Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 12 Nov - 17:57

53 résultats trouvés pour criminalite

Alexandria Marzano-Lesnevich

L’empreinte


Tag criminalite sur Des Choses à lire 51qxvc10


L’empreinte c’est celle que laisse notre passé dans nos vie et fait ce que  nous sommes. Y compris quand ce passé est tu ou nié. C’est l’empreinte de la fatalité.

Alexandria Marzano-Lesnevich,  fraîche émoulue de la fac de droit avec ses certitudes, tombe, dans le cadre d ‘une étude de cas, sur l’histoire de Ricky et Jérémy. Ricky, garçon bizarre, laissé pour compte, pédophile. Jérémy, son petit voisin de 6 ans qu’il a tué , peut-être abusé sexuellement.

En Alexandria se réveille le passé, la petite sœur morte dans le secret, les attouchements de son grand-père. Toutes ces choses dont on a cru que le silence suffirait à les effacer.

Tant de choses sont remuées qu’un un instant elle oublie son opposition fondatrice à la peine de mort, elle comprend à quel point elle ne pourra pas exercer ce métier en laissant l’émotion de côté : elle se reconvertit. Mais aussi elle part à la rechercher de son histoire de famille, entre souffrance et amour, en parallèle avec une recherche sur Richy Langley. Elle veut savoir, elle veut comprendre.

Elle comprendra surtout que la vérité est complexe, et que le droit, s’il suffit à prononcer un verdict, ne raconte qu’une version de l’histoire. Il ne suffit pas à établir la vérité dans la grande complexité des paradoxes dont la vie est pleine. Car la Vérité n’existe pas.

Alexandria Marzano-Lesnevich mène audacieusement  ses deux histoires en parallèle, fruits d’un travail de recherche et de reconstruction imaginative impressionnant. Car oui, si le droit l’interdit, la littérature autorise l’émotion. On va du rapport  juridique à l’intime, de la rigueur de la chercheuse à la sensibilité d’une jeune femme blessée qui découvre, et en même temps comprend certaines choses, y compris l’incompréhensible, et accepte de ne pas tout comprendre.

C’est une belle interrogation sur la nature-même de l’homme, la responsabilité, d’une humble humanité, précise comme un travail journalistique accompli, palpitante et bouleversante comme un roman.

Mots-clés : #criminalite #culpabilité #enfance #famille #justice
par topocl
le Mar 22 Oct - 15:14
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Alexandria Marzano-Lesnevich
Réponses: 6
Vues: 163

Mathieu Palain

Sale gosse

Tag criminalite sur Des Choses à lire Couv_s10


Originale : Français, 2019

Présentation de l'éditeur a écrit:Wilfried naît du mauvais côté de la vie.
Sa mère, trop jeune et trop perdue, l’abandonne. Il est placé dans une famille d’accueil aimante. À quinze ans, son monde, c’est le foot. Il grandit balle au pied dans un centre de formation. Mais une colère gronde en lui. Wilfried ne sait pas d’où il vient, ni qui il est. Un jour sa rage explose ; il frappe un joueur. Exclusion définitive. Retour à la case départ. Il retrouve les tours de sa cité, et sombre dans la délinquance. C’est là qu’il rencontre Nina, éducatrice de la Protection judiciaire de la jeunesse. Pour elle, chaque jour est une course contre la montre ; il faut sortir ces ados de l’engrenage. Avec Wilfried, un lien particulier se noue.
D’une plume hyper-réaliste, Mathieu Palain signe un roman percutant. Il nous plonge dans le quotidien de ces héros anonymes et raconte avec empathie une histoire d’aujourd’hui, vraie, urbaine, bouleversante d’humanité.


REMARQUES :
Roman, inspiré d’histoires vraies. Ecriture et histoire qui sonne réaliste et proche d’un vécu dans la France d’aujourd’hui. Comme dit le titre, il s’agit d’un gosse : à l’heure du roman Wilfried a quinze ans. Il a fait une bêtise qui l’arrache de ce qu’il aimait faire : le foot dans un centre d’entrainement de l’AJ Auxerre. Donc, il revient vers ses parents d’accueil et vire doucement vers le bas. Et sera reclamé après une quinzaine d’années d’absence par sa mère naturelle. Comment s’en sortir ?

Et c’est déjà que l’auteur avait introduit depuis le début la présence de personne attachantes et engagées de la protection des mineurs et de l’accompagnement. Donc un regard positif sur ce travail dans le social ! Et ainsi pas justement fataliste, mais porteur d’un espoir. Mais néanmoins écrit avec une plume très réaliste, n’évitant pas des descriptions macabres et p ex le langage des banlieues. J’ai rarement (jamais?) lu quelque chose de si près du vécu d’une couche de jeunes dont je ne connais si peu. Très bien !

Voir aussi entretien avec l'auteur: https://www.youtube.com/watch?v=V14nEZtOI1U


Mots-clés : #criminalite #jeunesse #justice #social
par tom léo
le Jeu 10 Oct - 22:02
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Mathieu Palain
Réponses: 3
Vues: 85

Cormac McCarthy

Un Enfant de Dieu

Tag criminalite sur Des Choses à lire Mccart10

La première partie de cette novella (ou bref roman) consiste en une suite d’épisodes généralement succincts donnant des aperçus sur la vie précaire de Lester Ballard, un campagnard du Sud états-unien, où les gens semblent être idiots à divers degrés (cf. Faulkner). Il est précisé dès le départ que ce personnage est « Un enfant de Dieu, sans doute comme vous et moi. »
Voici un de ces instantanés, ici lors d’un feu d’artifice au cours d’une fête foraine :
« Et parmi les visages, une jeune fille avec une pomme d’amour aux lèvres et les yeux écarquillés. Ses cheveux pâles sentaient le savon, femme-enfant venue du fond des âges, en extase sous l’embrasement de soufre et les torches de poix de quelque foire médiévale. Une mince chandelle longue comme le ciel embrochait les flaques noires de ses yeux. Elle s’étreignait les doigts. Dans le flot de cette galaxie de soufre qui se rompait, elle vit l’homme aux ours [Lester] qui la regardait et elle se rapprocha un peu plus de la fille à côté d’elle, se passant rapidement deux doigts dans les cheveux. »

Cette structure en petites touches dessine le personnage de façon impressionniste, sans grande cohérence au fil des pages, l’auteur-narrateur omniscient ne dispensant que des bribes qui ne peuvent pas former un puzzle complet : le lecteur doit supputer, composer dans une certaine obscurité.
Cormac McCarthy sait aussi observer la nature, s’en inspirer et la rendre :
« Au printemps ou par temps plus doux lorsque la neige fond dans les bois, les traces de l’hiver réapparaissent sur de minces socles et elles révèlent le palimpseste d’anciennes divagations, de luttes, de scènes de mort ensevelies. Contes d’hiver ramenés au grand jour, comme le temps qui se retournerait sur lui-même. Ballard allait à travers bois, donnant du pied dans ses anciennes traces, là où elles s’incurvaient au-delà de la colline vers sa maison d’autrefois. Vieilles allées et venues. Les traces d’un renard ressortaient de la neige en intaille comme les petits champignons et les tachetures de baies, là où les oiseaux avaient chié sur la neige des fientes rouges comme du sang. »

Leslie tient surtout à son fusil. J’ai remarqué que les (autres) animaux, fréquemment croisés, sont systématiquement maltraités.
Dans la deuxième partie, Leslie se révèle ignoble à l’occasion de macabres péripéties. Le lecteur découvre progressivement ce qui est manifeste dans la troisième partie : Leslie est un tueur en série obsédé sexuel particulièrement répugnant.
« Déboulant de la montagne avec cette chose sur le dos il ressemblait à un homme assailli par quelque abominable succube, la fille morte le chevauchant, les jambes écartées et repliées, telle une grenouille monstrueuse. »

Autant prévenir, ce n’est pas de la petite bière, et pas mal d’auteurs de thrillers gore pourraient être jaloux.
Symptomatiquement, j’ai noté le même extrait que Shanidar, où l’auteur prend le lecteur à partie :
« Il ne savait pas nager, mais comment un type comme lui aurait-il pu se noyer ? La rage semblait lui tenir lieu de bouée. Une pause dans le cours normal des choses sembla se produire en ce lieu. Regardez-le. On aurait pu dire qu’il était porté par ses semblables, des gens comme vous. Qu’il en avait peuplé le rivage et qu’ils l’appelaient. Une race qui nourrit les estropiés et les fous, qui veut de leur sang mauvais dans son histoire et l’obtient. Mais ils veulent la vie de cet homme. Il les a entendus dans la nuit qui le cherchaient avec des lanternes et des cris d’exécration. Pourquoi parvient-il à surnager ? Ou plutôt, pourquoi ces eaux ne le prennent-elles pas ? »

Par contre, je vois personnellement un parti-pris eugénique dans ce passage… A mon sens, le message du livre serait plutôt quelque chose comme : nous les humains sommes tous plus ou moins des monstres ressortissant du Mal…
Mais l’expression de Cormac McCarthy est à mes yeux du grand art, malgré quelques petites confusions, peut-être dues à la traduction.

Mots-clés : #criminalite #ruralité
par Tristram
le Mar 24 Sep - 21:28
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Cormac McCarthy
Réponses: 34
Vues: 1307

Jon Sealy

Un seul parmi les vivants

Tag criminalite sur Des Choses à lire 41j5o810

Ce n’était pas le mal que Chambers lisait dans le regard de Tull,mais l’indifférence amorale d’un univers sans dieu.Le mal signifiait au moins qu’il existait dans le monde quelque chose de plus grand que nous, alors que Tull semblait affirmer qu’il n’y avait que le néant. Le vide absolu.


 Ça ouvre sur un shérif vieillissant , perclus d’arthrose, et de chagrin peut-être.   La Grande Crise mène les destins des champs à l’usine de filature. Dieu ne suffit plus à sauver les hommes, ils sont morts à ma guerre ou meurtris par leur expérience. L’alcool est le seul dérivatif à la misère, et la Prohibition ne peut que jeter là son ombre de violence, entre argent et pouvoir.

C’est un roman d’ambiance qui accompagne en parallèle la vie d’une famille peu à peu vaincue par la fatalité, et d’un autre côté le « baron du whisky » qui donne son titre américain à l’ouvrage.

Belle description d’une époque dans ce roman noir, qui pêche sans doute par une intrigue un peu linéaire à laquelle manque une pointe d’originalité.


Mots-clés : #criminalite #polar
par topocl
le Sam 24 Aoû - 18:02
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Jon Sealy
Réponses: 2
Vues: 69

Luca Di Fulvio

Le gang des rêves

Tag criminalite sur Des Choses à lire Le_gan10

Titre original: La gang dei sogni. Paru en italien en 2008, roman, 920 pages environ.

Le roman débute à Aspromonte, Calabre, au début du XXème siècle.
Une petite fille (Cetta) grandit sous le regard de sa mère mais aussi celui, concupiscent, du patron de celle-ci, qui visiblement possède êtres, terres et choses et en dispose à son gré.
Cetta, devenue adolescente, se fait estropier par surprise par sa mère, afin de lui éviter les griffes du patron ou de l'entourage de celui-ci.
Ce sera sans succès et elle accouchera, "à presque quatorze ans", d'un garçon prénommé Natale, c'est-à-dire Noël.
Peu désireuse d'appartenir au patron comme l'une de ses terres, elle s'embarque à Naples pour l'Amérique avec son bébé. La traversée se passe en viols continus par le capitaine, contre un quignon de pain et un peu d'eau. Une fois débarqués à Ellis Island et sur recommandation du capitaine, la petite fille, flanquée de son bébé, va connaître des années durant la prostitution en maison close.
Son maquereau, Sal Tropea, sous des allures brutales est doté d'un cœur ainsi qu'on s'en aperçoit petit à petit au fil des pages, pour un premier élément un peu positif dans ce livre, ce qu'on n'osait plus espérer. Ce personnage de souteneur-gangster impuissant fait un petit peu songer à Sanctuaire, de Faulkner, est-ce là une référence que Di Fulvio est allé glaner ?
Une référence certaine est l'emprunt de Diamond Dogs, de David Bowie, revendiqué en-tête du reste, comme nom de gang (tiré de l'album et de l'excellent tube éponymes).

Natale Luminata devient Christmas Luminata, grandit dans le New-York du Lower East Side dans la pauvreté, la violence et hors système scolaire: il ne veut plus retourner à l'école depuis que des gamins lui ont tracé un P à la pointe du couteau sur la poitrine, qui lui laissera une cicatrice à vie, P signifiant Putain en rapport au métier exercé par sa mère.
Son bagout, une ou deux rencontres (Santo le copain docile et effacé, Pep le boucher à la chienne galeuse), et l'observation active de la rue, ses mœurs, ses codes et son spectacle lui tiennent lieu d'apprentissage de la vie.
Son destin commence à basculer le jour où il recueille, dans les immondices d'un terrain en chantier, une adolescente de son âge, presque moribonde, frappée, violée et amputée d'un doigt. Elle se trouve être Ruth Isaacson, petite-fille d'un millionnaire en vue...
mais je ne vais pas vous résumer les 700 pages restantes !

Comme je le disais sur le fil Nos lectures en Août 2019, Di Fulvio pratique un matraquage à la violence, au sordide et à l'abjection durant les premiers chapitres, sans doute pour aguicher le voyeur-lecteur, ça doit marcher sans doute (est-ce assez "grand public" ?), mais, franchement, à mon goût là il en fait trop: a-t-on besoin de ce pilonnage systématique alors qu'on vient à peine de quitter l'embarcadère pour une traversée de plus de 900 pages ?
Retors, il ajoute alors des retours chronologiques permanents afin de bien laisser la tête lourde  à l'heure de reposer le livre sur votre chevet, comme si le contenu ne suffisait pas (le lecteur n'auto-intitulera pas ce bouquin "Le gang des bonnes nuits et des beaux rêves").

Heureusement Di Fulvio rentre à temps dans une espèce de linéarité chronologique, et l'ouvrage se suit, au fil des pages comme si c'était au gré d'un courant non tumultueux. Homme de théâtre, Di Fulvio fait de chaque chapitre une entrée en scène: on suit le ou les personnages avant de passer à une autre scène, un autre lieu souvent, au chapitre suivant.

Reste à décerner beaucoup de points positifs, comme le style, alerte, vif, Luca Di Fulvio s'avère être une plume rompue au tournemain du savoir-camper, tout en restant percutante, sans encombrer.
De plus l'ensemble du roman est bien découpé/calibré, et c'est remarquable sur la très longue distance de cet ouvrage (exercice très casse-figure, tout le monde n'est pas Tolstoï !), et le final, parti de loin, amené sur 150 pages environ, assez travaillé et pas nécessairement prévisible, m'a ravi, m'arrache quelques applaudissements spontanés (encore la patte de l'homme de théâtre, peut-être ?).






Mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #enfance #esclavage #immigration #prostitution #segregation #violence #xxesiecle
par Aventin
le Sam 10 Aoû - 6:05
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Luca Di Fulvio
Réponses: 2
Vues: 127

James Ellroy

Ma part d'ombre

Tag criminalite sur Des Choses à lire M0274310

Le livre est composé de 4 chapitres :

I La rouquine

Il s'agit de la découverte d'un corps de femme étranglée et abandonnée dans un parc, "rouquine", de son identification : Jean Ellroy née Hilliker et qui se trouve être la mère de l'auteur. Annonce à l'enfant de 10 ans et à l'ex-mari, lesquels ne semble pas trop touchés. Les relations père/fils semblent très bonnes. l'attitude de l'enfant n'est pas significative pour la police, mais celle du père  affirme des mauvaises relations de l'ancien couple. Déroulement logique d'une enquête criminelle qui n'aboutira pas.

"Je savais que j'aurais du pleurer. La mort de ma mère était un cadeau et je savais que j'aurais du payer pour le recevoir"
Je la haïssais, je haïssais El Monte. Quelque tueur inconnu venait de m'offrir la vie ; une vie flambant neuf."
dira plus tard l'auteur.

II Le môme sur la photo

Enfance de James avec ses parents, puis en alternance après leur séparation. L'homme et la femme se critiquent devant l'enfant et James croit son père et toutes les critiques sur sa mère : ivrognesse et pute. Jean était infirmière et élevait correctement son fils mais s'octroyait les WE pour elle pendant que James était avec son père.
Seul avec un père permissif  ("Mon père cosignait mon obsession du crime" ; "J'avais 13 ans, des femmes mortes me possédaient".
)
Avec son père James a une vie sociale assez misérable, mauvais élève, voyeur, menteur, entre dans une bande de garçons dont il est le "fou", le taré et qui le maltraite : "J'étais le môme-poster idéal pour illustrer le chapitre "Si-Vous-Ne-Pouvez-M'Aimer-Remarquez-Moi" de tous les bouquins de psychologie infantile.

Espionnait sa mère pour son père quand il vivait avec elle à El Monte et la haïssait puisque son père la haïssait."Je la haïssais et je crevais de désir pour elle. Et alors elle est morte"

Quand son père meurt James est adolescent,  mais durant leur vie à deux il a eu le temps de reconnaître que les critiques de Jean étaient justifiées.

Il s'abîme dans l'alcool, la drogue, jusqu'à entendre des Voix et avoir des crises de delirium tremens (seul un autre ado, Lloyd l'aide) fait de la prison car il squatte les maisons vides, vole, fait le voyeur, devient  SDF. Devient de plus en plus obsessionnel pour le crime sexuel, la pornographie.

C'est suite à une hospitalisation et avec le cercle des  "AA" qu'il prend conscience, à 27 ans de son état, mais malgré cela il a écrit un roman lequel a été publié.
Suit la rencontre avec sa femme et leur vie, une vie qu'il commence avec sa mère disparue, sa femme l'y pousse, et qu'il espère pouvoir lui revenir et récupérer ce qu'il a manqué, négligé enfant.
Il se créé un monde intérieur pour la retrouver, seul avec elle, dans le noir.

III - Stoner

Deux chapitres où l'on fait connaissance avec cet inspecteur de la criminelle en le suivant dans ses enquêtes et lui aussi son obsession pour "ses femmes" assassinées.

IV - Geneva Hilliker

Stoner et Ellroy reprennent de bout en bout le dossier de Jean Ellroy, retrouvent les personnes encore en vie (37 ans ce sont écoulées depuis juin 58) tous deux souhaitent retrouver les deux personnes qui doivent savoir ce qui s'est passé : un homme dit "le basané" et une femme blonde avec une queue de cheval.
De longues recherches, lectures de dossiers, rencontres, interrogations etc....
James en renouant avec la famille de sa mère aura l'agréable surprise de récupérer des photos d'elle dans sa jeunesse, verra la maison où elle a vécu, petit à petit il l'apprend, sa mère lui appartient, il veut la retrouver, la reconnaître.
"Je ne laisserai pas s'installer de fin. Je ne la trahirai pas, ne l'abandonnerai pas une nouvelle fois."

***
ce que j'en pense : Un peu de redites par rapport à la lecture du Dalhia noir.

Il me fait de la peine ce "môme" qui doit vivre sans la régularité, l'affection  de sa mère qu'il a repoussé ;  dans la permissivité de son père (un raté), l'obsession du crime sexuel, sans amis (seul Lloyd l'aidera), qui devra faire tout et n'importe quoi pour être "remarqué" pour exister aux yeux des autres.
Pourquoi ce besoin du "noir" pour se retrouver, pour retrouver sa mère ?
Cette haine/amour qu'il a d'elle  (rêve et visions incestuelles, à l'âge adulte) est-ce un complexe d'oedipe  refoulé et qui ressurgirait plus tard dans la vie de l'adulte ?

j'attends l'analyse de Chrysta (notre spécialiste) qui doit lire aussi ce livre.

C'était donc une lecture "noire", où tout nous est dévoilé sur le minutieux et long  travail d'enquête d'un policier de la criminelle. Une vision aussi de la société américaine à l'époque des années 50 et l'évolution 30/40 ans plus tard. J'ai eu l'impression que LA était une zone de largage de corps de femmes assassinées.
Ecriture incisive qui sied à l'ambiance.


Mots-clés : #autobiographie #criminalite #lieu
par Bédoulène
le Mer 31 Juil - 16:41
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: James Ellroy
Réponses: 12
Vues: 306

Suketu Mehta

Tag criminalite sur Des Choses à lire 51-yqz10

Bombay Maximum City

Bombay Maximum City est un monstre : près de 800 pages en grand format, plus de 5 cm d’épaisseur, et un contenu protéiforme et démesuré, aussi affolant qu’attachant, déroutant en diable…  Un ouvrage gargantuesque, à l’image de cette ville tentaculaire de Bombay (désormais Mumbai), plus de 20 millions d’habitants au compteur et des milliers de nouveaux arrivants absorbés chaque jour sans coup férir.
Bombay est la ville de tous les possibles : un Eldorado, un mirage, une chimère… Pour elle, pour les espoirs qu’elle porte, les provinciaux n’hésitent pas à tout quitter pour s’entasser à 7 dans quelques mètres carrés insalubres. A Bombay, millionnaires et miséreux vivent dans une étonnante proximité, les gangs règnent en maîtres, la politique se mêle de tout – ou rien, c’est selon. A Bombay nul ne peut vivre s’il n’accepte qu’en toute chose, il faut accepter de petits arrangements, avec autrui comme avec sa propre conscience… Bombay est aussi sage que délurée, honnête que corrompue, tolérante qu’incendiaire… Bombay a mille vies et mille formes, si étroitement entrelacées qu’il est presqu’impossible de les démêler.

Suketu Mehta, de retour dans la ville de son enfance après des années passées aux Etats-Unis, a arpenté la cité pour tenter de se la réapproprier. Il nous livre un ouvrage hybride et très personnel, mélange de récit autobiographique et d’enquête journalistique. La particularité de l’auteur est d’avoir longuement côtoyé ceux dont il a choisi de parler, finalement pas si nombreux, et d’avoir exploré des facettes sombres ou méconnues de la ville. On croise ainsi d’attachantes danseuses de bar, des tueurs à gage à la solde des gangs qui contrôlent la ville, des stars de Bollywood, un chevalier blanc de la lutte anti-terroriste (tortionnaire à ses heures perdues), et même une famille de diamantaires jaïns qui renonce à tout attachement et tout bien terrestre pour embrasser une vie monastique d’un ascétisme presque terrifiant...

Dans ce foisonnement d’informations, le passage qui m’a durablement marquée reste la (longue) première partie, consacrée aux émeutes inter-religieuses qui ont ensanglanté la ville en 1993. On ne ressort pas indemne de la lecture des témoignages de ceux qui, des années après avoir massacré passants, voisins, et même amis, prétendaient n’en éprouver aucun remord, tandis que l’instigateur des émeutes, le tout puissant Bal Thackeray (chef du parti nationaliste hindou Shiv Sena), continuait d’attiser la haine dans un constant mélange de  « fake news » et d’arrogance. Avec le tout Bombay à sa porte pour solliciter ses faveurs...

Bombay Maximum City, ce sont 800 pages de démesure et d’humanité cachée, retrouvée ou bafouée. Un texte dont on ressort tout pantelant, des interrogations plein la tête. On ne va pas se mentir : il y a des longueurs. Pas mal de longueurs, même. J’en avais bien conscience en les lisant et pourtant je m’en fichais comme d’une guigne, tant l'auteur a le don de vous prendre par la main et de ne plus vous lâcher. (Bon allez OK, j'ai un chouilla rechigné sur la fin. Mais chut.)
Quinze ans après la parution du livre, j’aimerais penser que la situation a bien changé, et pourtant j’en doute, tant les problèmes de Bombay semblent être voués à un éternel recommencement…. Un livre édifiant.


Mots-clés : #autobiographie #criminalite #documentaire #lieu #religion #violence
par Armor
le Mar 30 Juil - 18:37
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Suketu Mehta
Réponses: 14
Vues: 278

William Faulkner

Trois nouvelles (Une rose pour Emily - Soleil couchant - Septembre ardent)

Tag criminalite sur Des Choses à lire A_rose10
Titres originaux: A Rose for Emily - That evening sun - Dry September.

Lu en version Folio bilingue (ci-dessus).
Dates de premières publications: 1930 pour A Rose for Emily, 1931 pour That evening sun et pour Dry September.


________________________________________________________________________________________________________________________________________________________


A Rose for Emily (Une rose pour Emily):

Le narrateur écrit au "je", plus exactement au "nous", "nous" englobant ainsi tous les habitants de la ville (Jefferson, bien connue des lecteurs de Faulkner).
Emily et sa maison sont, en quelque sorte, deux monuments, deux exceptions à Jefferson. L'histoire débute par l'évocation de la date du décès d'Emily. Ce décès donne enfin l'occasion à la communauté villageoise de pousser la porte de la maison d'Emily, où elle vivait recluse en compagnie d'un vieux serviteur, qui disparaît dès le décès officialisé:

V a écrit:Le Noir vint à la porte recevoir la première des dames. Il les fit entrer avec leurs voix assourdies et chuchotantes, leurs coups d'œil rapides et furtifs, puis il disparut. Il traversa toute la maison, sortit par-derrière et on ne le revit plus jamais.
Les deux cousines arrivèrent tout de suite. Elles firent procéder à l'enterrement le second jour. Toute la ville vint regarder Miss Emily sous une masse de fleurs achetées. Le portrait au crayon de son père rêvait d'un air profond au-dessus de la bière, les dames chuchotaient, macabres, et, sur la galerie et la pelouse, les très vieux messieurs - quelques-uns dans leurs uniformes bien brossés de Confédérés - parlaient de Miss Emily comme si elle avait été leur contemporaine, se figurant qu'ils avaient dansé avec elle, qu'ils l'avaient courtisée peut-être, confondant le temps et sa progression mathématique, comme font les vieillards pour qui le passé n'est pas une route qui diminue mais, bien plutôt, une vaste prairie que l'hiver n'atteint jamais, séparé d'eux maintenant par l'étroit goulot de bouteille des dix dernières années.


V a écrit:The Negro met the first of the ladies at the front door and let them in, with their hushed, sibilant voices and their quick, curious glances, and then he disappeared. He walked right through the house and out the back and was not seen again.The two female cousins came at once. They held the funeral on the second day, with the town coming to look at Miss Emily beneath a mass of bought flowers, with the crayon face of her father musing profoundly above the bier and the ladies sibilant and macabre; and the very old men --some in their brushed Confederate uniforms--on the porch and the lawn, talking of Miss Emily as if she had been a contemporary of theirs, believing that they had danced with her and courted her perhaps, confusing time with its mathematical progression, as the old do, to whom all the past is not a diminishing road but, instead, a huge meadow which no winter ever quite touches, divided from them now by the narrow bottle-neck of the most recent decade of years.


________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

That evening sun  (Soleil couchant):

Le thème de la peur, traité très en finesse. Quelle virtuosité dans l'inexprimé, quelle économie de mots, aussi. Beaucoup de dialogues, mettant en avant le langage des enfants:
En effet le narrateur au "je" de la nouvelle est un enfant de neuf ans, Quentin:
Autant Christian Bobin m'avait exaspéré avec ce procédé-là dans La folle allure, autant William Faulkner m'enchante dans That evening sun !

IV a écrit:
Alors, Nancy se remit à faire le bruit, pas fort. Assise, penchée au-dessus du feu, elle laissait pendre ses longues mains entre ses genoux. Soudain, l'eau se mit à couler sur sa figure, en grosses gouttes. Et, dans chaque goutte, tournait une petite boule de feu, comme une étincelle, jusqu'au moment où elle lui tombait du menton/ "Elle ne pleure pas, dis-je".
- "Je ne pleure pas" dit Nancy. Elle avait les yeux fermés. ""Je ne pleure pas. Qui est-ce ?
- Je ne sais pas, dit Caddy qui se dirigea vers la porte et regarda au-dehors. Il va falloir que nous partions, dit-elle. Voilà Papa.
- Je vais le dire, dit Jason. C'est vous qui m'avez forcé à venir."


IV a écrit:Then Nancy began to make that sound again, not loud, sitting there above the fire, her long hands dangling between her knees; all of a sudden water began to come out on her face in big drops, running down her face, carrying in each one a little turning ball of firelight like a spark until it dropped off her chin. "She's not crying," I said.
"I ain't crying," Nancy said. Her eyes were closed. "I ain't crying. Who is it?"
"I don't know," Caddy said. She went to the door and looked out. "We've got to go now," she said. "Here comes father."
"I'm going to tell," Jason said. "Yawl made me come."




_________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Dry September (Septembre ardent):

Un salon de coiffure pour hommes [blancs] dans une petite ville du Sud Faulknérien. Une rumeur de viol d'une femme blanche célibataire par un noir enflamme la conversation. Seul le coiffeur s'interpose et est persuadé de l'innocence du noir.

Nouvelle où action et suggestion sont étroitement imbriquées, avec finesse: la non-description du lynchage est remarquable, dans ce registre-là (il fut, paraît-il, reproché à Faulkner de ne pas avoir couché ce lynchage sur papier). Très sobre dans son écriture, Faulkner nous gratifie d'une nouvelle dense, paroystique: du grand art.

III a écrit:
La vitesse précipita Hawk parmi les ronces poussiéreuses jusque dans le fossé. Un nuage de poussière s'éleva autour de lui, et il resta étendu, haletant, secoué de nausées, parmi les craquements ténus, agressifs de tiges sans sève, jusqu'à ce que la seconde voiture soit passée et ors de vue. Alors, il se leva et s'éloigna, traînant la jambe. Arrivé sur la grand-route, il prit la direction de la ville en brossant de ses mains son vêtement. La lune avait monté, elle glissait très haut, sortie enfin du nuage de poussière sous lequel, au bout d'un moment, la lueur de la ville apparut.

 

III a écrit:The impetus hurled him crashing through dust-sheathed weeds, into the ditch. Dust puffed about him, and in a thin, vicious crackling of sapless stems he lay choking and retching until the second car passed and died away. Then he rose and limped on until he reached the highroad and turned toward town, brushing at his clothes with his hands. The moon was higher, riding high and clear of the dust at last, and after a while the town began to glare beneath the dust.



Mots-clés : #criminalite #justice #mort #psychologique #racisme #segregation #vieillesse #violence
par Aventin
le Dim 9 Juin - 13:35
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: William Faulkner
Réponses: 68
Vues: 2795

Céline Minard

Bacchantes

Tag criminalite sur Des Choses à lire Cvt_ba10

La police de Hong Kong est sur les dents. Trois braqueuses punko-foldingues et un rat ont investi une cave à vin géante, logée dans d‘anciens bunkers anglais hypersécurisés,  où un homme d’affaire astucieux - et aux dents longues - héberge les millésimes au prix inestimables de tous les plus riches collectionneurs de la planète, qui souhaitent ainsi échapper au fisc. L’image délirante et  symbolique d ‘une société  capitaliste où la dérive n’a plus que les limites de l’imagination.

Les trois braqueuses sont beaucoup mieux organisées que la police, qu’elles narguent avec d’autant plus de plaisir et de provocations que, on le comprend peu à peu,  leurs intentions sont simplement de monter un bon coup pour se moquer des riches et des puissants. Un typhon arrive dans 15 heures et il n’y a pas de temps à perdre.

La fin est des plus opaques, j’ai été rassurée en constatant sur internet que je n’étais pas la seule à n’y avoir rien compris.

Si on prend ça comme une galéjade, une satire de roman noir, une bonne blague qui cherche à démonter un certains nombre de stéréotypes, c’est assez cocasse et réussi.
Si on prend ça comme un roman de littérature, c’est d’une maigreur qui laisse affamée, et songeuse à l’idée que j’aurais pu laisser 13 euros 50 là-dedans (on ne peut même pas dire "Ne perdez pas votre temps" tellement c’est court). Les pieds de nez astucieux et fariboles rigolotes ne suffisent pas à compenser le manque d’intrigue, les pistes lancées non abouties, la superficialité du truc et des personnages.

Bon, Céline Minard, c’était marrant, cette bonne blague écrite à la va-vite, on dirait un défi lancé à la sortie d’un stage d’œnologie. Mais ça c’est bon pour une soirée comique entre copains. Quand est-ce que vous repassez à la littérature ?



Mots-clés : #absurde #criminalite #humour
par topocl
le Sam 20 Avr - 21:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Céline Minard
Réponses: 25
Vues: 911

Daniel Defoe

Ah ben c'est qu'on se bidonne par ici ! pirat

J'en profite :

Tag criminalite sur Des Choses à lire Blackb10

Barbe Noire

Les Chemins de fortune, Histoire générale des plus fameux pyrates I

  Une anthologie de la piraterie ? Passé la très solide préface (de Michel Le Bris)qui a elle seule, s'intéressant à l'histoire du texte, avant et après publication, comme à l'auteur, tient déjà du roman d'aventure ou du presque fantastique et nous mets en état de lire la suite... On n'est mis tout de suite dans le bain. L'auteur doit se défendre de toute apologie et clamer le sérieux de ses sources avant d'attaquer par le menu les histoires des plus fameux pirates qui ont écumé les océans de Madagascar à Terre-Neuve en passant par les Caraïbes et l'Afrique Occidentale au début du XVIIIème siècle. Et une rapide synthèse des "parentés" entre équipages.

  De l'exotisme au menu donc. Et une série de récits portés sur l'énumération tous aussi édifiants et répétitifs les uns que les autres. Répétitif ça l'est et pourtant on ne se lasse pas vraiment, et on ne peut pas dire qu'un puissant souffle romanesque habite les pages, puisque le texte se veut documentaire. Certes quelques dialogues et quelques formes indirectes qui font travailler l'imaginaire...

  Mais pourquoi reste-t-on accroché à ce point ? Le schéma de base est le suivant : un équipage se mutine ou s'enfuit, il attaque d'autres bateaux et s'empare des marchandises de valeurs, voire du bateau lui-même et plus ou moins de gré ou plus ou moins de force une partie de l'équipage rejoint les pirates. Petite pause pour retaper les bateaux et les hommes et c'est reparti, jusqu'à constituer de petites flottilles de pirates qui n'hésitent pas à remonter les fleuves ou à attaquer des forts et des villes ! Plus ou moins cruels et filous les équipages se séparent, s'entretuent ou finissent par se faire coincer par des navires de guerre.

  Le bouquin aime bien raconter les procès faits aux pirates et leur absence de repentir ou le réveil d'une foi fervente à l'aube de la pendaison. Il est vrai qu'il y aurait de quoi faire des pages colorées avec ça entre les scènes de débauches ou de détresse les plus extrêmes, c'est que les erreurs de navigation et le manque d'eau douce ou de vivres ne sont pas rares.

  Le compte n'y serait pas encore. En effet notre auteur est assez retors, il suscite chez nous la fascination et un semblant de sympathie pour ces brutes de toutes nationalités et origines sociales. Ils nuisent au libre commerce des Anglais surtout, mais aussi des autres Espagnols, Portugais, Français mais pas seulement. Le commerce pas toujours légal des êtres humains se porte bien, les arrangements légaux divers aussi, les amnisties sont parfois bien pratiques... et le marin exploité n'est pas toujours le plus coquin et généralement pas le mieux nourri ou le mieux traité. Les volontaires pour tenter de changer de vie sont donc assez nombreux. Quelle vie alors ? Une égalité un peu rustique et parfois violente mais ou chacun aurait voix au chapitre. Des fois ça va mieux que d'autres et certains pirates semblent plus humains. On trouve aussi la tentation une fois fortune faite de se poser à terre pour profiter et vivre "normalement". (On observe aussi en filigrane et bien soulignée par la préface la question de la foi et de la liberté de culte qui a poussé à aller vivre à l'autre bout du monde une part non négligeable de "réformateurs" (je ne sais pas si le terme est juste et mes lacunes en histoire font le reste). ça tient aussi de l'étude de société alternative, de tentatives de sociétés alternatives.

 Le compte rendu est chronologique et il est amusant de suivre la progression du propos, plus lâche, la condamnation apparait moins lourde alors que les crimes sont de plus en plus barbares... et que les récits se rapprochent toujours plus de l'Europe et de l'Angleterre !

Cette somme attribuée au Capitaine Charles Johnson, ou pseudonyme pour Daniel Defoe est réputé être la principale source d'histoire (historique) et d'imaginaire pour ces pirates, mélangeant joyeusement les deux. Ce qui rend la chose encore plus particulière bien que l'effort documentaire sérieux semble avéré.

  Bizarre comme lecture, déroutant, étonnant, une sorte d'à côté du romanesque et d'à côté de l'historique, ou un docu-fiction avant l'heure et savamment tordu ?


Mots-clés : #criminalite #documentaire #historique
par animal
le Lun 8 Avr - 21:54
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Daniel Defoe
Réponses: 13
Vues: 218

Daniel Defoe

Moll Flanders

Tag criminalite sur Des Choses à lire Moll_f10


L’extrait suivant résume assez les débuts défavorisés dans l’existence de l’héroïne-narratrice de ce roman "réaliste" :
« On m’a dit que dans une nation voisine, soit en France, soit ailleurs, je n’en sais rien, il y a un ordre du roi, lorsqu’un criminel est condamné ou à mourir ou aux galères ou à être déporté, et qu’il laisse des enfants (qui sont d’ordinaire sans ressource par la confiscation des biens de leurs parents), pour que ces enfants soient immédiatement placés sous la direction du gouvernement et transportés dans un hôpital qu’on nomme Maison des Orphelins, où ils sont élevés, vêtus, nourris, instruits, et au temps de leur sortie entrent en apprentissage ou en service, tellement qu’ils sont capables de gagner leur vie par une conduite honnête et industrieuse. Si telle eût été la coutume de notre pays, je n’aurais pas été laissée, pauvre fille désolée, sans amis, sans vêtements, sans aide, sans personne pour m’aider, comme fut mon sort ; par quoi je fus non seulement exposée à de très grandes détresses, même avant de pouvoir ou comprendre ma situation ou l’amender, mais encore jetée à une vie scandaleuse en elle-même, et qui par son ordinaire cours amène la destruction de l’âme et du corps. »

Peut-être faut-il compter au nombre de ses handicaps l’ardent désir de devenir « une dame de qualité » ?
« Je continuai là jusqu’à l’âge de huit ans, quand je fus terrifiée par la nouvelle que les magistrats (je crois qu’on les nommait ainsi) avaient donné l’ordre de me mettre en service ; je ne pouvais faire que bien peu de chose, où qu’on m’envoyât, sinon aller en course, ou servir de souillon à quelque fille de cuisine ; et comme on me le répétait souvent, j’en pris une grande frayeur ; car j’avais une extrême aversion à entrer en service, comme ils disaient, bien que je fusse si jeune ; et je dis à ma nourrice que je croyais pouvoir gagner ma vie sans entrer en service, si elle voulait bien me le permettre ; car elle m’avait appris à travailler de mon aiguille et à filer de la grosse laine, qui est la principale industrie de cette ville, et je lui dis que si elle voulait bien me garder, je travaillerais bien fort. »

Recueillie à l’adolescence dans une famille aisée du meilleur monde, « Mme Betty » est subornée par le fils aîné, qui la fait ensuite se marier au cadet d’ailleurs épris d’elle, dans une sorte d’adultère incestueux. Veuve, elle s’éprend d’un gentilhomme commerçant vite failli, et change de nom pour Flanders lorsqu’en tant qu’épouse elle est menacée par la banqueroute.
« Il eut infiniment de goût pour moi pendant environ le quart d’une année, et le profit que j’en tirai fut d’avoir le plaisir de voir dépenser pour moi une bonne partie de mon argent. »

« Il ajouta quelques choses très gracieuses pour moi, comme je m’en allais ; car je vous ai dit que c’était un gentilhomme, et ce fut tout le bénéfice que j’en eus, en ce qu’il me traita fort galamment, jusqu’à la fin, sinon qu’il dépensa tout ce que j’avais et me laissa le soin de dérober à ses créanciers de quoi manger. »

La belle est cependant assez rouée, ainsi cette superbe scène alors qu’elle feint auprès du suivant d’avoir plus de dot qu’il n’est :
« Un matin, il ôte un diamant de son doigt, et écrit ces mots sur le verre du châssis de ma chambre :
C’est vous que j’aime et rien que vous.
Je lus, et le priai de me prêter la bague, avec laquelle j’écrivis au-dessous :
En amour vous le dites tous.
Il reprend sa bague et écrit de nouveau :
La vertu seule est une dot.
Je la lui redemandai et j’écrivis au-dessous :
L’argent fait la vertu plutôt.

Il devint rouge comme le feu, de se sentir piqué si juste, et avec une sorte de fureur, il jura de me vaincre et écrivit encore :
J’ai mépris pour l’or, et vous aime.
J’aventurai tout sur mon dernier coup de dés en poésie, comme vous verrez, car j’écrivis hardiment sous son vers :
Je suis pauvre et n’ai que moi-même.
C’était là une triste vérité pour moi ; Je ne puis dire s’il me crut ou non ; je supposais alors qu’il ne me croyait point. Quoi qu’il en fût, il vola vers moi, me prit dans ses bras et me baisant ardemment et avec une passion inimaginable, il me tint serrée, tandis qu’il demandait plume et encre, m’affirmant qu’il ne pouvait plus avoir la patience d’écrire laborieusement sur cette vitre ; puis tirant un morceau de papier, il écrivit encore :
Soyez mienne en tout dénuement.
Je pris sa plume et répondis sur-le-champ :
Au for, vous pensez : Elle ment.
Il me dit que c’étaient là des paroles cruelles, parce qu’elles n’étaient pas justes, et que je l’obligeais à me démentir, ce qui s’accordait mal avec la politesse, et que puisque je l’avais insensiblement engagé dans ce badinage poétique, il me suppliait de ne pas le contraindre à l’interrompre ; si bien qu’il écrivit :
Que d’amour seul soient nos débats !
J’écrivis au-dessous :
Elle aime assez, qui ne hait pas.
»

Elle part avec ce nouveau mari en Virginie, pour découvrir que sa belle-mère est aussi sa propre mère, et en outre une criminelle reléguée ; c’est l’opportunité de donner un point de vue intéressant sur la colonisation et le système carcéral :
« Et, entre autres, elle me disait souvent comment la plus grande partie de ceux qui vivaient dans cette colonie y étaient venus d’Angleterre dans une condition fort basse, et qu’en général il y avait deux classes : en premier lieu, tels qui étaient transportés par des maîtres de vaisseau pour être vendus comme serviteurs ; ou, en second lieu, tels qui sont déportés après avoir été reconnus coupables de crimes qui méritent la mort. »

« ‒ Quand ils arrivent ici, dit-elle, nous ne faisons pas de différence : les planteurs les achètent, et ils vont travailler tous ensemble aux champs jusqu’à ce que leur temps soit fini ; quand il est expiré, dit-elle, on leur donne des encouragements à seule fin qu’ils plantent eux-mêmes, car le gouvernement leur alloue un certain nombre d’acres de terre, et ils se mettent au travail pour déblayer et défricher le terrain, puis pour le planter de tabac et de blé, à leur propre usage ; et comme les marchands leur confient outils et le nécessaire sur le crédit de leur récolte, avant qu’elle soit poussée, ils plantent chaque année un peu plus que l’année d’auparavant, et ainsi achètent ce qu’ils veulent avec la moisson qu’ils ont en perspective. Et voilà comment, mon enfant, dit-elle, maint gibier de Newgate devient un personnage considérable ; et nous avons, continua-t-elle, plusieurs juges de paix, officiers des milices et magistrats des cités qui ont eu la main marquée au fer rouge. »

« ‒ Et, mon enfant, dit ma mère, peut-être que tu connais bien mal tout cela, ou il se peut même que tu n’en aies jamais entendu parler ; mais sois-en sûre, dit-elle, et nous le savons tous ici, cette seule prison de Newgate engendre plus de voleurs et de misérables que tous les clubs et associations de criminels de la nation ; c’est ce lieu de malédiction, dit ma mère, qui peuple à demi cette colonie. »

Elle est donc régulièrement à l’affût d’un homme à enjôler ‒ d’ailleurs jeu de dupes s’il en est. Suivent un vrai gentilhomme, puis un autre, ainsi que déboires pécuniaires ; une nouvelle grossesse, et occasion de trois étonnants « billets » (devis) d’une discrète sage-femme ‒ considérations sordides, quelque peu "industrielles" et, toujours, mercantiles :
« ‒ Et puis, madame, dit-elle, si l’enfant ne doit pas vivre, comme il arrive parfois, voilà le prix du ministre économisé ; et si vous n’avez point d’amis à inviter, vous pouvez éviter la dépense d’un souper ; de sorte que si vous ôtez ces articles, madame, dit-elle, vos couches ne vous reviendront pas à plus de 5 £ 3 shillings de plus que ce que vous coûte votre train de vie ordinaire. »

De nouveau veuve, elle devient voleuse ; Defoe insiste, c’est la nécessité qui fait vice, et non l’inclination. Elle passe par des périodes assez longues d’aisance voire de bonheur, mais toujours retombe dans la précarité. Et c’est la pauvreté, ou au moins sa perspective, qui motive la délinquance. Puis une sorte d’avarice (ou de peur de manquer) prend la relève de la détresse et l’empêche de cesser de voler, malgré le risque de pendaison à Newgate (la prison où elle vint au monde).
« J’étais maintenant tranquille, quant à toute crainte de témoignages rendus contre moi ; car tous ceux qui avaient été mêlés à mes affaires ou qui me connaissaient sous le nom de Moll Flanders étaient pendus ou déportés [… »

Il est intéressant de se souvenir que Defoe était commerçant, ce qui explique la précision des faits relatés en détail, et rend plus savoureux les personnages de marchands bernés. Arrêtée, emprisonnée à Newgate, celle qu’on surnomme Moll Flanders connaît une période d’endurcissement, bien observée, avant de se repentir et d’être condamnée à mort, sa peine étant par la suite commuée en déportation.
« Au contraire, ainsi que l’eau dans les cavernes des montagnes qui pétrifie et tourne en pierre toute chose sur quoi on la laisse s’égoutter ; ainsi le continuel commerce avec une pareille meute de limiers d’enfer eut sur moi la même opération commune que sur les autres ; je muai en pierre ; je devins premièrement insensible et stupide, puis abrutie et pleine d’oubli, enfin folle furieuse plus qu’aucune d’elles ; en somme j’arrivai à me plaire naturellement et à m’accommoder à ce lieu, autant en vérité que si j’y fusse née. »

Notre héroïne a 61 ans lorsqu’elle débarque en Amérique avec son ancien amour, son « mari du Lancashire », le gentilhomme bandit de grand chemin, pour fonder une plantation de tabac, ceci dans les meilleures conditions :
« Là nous achetâmes deux serviteurs, c’est à savoir une servante anglaise, qui venait de débarquer d’un vaisseau de Liverpool, et un nègre, choses d’absolue nécessité pour toutes gens qui prétendent s’établir en ce pays. »

Puis elle va retrouver son frère-mari ainsi que leur fils, pour faire valoir ses droits à l’héritage maternel.
Autres choses surprenantes : l’indifférence ou au moins le détachement de l’héroïne pour ses enfants successifs, comme s’ils n’étaient pas des personnes (un phénomène d’époque) ; la hantise de l’inceste ; l’obsession de « happer la fortune », il est vrai déterminée par une insécurité financière tout aussi récurrente.
« J’avais été prise une fois à cette piperie nommée amour, mais le jeu était fini ; j’étais résolue maintenant à ce qu’on m’épousât, sinon rien, et à être bien mariée ou point du tout. »

La traduction dans la langue châtiée de Marcel Schwob (écrivain remarquable par ailleurs, et qui traduisit aussi Hamlet) ajoute peut-être un charme supplémentaire à cette lecture.
J’apprécie notamment le recours à des archaïsmes ou régionalismes comme "chamaillis", "rôderies" ou "bélître", ainsi que son emploi étymologique et un peu vieilli de certains termes, telle la nuance menaçante ici dans "imminent" :
« J’étais réduite bien bas en vérité, et j’avais souvent le délire ; mais rien n’était si imminent pour moi que la crainte où j’étais de dire dans mes rêveries quelque chose qui pût lui porter préjudice. »

L’enfance malheureuse dans la société puritaine et patriarcale du XVIIIe renvoie à Tom Jones d’Henry Fielding (1749, alors que Moll Flanders remonte à 1722 ‒ Defoe le date de 1683), et bien sûr à Dickens. D’ailleurs le topos de la pupille/ orpheline/ Cendrillon est caractéristique du roman sentimental de l’époque, notamment en Angleterre, avec le contrepoint du sordide philistinisme pécuniaire (cf. Austen, Mansfield Park).



Mots-clés : #criminalite
par Tristram
le Lun 8 Avr - 16:45
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Daniel Defoe
Réponses: 13
Vues: 218

Bertrand Shefer

Série B

Tag criminalite sur Des Choses à lire Cvt_se10

C’est une sale petite frappe qui veut éblouir sa belle, une jeune danoise naïve, candidate au titre de Miss Danemark  et qui s’efforce de fréquenter les lieux où il se passe quelque chose, les caves de St Germain des Prés, Courchevel, Le festival de Cannes. Un copain fasciné par l’enlèvement du petit Lindberg, et qui a lu le roman Rapt de Lionel White, l’embarque pour sa perte dans l’enlèvement du petit Eric Peugeot, le premier rapt d’enfant contre rançon français.

C’est un rapport volontairement décalé de ce fait divers, qui se fiche des omissions si elles  permettent des digression. Shefer veut sans doute montrer ce milieu très flou, artistique, dilettante, de l’après guerre, sa vague collusion avec des malfrats dans une même recherche de fric et d’identité.

Il s’intéresse aussi au rôle joué par le roman, qui en même temps raconte un fait divers et en génère un autre.

J’ai  malheureusement assez souvent été noyée sous le name dropping, où il pouvait être sympa de retrouver Alain Cuny et Anna Karina, mais  ceux-ci sont noyés dans une accumulation de seconds rôles, on n’est  pas dans une série B pour rien.
C’est assez fouillis (même le style cherche à nous perdre), et  inabouti dans son désir touche à tout. Assez frustrant pour tout dire ; on pense au  bouquin vivifiant qu’auraient pu concocter Jaenada ou Carrères.


mots-clés : #criminalite
par topocl
le Sam 2 Mar - 9:48
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Bertrand Shefer
Réponses: 1
Vues: 61

Suelette Dreyfus

Underground
avec  Julian Assange

Tag criminalite sur Des Choses à lire 112

C’est l’histoire de quelques-uns des grands acteurs de la fin des années quatre 20, ce génie de l’informatique, ces adolescents bidouilleurs, dopés à la transgression qui, des États-Unis, de Grande-Bretagne ou d’Australie, ont nargué tous les agents de la cyber-sécurité pour le simple plaisir de la provocation, qui ont voyagé dans les sites Internet des ministères de la défense, de la NASA, des plus grandes banques internationales, des universités les plus réputées.

C’était au départ juste pour le plaisir du jeu, de l’impression de puissance que cela donnait, de railler les riches et les gouvernements,  avant que cela déclenche la mise en place de législation internationale, avant aussi que cela devienne  de l’arnaque à la carte bleue ou de la coopération avec les services d’espionnage.

Ces gamins asociaux qui tiennent en quelque sorte le monde entre leurs mains, communiquent par des réseaux cryptés, s’amusent jusqu’à ce que ça ne devienne plus un jeu : les traques policières, les procès exemplaires…

C’est le résultat d’une enquête certainement pas facile dans ces milieux où l’anonymat est roi, et bien que les auteurs se centrent sur quelques « héros » emblématiques (dont Julian Assange alias Mendax), il y a certes quelques moments où cela devient un peu répétitif. Par contre on a une bonne image de ce milieu des hackers des débuts, qui croyaient encore qu’Internet était un lieu de liberté.

mots-clés : #criminalite
par topocl
le Jeu 21 Fév - 16:27
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Suelette Dreyfus
Réponses: 1
Vues: 166

Julian Assange

Underground
avec  Suelette Dreyfus

Tag criminalite sur Des Choses à lire 112

C’est l’histoire de quelques-uns des grands acteurs de la fin des années quatre 20, ce génie de l’informatique, ces adolescents bidouilleurs, dopés à la transgression qui, des États-Unis, de Grande-Bretagne ou d’Australie, ont nargué tous les agents de la cyber-sécurité pour le simple plaisir de la provocation, qui ont voyagé dans les sites Internet des ministères de la défense, de la NASA, des plus grandes banques internationales, des universités les plus réputées.

C’était au départ juste pour le plaisir du jeu, de l’impression de puissance que cela donnait, de railler les riches et les gouvernements,  avant que cela déclenche la mise en place de législation internationale, avant aussi que cela devienne  de l’arnaque à la carte bleue ou de la coopération avec les services d’espionnage.

Ces gamins asociaux qui tiennent en quelque sorte le monde entre leurs mains, communiquent par des réseaux cryptés, s’amusent jusqu’à ce que ça ne devienne plus un jeu : les traques policières, les procès exemplaires…

C’est le résultat d’une enquête certainement pas facile dans ces milieux où l’anonymat est roi, et bien que les auteurs se centrent sur quelques « héros » emblématiques (dont Julian Assange alias Mendax), il y a certes quelques moments où cela devient un peu répétitif. Par contre on a une bonne image de ce milieu des hackers des débuts, qui croyaient encore qu’Internet était un lieu de liberté.


mots-clés : #criminalite
par topocl
le Jeu 21 Fév - 16:25
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Julian Assange
Réponses: 1
Vues: 172

Niels Labuzan

Ivoire

Tag criminalite sur Des Choses à lire 3187ip10

On est au Botswana, pays d’Afrique Australe dont le livre nous dit qu’il s’en sort, chemine vers une démocratie digne, lutte contre la corruption, et s’engage contre le braconnage qui menace l’extinction de nombreuses epsèces, notamment les éléphants, chassés pour l’ivoire . Le commerce de l’ivoire est reconnu illégal par de nombreux pays, mais pas tous, pas également partout, et cela entretient les marchés clandestins.

Trois personnes, Erin, anthropologue anglaise responsable d’un Parc National, Bojosi, ranger ancien braconnier repenti et Sereste qui représente le ministère, se lancent dans une dangereuse opération qui devrait permettre de donner une impulsion majeure à cette lutte : infiltrer de fausses défenses, porteuses d’une puce, dans un lot vendu à un trafiquant, de façon à pouvoir pister « la route de  l’ivoire ».

Sujet alléchant qui va permettre aux lecteurs de mieux connaître ce trafic international méconnu, qui gère des capitaux à l’égale de ceux des trafics de drogue ou d’êtres humains, nous dit l’auteur. Cette intéressante partie didactique aurait gagné à être mieux intégrée au romanesque. L’originalité du sujet et l’aspect tumultueux du style ne suffisent pas à masquer une  certaine fadeur, une expédition au demeurant assez convenue, des personnages, malgré  les casseroles qu’ils traînent (ou à cause d’elles), plutôt survolés.


mots-clés : #aventure #criminalite #nature
par topocl
le Jeu 31 Jan - 9:54
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Niels Labuzan
Réponses: 7
Vues: 218

Friedrich Dürrenmatt

Justice

Tag criminalite sur Des Choses à lire 22670110

Justice est un roman « policier » quelque peu déjanté et décalé.
Un respectable député, Kohler, entre dans la salle à manger d’un restaurant fréquenté par la bonne bourgeoisie zurichoise, et abat d’un coup de révolver le non moins respectable professeur Winter, en train de diner.
La description du meurtre donne tout de suite le ton :

Au moment où le coup partit, le commandant ne leva pas les yeux. C’est du moins ce qu’on raconte.  La chose n’est pas impossible, parce qu’à cet instant précis il était occupé à sucer artistement la moelle d’un os. Mais ensuite il se leva tout de même, allant jusqu’à renverser une chaise ; en homme d’ordre, il la remit sur ses pieds. Lorsqu’il parvint aux côtés de Winter, celui-ci gisait  déjà dans son tournedos Rossini, ses doigts enserrant encore le verre de chambertin.


Le récit, sous forme de confession, émane d’un certain Spät, un jeune avocat ambitieux, ne rêvant que de grosses cylindrées, de bureaux luxueux  et d’argent facile. Il a une haute idée de la Justice, mais paradoxalement, il est prêt à de multiples compromissions pour arrondir ses fins de mois, comme défendre les prostituées, qu’il fréquente assidument, leurs souteneurs et de fil en aiguille quelques membres de la pègre. Spät boit beaucoup, beaucoup trop et de plus en plus, d’où l’aspect quelque peu embrouillé de la chronologie de son récit. Mais rassurez-vous, aucune difficulté de lecture.
Mêlé à cette histoire Spät pense pouvoir en tirer les ficelles. Sa méconnaissance du « billard à trois bandes » va lui être fatale.

Justement : quelle vérité se cache derrière la vérité ? J’en suis réduit à des suppositions, à des tâtonnements. Où sont les faits dans leur exactitude ? Où sont les exagérations, les falsifications, les dissimulations ? Que croire, que ne pas croire ? Existe-t-il seulement quelque chose de vrai, de sûr et de certain derrière tous ces faits…


C’est toujours un grand plaisir que de lire Dürrenmätt. J’apprécie beaucoup son humour souvent vachard, sa satire féroce de la bonne bourgeoisie suisse, entrecoupée de réflexions de bon sens.
Un très bon moment de lecture.

-Votre épouse a reçu l’extrême-onction, dit-il.
-Parfait, rétorqua Stüssi-Leupin.
-Je prierai pour elle, assura l’homme de Dieu.
-Pour qui ?
-Pour votre épouse.
Cette précision laissa Stüssi-Leupin indifférent :
-C’est votre boulot.


-Impressionnant, dis-je. Je les ai pris pour vos gardes du corps.
-Impressionnants mais stupides. Ce sont des Ouzbeks. Les Russes les ont dégottés quelque part au fin fond de l’Asie et fourrés dans l’Armée rouge. Ils ont fini prisonniers des Allemands. Comme les anthropologues nazis n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur leur race, ils sont restés en vie. Mon père en a fait l’emplette dans un institut pour la recherche raciale. A l’époque, des bestiaux de ce genre coûtaient trois fois rien. Des déchets d’humanité, inutilisables. Moi je décrète qu’ils sont ouzbeks, parce que le mot me plait.


Nous avons couché ensemble, elle et moi, sans échanger une parole. Nous ignorions qu’il n’est pas de bonheur sans mots. Tout au plus éprouvai-je cette nuit-là, fugitivement, le bonheur de pressentir ce que j’aurais pu devenir ; un possible insaisissable, qui reposait en moi, mais que je n’ai pas réalisé.  Dans ce bonheur d’une nuit, j’étais convaincu d’être un autre. Erreur. Lorsque au matin, nos regards se sont croisés et pénétrés, nous savions que notre heure était passée. »


Parce que la Justice, pour s’accomplir exige que les parties soient également coupables. Comme dans cette Crucifixion du retable d’Issenheim : sur la croix, un cadavre horrible et gigantesque, dont le poids fait plier les poutres ; un Christ encore plus repoussant que les lépreux pour lesquels on l’a peint. Les lépreux le regardaient ; leur lèpre, croyaient-ils, était un cadeau de ce Dieu. Justice était donc faite, le Dieu méritait sa crucifixion.



mots-clés : #criminalite #justice
par ArenSor
le Mar 18 Déc - 12:49
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Friedrich Dürrenmatt
Réponses: 11
Vues: 597

Christian Dedet

Le Secret du Dr Bougrat ‒ Marseille-Cayenne-Caracas L’aventure d’un proscrit

Tag criminalite sur Des Choses à lire Le_sec10

Première partie, le Dr Bougrat est accusé du meurtre de Rumèbe, mort dans son cabinet ; l’histoire est vraie, mais on a bien sûr la version de l’auteur, farouchement convaincu que son héros soit innocent (ce qui semble être le cas). Et il serait rassurant que l’erreur judiciaire soit toujours aussi grotesque. Le spectacle est toujours aussi stupéfiant des avocats (dé)passant de l’éloquence à l’outrance jusque l’enflure. Ici l’avocat général :
« Ombre de Rumèbe, apparais dans cette enceinte ! Dresse-toi devant cet individu ! Fantôme pitoyable dont les restes mortels, par les faits de ce lâche, demeurent sans sépulture, pardonne à la justice qui fut obligée d’envoyer de Marseille à Lyon tes viscères putréfiés ! »

Deuxième partie, le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, et l’évasion dans la malédiction de « l’enfer vert », reconstitution assez juste quoique entachée d’exagération, avec quelques approximations et beaucoup de poncifs.

Troisième et dernière partie, le Venezuela où le fuyard se signale comme médecin des pauvres et notable qui fonde une famille dans ce beau pays, autrement victime de la malédiction du pétrole et des dictatures...

Une certaine grandiloquence tendant vers l’invraisemblable (lors du procès, des experts sont catégoriques), un ton mélodramatique style Dumas père, Maurice Leblanc (cités) ou Eugène Sue, mais sans maestria ni surtout originalité, desservent ce livre.
L’impression de rebattu qui m’a ennuyé peut être due à tant de livres lus sur l’histoire et la géographie de la région, mais j’ai nettement plus apprécié La Mémoire du fleuve (qui se passe en Afrique équatoriale, que je connais moins).
« Plus tard, j’ai compris ce qui différencie un cauchemar de l’horreur de vivre. Du cauchemar, l’homme se réveille sauf. Pour moi, il n’y eu pas de réveil. »



mots-clés : #aventure #biographie #criminalite #historique #justice
par Tristram
le Jeu 4 Oct - 0:14
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Christian Dedet
Réponses: 5
Vues: 364

Patricia Highsmith

Monsieur Ripley

Tag criminalite sur Des Choses à lire Monsie10

Encore un livre lu de Highsmith, qui confirme son procédé d'écriture : elle nous fait suivre de l'intérieur les pensées d'un homme , la logique qui l'habite, et c'est assez magistral. Ce n'est pas du point de vue stylistique, bien qu'un certain génie préside à la manière de dérouler, ralentir ou accélérer les soliloques, mais du point de vue de la psychologie qu'elle fait mouche : l'auteure singe si bien nos mouvements émotionnels que l'intériorité de Ripley sait montrer comme la base du criminel ressemble à la nôtre, comme pourtant un léger pas de côté, supplémentaire, fait dérailler le Droit. C'est une lecture qui m'a happée, mise mal à l'aise, d'ailleurs je vais cesser un peu l'exploration de l'auteur.
Après cette lecture , mes pensées intérieures me semblaient toutes douteuses, vous savez , les mouvements d'orgueil, les fantasmes, les opinions sur nos cercles sociaux, toute la dialectique du masque me semblait avoir potentiellement investi ma psychologie, l'auto critique était prégnante, la quasi peur d'être dysfonctionnelle socialement !! Franche poilade, en rire jaune.
Le pire étant qu'on a de la compassion pour Ripley, qui est totalement en incapacité émotionnelle d'être au monde, sauf en le filtrant via un scénario pour y paraître.
Effrayant, aussi, parce qu'une part de ces dysfonctionnements que Highsmith sait si bien décrire me semblent fonder bien des psychoses, sans que celles-ci heureusement, ne permettent des passages à l'acte criminel, mais la paranoïa, le narcissisme , sont décrits de manière aigüe et si empathiquement qu'on est pris dans cette perception totalement tragique.
Je pense à ces personnes  qui une vie entière mentent à leur entourage, Jean Claude Romand, par exemple. J'ai l'impression que c'est la même gamme de fonctionnement, ce n'est pas un polar qui définit le "Mal" clairement, il plonge plutôt dans la logique brillante d'un esprit différent et dangereux.
Glups


mots-clés : #criminalite #pathologie #polar #psychologique
par Nadine
le Lun 3 Sep - 9:56
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Patricia Highsmith
Réponses: 22
Vues: 572

Stieg Larsson

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

Tag criminalite sur Des Choses à lire 41r3pa10

Il ne faut pas craindre l'accumulation ou  le trop plein. Stieg Larsson était un obsessionnel, qui n'hésitait pas à écrire une page entière sur l'achat de mobilier de Lisbeth à ikea, sur sa liste de courses à 7-eleven, à ne louper aucun café avalé (en précisant de quel café il s'agit)  aucune cigarette fumée, aucune douche prise, aucune biographie détaillée, aucune marque d'arme à feu, aucun itinéraire etc...Et qui manifestement jubilait à entrecroiser les nœuds de sa pelote soigneusement emmêlée, d'y ajouter des couches, des complications, des liens externes,  des complications encore. Un type à la logique si implacable que même les multiples coïncidences deviennent acceptables..

Ceci admis , c'est avec un parfait plaisir qu'on retrouve Lisbeth Salander, soigneusement occupée à effacer toute trace d'elle sur terre (dans une première partie il est vrai un peu longuette - mais après, quand ça démarre, ça démarre à 100 à l'heure). Cette habile manipulation va malheureusement aboutir au résultat de la placer sous les projecteurs, comme principale suspecte de trois meurtres opérés en une même soirée. Le lien s’avérera être le commerce du sexe, thème féministe une fois de plus chez cet auteur.

Lisbeth tient la place centrale dans ce roman, qui non seulement nous découvre ses origines dans une enfance plutôt corsée (et même plus), une adolescence manipulée sans que nul ne le sache par les services secrets. Elle reste cette Lisbeth si atypique, et ses talents de super-woman augmentent encore, capable de hacker n'importe quel ordinateur, de défier n'importe quel système de surveillance, de fixer n'importe quel document en détail dans sa mémoire hypermnésique, de terrasser n’importe quel agresseur deux fois plus lourd qu'elle, et le pire c’est qu'on y croit!  Dans son libertarisme solitaire, sa logique très personnelle, sa violence intériorisée et extériorisée, sa détermination insondable, son mètre cinquante, elle reste épatamment séduisante (pour une héroïne de roman en tout cas), déroutante et invincible.

Dans cette enquête bien corsée, trois équipes font la course et interagissent, la police, globalement convaincue de la culpabilité de Lisbeth, et ses deux amis : Dragan l'ancien employeur  qui voudrait bien comprendre et Mikael Blomkvist convaincu de son innocence. On est dans un sacré roman choral, avec un aspect militant pour la liberté  et les droits de l'homme et de la femme. qui prend alternativement le point de vue de Lisbeth, des divers enquêteurs, et des malfrats pour dresser des portraits incisifs  sans négliger personne. On passe un vraiment bon moment, on sait très bien que Lisbeth s'en sortira, et qu'importent les moyens



mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #polar #politique #relationenfantparent #romanchoral #vengeance
par topocl
le Sam 16 Juin - 10:41
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: Stieg Larsson
Réponses: 10
Vues: 636

Stieg Larsson

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes.

Tag criminalite sur Des Choses à lire Index10
Très habilement troussé, en effet, ce premier opus  de Millenium. Une écriture millimétrique qui colle à ses deux héros réunis dans un  duo tout à la fois bancal et parfaitement adapté . Mikael Blomkvist,journaliste d'investigation plein d'une probité, haineux quand le pouvoir et l'argent sont mal employés, compassionnel avec les faibles et tout ce qui sort des rails, et Lisbeth Salander jeune femme asociale, tatouée et piercée, plaie hurlante hypermnésique, dont il est dit quelque part qu'elle pourrait être Aperger "ou quelque chose comme ça" (je penche pour le "quelque chose comme ça").

Quant à l’intrigue , il s’agit plutôt d'un faisceau d'intrigues intimement entremêlées à composante politique, économique, rituelle, sexuelle, d'une belle complexité qui arrive à rester claire jusqu'au bout, portée par des personnages (un peu moins fouillés que les enquêteurs) pour la plupart membres d'une richissime famille d'industriels suédois, capable derrière son écran de fric des pires turpitudes.

Intelligent, haletant, addictif, quoique un peu glauque par moments par l'accumulation.

mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #famille #polar #politique #sexualité
par topocl
le Lun 11 Juin - 9:51
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: Stieg Larsson
Réponses: 10
Vues: 636

Revenir en haut

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Sauter vers: