Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 24 Juil - 9:44

28 résultats trouvés pour documentaire

Cyril Dion

Demain
Un nouveau monde en marche

(il a dû rager un peu de se faire piquer son « monde  en marche, Cyril Dion)

Tag documentaire sur Des Choses à lire 518bak10

Mais nous avons oublié un détail : est-ce que l'être humain a besoin de la nature ? Oui. Est-ce que la nature a besoin de l'être humain ? Non.
Pierre Rabhi.


En 2012, Cyril Dion « découvre », par une étude de Nature , que nous allons tous dans le mur.

"Que faire ? Mais pourquoi personne ne fait rien ? , se dit-il, c’est incroyable !"

Bien conscient qu’il ne faut pas compter sur les multinationales, ni sur les gouvernements que celles-ci tiennent pieds et poings liés, il décide, avec Mélanie Laurent,  de partir à la rencontre d’initiatives individuelles ou collectives, souvent implantées dans le local, qui non seulement créent une ambiance de pépinière, mais aussi prouvent que cela est possible, efficace, et aussi rentable. Et réussissent. Et diffusent leurs pratiques.

Et il les raconte,  persuadé que ce qui fait bouger les hommes, ce sont les récits. Il y met une sympathique naïveté feinte, qui permet de revenir aux fondamentaux dans  une volonté pédagogique, un enthousiasme déterminé qui permettent d’échapper à un côté trop catalogue, fait ressentir une réelle proximité au lecteur, traité d’égal à égal, totalement impliqué, pris en considération tant dans les carences de ses connaissances que dans ses motivations personnelles.

Thierry Salomon : « le mot "transition" est intéressant. Ce n'est pas un modèle, c'est une démarche. On part d'un certain nombre de petites expérimentations locales, qui arrivent à se bâtir dans les interstices de ce que permet l'institution, qui se reproduisent lorsqu'elles fonctionnent et, si elles ont fait leurs preuves, on crée une norme pour aller dans ce sens. Ce mouvement est intéressant car il part du bas, puis le haut raccroche les wagons pour généraliser. »


Cyril Dion mêle avec fluidité les données objectives, informations scientifiques, interviews d’experts et d’acteurs de terrain, observations personnelles. Il y met aussi une réelle  empathie, qui est l’une de ses forces, je crois, pour un réel ouvrage d’investigation populaire. Il s’introduit dans le récit, aussi humble que le lecteur,  réfléchissant à l’hôtel d’étape, cédant un temps au pessimisme pour mieux rebondir, se culpabilisant des km parcourus pour la cause en avion.
Cela donne, à côté de la rigueur de l’exercice,  une grande proximité à ce nouveau récitpour l’homme moderne qu’il nous propose, qui décide d’un optimisme (il dit bien quelque part qu'il a volontairement décidé de ne pas s'étendre sur les difficultés et les échecs).

Il finit en apothéose par la description de « son » monde idéal pour demain, écologique, citoyen, partagé, récit très utopique, il doit bien le savoir, mais  porteur d’espoirs et  ferment d’actions positives.

Spoiler:
Au niveau agroalimentaire, il rapporte les expériences de Detroit, ville économiquement ravagée reconvertie dans l' agriculture urbaine , de Topmordem en Angleterre dont les habitants ont développé Les Incroyables Comestibles, culture de fruits et légumes partagés , ou la ferme de permaculture du Bec-Helloin qui prouve sa compétitivité face à la culture intensive.

Au niveau énergétique il rapporte le scénario de transition énergétique Negawatt, qui montre que celle-ci est possible, entre décroissance du gaspillage énergétique, création d’énergies renouvelables, recherche d'autonomie, réduction d'émission de CO2 . Un pays (Islande), des îles (La réunion), des villes ( Copenhague classée n°1 des villes les plus résilientes au changement climatique, Malmö et son écoquartier prometteur, San Francisco avec l'objectif zéro déchet) se lancent à fond dans l’aventure de la transition énergétique.

Au niveau économique, en réponse à l’aberration de la croissance économique indéfinie, génératrice du pillage de la planète et des pire disparités, il évoque l’expérience d’Emmanuel Druon (dont j’ai lu Le syndrome du poisson lune) avec Pochéco,  une entreprise qui prouve au quotidien  que la performance économique est compatible avec une croissance raisonnée et une gestion écologique et humaine. Il parle des monnaies complémentaires comme celle de la  Wir Bank en Suisse ou la Bristol Pound, d’initiatives privilégiant le local., ou encore des makers et de la culture des Fab-labs, qui remplacent la consommation par la fabrication et la réparation.

Au niveau politique, il parle de la démocratie délibérative, du tirage au sort en alternative aux élections, des  ateliers constituants http://ateliersconstituants.org/ et s’appuie sur la rédaction de la Constitution Islandaise, ou les panchayat (conseils municipaux) et gram sabha (assemblées populaires) en Inde  notamment à Kuttambakkam, où le maire, par ce biais, a réussi à annihiler le système des castes et l’exclusion des Intouchables.

Tout cela ne tiendra pas sans l’éducation, bien sûr, une éducation à la coopération et non plus à la compétition, comme en Finlande où nous visitons une école.


Alors, nous, qu’est-ce que nous faisons aujourd’hui plus qu’hier pour entrer dans Demain ?

Mots-clés : #contemporain #documentaire #ecologie #economie #education #nature #politique #urbanité
par topocl
le Jeu 16 Mai - 11:50
 
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Sujet: Cyril Dion
Réponses: 15
Vues: 352

Daniel Defoe

Journal de l’année de la peste

Tag documentaire sur Des Choses à lire Defoe10

« Affreuse peste à Londres fut
En l’an soixante et cinq
Cent mille personnes elle emporta
Quant à moi, pourtant, toujours je suis là »

Le livre n’est pas vraiment un roman, bien qu’il comporte des épisodes dont la forme de narration appartient à ce genre, ni vraiment un récit ou un témoignage. Il est un peu de tout cela à la fois – peut-être comme Robinson Crusoë que je n’ai jamais lu ?  Crying or Very sad
Il se présente comme un vrai-faux journal. Faux puisque l’auteur n’avait que cinq ans à l’époque de la grande peste qui ravagea Londres en 1665. Cependant, Defoe a pu recueillir des témoignages de première main, consulter nombre de documents disparus aujourd’hui ; n’oublions pas que la capitale sera touchée l’année suivant par un terrible incendie qui la dévasta complètement. Habile romancier, Defoe multiplie les petits détails concrets qui laissent supposer au lecteur qu’il a assisté réellement à certaines scènes décrites. Parfois, il revendique l’exactitude d’un fait parce qu’il l’a observé, d’autres fois, il avoue n’en savoir rien car il s’est basé sur des témoignages.
Le journal est donc supposé rédigé par un bourgeois, sellier de son état, mais l’auteur à un moment déclare qu’il s’agit du journal de son oncle ! Defoe adopte donc le mode d’écriture de ce type de personnage, insistant parfois lourdement sur certains faits, répétant à plusieurs reprises la même chose. A ce sujet, évitez de lire des traductions trop anciennes qui ont lissé le texte, lui enlevant ainsi une grande partie de son charme.
Defoe sait ménager le suspens : début de l’épidémie qui ne semble pas bien méchante et toucher seulement quelques quartiers, multiplication des décès et affolement de la population jusqu’à l’apocalypse de l’automne, enfin, la décrue du nombre des morts au cours de l’hiver.
Lorsque Defoe écrit son « journal », publié en 1722, il a en tête un événement et un but précis : l’épidémie de peste qui a dévasté Marseille et la Provence en 1722. Que ferait-on si la peste revenait à Londres ?
Le livre se présente donc également et surtout comme une enquête précise et, il faut le souligner, très intelligente, sur les mécanismes de l’épidémie et les moyens de s’en prémunir.
Ainsi Defoe s’interroge sur :
1- les statistiques des morts et fait remarquer qu’au départ le nombre de décès s’accroit mais que les cas sont attribués à différentes causes, fièvres, coliques etc. on ne reconnait pas la maladie, puis on la cache pour ne pas effrayer la population avec le mot « peste ».
2- les différentes formes de la maladie sans pouvoir toutefois distinguer clairement peste bubonique et peste pneumonique. Il comprend néanmoins que la maladie présente plusieurs aspects dont certains sont plus dangereux que les autres.
3- les mesures prophylactiques à adopter. Defoe fait un sort aux astrologues et fabricants de remèdes miracle, premières victimes de leurs prédictions et de leurs remèdes. Il comprend que le mal se propage par contact, sans bien sûr soupçonner le rôle des rats et des puces ; mais tous les chiens et chats ont été zigouillés dès le début de l’épidémie.
4- Defoe s’interroge longuement sur le bien-fondé d’une mesure qui a soulevé de nombreuses critiques à l’époque : le fait de consigner les familles chez elles en cas d’infestation. De fait, la mesure était particulièrement cruelle puisqu’elle condamnait pratiquement toute la famille à mourir de la peste. Surtout, souligne Defoe, elle a été inefficace car beaucoup d’habitants ont pu s’enfuir. D’autre par, des membres de la famille avant déclaration de la maladie ont pu diffuser le virus alors qu’ils se croyaient sains
5- la meilleure défense pour Defoe est la fuite à l’extérieur, mais rapidement des barrages ont été établis pour éviter que les Londoniens propagent la peste dans les campagnes. Il préconise aussi de s’enfermer chez soi avec des vivres et de limiter les contacts avec l’extérieur.
6- Defoe souligne le courage et l’efficacité des édiles qui ont réussi à approvisionner en nourriture la population et qui a combattu comme elle l’a pu l’épidémie.
7- Defoe parle de la détresse économique de la ville : artisans et ouvriers n’ayant plus de travail tombent dans la misère ; les navires anglais ne peuvent plus accoster dans les grands ports d’Europe.
Toutes ces considérations n’alourdissent pas un récit enlevé qui alterne moments terrifiants : les charrettes des morts déversant la nuit leur contenu dans les fosses communes au milieu des feux censés purifier l’air de la pestilence, des épisodes comiques comme le joueur de cornemuse ivre qui se réveille dans la charrette des morts ou romanesques avec les aventures d’un groupe fuyant la ville et que suit un temps l’auteur.
Hautement recommandable ! Very Happy

Mots-clés : #documentaire #historique #journal #mort #pathologie
par ArenSor
le Dim 12 Mai - 20:05
 
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Sujet: Daniel Defoe
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Daniel Defoe

Ah ben c'est qu'on se bidonne par ici ! pirat

J'en profite :

Tag documentaire sur Des Choses à lire Blackb10

Barbe Noire

Les Chemins de fortune, Histoire générale des plus fameux pyrates I

  Une anthologie de la piraterie ? Passé la très solide préface (de Michel Le Bris)qui a elle seule, s'intéressant à l'histoire du texte, avant et après publication, comme à l'auteur, tient déjà du roman d'aventure ou du presque fantastique et nous mets en état de lire la suite... On n'est mis tout de suite dans le bain. L'auteur doit se défendre de toute apologie et clamer le sérieux de ses sources avant d'attaquer par le menu les histoires des plus fameux pirates qui ont écumé les océans de Madagascar à Terre-Neuve en passant par les Caraïbes et l'Afrique Occidentale au début du XVIIIème siècle. Et une rapide synthèse des "parentés" entre équipages.

  De l'exotisme au menu donc. Et une série de récits portés sur l'énumération tous aussi édifiants et répétitifs les uns que les autres. Répétitif ça l'est et pourtant on ne se lasse pas vraiment, et on ne peut pas dire qu'un puissant souffle romanesque habite les pages, puisque le texte se veut documentaire. Certes quelques dialogues et quelques formes indirectes qui font travailler l'imaginaire...

  Mais pourquoi reste-t-on accroché à ce point ? Le schéma de base est le suivant : un équipage se mutine ou s'enfuit, il attaque d'autres bateaux et s'empare des marchandises de valeurs, voire du bateau lui-même et plus ou moins de gré ou plus ou moins de force une partie de l'équipage rejoint les pirates. Petite pause pour retaper les bateaux et les hommes et c'est reparti, jusqu'à constituer de petites flottilles de pirates qui n'hésitent pas à remonter les fleuves ou à attaquer des forts et des villes ! Plus ou moins cruels et filous les équipages se séparent, s'entretuent ou finissent par se faire coincer par des navires de guerre.

  Le bouquin aime bien raconter les procès faits aux pirates et leur absence de repentir ou le réveil d'une foi fervente à l'aube de la pendaison. Il est vrai qu'il y aurait de quoi faire des pages colorées avec ça entre les scènes de débauches ou de détresse les plus extrêmes, c'est que les erreurs de navigation et le manque d'eau douce ou de vivres ne sont pas rares.

  Le compte n'y serait pas encore. En effet notre auteur est assez retors, il suscite chez nous la fascination et un semblant de sympathie pour ces brutes de toutes nationalités et origines sociales. Ils nuisent au libre commerce des Anglais surtout, mais aussi des autres Espagnols, Portugais, Français mais pas seulement. Le commerce pas toujours légal des êtres humains se porte bien, les arrangements légaux divers aussi, les amnisties sont parfois bien pratiques... et le marin exploité n'est pas toujours le plus coquin et généralement pas le mieux nourri ou le mieux traité. Les volontaires pour tenter de changer de vie sont donc assez nombreux. Quelle vie alors ? Une égalité un peu rustique et parfois violente mais ou chacun aurait voix au chapitre. Des fois ça va mieux que d'autres et certains pirates semblent plus humains. On trouve aussi la tentation une fois fortune faite de se poser à terre pour profiter et vivre "normalement". (On observe aussi en filigrane et bien soulignée par la préface la question de la foi et de la liberté de culte qui a poussé à aller vivre à l'autre bout du monde une part non négligeable de "réformateurs" (je ne sais pas si le terme est juste et mes lacunes en histoire font le reste). ça tient aussi de l'étude de société alternative, de tentatives de sociétés alternatives.

 Le compte rendu est chronologique et il est amusant de suivre la progression du propos, plus lâche, la condamnation apparait moins lourde alors que les crimes sont de plus en plus barbares... et que les récits se rapprochent toujours plus de l'Europe et de l'Angleterre !

Cette somme attribuée au Capitaine Charles Johnson, ou pseudonyme pour Daniel Defoe est réputé être la principale source d'histoire (historique) et d'imaginaire pour ces pirates, mélangeant joyeusement les deux. Ce qui rend la chose encore plus particulière bien que l'effort documentaire sérieux semble avéré.

  Bizarre comme lecture, déroutant, étonnant, une sorte d'à côté du romanesque et d'à côté de l'historique, ou un docu-fiction avant l'heure et savamment tordu ?


Mots-clés : #criminalite #documentaire #historique
par animal
le Lun 8 Avr - 21:54
 
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Sujet: Daniel Defoe
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Joseph Ponthus

Du coup, me relisant pleine du sentiment d'être mesquine et facile juge, je me rends compte que c'est une littérature aussi très intéressante pour plonger dans la question de la légitimité. C'est, que j'aime ou pas le type qui raconte, une poignante illustration de ce que j'ai pu  vivre dans ma génération et dans ma vie : une variation très personnelle sur le sentiment de déclassement, de désir de s'intégrer, de cul entre deux chaises, du rôle de l'amour des mots et du dire dans la vie,  face au manque d'idéal intime, ou face à une identité fantôche, dumoins dérisoire, à extraire de la glaise à tout prix.
Touchant.

(A tous les coups quand j'aime pas ya des complexes dans l'air je vous dis;;Wink


Mots-clés : #autobiographie #documentaire #identite #mondedutravail #social #viequotidienne
par Nadine
le Dim 24 Mar - 16:37
 
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Sujet: Joseph Ponthus
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Joseph Ponthus

A la ligne

Tag documentaire sur Des Choses à lire 41-lgl10


"Dédicace
Ce livre
Qui est à Krystel et lui doit tout
Est fraternellement dédié
Aux prolétaires de tous les pays
Aux illettrés et aux sans dents
Avec lesquels j’ai tant
Appris ri souffert et travaillé
A Charles Trenet
Sans les chansons duquel je n’aurais pas tenu
A M.D.G
Et
A ma Mère"

Tout d’abord l’écriture, de la prose sous forme de poésie, pas de ponctuation tout « A la ligne » ; et j’ai trouvé que cela était une scansion  anarchique et originale.

C’est une incursion dans le milieu ouvrier, celui des usines, du travail à la chaine, le très dur travail physique auquel s’ajoutent les odeurs à s’habituer dans ce cas (usine de produits marins et abattoir) Le narrateur travaille en qualité d’intérimaire donc un travail aléatoire. Bien qu’il ait fait des études (hypôkhagne) il ne trouve pas de travail dans son métier et comme il faut gagner  « ses sous » pour vivre, il accepte toutes les missions  confiées par l’agence d’intérim.

Ces feuillets d’usine qu’il écrit le soir en rentrant chez lui c’est du temps de repos en moins alors qu’il sait que le lendemain matin il va en pâtir, mais c’est essentiel pour lui l’écriture.

A l’usine il y a les autres ouvriers ceux qui sont là depuis des années, qui seront encore là demain, ils souffrent comme lui, à tous les niveaux de la chaine, l’abattoir est un lieu fermé, pas une seule fenêtre pour égarer le regard alors pour tenir quand c’est trop dur il chante, des chansons de Charles Trenet, quand c’est possible ou dans sa tête, il invite les mots d’auteurs quand les faits s’y prêtent.
Il y a le secours à la pause du café et de la cigarette !

La pause :
« Trente minutes
C’est tout dire
La pointeuse est évidemment avant ou après le vestiaire
Suivant que l’on quitte ou prenne son poste
C’est-à-dire
Au moins quatre minutes de perdues
En se changeant au plus vite
Le temps d’aller à la salle commune chercher un café
Les couloirs les escaliers qui ne semblent jamais en finir
Le temps perdu
Cher Marcel je l’ai trouvé celui que tu recherchais
Viens à l’usine je te montrerai vite fait
Le temps perdu
Tu n’auras plus besoin d’en tartiner autant »


Parfois l’angoisse quand une longue mission est annulée pour problème mécanique ce qui veut dire pas d’argent !

« Le week-end n’a plus le même goût
Pas celui du repos avant la bataille
Pas de tonnes de bulots à travailler lundi pour deux mois
Assurés
Pas sûr de bosser la semaine prochaine »


A l’école il recevait son bulletin, à l’usine il a  un carnet où toute ton activité est portée et qui n’avoue pas sa fonction véritable, presser un peu plus le petit citron ouvrier.
« Si j’avais su
Vingt ans plus tôt
Sur les bancs de l’élite
Prétendue
Que le père Godot m’aiderait à en rire de tout ça
Vingt ans plus tard
De l’intérim
Des poissons panés
Du bulletin non-dit »


L’écriture lui étant essentielle il écrit ces « feuilles d’usine, il écrit à sa femme quand il part au travail et qu’elle rentrera plus tard, à sa mère (deux émouvantes lettres) il écrit sur son chien, il écrit…………

« Un texte
C’est deux heures
Deux heures volées au repos au repas à la douche et à la balade
Du chien
J’ai écrit et volé deux heures à mon quotidien et à mon
Ménage
Des heures à l’usine
Des textes et des heures
Comme autant de baisers volés
Comme autant de bonheur
Et tous ces textes que je n’ai pas écrits »


A sa femme :
[…]
Il y a qu’il faut le mettre ce point final
A la ligne
Il y a ce cadeau d’anniversaire que je finis de t’écrire
Il y a qu’il n’y aura jamais
Même si je trouve un vrai travail
Si tant est que l’usine en soit un faux
Ce dont je doute
Il y a qu’il n’y aura jamais
De
Point final
A la ligne »


Une pause dans le travail d’usine, il retrouve pour quelques semaines un  emploi  comme,  « personne ressource » auprès d’un centre de vacances pour handicapés,  plus adapté à son métier.

Période de fêtes, la cadence s’affole !

« On a gagné une guerre contre le bulot et nous-mêmes un
Vendredi 23 décembre 2016
Les deux jours de Noël seront les plus précieux du monde
Et les plus rapides
A peine le temps du repas de famille dominical
Qu’il faut rentrer après le café
Demain l’embauche est si tôt »
« A la prochaine
L’usine
A la prochaine
Les sous
Les sous à aller gagner racler pelleter avec les bras le dos les reins les dents serrées les yeux cernés et éclatés les mains désormais caleuses et  rêches la tête la tête qui doit tenir la volonté bordel
A la prochaine »


Je demande au chef combien de temps durera la mission
Il me répond
« Tant que tu seras  gentil »
Malgré les doigts coupés
Les jambes de bois
Le pied que j’ai failli perdre
L’abattoir vend du rêve
Et Kopa joue au ballon en rentrant de la mine
Et j’essaie d’écrire comme Kopa jouait au ballon
Allez Raymond
Je bois un coup à la santé de tes doigts coupés
De la main de Cendrars
De la tête d’Apollinaire
De mon pied sauvé par une coque de métal
Au bar des amputés des travailleurs des mineurs et des
Bouchers »


« Pas une sieste pas une nuit sans ces mauvais rêves de carcasses
De bêtes mortes
Qui me tombent sur la gueule
Qui m’agressent
Atrocement
Qui prennent le visage de mes proches ou de mes peurs les
Plus profondes »


A son chien Pok Pok :

« Si tu savais en rentrant chaque jour
Comme ça me coûte d’aller te promener
Mais en rentrant à chaque fois
La joie et même plus que la joie de te savoir derrière la porte
Vivant
A frétiller de la queue et du popotin
A faire cette fête des retrouvailles »


autres :

« Une soirée et une nuit belles
Comme la liberté volée
Ca n’a pas de prix »

« J’ai vu les horaires les planques et les moyens de sortir les trucs
Deux langoustes donc
Juste faites en rentrant hier avec un riz basmati tiède et de la mayo maison
C’est pas mal la langouste
Je ne vole rien
C’est rien que de la réappropriation ouvrière
Tout le monde le fait »


« A l’usine on chante
Putain qu’on chante
[….]
Et ça aide à tenir le coup
Penser à autre chose
Aux paroles oubliées
Et à se mettre en joie
Quand je ne sais que chanter
J’en reviens aux fondamentaux
L’internationale «

« Je sais que la première occurrence du mot crevette est chez Rabelais
Cela me plaît et se raccord aux relents gastriques de l’usine »
« Ca suffit à mon bonheur de la matinée
Me dire que j’avais dépoté des chimères »


Ce qui m’a intéressé c’est bien le rapport de l’homme et du travail, le poids de la souffrance physique dans ces lieux se compte en tonnes. Ces hommes sont surexploités ; des ouvriers se mettent en grève, il les rejoindrait bien s’il n’était pas intérimaire et ne risquait de perdre le boulot, comme il rejoindrait bien les copains de la ZAD Notre-Dame des Landes.  

Je n’aurais jamais pensé pouvoir lire un récit sur les abattoirs mais là (nonobstant le fait que je ne mange plus de viande depuis plus de 20 ans mais pas d’hypocrisie j’ai été carnivore avant) et que les détails ne sont pas ragoûtants,  j’ai lu ces « feuillets d’usine » comme un hommage aux ouvriers d’ usine.

C’ est vraiment un plaisir de découvrir le premier livre de cet auteur, un témoignage vibrant sur le travail en usine, à la chaine, et la particularité du travail intérimaire, statut précaire et donc angoissant  par le manque d’ assurance sur le lendemain.

Le rapport entre les hommes est aussi  intéressant , leur soutien malgré le peu de partage étant donné la vitesse à laquelle défile le travail à assumer, suffit d’une clope , d’un coup d’épaule, d’un regard.

C’était une lecture émouvante , utile  et que je vous engage à faire.


Mots-clés : #autobiographie #documentaire #identite #mondedutravail #social #viequotidienne #identité[/color]
par Bédoulène
le Dim 24 Fév - 0:51
 
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Sujet: Joseph Ponthus
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Vues: 250

Etienne Davodeau

Rural!

Tag documentaire sur Des Choses à lire Proxy_66

Etienne Davodeau s'est immergé pendant un an dans l'entreprise de jeunes agriculteurs qui s'investissent dans la bio... et subissent les nuisances de la construction d'une autoroute à proximité de leurs terres.
Leur combat, leurs espoirs, leurs désillusions, plein d'humour et d'enseignement, un livre sympathique, à la Davodeau, quoi!




mots-clés : #bd #documentaire #ecologie #mondedutravail #ruralité
par topocl
le Lun 15 Oct - 20:22
 
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Sujet: Etienne Davodeau
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Léon Bonneff

Tag documentaire sur Des Choses à lire Bonnef11

Aubervilliers

Ah les petits éditeurs aux petits livres qui présentent bien... Alors on se laisse tenter, avec un titre comme ça et un œil rapide jeté à l'intérieur. La ou les préfaces (dont celle de Henri Poulaille) en disent plus long sur l'auteur et son frère. De la campagne vers Paris et ce choix d'écrire passant de la poésie à l'engagement. Ce destin, double avec ces deux vies volées par la guerre, est déjà par lui-même ce qu'on peut appeler une tranche d'histoire. Le travail et le témoignage que représente un livre comme Aubervilliers nous fait aller plus loin.

Plus brut que Zola, plus cru qu'Upton Sinclair, en laissant peut-être les faits imposer les conclusions plutôt que de les livrer précuites, Léon Bonneff nous emmène à travers Aubervilliers au début du siècle précédent. Dans sa fresque il ne semble oublier ni mépriser personne. Des vies dures, laborieuses que l'on découvre au fil des pages mais aussi des familles, des amitiés et le temps qui, simplement, passe.

La débrouillardise, la solidarité, la chaleur humaine, celle trouver par le jeune Breton auprès de la famille du Roussi, tout ça n'a pas l'air enjolivé, pas surestimé non plus. Autant de galère que de pittoresque probablement mais beaucoup de fragilité, et de force par là-même, par ces diffuses qualités humaines.

Le livre est beaucoup moins elliptique, il est même choquant. Les conditions de vie, la précarité, les conditions de travail de cette banlieue de laquelle se nourrit la grande ville. On ne sait plus vraiment où donner de la tête et l’enchaînement des scénettes documentaires est grisant mais l'objet est clair. Le progrès social, moral, est appelé avec la plus grande sincérité. Ce qui est troublant d'ailleurs c'est que l'on sent la portée historique du geste documentaire.

A la fois écœurante (industrie de la viande mais pas seulement, loin de là !) et vertigineuse expérience qui peut laisser plié en deux comme par quelques coups de poings à l'estomac, c'est quelque chose. A tel point que je suis surpris que ça puisse être si oublié. En tout cas je n'en avais jamais entendu parler...


mots-clés : #documentaire #historique #mondedutravail #social #viequotidienne
par animal
le Dim 30 Sep - 14:37
 
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Joseph Kessel

Hong-Kong et Macao

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Récit d'un séjour effectué en 1955 par Kessel dans ces ultimes vestiges occidentaux subsistant dans l'Empire du milieu. La période était particulièrement intéressante : d'un côté, la vaste Chine depuis peu sous l'emprise de Mao ; de l'autre, ces territoires anglais (Hong-Kong) et portugais (Macao) où règnent la démesure et un libéralisme effréné. Là également sont venus se réfugier les notables de la Chine et les débris de l'armée de Tchang-Kaï-Chek.
Le récit vaut surtout par ce côté daté. L'auteur narre différentes anecdotes qui montrent les extrêmes contrastes qui règnent dans ces lieux à cette époque. Nous suivons ainsi l'ascension sociale du fondateur du fameux "Baume du tigre", le destin d'une femme chinoise qui sélectionne ses amants occidentaux pour avoir de "beaux bébés" et pouvoir les vendre. Kessel nous entraîne également dans les faubourgs sordides de Kowloon où se tapissent quelques tripots et fumeries clandestines d'opium.
Le dernier chapitre consacré aux enfants mendiants d'Asie est très touchant :

Je mis quelques pièces dans cette main qui se referma inconsciemment, innocemment, comme une fleur blessée.
Je pensais alors à ce que Dostoïevski faisait dire à l'un de ses personnages damnés :
- Tant qu'il y aura au monde un enfant, un seul enfant malheureux, je ne pourrai pas croire à Dieu...
Et, regardant la petite fille de Macao, j'ajoutai intérieurement :
- Encore moins aux hommes.


J'ai eu un peu de difficultés avec le style que j'ai trouvé parfois d'un lyrisme un peu appuyé. Je préfère pour ma part le ton plus sec et journalistique d'Albert Londres, mais c'est une question de goût. Je continuerai avec Kessel.  Smile


mots-clés : #documentaire #voyage
par ArenSor
le Dim 29 Juil - 19:33
 
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Sujet: Joseph Kessel
Réponses: 23
Vues: 913

Jean-Baptiste Malet

L'Empire de l'or rouge : Enquête mondiale sur la tomate d'industrie

Tag documentaire sur Des Choses à lire Proxy_25

La tomate, direz vous, quelle drôle d'idée ? Et bien 280 pages plus loin, on a plutôt envie de dire que c'est une drôlement bonne idée, un sacrément bon sujet : on a appris plein de choses sur à la mondialisation en général et l'industrie agroalimentaire agroalimentaire.

Au fil des pages, on comprend que la tomate industrielle (c'est-à-dire la tomate qui est utilisée pour des préparations alimentaires, une tomate refabriquée dans ce sens, et non pas celle que l'on peut trouver sur les étalages, y compris des supermarchés ) est un enjeu économique beaucoup plus fort qu'on ne le croit, avec ses tradeurs, ses entreprises supranationales, sa loi du marché, sa corruption… C'est une très bonne façon de comprendre l'organisation du commerce au niveau mondial que de se pencher sur ce petit fruit/légume rouge...

On commence en Chine, où la tomate a été importée pour le seul plaisir de faire de l'argent, de façon tout à fait artificielle, et  où, outre enrichir des déjà-multimillionnaires, elle donne, généreuse qu'elle est, du travail aux enfants comme aux prisonniers des camps de redressement. Elle est ensuite conditionnée en concentré, de qualité pas très bonne à franchement très mauvaise, selon le marché auquel elle s'adresse. "Franchement" car, oui, les Africains n'ont pas d'argent, donc, pas de problème, on leur propose une qualité inférieure, et ce sera toujours cela de gagné en plus… À moins que la nouvelle idée d'implanter les usines de conditionnement en Afrique elle-même, ou la main d’œuvre est encore moins cher, soit finalement la panacée…

En Italie, qui a toujours été le royaume de la tomate, eh bien oui…maintenant, on reconditionne du concentré chinois, c'est tellement moins cher et facile, on colle une étiquette Made in Italie,  aux couleurs vert blanc rouge, et cela permet à l'occasion de blanchir l'argent de la mafia. Ce serait cependant mentir de dire qu'il n'y a plus de culture de tomates industrielles en Italie : il faut bien donner du travail aux migrants clandestins (ceux-la même que l'importation de concentré de tomates chinois en Afrique a privés de leur travail et de leurs revenus)r. Je vous raconte pas les conditions de travail, je  vous laisse les imaginer…

La Californie, avec ses cultures intensives, son libéralisme à outrance, son délire de mécanisation  ferait presque figure d'enfants de chieur là au milieu.

Au total, c'est un survol impressionnant du commerce au niveau mondial, complètement déprimant, certes, mais globalement très instructif.

Si vous préférez, il y a un filme co-réalisé avec Xavier Deleu


Mots-clés : #corruption #documentaire #economie #mondedutravail #mondialisation
par topocl
le Mar 3 Juil - 16:46
 
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Sujet: Jean-Baptiste Malet
Réponses: 12
Vues: 268

Anatole Le Braz

Tag documentaire sur Des Choses à lire Youdig10

Pâques d'Islande

Nous avons dans ce livre quelques nouvelles de cet homme de lettre breton de la deuxième moitié du XIXè siècle. Dans un français vieilli certes mais pas sans charme, il nous plonge dans les fonds sans âges d'une âme bretonne à la superstition bien ancrée. "Ici, j'apprenais le français pour chanter la Bretagne". On pense forcément folklore et "régionalisme" et il y a de ça mais comme tout collecteur de contes il cherche plus que l'image pittoresque d'un monde qu'il soit révolu ou non. Ce qui prime c'est la volonté de partager ce que peut faire vivre ou ce qui vit à travers ces images.

Bretagne de la mer avec la pêche en Islande et un article qui dénonce la condition des mousses et Bretagne de l'intérieur partagent une vie rude emprunte de fatalité ainsi que la proximité des morts. Souvent de façon indirecte, on raconte l'histoire, se découvrent des pratiques religieuses et sociales qui témoignent d'un mélange subtil de pratiques habituelles du culte et d'usages locaux.

L'écriture parfois terne parfois moins et la port morbide de l'affaire n'empêche pas de se plonger avec intérêt dans ce voyage ethnologique et humain qui ne manque pas de nous rappeler que breton ou non avec le temps les usages passent et que si on n'y perd pas toujours peut-être perd-t-on petit à petit dans ce rapport aux ancêtres (amour, respect, crainte, et zeste de ???) une chose qui remonte à "loin".

Les quelques notes biographiques aident à comprendre pourquoi le thème de la mort est si cher à l'auteur qui a vu mourir beaucoup de membres de sa famille et de ses proches.

J'en garderai surtout quelques visions d'un dépouillement grave qui laisse une place à un bonheur de la même veine.

Merci Armor. Tag documentaire sur Des Choses à lire 1252659054

(petite récup').

mots-clés : #documentaire #lieu #nouvelle #social #traditions #viequotidienne #xixesiecle
par animal
le Lun 25 Juin - 21:30
 
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Sujet: Anatole Le Braz
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Etienne Davodeau

Les mauvaises gens

Tag documentaire sur Des Choses à lire Mauvai11

C'est l'histoire d'une époque faite de solidarité et d'optimisme. La vie n'était pas moins dure qu'aujourd'hui. Mais les ennemis et les obstacles semblaient plus identifiables.


De la sortie de la guerre à l'élection de Mitterand, Davodeau explore le parcours de ses parents, en leur compagnies, avec son œil crique d'enfant puis d'adulte. Leurs débuts sont écrits par la pauvreté, entre l'usine et l'église. Le curé des JOC les initie à l'action, à la recherche de l'émancipation. Toute leur vie se poursuit sous la double égide de la foi et du syndicalisme, dans la  lutte, la solidarité, et parfois  la victoire. Leur histoire est un miroir de l'évolution collective de tout le monde ouvrir  et des droits du travail
Avec humour, modestie et affection Etienne Davodeau, dans une impeccable scénarisation, mêle habilement histoire intime et collective pour ce portrait d'hommes et de femmes oubliés, d'une espèce quasi disparue, qui ont eu une importance cruciale.

Tag documentaire sur Des Choses à lire Planch10

Mots-clés : #biographie #documentaire #famille #mondedutravail #social
par topocl
le Dim 27 Mai - 14:45
 
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Sujet: Etienne Davodeau
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Joseph Mitchell

Tag documentaire sur Des Choses à lire 93276310

Le fond du port

Des "récits" qui sont des portraits du New York 'portuaire' et plus précisément tourner vers la pêche et l'ostréiculture. En partant du marché aux poissons de Fulton Street, Joseph Mitchell raconte une autre facette de la ville et de son histoire, avec ses vagues d'immigration, ses pratiques et élargit aussi notre champ de vision avec Staten Island ou le New Jersey voisin.

Le portrait d'un temps qui passe de la fin du 19ème au milieu du 20ème siècle pour des gens laborieux, travailleurs et attentifs au fleuve et à la mer mais pas seulement. Ca prend parfois le temps mais, après quelques énumérations de poissons ou de recettes, on en revient toujours aux gens et à leur quotidien.

Il y a bien une bonne dose de nostalgie derrière ces lignes et ces paysages différents mais ce temps qui passe n'est pas que de regrets. Sa part d'action et de contentement certainement compensent. L'angle naturaliste voire écolo inattendu participe à ce drôle d'effet.

Une vraie belle lecture et de vrais beaux portraits riches en humanité mais sans débordements. Très bon moment.

Mots-clés : #documentaire #lieu #viequotidienne
par animal
le Mar 20 Mar - 17:52
 
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Sujet: Joseph Mitchell
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Guy Delisle

Tag documentaire sur Des Choses à lire Cvt_ch10

Chroniques birmanes



Originale : Français, 2007

CONTENU :
Chronique écrite après un séjour en Birmanie en 2005

REMARQUES :
Comme d’autres BD de Delisle aussi celui-ci se refère à un séjour de longue durée dans un pays qu’on ignore (ou ignorait) assez. Delisle est maintenant lié depuis un bon moment avec Nadège et ils ont le petit Louis. L’auteur suit à vrai dire sa femme en Birmanie pour une bonne année car elle y travaille pour Médecins sans Frontières. Lui-même, il va avant tout s’occuper de l’enfant, travailler sur ses bandes dessinées et aussi faire quelque connaissances dans le monde du BD. Sinon on a l’impression qu’il raconte dans ces chroniques librement un mélange entre son vécu personnel (souvent avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision) et des petites explications de certaines expériences autour d’une donnée politique, économique, culturelle etc...

Les récents développements au Myanmar semblent aller dans un sens d’une plus grande liberté et autonomie, et les descriptions de ce livre date alors maintenant presque d’une dizaine d’années. Alors, cela a vieilli ? Peut-être certaines contraintes de la dictature militaire de plusieurs décennies (instaurée en force en 1962 après quatorze année d’essais démocratiques après l’indépendance)  ont perdues un peu de force, et l’ouverture économique et démocratique sont là, néanmoins ce livre est et restera un témoignage d’une époque qui a marqué le pays: témoignage pour la Birmanie/Myanmar même, mais aussi description – comme l’auteur en fait allusion – des mécanismes d’une dictature en exercise. Et certains procèdés, on les retrouve un peu partout dans le monde en pareilles situations...

Ce qui arrive à Delisle a d’abord et presque toujours une note personnelle, et est accroché à une expérience concrète. Mais au même moment ces petites aventures touchent à toutes les domaines de la vie, soit culturelle, politique, économique, réligieuse, culinaire, répressive etc. Le livre épais est structuré en petites épisodes, petites unités thématiques d’une à six pages environs, avec sur chaque page 6-8 petites cases de desseins et de textes. Dans ce sens-là ce n’est pas un récit linéaire ininterrompu, mais plutôt des bouts d’histoires.

Je n’arrive pas bien à décrire le genre de desseins avec lequel Delisle travaille, mais c’est à mon avis un travail à l’encre et des tonalités en gris (pas de colorisations).

C’est intéressant comment Delisle raconte en passant une existence plutôt isolée souvent, des ressortissants étrangers (ambassades, ONG, industries engagés étrangers). Une séparation si typique dans tellement de pays, surtout soi-disant exotiques ou alors aussi résultant d’une certaine politique. A quel point cet isolement est choisi, conséquence d’une recherche d’une vie plus aisée ? Je ne veux pas en juger, mais dans nos pays nous condamnons souvent ces « communautarismes »...

C’est alors en passant, jouant, décrivant avec humour (et des chiffres et faits réels) que Delisle nous présente ses chroniques.

C’est bien fait, drôle, instructif...

mots-clés : #autobiographie #bd #documentaire #regimeautoritaire #viequotidienne #voyage
par tom léo
le Dim 18 Mar - 16:17
 
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Sujet: Guy Delisle
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Philippe Jaenada

La serpe

Tag documentaire sur Des Choses à lire Philip10
Prix Femina 2017

En octobre 1941, dans un  château proche de Périgueux, en zone libre, sont sauvagement - très sauvagement -  assassinés à coups de serpe un homme, sa sœur et leur bonne. Tous les soupçons se tournent bien vite vers Henri, le fils et unique héritier, tout le désigne, l'enquête ne se fatigue guère. Il arrive au procès quasi déjà condamné, mais son habile avocat retourne en un rien de temps les jurés. Il est acquitté, jamais on ne saura si c’est bien lui, et si non, qui a fait le coup.
Le fameux Henri est un type pas banal, à la psychologie des plus complexes, (c'est lui qui finira par écrire le roman Le salaire de la peur, sous le pseudonyme de Georges Arnaud, dont Clouzot tirera un film à succès) qui évolue dans le monde pas banal de l'occupation allemande.
Il s'agit d'un de ces faits divers sordides, tout à la fois retenus et enterrés par l'histoire (qui cette période a d'autres chats à fouetter), un truc  à la Chabrol qui en dit long sur la vie dans nos provinces, les haines ordinaires entre maîtres et valets, les jugements péremptoires. Et aussi sur la justice, bien sûr.

Philippe Jaenada, devenu maître es faits divers après un certain  nombre d'opus auto-fictionnels, prend sa voiture de location et se rend sur place mener sa petite enquête, arpente les lieux, interroge, dépouille des archives énormes. Et certes, il ne va pas trouver la clé, mais il va décrypter les mécanismes, montrer à quel point l’instruction a été bâclée, voire pervertie, emboîtant le pas à la cabale, non pas sur un petit point par-ci par-là, mais sur toute la ligne de A à Z, en passant par chacune des 26 lettres de l'alphabet.

C'est un travail de titan, une compulsion d'archives impressionnante,  et un résultat pour le moins spectaculaire, assorti d'un effort de réflexion et d'objectivité critique. Il n'en demeure pas moins qu'un esprit un peu plus synthétique (15 pages sur l'ouverture/fermeture d'une fenêtre du château...???!!!..) aurait permis d'éviter au lecteur, ou à la lectrice, de soupirer devant l'accumulation de détails pointilleux quoique signifiants, et de se dire que quelque pages de moins.. peut-être... ça n'aurait pas été plus mal...

Au delà de cette mise à  plat du fait divers à l'origine d'un décryptage sociétal, il y a Philippe Jaenada et sa façon de faire, de s'impliquer dans le récit, de tourner autour de lui même, tantôt dans le narcissisme, tantôt dans l'autodérision, de raconter ce qu'il observe, ou imagine , ou ce qu'il se remémore (de personnel ou de plus général), de glisser une  blagounette, (que cela ait un rapport ou non avec notre choucroute sanguinolente, pourvu que cela lui  plaise), par le biais d'une passion de la digression justifiée ou non, et des parenthèses imbriquées. C'est souvent drôle, parfois tendre, mais aussi racoleur (Les cinquante premières pages, de vanne en fanfaronnades sont exaspérantes au possible). Cela nous dresse cependant un portrait plutôt sympathique de l'auteur, tout aussi emprunté dans ses basket que nous le serions dans une telle situation, pas du tout Monsieur je sais tout, émerveillé et horrifié tout à la fois de ses découvertes.

L'assemblage, mélange du fait divers et  de Jaenada dans le miroir,
ne donne pas de la Grande Littérature, encore moins un roman, contrairement à ce qui est marqué sur la page de garde, mais un drôle de (gros) truc hybride, moitié enquête sociologique à tonalité judiciaire, moitié récit narcissico-poétique, qui n'en est pas moins passionnant (le plus souvent ) et attachant quand il n'exaspère pas.

mots-clés : #biographie #documentaire #historique
par topocl
le Ven 15 Déc - 17:23
 
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Sujet: Philippe Jaenada
Réponses: 17
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Isabella Lucy Bird

Il y a maintenant plusieurs titres accessibles d'Isabella Bird; donc j'ose mettre ici un titre pas encore traduit pour "attirer" des curieux...

Tag documentaire sur Des Choses à lire Images11

Korea and her neighbours


(traduction alors env: “La Corée et ses voisins”)

Entre Janvier 1894 et Mars 1897 Isabella Bird a visité la Corée quatre fois. Ce livre, paru en 1898, en relate pas seulement des aventures de voyages, mais donne un récit souvent très précis sur beaucoup de données historiques, géographiques, économiques et politiques. On sera étonné de découvrir la Corée de la fin du XIXème siècle : juste après des pas d’ouverture dans des relations internationales. Puis Bird sera témoin comment le Japon va  prendre de plus en plus de place jusqu’à occuper le pays sous le prétexte de lutter contre des « révolutionnaires ». S’ensuit un modus vivendi avec un roi affaibli et une reine finalement assasinée… Elle avait rencontré et le roi et la reine à de multiples reprises et avait tout pour se former une opinion argumentée et précise.

D’origine assez aisée, elle s’accommode avec les difficultés des voyages dans un pays encore peu “développé” (si on veut utiliser un terme moderne). La grande voyageuse en a l’habitude, mais des fois on s’étonne de remarques répétés sur la crasse ici et là. Des fois, pour un lecteur d’aujourd’hui, ses jugements peuvent apparaître sévères, mais puis on trouve ses descriptions admiratives de la beauté du pays et p.ex. de certains monastères (bouddhistes).

Arrivant en Corée il y a quelques années, ce livre me fut immédiatement recommandé comme « incontournable » dans une compréhension de la Corée. Par ses nombreux statistiques, observations de toutes sortes il nous donne un aperçu de la Corée à la fin du XIXème siècle. Et on devine le chemin parcouru dans ce pays au cours d’un siècle à peine !
Une anecdote m’a impressionné : connaissant le Séoul d’aujourd’hui, il est curieux d’apprendre que des léopards y circulaient encore pendant les visites de Bird.
Splendide aussi surtout le voyage assez rocambolesque en bateau sur le fleuve Han ! etc
Une découverte !

Table de matière:
1. FIRST IMPRESSIONS OF KOREA
2. FIRST IMPRESSIONS OF THE CAPITAL
3. THE KUR-DONG
4. SEOUL. THE KOREAN MECCA
5. THE SAILING OF THE SAMPAN
6. ON THE RIVER OF GOLDEN SAND
7. VIEWS AFLOAT
8. NATURAL BEAUTY - THE RAPIDS
9. KOREAN MARRIAGE CUSTOMS
10. THE KOREAN PONY - KOREAN ROADS AND INNS
11. DIAMOND MOUNTAIN MONASTERIES
12. ALONG THE COAST
13. IMPENDING WAR-EXCITEMENT AT CHEMULPO
14. DEPORTED TO MANCHURIA
15. A MANCHURIAN DELUGE- A PASSENGER CART-AN ACCIDENT
16. MUKDEN AND ITS MISSIONS
17. CHINESE TROOPS ON THE MARCH
18. NAGASAKI-WLADIVOSTOK
19. KOREAN SETTLERS IN SIBERIA
20. THE TRANS-SIVERIAN RAILROAD
21. THE KING"S OATH-AN AUDIENCE
22. A TRANSITION STAGE
23. THE ASSASSINATION OF THE QUEEN
24. VURIAL CUSTOMS
25. BURIAL CUSTOMS
26. SONG-DO: A ROYAL CITY
27. THE PHYONG-YONG BATTLEFIELD
28. NORTHWARD HO!
29. OYER THE AN-KIL YUNG PASS 30. SOCIAL PASITION OF WOMEN
31. EXORCISTS AND DANCING WOMEN
32. THE REORGANIZED KOREN GOVERNMENT
33. EDUCATION AND FOREIGN TRADE
34. DAEMONISM OR SHAMANISM
35. NOTES ON DAEMONISM CONCLUDED
36. SEOUL IN 1897
37. LAST WORDS ON KOREA


mots-clés : #documentaire #voyage
par tom léo
le Jeu 31 Aoû - 16:32
 
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Sujet: Isabella Lucy Bird
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Joseph Kessel

Tag documentaire sur Des Choses à lire Felixk10

Les mains du miracle

La drôle d'histoire d'un des moments les moins drôles de l'histoire avec quelques uns des moins drôles des personnages possibles. Felix Kersten a été le médecin "personnel" de Heinrich Himmler, ministre de l'intérieur il est aussi chef des SS et de la Gestapo et dirige pour ainsi dire les camps de concentration.

Felix Kersten de son côté a un parcours atypique. Né en Estonie, devenu Finlandais après la première guerre, mettant fin à un parcours hésitant il se tourne vers le massage traditionnel avant d'aller se perfectionner à Berlin où il vit de petits boulots en parallèle de son apprentissage. Il fera ensuite la rencontre du Dr Kô qui lui a appris au Tibet et lui transmettra son savoir et sa clientèle...

La renommée venue et aidant il est sollicité par des personnalités influentes avant de tomber sur Himmler, ce qui ne l'enchante guère mais.

Et l'essentiel du livre est dans ce qui suit. Dans les terribles années de la deuxième guerre mondiale, années de déportation et de génocide le livre déroule la relation entre le malade qui souffre de terribles crampes d'estomac et son médecin qui négocie inlassablement des anomalies dans l'implacable machinerie. Une relation de confiance ambiguë qui repose sur la douleur et sur la peur et débouche sur des faits incroyables, absolument surréalistes.

J'ai été un peu frustré par le style "documentaire" (c'est ce qui est indiqué sur la couverture de toute façon) et il y a un phénomène de répétition au fur et à mesure de cette relation mais c'est dingue. La toute petitesse d'hommes aux pouvoirs effrayants et tant d'impensable qui tient à si peu de choses. Kersten a sauvé des amis, des amis d'amis avant de réussir à sauver des milliers de vie. Le tout en étant paradoxalement au cœur du secret et à distance, favorisé par les avantages accordés par son patient dévoué.

A la fois concret et schématique, déroutant, étonnant, très étonnant quand on n'a pas prêté plus qu'une oreille distante à cette petite partie de l'histoire, c'est un peu rapide, brusque mais dingue. Et très factuel, donc le voyage dans l'envers de l'histoire est perturbant.

Perturbant aussi de penser que cela représente peu d'années mais que tant de choses, de drames et de renversement ont pu s'y dérouler.

On peut aussi râler à propos de l'insistance sur l'opposition physique entre le gros docteur débonnaire et son malade chétif se rêvant athlète et quelques autres chimères de l'imaginaire nazi, sur les femmes reléguées à la toile de fond utilitaire qui consiste au mieux à tenir la maison avec attention mais l'essentiel du livre se situe malgré tout ailleurs. Dans l'inimaginable du fait anormal, du grain de sable fruit de la patience et de l'obstination, une détermination improvisée et réinventée constamment pour sauver des vies et dépasser un mensonge permanent.

En forme de lecture ce n'est pas le gros pied mais c'est tellement gros, et grand, que ça serait dommage de se priver de 300 petites pages comme ça.

(Récup').

mots-clés : #campsconcentration #deuxiemeguerre #documentaire #historique
par animal
le Sam 19 Aoû - 13:37
 
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Sujet: Joseph Kessel
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Mathieu Sapin

Gérard
Cinq années dans les pattes de Depardieu


Tag documentaire sur Des Choses à lire 97822010


Si Depardieu vous agace, ne lisez pas cette BD, car son auteur a très bien réussi la mise en scène rythmique de son récit, le maelstrom est traduit parfaitement. Sapin ne le singe pas, ce maelstrom, il l'orchestre habilement, pour mieux en extraire les climax et les répis.

Et surtout ce n'est pas dilué : ce n'est pas du Muybridge, pas seulement, c'est plus construit, c'est du travail de narration-BD, pas juste illustratif, et ça croque la personnalité de Depardieu avec semble t'il une belle justesse.
Rien que l'on ne sache déjà si on s'intéresse à cet homme, mais comme des agapes avec lui, image, et son en plus.
Pour une BD que demander de plus ?
En plus c'est long, ça prend bien deux heures à lire, et ça refile un tas d'anecdotes à fouiller par la suite si le coeur vous en dit.

Depardieu ne m'agace pas, alors j'étais ravie.


mots-clés : #bd #documentaire
par Nadine
le Jeu 3 Aoû - 13:51
 
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Sujet: Mathieu Sapin
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Daniel Keyes

Tag documentaire sur Des Choses à lire 41hsfu10

Quand la police de l'Ohio arrête l'auteur présumé de trois, voire quatre viols de jeunes femmes, elle croit tenir un cas facile : les victimes reconnaissent formellement le coupable, et celui-ci possède chez lui la totalité de ce qui leur a été volé. Pourtant, ce dernier nie farouchement. Ou bien il reconnaît les vols, mais pas les viols. Son étrange comportement amène ses avocats commis d'office à demander une expertise psychiatrique. Et c'est ainsi que tout commence… On découvre que William Stanley Milligan possède ce que l'on appelle une personnalité multiple, une affection psychologique très rare qui fait de lui un être littéralement « éclaté » en plusieurs personnes différentes qui tour à tour habitent son corps. Il y a là Arthur, un Londonien raffiné, cultivé, plutôt méprisant, et puis Ragen, un Yougoslave brutal d'une force prodigieuse, expert en armes à feu. Et bien d’autres. En tout, vingt-quatre personnalités d'âge, de caractère, et même de sexe différents. L'affaire Billy Milligan a fait la une des journaux américains, fascinés par ce cas et par la lutte qu’ont menée les psychiatres et Billy lui-même pour essayer de « fusionner » en un seul individu ses 24 personnalités. Quant au livre, construit comme un véritable drame shakespearien, il est le résultat de mois et de mois de rencontres et d'entretiens entre Daniel Keyes et… Ragen, Arthur, Allen et les autres. Une lecture absolument fascinante, bientôt adaptée au cinéma par Joel Schumacher (Chute libre, Phone Game.) "...


Billy Milligan est connu aux états unis pour son procès surmédiatisé dans les années 70, procès qui a attisé maintes controverses et haines,  car il est le premier à plaider non coupable pour cause de personnalité multiple, cela à une époque à laquelle la maladie mentale était difficilement admise. Daniel Keyes, pour écrire ce livre, a rencontré Billy et les protagonistes de cette affaire pendant plus de 16 ans.

Ce livre est une plongée dans cette affaire qui a défrayé les chroniques, nous faisant rencontrer d’abord Billy au travers des yeux de ceux qui l’ont rencontré autour de son procès pendant de nombreux mois (notamment avocats et psychiatres). La première partie nous fait en effet découvrir le « cas » Milligan au travers de leurs yeux, leurs doutes, leur scepticisme, leur adhésion… En tous les cas au travers de tout ce que peut susciter la rencontre avec un homme qui présente de multiples personnalités, qui sont chacune comme des personnes distinctes s’ignorant l’une l’autre ( ou quasiment ), et apparaissant de manière impromptu.
Cela produit des situations étranges, non seulement pour l’observateur, mais également et surtout pour le principal intéressé, ce que Keyes nous fait découvrir dans la seconde partie de ce récit qui traite essentiellement de l’histoire de Billy depuis son enfance et jusqu’à son arrestation en 1975.

La troisième partie se concentre sur l’après procès et sur des rouages judiciaires complexes, à la prise en soin « psychiatrique » hospitalière de l’époque, à la perception qui y existait de la maladie mentale et aux traitements infligés, mais aussi aux haines et passions attisées par le cas Billy.

Ce récit m’a fortement intéressée car il développe un trouble relativement peu connu, et rare sous cette forme, qu’est le trouble dissociatif de la personnalité, ou trouble de personnalités multiples. Développer 2 ou 3 personnalités qui se « méconnaissent » l’une l’autre était quelque chose dont j’avais notion, mais développer de bien plus nombreuses personnalités, je pensais cela du domaine purement fictionnel.
Il me semble également que les folies que cette affaire suscite, l’incompréhension, la haine, sont un sujet toujours actuel quand l’Homme est confronté à l’incompréhensible et donc à la peur, a besoin de boucs émissaires, de reprendre le contrôle. Cette affaire a agité médias, foules et communauté judiciaire et médicale pendant des années.

Pour revenir à Billy, on le découvre d’abord sous le filtre d’yeux externes, observant ses changements perceptibles, commençant à connaître certaines de ses personnalités. On se confronte en même temps dès le début au scepticisme de certains qui le rencontre, ou à leur complète adhésion à croire ce qu’ils entrevoient. Cela avec en fond le procès et la question de déterminer si, oui ou non, Billy simule ou souffre réellement de ce trouble. Ce qui revient à le déterminer responsable des crimes dont il est accusé ou irresponsable.

La seconde partie m’a paru assez longue par moment. Si elle a un grand intérêt car elle permet de rencontrer Billy au travers de son histoire, de percevoir l’apparition progressive de ses personnalités, de mieux comprendre leur fonction, et aussi d’appréhender le début de traitement pour les « fusionner », il est parfois difficile à mon sens de s’y accrocher par le changement fréquent de personnalité qui vient casser d’une certaine manière le processus d’identification au personnage. On passe d’un personnage à un autre, chacun est certes une part de Billy mais des parts très différentes, et, au-delà des personnages principaux, les apparitions des autres donnent le sentiment de se trouver avec des inconnus non investis affectivement. Donc ce sentiment de lâcher – reprise dans l’affect donne une impression bizarre, et la longueur est justement liée je pense au morcellement du personnage vu qu’on a souvent le sentiment de le perdre. Tout en même temps, c’est aussi une manière très juste de faire percevoir ce que peut vivre et ressentir Billy qui perd le temps constamment du fait de l’amnésie qu’il a de la prise de contrôle de l’une ou l’autre de ses personnalités.

Ce livre est intéressant par cet exemple de la clinique psychiatrique peu orthodoxe et peu fréquent. On perçoit le trouble de Billy, comment sa personnalité a pu en arriver à se fragmenter ainsi, et comment le travail a été de remettre en lien les différentes personnalités. On peut-aussi se sentir d’une certaine manière à sa place : que ressentirions nous en vivant cela ? Comment cela peut être déstabilisant, mais aussi comment cela est un moyen de défense contre l’insupportable, l’indicible et la douleur. Par contre il est difficile de s’identifier réellement à ce personnage à multiples facettes, d’où je pense aussi la difficulté et le sentiment de certaines longueurs.  Ce livre soulève aussi la question des pathologies psychiatriques, et de comment elles attisent certaines peurs dans la société, comment elles suscitent différentes émotions. Billy en effet fait peur, est diabolisé...même parmi les soignants. Ce livre soulève aussi la difficulté de diagnostic, les  divergences de perception et opinions au sein du corps médical et comment cela peut impacter la perception d’une personne malade et sa prise en charge, ce jusqu’à ne pas l’entendre et répéter sur elle des violences juste par incompréhension, peur, conflit d’opinion et d’intérêt.

Un sentiment général du coup partagé. Je suis contente d’avoir découvert cette œuvre, elle m’a donné envie de lire d’autres choses à ce propos, mais disons que c’est plus dans une dimension purement d’intérêt pour cette pathologie. Mais j’admets que certaines longueurs font que je suis mitigée quant au fait de dire que j’ai aimé, autant que la difficulté à vraiment ressentir des émotions, sauf quand il s’agit de la manière dont Billy est malmené à différents moments de sa vie.

mots-clés : #criminalite #documentaire #pathologie
par chrysta
le Ven 31 Mar - 7:30
 
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Sujet: Daniel Keyes
Réponses: 13
Vues: 550

Collectif : «Grand-Père n'était pas un nazi»: National-socialisme et Shoah dans la mémoire familiale

Tag documentaire sur Des Choses à lire C_gran10

Grand-Père n'était pas un nazi: National-socialisme et Shoah dans la mémoire familiale
Sabine Moller, Karoline Tschuggnall, Harald Welzer

En fait, il y a deux livres sortis récemment en France, le premier est intitulé Soldats- Combattre, tuer, mourir: procès-verbaux de récits de soldats allemands, comptes-rendus des écoutes de prisonniers de guerre allemands analysées par l'historien Sönke Neitzel et le psychosociologue Harald Welzer. J'en ai lu quelques extraits dans les critiques de ce livre , par exemple:

"
Les chevaux me faisaient de la peine. Les gens, pas du tout », dit un lieutenant de la Luftwaffe qui a mitraillé un convoi de civils en Pologne. « Qu'est-ce qu'on s'est amusés », dit un sous-marinier racontant comment il a coulé un convoi transportant des enfants. « Rattata » est l'interjection utilisée par le caporal parachutiste Büsing pour expliquer comment sa compagnie, à l'aube, a assassiné au pistolet-mitrai­l­leur tout un village « près de Lisieux-Bayeux », en 1944.

"

Que dire, sinon qu'en lire plus ne me semblait pas utile.


Par contre Gallimard a fait paraître en même temps cet ouvrage sociologique qui date de 2002, et la mémoire familiale est un sujet qui me passionne.
A partir d'entretiens avec des familles qui comportaient toutes au départ des membres, à un titre ou un autre, du parti national socialiste, les chercheurs ont tenté de cerner ce qu'avaient retenu les générations suivantes .
C'est un ouvrage complexe, difficile à lire et qu'il me serait quasi impossible de résumer.
Je préfère copier la quatrième de couverture qui le fait assez bien:

Qu’on ne s’y trompe pas : cet ouvrage va bien au-delà de son sujet immédiat – la manière dont on parlait de l’époque nazie et de la Shoah, dans les années 2000, au sein des familles allemandes. Il concerne, par ses méthodes, son cadre d’analyse, voire ses conclusions, tous ceux qui, en France ou ailleurs, ont à réfléchir aux mécanismes de la transmission de la conscience historique d'une période d’exception, soit à la confrontation de la mémoire sociale et de la mémoire familiale.
Au fil de quarante-huit entretiens familiaux et de cent quarante-deux interviews individuels sur les histoires vécues du passé national-socialiste et transmises entre les générations, il apparaît, en effet, qu’à «la mémoire culturelle» (celle qu’une société institue à une époque donnée sur un certain passé à travers célébrations, discours officiels et enseignement) s’oppose «la mémoire communicative», non plus cognitive mais émotionnelle, ciment de l’entente des membres d’un groupe (parents et proches) sur ce qui fut leur passé vrai, et qui est constamment réactivée dans le présent d’une loyauté et d’une identité collectives.
Ainsi se transmettent dans les familles d’autres images du passé national-socialiste que celles diffusées à l’école : romantiques et enjolivées par l’intégration de scènes cinématographiques, par exemple, elles sont avant tout relatives à la souffrance des proches, causée par le mouchardage, la terreur, la guerre, les bombes et la captivité.
Paradoxalement, il semble que ce soit justement la réussite de l’information et de l’éducation sur les crimes du passé qui inspire aux enfants et petits-enfants le besoin de donner à leurs parents et leurs grands-parents, au sein de l’univers horrifique du national-socialisme, une place telle qu’aucun éclat de cette atrocité ne rejaillisse sur eux. Transmis sous forme non pas de savoir mais de certitude, ces récits, pour finir, convainquent chacun qu’il n’a pas de «nazi» dans sa propre famille : «Grand-Père n’était pas un nazi.»


En gros, donc, plus on s'éloigne de l'individu d'origine, plus on assiste à des excuses ( s'ils l'ont fait, c'est parce que ils n'avaient pas le choix), un déni ( personne n'était de toutes façons antisémite) ou même une " héroïsation" cumulative ( beaucoup de Juifs ont été cachés, nourris, non dénoncés, etc) afin de bien pouvoir extraire ses propres aïeux de la conscience historique et permettre ainsi de faire coexister pacifiquement le " mal" du pouvoir national- socialiste et le " bien" représenté par ses propres grands-parents et arrières grands-parents.
On est bien loin de la banalité du mal de Hannah Arendt, par contre la banalité du bien est de règle...
Et ceci d'autant plus qu'il s'agit d'individus éduqués dans la conscience historique, les commémorations et nourris de fictions mettant en spectacle cette période.

A ce niveau, comme ce n'est pas du tout un ouvrage de psychologie et que les auteurs ne nous expliquent pas pourquoi il en est ainsi, j'aurais moi tendance à penser qu'après tout, ceci est très humain. Grand-Père n'a pas dû trop se vanter de certains actes , et les générations suivantes n'ont voulu retenir que ce qui leur convenait sans se poser plus amples questions?

Plus surprenant, enfin, pour moi, est la persistance de " clichés "liés la plupart du temps aussi pour les jeunes générations , à toutes les images qu'ils ont vues : le Russe est un violeur, l'américain est toujours sympa, le Juif est toujours riche à millions ( et donc aurait dû pouvoir partir...) et le petit fils interrogé? Et bien, écoutons un jeune homme né en 76: " Parce qu'ici , je n'ai pu voir que ça dans les films , l'enthousiasme des gens, c'était tout de même la classe, la manière dont ils ont fait ça! Comme ils criaient tous: Heil Hitler, ou Sieg Heil! Et cet enthousiasme des gens, c'est ce qui est fascinant d'une certaine manière, la force qu'avait ce peuple à ce moment -là. Parce qu'ils ont tous eu peur de nous! "

... Que l'on n' accepte pas que son grand-père ait pu être un nazi, pourquoi pas. Mais qu'on en arrive à souhaiter qu'il l'ait été, et, finalement, en être très fier, c'est peut être un petit peu plus inquiétant?


mots-clés : #deuxiemeguerre #documentaire
par Marie
le Lun 13 Mar - 3:49
 
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Sujet: Collectif : «Grand-Père n'était pas un nazi»: National-socialisme et Shoah dans la mémoire familiale
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John Berger

Le hasard-ou plutôt un cadeau -ont fait que j’ai lu deux livres de John Berger en peu de temps.

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Le premier , au si joli titre: Et nos visages, mon cœur,fugaces comme des photos est une sorte d’autoportrait à travers des thèmes différents, des réflexions sur l’exil, l’art, l’amour ,le temps,l’histoire, la foi, l’écriture,en prose ou en vers ( les siens ou ceux d‘autres écrivains), mais c’est de toute façon un texte très poétique.

Nous sommes tous des raconteurs. Couchés sur le dos, nous levons les yeux vers le ciel étoilé. C’est là qu’ont commencé les histoires, sous l’égide de cette multitude d’astres, qui, la nuit, fauchent les certitudes, et, avec un peu de chance, vous les rendent le matin sous forme de foi.


   ..
Ce qui nous sépare des personnages sur lesquels nous écrivons n’est pas notre savoir, qu’il soit objectif ou subjectif,mais leur expérience du temps au sein de l’histoire que nous racontons.Ce fossé nous octroie, à nous autres raconteurs,le pouvoir de connaître le tout. Mais, par la même occasion, ce fossé nous rend impuissants: une fois le récit engagé, nous ne pouvons plus contrôler nos personnages. Nous sommes contraints de les suivre à travers et en travers de ce temps qu’ils éprouvent, et que nous dominons.
   Le temps et, par là,l’histoire, leur appartiennent. Mais le sens de l’histoire, ce pourquoi elle vaut la peine d’être narrée, ce qui nous inspire, c’est nous, les raconteurs, qui en possédons les aboutissants, car nous nous situons du côté de l’intemporel.
   C’est comme si ceux qui nous lisent ou nous écoutent voyaient tout à travers une loupe. Cette lentille- le secret de toute narration- nous l’ajustons, nous la mettons au point avec chaque nouvelle histoire.
   Si je dis que nous autres raconteurs, sommes les Secrétaires de la Mort, c’est que, l’espace de nos vies fugitives, pour chacune de nos histoires, nous avons à polir ces lentilles entre le sable du temporel et la pierre de l’intemporel.


Ceci n’est qu’un tout petit extrait, c’est en tout cas un texte constamment intéressant, et toujours très fouillé, comme s’il s’appliquait à la compréhension du lecteur grâce à d’autres données, j’aime beaucoup cela.

mots-clé : #creationartistique





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Le deuxième, que j’avais choisi pour aborder cet auteur, c’est Un métier idéal., Histoire d’un médecin de campagne. Une sorte de reportage sur un médecin anglais, John Sassall, et sa vie quotidienne professionnelle .Avec de magnifiques photographies de Jean Mohr. C’est un livre qui date de 1967.

Là aussi, le portrait est très fouillé. Et bien sûr, plus que les descriptions des activités purement médicales de ce médecin de campagne qui fait pratiquement tout lui-même, ce sont les réflexions d’ordre sociologique et philosophique sur la médecine à travers ce personnage , qui interpellent.
C’est un texte dont j’aurais aimé discuter , tant, bien sûr, il me parle.. Même si je ne suis pas forcément d’accord avec les conclusions qu’en tirent d’autres lecteurs . Il vaut mieux d’ailleurs que je dise tout de suite que John Berger signale-rapidement- dans une postface, que ce médecin s’est suicidé.

je reconsidère avec une tendresse accrue ce qu’il a entrepris de faire et ce qu’il a offert aux autres aussi longtemps qu’il a pu le supporter


Et ces lecteurs semblent penser que ce suicide était inévitable.. Je ne le crois pas , même si je crois effectivement que la pratique de la médecine ne peut que fragiliser , à être en permanence en contact avec sa propre finitude.
Mais il n’y a pas que cela, pour John Sassall . Il y a beaucoup plus dangereux..

Il est probablement plus que la majorité des médecins conscient de commettre des erreurs de diagnostic et de traitement. Non parce qu’il commet davantage d’erreurs, mais parce qu’il compte comme erreur ce que beaucoup de ses confrères- peut être à raison- qualifient de regrettables complications…
Néanmoins, le sentiment de ses insuffisances ne provient pas de cela- encore qu’il puisse parfois être provoqué par un sentiment d’échec exacerbé à propos d’un cas particulier. Le sentiment de ses insuffisances ne touche pas uniquement à sa profession.
Ses patients méritent-ils la vie qu’ils ont ou bien en méritent-ils une meilleure?



Alors là, évidemment…si on commence à se demander , de façon plus générale, si les malades "méritent" leur maladie , ou leurs difficultés de tous ordres, on est foutu.. Rien que le verbe "mériter" fait frissonner!

John Berger nous fait partager les conclusions lucides et réalistes que tire John Sassall d'années d'exercice:

Abandonnant son ancien moi, Sassall jette un regard réaliste sur le monde dans lequel nous vivons et son indifférence ordinaire. Il est dans la nature de ce monde que les vœux pieux et les nobles protestations s’interposent rarement entre le coup et la douleur . Pour la majorité de ceux qui souffrent, il n’y a pas d’appel. Les villages vietnamiens brûlaient avec leurs habitants alors que les neuf dixièmes de la planète condamnaient le crime. Ceux qui moisissent en prison à la suite de sentences inhumaines que les juristes du monde entier déclarent injustes continuent quand même de moisir. Presque tous ceux qui crient à l’injustice crient jusqu’à ce que toutes les victimes qui en souffrent aient disparu. Lorsque le coup est dirigé contre un homme , rien ou presque ne vient l’amortir. Il existe une frontière stricte entre la morale et l’usage de la force. Une fois que l’on a été poussé de l’autre côté de la frontière, la survie dépend du hasard. Tous ceux qui n’ont jamais été ainsi poussés sont ,par définition, des hommes qui ont eu de la chance et qui contesteront la réalité de l’indifférence ordinaire du monde. Tous ceux qui ont été contraints de franchir la frontière- même s’ils survivent et parviennent à la repasser- reconnaissent différentes fonctions, différentes substances, dans la plupart des matériaux de base- dans le métal, le bois, la terre, la pierre, de même que dans l’esprit et le corps humain. Ne devenez pas trop subtil. Le privilège lié à la subtilité, c’est de faire la distinction entre le chanceux et le malchanceux.



C'est tout à fait vrai, tout à fait malheureux, mais qu'y faire?
Ce sont là des réflexions d’un humaniste réaliste, est-ce que cela doit interférer dans la pratique d’un métier, qui relève quand même beaucoup  de l’artisanat..
Et d’autre part, que dire de cette tentation d’omnipotence que j’ai ressentie chez ce personnage au demeurant admirable, bien sûr.. Peut être qu’un peu plus d’humilité aurait atténué les conséquences personnelles décrites par John Berger?


En tout cas, si j’avais à décider des réformes des études médicales, ce livre serait , avec quelques autres, une lecture obligatoire tant il renferme de sujets sur lesquels il est préférable de réfléchir avant de se lancer dans la pratique de cette profession.
Une étude assez magistrale de la grandeur- et des dangers- d'un métier.

récup


mots-clés : #documentaire
par Marie
le Mar 3 Jan - 1:15
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: John Berger
Réponses: 3
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