Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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Pierre Jourde

Pays perdu

Tag social sur Des Choses à lire Jourde10



Vous le savez peut-être, l'homme Pierre Jourde m'est assez antipathique. Mais je ne m'interdis jamais de lire ni d'aimer l'œuvre d'un écrivain dont la personnalité me rebute. Je ne profite donc pas de ce compte-rendu pour faire son procès, car son livre m'a déplu pour des raisons extérieures à ce qui me déplaît habituellement chez lui et dans ses articles de blog. Par ailleurs, je me suis forcé de ne pas lire ton commentaire, @Nadine. Je le lirai dès que j'aurai terminé le mien (et j'ai hâte !)

***
                                                                                         
Dans le village déshérité où vit encore une partie de la famille du narrateur, un enterrement a lieu. Cet enterrement est le fil rouge du roman, autour duquel s'entrecroisent les portraits des habitants de ce "pays perdu". Le narrateur, à travers et par-delà ces portraits, engage une réflexion sur la mémoire, sur le deuil et sur l'impermanence des choses.

Dans l'incipit, le narrateur retrace l'itinéraire de la ville jusqu'au "pays perdu", qu'il suivait avec son père lorsqu'ils allaient visiter leur famille. Cet itinéraire du cœur du monde à ses confins, paradoxalement brouillé par la précision des explications géographiques, nous fait mesurer l'isolement de ce "pays". Ceci entendu, cette énumération nécessairement longue et répétitive des routes, des villages, des crevasses, des montagnes, des rocs, des steppes brûlées, du ciel "comme une mer", matérialisant le gouffre spatial et temporel entre le "pays perdu" et le monde civilisé, à cause de sa longueur même, se devrait d'être sinon un manifeste esthétique, du moins une démonstration de style, sous peine d'être pur excédent et véritable pensum.

Or, d'entrée de jeu et tout le long du roman, c'est précisément le style qui pèche.

Sa phrase est encombrée de détails terre-à-terre censés produire un effet de réel, mais qui ne font guère illusion : ces détails, simples notations dépourvues de tout traitement littéraire et qui me semblent par ailleurs tout à fait accidentelles, se résument à un vain remplissage. Entre plusieurs artifices, Jourde a fréquemment recours à un vocabulaire excessif et tonitruant, qu'il semble confondre avec l'éloquence et la force d'évocation; afin de donner vigueur et mouvement à ses descriptions, il prête vie aux paysages et aux objets d'une façon maladroite et inefficace. Enfin, son texte juxtapose bien souvent un vocabulaire vulgaire jugé celui d'un campagnard et le lexique choisi d'un spécialiste (manifestations qu'on peut également observer à l'échelle de la syntaxe) : je suppose qu'il s'agit d'un choix conscient, non entièrement dénué d'humour, mais qui n'en est pas moins agaçant.
Je trouve par exemple cette phrase assez drôle, mais ça ne vient pas sans un léger malaise : quel regard du narrateur est-ce que cela traduit, au-delà de l'effet comique ?
Il est arrivé que Gustave, la bouche pleine de potage, puant la vinasse et la sueur, projette dans mon assiette, scories d'une éruption spasmodique de mots, quelques fragments de vermicelle.

Sans développer outre-mesure, je suis encore stupéfié par le passage consacré à la typologie des bouses de vache, dont topocl a déjà parlé. Je pense ne jamais avoir rien lu de plus vulgaire, mais j'avoue que je me suis bien amusé.

En somme, l'écriture de Jourde est une écriture inopérante : ce n'est pas le roman qui se regarde fonctionner, c'est l'auteur qui se regarde écrire. Et c'est regrettable, car ses portraits auraient pu m'intéresser. À leur tonalité on sent qu'ils se voudraient intimes, empathiques, et cependant sans concessions. Je les trouve sans chaleur car Jourde ne parvient jamais à faire oublier sa présence : c'est à peine si je vois rien d'autre que la page du livre que je suis en train de lire. Trop souvent, il sacrifie à la belle formulation et au trait d'esprit la justesse de ses peintures.
Avec sa casquette, sa veste de grosse toile bleue et ses moustaches, c'est l'effigie du paysan en visite. Le travail de soixante années tombe sur cette silhouette neutralisée et la rive au sol.

Dans la robe blanche qui peine à faire le tour de sa carrure puissante, la couronne des épousées sur le crâne, elle figurerait aussi bien, avec le même naturel, sur la photographie d'un mariage à Oulan-Bator dans les années quarante.


On trouve tout de même, çà et là, de courtes réflexions sur la douleur et sur le deuil qui m'ont paru plutôt justes.
À présent je ne viens plus toucher la tombe pour sentir sa peau, mais pour tenter de me remémorer une sensation morte. C'est à la sensation que je songe, et non à lui. Alors je me reproche ce geste vide. Je m'en veux de cette sentimentalité sans contenu, qui blasphème une piété disparue, réduite à des rites. Mais peut-on s'en vouloir d'accomplir les rites sans recevoir la visite du dieu ? Qu'il faille avoir honte de son absence signifierait que la douleur est honorable. La douleur n'a rien d'honorable. L'idée même est déplaisante, comme si l'on pouvait tirer quelque rétribution de cela. Ni la souffrance, ni l'absence de souffrance ne peuvent se vivre sans culpabilité. Il faudrait apprendre à ne plus s'en vouloir.


Quant à l'agression qu'il a subie après la parution de ce texte, je n'en vois pas le motif. Ce livre n'a pourtant rien d'une insulte…


Mots-clés : #intimiste #mort #nature #ruralité #social #solitude
par Quasimodo
le Jeu 31 Oct - 20:11
 
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Sujet: Pierre Jourde
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Paul Auster

Sunset Park

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Pendant la crise financière américaine de 2008, Miles Heller, vingt-huit ans, travaille en Floride à l’enlèvement des rebuts dans les maisons abandonnées par leurs propriétaires ruinés.
« Dans un monde en train de s’écrouler, un monde de ruine économique et de misère implacable toujours plus étendue, l’enlèvement des rebuts est l’une des rares activités en plein essor dans cette région. »

Il héberge et soutient sa petite amie étudiante, Pilar, qui n’a que dix-sept ans… Un chantage particulièrement odieux le fera fuir, et retourner à New York.
Il m’a semblé percevoir une condamnation par l’auteur du diktat judiciaire qui occasionne une chasse abusive au "détourneur de mineure".
Le « narrateur omniscient » nous a aussi appris que Miles se sent coupable, objectivement ou pas, de la mort accidentelle de son demi-frère Bobby ; après cet accident et sept ans plus tôt, il a surpris une conversation entre son père et sa belle-mère (mariés après la fuite de sa mère alors qu’il avait six mois) lui reprochant son attitude devenue distante, et d’avoir renoncé au base-ball. Miles abandonna alors études et parents, ainsi que toute perspective ou projet pour sa propre existence.
Avec le personnage de la mère, Mary-Lee, abandonnant mari et bébé afin de poursuivre sa carrière d’actrice, on n’est pas non plus dans le propos mainstream politi-correct ; quant aux conséquences désastreuses :
« …] que sa mère n’avait absolument pas voulu de lui, que sa naissance était une erreur, qu’il n’y avait aucune raison défendable pour justifier son existence. »

Le père, Morris, un éditeur indépendant new-yorkais, est présenté comme quelqu’un de cultivé, sympathique, qui lutte pour sauver sa petite maison d’édition, préserver son couple en difficulté, et retrouver son fils.
« …] le fond de l’affaire était le suivant : ils s’aimaient mais n’arrivaient pas à s’entendre. »

« …] son père se démenait pour publier des livres valables dans un monde de produits éphémères, aussi inconsistants qu’à la mode. »

Le taciturne Miles rejoint le squat de son ami Bing Nathan, une maison délabrée de Brooklyn ‒ dans le quartier de Sunset Park ‒ où ce dernier, rebelle, percussionniste de jazz et tenancier de l’Hôpital des Objets Cassés (réparation d’appareils d’une époque révolue ‒ « machines à écrire mécaniques, stylos à encre », etc., et encadrement de tableaux), vit avec deux jeunes femmes. Il est contre…
« la croyance dominante qui veut que les nouvelles technologies modifient la conscience humaine. »

« …] et tout ce qui t’arrive depuis l’instant de ta naissance jusqu’à l’instant de ta mort, chaque émotion qui surgit en toi, chaque bouffée de colère, chaque montée de désir, chaque crise de larmes, chaque éclat de rire, tout ce que tu éprouveras un jour au cours de ta vie a également été ressenti par tous ceux qui sont venus avant toi, que tu sois un homme des cavernes ou un astronaute, que tu vives dans le désert de Gobi ou à l’intérieur du cercle arctique. »

« C’est le chevalier de l’indignation, le champion du mécontentement, le pourfendeur militant de la vie contemporaine, et il rêve de forger une réalité nouvelle sur les ruines d’un monde qui a échoué. Contrairement à la plupart des dissidents de son espèce, il ne croit pas à l’action politique. Il n’adhère à aucun mouvement, à aucun parti, il n’a jamais pris la parole en public et n’a aucun désir de conduire dans les rues des hordes en colère qui mettront le feu à des bâtiments et renverseront des gouvernements. Sa position est purement personnelle, mais s’il mène sa vie selon le principe qu’il s’est fixé, il est certain que d’autres suivront son exemple. »

« Dans une culture du jetable engendrée par la cupidité de sociétés commerciales mues par la recherche du profit, le paysage global est de plus en plus miteux, de plus en plus aliénant, de plus en plus vide de sens et de dessein unificateur. »

(Comme Simla, j’ai trouvé marquant par ce qu’il est dit de lui et de ses idées.)
Mais voici les "colocs" (sans loyer) : Alice est une thésarde et Ellen, qui a avorté et manqué un suicide, en proie aux « fantasmes hystériques » d’un désir sexuel exacerbé par le manque, tente de redonner un sens à sa vie en dessinant « l’étrangeté d’être en vie ». Toutes deux ont aussi un petit boulot partiel alimentaire.
« Elle [Ellen] ne veut pas en finir avec la vie afin de continuer à vivre. »

Les vétérans de la Seconde Guerre mondiale sont mis en parallèle avec les blessés de la société actuelle, et notamment des artistes :
« …] pas exactement des êtres humains ratés, mais pas non plus des réussites. Des âmes amochées. Des blessés qui marchent, qui s’ouvrent les veines et saignent en public. »

Plusieurs personnages gravitent autour de l’écriture, ce qui est l’occasion de la sorte de mise en abîme suivante :
« Telle est l’idée avec laquelle il joue, dit Renzo, celle d’écrire un essai sur les choses qui ne se produisent pas, sur les vies non vécues, les guerres qui n’ont pas été livrées, sur ce monde d’ombre qui s’étend parallèlement au monde que nous prenons pour le monde réel, le non-dit et le non-fait, le non-remémoré. Un terrain hasardeux, peut-être, mais qui vaudrait peut-être la peine d’être exploré. »

Auster passe d’un personnage à l’autre en leur consacrant à chaque fois un chapitre ou plus, et l’action se déroule simultanément.
Le point de vue du narrateur semble progressivement devenir celui de Morris (cet homme vieillissant est peut-être un alter ego de l’auteur), et Mary-Lee n’est bientôt plus présentée uniquement comme égocentrique, « capricieuse et incompétente », mais comme une vraie actrice (elle joue Becket au théâtre), qui regrette sincèrement son ratage de mère. Peut-être la perspective change-t-elle avec les personnages, mais ce n’est pas net.
Paul Auster a donc repris une fois de plus le thème des destinées hasardeuses :
« Ce n’est donc rien qu’un coup de dés de plus, rien qu’un numéro de loterie tiré de l’urne en métal noir, un hasard extraordinaire dans un monde de hasards extraordinaires et de désordre sans fin. »

J’ai regretté qu’il ait cédé à sa facilité enthousiaste pour prendre ses exemples de destinées extraordinaires dans les obscures et fastidieuses biographies de joueurs de base-ball.
Un des mérites du livre est de montrer clairement la précarité, les logements inaccessibles et les salaires qui ne permettent pas de vivre correctement pour ceux qui ont la chance d’avoir un travail, phénomènes qu’on observe dorénavant chez nous.
D’une manière prémonitoire,
« …] le point important de tout cela, écrivait le jeune Miles, c’est que les blessures sont une partie essentielle de la vie, et tant qu’on n’est pas blessé d’une façon ou d’une autre, on ne peut pas devenir un homme. »

Au début, j’étais persuadé de tenir un excellent roman, mais à la fin je me demande si l’élan de l’auteur ne s’est pas un peu dilué en route ; reste en tout cas une belle histoire (triste).

Mots-clés : #contemporain #social
par Tristram
le Mer 23 Oct - 21:06
 
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Sujet: Paul Auster
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Pierre Clastres

Chronique des Indiens Guayaki, Ce que savent les Aché, chasseurs nomades du Paraguay

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Le texte de Pierre Clastres paraît d’abord assez brouillon : observations en immersion chez les Guayaki (en 1963), présentation historique de ceux-ci découverts par le monde extérieur (mais sans suivre le cours chronologique), récit de sa venue chez eux s’entremêlent avec des réflexions sur notre civilisation, y compris sa thèse d’un pouvoir politique séparé de la violence, c'est-à-dire en occurrence où le chef parle mais n’ordonne pas (finalement pas si éloigné de notre société).
Les Guayaki sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui auraient régressé et se seraient réfugiés dans la forêt (en perdant l’agriculture) sous la pression de l’expansion des Guarani plus nombreux (leurs langues sont apparentées) ; ce sont des « "gens de la forêt", des selvages ». Toute leur existence ressortit à la chasse ; le chasseur ne consomme pas le gibier qu’il flèche, mais le distribue dans une économie d’échanges courtois ; si l’arc est viril, le panier est féminin (passionnant épisode du cas d’un homosexuel). Ils sont assez souvent d’un teint clair et d’une pilosité inusités chez les Amérindiens, ce qui suscite quelques mythes non-amérindien. A propos, ils sont aussi cannibales, « mangeurs de graisse humaine » ‒ « endocannibales, en ce qu’ils font de leur estomac la sépulture ultime des compagnons », régime nourrissant, excellent au goût, même rapproché de l’amour.
« Parce que manger quelqu’un c’est, d’une certaine manière, faire l’amour avec lui. »

Certaines extrapolations interprétatives m’ont paru audacieuses, surtout après un séjour d’à peine 8 mois chez les Guayaki (groupe hélas éteint dans les années qui suivirent), et peut-être datées après les travaux Lévi-Strauss et Descola ‒ bien sûr mon incompétence ne peut avancer que des impressions, moi je suis seulement venu pour la ballade en forêt, grignoter quelques larves de palmier pinto, tâter du miel de l’abeille irö (dilué d’eau), chatouiller les femmes en kivay coutumier.
C’est donc l’habituelle opposition nature et culture, la violence devant rester en-dehors de la communauté qui s’applique à maintenir l’ordre, l’équilibre entre excès et manque.
« Là-même gît le secret, et le savoir qu’en ont les Indiens : l’excès, la démesure sans cesse tentent d’altérer le mouvement des choses, et la tâche des hommes, c’est d’œuvrer à empêcher cela, c’est de garantir la vie collective contre le désordre. »

Sinon, la grande affaire est de posséder des femmes, que ce soit par rapt guerrier ou liaison consentie qu’on se les procure. Ils pratiquent le meurtre d’enfant par vengeance-compensation d’un autre décès ; ils tuent aussi les vieillards qui ne peuvent plus marcher ‒ et, bien sûr, ils les mangent.
Revigorante, cette comparaison d'une autre société à la nôtre, avec peut-être plus de rapprochements à faire que de différences à pointer.

Mots-clés : #amérindiens #contemythe #essai #identite #minoriteethnique #mort #social #temoignage #traditions
par Tristram
le Lun 14 Oct - 1:14
 
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Sujet: Pierre Clastres
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José Saramago

Relevé de terre

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Le ton est celui du récit parlé populaire, celui d’un ancien avec ses dictons, ses ingénuités ; c’est l’histoire d’une misérable famille rurale sur quatre générations, au cours de laquelle les yeux bleus du violeur initial réapparaissent aléatoirement. Cette narration commence au début du XXe, au moment de la proclamation de la République, et repasse parfois au quinzième siècle, lors du viol de l’ancêtre par un Allemand gouverneur du latifundium, tant ce dernier laisse inchangé le destin de la population à sa merci.
Le latifundium est, dans l’antiquité romaine, un grand domaine rural formé à la suite d'usurpations de terres, cultivé par des esclaves et sur lequel les riches Romains pratiquèrent une agriculture de type nouveau fondée sur l'élevage, l'oléiculture et la viticulture ; aux temps modernes, c’est un très vaste domaine agricole où l'on pratique une culture extensive pauvre (TLFi). Aride contrée, où on arrache l’écorce de liège des chênes.
Le peuple affamé par le latifundium que soutient la garde nationale et le clergé, toujours dans la hantise du chômage, se rebelle progressivement grâce au communisme.
« Vu de Monte Lavre, le monde est une montre ouverte, avec les tripes au soleil, en train d’attendre que sonne son heure. »

« C’est ça le luxe de l’époque, que les souffrants se glorifient de leurs souffrances, que les esclaves s’enorgueillissent de leur esclavage. »

« …] ils se connaissaient, évidemment, ce ne fut pas je te vois et je t’aime, mais ensuite elle dit, Alors, Manuel, et il répondit, Alors, Gracinda, et ce fut tout, celui qui pense qu’il en faut davantage se trompe. »

« Trente jours d’isolement font un mois qui ne peut figurer sur aucun calendrier. On a beau calculer et apporter la preuve réelle, ce sont toujours des jours de trop, c’est une arithmétique inventée par des fous, nous nous mettons à compter, un, deux, trois, vingt-sept, quatre-vingt-quatorze, et finalement nous nous étions trompés, seuls six jours étaient passés. »

Les phrases sont souvent longues, paraissent parfois l’être trop, et la ponctuation n’aide guère à scander le discours (il manque des points entre les différentes répliques des dialogues qui sont concaténés, seule une majuscule annonçant le changement d’interlocuteur) ; c’est d’ailleurs l’écriture ‒ l’élocution ‒ typique de Saramago, flux torrentiel quasiment continu. Parti pris a priori ? j’ai eu l’impression d’une litanie monocorde, à peine relevée par moments, comme lorsqu’il évoque les libres brigands.
Heureusement quelques (fausses) digressions animent le récit :
« …] on se met à raconter une histoire, mais il y en a d’autres qui vous viennent en cours de route. »

Cette forme de relation orale est questionnée :
« Il faut distinguer ce qui est réflexions du narrateur de ce qui est pensées de João Mau-Tempo, mais reconnaissons qu’il s’agit d’une seule et même certitude, et, s’il y a des erreurs, qu’elles soient partagées. »

« Les hommes sont ainsi faits que même lorsqu’ils mentent ils disent une autre vérité et si, au contraire, c’est la vérité qu’ils veulent entendre sortir de leur bouche, cette vérité s’accompagne toujours d’une sorte de mensonge, même quand ce n’est pas intentionnel. Voilà pourquoi nous n’en finirions jamais si nous nous mettions à discuter la part de mensonge et de vérité dans ces histoires de chasse d’António Mau-Tempo [… »

On est même parfois proche du conte : outre la vision panoptique des milans, ce sont des fourmis qui « lèvent la tête comme les chiens », et sont les seuls témoins du maquillage en suicide de la mort sous les coups d’un gréviste interrogé après avoir été arrêté par la garde.
Ricardo Reis, hétéronyme de Fernando Pessoa et sujet du roman de Saramago quatre ans plus tard, fait une première apparition dans son oeuvre.
C’est une poignante évocation de la misère rurale portugaise, mais pas ma lecture préférée de cet auteur.

Mots-clés : #ruralité #social #viequotidienne
par Tristram
le Ven 11 Oct - 0:24
 
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Sujet: José Saramago
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Mathieu Palain

Sale gosse

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Originale : Français, 2019

Présentation de l'éditeur a écrit:Wilfried naît du mauvais côté de la vie.
Sa mère, trop jeune et trop perdue, l’abandonne. Il est placé dans une famille d’accueil aimante. À quinze ans, son monde, c’est le foot. Il grandit balle au pied dans un centre de formation. Mais une colère gronde en lui. Wilfried ne sait pas d’où il vient, ni qui il est. Un jour sa rage explose ; il frappe un joueur. Exclusion définitive. Retour à la case départ. Il retrouve les tours de sa cité, et sombre dans la délinquance. C’est là qu’il rencontre Nina, éducatrice de la Protection judiciaire de la jeunesse. Pour elle, chaque jour est une course contre la montre ; il faut sortir ces ados de l’engrenage. Avec Wilfried, un lien particulier se noue.
D’une plume hyper-réaliste, Mathieu Palain signe un roman percutant. Il nous plonge dans le quotidien de ces héros anonymes et raconte avec empathie une histoire d’aujourd’hui, vraie, urbaine, bouleversante d’humanité.


REMARQUES :
Roman, inspiré d’histoires vraies. Ecriture et histoire qui sonne réaliste et proche d’un vécu dans la France d’aujourd’hui. Comme dit le titre, il s’agit d’un gosse : à l’heure du roman Wilfried a quinze ans. Il a fait une bêtise qui l’arrache de ce qu’il aimait faire : le foot dans un centre d’entrainement de l’AJ Auxerre. Donc, il revient vers ses parents d’accueil et vire doucement vers le bas. Et sera reclamé après une quinzaine d’années d’absence par sa mère naturelle. Comment s’en sortir ?

Et c’est déjà que l’auteur avait introduit depuis le début la présence de personne attachantes et engagées de la protection des mineurs et de l’accompagnement. Donc un regard positif sur ce travail dans le social ! Et ainsi pas justement fataliste, mais porteur d’un espoir. Mais néanmoins écrit avec une plume très réaliste, n’évitant pas des descriptions macabres et p ex le langage des banlieues. J’ai rarement (jamais?) lu quelque chose de si près du vécu d’une couche de jeunes dont je ne connais si peu. Très bien !

Voir aussi entretien avec l'auteur: https://www.youtube.com/watch?v=V14nEZtOI1U


Mots-clés : #criminalite #jeunesse #justice #social
par tom léo
le Jeu 10 Oct - 22:02
 
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Daniel de Roulet

10 petites anarchistes

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Au XIXème siècle, elles partent du Jura suisse  où les hommes et la vie les ont déçues, ces 10 jeunes femmes qui vont, avec une belle bande d’enfants,  tenter de vivre une utopie anarchiste en Amérique du Sud. L’exil, le climat, la rudesse des mâles, la difficulté de la tâche, l’amour, la mort, vont les éliminer une à une en dix  chapitres ouvertement placés sous la  férule d’Agatha Christie. Mais elles auront vécu – et partagé par ce roman - une belle aventure tout à la fois politique et humaine : d’amitié, de coopération .


Mots-clés : #amitié #conditionfeminine #immigration #politique #social #solidarite #xixesiecle
par topocl
le Jeu 3 Oct - 11:15
 
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Howard Fast

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Mémoires d'un rouge

Encore un commentaire qui ne rendra pas justice à la somme de choses qu'on trouve dans le livre. Surtout qu'il a du métier ce Howard Fast dont je ne connaissais pas le nom, les environ 550 pages de ses mémoires passent avec une facilité déconcertante.

On démarre fort avec un jeune homme qui rêve de s'engager contre le nazisme et qui se retrouve presque à regret à travailler comme un damné à la préparation des bulletins d'information qui seront diffusés dans toutes l'Europe occupée.

On découvre ensuite derrière ce patriotisme un parcours assez dur : très jeune il a dû travailler, se battre aussi et à côté de ça il a réussi malgré tout à lire, et à écrire. L'obsession après avoir juste ce qu'il faut pour se loger et se nourrir avec ses frères et leur père.

De rencontre en rencontre il se démène et accepte l'importance de sa tâche, stimulé aussi par sa place au cœur du système et de l'information. Néanmoins il veut partir, se confronter à la réalité de la guerre. Ce qui ne se fera pas comme il l'espérait. Ses penchants "à gauche" ou pro-russes alors que le conflit va toucher à sa fin dérangent et son départ se fera pour l'Afrique du Nord avant l'Inde.

Patriotisme toujours, et pacifisme encore plus fort face aux absurdités et injustices de la guerre. Nous voilà partis dans un vrai voyage qui vient nourrir l'homme et ses convictions. Il y a des pages très fortes là-dedans aussi.

De retour aux Etats-Unis les années difficiles pour les communistes et sympathisants sont là. D'auteur à succès il devient persona non grata. Procès, refus des éditeurs... Condamnation et montage de sa propre maison d'édition. Prison, campagnes politiques, meetings, récoltes de fonds pour les plus démunis, combat contre le racisme des années difficiles mais riches encore. La mise en place du maccarthysme et de mascarades judiciaires aux frais du contribuable sont décrites dans l'ombre non pas des écoutes et tracas incessants causés par un FBI envahissant mais plutôt dans la tension entre le parti communiste et ses lignes directrices et le sentiment d'injustice car au fond il reste et est volontairement ce qu'on pourrait un "bon américain" avec des idéaux indéboulonnables de liberté.

Des pages assez incroyables encore. Il faut aussi parler de la menace d'une troisième guerre mondiale avec la menace atomique mais aussi de l'antisémitisme et des rumeurs d'une URSS de moins en moins idyllique. Ne pas oublier les tentatives de lynchages ?

C'est dense, très dense, très riche et avance vers l'inévitable ras le bol d'un parti qui s'est peut-être d'abord plombé lui-même à force de rigidité et de dogmatisme aveugle. Désillusion ? Ptet ben que oui, ptet ben que non.

Après tout pour Howard Fast ce qu'on lit c'est sa volonté mais soutenue par les rencontres, sa femme, ses enfants et les amis d'un jour ou de toujours, ce sont aussi ses chroniques au Daily Worker et surtout surtout l'indépendance et la liberté de penser, de s'exprimer et d'aider.

Et il y a les images et idéologies qui sont mises en lumière dans le livre avec leurs reflets d'aujourd'hui...

Mots-clés : #autobiographie #documentaire #guerre #justice #politique #racisme #social #solidarite #universdulivre
par animal
le Jeu 26 Sep - 14:08
 
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Sujet: Howard Fast
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Alain Julien Rudefoucauld

Le dernier contingent

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Pendant 12 semaines le lecteur (trice) suit le quotidien de jeunes mineurs délinquants : Marco, véritable Goliath, Thierry le rouquin Circassien, Sylvie fille de gendarme, Malid mulâtre qui se prostitue, Xavier fils d’enseignants  et Manon prostituée. En alternance chacun parle, c'est le "je" qui est employé et qui donne la vivacité à leur récit.

Tous abîmés par la société, parents absents, désintéressés ou pire intéressés.

Une plongée dans le système « éducatif » social/pénal en mutation permanente qui ne répond pas ou mal à l’ errance, la recherche des jeunes mineurs confrontés à la violence morale ou physique de la société.

On ne peut que s’attacher à ces jeunes cabossés mais qui restent pourtant debout, qui n’ont de soutien qu’ eux-mêmes. Des moments de tension extrême,sans réserve,  mais aussi des situations sur le fil qu'un sourire même moqueur, une parole, un geste peuvent apaiser.

Douze semaines de rencontres, de violence graduelle, d’insertion, de fuites, de retrouvailles, de partage, et une rencontre 3 ans après pour expurger le passif.

L’auteur expose des faits, des réalités, sans langue de bois, tel le langage déroutant pour un adulte de ces mineurs,  et sans jugement.

Certainement qu’ils sont nombreux dans notre société ces Marco, Malid, Manon,Thierry, Xavier, Sylvie…………. Qui ont le même langage, les mêmes mots pour dénoncer leur mal-être, leur difficulté à vivre,  la désertion des adultes.

Une écriture qui vient des tripes, c’est cru, net, incisif, certaines situations sont éprouvantes et le lecteur (trice)sent que la réalité est peut-être au-deçà.

Extraits
Sylvie : « De toute façon c’est à chaque fois le même truc. La même connerie. Chaque dimanche. Elle se fait sauter. Depuis le petit-déjeuner, jusqu’au soir. Il sort pas de la chambre l’autre. Elle se fait sauter, et Papa il a sauté. C’est tout ce qu’il y a à dire. »

Malid : « Ah ! les parents ils vont pouvoir lire, c’est pas en taule qu’ils vont s’amuser à la Partouze, ou alors y a plus de justice. Des tarés. Des adoptés. Tous gardiens agréés. Sécu. Assurance sociale et compagnie. […]Comme dans Zola. Pas un gosse qu’a la même origine. C’est la curée. La curée des adoptés. »

Xavier : Ma parole je fais. Mon père, il est toujours planqué derrière Platon, et ma mère, elle baise avec Kant, je vous dis pas les noms !
-Tes parents ils sont profs et ils t’appellent hé hé ! tu te fous de moi encore, je te sauve la mise, et tu me balades en plus, je vais me fâcher, je te le dis moi.
Elle redémarre en râlant comme un Garfield. Elle me scotche la Tatie. Elle gueule sans s’arrêter, - Allez, presse un peu, ils surveillent, ta culotte pue le chien. »
Xavier :
« Les gendarmes nous regardent. Ils sont avec un air de cons prétentieux.
Un gendarme :
-Qu’est-ce que tu racontes, demande celui qui est à côté de Malid, tu lis Albert Camus toi ?
- Ben oui il leur dit.
- Ben qu’est-ce que tu fous en ordonnance 45 ?
Là il dort plus Malid. Il se frotte le front. Il fixe le gendarme, - C’est ma révolte, Msieur.
- Quoi c’est ta révolte . Tu te révoltes en faisant la pute ?
- Non, mais le résultat c’est moi qui les baise, c’est ça ma révolte. »

« Marco balance ses battoirs en l’air, épouvantail, - Hé Msieur, pas la peine de reculer et de vous jouer l’aventure, si j’avais voulu vous aligner ça serait déjà fait ! mon copain il veut simplement que je vous pose une question, c’est ça la pièce, ça fait ringard, alors c’est quoi un AEP ?
Le gars se rassure. Il danse d’un pied l’autre.

- Un Accueil Educatif Pénal
- Un Accueil Educatif Pénal, ça va ensemble ces mots ?
- C’est la réforme de la justice ; j’y suis pour rien. »

Manon : […] vous inquiétez pas, vous avez déjà votre place réservée à la prison, ou à l’hôpital psychiatrique, ça dépend de ce qu’on trouvera dans les tests et dans les dossiers ; et moi je vous dis que j’attendrais pas, c’est clair ; oh ! la foule des humains ! vous m’entendez, les petits éducs ! les petits placés ! les rampants ! j’ai plus de liberté dans mes cuisses que dans votre tête ; regardez autour de vous bande de nazes, and look me !
Manon élève au-dessus de sa tête une belle poche en plastique jaune toute pleine de je sais pas quoi. Elle hurle au ciel, - La liberté !
Elle disparait du pont avant d’avoir dit – Je m’envole terriens.
On contemple Manon qui écarte l’eau de ses bras pour rejoindre la berge là-bas. »

Marco  au directeur de la colonie :  « Ben Msieur, vous êtes copain avec les monos ou quoi ?
Le gendarme m’empoigne le bras, - Bon alors, si c’est ça on va te laisser ici toi.
- Moi je reste pas là, çui qui s’appelle Robert, il m’a fouillé la braguette, et lui là, l’autre, là, il a rien fait, il était dans la cuisine pour le cinquième repas, mais il est pareil, pareil, je vous dis Msieur, alors pas la peine de me forcer, je reste pas là Msieur.
- Vous vous tenez à disposition, fait l’adjudant au directeur. »

N’hésitez pas à faire cette lecture bien au-delà de mon modeste commentaire.

Mots-clés : #jeunesse #justice #social #violence
par Bédoulène
le Mar 17 Sep - 17:35
 
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Sujet: Alain Julien Rudefoucauld
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Sylvain Pattieu

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Beauté Parade

En haut comme en bas, elles me parlent mais ne me disent pas tout. Il y a des choses trop dures, des choses qui ne sont pas faites pour être dites, comme les vétérans qui ont fait la guerre. Elles ont fait la guerre. La guerre économique. Chair à profits mondialisée plutôt que chair à canon. Engagées volontaires, mais choisit-on vraiment, quand on vient du mauvais côté du monde ?




Après PSA, un combat social plus discrète, mais tout aussi porteur. Parce que leur patron ne les paye plus depuis deux mois, 7 manucures et coiffeuses du quartier Château d’Eau à Paris se mettent en grève, soutenus par la CGT pendant 65 jours jusqu’à ce que la Préfecture leur accorde enfin des papiers. C’est le quartier de Sylvain Pattieu, le Xème, il passe en posant son fils à la crèche, il revient, il décide d’écrire cela.

A sa façon, touche à tout, attentif, à l’écoute, personnellement impliqué, aussi. Les grévistes et leurs soutiens ont la parole, on suit l’évolution des choses, mais on en apprend aussi sur l’industrie de la coiffure, les emplois précaires, les réseaux internationaux de vente de cheveux. Et le quartier, les clientes sont là aussi, intéressées ou pas par la lutte, qui viennent chercher un peu de réconfort en prenant soin d’elle-même.

Ici on est futile pour pas cher. Extravagant ou classique, tout est possible, dépend des goûts. On pense à la mode et au style et  pourquoi pas après tout. Si ça permet d'être digne, fort, fier de soi, bien dans son corps. De se faire une armure pour se garder du reste, tout ce qui cloche et qui fait mal. De penser à autre chose, pas pour se résigner ou s’évader mais pour s'affirmer tel qu’on veut être, pour se façonner, se trouver belle ou beau. Pour choisir ce qu’on montre à l’extérieur, ce sur quoi on est jugé, quoi qu'on dise, au premier regard. Pour l'entre soi dans la boutique. Pour prendre du temps pour soi. Pour qu’on s'occupe de soi un peu. Être dans d'autres mains et ne pas servir ni obéir.
Ce corps, on ne peut pas nous l'enlever. Encore heureux. Futile et vital, indissociablement.


C’est très humain comme approche, proche des gens, et en même temps il investigue sur plein de sujets parallèles. C’est bien.

Mots-clés : #mondedutravail #social
par topocl
le Mar 3 Sep - 10:29
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Héctor Abad Faciolince

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Angosta

C’est une ville dystopique mais d’une cruelle réalité.
Trois niveaux géographiques, trois climats, trois peuples.

Niveau sekteur C – terres chaudes - près du fleuve, un fleuve tragique y vivent les « tercerons », peuple le plus pauvre qui subi toutes les plaies sociales, pauvreté, criminalité, injustice…..

Niveau Tempéré Sekteur T, y vivent les » secondons », niveau économiquement moyen ou pauvre aussi mais d’un niveau social plus évolué

Niveau Sekteur F (comme froid) y vivent les « Dons », les riches, ceux possèdent, ceux qui imposent, il faut un laisser-passer pour accéder à ce secteur, porte d’entrée par un check-point.

Sekteur T se trouve l’Hôtel « La comédie » y vivent notamment Jacobo Lince – lequel possède une librairie « la Cale » où travaillent Quiroz et Jursich, lesquels logent également à la Comédie, le Professeur Dan, ami de Jacobo, et dans les autres étages, notamment Vanessa une prostituée, Carlota qui gère le « Poulailler ». Contrairement aux niveaux de la ville, plus on est pauvre plus on loge dans les étages élevés. Virginia jeune « terceron » invitée de Jacobo loge au Poulailler, ainsi qu’un jeune poète Andrès.
Le Poulailler étant le moins doté en pièces sanitaires, le moins lumineux.

C’est notamment par le journal d’Andrès que nous suivons certains évènements concernant les locataires de la Comédie.

A la Cale se réunissent les amoureux des mots, de la littérature. L’héritage livresque du père de Jacobo, de son oncle constituèrent les fonds de la librairie, laquelle était en fait sa maison ; chassé par ses livres Jacobo s’installa à la Comédie.

Bien que secondon Jacobo par l’héritage économique (l' argent étant l'un des critères indispensable en sekteur F) de sa mère aurait le droit d' y vivre, il n’y aspira jamais, mais avait un laisser-passer qui lui permettait ainsi de voir la fille qu’il avait eue de son mariage, et qui vivait avec sa mère et son mari.

La ville vit sous le régime de l’ « apartamiento » plus fondé sur le niveau social et économique que sur le racisme. Apartamiento renforcé d’une part par les tueries officielles , les guerilla (tel le Jamas), les narcotrafiquants, les paramilitaires. Le bras exécuteur est le plus souvent la Secur.

Tous les « disparus » sont jetés au « Saut du désespéré », lieu de suicides ; le saut se jette dans le fleuve Trouble qui emporte toute trace. Quant aux emprisonnés ils sont envoyés au Camp de Guantanamo où nul ne sait où il se trouve, sauf évidemment ceux qui le gère.

C’est donc à travers la vie quotidienne des personnages que la ville d’Angosta se révèle ou plutôt « les villes » car les habitants des différents sekteurs non pas le sentiment de vivre dans la même ville. En haut c’est le Paradis, en bas l’Enfer.  Et les "7 sages (tels les jours de la semaine) du sekteur F, le Paradis,  décident de la mort des "gêneurs".



Une écriture prégnante  par la puissance de l’ ambiance, l’humanité ou la déshumanité qui sourdent des dialogues, et l’amour et l’hommage à la littérature bien présente. (l’auteur se joue de lui dans un passage, où il critique l’auteur Faciolince) Il ne se cache pas puisque l’un des personnages se nomme Jacobo Lince.

L’auteur a certainement puisé dans son vécu pour rendre le réalisme et la dramaturgie de cette ville qui pourrait bien être située en Colombie, comme dans certain pays d’Afrique où autre lieu de notre terre.

La composition sur 3 niveaux de la ville  et également les étages de l'hôtel La Comédie qui marquent aussi le statut des logés m' ont rappelé le livre (Hôtel Savoy de J. Roth pour lequel Shanidar avait fait un rapprochement avec l’Enfer de Dante).

Sous ce régime il n'y a pour se "sauver" que la fuite, du pays ou de la vie.

C’était une excellente lecture qui me conduira vers un autre de ses livres.

(il y a aussi, comme souvent chez les auteurs latinos du sexe)


Mots-clés : #regimeautoritaire #social
par Bédoulène
le Mer 28 Aoû - 18:52
 
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Sujet: Héctor Abad Faciolince
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Amy Goldstein

Janesville Une histoire américaine

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Janesville, Wisconsin, décembre 2008 : General Motors, en difficultés à force de ne produire que des 4x4 énergivores en cette situation de crise, ferme son usine séculaire de 7000 employés. La situation s’étend très vite à toute la ville par effet domino.
Amy Goldstein suit pendant 5 ans l’évolution de ce drame individuel et communautaire : les chômeurs qui se débattent avec plus ou moins d’énergie et de succès, les familles qui se soudent ou se délitent, les politiques qui s’agitent, les bonnes volontés qui se décarcassent, les soirées de bienfaisance qui se multiplient, tout à la fois utiles et indécents, face à ce gouffre de détresses.
Elle fait le choix de l’humain, suivant pas à pas des individus pour donner, dans ce grand roman américain non fictionnel,  une approche tant intime que collective .
Ca réussit le tour de force d’être à la fois poignant et objectif, c’est très instructif et palpitant de bout en bout.


Mots-clés : #mondedutravail #social
par topocl
le Mar 20 Aoû - 9:18
 
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Sujet: Amy Goldstein
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Josephine Winslow Johnson

Novembre

Tag social sur Des Choses à lire Proxy195

Face aux espoirs de la jeunesse, les affres de la Grande Dépression dans cette ferme perdue où la famille s’est retirée, s’égrainent au fil d’une année qui conclue sinistrement dix ans de lutte. Pèsent la rudesse du père accablé de n’avoir que de filles, la folie de la soeur aînée, la hantise de l’hypothèque sur la ferme. La sérénité de la mère, dont la résilience est portée par l’amour de Dieu et de son mari, et l’amour du garçon de ferme, quoique sans retour, sont des baumes bienfaisants. La nature sauve en autant d’instants lumineux cette existence tourmentée, jusqu’à ce que la sécheresse s’en mêle, accablante.

Il y a un côté Steinbeck, bien sûr, mais avec des personnages plus torturés et un lyrisme passionné. La détresse de la jeune narratrice alterne en permanence avec une forme d’espoir, à moins que ce ne soit une résignation. Troublant, même si le style dans son emportement et sa singularité  poétique, se fait parfois opaque (traduction?).


Mots-clés : #catastrophenaturelle #famille #jeunesse #lieu #ruralité #social
par topocl
le Lun 22 Juil - 10:05
 
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Sujet: Josephine Winslow Johnson
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Tanguy Viel

Tag social sur Des Choses à lire 4189tw10

Tanguy Viel : Article 353 du code pénal. - Minuit

L'histoire d'un pauvre type coulé par un ignoble promoteur immobilier. C'est lui qui raconte.
Il n'est jamais facile d'écrire simple quand on est écrivain, qu'on dispose d'un vocabulaire étendu et qu'on a la faculté de l'agencer au mieux.
L'autre, le narrateur en est dépourvu. Et, à vouloir le faire parler, ça fait artificiel de temps en temps.
Mais les personnages forcent notre sympathie.
Et la dénonciation d'un sordide fait social -malheureusement trop banal- fait aussi place à une compassion qui doit plus à une psychologie subtile qu'à un matraquage à la Zola.
C'est quand même un livre intéressant.


Mots-clés : #social
par bix_229
le Mar 2 Juil - 15:46
 
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Sujet: Tanguy Viel
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Anna Maria Ortese

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Les beaux jours

(Italien: Poveri e simplici, Firenze, 1967)

La narratrice, Bettina, se souvient des « beaux jours » quand au début des années 50 elle vivait comme jeune femme dans une « commune », marquée par la gauche. Cette période est sous le signe de la pauvreté et la recherche constante de travail, mais aussi un moment de partage des mêmes idéaux. Elle essaie de travailler l’écriture et reçoit, un moment décisif pour elle et ses amis, un prix important. Puis une histoire d’amour prendra le dessus : d’abord dans la distance, avec un journaliste et qui au cours de deux ans deviendra une relation d’amour qui « date jusqu’à aujourd’hui ».

J’ai lu avec joie ce livre, un peu trop romantique à mon goût un moment donné. En cela il pourrait être de la plume d’une jeune fille. Mais le livre fut publié en 1967 et Ortese avait déjà ses 50 ans! J’ai fait une grande gaffe en regardant pendant la lecture dans une biographie de l’auteur. Là, elle disait que « Poveri e simplici » était son plus mauvais livre. Comment contredire un auteur ? Ou est-ce que cela parle alors pour la qualité des autres œuvres ? Surtout dans le premier aspect d’une vie communautaire, à la recherche permanente de travail, elle arrive à donner une image à cette époque, peut-être aussi à un part autobiographique. Et la critique de son pays fut pas d’accord avec son avis, car elle obtenait le Prix Strega.


Mots-clés : #amour #ecriture #social
par tom léo
le Sam 15 Juin - 18:44
 
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Sujet: Anna Maria Ortese
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Aminata Sow Fall

La Grève des bàttu (1979)

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Kéba-Dabo avait pour tâche, en son ministère, de " procéder aux désencombrements humains ", soit : éloigner les mendiants de la Ville en ces temps où le tourisme, qui prenait son essor, aurait pu s'en trouver dérangé. Et son chef, Mour Ndiaye, a encore insisté : cette fois, il n'en veut plus un seul dans les rues ; et ainsi fut fait. Mais les mendiants sont humains, et le jour où, écrasés par les humiliations, ils décident de se mettre en grève, de ne plus mendier, c'est toute la vie sociale du pays qui s'en trouve bouleversée. A qui adresser ses prières ? À qui faire ces dons qui doivent amener la réussite ?
Avec humour, avec gravité aussi, Aminata Sow Fall dénonce dans ce roman les travers des puissants et donne un visage aux éternels humbles, du Sénégal ou d'ailleurs.


Cette quatrième de couverture m'avait attiré. Sujet intéressant et lecture un peu dépaysante au programme.
Malheureusement je n'ai pas franchement accroché à l'écriture. Trop descriptif et narratif peut-être. Ça manque de style pour moi, et j'ai eu du mal à m'intéresser au fond du coup. Fond qui ne m'a pas paru non plus extraordinaire,
Ah je suis dur.
Livre qui devrait plaire à d'autres lecteurs je pense. cat


Mots-clés : #humour #social #solidarite
par Arturo
le Mar 11 Juin - 13:23
 
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Sujet: Aminata Sow Fall
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Anonyme - Le Vendeur d'huile qui conquiert Reine de beauté

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Le Vendeur d'huile qui conquiert Reine de beauté. - Picquier

Voici un court chef d'oeuvre qui connut un succès immédiat suivi d'une longue descendance et diverses imitations et falsifications.
L'auteur est inconnu même si des noms ont été avancés.
L'histoire est simple. Celle d'un petit commerçant qui séduit par sa seule bonté d'âme et sa grande naïveté la plus prisée des courtisanes. Un thème décliné sur tous les modes dans tous les genres populaires et jusqu'aux opéras de Pékin.
Mais ce qui confère un succès durable au livre, c'est le grand talent de l'écrivain, grand amateur de la langue parlée qu'il maitrise parfaitement avec clarté et et vivacité.
Sa sympathie, on le voit va au petit peuple plutôt qu'aux grandes famille dont il dénonce les turpitudes et la violence. Comme Nagai Kafu, il connaît bien le monde des prostituées, ses habitudes et ses clients, leur langage. Et les mères maquerelles qui profitent de l'infortune des gamines pour les souler et profiter de leur innocence pour les vendre.

On apprend ainsi que l'héroïne du récit est une victime de la guerre, elle a perdu ses parents, et sa beauté extrême constitue un matériau de choix pour la prostitution, livrée qu'elle est par un homme à qui elle faisait confiance.
Le préfacier nous fait savoir que le livre est remarquable documenté sur l'époque Ming. Et que, de plus, il renouvelle le genre amoureux en mettant en scène des protagonistes que tout sépare. A commencer par leur situation sociale.
Mieux, il donnera à la jeune prostituée l'occasion de refuser la condition misérable d'un mariage "convenable" mais dégradant avec un homme riche.
C'est elle qui choisit de racheter -littéralement- sa condition à la maquerelle et de choisir celui qui a su la conquérir. Et le talent du romancier est de nous montrer l'évolution des sentiments de la jeune femme, mais aussi de sa transformation dans un monde clos et régi par des lois immuables.


Mots-clés : #amour #prostitution #social
par bix_229
le Dim 9 Juin - 16:59
 
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Laetitia Colombani

Les victorieuses

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Le récit de ce livre se déroule en alternance à notre époque et en 1925/26.

Solène est avocate en pleine déprime pour avoir assisté au suicide de son client suite à sa condamnation et qu'elle est déjà éprouvée par l'abandon de son compagnon.  Son médecin lui conseille de faire du bénévolat, pour sortir de soi, car elle n'envisage plus de retourner au cabinet d'avocats. une annonce attire son attention :

« Mission d’écrivain public. Nous contacter.
A la lecture de l’annonce, Solène est parcourue d’un étrange frisson, Ecrivain. Un mot seulement, et tout lui revient.
A l’adolescence elle rêvait en secret de devenir écrivain. Elle s’y voyait déjà, assise à un bureau sa vie durant, un chat sur les genoux comme Colette, dans une chambre à soi telle Virginia."


Elle prend donc rendez-vous avec l’association « la plume solidaire », elle a les compétences requises ; elle devra donc 1 heure par semaine assurer une permanence au « Palais de la femme », en fait un foyer pour femmes,  lequel se situe dans un quartier défavorisé, elle sera donc l'écrivain public  pour les résidentes.

Maladie, addictions, surendettement, handicap, migrantes « toutes savent la violence, l’indifférence. Toutes les femmes du foyer  se tiennent à la lisière de la société. Solène se transformera à leur contact ; elle recevra les confidences de certaines et elle sera acceptée. La misère physique, morale, sociale lui sautera aux yeux, sans fard. Elle s’engagera, transformée  par sa mission au foyer qui sera son initiation à la réalité de cette misère aux multiples visages,  langues, religions.
« Le voilà le vrai visage de la précarité. Il n’est ni dans le journal, ni sur un écran de télévision mais se tient là, en face d’elle, tout près. Il ressemble à deux euros dans un porte-monnaie. »

Son premier grand succès s’appellera Lily, une SDF qui’ elle voyait tous les jours, devant la boulangerie et qu'elle sortira de la rue.

1925/1926 :

« Et vous ? Qu’allez-vous faire de votre vie ? lance-t-elle à Blanche. La jeune fille est saisie. Ces mots résonnent en elle comme une voix claire dans une cathédrale ; Comme un sursaut. Comme un appel. Ils font écho à cette phrase d’un texte entendu au temple, qui l’a intriguée : Quitte tout et tu trouveras tout. »

Blanche Peyron sera l’une des premières « Salutistes » française, porteuse des trois S « soupe, savon, salut »
C’ est la devise sous laquelle le pasteur William Booth fonde l'Armée du salut.

« La petite mondaine » comme on la surnommait,  s’engage dans l’Armée (du Salut créée par William Booth). Elle va intégrer l’Ecole militaire de Paris.  En cette année 1925 à Paris, les salutistes sont conspués, rejetés, la ville est catholique et cette armée de protestants n’est pas bienvenue.

Blanche et son mari Albin seront des Salutistes actifs, ils participeront à la création de plusieurs structures en faveur des nécessiteux Femmes et Hommes de toutes religions, nationalités….. : Le Palais du Peuple, le Refuge de la Fontaine au Roi, l’Armoire du Peuple, la Soupe de minuit….

Il en a fallut du courage et de la détermination aux premiers Salutistes mais  Blanche en avait pour tous et avec le soutien indéfectible d’Abin son mari elle arriva à créer ce qui lui tenait le plus à cœur : le Palais de la Femme.

« Pour plaider la cause des démunis, Blanche ne recule devant rien. Elle s’improvise journaliste, chanteuse de rue, oratrice. Elle déambule en femme-sandwich pour vendre la revue de l’Armée, dont elle devient rédactrice. Elle joue de la guitare, du tambourin sur les boulevards […] On a besoin de tout et tout de suite ! «

***

A travers la vie de Blanche Peyron et avec celle de fiction de Solène, l’auteure rend un vibrant hommage à ces « Victorieuses » ces femmes qui se sont battues pour les autres femmes. De beaux portraits de femmes !

1925 : c’est Blanche Peyron qui s’engage, 1954 c’est l’appel de l’Abbé Pierre,  1985 Coluche créé les Restos du Cœur, de nos jours, le Droit au logement,  l’association Utopia et tant d’autres oeuvrent pour les démunis, les rejetés……….

La condition féminine se révèle : l'interdiction aux femmes de posséder un compte en banque, le port du pantalon etc...

La misère toujours. Mais toutes ces femmes qui sont dans le Palais, dans des Foyers sont aussi des victorieuses car malgré ce qu’elles ont subies elles sont encore en vie et beaucoup gardent l’espoir.

C’est une lecture émouvante et nécessaire. Nul n’est à l’abri ! L' aumône quel mot humiliant !


le Palais de la Femme :
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le couple Peyron :
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Mots-clés : #biographie #conditionfeminine #social
par Bédoulène
le Lun 27 Mai - 20:39
 
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Sujet: Laetitia Colombani
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Nina Berberova

L'accompagnatrice :

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En quelques scènes où l'économie des moyens renforce l'efficacité du trait, Nina Berberova raconte ici les relations d'une soprano issue de la haute société pétersbourgeoise, avec Sonetchka, son accompagnatrice, bâtarde et pauvre; elle décrit leur exil dans les années qui suivent la révolution d'Octobre, et leur installation à Paris où leur liaison se termine dans le silencieux paroxysme de l'amour et de la haine. Virtuose de l'implicite, Nina Berberova sait tour à tour faire peser sur les rapports de ses personnages l'antagonisme sournois des classes sociales et l'envoûtement de la musique (il y a sur la voix quelques notations inoubliables). Par ce roman serré, violent, subtil, elle fut, en 1985, reçue en France, où elle avait passé plus de vingt ans avant de s'exiler définitivement aux Etats-Unis.

Présentation de l'éditeur.


Si Sonetchka avait accepté de bonne grâce, l'opportunité qui s'offrait à elle en devenant l'accompagnatrice d'une belle et virtuose soprano, il n'y aurait pas eu de roman !

Et vous n'avez pas honte (...)Vous n'avez pas honte, Sonetchka. Nous attendions tellement de vous. dira un des personnages.

Tout le récit tend à décrire cette bourgeoisie russe qui se prépare à l'exil et le regard que porte Sonetchka sur les événements quotidiens, regard d'une vie jusque là faite d'une immense misère.
Mélange d'admiration, d'envie, de suspicion, de haine : tous ces sentiments traversent l'accompagnatrice qui devient le spectateur d'une vie qui est si nouvelle pour elle.

Ce roman,qui nous emporte grâce à la fluidité de son écriture, nous permet de découvrir la vie dans cette Russie d'après la révolution d'Octobre en nous "présentant" des personnages secondaires qui vivent dans les souvenirs de Sonetchka. Et c'est l'autre versant du récit, en fait, pour moi.

C'est un livre qui m'a laissée très triste, en le renfermant : tant d'amertume l'habite...


Mots-clés : #exil #musique #social
par kashmir
le Mer 15 Mai - 21:47
 
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Sujet: Nina Berberova
Réponses: 2
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Michel Quint

Apaise le temps

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Je suis définitivement fan de Michel Quint. Alors oui ce n'est pas la Littérature avec un grand "L" mais c'est un auteur qui a un style plus complexe qu'il n'y paraît.
Ici il est question d'une défense de la culture et des livres. Des livres comme vecteur de liens sociaux, d'intégration, d'accompagnement dans une histoire et une Histoire qui n'est pas nécessairement la nôtre, d'accompagnement dans des codes qui ne sont pas les nôtres.
Abdel apprend la mort de sa libraire, celle qui lui a appris à lire, à écrire et qui fait de lui le prof qu'il est devenu dans un Roubaix, ville la plus pauvre de France.
Sur fond de passé algérien, de FLN et d'OAS nous apprenons les souvenirs de la grande Dame alors qu'Abdel s'occupe de ses affaires et de la libraire désormais orpheline.
Michel Quint, grâce à ce style faussement simple touche au coeur du lecteur par les émotions qu'il développe, délicates, brutes parfois, mais il touche aussi sa raison avec une critique sociale sous-jacente qui ne juge pas mais qui assume un propos et un développement.
C'est excellent, et cela devrait être étudié en classe.


*****


Mots-clés : #contemporain #guerredalgérie #immigration #social
par Hanta
le Sam 11 Mai - 8:55
 
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Sujet: Michel Quint
Réponses: 25
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Jonathan Franzen

Freedom

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(Commentaire à lire dans la continuité de celui de Topocl)

Il n’y a bien sûr pas de table, c’est donc difficile de voir la structure, et j’ai relevé les titres des différentes parties pour aider à se repérer :
« DE BONS VOISINS »
« DES ERREURS FURENT COMMISES » (3 chapitres)
« 2004
EXPLOITATION A CIEL OUVERT »
« AU PAYS DES FEMMES »
« LA COLERE DE L’HOMME GENTIL »
« ÇA SUFFIT COMME ÇA ! »
« Problèmes et compagnie »
« L’OGRE DE WASHINGTON »
« DES ERREURS FURENT COMMISES (CONCLUSION) » (chapitre 4)
« CANTERBRIDGE ESTATES LAKE »


Patty et Walter Berglund dans leur vie de famille (et de quartier) assez désastreuse ; lui est juriste écologue, elle femme au foyer avec une fille, Jessica, et un fils, Joey.
« Des erreurs furent commises » : autobiographie de Patty « (rédigée sur les conseils de son thérapeute) » ; les erreurs, ce sont d’abord celles de ses parents, puis les siennes, appréhendées dans un « après-coup autobiographique ». Belle étude sur les relations vampiro-toxiques (Eliza), et l’auto-aveuglement, la honte de soi-même ‒ la dépression. L’existence de Patty est définitivement marquée par sa préférence initiale (et dépitée) pour Richard Katz, l’ami de Walter, chanteur pop rock et/ou constructeur de decks. Elle aura le travers inverse de ses parents envers elle-même pour son fils Joey, attitude tout aussi destructrice. Les rivalités sont vues en termes de compétition, pas de rapport de forces. Le thème principal de ce roman est sans doute l’articulation amitiés et amours dans un petit cercle ‒ mais aussi une analyse sociologique états-unienne.
Sans surprise, le milieu sportif est un peu moqué, mais les démocrates (engagement politique) ramassent aussi, ce qui n’est que justice (et plus rare).
« Le succès sportif relève du domaine des têtes presque vides. Atteindre le stade où elle aurait vu Eliza pour ce qu’elle était réellement (à savoir dérangée) aurait nui à son jeu. On n’atteint pas 88 % de réussite au lancer franc en accordant une profonde réflexion à la moindre petite chose.
Il s’avéra qu’Eliza n’aimait aucune des autres amies de Patty et ne voulait même pas traîner avec elles. Elle les appelait "tes lesbiennes" ou "les lesbiennes", bien que la moitié fût hétéro. »

« Ce que Joey aimait chez les républicains, c’était qu’ils ne méprisaient pas les gens comme pouvaient le faire les progressistes démocrates. Ils détestaient les progressistes, certes, mais uniquement parce que les progressistes les avaient détestés en premier. »

La psyché des personnages est fouillée (avec parfois d’étonnantes conceptions) :
« Lui et Patty ne pouvaient vivre ensemble mais ne pouvaient imaginer vivre l’un sans l’autre. Chaque fois qu’il croyait qu’ils avaient atteint l’insoutenable point de rupture, il s’avérait qu’il y avait encore du chemin à faire avant cette rupture. »

« Il ne savait pas quoi faire, il ne savait pas comment vivre. Chaque chose nouvelle qu’il rencontrait dans sa vie le poussait dans une direction qui le convainquait totalement de sa justesse, et puis la chose suivante apparaissait et le poussait dans la direction opposée, qui lui semblait tout aussi juste. Il n’y avait pas de récit dominant : il avait l’impression d’être une boule de flipper uniquement réactive, dont le seul objet était de rester en mouvement simplement pour rester en mouvement. »

« Katz avait lu énormément d’ouvrages de vulgarisation sur la sociobiologie, et sa conception de la personnalité dépressive et de la persistance apparemment perverse de cette structure psychologique dans les gènes humains lui donnait à penser que la dépression était une adaptation réussie à des épreuves et à des douleurs constantes.
Pessimisme, manque d’estime de soi et sentiment d’illégitimité, incapacité à tirer de la satisfaction du plaisir, conscience tourmentée de l’état merdique général du monde : pour les ancêtres paternels juifs de Katz, qui avaient été pourchassés de shtetl en shtetl par d’implacables antisémites, tout comme pour les anciens Angles et Saxons de la lignée maternelle, qui avaient trimé pour faire pousser du seigle et de l’orge sur des sols pauvres durant les courts étés de l’Europe du Nord, se sentir mal tout le temps et s’attendre au pire avaient été des moyens naturels de s’adapter à leurs conditions de vie piteuses. Peu de choses faisaient plus plaisir aux dépressifs, après tout, que des nouvelles vraiment mauvaises. De toute évidence, ce n’était pas la meilleure façon de vivre, mais cela comportait certains avantages sur le plan de l’évolution. Les dépressifs plongés dans des situations sinistres transmettaient leurs gènes, même au plus profond du désespoir, tandis que les tenants du progrès personnel se convertissaient au christianisme ou partaient vivre sous des cieux plus ensoleillés. Les situations sinistres étaient à Katz ce que les eaux troubles sont à la carpe. »

« Tard le soir, il préparait un des cinq repas frugaux qui maintenant lui suffisaient, et ensuite, parce qu’il ne lisait plus de romans, qu’il n’écoutait plus de musique et ne faisait plus rien d’autre pouvant être lié aux sentiments, il se faisait plaisir en jouant aux échecs ou au poker sur son ordinateur et, parfois, en regardant de la pornographie grossière, sans aucune relation avec les émotions humaines. »

« Son rêve de créer une vie nouvelle, à partir de rien, en toute indépendance, n’avait été que cela, un rêve. Elle était bien la fille de son père. Ni lui ni elle n’avaient jamais vraiment désiré grandir, et maintenant ils devaient s’y employer ensemble. »

La conception écologiste de Walter devient franchement désopilante : étudiant concerné par la surpopulation et la croissance illimitée, il en est venu à gérer les œuvres d’un magnat de la houille (exploiter à l’explosif une région entière avant de la réhabiliter pour en faire la réserve d’un petit passereau bientôt en voie de disparition, la paruline azurée) :
« "Mais on ne veut pas laisser le charbon dans la terre ? demanda-t-il. Je croyais qu’on détestait le charbon.
‒ Ça, ce serait une discussion plus longue, pour un autre jour, dit Walter.
‒ Walter a d’excellentes idées sur l’utilisation des carburants fossiles pour remplacer le nucléaire et le vent, dit Lalitha.
‒ Disons juste que nous sommes réalistes sur le charbon", dit Walter. »

« Les conservateurs ont gagné. Ils ont fait des démocrates un parti de centre droit. Ils font chanter à tout le pays « God Bless America », avec l’accent sur « God », à chaque match de base-ball national. Ils ont gagné sur tous les fronts, putain, mais ils ont surtout gagné culturellement, et en particulier en ce qui concerne les bébés. En 1970, c’était cool de se préoccuper de l’avenir de la planète et de ne pas avoir d’enfants. Maintenant la chose sur laquelle tout le monde est d’accord, à droite comme à gauche, c’est que c’est beau d’avoir beaucoup de bébés. Plus il y en a, mieux c’est. »

« Durant les deux semaines et demie qui avaient suivi sa rencontre avec Richard à Manhattan, la population mondiale s’était accrue de 7 000 000 de personnes. Un gain net de sept millions d’êtres humains – l’équivalent de la population de New York – prêts à abattre des forêts, polluer des fleuves, bitumer des prairies, jeter des déchets en plastique dans l’Océan Pacifique, brûler de l’essence et du charbon, exterminer d’autres espèces, obéir à ce putain de pape et pondre des familles de douze enfants. Pour Walter, il n’y avait pas de plus grande force maléfique au monde, pas de cause plus puissante pour désespérer de l’humanité et de la merveilleuse planète qui leur avait été donnée, que l’Église catholique, même si, de fait, les intégrismes siamois de Bush et de Ben Laden la talonnaient de près ces temps-ci. Il ne pouvait plus voir une église ni un autocollant portant les mots LES VRAIS HOMMES AIMENT JÉSUS ou un poisson sur une voiture sans que sa poitrine ne se serre de colère. Dans un endroit comme la Virginie-Occidentale, cela voulait dire qu’il se mettait en colère à peu près chaque fois qu’il s’aventurait au-dehors, ce qui bien évidemment contribuait à sa rage routière. Et ce n’était pas seulement la religion, ce n’était pas seulement ce grand n’importe quoi auquel ses compatriotes semblaient penser avoir un droit exclusif, ce n’étaient pas seulement les Walmart et les seaux de sirop de maïs ou les camions monstrueux ; c’était ce sentiment que personne d’autre, dans ce pays, ne prêtait même cinq secondes d’attention à ce que cela signifiait que de mettre chaque mois 13 000 000 de nouveaux grands primates sur la surface limitée du monde. La sérénité sans nuage de l’indifférence de ses compatriotes le rendait fou de colère. »

« Haven était ce genre de Texan aimant la nature qui faisait fuir avec plaisir les sarcelles cannelles à coups d’explosifs, mais qui passait également des heures à observer avec ravissement, grâce à un système de vidéo-surveillance, l’évolution de bébés chouettes dans un nid sur sa propriété, et qui pouvait parler sans fin, en expert, des dessins en forme d’écailles sur le plumage hivernal du bécasseau de Baird. »

Le 11-Septembre dérange l’ambitieux, le brillant, le chanceux (et présomptueux) Joey qui entre en fac. De plus ses rapports restent bloqués avec sa mère, et difficiles à rompre avec sa petite amie, l’étrange Connie.
Le lobbyisme sioniste, la situation israélienne au Proche-Orient sont présentés de façon très politiquement incorrecte par le biais de la famille juive de son coloc, Jonathan.
« ‒ En plus, y a pas un problème avec les colonies illégales et les Palestiniens qui n’ont aucun droit ?
‒ Oui ! Il y a un problème ! Le problème, c’est d’être un petit îlot démocratique et pro-occidental entouré de fanatiques musulmans et de dictateurs hostiles.
‒ Ouais, mais ça veut juste dire que c’était idiot de mettre cet îlot à cet endroit, dit Joey. Si les Juifs n’étaient pas partis au Moyen-Orient, et si on n’était pas obligés de les soutenir, peut-être que les pays arabes ne seraient pas aussi hostiles à notre égard. »

« Le père de Jonathan était le fondateur, le président et l’âme d’un groupe de réflexion qui se consacrait à promouvoir l’exercice unilatéral de la suprématie militaire américaine dans le but de rendre le monde plus libre et plus sûr, surtout pour l’Amérique et pour Israël. »

« "Nous devons apprendre à ne pas nous sentir gênés d’exagérer certaines choses", dit-il, avec son sourire, à un oncle qui avait mollement soulevé le problème des capacités nucléaires irakiennes. "Nos médias modernes sont comme des ombres très floues sur la paroi, et le philosophe doit être prêt à manipuler ces ombres au service d’une vérité supérieure." »

Excellente séquence du transit de l’alliance avalée par Joey. Ce dernier participe à de juteuses affaires pourries avec l’armée en Irak :
« Il faut juste vous souvenir que ce n’est pas une guerre parfaite dans un monde parfait. »

Le grand-père de Walter, pionnier américain :
« Il devint une donnée de plus dans l’expérience américaine d’auto-gouvernement, une expérience statistiquement faussée dès le départ, puisque ceux qui avaient fui l’Ancien Monde surpeuplé pour le nouveau continent n’étaient pas les personnes dotées de gènes sociables ; c’étaient au contraire ceux qui ne s’entendaient pas bien avec les autres.
Jeune homme, dans le Minnesota, il travailla d’abord comme bûcheron et abattit les dernières forêts vierges, puis il fut terrassier dans un groupe construisant des routes ; ne gagnant pas grand-chose dans l’un ou l’autre cas, Einar fut attiré par l’idée communiste que son travail était exploité par les capitalistes de la côte Est. Puis, un jour, en écoutant un imprécateur communiste fulminer dans Pioneer Square, il avait eu une révélation et avait compris que la seule façon d’avancer dans son nouveau pays, c’était d’exploiter lui-même le travail des autres. »

« (La personnalité sensible au rêve de liberté sans limite est une personnalité qui est aussi encline, si jamais le rêve venait à tourner à l’aigre, à la misanthropie et à la rage.) »

Un des charmes indéniables de ce livre, déjà pointé plusieurs fois, c’est qu’il vise des cibles peu conventionnelles :
« Walter n’avait jamais aimé les chats. Pour lui, ils étaient les sociopathes de l’univers des animaux de compagnie, une espèce domestiquée comme un mal nécessaire en vue du contrôle des rongeurs et par la suite fétichisée comme les pays malheureux peuvent fétichiser leur armée, saluant les uniformes des tueurs comme les propriétaires de chats caressaient l’adorable fourrure de leurs animaux et leur pardonnaient leurs griffes et leurs crocs. Il n’avait jamais vu, dans le museau d’un chat, autre chose qu’un manque de curiosité et qu’un intérêt autocentré narquois ; il suffisait de l’exciter avec une souris en caoutchouc pour découvrir sa vraie nature. »

La facture de ce roman est assez classique, la maîtrise de Franzen pratiquement totale. L’envergure du roman (près de 800 pages) permet aux situations et aux personnages de se préciser, de gagner en profondeur, d’évoluer. Plusieurs personnages parviennent même à être ignobles et attachants, au moins alternativement ‒ comme dans la vie, quoi.
J’aurai passé un bon moment avec ce livre qui ne parle pas de choses m’interpellant particulièrement : je crois que cela vaut pour une recommandation.

Mots-clés : #social
par Tristram
le Jeu 9 Mai - 1:10
 
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Sujet: Jonathan Franzen
Réponses: 10
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