Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 20 Juin - 4:13

45 résultats trouvés pour criminalite

William Faulkner

Trois nouvelles (Une rose pour Emily - Soleil couchant - Septembre ardent)

Tag criminalite sur Des Choses à lire A_rose10
Titres originaux: A Rose for Emily - That evening sun - Dry September.

Lu en version Folio bilingue (ci-dessus).
Dates de premières publications: 1930 pour A Rose for Emily, 1931 pour That evening sun et pour Dry September.


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A Rose for Emily (Une rose pour Emily):

Le narrateur écrit au "je", plus exactement au "nous", "nous" englobant ainsi tous les habitants de la ville (Jefferson, bien connue des lecteurs de Faulkner).
Emily et sa maison sont, en quelque sorte, deux monuments, deux exceptions à Jefferson. L'histoire débute par l'évocation de la date du décès d'Emily. Ce décès donne enfin l'occasion à la communauté villageoise de pousser la porte de la maison d'Emily, où elle vivait recluse en compagnie d'un vieux serviteur, qui disparaît dès le décès officialisé:

V a écrit:Le Noir vint à la porte recevoir la première des dames. Il les fit entrer avec leurs voix assourdies et chuchotantes, leurs coups d'œil rapides et furtifs, puis il disparut. Il traversa toute la maison, sortit par-derrière et on ne le revit plus jamais.
Les deux cousines arrivèrent tout de suite. Elles firent procéder à l'enterrement le second jour. Toute la ville vint regarder Miss Emily sous une masse de fleurs achetées. Le portrait au crayon de son père rêvait d'un air profond au-dessus de la bière, les dames chuchotaient, macabres, et, sur la galerie et la pelouse, les très vieux messieurs - quelques-uns dans leurs uniformes bien brossés de Confédérés - parlaient de Miss Emily comme si elle avait été leur contemporaine, se figurant qu'ils avaient dansé avec elle, qu'ils l'avaient courtisée peut-être, confondant le temps et sa progression mathématique, comme font les vieillards pour qui le passé n'est pas une route qui diminue mais, bien plutôt, une vaste prairie que l'hiver n'atteint jamais, séparé d'eux maintenant par l'étroit goulot de bouteille des dix dernières années.


V a écrit:The Negro met the first of the ladies at the front door and let them in, with their hushed, sibilant voices and their quick, curious glances, and then he disappeared. He walked right through the house and out the back and was not seen again.The two female cousins came at once. They held the funeral on the second day, with the town coming to look at Miss Emily beneath a mass of bought flowers, with the crayon face of her father musing profoundly above the bier and the ladies sibilant and macabre; and the very old men --some in their brushed Confederate uniforms--on the porch and the lawn, talking of Miss Emily as if she had been a contemporary of theirs, believing that they had danced with her and courted her perhaps, confusing time with its mathematical progression, as the old do, to whom all the past is not a diminishing road but, instead, a huge meadow which no winter ever quite touches, divided from them now by the narrow bottle-neck of the most recent decade of years.


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That evening sun  (Soleil couchant):

Le thème de la peur, traité très en finesse. Quelle virtuosité dans l'inexprimé, quelle économie de mots, aussi. Beaucoup de dialogues, mettant en avant le langage des enfants:
En effet le narrateur au "je" de la nouvelle est un enfant de neuf ans, Quentin:
Autant Christian Bobin m'avait exaspéré avec ce procédé-là dans La folle allure, autant William Faulkner m'enchante dans That evening sun !

IV a écrit:
Alors, Nancy se remit à faire le bruit, pas fort. Assise, penchée au-dessus du feu, elle laissait pendre ses longues mains entre ses genoux. Soudain, l'eau se mit à couler sur sa figure, en grosses gouttes. Et, dans chaque goutte, tournait une petite boule de feu, comme une étincelle, jusqu'au moment où elle lui tombait du menton/ "Elle ne pleure pas, dis-je".
- "Je ne pleure pas" dit Nancy. Elle avait les yeux fermés. ""Je ne pleure pas. Qui est-ce ?
- Je ne sais pas, dit Caddy qui se dirigea vers la porte et regarda au-dehors. Il va falloir que nous partions, dit-elle. Voilà Papa.
- Je vais le dire, dit Jason. C'est vous qui m'avez forcé à venir."


IV a écrit:Then Nancy began to make that sound again, not loud, sitting there above the fire, her long hands dangling between her knees; all of a sudden water began to come out on her face in big drops, running down her face, carrying in each one a little turning ball of firelight like a spark until it dropped off her chin. "She's not crying," I said.
"I ain't crying," Nancy said. Her eyes were closed. "I ain't crying. Who is it?"
"I don't know," Caddy said. She went to the door and looked out. "We've got to go now," she said. "Here comes father."
"I'm going to tell," Jason said. "Yawl made me come."




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Dry September (Septembre ardent):

Un salon de coiffure pour hommes [blancs] dans une petite ville du Sud Faulknérien. Une rumeur de viol d'une femme blanche célibataire par un noir enflamme la conversation. Seul le coiffeur s'interpose et est persuadé de l'innocence du noir.

Nouvelle où action et suggestion sont étroitement imbriquées, avec finesse: la non-description du lynchage est remarquable, dans ce registre-là (il fut, paraît-il, reproché à Faulkner de ne pas avoir couché ce lynchage sur papier). Très sobre dans son écriture, Faulkner nous gratifie d'une nouvelle dense, paroystique: du grand art.

III a écrit:
La vitesse précipita Hawk parmi les ronces poussiéreuses jusque dans le fossé. Un nuage de poussière s'éleva autour de lui, et il resta étendu, haletant, secoué de nausées, parmi les craquements ténus, agressifs de tiges sans sève, jusqu'à ce que la seconde voiture soit passée et ors de vue. Alors, il se leva et s'éloigna, traînant la jambe. Arrivé sur la grand-route, il prit la direction de la ville en brossant de ses mains son vêtement. La lune avait monté, elle glissait très haut, sortie enfin du nuage de poussière sous lequel, au bout d'un moment, la lueur de la ville apparut.

 

III a écrit:The impetus hurled him crashing through dust-sheathed weeds, into the ditch. Dust puffed about him, and in a thin, vicious crackling of sapless stems he lay choking and retching until the second car passed and died away. Then he rose and limped on until he reached the highroad and turned toward town, brushing at his clothes with his hands. The moon was higher, riding high and clear of the dust at last, and after a while the town began to glare beneath the dust.



Mots-clés : #criminalite #justice #mort #psychologique #racisme #segregation #vieillesse #violence
par Aventin
le Dim 9 Juin - 13:35
 
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Sujet: William Faulkner
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Céline Minard

Bacchantes

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La police de Hong Kong est sur les dents. Trois braqueuses punko-foldingues et un rat ont investi une cave à vin géante, logée dans d‘anciens bunkers anglais hypersécurisés,  où un homme d’affaire astucieux - et aux dents longues - héberge les millésimes au prix inestimables de tous les plus riches collectionneurs de la planète, qui souhaitent ainsi échapper au fisc. L’image délirante et  symbolique d ‘une société  capitaliste où la dérive n’a plus que les limites de l’imagination.

Les trois braqueuses sont beaucoup mieux organisées que la police, qu’elles narguent avec d’autant plus de plaisir et de provocations que, on le comprend peu à peu,  leurs intentions sont simplement de monter un bon coup pour se moquer des riches et des puissants. Un typhon arrive dans 15 heures et il n’y a pas de temps à perdre.

La fin est des plus opaques, j’ai été rassurée en constatant sur internet que je n’étais pas la seule à n’y avoir rien compris.

Si on prend ça comme une galéjade, une satire de roman noir, une bonne blague qui cherche à démonter un certains nombre de stéréotypes, c’est assez cocasse et réussi.
Si on prend ça comme un roman de littérature, c’est d’une maigreur qui laisse affamée, et songeuse à l’idée que j’aurais pu laisser 13 euros 50 là-dedans (on ne peut même pas dire "Ne perdez pas votre temps" tellement c’est court). Les pieds de nez astucieux et fariboles rigolotes ne suffisent pas à compenser le manque d’intrigue, les pistes lancées non abouties, la superficialité du truc et des personnages.

Bon, Céline Minard, c’était marrant, cette bonne blague écrite à la va-vite, on dirait un défi lancé à la sortie d’un stage d’œnologie. Mais ça c’est bon pour une soirée comique entre copains. Quand est-ce que vous repassez à la littérature ?



Mots-clés : #absurde #criminalite #humour
par topocl
le Sam 20 Avr - 21:19
 
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Sujet: Céline Minard
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Daniel Defoe

Ah ben c'est qu'on se bidonne par ici ! pirat

J'en profite :

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Barbe Noire

Les Chemins de fortune, Histoire générale des plus fameux pyrates I

  Une anthologie de la piraterie ? Passé la très solide préface (de Michel Le Bris)qui a elle seule, s'intéressant à l'histoire du texte, avant et après publication, comme à l'auteur, tient déjà du roman d'aventure ou du presque fantastique et nous mets en état de lire la suite... On n'est mis tout de suite dans le bain. L'auteur doit se défendre de toute apologie et clamer le sérieux de ses sources avant d'attaquer par le menu les histoires des plus fameux pirates qui ont écumé les océans de Madagascar à Terre-Neuve en passant par les Caraïbes et l'Afrique Occidentale au début du XVIIIème siècle. Et une rapide synthèse des "parentés" entre équipages.

  De l'exotisme au menu donc. Et une série de récits portés sur l'énumération tous aussi édifiants et répétitifs les uns que les autres. Répétitif ça l'est et pourtant on ne se lasse pas vraiment, et on ne peut pas dire qu'un puissant souffle romanesque habite les pages, puisque le texte se veut documentaire. Certes quelques dialogues et quelques formes indirectes qui font travailler l'imaginaire...

  Mais pourquoi reste-t-on accroché à ce point ? Le schéma de base est le suivant : un équipage se mutine ou s'enfuit, il attaque d'autres bateaux et s'empare des marchandises de valeurs, voire du bateau lui-même et plus ou moins de gré ou plus ou moins de force une partie de l'équipage rejoint les pirates. Petite pause pour retaper les bateaux et les hommes et c'est reparti, jusqu'à constituer de petites flottilles de pirates qui n'hésitent pas à remonter les fleuves ou à attaquer des forts et des villes ! Plus ou moins cruels et filous les équipages se séparent, s'entretuent ou finissent par se faire coincer par des navires de guerre.

  Le bouquin aime bien raconter les procès faits aux pirates et leur absence de repentir ou le réveil d'une foi fervente à l'aube de la pendaison. Il est vrai qu'il y aurait de quoi faire des pages colorées avec ça entre les scènes de débauches ou de détresse les plus extrêmes, c'est que les erreurs de navigation et le manque d'eau douce ou de vivres ne sont pas rares.

  Le compte n'y serait pas encore. En effet notre auteur est assez retors, il suscite chez nous la fascination et un semblant de sympathie pour ces brutes de toutes nationalités et origines sociales. Ils nuisent au libre commerce des Anglais surtout, mais aussi des autres Espagnols, Portugais, Français mais pas seulement. Le commerce pas toujours légal des êtres humains se porte bien, les arrangements légaux divers aussi, les amnisties sont parfois bien pratiques... et le marin exploité n'est pas toujours le plus coquin et généralement pas le mieux nourri ou le mieux traité. Les volontaires pour tenter de changer de vie sont donc assez nombreux. Quelle vie alors ? Une égalité un peu rustique et parfois violente mais ou chacun aurait voix au chapitre. Des fois ça va mieux que d'autres et certains pirates semblent plus humains. On trouve aussi la tentation une fois fortune faite de se poser à terre pour profiter et vivre "normalement". (On observe aussi en filigrane et bien soulignée par la préface la question de la foi et de la liberté de culte qui a poussé à aller vivre à l'autre bout du monde une part non négligeable de "réformateurs" (je ne sais pas si le terme est juste et mes lacunes en histoire font le reste). ça tient aussi de l'étude de société alternative, de tentatives de sociétés alternatives.

 Le compte rendu est chronologique et il est amusant de suivre la progression du propos, plus lâche, la condamnation apparait moins lourde alors que les crimes sont de plus en plus barbares... et que les récits se rapprochent toujours plus de l'Europe et de l'Angleterre !

Cette somme attribuée au Capitaine Charles Johnson, ou pseudonyme pour Daniel Defoe est réputé être la principale source d'histoire (historique) et d'imaginaire pour ces pirates, mélangeant joyeusement les deux. Ce qui rend la chose encore plus particulière bien que l'effort documentaire sérieux semble avéré.

  Bizarre comme lecture, déroutant, étonnant, une sorte d'à côté du romanesque et d'à côté de l'historique, ou un docu-fiction avant l'heure et savamment tordu ?


Mots-clés : #criminalite #documentaire #historique
par animal
le Lun 8 Avr - 21:54
 
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Sujet: Daniel Defoe
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Daniel Defoe

Moll Flanders

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L’extrait suivant résume assez les débuts défavorisés dans l’existence de l’héroïne-narratrice de ce roman "réaliste" :
« On m’a dit que dans une nation voisine, soit en France, soit ailleurs, je n’en sais rien, il y a un ordre du roi, lorsqu’un criminel est condamné ou à mourir ou aux galères ou à être déporté, et qu’il laisse des enfants (qui sont d’ordinaire sans ressource par la confiscation des biens de leurs parents), pour que ces enfants soient immédiatement placés sous la direction du gouvernement et transportés dans un hôpital qu’on nomme Maison des Orphelins, où ils sont élevés, vêtus, nourris, instruits, et au temps de leur sortie entrent en apprentissage ou en service, tellement qu’ils sont capables de gagner leur vie par une conduite honnête et industrieuse. Si telle eût été la coutume de notre pays, je n’aurais pas été laissée, pauvre fille désolée, sans amis, sans vêtements, sans aide, sans personne pour m’aider, comme fut mon sort ; par quoi je fus non seulement exposée à de très grandes détresses, même avant de pouvoir ou comprendre ma situation ou l’amender, mais encore jetée à une vie scandaleuse en elle-même, et qui par son ordinaire cours amène la destruction de l’âme et du corps. »

Peut-être faut-il compter au nombre de ses handicaps l’ardent désir de devenir « une dame de qualité » ?
« Je continuai là jusqu’à l’âge de huit ans, quand je fus terrifiée par la nouvelle que les magistrats (je crois qu’on les nommait ainsi) avaient donné l’ordre de me mettre en service ; je ne pouvais faire que bien peu de chose, où qu’on m’envoyât, sinon aller en course, ou servir de souillon à quelque fille de cuisine ; et comme on me le répétait souvent, j’en pris une grande frayeur ; car j’avais une extrême aversion à entrer en service, comme ils disaient, bien que je fusse si jeune ; et je dis à ma nourrice que je croyais pouvoir gagner ma vie sans entrer en service, si elle voulait bien me le permettre ; car elle m’avait appris à travailler de mon aiguille et à filer de la grosse laine, qui est la principale industrie de cette ville, et je lui dis que si elle voulait bien me garder, je travaillerais bien fort. »

Recueillie à l’adolescence dans une famille aisée du meilleur monde, « Mme Betty » est subornée par le fils aîné, qui la fait ensuite se marier au cadet d’ailleurs épris d’elle, dans une sorte d’adultère incestueux. Veuve, elle s’éprend d’un gentilhomme commerçant vite failli, et change de nom pour Flanders lorsqu’en tant qu’épouse elle est menacée par la banqueroute.
« Il eut infiniment de goût pour moi pendant environ le quart d’une année, et le profit que j’en tirai fut d’avoir le plaisir de voir dépenser pour moi une bonne partie de mon argent. »

« Il ajouta quelques choses très gracieuses pour moi, comme je m’en allais ; car je vous ai dit que c’était un gentilhomme, et ce fut tout le bénéfice que j’en eus, en ce qu’il me traita fort galamment, jusqu’à la fin, sinon qu’il dépensa tout ce que j’avais et me laissa le soin de dérober à ses créanciers de quoi manger. »

La belle est cependant assez rouée, ainsi cette superbe scène alors qu’elle feint auprès du suivant d’avoir plus de dot qu’il n’est :
« Un matin, il ôte un diamant de son doigt, et écrit ces mots sur le verre du châssis de ma chambre :
C’est vous que j’aime et rien que vous.
Je lus, et le priai de me prêter la bague, avec laquelle j’écrivis au-dessous :
En amour vous le dites tous.
Il reprend sa bague et écrit de nouveau :
La vertu seule est une dot.
Je la lui redemandai et j’écrivis au-dessous :
L’argent fait la vertu plutôt.

Il devint rouge comme le feu, de se sentir piqué si juste, et avec une sorte de fureur, il jura de me vaincre et écrivit encore :
J’ai mépris pour l’or, et vous aime.
J’aventurai tout sur mon dernier coup de dés en poésie, comme vous verrez, car j’écrivis hardiment sous son vers :
Je suis pauvre et n’ai que moi-même.
C’était là une triste vérité pour moi ; Je ne puis dire s’il me crut ou non ; je supposais alors qu’il ne me croyait point. Quoi qu’il en fût, il vola vers moi, me prit dans ses bras et me baisant ardemment et avec une passion inimaginable, il me tint serrée, tandis qu’il demandait plume et encre, m’affirmant qu’il ne pouvait plus avoir la patience d’écrire laborieusement sur cette vitre ; puis tirant un morceau de papier, il écrivit encore :
Soyez mienne en tout dénuement.
Je pris sa plume et répondis sur-le-champ :
Au for, vous pensez : Elle ment.
Il me dit que c’étaient là des paroles cruelles, parce qu’elles n’étaient pas justes, et que je l’obligeais à me démentir, ce qui s’accordait mal avec la politesse, et que puisque je l’avais insensiblement engagé dans ce badinage poétique, il me suppliait de ne pas le contraindre à l’interrompre ; si bien qu’il écrivit :
Que d’amour seul soient nos débats !
J’écrivis au-dessous :
Elle aime assez, qui ne hait pas.
»

Elle part avec ce nouveau mari en Virginie, pour découvrir que sa belle-mère est aussi sa propre mère, et en outre une criminelle reléguée ; c’est l’opportunité de donner un point de vue intéressant sur la colonisation et le système carcéral :
« Et, entre autres, elle me disait souvent comment la plus grande partie de ceux qui vivaient dans cette colonie y étaient venus d’Angleterre dans une condition fort basse, et qu’en général il y avait deux classes : en premier lieu, tels qui étaient transportés par des maîtres de vaisseau pour être vendus comme serviteurs ; ou, en second lieu, tels qui sont déportés après avoir été reconnus coupables de crimes qui méritent la mort. »

« ‒ Quand ils arrivent ici, dit-elle, nous ne faisons pas de différence : les planteurs les achètent, et ils vont travailler tous ensemble aux champs jusqu’à ce que leur temps soit fini ; quand il est expiré, dit-elle, on leur donne des encouragements à seule fin qu’ils plantent eux-mêmes, car le gouvernement leur alloue un certain nombre d’acres de terre, et ils se mettent au travail pour déblayer et défricher le terrain, puis pour le planter de tabac et de blé, à leur propre usage ; et comme les marchands leur confient outils et le nécessaire sur le crédit de leur récolte, avant qu’elle soit poussée, ils plantent chaque année un peu plus que l’année d’auparavant, et ainsi achètent ce qu’ils veulent avec la moisson qu’ils ont en perspective. Et voilà comment, mon enfant, dit-elle, maint gibier de Newgate devient un personnage considérable ; et nous avons, continua-t-elle, plusieurs juges de paix, officiers des milices et magistrats des cités qui ont eu la main marquée au fer rouge. »

« ‒ Et, mon enfant, dit ma mère, peut-être que tu connais bien mal tout cela, ou il se peut même que tu n’en aies jamais entendu parler ; mais sois-en sûre, dit-elle, et nous le savons tous ici, cette seule prison de Newgate engendre plus de voleurs et de misérables que tous les clubs et associations de criminels de la nation ; c’est ce lieu de malédiction, dit ma mère, qui peuple à demi cette colonie. »

Elle est donc régulièrement à l’affût d’un homme à enjôler ‒ d’ailleurs jeu de dupes s’il en est. Suivent un vrai gentilhomme, puis un autre, ainsi que déboires pécuniaires ; une nouvelle grossesse, et occasion de trois étonnants « billets » (devis) d’une discrète sage-femme ‒ considérations sordides, quelque peu "industrielles" et, toujours, mercantiles :
« ‒ Et puis, madame, dit-elle, si l’enfant ne doit pas vivre, comme il arrive parfois, voilà le prix du ministre économisé ; et si vous n’avez point d’amis à inviter, vous pouvez éviter la dépense d’un souper ; de sorte que si vous ôtez ces articles, madame, dit-elle, vos couches ne vous reviendront pas à plus de 5 £ 3 shillings de plus que ce que vous coûte votre train de vie ordinaire. »

De nouveau veuve, elle devient voleuse ; Defoe insiste, c’est la nécessité qui fait vice, et non l’inclination. Elle passe par des périodes assez longues d’aisance voire de bonheur, mais toujours retombe dans la précarité. Et c’est la pauvreté, ou au moins sa perspective, qui motive la délinquance. Puis une sorte d’avarice (ou de peur de manquer) prend la relève de la détresse et l’empêche de cesser de voler, malgré le risque de pendaison à Newgate (la prison où elle vint au monde).
« J’étais maintenant tranquille, quant à toute crainte de témoignages rendus contre moi ; car tous ceux qui avaient été mêlés à mes affaires ou qui me connaissaient sous le nom de Moll Flanders étaient pendus ou déportés [… »

Il est intéressant de se souvenir que Defoe était commerçant, ce qui explique la précision des faits relatés en détail, et rend plus savoureux les personnages de marchands bernés. Arrêtée, emprisonnée à Newgate, celle qu’on surnomme Moll Flanders connaît une période d’endurcissement, bien observée, avant de se repentir et d’être condamnée à mort, sa peine étant par la suite commuée en déportation.
« Au contraire, ainsi que l’eau dans les cavernes des montagnes qui pétrifie et tourne en pierre toute chose sur quoi on la laisse s’égoutter ; ainsi le continuel commerce avec une pareille meute de limiers d’enfer eut sur moi la même opération commune que sur les autres ; je muai en pierre ; je devins premièrement insensible et stupide, puis abrutie et pleine d’oubli, enfin folle furieuse plus qu’aucune d’elles ; en somme j’arrivai à me plaire naturellement et à m’accommoder à ce lieu, autant en vérité que si j’y fusse née. »

Notre héroïne a 61 ans lorsqu’elle débarque en Amérique avec son ancien amour, son « mari du Lancashire », le gentilhomme bandit de grand chemin, pour fonder une plantation de tabac, ceci dans les meilleures conditions :
« Là nous achetâmes deux serviteurs, c’est à savoir une servante anglaise, qui venait de débarquer d’un vaisseau de Liverpool, et un nègre, choses d’absolue nécessité pour toutes gens qui prétendent s’établir en ce pays. »

Puis elle va retrouver son frère-mari ainsi que leur fils, pour faire valoir ses droits à l’héritage maternel.
Autres choses surprenantes : l’indifférence ou au moins le détachement de l’héroïne pour ses enfants successifs, comme s’ils n’étaient pas des personnes (un phénomène d’époque) ; la hantise de l’inceste ; l’obsession de « happer la fortune », il est vrai déterminée par une insécurité financière tout aussi récurrente.
« J’avais été prise une fois à cette piperie nommée amour, mais le jeu était fini ; j’étais résolue maintenant à ce qu’on m’épousât, sinon rien, et à être bien mariée ou point du tout. »

La traduction dans la langue châtiée de Marcel Schwob (écrivain remarquable par ailleurs, et qui traduisit aussi Hamlet) ajoute peut-être un charme supplémentaire à cette lecture.
J’apprécie notamment le recours à des archaïsmes ou régionalismes comme "chamaillis", "rôderies" ou "bélître", ainsi que son emploi étymologique et un peu vieilli de certains termes, telle la nuance menaçante ici dans "imminent" :
« J’étais réduite bien bas en vérité, et j’avais souvent le délire ; mais rien n’était si imminent pour moi que la crainte où j’étais de dire dans mes rêveries quelque chose qui pût lui porter préjudice. »

L’enfance malheureuse dans la société puritaine et patriarcale du XVIIIe renvoie à Tom Jones d’Henry Fielding (1749, alors que Moll Flanders remonte à 1722 ‒ Defoe le date de 1683), et bien sûr à Dickens. D’ailleurs le topos de la pupille/ orpheline/ Cendrillon est caractéristique du roman sentimental de l’époque, notamment en Angleterre, avec le contrepoint du sordide philistinisme pécuniaire (cf. Austen, Mansfield Park).



Mots-clés : #criminalite
par Tristram
le Lun 8 Avr - 16:45
 
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Sujet: Daniel Defoe
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Bertrand Shefer

Série B

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C’est une sale petite frappe qui veut éblouir sa belle, une jeune danoise naïve, candidate au titre de Miss Danemark  et qui s’efforce de fréquenter les lieux où il se passe quelque chose, les caves de St Germain des Prés, Courchevel, Le festival de Cannes. Un copain fasciné par l’enlèvement du petit Lindberg, et qui a lu le roman Rapt de Lionel White, l’embarque pour sa perte dans l’enlèvement du petit Eric Peugeot, le premier rapt d’enfant contre rançon français.

C’est un rapport volontairement décalé de ce fait divers, qui se fiche des omissions si elles  permettent des digression. Shefer veut sans doute montrer ce milieu très flou, artistique, dilettante, de l’après guerre, sa vague collusion avec des malfrats dans une même recherche de fric et d’identité.

Il s’intéresse aussi au rôle joué par le roman, qui en même temps raconte un fait divers et en génère un autre.

J’ai  malheureusement assez souvent été noyée sous le name dropping, où il pouvait être sympa de retrouver Alain Cuny et Anna Karina, mais  ceux-ci sont noyés dans une accumulation de seconds rôles, on n’est  pas dans une série B pour rien.
C’est assez fouillis (même le style cherche à nous perdre), et  inabouti dans son désir touche à tout. Assez frustrant pour tout dire ; on pense au  bouquin vivifiant qu’auraient pu concocter Jaenada ou Carrères.


mots-clés : #criminalite
par topocl
le Sam 2 Mar - 9:48
 
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Sujet: Bertrand Shefer
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Suelette Dreyfus

Underground
avec  Julian Assange

Tag criminalite sur Des Choses à lire 112

C’est l’histoire de quelques-uns des grands acteurs de la fin des années quatre 20, ce génie de l’informatique, ces adolescents bidouilleurs, dopés à la transgression qui, des États-Unis, de Grande-Bretagne ou d’Australie, ont nargué tous les agents de la cyber-sécurité pour le simple plaisir de la provocation, qui ont voyagé dans les sites Internet des ministères de la défense, de la NASA, des plus grandes banques internationales, des universités les plus réputées.

C’était au départ juste pour le plaisir du jeu, de l’impression de puissance que cela donnait, de railler les riches et les gouvernements,  avant que cela déclenche la mise en place de législation internationale, avant aussi que cela devienne  de l’arnaque à la carte bleue ou de la coopération avec les services d’espionnage.

Ces gamins asociaux qui tiennent en quelque sorte le monde entre leurs mains, communiquent par des réseaux cryptés, s’amusent jusqu’à ce que ça ne devienne plus un jeu : les traques policières, les procès exemplaires…

C’est le résultat d’une enquête certainement pas facile dans ces milieux où l’anonymat est roi, et bien que les auteurs se centrent sur quelques « héros » emblématiques (dont Julian Assange alias Mendax), il y a certes quelques moments où cela devient un peu répétitif. Par contre on a une bonne image de ce milieu des hackers des débuts, qui croyaient encore qu’Internet était un lieu de liberté.

mots-clés : #criminalite
par topocl
le Jeu 21 Fév - 16:27
 
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Sujet: Suelette Dreyfus
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Vues: 120

Julian Assange

Underground
avec  Suelette Dreyfus

Tag criminalite sur Des Choses à lire 112

C’est l’histoire de quelques-uns des grands acteurs de la fin des années quatre 20, ce génie de l’informatique, ces adolescents bidouilleurs, dopés à la transgression qui, des États-Unis, de Grande-Bretagne ou d’Australie, ont nargué tous les agents de la cyber-sécurité pour le simple plaisir de la provocation, qui ont voyagé dans les sites Internet des ministères de la défense, de la NASA, des plus grandes banques internationales, des universités les plus réputées.

C’était au départ juste pour le plaisir du jeu, de l’impression de puissance que cela donnait, de railler les riches et les gouvernements,  avant que cela déclenche la mise en place de législation internationale, avant aussi que cela devienne  de l’arnaque à la carte bleue ou de la coopération avec les services d’espionnage.

Ces gamins asociaux qui tiennent en quelque sorte le monde entre leurs mains, communiquent par des réseaux cryptés, s’amusent jusqu’à ce que ça ne devienne plus un jeu : les traques policières, les procès exemplaires…

C’est le résultat d’une enquête certainement pas facile dans ces milieux où l’anonymat est roi, et bien que les auteurs se centrent sur quelques « héros » emblématiques (dont Julian Assange alias Mendax), il y a certes quelques moments où cela devient un peu répétitif. Par contre on a une bonne image de ce milieu des hackers des débuts, qui croyaient encore qu’Internet était un lieu de liberté.


mots-clés : #criminalite
par topocl
le Jeu 21 Fév - 16:25
 
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Sujet: Julian Assange
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Niels Labuzan

Ivoire

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On est au Botswana, pays d’Afrique Australe dont le livre nous dit qu’il s’en sort, chemine vers une démocratie digne, lutte contre la corruption, et s’engage contre le braconnage qui menace l’extinction de nombreuses epsèces, notamment les éléphants, chassés pour l’ivoire . Le commerce de l’ivoire est reconnu illégal par de nombreux pays, mais pas tous, pas également partout, et cela entretient les marchés clandestins.

Trois personnes, Erin, anthropologue anglaise responsable d’un Parc National, Bojosi, ranger ancien braconnier repenti et Sereste qui représente le ministère, se lancent dans une dangereuse opération qui devrait permettre de donner une impulsion majeure à cette lutte : infiltrer de fausses défenses, porteuses d’une puce, dans un lot vendu à un trafiquant, de façon à pouvoir pister « la route de  l’ivoire ».

Sujet alléchant qui va permettre aux lecteurs de mieux connaître ce trafic international méconnu, qui gère des capitaux à l’égale de ceux des trafics de drogue ou d’êtres humains, nous dit l’auteur. Cette intéressante partie didactique aurait gagné à être mieux intégrée au romanesque. L’originalité du sujet et l’aspect tumultueux du style ne suffisent pas à masquer une  certaine fadeur, une expédition au demeurant assez convenue, des personnages, malgré  les casseroles qu’ils traînent (ou à cause d’elles), plutôt survolés.


mots-clés : #aventure #criminalite #nature
par topocl
le Jeu 31 Jan - 9:54
 
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Sujet: Niels Labuzan
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Friedrich Dürrenmatt

Justice

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Justice est un roman « policier » quelque peu déjanté et décalé.
Un respectable député, Kohler, entre dans la salle à manger d’un restaurant fréquenté par la bonne bourgeoisie zurichoise, et abat d’un coup de révolver le non moins respectable professeur Winter, en train de diner.
La description du meurtre donne tout de suite le ton :

Au moment où le coup partit, le commandant ne leva pas les yeux. C’est du moins ce qu’on raconte.  La chose n’est pas impossible, parce qu’à cet instant précis il était occupé à sucer artistement la moelle d’un os. Mais ensuite il se leva tout de même, allant jusqu’à renverser une chaise ; en homme d’ordre, il la remit sur ses pieds. Lorsqu’il parvint aux côtés de Winter, celui-ci gisait  déjà dans son tournedos Rossini, ses doigts enserrant encore le verre de chambertin.


Le récit, sous forme de confession, émane d’un certain Spät, un jeune avocat ambitieux, ne rêvant que de grosses cylindrées, de bureaux luxueux  et d’argent facile. Il a une haute idée de la Justice, mais paradoxalement, il est prêt à de multiples compromissions pour arrondir ses fins de mois, comme défendre les prostituées, qu’il fréquente assidument, leurs souteneurs et de fil en aiguille quelques membres de la pègre. Spät boit beaucoup, beaucoup trop et de plus en plus, d’où l’aspect quelque peu embrouillé de la chronologie de son récit. Mais rassurez-vous, aucune difficulté de lecture.
Mêlé à cette histoire Spät pense pouvoir en tirer les ficelles. Sa méconnaissance du « billard à trois bandes » va lui être fatale.

Justement : quelle vérité se cache derrière la vérité ? J’en suis réduit à des suppositions, à des tâtonnements. Où sont les faits dans leur exactitude ? Où sont les exagérations, les falsifications, les dissimulations ? Que croire, que ne pas croire ? Existe-t-il seulement quelque chose de vrai, de sûr et de certain derrière tous ces faits…


C’est toujours un grand plaisir que de lire Dürrenmätt. J’apprécie beaucoup son humour souvent vachard, sa satire féroce de la bonne bourgeoisie suisse, entrecoupée de réflexions de bon sens.
Un très bon moment de lecture.

-Votre épouse a reçu l’extrême-onction, dit-il.
-Parfait, rétorqua Stüssi-Leupin.
-Je prierai pour elle, assura l’homme de Dieu.
-Pour qui ?
-Pour votre épouse.
Cette précision laissa Stüssi-Leupin indifférent :
-C’est votre boulot.


-Impressionnant, dis-je. Je les ai pris pour vos gardes du corps.
-Impressionnants mais stupides. Ce sont des Ouzbeks. Les Russes les ont dégottés quelque part au fin fond de l’Asie et fourrés dans l’Armée rouge. Ils ont fini prisonniers des Allemands. Comme les anthropologues nazis n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur leur race, ils sont restés en vie. Mon père en a fait l’emplette dans un institut pour la recherche raciale. A l’époque, des bestiaux de ce genre coûtaient trois fois rien. Des déchets d’humanité, inutilisables. Moi je décrète qu’ils sont ouzbeks, parce que le mot me plait.


Nous avons couché ensemble, elle et moi, sans échanger une parole. Nous ignorions qu’il n’est pas de bonheur sans mots. Tout au plus éprouvai-je cette nuit-là, fugitivement, le bonheur de pressentir ce que j’aurais pu devenir ; un possible insaisissable, qui reposait en moi, mais que je n’ai pas réalisé.  Dans ce bonheur d’une nuit, j’étais convaincu d’être un autre. Erreur. Lorsque au matin, nos regards se sont croisés et pénétrés, nous savions que notre heure était passée. »


Parce que la Justice, pour s’accomplir exige que les parties soient également coupables. Comme dans cette Crucifixion du retable d’Issenheim : sur la croix, un cadavre horrible et gigantesque, dont le poids fait plier les poutres ; un Christ encore plus repoussant que les lépreux pour lesquels on l’a peint. Les lépreux le regardaient ; leur lèpre, croyaient-ils, était un cadeau de ce Dieu. Justice était donc faite, le Dieu méritait sa crucifixion.



mots-clés : #criminalite #justice
par ArenSor
le Mar 18 Déc - 12:49
 
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Sujet: Friedrich Dürrenmatt
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Christian Dedet

Le Secret du Dr Bougrat ‒ Marseille-Cayenne-Caracas L’aventure d’un proscrit

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Première partie, le Dr Bougrat est accusé du meurtre de Rumèbe, mort dans son cabinet ; l’histoire est vraie, mais on a bien sûr la version de l’auteur, farouchement convaincu que son héros soit innocent (ce qui semble être le cas). Et il serait rassurant que l’erreur judiciaire soit toujours aussi grotesque. Le spectacle est toujours aussi stupéfiant des avocats (dé)passant de l’éloquence à l’outrance jusque l’enflure. Ici l’avocat général :
« Ombre de Rumèbe, apparais dans cette enceinte ! Dresse-toi devant cet individu ! Fantôme pitoyable dont les restes mortels, par les faits de ce lâche, demeurent sans sépulture, pardonne à la justice qui fut obligée d’envoyer de Marseille à Lyon tes viscères putréfiés ! »

Deuxième partie, le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, et l’évasion dans la malédiction de « l’enfer vert », reconstitution assez juste quoique entachée d’exagération, avec quelques approximations et beaucoup de poncifs.

Troisième et dernière partie, le Venezuela où le fuyard se signale comme médecin des pauvres et notable qui fonde une famille dans ce beau pays, autrement victime de la malédiction du pétrole et des dictatures...

Une certaine grandiloquence tendant vers l’invraisemblable (lors du procès, des experts sont catégoriques), un ton mélodramatique style Dumas père, Maurice Leblanc (cités) ou Eugène Sue, mais sans maestria ni surtout originalité, desservent ce livre.
L’impression de rebattu qui m’a ennuyé peut être due à tant de livres lus sur l’histoire et la géographie de la région, mais j’ai nettement plus apprécié La Mémoire du fleuve (qui se passe en Afrique équatoriale, que je connais moins).
« Plus tard, j’ai compris ce qui différencie un cauchemar de l’horreur de vivre. Du cauchemar, l’homme se réveille sauf. Pour moi, il n’y eu pas de réveil. »



mots-clés : #aventure #biographie #criminalite #historique #justice
par Tristram
le Jeu 4 Oct - 0:14
 
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Sujet: Christian Dedet
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Patricia Highsmith

Monsieur Ripley

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Encore un livre lu de Highsmith, qui confirme son procédé d'écriture : elle nous fait suivre de l'intérieur les pensées d'un homme , la logique qui l'habite, et c'est assez magistral. Ce n'est pas du point de vue stylistique, bien qu'un certain génie préside à la manière de dérouler, ralentir ou accélérer les soliloques, mais du point de vue de la psychologie qu'elle fait mouche : l'auteure singe si bien nos mouvements émotionnels que l'intériorité de Ripley sait montrer comme la base du criminel ressemble à la nôtre, comme pourtant un léger pas de côté, supplémentaire, fait dérailler le Droit. C'est une lecture qui m'a happée, mise mal à l'aise, d'ailleurs je vais cesser un peu l'exploration de l'auteur.
Après cette lecture , mes pensées intérieures me semblaient toutes douteuses, vous savez , les mouvements d'orgueil, les fantasmes, les opinions sur nos cercles sociaux, toute la dialectique du masque me semblait avoir potentiellement investi ma psychologie, l'auto critique était prégnante, la quasi peur d'être dysfonctionnelle socialement !! Franche poilade, en rire jaune.
Le pire étant qu'on a de la compassion pour Ripley, qui est totalement en incapacité émotionnelle d'être au monde, sauf en le filtrant via un scénario pour y paraître.
Effrayant, aussi, parce qu'une part de ces dysfonctionnements que Highsmith sait si bien décrire me semblent fonder bien des psychoses, sans que celles-ci heureusement, ne permettent des passages à l'acte criminel, mais la paranoïa, le narcissisme , sont décrits de manière aigüe et si empathiquement qu'on est pris dans cette perception totalement tragique.
Je pense à ces personnes  qui une vie entière mentent à leur entourage, Jean Claude Romand, par exemple. J'ai l'impression que c'est la même gamme de fonctionnement, ce n'est pas un polar qui définit le "Mal" clairement, il plonge plutôt dans la logique brillante d'un esprit différent et dangereux.
Glups


mots-clés : #criminalite #pathologie #polar #psychologique
par Nadine
le Lun 3 Sep - 9:56
 
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Stieg Larsson

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

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Il ne faut pas craindre l'accumulation ou  le trop plein. Stieg Larsson était un obsessionnel, qui n'hésitait pas à écrire une page entière sur l'achat de mobilier de Lisbeth à ikea, sur sa liste de courses à 7-eleven, à ne louper aucun café avalé (en précisant de quel café il s'agit)  aucune cigarette fumée, aucune douche prise, aucune biographie détaillée, aucune marque d'arme à feu, aucun itinéraire etc...Et qui manifestement jubilait à entrecroiser les nœuds de sa pelote soigneusement emmêlée, d'y ajouter des couches, des complications, des liens externes,  des complications encore. Un type à la logique si implacable que même les multiples coïncidences deviennent acceptables..

Ceci admis , c'est avec un parfait plaisir qu'on retrouve Lisbeth Salander, soigneusement occupée à effacer toute trace d'elle sur terre (dans une première partie il est vrai un peu longuette - mais après, quand ça démarre, ça démarre à 100 à l'heure). Cette habile manipulation va malheureusement aboutir au résultat de la placer sous les projecteurs, comme principale suspecte de trois meurtres opérés en une même soirée. Le lien s’avérera être le commerce du sexe, thème féministe une fois de plus chez cet auteur.

Lisbeth tient la place centrale dans ce roman, qui non seulement nous découvre ses origines dans une enfance plutôt corsée (et même plus), une adolescence manipulée sans que nul ne le sache par les services secrets. Elle reste cette Lisbeth si atypique, et ses talents de super-woman augmentent encore, capable de hacker n'importe quel ordinateur, de défier n'importe quel système de surveillance, de fixer n'importe quel document en détail dans sa mémoire hypermnésique, de terrasser n’importe quel agresseur deux fois plus lourd qu'elle, et le pire c’est qu'on y croit!  Dans son libertarisme solitaire, sa logique très personnelle, sa violence intériorisée et extériorisée, sa détermination insondable, son mètre cinquante, elle reste épatamment séduisante (pour une héroïne de roman en tout cas), déroutante et invincible.

Dans cette enquête bien corsée, trois équipes font la course et interagissent, la police, globalement convaincue de la culpabilité de Lisbeth, et ses deux amis : Dragan l'ancien employeur  qui voudrait bien comprendre et Mikael Blomkvist convaincu de son innocence. On est dans un sacré roman choral, avec un aspect militant pour la liberté  et les droits de l'homme et de la femme. qui prend alternativement le point de vue de Lisbeth, des divers enquêteurs, et des malfrats pour dresser des portraits incisifs  sans négliger personne. On passe un vraiment bon moment, on sait très bien que Lisbeth s'en sortira, et qu'importent les moyens



mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #polar #politique #relationenfantparent #romanchoral #vengeance
par topocl
le Sam 16 Juin - 10:41
 
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Sujet: Stieg Larsson
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Stieg Larsson

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes.

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Très habilement troussé, en effet, ce premier opus  de Millenium. Une écriture millimétrique qui colle à ses deux héros réunis dans un  duo tout à la fois bancal et parfaitement adapté . Mikael Blomkvist,journaliste d'investigation plein d'une probité, haineux quand le pouvoir et l'argent sont mal employés, compassionnel avec les faibles et tout ce qui sort des rails, et Lisbeth Salander jeune femme asociale, tatouée et piercée, plaie hurlante hypermnésique, dont il est dit quelque part qu'elle pourrait être Aperger "ou quelque chose comme ça" (je penche pour le "quelque chose comme ça").

Quant à l’intrigue , il s’agit plutôt d'un faisceau d'intrigues intimement entremêlées à composante politique, économique, rituelle, sexuelle, d'une belle complexité qui arrive à rester claire jusqu'au bout, portée par des personnages (un peu moins fouillés que les enquêteurs) pour la plupart membres d'une richissime famille d'industriels suédois, capable derrière son écran de fric des pires turpitudes.

Intelligent, haletant, addictif, quoique un peu glauque par moments par l'accumulation.

mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #famille #polar #politique #sexualité
par topocl
le Lun 11 Juin - 9:51
 
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Sujet: Stieg Larsson
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Ernesto Sábato

Alejandra

Tag criminalite sur Des Choses à lire 97820210


Le livre commence sur l'annonce d'un fait divers : l'assassinat par Alejandra de son père Fernando dans la chambre de la tour de la famille suivi du  suicide de la jeune femme par le feu puisqu'elle provoque un incendie. Le "rapport sur les aveugles" découvert dans les restes de la chambre peut-il expliquer ce drame, celui d'une grande famille de Buenos Aires ?

1ère partie : Martin le jeune homme amoureux d'Alejandra conte sa rencontre avec la jeune femme insaisissable, mystérieuse, laquelle dit avoir besoin de lui mais cèdera néanmoins avec réticence à l'amour physique.

2ème partie : le rapport sur les aveugles établi par le père d'Alejandra, Fernando, visiblement paranoïaque révèle sa peur obsessionnelle des aveugles, depuis l'enfance

3ème partie : la voix de Bruno ami de la famille qui en connait le passé et qui a aimé Georgina la femme de Fernando et à travers elle Alejandra.


Ce que j'ai trouvé intéressant  :  

- la partie du rapport sur les aveugles bien maîtrisé dans les hallucinations, les élucubrations, repoussant,  construit par  Fernando ;

-  la fuite des soldats qui accompagnent Lavalle, qui est en fond de l'histoire de la famille et de l'Histoire de l'Argentine ; cette suite qui scande le récit adroitement.

Je me suis un peu lassée des états d'âme du jeune homme, des sautes d'humeur d' Alejandra.


L'atmosphère du livre est trouble, dérangeante, par moment je ressentais le besoin de  "prendre l'air". La dernière page tournée je ne sais toujours pas pourquoi Alejandra a tué son père, pourquoi elle s'est suicidée par le feu (même si elle "voyait souvent un incendie" dans ses rêves) donc je suis frustrée.  Alejandra garde sa part d'ombres, de ses rapports avec ses parents nous ne savons pas grand chose, mais ils semblent également malaisés et maléfiques.

Il est vrai que le destin des membres de cette branche de la famille a subi les soubresauts de l'Histoire de l'Argentine, plus que toute autre et qu' ils sont tous "plus ou moins" atteint de folie.


c'était une bonne lecture tout de même et le lien avec le précédent Tunnel est visible.


mots-clés : #amour #criminalite #famille #guerre #historique #pathologie
par Bédoulène
le Jeu 17 Mai - 8:57
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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David Grann

La note américaine

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(Quel titre nul...
Titre original :Killers of the flower Moon, The Osage Murders and the Birth of the FBI)
Traduction Cyril Gay

A la fin du XIXème siécle, chassés par l'avidité des colons, les Indiens Osages achètent des terres dans ce qui sera l'Oklahoma. Des terres arides et dépeuplées dont personne ne veut. Mais quand on y découvre des gisements pétroliers, les prospecteurs affluent, les Indiens leur louent chèrement le droit d'exploitation et les voila riches à millions...Seulement  les Blancs ne sont pas si bêtes: ils ont déjà déclaré les Indiens inaptes à gérer leurs biens, leur ont imposé des curateurs, et l'argent est largement détourné. Mais cela ne suffit pas, une épidémie de morts violentes  terrorise la population, pour récupérer cet argent par arnaque à l'assurance ou héritages impliquant des couples mixtes.

En ces débuts du XXème siècle, la police locale était quasi inexistante, incompétente et corrompue, et il a donc fallu l'intervention des instances fédérales, en l’occurrence le Bureau of Investigations (futur FBI tout récemment repris en main par Hoover et dont c'est la première "grande enquête") pour vaincre les obstacles scrupuleusement échafaudés par les assassins, et mener à bien - au moins partiellement - l'enquête et les condamnations.

C'est sur cette histoire qu’enquête David Grann, un épisode fort peu glorieux de l'histoire américaine très largement occulté. Il rappelle les faits à notre mémoire et par certaines découvertes dans les archives, fait bouger le regard qu'on peut porter sur les faits, transformant un fait divers sordide en responsabilité collective impunie. Ce n'est pas génialement écrit, mais extrêmement documenté, illustré de photos magnifiques (un peu gâchées par le rendu d’impression) et  très intéressant,  tant sur ces fameux (un temps) richissimes Indiens Osages que  sur l’organisation policière et judiciaire de cette époque.

Mots-clés : #corruption #criminalite #discrimination #historique #justice #minoriteethnique
par topocl
le Mer 21 Mar - 20:26
 
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Sujet: David Grann
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Sylvain Pattieu

Le bonheur pauvre rengaine

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C'est un fait divers de l'après Grand Guerre, qui fit la une des journaux pendant plusieurs mois, et que  Pattieu, historien avant d'être écrivain, a ressorti des archives.

Il s’agit d'un crime trivial et sordide, survenu à Marseille dans le milieu de la pègre, parmi les souteneurs et les "femmes galantes", tout un petit monde issu du prolétariat et qui souhaite s'offrir mieux, à un moment où le désastre de la guerre laisse des "places à prendre" à un prolétariat miséreux et pas décidé à en rester là.

On se croirait dans une balade de Fréhel. C'est un saisissant portrait d'un lieu et d'une époque, mais surtout d'un milieu qui a alimenté de nombreux films noirs en noir et blanc, relaté ici  en un récit mêlant fiction, photos et archives judiciaires.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #faitdivers #historique #social
par topocl
le Lun 5 Fév - 9:51
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Ivan Jablonka

Laetitia ou la fin des hommes

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Ivan Jablonka parle de Laetitia, cette jeune femme de 18 ans sauvagement assassinée et  démembrée vers Pornic en 2011, affaire qui a fait grand bruit dans la presse. Il applique ses techniques d'historien-sociologue pour une tentative d'épuisement de ce fait divers.

Il s'intéresse à Laetitia , dans un désir de lui rendre une certaine justice, à sa sœur jumelle Jessica, à leur  environnement familial défaillant(famille biologique et famille d'accueil) préparation parfaite, voire répétition générale au long cours du drame. Il s’intéresse à son assassin, issu du même milieu, avec les mêmes codes, les mêmes fatalités. Il s'intéresse aussi aux protagonistes indirects ,  magistrats, avocats, enquêteurs, politiques (Sarkozy qui en profite pour vendre sa politique compassionello-répressive), journalistes qui ont fait que cette affaire a été ce qu'elle était, qu'elle a été en quelque sorte retirée à Laetitia, sa jeunesse et sa dignité, pour en faire une histoire publique,  et non plus intime,  avec ses mensonges et ses dérives.

Jablonka ne s'exclue pas de ces intervenants extérieurs qui ont pu s'approprier des faits, une histoire, pour l'instrumentaliser, lui, l'universitaire parisien   se mêlant de "ce qui ne le regarde pas", auto-parachuté en province, dans ce lumpen-prolétariat enfermé dans la reproduction de schémas pathogènes, de comportements destructeurs, de violence faite et répétée envers les femmes et les enfants.

C'est assez réussi, dans son exhaustivité qui implique quelques redites reflétant  l'obsession du chercheur. Jablonka a un très grand respect de chaque protagoniste, une compassion bienveillante et ouverte, qui trouve bien sa place à côté de la démarche "scientifique". Cette dernière implique une recherche rigoureuse de la vérité, et Jablonka ne laisse passer aucun détail, aussi nauséabond soit -il, ce qui pourra  rebuter certains.

On est dans une histoire aussi sordide que pathétique, révélatrice car les personnalités s'éclairent peu à peu, les comportements s’individualisent et on comprend que l'extraordinaire ne cache que du très ordinaire.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #justice #social #violence
par topocl
le Mer 10 Jan - 17:11
 
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Sujet: Ivan Jablonka
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Tanguy Viel

Article 353 du code pénal

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Au prologue, lors d'un partie de pêche, Martial Kermeur passe Jean Lazenec par dessus bord et s'en rentre tranquillement chez lui.

Le texte est ensuite un long huis clos entre Kermeur et le juge d’instruction, très discret. Dans un monologue tourmenté, d'une oralité travaillée, (long monologue mais court roman), le narrateur raconte cette débine qui lui a collé à la peau et l'a mené à ce geste si impensable, et pourtant si logique. Cela commence  comme un roman social, le licenciement, le divorce, l'arnaque immobilière, la machine de guerre ordinaire du capitalisme au quotidien ... Et cela va vite  sonder des sentiments des  plus intimes et profonds, la lente dérive du loser, sa solitude, l'envahissement de la honte qui  finit par l'anéantir quand il en voit le reflet dans l’œil de son fils.

J'ai marché à fond dans ce thriller psychologique sobre et pudique sur fond de petite vie misérable de province.

Certes l'interprétation par le juge du fameux Article 353, m'a paru bien peu juridique, mais plutôt littéraire. Ma foi, qu'importe, n'est pas justement de la littérature, que je demande?


mots-clés : #criminalite #psychologique #relationenfantparent #social
par topocl
le Dim 26 Nov - 10:55
 
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Sujet: Tanguy Viel
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William Riley Burnett

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Quand la ville dort / The Asphalt Jungle

Un truand, « Doc » Riedenschneider, sort de prison avec un très beau plan pour un cambriolage de bijouterie. Association avec un avocat véreux et fauché, un patron de petit bar restaurant, un italien terriblement amoureux de sa femme, et un texan pas vraiment commode et pas vraiment sur le retour. Évidemment il y a aussi une police qui est sur les dents et quelques imprévus.

Majoritairement vu du côté des gangsters mais pas que, on suit l'action et les combines des uns et des autres dans une légère atmosphère de déchéance et de fatigue. La ville est présente, sombre, peu hospitalière. Tout le monde est aux aguets.

Ce qui marque (si on met de côté l'ambiance, le cambriolage et le suspens qui sont très bien passés dans le très bon film qui en a été tiré, et c'est déjà beaucoup) ce sont la façon de voir les personnages. Ou la façon de nous faire voir comme ils verraient derrière leurs apparences à tendance peu recommandables.

C'est que les plus grands, les plus riches, les plus avides, les plus mauvais peut-être sont craintifs, lâches se sentent des complexes d'infériorité et tentent de s'en sortir avec plus ou moins de coups bas. Les "petits" de l'histoire, ceux qui incarnent des types aux activités punies par la loi mais savent globalement se tenir, Gus qui tient son bar-resto, l'italien et Dix le Texan qui veut juste rentrer chez lui sont plus appréciables mais perdus ou se réveillent "trop tard".

Dans ce drame terriblement humain il reste les femmes, pas très heureuses qu'elles soient femme ou maitresse d'avocat, italienne ou désespérément accrochée à un Texan qui a du mal à s'y faire...

Une grande histoire faite de petites faiblesses qui m'a rappelée le Scarface (de M. Leroy) avec la manière de dresser le portrait d'une certaine misère.

Un peu difficile de ne pas repenser au film (et à d'autres qui s'y sont nourri) mais ça ne gêne pas cette lecture à la forte personnalité qui après mes petites incursions au pays du noir amène une façon différente de dérouler le programme avec ses multiples personnages et ses différents points de convergence. Ça mérite le détour.

Est-ce que Quand la ville dort serait le premier d'une trilogie ?

(Récup).


mots-clés : #criminalite
par animal
le Sam 19 Aoû - 18:10
 
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Sujet: William Riley Burnett
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Iceberg Slim

Pimp : Mémoires d'un maquereau

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J'ai adoré ce roman autobiographique. Je l'ai aimé pour trois raisons principales :
- le langage est cru mais jamais salace, et il est incroyablement varié ce qui nous fait contourner les stéréotypes du rappeur-racailleux qui parle avec ses mots et tant pis si l'on ne comprend rien. Et ce langage, ce style permet de s'imprégner du paysage dans lequel l'auteur nous propulse.
- l'histoire qui est passionnante, loin des clichés, ce n'est pas une glorification ni une rédemption, c'est le constat d'une évolution heureuse et malheureuse par d'autres moments et cette distance, cette absence de jugement fait du bien.
- la richesse des personnalités qui constituent l"histoire : mi-charismatiques, mi pathétiques, ils sont complexes et cela permet des péripéties plus subtiles qu'il n'y parait.

J'ai vraiment aimé ce livre et je le conseille.


Mots-clés : #autobiographie #conditionfeminine #criminalite #prostitution #segregation #social #violence
par Hanta
le Ven 18 Aoû - 10:38
 
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Sujet: Iceberg Slim
Réponses: 4
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