Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 17 Sep - 23:44

22 résultats trouvés pour justice

Alain Julien Rudefoucauld

Le dernier contingent

Tag justice sur Des Choses à lire 51dlp310


Pendant 12 semaines le lecteur (trice) suit le quotidien de jeunes mineurs délinquants : Marco, véritable Goliath, Thierry le rouquin Circassien, Sylvie fille de gendarme, Malid mulâtre qui se prostitue, Xavier fils d’enseignants  et Manon prostituée. En alternance chacun parle, c'est le "je" qui est employé et qui donne la vivacité à leur récit.

Tous abîmés par la société, parents absents, désintéressés ou pire intéressés.

Une plongée dans le système « éducatif » social/pénal en mutation permanente qui ne répond pas ou mal à l’ errance, la recherche des jeunes mineurs confrontés à la violence morale ou physique de la société.

On ne peut que s’attacher à ces jeunes cabossés mais qui restent pourtant debout, qui n’ont de soutien qu’ eux-mêmes. Des moments de tension extrême,sans réserve,  mais aussi des situations sur le fil qu'un sourire même moqueur, une parole, un geste peuvent apaiser.

Douze semaines de rencontres, de violence graduelle, d’insertion, de fuites, de retrouvailles, de partage, et une rencontre 3 ans après pour expurger le passif.

L’auteur expose des faits, des réalités, sans langue de bois, tel le langage déroutant pour un adulte de ces mineurs,  et sans jugement.

Certainement qu’ils sont nombreux dans notre société ces Marco, Malid, Manon,Thierry, Xavier, Sylvie…………. Qui ont le même langage, les mêmes mots pour dénoncer leur mal-être, leur difficulté à vivre,  la désertion des adultes.

Une écriture qui vient des tripes, c’est cru, net, incisif, certaines situations sont éprouvantes et le lecteur (trice)sent que la réalité est peut-être au-deçà.

Extraits
Sylvie : « De toute façon c’est à chaque fois le même truc. La même connerie. Chaque dimanche. Elle se fait sauter. Depuis le petit-déjeuner, jusqu’au soir. Il sort pas de la chambre l’autre. Elle se fait sauter, et Papa il a sauté. C’est tout ce qu’il y a à dire. »

Malid : « Ah ! les parents ils vont pouvoir lire, c’est pas en taule qu’ils vont s’amuser à la Partouze, ou alors y a plus de justice. Des tarés. Des adoptés. Tous gardiens agréés. Sécu. Assurance sociale et compagnie. […]Comme dans Zola. Pas un gosse qu’a la même origine. C’est la curée. La curée des adoptés. »

Xavier : Ma parole je fais. Mon père, il est toujours planqué derrière Platon, et ma mère, elle baise avec Kant, je vous dis pas les noms !
-Tes parents ils sont profs et ils t’appellent hé hé ! tu te fous de moi encore, je te sauve la mise, et tu me balades en plus, je vais me fâcher, je te le dis moi.
Elle redémarre en râlant comme un Garfield. Elle me scotche la Tatie. Elle gueule sans s’arrêter, - Allez, presse un peu, ils surveillent, ta culotte pue le chien. »
Xavier :
« Les gendarmes nous regardent. Ils sont avec un air de cons prétentieux.
Un gendarme :
-Qu’est-ce que tu racontes, demande celui qui est à côté de Malid, tu lis Albert Camus toi ?
- Ben oui il leur dit.
- Ben qu’est-ce que tu fous en ordonnance 45 ?
Là il dort plus Malid. Il se frotte le front. Il fixe le gendarme, - C’est ma révolte, Msieur.
- Quoi c’est ta révolte . Tu te révoltes en faisant la pute ?
- Non, mais le résultat c’est moi qui les baise, c’est ça ma révolte. »

« Marco balance ses battoirs en l’air, épouvantail, - Hé Msieur, pas la peine de reculer et de vous jouer l’aventure, si j’avais voulu vous aligner ça serait déjà fait ! mon copain il veut simplement que je vous pose une question, c’est ça la pièce, ça fait ringard, alors c’est quoi un AEP ?
Le gars se rassure. Il danse d’un pied l’autre.

- Un Accueil Educatif Pénal
- Un Accueil Educatif Pénal, ça va ensemble ces mots ?
- C’est la réforme de la justice ; j’y suis pour rien. »

Manon : […] vous inquiétez pas, vous avez déjà votre place réservée à la prison, ou à l’hôpital psychiatrique, ça dépend de ce qu’on trouvera dans les tests et dans les dossiers ; et moi je vous dis que j’attendrais pas, c’est clair ; oh ! la foule des humains ! vous m’entendez, les petits éducs ! les petits placés ! les rampants ! j’ai plus de liberté dans mes cuisses que dans votre tête ; regardez autour de vous bande de nazes, and look me !
Manon élève au-dessus de sa tête une belle poche en plastique jaune toute plaine de je sais pas quoi. Elle hurle au ciel, - La liberté !
Elle disparait du pont avant d’avoir dit – Je m’envole terriens.
On contemple Manon qui écarte l’eau de ses bras pour rejoindre la berge là-bas. »

Marco  au directeur de la colonie :  « Ben Msieur, vous êtes copain avec les monos ou quoi ?
Le gendarme m’empoigne le bras, - Bon alors, si c’est ça on va te laisser ici toi.
- Moi je reste pas là, çui qui s’appelle Robert, il m’a fouillé la braguette, et lui là, l’autre, là, il a rien fait, il était dans la cuisine pour le cinquième repas, mais il est pareil, pareil, je vous dis Msieur, alors pas la peine de me forcer, je reste pas là Msieur.
- Vous vous tenez à disposition, fait l’adjudant au directeur. »

N’hésitez pas à faire cette lecture bien au-delà de mon modeste commentaire.

Mots-clés : #jeunesse #justice #social #violence
par Bédoulène
Aujourd'hui à 17:35
 
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Sujet: Alain Julien Rudefoucauld
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Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné [Madame de Sévigné]

Tag justice sur Des Choses à lire Nicola10
Nicolas Foucquet

Les lettres à Monsieur de Pomponne (novembre et décembre 1664) valent reportage sur le procès du Surintendant Nicolas Foucquet, qui exerça cette charge de tout premier plan de 1653 jusqu'à son arrestation (à Nantes en septembre 1661).

L'on s'aperçoit, avec autant de liberté que Madame de Sévigné puisse s'en permettre, de tout ce qui fut ourdi contre l'accusé; le complot est tramé par Colbert, dans le camp des pro-Foucquet mis à mal par cette triste affaire on retrouve, outre Madame de Sévigné, Bussy-Rabutin dont il vient d'être question, La Rochefoucauld (oui, celui des Maximes), La Fontaine, etc...

D'emblée, Foucquet est sur la sellette,  s'y asseoir signifie qu'on assiste à son procès en qualité de coupable convaincu, autrement on répond debout, derrière le "Barreau".  
Foucquet, si l'on en croit Madame de Sévigné, répond avec beaucoup d'adresse à ses accusateurs, certains en notoire collusion avec ceux qui ont tout intérêt à le voir condamner, en particulier avec le Chancelier, homme de main et de paille de Colbert.
On croise aussi D'Artagnan, le vrai, un Monsieur d'Ormesson (est-ce un ancêtre de l'écrivain ?), on observe qu'un fait quasi-miraculeux (Madame Foucquet mère, très pieuse, donna un emplâtre à la Reine qui se trouva guérie de son mal) plaide autant si non plus que d'habiles réponses en faveur de Foucquet. Quelques déballages et autres assauts à fleurets mouchetés, avec tout le passé récent de la Fronde qui plane sur l'audience, sont susceptibles d'intéresser quiconque n'est pas indifférent à l'Histoire.

Au final Foucquet sauve sa tête et, mécontent de la sentence d'exil prononcée, le Roi fait ajouter l'emprisonnement à l'exil, à la citadelle de Pignerol, enclave française située dans le Piémont italien, en ne laissant pas la possibilité à son épouse de le rejoindre, ce qui scandalise Madame de Sévigné.
Et, pour faire bonne mesure, le Roi fait éparpiller toute la famille de Foucquet hors de Paris.



Mots-clés : #ancienregime #historique #justice #politique #regimeautoritaire #temoignage
par Aventin
le Jeu 15 Aoû - 8:30
 
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Sujet: Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné [Madame de Sévigné]
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Jean de La Fontaine

Le bon Monsieur de La Fontaine l'orthographie avec un seul "n" et sans "e", mais en lisant:
kashmir, fil association de mots a écrit:Jeannot Lapin

Immédiatement ça m'a évoqué Le Chat, la Belette, et le petit Lapin !

Le Chat, la Belette, et le petit Lapin


Du palais d'un jeune Lapin
Dame Belette un beau matin
S'empara ; c'est une rusée.
Le Maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
Elle porta chez lui ses pénates un jour
Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour,
Parmi le thym et la rosée.
Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
La Belette avait mis le nez à la fenêtre.
O Dieux hospitaliers, que vois-je ici paraître ?
Dit l'animal chassé du paternel logis :
O là, Madame la Belette,
Que l'on déloge sans trompette,
Ou je vais avertir tous les rats du pays.
La Dame au nez pointu répondit que la terre
Etait au premier occupant.
C'était un beau sujet de guerre
Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
Et quand ce serait un Royaume
Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
En a pour toujours fait l'octroi
A Jean fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi.
Jean Lapin allégua la coutume et l'usage.
Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
Rendu maître et seigneur, et qui de père en fils,
L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
Le premier occupant est-ce une loi plus sage ?
- Or bien sans crier davantage,
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l'agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : Mes enfants, approchez,
Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.
L'un et l'autre approcha ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud le bon apôtre
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
Les petits souverains se rapportant aux Rois.




Mots-clef suggéré: Justice, Trahison
Mots-clés : #justice #trahison
par Aventin
le Dim 9 Juin - 15:41
 
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Sujet: Jean de La Fontaine
Réponses: 8
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William Faulkner

Trois nouvelles (Une rose pour Emily - Soleil couchant - Septembre ardent)

Tag justice sur Des Choses à lire A_rose10
Titres originaux: A Rose for Emily - That evening sun - Dry September.

Lu en version Folio bilingue (ci-dessus).
Dates de premières publications: 1930 pour A Rose for Emily, 1931 pour That evening sun et pour Dry September.


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A Rose for Emily (Une rose pour Emily):

Le narrateur écrit au "je", plus exactement au "nous", "nous" englobant ainsi tous les habitants de la ville (Jefferson, bien connue des lecteurs de Faulkner).
Emily et sa maison sont, en quelque sorte, deux monuments, deux exceptions à Jefferson. L'histoire débute par l'évocation de la date du décès d'Emily. Ce décès donne enfin l'occasion à la communauté villageoise de pousser la porte de la maison d'Emily, où elle vivait recluse en compagnie d'un vieux serviteur, qui disparaît dès le décès officialisé:

V a écrit:Le Noir vint à la porte recevoir la première des dames. Il les fit entrer avec leurs voix assourdies et chuchotantes, leurs coups d'œil rapides et furtifs, puis il disparut. Il traversa toute la maison, sortit par-derrière et on ne le revit plus jamais.
Les deux cousines arrivèrent tout de suite. Elles firent procéder à l'enterrement le second jour. Toute la ville vint regarder Miss Emily sous une masse de fleurs achetées. Le portrait au crayon de son père rêvait d'un air profond au-dessus de la bière, les dames chuchotaient, macabres, et, sur la galerie et la pelouse, les très vieux messieurs - quelques-uns dans leurs uniformes bien brossés de Confédérés - parlaient de Miss Emily comme si elle avait été leur contemporaine, se figurant qu'ils avaient dansé avec elle, qu'ils l'avaient courtisée peut-être, confondant le temps et sa progression mathématique, comme font les vieillards pour qui le passé n'est pas une route qui diminue mais, bien plutôt, une vaste prairie que l'hiver n'atteint jamais, séparé d'eux maintenant par l'étroit goulot de bouteille des dix dernières années.


V a écrit:The Negro met the first of the ladies at the front door and let them in, with their hushed, sibilant voices and their quick, curious glances, and then he disappeared. He walked right through the house and out the back and was not seen again.The two female cousins came at once. They held the funeral on the second day, with the town coming to look at Miss Emily beneath a mass of bought flowers, with the crayon face of her father musing profoundly above the bier and the ladies sibilant and macabre; and the very old men --some in their brushed Confederate uniforms--on the porch and the lawn, talking of Miss Emily as if she had been a contemporary of theirs, believing that they had danced with her and courted her perhaps, confusing time with its mathematical progression, as the old do, to whom all the past is not a diminishing road but, instead, a huge meadow which no winter ever quite touches, divided from them now by the narrow bottle-neck of the most recent decade of years.


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That evening sun  (Soleil couchant):

Le thème de la peur, traité très en finesse. Quelle virtuosité dans l'inexprimé, quelle économie de mots, aussi. Beaucoup de dialogues, mettant en avant le langage des enfants:
En effet le narrateur au "je" de la nouvelle est un enfant de neuf ans, Quentin:
Autant Christian Bobin m'avait exaspéré avec ce procédé-là dans La folle allure, autant William Faulkner m'enchante dans That evening sun !

IV a écrit:
Alors, Nancy se remit à faire le bruit, pas fort. Assise, penchée au-dessus du feu, elle laissait pendre ses longues mains entre ses genoux. Soudain, l'eau se mit à couler sur sa figure, en grosses gouttes. Et, dans chaque goutte, tournait une petite boule de feu, comme une étincelle, jusqu'au moment où elle lui tombait du menton/ "Elle ne pleure pas, dis-je".
- "Je ne pleure pas" dit Nancy. Elle avait les yeux fermés. ""Je ne pleure pas. Qui est-ce ?
- Je ne sais pas, dit Caddy qui se dirigea vers la porte et regarda au-dehors. Il va falloir que nous partions, dit-elle. Voilà Papa.
- Je vais le dire, dit Jason. C'est vous qui m'avez forcé à venir."


IV a écrit:Then Nancy began to make that sound again, not loud, sitting there above the fire, her long hands dangling between her knees; all of a sudden water began to come out on her face in big drops, running down her face, carrying in each one a little turning ball of firelight like a spark until it dropped off her chin. "She's not crying," I said.
"I ain't crying," Nancy said. Her eyes were closed. "I ain't crying. Who is it?"
"I don't know," Caddy said. She went to the door and looked out. "We've got to go now," she said. "Here comes father."
"I'm going to tell," Jason said. "Yawl made me come."




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Dry September (Septembre ardent):

Un salon de coiffure pour hommes [blancs] dans une petite ville du Sud Faulknérien. Une rumeur de viol d'une femme blanche célibataire par un noir enflamme la conversation. Seul le coiffeur s'interpose et est persuadé de l'innocence du noir.

Nouvelle où action et suggestion sont étroitement imbriquées, avec finesse: la non-description du lynchage est remarquable, dans ce registre-là (il fut, paraît-il, reproché à Faulkner de ne pas avoir couché ce lynchage sur papier). Très sobre dans son écriture, Faulkner nous gratifie d'une nouvelle dense, paroystique: du grand art.

III a écrit:
La vitesse précipita Hawk parmi les ronces poussiéreuses jusque dans le fossé. Un nuage de poussière s'éleva autour de lui, et il resta étendu, haletant, secoué de nausées, parmi les craquements ténus, agressifs de tiges sans sève, jusqu'à ce que la seconde voiture soit passée et ors de vue. Alors, il se leva et s'éloigna, traînant la jambe. Arrivé sur la grand-route, il prit la direction de la ville en brossant de ses mains son vêtement. La lune avait monté, elle glissait très haut, sortie enfin du nuage de poussière sous lequel, au bout d'un moment, la lueur de la ville apparut.

 

III a écrit:The impetus hurled him crashing through dust-sheathed weeds, into the ditch. Dust puffed about him, and in a thin, vicious crackling of sapless stems he lay choking and retching until the second car passed and died away. Then he rose and limped on until he reached the highroad and turned toward town, brushing at his clothes with his hands. The moon was higher, riding high and clear of the dust at last, and after a while the town began to glare beneath the dust.



Mots-clés : #criminalite #justice #mort #psychologique #racisme #segregation #vieillesse #violence
par Aventin
le Dim 9 Juin - 13:35
 
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Sujet: William Faulkner
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Toni Morrison

Tag justice sur Des Choses à lire 41eo-510

Beloved

Je continue ma découverte de l'auteure avec ce livre que j'ai eue le plaisir de trouver dans une boîte à livres.
Je me rends compte au passage que je ne me souvenais pas avoir lu le roman Délivrances sus commenté, ce qui est préoccupant tout de même. De ce dernier , finalement, me revient la fin, très colorée et sensuelle. Bon .
Passons à celui-ci que je croyais être la première fiction lue de Morrison. Il m'a beaucoup plu.
C'est pourtant une lecture exigeante  dans le sens où la construction narrative impose une grande patience. Par strates on dénoue le passé, des strates s'ajoutent aux strates et peu à peu les refoulés s'exposent au lecteur dans leur terreur nue.
Je lis sur Wikipedia qu'un film a été tiré de ce livre, (par J. Demme) mais surtout qu'il est un hommage, je l'entends en tous cas ainsi, à la tragique histoire de Margaret Garner. Alors ne divulgâchons pas à tous crins , me suivent ceux qui veulent :

Spoiler:
Cette femme "une esclave afro-américaine dans les États-Unis d'avant la guerre de Sécession qui est notoire pour avoir tué sa propre fille plutôt que de la laisser redevenir esclave.

Garner et sa famille s'étaient échappées en janvier 1856 à Cincinnati, en profitant de l'Ohio gelé, mais furent appréhendées par des Marshals américains agissant en vertu du Fugitive Slave Act de 1850. L'avocat de Margaret Garner demanda à ce qu'elle soit jugée pour meurtre en Ohio, afin de pouvoir avoir un procès dans un état libre et pour contester la loi sur les esclaves fugitifs. (Wikipedia)


De tragique, le roman en est en effet tissé, mais avec une pudeur que l'engagement théorique de Morrison sert très bien : elle nous emmène au coeur d'un pays de ségrégation, où chaque liberté a été payée au prix fort.
Je ne veux pas déflorer les sens que le récit distille, aussi je ne citerai que les prémices de l'histoire, pour donner une idée des enjeux : 1855 : Sethe, esclave dans la plantation du Bon-Abri, s'est enfuie pour rejoindre la mère de son mari, Baby Suggs, la seule dont la liberté a pu être rachetée par son fils. Avant sa propre fuite, Sethe a envoyé chez sa belle-mère ses trois enfants : deux garçons et une petite fille . Au cours de sa fuite, Sethe est enceinte. Le récit commence quelques années après la fuite, croise la parole de nombreux personnages, en une prosodie chaque fois spécifique.
L'évocation historique et sociologique sont aigues, poétiques et respectent je crois avec une grande puissance la véracité universelle.
C'est un roman dur, qui a une part de fantastique, pour moitié due à l'univers animiste des protagonistes, et pour une autre moitié due à la folie,folie qui est exposée dans toute sa force.
La poesie qui traduit la folie m'a moins touchée, m'a barbée, même, je pense que je n'aime pas le trip "je me mets dans la peau d'un cerveau qui vrille" puisque Kaschiche m'a déjà bien saoulée avec ce type de procédés, mais ici force est de constater que c'est un ressort pourtant essentiel pour le choral, et le sens même de l'histoire.
Qui a je crois pour ambition de déployer en toute sa complexité et la force et la douleur de toute résilience.
Je vous le conseille vivement. C'est aussi un roman d'Amour.

Depuis ma lecture, adolescente, des Passagers du vent de Bourgeon, une BD très documentée sur le commerce triangulaire et son époque funeste, je n'avais pas été immergée dans ce savoir sombre, je l'ai retrouvé intact et toujours aussi révoltant.

#Adoption; #Amour; #Conditionfeminine; #Culpabilité; #Devoirdemémoire; #Esclavage; #Justice
par Nadine
le Jeu 16 Mai - 18:17
 
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Sujet: Toni Morrison
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Daniel Lang

Incident sur la colline 192  

Tag justice sur Des Choses à lire 41hkzn10

Le traumatisme que Eriksson a rapporté de la guerre du Viet-Nam, c’est d’avoir participé à une mission d’observation avec quatre autres soldats, dont le chef a sciemment décidé d’enlever une jeune vietnamienne, de se donner du bon temps avec ses copains et de la tuer. Eriksson a refusé de participer à cette folie prédatrice, pris le risque de dénoncer les faits à sa hiérarchie, de s’obstiner malgré les réticences, et des sanctions ont, à force de persévérance, été  prises - puis trop prévisiblement aménagées.

Eriksson un taiseux  du Minnesota, raconte ça à l’auteur, entre de grands plages de silence, réfléchissant à ce que la guerre fait des hommes, mais pas tous.

C’est d’une grande pudeur dans un récit auquel  la précision très clinique donne une grande intensité. Daniel Lang  expose des faits qui impliquent ce que sont les hommes au sens de masculin et ce que la guerre biaise (ou révèle?) en eux. C’est un intéressant retour, digne et retenu, quoique impitoyable, sur notre condition d’humains.


Mots-clés : #conditionfeminine #guerre #guerreduvietnam #justice #temoignage
par topocl
le Lun 13 Mai - 9:29
 
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Sujet: Daniel Lang
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Maggie Nelson

Une partie rouge Un récit

Tag justice sur Des Choses à lire Index13

ll veut savoir pourquoi ma mère et moi nous somme engagées à assister au procès dans son intégralité. Pourquoi et pour qui, précisément, nous croyons être là.
Nous sommes là pour Jane, répond ma mère d'un voix plaintive, comme si c'était l'évidence.
Je hoche la tête en signe d'acquiescement, même si cela ne sonne pas très juste. Après tout, Jane est morte. Nous parlons en réalité de ce dont les vivants ont besoin, ou de ce dont les vivants imaginent que les morts ont besoin, ou nous de ce que les vivants imaginent que les morts auraient voulu s'ils nous n'étaient pas morts. Mais les morts sont morts. Selon toute vraisemblance, ils ont cessé de vouloir.


La tante de Maggie Nelson a été trouvée assassinée dans un cimetière vers Detroit quand celle-ci n’était pas encore née.  Cet assassinat s’est trouvé inclus dans une série de meurtres et viols connue sous l’appellation de Meurtres du Michigan. Cette tante qu’elle n’a pas connue ne lui est donc théoriquement pas grand chose, mais toute sa vie en est empreinte. Au moment où, 36 ans après,  elle met la touche finale à un recueil de poèmes sur ce sujet, l’enquête est ré-ouverte, et les études d’ADN permettent de redresser l’erreur judiciaire passée. Un homme est inculpé.

En tant qu’écrivain, nièce, citoyenne, soutien de  sa mère, femme féministe et farouchement hostile à  la peine de mort, elle suit ce deuxième procès. C’est l’occasion de voir en quoi ce drame a marqué la vie de tous et chacun dans la famille, en quoi la perte, la violence, la suprématie masculine, le sentiment d’abandon ont laissé leur marque dans l’imaginaire et le quotidien de chacun.

Avec comme fil rouge ce procès, passionnant autant qu’éprouvant, le récit est un peu chaotique, comme le sont les événements qui ressortent et les émotions qu’il déclenche. ll est rythmé par la description des photographies d’autopsie ressorties à cette occasion. C’est un belle réflexion sur les empreintes du passé, le sens de la vérité, la réconciliation possible  malgré la souffrance.


Mots-clés : #autofiction #conditionfeminine #faitdivers #justice
par topocl
le Ven 26 Avr - 8:33
 
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Sujet: Maggie Nelson
Réponses: 2
Vues: 112

Colum McCann

Et que le vaste monde poursuive sa course folle

Tag justice sur Des Choses à lire Mccann10

Le titre original, Let the Great World Spin, a un sens légèrement différent, et cet extrait lui fait peut-être référence :
« Mais c’était des ronds les uns dans les autres. Et quand tu tournes en rond, frangin, le monde a beau être grand, il rapetisse forcément quand tu creuses ton sillon. »

Cependant, Colum McCann précise dans ses remerciements finaux :
« Le titre de ce roman "Et que le vaste monde poursuive sa course folle vers d’infinis changements" est emprunté au poème Locksley Hall d’Alfred Lord Tennyson [… »

Il y remercie le personnel de son éditeur français, Belfond, ce qui laisse entendre que le titre donné à son livre en français ne lui a pas été imposé à mauvais escient. Bref, je me demande comment ce roman a pu passer d’une langue à une autre avec un titre d’abord fermé puis ouvert.
Colum McCann avertit également dans cette postface que seule la performance du funambule (1974) n’est pas fictive dans son roman.

J’apprécie beaucoup l’épigraphe :
« Les vies que nous pourrions vivre, les gens que nous ne connaîtrons jamais et qui n’existerons pas, tout ça est partout. C’est le monde. »
Aleksandar Hemon, The Lazarus Project


En prélude du livre 1, le spectacle matinal d’un funambule entre les Twin Towers du World Trade Centre (110 étages, soit à 412 mètres du sol).
Chaque chapitre suivant raconte une histoire :
Ciaran est un jeune Irlandais que fascine par son cadet, John Corrigan, prêtre ouvrier, une sorte de saint tourné par les humbles, en perpétuel conflit avec Dieu, en Irlande puis à New York (Bronx) ‒ toute la suite se passe aux USA.
Claire, mère d’un jeune soldat tué au Vietnam reçoit d’autres mères dans le même cas (son fils était programmeur et travaillait à dénombrer de façon fiable les pertes humaines américaines).
« Harcelé par les journalistes, les chaînes de télé, Johnson réclamait des informations valables. Envoyer un homme sur la lune, il pouvait faire, pas compter les housses mortuaires. Mettre des satellites en orbite, OK, pas fabriquer le bon nombre de croix pour le cimetière. Alors la crème des informaticiens. Des fanas de grosses machines. Une formation express et, la boule à zéro, vous servez votre patrie. "Gloire à toi, mon pays, roi de la technologie." Les meilleurs seulement avaient été retenus. Des gars de Stanford, du MIT, de l’université de l’Utah, de Davis. Et ses copains de Palo Alto, ceux de l’Arpanet, qui travaillaient pour le rêve. Harnachés, expédiés. Tous blancs. Il y avait d’autres programmes que le sien ‒ pour quantifier le sucre, l’huile, les munitions, les cigarettes, les boîtes de corned-beef, mais Joshua partait compter les morts. »

Blaine et Lara, le couple de junkies impliqués dans l’accident de la route mortel pour John et une jeune prostituée, Jazzlyn, que ce dernier aidait : lui reforme un projet fumeux de désintoxication et de création picturale, elle se rapproche de l’entourage des victimes.
Livre 2 : la préparation de l’exploit du funambule.
« La lumière renvoyée par les vitres, sa propre image dans les fenêtres, un jeu de miroirs jusqu’en bas. Il levait une jambe au-dessus du vide, trempait un pied en l’air, faisait le poirier au bord. »

Un gamin photographie des tags dans le métro.
De jeunes programmeurs militaires se délassent en interrogeant via une ligne téléphonique piratée les spectateurs du funambule.
Tillie, la mère de Jazzlyn, raconte son existence de putain noire avec beaucoup de drôlerie : l’infortune sans limite, et une certaine joie.
Une photo est insérée, une vue du funambule sur son fil entre les buildings, tandis qu’un avion de ligne passe au-dessus.
Livre 3 : bref retour au funambule.
Le père du jeune programmeur tué au Vietnam est le juge devant lequel comparaissent Tillie et Jazzlyn ; la mère est condamnée à une peine de prison, la fille est relaxée (et va périr dans l’accident avec John).
John et une jeune infirmière latino s’étaient épris l’un de l’autre, et elle se souvient de leur première nuit, une semaine avant sa mort.
Gloria, la Noire qui participa à la réunion chez Claire, raconte à son tour sa vie, jusqu’à ce qu’elle recueille les deux enfants de Jazzlyn.
Livre 4 : 2006, l’image du funambule, dont la performance eut lieu le jour du décès de John et Jazzlin, est retrouvée par une des filles de Jazzlyn.
« Un homme là-haut dans les airs, tandis que l’avion s’engouffre, semble-t-il, dans un angle de la tour. Un petit bout de passé au croisement d’un plus grand. Comme si le funambule, en quelque sorte, avait anticipé l’avenir. L’intrusion du temps et de l’histoire. La collision des histoires. »

Le style, parfois épuré jusqu’à ne laisser que les ligaments, est d’une remarquable puissance de rendu, représentation comme expression ; il y a beaucoup de documentation et d’observation derrière.
La plupart des personnages dépeints sont splendides, tels que John, Claire, Tillie, ou encore le funambule.
J’ai été frappé que la réaction des gens dans la rue soit surtout de parier sur la chute du funambule ‒ mais l’équilibrisme a-t-il un sens hors du risque de tomber ?
« Le silence est brisé, et les idées prennent forme dans les esprits, comme l’eau épouse celle d’un pichet. »


(Ça te ramentoit quelque chose, Topocl ?)


Mots-clés : #discrimination #justice #romanchoral #social
par Tristram
le Jeu 11 Avr - 1:03
 
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Sujet: Colum McCann
Réponses: 8
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Grégoire Delacourt

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"Mon père", publié en 2019. Voici ma critique:
Un roman que j’ai lu d’une traite, ou presque… Il a fallu que je le repose à plusieurs reprises pour reprendre mon souffle. Essuyer une larme aussi.
Parce que c’est un sujet fort : les enfants victimes de la pédophilie passée sous silence dans l’Eglise catholique.
Parce que je suis maman d’un garçon, maintenant grand, mais que certaines situations angoissantes ont là ressurgi.
Parce que la justice, dans notre pays, est de nouveau montrée du doigt pour ses insuffisances et ses complaisances honteuses : « Elle l’estimera à une peine de trente ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté de dix-huit à vingt-deux ans et laissera des pervers continuer à englander des enfants contre la modique somme de trois ans de prison dont un avec sursis. »

Roman après roman, Grégoire Delacourt étoffe l’aspect émotionnel de l’écriture. Il s’appuie ici sur la parabole, issue de l’Ancien Testament, d’Isaac, que son propre père, Abraham, a prévu d’offrir en sacrifice à Dieu. L’ange Gabriel était alors intervenu pour arrêter le bras paternel meurtrier, et placer un bélier sur l’autel et Isaac alors, put survivre.
Comment un fils peut-il se construire, et devenir père lui aussi, suite à un évènement pareil ? Le silence. Ce silence qui est censé panser les plaies et faire oublier : « Nous savions et nous n’avons rien dit parce que dire était faire exister l’horreur, donner une odeur au sang ».
Alors quand Edouard va apprendre que son fils a été abusé, dans le cadre du catéchisme imposé par sa mère dévote et très pieuse, il va réclamer son propre talion, et va, dans un huis clos de trois jours, demander des comptes à ce curé qui a osé toucher son fils.
C’est violent, puissant… Epoustouflant aussi. Et cette fin… J'ai eu envie de hurler.
Il va me falloir du temps pour « digérer » ce roman.
A lire absolument.


Mots-clés : #enfance #huisclos #justice #relationenfantparent #violence
par Valérie Lacaille
le Lun 18 Mar - 18:07
 
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Sujet: Grégoire Delacourt
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Friedrich Dürrenmatt

Justice

Tag justice sur Des Choses à lire 22670110

Justice est un roman « policier » quelque peu déjanté et décalé.
Un respectable député, Kohler, entre dans la salle à manger d’un restaurant fréquenté par la bonne bourgeoisie zurichoise, et abat d’un coup de révolver le non moins respectable professeur Winter, en train de diner.
La description du meurtre donne tout de suite le ton :

Au moment où le coup partit, le commandant ne leva pas les yeux. C’est du moins ce qu’on raconte.  La chose n’est pas impossible, parce qu’à cet instant précis il était occupé à sucer artistement la moelle d’un os. Mais ensuite il se leva tout de même, allant jusqu’à renverser une chaise ; en homme d’ordre, il la remit sur ses pieds. Lorsqu’il parvint aux côtés de Winter, celui-ci gisait  déjà dans son tournedos Rossini, ses doigts enserrant encore le verre de chambertin.


Le récit, sous forme de confession, émane d’un certain Spät, un jeune avocat ambitieux, ne rêvant que de grosses cylindrées, de bureaux luxueux  et d’argent facile. Il a une haute idée de la Justice, mais paradoxalement, il est prêt à de multiples compromissions pour arrondir ses fins de mois, comme défendre les prostituées, qu’il fréquente assidument, leurs souteneurs et de fil en aiguille quelques membres de la pègre. Spät boit beaucoup, beaucoup trop et de plus en plus, d’où l’aspect quelque peu embrouillé de la chronologie de son récit. Mais rassurez-vous, aucune difficulté de lecture.
Mêlé à cette histoire Spät pense pouvoir en tirer les ficelles. Sa méconnaissance du « billard à trois bandes » va lui être fatale.

Justement : quelle vérité se cache derrière la vérité ? J’en suis réduit à des suppositions, à des tâtonnements. Où sont les faits dans leur exactitude ? Où sont les exagérations, les falsifications, les dissimulations ? Que croire, que ne pas croire ? Existe-t-il seulement quelque chose de vrai, de sûr et de certain derrière tous ces faits…


C’est toujours un grand plaisir que de lire Dürrenmätt. J’apprécie beaucoup son humour souvent vachard, sa satire féroce de la bonne bourgeoisie suisse, entrecoupée de réflexions de bon sens.
Un très bon moment de lecture.

-Votre épouse a reçu l’extrême-onction, dit-il.
-Parfait, rétorqua Stüssi-Leupin.
-Je prierai pour elle, assura l’homme de Dieu.
-Pour qui ?
-Pour votre épouse.
Cette précision laissa Stüssi-Leupin indifférent :
-C’est votre boulot.


-Impressionnant, dis-je. Je les ai pris pour vos gardes du corps.
-Impressionnants mais stupides. Ce sont des Ouzbeks. Les Russes les ont dégottés quelque part au fin fond de l’Asie et fourrés dans l’Armée rouge. Ils ont fini prisonniers des Allemands. Comme les anthropologues nazis n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur leur race, ils sont restés en vie. Mon père en a fait l’emplette dans un institut pour la recherche raciale. A l’époque, des bestiaux de ce genre coûtaient trois fois rien. Des déchets d’humanité, inutilisables. Moi je décrète qu’ils sont ouzbeks, parce que le mot me plait.


Nous avons couché ensemble, elle et moi, sans échanger une parole. Nous ignorions qu’il n’est pas de bonheur sans mots. Tout au plus éprouvai-je cette nuit-là, fugitivement, le bonheur de pressentir ce que j’aurais pu devenir ; un possible insaisissable, qui reposait en moi, mais que je n’ai pas réalisé.  Dans ce bonheur d’une nuit, j’étais convaincu d’être un autre. Erreur. Lorsque au matin, nos regards se sont croisés et pénétrés, nous savions que notre heure était passée. »


Parce que la Justice, pour s’accomplir exige que les parties soient également coupables. Comme dans cette Crucifixion du retable d’Issenheim : sur la croix, un cadavre horrible et gigantesque, dont le poids fait plier les poutres ; un Christ encore plus repoussant que les lépreux pour lesquels on l’a peint. Les lépreux le regardaient ; leur lèpre, croyaient-ils, était un cadeau de ce Dieu. Justice était donc faite, le Dieu méritait sa crucifixion.



mots-clés : #criminalite #justice
par ArenSor
le Mar 18 Déc - 12:49
 
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Sujet: Friedrich Dürrenmatt
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Christian Dedet

Le Secret du Dr Bougrat ‒ Marseille-Cayenne-Caracas L’aventure d’un proscrit

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Première partie, le Dr Bougrat est accusé du meurtre de Rumèbe, mort dans son cabinet ; l’histoire est vraie, mais on a bien sûr la version de l’auteur, farouchement convaincu que son héros soit innocent (ce qui semble être le cas). Et il serait rassurant que l’erreur judiciaire soit toujours aussi grotesque. Le spectacle est toujours aussi stupéfiant des avocats (dé)passant de l’éloquence à l’outrance jusque l’enflure. Ici l’avocat général :
« Ombre de Rumèbe, apparais dans cette enceinte ! Dresse-toi devant cet individu ! Fantôme pitoyable dont les restes mortels, par les faits de ce lâche, demeurent sans sépulture, pardonne à la justice qui fut obligée d’envoyer de Marseille à Lyon tes viscères putréfiés ! »

Deuxième partie, le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, et l’évasion dans la malédiction de « l’enfer vert », reconstitution assez juste quoique entachée d’exagération, avec quelques approximations et beaucoup de poncifs.

Troisième et dernière partie, le Venezuela où le fuyard se signale comme médecin des pauvres et notable qui fonde une famille dans ce beau pays, autrement victime de la malédiction du pétrole et des dictatures...

Une certaine grandiloquence tendant vers l’invraisemblable (lors du procès, des experts sont catégoriques), un ton mélodramatique style Dumas père, Maurice Leblanc (cités) ou Eugène Sue, mais sans maestria ni surtout originalité, desservent ce livre.
L’impression de rebattu qui m’a ennuyé peut être due à tant de livres lus sur l’histoire et la géographie de la région, mais j’ai nettement plus apprécié La Mémoire du fleuve (qui se passe en Afrique équatoriale, que je connais moins).
« Plus tard, j’ai compris ce qui différencie un cauchemar de l’horreur de vivre. Du cauchemar, l’homme se réveille sauf. Pour moi, il n’y eu pas de réveil. »



mots-clés : #aventure #biographie #criminalite #historique #justice
par Tristram
le Jeu 4 Oct - 0:14
 
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Sujet: Christian Dedet
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Marcel Aymé

Tag justice sur Des Choses à lire Tete0410

La tête des autres

Je continue ma découverte d'Aymé, cette fois par cette pièce de théâtre dénichée à Emmaüs.
Sa lecture, aisée, assez prenante, a été rapide. C'est par un premier acte bien cynique que l'auteur plante le décor de cette mordante critique écrite en 1952. Des procureurs se congratulent d'avoir obtenu la peine de mort pour un accusé dont on doute pourtant peut être de la culpabilité. S'ensuit de véritables rebondissements vaudevillesques et mafieux qui en une sorte de spirale n'auront de cesse de démontrer la noirceur des intérêts individuels.
Mon père me signale que cette pièce est truffée d'allusions d'époque, certains personnages font référence à des personnalités au passé trouble, ça a été un scandale lors de sa création.
De mon point de vue moins averti, je reste marquée par un truc qu'Aymé distille tout du long, une espèce de démonstration du pouvoir de la communication : les personnages, tous "ennemis" les uns des autres, trouvent sans cesse moyen de communiquer, voir de laisser filer la rancoeur, sans être dupes pour autant des malveillances, une espèce de tableau de la loi de la jungle individualiste, où la communication primerait pourtant, supplantant l'appareil judiciaire, lui totalement vérolé.
Corrosif.
Malgré toutes les critiques qu'il avait adressées à la justice, il s'est trouvé, en 1961, un conseiller
à la Cour d'Aix-en-Provence pour solliciter et obtenir une contribution de Marcel Aymé à une
réflexion sur l'art de juger. (Michel Lécureur, Président de la Société des Amis de Marcel Aymé)
:
« Cher Monsieur,
Je suis très touché de votre bienveillante insistance, mais je me sens peu qualifié pour dire sur le
sujet dont vous êtes occupé rien qui puisse intéresser des Juges. Je n'ai pas fait d'études de droit
et je n'ai jamais eu de procès.
Pourtant, à deux reprises dans ma vie, mon attention a été fixée sur la Justice de mon pays et
sur son appareil : la première fois, alors qu'étant collégien, je faisais l'école buissonnière, je
fréquentais, les jours de grand froid, le Tribunal correctionnel dont l'audience était chauffée. À
cette époque, en 1916, la Justice était une Justice de classe (il semble qu'elle le soit encore,
quoique avec précaution). J'ai été profondément remué et scandalisé par la dureté et la
grossièreté avec lesquelles les Juges traitaient les gens pauvres. La deuxième fois, ce fut à la
Libération, le spectacle sans précédent en France, d'une Justice d'exception acharnée à la
vengeance, et à laquelle une magistrature craintive n'a pas ménagé son concours. Comme tout le
monde, j'ai été également au courant des nombreux scandales où la Justice s'est gardée
d'intervenir, sinon de venir en aide aux concussionnaires. Voilà qui n'est pas fait pour donner
une idée rassurante de ce qu'est devenue, en France, la plus haute des fonctions. Certes, des
Juges peuvent se sentir à l'aise dans une recherche consciencieuse du verdict, lorsqu'il s'agit de
l'assassinat d'une rentière ou de l'attaque d'un coffre-fort. Mais est-ce là tout l'exercice de la
Justice ?
Les profanes de mon espèce attendent des Juges qu'ils aient le courage de poursuivre le crime et
le délit sans égard à l'argent ni au pouvoir. Il leur semble que si la Justice consent à se laisser
entamer dans ses positions les plus avancées, elle n'est plus la Justice et qu'un Juge ne peut
avoir bonne conscience, même en face d'un criminel de droit commun. Je souhaite que, dans
votre discours d'ouverture, vous mettiez en garde la magistrature contre l'indifférence et la
légèreté, bien sûr, mais d'abord contre toute espèce de complaisance. Et je souhaite que vous
soyez entendu ! »

Marcel Aymé



mots-clés : #humour #justice #théâtre
par Nadine
le Dim 22 Juil - 19:19
 
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Sujet: Marcel Aymé
Réponses: 23
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David Grann

La note américaine

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(Quel titre nul...
Titre original :Killers of the flower Moon, The Osage Murders and the Birth of the FBI)
Traduction Cyril Gay

A la fin du XIXème siécle, chassés par l'avidité des colons, les Indiens Osages achètent des terres dans ce qui sera l'Oklahoma. Des terres arides et dépeuplées dont personne ne veut. Mais quand on y découvre des gisements pétroliers, les prospecteurs affluent, les Indiens leur louent chèrement le droit d'exploitation et les voila riches à millions...Seulement  les Blancs ne sont pas si bêtes: ils ont déjà déclaré les Indiens inaptes à gérer leurs biens, leur ont imposé des curateurs, et l'argent est largement détourné. Mais cela ne suffit pas, une épidémie de morts violentes  terrorise la population, pour récupérer cet argent par arnaque à l'assurance ou héritages impliquant des couples mixtes.

En ces débuts du XXème siècle, la police locale était quasi inexistante, incompétente et corrompue, et il a donc fallu l'intervention des instances fédérales, en l’occurrence le Bureau of Investigations (futur FBI tout récemment repris en main par Hoover et dont c'est la première "grande enquête") pour vaincre les obstacles scrupuleusement échafaudés par les assassins, et mener à bien - au moins partiellement - l'enquête et les condamnations.

C'est sur cette histoire qu’enquête David Grann, un épisode fort peu glorieux de l'histoire américaine très largement occulté. Il rappelle les faits à notre mémoire et par certaines découvertes dans les archives, fait bouger le regard qu'on peut porter sur les faits, transformant un fait divers sordide en responsabilité collective impunie. Ce n'est pas génialement écrit, mais extrêmement documenté, illustré de photos magnifiques (un peu gâchées par le rendu d’impression) et  très intéressant,  tant sur ces fameux (un temps) richissimes Indiens Osages que  sur l’organisation policière et judiciaire de cette époque.

Mots-clés : #corruption #criminalite #discrimination #historique #justice #minoriteethnique
par topocl
le Mer 21 Mar - 20:26
 
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Sujet: David Grann
Réponses: 8
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Sorj Chalandon

Le jour d'avant

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Quarante ans après la catastrophe minière se Saint-Amé, Michel revient dans son village natal pour venger son frère qui y a trouvé la mort. On ne peut pas en dire plus de l'intrigue, qui tient surtout aux coups de théâtre, révélations et changements de cap qui vont apparaître au cours de l'enquête et du procès.

C'est du vrai Chalandon, celui qui traine toute la misère du monde sur ses épaules, logé à l'Auberge de la Fraternité Trahie et du Prolétariat Humilié. Chalandon qui creuse son sillon, tout à la fois appliqué et inspiré, n'hésitant pas à y revenir pour enfoncer son clou. Chalandon fidèle à son message, à ses phrases brèves qui pèsent 100 tonnes, qui ne lésine pas avec le souffle romanesque. Et arrive, ainsi à vous embarquer malgré vos réticences.

Car l'Impression globale est finalement plutôt bonne pour ce montage, parlant et astucieux, trouvant son apothéose dans deux splendides  plaidoiries contradictoires, pour dénoncer  brillamment la responsabilité des Houillères du Nord dans cette catastrophe qui a fait 42 morts. Il n'en demeure pas moins que  pendant les 2 premiers tiers de la lecture, je me suis sentie patauger dans une certaine déception, face à un récit assez convenu (auquel  les fameuses révélations vont donner son originalité), un peu malsain dans ses incohérences, (lesquelles vont également s'éclairer), parsemé de coïncidences très coïncidentes et de hasard  peu hasardeux (était-il bien utile que l'avocate ait les traits de la merveilleuse femme décédée  de Michel ?).

Livre refermé, je me suis dit que l'erreur était peut-être de faire raconter l'histoire par Michel lui-même, que le récit aurait pu gagner en finesse, moins outrageusement piéger le lecteur, s'il avait été fait par un tiers extérieur.

Ces réserves faites, et une fois accepté que Chalandon est un pur, un dur, pas vraiment drôle, il y a ici de quoi trouver quelque bonheur , dans un livre qui n'est pas dans les meilleurs, mais pas dans les pires non plus de son auteur.
Bien qu'il soit parfaitement écrit, la place faite aux dialogues, à la mise en place de la procédure d'incarcération, et à la machine judiciaire, laisse présager la possibilité d'un film assez prochain, qui pourrait peut-être, une fois n'est pas coutume, être meilleur que le livre.

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mots-clés : #culpabilité #justice #lieu #mondedutravail #psychologique #vengeance
par topocl
le Dim 18 Mar - 10:33
 
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Sujet: Sorj Chalandon
Réponses: 6
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Juan Gabriel Vásquez

Le corps des ruines

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Il va être difficile de rendre compte de ce roman tant il est tentaculaire, intelligent, maîtrisé, tant le roman et le non-roman y sont étroitement intriqués au bénéfice de l'esprit et d'une certaine générosité.

Juan Gabriel Vasquez s'y montre  écrivain à l’œuvre, s’appropriant peu à peu un sujet qui l'a initialement rebuté, à l'écoute des signes qu'au fil des années celui-ci peut lui envoyer, l'amenant à accepter de douter, de se remettre en question pour finalement se l'approprier au prix d'un itinéraire affectivo-intellectuel traversant le temps et les continents.

Ce sujet lui est apporté/imposé par une espèce de complotiste exalté, monomaniaque et  agaçant, Carlos Carballo, fasciné par deux assassinats politiques qui ont été  des tournants majeurs dans l'histoire de la Colombie:  celui de Rafael Uribe Uribe en 1914, et celui de Jorge Eliécer Gaitán en 1948, deux figures de l'opposition libérale. Pour ces deux assassinats,  les exécutants ont été châtiés, et Carballo soutient que la justice s'est refusée à remonter le fil des vrais commanditaires. La juxtaposition de ces deux affaires est l'occasion  d'interroger la société colombienne, pervertie d'avoir toujours frayé avec la violence,  de réfléchir au lien que celle-ci entretient avec le mensonge et la dissimulation, et de montrer comment la quête de la vérité, si elle est vouée à l'échec, permet cependant d'interroger sa propre intimité, mais aussi tout le corps social  notamment dans sa  dimension  politico-judiciaire.

On est  dans une démarche assez curieuse (et plusieurs fois revendiquée) qui mêle sciemment l'autofiction et  l'histoire d'un pays, mais aussi l'Histoire et la fiction  pour produire une œuvre protéiforme, mi-polar politique, mi-réflexion et quête de sens. Dans cette démarche qui n'est pas sans rappeler Cercas, mais portée ici par une écriture fluide et pleine de vivacité, parfois à la limite de la faconde, Juan Gabriel Vasquez communique, par un montage époustouflant,  sa passion, ses émotions  et son érudition. il tire un fil qui en révèle un autre, suggère sans imposer, les longueurs sont très rares (et sans doute indispensables), c'est de la belle ouvrage.




mots-clés : #autofiction #complotisme #creationartistique #historique #justice #politique #violence
par topocl
le Mar 20 Fév - 16:20
 
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Sujet: Juan Gabriel Vásquez
Réponses: 16
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Philippe Sands

Retour à Lemberg

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Lemberg, ville aujourd'hui ukrainienne, qui fut aussi Lwow, Lviv selon  la souveraineté  autrichienne ou polonaise,  l'occupation allemande ou soviétique, au fil du XXème siècle.

Lemberg, villle d'origine de Leon , grand-père de l'auteur, qui a fui d'abord à Vienne, puis à Paris l'oppression nazi, survivant muet sur son passé, comme tant d'autres, et dont Philippe Sands va, tel une fourmi obstinée et besogneuse, décrypter le passé à partir de quelques lettres, photos, recueillant des témoignages auprès de survivants éparpillés dans la diaspora.

Mais à Lemberg sont aussi nés Lauterpacht et Lemkin, deux éminents juristes de renommée internationale, qui eux aussi ont fui les discriminations , eux aussi laissé derrière eux des familles destinées à l'assassinat de groupe. Chacun à sa façon, a travaillé à analyser ces actes d'infamie, à leur donner une tournure, un nom afin de permettre au Droit International, dont la première étape fut le procès de Nuremberg, de se positionner et de porter sereinement son verdict. Le droit international est en train de naître, Philippe Sands, là encore gorgé de lectures et d'archives, interlocuteur de descendants,  nous en livre les balbutiements et les subtilités. Il décortique pour le lecteur profane l'opposition des deux écoles : Lauterpacht décrit la notion de crimes contre l'humanité, perpétrés sur des individus, fussent-ils multiples. Lemkin introduit celle de  génocide (et crée le mot) , qui s'adresse à des groupes, raciaux, religieux ou nationaux

Et c'est sur Lemberg encore qu'a régné Franck,  Gouverneur Général de la Pologne occupée, opprimant, humiliant, exilant, spoliant, assassinant les juifs par milliers. Franck condamné à la pendaison par le Tribunal de Nuremberg, fustigé par son fils Niklas, contrairement à l’attitude de la plupart des enfants de responsables nazis.

Ce récit historique, parcouru tout au fil des  pages d'un puissant souffle romanesque, s’attache à ces quatre figures pour raconter, une fois de plus, le destin tragique des Juifs sous le nazisme. Une fois de plus, oui, c'est cette histoire si connue, sa montée en puissance, son écrasante dévastation. Et une fois de plus les destins individuels au milieu de cette destinée universelle émergent avec toute leur  singularité. Les histoires racontées sont un miroir tendu à la réflexion des deux juristes: destins individuels, destin du groupe, indissociables et complémentaires.

Philippe Sands est impressionnant d'érudition, il fournit un travail de titan,  traque l'information, aiguille dans le tas de foin des archives et souvenirs, ne lâche pas une piste si infime soit-elle, : le résultat est époustouflant. On pense aux Disparus de Daniel Mendelsohn, où la littérature et la mythologie, mise en abîme de l'Histoire,  sont remplacées par le droit. C'est sans doute un peu plus sec, un peu moins habité. Mais c'est une contribution indispensable, une invitation à la réflexion, à l'heure où nationalismes et antisémitisme sont, encore et toujours, à nos portes.

Ah, j’oubliais il y a a plein de photos, de gens et de documents. c'est passionnant, terriblement émouvant évidemment, instructif et plein de pistes, on en croirait que le droit international, c'est simple.

Chaude recommandation.



mots-clés : #communautejuive #deuxiemeguerre #genocide #historique #justice #lieu #minoriteethnique
par topocl
le Sam 13 Jan - 20:32
 
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Sujet: Philippe Sands
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Ivan Jablonka

Laetitia ou la fin des hommes

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Ivan Jablonka parle de Laetitia, cette jeune femme de 18 ans sauvagement assassinée et  démembrée vers Pornic en 2011, affaire qui a fait grand bruit dans la presse. Il applique ses techniques d'historien-sociologue pour une tentative d'épuisement de ce fait divers.

Il s'intéresse à Laetitia , dans un désir de lui rendre une certaine justice, à sa sœur jumelle Jessica, à leur  environnement familial défaillant(famille biologique et famille d'accueil) préparation parfaite, voire répétition générale au long cours du drame. Il s’intéresse à son assassin, issu du même milieu, avec les mêmes codes, les mêmes fatalités. Il s'intéresse aussi aux protagonistes indirects ,  magistrats, avocats, enquêteurs, politiques (Sarkozy qui en profite pour vendre sa politique compassionello-répressive), journalistes qui ont fait que cette affaire a été ce qu'elle était, qu'elle a été en quelque sorte retirée à Laetitia, sa jeunesse et sa dignité, pour en faire une histoire publique,  et non plus intime,  avec ses mensonges et ses dérives.

Jablonka ne s'exclue pas de ces intervenants extérieurs qui ont pu s'approprier des faits, une histoire, pour l'instrumentaliser, lui, l'universitaire parisien   se mêlant de "ce qui ne le regarde pas", auto-parachuté en province, dans ce lumpen-prolétariat enfermé dans la reproduction de schémas pathogènes, de comportements destructeurs, de violence faite et répétée envers les femmes et les enfants.

C'est assez réussi, dans son exhaustivité qui implique quelques redites reflétant  l'obsession du chercheur. Jablonka a un très grand respect de chaque protagoniste, une compassion bienveillante et ouverte, qui trouve bien sa place à côté de la démarche "scientifique". Cette dernière implique une recherche rigoureuse de la vérité, et Jablonka ne laisse passer aucun détail, aussi nauséabond soit -il, ce qui pourra  rebuter certains.

On est dans une histoire aussi sordide que pathétique, révélatrice car les personnalités s'éclairent peu à peu, les comportements s’individualisent et on comprend que l'extraordinaire ne cache que du très ordinaire.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #justice #social #violence
par topocl
le Mer 10 Jan - 17:11
 
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Sujet: Ivan Jablonka
Réponses: 23
Vues: 889

Laurent Mauvignier

Ce que j'appelle oubli

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Un livre basé sur un fait réel, un homme de 25 ans résidant dans un foyer de jeunes travailleurs, précaire est surpris par des vigiles d'un "supermarché qui positive" en train de voler des bières. il sera amené de force dans une réserve et frappé jusqu'à la mort.

On peut retrouver des articles sur Internet. Le livre s'en inspire librement créant les pensées de personnages et extrapolant leur psychologie.
C'est une lecture douloureuse comme souvent avec Mauvigner. C'est court, mais violent dans l'expression des émotions.
C'est magnifiquement écrit comme toujours.

On en ressort indignés, blessés, tristes. on en ressort aimant la victime, méprisant la justice et haïssant les vigiles.

Un ouvrage à lire quand on est solides.


mots-clés : #faitdivers #justice #social #violence
par Hanta
le Mer 3 Jan - 11:27
 
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Sujet: Laurent Mauvignier
Réponses: 14
Vues: 554

Anatole France

Les Dieux ont soif

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L’action se passe à Paris en 1793 – 1794, au moment de la Terreur. Evariste Gamelin est un jeune peintre, admirateur de David mais surtout de l’Antiquité gréco-romaine. Peut-on le qualifier de raté ? Du moins, il ne travaille pas beaucoup à ses œuvres qui demeurent à l’état d’esquisses. Aussi vit-il  chichement avec sa mère. Il est attentionné, Evariste, c’est sans conteste une âme sensible, délicate et droite. Un modèle de vertu en somme.
Il n’en est pas de même de son voisin Brotteaux, noble réduit à la misère, amateur de belles choses, de belles femmes, féru de Lucrèce dont les œuvres ne quittent pas la poche de sa redingote, c’est probablement cet auteur qui l’aide à jeter un regard critique sur l’humanité dont il comprend les faiblesses.

Autour de ces deux personnages, gravitent des femmes, la mère de Gamelin, la voluptueuse Elodie, fille d’un marchand d’estampes et amoureuse d’Evariste, la non moins voluptueuse femme Rochemaure - j’ai l’impression que beaucoup de femmes sont voluptueuses chez France  Very Happy  - qui a eu une aventure avec Brotteaux au temps de sa splendeur. C’est d’ailleurs grâce à elle que Evariste va obtenir une place de juré au Tribunal révolutionnaire. Dans ce rôle, il va appliquer une loi sans complaisance pour faire régner la Vertu. Le Bonheur de l’humanité passe inévitablement par des ruisseaux de sang. Vive le sainte Guillotine…

« Les Dieux ont soif » montre comment une idéologie absolutiste peut mener aux pires atrocités. La Révolution s’emballe et dévore ses propres enfants. En ce sens, l’ouvrage est toujours d’actualité. Pensons, entre autres, au Kampuchéa démocratique.

Ce beau roman historique est servi par une écriture très claire qui se lit avec plaisir. Anatole France a le don de dresser par petites touches imagées et légères un tableau vraisemblable de Paris en ces années sanglantes, les métiers, les sentiments, le bruit de la ville, des passions, des prisons...

Quelques petits regrets : les personnages ont parfois tendance à être stéréotypés. Ainsi l’opposition entre Gamelin et Brotteaux est presque caricaturale. J’aurais aimé aussi entrer plus profondément dans la personnalité de Gamelin lorsqu’il envoie des fournées de condamnés à la mort. Le sujet est abordé mais discrètement. De même, l’auteur ne s’attarde pas sur cette fascination érotico morbide qu’éprouve Elodie  pour son amant.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Voici un excellent roman historique, qui se dévore (sans jeu de mots) et qui  amène à la réflexion.

Merci à Animal qui m'a incité à relire cet ouvrage dont je me rappelais le sens mais non l'intrigue Smile


mots-clés : #historique #justice #revolution #violence
par ArenSor
le Mar 26 Déc - 16:26
 
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François Sureau

Le chemin des morts

Tag justice sur Des Choses à lire Chemin10
Récit (autobiographique sans doute), de la taille d'une nouvelle (une quarantaine de pages environ), paru en 2013.

Début des années 1980. Un tout jeune brillant juriste atterrit à la Commission de recours des réfugiés (aujourd'hui Cour Nationale du Droit d'Asile). Il évoque le président de celle-ci à l'époque, pour lequel il nourrit de l'admiration, tant pour le parcours que pour la méthode.

Le chemin des morts, au Pays basque, c’est ce chemin particulier qui mène chaque maison jusqu’au cimetière. Chaque famille a le sien, et se tisse ainsi au-dessus des routes et des sentiers une toile secrète, invisible et mystérieuse, qui mène jusqu’à l’église.



Arrivé en France en 1969, fuyant la justice franquiste, Javier Ibarrategui, membre du commando qui avait assassiné Melitón Manzanas à Irún le 2 août 1968 (commissaire, tortionnaire notoire sous le régime franquiste, à la tête de la Brigada Político-Social de Guipúzcoa - à noter que cet assassinat est, à jamais pour l'Histoire, le premier attentat prémédité d'ETA) avait-il à y demeurer en vertu du droit d'asile, tandis qu'entre-temps l'Espagne était devenue une démocratie ?

Pouvions-nous seulement faire à l'Espagne la mauvaise manière de tenir pour nul et non avenu son retour au droit ?


Le cas est épineux, les sinistres GAL (Grupos Antiterroristas de Liberación) opérent, groupes occultes, para-militaires sévissant dans l'ombre y compris (et même par périodes surtout) sur sol français, lequel est considéré par ceux-ci, à tort ou à raison, comme un sanctuaire pour les activistes basques.

Et Javier Ibarrategui s'était tenu plus que tranquille en France, allant même jusqu'à désapprouver, par un écrit circulant dans les milieux clandestins, l'assassinat de l'amiral Carrero Blanco en 1973. Ce qui lui fut reproché
par ses anciens camarades comme par certaines vois autorisées de l'extrême gauche française.



Dire le droit, motiver une décision de justice est ardu.
Lorsqu'un juge adopte une solution, c'est bien souvent parce que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage.


Et puis il y a les cas.
En évoquant quelques-uns d'entre eux, on survole le relativisme, chaque époque connaît le sien propre, couplé au regard, qui diffère tous les quinze ou vingt ans.
Et même les cocasseries, la filouterie pas bien méchante:
Je me souviens que ce jour-là nous avions accordé le statut de réfugié à un Zaïrois, dont nous devions découvrir ensuite qu'il s'était déjà présenté trois fois à la Commission sous des identités différentes. Il avait un beau talent d'acteur et revendait ensuite -à un prix abordable- le précieux papier à ses compatriotes.



J'ai beaucoup apprécié cette courte nouvelle (ce court récit), pas seulement pour la teneur et le questionnement central qu'il pose:
En effet -bonheur de lecteur- le style est ramassé, concis, cependant à l'opposé du type script ou scénario, sobre mais jamais sec, toujours à grand pouvoir évocateur: que l'auteur en soit remercié...

mots-clés : #autobiographie #exil #immigration #justice
par Aventin
le Sam 16 Déc - 19:10
 
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