Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 12 Nov - 17:51

96 résultats trouvés pour lieu

Howard Fast

Il me manquait Fast, alors étant en panne pour cause matérielle, j'ai lu

"Cour martiale"

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Guerre de Birmanie, les combats ont cessés mais un théâtre d'opérations sous la gestion conjointe des E.U et des Britanniques subsiste . C'est dans cette situation d'attente, dans cette région au climat difficile, rongée de maladie, des habitants miséreux qu' un meurtre a été commis ; un Lt Winston de l'armée américaine  a tué un soldat Britannique, le Sergent Quinn.

Le Gal Kempton en responsabilité du secteur pour les E.U a réclamé le Capitaine Barney Adams, de retour de plusieurs campagnes (Afrique, Italie) à qui il souhaite confier la défense de l'accusé. Mais dès son premier entretien Adams apprend que le jugement est déjà "rendu", en accord avec le responsable Britannique et Kempton,  Winston doit mourir, sa mort seule préservera l'entente entre les E.U et les Britanniques ; il faut sauver la Grande Alliance à défaut de sauver Winston.
Adams s'étonne à juste titre de ce que le verdict soit annoncé mais le Gal Kempton lui dit que c'est parce qu'il veut pouvoir montrer une "défense honnête" qu'il souhaite que ce soit lui l'avocat.

Adams n'a jamais défendu, ni assisté en cour martiale, bien qu'il ait fait d'excellentes études, il n'a aucune pratique. Le Gal lui fait confiance, c'est le fils d'un ami, de bonne et vieille souche !

Durant le procès l'image de boy-scout que le Gal avait du Capitaine Adams s'efface, le Capitaine Adams met tout son savoir, son honnêteté, sa vigilance à traquer la vérité. Il démonte un à un les "oublis", traque, arrache les paroles des bouches qui se taisent, par crainte des responsabilités ou pour carrière.   Pour le Capitaine Adams,  quels que soient les sentiments qu'il éprouve pour l'accusé, ( lequel d'ailleurs il hait parce qu'il représente tout ce qu'il rejette et la raison de son engagement dans la guerre) celui-ci doit se voir offrir "le droit", l'un des principes fondateur de la démocratie.

Le Capitaine Adams n 'a que quelques jours pour connaître ce qui deviendra "l'affaire Winston"  et préparer sa défense, laquelle s'appuiera sur la pathologie de Winston. En effet après s'être entretenu avec plusieurs responsables militaires, les témoins du meurtre et surtout le médecin psychiatre qui  a placé Winston dans le service, vu l'attitude et les rares propos de l'accusé, Adams est convaincu qu'il défend un homme atteint de paranoIa, c'est-à-dire un malade.

Le capitaine Adams par son choix de défense sait qu'il s'affronte  au Gal Kempton, lequel lui demande s'il défend Winston, question à laquelle il répond qu'il "se défend lui". Ce qui, je pense, signifie qu'en défendant Winston, il défend le "droit" et donc il se défend lui défenseur du Droit, lui citoyen américain.

Winston est reconnu "non coupable", le tribunal souhaite son renvoi à l’hôpital pour y recevoir un traitement médical.

Adams est à nouveau en campagne, il est seul, l' infirmière rencontrée en Birmanie et qu'il était prêt à aimer l'a repoussé car leur différence de classe lui paraissait un obstacle majeur.  


J'ai encore une fois apprécié l'écriture de l'auteur, le choix du sujet, l'ambiance est bien rendue, les caractères des personnages. Il faut se rappeler que Fast a subi plusieurs procès lui-même et assisté à d'autres, le Droit est l'un des principes fondateur de la démocratie et l' auteur/Capitaine Adams s'en fait le garant dans ce livre.
Dans sa préface, François Guérif parle de "l'isolement des idéalistes", cette situation se retrouve aussi dans le récit, notamment dans la lettre que reçoit le Capitaine Adams du médecin psychiatre.


Mots-clés : #justice #lieu #polar #psychologique
par Bédoulène
Hier à 15:49
 
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Stanislas André "S.A" Steeman

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La maison des veilles

Bonus la présentation "Espace Nord" avec une super préface, un texte du fils de l'auteur sur son père, des extraits autour du thème "maison"... c'est très bien choisi et accompagne à merveille le texte.

De quoi s'agit-il ? D'un roman policier autour d'un meurtre qui a eu lieu dans un petite immeuble bruxellois (à Ixelles en fait) bien tranquille. Les policiers sont plutôt accessoires et les principaux protagonistes sont les différents habitants de l'immeuble, de la maison. A chaque appartement ses habitudes, ses caractères, ses attentes déçues.

Discret chamboulement pour une narration subtilement indiscrète et finement joueuse. Les codes du whodunnit sont aménagés pour adapter une perspective décalée sur "l'affaire policière" en tant qu'objet d'imaginaire et de narration... sans se priver de fatalité ou de mélancolie dans la peinture du quotidien.

Très très chouette lecture toute en finesse et en équilibre, dans le genre pied tranquille mais très très bon. Un beau mélange d'intelligence et de savoir faire...


Mots-clés : #lieu #polar
par animal
le Lun 28 Oct - 22:04
 
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Ramuz Charles-Ferdinand

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Construction de la maison

Qu'est-ce qui ferait qu'il n'a pas été publié par son auteur, les accents autobiographiques ou bien la matière non finalisée du livre ?

C'est une des questions qui se posent à la lecture de ce drame familial qui met en scène une famille de vigneron, principalement la mère austère et forte et ses fils. Un aîné efficace mais pas si à l'aise avec le poids des responsabilités, un autre plus frivole et enfin un plus jeune handicapé. Il y a aussi une fille et la femme de l'aîné et la belle fille des paysans d'en haut qui vient prêter main forte quand il le faut. Il y a aussi le lac bien sûr et ces savoyards d'en face...

Tout est en tension entre le devoir, les convenances et les règles du "livre", la bible et les aspirations des jeunes gens. La maison est celle qui doit accueillir la famille au sens large, avec celles de chacun, mais le drame n'est jamais loin.

Il ne faut pas non plus oublier la vigne, son travail et le vin, quasi documentaire.

De beaux passages, des observations et phrases qui font mouche mais un ensemble qui manque parfois de lignes directrices peut-être, ce qui fait apparaître comme forcée la lourdeur du drame ? Lecture ni désagréable ni anecdotique mais en demi teinte par rapport à d'autres.



Mots-clés : #culpabilité #famille #fratrie #lieu
par animal
le Sam 19 Oct - 13:59
 
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Anosh IRANI

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Le colis

Pour perdre la face, il faut avoir une face, et pas ce qu’avait Madhu : un visage indéfini, homme et femme se la disputant inlassablement pour tenter de s’imposer. Une énergie féminine existait en elle depuis son enfance. Elle s’était exprimée de manière très progressive, d’abord subtile, une cuisse par-ci, un regard timide par-là, un gloussement dans l’obscurité, puis, plus franche, la femme avait pris le dessus, elle s’était moquée de l’homme et l’avait laissé pour mort. Mais cet homme du passé revenait maintenant prendre sa vengeance, il la punissait de s’être débarrassée de lui, se frayait un chemin vers le devant de la scène. Et si cet affrontement ne cessait pas, elle finirait sans visage. Il ne lui resterait plus qu’un crâne.


En Inde, les hijras sont vénérées, un peu. Méprisées, beaucoup. Et craintes peut-être encore plus. Nées femmes dans un corps d’homme, elles se regroupent en communauté autour de leur gourou. Elles ont le don de bénir ou de maudire, à leur guise. Elles sont « le troisième sexe ». Très jeune, Madhu a fui le rejet familial pour devenir l’une d’entre elles et vivre dans le quartier rouge, haut lieu de la prostitution de Bombay. Mais à bientôt 40 ans, son corps autrefois adulé la trahit, et les questions existentielles affluent...

Madhu est à l’heure des bilans. L’heure d'admettre que la liberté qu’elle a crue trouver chez les hijras n’était probablement qu’illusoire et que, derrière le charme de sa gourou et les soupirs exaspérés de son père, se cachaient une complexité qu’elle a toujours niée. L’heure de réaliser que, dans le quartier rouge, les luttes de pouvoir et d’argent sont à l’oeuvre à chaque instant, jusque les rares endroit dont on les pensait exclus. Son passé, sa vie semée d’échecs la rongent… Et c’est précisément à ce moment qu’on la charge d’un nouveau colis.
Les "colis", ce sont des fillettes vendues par leurs familles et qu’il faut broyer mentalement afin qu'elles se résolvent à leur sort : 10 passes par jour, 300 jours par an. Minimum. Madhu a sa propre méthode, bien différente de la violence inouïe des proxénètes, et pourtant tout aussi glaçante… Cette fois encore elle l’applique froidement, consciencieusement. Mais le chaos intérieur qui est le sien depuis quelques temps l’amène à douter…

Il y a des romans, comme ça, qui vous remuent au plus profond de vous. Des livres qui vous rappellent à quel point un seul être peut receler en même temps des abîmes de tendresse et de monstruosité, et qui vous mettent face à votre propre humanité si imparfaite. Pour moi, Le colis fut de ceux-là.
D'ordinaire, les prostituées comme les hijras ne sont que des ombres interchangeables à la merci des proxénètes et du sida, vouées au rejet, aux quolibets et à la honte. Anosh Irani leur rend un visage, des rêves sous le désespoir, des rires et des amours, aussi. Sa plume, tour à tendre tendre, nostalgique ou d’une crudité acerbe, épouse cette humanité mouvante, ambigüe, reniée et pourtant tellement réelle. Madhu, avec ses contradictions, son verbe haut et sa fragilité, est inoubliable.
Un roman coup de poing. Un roman coup de coeur.


Mots-clés : #famille #identitesexuelle #lieu #psychologique #sexualité
par Armor
le Sam 7 Sep - 16:02
 
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Sujet: Anosh IRANI
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Patrick Grainville

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Falaise des fous

Patrick Grainville compose une fresque autour des mémoires d'un Normand, des années 1860 à l'après Première Guerre mondiale. Revenu blessé des guerres coloniales d'Algérie et dès lors enraciné à Etretat, sa terre d'attaches, il évoque à la fois les tourments et passions de sa vie affective et son témoignage d'une effervescence artistique. De Monet à Courbet, de Hugo à Flaubert, il partage ses souvenirs des artistes qui ont cherché l'inspiration auprès des majestueuses falaises d'Etretat...un décor mémorable et fascinant, qui révèle une soif d'absolu et la beauté limpide d'une composition picturale.

Le roman est très ambitieux par son ampleur chronologique et thématique, mais j'ai eu beaucoup de difficultés à trouver mon rythme de lecture. Le style, foisonnant jusqu'à l'excès, laisse trop souvent une sensation de trop-plein au fil des citations et des rencontres. Patrick Grainville cherche à exprimer une fascination, à retranscrire l'atmosphère créative et pourtant si fragile de la Belle Epoque...il étouffe cependant ses personnages à force d'enchaîner les évènements en arrière-plan.
J'ai été davantage touché dans la dernière partie du récit, lorsque le vieillissement et l'héritage douloureux de la guerre esquissent une tonalité entre tristesse et amertume. Mais l'impression finale reste en demie-teinte, car l'abondance narrative provoque une frustration au lieu d'emporter l'enthousiasme.


Mots-clés : #amour #creationartistique #lieu #peinture
par Avadoro
le Sam 3 Aoû - 22:58
 
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Sujet: Patrick Grainville
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James Ellroy

Ma part d'ombre

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Le livre est composé de 4 chapitres :

I La rouquine

Il s'agit de la découverte d'un corps de femme étranglée et abandonnée dans un parc, "rouquine", de son identification : Jean Ellroy née Hilliker et qui se trouve être la mère de l'auteur. Annonce à l'enfant de 10 ans et à l'ex-mari, lesquels ne semble pas trop touchés. Les relations père/fils semblent très bonnes. l'attitude de l'enfant n'est pas significative pour la police, mais celle du père  affirme des mauvaises relations de l'ancien couple. Déroulement logique d'une enquête criminelle qui n'aboutira pas.

"Je savais que j'aurais du pleurer. La mort de ma mère était un cadeau et je savais que j'aurais du payer pour le recevoir"
Je la haïssais, je haïssais El Monte. Quelque tueur inconnu venait de m'offrir la vie ; une vie flambant neuf."
dira plus tard l'auteur.

II Le môme sur la photo

Enfance de James avec ses parents, puis en alternance après leur séparation. L'homme et la femme se critiquent devant l'enfant et James croit son père et toutes les critiques sur sa mère : ivrognesse et pute. Jean était infirmière et élevait correctement son fils mais s'octroyait les WE pour elle pendant que James était avec son père.
Seul avec un père permissif  ("Mon père cosignait mon obsession du crime" ; "J'avais 13 ans, des femmes mortes me possédaient".
)
Avec son père James a une vie sociale assez misérable, mauvais élève, voyeur, menteur, entre dans une bande de garçons dont il est le "fou", le taré et qui le maltraite : "J'étais le môme-poster idéal pour illustrer le chapitre "Si-Vous-Ne-Pouvez-M'Aimer-Remarquez-Moi" de tous les bouquins de psychologie infantile.

Espionnait sa mère pour son père quand il vivait avec elle à El Monte et la haïssait puisque son père la haïssait."Je la haïssais et je crevais de désir pour elle. Et alors elle est morte"

Quand son père meurt James est adolescent,  mais durant leur vie à deux il a eu le temps de reconnaître que les critiques de Jean étaient justifiées.

Il s'abîme dans l'alcool, la drogue, jusqu'à entendre des Voix et avoir des crises de delirium tremens (seul un autre ado, Lloyd l'aide) fait de la prison car il squatte les maisons vides, vole, fait le voyeur, devient  SDF. Devient de plus en plus obsessionnel pour le crime sexuel, la pornographie.

C'est suite à une hospitalisation et avec le cercle des  "AA" qu'il prend conscience, à 27 ans de son état, mais malgré cela il a écrit un roman lequel a été publié.
Suit la rencontre avec sa femme et leur vie, une vie qu'il commence avec sa mère disparue, sa femme l'y pousse, et qu'il espère pouvoir lui revenir et récupérer ce qu'il a manqué, négligé enfant.
Il se créé un monde intérieur pour la retrouver, seul avec elle, dans le noir.

III - Stoner

Deux chapitres où l'on fait connaissance avec cet inspecteur de la criminelle en le suivant dans ses enquêtes et lui aussi son obsession pour "ses femmes" assassinées.

IV - Geneva Hilliker

Stoner et Ellroy reprennent de bout en bout le dossier de Jean Ellroy, retrouvent les personnes encore en vie (37 ans ce sont écoulées depuis juin 58) tous deux souhaitent retrouver les deux personnes qui doivent savoir ce qui s'est passé : un homme dit "le basané" et une femme blonde avec une queue de cheval.
De longues recherches, lectures de dossiers, rencontres, interrogations etc....
James en renouant avec la famille de sa mère aura l'agréable surprise de récupérer des photos d'elle dans sa jeunesse, verra la maison où elle a vécu, petit à petit il l'apprend, sa mère lui appartient, il veut la retrouver, la reconnaître.
"Je ne laisserai pas s'installer de fin. Je ne la trahirai pas, ne l'abandonnerai pas une nouvelle fois."

***
ce que j'en pense : Un peu de redites par rapport à la lecture du Dalhia noir.

Il me fait de la peine ce "môme" qui doit vivre sans la régularité, l'affection  de sa mère qu'il a repoussé ;  dans la permissivité de son père (un raté), l'obsession du crime sexuel, sans amis (seul Lloyd l'aidera), qui devra faire tout et n'importe quoi pour être "remarqué" pour exister aux yeux des autres.
Pourquoi ce besoin du "noir" pour se retrouver, pour retrouver sa mère ?
Cette haine/amour qu'il a d'elle  (rêve et visions incestuelles, à l'âge adulte) est-ce un complexe d'oedipe  refoulé et qui ressurgirait plus tard dans la vie de l'adulte ?

j'attends l'analyse de Chrysta (notre spécialiste) qui doit lire aussi ce livre.

C'était donc une lecture "noire", où tout nous est dévoilé sur le minutieux et long  travail d'enquête d'un policier de la criminelle. Une vision aussi de la société américaine à l'époque des années 50 et l'évolution 30/40 ans plus tard. J'ai eu l'impression que LA était une zone de largage de corps de femmes assassinées.
Ecriture incisive qui sied à l'ambiance.


Mots-clés : #autobiographie #criminalite #lieu
par Bédoulène
le Mer 31 Juil - 16:41
 
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Sujet: James Ellroy
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Suketu Mehta

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Bombay Maximum City

Bombay Maximum City est un monstre : près de 800 pages en grand format, plus de 5 cm d’épaisseur, et un contenu protéiforme et démesuré, aussi affolant qu’attachant, déroutant en diable…  Un ouvrage gargantuesque, à l’image de cette ville tentaculaire de Bombay (désormais Mumbai), plus de 20 millions d’habitants au compteur et des milliers de nouveaux arrivants absorbés chaque jour sans coup férir.
Bombay est la ville de tous les possibles : un Eldorado, un mirage, une chimère… Pour elle, pour les espoirs qu’elle porte, les provinciaux n’hésitent pas à tout quitter pour s’entasser à 7 dans quelques mètres carrés insalubres. A Bombay, millionnaires et miséreux vivent dans une étonnante proximité, les gangs règnent en maîtres, la politique se mêle de tout – ou rien, c’est selon. A Bombay nul ne peut vivre s’il n’accepte qu’en toute chose, il faut accepter de petits arrangements, avec autrui comme avec sa propre conscience… Bombay est aussi sage que délurée, honnête que corrompue, tolérante qu’incendiaire… Bombay a mille vies et mille formes, si étroitement entrelacées qu’il est presqu’impossible de les démêler.

Suketu Mehta, de retour dans la ville de son enfance après des années passées aux Etats-Unis, a arpenté la cité pour tenter de se la réapproprier. Il nous livre un ouvrage hybride et très personnel, mélange de récit autobiographique et d’enquête journalistique. La particularité de l’auteur est d’avoir longuement côtoyé ceux dont il a choisi de parler, finalement pas si nombreux, et d’avoir exploré des facettes sombres ou méconnues de la ville. On croise ainsi d’attachantes danseuses de bar, des tueurs à gage à la solde des gangs qui contrôlent la ville, des stars de Bollywood, un chevalier blanc de la lutte anti-terroriste (tortionnaire à ses heures perdues), et même une famille de diamantaires jaïns qui renonce à tout attachement et tout bien terrestre pour embrasser une vie monastique d’un ascétisme presque terrifiant...

Dans ce foisonnement d’informations, le passage qui m’a durablement marquée reste la (longue) première partie, consacrée aux émeutes inter-religieuses qui ont ensanglanté la ville en 1993. On ne ressort pas indemne de la lecture des témoignages de ceux qui, des années après avoir massacré passants, voisins, et même amis, prétendaient n’en éprouver aucun remord, tandis que l’instigateur des émeutes, le tout puissant Bal Thackeray (chef du parti nationaliste hindou Shiv Sena), continuait d’attiser la haine dans un constant mélange de  « fake news » et d’arrogance. Avec le tout Bombay à sa porte pour solliciter ses faveurs...

Bombay Maximum City, ce sont 800 pages de démesure et d’humanité cachée, retrouvée ou bafouée. Un texte dont on ressort tout pantelant, des interrogations plein la tête. On ne va pas se mentir : il y a des longueurs. Pas mal de longueurs, même. J’en avais bien conscience en les lisant et pourtant je m’en fichais comme d’une guigne, tant l'auteur a le don de vous prendre par la main et de ne plus vous lâcher. (Bon allez OK, j'ai un chouilla rechigné sur la fin. Mais chut.)
Quinze ans après la parution du livre, j’aimerais penser que la situation a bien changé, et pourtant j’en doute, tant les problèmes de Bombay semblent être voués à un éternel recommencement…. Un livre édifiant.


Mots-clés : #autobiographie #criminalite #documentaire #lieu #religion #violence
par Armor
le Mar 30 Juil - 18:37
 
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Sujet: Suketu Mehta
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Gilles Ortlieb

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Soldats et autres récits

Souvenirs du service militaire, souvenirs d'hôtels, de Belgique et de Grèce. Le genre de moment de lecture qui coule comme une évidence. Précis, épuré et sans austérité.

Comme quoi le temps mort ne l'est pas tout à fait. Une manière d'être là, de regarder et de raconter "ça" qui me convient tout à fait.

J'en connais plusieurs ici qui si retrouveront si ce n'est déjà fait...

Mots-clés : #lieu
par animal
le Dim 28 Juil - 21:59
 
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Sujet: Gilles Ortlieb
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Karel Schoeman

Cette vie

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La narratrice est une vieille agonisante qui rassemble ses souvenirs tout au long d’une nuit pour « tenter de comprendre, [de] tenter de pardonner. »
Elle a vécu dans une ferme isolée du veld, en bordure du désert du Karoo où hiverne la famille avec les moutons et dont vient sa mère, obstinée, parcimonieuse et irascible. Elle reconstitue, avec ses réminiscences de discrète enfant observatrice et quelques conjectures, l’histoire de son ascendance depuis son établissement jusqu’à la prospérité relative dans ce milieu difficile.
« À la ferme, lorsque j’étais enfant, je jouais souvent seule près du vieux cimetière derrière la colline, là où les anciens jetaient ce dont ils ne vouaient plus ; je ramassais parmi les pierres des fragments de poterie, de porcelaine, ou encore des morceaux de verre bleu ou mauve. Parfois, certains de ces fragments étaient assez gros et assez grands pour permettre, en examinant l’arrondi et les décorations, de retrouver la forme et le motif de la tasse ou du bol d’origine ; c’est ainsi que se présentent les fragments de souvenirs à partir desquels je dois maintenant tenter de reconstituer la forme et les motifs du passé. »

« C’est sans doute comme cela que notre domaine s’est étendu et que nos prétentions se sont affirmées : par des disputes avec les voisins et des menaces ou des violences envers ceux qui étaient plus faibles que nous. »

« …] le but était là depuis toujours et nous autres, les enfants, n’étions que des instruments pour y parvenir. »

Les domestiques, d’anciennes esclaves, dorment à même le sol de bouse séchée, au pied de leur maîtresse. Il y a également une sous-classe de genre de serfs, les Bâtards de Bastersfontein :
« Tous sont morts et enterrés jusqu’au dernier sans laisser ne fût-ce qu’un nom, qu’un visage ; enterrés soit derrière le mur d’enceinte, de l’autre côté du cimetière réservé aux Blancs, soit quelque part le long de la route qui mène vers le Karoo, soit encore dans l’intérieur des terres, vers Grootrivier, là où les ont menés leurs pérégrinations ; les pierres dont on les avait recouverts se sont écroulées et ont été dispersées par le vent, leurs enfants et leurs petits-enfants sont morts à leur tour quelque part dans la plaine, dans le ravin, ou près du feu de camp, et les derniers souvenirs de leur existence se sont évanouis avec eux. Seules leurs voix résonnent encore tandis que je cherche en vain le sommeil. »

La vieille fille de la maison se remémore un drame familial, voudrait ne plus se ramentevoir. Elle aura finalement été seule, une sorte d’étrangère chez elle, un témoin invisible.
Dans ce livre est aussi démontrée la prépotence de femmes fortes, ambitieuses, égoïstes ‒ ainsi que la vanité des vies humaines.
« Dans le coffre où nous rangions le linge de maison, les draps et les taies d’oreiller s’entassaient sans que quiconque prît la peine d’expliquer pourquoi, à l’image de ces terres et de ces troupeaux de moutons dont notre famille, à la même époque, faisait l’acquisition dans la plus grande discrétion, méthodiquement, dans la perspective d’un avenir sans doute inconnu, mais fascinant. »

« En réalité, au fil des ans, seuls les visages autour de la table avaient changé, un simple renouvellement des ombres à la lueur de la bougie dans une maison où, pour le reste, tout était comme avant. »

Après Cette vie et Des voix parmi les ombres, Phébus a édité L’Heure de l’ange, qui clôt le triptyque de Karel Schoeman consacré aux voix ; à écouter bientôt…


Mots-clés : #famille #lieu #ruralité
par Tristram
le Mer 24 Juil - 0:49
 
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Sujet: Karel Schoeman
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Jean-Marie Gustave [J.M.G] Le Clézio

Voyage à Rodrigues

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Récit romancé, 1986, 135 pages environ.

Il s'agit d'une relecture, à rebrousse-poil, puisque j'ai envie ces prochaines semaines de relire aussi Le chercheur d'or, qu'on lit en principe avant (voir même L'Africain, histoire de caser ça en trilogie).

Le Clézio m'agace quand il brasse en rond dans ces pages surchargées d'emphase une espèce de vacuité que je peine à prendre pour du souffle (Désert, par exemple, je n'ai jamais pu aller au-delà des premiers paragraphes):
Il est des auteurs que l'on aimerait voir foisonner, se laisser aller à une faconde verbeuse, et d'autres dont on souhaiterait qu'ils se continssent.

135 pages, c'est pourtant bref, mais cela eût pu être écrit sans dommage, à mon humble avis, en 75-80 pages, format nouvelle.
Ce qui fait sujet, c'est un parcours, idéalement d'ordre initiatique, de l'auteur qui tente de mettre ses pas dans ceux de son grand-père, qui a cherché là en vain un trésor de corsaire, entre 1902 et 1930, avec un acharnement des plus rares.

Comme son grand-père s'avéra un gros traqueur de signes et un déchiffreur d'énigme codée, l'auteur effectue un glissement, de signe à signifiant, d'encodages à symbolique, se demandant si, en fin de compte, il n'y a pas là les éléments d'un langage personnel, dont il devient de facto le dépositaire: avec les quelques descriptions, exotiques à souhait, de l'ile, c'est dans l'abord de cette problématique-là qu'il faut rechercher les meilleures pages.

La fin du livre, transcription de son grand-père dans la généalogie des Le Clézio, nous transporte à Eurêka, la munificente demeure familiale mauricienne d'où le grand-père fut expulsé par ses créanciers, et son jardin d'abondance, et la montagne Ory, le Pouce, le Piether Both, toutes éminences bien connues des lecteurs de Malcolm de Chazal.  

La quête de l'auteur est sans fin, nous le comprenons, ainsi que la recherche acharnée du trésor le fut pour son grand père.
Au final tout de même une bien belle lecture, sur un thème...en or, et dans des lieux lointains et esseulés, que Le Clézio nous restitue à merveille: allez vers ces pages sans crainte.

page 63 a écrit:Mais ce trésor, qu'était-il ? Ce n'était pas le butin des rapines de quelques pilleurs des mers, vieux bijoux, verroteries destinées aux indigènes de la côte des Cafres ou des Moluques, doublons ou rixdales. Ce trésor, c'était donc la vie, ou plutôt la survie. C'était ce regard intense qui avait scruté chaque détail de la vallée silencieuse, jusqu'à imprégner les roches et les arbustes de son désir. Et moi, aujourd'hui, dans la vallée de l'Anse aux Anglais, je retrouvais cette interrogation laissée en suspens, j'avançais sur ces cartes anciennes, sans plus savoir si c'étaient celles de l'écumeur de mer ou celles de mon grand-père qui l'avait traqué.



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L'Anse aux Anglais, à Rodrigues.






Mots-clés : #famille #insularite #lieu #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Lun 22 Juil - 22:55
 
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Sujet: Jean-Marie Gustave [J.M.G] Le Clézio
Réponses: 14
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Josephine Winslow Johnson

Novembre

Tag lieu sur Des Choses à lire Proxy195

Face aux espoirs de la jeunesse, les affres de la Grande Dépression dans cette ferme perdue où la famille s’est retirée, s’égrainent au fil d’une année qui conclue sinistrement dix ans de lutte. Pèsent la rudesse du père accablé de n’avoir que de filles, la folie de la soeur aînée, la hantise de l’hypothèque sur la ferme. La sérénité de la mère, dont la résilience est portée par l’amour de Dieu et de son mari, et l’amour du garçon de ferme, quoique sans retour, sont des baumes bienfaisants. La nature sauve en autant d’instants lumineux cette existence tourmentée, jusqu’à ce que la sécheresse s’en mêle, accablante.

Il y a un côté Steinbeck, bien sûr, mais avec des personnages plus torturés et un lyrisme passionné. La détresse de la jeune narratrice alterne en permanence avec une forme d’espoir, à moins que ce ne soit une résignation. Troublant, même si le style dans son emportement et sa singularité  poétique, se fait parfois opaque (traduction?).


Mots-clés : #catastrophenaturelle #famille #jeunesse #lieu #ruralité #social
par topocl
le Lun 22 Juil - 10:05
 
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Sujet: Josephine Winslow Johnson
Réponses: 2
Vues: 80

Pierre Bergounioux

L'arbre sur la rivière

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Roman, publié en 1988, 185 pages environ.
Pomme, Alain, Daniel et le narrateur; quatre garçons d'entre huit et dix ans qui découvrent un arbre surplombant une rivière et devient à la fois leur cabane, leur lieu d'affût, leur totem et le soubassement à leur rêve de gosses.  

On les suit à travers école, collège et lycée jusqu'à l'orée de leur vie professionnelle (tôt arrivée pour Pomme, apprenti mécanicien dès quatorze ans)

En commun cet arbre, tutélaire à sa façon: celui sur les embranchements duquel ils se perchent pour des pêches parfois fabuleuses, celui depuis lequel ils rêvent d'appareiller pour l'océan voguant sur un radeau maison, qui ne fera pas long feu lors de son unique et malencontreuse expérience nautique in situ.

Ce qui est superbe dans ce livre c'est la restitution du parler et du ressenti d'enfants et d'adolescents -jusqu'à l'état de jeune adulte- je n'ai pas le souvenir de nombreuses tentatives aussi réussies, dans cet exercice périlleux si ce n'est notoirement casse-figure.
Avec le côté corrézien, années 1950 et début 1960 en inestimable bonus pour l'ouvreur de ces pages.

Ce qui interpelle, c'est la douceur du phrasé de M. Bergounioux.
Il y a du velouté dans son encre.
C'est une joie de lecture découlant, on le parierait, d'une joie d'écriture (du moins je le ressens ainsi, il faudrait demander à l'auteur).
En tous cas beaucoup de fluidité et de sens narratif, couplé à la joliesse de l'histoire, font que le lecteur est vite hameçonné.    

Ce qui fait tout le sel, c'est cette quête semblant totalement contradictoire: Comment conjuguer l'aventure et l'ailleurs d'un côté, l'enracinement (et la perspective du futur déracinant) dans un temps que ces garçons voudraient qu'il fût figé, de "riches heures" ?

Ce qui constitue la part tendre, ce sont ces quatre cœurs à l'unisson, en dépit des divergences, des chemins de vie.  

Les ultimes voyages, ceux qui sont "pour de bon" ?
On vous laisse lire, voyez-vous, on s'en voudrait de dévoiler, traversez les ronciers et rendez-vous à l'arbre !

Chapitre IV a écrit:Nous surplombions la ville. Je l'ai trouvée minuscule maintenant que nous étions à la frontière, sur les hauteurs dont elle était cernée de toutes parts sauf à l'ouest où la rivière s'acheminait vers la mer. À l'est, les toits miroitaient comme des éclats de verre. Il fallait un instant avant d'admettre que c'étaient des toits, puis la grande poste à côté du clocher, la place du théâtre dont les grands platanes faisaient à peu près l'effet d'un bouquet de persil, et, au-delà, le lycée, tel un jeu de construction pour enfants lilliputiens. Daniel devait penser la même chose car il a fait remarquer que ça n'était pas grand.
  Pomme a dit qu'on pouvait s'installer. Les sièges étaient en bon état, les garnitures de tissu aussi, d'un gris compassé, et même la planche de bord sous laquelle était encastrée un poste de radio. Pomme a tiré d'une poche de sa combinaison une grande feuille de plastique. Il l'a soigneusement appliquée sur son siège et il s'est installé au volant. Il s'est tourné vers moi. Son visage était cramoisi. Il souriait. Il a dit que le moteur, il l'avait déjà, au garage, pour rien et comme neuf.







Mots-clés : #amitié #jeunesse #lieu #xxesiecle
par Aventin
le Sam 29 Juin - 22:20
 
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Sujet: Pierre Bergounioux
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Georges Rodenbach

Bruges-la-Morte (1892)

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Hugues Viane ne se console pas de la disparition de sa femme. Il s'est réfugié à Bruges dont l'eau stagnante des canaux convient à son deuil. Il erre dans le labyrinthe des rues, croise une inconnue dont la silhouette, la démarche, le visage le frappent de stupeur : " Ah, comme elle ressemblait à la morte ! "

"Bruges-la-Morte" associe les thèmes du fantastique aux intuitions du symbolisme. Il donne aussi l'exemple, avant "Nadja" d'André Breton, du premier ouvrage d'auteur illustré de photographies.

Cette réédition d'un des chefs-d'oeuvre de la littérature "fin de siècle" est accompagnée des trente-cinq illustrations de l'édition oiginale [1892] et de nombreuses variantes.


D'habitude le GF est un repoussoir pour moi avec sa police minuscule et illisible, mais cette édition est vraiment agréable à lire, aérée et comprenant les illustrations d'origine, qui parsèment le texte.

Ami de Mallarmé, et membre du courant symboliste en son temps, Robenbach ne manque pas de talent. Et ce court roman est une belle découverte pour ma part.
Cela fait un peu penser à Nadja, comme le dit le synopsis, allez savoir si Breton s'en est inspiré ?

On suit avec plaisir ce veuf désespéré dans une Bruges aux allures fin-de-siècle. La bigoterie de l'époque est aussi bien présente avec la servante notamment.
Dans une prose poétique, l'on suit un homme qui cherche à faire revivre les souvenirs de sa femme, morte, dans la ville, puis à travers une autre femme.

Hugues songeait : quel pouvoir indéfinissable que celui de la ressemblance !

Elle correspond aux deux besoins contradictoires de la nature humaine : l’habitude et la nouveauté. L’habitude qui est la loi, le rythme même de l’être. Hugues l’avait expérimenté avec une acuité qui décida de sa destinée sans remède. Pour avoir vécu dix ans auprès d’une femme toujours chère, il ne pouvait plus se désaccoutumer d’elle, continuait à s’occuper de l’absente et à chercher sa figure sur d’autres visages.

D’autre part, le goût de la nouveauté est non moins instinctif. L’homme se lasse à posséder le même bien. On ne jouit du bonheur, comme de la santé, que par contraste. Et l’amour aussi est dans l’intermittence de lui-même.

Or la ressemblance est précisément ce qui les concilie en nous, leur fait part égale, les joint en un point imprécis. La ressemblance est la ligne d’horizon de l’habitude et de la nouveauté.

En amour principalement, cette sorte de raffinement opère : charme d’une femme nouvelle arrivant qui ressemblerait à l’ancienne !

Hugues en jouissait avec un grandissant délice, lui que la solitude et la douleur avaient dès longtemps sensibilisé jusqu’à ces nuances d’âme. N’est-ce pas d’ailleurs par un sentiment inné des analogies désirables qu’il était venu vivre à Bruges dès son veuvage ?

Il avait ce qu’on pourrait appeler « le sens de la ressemblance », un sens supplémentaire, frêle et souffreteux, qui rattachait par mille liens ténus les choses entre elles, apparentait les arbres par des fils de la Vierge, créait une télégraphie immatérielle entre son âme et les tours inconsolables.

C’est pour cela qu’il avait choisi Bruges, Bruges d’où la mer s’était retirée, comme un grand bonheur aussi.


les ruptures d'amour sont comme une petite mort, ayant aussi leurs départs sans adieux.



Mots-clés : #amour #lieu #mort #xixesiecle
par Arturo
le Lun 17 Juin - 21:18
 
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Sujet: Georges Rodenbach
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Moritz Thomsen

La ferme sur le rio Esmeraldas

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Notre première analyse nous conduisait  à voir une simple confrontation avec les forces de la nature. En ayant recours à notre intelligence, nous étions persuadés d'en sortir vainqueurs. Nous aurions comme alliées la science et la technologie ; nous nous plongerions dans les manuels ; notre ferme jouerait le rôle d'un phare pour tous les fermiers de ce secteur d’Esméraldas qui, en voyant notre savoir-faire, comprendraient  que sur cette terre féconde c'était entêtement que de demeurer pauvre. Un des gringos installés dans la région depuis longtemps me dit : « Si tu veux partir de l'Équateur avec une petite fortune, arrive d'abord avec une grosse… », et moi de rire. Car cette boutade ne me concernait pas. Je ne projetais pas de quitter ce pays et la richesse inévitable qui nous reviendrait ne serait qu'une des retombées de la lutte contre la jungle dans laquelle nous nous engagions corps et âme

.

Moritz Thomsen, l’ancien pilote qui a bombardé l’Allemagne la peur au ventre, l’un des seuls militaires à avoir été décoré pour avoir loupé sa cible, dit-il, revient, la cinquantaine venue en Equateur qu’il avait appris à aimer pendant les 4 ans où il y  a séjourné avec le Peace Corps. L’aventure, la nature sauvage, une humanité à partager.

Il s’associe à Ramon, son ami d’alors, plein d’espoir et de bonnes considérations, pour acheter une terre inculte et inamicale où il implante une ferme. Il veut travailler avec les populations locales, main dans la main, prouver que le travail aura raison de la nature, et de la pauvreté. Vaste programme un rien naïf au regard des difficultés qu’il va rencontrer, l’hostilité de la nature, l’incurie des travailleurs, la misère et son cortège de mensonges,  vols, la violence, et les catastrophes naturelles.

Ce qui est très plaisant c’est que, bien qu’il raconte au fil des pages l’échec de son projet, la perte de ses illusions, la déception face à ses attentes de colon blanc rationaliste, hésitant entre proximité et distance, lui, l’homme ouvert mais hermétique aux valeurs et conceptions  culturelles trop différentes, il garde cependant toujours une certaine foi en l’homme, il ne condamne vraiment aucune dépravation qui l’entoure, il subit mais excuse. Et s’il cherche à s’en protéger, s’il finit même par fuir, il se  défend d’y apporter une condamnation, repart sur son chemin de croix d’altruisme, de partage et d’assistance.

C’est merveilleusement écrit, sans une seconde d’ennui,  avec une sensibilité,  et une humanité hors du commun. Il partage des portraits hauts en couleurs mais qui ne cèdent jamais au pittoresque outrancier, où transparaît toujours l’empathie derrière l’incompréhension. Une belle leçon que la vie est autre chez les autres, que les hommes ont du mal à se comprendre, que l’égalité ce n’est pas pour demain.

Mots-clés : #autofiction #aventure #lieu #nature
par topocl
le Ven 24 Mai - 17:23
 
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Sujet: Moritz Thomsen
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Ivan Alekseïevitch Bounine

Le Fol artiste

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Un homme arrive en Russie en provenance de stockholm, le 24 décembre 1916 accompagné de son serviteur, il réclame à l'hôtel une belle chambre et il clame "je suis un artiste" !
Il sort, prend un taxi et se fait conduire dans un magasin d'encadrement de tableau, mais ce magasin ne vend pas des couleurs pour peindre ; il presse ensuite le conducteur pour le retour car il doit débuter son tableau à une heure précise.
Ce tableau doit être immortel,c'est une promesse faite à sa femme mourante ; il montre l'alliance d'elle qu'il porte à son doigt à son serviteur et lui dit que c'est un testament, qu'il peindra un tableau immortel et lui offrira à lui !
Mais le "fol artiste" est venu sans le matériel et en Russie à cette époque de guerre il n'y a point de couleurs, point de pinceau !
Après une longue nuit de travail acharné il termine le tableau mais il ne se rend pas compte de l'horreur peinte, à la place des sourires et beauté  qu'il imaginait, ne voilà que grimaces et laideurs dans les personnages, pourtant le sujet "la naissance de Jésus" s'y prêtait.

« Dans le monde, mon ami, il n'y a pas de plus grande fête que Noël. Et il n'y a pas de mystère qui puisse égaler la naissance d'un homme. Voici le dernier instant du monde sanglant, du vieux monde ! Un nouvel homme vient à la vie ! »

Une courte nouvelle de 14 pages (en numérique). Précipitation, effervescence d'idées, d'envie dans l'esprit de cet homme mais on doute très vite de sa compétence ; une oeuvre immortelle parait bien ambitieuse pour un tel homme, mais on est peiné pour lui car nous avons vu sur l'album qu'il consulte les photos de sa femme dans un cercueil et l'accompagnant celui d'une enfant ; une poupée !
Très court mais qui délivre beaucoup, le deuil, l'amour, la folie.
Les descriptions de la ville sont très belles.

"Le soleil se dorait à l’orient brumeux, au delà de la bleuâtre brume des forêts lointaines, au delà de la blanche dépression que dominait, d’une berge peu élevée, une antique ville russe. C’était la veille de Noël, une matinée radieuse, de gel modéré et de givre."

Très bonne lecture   Smile


Mots-clés : #lieu #mort #peinture
par Bédoulène
le Lun 20 Mai - 17:15
 
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Sujet: Ivan Alekseïevitch Bounine
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Elisabeth Filhol

La centrale

Tag lieu sur Des Choses à lire J12

Ca parle d'un homme qui va de centrale nucléaire en centrale nucléaire, pour des contrats courts, logeant dans une caravane. Son copain s'est suicidé, comme deux autres travailleurs de la centrale. Thème hautement louable.
A part ça , et bien, ça dit vraiment peu de ces gens, tant cela vise à une distance ésotérique, et peu de leurs conditions de travail tant c’est noyé dans un fatras technique et professionnel. Le dépouillement du style, avec un côté recherche formelle,  n'empêche pas l'opacité.
Heureusement ce galimatias était très court. Et si c’est pour montrer qu'il s'agit de lieux inhospitaliers, c'est réussi.


Mots-clés : #lieu #mondedutravail
par topocl
le Ven 17 Mai - 9:05
 
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Olga Tokarczuk

Dieu, le temps, les hommes et les anges

Tag lieu sur Des Choses à lire Proxy180

Comme dans tout village polonais, on a vu passer des Russes et les Allemands Les homme sont partis à la guerre, plusieurs fois, les femmes ont été violées et les maisons dévastées. Cela  n’ a pas empêché chacun de faire sont travail, quelques trafics au marché noir,  élever des enfants, construire des maisons, et arrose tout ça de vodka. Mais aussi les hommes et les femmes ont rêvé, souffert,  entretenu d vieux fantômes, partagé l’énergie de la nature, cherché le sens de Dieu et de la vie.


Le relai se passe  de l’un à l’autre par petits chapitres, pour décrire ces vies les deux pieds solidement ancrés dans la terre mais menées par l’espoir et  la fantasmagorie.  Il ressort un charme certain de ce récit où le quotidien se pare   de rêves, visions, sorcellerie,  folie douce et questionnement existentiel.



Mots-clés : #historique #lieu
par topocl
le Sam 11 Mai - 21:18
 
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Andrea Camilleri

Le jeu de la mouche

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Dans ce recueil d' histoires minuscules, de souvenirs, de faits cocasses, émouvants ou ridicules, Camilleri nous dresse un tableau inédit
de sa Sicile.
Il nous explique comment ce peuple, brutalisé, réduit au silence, a appris à parler en se taisant. Echanger par brefs regards, des signaux d' amitié, de complicité, d' avertissement. Bref tout un langage muet, mais combien explicite pour ceux qui en ont l' usage.

Les mots, les expressions populaires dépassent les particularismes locaux pour atteindre une manière de vérité passant à travers des phénomènes linguistiques restreints. Propres à tel ou tel lieu mais cristallisant des notions précises.
A travers eux, on distingue la peur, l' angoisse, la moquerie, la tendresse.

C' est à la fois un livre érudit mais toujours concret, précis, plein de saveur et d' humour. Un contrepoint différent mais parfaitement complémentaire des enquêtes du commissaire Montalbano.
Quel bonheur que Camilleri se soit décidé à écrire même si tardivement !


Mots-clés : #lieu #viequotidienne
par bix_229
le Jeu 9 Mai - 15:39
 
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Sujet: Andrea Camilleri
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Henri Bosco

Le mas Théotime

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Pascal, le narrateur, est un solitaire (sauvage, voire violent), attaché à la terre, chez qui « deux sangs ennemis » se combattent, les Dérivat et les Métidieu, dont Geneviève l’aérienne, son amie-ennemie d’enfance. Et les ombres de ces sangs demeurent paisibles dans le mas.
« L’air n’est pas mon élément, mais la terre ; et j’aime les plantes parce qu’elles vivent et meurent là où elles sont nées. »

Il y a dans ce livre toute l’âpreté paysanne, sa conformation à l’effort, sa rouerie aussi, encore la sensibilité à son monde, où tout semble perpétuellement épié.
Les personnages sont campés avec bonheur ; les braves Alibert comme le terrible Clodius, ou encore le policier Rambout (il y a aussi un côté polar dans ce bouquin : on s’y demande qui est l’assassin…)
Précises descriptions (notamment des silences !)
Beaucoup de mystère ; quelques signes (ainsi l’intrus est confiné dans le « cœur de la maison », ce grenier d’herboriste où Geneviève n’a pas eu le droit de pénétrer).
« La terre, libre du joug agricole, est rarement d’une compagnie rassurante. Il faut, pour soutenir un long tête-à-tête avec elle, une âme singulièrement robuste. Car, à la moindre défaillance, elle nous secourt aussitôt de ses forces, et nous en sommes peu à peu pénétrés jusqu’à n’obéir plus à nos volontés intérieures, mais aux puissances de la Nature. »

« Nous commençâmes, de bonne heure, par le carreau d’engrains qui est au sud de L’Aliberte. C’est un blé très rustique ; et je l’aime bien. Plus un blé est vêtu, rude, coloré, plus il me semble un vrai blé de la terre. Pure question de sentiment, sans doute. »

« Je suis extrêmement sensible aux vertus de l’été ; et, quoique je sois né sous un signe orageux de l’automne, je vis surtout au moment des grandes chaleurs. Alors la terre me transmet plus facilement son ardeur ; et je communique avec elle, dans la veille et dans le sommeil, avec une puissance accordée au rayonnement de la matière. Quelquefois je tombe, accablé par cet afflux de flammes ; et je subis d’un coup la fatigue terrible d’un ciel sec et blanc de lumière. Les nuits même, noires, touffues, surchargées d’astres, m’écartent souvent du sommeil et me donnent le désir de la fraîcheur. Pourtant c’est là que je me plais ; là que je prends mes joies réelles ; et je tends, chaque année, vers les hauts de l’été, par un mouvement naturel du sang. »

« D’abord, apparemment, je n’en parus pas très touché ; mais aussitôt, avec une clairvoyance bizarre, je compris que j’allais tout de même souffrir.
La souffrance se fit un peu attendre ; mais elle vint. Elle vint d’en bas, du fond. Ce fut cette masse de chair, de sang, de vie, tout humide encore, et qui fume habituellement au-dessous de mon âme, qui monta. Dès qu’elle m’atteignit, un choc sourd ébranla mon cœur encore calme et une petite amertume s’infiltra dans mes veines, puis s’étendit. De mon corps, saisi peu à peu par ce poison actif, le mal s’éleva jusqu’aux parties obscures de mon âme, et tout l’édifice fut ébranlé. D’un point noir situé en moi, qui se mit à vibrer, de grandes ondes se formèrent avec une rapidité croissante ; et, au bout d’un moment, leur intensité devint telle que, sous ces vibrations, ma lucidité vacilla et je fus aveuglé par les vapeurs d’une ivresse sombre, cruelle, chaude. Je souffrais bien. Plus j’allais, plus ma souffrance se rapprochait de moi. Bientôt elle m’enveloppa de la tête aux pieds ; et je sentis qu’elle me touchait, me palpait, pénétrait, imprégnait, occupait les lieux vides de mon être, jusqu’à chasser irrésistiblement de ma conscience épouvantée tout ce qui n’était pas elle. Cette douleur, ce n’était plus la douleur de Pascal, c’était Pascal. Pascal souffrait. En deçà, en delà de lui il ne restait plus rien. Mais là où brûlait sa douleur Pascal vivait. Aucun lien ne m’attachait plus à ma personne ; car je n’avais plus de personne. J’habitais un délire, une onde, qui me faisait tourner rapidement, et, du cœur de ce tourbillon, l’acuité d’une pointe de feu me transperçait. »

J’ai retrouvé dans ce roman le fantastique ma non troppo de Bosco : énigmatique maladie de langueur qui décime les deux familles alliées en déchéance, rêve du lac qui visite ses membres « tous à la fois, pendant la même nuit », Geneviève et la harde des sangliers.
Se lit avec grand plaisir : les phrases coulent avec aisance, un certain suspense maintient alerte. Un vrai beau roman, qui ne peut se réduire à un commentaire.

L’ermas dont parle Bosco vient du latin eremus emprunté au grec eremos, "friche, désert" ; ici, en occitan, c’est une terre négligée, abandonnée, plus qu’inculte. Les terres novales, ce sont celles qui ont été récemment défrichées.
Pendant qu’on y est, le pesquié est une pièce d’eau, un réservoir ou un vivier.
(Sous réserve de correctif des gens du cru...)

(Pour revenir au commentaire de Nadine, je vois en effet une dimension mystique dans ce livre, mais quelque chose de confus, un peu syncrétique, incluant un tellurisme païen ‒ le sanglier par exemple ‒ et les religions chrétiennes ‒ catholique, réformée.)

Mots-clés : #psychologique #lieu
par Tristram
le Sam 27 Avr - 0:57
 
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Sujet: Henri Bosco
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Mohammad Rabie

La bibliothèque enchantée

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Quand inventera-t-on un appareil qui transmettra instantanément à mon cerveau le contenu d'un ouvrage sans que je perde mon temps à le lire ? Je pourrai ainsi avaler toute la bibliothèque en une semaine, ou même en un seul jour. Et je me débarrasserai de ce besoin irrépressible que j'ai de lire tout ce qui me tombe sous les yeux.


C’est une vieille bibliothèque cairote, construite autour d'un puits de lumière, dont il est prévu qu’elle soit détruite pour construire une station de métro. Chaher, fonctionnaire rêveur et dilettante a pour mission de rédiger un rapport pour justifier cette démission déjà décidée.

Il découvre ce lieu étrange et ses occupants hors du temps,  construite jadis en l'honneur d'une épouse érudite,  labyrinthique, rempli de milliers de volumes qui ne sont ni classés, ni répertoriés, mais rangés dans le seul ordre de leur chronologie d'arrivée, avec sur la première page le nom du volume précédent et sur la dernière le nom du volume suivant. Parmi eux, de nombreuses traductions, où n’apparaît jamais le nom du traducteur. Et pour finir, un ouvrage particulièrement mystérieux:

« le Codex seraphinianus  est intraduisible. Composé dans une langue inconnue à l’alphabet ignoré, il décrit un monde inconnu. Rien ne le relie à notre univers ni à notre civilisation. Il n’existe aucun texte équivalent dans aucune langue connue. Dans ces circonstances, ce livre est indéchiffrable. Y chercher quoi que ce soit est contraire à la logique, cela revient à perdre son temps. »


Ironie ou absurdité suprême, ce livre est traduit en de multiples langues, dont l'arabe.

Faut-il nécessairement que les choses aient une logique ?


Il s'agit donc d'un texte étrange, à la limite entre l'absurde et le fantastique, qui interroge sur le  sens de la lecture, de la culture, de la conservation des archives, ainsi que de la traduction. Érudit tout en étant poétique, réaliste mais plein d‘excursions fantaisistes, La bibliothèque enchantée nous parle (sans doute en parallèle avec Borges que je n’ai pas lu) de notre univers de lecteur, de notre rapport aux livres et à la traduction.


Mots-clés : #absurde #lieu #traditions #universdulivre
par topocl
le Mar 23 Avr - 12:05
 
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Sujet: Mohammad Rabie
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