Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 13 Nov - 15:34

12 résultats trouvés pour huisclos

Antoine Blondin

Un singe en hiver

Tag huisclos sur Des Choses à lire 77895710
Jean Gabin, Suzanne Flon, Jean-Paul Belmondo dans le film éponyme d'Henri Verneuil, sorti en 1962, d'après le roman de Blondin.


Roman, 1959, 190 pages environ.

Antoine Blondin toujours aussi accrocheur dans ses entames, vraiment un spécialiste:
Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-Ysé-Kiang dans son lit-bateau: trois mille kilomètres jusqu'à l'estuaire, vingt-six jours de rivière quand on ne rencontrait pas les pirates, double ration d'alcool de riz si l'équipage négligeait de se mutiner. Autant dire qu'il n'y avait pas de temps à perdre.  


Alors il y a le film.
Que j'ai dû voir, mais je me souviens à grand peine de bribes, de bouts de séquences, il faudrait revoir.  
En tous cas, Verneuil à la réalisation, Gabin-Flon-Belmondo, Verneuil-Boyer-Audiard au scénario, Michel Magne à la musique, c'était les gros moyens, la grosse artillerie.
Spoiler:


C'est cela qui est très curieux: Le livre est si intimiste, et à huis-clos, avec tellement d'introspection, de non-dit, qu'on peine à imaginer qu'on ait pu juger bon de transcrire tout cela sur l'écran.



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Un homme jeune s'installe dans un hôtel d'une station balnéaire normande, hors saison. Seul client du couple de tenanciers, M. Fouquet évolue insensiblement vers une relation un peu privilégiée, amicale.
Toutefois sa présence demeure un mystère.
Peu à peu, via une cuite prise chez Esnault, le bar à alcoolos local, Fouquet se dévoile à Quentin Albert, lequel ne boit plus une goutte d'alcool depuis dix ans.

Peu à peu non comprenons que la présence de Fouquet est liée à celle de sa fille, pensionnaire du Cours Dillon situé dans cette bourgade, collée là suite au divorce de ses parents. Fouquet observe sa fille à la dérobée, en taisant sa présence. Quand il ne se livre pas à des corridas avec la circulation automobile en guise de taureaux après boire (Antoine Blondin était, paraît-il, adepte notoire de cette pratique dangereuse !).  

Poursuivant ses tentatives extrêmement maladroites en matière de paternité (c'est aussi du vécu pur jus chez Blondin) Fouquet se lie à Albert, poursuivant l'idée fixe de le refaire plonger dans l'alcool...

Un chef-d'œuvre de Blondin ? Je ne sais pas. Un ouvrage somme toute délicat, loin d'être dénué d'une certaine profondeur. Et la certitude que l'auteur à mis du sien, a puisé dans Blondin, pour échafauder le personnage de Fouquet.

Oui, j'ai bien aimé.


Chapitre IV a écrit:"Lui, Fouquet, n'a pas d'habitudes, pensa Quentin, tout ce qu'il fait possède la dignité charmante du provisoire. Il me rappelle Dauger, ce matelot sans spécialité - sans spécialité comme Fouquet, les paupiettes mises à part. Ce Dauger qui faisait merveille dans la brousse avec la seule allégresse de l'instinct, tandis que nous nous retrouvions encerclés malgré nos thèmes tactiques. L'habitude, c'est un bon moyen de se laisser mourir sur place."



Mots-clés : #addiction #amitié #huisclos #solitude #xxesiecle
par Aventin
le Jeu 31 Oct - 20:29
 
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Sujet: Antoine Blondin
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Miriam Toews

Ce qu’elles disent

Tag huisclos sur Des Choses à lire Proxy208

Nous exigeons que soit reconnu notre droit de penser par nous-mêmes, dit-elle.
Oui, précise Mejal, tout ce que nous voulons, c’est penser. Qu’on nous en reconnaisse le droit ou pas.


Des femmes sont réunies pour décider de leur sort. Des femmes qui n’ont jamais droit à la parole, à la décision, corps et esprit au service des hommes et du groupe selon la loi du Dieu de cette communauté mennonite, qui vit à l’écart du monde réel.

C’est un acte farouche d’émancipation face à la menace : presque toutes ont été anesthésiées, puis violées, au fil des années. Le diable a d’abord été accusé, puis on a parlé du châtiment des pêchers. Mais ce sont bien les hommes qui  ont agi. Faut-il les aimer encore ?

Faut-il partir, accepter ou se rebeller ? Comment choisir quand on ne vous a pas donné les outils (elles sont toutes analphabètes, n’ont jamais vu le monde), quand on veut respecter la foi qui vous a été imposée, mais qui est la seule force dont on dispose ? Comment choisir quand un châtiment éternel s’oppose à un choix juste ?

Les femmes argumentent, se soutiennent, se disputent, les révoltées et  les soumises, les inquiètes et les décidées, solidaires quoique différentes.

Ce huis-clos est rapporté par l’instituteur, le seul homme qui assiste à la réunion, un homme qui fut jadis excommunié, qui observe avec satisfaction cette libération en route. Le récit en est donc livré avec une séduisante maladresse, et on y trouve toute la finesse de cet homme qui a déjà vu le monde.

Mots-clés : #conditionfeminine #huisclos #regimeautoritaire #religion
par topocl
le Sam 12 Oct - 18:03
 
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Sujet: Miriam Toews
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Vénus Khoury-Ghata

Dans "Le livre des suppliques" (2015), page 89 ce poème, comment ne pas voir une évocation de son frère Victor (vers: celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de houx), et de sa sœur morte à l'âge de huit mois, ce dont son père eut bien du mal à se remettre (une des trois chaises au dos interminables, les deux autres pouvant être celles des parents) ?  

Victor, le grand frère qui souhaitait devenir poète, partit pour Paris, où il ne parvint pas à se faire publier, et se liquéfia dans la drogue, l'alcool probablement aussi, et une sexualité homosexuelle débridée.
Le père, ancien militaire interprète pour le Haut-Commissariat français du temps du mandat de la république française au Liban, avait été reversé dans l'armée libanaise: c'est lui, qu'on sent absent mais terrorisant, le passeur de la langue française auprès de ses enfants.

Injonction du père à Victor de revenir au Liban. Retourné au foyer familial, le père le fit interner en psychiatrie et subir une lobotomie.
Il mourra jeune et sordidement écroué, pardon "interné".

Le père-ogre, detesté-mais-tout-n'est-pas-si-simple par Vénus.
A-t-elle, en quelque sorte, volé à son tour le feu, repris le flambeau de Victor, en divorçant d'un premier mariage à vingt ans pour suivre le scientifique Jean Ghata à Paris et s'imposer comme une femme de lettres de premier plan (de premier plan c'est moi qui l'affirme, hein) ?

bouleversante page 89 en tous cas:


la lucarne reflétait les humeurs du père
Devenait opaque lorsqu'il rentrait les mains vides
Avalait insectes et poussières lorsqu'il renversait la soupière et
 que la mère la mère ramassant les débris accusait le vent
Nous étions sept par temps de désarroi ordinaire
Quatre enfants et trois chaises au dos interminables
Celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de
 houx
Sa vie n'excèdera pas la taille d'un crayon
Qu'il nous noiera sous ses bienfaits
Un cerf-volant qui nous emportera par-dessus le toit
et un soleil de poche pour la mère qui pleuvait à chaque passage
 de nuage


si triste la maison à cinq heures de l'après-midi



Mots-clés : #enfance #famille #fratrie #huisclos #poésie #relationenfantparent #viequotidienne
par Aventin
le Sam 7 Sep - 8:33
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Julien Capron

Feux de détresse

Tag huisclos sur Des Choses à lire 41wbb510

En ouvrant ce sujet je me rends compte que ce livre est une suite de "la mise à jour" et du coup je suis un peu frustré que cela ne soit pas précisé dans l'ouvrage.
Thriller narrant l'omnipotence d'un programme antivirus sur le monde numérique, indépendant, organisant sur son siège social qui est un bateau sophistiqué et high tech un concours annuel décidant e la plus grande invention informatique et assurant fortune au trio gagnant.
L'on suit l'aventure d'un ancien gagnant et de son équipe qui repart à l'oeuvre pour gagner la compétition. Seulement tout ne se passera pas comme prévu.
Lecture agréable. Cela se lit facilement, et demeure léger par rapport à ce que je lis d'habitude. Les personnages sont bien présentés et l'on se pique de curiosité pour découvrir leur univers.
Malheureusement le style est pauvre et parfois indigent. Ce qui est miraculeusement un avantage dans certains cas tant le jargon informatique peut rebuter quand n'y connait pas grand chose. N'étant pas dans cette position je peux néanmoins comprendre un lecteur qui se dirait "largué" par ce vocabulaire.
L'auteur retranscrit bien la numérisation des relations sociales involontairement ou non puisque le récit ne décrit que de rares émotions. Tout est dramatiquement rationnel sauf la fin qui est du coup difficilement compréhensible.
Une lecture agréable mais mitigée donc. Peut être est ce du au fait que ce soit une suite. Je ne sais cependant si j'aurais envie de payer pour lire le premier volume.

Mots-clés : #huisclos #thriller
par Hanta
le Mer 17 Avr - 10:50
 
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Sujet: Julien Capron
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Anne Hébert

Les fous de Bassan

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L'austère village s'accroche aux rochers, et à sa petite communauté protestante consanguine.  Le pasteur, imbu de l’arrogance de sa toute-puissance ecclésiastique,  entretient le spectre du péché, les hommes brident(s ou ne brident pas) leurs instincts, les femmes se taisent, obéissent, et les jeunes filles brillent par leur beauté virginale. Un jeune idiot épie tout ce monde. Les marrées, les vagues, et le vent sauvage attisent l’âpreté de cette atmosphère hostile. Et depuis que deux jeunes filles ont disparu, le 31 août 1936, les fantômes errent sur la grève et attisent le malheur.

C'est dans cette ambiance à la poésie tragique, que Anne Hébert nous décrit, dans une langue ardente ces âmes perclues  de rancœurs, de passions et de non-dits dont le ressassement répond aux assauts d'une nature hostile.
Très beau texte, dans une prose fiévreuse et pleine de lyrisme, de mystères et de romantisme.


Mots-clés : #famille #huisclos #humour #mort #violence
par topocl
le Ven 5 Avr - 15:48
 
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Sujet: Anne Hébert
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Alessandro Baricco

Tag huisclos sur Des Choses à lire Produc10

La jeune épouse

ça faisait longtemps que je n'avais pas lu Baricco. Je n'ai d'ailleurs lu qu'un seul de ses livres et à part le souvenir qu'il a été adapté au cinéma avec Béatrice dalle comme actrice je ne m'en souviens pas dutout. mais je crois que j'avais bien aimé.

La jeune épouse est empreint d'un charme un peu étrange, langoureux et violent à la fois, il nous amène résolument dans des codes écartés du réel.
Dés l'ouverture on est frappé par la force expressive du style de l'auteur : j'ai bien vu la scène du levé, l'enfilade en couloir, les portes ouvertes à la volée, les embrassades hébétées de la famille sortie d'une nuit inquiète.
J'ai été un peu chiffonnée par leur nudité ostentatoire et sensuelle, convaincue d'avoir à faire à un érotisme facile de par son transgressif, allons-y pour le soufre de l'inceste littéraire et romantique à mes yeux difficilement attractif etc
Et puis non, Baricco m'a quand même entrainée dans sa lenteur moite, et baroque, son imaginaire sensuel, sa liberté narrative.

Je pourrais dire que je n'étais pas conquise et pourtant des images uniques me restent, qui démontrent la force du voyage créatif.
Un enchantement étrange, où seules des bribes rares n'auront pas été maitrisées (je pense à une ou deux incohérences de ton, la jeune épouse parlant au valet, lors de leur étroite discussion, seuls dans la maison vide, où le lexique soudain trop moderne semble , au détour d'une réplique, rompre la transe involontairement, par exemple) et qui permet de créer des Personnages immortels. le valet m'a beaucoup frappée, il est puissant, magnifique figure.
Des images inouies inédites et in-lues (ça se dit ça ?) comme celle des actions inachevées , pour mieux préparer le retour de villegiature : tiroir entrouvert, fruit à demi pelé, et de multiples foisonnements de temps amorçés pour nier l'arrêt du temps.

Quelques îlots restés inaccessibles : la jeune epouse sale et parée, bon, très érotique mais qui ne me parlais pas, son va et vient sur les genoux du valet, bon, que moi j'ai pas trop aimé, même si la fuite vers les sens prend son illustration dans cette incongruité et ce cap franchi. En fait un contenu très érotique qui ne m'a pas vraiment parlé mais que je reconnais chiadé, sinon original dumoins décliné de manière brillante.
Et un élan , un mouvement, un sens , une "thèse" métaphysique très réussis, que j'ai reçu totalement, sans dutout être dérangée par les choix qui ne m'étaient pas chers, un contenu de sens très spécifique, et un final doublement beau : la mort du père est une scène que j'ai trouvé splendide, et ma tendance à aimer les happy ends s'est trouvée comblée par l'issue du livre.

Un texte où le miroir de l'écrivain- faisant est un pari osé, réussi, un texte un peu vénéneux; comme le mal vivre de l'écrivant qui est exprimé, sublimé; un roman des faux semblants et des réels instinctifs.
C'est beau. C'est vrai.

Mots-clés : #amour #erotisme #famille #huisclos #initiatique
par Nadine
le Dim 24 Mar - 17:26
 
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Sujet: Alessandro Baricco
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Grégoire Delacourt

Tag huisclos sur Des Choses à lire 41tf6v10

"Mon père", publié en 2019. Voici ma critique:
Un roman que j’ai lu d’une traite, ou presque… Il a fallu que je le repose à plusieurs reprises pour reprendre mon souffle. Essuyer une larme aussi.
Parce que c’est un sujet fort : les enfants victimes de la pédophilie passée sous silence dans l’Eglise catholique.
Parce que je suis maman d’un garçon, maintenant grand, mais que certaines situations angoissantes ont là ressurgi.
Parce que la justice, dans notre pays, est de nouveau montrée du doigt pour ses insuffisances et ses complaisances honteuses : « Elle l’estimera à une peine de trente ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté de dix-huit à vingt-deux ans et laissera des pervers continuer à englander des enfants contre la modique somme de trois ans de prison dont un avec sursis. »

Roman après roman, Grégoire Delacourt étoffe l’aspect émotionnel de l’écriture. Il s’appuie ici sur la parabole, issue de l’Ancien Testament, d’Isaac, que son propre père, Abraham, a prévu d’offrir en sacrifice à Dieu. L’ange Gabriel était alors intervenu pour arrêter le bras paternel meurtrier, et placer un bélier sur l’autel et Isaac alors, put survivre.
Comment un fils peut-il se construire, et devenir père lui aussi, suite à un évènement pareil ? Le silence. Ce silence qui est censé panser les plaies et faire oublier : « Nous savions et nous n’avons rien dit parce que dire était faire exister l’horreur, donner une odeur au sang ».
Alors quand Edouard va apprendre que son fils a été abusé, dans le cadre du catéchisme imposé par sa mère dévote et très pieuse, il va réclamer son propre talion, et va, dans un huis clos de trois jours, demander des comptes à ce curé qui a osé toucher son fils.
C’est violent, puissant… Epoustouflant aussi. Et cette fin… J'ai eu envie de hurler.
Il va me falloir du temps pour « digérer » ce roman.
A lire absolument.


Mots-clés : #enfance #huisclos #justice #relationenfantparent #violence
par Valérie Lacaille
le Lun 18 Mar - 18:07
 
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Sujet: Grégoire Delacourt
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Jørn Riel

La vierge froide et autres racontars

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Ici, c'est plus pour les grands.
Une station par district, au Groenland, avec chacune la cabane pour un à deux chasseurs qui y hibernent ; une suite d’histoires assez courtes, autant chapitres que nouvelles, autant de récits quasi autonomes qui racontent chacun une péripétie des reclus dans l’immensité.
Le trait marquant, c’est l’humour, même si les évènements portent a priori rarement à rire (la scène de l’enterrement à laquelle Topocl fait allusion constitue en effet un sommet du genre).
« Museau était un chasseur de premier ordre jusqu’à ce qu’il perde ses lunettes. Mais à partir de ce moment-là ç’a été la nuit pour lui. La nature n’accepte pas qu’un chasseur perde ses lunettes. »

Les accidents qu’occasionne cette existence isolée sur des individus qui n’ont pas inventé l’eau tiède fourni le thème de chaque épisode.
Ils sont durs voire cruels, plus ou moins excentriques voire insensés, et forment une superbe petite galerie de personnages à la fois comiques, originaux et affreux.
« Il se fit tatouer quatre cœurs sur les avant-bras, avec quatre noms de filles différents. C’était beau, mais ça faisait un brin vantard. En plus, il eut droit à un trois-mâts carré, toutes voiles dehors, et, sur le dos, à un dragon crachant des flammes. C’était fantastique de regarder Bjørken depuis qu’il s’était fait peinturlurer. Lui n’était pas du genre à se faire prier. "Un tel dragon, disait-il le soir, en enlevant son maillot de corps, ça vous réchauffe. Autrefois on pouvait rester à l’intérieur avec maillot et chandail islandais et tout, mais depuis qu’on a ce gars sur le dos, on se sent mieux le ventre nu." »

« Il a décroché le gigot de renne, que nous avions toujours, suspendu au plafond, et il s’est pendu à la place. Quand je suis rentré de la tournée des pièges et que j’ai voulu me couper une bonne tranche en guise de quatre heures, j’ai failli trancher une des fesses de Monsieur le gibier de potence. Quelle histoire, Lasselille ! On doit toujours être prudent quand on fréquente des gens qui ont des idées. »

Il n’y a que des hommes, et les plus jeunes sont douloureusement frustrés de femmes qui les hantent :
« – Emma, tiens, c’est comme si elle était faite rien qu’avec des beignets aux pommes. Les fesses, les seins, les joues et tout et tout. Rien que des beignets, mon garçon. Et au milieu de toute cette pâtisserie, deux yeux bleu ciel et une moue rouge. »

« Oui, elle est rose et ferme et lisse comme un cochon de lait qu’on aurait rasé. »

Les conditions de vie sont assez ahurissantes :
« La station était vieille et mal entretenue. Tout le monde savait ça. Quand le vent de nord-ouest soufflait, Herbert devait monter des paravents de boîtes de biscuits autour des bougies pour qu’elles ne s’éteignent pas. Et par vent chargé de neige, il lui fallait déblayer le plancher à grands coups de pelle, plusieurs fois par jour. »

« Ils allumèrent la cuisinière et firent bouillir de la viande. Après ils mirent du thé dans l’eau de cuisson et ils la filtrèrent à travers un bonnet tricoté pour séparer les feuilles de thé et les poils de renne. »

J’ai ressenti la vive impression que ces histoires étaient fortement imprégnées de vécu (ce qui fait s'interroger dans certains cas).
Les visites entre solitaires, occasions d’abus de distillats maison, m’ont ramentu Dans les forêts de Sibérie, de Tesson.
J’ai gardé le sourire tout le long de ma lecture, sans compter les moments où j’ai franchement ri ; je recommande cette lecture ‒ d’autant plus qu’il y a une dizaine de livres à la suite ‒ en cas de crise de mélancolie importune.
« Ils restèrent assis, s’enfoncèrent en eux-mêmes, abandonnant leurs ombres énormes et laineuses sur le mur de bois rugueux. »


mots-clés : #huisclos #humour #nature
par Tristram
le Jeu 3 Jan - 15:06
 
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Sujet: Jørn Riel
Réponses: 31
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Norman Rush

Tag huisclos sur Des Choses à lire 51wqg110

Accouplement

Une jeune trentenaire, étudiante américaine en anthropologie, cherche un sens à sa future thèse au coeur du Botswana. Entre fuite et cynisme, saupoudrant d'un humour clairvoyant son itinéraire, elle se fait narratrice de ses perditions et ressacs, de ses lubies, et nous prévient très vite que tout son récit voudra expliciter la rencontre exceptionnelle qu'elle va faire d'un homme .

Le tempérament de cette femme, singulier, tisse tout le corps textuel, elle mène la danse, mais ce présupposé est servi par la nature de son caractère, analytique, anthropologue jusqu'au bout des poils, mais aussi rompu au détour psychanalytique.
En conséquence, on accrochera ou pas quant au ton, au mouvement du récit.

F.Le corre pour cairn info a écrit:Exploration territoriale, confrontation des idées, rencontre des cultures, utopie politique, épreuve de la personnalité, passion amoureuse et rivalité des sexes, le tout exposé par une jeune anthropologue américaine, perdue au Botsawana pour les besoins d'une thèse en anthropologie nutritionnelle ? une vraie fausse piste sur laquelle elle ironise : « En Afrique, on veut plus, je pense. Les gens y sont pris d'avidité. Je n'ai pas échappé à la règle. » Ce sont les premiers mots du livre. Le ton est donné. Observatrice méticuleuse d'elle-même et des autres, des institutions et des sociétés, la jeune femme, aussi maîtrisée que caractérielle, est une surdouée des interprétations multiprises qu'elle démonte aussi vite qu'elle les monte. Elle est à elle seule un prodige de méfiance et de détermination, une virtuose en dialectique, mélange détonant de cérébralité et de sensualité. Quand elle entend parler d'un certain Nelson Denoon, intellectuel qui aurait fondé une cité secrète au fin fond du Kalahari , « ce vide replié dans le vide jusqu'à l'Atlantique », elle sait qu'elle ira le rejoindre. Ce qu'elle fait seule avec deux ânes, avant d'arriver à moitié morte à Tsau, la fameuse communauté de Denoon où des femmes tentent d'émerger de leur asservissement séculaire. Là sont Denoon, l'utopie, et un temps immobile qui recèle sa propre capacité de destruction. Contrairement au royaume des hauteurs où s'accouplent les vautours, ce repaire qui prétend écarter la violence ne pourra protéger l'accouplement de chair et d'esprit qu'elle aurait voulu comme une confrontation loyale, équitable et jamais achevée. L'illusion se défait, sans que le mouvement s'épuise, sans que cessent de tenailler l'envie de comprendre et le grand, l'insatiable appétit de vivre.



c'est drôle, spécieux (jargon universitaire bonjour), empathique et arborescent dans sa logique, c'est un roman sur l'amour féminin, sur la société botswanaise, sur l'utopie socialiste.
Assez épatant du point de vue de la personnalité féminine décrite (auteur empathique, observateur, qui sait pourtant aussi par touche discrète nous démonter sous un jour moins favorable ), l'auteur dit qu'il a eu l'ambition de construire le personnage féminin le plus complet de la littérature anglophone. Pour avoir survolé des articles non traduits sur lui, il semble que ce soit un grand hommage à sa femme, à leur relation, bien que transposé, détail qui rend assez sympathique le fatras global où nous transporte cette femme de foi perdue et d'instinct sauf. A moins que ce ne soit tout l'inverse.

Une très jolie lecture . Le regard politique est intéressant, aussi, bien que la lecture de nos jours puisse le faire paraitre un peu déjà vu. Mais sans doute qu'à l'époque il valait son poids.
Et je n'ai pas de citation. pardon. rendu à la médiathèque.




mots-clés : #amour #conditionfeminine #huisclos #independance #initiatique #insularite #politique #social
par Nadine
le Mer 21 Nov - 19:28
 
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Sujet: Norman Rush
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Hans Henny Jahnn

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Le Navire de bois

José Corti a écrit:Achevé en 1936, Le Navire de bois constitue le premier volet de la trilogie romanesque publiée à titre posthume par Walter Muschg, Fleuve sans Rives. Comme Andreas de Hoffmannsthal, Le Procès de Kafka et L’Homme sans qualités de Musil, la trilogie fait partie des grandes œuvres en prose de notre siècle restées inachevées. Comme dans ses autres œuvres, et notamment son théâtre, Jahnn conduit ses personnages jusqu’au point de rupture où les forces, soudain libérées, se déchaînent. "Ce que nous accordons aux tragiques du passé, écrivait Hans Wolffheim en 1966, à propos de l’auteur du Navire de bois, nous devons le concéder au poète moderne : d’être, au-delà des conventions bourgeoises, un créateur de mythes, de proposer donc des Images archétypiques de l’homme qui font peut-être éclater ces conventions. Il se pourrait qu’on y découvre plus de vérité que dans les icônes confortables de nos normes sociales."

Chez Jahnn, comme chez Kafka, des acteurs cheminent sans but, presque sans chemin. Ils n’avancent plus, de peur de reculer. Ils voudraient marcher, s’élancer, mais ils craignent de marcher à l’envers. Jamais plus les pas ne s’enchaînent. Tout l’effort de l’écrivain consiste à les égarer davantage, à les perdre, car l’idée du “chemin" est encore une entrave : "quand on dit que le chemin est plus important que le but, c’est en souvenir d’un début où ils ont été identiques.” (Jünger, Les Ciseaux)

Pour complaire à sa fiancée, la fille d’un capitaine de marine, Gustav décide à l’improviste de l’accompagner dans un voyage sur un étrange navire de bois, véritable labyrinthe, transportant une cargaison mystérieuse vers une destination inconnue. Seule femme à bord, Ellena devient l’objet des fantasmes de tous les hommes. Un jour, elle a disparu ; en tentant de la retrouver, Gustav provoque involontairement le naufrage du navire.

À la fois roman de haute mer, de la veine des Melville et Conrad, mettant l’homme aux prises avec les éléments, et intrigue policière, comme Le Procès de Kafka, ce récit allie un réalisme intense à un univers intérieur et symbolique : le mystère ou l’absurdité de l’existence, la solitude des êtres, leur obscure culpabilité.

jose-corti.fr


Ce n'est pas le quatrième de couverture mais ça plante le décor et les attentes. Pourtant quand on commence la lecture ce qui frappe d'abord c'est l'impression de qualité, la qualité dans le ça coule de source autant que c'est terriblement bien écrit, cohérent, dense, fluide, régulier.

On s'installe donc assez vite et heureusement parce que ce qui se dessine derrière les mots se complique rapidement. Le côte normal puis surprenant de l'histoire s'altère rapidement... la tonalité d'ensemble est sombre, son mystère côtoie le fantastique et l'objet premier est un tourment incessant, très palpable très physique. Impossible d'échapper aux alternances d'espoir et d'effondrement. Plusieurs monde se confronte, les oppositions ne sont jamais franches, les rapports de forces factices, mêlés d'envies qui restent floues...

Le traducteur (ahurissant de maîtrise ?) évoque la confrontation au réel comme principale source de l'inquiétude ou de la quête sans objet. Très difficile de parler de tout ce qu'il y a dans ce livre, ou qui ne va pas dans ce livre.

Ce qui est sûr c'est qu'on est bien dans le solide et que les références à Kafka ou d'autres on certainement du sens. J'ai pensé à Blanchot aussi. C'est très étrange, très diffus, très visuel, très sensoriel tout court pour des préoccupations très intériorisées.

L'ombre de la période mérite aussi réflexion, elle serait tapie dans le brouillard derrière...

L'autre grosse surprise finalement est de ne pas avoir entendu parler de cet auteur avant cette lecture (recommandation du libraire).

Choc, lecture très marquante.


Mots-clés : #fantastique #huisclos #identite #initiatique
par animal
le Lun 5 Nov - 22:15
 
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Sujet: Hans Henny Jahnn
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Larry Brown

Sale boulot

Tag huisclos sur Des Choses à lire Sale-b10

Braiden est là, dans ce lit d’hôpital, sans bras ni jambes depuis la guerre du Viet-Nam il y a 22 ans. Il tient le coup grâce à ses rêveries qui le mènent en compagnie de ses ancêtres africains, ses bavardages avec Jésus, et l'aide complice d'une infirmière noire comme lui, qui le livre en bière et en canabis.
Il voit débarquer un jour Walter, un petit blanc élevé dans la misère, défiguré depuis la même guerre, en proie à de bizarres "crises", qui ne sait pas trop pourquoi il est là, et traîne avec lui une histoire d'amour mi-glauque mi-pure avec une jeune femme dont le corps a été défiguré par des morsures de chien.

Ils vont peu à peu s'apprivoiser, se confier jusqu'à un épilogue où tout s'explique plutôt tragiquement, et qui témoigne de la compassion qu'ils ont partagée.

C'est plutôt aigu dans la critique de la guerre : qu'est ce qui y a mené ces deux jeunes gars qui n'ont vraiment aucune raison de vouloir se battre pour une patrie qui n'a pas été tendre avec eux, et les conséquences dramatiques de cet engagement qui a gâché leur vie au-delà du descriptible. C'est présenté en courts chapitres où ils parlent alternativement, dans un style oral réaliste,  très frustre et inélégant, qui m'a beaucoup gênée.


mots-clés : #guerre #huisclos #mort #solitude
par topocl
le Jeu 9 Aoû - 18:13
 
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Sujet: Larry Brown
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Karl-Heinz Ott

Enfin le silence  

Tag huisclos sur Des Choses à lire 41792b10


Originale : Endlich Stille (allemand, traduction par: Françoise Kenk)

Présentation de l'éditeur a écrit::
Disserter sur le libre arbitre chez Spinoza est parfois plus aisé que d'apprendre à dire non. Un professeur de philosophie bâlois en fait l'amère expérience. Il suffit de rencontrer à la gare de Strasbourg un inconnu, l'Autre dans toute sa misérable splendeur, pour qu'il apprenne ce que signifie " être possédé ". L'Autre serait-il le Diable ? Il en a tout l'air : ivrogne invétéré, obsédé sexuel, bavard égotique, menteur délirant, il se révèle une sangsue mortifère. Il poursuit notre narrateur de son embarrassante amitié, s'installe chez lui sans ménagement, fait fuir ses proches, détruit sa réputation. Cet huis clos aussi étouffant que révoltant accule le calme professeur à envisager le pire. Enfin le silence est un thriller métaphysique d'une démoniaque intelligence, servi par une écriture envoûtante, à la fois classique et moderne.


Remarques :
C’est en recherche d’auteurs allemands nouveaux qu’un libraire m’a conseillé ce livre, et j’en fus agréablement surpris! Avec beaucoup de virtuosité, dans la langue d’abord, Ott raconte une situation qu’on a pu déjà rencontré dans notre propre vie, peut-être à un moindre degré : Quand est-ce qu’il est temps de dire clairement et sans ambigüité « Non » dans une situation, à une personne ? Quand est-ce que nous devenons des victimes de quelqu’un qui ne respecte pas notre intimité, qui ne connaît aucune discrétion ? Ou est-ce que dans ces situations-là on ne devient aussi des victimes de nos propres hésitations ?

Je peux comprendre que l’apparente impuissance du narrateur face à l’artifice de son „ami-ennemi“ peut énerver plus qu’un. J’ai lu ici et là des commentaires qui parlaient de l’attitude incompréhensible ou lamentable du héros. Soit. Mais Ott parvient à faire monter doucement justement cet énervement, jusqu’à ce qu’on en a marre. Cela fait l’effet d’une asphyxie, d’unétranglement! Et c’est alors drôlement bien raconté!

Comparant des sujets de son livre avec la biographie de l’auteur, on voit bien qu’il a puisé dans ses études, sa vie des inspirations, par exemple dans les passages qui apparaissent presque comme des petites excursions en musique ou philosophie (Spinoza).

Une belle découverte à l'époque et un auteur que j’aimerais garder à l’œil !

mots-clés : #huisclos #philosophique
par tom léo
le Lun 12 Fév - 17:33
 
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Sujet: Karl-Heinz Ott
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