Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 15 Oct - 4:49

28 résultats trouvés pour temoignage

Pierre Clastres

Chronique des Indiens Guayaki, Ce que savent les Aché, chasseurs nomades du Paraguay

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Le texte de Pierre Clastres paraît d’abord assez brouillon : observations en immersion chez les Guayaki (en 1963), présentation historique de ceux-ci découverts par le monde extérieur (mais sans suivre le cours chronologique), récit de sa venue chez eux s’entremêlent avec des réflexions sur notre civilisation, y compris sa thèse d’un pouvoir politique séparé de la violence, c'est-à-dire en occurrence où le chef parle mais n’ordonne pas (finalement pas si éloigné de notre société).
Les Guayaki sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui auraient régressé et se seraient réfugiés dans la forêt (en perdant l’agriculture) sous la pression de l’expansion des Guarani plus nombreux (leurs langues sont apparentées) ; ce sont des « "gens de la forêt", des selvages ». Toute leur existence ressortit à la chasse ; le chasseur ne consomme pas le gibier qu’il flèche, mais le distribue dans une économie d’échanges courtois ; si l’arc est viril, le panier est féminin (passionnant épisode du cas d’un homosexuel). Ils sont assez souvent d’un teint clair et d’une pilosité inusités chez les Amérindiens, ce qui suscite quelques mythes non-amérindien. A propos, ils sont aussi cannibales, « mangeurs de graisse humaine » ‒ « endocannibales, en ce qu’ils font de leur estomac la sépulture ultime des compagnons », régime nourrissant, excellent au goût, même rapproché de l’amour.
« Parce que manger quelqu’un c’est, d’une certaine manière, faire l’amour avec lui. »

Certaines extrapolations interprétatives m’ont paru audacieuses, surtout après un séjour d’à peine 8 mois chez les Guayaki (groupe hélas éteint dans les années qui suivirent), et peut-être datées après les travaux Lévi-Strauss et Descola ‒ bien sûr mon incompétence ne peut avancer que des impressions, moi je suis seulement venu pour la ballade en forêt, grignoter quelques larves de palmier pinto, tâter du miel de l’abeille irö (dilué d’eau), chatouiller les femmes en kivay coutumier.
C’est donc l’habituelle opposition nature et culture, la violence devant rester en-dehors de la communauté qui s’applique à maintenir l’ordre, l’équilibre entre excès et manque.
« Là-même gît le secret, et le savoir qu’en ont les Indiens : l’excès, la démesure sans cesse tentent d’altérer le mouvement des choses, et la tâche des hommes, c’est d’œuvrer à empêcher cela, c’est de garantir la vie collective contre le désordre. »

Sinon, la grande affaire est de posséder des femmes, que ce soit par rapt guerrier ou liaison consentie qu’on se les procure. Ils pratiquent le meurtre d’enfant par vengeance-compensation d’un autre décès ; ils tuent aussi les vieillards qui ne peuvent plus marcher ‒ et, bien sûr, ils les mangent.
Revigorante, cette comparaison d'une autre société à la nôtre, avec peut-être plus de rapprochements à faire que de différences à pointer.

Mots-clés : #amérindiens #contemythe #essai #identite #minoriteethnique #mort #social #temoignage #traditions
par Tristram
Hier à 1:14
 
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Sujet: Pierre Clastres
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Vénus Khoury-Ghata

Une maison au bord des larmes

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Roman, 1998 (précisé Beyrouth 1950 - Beyrouth 1990 en fin), éditions Balland, 130 pages environ.

Roman douloureux autour de l'enfance, avec comme personnages principaux le père, la mère, le frère et un peu Vénus elle-même. Ses deux sœurs restent estompées, à peine évoquées, l'une même n'est, je crois, pas du tout nommée.

Un univers glaçant, un frère maudit - ou bien, apprenons-nous au fil de la lecture, porteur d'une malédiction apparaissant fatale aux yeux paternels, la pauvreté, une mère d'exception, splendide analphabète.

Assise sur le seuil, ma mère scrutait les ténèbres à la recherche d'une silhouette. Elle me fit une place  à côté d'elle et m'expliqua qu'il ne fallait pas en vouloir au père. Il est maladroit. Il ne sait pas exprimer sa tendresse. C'est dû à des faits graves qui remontent à son enfance dans un pays au-delà des frontières.
Sa main balaya le nord derrière son épaule.
- Personne, ajouta-t-elle, n'a jamais su d'où venaient la femme et les deux garçons descendus d'une carriole sur la place d'un village du sud. L'avaient-ils choisi pour l'ombre de ses platanes ou pour la porte béante de son église ? Cette femme était-elle une veuve ou fuyait-elle un mari trop brutal, un assassin peut-être ? Penchée sur le bac à lessive du monastère où elle s'était réfugiée, elle gardait un port de reine. Son maigre salaire pouvant payer les études de l'aîné, elle leur céda le petit. Il prendrait l'habit. Une femme si secrète; elle n'évoqua jamais sa fille retenue par l'irascible père et qu'elle retrouva vingt ans après, vêtue de l'habit traditionnel des paysannes venues des plaines qui fournissent son blé à la Syrie et des travailleurs saisonniers à tout le Proche-Orient.
Ma mère faisait remonter la honte de génération en génération jusqu'à ce seuil où elle attendait.


Une écriture âpre, bouillonnante, si je n'avais lu un peu de sa poésie je ne serais pas forcément convaincu que l'effet premier-jet, presque brouillon, n'est pas recherché: Tout au contraire, je crois qu'à l'évidence il fait partie du procédé littéraire mis en place: avec un objectif de fraîcheur, de percussion.
C'est très réussi.

Les pages claquent, les demi-fous qui composent le voisinage de cette pauvre maison, de cette famille déshéritée et se sentant maudite semblent imposants, inévitables autant qu'irréels, et participent à la fatalité ambiante, campés qu'ils sont à simples coups hardis, grands traits forts.
Un certain humour arrive à sourdre, telle l'humidité en milieu désertique et battu des vents.
J'ai aimé ce livre, parcouru avec la sensation de suivre un torrent dévalant.

Mots-clés : #autobiographie #culpabilité #devoirdememoire #famille #fratrie #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Lun 16 Sep - 0:12
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Lise Gaignard

Lise Gaignard

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Lise Gaignard est psychanalyste et chercheuse en psychologie du travail.

Elle a travaillé douze ans en psychiatrie, dans les cliniques de psychothérapie institutionnelle de la Chesnaie puis de La Borde, ensuite en maison d’arrêt et auprès de déficients profonds. Installée comme psychanalyste en ville depuis vingt ans, elle a soutenu une thèse sur la place du travail dans la cure psychanalytique.

multitudes.net



Tag temoignage sur Des Choses à lire 5caeeb10

quatrième de couverture a écrit:« Ce livre parle de notre voisin de palier, de la femme au comptoir ou derrière le guichet ; il parle de nous, de notre monde ordinaire, avec nos mots, ceux de tous les jours. Des mots qui ne prennent pas de gants, directs sur ce monde banal et cruel. Rien de spectaculaire, rien que l’ordinaire. Mais des drames, des gens qui craquent ou qui meurent, sans que ralentisse le cirque infernal, “comme si de rien”. Ceux qui parlent, d’ailleurs, étaient à fond dans le circuit, jusqu’au pépin… Quelque chose est arrivé qui les a mis hors course, les yeux dessillés. C’est ce moment de la prise de conscience, quand ils envisagent leur compromis-sion dans le système néolibéral à s’en rendre malade, que Lise Gaignard saisit ici sur le vif. »

(Extrait de la Préface de Pascale Molinier)

Editions d'une


Un livre dur, direct et sans solution apparente. Une suite de témoignages ponctuels, notes d'un ou deux entretiens, de travailleuses et travailleurs de milieux très divers. Un panorama d'une belle partie de ce qui peut déconner, "foutre le camp", régresser ou je ne sais quoi dans notre belle société et d'abord des drames individuels. Plus que du ras le bol, des trop pleins, des impasses, de la rage, du désespoir, une impossibilité du sens dans le travail.

Chacun(e) y va de la description de son travail et de ce qui ne va plus : collègues, moyens, consignes, pression... sentiment d'injustice, de peur et d'être empêché de faire son travail "bien" ou simplement comme il devrait être fait. Ce qui va de s'y sentir reconnu (pas au sens de devenir roi du monde mais simplement d'exister normalement) au respect des individus ou de normes de sécurité, ou de la loi.

La constante c'est la perte de repère, le sentiment d'échec, d'incapacité. Échec de qui pourrait on lire entre les lignes ? Car ces gens qui n'ont pu continuer temporairement ou plus veulent le faire leur travail. Donc c'est dur et on peut s'y reconnaître, plus ou moins, souvent, toujours un peu au moins.

Nouvelles modes de management et leurs novlangues, engrenage d'une démission personnelle et collective qui aboutit à ces situations, tout ça pour essayer de remplir le contrat ?

Ils sont concrets ces témoignages sur deux ou trois petites pages, des coups de poing à l'estomac.

Difficile d'arriver à une idée arrêtée à la fin tellement c'est multiple dans les personnalités : faisons attention ? Pourquoi en arriver à un rapport conflictuel à son travail (plus qu'aux gens qui l'habitent) ? ... Pourquoi en être à un rapport conflictuel au travailleur ? Pourquoi l'enjeu n'est-il plus seulement le travail mais la personne, sa supposée inadaptabilité comme une faillite personnelle ?

Ca fait peur au royaume des fausses économies de bout de chandelle et de la joie obligatoire...


Mots-clés : #mondedutravail #temoignage
par animal
le Lun 2 Sep - 22:22
 
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Sujet: Lise Gaignard
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Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné [Madame de Sévigné]

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Nicolas Foucquet

Les lettres à Monsieur de Pomponne (novembre et décembre 1664) valent reportage sur le procès du Surintendant Nicolas Foucquet, qui exerça cette charge de tout premier plan de 1653 jusqu'à son arrestation (à Nantes en septembre 1661).

L'on s'aperçoit, avec autant de liberté que Madame de Sévigné puisse s'en permettre, de tout ce qui fut ourdi contre l'accusé; le complot est tramé par Colbert, dans le camp des pro-Foucquet mis à mal par cette triste affaire on retrouve, outre Madame de Sévigné, Bussy-Rabutin dont il vient d'être question, La Rochefoucauld (oui, celui des Maximes), La Fontaine, etc...

D'emblée, Foucquet est sur la sellette,  s'y asseoir signifie qu'on assiste à son procès en qualité de coupable convaincu, autrement on répond debout, derrière le "Barreau".  
Foucquet, si l'on en croit Madame de Sévigné, répond avec beaucoup d'adresse à ses accusateurs, certains en notoire collusion avec ceux qui ont tout intérêt à le voir condamner, en particulier avec le Chancelier, homme de main et de paille de Colbert.
On croise aussi D'Artagnan, le vrai, un Monsieur d'Ormesson (est-ce un ancêtre de l'écrivain ?), on observe qu'un fait quasi-miraculeux (Madame Foucquet mère, très pieuse, donna un emplâtre à la Reine qui se trouva guérie de son mal) plaide autant si non plus que d'habiles réponses en faveur de Foucquet. Quelques déballages et autres assauts à fleurets mouchetés, avec tout le passé récent de la Fronde qui plane sur l'audience, sont susceptibles d'intéresser quiconque n'est pas indifférent à l'Histoire.

Au final Foucquet sauve sa tête et, mécontent de la sentence d'exil prononcée, le Roi fait ajouter l'emprisonnement à l'exil, à la citadelle de Pignerol, enclave française située dans le Piémont italien, en ne laissant pas la possibilité à son épouse de le rejoindre, ce qui scandalise Madame de Sévigné.
Et, pour faire bonne mesure, le Roi fait éparpiller toute la famille de Foucquet hors de Paris.



Mots-clés : #ancienregime #historique #justice #politique #regimeautoritaire #temoignage
par Aventin
le Jeu 15 Aoû - 8:30
 
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Sujet: Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné [Madame de Sévigné]
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Jean-Marie Gustave [J.M.G] Le Clézio

Voyage à Rodrigues

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Récit romancé, 1986, 135 pages environ.

Il s'agit d'une relecture, à rebrousse-poil, puisque j'ai envie ces prochaines semaines de relire aussi Le chercheur d'or, qu'on lit en principe avant (voir même L'Africain, histoire de caser ça en trilogie).

Le Clézio m'agace quand il brasse en rond dans ces pages surchargées d'emphase une espèce de vacuité que je peine à prendre pour du souffle (Désert, par exemple, je n'ai jamais pu aller au-delà des premiers paragraphes):
Il est des auteurs que l'on aimerait voir foisonner, se laisser aller à une faconde verbeuse, et d'autres dont on souhaiterait qu'ils se continssent.

135 pages, c'est pourtant bref, mais cela eût pu être écrit sans dommage, à mon humble avis, en 75-80 pages, format nouvelle.
Ce qui fait sujet, c'est un parcours, idéalement d'ordre initiatique, de l'auteur qui tente de mettre ses pas dans ceux de son grand-père, qui a cherché là en vain un trésor de corsaire, entre 1902 et 1930, avec un acharnement des plus rares.

Comme son grand-père s'avéra un gros traqueur de signes et un déchiffreur d'énigme codée, l'auteur effectue un glissement, de signe à signifiant, d'encodages à symbolique, se demandant si, en fin de compte, il n'y a pas là les éléments d'un langage personnel, dont il devient de facto le dépositaire: avec les quelques descriptions, exotiques à souhait, de l'ile, c'est dans l'abord de cette problématique-là qu'il faut rechercher les meilleures pages.

La fin du livre, transcription de son grand-père dans la généalogie des Le Clézio, nous transporte à Eurêka, la munificente demeure familiale mauricienne d'où le grand-père fut expulsé par ses créanciers, et son jardin d'abondance, et la montagne Ory, le Pouce, le Piether Both, toutes éminences bien connues des lecteurs de Malcolm de Chazal.  

La quête de l'auteur est sans fin, nous le comprenons, ainsi que la recherche acharnée du trésor le fut pour son grand père.
Au final tout de même une bien belle lecture, sur un thème...en or, et dans des lieux lointains et esseulés, que Le Clézio nous restitue à merveille: allez vers ces pages sans crainte.

page 63 a écrit:Mais ce trésor, qu'était-il ? Ce n'était pas le butin des rapines de quelques pilleurs des mers, vieux bijoux, verroteries destinées aux indigènes de la côte des Cafres ou des Moluques, doublons ou rixdales. Ce trésor, c'était donc la vie, ou plutôt la survie. C'était ce regard intense qui avait scruté chaque détail de la vallée silencieuse, jusqu'à imprégner les roches et les arbustes de son désir. Et moi, aujourd'hui, dans la vallée de l'Anse aux Anglais, je retrouvais cette interrogation laissée en suspens, j'avançais sur ces cartes anciennes, sans plus savoir si c'étaient celles de l'écumeur de mer ou celles de mon grand-père qui l'avait traqué.



Tag temoignage sur Des Choses à lire Anse_a10
L'Anse aux Anglais, à Rodrigues.






Mots-clés : #famille #insularite #lieu #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Lun 22 Juil - 22:55
 
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Sujet: Jean-Marie Gustave [J.M.G] Le Clézio
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Ernesto Sábato

Avant la fin

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Ce sont les mémoires d’Ernesto Sábato, rédigées à 86 ans.
Dans la première partie, l’auteur suit la chronologie. Jumeau d’un mort-né, traumatisé par un père autoritaire, le monde lui apparaît très tôt comme une noire source de terreur dans le malheur du manque d’amour. Après les misère et rigueur d’une triste enfance de pauvres immigrés dans la pampa, « cette métaphore du néant », il passe du communisme à l’anarchisme sans jamais renoncer à l’humanisme, de la physique dans les laboratoire Curie et MIT au surréalisme, de la pureté absolue des théorèmes mathématiques et du rationnel à l’art (il est aussi peintre).
Ayant abandonné la science et sa position confortable, il retourne à Paris pour travailler à l’UNESCO :
« L’édifice où était situé l’UNESCO avait été le siège de la Gestapo, et dans cette atmosphère raréfiée de paperasseries bureaucratiques je sentis une fois encore se fissurer autour de moi cet univers kafkaïen où je me mouvais. Sombrant dans une grave dépression, face aux eaux de la Seine, je fus submergé par la tentation du suicide.
Un roman profond surgit quand notre existence affronte des situations limites, douloureuses croisées des chemins où nous sentons la présence inéluctable de la mort. Dans un tremblement existentiel, l’œuvre est notre tentative, jamais tout à fait réussie, de reconquérir l’unité ineffable de la vie. Torturé par l’angoisse, je me suis mis avec fébrilité à écrire, sur une machine portative, l’histoire d’un peintre qui cherche désespérément à se faire comprendre [Le Tunnel].
Égaré comme je l’étais dans un monde en décomposition, parmi les ruines d’idéologies en banqueroute, l’écriture a été pour moi le moyen fondamental, le plus absolu et puissant, qui m’a permis d’exprimer le chaos dans lequel je me débattais ; et j’ai pu ainsi libérer non seulement mes idées, mais surtout mes obsessions les plus secrètes et inexplicables.
La véritable patrie de l’homme n’est pas l’univers pur qui fascinait Platon. Sa véritable patrie, à laquelle il revient toujours après ses détours dans l’idéal, c’est cette région intermédiaire et terrestre de l’âme, ce territoire de déchirements où nous vivons, aimons et souffrons. Et dans une époque de crise totale, l’art seul peut exprimer l’angoisse et la désespérance de l’homme, parce que, à la différence de toutes les autres activités de la pensée, c’est la seule qui capte la totalité de son esprit, et tout spécialement dans les grands romans qui réussissent à pénétrer jusqu’au domaine sacré de la poésie. La création est ce début de sens que nous avons conquis de haute lutte contre l’immensité du chaos.
"Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer." Vérité absolue, cher, admiré et douloureux Artaud ! »

Cet aspect cathartique de l’écriture n’est pas propre à Sábato ; c’est même sans doute l’un des principaux moteurs de la création littéraire.
Pessimisme et doute métaphysiques, proximité avec Camus dans une sorte d’existentialisme humanitaire, conscience de la tragique condition humaine et de l’avenir compromis de la planète, dans une seconde partie Sábato expose sa vision de l’illusion du progrès civilisationnel compromis par la technique et la raison aveugles et orgueilleuses, en fait régression et involution dues à la croissance économique qui exclut l’humanité, l’argent qui a remplacé les valeurs, le pouvoir entre les mains de quelques-uns.
Sábato cite, à cinquante ans d’écart, son premier essai (1951), Hommes et engrenages :
« Ce paradoxe, dont nous subissons actuellement les ultimes et plus tragiques conséquences, a été le résultat de deux forces dynamiques et amorales : l’argent et la raison. Ce avec quoi l’homme s’empare du pouvoir séculier. Mais ‒ et c’est là que le paradoxe prend ses racines ‒ cette conquête se fait sous les espèces de l’abstraction : du lingot d’or au clearing, du levier au logarithme, l’histoire de la maîtrise croissante de l’homme sur l’univers a été aussi l’histoire des abstractions successives. Le capitalisme moderne et la science positive sont les deux faces d’une même réalité dépourvue d’attributs concrets, d’une fantasmagorie abstraite dont fait partie l’homme lui-même, non plus désormais l’homme concret et individuel mais l’homme-masse, cet être étrange à l’aspect encore humain, doté d’yeux et de larmes, de voix et d’émotions, mais devenu en réalité un engrenage d’une gigantesque machine anonyme. C’est là le destin contradictoire de ce demi-dieu de la Renaissance qui avait revendiqué son individualité, qui s’était soulevé avec orgueil contre Dieu, en proclamant sa volonté de dominer et transformer les choses. Il ignorait qu’il finirait lui-même par se transformer en chose. »

C’est chose faite sur ce forum… Mais si ce discours n’est pas nouveau de nos jours, je vois presque de la prophétie dans cette progression de l’artificiel "hors-sol", qui se prolonge si symptomatiquement aujourd’hui dans le virtuel : une sorte de confirmation de l’analyse de Sábato.
« …] malheur des hommes, destinés à la beauté mais condamnés à survivre dans la banalité de cette culture où ce qui autrefois avait un sens a dégénéré en une grossière diversion, en excitants et en pathétiques objets décoratifs. Triste épilogue d’un siècle déchiré entre les délires de la raison et la cruauté de l’acier. »

Là, je ne peux que penser aux "substances" et aux récupérations "ethniques" (et mercantiles) actuelles…
Rappel avec à propos d’un titre de gravure de Goya :
« Les rêves de la raison engendrent des monstres »

Sábato parle aussi de la commission nationale (argentine) sur les disparus de 1976, qu’il présida, et son rapport Nunca Más (Jamais plus) ‒ cette surenchère du « terrorisme d’état » qui n’a pas pu trouver l’apaisement…
Dans la troisième partie, toujours par courts textes regroupés selon une thématique, Sábato évoque ses grandes douleurs, comme la perte d’un fils, la détresse de la jeunesse actuelle, l’ombre du suicide, soit ce « testament spirituel » de sa quête de vérité et de sacré. L’épilogue est une adresse aux jeunes gens, aux enfants déshérités : un message d’espoir, d'ouverture et de solidarité, un appel aux « héros, saints ou martyrs » nécessaires.
Voici ses derniers mots (cervantesques), avant la fin de sa vie, ou du monde :
« Seuls ceux qui se montreront capables d’incarner l’utopie pourront mener le combat décisif, celui dont l’enjeu est de recouvrer toute l’humanité que nous avons perdue. »

L’auteur étant un grand lecteur, les références et citations littéraires sont nombreuses : Dostoïevski, « ce diabolique Rimbaud » et bien d’autres, notamment Cioran, avec qui Sábato se trouve des affinités :
« Comme la nécessité de démythifier un rationalisme qui ne nous a apporté que la misère et les totalitarismes. »

Je dois signaler que ‒ en tout cas dans la traduction française ‒ ce livre est entaché par endroits de poncif, de pathos et d’un certain passéisme, ce qui ne retire rien aux convictions de l’auteur, ni à la valeur de son témoignage.

Voici un passage qui résonne particulièrement en moi (mais pas pour le style), sans doute compte tenu de ce que j'ai pu observer de mon côté :
« Dans la ville de Resistencia, j’ai fait une expérience qui me paraît déterminante. C’était au début de l’année, pendant les grandes inondations du Paraná. J’ai été alors bouleversé de voir une telle pauvreté et à la fois une telle humanité. Comme si elles étaient inséparables, comme si l’essentiel de l’homme se révélait dans l’indigence. »


Mots-clés : #autobiographie #creationartistique #ecriture #essai #temoignage #vieillesse #xixesiecle
par Tristram
le Dim 14 Juil - 16:23
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Vassili Peskov

Les ermites de la Taïga

Tag temoignage sur Des Choses à lire 41suby10

Original : «Таёжный тупик» (1990)

" Dans ma longue vie de grand reporter, dit Vassili Peskov - qui travaille depuis plus d'un demi-siècle pour le même quotidien moscovite, la Komsomolskaya Pravda -, j'ai pu côtoyer de près des célébrités hors pair qui m'ont beaucoup impressionné. Je pense entre autres au maréchal Joukov, au cosmonaute Youri Gagarine, au savant voyageur Thor Heyerdahl... Mais la personnalité la plus intéressante que j'aie connue, la plus fascinante, la plus attachante aussi, reste à mes yeux celle d'Agafia Lykova. " Née en 1945 dans la forêt sibérienne, Agafia est la dernière survivante de la famille Lykov, retirée loin de toute habitation depuis 1928 (1938 selon d’autres sources ?) dans la taïga pour une incroyable robinsonnade d'un demi-siècle, puis " découverte " en 1978 par un groupe de géologues. Depuis 1982 Vassili Peskov rendait régulièrement visite à Agafia et révéla l'aventure dans ce premier livre qui fut « Ermites dans la taïga » (publié en 1990), qui s'achève sur le désir d'Agafia de continuer à vivre solitaire et en autarcie.

Mais tout cela ne fut pas un pur accident, et il est à croire que la famille Lykow avait cherché pour des bonnes raisons la solitude et la réclusion. Appartenant au groupe des vieux-croyants, église schismatique issu du « Raskol » du 17ième siècle, ils ont probablement fui les persécutions de Staline. Peut-être ce livre fascinant qui nous rappelle nos désirs de Robinsonade et d’autarcie (légèrement idéalisée !), met l’accent sur la vie, oui, la survie dans des conditions simples. Aussi nous accompagnons Agafia dans ses « premiers » contacts avec le monde extérieur, dans un voyage, ses prises de conscience du monde vaste. Mais tout cela ne devrait pas faire oublier que cette famille n’a pas juste vécu ce que certains puissent considérer comme un calvaire, mais qu’ils ont fait un choix de vie très fort et exigeant. Ils se sont reposés sur une foi quasiment inébranlable qui n’avait pas besoin de beaucoup. C’est à se demander comment on peut vivre une telle isolation, solitude ? Comment se fait le contact avec le monde extérieur ? Est-ce qu’alors une telle vie peut (aussi !) rendre un sens à l’existence, voir rendre heureux?

Une lecture fascinante à travers laquelle on s’attachera à Agafia…

Et voici une photo d’elle :
http://sarawastibus.files.wordpress.com/2010/04/agafia1.jpg



Mots-clés : #biographie #solitude #temoignage
par tom léo
le Sam 15 Juin - 18:23
 
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Sujet: Vassili Peskov
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Jérôme Lambert

Chambre simple

Tag temoignage sur Des Choses à lire 51vyiy10

Un jeune homme se réveille à l’hôpital, et n’est pas surpris car cela lui arrive régulièrement, il est épileptique. Il parle de son vécu de cette maladie dérangeante, de son ressenti de l’hopital, entre réification et protection.

À son chevet, son amant - dont la mémoire, qu’il retrouve progressivement, lui rappelle peu à peu qu’il n’est en fait que son ex-amant - des soignants et un autre patient se relaient. Chacun livre son vécu , ses espoirs, ses croyances.
dans de petits textes qui alternent.
Chacun de ces textes est assez séduisant, mais l’ensemble manque d’une unicité, d’une force, d’un approfondissement. On est plus sur un assemblage de témoignages accolés que sur une œuvre construite. Des ressentis touchants  émergent cependant.

Mots-clés : #pathologie #temoignage
par topocl
le Ven 14 Juin - 17:13
 
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Sujet: Jérôme Lambert
Réponses: 4
Vues: 106

Alberto Manguel

Chez Borges

Tag temoignage sur Des Choses à lire Chez_b10


Adolescent, Alberto Manguel fut un lecteur pour Jorge Luis Borges devenu aveugle : souvenirs, anecdotes et points de vue sur Borges, mais aussi Adolfo Bioy Casares et Silvina Ocampo.
L’homme-bibliothèque :
« Pour Borges, l'essentiel de la réalité se trouvait dans les livres ; lire des livres, écrire des livres, parler de livres. De façon viscérale, il était conscient de poursuivre un dialogue commencé il y avait des milliers d'années et qui, croyait-il, n'aurait jamais de fin. »

« Sa bibliothèque (qui, comme celle de tout autre lecteur, était aussi son autobiographie) reflétait sa confiance dans le hasard et dans les lois de l'anarchie. »

« Il y a des écrivains qui tentent de mettre le monde dans un livre. Il y en a d'autres, plus rares, pour qui le monde est un livre, un livre qu'ils tentent de lire pour eux-mêmes et pour les autres. Borges était de ceux-là. »



Mots-clés : #temoignage
par Tristram
le Jeu 30 Mai - 16:04
 
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Sujet: Alberto Manguel
Réponses: 27
Vues: 912

Florence Aubenas

Le quai d’Ouistreham

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En 2009, alors que le mot crise résonne de toutes part, Florence Aubenas quitte tout pour entrer dans la peau d’une chômeuse non diplômée en quête d’un emploi. Elle voit ces queues qui s’allongent devant le Pôle Emploi, les employés qui pètent un câble, les formations qui masquent l’impasse, les agences d’intérim dépassées  la lutte pour le moindre sous. Corvéable à merci, l’épouvante chevillée au ventre, la compromission imposée par l’urgence elle erre, épuisée,  pendant 6 mois de contrats de quelques jours en dépannages à la demande, femme de ménage mobile, manipulée, transparente aux heureux nantis d’un travail, héroïne de l’aube et du crépuscule œuvrant comme Sisyphe pour la propreté de nos existences indifférentes.

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Certains lui ont reproché son manque de recul, d’analyse, mais c’est en fait un récit humaniste (et terrible) qu’elle propose, où les faits parlent d’eux-mêmes d’un monde absurde, du quotidien accablant de ces chômeurs précaires, ballottés  par leurs angoisses, contraints à toutes les humiliations, avec lesquels elle partage avec empathie une réelle proximité.

Mots-clés : #mondedutravail #temoignage
par topocl
le Dim 26 Mai - 16:58
 
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Sujet: Florence Aubenas
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Daniel Lang

Incident sur la colline 192  

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Le traumatisme que Eriksson a rapporté de la guerre du Viet-Nam, c’est d’avoir participé à une mission d’observation avec quatre autres soldats, dont le chef a sciemment décidé d’enlever une jeune vietnamienne, de se donner du bon temps avec ses copains et de la tuer. Eriksson a refusé de participer à cette folie prédatrice, pris le risque de dénoncer les faits à sa hiérarchie, de s’obstiner malgré les réticences, et des sanctions ont, à force de persévérance, été  prises - puis trop prévisiblement aménagées.

Eriksson un taiseux  du Minnesota, raconte ça à l’auteur, entre de grands plages de silence, réfléchissant à ce que la guerre fait des hommes, mais pas tous.

C’est d’une grande pudeur dans un récit auquel  la précision très clinique donne une grande intensité. Daniel Lang  expose des faits qui impliquent ce que sont les hommes au sens de masculin et ce que la guerre biaise (ou révèle?) en eux. C’est un intéressant retour, digne et retenu, quoique impitoyable, sur notre condition d’humains.


Mots-clés : #conditionfeminine #guerre #guerreduvietnam #justice #temoignage
par topocl
le Lun 13 Mai - 9:29
 
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Sujet: Daniel Lang
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Atiq Rahimi

Tag temoignage sur Des Choses à lire 51mp0610

Le retour imaginaire


Originale du texte : Persan (Afghanistan), 2005

Traduction : Sabrina Nouri
Avec une cinquantaine de photos…

Présentation de l'éditeur a écrit:
-Je veux photographier ces blessures. -Avant toi de grands photographes sont venus ici et ont tiré de superbes photos de ces blessures... -Mais moi ce n'est pas la beauté que je cherche. Je cherche à faire revivre le sentiment que l'homme éprouve en regardant une cicatrice. Chaque fois que nous voyons une cicatrice nous ne pouvons nous empêcher d'en repenser la douleur. -S'il s'agit de ta propre cicatrice. Justement ce sont mes cicatrices que je cherche à retrouver.


Comme nous le savons, l’auteur a du fuir son Afghanistan natal en 1982 et là, il revient après de longues années en exil. Dans des textes lyriques il parle d’un drame, peut-être le drame de tant de déplacés et exilés : un être séparé, blessé, dont une partie est resté sur la terre des ancêtres, une autre, volée de ses racines, a du lutter à l’étranger avec le manque des paroles, de l’enracinement… Maintenant il traverse sa ville, Kaboul, et veut photographier les blessures. Les textes courtes sont lyriques, poétiques, mais aussi empreintes de douleurs, de nostalgie.

A première vue ce « peu de textes » et une certaine façon de photographier (les photos sont des fois floues, imprécises) peuvent déboussoler le lecteur : le tout vaut quand même 25,- Euro. Mais éventuellement on pourra jeter un coup d’œil et se former une opinion ?

A la limite on pourrait mettre ce livre dans les rubriques « Poésie, Voyages, Témoignages, Photographes… »


Mots-clés : #poésie #temoignage #voyage
par tom léo
le Dim 14 Avr - 17:02
 
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Sujet: Atiq Rahimi
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Enrique Vila-Matas

Paris ne finit jamais

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Le narrateur est disqualifié dans la compétition des doubles d’Hemingway à Key West pour absence de ressemblance avec l’idole de son jeune âge, et se lance dans une conférence sur ses deux années de jeunesse à Paris, en miroir de l’expérience d’Hemingway rapportée dans Paris est une fête (également dans Le soleil se lève aussi, ouvrages qu’à point nommé j’ai lus récemment), en référence à l’extrait suivant :
« Il n’y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu’en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d’une personne à l’autre. […] Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux. »

C’était dans les années 20, et en 1974 le narrateur, incarnant une savoureuse caricature de jeune intellectuel pédant et compassé, essaie désespérément d’écrire son premier livre, La Lecture assassine (dont la structure est inspirée de celle de Feu pâle, de Nabokov, et le sourire de la femme fatale celui d’Isabelle Adjani) :
« Et pourquoi l’idée de tuer mes lecteurs m’avait-elle séduit autant alors que je n’en avais pas encore un seul ? »

Il est locataire d’une mansarde chez Marguerite Duras (autobiographique), qu’aurait occupé Hemingway… la bohème à Paris un demi-siècle plus tard, les exilés du Flore, le milieu artistique et le cercle durassien, le cinéma ces années-là et le tournage d’India Song, aussi un bel éloge de la ville (chapitre 17).
« J’ai cherché à nouer des amitiés étrangères et me suis peu à peu coupé du monde terrible de l’exil de mes compatriotes, un monde qui, tournant exclusivement autour de l’antifranquisme, ne m’attirait guère, pas plus que ne m’attirait la politique en soi, une passion ou une activité dont je voyais que, à la longue, elle finissait par exiger des concessions à mi-chemin entre l’idéalisme et le pragmatisme, ce qui me semblait non seulement peu stimulant mais, en plus, répugnant. »

Livre de souvenirs de son apprentissage d’écrivain, livre aussi sur l’ironie, avec une ironie assumée (et parfois la dent dure), par exemple sur l’inintelligibilité chez certains écrivains (notamment l’absconse Duras, lorsqu’elle parle dans son « français supérieur ») :
« Je n’aime pas les récits qui racontent des histoires compréhensibles. Parce que comprendre peut être l’équivalent d’une condamnation. Et ne pas comprendre, de la porte qui s’ouvre. »

Vila-Matas interprète Un Chat sous la pluie, nouvelle d’Hemingway qu’il n’avait jamais comprise, comme une transposition de l’aventure malencontreuse de son auteur avec Scott Fitzgerald dans Paris est une fête, ce qui vaut au lecteur une belle prestation d’odradek (kafkaïen donc) hantant la Closerie des Lilas (chapitre 25).
Et toujours la même délectable pratique de renvoyer à d’autres auteurs (avec parfois un délicieux brin d’irrévérence) : Gracq, Perec, Quiroga, Juan Marsé, Borges, et beaucoup d’autres…
Voici le (bref) chapitre 8 in extenso :
« Le passé, disait Proust, non seulement n’est pas fugace mais, en plus, il ne change pas de place. Même chose pour Paris, qui n’est jamais parti en voyage. Et comme si c’était trop peu, Paris est interminable et ne finit jamais. »

Un livre pour les afficionados d’Hemingway, de Duras (Églantine ?), voire de Vila-Matas…
« Ce livre collectif sur Duras s’ouvrait par des mots de sa plume par lesquels elle avouait qu’elle écrivait pour faire quelque chose. Et elle ajoutait que si elle avait la force de ne rien faire, elle ne ferait rien. C’était parce qu’elle n’avait pas la force de ne rien faire qu’elle écrivait. Il n’y avait pas d’autre raison. C’était ce qu’elle pouvait dire de plus vrai à ce sujet. La sincérité de ces mots m’a impressionné. »


Autofiction ?

Mots-clés : #autobiographie #autofiction #jeunesse #temoignage
par Tristram
le Dim 14 Avr - 0:16
 
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Sujet: Enrique Vila-Matas
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Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon

L’amour après (Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon)

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Marceline, 89 ans, ouvre une valise fermée depuis 50 ans et contenant des lettres ‒ sa « Valise d’amour ». L’amour était en bourgeon quand il fut compromis dans son corps mis à nu lors de sa déportation à 15 ans. Pas question pour la survivante de se souvenir, de parler de Birkenau, mais de vivre libre.
« Je ne peux m’empêcher de superposer nos corps, nos enfants, nés ou pas, nos histoires, comme une question qui nous était posée à toutes, puisque la société n’attendait qu’une seule chose de nous : mariez-vous et procréez. »

D’abord frigide, incapable d’abandon amoureux, surtout occupée de son besoin de liberté (d’où l’affranchissant statut de femme mariée avec Francis Loridan, l’ingénieur expatrié) dans le Saint-Germain-des-Prés des années 50, ce sont les lettres de prénoms oubliés, et de Georges Perec, d’Edgar Morin, intéressantes en elles-mêmes, mais pourquoi les leurs, si ce n’est que, passades de Marceline, ce sont des figures d’élite ? Elle fut fascinée par les intellectuels, d’ailleurs demande sans cesse des conseils de lectures (sa scolarité ayant été elle aussi avortée) dans sa volonté de s’élever, son intarissable soif de « vouloir savoir ».
« Je construisais une bibliothèque imaginaire devant moi, un peu comme on pave son chemin. En me déportant, on m’avait aussi arrachée à l’école, et je préférais me pencher sur ce que je n’avais pas appris que sur ce que j’avais vécu. »

C’est l’époque des questionnements de la jeunesse, des engagement politiques contre les conventions, des pionnières de l’émancipation féminine.
« La jeunesse venait de naître, ce n’était plus seulement un état passager, mais une catégorie valorisée, toisant les générations précédentes. »

« Il n’y eut, après les camps, plus aucun donneur d’ordres dans ma vie. »

Simone Weil :
« Nous étions du même transport, du même quai, du même camp. »

« Il faut répéter qu’une Juive survivante d’Auschwitz a tout fait pour sauver des femmes arabes de la torture et du viol. Il est là le sens de l’Histoire, et de l’humanité. Mais nous l’avons perdu. À moins qu’il n’y ait aucun sens, que j’aie simplement eu besoin d’y croire comme beaucoup d’autres au sortir de la guerre. Il n’y a qu’un balancier, faisant et défaisant. »

Puis vient Joris Evans, le grand amour de Marceline, qui lui permet enfin de se « connecter au monde » avec le cinéma documentaire.
« Mon corps n’était plus un enjeu enfin. Et doucement, à ses côtés, la jeune femme et la survivante ne firent plus qu’une seule. »

Marceline témoigne fort humainement…
« Je me cherchais dans les regards et je ne voulais pas y voir mon âme perdue. Qu’est-ce qu’une âme perdue ? C’en est une qui tâtonne dans la nuit, sur les routes du souvenir. Il faut agir follement pour ne pas la laisser voir. »

« Je n’étais pas une gosse, j’avais tout compris du genre humain à quinze ans, pas une adulte non plus, j’avais si peu connu de la vie, j’étais un petit être farouche, hybride, souvent cassant, doté d’un penchant pour la mort et d’un redoutable instinct de survie. Lorsque je l’ai rencontré, je sortais d’un sanatorium de Suisse, où j’avais soigné une tuberculose, et d’une seconde tentative de suicide aussi. J’étais venue me reposer au château. Étrange cette habitude que j’avais d’aller me réparer là où mon drame avait commencé, comme si, en revenant au point de départ, on pouvait tout annuler et renaître. »

… et j’admire son franc-parler :
« J’écris un livre sur l’amour. Sur comment vivre à deux sans se faire chier. »

« Ma vie c’était vraiment du rabe. »

« Ces vingt dernières années, j’ai vu une petite rousse vieillissante me regarder depuis des vitrines devenues trop luxueuses. J’ai mieux vieilli que mon quartier, je trouve. »



Mots-clés : #correspondances #temoignage
par Tristram
le Dim 7 Avr - 1:01
 
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Sujet: Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon
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Emma Jane Kirby

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L'opticien de Lampedusa


Originale : The optician of Lampedusa (Anglais, 2016)

Le 3 octobre 2013 un naufrage a lieu à 1 kilomètre des côtes de l’île de Lampedusa, à mi-chemin entre les côtes nord-africaines et la Sicile. Il fait 366 morts. Ce reportage est le récit du sauvetage de 47 migrants par l'opticien de la ville.

L'opticien de Lampedusa nous ressemble. Il est consciencieux, s'inquiète pour l'avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n'est pas un héros. Et son histoire n'est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d'hommes, de femmes, d'enfants se débattant dans l'eau, les visages happés par les vagues, parce qu'ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie. L'opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Cette parabole nous parle de l'éveil d'une conscience ; elle est une ode à l'humanité.


REMARQUES :
A cause de dialogues probablement un peu arrangés on pourrait alors parler de fiction? Je pense qu’il faudra parler d’une forme de récit, offert dans une histoire fluide, sur fond historique et biographique. Cet opticien de l’île reste dans ce récit sans nom : pourrons nous nous réconnaître en lui ? Témoin distrait, mais finalement pas trop touché de ces arrivées de réfugiés sur les plages de Lampedusa. Dans l’annexe, les remerciements, Kirby va néanmoins le nommer : c’est lui qui lui avait raconté cette histoire vécue.

Une sortie entre amis va le et les confronter tous les huit à un nauffrage juste proche de la côte : ils seront les premiers sur place (on saura plus tard qu'un autre bateau a passé sans intervenir), témoin de la mort de tant de gens, mais néanmoins aussi sauvant 47 de la mort quasi certaine, les mettant à l’abri sur le petit bateau. D’un coup ils sont devenus témoins directs, touchés dans leur humanité. Il ne sera plus possible de fermer les yeux, et on s’attachera à ses réfugiés, les suivant dans leur odyssée qui suit, dans les tracasseries bureaucratiques etc. Une histoire lointaine est devenue « leur » affaire. Pour certains ils deviennent des héros, mais eux, sont traumatisés par des images  insupportables et une forme d’impuissance : est-ce qu’on aurait pu sauver plus de gens? Et tous ces enfants et femmes emprisonnés dans les cales ? Affreux...

Des gens, citoyens normaux deviennent des participants, des acteurs. Ils acceptent de devenir co-responsable pour d’autres. Des gens sans soucis se transforment en observateurs et acteurs actifs et empathisants.

Un livre donc profondément humain et nécessaire. Voir aussi, sans amertume placative, politique et revendicative. Merci à l’auteure !


Mots-clés : #immigration #mort #social #temoignage
par tom léo
le Sam 30 Mar - 22:35
 
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Sujet: Emma Jane Kirby
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François Bégaudeau

Le moindre mal

Tag temoignage sur Des Choses à lire Proxy141

Ce livre s’inscrit dans le cadre de la collection Raconter la vie, initiée par Pierre Rosanvallon et Pauline Peretz, pour donner la parole aux « invisibles », et, notamment, raconter le travail.

Ici, François Bégaudeau prête sa plume à Isabelle, une infirmière.
Après avoir situé la filiation qui l’a menée à ce choix, il quitte la petite histoire pour un récit très factuel, direct, s’effaçant derrière un style volontairement non travaillé, pour raconter les années et les jours de son « héroïne ».
Trois thèmes principaux : la formation, la politique hospitalière de non remplacement du personnel, puis, pour finir, minute par minute, heure apr heure, fait par fait, une journée de travail ordinaire dans le service de chirurgie générale.


Ce n’est pas Bégaudeau pour rien, il y a des pages militantes contre les politiques économiques drastiques en matière de santé, et des médecins forcément beaucoup moins sympas que les infirmières.


Mais globalement, cette course -poursuite de la journée infirmière m’a plutôt séduite. Cet enchaînement d’événements sans pathos, sans le temps de reprendre son souffle ou d’y mettre trop d’émotion, avec sa diversité technique donne parfaitement l’image de ce métier plus technique qu’il n’y paraît, où les exigences  de performance Imposent une efficacité qui malheureusement ne laisse guère place au doute, aux questionnements, aux épanchements.



mots-clés : #medecine #mondedutravail #temoignage
par topocl
le Ven 15 Mar - 20:38
 
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Sujet: François Bégaudeau
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Philippe Apeloig

Enfants de Paris 1939-1945

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Souvenez-vous d’eux, votre mémoire est leur seule sépulture.


Philippe  Apeloig s’est donné pour tâche  de répertorier, photographier et transmettre dans un cadrage rigoureux plus de 1000 plaques commémoratives de la période 1939-1945 à Paris, classées par arrondissement, dans un souci d’exhaustivité dont il savait d’avance qu’elle ne serait jamais parfaite.

Des enfants, des hommes, des femmes, arrêtés, déportés, fusillés, décapités, torturés par ceux qui sont nommés selon les plaques les boches, les Allemands, les nazis, l’ennemi, les hitlériens. Des juifs, des résistants, des soldats, des anonymes ou des hommes célèbres réduits à rien par le destin, humblement et fermement commémorés par des plaques éparpillées sur les murs de la capitale, dans les rues, sur les façades, dans des lieux publics ou privés.

Dans un texte très émouvant, il raconte comment son grand-père, émigré de Pologne à Paris, a caché sa famille en zone libre à Châteaumeillant où elle fut sauvée grâce à la constante complicité de la population. Le grand-père, lui, a rejoint le maquis. La mère de Philippe Apeloig n’a eu de cesse de commémorer, à travers cet événement, les habitants salvateurs. Cette démarche s’est confrontée à l’expérience de Philippe Apeloig, son expérience de graphiste et de typographe, sa visite au mur des vétérans de Washington érigé par Maya Lin, son vécu du 11 septembre à travers les milliers de petits mots laissés par les habitants autour du désastre. Tout cela l’a amené à la construction progressive de ce livre, longuement mûri, de cette collection de fourmi obsessionnelle.

Nous avions repéré, Monsieur topocl il y  a quelques mois, l’annonce de ce livre dans divers journaux. Nous  en avions discuté, admiratifs d’une démarche que certains pourraient qualifier de vaine, mais qui nous avait semblé cruciale. De là à acheter le livre… nous ne nous étions pas lancés. Topocl Junior nous avait gentiment moqué, rappelant que, si nous avions toujours fréquenté les cimetières militaires, y traînant notre marmaille, si nous continuons à e faire encore aujourd’hui, nous ne nous étions jamais « amusés » à en lire successivement chaque pierre tombale.

Mais un  ange silencieux et bienveillant a bien vu, lui, que ce livre était pour moi.

C’est d’abord un splendide objet, dont la forme, très rectangulaire,  la couleur et la typographie de couverture évoquent évidemment les plaques qu’il enserre. Présentation très soignée, les feuilles de garde, bleu pour la première, rouge pour la dernière enserrant la tranche blanche dans un bel hommage patriotique, que complète des signets tissés également bleus et rouges.

Contemplant tout d’abord songeusement l’ouvrage, témoin de quelque chose qui peut-être considéré comme une performance artistique, je me demandais comment me l’approprier. Une plaque par jour ? J’en avais de plus de trois ans. Je m’étais finalement décidée pour un arrondissement par jour.

Et puis, il faut bien le dire, entrée là-dedans, il m’a semblé impossible d’en sortir, captivée, aimantée, très soigneusement préparée par l’introduction de l’auteur qui parle de mis en page, de typographie, de police, de choix des mots… J’ai avancé, j’ai continué, je n’ai rien pu lâcher jusqu’à la dernière page. C’était une belle promenade, pleine d’émotions et de sérieux, l’impression de quelque chose de bien, quand bien même je ne faisais finalement que quelque chose de très égoïste.
Qui étaient-ils ? Que seraient ils devenus ? Qu’on-t’ils pensé dans leurs derniers moment ? Qui les a pleurés ? Qui pense encore à eux ?



mots-clés : #campsconcentration #communautejuive #deuxiemeguerre #devoirdememoire #temoignage
par topocl
le Jeu 24 Jan - 17:58
 
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Sujet: Philippe Apeloig
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Edgar Maufrais

Tag temoignage sur Des Choses à lire Maufra10


Edgar Maufrais, À la recherche de mon fils. Toute une vie sur les traces d’un explorateur disparu


J’ai lu ce livre il y a maintenant deux mois et il me reste gravé en mémoire. D’emblée, j'ai été émue par ce livre-témoignage d'Edgar Maufrais qui relate ses nombreux séjours et expéditions au cœur de la forêt amazonienne pour retrouver son fils Raymond, ethnologue explorateur qui a disparu en 1950 dans la jungle guyanaise sans laisser de trace, si ce n’est des carnets qui ont été retrouvés par des Indiens.
Dès avant d’ouvrir ce livre, on sait qu'Edgar Maufrais qui part en 1952 pour longtemps ne retrouvera jamais son fils.
Laissant sa femme, donc la mère de leur fils Raymond, attendre en France le retour du mari et du fils, attente qui durera 12 ans.

Chaque « séjour » en forêt amazonienne représente un nombre important d'expéditions. Par expédition, il faut entendre qu'Edgar Maufrais revient au point de départ après avoir sillonné chaque région en boucle, où serait susceptible d'être passé son fils. Soit depuis le Brésil, soit depuis la Guyane. Il revient au point de départ de chaque expédition pour se ravitailler en vivres, même s’il vit des produits de sa chasse (et bien souvent la disette) pour aller à la banque locale car il faut pas mal d’argent pour payer les guides, faire du troc, négocier ceci ou cela avec les autochtones, trouver des nouveaux guides qui acceptent de faire le périple, etc.

Il a fait en tout 22 expéditions dont voici quelques exemples tant il a fait de milliers kilomètres : liaison Amazone/Saint-Laurent-du-Maroni ; Alenquer-Bom Futuro ; Manaos-Rio Imbitui ; Santarem-Rios Cabrua et Jacaré, etc., etc.

C’est en bateau que ça se passe la plupart du temps. Une pirogue, ou un canot, l’Amazonie, ses affluents, des vivres genre corned-beef, riz, café, et aussi la faim impérieuse, la fièvre, la maladie, des abris de fortune faits de lianes et de bouts de bois, chaque soir, et même en pleine nuit, des guides qui le plaquent en cours de route, d’autres qui demandent le double d’argent une fois qu’ils sont au cœur de la jungle, des lieux tellement enfoncés dans le cœur de la forêt que même les guides ou autres autochtones ne veulent pas y pénétrer, des guides qui s’improvisent souvent comme tels, des guides aussi qui emmènent leur famille entière depuis le bébé jusqu'au vieillard sur la pirogue, et c’est ça ou rien, et il faut prévoir leur nourriture, la pirogue qui tangue, l'obligation de délaisser du matériel pour faire monter tout ce monde, pas forcément bienveillant ; soigner les membres de la famille qui tombent malade ou qui sont piqués par des bêtes, des fourmis, des infections, bref, se retrouver en compagnie de personnes qui n’ont pas leur place ici ! Mais c'est la loi de la jungle !

La vie dans la jungle, la chaleur et l’humidité, pluies, matériel perdu, voire volé, des mauvaises rencontres, des piqûres d'insectes, de serpents, des efforts physiques énormes, réparer les canots, pagayer toute la journée bien sûr, affronter certains rapides, se retrouver tout seul à construire dans la nuit un abri de fortune et un hamac, se soigner les plaies et ne plus ressembler à rien, retourner à Belem par exemple et entre autres, rien que pour compléter la pharmacie, et cette forêt à la fois magnifiée et à la fois hostile, une hostilité si grande qu’on se demande ce que notre pauvre Edgar Maufrais espère encore. Les années s'écoulent. Il risque à chaque seconde d’y laisser sa peau. Personne n'a jamais vu son fils Raymond. Ou il y a si longtemps, oui, on l'a aperçu, il a dû passer par là. Mais il y a des peuplades qui vivent reculées, loin des fleuves, tels les Oyaricoulets, qui seraient, paraît-il, si menaçantes qu’aucun autochtone ne veut accompagner Edgar pour les trouver. On a mal pour lui. Des occasions perdues ? Car dans l'histoire des Maufrais, il est dit que ce sont les Oyaricoulets qui retiendraient le fils Raymond, pas forcément pour le faire prisonnier, mais par adoption, il vivrait là. Hélas il n'a pu approcher ces Indiens-là.

Quelle persévérance !

Quand j’ai commencé le livre j’ai cru que ce serait répétitif, même paysage de lianes à couper à la machette, de jungle, d’arbres qui cachent le jour et le ciel, d'humidité. Mais plus on avance, plus on est happé et on est à côté d'Edgar, lui disant, tiens bon, mon vieux ! Tu es un véritable explorateur ! Vas-y, tu es fort !
Car au bout du compte, et à force d’expéditions, à force aussi de s’être fait avoir en beauté, il a su humer les mauvais coups, rembarrer les voleurs ou autres comploteurs, et connaissant bien les régions visitées, aucun des guides ne lui arrivait plus à la cheville. Il n’avait plus besoin d'eux. Dans la jungle, c'est vraiment la jungle ! Il en est devenu le roi.

Épuisé, il renonce douze ans après. (Il a été retrouvé souffrant d'inanition dans la région amazonienne).

Autant dire que j’ai été très émue par ce livre. J’y pense encore.

Mots-clés : #aventure #lieu #temoignage #voyage
par Barcarole
le Mar 8 Jan - 17:17
 
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Sujet: Edgar Maufrais
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Anne Bert

Le tout dernier été

Tag temoignage sur Des Choses à lire Le-tou11



Anne Bert apprend à 58 ans, qu'elle est atteinte de la maladie de Charcot. Elle sait ce qui l'attend, ce carcan qui va peu à peu enfermer son corps, supprimer son autonomie, réduire la communication. Elle décide de ne pas laisser la vie lui dicter sa mort.

Il ne faut pas s'attendre à un pamphlet, un réquisitoire, un plaidoyer, un descriptif détaillé.
C'est une accumulation, au jour le jour, de sensations, d'impressions , de petits bonheurs, de grandes meurtrissures.
C'est un récit qui n'a d'autre but que de dire, j'ai été là, j'ai ressenti ceci, j'ai vécu cela,mon choix fut tel.
Le suicide assisté est là, omniprésent, implicite le plus souvent, mais ce n’est finalement pas le thème central de ce récit tout en sensualité. C'est assez beau, et ça bouleverse, évidemment.


mots-clés : #autobiographie #medecine #mort #temoignage
par topocl
le Sam 17 Nov - 15:44
 
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Sujet: Anne Bert
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Velibor Čolić

Manuel d'exil : Comment réussir son exil en trente-cinq leçons

Tag temoignage sur Des Choses à lire Cvt_ma10

En pleine actualité sur ceux qu'on appelle migrants mais que j'appelle personnellement exilés, ce livre est une belle leçon. La leçon selon laquelle les exilés ont toujours été mal perçus, africain ou européen, finalement cela change peu. Leçon selon laquelle, finalement notre pays soi disant défenseur des Lumières et de la DDHC est un pays labyrinthique, kafkaïen et schizophrène entre les idées défendues, et l'hypocrisie des valeurs et de la mise en pratique d'un idéal auquel on rêve sans le considérer avec sérieux.
L'auteur n'est pas revanchard, il semble même plus préoccupé par sa propre quête existentielle que par la façon dont on le traite. L'humour est délicat, le propos est léger même si sourd, et le style d'une apparente simplicité est en réalité empreint d'une délicatesse touchante.
Colic réussit l'épreuve de nous montrer des choses indignes avec une dérision fascinante.


mots-clés : #discrimination #exil #temoignage
par Hanta
le Sam 10 Nov - 9:24
 
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Sujet: Velibor Čolić
Réponses: 8
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