Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 17 Sep - 23:35

162 résultats trouvés pour social

Alain Julien Rudefoucauld

Le dernier contingent

Tag social sur Des Choses à lire 51dlp310


Pendant 12 semaines le lecteur (trice) suit le quotidien de jeunes mineurs délinquants : Marco, véritable Goliath, Thierry le rouquin Circassien, Sylvie fille de gendarme, Malid mulâtre qui se prostitue, Xavier fils d’enseignants  et Manon prostituée. En alternance chacun parle, c'est le "je" qui est employé et qui donne la vivacité à leur récit.

Tous abîmés par la société, parents absents, désintéressés ou pire intéressés.

Une plongée dans le système « éducatif » social/pénal en mutation permanente qui ne répond pas ou mal à l’ errance, la recherche des jeunes mineurs confrontés à la violence morale ou physique de la société.

On ne peut que s’attacher à ces jeunes cabossés mais qui restent pourtant debout, qui n’ont de soutien qu’ eux-mêmes. Des moments de tension extrême,sans réserve,  mais aussi des situations sur le fil qu'un sourire même moqueur, une parole, un geste peuvent apaiser.

Douze semaines de rencontres, de violence graduelle, d’insertion, de fuites, de retrouvailles, de partage, et une rencontre 3 ans après pour expurger le passif.

L’auteur expose des faits, des réalités, sans langue de bois, tel le langage déroutant pour un adulte de ces mineurs,  et sans jugement.

Certainement qu’ils sont nombreux dans notre société ces Marco, Malid, Manon,Thierry, Xavier, Sylvie…………. Qui ont le même langage, les mêmes mots pour dénoncer leur mal-être, leur difficulté à vivre,  la désertion des adultes.

Une écriture qui vient des tripes, c’est cru, net, incisif, certaines situations sont éprouvantes et le lecteur (trice)sent que la réalité est peut-être au-deçà.

Extraits
Sylvie : « De toute façon c’est à chaque fois le même truc. La même connerie. Chaque dimanche. Elle se fait sauter. Depuis le petit-déjeuner, jusqu’au soir. Il sort pas de la chambre l’autre. Elle se fait sauter, et Papa il a sauté. C’est tout ce qu’il y a à dire. »

Malid : « Ah ! les parents ils vont pouvoir lire, c’est pas en taule qu’ils vont s’amuser à la Partouze, ou alors y a plus de justice. Des tarés. Des adoptés. Tous gardiens agréés. Sécu. Assurance sociale et compagnie. […]Comme dans Zola. Pas un gosse qu’a la même origine. C’est la curée. La curée des adoptés. »

Xavier : Ma parole je fais. Mon père, il est toujours planqué derrière Platon, et ma mère, elle baise avec Kant, je vous dis pas les noms !
-Tes parents ils sont profs et ils t’appellent hé hé ! tu te fous de moi encore, je te sauve la mise, et tu me balades en plus, je vais me fâcher, je te le dis moi.
Elle redémarre en râlant comme un Garfield. Elle me scotche la Tatie. Elle gueule sans s’arrêter, - Allez, presse un peu, ils surveillent, ta culotte pue le chien. »
Xavier :
« Les gendarmes nous regardent. Ils sont avec un air de cons prétentieux.
Un gendarme :
-Qu’est-ce que tu racontes, demande celui qui est à côté de Malid, tu lis Albert Camus toi ?
- Ben oui il leur dit.
- Ben qu’est-ce que tu fous en ordonnance 45 ?
Là il dort plus Malid. Il se frotte le front. Il fixe le gendarme, - C’est ma révolte, Msieur.
- Quoi c’est ta révolte . Tu te révoltes en faisant la pute ?
- Non, mais le résultat c’est moi qui les baise, c’est ça ma révolte. »

« Marco balance ses battoirs en l’air, épouvantail, - Hé Msieur, pas la peine de reculer et de vous jouer l’aventure, si j’avais voulu vous aligner ça serait déjà fait ! mon copain il veut simplement que je vous pose une question, c’est ça la pièce, ça fait ringard, alors c’est quoi un AEP ?
Le gars se rassure. Il danse d’un pied l’autre.

- Un Accueil Educatif Pénal
- Un Accueil Educatif Pénal, ça va ensemble ces mots ?
- C’est la réforme de la justice ; j’y suis pour rien. »

Manon : […] vous inquiétez pas, vous avez déjà votre place réservée à la prison, ou à l’hôpital psychiatrique, ça dépend de ce qu’on trouvera dans les tests et dans les dossiers ; et moi je vous dis que j’attendrais pas, c’est clair ; oh ! la foule des humains ! vous m’entendez, les petits éducs ! les petits placés ! les rampants ! j’ai plus de liberté dans mes cuisses que dans votre tête ; regardez autour de vous bande de nazes, and look me !
Manon élève au-dessus de sa tête une belle poche en plastique jaune toute plaine de je sais pas quoi. Elle hurle au ciel, - La liberté !
Elle disparait du pont avant d’avoir dit – Je m’envole terriens.
On contemple Manon qui écarte l’eau de ses bras pour rejoindre la berge là-bas. »

Marco  au directeur de la colonie :  « Ben Msieur, vous êtes copain avec les monos ou quoi ?
Le gendarme m’empoigne le bras, - Bon alors, si c’est ça on va te laisser ici toi.
- Moi je reste pas là, çui qui s’appelle Robert, il m’a fouillé la braguette, et lui là, l’autre, là, il a rien fait, il était dans la cuisine pour le cinquième repas, mais il est pareil, pareil, je vous dis Msieur, alors pas la peine de me forcer, je reste pas là Msieur.
- Vous vous tenez à disposition, fait l’adjudant au directeur. »

N’hésitez pas à faire cette lecture bien au-delà de mon modeste commentaire.

Mots-clés : #jeunesse #justice #social #violence
par Bédoulène
Aujourd'hui à 17:35
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Alain Julien Rudefoucauld
Réponses: 2
Vues: 22

Sylvain Pattieu

Tag social sur Des Choses à lire 41debt10

Beauté Parade

En haut comme en bas, elles me parlent mais ne me disent pas tout. Il y a des choses trop dures, des choses qui ne sont pas faites pour être dites, comme les vétérans qui ont fait la guerre. Elles ont fait la guerre. La guerre économique. Chair à profits mondialisée plutôt que chair à canon. Engagées volontaires, mais choisit-on vraiment, quand on vient du mauvais côté du monde ?




Après PSA, un combat social plus discrète, mais tout aussi porteur. Parce que leur patron ne les paye plus depuis deux mois, 7 manucures et coiffeuses du quartier Château d’Eau à Paris se mettent en grève, soutenus par la CGT pendant 65 jours jusqu’à ce que la Préfecture leur accorde enfin des papiers. C’est le quartier de Sylvain Pattieu, le Xème, il passe en posant son fils à la crèche, il revient, il décide d’écrire cela.

A sa façon, touche à tout, attentif, à l’écoute, personnellement impliqué, aussi. Les grévistes et leurs soutiens ont la parole, on suit l’évolution des choses, mais on en apprend aussi sur l’industrie de la coiffure, les emplois précaires, les réseaux internationaux de vente de cheveux. Et le quartier, les clientes sont là aussi, intéressées ou pas par la lutte, qui viennent chercher un peu de réconfort en prenant soin d’elle-même.

Ici on est futile pour pas cher. Extravagant ou classique, tout est possible, dépend des goûts. On pense à la mode et au style et  pourquoi pas après tout. Si ça permet d'être digne, fort, fier de soi, bien dans son corps. De se faire une armure pour se garder du reste, tout ce qui cloche et qui fait mal. De penser à autre chose, pas pour se résigner ou s’évader mais pour s'affirmer tel qu’on veut être, pour se façonner, se trouver belle ou beau. Pour choisir ce qu’on montre à l’extérieur, ce sur quoi on est jugé, quoi qu'on dise, au premier regard. Pour l'entre soi dans la boutique. Pour prendre du temps pour soi. Pour qu’on s'occupe de soi un peu. Être dans d'autres mains et ne pas servir ni obéir.
Ce corps, on ne peut pas nous l'enlever. Encore heureux. Futile et vital, indissociablement.


C’est très humain comme approche, proche des gens, et en même temps il investigue sur plein de sujets parallèles. C’est bien.

Mots-clés : #mondedutravail #social
par topocl
le Mar 3 Sep - 10:29
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Sylvain Pattieu
Réponses: 24
Vues: 706

Héctor Abad Faciolince

Tag social sur Des Choses à lire 51teze10

Angosta

C’est une ville dystopique mais d’une cruelle réalité.
Trois niveaux géographiques, trois climats, trois peuples.

Niveau sekteur C – terres chaudes - près du fleuve, un fleuve tragique y vivent les « tercerons », peuple le plus pauvre qui subi toutes les plaies sociales, pauvreté, criminalité, injustice…..

Niveau Tempéré Sekteur T, y vivent les » secondons », niveau économiquement moyen ou pauvre aussi mais d’un niveau social plus évolué

Niveau Sekteur F (comme froid) y vivent les « Dons », les riches, ceux possèdent, ceux qui imposent, il faut un laisser-passer pour accéder à ce secteur, porte d’entrée par un check-point.

Sekteur T se trouve l’Hôtel « La comédie » y vivent notamment Jacobo Lince – lequel possède une librairie « la Cale » où travaillent Quiroz et Jursich, lesquels logent également à la Comédie, le Professeur Dan, ami de Jacobo, et dans les autres étages, notamment Vanessa une prostituée, Carlota qui gère le « Poulailler ». Contrairement aux niveaux de la ville, plus on est pauvre plus on loge dans les étages élevés. Virginia jeune « terceron » invitée de Jacobo loge au Poulailler, ainsi qu’un jeune poète Andrès.
Le Poulailler étant le moins doté en pièces sanitaires, le moins lumineux.

C’est notamment par le journal d’Andrès que nous suivons certains évènements concernant les locataires de la Comédie.

A la Cale se réunissent les amoureux des mots, de la littérature. L’héritage livresque du père de Jacobo, de son oncle constituèrent les fonds de la librairie, laquelle était en fait sa maison ; chassé par ses livres Jacobo s’installa à la Comédie.

Bien que secondon Jacobo par l’héritage économique (l' argent étant l'un des critères indispensable en sekteur F) de sa mère aurait le droit d' y vivre, il n’y aspira jamais, mais avait un laisser-passer qui lui permettait ainsi de voir la fille qu’il avait eue de son mariage, et qui vivait avec sa mère et son mari.

La ville vit sous le régime de l’ « apartamiento » plus fondé sur le niveau social et économique que sur le racisme. Apartamiento renforcé d’une part par les tueries officielles , les guerilla (tel le Jamas), les narcotrafiquants, les paramilitaires. Le bras exécuteur est le plus souvent la Secur.

Tous les « disparus » sont jetés au « Saut du désespéré », lieu de suicides ; le saut se jette dans le fleuve Trouble qui emporte toute trace. Quant aux emprisonnés ils sont envoyés au Camp de Guantanamo où nul ne sait où il se trouve, sauf évidemment ceux qui le gère.

C’est donc à travers la vie quotidienne des personnages que la ville d’Angosta se révèle ou plutôt « les villes » car les habitants des différents sekteurs non pas le sentiment de vivre dans la même ville. En haut c’est le Paradis, en bas l’Enfer.  Et les "7 sages (tels les jours de la semaine) du sekteur F, le Paradis,  décident de la mort des "gêneurs".



Une écriture prégnante  par la puissance de l’ ambiance, l’humanité ou la déshumanité qui sourdent des dialogues, et l’amour et l’hommage à la littérature bien présente. (l’auteur se joue de lui dans un passage, où il critique l’auteur Faciolince) Il ne se cache pas puisque l’un des personnages se nomme Jacobo Lince.

L’auteur a certainement puisé dans son vécu pour rendre le réalisme et la dramaturgie de cette ville qui pourrait bien être située en Colombie, comme dans certain pays d’Afrique où autre lieu de notre terre.

La composition sur 3 niveaux de la ville  et également les étages de l'hôtel La Comédie qui marquent aussi le statut des logés m' ont rappelé le livre (Hôtel Savoy de J. Roth pour lequel Shanidar avait fait un rapprochement avec l’Enfer de Dante).

Sous ce régime il n'y a pour se "sauver" que la fuite, du pays ou de la vie.

C’était une excellente lecture qui me conduira vers un autre de ses livres.

(il y a aussi, comme souvent chez les auteurs latinos du sexe)


Mots-clés : #regimeautoritaire #social
par Bédoulène
le Mer 28 Aoû - 18:52
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Héctor Abad Faciolince
Réponses: 21
Vues: 939

Amy Goldstein

Janesville Une histoire américaine

Tag social sur Des Choses à lire 41li7n10

Janesville, Wisconsin, décembre 2008 : General Motors, en difficultés à force de ne produire que des 4x4 énergivores en cette situation de crise, ferme son usine séculaire de 7000 employés. La situation s’étend très vite à toute la ville par effet domino.
Amy Goldstein suit pendant 5 ans l’évolution de ce drame individuel et communautaire : les chômeurs qui se débattent avec plus ou moins d’énergie et de succès, les familles qui se soudent ou se délitent, les politiques qui s’agitent, les bonnes volontés qui se décarcassent, les soirées de bienfaisance qui se multiplient, tout à la fois utiles et indécents, face à ce gouffre de détresses.
Elle fait le choix de l’humain, suivant pas à pas des individus pour donner, dans ce grand roman américain non fictionnel,  une approche tant intime que collective .
Ca réussit le tour de force d’être à la fois poignant et objectif, c’est très instructif et palpitant de bout en bout.


Mots-clés : #mondedutravail #social
par topocl
le Mar 20 Aoû - 9:18
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Amy Goldstein
Réponses: 3
Vues: 61

Josephine Winslow Johnson

Novembre

Tag social sur Des Choses à lire Proxy195

Face aux espoirs de la jeunesse, les affres de la Grande Dépression dans cette ferme perdue où la famille s’est retirée, s’égrainent au fil d’une année qui conclue sinistrement dix ans de lutte. Pèsent la rudesse du père accablé de n’avoir que de filles, la folie de la soeur aînée, la hantise de l’hypothèque sur la ferme. La sérénité de la mère, dont la résilience est portée par l’amour de Dieu et de son mari, et l’amour du garçon de ferme, quoique sans retour, sont des baumes bienfaisants. La nature sauve en autant d’instants lumineux cette existence tourmentée, jusqu’à ce que la sécheresse s’en mêle, accablante.

Il y a un côté Steinbeck, bien sûr, mais avec des personnages plus torturés et un lyrisme passionné. La détresse de la jeune narratrice alterne en permanence avec une forme d’espoir, à moins que ce ne soit une résignation. Troublant, même si le style dans son emportement et sa singularité  poétique, se fait parfois opaque (traduction?).


Mots-clés : #catastrophenaturelle #famille #jeunesse #lieu #ruralité #social
par topocl
le Lun 22 Juil - 10:05
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Josephine Winslow Johnson
Réponses: 2
Vues: 58

Tanguy Viel

Tag social sur Des Choses à lire 4189tw10

Tanguy Viel : Article 353 du code pénal. - Minuit

L'histoire d'un pauvre type coulé par un ignoble promoteur immobilier. C'est lui qui raconte.
Il n'est jamais facile d'écrire simple quand on est écrivain, qu'on dispose d'un vocabulaire étendu et qu'on a la faculté de l'agencer au mieux.
L'autre, le narrateur en est dépourvu. Et, à vouloir le faire parler, ça fait artificiel de temps en temps.
Mais les personnages forcent notre sympathie.
Et la dénonciation d'un sordide fait social -malheureusement trop banal- fait aussi place à une compassion qui doit plus à une psychologie subtile qu'à un matraquage à la Zola.
C'est quand même un livre intéressant.


Mots-clés : #social
par bix_229
le Mar 2 Juil - 15:46
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Tanguy Viel
Réponses: 14
Vues: 595

Anna Maria Ortese

Tag social sur Des Choses à lire Dscn3410

Les beaux jours

(Italien: Poveri e simplici, Firenze, 1967)

La narratrice, Bettina, se souvient des « beaux jours » quand au début des années 50 elle vivait comme jeune femme dans une « commune », marquée par la gauche. Cette période est sous le signe de la pauvreté et la recherche constante de travail, mais aussi un moment de partage des mêmes idéaux. Elle essaie de travailler l’écriture et reçoit, un moment décisif pour elle et ses amis, un prix important. Puis une histoire d’amour prendra le dessus : d’abord dans la distance, avec un journaliste et qui au cours de deux ans deviendra une relation d’amour qui « date jusqu’à aujourd’hui ».

J’ai lu avec joie ce livre, un peu trop romantique à mon goût un moment donné. En cela il pourrait être de la plume d’une jeune fille. Mais le livre fut publié en 1967 et Ortese avait déjà ses 50 ans! J’ai fait une grande gaffe en regardant pendant la lecture dans une biographie de l’auteur. Là, elle disait que « Poveri e simplici » était son plus mauvais livre. Comment contredire un auteur ? Ou est-ce que cela parle alors pour la qualité des autres œuvres ? Surtout dans le premier aspect d’une vie communautaire, à la recherche permanente de travail, elle arrive à donner une image à cette époque, peut-être aussi à un part autobiographique. Et la critique de son pays fut pas d’accord avec son avis, car elle obtenait le Prix Strega.


Mots-clés : #amour #ecriture #social
par tom léo
le Sam 15 Juin - 18:44
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Anna Maria Ortese
Réponses: 6
Vues: 434

Aminata Sow Fall

La Grève des bàttu (1979)

Tag social sur Des Choses à lire 5182sp10

Kéba-Dabo avait pour tâche, en son ministère, de " procéder aux désencombrements humains ", soit : éloigner les mendiants de la Ville en ces temps où le tourisme, qui prenait son essor, aurait pu s'en trouver dérangé. Et son chef, Mour Ndiaye, a encore insisté : cette fois, il n'en veut plus un seul dans les rues ; et ainsi fut fait. Mais les mendiants sont humains, et le jour où, écrasés par les humiliations, ils décident de se mettre en grève, de ne plus mendier, c'est toute la vie sociale du pays qui s'en trouve bouleversée. A qui adresser ses prières ? À qui faire ces dons qui doivent amener la réussite ?
Avec humour, avec gravité aussi, Aminata Sow Fall dénonce dans ce roman les travers des puissants et donne un visage aux éternels humbles, du Sénégal ou d'ailleurs.


Cette quatrième de couverture m'avait attiré. Sujet intéressant et lecture un peu dépaysante au programme.
Malheureusement je n'ai pas franchement accroché à l'écriture. Trop descriptif et narratif peut-être. Ça manque de style pour moi, et j'ai eu du mal à m'intéresser au fond du coup. Fond qui ne m'a pas paru non plus extraordinaire,
Ah je suis dur.
Livre qui devrait plaire à d'autres lecteurs je pense. cat


Mots-clés : #humour #social #solidarite
par Arturo
le Mar 11 Juin - 13:23
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: Aminata Sow Fall
Réponses: 4
Vues: 387

Anonyme - Le Vendeur d'huile qui conquiert Reine de beauté

Tag social sur Des Choses à lire Vendeu10

Le Vendeur d'huile qui conquiert Reine de beauté. - Picquier

Voici un court chef d'oeuvre qui connut un succès immédiat suivi d'une longue descendance et diverses imitations et falsifications.
L'auteur est inconnu même si des noms ont été avancés.
L'histoire est simple. Celle d'un petit commerçant qui séduit par sa seule bonté d'âme et sa grande naïveté la plus prisée des courtisanes. Un thème décliné sur tous les modes dans tous les genres populaires et jusqu'aux opéras de Pékin.
Mais ce qui confère un succès durable au livre, c'est le grand talent de l'écrivain, grand amateur de la langue parlée qu'il maitrise parfaitement avec clarté et et vivacité.
Sa sympathie, on le voit va au petit peuple plutôt qu'aux grandes famille dont il dénonce les turpitudes et la violence. Comme Nagai Kafu, il connaît bien le monde des prostituées, ses habitudes et ses clients, leur langage. Et les mères maquerelles qui profitent de l'infortune des gamines pour les souler et profiter de leur innocence pour les vendre.

On apprend ainsi que l'héroïne du récit est une victime de la guerre, elle a perdu ses parents, et sa beauté extrême constitue un matériau de choix pour la prostitution, livrée qu'elle est par un homme à qui elle faisait confiance.
Le préfacier nous fait savoir que le livre est remarquable documenté sur l'époque Ming. Et que, de plus, il renouvelle le genre amoureux en mettant en scène des protagonistes que tout sépare. A commencer par leur situation sociale.
Mieux, il donnera à la jeune prostituée l'occasion de refuser la condition misérable d'un mariage "convenable" mais dégradant avec un homme riche.
C'est elle qui choisit de racheter -littéralement- sa condition à la maquerelle et de choisir celui qui a su la conquérir. Et le talent du romancier est de nous montrer l'évolution des sentiments de la jeune femme, mais aussi de sa transformation dans un monde clos et régi par des lois immuables.


Mots-clés : #amour #prostitution #social
par bix_229
le Dim 9 Juin - 16:59
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Anonyme - Le Vendeur d'huile qui conquiert Reine de beauté
Réponses: 0
Vues: 108

Laetitia Colombani

Les victorieuses

Tag social sur Des Choses à lire 41hmle10


Le récit de ce livre se déroule en alternance à notre époque et en 1925/26.

Solène est avocate en pleine déprime pour avoir assisté au suicide de son client suite à sa condamnation et qu'elle est déjà éprouvée par l'abandon de son compagnon.  Son médecin lui conseille de faire du bénévolat, pour sortir de soi, car elle n'envisage plus de retourner au cabinet d'avocats. une annonce attire son attention :

« Mission d’écrivain public. Nous contacter.
A la lecture de l’annonce, Solène est parcourue d’un étrange frisson, Ecrivain. Un mot seulement, et tout lui revient.
A l’adolescence elle rêvait en secret de devenir écrivain. Elle s’y voyait déjà, assise à un bureau sa vie durant, un chat sur les genoux comme Colette, dans une chambre à soi telle Virginia."


Elle prend donc rendez-vous avec l’association « la plume solidaire », elle a les compétences requises ; elle devra donc 1 heure par semaine assurer une permanence au « Palais de la femme », en fait un foyer pour femmes,  lequel se situe dans un quartier défavorisé, elle sera donc l'écrivain public  pour les résidentes.

Maladie, addictions, surendettement, handicap, migrantes « toutes savent la violence, l’indifférence. Toutes les femmes du foyer  se tiennent à la lisière de la société. Solène se transformera à leur contact ; elle recevra les confidences de certaines et elle sera acceptée. La misère physique, morale, sociale lui sautera aux yeux, sans fard. Elle s’engagera, transformée  par sa mission au foyer qui sera son initiation à la réalité de cette misère aux multiples visages,  langues, religions.
« Le voilà le vrai visage de la précarité. Il n’est ni dans le journal, ni sur un écran de télévision mais se tient là, en face d’elle, tout près. Il ressemble à deux euros dans un porte-monnaie. »

Son premier grand succès s’appellera Lily, une SDF qui’ elle voyait tous les jours, devant la boulangerie et qu'elle sortira de la rue.

1925/1926 :

« Et vous ? Qu’allez-vous faire de votre vie ? lance-t-elle à Blanche. La jeune fille est saisie. Ces mots résonnent en elle comme une voix claire dans une cathédrale ; Comme un sursaut. Comme un appel. Ils font écho à cette phrase d’un texte entendu au temple, qui l’a intriguée : Quitte tout et tu trouveras tout. »

Blanche Peyron sera l’une des premières « Salutistes » française, porteuse des trois S « soupe, savon, salut »
C’ est la devise sous laquelle le pasteur William Booth fonde l'Armée du salut.

« La petite mondaine » comme on la surnommait,  s’engage dans l’Armée (du Salut créée par William Booth). Elle va intégrer l’Ecole militaire de Paris.  En cette année 1925 à Paris, les salutistes sont conspués, rejetés, la ville est catholique et cette armée de protestants n’est pas bienvenue.

Blanche et son mari Albin seront des Salutistes actifs, ils participeront à la création de plusieurs structures en faveur des nécessiteux Femmes et Hommes de toutes religions, nationalités….. : Le Palais du Peuple, le Refuge de la Fontaine au Roi, l’Armoire du Peuple, la Soupe de minuit….

Il en a fallut du courage et de la détermination aux premiers Salutistes mais  Blanche en avait pour tous et avec le soutien indéfectible d’Abin son mari elle arriva à créer ce qui lui tenait le plus à cœur : le Palais de la Femme.

« Pour plaider la cause des démunis, Blanche ne recule devant rien. Elle s’improvise journaliste, chanteuse de rue, oratrice. Elle déambule en femme-sandwich pour vendre la revue de l’Armée, dont elle devient rédactrice. Elle joue de la guitare, du tambourin sur les boulevards […] On a besoin de tout et tout de suite ! «

***

A travers la vie de Blanche Peyron et avec celle de fiction de Solène, l’auteure rend un vibrant hommage à ces « Victorieuses » ces femmes qui se sont battues pour les autres femmes. De beaux portraits de femmes !

1925 : c’est Blanche Peyron qui s’engage, 1954 c’est l’appel de l’Abbé Pierre,  1985 Coluche créé les Restos du Cœur, de nos jours, le Droit au logement,  l’association Utopia et tant d’autres oeuvrent pour les démunis, les rejetés……….

La condition féminine se révèle : l'interdiction aux femmes de posséder un compte en banque, le port du pantalon etc...

La misère toujours. Mais toutes ces femmes qui sont dans le Palais, dans des Foyers sont aussi des victorieuses car malgré ce qu’elles ont subies elles sont encore en vie et beaucoup gardent l’espoir.

C’est une lecture émouvante et nécessaire. Nul n’est à l’abri ! L' aumône quel mot humiliant !


le Palais de la Femme :
Tag social sur Des Choses à lire Palais10

le couple Peyron :
Tag social sur Des Choses à lire 92565711





Mots-clés : #biographie #conditionfeminine #social
par Bédoulène
le Lun 27 Mai - 20:39
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Laetitia Colombani
Réponses: 8
Vues: 166

Nina Berberova

L'accompagnatrice :

Tag social sur Des Choses à lire N_berb10

En quelques scènes où l'économie des moyens renforce l'efficacité du trait, Nina Berberova raconte ici les relations d'une soprano issue de la haute société pétersbourgeoise, avec Sonetchka, son accompagnatrice, bâtarde et pauvre; elle décrit leur exil dans les années qui suivent la révolution d'Octobre, et leur installation à Paris où leur liaison se termine dans le silencieux paroxysme de l'amour et de la haine. Virtuose de l'implicite, Nina Berberova sait tour à tour faire peser sur les rapports de ses personnages l'antagonisme sournois des classes sociales et l'envoûtement de la musique (il y a sur la voix quelques notations inoubliables). Par ce roman serré, violent, subtil, elle fut, en 1985, reçue en France, où elle avait passé plus de vingt ans avant de s'exiler définitivement aux Etats-Unis.

Présentation de l'éditeur.


Si Sonetchka avait accepté de bonne grâce, l'opportunité qui s'offrait à elle en devenant l'accompagnatrice d'une belle et virtuose soprano, il n'y aurait pas eu de roman !

Et vous n'avez pas honte (...)Vous n'avez pas honte, Sonetchka. Nous attendions tellement de vous. dira un des personnages.

Tout le récit tend à décrire cette bourgeoisie russe qui se prépare à l'exil et le regard que porte Sonetchka sur les événements quotidiens, regard d'une vie jusque là faite d'une immense misère.
Mélange d'admiration, d'envie, de suspicion, de haine : tous ces sentiments traversent l'accompagnatrice qui devient le spectateur d'une vie qui est si nouvelle pour elle.

Ce roman,qui nous emporte grâce à la fluidité de son écriture, nous permet de découvrir la vie dans cette Russie d'après la révolution d'Octobre en nous "présentant" des personnages secondaires qui vivent dans les souvenirs de Sonetchka. Et c'est l'autre versant du récit, en fait, pour moi.

C'est un livre qui m'a laissée très triste, en le renfermant : tant d'amertume l'habite...


Mots-clés : #exil #musique #social
par kashmir
le Mer 15 Mai - 21:47
 
Rechercher dans: Écrivains Russes
Sujet: Nina Berberova
Réponses: 2
Vues: 132

Michel Quint

Apaise le temps

Tag social sur Des Choses à lire 51-yqt10

Je suis définitivement fan de Michel Quint. Alors oui ce n'est pas la Littérature avec un grand "L" mais c'est un auteur qui a un style plus complexe qu'il n'y paraît.
Ici il est question d'une défense de la culture et des livres. Des livres comme vecteur de liens sociaux, d'intégration, d'accompagnement dans une histoire et une Histoire qui n'est pas nécessairement la nôtre, d'accompagnement dans des codes qui ne sont pas les nôtres.
Abdel apprend la mort de sa libraire, celle qui lui a appris à lire, à écrire et qui fait de lui le prof qu'il est devenu dans un Roubaix, ville la plus pauvre de France.
Sur fond de passé algérien, de FLN et d'OAS nous apprenons les souvenirs de la grande Dame alors qu'Abdel s'occupe de ses affaires et de la libraire désormais orpheline.
Michel Quint, grâce à ce style faussement simple touche au coeur du lecteur par les émotions qu'il développe, délicates, brutes parfois, mais il touche aussi sa raison avec une critique sociale sous-jacente qui ne juge pas mais qui assume un propos et un développement.
C'est excellent, et cela devrait être étudié en classe.


*****


Mots-clés : #contemporain #guerredalgérie #immigration #social
par Hanta
le Sam 11 Mai - 8:55
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Michel Quint
Réponses: 25
Vues: 451

Jonathan Franzen

Freedom

Tag social sur Des Choses à lire Freedo10

(Commentaire à lire dans la continuité de celui de Topocl)

Il n’y a bien sûr pas de table, c’est donc difficile de voir la structure, et j’ai relevé les titres des différentes parties pour aider à se repérer :
« DE BONS VOISINS »
« DES ERREURS FURENT COMMISES » (3 chapitres)
« 2004
EXPLOITATION A CIEL OUVERT »
« AU PAYS DES FEMMES »
« LA COLERE DE L’HOMME GENTIL »
« ÇA SUFFIT COMME ÇA ! »
« Problèmes et compagnie »
« L’OGRE DE WASHINGTON »
« DES ERREURS FURENT COMMISES (CONCLUSION) » (chapitre 4)
« CANTERBRIDGE ESTATES LAKE »


Patty et Walter Berglund dans leur vie de famille (et de quartier) assez désastreuse ; lui est juriste écologue, elle femme au foyer avec une fille, Jessica, et un fils, Joey.
« Des erreurs furent commises » : autobiographie de Patty « (rédigée sur les conseils de son thérapeute) » ; les erreurs, ce sont d’abord celles de ses parents, puis les siennes, appréhendées dans un « après-coup autobiographique ». Belle étude sur les relations vampiro-toxiques (Eliza), et l’auto-aveuglement, la honte de soi-même ‒ la dépression. L’existence de Patty est définitivement marquée par sa préférence initiale (et dépitée) pour Richard Katz, l’ami de Walter, chanteur pop rock et/ou constructeur de decks. Elle aura le travers inverse de ses parents envers elle-même pour son fils Joey, attitude tout aussi destructrice. Les rivalités sont vues en termes de compétition, pas de rapport de forces. Le thème principal de ce roman est sans doute l’articulation amitiés et amours dans un petit cercle ‒ mais aussi une analyse sociologique états-unienne.
Sans surprise, le milieu sportif est un peu moqué, mais les démocrates (engagement politique) ramassent aussi, ce qui n’est que justice (et plus rare).
« Le succès sportif relève du domaine des têtes presque vides. Atteindre le stade où elle aurait vu Eliza pour ce qu’elle était réellement (à savoir dérangée) aurait nui à son jeu. On n’atteint pas 88 % de réussite au lancer franc en accordant une profonde réflexion à la moindre petite chose.
Il s’avéra qu’Eliza n’aimait aucune des autres amies de Patty et ne voulait même pas traîner avec elles. Elle les appelait "tes lesbiennes" ou "les lesbiennes", bien que la moitié fût hétéro. »

« Ce que Joey aimait chez les républicains, c’était qu’ils ne méprisaient pas les gens comme pouvaient le faire les progressistes démocrates. Ils détestaient les progressistes, certes, mais uniquement parce que les progressistes les avaient détestés en premier. »

La psyché des personnages est fouillée (avec parfois d’étonnantes conceptions) :
« Lui et Patty ne pouvaient vivre ensemble mais ne pouvaient imaginer vivre l’un sans l’autre. Chaque fois qu’il croyait qu’ils avaient atteint l’insoutenable point de rupture, il s’avérait qu’il y avait encore du chemin à faire avant cette rupture. »

« Il ne savait pas quoi faire, il ne savait pas comment vivre. Chaque chose nouvelle qu’il rencontrait dans sa vie le poussait dans une direction qui le convainquait totalement de sa justesse, et puis la chose suivante apparaissait et le poussait dans la direction opposée, qui lui semblait tout aussi juste. Il n’y avait pas de récit dominant : il avait l’impression d’être une boule de flipper uniquement réactive, dont le seul objet était de rester en mouvement simplement pour rester en mouvement. »

« Katz avait lu énormément d’ouvrages de vulgarisation sur la sociobiologie, et sa conception de la personnalité dépressive et de la persistance apparemment perverse de cette structure psychologique dans les gènes humains lui donnait à penser que la dépression était une adaptation réussie à des épreuves et à des douleurs constantes.
Pessimisme, manque d’estime de soi et sentiment d’illégitimité, incapacité à tirer de la satisfaction du plaisir, conscience tourmentée de l’état merdique général du monde : pour les ancêtres paternels juifs de Katz, qui avaient été pourchassés de shtetl en shtetl par d’implacables antisémites, tout comme pour les anciens Angles et Saxons de la lignée maternelle, qui avaient trimé pour faire pousser du seigle et de l’orge sur des sols pauvres durant les courts étés de l’Europe du Nord, se sentir mal tout le temps et s’attendre au pire avaient été des moyens naturels de s’adapter à leurs conditions de vie piteuses. Peu de choses faisaient plus plaisir aux dépressifs, après tout, que des nouvelles vraiment mauvaises. De toute évidence, ce n’était pas la meilleure façon de vivre, mais cela comportait certains avantages sur le plan de l’évolution. Les dépressifs plongés dans des situations sinistres transmettaient leurs gènes, même au plus profond du désespoir, tandis que les tenants du progrès personnel se convertissaient au christianisme ou partaient vivre sous des cieux plus ensoleillés. Les situations sinistres étaient à Katz ce que les eaux troubles sont à la carpe. »

« Tard le soir, il préparait un des cinq repas frugaux qui maintenant lui suffisaient, et ensuite, parce qu’il ne lisait plus de romans, qu’il n’écoutait plus de musique et ne faisait plus rien d’autre pouvant être lié aux sentiments, il se faisait plaisir en jouant aux échecs ou au poker sur son ordinateur et, parfois, en regardant de la pornographie grossière, sans aucune relation avec les émotions humaines. »

« Son rêve de créer une vie nouvelle, à partir de rien, en toute indépendance, n’avait été que cela, un rêve. Elle était bien la fille de son père. Ni lui ni elle n’avaient jamais vraiment désiré grandir, et maintenant ils devaient s’y employer ensemble. »

La conception écologiste de Walter devient franchement désopilante : étudiant concerné par la surpopulation et la croissance illimitée, il en est venu à gérer les œuvres d’un magnat de la houille (exploiter à l’explosif une région entière avant de la réhabiliter pour en faire la réserve d’un petit passereau bientôt en voie de disparition, la paruline azurée) :
« "Mais on ne veut pas laisser le charbon dans la terre ? demanda-t-il. Je croyais qu’on détestait le charbon.
‒ Ça, ce serait une discussion plus longue, pour un autre jour, dit Walter.
‒ Walter a d’excellentes idées sur l’utilisation des carburants fossiles pour remplacer le nucléaire et le vent, dit Lalitha.
‒ Disons juste que nous sommes réalistes sur le charbon", dit Walter. »

« Les conservateurs ont gagné. Ils ont fait des démocrates un parti de centre droit. Ils font chanter à tout le pays « God Bless America », avec l’accent sur « God », à chaque match de base-ball national. Ils ont gagné sur tous les fronts, putain, mais ils ont surtout gagné culturellement, et en particulier en ce qui concerne les bébés. En 1970, c’était cool de se préoccuper de l’avenir de la planète et de ne pas avoir d’enfants. Maintenant la chose sur laquelle tout le monde est d’accord, à droite comme à gauche, c’est que c’est beau d’avoir beaucoup de bébés. Plus il y en a, mieux c’est. »

« Durant les deux semaines et demie qui avaient suivi sa rencontre avec Richard à Manhattan, la population mondiale s’était accrue de 7 000 000 de personnes. Un gain net de sept millions d’êtres humains – l’équivalent de la population de New York – prêts à abattre des forêts, polluer des fleuves, bitumer des prairies, jeter des déchets en plastique dans l’Océan Pacifique, brûler de l’essence et du charbon, exterminer d’autres espèces, obéir à ce putain de pape et pondre des familles de douze enfants. Pour Walter, il n’y avait pas de plus grande force maléfique au monde, pas de cause plus puissante pour désespérer de l’humanité et de la merveilleuse planète qui leur avait été donnée, que l’Église catholique, même si, de fait, les intégrismes siamois de Bush et de Ben Laden la talonnaient de près ces temps-ci. Il ne pouvait plus voir une église ni un autocollant portant les mots LES VRAIS HOMMES AIMENT JÉSUS ou un poisson sur une voiture sans que sa poitrine ne se serre de colère. Dans un endroit comme la Virginie-Occidentale, cela voulait dire qu’il se mettait en colère à peu près chaque fois qu’il s’aventurait au-dehors, ce qui bien évidemment contribuait à sa rage routière. Et ce n’était pas seulement la religion, ce n’était pas seulement ce grand n’importe quoi auquel ses compatriotes semblaient penser avoir un droit exclusif, ce n’étaient pas seulement les Walmart et les seaux de sirop de maïs ou les camions monstrueux ; c’était ce sentiment que personne d’autre, dans ce pays, ne prêtait même cinq secondes d’attention à ce que cela signifiait que de mettre chaque mois 13 000 000 de nouveaux grands primates sur la surface limitée du monde. La sérénité sans nuage de l’indifférence de ses compatriotes le rendait fou de colère. »

« Haven était ce genre de Texan aimant la nature qui faisait fuir avec plaisir les sarcelles cannelles à coups d’explosifs, mais qui passait également des heures à observer avec ravissement, grâce à un système de vidéo-surveillance, l’évolution de bébés chouettes dans un nid sur sa propriété, et qui pouvait parler sans fin, en expert, des dessins en forme d’écailles sur le plumage hivernal du bécasseau de Baird. »

Le 11-Septembre dérange l’ambitieux, le brillant, le chanceux (et présomptueux) Joey qui entre en fac. De plus ses rapports restent bloqués avec sa mère, et difficiles à rompre avec sa petite amie, l’étrange Connie.
Le lobbyisme sioniste, la situation israélienne au Proche-Orient sont présentés de façon très politiquement incorrecte par le biais de la famille juive de son coloc, Jonathan.
« ‒ En plus, y a pas un problème avec les colonies illégales et les Palestiniens qui n’ont aucun droit ?
‒ Oui ! Il y a un problème ! Le problème, c’est d’être un petit îlot démocratique et pro-occidental entouré de fanatiques musulmans et de dictateurs hostiles.
‒ Ouais, mais ça veut juste dire que c’était idiot de mettre cet îlot à cet endroit, dit Joey. Si les Juifs n’étaient pas partis au Moyen-Orient, et si on n’était pas obligés de les soutenir, peut-être que les pays arabes ne seraient pas aussi hostiles à notre égard. »

« Le père de Jonathan était le fondateur, le président et l’âme d’un groupe de réflexion qui se consacrait à promouvoir l’exercice unilatéral de la suprématie militaire américaine dans le but de rendre le monde plus libre et plus sûr, surtout pour l’Amérique et pour Israël. »

« "Nous devons apprendre à ne pas nous sentir gênés d’exagérer certaines choses", dit-il, avec son sourire, à un oncle qui avait mollement soulevé le problème des capacités nucléaires irakiennes. "Nos médias modernes sont comme des ombres très floues sur la paroi, et le philosophe doit être prêt à manipuler ces ombres au service d’une vérité supérieure." »

Excellente séquence du transit de l’alliance avalée par Joey. Ce dernier participe à de juteuses affaires pourries avec l’armée en Irak :
« Il faut juste vous souvenir que ce n’est pas une guerre parfaite dans un monde parfait. »

Le grand-père de Walter, pionnier américain :
« Il devint une donnée de plus dans l’expérience américaine d’auto-gouvernement, une expérience statistiquement faussée dès le départ, puisque ceux qui avaient fui l’Ancien Monde surpeuplé pour le nouveau continent n’étaient pas les personnes dotées de gènes sociables ; c’étaient au contraire ceux qui ne s’entendaient pas bien avec les autres.
Jeune homme, dans le Minnesota, il travailla d’abord comme bûcheron et abattit les dernières forêts vierges, puis il fut terrassier dans un groupe construisant des routes ; ne gagnant pas grand-chose dans l’un ou l’autre cas, Einar fut attiré par l’idée communiste que son travail était exploité par les capitalistes de la côte Est. Puis, un jour, en écoutant un imprécateur communiste fulminer dans Pioneer Square, il avait eu une révélation et avait compris que la seule façon d’avancer dans son nouveau pays, c’était d’exploiter lui-même le travail des autres. »

« (La personnalité sensible au rêve de liberté sans limite est une personnalité qui est aussi encline, si jamais le rêve venait à tourner à l’aigre, à la misanthropie et à la rage.) »

Un des charmes indéniables de ce livre, déjà pointé plusieurs fois, c’est qu’il vise des cibles peu conventionnelles :
« Walter n’avait jamais aimé les chats. Pour lui, ils étaient les sociopathes de l’univers des animaux de compagnie, une espèce domestiquée comme un mal nécessaire en vue du contrôle des rongeurs et par la suite fétichisée comme les pays malheureux peuvent fétichiser leur armée, saluant les uniformes des tueurs comme les propriétaires de chats caressaient l’adorable fourrure de leurs animaux et leur pardonnaient leurs griffes et leurs crocs. Il n’avait jamais vu, dans le museau d’un chat, autre chose qu’un manque de curiosité et qu’un intérêt autocentré narquois ; il suffisait de l’exciter avec une souris en caoutchouc pour découvrir sa vraie nature. »

La facture de ce roman est assez classique, la maîtrise de Franzen pratiquement totale. L’envergure du roman (près de 800 pages) permet aux situations et aux personnages de se préciser, de gagner en profondeur, d’évoluer. Plusieurs personnages parviennent même à être ignobles et attachants, au moins alternativement ‒ comme dans la vie, quoi.
J’aurai passé un bon moment avec ce livre qui ne parle pas de choses m’interpellant particulièrement : je crois que cela vaut pour une recommandation.

Mots-clés : #social
par Tristram
le Jeu 9 Mai - 1:10
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Jonathan Franzen
Réponses: 10
Vues: 495

Ilya Ehrenbourg

Tag social sur Des Choses à lire 617ssz10

Dix chevaux-vapeur

Derrière la jolie couverture, on trouve un texte daté au sens où il s'inscrit dans, si ce n'est revendique son appartenance aux événements de son moment et aux formes radicales d'alors.

Ca déménage ! Vignettes historiques ou épisodes particuliers, avec en trame de fond la 10 cv Citroën (plus connue sous le nom de 10 HP ?), Ilya Ehrenbourg déroule un film de la naissance de l'automobile et de l'exploitation industrielle. Exploitation en Occident mais aussi dans le monde entier pour le caoutchouc et le pétrole. Et la bourse aussi le jeu de la bourse, la spéculation.

En ligne de mire l'accélération toujours plus furieuse, la machine économique s'emballe pour broyer les hommes, la mécanique automobile emballe son conducteur qui écrase son semblable !

La folie intrinsèque de l'automobile est un des objets du livre. Par ailleurs efficace et instructif par sa vision d'ensemble et sa volonté documentaire, c'est dans sa radicalité et par ses excès qu'il pêche un peu par simplisme ou artificialité.

De belles formules à ne pas sous-estimer, cette forme vive et kaléidoscopique, son cosmopolitisme et même ses débordements sont des atouts pour les curieux. Il n'y a pas que les nouveaux Goncourt pour râler et garder un parfum d'actualité ?


Mots-clés : #historique #mondialisation #politique #social
par animal
le Lun 6 Mai - 22:17
 
Rechercher dans: Écrivains Russes
Sujet: Ilya Ehrenbourg
Réponses: 11
Vues: 180

John Millington Synge

La Source des saints

Tag social sur Des Choses à lire La_sou11

Il a fallu que j’aille voir dernièrement la pièce « La Source des saints », mise en scène par Michel Cerda, excellente au demeurant, pour que j’entende parler de John Millington Synge. Pourtant, c’est un auteur qui tient une place  importante dans les pays anglo-saxons, mais qui reste pratiquement inconnu en France. L’une des raisons est probablement la difficulté de traduction de ses pièces, écrites dans un mélange d’anglais et de gaélique.
Noëlle Renaude s’est donc efforcée de donner une nouvelle traduction de « La Source des saints » (dite aussi « La Fontaine des saints ») en essayant de respecter au mieux le phrasé particulier de l’auteur :

« Les croisements illimités des mots très concrets, je jeu de combinaisons des phonèmes, pris dans une syntaxe déréglée, créent une matière illicite : rien ne s’énonce comme il faut, chez Synge. On ne parle pas droit. On se débrouille avec le peu de moyens dont on dispose…
Faire entendre la langue de Synge dans la nôtre, c’est ce que j’ai tenté, cherchant à reproduire ces petits sons, monosyllabiques souvent, onomatopées, cris de bêtes, sifflement de vents, molécules de matière, les pulsant en respectant trous d’air, hiatus, apnées, souffles, allitérations… »

Le résultat est probant à la lecture, un peu moins à la représentation lorsqu’on n’est pas averti de la particularité de la langue (certaines personnes sont parties au cours de la représentation, alors qu’il aurait suffi d’un mot d’explication au préalable).

« La Source des saints » est l’histoire d’un couple d’aveugles, Mary et Martin Doul, vieux et moches, qui vivent de mendicité en occupant un croisement de routes. On pense tout de suite à Godot ; rapprochement tout à fait pertinent puisque Synge a été une des principales sources d’inspiration pour le jeune Beckett ! Un jour arrive dans ce coin perdu d’Irlande, un « saint homme », personne ambigu, entre illuminé ravi et faux prophète. Il apporte une fiole d’eau récoltée à la fontaine des saints, eau miraculeuse ayant le pouvoir de guérir quantité d’infirmités dont la cécité.
Mary et Martin retrouvent la vue ; mais c’est pour se voir comme ils sont, eux qui se croyaient jeunes et beaux. Du coup, ils ne se supportent plus, se battent et se séparent.
Ils vont être également confrontés à la dure loi du travail, allant de désillusions en désillusions. Martin va nourrir de vains rêves de bonheur en courtisant la jeune et belle Molly, promise au maréchal-ferrant.

« Il est âpre, brutal le jour qu’on a chaque jour, au point que j’y songe oui pour l’aveugle c’est un bien de ne pas voir ça ces nuages là qui roulent sur le mont, puis de ne pas tomber sur les gens avec leurs rouges nez, ton nez à toi tiens, mon Dieu, toi le maréchal. »


« Un homme ça lui est rude d’avoir sa vue, si vit près d’un comme toi, ou époux d’une épouse, puis ça doit lui être rude j’y songe oui au bon Dieu tout puissant de regarder le monde aux mauvais jours, puis les hommes comme toi qui vont qui viennent sur lui, puis qui dérapent tout partout dans la boue. »


Rapidement le jour s’obscurcit, Mary et Martin reviennent à leur cécité. Mais le saint homme repasse dans la région et  leur propose une seconde onction qui celle-là sera définitive.
Martin refuse de retrouver la vue et jette au loin la fiole d’eau miraculeuse. Le couple, revendiquant la cécité, part vers le sud

« On y va c’est sûr, car si pour certains de vous c’est bien d’être là à travailler puis à suer comme lui le maréchal, et puis certains de vous d’être là et à faire maigre puis oraisons puis discours sacrés comme vous, c’est bien aussi mon avis d’être là accroupi, aveugle à écouter un vent doux retourner ci là les petites feuilles de printemps puis sentir le soleil, puis pas se tourmenter nos âmes à la vue des jours gris, puis des saints hommes, puis des pieds crasseux que ça piétine le monde. »


« Poussez-vous là vous les chiennants, ou plus d’un y aura sait-on qu’aura sa tête en sang de la tannée de mon bâton. Poussez-vous là, puis ne soyez pas apeurés allez ; on s’en va nous deux aux villes du sud, où les gens ils auront bonnes voix sait-on, puis leurs sales têtes ou leur infamie on n’en saura rien de rien. »

Ce court texte à l’humour grinçant, en dehors de ses qualités de langue, dont les extraits ci-dessus peuvent peut-être donner une idée, aborde un nombre important de questions fondamentales : la normalité et le handicap, plus largement la normalité et la marginalité, le réel et l’imaginaire, la société avec ses contraintes et la liberté, la vieillesse /laideur et la jeunesse/beauté, le rôle de la religion, de la fausse-religion…
Au sortir de la représentation, un ami, prof de Lettres, m’a dit que c’était un étrange mélange de Claudel et de Beckett. Ce n’est pas faux ! Very Happy


Mots-clés : #identite #social #théâtre
par ArenSor
le Jeu 25 Avr - 19:57
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: John Millington Synge
Réponses: 5
Vues: 132

Simon et Capucine Johannin

Nino dans la nuit

Tag social sur Des Choses à lire Nino_d10


Nino est un tout jeune homme qui hante les rues et les nuits de Paris, poches vides, cœur battant, à la recherche d’éclats qui s’apparenteraient au bonheur. La rage au cœur il hait cette société qui ne vit que par l’argent, il va de petits boulots humiliants en petits vols rapides. Il aime la douce Lale d’un curieux amour-toujours revitalisant, trésor de tendresse dans ce monde sans pitié. Avec ses potes, à la vie à la mort, ils déchirent les nuits de leurs cris, de elurs danses, de leurs défonces.

Si le roman n’avait pas cette fin,  ce serait une romance contemporaine âpre, sauvage, magnétique, où la noirceur du quotidien n’empêche pas la douceur de l’âme de ces jeunes antihéros en galère, refusés de la vie « normal ». Il y a une beauté fébrile dans cette colère désespérée, dans cette langue crue, résolument contemporaine, à la poésie urbaine, qui claque et frappe, on prend ça en pleine figure.

J’ai douté sur la fin, cette allégeance brutale à un univers clinquant, cette démission face au fric. Qu’y a t’il donc de pire, la galère sociale en elle-même , ou les mirages et les compromissions qu’elle impose ?
On parlait naguère des romans que seule la fin « justifiait ». J’ai trouvé ici un roman insolite, innovant, prenant, auquel je dois au contraire pardonner la fin.

Mots-clés : #amitié #amour #contemporain #jeunesse #social #urbanité
par topocl
le Jeu 25 Avr - 9:26
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Simon et Capucine Johannin
Réponses: 1
Vues: 106

Colum McCann

Et que le vaste monde poursuive sa course folle

Tag social sur Des Choses à lire Mccann10

Le titre original, Let the Great World Spin, a un sens légèrement différent, et cet extrait lui fait peut-être référence :
« Mais c’était des ronds les uns dans les autres. Et quand tu tournes en rond, frangin, le monde a beau être grand, il rapetisse forcément quand tu creuses ton sillon. »

Cependant, Colum McCann précise dans ses remerciements finaux :
« Le titre de ce roman "Et que le vaste monde poursuive sa course folle vers d’infinis changements" est emprunté au poème Locksley Hall d’Alfred Lord Tennyson [… »

Il y remercie le personnel de son éditeur français, Belfond, ce qui laisse entendre que le titre donné à son livre en français ne lui a pas été imposé à mauvais escient. Bref, je me demande comment ce roman a pu passer d’une langue à une autre avec un titre d’abord fermé puis ouvert.
Colum McCann avertit également dans cette postface que seule la performance du funambule (1974) n’est pas fictive dans son roman.

J’apprécie beaucoup l’épigraphe :
« Les vies que nous pourrions vivre, les gens que nous ne connaîtrons jamais et qui n’existerons pas, tout ça est partout. C’est le monde. »
Aleksandar Hemon, The Lazarus Project


En prélude du livre 1, le spectacle matinal d’un funambule entre les Twin Towers du World Trade Centre (110 étages, soit à 412 mètres du sol).
Chaque chapitre suivant raconte une histoire :
Ciaran est un jeune Irlandais que fascine par son cadet, John Corrigan, prêtre ouvrier, une sorte de saint tourné par les humbles, en perpétuel conflit avec Dieu, en Irlande puis à New York (Bronx) ‒ toute la suite se passe aux USA.
Claire, mère d’un jeune soldat tué au Vietnam reçoit d’autres mères dans le même cas (son fils était programmeur et travaillait à dénombrer de façon fiable les pertes humaines américaines).
« Harcelé par les journalistes, les chaînes de télé, Johnson réclamait des informations valables. Envoyer un homme sur la lune, il pouvait faire, pas compter les housses mortuaires. Mettre des satellites en orbite, OK, pas fabriquer le bon nombre de croix pour le cimetière. Alors la crème des informaticiens. Des fanas de grosses machines. Une formation express et, la boule à zéro, vous servez votre patrie. "Gloire à toi, mon pays, roi de la technologie." Les meilleurs seulement avaient été retenus. Des gars de Stanford, du MIT, de l’université de l’Utah, de Davis. Et ses copains de Palo Alto, ceux de l’Arpanet, qui travaillaient pour le rêve. Harnachés, expédiés. Tous blancs. Il y avait d’autres programmes que le sien ‒ pour quantifier le sucre, l’huile, les munitions, les cigarettes, les boîtes de corned-beef, mais Joshua partait compter les morts. »

Blaine et Lara, le couple de junkies impliqués dans l’accident de la route mortel pour John et une jeune prostituée, Jazzlyn, que ce dernier aidait : lui reforme un projet fumeux de désintoxication et de création picturale, elle se rapproche de l’entourage des victimes.
Livre 2 : la préparation de l’exploit du funambule.
« La lumière renvoyée par les vitres, sa propre image dans les fenêtres, un jeu de miroirs jusqu’en bas. Il levait une jambe au-dessus du vide, trempait un pied en l’air, faisait le poirier au bord. »

Un gamin photographie des tags dans le métro.
De jeunes programmeurs militaires se délassent en interrogeant via une ligne téléphonique piratée les spectateurs du funambule.
Tillie, la mère de Jazzlyn, raconte son existence de putain noire avec beaucoup de drôlerie : l’infortune sans limite, et une certaine joie.
Une photo est insérée, une vue du funambule sur son fil entre les buildings, tandis qu’un avion de ligne passe au-dessus.
Livre 3 : bref retour au funambule.
Le père du jeune programmeur tué au Vietnam est le juge devant lequel comparaissent Tillie et Jazzlyn ; la mère est condamnée à une peine de prison, la fille est relaxée (et va périr dans l’accident avec John).
John et une jeune infirmière latino s’étaient épris l’un de l’autre, et elle se souvient de leur première nuit, une semaine avant sa mort.
Gloria, la Noire qui participa à la réunion chez Claire, raconte à son tour sa vie, jusqu’à ce qu’elle recueille les deux enfants de Jazzlyn.
Livre 4 : 2006, l’image du funambule, dont la performance eut lieu le jour du décès de John et Jazzlin, est retrouvée par une des filles de Jazzlyn.
« Un homme là-haut dans les airs, tandis que l’avion s’engouffre, semble-t-il, dans un angle de la tour. Un petit bout de passé au croisement d’un plus grand. Comme si le funambule, en quelque sorte, avait anticipé l’avenir. L’intrusion du temps et de l’histoire. La collision des histoires. »

Le style, parfois épuré jusqu’à ne laisser que les ligaments, est d’une remarquable puissance de rendu, représentation comme expression ; il y a beaucoup de documentation et d’observation derrière.
La plupart des personnages dépeints sont splendides, tels que John, Claire, Tillie, ou encore le funambule.
J’ai été frappé que la réaction des gens dans la rue soit surtout de parier sur la chute du funambule ‒ mais l’équilibrisme a-t-il un sens hors du risque de tomber ?
« Le silence est brisé, et les idées prennent forme dans les esprits, comme l’eau épouse celle d’un pichet. »


(Ça te ramentoit quelque chose, Topocl ?)


Mots-clés : #discrimination #justice #romanchoral #social
par Tristram
le Jeu 11 Avr - 1:03
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Colum McCann
Réponses: 8
Vues: 431

Michel Quint

Les aventuriers du Cilento

Tag social sur Des Choses à lire Cvt_le10

J'aime beaucoup Michel Quint. Sa verve, son style si truculent par moments et délicat à d'autres, cette capacité à deviner de manière opportune quand il est bon d'être sensible et quand il y a une nécessité de punch.
Le prologue installe un décor violent, désespéré, laconique. Il en sera de même pour la suite même si la violence physique laissera place à une violence plus symbolique, plus abstraite.
Ils sont nombreux les livres à parler de quête d'identité. On peut d'ailleurs se demander à une époque où l'individualisme est triomphant comme il se fait que la quête d'identité soit pareille à celle du Graal pour beaucoup de gens.
Une quête d'identité donc, d'histoire également, nationale, régionale, locale, personnelle, à toutes les échelles les points d'interrogation sont majeurs et le héros pris au dépourvu par son absence de pouvoir sur ce qu'il apprend. Ajoutons à cela une critique sociale et politique en filigrane et l'on obtient un ouvrage avec une profondeur certaine.
J'ai été touché par ce périple existentialiste et par cette aventure du sens personnel.
Des longueurs parfois, peut être nécessaires pour reprendre son souffle mais dispensables pour le récit sont le seul bémol mais bien présent que je regrette.


Mots-clés : #identite #social #violence
par Hanta
le Mer 10 Avr - 15:04
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Michel Quint
Réponses: 25
Vues: 451

Julian Barnes

Dix ans après

Tag social sur Des Choses à lire 51t6sg13

Suite de Love, etc., 1992 (titre original Talking It Over, alors que celui de 2002 est appelé en français… Love, etc. !) ‒ ce n’est pas l’éditeur qui l’aurait clairement indiqué ! et bien sûr je n’ai pas lu Love, etc. (le premier, hein…) D’ailleurs j’ai eu du mal à comprendre qui sont les personnages secondaires ; pour qui serait dans le même cas (lire ce livre avant le précédent), je précise que Mme Wyatt est la mère de Gillian (d’origine française), et Ellie une jeune collègue de cette dernière (restauratrice de tableaux). Mais le trio central, c’est Gillian, qui a divorcé de Stuart pour épouser son meilleur ami, Oliver, alors qu’ils avaient la trentaine. Stuart revient des USA, où il s’est remarié et a redivorcé, ainsi qu’eu du succès dans le négoce agro-alimentaire, tandis qu’Oliver est un cossard facétieux et dépressif qui a donné deux filles à Gillian.
Ce que Barnes représente dans ce texte, c’est donc les retrouvailles des personnages dix ans après, selon un projet littéraire qui serait sous-entendu dans ce qu’expose Stuart ici :
« Dans les romans, quelqu’un se marie et c’est fini ‒ eh bien, je peux vous dire par expérience que ce n’est pas le cas. Dans la vie, chaque fin est le début d’une autre histoire. Sauf quand on meurt ‒ ça c’est une fin qui est vraiment une fin. Je suppose que si les romans reflétaient fidèlement la vie, ils se termineraient tous par la mort de tous leurs personnages ; mais alors on n’aurait pas envie de les lire, n’est-ce pas ? […]
Mais la vie n’est jamais comme ça, hein ? On ne peut pas la poser comme on pose un livre. »

Le livre est constitué de monologues, peut-être adressés à l’auteur, et de dialogues qui se répondent. Ces soliloques et conversations sont bourrés d’humour, sans doute le plus difficile à traduire, d’autant que l’esprit est souvent idiosyncrasique d’une culture… Humour fort spirituel donc, allant des jeux de mots jusqu’à l’ironie la plus cruelle entre les deux rivaux ‒ Stuart vu par Oliver :
« Ô narcoleptique et stéatopyge individu, à l’entendement crépusculaire et à la Weltanschauung en Lego… »

« Un Anglais doté d’une Théorie, oh mon Dieu ‒ c’est comme de porter un costume en tweed au Cap-d’Agde. Ne fais pas ça, Stuart ! "Mais non, il leur faut encor / Plier leur prochain à leur volonté." Et donc Stuart, vêtu de pied en cap de laine six-fils, nage en chien parmi les nudistes en tenant le manifeste suivant entre ses canines : L’humanité elle-même doit devenir biologique ; le citadin peut revendiquer une certaine parenté avec le goret stressé ; nous devons nous griser d’air pur loin de ces redoutables sigles de pollution avec lesquels il prend plaisir à nous effrayer ; nous devons cueillir des baies sauvages et occire le lapin du dîner avec un arc et une flèche, puis danser sur la mousse humide comme dans une vision arcadienne de Claude le Lorrain. »

On découvre aussi « la loi de l’effet non voulu », le dilemme des causes endogènes ou exogènes à la dépression (héritage génétique versus vicissitudes de son vécu…) La dépression est bien décrite :
« On dit que l’alcoolisme est une maladie, alors je suppose qu’on peut l’attraper d’une façon ou d’une autre… Et pourquoi n’en serait-il pas de même avec la dépression ? Après tout, ça doit être terriblement déprimant de vivre avec une personne déprimée, non ? »

« Avant je pensais qu’il y avait quelque intérêt à être moi. Maintenant je n’en suis plus convaincu. »

« Non, c’est le hic avec tout ça… Je ne peux décrire que ce qui est susceptible d’être décrit. Ce que je ne peux pas décrire est indescriptible. Ce qui est indescriptible est insupportable. Et d’autant plus insupportable que c’est indescriptible. »

« Non pas que je croie à l’âme. Mais je crois à la mort d’une chose à laquelle je ne crois pas. »

Julian Barnes, un des plus francophiles et pourtant parfaitement britannique parmi les auteurs de langue anglaise, est aussi un profond observateur de la société :
« En fait de héros il n’y a plus que ce pâle ersatz, le "modèle". On n’aspire plus à l’individualisme, on aspire à représenter une catégorie. »

Question cuisine, on parle sandwich frites-beurre et curries (Oliver), mais aussi risotto et même une exceptionnelle frittata (Stuart) que j'ai sauvegardée dans les Recettes culinaires et littéraires.
Barnes ne précise pas le genre de ce texte (si l’éditeur a respecté sa volonté), qui effectivement n’est pas tout à fait du roman.
A propos, quand on aura sauvé la planète et mené à bien toutes nos saines revendications, il faudra mettre la pression sur les éditeurs pour qu’ils se résignent à une éthique les obligeant à indiquer sur la couverture qu’ils publient la suite d’un autre livre !


Mots-clés : #contemporain #famille #humour #social
par Tristram
le Mar 9 Avr - 1:07
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Julian Barnes
Réponses: 54
Vues: 1118

Steve Tesich

Karoo

Tag social sur Des Choses à lire Karoo_10

New York, puis Los Angeles, 1991 (livre publié en 1998) ; le narrateur, Saul Karoo, la cinquantaine, vit à l’aise de la réécriture de scénarios et du redécoupage de films pour Hollywood, en la personne notamment du puissant producteur Jay Cromwell. Lâche et dépravé, il est en cours de divorce avec Dianah, ne parvient pas à consacrer du temps à leur fils adoptif Billy, et l’alcool ne lui faisant plus d’effet, il en est réduit à simuler l’ivresse…
« Je devais me forcer à me souvenir, tout en attendant que Dianah apparaisse, que c’était de l’eau que je buvais et non de l’alcool, et qu’on ne devait s’attendre à aucun signe d’ivresse de ma part. La force de l’habitude était telle que le simple fait de tenir un verre avec des glaçons à la main me faisait immanquablement me glisser dans le rôle du malheureux ivrogne. Je ne m’attendais pas à cela. Il y avait apparemment des symptômes de manque même lorsqu’on n’était plus accro à autre chose qu’à soi-même. »

Voilà un nouveau spécimen de ces quelques livres brillants (ceux de Philip Roth, Sinclair Lewis, John Updike, Wallace Stegner, etc.) qui observent avec clairvoyance et rendent avec humour la société nord-américaine dans tous ses travers (donc la nôtre plus ou moins, compte-tenu du décalage de l’influence états-unienne sur nous).
« La plupart des horreurs commises à mon époque (voilà que je tournais au philosophe) n’étaient pas l’œuvre d’hommes mauvais déterminés à commettre des actes mauvais. C’étaient plutôt les actes d’hommes comme moi. Des hommes avec des critères moraux et esthétiques d’un ordre supérieur – quand cela les prenait. Des hommes qui savaient distinguer le bien du mal et qui agissaient pour le bien, quand ils étaient dans cet état d’esprit. Mais des hommes qui n’avaient pas d’amarres pour maintenir ces convictions et ces critères en place. Des hommes sujets aux humeurs et aux vents changeants, condamnés à se retourner complètement quand une autre humeur, contradictoire, leur tombait dessus. Ils trouveraient toujours, ces hommes lunatiques, une façon de justifier leurs actions et d’en assumer les conséquences. La terminologie qu’ils utilisaient pour justifier leurs crimes était, pour une large part, le fondement de ce que nous appelons l’Histoire. »

« Désormais, toutes les guerres ne seraient plus tournées que vers la destruction de l’intimité. Les guerres, grandes ou petites, civiles ou pas, étaient des attaques collectives contre la vie privée. Il faudrait encore de très nombreuses années avant que l’humanité soit totalement libérée du joug de l’intimité et que le souvenir de son existence soit même effacé. »

Ainsi, les poncifs (yankees, mais donc pas que) sont revisités avec une subtile perspicacité : divorce, mensonge, parades rituelles viriles et misogynes du pouvoir social, la notion du Mal (que Tesich qualifie pertinemment de « monolithique »).
Divorce :
« Parler divorce avait toujours cet étrange effet de nous faire sentir plus proches l’un de l’autre que nous ne l’avions jamais été durant notre mariage, mis à part le bref moment où Billy est entré dans nos vies. Parler divorce faisait ressortir le meilleur de nous-mêmes. Nous essayions de surpasser l’autre en attentions, en générosité et en considération. Nous partagions nos visions respectives du genre de divorce que chacun de nous voulait. Amical, certes, mais plus encore qu’amical. Beaucoup plus. Tendre, riche de sentiments profonds, plein d’amour, tel était le genre de divorce que nous avions en tête. Quinze minutes et trois cigarettes plus tard, nous en parlions encore. Plus nous parlions divorce, plus nous avions l’air mariés. Et non seulement mariés, mais encore heureux en mariage. »

« Même si je n’aime plus Dianah, je n’ai pas le cœur de la faire souffrir. Et elle souffrirait si j’arrêtais de boire. Elle a investi tant de temps et d’énergie à populariser le mythe selon lequel mon alcoolisme était le grand responsable de l’échec de notre mariage que cesser de boire maintenant passerait presque pour un geste d’hostilité. Que je montre la moindre amélioration dans ma vie depuis l’échec de notre union friserait la méchanceté. Bien que je sois accablé de maladies et de traits de caractère répréhensibles, la méchanceté n’en fait pas partie. Je sais donc que la meilleure chose que je puisse faire pour elle, c’est soutenir le mythe selon lequel je suis un alcoolique invétéré. Je me dis que je lui dois au moins ça. »

Mensonge (et c’est piquant à lire en période de post-vérité) :
« Maintenant ce sont les mensonges que nous racontons qui, seuls, peuvent révéler qui nous sommes. »  

« Il me ment, bien entendu. Mais il le fait à sa façon. Il veut que je sache qu’il ment. Il veut que je sache que chaque mot qu’il prononce est un mensonge éhonté. Assis en face de lui, je me sens désespérément démodé, sans aucun contact avec les tendances actuelles. Lorsque je mens, j’essaie toujours de duper les autres et leur faire croire que je dis la vérité. Quand Cromwell ment, il affirme qu’il n’y a pas de vérité. »

« Il ne se contente pas de mentir à Saul. Il veut que Saul sache qu’il est en train de le faire. Cette façon de mentir, ça devient un genre de vérité. Une vérité cromwellienne. Une anti-vérité. »

Rites du pouvoir mâle :
« Toutes les filles assises à notre table étaient jeunes. La jeune Asiatique, la compagne de Cromwell, était plus jeune que les trois autres, mais Laurie était encore plus jeune qu’elle.
C’est moi qui avais la plus jeune, donc.
La jeunesse de Laurie fut ainsi transformée en un bien de consommation, un bien que je possédais.
C’était moi qui détenais sa jeunesse, pas elle.
Ma popularité, à cette table, était en pleine ascension. »

Le Mal :
« La réponse à laquelle je parviens est la suivante : le Mal monolithique est irrésistible parce qu’il met en jeu la possibilité de l’existence de la bonté monolithique comme force compensatrice. Je ne deviens conscient de cela que lorsque je suis en compagnie de Cromwell. Le Mal qui est en lui permet la bonté. »

Il y a d’autres leitmotive, comme les assurances santé ou le goût de se mettre en spectacle, qui donnent son unité au texte. Intéressantes réflexions, par exemple sur les balles perdues comme arbitraire :
« Moi-même, j’avais probablement déjà joué le rôle de la balle perdue et je jouerais probablement à nouveau ce rôle dans la vie de quelqu’un. Et quelqu’un le jouerait dans ma vie. Cela paraissait inévitable. Les lois de la probabilité étaient assez méticuleuses, mais l’improbabilité n’obéissait à personne et pouvait évoluer sans limite dans l’univers. »

« Je n’étais plus, me rendis-je compte, un être humain, et cela faisait probablement longtemps que je n’en étais plus un. J’étais devenu, au lieu de ça, un nouvel isotope d’humanité qui n’avait pas encore été isolé ou identifié. J’étais un électron libre, dont la masse, la charge et la direction pouvaient être modifiées à tout moment par des champs aléatoires sur lesquels je n’avais aucun contrôle. J’étais l’une des balles perdues de notre époque. »

À pratiquement trente ans de différence, on mesure combien ça reste pareil quand ça change en matière d’actualité :
« Les sans-abri deviennent un vrai problème. Il y en a de plus en plus. C’est une décennie nouvelle, et il y a aujourd’hui une nervosité nouvelle face à ce vieux problème.
Le racisme augmente sur les campus universitaires. Les crimes de haine augmentent aussi. »

L’intrigue du roman ne permet pas de le résumer à cette lucide analyse : on y trouve une vraie histoire, où le réparateur de scripts anti-héros va tenter de jouer les démiurges. Mais on devine peut-être trop évidemment les rebondissements, et il m’a semblé que la narration s’essouffle à mi-parcours…
J’ai déjà évoqué l’humour ; il m’a été particulièrement sensible dans les passages de psychologie de bazar.
Le style du récit (qui doit à la cinématographie dans la structure et les plans) sert excellemment le propos.
« Aucun des personnages des scripts que j’ai réécrits n’apparaît qu’une seule fois. Au départ, la seule raison de leur existence, c’est de pouvoir revenir par la suite. Leur seule raison d’être, c’est de réapparaître au bénéfice d’un autre. »

De belles métaphores, dont :
« Tout cela rebondit dans ma tête comme un bout de carotte dans un mixeur Cuisinart. Mais, à force de rebondir, il devient de plus en plus petit et finit par perdre toute signification. Il va rejoindre la liste d’autres inquiétudes, pensées et visions, dans la soupe psychique de mon esprit. »



Mots-clés : #contemporain #social
par Tristram
le Mar 2 Avr - 0:53
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Steve Tesich
Réponses: 19
Vues: 407

Revenir en haut

Page 1 sur 9 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9  Suivant

Sauter vers: