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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 17 Sep - 23:33

10 résultats trouvés pour independance

Eric Plamondon

Oyana

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Originale : Français/Canada, 2019

Présentation de l’éditeur : a écrit:"S'il est difficile de vivre, il est bien plus malaisé d'expliquer sa vie." Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passé. Jusqu'à la rupture. Elle est née au Pays basque et a vieilli à Montréal. Un soir de mai 2018, le hasard la ramène brutalement en arrière. Sans savoir encore jusqu'où les mots la mèneront, elle écrit à l'homme de sa vie pour tenter de s'expliquer et qu'il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus définitivement que d'autres. Elle n'a que deux certitudes : elle s'appelle Oyana et l'ETA n'existe plus.


REMARQUES :
Après la découverte de Taqawan (voir en haut des commentaires) je voulais bien continuer dans l’univers, ou disons le style, Plamondon. Car il est apparemment typé : des chapitres courts avec ici une narratrice « Je » bien mise en avant par lettres, datées en Mai 2018 et formulées à son compagnon de 23 ans, Xavier, au Quebec. Et s’intercalent des points de vues par narrateur neutre soit sur sa vie à elle ou des chapitrettes sur divers sujets sur le pays Basque, son histoire, des traditions. Car cette Oyana a bien grandi au Pays Basque, né le jour même (mais sans le savoir) de la mort de son père biologique, militant de l’ETA et tué par des militaires après un attentat à la bombe en Décembre 1973. Elle grandit chez un père adoptif (et l’ignore) et sa mère et n’est pas autrement engagée dans la lutte indépendentiste des années 80, 90. Jusqu’au jour où, innocents, avec des amis ils sont pris en chasse par la police cherchant des militants. Un ami meurt… Et elle commence presque par protestation à s’intéresser alors pour la cause, s’engage et est impliqué dans une affaire avec issue fatale. Elle n’arrive pas à assumer. Bref : elle doit quitter le pays sous la menace de ne jamais revenir.

Et en ce Mai 2018, 23 années passées, elle apprend la dissolution de l’ETA ! Plus de dangers ? Fin de jouer à la cachette et à la fausse identité (rôle qu’elle a même tenu devant son compagnon!)? Elle décide de rentrer… Et s’approche par étapes.

Plamondon a bien trouvé un sujet qui seulement au premier abord semble loin du Canada : On pourrait rapprocher facilement les situations au Quebec et au Pays Basque avec leurs luttes indépendentistes, la question de la langue, les caractères propres etc. Il le fait dans son style de chapitres courts et intelligents. Ici il parle beaucoup à travers une narratrice et réussit bien pour un homme – il me semble – de « parler en femme ». Au-délà du ou des sujet(s) et son traitement, on retrouve aussi souvent des mots et expressions, des phrases étonnants, pleine de « sagesse » pour utiliser un mot souvent employé. Certaines tournures et explications sont simplement bien. On comprendra aussi le drame de cette femme qui vit avec des mensonges « reçus », et aussi « employées par alle-même ». Elle a menti alors pendant 23 ans à son compagnon ? Néccessaire ou pas : elle croit l’histoire finie, et pourtant… ?!

Découvrez vous-même : cet auteur est définitivement à suivre !

Mots-clés : #culpabilité #exil #independance #terrorisme
par tom léo
le Jeu 23 Mai - 19:36
 
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Sujet: Eric Plamondon
Réponses: 29
Vues: 795

Alexandre Sergueïevitch Pouchkine

La fille du capitaine

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C'est avec grand plaisir que j'ai lu ce livre, dans le cadre d'une chaîne de lecture. merci à Quasimodo pour sa proposition.
Je n'avais lu, de Pouchkine, que Boris Godounov, dans le cadre d'une lecture thématique sur la figure du tyran, en litterature comparée, lors de mes années de faculté. (Et je n'en ai que peu de souvenirs malheureusement.)

Piotr Andréievitch Griniov est envoyé par son père dans un fort, pour se frotter à la vie d'homme. Ce dernier espère ainsi l'écarter des premieres tentations de débauche et de boisson. Avant d'arriver sur le site, en compagnie de son valet Savélitch , le jeune homme commence son apprentissage du monde extérieur. Des tavernes, des voyous, des tempêtes, son voyage n'est pas de tout repos, et Savélitch, fidèle et bienveillant, s'avère précieux pour le guider, le réprimander, ou l'accompagner tout simplement. La libéralité de l'un compense la grande prudence de l'autre et vice versa. ils aideront pourtant un homme, en route, enigmatique.Arrivés au fort, recommandation en main, Piotr croit déchanter, quelle tranquilité, quel simulacre guerrier l'attend. Le chef cosaque Pougatchev, qui se fait instituer empereur Pierre III à la force du combat, a beau être dans la région, et se rappeler au souvenir du capitaine et ses troupes, le hâvre ne semble promettre aucun véritable drame . La femme et la fille du Capitaine  vivent parmis les hommes, sagement, et l'esprit familial prédomine sur le militaire. Une romance pudique nait entre Piotr et Maria, des jalousies s'en mêlent, Chvabrine, un autre militaire, n'a de cesse de perturber l'idylle. Mais la menace la plus grande est arrivée et se révèle sans fard, le fort tombe aux mains des troupes de Pougatchev.
Griniov et sa bien-aimée échappent seuls au massacre, avec le valet et quelques villageois.
Je ne raconte pas la suite car ce serait divulgâcher, mais disons que le roman d'apprentissage se corse de douleur et de decillages.

Le contexte :

Ecrit un an avant la mort de l'auteur.

Wikipédia :
"Pouchkine s'est documenté sur la révolte de Pougatchev, avec comme objectif d'en rédiger un compte-rendu historique : l'Histoire de Pougatchev, restée à l'état d'ébauche. C'est ce qui lui permet de mêler ici réalité historique et invention romanesque (...) Il brosse aussi un tableau de la société russe de la fin du XVIIIe siècle : organisation sociale et situation politique (soulèvements populaires, contestation dynastique, expansion de l'empire vers l'est). Le tableau de la Russie, de ses immenses steppes et de son climat extrême, constitue un autre centre d'intérêt du roman.
(...) Pougatchev est (...) complexe, cruel et magnanime à la fois, contrairement à la représentation officielle de l'époque. C'est sans doute que, comme Mazeppa ou le faux Dimitri, autres personnages historiques apparaissant dans l'œuvre de Pouchkine (respectivement dans Poltava et dans Boris Godounov), il est un symbole de l'impossible résistance à l'autocratie, un thème qui a toujours fasciné un écrivain constamment opprimé par les empereurs Alexandre Ier puis Nicolas Ier."

Je confirme, ce roman est l'occasion de réaliser une page d'histoire, et de plonger dans une société dont j'ignorais quasiment tout.

J'ai beaucoup apprécié. Je ne sais si c'est bien traduit (par Raoul Labry) mais cette prose est d'un élégant classicisme.
Le fil de narration est épuré de toute scorie, très relié à la voix centrale du protagoniste, que l'on accompagne au fil du récit qu'il nous fait comme en "conscience".
Du coup, l'initiatique perd sa valeur traditionnellement demonstrative, il est certes induit, mais est particulièrement inclusif à la vie. Piotr conte en effet toujours au même rythme, qui repose sur une sincérité et une candeur, une sorte d'objectivité , non maniériste, Du coup nous est transmis implicitement que la vie initie tout bonnement, car le narrateur ne prend pas lui même compte de ces révélations pour nous en faire un laïus particulièrement appuyé. Le rythme prime, et le ton de Piotr est remarquablement stable.. Aucun changement stylistique, de valeur, entre le jeune homme du debut et de la fin , et pourtant son discours , etroitement relié à la trame vécue, continue d'être vrai.
On est plongé dans une ecriture qui traduit l'évolution intime en n'en prenant pas acte formellement, et c'est fabuleux. ça produit un sentiment de dépaysement, de désuetude, qui à bien réfléchir doit valoir plus que cela : comme un paradis perdu où l'Ego , au centre de la réception, ne ramènerait sa fraise qu'à bon escient.

Enfin, il y a dans mon édition librio un supplément au chapitre final.

Ce dernier est clôs par une "fausse" note d'éditeur "ici s'arrêtent les souvenirs de P.A.Griniov " etc.

Le supplément, lui, développe et dépeint une tentative de massacre survenue lors d'une étape de leur avancée vers le bonheurs. C'est fait selon ce même prisme du narrateur, qui reflète plutôt que réfracte ou disperse. C'est très violent, émotionnellement, on réalise que l'auteur aurait pu sans doute décrire "historiquement" bien plus de carnages, c'est en cela que j'en ai été particulièrement touchée. Je n'ai pas d'explication à cet appendice, je ne sais si il a été censuré ou s'il a été sciemment ôté par l'auteur. Mais c'est un fragment qui donne à voir avec encore plus d'écho l'humanisme certain de Pouchkine. Je devrais relire pour commenter, car l'émotion porte un peu d'imprecision , du coup, mais tant pis. Ce supplément vient après une sorte de "happy end", aussi il replace les enjeux societaux, et politiques, que Pouchkine  incluait certainement dans son oeuvre. C'est touchant.

J'ai aimé qu'il distorde les manichéismes, il dépeind la violence, les raisons supérieures, mais aussi les nuances en chaque personnage. Ses personnages sont clairement situables, certes (gentils, méchants etc) mais il sait donner à chacun la touche qui relativise et contextualise l'argument de chacun.
Impressionnée.


Final du chapitre XI :
Pougatchov eut un sourire amer. "Non, répondit-il. Il est trop tard pour me repentir. Pour moi il n'y aura pas de miséricorde. Je continuerai comme j'ai commencé. Qui sait ? Peut-être aussi réussirai-je ! Grichka Otrepiev a bien règné sur Moscou.
- Mais sais-tu comment il a fini ? On l'a jeté par la fenêtre, dépecé, brûlé, on a chargé de sa cendre un canon et tiré !
-Ecoute, dit Pougatchov, avec une sorte d'inspiration sauvage. Je vais te conter un conte, que dans mon enfance j'ai entendu d'une vieille Kalmouke. Un jour l'aigle demanda au corbeau : " Dis-moi, oiseau corbeau, pourquoi vis-tu sous le soleil 300 ans et moi 33 seulement en tout et pour tout , - c'est parce que toi, mon cher, répondit le corbeau, tu bois du sang frais, tandis que moi je me nourris de charogne." L'aigle réfléchit : "Allons, essayons nous aussi de nous nourrir de même." Bon. L'aigle et le corbeau prirent leur vol. Et voilà qu'ils aperçurent un cheval crevé. Ils descendirent et se posèrent. Le corbeau se mit à becqueter et à louer la pitance. L'aigle donna un premier coup de bec, en donna un second, battit de l'aile et dit au corbeau : "non, frère corbeau; plutôt que de me nourrir 300 ans de charogne, je préfère me gorger une seule fois de sa&ng frais; et puis , à la grâce de Dieu !" Que dis-tu de ce conte Kalmouk ?
-Il est ingénieux, lui répondis-je. Mais vivre de meurtre et de brigandage, c'est pour moi becqueter de la charogne.
Pougatchov me regarda avec étonnement et ne répondit rien. Nous nous tûmes tous les deux, chacun plongé dans ses réflexions. Le tatare entonna une chanson plaintive; Savélitch, sommeillant, vacillait sur le siège. La kibitka volait sur la route d'hiver toute lisse. Soudain je vis le petit village, sur la rive escarpée du Yaïk, avec sa palissade et son clocher, et un quart d'heure après nous entrions dans le fort de Biélogorsk.



Mots-clés : #exil #guerre #historique #independance #initiatique #insurrection #ruralité #trahison
par Nadine
le Dim 12 Mai - 14:11
 
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Sujet: Alexandre Sergueïevitch Pouchkine
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Emmanuel Dongala

Un fusil dans la main, un poème dans la poche (1973) :

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Premier roman d'Emmanuel Dongala, il s'agit d'une fiction qui se déroule à l'époque des indépendances africaines. On suit le parcours d'un jeune africain nourri des influences anti-colonialistes telles que Fanon, Anta Diop, de grandes figures de la lutte : Mandela, Lumumba, Cabral, et des révolutionnaires marxistes comme le Che. Depuis la France qu'il quitte, des maquis d'Afrique Australe jusqu'à son retour dans son pays, où il finit par prendre le pouvoir.
Mais une fois qu'on a renversé la table ... Que faire ? L'idéalisme se confronte aux forces du terrain, intérieures et extérieures.

Nous sommes toujours les coucous de l'histoire. Nous courons toujours derrière le miroir aux nègres que nous tendent l'Europe et l'Amérique ... Ainsi, quand nous atteindrons le niveau de la société de consommation occidentale, les problèmes qui se poseront alors à nous seront des problèmes qui auront déjà été résolus ; nous nous tourneront encore vers eux pour y chercher la réponse : coucous une fois une fois de plus. Non ! là n'est pas la voie.


Aie le courage de reconnaître que, peut-être, je dis bien peut-être, l'esclavage n'aurait pas pris cet essor sans la cupidité de certains potentats africains.


Sans concession, et dans une belle écriture fluide, Dongala est lucide sur l'Afrique de cette époque, et sur ce qu'il en adviendra. Comment transcender ce passé colonial, cette intériorité du colonisé qui demeure, et comment s'en sortir face aux puissantes nations capitalistes et impérialistes qui ne souhaitent que son échec. Et comment ne pas tomber dans les travers d'une gouvernance populiste quand on se dit révolutionnaire qui veut le bien du peuple.

Il n'y a pas d'acte qui soit tout à fait gratuit ; même pas le don de soi-même.


Mais Pontardier, pris dans son envolée, continuait :
- Vous comprenez, n'est-ce pas, mon cher Mayéla, pourquoi on dit que l'Afrique est mal partie.
Alors Mayéla ne sut plus se contenir.
- Ecoutez, monsieur l'expert, j'en ai assez d'entendre que l'Afrique est mal partie, surtout de votre bouche, vous qui n'avez aucun droit moral à nous donner des leçons. A l'"indépendance", vous vous êtes arrangés pour balkaniser l'Afrique et pour créer des structures facilitant votre mainmise sur les nouveaux Etats où vous avez placés de nouveaux rois nègres à votre service, après avoir éliminé les vrais nationalistes. Et pour camoufler tout cela, vous nous jetez aux yeux la poudre de l'"aide et de la coopération". Et vous faites semblant de vous indigner quand vous savez bien que ce que vous appelez de l'argent gaspillé retourne chez vous, bénéfices en plus !
Vous poussez la malhonnêteté jusqu'à dire à vos concitoyens que si rien ne va plus chez vous dans le domaine social, c'est parce que tout l'argent s'envole en Afrique, où la France est en train de construire un système de tout-à-l'égout dans tous les petits villages !


Il fallait sûrement une nouvelle révolution. Mais de révolution en révolution, atteindrons-nous jamais ce que nous cherchons ?



mots-clés : #independance #revolution
par Arturo
le Sam 8 Déc - 14:01
 
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Sujet: Emmanuel Dongala
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Norman Rush

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Accouplement

Une jeune trentenaire, étudiante américaine en anthropologie, cherche un sens à sa future thèse au coeur du Botswana. Entre fuite et cynisme, saupoudrant d'un humour clairvoyant son itinéraire, elle se fait narratrice de ses perditions et ressacs, de ses lubies, et nous prévient très vite que tout son récit voudra expliciter la rencontre exceptionnelle qu'elle va faire d'un homme .

Le tempérament de cette femme, singulier, tisse tout le corps textuel, elle mène la danse, mais ce présupposé est servi par la nature de son caractère, analytique, anthropologue jusqu'au bout des poils, mais aussi rompu au détour psychanalytique.
En conséquence, on accrochera ou pas quant au ton, au mouvement du récit.

F.Le corre pour cairn info a écrit:Exploration territoriale, confrontation des idées, rencontre des cultures, utopie politique, épreuve de la personnalité, passion amoureuse et rivalité des sexes, le tout exposé par une jeune anthropologue américaine, perdue au Botsawana pour les besoins d'une thèse en anthropologie nutritionnelle ? une vraie fausse piste sur laquelle elle ironise : « En Afrique, on veut plus, je pense. Les gens y sont pris d'avidité. Je n'ai pas échappé à la règle. » Ce sont les premiers mots du livre. Le ton est donné. Observatrice méticuleuse d'elle-même et des autres, des institutions et des sociétés, la jeune femme, aussi maîtrisée que caractérielle, est une surdouée des interprétations multiprises qu'elle démonte aussi vite qu'elle les monte. Elle est à elle seule un prodige de méfiance et de détermination, une virtuose en dialectique, mélange détonant de cérébralité et de sensualité. Quand elle entend parler d'un certain Nelson Denoon, intellectuel qui aurait fondé une cité secrète au fin fond du Kalahari , « ce vide replié dans le vide jusqu'à l'Atlantique », elle sait qu'elle ira le rejoindre. Ce qu'elle fait seule avec deux ânes, avant d'arriver à moitié morte à Tsau, la fameuse communauté de Denoon où des femmes tentent d'émerger de leur asservissement séculaire. Là sont Denoon, l'utopie, et un temps immobile qui recèle sa propre capacité de destruction. Contrairement au royaume des hauteurs où s'accouplent les vautours, ce repaire qui prétend écarter la violence ne pourra protéger l'accouplement de chair et d'esprit qu'elle aurait voulu comme une confrontation loyale, équitable et jamais achevée. L'illusion se défait, sans que le mouvement s'épuise, sans que cessent de tenailler l'envie de comprendre et le grand, l'insatiable appétit de vivre.



c'est drôle, spécieux (jargon universitaire bonjour), empathique et arborescent dans sa logique, c'est un roman sur l'amour féminin, sur la société botswanaise, sur l'utopie socialiste.
Assez épatant du point de vue de la personnalité féminine décrite (auteur empathique, observateur, qui sait pourtant aussi par touche discrète nous démonter sous un jour moins favorable ), l'auteur dit qu'il a eu l'ambition de construire le personnage féminin le plus complet de la littérature anglophone. Pour avoir survolé des articles non traduits sur lui, il semble que ce soit un grand hommage à sa femme, à leur relation, bien que transposé, détail qui rend assez sympathique le fatras global où nous transporte cette femme de foi perdue et d'instinct sauf. A moins que ce ne soit tout l'inverse.

Une très jolie lecture . Le regard politique est intéressant, aussi, bien que la lecture de nos jours puisse le faire paraitre un peu déjà vu. Mais sans doute qu'à l'époque il valait son poids.
Et je n'ai pas de citation. pardon. rendu à la médiathèque.




mots-clés : #amour #conditionfeminine #huisclos #independance #initiatique #insularite #politique #social
par Nadine
le Mer 21 Nov - 19:28
 
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Sujet: Norman Rush
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Patrick Chamoiseau

Écrire en pays dominé

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Quatrième de couverture :
Écrire en pays dominé c'est l'histoire d'une vie, la trajectoire d'une conscience, l'intime saga d'une écriture qui doit trouver sa voix entre langues dominantes et langues dominées, entre les paysages soumis d'une terre natale et les horizons ouverts du monde, entre toutes les ombres et toutes les lumières. Écrivain, Marqueur de Paroles, et finalement Guerrier, Patrick Chamoiseau interroge les exigences contemporaines des littératures désormais confrontées aux nouvelles formes de domination et à la présence du Total-monde dans nos imaginaires.


Essai (1997) très structuré (égard de plus en plus rare, l’ouvrage bénéficie d’une utile table des matières).

Il se compose de trois « cadences », entrelardées de paroles du vieux guerrier sur la colonisation (« Inventaire d’une mélancolie ») et de brefs commentaires sur des lectures-phares (« Sentimenthèque »).

D’abord I, « Anagogie par les livres endormis » : les réflexions de Chamoiseau sur le comment écrire dominé par une autre culture, puis la révélation de la découverte des livres-objet (reprise des souvenirs de son autobiographie À bout d’enfance), puis lecture « agoulique », puis, à l’adolescence, découverte de Césaire, de la poésie lyrico-épique, du militantisme, du racisme ordinaire et de l’identité dans la négritude opposée à l’impérialo-capitalisme (qui tente d’imposer ses valeurs « universelles »), domination silencieuse du Centre avec passage pour ce dernier de la contrainte à la subjugation, l’ « autodécomposition » dans le « développement », le mimétisme, la consommation, l’assistanat et la folklorisation, enfin rôles de Glissant et Frankétienne dans son évolution du lire-écrire (Chamoiseau est alors éducateur dans les prisons métropolitaines).

II, « Anabase en digenèses selon Glissant » : après dix ans passés en métropole à rêver du pays, en anabase (expédition vers l’intérieur, voyage intérieur, cf. Saint-John Perse), en admiration libératrice du déprécié, il s’identifie successivement au premier colon (« carrelage » de l’ordre et de la mesure, de la rationalité sur leurs contraires), aux Caraïbes (Amérindiens), aux Africains puis à tous les autres apports ethniques. Marronnage et mer geôlière, danse, tambour, quimboiseurs, mentôs puis conteurs et autres « résistances et mutations ». « Ultimes résistances et défaites urbaines » : après le conteur des habitations-plantations dont l’oralité créatrice se réfugie dans les chansons et proverbes, le driveur errant en déveine et déroute folle se concentre dans l’En-ville, devenant djobeurs et majors, jusqu’au « Moi-créole », le Divers dans la mosaïque créole, sans origine ni unité : le « chaos identitaire » ; Lieu versus territoire.

III, « Anabiose sur la Pierre-Monde » : identité d’assimilation, départementalisation stérilisante, assistanat, modernisation aveugle, développement factice, consommation irresponsable, fatalité touristique (toujours au profit des békés). Domination furtive d’un Centre diffus, du rhizome-des-réseaux, « Empire technotronique où l’empereur serait le brouillard de valeurs dominantes, à coloration occidentale, tendant à une concentration appauvrissante qui les rend plus hostiles à l’autonomie créatrice de nos imaginaires [color=#2181b5]ains et artistes neutralisés « dans la dilution d'une ouverture au monde". Insularité vécue comme isolement versus la (notion de la) mer ouverte. Choix entre les deux langues, la reptilienne et résistante, et le français, par celui qui devient le Guerrier dans le Monde-Relié. Davantage épanouissement que développement de l’Unité se faisant en Divers : la Diversalité.

C’est donc l’historique du ressenti douloureux des (ex-)colonisés du « magma anthropologique », simultanément avec l’éveil par les livres (lus, relus, écrits) du Marqueur de paroles, pour relever le défi du Web.


mots-clés : #creationartistique #essai #identite #independance #insularite #mondialisation
par Tristram
le Sam 10 Mar - 0:23
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
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Ahmadou Kourouma

Les soleils des Indépendances

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Dans ce premier roman, Kourouma raconte l’histoire de Fama, dernier prince malinké d’Horodougou (quelque part entre le nord de la Côte-d’Ivoire, la Guinée et le Mali). Au début du livre, pieux musulman, Fama mendie fièrement d'obsèques en obsèques dans la capitale. L’ouvrage commence (et s’achève) par l’évocation d’un homme « fini » (mort, en français d’Afrique). Dans cette partie de l’Afrique, les enterrements sont souvent la seule occasion de grandes réunions avec ripailles et palabres, et ils tiennent une place importante dans cet ouvrage, avec une omniprésence des vautours attirés par les sacrifices sanglants.

« Pourquoi les Malinkés fêtent-ils les funérailles du quarantième jour d'un enterré ? Parce que quarante jours exactement après la sépulture les morts reçoivent l’arrivant mais ne lui cèdent une place et des bras hospitaliers que s'ils sont tous ivres de sang. Donc rien ne peut-être plus bénéfique pour le partant que de tuer, de beaucoup tuer à l'occasion du quarantième jour. Avant les soleils de Indépendances et les soleils des colonisations, le quarantième jour d'un grand Malinké faisait déferler des marigots de sang. Mais maintenant avec le parti unique, l'indépendance, le manque, les famines et les épidémies, aux funérailles des plus grands enterrés on tue au mieux un bouc. Et quelle sorte de bouc ? Très souvent un bouc famélique gouttant moins de sang qu'une carpe. Et quelle qualité de sang ? Du sang aussi pauvre que les menstrues d'une vieille fille sèche. C'était pour ces raisons que Balla [le féticheur] aimait affirmer que tous les morts des soleils des Indépendances vivaient au serré dans l'au-delà pour avoir été tous mal accueillis par leurs devanciers. »


Fama reste en grande partie à charge de sa femme Salimata, qui lui reproche par ailleurs de ne pas la féconder. Ereintée par son travail d’épouse musulmane, elle vend sa cuisine dans la rue (on reconnaît Abidjan, avec la lagune séparant les pauvres quartiers indigènes et le plateau des toubabs – les riches Blancs). Salimata est cependant très généreuse, offrant de la nourriture aux innombrables mendiants (qui l’agressent en retour), et payant avec le reste les maraboutages devant faire d’elle une mère. Ce personnage, ainsi que d’autres, dépeint sans concession la condition féminine lamentable dans cette région d’Afrique, que l’islamisme aggrave.

A l’occasion des funérailles de son cousin, qui avait usurpé sa place de dernier descendant d'une longue lignée de chefs de tribu guerrière, Fama retourne à son village natal dans le nord semi-désertique. Prégnance des croyances dans un mixte syncrétique (griot, islam et féticheur), misère omniprésente, aridité de l’harmattan et puanteurs diverses. Le passé traditionnel disparu avec son statut de chef, Fama déchu est comme tous victime des malheurs africains : sécheresse et autres désastres, mais surtout colonialisme (qu’il a combattu en politique sans en tirer récompense ou profit) et, peut-être pire encore, les Indépendances, avec le parti unique dominé par d’anciens inférieurs dictatoriaux.

« Et le matin d'harmattan comme toute mère commençait d'accoucher très péniblement l'énorme soleil d'harmattan. Vraiment péniblement, et cela à cause des fétiches de Balla. Le féticheur jurait que le soleil ne brillait pas sur le village tant que ses fétiches restaient exposés. Comme le matin il se réveillait tard, il les sortait tous pour leur tuer le coq rouge. Donc pendant un lourd moment le soleil gêné s’empêtrait et s'embrouillait dans un fatras de brouillard, de fumée et de nuages. Les fétiches de Balla rengainés, entrés et enfermés, le soleil réussissait à se libérer, alors qu'il était au sommet du manguier du cimetière. D'un coup il éclatait. Et après le soleil éclatant et libéré, comme les poussins après la mère poule suivaient tous les enfants de l'harmattan : les tourbillons, les lointains feux de brousse, le ciel profond et bleu, le vol des charognards, la soif, évidemment la chaleur ; tous, tous les enfants de l'harmattan. »

« Les soleils des Indépendances s'étaient annoncés comme un orage lointain et dès les premiers vents Fama s'était débarrassé de tout : négoces, amitiés, femmes pour user les nuits, les jours, l'argent et la colère à injurier la France, le père, la mère de la France. Il avait à venger cinquante ans de domination et une spoliation. Cette période d'agitation a été appelée les soleils de la politique. Comme une nuée de sauterelles les Indépendances tombèrent sur l'Afrique à la suite des soleils de la politique. Fama avait comme le petit rat du marigot creusé le trou pour le serpent avaleur de rats, ses efforts étaient devenus la cause de sa perte car comme la feuille avec laquelle on a fini de se torcher, les Indépendances une fois acquises, Fama fut oublié et jeté aux mouches. »

« Mais alors, qu'apportèrent les Indépendances à Fama ? Rien que la carte d’identité nationale et celle du parti unique. Elles sont les morceaux du pauvre dans le partage et ont la sécheresse et la dureté de la chair du taureau. Il peut tirer dessus avec les canines d'un molosse affamé, rien à en tirer, rien à sucer, c'est du nerf, ça ne se mâche pas. Alors comme il ne peut pas repartir à la terre parce que trop âgé (le sol du Horodougou est dur et ne se laisse tourner que par des bras solides et des reins souples), il ne lui reste qu'à attendre la poignée de riz de la providence d'Allah en priant le Bienfaiteur miséricordieux, parce que tant qu'Allah résidera dans le firmament, même tous conjurés, tous les fils d'esclaves, le parti unique, le chef unique, jamais ils ne réussiront à faire crever Fama de faim. »


Mais Fama retourne à la capitale, où il sera arrêté comme opposant au régime dans un summum d’arbitraire (accusé d’un rêve), puis emprisonné et déporté dans des conditions extrêmes, qui semblent avoir peu à envier aux autres dictatures de la planète. L’auteur a semble-t-il souffert lui-même cette situation.

« Comment s’appelait ce camp ? Il ne possédait pas de nom, puisque les geôliers eux-mêmes ne le savaient pas. Et c’était bien ainsi. Les choses qui ne peuvent pas être dites ne méritent pas de noms et ce camp ne saura jamais être dit. »


Aussi absurdement libéré qu'arrêté, le piètre (et jusque là assez antipathique) Fama prend une dimension plus humaine et digne en souhaitant le bonheur de la stérile Salimata qu’il plaint et comprend enfin, et en renonçant aux promesses du régime despotique pour retourner mourir dans son village (il y parvient en traversant d’une façon assez extraordinaire la frontière qui coupe son chemin, sommet du tragico-dérisoire de son destin. Le tracé arbitraire des limites des états des Indépendances, qui ne tiennent pas compte des territoires des différentes ethnies, est encore souligné à cette occasion).

L’oralité est au centre de la vie quotidienne africaine comme au cœur du style de Kourouma. Plus troublant, une sorte de réalisme magique (cf. le défunt qui regagne son village pour s’y faire enterrer) rappelle aussi les littératures caraïbes et sud-américaines.

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, l'avant-texte, avec une partie des manuscrit et tapuscrit.



mots-clés : #independance #traditions
par Tristram
le Mar 11 Avr - 16:02
 
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Sujet: Ahmadou Kourouma
Réponses: 5
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Vikram SETH

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Un garçon convenable

Un garçon convenable, c'est l'Inde dans toute sa démesure. Avec ses contradictions, sa chatoyance, ses arts et son mystère. Tout ce qui rend ce pays tellement fascinant, mais aussi tellement impénétrable.

La grande affaire du livre, c'est le mariage de Lata. Enfin, je crois.
Lata rêve du mari idéal. Sa mère lui cherche le mari idéal. Mais ces deux idéaux n'ont pas grand chose en commun… Quand la fille rêve d'amour, de promenades au clair de lune et de lettres enflammées, la mère recherche activement le bon parti, la bonne famille, le bon arrangement. Bref, le parti convenable.
Et donc, le lecteur rencontre Lata, la famille de Lata, les amis de Lata, les serviteurs de Lata…  toutes les personnes, qui, de près ou de loin, gravitent autour d'elle.
Alors, le mariage de Lata est-il la grande affaire de ce roman ? Oui… Et non. Car si nous avons incontestablement affaire à une saga familiale, un roman fleuve avec ses personnages aussi attachants que complexes, Un garçon convenable est avant tout une grande fresque sur l'Inde au lendemain de son indépendance. Plus exactement, cette partie de l'Inde qui, anciennement conquise par les Moghols, a su magnifier les influences musulmanes et hindoues pour créer un art unique et incomparable.

Vikram Seth a su mêler avec brio l'intime et l'Histoire avec un grand H.
Il en fallait du talent pour rendre aussi passionnantes les discussions enflammées qui eurent lieu au Parlement au sujet de la redistribution des terres. Terres jusque là détenues par les zamindars, richissimes propriétaires terriens qui régnaient en despotes sur des domaines immenses, et dont les femmes se devaient de vivre cachées du regard des hommes... Tout un mode de vie, fastueux et décadent, alors sur le déclin.
Oui, il en fallait de la passion pour nous en faire pénétrer les arcanes, et nous décrire le monde des chanteuses de ghazals, musiciennes et séductrices accomplies, qui susurraient les poèmes ourdous avec un raffinement tel qu'elles rendaient les hommes fous d'amour…
Et puis, et puis il en fallait de l'empathie pour nous parler sans pathos du dur quotidien des petites mains de l'Inde, paysans ou parias si durement soumis au système des castes…

Lire Un garçon convenable, c'est avoir l'impression de toucher, un peu, un tout petit peu, une certaine réalité de l'Inde. Avec ses rites intimes et ses fêtes exubérantes, sa décadence et sa misère, ses coutumes ancestrales et le choc d'une modernité qui, déjà à l'époque, séduisait les jeunes générations et affolait les anciens.
Alors, Un garçon convenable est-il Le grand roman de l'Inde ? Oui… et non. Car si la complexe réalité indienne est la toile de fond du récit, la grande affaire du roman, c'est quand même le mariage de Lata.
Un garçon convenable, c'est donc aussi  (et surtout ?) une saga familiale sans une once de mièvrerie, où les grands sentiments sont mis à l'honneur. Et il en fallait du talent pour décrire de façon aussi prenante les tourments des amoureux, les chicaneries familiales et le poids de la tradition ! Les différents personnages, subtilement décrits, sont tous confrontés à l'amour : qu'il soit fraternel, de raison, prenne la forme d'un juvénile coup de foudre ou d'une passion destructrice, il n'épargne aucun des protagonistes dans un pays ou le Mariage (arrangé) est le but de la vie, et l'affaire de toute une famille...

Bref, que le mariage de Lata soit ou non la grande affaire du roman, lisez un garçon convenable. 1800 pages qui se dévorent littéralement et qu'on voudrait ne jamais voir finir. Et, tout de même, quel souffle !
L'un de mes grands, grands coups de coeur !


mots-clés : #Independance #famille #traditions
par Armor
le Jeu 5 Jan - 19:04
 
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Sujet: Vikram SETH
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Khushwant SINGH

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Train pour le pakistan

Mano Majra ; quelques huttes, un temple sikh, une mosquée, et l'orgueil du village, la villégiature dans laquelle les hauts fonctionnaires viennent se ressourcer le week-end. Et puis la gare, dont les trains rythment le quotidien. L'indépendance ? Elle ne soulève guère les passions, les villageois n'en attendent rien ; tout au plus, fatalistes, sont-ils conscients que d'esclaves des Anglais, ils vont devenir esclaves du nouveau gouvernement…
Autour d'eux, le drame de la Partition se déploie avec fureur, détruisant irrémédiablement des siècles de cohabitation tranquille et même amicale entre communautés ; mais à Majno Mara, on refuse de se laisser happer par ce déferlement de violence, et la vie s'écoule comme toujours, rythmée par les travaux agricoles, les prières et les exactions des voyous locaux.
Seulement, Majno Maro est situé sur la frontière entre l'Inde et le Pakistan nouvellement créé ;  un jour, ce ne sont plus des réfugiés que les trains charrient, mais des cadavres…

Si l'action se déroule entièrement dans ce hameau de quelques huttes, elle n'en est pas moins révélatrice de l'ambiance d'une région tout entière. L'Inde de Khuswhant Singh est profondément marquée par le système des castes ; autrefois soumis aux seigneurs féodaux, puis aux Anglais, les villageois font tout naturellement allégeance à ceux dont le prestige vient cette fois de l'éducation. Iqbal, jeune étudiant envoyé à Majno Mara par le parti communiste pour éduquer les masses, semble accepter comme totalement naturelle cette servitude spontanée que nul ne songe à remettre en question… Dans cette société à la hiérarchie immuable, les puissants usent et abusent des lois à leur guise, quitte à broyer quelques vies pour servir de plus grands desseins. En témoigne le personnage du chef de la police, retors à souhait...

De la Partition qu'il a personnellement vécue, Kushwhant Singh a tiré un roman à la narration très sobre ; la violence inouïe et inattendue qui balaya la région, racontée à hauteur de villageois, n'en est que plus terrifiante.
L'auteur a parfaitement su saisir le moment où tout bascule, celui où la trompeuse harmonie se délite, et où le voisin de toujours devient soudainement un ennemi vecteur de toutes les peurs et de tous les fantasmes. Il décrit de façon simple mais saisissante l'esprit mouvant des foules, le petit rien qui peut tout faire s'embraser ; la force de persuasion du verbe, ou tout au contraire, sa tragique impuissance…
Et si le roman se termine par une pirouette peut-être un peu trop romanesque, pourra-t'on reprocher à l'auteur d'avoir voulu insuffler un peu d'humanité et d'amour à une époque qui en manquait tant ?

On le tuerait comme on tue les autres. D'ailleurs, à leurs yeux, il n'était pas neutre. On le déshabillerait, on verrait : "Circoncis, donc musulman !"  (…)  Quelques individus, d'une espèce pas tout à fait humaine, allaient abatttre d'autres individus de leur race. Un mince tassement à l'accroissement annuel de quatre millions d'individus ! Ce n'était même pas comme si l'on arrachait de braves gens aux mains de mauvais bougres. Car, si l'occasion était donnée aux victimes, elles se feraient bourreaux. En fait, les musulmans se faisaient bourreaux à peine un peu plus loin, sur l'autre rive de cette rivière.

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #Independance #colonisation
par Armor
le Lun 2 Jan - 0:02
 
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Sujet: Khushwant SINGH
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Wole Soyinka

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Ibadan  « Les années pagaille »

Ce récit est  pseudo autobiographique car c’est comme l’indique l’auteur un docu-roman.

Entre va et vient  dans le présent et le passé nous découvrons l’adulte  ou le jeune Maren citoyen du Nigeria. Les années du jeune Maren au Government College  révèle le caractère et le  tempérament de celui qui se voudra toujours libre dans tous ses choix : de société, de religion et politique.
Lors de son séjour de quelques années en Angleterre il se mariera avec une blanche de laquelle il aura un enfant ; de retour au pays il vivra aussi avec 2 femmes et aura 2 autres enfants ; situation qui lui vaudra des différends avec ses parents et sa famille.
Il deviendra célèbre comme écrivain (dramaturge) montera des pièces, gèrera une troupe  parallèlement à ses travaux de Recherche alternativement à l’Université d’Ibadan  et d’ Ifé.
Malgré l’Indépendance du Nigéria,  le Royaume Uni  est toujours actif dans le pays « installant » son candidat, le plus utile, aux commandes du pays. L a situation est chaotique et après plusieurs années de despotisme le peuple se rebelle et Maren s’engage pour mettre fin à cette « pagaille » le penkelemes comme l’auteur le nomme.
Le livre se termine à la veille du procès de Maren, procès qu’il a souhaité  (la justification duquel il s’est rendu de lui-même à la police),  pour pouvoir dénoncer ce qu’il en  est des  agissements  du Premier ministre et  des dernières élections bafouées  par celui-ci.

L’écriture est alerte, efficace mais aussi sensible. L’auteur dose bien les moments à sourire ceux à s’indigner.
La situation politique du pays est  découverte par les sentiments de Maren, les personnages qu’il affectionne mais  surtout la position des dirigeants  l’Université d’Ibadan.  Pour l’auteur, l’indépendance de l’Université d’Ibadan  (et plus tard celle des autres) est l’un des  tenants de la démocratie, l’un de ses atouts.
Il reconnait que malgré son pacifisme, il est par moment un homme de colère et c’est en adéquation avec son tempérament qu’il se doit de s’engager pour sortir son pays de la « pagaille ».
Il est intéressant également de voir le processus de décolonisation, car il s’avère que le Royaume uni ne se lâche pas facilement des mains quand il a lâché des pieds. Son interférence dans la politique du Nigéria est  encore visible à l’époque où se clôt le récit. (élections de 1993).
L’humour  est bien présent pour « ponctuer »  les situations et les personnages.

Encore une belle rencontre avec un auteur Africain.

Extraits :  le langage d’ Ezéoba le chef d’une « maison » du college s’adressant à Maren

«  - Poussière infinitésimale de l’espèce humaine. Ne vous l’avais-je pas dit ? Votre nom ne vous avait-il pas prévenus et mis en garde ?  Alors facteur problématique perturbateur inversement proportionnel à sa masse physique, vous tentez d’altérer l’emblème traditionnel  de la maison Swanton que vos prédécesseurs en leur infinie sagesse et maturité cumulatives ont trouvé bon de retenir et de maintenir tout au long de leur passage scolastique turbulent dans les cours de cette institution !  Maintenant dites-moi : connaissez-vous l’histoire  du vilain petit canard ? »

« Jefferies remplaçait le professeur de biologie, Miss Bradlow, dite Bottomless B, Sans-Fondement. Personne ne savait pourquoi elle avait brusquement disparu ; mais son absence, qui coïncidait avec le congé annuel de Padell, le directeur, provoquait toutes sortes de spéculations, surtout parmi les élèves  les plus avertis. Maren refusait de croire ces rumeurs : personne doué d’un peu de bon sens et pourvu d’yeux ne pouvait se laisser séduire par une femme  dont la croupe avait de toute évidence fait l’objet d’une ablation chirurgicale, avant que ce qu’il en restait dans la jupe n’eût été repassé par un blanchisseur professionnel. Pas la moindre trace d’un semblant de relief, rien d’autre qu’une vaste étendue lisse et plate comme le fond d’une poêle à frire. Mais après tout, avec ces gens là, allez savoir ! Kaye lui-même était presque aussi médiocre en cette région de son anatomie. »

A propos de la religion et de la psychologie (je jeune Maren) :

« Les uns comme les autres essayaient de donner des explications et de prescrire à l’homme ses pensées et ses actes, mais n’apportaient pas de réponses aux questions arbitraires soulevées par les textes de la vie réelle. Tout se mêlait inextricablement, avec, d’un côté, la peur de la damnation et, de l’autre, l’impossibilité d’indiguer les vagues de doutes et bientôt de totale incrédulité. »

« Le Vice-Premier ministre de l’Ouest, juriste brillant, avait résumé cette phase de décadence politique nationale en un langage de plus en plus dégénéré, exprimant le cynisme d’une politique de pure consommation, ne cherchant même plus à donner l’illusion de service et de l’engagement : « On nous appelle le parti de la bouffe. Et alors ? Qui ne veut pas bouffer ? Moi, je veux bouffer. Vous ne voulez pas bouffer,  vous ? Ceux qui ne veulent pas bouffer n’ont qu’à rester dans l’opposition. Ceux qui veulent bouffer n’ont qu’à nous rejoindre. Moi oui je veux bouffer. »
Cette philosophie était publiée à la radio et à la télévision. A cette époque, la nation avait encore la grâce  de s’en scandaliser. «



"message rapatrié"




mots-clés : #famille #Independance
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 14:14
 
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Sujet: Wole Soyinka
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Miguel Barnet

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Esclave à Cuba

Cette biographie d'un cimarron constitue un véritable documentaire d'époque en plus d'être un intéressant témoignage.

Esteban, donc un cimarron, nom donné aux esclaves africains fugitifs. Ce centenaire  témoigne de la vie des esclaves dans les plantations et les nombreuses raffineries (d'où l'appellation de Cuba la sucrière) leur dure exploitation par les "maîtres" et les contre-maîtres. Le son de la cloche qui rythmait leur journée et annonçait la nuit où ils devaient rester enfermés dans leur habitat les "barracons". Les punitions pour désobéissance ou quelle que soient les raisons invoquées sont cruelles : le fouet et le carcan. C’était une vie de casi  prisonnier.
Les esclaves qui arrivaient à s’enfuir se cachaient dans les bois et les grottes, ils devenaient  des « cimarrons ». Esteban a bien vécu sa période de fugitif car il est, de son aveu, individualiste et la Nature a su combler cette vie en solitaire. L’individualisme d’Esteban se confirme d’ailleurs tout au long de son récit par sa prudence et sa méfiance envers les autres, attitude qui a contribué à sa  longue vie. Comme il était habile, il volait les cochons dans les haciendas, la nature fournissait les fruits, le feu (avec l’amadou) l’eau et même les médicaments  (par exemple infusion de cuajani)

Dans ce chapitre le lecteur apprend beaucoup sur la faune et la végétation de la région de Siguanea. Esteban remarquera et regrettera  d’ailleurs plus tard que l’abattage des arbres au profit  des cultures de canne à sucre ait programmé la déforestation.
Quand Esteban apprit que les esclaves étaient libres, que c’était le gouverneur Martinez Campos qui avait aboli l’esclavage il sorti des bois et chercha du travail. Sa vie de fugitif était terminée. Tout en conservant son indépendance il se rendait parfois dans les lieux où l’on joue ; les jeux d’argent étaient très prisés, des Noirs, des Blancs et des Chinois.

S’il y avait une importante communauté Chinoise, considérée d’ailleurs par Esteban comme » les gens les plus éduqués », on reconnait parmi les Africains 2 ethnies principales les Lucumis et les Congos, distinction faite par leur pays de provenance et leur religion.
La sorcellerie était une pratique intégrante de la religion ; les Blancs même y recouraient parfois. Esteban était respectueux des vieux conteurs et de leurs conseils.  Son rapport avec la sorcellerie était plutôt celle d’un spectateur , toujours son esprit indépendant,  mais  il acceptait et croyait le plus souvent  ce qui lui était rapporté.

La religion Chrétienne était connue d’Esteban, il n’en ignorait pas les fondements mais il ne comprenait pas certaines obligations lors de fêtes.  Il portait un regard très lucide sur les curés notamment.
Esteban  est très perspicace, il semble bien connaître les hommes et la société ; la vie dans la grande ville de Havana ne lui  convient pas il préfère celle de la campagne.

Esteban s’engagea dans la guerre d’indépendance ; les chefs avaient réunis les Africains et leur avaient expliqué l’utilité de se battre pour conquérir l’Indépendance de Cuba.

« Les vieux qui conservaient  encore frais le souvenir de l’autre guerre* ont fait celle de l’Indépendance. Avec courage mais sans enthousiasme. »

Les jeunes eux se battirent avec vigueur, les Espagnols craignaient encore plus leur machette que les balles ou les bombes.
Esteban décrit les caractéristiques physiques et morales des différentes ethnies qui ont participé à la guerre. Il est très partial pour ceux de sa race, l’auteur avait prévenu le lecteur de ce trait de caractère dans l’introduction.
Esteban explique que nombreux étaient les bandits qui se sont battus pour l’indépendance, certains participaient financièrement ; les voleurs, assassins cotoyaient les ouvriers, Esteban louait certains chefs comme Maceo et José Marti « le plus pur » selon lui. Il fait preuve de beaucoup d’intelligence et de lucidité dans ses propos. Il dénonce aussi les agissements des chefs, notamment ceux qui se sont rendus aux Espagnols (Cayito par exemple)

L’armée des libérateurs Cubains fut victorieuse, mais c’est aux Américains que l’armée Espagnole se rendit. En effet, au prétexte de  protéger ses intérêts suite à des émeutes à la Havane et surtout suite à la destruction de leur cuirassé « Maine » les Américains intervinrent, les Cubains se retrouvèrent donc sous domination Américaine.

Esteban pour sa part assure que ce sont les Américains eux-mêmes qui ont détruit leur cuirassé pour avoir un prétexte plus décisif d’intervenir. Comme ils accusèrent les Espagnols de ce forfait, ce fait débouchera sur la guerre Hispano-américaine.
Malgré cette guerre d’Indépendance le sort des Cubains restait déplorable. Esteban termine ses confidences en  se proclamant prêt à participer aux grandes batailles à venir. Mais avec sa machette.

Le sort des esclaves m’a émue, la guerre d’indépendance est affligeante, d’une part à cause des drames générés, d’autre part parce que la victoire de l’armée Cubaine leur a été volée par les Américains.

A l’époque où l’auteur reçu les confidences d’Esteban la révolution Cubaine a eu lieu et Esteban a l’envie de tout raconter, parce qu’à présent il a le droit de parler.

« En passant dans un parc, j’ai vu qu’on avait perché Gomez sur un cheval de bronze. Je suis descendu encore un peu dans le même par cet j’ai vu qu’on avait mis Maceo sur un autre cheval de bronze. La seule différence, c’est que Gomez regardait vers le Nord et Maceo vers le peuple.
Cela, tout le monde doit le comprendre. C’est la clef même de notre histoire. Je passe mon temps à le répéter, car on ne peut cacher la vérité. Je peux mourir demain, je marcherai jusqu’au bout la tête haute. Mais si le ciel m’en laissait le temps, je raconterais tout. Car, autrefois, à l’époque où j’allais nu et sale dans les bois et où les soldats espgnols étaient propres comme des sous neufs et biena rmés, il fallait se tarie. Maintenant, non ! »



mots-clés : #esclavage #guerre #independance
par Bédoulène
le Sam 3 Déc - 23:53
 
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Sujet: Miguel Barnet
Réponses: 4
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