Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


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33 résultats trouvés pour premiereguerre

William Faulkner

Monnaie de singe

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De retour de la Première Guerre mondiale en train avec Joe Gilligan et le cadet Lowe fort ivres, et la récente veuve Margaret Powers à la bouche rouge comme une blessure, Donald Mahon, aviateur blessé, commence à devenir aveugle et mourir.
Le jeune cadet Julian Lowe est un « aspirant » fort dépité que la guerre soit terminée avant qu’il devienne un aviateur, un « as » (avec les « ailes » comme insigne, et une blessure gratifiante) :
« Être lui, avoir des ailes, mais avoir aussi sa balafre ! »

« …] en s’appliquant à avoir plus de dix-neuf ans (pourquoi dix-neuf ans a-t-il honte de lui-même ?) »

Julian constitue un personnage assez lamentable, mais très bien observé ; tombé sous le charme de Margaret, il ne cessera pas de lui envoyer des lettres minables tout au long du roman.
Januarius Jones (présenté comme un bouc obèse aux yeux jaunes, cynique et pervers) rencontre le pasteur Mahon, père de Donald (qu’il croit mort), puis Cecily Saunders, sa délicate, blanche et arbustive fiancée (qui depuis fréquente le falot George Farr) ; arrivent Mrs Powers, enfin Joe avec Donald. Est présente Emmy, la servante (avec qui ce dernier a couché).
C’est une scène de théâtre, un bal sordide, tableau satirique qui pourrait se sous-titrer "prestige de l’uniforme auprès de la gent féminine en temps de guerre". On peut concevoir que Faulkner puisse avoir été considéré comme misogyne ; voici une réplique à sa décharge :
« ‒ Ce sont les hommes qui s’inquiètent de l’honorabilité de notre nom parce que ce sont eux qui nous les donnent. Mais nous avons, quant à nous, d’autres soucis en tête. Ce que vous appelez un nom honorable est comme un vêtement trop léger pour être confortable. »

Et une confession :
« ‒ Je crois que vous devenez misanthrope, Joe." […]
"Assurément, quand il s’agit de femmes. »

La détresse, l’espoir irraisonné du Révérend, père du condamné, est rendue avec une certaine cruauté :
« Le spécialiste d’Atlanta nous avait bien dit qu’il devait devenir aveugle. Mais les médecins ne savent pas tout. Qui sait ? Quand il aura repris des forces et sera tout à fait rétabli, peut-être recouvrera-t-il la vue.
‒ Oui, oui, fit le recteur prêt à s’accrocher à n’importe quoi. Qu’il se remette ! Et ensuite nous verrons. »

La foi et la religion sont d’ailleurs questionnées, ainsi au moyen de cette curieuse conception théologique du Révérend Mahon, suivie d'une réflexion sartrienne de Joe :
« "Les voies du hasard sont bien impénétrables, Joe.
‒ Je pensais, mon Révérend, que vous auriez dit les voies de Dieu.
‒ Dieu, c’est le hasard des circonstances, Joe. Dieu est en ce monde. Nous ne savons rien de l’autre. Cela viendra en son temps. "Le royaume de Dieu est dans le cœur de l’homme" ; c’est la Bible qui le dit.
‒ N’est-ce pas là une doctrine assez inattendue de la part d’un pasteur ?
‒ Rappelez-vous, Joe, je suis un vieil homme. J’ai passé l’âge des querelles et des rancunes. Nous faisons notre paradis et notre enfer dans cette vie. Qui sait ? peut-être après notre mort ne sommes-nous appelés à aller nulle part, à ne faire quoi que ce soit. Ce serait cela, le paradis.
‒ Ou ce sont les autres qui font pour nous le paradis ou l’enfer. »

Dès le début du second chapitre, Faulkner présente d'étrange façon l’église du Révérend Mahon :
« De l’ensemble gothique de l’église s’élançait le clocher comme une prière de bronze indestructible, perpétuant l’illusion d’une chute lente parmi les petits nuages impassibles. »

Et voici, vers la fin, l’évocation d’une pauvre église de Noirs :
« Enfin, dans un bouquet d’arbres au bord de la route, ils virent la misérable petite église avec sa contrefaçon de clocher penché. »

Tout le roman est parcouru par un certain humour, certes caustique, plutôt de la raillerie, voire du sarcasme. Mais peut-être cette dérision grinçante est-elle aussi shakespearienne, selon l’inspiration de ce drame d’amours et de mort.
Ce premier roman me paraît vraiment être une bonne porte, d’ailleurs évidente, pour entrer dans l’œuvre de Faulkner, et sa manière caractéristique d’injecter les bribes de pensées des personnages en soliloque brut, de dévoiler nombre d’observations psychologiques et sociales tout en préservant la part humaine d’insondabilité ‒ sans compter des pensées métaphysiques qui sentent peut-être encore un peu leur auteur débutant :
« Toutes les impressions d’une journée, qu’il y en ait dix ou cent mille, on cette faculté précieuse de tomber dans l’oubli, où tôt ou tard s’ensevelissent toutes les inventions humaines. Voilà qui préserve le monde d’un encombrement désastreux. »

« Le Sexe et la Mort, porte d’entrée et porte de sortie du monde. Comme ils sont en nous inséparables ! Durant notre jeunesse ils nous enlèvent au-dessus de la chair ; quand nous sommes devenus vieux, ils nous ramènent à la chair, l’un nous engraissant, l’autre nous décharnant, au bénéfice des vers. Quand les instincts sexuels sont-ils plus aisément satisfaits qu’en temps de guerre, de famine, d’inondation, d’incendie ? »

« La liberté naît de la décision : elle n’attend pas l’action. […] Le mieux est de se contenter d’être libre sans en avoir conscience. Avoir conscience d’être ceci ou cela implique une comparaison, un rapport avec son contraire. Vivez donc votre rêve, mais ne le réalisez pas. Sinon ce sera la satiété. Ou le désespoir. Lequel est pire, je me le demande ? »


Bonus : tout au long de cette belle lecture, j’ai été accompagné par l’illustration de couverture, Gamme jaune de Kupka, représentant ton sur ton ce qui paraît être un lecteur malade s’étant assoupi :

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J’ai été frappé par le plombé des paupières baissées, sombre complémentaire bleue comme un regard.
Il existe une IIe étude de cette œuvre, plus figurative, voire expressionniste :

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Mots-clés : #mort #premiereguerre
par Tristram
le Sam 10 Aoû - 14:33
 
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Sujet: William Faulkner
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Irène Nemirovsky

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Le Vin de solitude. - Albin Michel


"Ou bien « Le Vin du souvenir » ? Le « Vin de solitude » ? Le Vin de solitude est un beau titre et il a de plus l’avantage certain de bien fixer ma pensée sur un point essentiel. En effet, je crois que ce qu’il faut montrer surtout, c’est cette enfant qui pousse ainsi, absolument seule. Bien mettre l’accent sur cette profonde et amère solitude, sur les fantasmagories qui peuplent sa vie, sur l’apparence monstrueuse que cette vie prend pour elle."

Irène Nemirowski


Le titre choisi finalement par Irène Nemirowski définit tout à fait le contenu du livre.
L'histoire d'une enfant puis d'une jeune fille seule. D'une ville à l'autre, de Kiev à Paris.
Le père, banquier, s'imagine compenser une enfance misérable en spéculant et en brassant de l'argent facile.
Absent la plupart du temps, il oublie sa fille qui l'adore.

La mère, -et c'est pire- est futile, égoiste, froide, sauf quand il s'agit de prendre un nouvel amant.

Elle n'aime pas sa fille et ne se prive pas de le lui dire. Ni de l'accabler de reproches méprisants.

Et elle ne lui épargnera jamais la vue de ses amants et de leurs coucheries.

La seule personne qui lui manifeste une vraie tendresse fut la gouvernante française. Mais quand la mère s'en appercevra, elle la chassera.
La guerre puis la révolution mettent la famille en fuite. D'abord à St Petesbourg, puis en Finlande, en Suède avant Paris où la mère a entraîné son dernier amant.
La jeune fille, décide alors de le séduire pour se venger de sa mère. Elle n'ira pas jusqu'au bout lorsque elle se rend compte qu'il ne l'aime plus et que la vengeance la plus cruelle est désormais le temps et l'age.

C'est d'ailleurs un élément fort que cette relation mère/fille.
Je ne me souviens pas avoir lu une relation à la mère aussi violente. Sinon celle de Jules Vallès.


On le sait à présent, le roman est en grande partie autobiographique, et cet antagonisme apparaît dans d'autres romans.
Le Vin de solitude est un travail de mémoire assez extraordinaire. Où il s'agit de restituer des situations, des atmosphère, d'essayer de reproduire ou de repenser des conversations.
Travail de mémoire aussi quand il s'agit de se remémorer les lieux où la famille vécut, le mode de vie où la richesse ne fait jamais oublier la négligence, le manque d’âme, la chaleur humaine.

Et aussi les bouleversements de la guerre et de la révolution bolchevik dont elle est témoin.
Ce qu'on retiendra avant tout, c'est le personnage qu'elle incarne, mélange de sensibilité frustrée, mais aussi d'intelligence, de lucidité, de volonté.
Toute sa vie le manque d'affection constituera une blessure permanente.
Et c'est sans doute pourquoi ce qu' elle a vécu se reflète dans un style incisif, précis, cruel.
Ce roman, au moment où il parut (en 1934) constituait un roman d'apprentissage au féminin, ce qui n'était pas encore très courant à l'époque. Si l'on excepte Colette à qui l'on pense parfois.
Mais Colette, elle, avait une mère qu'elle adorait et c'est déjà une grande différence.

Mots-clés : #autobiographie #exil #famille #premiereguerre #revolution #solitude
par bix_229
le Mer 31 Juil - 17:59
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
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Joseph Roth

La crypte des capucins

Tag premiereguerre sur Des Choses à lire 41vzyb10

Originale : Allemand, 1938

CONTENU :
À la Belle Époque, François Ferdinand fait partie de la jeunesse insouciante de Vienne. Entouré de ses amis, il tourne en dérision l'amour et le temps qui passe, s'amuse et s'instruit. Un autre François Ferdinand, l'archiduc, est assassiné. Les jeunes gens s'engagent avec enthousiasme dans la guerre, sans deviner que le déclin de la monarchie austro-hongroise aura bientôt raison de leurs illusions.

REMARQUES :
Par rapport à par exemple « La marche de Radetzky », ce roman postérieur serait préférablement à lire dans la suite. Ce livre plutôt mince a 34 chapitres relativement courts. Le premier chapitre pourrait être lu comme une introduction sur l’histoire des Trotta et une mise en perspective historique. Déjà il deviendra claire dès ce début que le monde décrit dans la suite, est revolu dans le moment « présent », donc il s’agira d’une description d’un monde passé, perdu – sujet fondamental du livre. Le début est à dater exactement en Avril 1913, selon de début du deuxième chapitre.

On pourra parler d’une forme de mélancolie concernant ce temps révolu, incluant la monarchie et un certain ordre social. Mais plus que cela et le respect du au « Kaiser » et aux classes sociales, on pourrait partir de valeurs plus universelles et positives : une idée d’un vivre ensemble, d’une certaine forme de reconnaissance (« reconnaissançabilité ») au-delà des frontières. Pour exemple drôlatique les descriptions des gares similaires dans tout l’Empire… Trotta vit à Vienne, mais ses racines sont slovènes. Il visitera la Galicie et son cercle d’amis consiste de Hongrois ! Là, il y a une forme naturelle de coexister, du vivre avec, les uns à coté et avec les autres. Apparemment.

Je dis : apparemment. Car au même moment le narrateur est conscient des dérives de cette société. Il dédie plusieurs paragraphes au sujet de la décadence du cercle d’amis, de la vie double et ambiguë. Et si on pourrait parler d’un déclin sociétale de la monarchie, de sa disparition, ils sont déjà accompagnés, voir précédés par un déclin sur un niveau individuel ou, pour citer le texte : « Les péchés individuelles sont un signe précurseur d’une catastrophe commune. » Ce sujet d’une imbrication entre l’individu et la société est souvent pas assez vu ; ce serait intéressant à explorer !

Parfois il y a des répétitions légères, des doublements. Aussi l’utilisation des pronoms personnels aurait allégée la répétition constantes des noms. Mais ce sont des remarques critiques minuscules…

Remarquable !


mots-clés : #historique #premiereguerre
par tom léo
le Ven 25 Jan - 16:36
 
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Sujet: Joseph Roth
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Joseph Roth


La marche de Radetzky

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C’est au son de la marche de Radetzky que se déroule le destin de la famille Von Trotta du grand-père, héros de la bataille de Solferino au petit-fils Lieutenant des Chasseurs dans l’armée Autrichienne.

De souche paysanne Slovène le capitaine Joseph Trotta, le héros, sera ennobli par l’Empereur François-Joseph auquel il a sauvé la vie lors de la bataille de Solferino. Cependant l’acte héroïque, sera décrit de manière romancée dans les manuels scolaires ce que le Capitaine n’ acceptera pas, il quittera l’armée, se retranchera comme son père dans ses terres ; il recevra les faveurs de l’Empereur comme une offense.

L’acte du grand-père Von Trotta pèsera lourdement sur la vie du petit-fils Charles-Joseph qui ne sera jamais à la hauteur du grand-père vénéré d’autant que son père le Prefet Von Trotta lui imposera une carrière militaire.

La bataille de Solferino annonce la fin de la monarchie des Hasbourg et de l’empire Austro-Hongrois. Mais jusqu’à l’assassinat du Prince héritier et la déclaration de la grande guerre la famille Von Trotta sera d’une fidélité aveugle envers la monarchie, la patrie. Les Von Trotta comme d’ ailleurs l’aristocratie ne peuvent imaginer l’effondrement de l’ empire.
Ce grand empire aux nombreux peuples ne comprendra pas les prémisses de la guerre : les grèves ouvrières, l’ attitude du Prince héritier, l’ agitation de la Russie qui arrive à la frontière, le nationalisme qui divise les peuples de l’empire (hongrois, Slovènes …..)

Charles-Joseph ne faillira pas à son devoir envers sa patrie, dans la guerre, alors même qu’il avait démissionné de la carrière militaire quelques jours auparavant comme l’avait fait d’ailleurs en son temps son grand-père, le Capitaine Von Trotta.


C’était une lecture très intéressante que cette histoire de famille dans la grande Histoire. A travers l’ennoblissement de la famille Von Trotta l’auteur montre l’honneur, l’orgueil, de faire partie de la noblesse de l’empire, de servir cet empire que porte la Maison de Hasbourg depuis des siècles. Longévité qui mesure justement l’effondrement à la fin de la Grande- Guerre.

L’ amour de l’auteur pour son pays d’origine est sensible dans son écriture.

Cette lecture m’a rappelé celle de Lajos Zihaly « les Dukay » même si le thème est plus celui de la décadence de l’aristocratie européenne.

Extraits :
La guerre de l’armée autrichienne commençait par des tribunaux militaires. Pendant des jours, les traîtres, véritables ou supposés, restaient accrochés aux arbres , sur la place de l’église pour faire peur aux vivants. Mais les vivants de toute la région avaient pris la fuite. »

« Le serviteur le suivait au même rythme que lui. Le sous-lieutenant s’efforçait d’aller au même pas que les bottes de son suiveur. Il avait peur de décevoir Onufrij en e trompant de pas par inadvertance. Elle était toute entière dans le loyal martèlement de ses bottes, la fidélité d’Onufrif. Et chaque pas nouveau émouvait Charles-Joseph. Et c’était comme si, derrière son dos, un pauvre gars maladroit essayait de frapper de ses pesantes semelles à la porte du cœur de son maître. Gauche tendresse d’un ours éperonné et botté ! »





mots-clés : #famille #historique #premiereguerre
par Bédoulène
le Jeu 24 Jan - 17:54
 
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Sujet: Joseph Roth
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Emmanuel Herzet

Reprise du commentaire de shanidar publié le Mar 21 Fév 2017 à 15:09, initialement posté sur le fil du co-scénariste Dorison. (clic)

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Le Chant du cygne 1-2

dessin : Babouche
scénario : Dorison - Herzet

Résumé éditeur :
Avril 1917. Alors qu'ils reviennent d'une offensive aussi vaine que meurtrière sur le Chemin des Dames, les survivants de la section du lieutenant Katzinski rencontrent un soldat qui leur confie une pétition signée par des milliers de poilus. Il y a là de quoi renverser le gouvernement pour en finir, enfin, avec les boucheries inutiles. Seulement, pour ça, il faut aller à l'Assemblée nationale... Et jusqu'à Paris, le chemin promet d'être long.


Franchement, je me suis laissée complètement surprendre par l'histoire et l'atmosphère de cette BD. J'ai retrouvé l'ambiance débraillée et jargonneuse de Cendrars et Barbusse, les poils des poilus, les relations parfois simples parfois compliquées avec la hiérarchie militaire, la rébellion des uns, la peur des autres, la bouffe qui arrive froide, les feuillées (tinette), l'ambiance arrosée de gros rouge et d'envoi au casse-pipe. Les soldats sont croqués avec des 'tronches' bien éloquentes qui permettent de les différencier immédiatement. Il y a le sergent Sabiane, le fort des Halles, rouquin et grande gueule, vers lequel tout le monde se tourne quand il faut prendre une décision. Il y a le bleu appelé 'la science' qui finit par convaincre les autres de sa témérité. Et puis, le lieutenant Katz dont l'honneur va être mis à l'épreuve par ses hommes : doit-il les suivre jusqu'au bout, lui qui n'en peut plus d'écrire des lettres annonçant aux familles la mort de leurs soldats ou va-t-il choisir le clan des officiers, abrutis, illégitimes, sanguinaires ?

Il faut ajouter à ce très bon scénario, un coup de crayon presque humoristique dans certaines outrances et un recours à l'aquarelle qui rend l'ensemble à la fois particulièrement beau, élégant, automnal et nostalgique. Babouche vient de l'animation et on retrouve dans son trait le plaisir du mouvement, l'attention portée aux arrière-plans pour dynamiser la case et une espèce de fraîcheur zébulonne (parfois même un peu brouillonne) qui prête à sourire et étonne par sa liberté. Quant à l'arrivée du Puzzle, une espèce d'officier rapiécé de partout et totalement mégalomane, elle donne une parfaite intensité à une BD qui se lit avec un immense plaisir.


Totalement séduite, je suis !  

Deux pages :

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mots-clés : #bd #premiereguerre
par Bédoulène
le Sam 21 Avr - 6:59
 
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Sujet: Emmanuel Herzet
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Franck Bouysse

Glaise

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Sur fond de guerre de 14, au fin fond du Cantal rural, ceux et celles qui ne sont pas partis au front tentent de survivre, et affrontent l'amour et la haine.

Les péripéties sont totalement prévisibles dans les deux premiers tiers du livre, et ce qui innove un peu à la fin est préparé mine de rien  par des dialogues-pièges semés ça et là entre les chapitres pour feinter le lecteur. Les personnages sont, on dira dans ce contexte rural, taillés à la serpe, la nuance  ne semblant pas faire partie de la psychologie des habitants du Cantal. Assez curieux de voir ces paysans de peu de mots alterner entre le dialogue utilitaire  et les interrogations philosophico-existencielles. Enfin, parmi les scènes vraiment "terroir", un certain plaisir à se complaire dans la vilénie assez morbide.

Tout cela dans un style ronflant à force d'être travaillé, avec des métaphores "poétiques" qui fleurissent à chaque page (oui, à chaque page, ce n’est pas une façon de parler).

Cet avis n'engage que moi, Le Monde recommande, mon libraire recommande, Babelio note 4.25/5...

Mots-clés : #amour #identitesexuelle #premiereguerre #ruralité
par topocl
le Sam 10 Mar - 9:36
 
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Sujet: Franck Bouysse
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François Sureau

L'obéissance

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Comme la présentation de l'éditeur résume parfaitement cette histoire pour le moins singulière, je la retranscris:



Alors que la Première guerre mondiale vit sans le savoir ses derniers mois, de grandes batailles sanglantes à l’issue incertaine se rallument sur la ligne de front franco-allemande.

C’est le moment que choisit le roi de Belgique pour présenter à la France une bien singulière requête : lui prêter la guillotine et le bourreau de Paris, Deibler, pour assurer de manière spectaculaire l’exécution capitale d’un soldat prétendument coupable du viol et de l’assassinat de deux femmes belges.

Or l’exécution doit se dérouler à Furnes, localité situé de l’autre côté du front… Après de longues négociations, un convoi improbable va tenter de passer à travers les balles et les obus. Il y parviendra, non sans dommages, et la sinistre guillotine finira bel et bien par se dresser, au petit matin, sur la grand-place de Furnes. Mais rien ne se passera comme prévu…

Construit comme un recueil de correspondances échangées et de notes de services pondues par des fonctionnaires zélés, L’obéissance est l’étrange récit, concis, rythmé et d’un irrésistible humour noir, d’un des épisodes les plus extravagants de la Grande Guerre.


Oui, c'est l'absurde jusqu'au bout. Où l'on voit que pour tuer " légalement" un individu , les politicards vont jusqu'au bout, et il n'y aura pas qu'un mort. Mais il faut ce qu'il faut, et quelles que soient les circonstances, il faut appliquer la justice telle qu'elle est écrite, on ne discute pas. Vont partir donc la guillotine avec bourreau et aides, et une escorte militaire. Plongée dans la bêtise ordinaire avec échanges savoureux de lettres entre hauts fonctionnaires et hauts gradés, c'est vrai qu'on en rirait si ce n'était pas si triste. Et puis, chaque personnage à son tour, avec chacun son style, raconte.
Rassurez-vous, la justice est passée. Heureusement. le condamné, qui avait combattu bravement pendant des années, ce qui l'avait un peu perturbé, n'avait plus aucune raison de vivre. Sinon, il se serait suicidé, quel désastre!!!

Petit extrait:
."..Je suis content qu'il ait survécu. Les meilleurs soldats meurent au début des guerres. Défilent à la fin les enfants, des embusqués, et de très rares braves que le dieu des batailles a épargnés pour qu'ils puissent admirer leurs généraux ventrus. Les généraux sont immortels.
Je suivrais ce légionnaire au feu, si j'avais encore à y suivre quelqu'un.
C'est une grande pitié d'avoir à obéir à des bureaucrates, généraux ou politiciens. Quand ont-ils découvert que l'Europe avait des frontières? Quand ils ont été nommés ministres. Les bureaux et l'intrigue auront fait autant de morts que les Boches. Oublions cela.."



récup

mots-clés : #historique #premiereguerre
par Marie
le Dim 17 Déc - 21:18
 
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Sujet: François Sureau
Réponses: 7
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Erich Maria Remarque

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Après ( Der Weg zurück)
traduit de l'allemand par Raoul Maillard et Christian Sauerwein

"Nous nous étions imaginé tout cela d’une manière bien différente. Nous avions cru que dans une harmonie puissante s’établirait une existence vigoureuse et intense, la sérénité complète d’une vie reconquise. Et c’est ainsi que nous entendions commencer. Mais les jours et les semaines glissent entre nos doigts, nous les dissipons en choses vaines, superficielles; et quand nous jetons un regard autour de nous, rien n’est fait. Nous étions accoutumés à penser et à agir dans l’immédiat: une minute de retard et tout pouvait être fini.. Voilà pourquoi la vie actuelle va trop lentement à notre gré; nous nous élançons à sa rencontre, mais avant qu’elle commence à parler ou à rendre un son, nous nous en sommes déjà détournés.
Nous avons eu trop longtemps la mort pour camarade. C’était une joueuse des plus rapides et il s’agissait, à chaque seconde, de l’enjeu le plus élevé. C’est ce qui nous a donné ce caractère impulsif, cette concentration de la pensée sur l’instant immédiat, c’est aussi ce qui nous rend si vides aujourd’hui; car dans le monde qui nous entoure, une telle attitude d’esprit n’est plus à sa place. Et cette impression de vide est une source d’inquiétude car nous sentons que nous ne sommes pas compris et que l’amour, même, ne peut nous être d’aucun secours. Il y a un abîme infranchissable entre ceux qui sont soldats et ceux qui ne l’ont pas été. Il faut que nous nous aidions nous-même. Cependant ,à nos jours d’inquiétude, se mêlent souvent encore des grondements et des murmures étranges; c’est comme un lointain roulement d’artillerie, comme un avertissement sourd derrière l’horizon . Nous ne saurions pas les définir, nous ne voulons pas les entendre et nous nous en détournons toujours dans la crainte singulière de laisser passer quelque chose qui risquerait de nous échapper.
Trop souvent, déjà, certaines choses nous échappèrent, et pour beaucoup, rien de moins que la vie..
"

Quelle force - et quelle lucidité- dans ce «  roman » , qui suit A l’ouest rien de nouveau. Des jeunes gens, des presque encore enfants soudés par les tranchées et qui, miraculeusement, ont échappé au sort de la plupart. Qui se retrouvent Après, et qui cherchent à revivre. A comprendre pourquoi ils n’y parviennent plus.
Assez bouleversant ..

Et pourquoi, Georg, pourquoi? Parce que nous avons tous été trompés, et trompés à un point tel que nous commençons à peine à nous en rendre compte! Parce qu’on a effroyablement abusé de notre naïveté! On nous parlait de Patrie, et on pensait: plans d’annexions d’une industrie cupide; on nous parlait d’honneur et cela signifiait querelles et soif de puissance d’une poignée de diplomates et de souverains ambitieux; on nous parlait de Nation et cela voulait dire: désir d’activité de quelques généraux inoccupés! « Il secoue Race par les épaules. »Tu ne comprends pas ça? Ils ont fourré dans le mot Patriotisme leur phraséologie, leur désir de gloire, leur esprit de domination, leur faux romantisme, leur bêtise, leur avidité, et nous l’ont présenté comme un idéal rayonnant! Et nous avons cru que c’était le coup de clairon initial d’une existence nouvelle, solide et puissante.
«  Tu ne comprends donc pas? C’est à nous-même que nous avons fait la guerre, sans le savoir, et chacune de nos balles qui touchait son but atteignait l’un de nous. Mais écoute donc, je me tue à te le dire! La jeunesse du monde s’est levée, dans tous les pays, croyant combattre pour la liberté! Et dans chaque pays, elle a été trompée et abusée, dans chaque pays elle a combattu pour des intérêts et non pour un idéal; dans chaque pays, elle a été massacrée, et elle s’est elle-même exterminée! Tu ne comprends donc pas? Il n’y a qu’une seule lutte, celle contre le mensonge, les demi-vérités, les compromissions, contre l’esprit des vieilles générations!
Nous nous sommes laissé prendre à leurs phrases et nous avons combattu pour eux au lieu de les combattre. Nous croyions qu’il s’agissait de l’avenir, alors que nous marchions contre lui. Notre avenir est mort, car la jeunesse est morte, qui le portait en elle.
Nous ne sommes plus que des survivants, des déchets. Mais les autres sont vivants, les repus, les satisfaits, plus repus et plus satisfaits que jamais! Les non- satisfaits, toute cette jeunesse ardente, impétueuse, sont morts pour cela! Pense que toute une génération a été anéantie, qu’une génération pleine d’espoir, de foi, de volonté, de force et de savoir a été hypnotisée à ce point qu’elle s’est entre-tuée bien que, dans le monde entier, cette jeunesse ait poursuivi les mêmes buts!
"



mots-clés : #guerre #premiereguerre
par Marie
le Mar 19 Sep - 19:17
 
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Sujet: Erich Maria Remarque
Réponses: 24
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Mikhaïl Boulgakov

Comment ne pas me joindre aux éloges pour „Le maître et Marguerite » ? L’auteur utilise largement les moyens de la satire, si repandus dans la littérature soviétique (et russe). C’est à se demander si ce n’est pas un moyen par excellence de parler de choses qu’on ne peut pas nommer ouvertement ?! Mais je vais me concentrer à présenter un peu plus:

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La garde blanche


CONTENU :
C’est l’histoire fortement imprégnée par des traits autobiographiques de trois frères et sœurs (Alexandre, Hélène, Nikolka) en Décembre 1918. En Russie c’est la guerre civile et des restes de troupes allemandes et d’autres forces tiennent des larges parties de l’Ukraine. Kiev rassemble des gens venus de partout et de toutes les origines : des banquiers, des aristocrates, des gens douteux fuyant les forces bolchéviques.  Sous l’assaut des troupes nationalistes de Petlioura les Allemands et leurs alliés, comme le « Hetman », prennent la fuite. Jusqu’à l’arrivée de l’Armée Rouge en Février 1919 s’écouleront seulement deux mois. L’histoire « personnelle » des trois figures principales est imbriquée dans la « grande Histoire » : Hélène va être abandonné par son mari « collaborateur et faisant confiance dans les Allemands. Alexandre (sous certains égards l’Alter Ego de Boulgakov) se met à disposition en sa qualité de médecin et sera blessé. Nikolka va s’engager dans les combats tandis que Hélène attend avec crainte à la maison.

IMPRESSIONS :
Des grandes confusions et mélanges, des combats sans fins, des changements de front marquaient la situation de ces années dans le pays de la révolution d’Octobre. Et on pressent fortement que les changements en Russie n’étaient pas le résultat d’un seul jour, mais que les conflits s’allongeaient, se compliquaient pendant des longues périodes (et au-delà par d’autres formes de résistance et de combats). Et quelques fois il y en avait bien plus que deux partis en questions, ainsi en Ukraine ! Je suis reconnaissant entre autre que ce livre fait connaître un peu de cette complexité des années révolutionnaires. Cela reste presque impensable, quel chaos ce pays a traversé…

Il me semble que ce livre n’est pas de la même veine si fortement satirique que d’autres livres de Boulgakov, même si aussi ici on trouvera l’une ou l’autre situation grotesque. Au centre de ce livre si marqué par les événements historiques est quand même l’individu, la personne, ces trois frères et sœurs Tourbine (nom de la famille maternelle de Boulgakov !) et leurs amis proches.  C’est comme si pour le lecteur attentif on lit que l’individu n’est pas aboli. Au milieu de ces turbulences politiques ils continuent à chercher pour ce qu’on pourrait appeler un peu pathétiquement « le sens et la vraie vie ». Et en fait : au tout début paraît cette grande question universelle et typiquement russe à la fois : « Comment vivre ? » Cela me semble une vraie perspective de lire ce roman avec la question comment on peut bien survivre de tels temps de conflits et de désespoir. Qu’est-ce qui pourra nous sauver ? Ici c’est certainement le rôle de chacun, la contribution de chacun : ils prennent part actif à l’histoire…

mots-clés : #autobiographie #famille #historique #premiereguerre #revolution
par tom léo
le Mer 13 Sep - 21:56
 
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Sujet: Mikhaïl Boulgakov
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William Faulkner

Quand nous en étions à évoquer les livres ayant trait à la guerre de 14-18, nous avions omis celui-ci:

Parabole

Roman, publié en 1954, 620 pages environ, titre original: A Fable.
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Un exemplaire de l'édition originale.

Long pavé, de lecture qu'on ne qualifiera pas d'aisée, écrit avec cette encre caractéristique de l'auteur et presque paradoxale, en effet elle cascade, agile et libre, telle un torrent, sans en avoir toutefois la limpidité, étant en même temps une encre épaisse et trouble telle un fond de bayou si boueux qu'il est de consistance aussi solide que liquide.

Mais quelle langue, quelle hauteur de vue, Faulkner nous régale d'un livre malaisé d'accès, qui a tombé et tombera sans doute de bien des mains par son exigence, pour le reste il est assez crucial, pour ma part c'est une lecture d'importance, en dépit de la crainte d'être passé à côté d'une partie sans doute non négligeable de ce riche ouvrage.  

Quelques dérangeantes curiosités formelles n'aident pas à la navigation dans ces pages, la plus pénalisante pour le lecteur (francophone ? je ne sais pas si elle est due à la traduction), est qu'on n'identifie pas toujours très clairement, en tous cas du premier coup, quel est le "il" dont on parle, et qui peut être l'un ou l'autre des protagonistes du chapitre.

Cette Parabole constitue sûrement une tentative très ambitieuse de la part de l'auteur, et plutôt risquée, casse-figure, si l'on considère qu'au moment de parution, Faulkner était à peu près au faîte de sa carrière et de sa notoriété.  
Au reste, il y travailla de décembre 1944 à novembre 1953, lui qui boucla pourtant certains de ses chefs-d'œuvre en six mois à peine.

Truffée de référents (plutôt que de références) bibliques, surtout néo-testamentaires, Parabole est l'histoire d'une tentation, le tentateur étant un maître du monde valant antéchrist, et le tenté, le rédempteur si l'on veut, un caporal engagé dans le conflit.

Faulkner emmêle les pistes quant aux passés des protagonistes, passe sous silence des pans entiers par suggestions, mais s'attache à des détails annexes. De longues tirades, monologues, émaillent le propos, même là où l'on attend plutôt des dialogues.

La démonstration parabolique, chacun peut bien entendu se risquer à l'interprétation ou au simple commentaire, est attendue, disons mieux supputée, depuis cent cinquante pages environ: peu sont ceux qui s'appuieront ces 620 pages dans l'attente du suspense final -tant mieux, qui sait si quelques lecteurs réduiraient le livre à cela, sinon ?  

Il est curieux de constater que les deux personnages principaux semblent désincarnés, tandis que décors, comme situations, comme personnages secondaires sont extrêmement tramés, fouillés.  

Bien sûr Faulkner n'oublie pas de parler de ce qu'il connaît, et là, il excelle comme jamais et fait ronronner d'aise tout amateur de littérature, ainsi l'aviation militaire de l'époque (il s'engagea dans l'aviation canadienne durant la Première Guerre mondiale, mais l'armistice de 1918 fut signé avant qu'il n'ait pu faire son premier vol), bien sûr "son" Sud de l'Amérique US du début XXème.

Mais aussi la France d'alors, qu'il sait camper avec altitude et justesse: se souvient-on qu'il vécut à Paris, et entreprit une tournée de certains d'entre les champs de bataille français (Rouen, Amiens, Compiègne, Dieppe), dans les années 1920 ?

Une fois le livre refermé, je méditais cet extrait de son discours de réception du Nobel de littérature, qui me semblait particulièrement bien convenir à cet ouvrage-là, bien que Parabole ne soit à l'évidence pas le seul dans ce cas:  

[le jeune écrivain] doit réapprendre [les problèmes du cœur de l’homme en conflit avec lui-même…] Tant qu’il ne le fera pas, son labeur sera maudit. Il ne parlera pas d’amour mais de désirs, de défaites où jamais l’on ne perd rien qui vaille, de victoires sans espoir et, pis que tout, sans pitié ni compassion. Sa peine devant la mort n’aura rien d‘universel, ne laissera nulle cicatrice. Il ne parlera pas du cœur, mais des glandes. Tant qu’il n’aura pas réappris cela, il écrira comme s’il avait devant lui et observait la fin de l’homme. Pour moi, je refuse d’accepter la fin de l’homme.  


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Faulkner avec le jockey-vedette Eddie Arcaro, mai 1955, alors qu'il couvre le Kentucky Derby d'Oxford pour Sports Illustrated.
Il est question d'une édition très antérieure de cette course dans Parabole.


mots-clés : #guerre #premiereguerre
par Aventin
le Mar 5 Sep - 20:21
 
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Sujet: William Faulkner
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John Dos Passos

J'avais moins trouvé mon rythme dans le suivant. Ils ont eu une jolie couverture les espagnols non ? Je l'ai lu en vf (je ne lis ni ne parle l'espagnol) mais comme elle est jolie j'empreinte :

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1919

Je pourrais faire quasiment le même commentaire que pour 42e parallèle tant pour la forme que pour la facilité de lecture. Même alternance de personnages et d'actualités et de souvenirs. Mais on change de personnages pour traverser la première guerre mondiale.

Marine, croix rouge, journalisme. Le point de vue reste américain et évite assez soigneusement le pire du conflit dont les horreurs du front restent comme un lointain placage. A cette guerre s'oppose la teneur des récits qui ont pour la plupart comme objet les errances sentimentales des personnages... ou leurs laborieux parcours professionnels, ça dépend un peu des moyens qu'on a au départ pour aborder la vie.

C'est l'autre opposition du livre, cette différence des parcours, avec en autre toile de fond la répression des mouvements ouvriers et les espoirs déçus de révolte de part le monde. Mais même cette partie là finalement reste en "rappel historique" (cruel).

La guerre elle-même prend des allures de récréation entre Paris et l'Italie. Désespérée et très alcoolisée d'un côté, mondaine d'un autre et comme si les espérances et les idéaux venaient fondre, se dissoudre, dans ce moment historique. Un moment qui voit se révéler un visage d'ambitions et d'opportunités économiques et politiques : profits de l'économie de guerre, partages de gâteaux, etc.

Facile à lire quoiqu'un peu répétitif, possibles mous dans la traductions aussi (Quarto), provoquant un certain malaise par son ambiance discrète mais très particulière, c'est finalement un drôle de truc. Un drôle de truc dont il ne faut pas non plus exclure la part d'autobiographie et de souvenirs intimement mêlée à cette vision dure de l'histoire.

Un parfum de défaite dans la célébration.

(récup' again).


mots-clés : #social #premiereguerre
par animal
le Dim 6 Aoû - 22:26
 
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Sujet: John Dos Passos
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Fonclare Guillaume de

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Guillaume de Fonclare : Dans ma peau. - Stock


"Mon corps est un carcan ; je suis prisonnier d'une gangue de chairs et d'os. Je bataille pour marcher, pour parler, pour écrire, pour mouvoir des muscles qui m'écharpent à chaque moment. Mon esprit ressasse d'identiques rengaines ; je ne vois plus les sourires de mes enfants, ni les tendres regards de celle que j'aime ; je ne vois que mes mains qui tremblent, mes bras qui peinent à amener la nourriture à la bouche et mes jambes qui ploient sous le poids d'un corps devenu trop lourd. Je ne suis plus qu'un homme mal assis qui songe sans fin, et si j'ai aimé ce corps, je le hais à présent. Nous cohabitons désormais et il a le dernier mot en tout ; je ne me suis résolu à cette idée que contraint. G.F."



Si la vie est un combat truqué et perdu d'avance, il nous laisse quand même des plages d'espoir et de plaisirs.
Dans le cas de Guillaume de Fonclare, les souffrances d'une maladie dégénérative, sans cesse présentes, sans cesses renouvelées, ne lui accordent aucun répit.
Ni les illusions vitales dont nous avons tous tellement besoin.
La mort est un non évènement inconnaissable même si universel.
Et que nous essayons d' oublier en espérant que ce sera réciproque.
Enfin peut être...

La vie de Fonclare fut étroitement associée à la mort.
A la tête de l'Historial de la Grande Guerre, il méditait sur tous ces morts, horriblement mutilés. Voués à l'oubli et à l'anonymat la plupart du temps.
Et si inutilement sacrifiés par des officiers et des politiques absolument privés de sensibilité et de sens stratégique.
Cette relation avec les morts fut interrompue par la maladie et contre le gré de l' auteur.

Ce livre est la méditation d' n être souffrant mais encore vivant et attaché à cette vie précaire qui lui est octroyée et avec laquelle il devra compter.
En ignorant quel sera le terme. Et quand.

Tout commentaire de ce livre serait inutile et redondant. il suffit de le citer.



mots-clés : #premiereguerre #pathologie
par bix_229
le Jeu 6 Juil - 21:05
 
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Sujet: Fonclare Guillaume de
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Hélène Gestern

L'odeur de la forêt

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Le fait que les gens résident outre-tombe ne les rend pas forcément inoffensifs.


Héléne Gestern réussit avec brio, intelligence et sensibilité le pari d'un livre  énorme (700 pages bien denses) qui mêle histoire intime, romanesque  et recherche historique.

Son héroïne, historienne chercheuse spécialisée dans la phottographie, hérite par donation d'un corpus de lettres et de photographies , œuvre d'un soldat de la Grande Guerre. Celles-ci ont une valeur inestimable, d'une part parce qu’elles sont adressées à un éminent écrivain de l'époque sur lequel persistent de nombreuses interrogations, mais encore plus  par leur propos-même : à côté du témoignage du quotidien du poilu, émerge peu à peu un dossier à charge contre les horreurs et absurdités de cette guerre-boucherie, qui mène des fournées entières de soldats à une mort certaine pour un but dérisoire. Les découvertes s'ajoutant aux révélations, peu à peu la recherche, sans perdre son objectif, prend de l'ampleur, s'étend à toute une famille (passions, amours et rébellion) et  s'ouvre sur la guerre suivante.

A cet aspect historique, l'auteur mêle habilement le récit intime de son expérience propre (elle sort d'un deuil éprouvant et ce travail lui permet de reprendre confiance en la vie) avec les destins croisés des personnages dans un récit si haletant qu'il emprunte aux meilleurs polars : énigmes à tiroirs, preuves manquantes, rivalités de chercheurs, messages codés, fausses pistes constituent les étapes de  cette investigation passionnée. Ce n'est pas le moindre intérêt du livre que de donner à voir le travail  de chercheurs dont on découvre l'ambition comme l'humilité, les intuitions et les errances au fil des pages. Les personnages, subtils et attachants, s'incarnent dans ces périodes dont le tragique distord les destins, ceux des hommes partis au combat, de ceux qui restent à attendre, et de ceux qui leur survivront.

Une écriture inspirée, une belle habileté à croiser les destinées et les ramifications de son histoire, une sensibilité à fleur de peau, Hélène Gestern, petite cousine d'Anne-Marie Garat, interroge sur le destin du siècle, le rôle des images, l'impact des morts sur l'existence des vivants, et la nécessité d'affronter ses démons et d'entretenir le souvenir.


mots-clés : #premiereguerre
par topocl
le Dim 18 Juin - 21:02
 
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Sujet: Hélène Gestern
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Joe Sacco

La grande guerre - Le premier jour de la bataille de la Somme

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wikipedia a écrit: Bataille de la Somme
   Date : du 1er juillet au 18 novembre 1916
   Lieu : Somme (fleuve), Picardie, France
   Issue : Indécise (retraite tactique allemande de 64 km)
   (...)
   Pertes :    420 000 Britanniques (213 000 blessés et 206 000 morts ou disparus)
                203 000 Français (136 000 blessés et 67 000 morts ou disparus)
                437 000 Allemands (au minimum)(dont 170 000 tués)


   La Bataille de la Somme désigne une confrontation opposant les Britanniques et les Français aux Allemands en 1916 lors de la Première Guerre mondiale, dont ce fut l'une des batailles les plus sanglantes.

   Conçue en décembre 1915, par Joffre, commandant en chef des armées françaises, l'offensive de la Somme dut être amendée du fait du déclenchement de la Bataille de Verdun, le 21 février 1916. Foch fut chargé par Joffre de sa mise en œuvre. Les Français, qui devaient fournir l'effort principal, durent le confier aux Britanniques.

   C'est la première offensive conjointe franco-anglaise. Les forces britanniques lancèrent là leur première opération d’envergure, et tentèrent avec les troupes françaises de percer à travers les lignes allemandes fortifiées sur une ligne nord-sud de 45 km proche de la Somme, au nord de la France, dans un triangle entre les villes d'Albert du côté britannique, Péronne et Bapaume du côté allemand.

   Il s'agit de l'une des batailles les plus meurtrières de l'histoire (hors victimes civiles), avec parmi les belligérants environ 1 060 000 victimes, dont environ 442 000 morts ou disparus.

   La première journée de cette bataille, le 1er juillet 1916, fut, pour l'armée britannique, une véritable catastrophe, avec 58 000 soldats mis hors de combat dont 19 240 morts. La bataille prit fin le 18 novembre 19163.

   Le Bilan de cette bataille fut, sur le plan militaire, peu convainquant. Les gains de territoires pour les Alliés furent modestes, une douzaine de kilomètres vers l'est tout au plus, le front ne fut pas percé. Les combats usèrent les adversaires, sans vainqueurs ni vaincus.

   (...)

   La mémoire collective des Français n'a pas gardé trace de la Bataille de la Somme tandis que celle-ci tient une large place dans la mémoire collective des Britanniques, des Canadiens, des Australiens et des Néo-Zélandais. Le 1er juillet est une journée de commémoration sur les principaux lieux de mémoire du Commonwealth dans le département de la Somme de même que l'ANZAC Day, le 25 avril.
   (...)

   [Une] préparation d'artillerie [eut lieu pendant la semaine précédent l'attaque]

   L'artillerie, y compris des canons à longue portée sur voie ferrée de 380 et 400 mm, atteignit des sommets de puissance destructrice.

   Ayant la maîtrise du ciel, les Alliés détruisirent les Drachen allemands. Les Britanniques disposent de 185 appareils chargés de patrouiller et de bombarder, les Français en ont 215 et les Allemands seulement 129.

   La préparation d'artillerie, initialement prévue pour cinq jours, débute le 24 juin par des tirs de réglage et de destruction. Elle s'intensifie à partir du 26 par un bombardement général et continu des lignes allemandes. En une semaine, l'artillerie britannique tire 1 732 873 coups. Les tranchées allemandes des premières lignes sont presque totalement détruites, mais les abris souterrains sont intacts.

   Le 28, l'offensive est reportée de 48 heures à cause du mauvais temps. Il tombe les premiers jours une moyenne de cinq obus pour chaque soldat allemand.

   L'échec britannique du 1er juillet 1916

   Le 1er juillet au matin, c'est par un beau temps et clair que commence le bombardement final des alliés. À partir de 6 h 25, les tirs d'artillerie atteignent une cadence de 3 500 coups par minute, produisant un bruit si intense qu'il est perçu jusqu'en Angleterre.
   Jeune soldat allemand engagé dans la bataille de la Somme, photo de 1916

   À 7 h 30, au coup de sifflet, l'infanterie britannique franchit les parapets baïonnette au canon et part à l'assaut des tranchées adverses. Les hommes sont lourdement chargés avec plus de 30 kg d'équipement. Ordre avait été donné aux hommes de ne pas courir. En fait, le commandement anglais craignait que les troupes ne perdissent le contact en courant et en se dispersant. Persuadé que les défenses allemandes avaient été anéanties par les tirs d'artillerie, il exigea que les hommes avancent au pas.

   Les Allemands les accueillirent avec des tirs de mitrailleuses qui les fauchèrent en masse. Les officiers étaient facilement repérables et furent particulièrement visés. On estime à 30 000 le nombre des victimes (tués et blessés) dans les six premières minutes de la bataille . Les Allemands sont stupéfaits de voir les soldats britanniques venir au pas.

   À midi, l’état-major britannique annula l'ordre de marcher au pas, et retint les vagues d’assaut suivantes. Lorsque les Britanniques parvinrent aux tranchées allemandes, ils furent trop peu nombreux pour résister à une contre-attaque.

   De leur côté, les Français atteignirent tous leurs objectifs et ne purent progresser davantage du fait, en autre, de l'échec britannique.


      Voilà ce que nous raconte Joe Sacco, journaliste et illustrateur plus habitué aux conflits contemporains, dans une fresque de 7 mètres de long, présentée sous la forme d'un leporello. Illustration à la précision obsédante, aux détails scrupuleux, grâce à un vaste travail d'investigations (lectures diverses, rencontre avec des historiens , collecte de quelques 700 photos dans les archives britanniques) puis huit mois accroché à sa planche à dessin, avec comme référence première la Tapisserie de Bayeux .

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Tout est dans le détail : la moindre arme, le moindre équipement sont le reflet méticuleux de la réalité. Mais tout est aussi dans la vue d'ensemble, ce fourmillement de Tommies donne une vue particulièrement impressionnante de l'ampleur des combats, du nombre des hommes engagés, des blessés et des morts, de la petitesse de l'homme face à la grande machine guerrière. De la vanité et de l'épouvante de tout cela, en fait.

Pas un mot sur le dessin lui-même - cette affaire se passe de commentaires, mais un livret explicatif d'accompagnement – les légendes donnent de l'ampleur à l’illustration, permettent d'approfondir la compréhension.

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Magnifique témoin d'une mémoire centenaire qui se refuse de s'éteindre, objet éditorial impressionnant de beauté et d'invention, parole d'un homme face à l’horreur, tout cela fait de ce livre un objet assez unique, à regarder , poser puis reprendre.

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mots-clés : #bd #premiereguerre
par topocl
le Ven 9 Juin - 16:34
 
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Sujet: Joe Sacco
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Alice Ferney

Dans la guerre

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C'est , une fois de plus me direz-vous , un récit de la Grande Guerre, sur le front et à l'arrière, de la mobilisation à l'armistice, auquel n'échappe ni l'horreur, ni l'absurde.

Alice Ferney y glisse son univers propre, fait de l'amour salvateur, de la transmission générationnelle, de l'amour des mots comme des silences. Elle instille à chaque personnage un désir profond d'humanité, un sens du devoir qui n'exclut pas la critique, un besoin de bonté face à l'infortune du destin, l'amour de la terre plus que de la patrie. Elle accompagne chaque personnage, homme ou bête, dans sa douloureuse quête d'un chemin. Ses héros sont humbles et respectueux, ce sont des purs.  Dans un style dont la beauté prend aux tripes, elle partage leur intimité la plus profonde. Son  livre  ne masque pas une atrocité mais, au sien de cet effroyable gâchis, donne paradoxalement comme une impression de paix et d'espoir . On y trouve des raisons de croire en l'homme, en la femme, en leur chien et en l’enfant à naître.

Un livre que l'on conseillerait presque à ceux - ou celles - qui doutent de la littérature française d'aujourd'hui.



mots-clés : #premiereguerre
par topocl
le Mer 22 Mar - 12:49
 
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Dorison

Le Chant du cygne 1-2

dessin : Babouche
scénario : Dorison - Herzet

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Résumé éditeur : Avril 1917. Alors qu'ils reviennent d'une offensive aussi vaine que meurtrière sur le Chemin des Dames, les survivants de la section du lieutenant Katzinski rencontrent un soldat qui leur confie une pétition signée par des milliers de poilus. Il y a là de quoi renverser le gouvernement pour en finir, enfin, avec les boucheries inutiles. Seulement, pour ça, il faut aller à l'Assemblée nationale... Et jusqu'à Paris, le chemin promet d'être long.

Franchement, je me suis laissée complètement surprendre par l'histoire et l'atmosphère de cette BD. J'ai retrouvé l'ambiance débraillée et jargonneuse de Cendrars et Barbusse, les poils des poilus, les relations parfois simples parfois compliquées avec la hiérarchie militaire, la rébellion des uns, la peur des autres, la bouffe qui arrive froide, les feuillées (tinette), l'ambiance arrosée de gros rouge et d'envoi au casse-pipe. Les soldats sont croqués avec des 'tronches' bien éloquentes qui permettent de les différencier immédiatement. Il y a le sergent Sabiane, le fort des Halles, rouquin et grande gueule, vers lequel tout le monde se tourne quand il faut prendre une décision. Il y a le bleu appelé 'la science' qui finit par convaincre les autres de sa témérité. Et puis, le lieutenant Katz dont l'honneur va être mis à l'épreuve par ses hommes : doit-il les suivre jusqu'au bout, lui qui n'en peut plus d'écrire des lettres annonçant aux familles la mort de leurs soldats ou va-t-il choisir le clan des officiers, abrutis, illégitimes, sanguinaires ?

Il faut ajouter à ce très bon scénario, un coup de crayon presque humoristique dans certaines outrances et un recours à l'aquarelle qui rend l'ensemble à la fois particulièrement beau, élégant, automnal et nostalgique. Babouche vient de l'animation et on retrouve dans son trait le plaisir du mouvement, l'attention portée aux arrière-plans pour dynamiser la case et une espèce de fraîcheur zébulonne (parfois même un peu brouillonne) qui prête à sourire et étonne par sa liberté. Quant à l'arrivée du Puzzle, une espèce d'officier rapiécé de partout et totalement mégalomane, elle donne une parfaite intensité à une BD qui se lit avec un immense plaisir.


Totalement séduite, je suis !  

Deux pages :

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mots-clés : #bd #premiereguerre
par shanidar
le Mar 21 Fév - 15:09
 
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Sujet: Dorison
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Jil Silberstein

Les voix de Iaşi

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Jil Silberstein s'offre le luxe de nous proposer un énorme pavé (700 pages fort denses, quand même), une somme impressionnante de données historiques, sur un sujet des plus austères, et d'y mettre suffisamment d'enthousiasme, d'exhaustivité, de passion et d'humour pour qu'on y adhère sans sourciller.

C'est très tardivement qu'il apprend  que son grand-père Guillaume avait émigré en France, de Iaşi en Roumanie , fuyant l'antisémitisme dans les années 20. Celui-ci échappa ainsi, contrairement à d'autres membres de sa famille, au pogrom pratiqué le 27 juin 41 : 8000 morts, 5000 déportés dont de nombreux vont décéder.

Jil Silberstein n'est pas du genre à en rester là. Certes, il veut retrouver sa famille, mais aussi tout  saisir. Il dévore toute une bibliographie des plus pointues, navigue sur Internet, rencontre en Roumanie des témoins, des survivants, des universitaires, des érudits. Pour lui, savoir, c'est tout comprendre :  le pogrom, l'antisémitisme, l'histoire des juifs de Roumanie dans son ensemble, et à travers elle, l' histoire de la Roumanie. Leur recrutement par les princes moldaves, le caractère indispensable qu'ils ont pris dans la société, les humiliations et discriminations qu'ils ont subies, montant en puissance au fil des régimes et des partenariats. On a droit ainsi au passage à toute l'histoire de la Roumanie, depuis les princes moldaves, l'influence ou l’ingérence de la Sublime Porte, de la Russie, de l'Autriche-Hongrie,  l'horreur nazie et l'oppression communiste. Une communauté de 40 000 juifs à son apogée, qui n'en laisse aujourd'hui que 300.

Cela semble beaucoup pour un seul livre, c'est beaucoup en effet, dans cet ouvrage d'une érudition impressionnante, qui vise à une certaine exhaustivité. Il cite ses sources, ne lâche sur aucun détail, chaque omission serait une insulte aux Juifs qui l'ont vécu.. Cette somme d'informations ferait presque trop,  si Jil Silberstein ne prenait pas le soin de se mettre en scène dans son travail de recherche, nous faisant partager ses enthousiasmes, ses errances, la satisfaction des découverte, les émotions devant l'horreur. Tout cela avec un humour tout à fait particulier qui le fait s'adresser à son lecteur et à lui-même, bousculé dans son humanité. Au passage, il dresse des portraits, raconte les histoires individuelles, rapporte tel récit : on lit  cette histoire à travers les tripes de ceux qui l'ont vécue.

C'est donc une lecture tout à fait passionnante, pleine d'enseignements indispensables, dont les quelques longueurs sont très vite oubliées, une belle aventure historique et littéraire.

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(commentaire récupéré)


mots-clés : #premiereguerre #historique
par topocl
le Sam 7 Jan - 10:24
 
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Sujet: Jil Silberstein
Réponses: 1
Vues: 302

Pierre Lemaitre

Au revoir, là-haut

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Comment ça s’est passé, au retour de la Grande Guerre ? Comment certains ont-ils largement profité et abusé de la situation ?

Ça se lit très bien, Au revoir là-haut, quand on reste au premier degré. .Pierre Lemaître a un vrai talent pour combiner un récit, enchaîner les rebondissements, donner une vision des scènes très cinématographique, concocter des dialogues aux petits oignons et empaqueter cela avec humour, tirer un parti brillant de quelques idées géniales (les masques, la dernière scène). Mais j’ai rarement vu un livre réunir autant de qualités et de défauts.

Au départ, je n'aime pas le style. Ce côté badin, qui recherche la familiarité, frise parfois la gouaille et le  truculent, et fait parfois penser à Audiard comme l’a dit Tarversay, avec cette perpétuelle recherche de la jolie formule et de la répartie idéale. J’assume mon sectarisme : c'est tout ce que je n'aime pas dans certains  polars, ce qui fait feuilleton  ou film comique plutôt que roman. Mais je vous l’accorde, c'est totalement épidermique et je reconnais que c'est un sacré travail , et que, quand on aime le genre, ça doit être assez excellent.

Ensuite, je n'ai pas beaucoup aimé me sentir manipuler. Déjà me sentir trompée au profit de l’effet de surprise. Annoncer qu'un personnage est mort alors qu'il n'en est rien, non pas parce que les témoins le croient puisqu'il n'y a pas de témoins, mais simplement parce qu'on veut induire le lecteur en erreur ; ne délivrer qu’au bout de 3 pages l’identité du beau-père d’Henri d’Aulnay-Pradelle, alors que tous les personnages qui participent à la scène le connaissent. Mais surtout le côté manipulateur est évident quand on constate l'amalgame de situations fictionnelles et historiques, qui empêche le lecteur de conserver une objectivité, d'avoir foi en ce qu’il lit, de reconnaître le vrai du faux. Ça fait une bien jolie histoire, mais vis-à-vis de l'Histoire, c'est plutôt malhonnête.

Le fait des coïncidences, de faire assumer par 3 ou 4 personnes les rôles qui, dans la vraie vie, devraient être assumés par une dizaine, d’amalgamer les situations, dans le souhait de faire un récit percutant, est la clé de toute l’histoire, et va bien avec le manque total de nuances des caractères qu'on pourrait qualifier de taillés à la serpe pour éviter de dire qu'ils tombent dans la caricature. Les odieux sont bien odieux (et riches en général), le gentil dégourdi, mais finalement benêt, perpétuellement débordé par la situation, reste un gentil benêt qui ne sait pas dire stop. Entre le comique de situation et les caractères archétypaux, les amateurs de vaudeville seront à leur affaire.

Je passe rapidement sur les quelques erreurs médicales, j’en ai l’habitude (des côtes cassées qui ne font plus mal quelques heures après, le bol alimentaire qu'on incère dans la trachée) et sur l'anachronisme de la page 326 (en 1919 Merlin parle d'une loi de 1920)


Malgré tout cela je suis arrivée à lire le livre jusqu’au bout, avec une certaine irritation allant rétrospectivement jusqu'au malaise, mais malgré tout, dans des moments assez fréquents, avec un profond plaisir. C’est sans doute que Pierre Lemaître a un réel talent à la base. Je l’ ai dit, ma réaction est assez épidermique, et je ne pense pas qu’elle doive suffire à décourager quiconque aurait été tenté par ce livre, qui saura plaire par son côté historique très documenté (mais prudence), son caractère enjoué, un petit côté donneur de leçons, un humour qui plaira à certains et la richesse des ingrédients qu'on y trouve.

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mots-clés : #premiereguerre
par topocl
le Ven 30 Déc - 10:22
 
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Sujet: Pierre Lemaitre
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Jérome Garcin

Bleus horizons

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 Pourquoi suis-je incapable de lire autre chose que ce à quoi tout, dans ma vie, me renvoie ?



Jérôme Garcin mène de front deux destins, celui de Jean de La Ville de Mirmont, jeune écrivain fauché dans sa 28e année au 2e mois de la Grande Guerre, et celui de son ami fictif Louis Gémon, qui a partagé les mêmes tranchées, mais, lui, a survécu, modestement blessé. Il voue désormais son existence à rendre hommage et justice au jeune homme qu'il croit avoir trahi en lui survivant. Louis bafoue ses propres rêves d’écriture, de voyage et de liberté pour récolter scrupuleusement la moindre information, rencontrer ceux qui l’ont côtoyé, rétablir sa mémoire, publier ses écrits. On  croise ainsi au fil du livre  de savoureux portraits de Gabriel Fauré, François Mauriac, Bernard Grasset… Et de passe-temps d'un homme qui se reconstruit, cette quête sans fin du souvenir devient l'enfermement d’un homme meurtri, "archéologue névrotique appliqué à dépoussiérer une statue de sable fin ou une momie qui se décomposerait au grand jour".

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Il s'agit donc bien plus que de la biographie romancée  de Jean de La Ville de Mirmont. Jérôme Garcin, bien sûr, dénonce la guerre qui a coupé  en route son destin prometteur. Mais son propos ne se limite pas à cela. Peu à peu émerge le sens profond du livre, et le reposant, le lecteur s’interroge. Survivant, ce garçon « resté à quai » aurait-il dépassé le traumatisme des tranchées ? Son image n’a t’elle pas été sublimée par sa mort prématurée ? Aurait-il répondu aux attentes de ses amis et aux siennes propres, écrit les livres qu’ils attendaient, lâché les freins qui l’entravaient et l’empêchaient de concrétiser ses rêves d’aventure ?  N’aurait-il pas, finalement, eu une destinée aussi décevante et improductive que son ami ?

Et quoi de plus intéressant qu’un livre qui commence mine de rien et finit par interroger son lecteur ?


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mots-clés : #creationartistique #premiereguerre
par topocl
le Mer 28 Déc - 9:06
 
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Sujet: Jérome Garcin
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Timothy Findley

Guerres

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   «  Qu'on nous pardonne, j'en doute. Mais j'espère qu'on se souviendra que nous étions des êtres humains. »



A force de lire des livres sur la guerre, j'attends maintenant un petit plus, le lyrisme de Giono, l’œil cru et mordant de Cruchaudet, l'universalisme de William March... Thimothy Findley a bien conscience de la difficulté d'écrire, en 1977 , « encore » un roman sur la Grande Guerre. Il cherche sans doute à transmettre un message plus universel, puisque son livre s'intitule The Wars, avec un s.

Il se présente comme l'archiviste au travail sur le personnage de Robert Ross, un jeune Canadien parti en 1915, et s'appuie sur  des photos, des lettres , des témoignages. C'est une bonne idée, j'aime toujours beaucoup ce genre de démarche, de recul rétrospectif sur des événements, des hommes qui nous ont faits ce que nous sommes. On ne sait d'ailleurs pas si Robert Ross a existé ou si tout est fiction, et c'est sans importance. Malheureusement, Thimothy Findley abandonne souvent en cours de route ce positionnement, parlant d'un procès  en abandonnant toute idée de s'appuyer sur ses comptes-rendus, et il revient souvent au roman plus traditionnel, bouchant les trous biographiques, pour essayer de tout décrire dans un récit ui redevient classique..  

Tout décrire, il y a donc beaucoup de choses dans ce livres - un peu trop peut-être, qui auraient gagné à être creusées - , les traditionnelles (la boue , l'enfer des bombardement et du combat, la camaraderie, l’hôpital à l'arrière. et même l'inévitable scène de bordel où on finit par se demander s'il y a eu un seul jeune soldat, confronté, force de guerre, à sa première jeune prostituée, qui soit jamais arrivé à passer à l'acte... ) ; d'autres  plus singulières, notamment la traversée de l'Atlantique, le personnage de la mère qui sombre dans l'alcoolisme, et le rapport aux animaux, les chevaux et les autres, qui est un des leitmotivs nous emmenant vers le final.

J'ai regretté que, si on ne lâche pas au fil des pages le personnage de Robert Ross, si on suit la moindre de ses actions, il n'ait finalement guère d'épaisseur, ce n’est jamais qu'un bon garçon. Mais finalement, tous les gars embarqué dans cette guerre n'étaient pas obligés d'avoir une forte personnalité, il a peut-être raison. Seules  les  20 dernières pages, annoncées par le prologue, donnent enfin sa singularité au livre comme au personnage, dans un final hallucinant, qui, une fois de plus, nous montre ce que la guerre a fait de nos « bons garçons ».

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mots-clés : #premiereguerre
par topocl
le Mar 27 Déc - 10:25
 
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Sujet: Timothy Findley
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