Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 13 Nov - 5:15

24 résultats trouvés pour mondedutravail

Sylvain Pattieu

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Beauté Parade

En haut comme en bas, elles me parlent mais ne me disent pas tout. Il y a des choses trop dures, des choses qui ne sont pas faites pour être dites, comme les vétérans qui ont fait la guerre. Elles ont fait la guerre. La guerre économique. Chair à profits mondialisée plutôt que chair à canon. Engagées volontaires, mais choisit-on vraiment, quand on vient du mauvais côté du monde ?




Après PSA, un combat social plus discrète, mais tout aussi porteur. Parce que leur patron ne les paye plus depuis deux mois, 7 manucures et coiffeuses du quartier Château d’Eau à Paris se mettent en grève, soutenus par la CGT pendant 65 jours jusqu’à ce que la Préfecture leur accorde enfin des papiers. C’est le quartier de Sylvain Pattieu, le Xème, il passe en posant son fils à la crèche, il revient, il décide d’écrire cela.

A sa façon, touche à tout, attentif, à l’écoute, personnellement impliqué, aussi. Les grévistes et leurs soutiens ont la parole, on suit l’évolution des choses, mais on en apprend aussi sur l’industrie de la coiffure, les emplois précaires, les réseaux internationaux de vente de cheveux. Et le quartier, les clientes sont là aussi, intéressées ou pas par la lutte, qui viennent chercher un peu de réconfort en prenant soin d’elle-même.

Ici on est futile pour pas cher. Extravagant ou classique, tout est possible, dépend des goûts. On pense à la mode et au style et  pourquoi pas après tout. Si ça permet d'être digne, fort, fier de soi, bien dans son corps. De se faire une armure pour se garder du reste, tout ce qui cloche et qui fait mal. De penser à autre chose, pas pour se résigner ou s’évader mais pour s'affirmer tel qu’on veut être, pour se façonner, se trouver belle ou beau. Pour choisir ce qu’on montre à l’extérieur, ce sur quoi on est jugé, quoi qu'on dise, au premier regard. Pour l'entre soi dans la boutique. Pour prendre du temps pour soi. Pour qu’on s'occupe de soi un peu. Être dans d'autres mains et ne pas servir ni obéir.
Ce corps, on ne peut pas nous l'enlever. Encore heureux. Futile et vital, indissociablement.


C’est très humain comme approche, proche des gens, et en même temps il investigue sur plein de sujets parallèles. C’est bien.

Mots-clés : #mondedutravail #social
par topocl
le Mar 3 Sep - 10:29
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Lise Gaignard

Lise Gaignard

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Lise Gaignard est psychanalyste et chercheuse en psychologie du travail.

Elle a travaillé douze ans en psychiatrie, dans les cliniques de psychothérapie institutionnelle de la Chesnaie puis de La Borde, ensuite en maison d’arrêt et auprès de déficients profonds. Installée comme psychanalyste en ville depuis vingt ans, elle a soutenu une thèse sur la place du travail dans la cure psychanalytique.

multitudes.net



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quatrième de couverture a écrit:« Ce livre parle de notre voisin de palier, de la femme au comptoir ou derrière le guichet ; il parle de nous, de notre monde ordinaire, avec nos mots, ceux de tous les jours. Des mots qui ne prennent pas de gants, directs sur ce monde banal et cruel. Rien de spectaculaire, rien que l’ordinaire. Mais des drames, des gens qui craquent ou qui meurent, sans que ralentisse le cirque infernal, “comme si de rien”. Ceux qui parlent, d’ailleurs, étaient à fond dans le circuit, jusqu’au pépin… Quelque chose est arrivé qui les a mis hors course, les yeux dessillés. C’est ce moment de la prise de conscience, quand ils envisagent leur compromis-sion dans le système néolibéral à s’en rendre malade, que Lise Gaignard saisit ici sur le vif. »

(Extrait de la Préface de Pascale Molinier)

Editions d'une


Un livre dur, direct et sans solution apparente. Une suite de témoignages ponctuels, notes d'un ou deux entretiens, de travailleuses et travailleurs de milieux très divers. Un panorama d'une belle partie de ce qui peut déconner, "foutre le camp", régresser ou je ne sais quoi dans notre belle société et d'abord des drames individuels. Plus que du ras le bol, des trop pleins, des impasses, de la rage, du désespoir, une impossibilité du sens dans le travail.

Chacun(e) y va de la description de son travail et de ce qui ne va plus : collègues, moyens, consignes, pression... sentiment d'injustice, de peur et d'être empêché de faire son travail "bien" ou simplement comme il devrait être fait. Ce qui va de s'y sentir reconnu (pas au sens de devenir roi du monde mais simplement d'exister normalement) au respect des individus ou de normes de sécurité, ou de la loi.

La constante c'est la perte de repère, le sentiment d'échec, d'incapacité. Échec de qui pourrait on lire entre les lignes ? Car ces gens qui n'ont pu continuer temporairement ou plus veulent le faire leur travail. Donc c'est dur et on peut s'y reconnaître, plus ou moins, souvent, toujours un peu au moins.

Nouvelles modes de management et leurs novlangues, engrenage d'une démission personnelle et collective qui aboutit à ces situations, tout ça pour essayer de remplir le contrat ?

Ils sont concrets ces témoignages sur deux ou trois petites pages, des coups de poing à l'estomac.

Difficile d'arriver à une idée arrêtée à la fin tellement c'est multiple dans les personnalités : faisons attention ? Pourquoi en arriver à un rapport conflictuel à son travail (plus qu'aux gens qui l'habitent) ? ... Pourquoi en être à un rapport conflictuel au travailleur ? Pourquoi l'enjeu n'est-il plus seulement le travail mais la personne, sa supposée inadaptabilité comme une faillite personnelle ?

Ca fait peur au royaume des fausses économies de bout de chandelle et de la joie obligatoire...


Mots-clés : #mondedutravail #temoignage
par animal
le Lun 2 Sep - 22:22
 
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Amy Goldstein

Janesville Une histoire américaine

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Janesville, Wisconsin, décembre 2008 : General Motors, en difficultés à force de ne produire que des 4x4 énergivores en cette situation de crise, ferme son usine séculaire de 7000 employés. La situation s’étend très vite à toute la ville par effet domino.
Amy Goldstein suit pendant 5 ans l’évolution de ce drame individuel et communautaire : les chômeurs qui se débattent avec plus ou moins d’énergie et de succès, les familles qui se soudent ou se délitent, les politiques qui s’agitent, les bonnes volontés qui se décarcassent, les soirées de bienfaisance qui se multiplient, tout à la fois utiles et indécents, face à ce gouffre de détresses.
Elle fait le choix de l’humain, suivant pas à pas des individus pour donner, dans ce grand roman américain non fictionnel,  une approche tant intime que collective .
Ca réussit le tour de force d’être à la fois poignant et objectif, c’est très instructif et palpitant de bout en bout.


Mots-clés : #mondedutravail #social
par topocl
le Mar 20 Aoû - 9:18
 
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Sujet: Amy Goldstein
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Florence Aubenas

Le quai d’Ouistreham

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En 2009, alors que le mot crise résonne de toutes part, Florence Aubenas quitte tout pour entrer dans la peau d’une chômeuse non diplômée en quête d’un emploi. Elle voit ces queues qui s’allongent devant le Pôle Emploi, les employés qui pètent un câble, les formations qui masquent l’impasse, les agences d’intérim dépassées  la lutte pour le moindre sous. Corvéable à merci, l’épouvante chevillée au ventre, la compromission imposée par l’urgence elle erre, épuisée,  pendant 6 mois de contrats de quelques jours en dépannages à la demande, femme de ménage mobile, manipulée, transparente aux heureux nantis d’un travail, héroïne de l’aube et du crépuscule œuvrant comme Sisyphe pour la propreté de nos existences indifférentes.

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Certains lui ont reproché son manque de recul, d’analyse, mais c’est en fait un récit humaniste (et terrible) qu’elle propose, où les faits parlent d’eux-mêmes d’un monde absurde, du quotidien accablant de ces chômeurs précaires, ballottés  par leurs angoisses, contraints à toutes les humiliations, avec lesquels elle partage avec empathie une réelle proximité.

Mots-clés : #mondedutravail #temoignage
par topocl
le Dim 26 Mai - 16:58
 
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Elisabeth Filhol

La centrale

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Ca parle d'un homme qui va de centrale nucléaire en centrale nucléaire, pour des contrats courts, logeant dans une caravane. Son copain s'est suicidé, comme deux autres travailleurs de la centrale. Thème hautement louable.
A part ça , et bien, ça dit vraiment peu de ces gens, tant cela vise à une distance ésotérique, et peu de leurs conditions de travail tant c’est noyé dans un fatras technique et professionnel. Le dépouillement du style, avec un côté recherche formelle,  n'empêche pas l'opacité.
Heureusement ce galimatias était très court. Et si c’est pour montrer qu'il s'agit de lieux inhospitaliers, c'est réussi.


Mots-clés : #lieu #mondedutravail
par topocl
le Ven 17 Mai - 9:05
 
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Sujet: Elisabeth Filhol
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Joseph Ponthus

Du coup, me relisant pleine du sentiment d'être mesquine et facile juge, je me rends compte que c'est une littérature aussi très intéressante pour plonger dans la question de la légitimité. C'est, que j'aime ou pas le type qui raconte, une poignante illustration de ce que j'ai pu  vivre dans ma génération et dans ma vie : une variation très personnelle sur le sentiment de déclassement, de désir de s'intégrer, de cul entre deux chaises, du rôle de l'amour des mots et du dire dans la vie,  face au manque d'idéal intime, ou face à une identité fantôche, dumoins dérisoire, à extraire de la glaise à tout prix.
Touchant.

(A tous les coups quand j'aime pas ya des complexes dans l'air je vous dis;;Wink


Mots-clés : #autobiographie #documentaire #identite #mondedutravail #social #viequotidienne
par Nadine
le Dim 24 Mar - 16:37
 
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François Bégaudeau

Le moindre mal

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Ce livre s’inscrit dans le cadre de la collection Raconter la vie, initiée par Pierre Rosanvallon et Pauline Peretz, pour donner la parole aux « invisibles », et, notamment, raconter le travail.

Ici, François Bégaudeau prête sa plume à Isabelle, une infirmière.
Après avoir situé la filiation qui l’a menée à ce choix, il quitte la petite histoire pour un récit très factuel, direct, s’effaçant derrière un style volontairement non travaillé, pour raconter les années et les jours de son « héroïne ».
Trois thèmes principaux : la formation, la politique hospitalière de non remplacement du personnel, puis, pour finir, minute par minute, heure apr heure, fait par fait, une journée de travail ordinaire dans le service de chirurgie générale.


Ce n’est pas Bégaudeau pour rien, il y a des pages militantes contre les politiques économiques drastiques en matière de santé, et des médecins forcément beaucoup moins sympas que les infirmières.


Mais globalement, cette course -poursuite de la journée infirmière m’a plutôt séduite. Cet enchaînement d’événements sans pathos, sans le temps de reprendre son souffle ou d’y mettre trop d’émotion, avec sa diversité technique donne parfaitement l’image de ce métier plus technique qu’il n’y paraît, où les exigences  de performance Imposent une efficacité qui malheureusement ne laisse guère place au doute, aux questionnements, aux épanchements.



mots-clés : #medecine #mondedutravail #temoignage
par topocl
le Ven 15 Mar - 20:38
 
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Jeanne Benameur

Les insurrections singulières

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Encombré par ses  parents médiocres assommés par le quotidien et le travail, son frère prof ( mon Dieu!), Antoine est un recalé de la vie, entre déprime et rage au cœur. Dans le même temps sa compagne le  vire et son usine  délocalise au Brésil, car ses copains ont bêtement voulu d’un militantisme soft alors que lui, le grand rageux, aurait bien pris le patron en otage. Tout est noir, il comprend vraiment pourquoi il a voulu fuguer à 8 ans.

Sous l’impulsion de Marcel, un octogénaire bouquiniste (donc forcément un homme de sagesse), ils partent voir comment ça se passe, justement, au Brésil. Et oui,  ça se passe bien : Antoine y trouve la fraternité et le sens de la vie en même temps  que l’amour. Et il découvre même que son père est un type mieux qu’il ne croyait grâce à un petit carnet que celui-ci lui a confié.

C'est une crise de la quarantaine jouée sur le mode adolescent. J’ai trouvé ça extrêmement trop sérieux, plein de poncifs  ( le travail n’est pas tout dans la vie, il faut aller au bout de ses passions) et de morale simpliste (il suffit de partir, d’oser tout quitter). Du Coelo amélioré.

Bon, tout cela est trop méchant pour ce livre que je n’ai finalement trouvé qu’indigeste. Et je sais que kashmir a aimé, donc, si tu pouvais en dire quelques mots, kashmir,  ça rétablirait l’équilibre  Tag mondedutravail sur Des Choses à lire 1384701150 .


Mots-clés : #amour #mondedutravail #voyage
par topocl
le Mer 13 Mar - 21:35
 
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Joseph Ponthus

A la ligne

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"Dédicace
Ce livre
Qui est à Krystel et lui doit tout
Est fraternellement dédié
Aux prolétaires de tous les pays
Aux illettrés et aux sans dents
Avec lesquels j’ai tant
Appris ri souffert et travaillé
A Charles Trenet
Sans les chansons duquel je n’aurais pas tenu
A M.D.G
Et
A ma Mère"

Tout d’abord l’écriture, de la prose sous forme de poésie, pas de ponctuation tout « A la ligne » ; et j’ai trouvé que cela était une scansion  anarchique et originale.

C’est une incursion dans le milieu ouvrier, celui des usines, du travail à la chaine, le très dur travail physique auquel s’ajoutent les odeurs à s’habituer dans ce cas (usine de produits marins et abattoir) Le narrateur travaille en qualité d’intérimaire donc un travail aléatoire. Bien qu’il ait fait des études (hypôkhagne) il ne trouve pas de travail dans son métier et comme il faut gagner  « ses sous » pour vivre, il accepte toutes les missions  confiées par l’agence d’intérim.

Ces feuillets d’usine qu’il écrit le soir en rentrant chez lui c’est du temps de repos en moins alors qu’il sait que le lendemain matin il va en pâtir, mais c’est essentiel pour lui l’écriture.

A l’usine il y a les autres ouvriers ceux qui sont là depuis des années, qui seront encore là demain, ils souffrent comme lui, à tous les niveaux de la chaine, l’abattoir est un lieu fermé, pas une seule fenêtre pour égarer le regard alors pour tenir quand c’est trop dur il chante, des chansons de Charles Trenet, quand c’est possible ou dans sa tête, il invite les mots d’auteurs quand les faits s’y prêtent.
Il y a le secours à la pause du café et de la cigarette !

La pause :
« Trente minutes
C’est tout dire
La pointeuse est évidemment avant ou après le vestiaire
Suivant que l’on quitte ou prenne son poste
C’est-à-dire
Au moins quatre minutes de perdues
En se changeant au plus vite
Le temps d’aller à la salle commune chercher un café
Les couloirs les escaliers qui ne semblent jamais en finir
Le temps perdu
Cher Marcel je l’ai trouvé celui que tu recherchais
Viens à l’usine je te montrerai vite fait
Le temps perdu
Tu n’auras plus besoin d’en tartiner autant »


Parfois l’angoisse quand une longue mission est annulée pour problème mécanique ce qui veut dire pas d’argent !

« Le week-end n’a plus le même goût
Pas celui du repos avant la bataille
Pas de tonnes de bulots à travailler lundi pour deux mois
Assurés
Pas sûr de bosser la semaine prochaine »


A l’école il recevait son bulletin, à l’usine il a  un carnet où toute ton activité est portée et qui n’avoue pas sa fonction véritable, presser un peu plus le petit citron ouvrier.
« Si j’avais su
Vingt ans plus tôt
Sur les bancs de l’élite
Prétendue
Que le père Godot m’aiderait à en rire de tout ça
Vingt ans plus tard
De l’intérim
Des poissons panés
Du bulletin non-dit »


L’écriture lui étant essentielle il écrit ces « feuilles d’usine, il écrit à sa femme quand il part au travail et qu’elle rentrera plus tard, à sa mère (deux émouvantes lettres) il écrit sur son chien, il écrit…………

« Un texte
C’est deux heures
Deux heures volées au repos au repas à la douche et à la balade
Du chien
J’ai écrit et volé deux heures à mon quotidien et à mon
Ménage
Des heures à l’usine
Des textes et des heures
Comme autant de baisers volés
Comme autant de bonheur
Et tous ces textes que je n’ai pas écrits »


A sa femme :
[…]
Il y a qu’il faut le mettre ce point final
A la ligne
Il y a ce cadeau d’anniversaire que je finis de t’écrire
Il y a qu’il n’y aura jamais
Même si je trouve un vrai travail
Si tant est que l’usine en soit un faux
Ce dont je doute
Il y a qu’il n’y aura jamais
De
Point final
A la ligne »


Une pause dans le travail d’usine, il retrouve pour quelques semaines un  emploi  comme,  « personne ressource » auprès d’un centre de vacances pour handicapés,  plus adapté à son métier.

Période de fêtes, la cadence s’affole !

« On a gagné une guerre contre le bulot et nous-mêmes un
Vendredi 23 décembre 2016
Les deux jours de Noël seront les plus précieux du monde
Et les plus rapides
A peine le temps du repas de famille dominical
Qu’il faut rentrer après le café
Demain l’embauche est si tôt »
« A la prochaine
L’usine
A la prochaine
Les sous
Les sous à aller gagner racler pelleter avec les bras le dos les reins les dents serrées les yeux cernés et éclatés les mains désormais caleuses et  rêches la tête la tête qui doit tenir la volonté bordel
A la prochaine »


Je demande au chef combien de temps durera la mission
Il me répond
« Tant que tu seras  gentil »
Malgré les doigts coupés
Les jambes de bois
Le pied que j’ai failli perdre
L’abattoir vend du rêve
Et Kopa joue au ballon en rentrant de la mine
Et j’essaie d’écrire comme Kopa jouait au ballon
Allez Raymond
Je bois un coup à la santé de tes doigts coupés
De la main de Cendrars
De la tête d’Apollinaire
De mon pied sauvé par une coque de métal
Au bar des amputés des travailleurs des mineurs et des
Bouchers »


« Pas une sieste pas une nuit sans ces mauvais rêves de carcasses
De bêtes mortes
Qui me tombent sur la gueule
Qui m’agressent
Atrocement
Qui prennent le visage de mes proches ou de mes peurs les
Plus profondes »


A son chien Pok Pok :

« Si tu savais en rentrant chaque jour
Comme ça me coûte d’aller te promener
Mais en rentrant à chaque fois
La joie et même plus que la joie de te savoir derrière la porte
Vivant
A frétiller de la queue et du popotin
A faire cette fête des retrouvailles »


autres :

« Une soirée et une nuit belles
Comme la liberté volée
Ca n’a pas de prix »

« J’ai vu les horaires les planques et les moyens de sortir les trucs
Deux langoustes donc
Juste faites en rentrant hier avec un riz basmati tiède et de la mayo maison
C’est pas mal la langouste
Je ne vole rien
C’est rien que de la réappropriation ouvrière
Tout le monde le fait »


« A l’usine on chante
Putain qu’on chante
[….]
Et ça aide à tenir le coup
Penser à autre chose
Aux paroles oubliées
Et à se mettre en joie
Quand je ne sais que chanter
J’en reviens aux fondamentaux
L’internationale «

« Je sais que la première occurrence du mot crevette est chez Rabelais
Cela me plaît et se raccord aux relents gastriques de l’usine »
« Ca suffit à mon bonheur de la matinée
Me dire que j’avais dépoté des chimères »


Ce qui m’a intéressé c’est bien le rapport de l’homme et du travail, le poids de la souffrance physique dans ces lieux se compte en tonnes. Ces hommes sont surexploités ; des ouvriers se mettent en grève, il les rejoindrait bien s’il n’était pas intérimaire et ne risquait de perdre le boulot, comme il rejoindrait bien les copains de la ZAD Notre-Dame des Landes.  

Je n’aurais jamais pensé pouvoir lire un récit sur les abattoirs mais là (nonobstant le fait que je ne mange plus de viande depuis plus de 20 ans mais pas d’hypocrisie j’ai été carnivore avant) et que les détails ne sont pas ragoûtants,  j’ai lu ces « feuillets d’usine » comme un hommage aux ouvriers d’ usine.

C’ est vraiment un plaisir de découvrir le premier livre de cet auteur, un témoignage vibrant sur le travail en usine, à la chaine, et la particularité du travail intérimaire, statut précaire et donc angoissant  par le manque d’ assurance sur le lendemain.

Le rapport entre les hommes est aussi  intéressant , leur soutien malgré le peu de partage étant donné la vitesse à laquelle défile le travail à assumer, suffit d’une clope , d’un coup d’épaule, d’un regard.

C’était une lecture émouvante , utile  et que je vous engage à faire.


Mots-clés : #autobiographie #documentaire #identite #mondedutravail #social #viequotidienne #identité[/color]
par Bédoulène
le Dim 24 Fév - 0:51
 
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Sujet: Joseph Ponthus
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François Bégaudeau

En guerre  

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Dans cette ville où nul ne sait bien pourquoi il reste, il y a Romain, travailleur culturel bobo, nonchalant, mais sûr de sa mission, un homme qui parle, qui pense, sûr de ses certitudes comme de son incapacité à agir dans leur sens. Et il y a Louisa, jeune femme que seul le combat maintient à flot, scannant des articles à l’entrepôt d’Amazone, qui voit partir à la dérive la petit bonheur pavillonnaire quand son conjoint, aimablement éjecté d’une multinationale qui a mieux à faire en Slovaquie, endosse le rôle du perdant.

Rien de commun entre ces deux là, mais les circonstances vont les mettre face à face, puis dans le même lit.
Et les conséquences seront dévastatrice, dans une explosion de violence qui va les remettre en question, mais chacun à sa façon, la rencontre n’a finalement pas changé grand-chose.

Et, après Leurs enfants après eux,  me voilà repartie dans un roman social. A ce détail près qu’on n’est plus en Lorraine mais à Amiens, ce qui en matière d’emploi, n’est guère mieux, les héros de Bégaudeau pourraient, si on compte bien, être ceux de Nicolas Mathieu, quelques années plus tard.

Même veine sociale, même idée bien ancrée du déterminisme social, donc, mais pas du tout le même livre, pas du tout.
Ici, quelque chose de plus malin, de plus fin, de plus créatif. Une façon de raconter ce que Mathieu expliquait. La justesse est soutenue par l’humour et par une ironie feutrée, décalée. Et cela autorise une apothéose mi-onirique, mi-visionnaire, mi-poétique. Une improbable, mais délectable et tordante victoire des petits. Cependant Bégaudeau n’est pas dupe, chacun retrouve finalement sa place , comme chez Mathieu.  Je n’en dis pas plus, mais le scénario est plein d e bonnes idées, s’ouvrant à d’autres personnages qui enrichissent l’habile description de cette classe moyenne provinciale si multiple.

C’est extrêmement malin, direct, rapide et réfléchi tout à la fois.  Il y a cette  portée intemporelle: c’est un conte du prince charmant et de la pauvresse. Mais ils ne seront pas heureux et n’auront pas beaucoup d’enfants : on est au XXIème siècle, quand même. Le roman s’implante dans une géographique, la ville, les banlieues, les rocades, le McDo, la Halle aux vêtements, qui lui donnent une  proximité immédiate. Il s’inscrit dans le temporel, les événements passent au loin,  attentas, Nuits debout, Trump, sans envahir, messages furtifs, mais terreau d’une façon de penser et d’agir. C’est donc aussi un roman d’ici et de maintenant, un roman d’aujourd’hui, clairvoyant, qui parle  sans concession mais sans jugement, avec une empathie dont le désespoir  est voilé par la lucidité, de gens que je connais, de leurs histoires, de leurs vies.

mots-clés : #contemporain #mondedutravail #social #vengeance
par topocl
le Sam 26 Jan - 16:08
 
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Sloan Wilson

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Sloan Wilson : L'Homme au complet gris. - Belfond

Lorsque Thomas Rath revient de guerre, celle de 4O, il a perdu des années précieuses et ses illusions de jeunesse.
De plus, il a été constamment confronté à la nécessité de tuer ou d'être tué.
Et il a tué de sang froid.
La femme qu'il a épousé ne sait rien de cette réalité qu'est l'horreur de la guerre.
Elle est restée affectivement et intellectuellement dans un état d'immaturité et d'idéalisme que sa situation de femme au foyer et de mère ne peut qu'aggraver.
Et Tom n'a aucune envie de raconter son vécu, mais plutôt essayer de l'oublier.

Il faut oublier tout cela [la guerre], et tout ce à quoi cela a mené, songea Tom ; il faut l'oublier maintenant tout comme il a fallu l'apprendre d'abord. On devrait commencer les guerres par un cours d'instruction de base, et les terminer par un cours d'oubli de base. Le truc, c'est d'apprendre à croire que l'on vit dans un monde à part, un monde de fous, où ce qui est vrai aujourd'hui n'était pas vrai alors ; où le "tu ne tueras point" et le fait d'avoir tué un grand nombre d'hommes ne veulent rien, absolument rien dire, car maintenant c'est le moment d'élever des enfants légitimes, de gagner de l'argent, de s'habiller correctement, d'être gentil avec sa femme, d'admirer son patron, d'apprendre à ne pas s'inquiéter, et de penser que soi-même l'on est quoi ? Cela n'a aucune importance, songea-t-il... je ne suis qu'un homme en complet gris. (p. 161-162)

Déjà un fossé se creuse entre eux qu'ils n'ont pas le temps ni l'envie d'explorer.
A trente cinq ans, il a déjà trois enfants et la volonté de "réussir".
Réussir, c'est pour toute une génération, celle des années 50, grimper dans l'échelle sociale, et gagner le maximum d'argent dans le minimum de temps.
C'est la logique même du consumérisme et du rêve américain qui prétend que tout américain courageux peut devenir Rockfeller ou Ford.

Tom a déjà grimpé quelques échelons et constaté l'étendue du mensonge  de l'idéologie américaine. Suffisamment pour se rendre compte que sauf  miracle, il ne pourra résoudre le noeud de problèmes dans lesquels il se débat. Qu'il ne pourra jamais s'occuper de sa famille alors qu'il se tue au travail et qu'il va perdre sa vie à trop vouloir la gagner.
En outre, il n'a jamais surmonté le traumatisme de la guerre.
Il se souvient aussi comment, pendant une trêve des armes, il a connu une jeune italienne à Rome. Et comment ils ont vécu une idylle heureusement partagée dans les marges amnésiques d'un provisoire que le tragique avive.
Lorsque l'armée l'envoie combattre les Japonais dans le Pacifique, la jeune italienne est enceinte. Elle le dit à Tom et elle va garder l'enfant.

Tom contrairement à beaucoup de jeunes américains de son âge n'est ni stupide ni oublieux ni immoral.
Il essaie d'assumer une situation qui lui échappe et dont il est prisonnier.
Le poids de l'avenir et d'une "réussite" sociale pèse sur lui comme une malédiction.
Il sait qu'il a fait fausse route et qu'il est forcé, vaille que vaille de continuer sans trop faire de dégâts autour de lui.
Et il aura la chance d'échapper au pire et de limier les dégâts.

Ce que j' ai retenu de ce livre bien conduit et qui réserve pas mal de surprises, c'est l'itinéraire d'un homme attachant et honnête et qui, en pleine tourmente essaie de faire face.
Clairement ce qu'il en est du rêve américain, alors et encore.
Des réflexions profondes sur l'amour et la conjugalité, la guerre, l'argent, le travail et le rapport au temps.
Bref c'est un livre qui méritait amplement d'être redécouvert.


mots-clés : #deuxiemeguerre #famille #mondedutravail
par bix_229
le Lun 7 Jan - 17:19
 
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Sujet: Sloan Wilson
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Sylvain Pattieu

Avant de disparaître - Chronique de PSA-Aulnay

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A travers des témoignages recueillis au fil des jours et cités en direct, petite chronique de la mort annoncé de PSA-Aulnay, de ses travailleurs syndiqués ou non, attachés ou revanchards face à l'entreprise, d'une belle histoire de lutte et de solidarité tout à la fois pleine d'espoirs et de désespoir.
Parfois un peu fouillis, pas toujours très clair pour une non-initiée, mais ça n'empêche pas d'être révoltée et écœurée.


mots-clés : #contemporain #mondedutravail #politique #social #temoignage
par topocl
le Mer 24 Oct - 17:18
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Etienne Davodeau

Rural!

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Etienne Davodeau s'est immergé pendant un an dans l'entreprise de jeunes agriculteurs qui s'investissent dans la bio... et subissent les nuisances de la construction d'une autoroute à proximité de leurs terres.
Leur combat, leurs espoirs, leurs désillusions, plein d'humour et d'enseignement, un livre sympathique, à la Davodeau, quoi!




mots-clés : #bd #documentaire #ecologie #mondedutravail #ruralité
par topocl
le Lun 15 Oct - 20:22
 
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Léon Bonneff

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Aubervilliers

Ah les petits éditeurs aux petits livres qui présentent bien... Alors on se laisse tenter, avec un titre comme ça et un œil rapide jeté à l'intérieur. La ou les préfaces (dont celle de Henri Poulaille) en disent plus long sur l'auteur et son frère. De la campagne vers Paris et ce choix d'écrire passant de la poésie à l'engagement. Ce destin, double avec ces deux vies volées par la guerre, est déjà par lui-même ce qu'on peut appeler une tranche d'histoire. Le travail et le témoignage que représente un livre comme Aubervilliers nous fait aller plus loin.

Plus brut que Zola, plus cru qu'Upton Sinclair, en laissant peut-être les faits imposer les conclusions plutôt que de les livrer précuites, Léon Bonneff nous emmène à travers Aubervilliers au début du siècle précédent. Dans sa fresque il ne semble oublier ni mépriser personne. Des vies dures, laborieuses que l'on découvre au fil des pages mais aussi des familles, des amitiés et le temps qui, simplement, passe.

La débrouillardise, la solidarité, la chaleur humaine, celle trouver par le jeune Breton auprès de la famille du Roussi, tout ça n'a pas l'air enjolivé, pas surestimé non plus. Autant de galère que de pittoresque probablement mais beaucoup de fragilité, et de force par là-même, par ces diffuses qualités humaines.

Le livre est beaucoup moins elliptique, il est même choquant. Les conditions de vie, la précarité, les conditions de travail de cette banlieue de laquelle se nourrit la grande ville. On ne sait plus vraiment où donner de la tête et l’enchaînement des scénettes documentaires est grisant mais l'objet est clair. Le progrès social, moral, est appelé avec la plus grande sincérité. Ce qui est troublant d'ailleurs c'est que l'on sent la portée historique du geste documentaire.

A la fois écœurante (industrie de la viande mais pas seulement, loin de là !) et vertigineuse expérience qui peut laisser plié en deux comme par quelques coups de poings à l'estomac, c'est quelque chose. A tel point que je suis surpris que ça puisse être si oublié. En tout cas je n'en avais jamais entendu parler...


mots-clés : #documentaire #historique #mondedutravail #social #viequotidienne
par animal
le Dim 30 Sep - 14:37
 
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Sayaka MURATA

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire Konbin10

Konbini

Les gens perdent tout scrupule devant la singularité, convaincus qu'ils sont en droit d'exiger des explications. Personnellement, je trouve ça pénible, et d'une arrogance exaspérante. Au point qu'il m'arrive, comme quand j'étais petite, de vouloir arrêter mon interlocuteur à coups de pelle sur la tête.
 Mais si je le disais à ma sœur, elle se mettrait à pleurer. Alors je garde ça pour moi.


Keiko Furukura est un être à part. Enfant, ses réactions spontanées ont souvent généré le courroux ou l'embarras des adultes. Keiko n'a jamais vraiment compris pourquoi ses proches se faisaient tant de souci pour elle, mais elle a appris à se fondre dans la masse, imitant la façon de se vêtir et les intonations des uns et des autres afin de passer inaperçue. Elle a finalement trouvé une forme d'équilibre en travaillant à temps partiel dans un konbini, l'un de ces petits supermarchés nippons ouverts 24h/24. Dix-huit ans désormais que toute sa vie tourne autour du konbini, et qu'elle enfile chaque matin son uniforme avant de répéter avec dévotion les formules de bienvenue. Le masque de la serveuse modèle a peu à peu phagocyté son être tout entier : même en rêve, elle est une employée parfaite, souriante et efficace...

Mais le célibat de Keiko, qui a désormais 36 ans, et son absence d'ambition professionnelle (comment, avec ses diplômes, peut-elle se satisfaire d'un job d'étudiant ?) interrogent. Les questions se font de plus en plus intrusives... C'est là que surgit la tentation de faire ce que l'on attend d'elle, afin de faire taire les rumeurs et d'être enfin tranquille. Mais cette tentation revêt un visage étrange, très étrange même. Quel sera le choix de Keiko ?

Konbini est un roman original, empreint d'une étrangeté toute nipponne. Dès le début, le quotidien du petit supermarché, décrit avec force détails, revêt une forme de poésie qui éloigne le spectre d'une énumération fastidieuse. Par petites touches délicates, l'auteur parvient réellement à nous faire entendre le « chant du konbini » si cher à Keiko.
Le récit bascule lorsque Keiko entrevoit une possible solution à ses problèmes. Le chant du konbini se fait alors moins prégnant, pour laisser la place à une drôle de réalité "twistée" qui, sans tomber dans le fantastique, fait peu à peu intervenir des éléments absurdes ou le tragi-comiques. Mais le propos ne s'en fait que plus incisif, comme l'a déjà souligné Tom Léo.

Ce roman est une réflexion douce amère sur la différence. Keiko, qui ne fait de mal à personne, dérange parce qu'elle n'entre pas dans l'un des moules dévolus par une société qui se dit moderne mais qui, de fait, perpétue encore et toujours les mêmes modèles archaïques en cantonnant les individus à des rôles bien définis dont il est mal vu de s'émanciper. Avec son air de ne pas y toucher, l'auteur met le doigt sur l'intolérance au quotidien d'une société normative et envahissante, et l'on s'attache à Keiko, cette jeune femme si lucide sur sa solitude et sur le gouffre impossible à combler entre elle et "les autres"...

Merci Tom Léo pour cette belle découverte, j'ai beaucoup, beaucoup aimé cette lecture !


mots-clés : #mondedutravail #social #viequotidienne
par Armor
le Sam 8 Sep - 20:30
 
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Julien Bouissoux

Janvier

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire 12987710

Janvier, notre antihéros, travaille pour une multinationale. Il se retrouve d'abord relégué dans un bureau au fond d'une impasse, puis ne reçoit plus de travail, plus de contacts, plu d'attention,  mais comme il continue à être payé, et bien il continue à venir aux heures habituelles sans faire de vagues, à arroser la plante verte,  à rêvasser en contemplant une heure, écrit deux-trois poèmes…Ce Bartleby involontaire des temps modernes continue à appartenir au monde du travail par le seul biais de son bulletin de salaire et de sa présence inutile.

Cela laissait envisager une critique acerbe du monde du travail, mais il y a là une certaine platitude, une insignifiance, sans doute plus ou moins volontaire, et il manque cette pique géniale, ce rebondissement inattendu, cette pointe d'humour, cette fin mordante que j'ai attendus tout du long. N’est jamais arrivé le roman à message que j'avais espéré. Ce livre a la même sagesse pépère que Janvier qui continue indéfiniment à se pointer à l'heure.

mots-clés : #absurde #contemporain #mondedutravail
par topocl
le Mer 29 Aoû - 13:42
 
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Sujet: Julien Bouissoux
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Maylis de Kerangal

Un monde à portée de main

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Maylis de Kerangal  nous offre un morceau de vie, un roman de formation, en la personne de Laura, jeune fille/femme qui avance d'un pas décidé,  la passion en bandoulière, « l'émerveillement qui lui tient lieu de méthode". Elle est douce, Laura, qui prend cet envol déterminé avec "cette vivacité vacharde qui est le défouloir de la tendresse.

Elle met le pied à l' étrier avec une formation intensive, dans une école de Bruxelles pour devenir « peintre en décor ». Ce rite de passage phagocytant, dont elle ressort éberluée, transformée, la fait intégrer la bande "[d]es copiste, [d]es braqueurs de réel, [d]es trafiquants de fiction", lui ouvre la porte d'une existence nomade, sans attache autre que le plaisir de donner sens à ses coups de pinceau. Entre les peintres anonymes de Lascaux et les dessinateurs assassinés à Charlie Hebdo, maillon fasciné et respectueux, elle découvre  que l'art la place tout à la fois en observatrice et exécutrice, mais la dresse aussi au centre du monde. Que l'art est réalité et fiction mêlées.

L'auteur explore, comme elle aime -et excelle - à le faire, un monde de  professionnalisme et de technicité, auquel elle  insuffle un lyrisme emporté, un bouillonnement d'émotions et de sensations, auquel elle donne sens et identité. Il y a une certain exaltation à apprendre ce métier à travers la passion de Laura - partagée par l'auteur  - , à en connaître les exaltations et les éreintements, l'humilité et la grandeur.

Derrière Laura, on devine l'écrivaine qui se dévoile, dans ce besoin compulsif du détail, la consultation compulsive des encyclopédies, à la recherche de l'histoire qui se cache derrière, dans la digression qui étaie, et qui, même parfaitement inutile (surtout parfaitement inutile?), nourrit la connaissance, enrichit le récit (et par là son auteur).

Cette connaissance exhaustive du sujet passe par l'amour de la langue, du mot juste, précis, technique : elle s'approprie le vocabulaire spécifique du métier, les mots pour le plaisir des mots, enfile les perles des mots rares  du savoir-faire pour construire ses longues phrases, ses énumérations emportées, les dérouler comme des vagues impétueuses.

Ils ont appris à glacer, à chiqueter, à blaireauter, à pocher, à éclaircir, a créer un petit moiré au putois ou un œillet sur glacis avec le manche du pinceau, à dessiner des veines courtes, à moucheter, à manier le couteau à palette, le deux-mèches, le deux-mèches à  marbrer et le pinceau à pitchpin, le grand et le petit spalter, le trémard, la queue de morue, le drap de billard et la toile à chiffonner ; ils ont appris à reconnaître la terre de Cassel et la craie Conté noire, le brun Van Dyck, les jaunes de cadmium clair ou orange ; ils ont peint ces mêmes angles de plafond Renaissance avec putti potelés, ces mêmes drapés de soie framboise écrasée plongeant depuis les corniches de baldaquins  Régence, ces mêmes colonnes de Carrare, ces mêmes frises de mosaïque romaine, ces mêmes Néfertiti de granit, et cet apprentissage les a modifiés ensemble, a bougé leur langage, marqué leur corps, nourri leur imaginaire, remué leur mémoire.


Un petit coup de mou dans le deuxième tiers, Maylis de Kerangal  se laisse emporter par la grandeur décadente des studios  de Cincinnati, sans doute un ou deux chapitres en trop. Si on regarde cependant avec plaisir de voir Laura participer à la réalisation des décors de Habemus Papam de Nanni Moretti, la subtile alchimie du grand art laisse pour quelque pages  la place à la technique comme un procédé qui déborde son auteur, petite longueur se dit-on malgré l'intérêt du sujet. Et puis cela repart, ce n'était qu'une accalmie, la houle langagière et émotionnelle nous reprend.



Mots-clés : #amitié #creationartistique #initiatique #jeunesse #mondedutravail #peinture
par topocl
le Jeu 23 Aoû - 12:53
 
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Sujet: Maylis de Kerangal
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Sylvain Pattieu

Des impatientes

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C'est un roman social très actuel, quelque chose qui aurait à voir avec les frères Dardenne,  mais moins plombé, avec une charge de bienveillance et d'espoir.

Alima, la fille sage, et Bintou, la bombe pleine de rage, deux jeunes noires, sont dans une même terminale de banlieue et bien sûr, malgré la fatalité sociale, on leur prévoit des destins bien différents. Par un de ces épisodes du hasard (mais un hasard tellement dicté par la condamnation anticipée liée au milieu social) qui font envie de rembobiner le film et de repartir tant cela était stupide, elles se retrouvent en quelques semaines des femmes actives, au travail, puis en joyeuse grève. C'est juste quelques mois  de la vie de ces jeunes filles aux horizons fermés, mais pas totalement, et pour lesquelles des portes se ferment brutalement, quel dommage, quelles bêtises, mais d'autres ne s'ouvrent-t'elles pas, de ce fait?

C'est une façon d'y croire, que tout reste possible, malgré tout.
Mais sans niaiserie et optimisme béat pour autant, dans une description parallèle de la vie et des sentiments de ces jeunes fille, mais aussi plus générale des milieux où elles évoluent, le lycée par  un prof convaincu mais dépressif, la boite par un vigile ex-clandestin, un perdant-gagnant romantique.

Il y a là une belle acuité, une attention réelle à l'individu, un regard clairvoyant , lucide, mais qui ne renonce pas à rêver au possible. C'est assez touchant.


mots-clés : #contemporain #education #jeunesse #mondedutravail #social
par topocl
le Dim 29 Juil - 15:00
 
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Jean-Baptiste Malet

L'Empire de l'or rouge : Enquête mondiale sur la tomate d'industrie

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La tomate, direz vous, quelle drôle d'idée ? Et bien 280 pages plus loin, on a plutôt envie de dire que c'est une drôlement bonne idée, un sacrément bon sujet : on a appris plein de choses sur à la mondialisation en général et l'industrie agroalimentaire agroalimentaire.

Au fil des pages, on comprend que la tomate industrielle (c'est-à-dire la tomate qui est utilisée pour des préparations alimentaires, une tomate refabriquée dans ce sens, et non pas celle que l'on peut trouver sur les étalages, y compris des supermarchés ) est un enjeu économique beaucoup plus fort qu'on ne le croit, avec ses tradeurs, ses entreprises supranationales, sa loi du marché, sa corruption… C'est une très bonne façon de comprendre l'organisation du commerce au niveau mondial que de se pencher sur ce petit fruit/légume rouge...

On commence en Chine, où la tomate a été importée pour le seul plaisir de faire de l'argent, de façon tout à fait artificielle, et  où, outre enrichir des déjà-multimillionnaires, elle donne, généreuse qu'elle est, du travail aux enfants comme aux prisonniers des camps de redressement. Elle est ensuite conditionnée en concentré, de qualité pas très bonne à franchement très mauvaise, selon le marché auquel elle s'adresse. "Franchement" car, oui, les Africains n'ont pas d'argent, donc, pas de problème, on leur propose une qualité inférieure, et ce sera toujours cela de gagné en plus… À moins que la nouvelle idée d'implanter les usines de conditionnement en Afrique elle-même, ou la main d’œuvre est encore moins cher, soit finalement la panacée…

En Italie, qui a toujours été le royaume de la tomate, eh bien oui…maintenant, on reconditionne du concentré chinois, c'est tellement moins cher et facile, on colle une étiquette Made in Italie,  aux couleurs vert blanc rouge, et cela permet à l'occasion de blanchir l'argent de la mafia. Ce serait cependant mentir de dire qu'il n'y a plus de culture de tomates industrielles en Italie : il faut bien donner du travail aux migrants clandestins (ceux-la même que l'importation de concentré de tomates chinois en Afrique a privés de leur travail et de leurs revenus)r. Je vous raconte pas les conditions de travail, je  vous laisse les imaginer…

La Californie, avec ses cultures intensives, son libéralisme à outrance, son délire de mécanisation  ferait presque figure d'enfants de chieur là au milieu.

Au total, c'est un survol impressionnant du commerce au niveau mondial, complètement déprimant, certes, mais globalement très instructif.

Si vous préférez, il y a un filme co-réalisé avec Xavier Deleu


Mots-clés : #corruption #documentaire #economie #mondedutravail #mondialisation
par topocl
le Mar 3 Juil - 16:46
 
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Sujet: Jean-Baptiste Malet
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François Emmanuel

La Question humaine

Tag mondedutravail sur Des Choses à lire Questi10

Simon, le narrateur, un « psychologue industriel » travaillant aux "ressources humaines" d'une multinationale allemande, est impliqué à son corps défendant dans le resurgissement du passé, l'Holocauste avec collaboration active des entreprises.
Sa fonction, sélection du personnel et animation de séminaires de motivation des cadres, est accessoire, mais piquante (il va être victime de troubles psychiques, et être renvoyé) ; même si le parallèle est fait avec le processus entrepreneurial, l'essentiel de ce bref récit me semble être la résurgence traumatique de l'horreur nazie, que ressentent personnages et lecteur.
Ainsi est-on enclin à croire à cette espèce de causalité qui fait d’un événement unique le lieu d’où tout semble tirer son origine.

Le vocabulaire "politiquement correct" participe activement à la déshumanisation de "la question humaine" :
Ne pas entendre
Ne pas voir
Se laver à l’infini de la souillure humaine
Prononcer des mots propres
Qui ne tachent pas
Evacuation (Aussiedlung)
Restructuration ( Umstrukturierung)
Réinstallation (Umsiedlung)
Reconversion (Umstellung)
Délocalisation (Delokalisierung)
Sélection (Selektion )
Evacuation (Evakuierung)
Licenciement technique (technische Entlassung)
Solution finale de la question (Endlösung der Frage)
La machine de mort est en marche.

J'ai moins compris le rôle de Karl Rose, directeur adjoint détaché de la maison mère (rapproché de Karl Kraus, pamphlétaire viennois, éditeur luttant contre le formatage de l'information et la montée du nazisme), qui diligente Simon pour enquêter sur le directeur de la filiale française, et enfant Lebensborn (association nationale-socialiste gérée par la SS pour promouvoir la race aryenne) :
...] enfant de l’Ordre noir, enfant de personne, enfant d’une autre variété d’enfants, tous parfaits et semblables, enfant sans enfance, ni cœur, ni âme, ni descendance, enfant de la nouvelle et pure génération technique, Source de vie.

L’invention de Morel, d'Adolfo Bioy Casares, m'est revenue à l'esprit lors de cette lecture, peut-être pas congrûment.

L'idéologie managériale totalitaire pourrait-elle être d'actualité ?

Je propose Regimeautoritaire, Discrimination, et aussi MondeDuTravail

mots-clés : #discrimination #mondedutravail #regimeautoritaire
par Tristram
le Ven 1 Juin - 0:40
 
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Sujet: François Emmanuel
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