisme, l’insolence, l’avachissement. Sur l’une, il est bien campé sur ses jambes écartées, les mains sur les hanches, cuivré comme un petit dieu de la forêt ; sur l’autre, il est désarticulé comme un rappeur, il grimace avec ses doigts, son regard qui est resté le même n’est plus le même. Ici, il dit l’acuité ; là, il signifie la fourberie.
De même sa mère, Kindy "Etaïki" Opoya, vingt-huit ans. D’une part, ses pieds nus sont en contact franc avec le sol ; la force tellurique semble irriguer la totalité du corps et irradier son visage, celui d’une guerrière aux seins lourds qui est aussi mère [… »

Ad libitum. (Les étuis péniens dont Onfray parle plusieurs fois n’existent pas en Guyane.) Notre élucubrateur en pleine divagation poursuit impavide. La forêt est bien sûr « impénétrable », on peut pardonner, comme le lyrisme échevelé, sans fondement scientifique ; mais la dose est toxique, de la part d’un porte-parole auto-proclamé :
« Les grenouilles étaient toujours là, assises dans l’herbe ; la lune était toujours là, posée dans le cosmos ; le Maroni coulait toujours là, tel le fleuve d’Héraclite ; nos silences faisaient du bruit, sa parole était un long silence ; il portait la mémoire de son père chamane, mais aussi l’espoir de son fils bientôt initié. Son sourire était celui d’un bouddha de la forêt amazonienne. »

Si on ne compte pas les nombreuses pages blanches et la longue bibliographie de l’auteur, le texte se résume à 60 pages ; à 12 Euros le livre, ça nous fait 20 centimes la page ; désolé de la sordidité du calcul, mais c’est nécessaire chez les mercantis.

Exemplaire exercice de grand intellectuel grand voyageur du consensus mou et du mépris des lecteurs, sur le dos de ceux qui n’ont pas la parole.

mots-clés : #lieu #philosophique #social #voyage
par Tristram
le Dim 14 Oct 2018 - 16:22
 
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Sujet: Michel Onfray
Réponses: 15
Vues: 541

Christiane Taubira

Baroque Sarabande

Tag philosophique sur Des Choses à lire 41d5jt10


"On prend d'assaut la prison du langage
Pour libérer les mots prosçrits
Et autour des rêves menaçés par les fauves
On entretient le feu

c'est d'Abdellatif Laâbi.
Voilà bien ce qu'il s'agit de faire, entretenir le feu. Contre l'adversité, contre les interdits, contre la violence qui semble gratuite mais dessert un dessein, celui d'un ordre social où les places sont attribuées. Ne pas obéir. Ne se laisser ni asservir ni accabler. " La langue maternelle, la langue dans laquelle on rêve, c'est bien là le "chez soi". Les interdits sur la langue sont donc une expulsion en bonne et due forme, de chez soi, de soi. Ne pas consentir au bannissement ontologique. Refuser l’exil symbolique. Accéder au baroque bénéfique. Ce baroque-là même qui « rompt toute certitude orthodoxe de limite, d’unité, d’espace borné, d’angle de vue privilégié, pour tout changer –espace et temps, rêve et réalité – en objet d’une floraison dynamique, sans axe centrique par nature, soumises aux lois du mouvement plus qu’à celles de l’essence », tel que le définit Carlos Fuentes ».



Voilà un peu l'objet de ce livre, remonter avec l'auteur les sources de cette lutte , au coeur de ses sources personnelles. Taubira se fait passeuse, offre un nombre important de noms, de citations, à suivre, à redécouvrir.

En une suite de courts textes, on la suit dans des chemins érudits et engagés. J'ai regretté être aussi ignare, face à de nombreuses références car lorsque  certaines m'étaient connues, j'ai pu mesurer la pertinence de l'auteure à les placer sous une perspective dynamique et nouvelle, personnelle.

La première moitié du livre s'est ainsi déroulée entre mes mains, la langue de Taubira étant très belle, avec grand plaisir , mais pourtant vient un moment où je m'y suis un peu perdue, faute d'être, au coeur des références, familière. je me suis même prise à me dire que son style était peut-être finalement un peu ronflant, faussement précis (l'accumulation des adjectifs commentant les nombreux extraits qu'elle nous propose a produit ce sentiment, par exemple.)
Et puis, PAF, un peu après le milieu de l'essai, en sa 3eme partie, on tourne la page et on lit :

Assez folâtré. Il est temps que je vous dise.
Et d’abord, balisons.
Dans Cayenne des années cinquante, il n’existe pas de librairie. Une papeterie fait vente de livres un mois par an, le temps de liquider les manuels scolaires.

Suivent 5 pages qui prennent cette fois corps dans l'histoire personnelle de Taubira, et c'est magnifique. Sa prose demeure aussi précise, mais prend des atours plus simples, parce qu'elle achoppe au quotidien, au vécu, et en quelques paragraphes elle nous dresse avec beaucoup de force toute une époque, tout un contexte (la Guyane). C'est le joyau de sa transmission. Un livre à lire pour s'instruire, prendre des notes, des références, et pour recevoir ce chapitre magnifique. Le début est visible dans çe lien :
e book

J'avais envie de recopier beaucoup d'analyses ou de commentaires sur des auteurs, mais ce serait trop long. Il y a notamment de très intéressantes notes sur la traduction en littérature. C'aurait été intéressant de le faire car l'intérêt du livre vient certainement de son invite à un allé/retour entre cet essai et les auteurs cités. Elle parle beaucoup des auteurs d'Amérique Latine, notamment.
C'est une promenade à la forme assez libre , dans l'univers si particulier de la culture, pas toujours facile à suivre, mais belle comme la Dame.


mots-clés : #colonisation #conditionfeminine #philosophique #temoignage #universdulivre
par Nadine
le Mer 26 Sep 2018 - 10:49
 
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Sujet: Christiane Taubira
Réponses: 21
Vues: 668

Søren Kierkegaard

La reprise

Tag philosophique sur Des Choses à lire La_rep10

« Essai de psychologie », certes, mais avec tant d’esprit et d’ironie qu’elle confine au facétieux (sans oublier la certaine misogynie d’époque).
« Il est assez rare de trouver en pareil état une jeune fille abandonnée. Quand je la vis, quelques jours après, elle était encore vive comme un poisson tout frais péché ; d’ordinaire, une jeune fille est alors plutôt hâve, affamée comme un poisson qui a séjourné dans un vivier. »

« Quand le malheur atteint une jeune fille, aussitôt surviennent tous ces monstres affamés qui veulent assouvir leur faim et leur soif de psychologie ou écrire des nouvelles. J’oserai donc me précipiter pour éloigner du moins ces œufs de mouches de ce fruit qui m’était plus doux que tout, plus délicat, plus tendre à regarder qu’une pêche, à l’instant le plus favorable, quand elle se pare avec la plus grande magnificence de soie et de velours. »

Vu, écouté, lu et conseillé par le narrateur-observateur, le personnage de composition (et d’origine autobiographique) du jeune amoureux que cela rendit poète et inéluctablement malheureux fuit l’aimée. Il y a une vision idéalisée de la femme-leurre à garder à l’esprit lorsqu’on lit des auteurs du XIXe, aussi la notion d’honneur, la mélancolie de rigueur, les adjurations peu ou prou religieuses, etc., et toutes ces exaltations forment le moteur d’un mode de comportement pour le moins daté (nous parlerions peut-être de sens de la responsabilité, culpabilité, dépression). Après l’examen approfondi de ces transes et tourments (malentendu, culpabilité, etc.), non sans une longue digression sur la farce théâtrale, et encore des affres et lamentations entre romantisme allemand et Baudelaire,
« Les nuages vont et viennent,
Ils sont si las, ils sont si lourds ;
Voilà qu’ils s’abîment à grand bruit,
Et le sein de la terre devient leur tombe. »

(le personnage de) Kierkegaard en vient à s’identifier à l’épreuve transcendante de Job, évite une solution religieuse et enfin, dans un glissement de sens des mots qui ramène à la reprise, au retour, à la duplication du même, parvient à une sorte de renaissance à se consacrer à la pensée
« dans le for intérieur, là enfin où, à chaque instant l’on met sa vie en jeu, pour, à chaque instant, la perdre et la gagner de nouveau. »

Ouvrage assez décousu (dans le fond comme la forme), où la part existentielle est assez réduite :
« Comment ai-je été intéressé à cette vaste entreprise qu’on appelle réalité ? Pourquoi dois-je être intéressé ? N’est-ce pas affaire de liberté ? Et si je suis forcé de l’être, où est le directeur ? J’ai une remarque à lui faire. N’y a-t-il aucun directeur ? Où dois-je adresser ma plainte ? L’existence est assurément un débat ; puis-je demander que mes observations soient prises en considération ? Si on doit prendre l’existence comme elle est, ne serait-il pas bien mieux de savoir comment elle est ? »

La part "philosophique" et/ ou "spirituelle" est encore plus congrue, et c’est dans les exégèses qu’on cherchera l’approche du concept de répétition/ reprise dans toutes ses acceptions, comme le renouveau.
« …] la reprise est le terme décisif pour exprimer ce qu’était la « réminiscence » (ou ressouvenir) chez les Grecs. Ceux-ci enseignaient que toute connaissance est un ressouvenir. De même, la nouvelle philosophie enseignera que la vie tout entière est une reprise. »

Ici, on en parle beaucoup plus clairement.
Sinon, il m’a semblé que cette étude de la fuite d’un homme devant sa fiancée éclaire le cas Kafka.


Mots-clés : #amour #philosophique #psychologique #spiritualité
par Tristram
le Sam 11 Aoû 2018 - 20:31
 
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Sujet: Søren Kierkegaard
Réponses: 34
Vues: 1081

Laszlo Krasznahorkai

Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau.
( titre qui reflète une sagesse de l'univers confucianiste, bouddhiste...: il s'agit du meilleur emplacement pour un bâtiment, un village– merci Tom Léo)

Tag philosophique sur Des Choses à lire 51r2ep10


Sujet : Le petit-Fils du Prince Genji est obsédé par un « jardin caché » vu dans un livre illustré intitulé « Cent beaux jardins ». Malgré tous les savants qu’il a missionnés pour rechercher le dit jardin, ceux-ci n’ont pu lui répondre de façon satisfaisante et de plus le livre a mystérieusement disparu de la bibliothèque. Aussi un jour décide-t-il de découvrir lui-même le jardin qui d’après le peu qu’il en sait pourrait se trouver dans un monastère dédié à Bouddha à proximité de la cité de Kyoto. Il s’ y rend en train jusqu’à la gare de Keihan avec une escorte, laquelle s’adonnera à des libations et oubliera le petit-fils du Prince.

Même si l’histoire………….le conte ? est étonnant  et ses effluves mystérieuses, l’essence même de ce petit livre en est, pour moi, la magie qui s’ élève des magnifiques descriptions ; c’est la création de la terre, un hymne à la beauté, à la vie. Ajout : La beauté du jardin caché c'est sa simplicité ; un tapis de mousse bleu-vert argenté où se dresse 8 splendides Hinokis, émotion !

L’auteur raconte la création d’un arbre inoki à partir du pollen qui s’envole transporté par les vents à la manière d’une aventure, et s’en est une, avec ses obstacles et ses miracles. Puis la croissance de l’arbre que guette aussi de nombreux dangers, notamment les insectes, les maladies, le froid, la chaleur…..  Il raconte aussi les vents, la formation de la terre…..
Mais où se trouve la porte d’entrée sur la propriété du monastère ?

« …et tandis qu’il avançait obstinément, à la recherche de l’entrée, il eut le sentiment que cette étrange longueur, que cette cloison immuablement hermétique et uniforme, là sur sa gauche, n’étaient pas simplement là pour délimiter un immense territoire, mais pour lui faire prendre conscience d’une chose, il ne s’agissait pas d’une clôture, mais la mesure intrinsèque de quelque chose dont l’évocation à travers ce mur cherchait à prévenir le nouvel arrivant que celui-ci aurait bientôt besoin d’autres unités de mesure que celles auxquelles il était habitué, d’autres échelles de valeurs pour s’orienter, que celles qui avaient jusqu’ici encadré sa vie. »

Ce monastère et  le « jardin caché » qu’ il abrite  et que le petit-fils du Prince ne trouvera pas, existent-t-ils ?  ou  bien sont-ils dans un lieu hors d’atteinte où par exemple le chien continue de marcher dans sa mort ?

La sculpture de Boudha au regard détourné comme pour ne pas voir le monde protège-t-il ce lieu  en le cachant à la vue des hommes ?  (imagination ou certitude du sculpteur ?)
Je n’ai pas su voir les messages, s’il y en a, d’ ailleurs les 8 inokis du jardin caché n’ont pas de message pour les hommes, lesquels ne le comprendraient  pas.

Les chiffres ont certainement une portée (la roue du dharma bouddhique ?)  8 inokis, 13 poissons, 4 pavillons etc…. et les chiffres qui couvrent totalement les nombreuses pages d’un livre lu par le moine supérieur (que l’on ne verra jamais) qui pose la question de l’ existence de l’infini, de l’immortalité .

Mais ……………….comment arrive-t-on  et part-t- on de ce lieu puisqu’ à  la gare qui le dessert « nul ne descendit, nul ne monta du train » ?

Le petit-fils du Prince Genji ( lequel atteint de super-émotivité qui occasionne des malaises, récupère en buvant un verre d’eau ; eau source de vie ) est-il vraiment venu dans le monastère, comme le lecteur le voit ? en est-il reparti ?

*************

Y-a-t-il une morale à ce livre ? chercher au-delà  ce que l’on voit ? ce que l'on voit est-ce la réalité ?
Mais surtout croire en la vie.

Toute l’histoire est  rythmée sur le Temps, tout se réalise à son heure : patience.

Je me perds en conjectures et beaucoup de symboles m’ont sûrement échappés mais j’ai apprécié la visite de ce monastère en compagnie du petit-fils du Prince Genji, et surtout les descriptions magnifiques qu’elles soient poétiques ou techniques (un très intéressant passage sur la fabrication des sutras sur bambous, puis sur papier).

L’architecture aussi est très importante et symbolique dans la composition des pavillons, sanctuaire et autres bâtiments.

La dernière page tournée j’ai le sentiment d’avoir vécu un moment magique de littérature.

La conclusion de l’histoire est peut-être dans  la phrase en exergue : Personne ne l’a vu deux fois.

Extraits

A propos de la statue de Bouddha : « La réalité était radicalement différente, et il suffisait de la voir une seule fois pour savoir : s’il avait détourné son beau regard, c’était pour ne pas être obligé de remarquer, s’étendant devant lui dans trois directions : ce monde pourri. »

A propos des sutras : ….et durant des siècles on s’amusa à décliner à l’infini ce petit ruban, en mettant l’accent sur le coloris, soit sur la noblesse de la matière employée, soit sur le nœud lui-même, exécuté avec autant de raffinement que de fantaisie. »

« …quand soudain, une image jaillit en son esprit…pour s’évanouir aussitôt, une image si fugace qu’il fut incapable d’en discerner le contenu, elle avait glissé à travers lui, avait jailli et s’était éteinte, il était assis devant la table du sanctuaire intérieur, et tout son corps s’était raidi au moment de l’apparition de cette image, et de sa disparition, elle était si vite arrivée et si vite repartie qu’il avait pu saisir son importance, son poids, mais rien de son contenu… »

mots-clés : #contemythe #lieu #nature #philosophique
par Bédoulène
le Lun 9 Juil 2018 - 9:57
 
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Sujet: Laszlo Krasznahorkai
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Blaise Pascal

Pensées

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Les Pensées, c’est l’œuvre inachevée d’une vie, celle de Blaise Pascal. Malgré cet inachèvement, il s’agit bien de la plus grande œuvre de l’auteur. Elle est constituée de fragments récupérés à sa mort et qu’il avait classés en 27 liasses. De nombreuses éditions ont tenté de rendre compte de cet ordre le plus fidèlement possible ; la plus achevée est celle de Philippe Sellier. Quoi qu’il en soit, la densité et la pertinence des fragments laissent présager de ce qu’aurait pu être l’œuvre finale, l’Apologie de la religion chrétienne, que souhaitait Pascal. Mais à présent, c’est peut-être bien cette écriture fragmentaire et sa condensation qui fascinent encore autant le lecteur d’aujourd’hui.

Pascal a réparti ses 27 liasses en deux parties, montrant bien la progression qu’il désirait pour son ouvrage. Une première partie peint le tableau de l’homme sans Dieu et s’attache d’abord à montrer à quel point il est à la fois misérable (marqué par le péché originel, mû par son amour-propre, perdu au milieu de l’infiniment grand et de l’infiniment petit) et grand (car il a conscience de sa misère et a su tirer de sa concupiscence un ordre social et une justice satisfaisants). La seconde partie, ensuite, montre que seul le christianisme permet de comprendre cette contradiction inhérente à l’homme, puisque le Christ est bien venu racheter tous les hommes du péché ; Pascal s’attache alors à montrer la nécessité du christianisme pour comprendre la nature humaine, et sa supériorité sur les autres religions (en particulier sur le judaïsme et l’islam).

Misère :

Fragment 19 (éd. Sellier) a écrit:« L’homme ne sait à quel rang se mettre. Il est visiblement égaré et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables. »



Grandeur :

S.146 a écrit:« La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable.
Un arbre ne se connait pas misérable. […] »


S.150 a écrit:« Grandeur de l’homme dans sa concupiscence même, d’en avoir su tirer un règlement admirable et en avoir fait un tableau de la charité. »



Pascal développe ainsi une série de preuves, non pas de l’existence de Dieu, mais bien de la solidité des fondements de la religion chrétienne et de sa vérité. Car l’apologiste ne peut pas prouver l’existence de Dieu à d’autres hommes, la seule chose qu’il peut faire est de persuader la raison humaine de se tourner vers Dieu :


S.46 a écrit:« Les hommes ont mépris pour la religion, ils en ont haine et peur qu’elle soit vraie. Pour guérir cela il faut commencer par montrer que la religion n’est point contraire à la raison. Vénérable, en donner respect. La rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu’elle fût vraie, et puis montrer qu’elle est vraie.
Vénérable parce qu’elle a bien connue l’homme.
Aimable parce qu’elle promet le vraie bien. »



L’apologiste cherche donc à persuader l’entendement humain de parier pour l’existence de Dieu (le célèbre pari pascalien), mais ensuite seul Dieu peut convertir le cœur de l’homme et le conduire à une foi véritable. Pascal cherche donc à mettre l’esprit de son interlocuteur dans de bonnes dispositions pour que son cœur puisse être prêt à accueillir la grâce de Dieu :


S.680 a écrit:« […] Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter ! […]
Il n’y a que la religion chrétienne qui rende l’homme AIMABLE et HEUREUX tout ensemble. Dans l’honnêteté, on ne peut être aimable et heureux ensemble.
C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison : voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison.
Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point : on le sait en mille choses. […] »



J’ai découvert cette œuvre au cours de ma licence de lettres modernes et j’avoue avoir été interpellé et bouleversé par le projet de Pascal et la pédagogie de sa réflexion. J’y ai trouvé une force argumentative indépassable, une densité de sens qui fait que l’on peut passer des heures sur un seul fragment, tant sa richesse ne se dévoile pas instantanément mais appelle à une patience réflexive, et enfin une beauté de l’écriture qui fait de chaque fragment une fulgurance formelle et qui en fait souvent de véritables poèmes en prose. Dans le fragment 672 par exemple, on trouve cet usage caractéristique du verset pascalien :


S.672 a écrit:« L’autorité.
Ils se cachent dans la presse et appellent le nombre à leur secours.
Tumulte.
Tant s’en faut que d’avoir ouï-dire une chose soit la règle de votre créance, que vous ne devez rien croire vous mettre en l’état comme si jamais vous ne l’aviez ouï.
C’est le consentement de vous à vous-même et la voix constante de votre raison, et non des autres, qui vous doit faire croire.
Le croire est si important.
Cent contradictions seraient vraies.
Si l’Antiquité était la règle de la créance, les anciens étaient donc sans règle.
Si le consentement général, si les hommes étaient péris ?
Fausse humilité, orgueil.
Punition de ceux qui pèchent : erreur.
Levez le rideau.
Vous avez beau faire : si faut-il ou croire, ou nier, ou douter.
N’aurons-nous donc pas de règle ?
Nous jugeons des animaux qu’ils font bien ce qu’ils font. N’y aura-t-il point une règle pour juger des hommes ?
Nier, croire et douter bien, sont à l’homme ce que le courir est au cheval »



Pascal nous demande d’embarquer sur le chemin qui mène à Dieu, mais toute sa force se trouve dans le fait que son écriture elle-même nous embarque malgré nous, ou en tout cas suite à un bref acquiescement. Ouvrir les Pensées au hasard me conduit toujours à une aventure, à un émerveillement, à une remise en question, à une interrogation. Je tente l’expérience en direct pour vous, je tombe sur le fragment 540 :


S.540 a écrit:« En écrivant ma pensée, elle m’échappe quelquefois, mais cela me fait souvenir de ma faiblesse, que j’oublie à toute heure. Ce qui m’instruit autant que ma pensée oubliée, car je ne tiens qu’à connaître mon néant. »



Quoi de plus vrai pour moi en ce moment, où j’essaye de vous faire part de tout ce que je ressens pour cette œuvre magistrale, mais où j’ai l’impression que tout m’échappe ?

mots-clés : #philosophique #religion
par Antoine8
le Jeu 21 Juin 2018 - 9:17
 
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Sujet: Blaise Pascal
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Jorge Semprun

L’écriture ou la vie

Tag philosophique sur Des Choses à lire Leyycr10

Dans ce récit, Semprun raconte son expérience de la déportation en commençant par la libération ‒ en évoquant les regards de ceux qui n’ont que la mort, « s’en aller par la cheminée » (partir en cette fumée omniprésente, nauséabonde, qui a fait fuir tous les oiseaux), le regard haineux du nazi, le regard horrifié des libérateurs. Jeune étudiant en philosophie, communiste et germanisant, capturé comme résistant, la fonction de Semprun dans l’administration de Buchenwald est d’effacer et d’inscrire les noms sur des fiches.
D’une « rayonnante vitalité » après avoir « traversé la mort », il est revenant de la mémoire de la mort et veut "témoigner", ce qui ne peut passer que par une certaine forme d’artifice, d’art ‒ mais le renvoie immanquablement à la mort : il garde le silence pour oublier, et renoncera à l’écriture pendant des années. Près de vingt ans plus tard, il écrira Le grand voyage, qui ramènera la mort dans son présent, jusqu’à ce que le suicide de Primo Levi, vingt-cinq ans encore plus tard, la ramène devant lui, le poussant à écrire ce livre sur l’angoisse mortifère qui revient toujours.
« …] l’ombre mortelle où s’enracine, quoi que j’y fasse, quelque ruse ou raison que j’y consacre pour m’en détourner, mon désir de vivre. Et mon incapacité permanente à y réussir pleinement. »

« "È un sogno entro un altro sogno, vario nei particolari, unico nella sostanza…"
Un rêve à l'intérieur d'un autre rêve, sans doute. Le rêve de la mort à l'intérieur du rêve de la vie. Ou plutôt : le rêve de la mort, seule réalité d'une vie qui n'est elle-même qu'un rêve. Primo Levi formulait [dans La Trêve] cette angoisse qui nous était commune avec une concision inégalable. Rien n'était vrai que le camp, voilà. »

Tout le propos du livre est là : c’est la difficulté, le combat de l’auteur pour témoigner de Buchenwald dès qu’il en sort, cette approche constituant une forme de ce témoignage d’un « passé peu crédible, positivement inimaginable », « l’horreur et le courage ».
« Il y aura des survivants, certes. Moi, par exemple. Me voici survivant de service, opportunément apparu devant ces trois officiers d'une mission alliée pour leur raconter la fumée du crématoire, la chair brûlée sur l'Ettersberg, les appels sous la neige, les corvées meurtrières, l'épuisement de la vie, l'espoir inépuisable, la sauvagerie de l'animal humain, la grandeur de l'homme, la nudité fraternelle et dévastée du regard des copains.
Mais peut-on raconter ? Le pourra-t-on ?
Le doute me vient dès ce premier instant.
Nous sommes le 12 avril 1945, le lendemain de la libération de Buchenwald. L'histoire est fraîche, en somme. Nul besoin d'un effort de mémoire particulier. Nul besoin non plus d'une documentation digne de foi, vérifiée. C'est encore au présent, la mort. Ça se passe sous nos yeux, il suffit de regarder. Ils continuent de mourir par centaines, les affamés du Petit Camp, les Juifs rescapés d'Auschwitz.
Il n'y a qu'à se laisser aller. La réalité est là, disponible. La parole aussi.
Pourtant un doute me vient sur la possibilité de raconter. Non pas que l'expérience vécue soit indicible. Elle a été invivable, ce qui est tout autre chose, on le comprendra aisément. Autre chose qui ne concerne pas la forme d'un récit possible, mais sa substance. Non pas son articulation, mais sa densité. Ne parviendront à cette substance, à cette densité transparente que ceux qui sauront faire de leur témoignage un objet artistique, un espace de création. Ou de recréation. Seul l'artifice d'un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage. Mais ceci n'a rien d'exceptionnel : il en arrive ainsi de toutes les grandes expériences historiques. »

« Le bonheur de l’écriture, je commençais à le savoir, n’effaçait jamais ce malheur de la mémoire. Bien au contraire : il l’aiguisait, le creusait, le ravivait. Il le rendait insupportable. »

« Tel un cancer lumineux, le récit que je m’arrachais de la mémoire, bribe par bribe, phrase après phrase, dévorait ma vie. Mon goût de vivre, du moins, mon envie de persévérer dans cette joie misérable. J’avais la certitude d’en arriver à un point ultime, où il me faudrait prendre acte de mon échec. Non pas parce que je ne parvenais pas à écrire : parce que je ne parvenais pas à survivre à l’écriture, plutôt. Seul un suicide pourrait signer, mettre fin volontairement à ce travail de deuil inachevé : interminable. Ou alors l’inachèvement même y mettrait fin, arbitrairement, par l’abandon du livre en cours. »

« À Ascona, sous le soleil de l'hiver tessinois, à la fin de ces mois du retour dont j’ai déjà fait un récit plutôt elliptique, j'avais pris la décision d'abandonner le livre que j'essayais en vain d'écrire. En vain ne veut pas dire que je n'y parvenais pas : ça veut dire que je n'y parvenais qu'à un prix exagéré. Au prix de ma propre survie en quelque sorte, l'écriture me ramenant sans cesse dans l'aridité d'une expérience mortifère.
J’avais présumé de mes forces. J’avais pensé que je pourrais revenir dans la vie, oublier dans le quotidien de la vie les années de Buchenwald, n’en plus tenir compte dans mes conversations, mes amitiés, et mener à bien, cependant, le projet d’écriture qui me tenait à cœur. J’avais été assez orgueilleux pour penser que je pourrais gérer cette schizophrénie concertée. Mais il s’avérait qu’écrire, d'une certaine façon, c'était refuser de vivre.
À Ascona, donc, sous le soleil de l'hiver, j'ai décidé de choisir le silence bruissant de la vie contre le langage meurtrier de l'écriture. »

« …] la réalité a souvent besoin d’invention, pour devenir vraie. C'est-à-dire vraisemblable. Pour emporter la conviction, l’émotion du lecteur. »

Le récit est construit en une remémoration chronologique, un fil linéaire avec des dates, mais avec aussi de brefs retours en arrière, l’évocation d’épisodes autobiographiques mettant en situation ses pensées et actes d’alors, et même quelques reprises conjoncturelles, donnant l’impression d’un texte écrit d’une seule traite (en fait en trois parties), clairement, presque sur le ton de la conversation par endroits. A un moment, il évoque le projet d’un livre architecturé sur les musiques de Mozart et Armstrong. A un autre, il entrelace savamment deux fils de récit, d'une part la séance où douze éditeurs d’autant de pays lui remettent chacun son premier roman, Le grand voyage, traduit dans leur langue, et d'autre part ses souvenirs (Prague, Kafka, Milena et son éviction du parti communiste) remémorés simultanément.
La visite à Weimar, avec sa présence goethienne, tout à côté de Buchenwald juste libéré, en compagnie d’un officier états-unien, Juif allemand exilé ‒ « ville de culture et de camp de concentration » ‒, répond à celle qu’il y fait cinquante ans plus tard, cinq ans après la mort de Primo Levi, et qui lui permet d’achever le présent récit.
Quelques leitmotiv (la fumée, la neige d’antan), des images récurrentes (le soldat allemand abattu, les agonisants dans ses bras), donnent un rythme à la narration.
Je me suis souvent ramentu les textes de Kertész, pour plusieurs motifs ; lui et Semprun ont œuvré sur la même tentative de nous faire appréhender les camps nazis.
Anecdotes troublantes qui m’ont incidemment interpellé : le vieux communiste bibliothécaire, qui réclame les livres parce qu’à ses yeux le camp et sa bibliothèque ne vont pas disparaître, mais être réutilisés pour réprimer les nazis (et les bolcheviks vont réutiliser Buchenwald pour cinq ans) ; le jeune kapo russe, trafiquant profiteur, qui n’envisage pas de rentrer en Union soviétique mais de poursuivre son destin opportuniste à l’Ouest, tout en aidant à la réalisation d’un gigantesque portrait de Staline dans la nuit qui suit la libération.
Semprun note que le communisme ajoute « l'accroissement du rôle de l'État, providence ou garde-chiourme ‒ le communisme, donc, aura ajouté la violence froide, éclairée, raisonneuse : totalitaire, en un mot, d’un Esprit-de-Parti persuadé d’agir dans le sens de l’Histoire, comme le Weltgeist hégélien. » (II, 6, page 233 de l’édition Folio, pour qui veut approfondir ce point de vue.)
« Une sorte de malaise un peu dégoûté me saisit aujourd’hui à évoquer ce passé. Les voyages clandestins, l’illusion d’un avenir, l’engagement politique, la vraie fraternité des militants communistes, la fausse monnaie de notre discours idéologique : tout cela, qui fut ma vie, qui aura été aussi l’horizon tragique de ce siècle, tout cela semble aujourd’hui poussiéreux : vétuste et dérisoire. » 

« L’histoire de ce siècle aura donc été marquée à feu et à sang par l’illusion meurtrière de l’aventure communiste, qui aura suscité les sentiments les plus purs, les engagements les plus désintéressés, les élans les plus fraternels, pour aboutir au plus sanglant échec, à l’injustice sociale la plus abjecte et opaque de l’Histoire. »

De très belles pages, comme sa reprise de conscience après une chute d’un train (peut-être une tentative de suicide) ‒ pour se retrouver sur le quai de Buchenwald ‒ lorsque « cette mort ancienne reprenait ses droits imprescriptibles ».

Un des rares ouvrages que je vais conserver pour relecture ultérieure, qui constitue entr’autres une leçon de courage de la part de ce polyglotte portant toute une bibliothèque humaniste dans sa mémoire, et une réponse explicite à la question du pourquoi de la littérature.
« Il [son ancien professeur, Maurice Halbwachs, mourant] ne pouvait plus que m'écouter, et seulement au prix d'un effort inhumain. Ce qui est par ailleurs le propre de l'homme. »

« Il m’a semblé alors, dans le silence qui a suivi le récit du survivant d’Auschwitz, dont l’horreur gluante nous empêchait encore de respirer aisément, qu’une étrange continuité, une cohérence mystérieuse mais rayonnante gouvernait le cours des choses. De nos discussions sur les romans de Malraux et l’essai de Kant, où s’élabore la théorie du Mal radical, das radikal Böse, jusqu’au récit du Juif polonais du Sonderkommando d’Auschwitz – en passant par les conversations dominicales du block 56 du Petit Camp, autour de mon maître Maurice Halbwachs – c’était une même méditation qui s’articulait impérieusement. Une méditation, pour le dire avec les mots qu’André Malraux écrirait seulement trente ans plus tard, sur “la région cruciale de l’âme où le Mal absolu s’oppose à la fraternité”. »



mots-clés : #campsconcentration #devoirdememoire #historique #mort #philosophique
par Tristram
le Lun 16 Avr 2018 - 0:07
 
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Sujet: Jorge Semprun
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Frédéric Gros

Désobéir
Prix du livre incorrect 2018

Tag philosophique sur Des Choses à lire Desobe11

"il est si facile de se mettre d'accord sur la désespérance de l'ordre du monde, et si difficile pourtant de lui désobéir"


Face à l'accroissement des inégalités sociales, à la dégradation progressive de notre environnement, au processus de création des richesses par la dette et la spéculation, au détriment de l'humanité à venir, tout cet inacceptable que nous avons accepté, Frédéric Gros en appelle à une « démocratique  critique", définie par le refus des évidences consensuelles, des conformismes sociaux, du prêt-à-penser. Ce "soi politique" alimente la désobéissance.

Considérée pendant des siècles comme l'expression de « l'instinct sauvage », la désobéissance s'humanise avec Eichman, Hannah Arendte et la banalité du mal.

Frédéric Gros décortique les mécanismes de l'obéissance, qui dérive en  sur-obéissance et de ses réponses :  insoumission, objection de conscience et désobéissance civique. Celles-ci se basent sur une éthique de la responsabilité, responsabilité face au monde et face à soi-même

Désobéir, c'est donc, suprêmement, obéir à soi-même.. Obéir c’est se faire le traître de soi, avoir peur de la liberté qui oblige, qui met en demeure, déclenche la désobéissance.


C'est un livre relativement bref quoique très dense, qui s'appuie sur l'apport de nombreux philosophes, de Socrate à Foucault en passant par Kant et  La Boétie, et s'appuie sur des exemples d'obéisseurs  (Eichman, expériences de Asch et de Stanley Milgram) et de désobéisseurs célèbres (Antigone, Adam et Eve, Thoreau... ). L’érudition n'empêche pas les talents de conteur et  la fluidité d'écriture; l'intelligence de l'auteur donne à la lectrice  l'impression qu'elle la partage, ou du moins est apte à en cueillir de nombreuses retombées enrichissantes. C'est une belle stimulation intellectuelle, à l'exacte portée de mes faibles compétences "philosophiques", une invitation à s'engager, encourageante en ces temps où la rébellion devrait le disputer à l'uniformité.


mots-clés : #philosophique #politique
par topocl
le Dim 15 Avr 2018 - 15:49
 
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Sujet: Frédéric Gros
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Albert Camus

Tag philosophique sur Des Choses à lire Le_myt10

Le mythe de Sisyphe (1942) :

Bon, je sors de ma paresse pour venir dire quelques mots, suite à l'incitation de Tristram.
C'est pour une relecture de cet essai. Je l'avais lu assez jeune, j'étais sans doute passé à côté de beaucoup de choses à l'époque. Je peux désormais saisir davantage la portée du texte, et comprendre les références (Kierkegaard, Dosto, le mythe de Don Juan, les références antiques ...). king
Il y a des très bonnes choses à tirer de cet essai, de quoi alimenter le fil citations en effet.

Néanmoins ... Eh oui ... Je reste un peu dubitatif sur la conclusion de notre cher Camus.
"Il faut imaginer Sisyphe heureux" ... Je veux bien, mais ce n'est pas facile !
Peut-on imaginer Sisyphe heureux ? Peut-on imaginer, même Tantale heureux ?
Peut-on se satisfaire de l'absurde ? De l'absence de sens, de la souffrance perpétuelle ?
Le tout sans la délivrance du Paradis, de la vie éternelle, ou de ce que vous voulez, qui ait l'air tout à fait délicieux.
C'est très positif comme conclusion, mais j'ai du mal à adhérer.

J'en retire toutefois une thèse non négligeable. Qui est, selon moi, centrale dans cet essai.
Le fait qu'il faille accepter la contradiction. Accepter l'absence de sens, tout en acceptant qu'il puisse y en avoir à l'intérieur.

mots-clés : #essai #philosophique
par Arturo
le Lun 19 Fév 2018 - 17:07
 
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Sujet: Albert Camus
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Karl-Heinz Ott

Enfin le silence  

Tag philosophique sur Des Choses à lire 41792b10


Originale : Endlich Stille (allemand, traduction par: Françoise Kenk)

Présentation de l'éditeur a écrit::
Disserter sur le libre arbitre chez Spinoza est parfois plus aisé que d'apprendre à dire non. Un professeur de philosophie bâlois en fait l'amère expérience. Il suffit de rencontrer à la gare de Strasbourg un inconnu, l'Autre dans toute sa misérable splendeur, pour qu'il apprenne ce que signifie " être possédé ". L'Autre serait-il le Diable ? Il en a tout l'air : ivrogne invétéré, obsédé sexuel, bavard égotique, menteur délirant, il se révèle une sangsue mortifère. Il poursuit notre narrateur de son embarrassante amitié, s'installe chez lui sans ménagement, fait fuir ses proches, détruit sa réputation. Cet huis clos aussi étouffant que révoltant accule le calme professeur à envisager le pire. Enfin le silence est un thriller métaphysique d'une démoniaque intelligence, servi par une écriture envoûtante, à la fois classique et moderne.


Remarques :
C’est en recherche d’auteurs allemands nouveaux qu’un libraire m’a conseillé ce livre, et j’en fus agréablement surpris! Avec beaucoup de virtuosité, dans la langue d’abord, Ott raconte une situation qu’on a pu déjà rencontré dans notre propre vie, peut-être à un moindre degré : Quand est-ce qu’il est temps de dire clairement et sans ambigüité « Non » dans une situation, à une personne ? Quand est-ce que nous devenons des victimes de quelqu’un qui ne respecte pas notre intimité, qui ne connaît aucune discrétion ? Ou est-ce que dans ces situations-là on ne devient aussi des victimes de nos propres hésitations ?

Je peux comprendre que l’apparente impuissance du narrateur face à l’artifice de son „ami-ennemi“ peut énerver plus qu’un. J’ai lu ici et là des commentaires qui parlaient de l’attitude incompréhensible ou lamentable du héros. Soit. Mais Ott parvient à faire monter doucement justement cet énervement, jusqu’à ce qu’on en a marre. Cela fait l’effet d’une asphyxie, d’unétranglement! Et c’est alors drôlement bien raconté!

Comparant des sujets de son livre avec la biographie de l’auteur, on voit bien qu’il a puisé dans ses études, sa vie des inspirations, par exemple dans les passages qui apparaissent presque comme des petites excursions en musique ou philosophie (Spinoza).

Une belle découverte à l'époque et un auteur que j’aimerais garder à l’œil !

mots-clés : #huisclos #philosophique
par tom léo
le Lun 12 Fév 2018 - 17:33
 
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Sujet: Karl-Heinz Ott
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Simone Weil

Je découvre avec plaisir ce fil. Je viens enfin de sortir de mes étagères ses oeuvres complètes, qui y traînaient depuis trop longtemps.

Tag philosophique sur Des Choses à lire L9782010

Un sacré pavé, mais je sens qu'il va me passionner. L'introduction de Florence de Lussy est alléchante.
Simone Weil, disciple d'Alain, empreinte d'un mysticisme chrétien, philosophe engagée. Elle a su pressentir les terribles conséquences qui attendaient l'Europe lors d'un cours séjour en Allemagne en 1932, puis ne pas se laisser berner par la situation en URSS. Pas comme d'autres en son temps ...
Des grands noms en font son éloge (Camus, Blanchot ...), et elle côtoie des Daumal, et autres.
Je pense que je vais commencer par toute la partie concernant la guerre d'Espagne. Je vais essayer de retranscrire ce que j'en aurai tiré, je sais qu'il y a des intéressés par ici ! Tag philosophique sur Des Choses à lire 3933839410


mots-clés : #philosophique
par Arturo
le Jeu 7 Déc 2017 - 17:58
 
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Sujet: Simone Weil
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Jérôme Ferrari

Tag philosophique sur Des Choses à lire 41pcng10

Le principe

Originale: Français, 2015

CONTENU :
Fasciné par la figure du physicien allemand Werner Heisenberg (1901-1976), fondateur de la mécanique quantique, inventeur du célèbre "principe d'incertitude" et Prix Nobel de physique en 1932, un jeune aspirant-philosophe désenchanté s'efforce, à l'aube du XXIe siècle, de considérer l'incomplétude de sa propre existence à l'aune des travaux et de la destinée de cet exceptionnel homme de sciences qui incarne pour lui la rencontre du langage scientifique et de la poésie, lesquels, chacun à leur manière, en ouvrant la voie au scandale de l'inédit, dessillent les yeux sur le monde pour en révéler la mystérieuse beauté que ne cessent de confisquer le matérialisme à l'œuvre dans l'Histoire des hommes.

REMARQUES :
Un jeune étudiant de philosophie des années 80 met sa propre vie en dialogue avec celui du physicien allemand Werner Heisenberg et son époque, ainsi que ses découvertes essentielles dans la mécanique des quantas et le principe d'incertitude. En cela des mots clés comme par exemple « position, vitesse, energie, temps » servent comme point de départ pour montrer d'un coté dans des réflexions plus ou moins compréhensibles certains éléments de la théorie scientifique, et d'autre part, comme des expressions à partir desquelles on peut comprendre des processus même dans la vie du scientifique allemand, son temps, la société. ET notre époque. Ainsi on pourrait bien discerner trois niveaux de lecture différents, ou disons trois pôles ?!

Celui craignant déjà le mot de « physique » pourrait être étonné de découvrir ici en passant des explications abordables et passionnantes pour une théorie complexe, celle de l'incertitude, des quantas. On sera étonné comment Ferrari met son jeune narrateur (alors étudiant de philosophie, donc un peu un alter ego de Ferrari?) dans les questionnements que provoquent alors les découvertes : cette nouvelle physique met en question une compréhension classique et des façons classiques de procéder. Elle change et changera notre idée du monde, introduit un aspect d »'incertitude » là, où nous aspirons tellement à des certitudes inébranlables. Ces notions d'une compréhension d'un monde vont changer nos idées. Mais on pourrait aussi – avec certaines énoncés du texte – dire qu'une telle physique demande un changement du regard, une sorte de flexibilité intérieure, voir de créativité. Ainsi – si on accepte ces mots comme approches – on pourrait bien prétendre qu'il y ait une fructification, une relation vivante entre théorie scientifique, observations concrètes ET idée, conception du monde et réalisation dans notre époque et notre vie.

Une ouverture d'esprit, voir un changement d'attitude est demandé, exigé par l'observateur pour se libérer d'anciennes contraintes et visions. Ainsi on dit dans le texte une fois que « le principe d'incertitude surpasse le monde des atomes pour étendre son influence sur les hommes ».

Le narrateur, « alter ego » proche de Ferrari lui-même, s'adresse au Heisenberg décédé dans une très grande partie du livre. Il questionne ses découvertes, mais aussi la vie de l'homme qui surtout dans les années du fascisme en Allemagne connaissait un positionnement qu'on a jamais pu définir exactement. Là alors c'est un bon exemple comment le « flou » de la théorie, réjoind comme description la vie de l'homme. Il y a d'autres équivalents dans le livre. Le jeune Heisenberg de l'événement clé de Helgoland est montré comme un homme proche de la nature, prêt à s'étonner, voir s'enthousiasmer face à la beauté. Autre approche vers les réalités présentes ?! Ainsi on trouvera dans sa vie, comme dans celles de beaucoup de physiciens et scientifiques de son époque, un certain « mysticisme ». N'a-t-il pas regarder « par dessus l'épaule de Dieu » ?

On accompagne Heisenberg sur ce plan de découvertes scientifiques et des implications dans une vie de relations avec son époque, l'imbrication avec l'Histoire. Mais on parle peu de la personne familiale ou autre. Donc, ce n'est pas une biographie, ni non plus une pure vulgarisation d'un sujet scientifique. Premières expériences : les années 20, puis les relations partiellement turbulentes avec d'autres grandeurs, le temps dans le IIIème Reich, la recherche commandé pour une bombe (atomique ), l'enfermement temporaire en Angleterre avec d'autres jusqu'à un discours clé et célébre à Munich dans les années 50.

Le procédé de l'auteur est intéressant, voir convaincant, et pose des questions autour de la science et ses implications. Mais aussi sur la possibilité de tirer des conclusions de la théorie sur notre monde, ou de voir l'influence de nos attitudes sur les possibles conséquences dans la recherche scientifique. Peut-être faut-il un minimum d'intérêt pour le sujet ? Oui, bien sûr. Mais il me semble que l'auteur réussit bien en passant de faire expliquer des bribes du « principe d'incertitude », et dans la science, et dans nos vies.


mots-clés : #philosophique #science
par tom léo
le Dim 10 Sep 2017 - 8:58
 
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Sujet: Jérôme Ferrari
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Harald Høffding

Histoire de la philosophie moderne

Tag philosophique sur Des Choses à lire Fezqfz10

Parue au début en deux tomes cette oeuvre n'est désormais disponible qu'en vieille édition ou en impression à la demande auprès de la BNF.
Høffding a pour projet dans cet ouvrage de présenter les philosophes et les idées qui ont marqué à partir de la Renaissance (Période Montaigne et Machiavel) jusqu'à son actualité.
Bréhier a fait de même, Russell aussi et les histoires de la philosophie pullulent. On peut alors se demander l'intérêt d'une en particulier.
Bréhier essaie de faire une Bible, scolaire, neutre et complète une sorte d'annuaire des philosophes. Très studieux et assez complet.
Russell lui exercer une histoire critique en présentant sa conception des philosophies de ses collègues illustres.
Høffding lui tente déjà de mettre des liens d'héritages entre les différents philosophes et de présenter l'histoire des idées comme une continuité quand on pense généralement qu'il existe des ruptures et des conflits. Une causalité s'exprime, la pensée de chaque philosophe est contextualisée et cela permet également de comprendre Høffding lui-même, le choix des philosophes cités, les sujets et thématiques qui interpellent un homme si représentatif de son époque, héritier de Kierkegaard pour la psychologie, de Kant pour la métaphysique et de Comte pour la science.

Un ouvrage très intéressant qui m'a beaucoup aidé pour mes études.


mots-clés : #philosophique
par Hanta
le Lun 21 Aoû 2017 - 16:04
 
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Sujet: Harald Høffding
Réponses: 3
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