Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 12 Nov - 17:58

71 résultats trouvés pour contemporain

Paul Auster

Sunset Park

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Pendant la crise financière américaine de 2008, Miles Heller, vingt-huit ans, travaille en Floride à l’enlèvement des rebuts dans les maisons abandonnées par leurs propriétaires ruinés.
« Dans un monde en train de s’écrouler, un monde de ruine économique et de misère implacable toujours plus étendue, l’enlèvement des rebuts est l’une des rares activités en plein essor dans cette région. »

Il héberge et soutient sa petite amie étudiante, Pilar, qui n’a que dix-sept ans… Un chantage particulièrement odieux le fera fuir, et retourner à New York.
Il m’a semblé percevoir une condamnation par l’auteur du diktat judiciaire qui occasionne une chasse abusive au "détourneur de mineure".
Le « narrateur omniscient » nous a aussi appris que Miles se sent coupable, objectivement ou pas, de la mort accidentelle de son demi-frère Bobby ; après cet accident et sept ans plus tôt, il a surpris une conversation entre son père et sa belle-mère (mariés après la fuite de sa mère alors qu’il avait six mois) lui reprochant son attitude devenue distante, et d’avoir renoncé au base-ball. Miles abandonna alors études et parents, ainsi que toute perspective ou projet pour sa propre existence.
Avec le personnage de la mère, Mary-Lee, abandonnant mari et bébé afin de poursuivre sa carrière d’actrice, on n’est pas non plus dans le propos mainstream politi-correct ; quant aux conséquences désastreuses :
« …] que sa mère n’avait absolument pas voulu de lui, que sa naissance était une erreur, qu’il n’y avait aucune raison défendable pour justifier son existence. »

Le père, Morris, un éditeur indépendant new-yorkais, est présenté comme quelqu’un de cultivé, sympathique, qui lutte pour sauver sa petite maison d’édition, préserver son couple en difficulté, et retrouver son fils.
« …] le fond de l’affaire était le suivant : ils s’aimaient mais n’arrivaient pas à s’entendre. »

« …] son père se démenait pour publier des livres valables dans un monde de produits éphémères, aussi inconsistants qu’à la mode. »

Le taciturne Miles rejoint le squat de son ami Bing Nathan, une maison délabrée de Brooklyn ‒ dans le quartier de Sunset Park ‒ où ce dernier, rebelle, percussionniste de jazz et tenancier de l’Hôpital des Objets Cassés (réparation d’appareils d’une époque révolue ‒ « machines à écrire mécaniques, stylos à encre », etc., et encadrement de tableaux), vit avec deux jeunes femmes. Il est contre…
« la croyance dominante qui veut que les nouvelles technologies modifient la conscience humaine. »

« …] et tout ce qui t’arrive depuis l’instant de ta naissance jusqu’à l’instant de ta mort, chaque émotion qui surgit en toi, chaque bouffée de colère, chaque montée de désir, chaque crise de larmes, chaque éclat de rire, tout ce que tu éprouveras un jour au cours de ta vie a également été ressenti par tous ceux qui sont venus avant toi, que tu sois un homme des cavernes ou un astronaute, que tu vives dans le désert de Gobi ou à l’intérieur du cercle arctique. »

« C’est le chevalier de l’indignation, le champion du mécontentement, le pourfendeur militant de la vie contemporaine, et il rêve de forger une réalité nouvelle sur les ruines d’un monde qui a échoué. Contrairement à la plupart des dissidents de son espèce, il ne croit pas à l’action politique. Il n’adhère à aucun mouvement, à aucun parti, il n’a jamais pris la parole en public et n’a aucun désir de conduire dans les rues des hordes en colère qui mettront le feu à des bâtiments et renverseront des gouvernements. Sa position est purement personnelle, mais s’il mène sa vie selon le principe qu’il s’est fixé, il est certain que d’autres suivront son exemple. »

« Dans une culture du jetable engendrée par la cupidité de sociétés commerciales mues par la recherche du profit, le paysage global est de plus en plus miteux, de plus en plus aliénant, de plus en plus vide de sens et de dessein unificateur. »

(Comme Simla, j’ai trouvé marquant par ce qu’il est dit de lui et de ses idées.)
Mais voici les "colocs" (sans loyer) : Alice est une thésarde et Ellen, qui a avorté et manqué un suicide, en proie aux « fantasmes hystériques » d’un désir sexuel exacerbé par le manque, tente de redonner un sens à sa vie en dessinant « l’étrangeté d’être en vie ». Toutes deux ont aussi un petit boulot partiel alimentaire.
« Elle [Ellen] ne veut pas en finir avec la vie afin de continuer à vivre. »

Les vétérans de la Seconde Guerre mondiale sont mis en parallèle avec les blessés de la société actuelle, et notamment des artistes :
« …] pas exactement des êtres humains ratés, mais pas non plus des réussites. Des âmes amochées. Des blessés qui marchent, qui s’ouvrent les veines et saignent en public. »

Plusieurs personnages gravitent autour de l’écriture, ce qui est l’occasion de la sorte de mise en abîme suivante :
« Telle est l’idée avec laquelle il joue, dit Renzo, celle d’écrire un essai sur les choses qui ne se produisent pas, sur les vies non vécues, les guerres qui n’ont pas été livrées, sur ce monde d’ombre qui s’étend parallèlement au monde que nous prenons pour le monde réel, le non-dit et le non-fait, le non-remémoré. Un terrain hasardeux, peut-être, mais qui vaudrait peut-être la peine d’être exploré. »

Auster passe d’un personnage à l’autre en leur consacrant à chaque fois un chapitre ou plus, et l’action se déroule simultanément.
Le point de vue du narrateur semble progressivement devenir celui de Morris (cet homme vieillissant est peut-être un alter ego de l’auteur), et Mary-Lee n’est bientôt plus présentée uniquement comme égocentrique, « capricieuse et incompétente », mais comme une vraie actrice (elle joue Becket au théâtre), qui regrette sincèrement son ratage de mère. Peut-être la perspective change-t-elle avec les personnages, mais ce n’est pas net.
Paul Auster a donc repris une fois de plus le thème des destinées hasardeuses :
« Ce n’est donc rien qu’un coup de dés de plus, rien qu’un numéro de loterie tiré de l’urne en métal noir, un hasard extraordinaire dans un monde de hasards extraordinaires et de désordre sans fin. »

J’ai regretté qu’il ait cédé à sa facilité enthousiaste pour prendre ses exemples de destinées extraordinaires dans les obscures et fastidieuses biographies de joueurs de base-ball.
Un des mérites du livre est de montrer clairement la précarité, les logements inaccessibles et les salaires qui ne permettent pas de vivre correctement pour ceux qui ont la chance d’avoir un travail, phénomènes qu’on observe dorénavant chez nous.
D’une manière prémonitoire,
« …] le point important de tout cela, écrivait le jeune Miles, c’est que les blessures sont une partie essentielle de la vie, et tant qu’on n’est pas blessé d’une façon ou d’une autre, on ne peut pas devenir un homme. »

Au début, j’étais persuadé de tenir un excellent roman, mais à la fin je me demande si l’élan de l’auteur ne s’est pas un peu dilué en route ; reste en tout cas une belle histoire (triste).

Mots-clés : #contemporain #social
par Tristram
le Mer 23 Oct - 21:06
 
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Sujet: Paul Auster
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Pascal Quignard

Pour vous asticoter je vais faire mes poubelles pour en ressortir une lecture qui date un peu mais laisse de sacrés clichés dans mon esprit :

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L'Occupation américaine

à Meung. petit bled du Loiret, où François Villion a été jeté au cachot, où Jeanne d'Arc a pris le pont en 1429 et je ne sais déjà plus quoi (et Alain Corneau, qui a fait un film de ce bouquin aussi)... et qui a l'air mieux que ce qu'en dit ce livre de Meung (d'autres en parle pour la station de service de l'autoroute), bref à Meung dans les années 50 Patrick et Marie-Josée grandissent ensemble, puis l'adolescence, à côté d'une base américaine qui tranche tellement avec le monde français d'alors que ça fait rêver. et le jazz qui rend vivant, et...

et c'est Pascal Quignard qui est aux manettes. premier avertissement : si vous le trouvez parfois un peu dégueulasse voire vaguement pervers, cette fois vous serez servis. entre les tripotages plus ou moins jeunes et cette complaisance dans un semblant d'ordure et un auguste bonheur dans l'abject, tout y est. deuxième avertissement : le reste aussi, ce qui ressemble à du mauvais esprit, de fausses grandes phrases pourtant petites débitées avec une régularité sidérantes, des réflexions qui n'en sont pas et ne veulent pas en être, une sereine misanthropie, misogynie...

dès le début il annonce la couleur :

Quand cesse la guerre ? L'Orléanais fut occupé par les Celtes, par les Germains, par les Romains et leurs douze dieux durant cinq siècles, par les Vandales, par les Alains, par les Francs, par les Normands, par les Anglais, par les Allemands, par les Américains. Dans le regard de la femme, dans les poings que tendent les frères, dans la voix du père qui gronde, dans chacun des liens sociaux, quelque chose d'ennemi se tient toujours.


Wahou, collection historique exposée, exposition avant l'histoire, d'abord. Elle est pour lui la collection. Les autres, à cause de lui et pas que de l'histoire : c'est immonde. Presque exclusivement immonde.

L'occupation américaine. nos deux jeunes fascinés par se monde nouveau et exaltant font les poubelles de la base, avant de pouvoir passer à la mode, aux cigarettes, à la musique. Le monde de chrome et de plastique, d'images abrutissantes de paraitre, de rejet, de méchanceté, de racisme... (très original pour parler des usa dans les années 90). L'auteur qui nous cause grec et latin volontiers en se faisant un plaisir d'oublier (avec les éditeurs) les abrutis qui n'ont pas suivis les cours ou pas assez ou pas assez longtemps, s'adonne cette fois à la traduction de dialogues en anglo-américain très sommaire, démontrant par là la pauvreté du dialecte. Effet de mauvaise fois et de mauvais esprit pense-je.

"I'll never eat that." (Trudy Wadd déclara à Patrick Carrion qu'elle ne mangerait jamais cela.)

"That swimsuit makes your balls stick out. It's disgusting!" dit Trudy en riant. (Ton maillot te colle aux parties. C'est répugnant!)

Le monde communiste est vite emballé dans le même sac d'images, mais loin, très loin. De Gaulle avec. c'est un des faux prétextes du livre, le truc quignardien de faire semblant de raconter quelque chose en s'en contrefoutant royalement (la politique ça ne vaut pas les gamins ou les ados qui se tripotent).

Marie-Josée est amoureuse de Patrick et c'est plutôt réciproque mais la relation est pourrie, morbide et plus si affinités (voir la fin du bouquin et le bilan "nostalgique" de Patrick). Marie-Josée véhicule la mort. Les deux personnages sont tentés par un romantisme rebelle déchirant mais de pacotille, influencés par Rydell (encore un super jeu sur le nom du personnage ?) leur camarade rebelle, drogué, musicien, génial du moins à leurs yeux (et double homo-auto-érotique de l'auteur ?). D'ailleurs il est dégouté par beaucoup de choses et s'en fout un peu des autres, à part le dégoût.

Et encore le temps qui n'en est pas un avec drame intersidéral et sidérant en trois jours, les phrases qui énervent (un remontage de fleuve dans le sens du courant c'est exquis) et la musique qui passe cette fois par un jazz sauvage et les percussions, ce qui encore est un rapport un peu faux car l'ombre du père et d'un certain conservatisme (et le père Montret qui n'aime pas les téléphones), choyés par ailleurs dans ce récit : la langue, certains états des choses, ont aussi avec eux la musique classique. Et que Patrick le héros paumé de cette histoire n'implique pas forcément l'adhésion à son personnage.

un extrait qui me semble pouvoir être révélateur, c'est Rydell qui cause :

"Voilà l'âpre mesquinerie constante qui s'avance, ajoutait-il en chuchotant, où le langage parle à vide sans renvoyer à rien de concret ni à rien de social. Mais ne t'inquiète pas, P.C. : c'est une politique de marchands qui se court-circuitent eux-mêmes. Politiques, prêtres, marchands, généraux, usurpateurs ! s'écriait-il. La société va prendre acte que vous êtes hors jeu. La désillusion a atteint un point de non-retour. Profiteurs vous êtes nus. Grands abuseurs, nous sommes désabusés." Il allumait un joint et expliquait : "Nous ne vous avons pas délégué notre puissance pour que vous nous en priviez. Ce que vous nous avez arraché, nous vous le retirons. De toute façon le pouvoir n'est jamais en vous : il n'est que déposé en vous. Il n'est même plus besoin de vous décapiter si ce n'était le plaisir !". Il s'exaltait : "Il ne faut pas de protection sociale ni de chaine nationale mais des Bastille en feu. Il ne faut pas de fonctionnaire d'éducation ni de service militaire obligatoire mais des révoltes à l'instar des Algériens écœurés qu'ils nous commandent d'éliminer. Il va falloir renouveler la guerre aux tyrans qu'avait déclarée la Révolution française, la guerre totale à tout porte-parole, la guerre aux chefs. La politique ne fait que pomper du sang, parfois de la monnaie : depuis l'aube du monde il ne produit rien. Dans le meilleur des cas : le cauchemar. L'insoumission doit être totale et la sécession absolue, inextinguible, c'est à dire secrète. La désobéissance ne peut en aucun cas être spectaculaire. Même ce langage, il ne faut le tenir que du bout des lèvres. Il faut se cacher comme des taupes et errer sous la terre, sous les cités comme sous les déserts. Se dissimuler comme des voleurs.


véritable autoportrait de Rydell/Quignard (auteur de ce livre) dans cette dénonciation de ce qu'il rejette ? et un rapport au lecteur à lire en creux absolu (éventuellement pour lui trouver un sens plausible), une lecture sadomasochiste ? le faible pouvoir du livre ne le justifierai de toute façon pas, je crois. D'autant qu'il est toujours très loin de l'ampleur des escaliers de Chambord par exemple.

On ne peut qu'être saisi de malaise, par un sentiment de dégout devant cette espèce de mégalomanie, malade, d'épicerie de village... la sensation d'un mépris quel qu'il soit, suivant lectures et interprétations on peut trouver plusieurs possibilités, un autisme provocant. Et puis je ne sus pas à l'aise avec les réflexions ou réflexions apparentes (dans l'extrait proposé, j'ose croire qu'il ne parle pas vraiment politique) pour le plaisir de jongler avec des images, en rejetant certaines considérations, certains facteurs historiques et autres, en restreignant soigneusement le spectre de l'étude.

On peut ranger le livre dans les lectures désagréables.


Mots-clés : #contemporain #enfance #initiatique #jeunesse
par animal
le Mar 1 Oct - 21:01
 
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Sujet: Pascal Quignard
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Yann Moix

Yann Moix
1968 - (2019 si ça continue!)

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Une tête à claque parait-il?

Yann Moix, né le 31 mars 1968 à Nevers (Nièvre), est un écrivain et réalisateur français, également chroniqueur à la télévision et dans la presse.

Il obtient le prix Goncourt du premier roman pour Jubilations vers le ciel en 1996, puis le prix Renaudot pour Naissance en 2013. Son premier long-métrage, Podium, adapté de son propre roman, remporte un important succès en 2004.


Bibliographie :

1996 : Jubilations vers le ciel, Grasset, prix Goncourt du premier roman et prix François-Mauriac
1997 : Les cimetières sont des champs de fleurs, Grasset
2000 : Anissa Corto, Grasset
2002 : Podium, Grasset
2004 : Transfusion (recueil de poèmes), Grasset
2004 : Partouz, Grasset
2006 : Panthéon, Grasset
2007 : Apprenti-juif
2008 : Mort et vie d'Edith Stein, Grasset
2009 : Cinquante ans dans la peau de Michael Jackson, Grasset
2010 : La Meute, Grasset
2013 : Naissance, Grasset, prix Renaudot
2015 : Une simple lettre d'amour, Grasset
2017 : Terreur, Grasset
2018 : Dehors. Lettre ouverte au Président de la République, Grasset
2019 : Rompre, Grasset
2019 : Orléans, Grasset



Yann Moix est un écrivain, un bon.

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CINQUANTE ANS DANS LA PEAU DE MICHAEL JACKSON

J'ai adoré ce petit livre... pour les fans de MJ et les autres...


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NAISSANCE
J'ai commencé ce livre pavé et j'ai tellement aimé que j'en ai arrêté la lecture car je n'avais pas assez de temps à ce moment-là pour en profiter pleinement, il est dans ma liste des livres à reprendre....


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ORLEANS

Je suis confuse et j'attends votre avis.

D'un côté, Orléans ne mérite pas le Goncourt. Le thème d'abord, l'enfance maltraitée... Edouard Louis bis. (Ne me croyez pas insensible, je lis à présent Un pédigree de Modiano et la vie de ce petit Patrick m'émeut aux larmes). Les détails du récit, bof. La structure du livre, intérieur, extérieur, impression de répétition.  Le style d'écriture, trop travaillé, vocabulaire trop recherché. Aux paragraphes de fin, on se demande comment il va conclure. Il ne finit pas, impression que les dernières pages ont été coupées au montage.

D'un autre côté, Moix est un génie. Ce n'est pas moi (ni Moix d'ailleurs) qui le dit , c'est son père! Celui-ci nous informe même que Yann a été testé étant petit. Sachant cela, on se dit qu'effectivement! Non, serait-ce possible? L'idée (saugrenue?) me vient que Moix a écrit un roman, oserai-je, un roman de science-fiction. Et il s'amuse aujourd'hui de sa réception comme d'un récit par notre société anesthésiée, people, hypermédiatisée (tous les chroniqueurs du Masque et la plume ont sorti leur mouchoir, personne n'émettant des doutes sur les détails exagérés des harcèlements...). Le deuxième élément de science-fiction: Moix, comme nous tous, vit dans la littérature et imagine que ses écrivains fétiches (Gide et Peguy) sont avec lui depuis toujours, dès l'enfance. C'est cet élément du livre qui, pour moi en fait l'originalité, et peut-être un bon candidat pour le Goncourt, finalement...

PS; "Orléans", le dernier livre de Yann Moix, n'a pas été retenu dans la liste du prix Goncourt 2019.


Mots-clés : #contemporain #enfance #violence
par Plume
le Mer 4 Sep - 14:55
 
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Sujet: Yann Moix
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Emmanuel Deraps

Failure (2019) :

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Le dernier recueil d’Emmanuel Deraps, Failure, m’a beaucoup plu à la lecture. On peut parler du ratage qu’il érige en absolu, mais c’est surtout cher à «l’art de la défaite» esquissé par Hubert Aquin. Dans des descriptions qui ne manquent pas d’à-propos, le poète se place dans la lignée des devanciers de Doctorak go :

26 juillet 2016 - montréal

cartographiant l’île noire de mémoire
j’en perds quelques bouts                      je sais
                  le cœur d’un été de vin volé
                  et de terrasses abattues
sous le poids des lancements par habitude
j’en oublie comment même me rapailler
entre les micros-ouverts et le choc
des pintes levées
à ce qui nous consume

une fin
en taxi                          en tour de ville
à un de plus que le nombre de sièges
serrés tight jusqu’à l’abandon
sous les averses neigeuses de juillet
personne ne nous avait dit qu’on jouait
dans la nuit de ses quarante ans
il avait tout fait                               pour tuer
le temps
mathieu et ses manigances
        comme pour se fêter en cachette
        ou nous faire une surprise
nous avait dit aimer
habiter
                                     la vingtaine des autres
Extrait, p. 27


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Mots-clés : #contemporain #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Mar 27 Aoû - 9:34
 
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Sujet: Emmanuel Deraps
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Hubert Mingarelli

La terre invisible


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Excellent roman. L'histoire d'un homme, photographe à la fin de la seconde guerre mondiale qui décide d'organiser un périple dans l'Allemagne vaincue afin de photographier les petites gens qui ont survécu.
Accompagné par un soldat novice leur voyage les conduira dans une quête existentielle.
Comme d'habitude Mingarelli se sert du thème de la guerre pour proposer un cheminement philosophique personnel ; la recherche de sens, la volonté de comprendre, l'importance des questions plus que des réponses et ce talent pour s'interroger en éludant la venue de réponses.
L'auteur se sert ici d'une belle image, celle du photographe hanté par un souvenir et en en créant de nouveaux par le biais de ses photos. Capter les scènes de vie pour oublier celles des morts, rendre tangible un vécu pour faire disparaître les catastrophes désormais vaporeuses. Une sorte de Don Quichotte aussi tant sa quête de sens est vaine et tant son Sancho Panza est aussi perdu que lui.
C'est bien écrit, le risque eut été d'en faire trop. Or la difficulté du sujet exigeait un style délicat, tendre. Et Mingarelli sait très bien le faire.

Un très bon roman.


Mots-clés : #contemporain #deuxiemeguerre
par Hanta
le Dim 11 Aoû - 10:09
 
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Sujet: Hubert Mingarelli
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Eric Plamondon

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Hongrie-Hollywood express


Originale : Français, 2013

CONTENU
présentation (en grande partie) a écrit:Dans ce premier tome de la trilogie 1984 que l’auteur compte comme une année charnière (personnelle?), un certain Gabriel Rivages (Alter-Ego de l’auteur) raconte le siècle et la vie du petit Janos Weissmueller devenu Tarzan au cinéma. Et c'est tout le patchwork américain qui s’anime, des exploits sportifs qui font rêver la planète tout entière aux soubresauts de l'underground littéraire, des gloires de Hollywood aux déclins obscurs. Burroughs vend des taille-crayons, Al Capone domine Chicago, Albert Einstein croise un chasseur d'écureuils, le record du monde du 100 mètres nage libre passe sous la minute, un comptable véreux s enfuit avec la caisse et un mythe vivant finit placier dans un restaurant de Las Vegas.

De Montréal aux îles Bikini, Éric Plamondon nous promène avec finesse et jubilation dans l'histoire culturelle de la grande Amérique.


REMARQUES :
Et cette promenade il le fait par ces touches « mosaïques » d’à peine une page, en 90 chapitres en total. Style Plamondon ! On saute de bribes de la vie de Janos Weissmueller de la Hongrie et son arrivée à l’âge d’un an à Ellis Island, à la découverte de la nage à Chicago, puis ses exploits aux Jeux Olympiques de Paris et Amsterdam en 1924 et 1928. Avant qu’il ne devienne la vedette la mieux payée de Hollywood, en jouant le rôle de Tarzan dans une dizaine de films. Mais cette montée vertigineuse sera accompagnée, suivie par une descente pareillement vertigineuse… jusqu’au quasi-oubli dans une mort au Mexique.

Mais ce qui est esquissé ici d’une façon chronologique, Plamondon le raconte parfois en revenant sur ses pas ou en anticipant et il fait intercaler par des bribes d’autres histoires, rendant compte de la vie d’autres personnes, voir même de narrateurs « Je » le temps d’un chapitre. Entre autre alors Gabriel Rivages.

Cela est intelligent et aéré à la fois. Juste que peut-être il y a de ces mini-chapitres qu’on arrive pas à placer ? Ou moins moi. Mais cela ne change pas le plaisir en général et aussi d’un coté l’admiration devant un prodige de la natation et son exploitation, sa chute… Hollywood !

Mots-clés : #biographie #contemporain #portrait
par tom léo
le Dim 28 Juil - 18:38
 
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Sujet: Eric Plamondon
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William Trevor

Le silence du jardin :
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Un manoir perdu dans une petite île au large des côtes de l'Irlande, au début des années trente, où de braves gens comme vous et moi se contentent de mener leur vie...c'est-à-dire la ratent de belle façon.
Ils sont protestants mais font bon ménage avec les catholiques du cru - ce qui n'empêche pas les préjugés et la solide bêtise d'être équitablement répartis entre les uns et les autres. Ce qui n'empêche pas non plus qu'on s'aime, qu'on souffre, qu'on regrette, qu'on espère... et que l'on s'assassine gentiment dans les coins. On marie une jeune fille qui n'est plus très jeune... On fornique en cachette en s'imaginant que l'honneur est sauf...On rêve à des amours impossibles...On fait des enfants...On meurt : tout cela dans le désordre, qui reste la grande loi de la vie. Chronique impitoyable - et tendre, pourtant - d'une grande famille sur le déclin, Le Silence du jardin n'est pas sans évoquer le climat des derniers films de James Ivory : dérision et compassion.
L'Irlande en plus : ses rhododendrons sauvages ; ses bourgs fouettés par le vent, où l'on compte trente-sept pubs pour deux mille habitants ; sa religiosité manique ; sa bière brune qui laisse un goût amer dans la bouche ; sa folie furieuse ; sa poésie si douce... En prime, l'art diabolique de Trevor qui laisse filer son récit au gré des rencontres, apprivoise tous les points de vue, partage tous les délires sans les juger...
et s'offre le luxe de nous mener par le bout du nez jusqu'à la dernière page, distillant son poison avec un art que n'aurait pas désavoué le regretté Alfred Hitchcock.

Présentation de l'éditeur.

Lecture choisie pour continuer au gré des jardins : celui-là est en Irlande. Celle des années 1930 à 1960 et c'est l'histoire de l'existence de plusieurs membres d'une même famille et de leurs domestiques. Egalement l'histoire d'une demeure et de ses jardins...
Mais dont on ne peut raconter grand chose au risque de dévoiler tout l'intérêt du récit.

Les personnages sont attachants pour certains, détestables pour d'autres et la voix de plusieurs opinions nous raconte le quotidien de cette petite communauté.
C'est une lecture mélancolique qui nous parle d'êtres qui cherchent la façon de vivre une existence au plus près de leurs motivations, au plus près de leurs espérances.

Il y a toujours une certaine nostalgie dans les récits de William Trevor peuplés d'êtres parfois bien désemparés.

Ce n'est pas mon roman préféré de cet écrivain, mais c'est , cependant, un merveilleux moment de lecture.


Mots-clés : #contemporain #viequotidienne
par kashmir
le Sam 6 Juil - 18:30
 
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Sujet: William Trevor
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Nuala O'Faolain

Best Love Rosie

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La cinquantaine passée, Rosie qui a parcouru le monde pour son travail décide de quitter celui-ci et de revenir vivre en Irlande auprès de sa tante Min qui l'a élevée.

Les deux femmes n'ont pas eu la même existence, n'ont pas les mêmes idées, et le retour de Rosie s'accompagne pour celle-ci d'une multitude de questions concernant sa vie passée et celle qui l'attend.

Je n'en dirai pas plus parce qu'il faut découvrir les choses petit à petit. Les paysages de l'Irlande, la vie de ce pays, son Histoire et la présence de l'"écrit"- des livres et des auteurs cités - font de ce roman un réel bonheur de lecture.
C'est le livre à lire quand les jours paraissent tristes et que la nostalgie envahit tout.

On en sort ragaillardi, "dépoussiéré" par le vent irlandais et plein de projet pour l'avenir !


Je n'ai pu m'empècher de murmurer en refermant ce livre, la même phrase que j'avait dite en ayant regardé La vie est belle de Franck Capra : "la vraie vie n'est pas si simple que cela...."

Mots-clés : #contemporain #famille #nostalgie #solitude #vieillesse
par kashmir
le Dim 26 Mai - 15:43
 
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Sujet: Nuala O'Faolain
Réponses: 6
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Cécile Wajsbrot

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Destruction

Honte à moi je n'arrive pas à l'auteur par la lecture du fil mais par un conseil du libraire en réponse, suite à une râlerie, échantillons à l'appui, ayant pour thème un nivellement par le bas de la production actuelle, à la question : "mais alors, un exemple, d'un auteur d'aujourd'hui, et vivant ?"

Destruction donc. Une faible anticipation, une projection qui nous entraîne avec une tonalité étrangement et étonnamment familière vers la dissolution ou destruction de notre aujourd'hui. Ou autrement une reconfiguration, voire une réécriture par un totalitarisme discret.

Le récit d'un journal audio adressé à une personne inconnue par une femme qui a pour mission de rendre compte de son présent. Un constat qui dit l'effacement du passé dans la culture, la ville, l'habitude. Disparition des livres, technologie et réseaux sociaux... des grands thèmes traités à la fois avec évidence, finesse et références et pour les deux derniers sans diabolisation.

Une "lecture monde", envoûtante par sa régularité et son homogénéité (et qui ferait une belle mine à citations ?). Une voix à la fois singulière et presque collective.

Une belle expérience, un peu flippante aussi, qui trouve beaucoup d'échos dans le paysage contemporain, ses propositions politiques, médiatiques (plus que culturelles ?) ou de "normalisation".

La possibilité d'un futur moins noir n'est pas absente pour autant et l'ouverture sur une référence-citation à Stifter...

Pour insister sur les surprises qui nous concernent plus particulièrement ici, le récit de la relation qu'on dirait trop vite virtuelle et le flottement qu'elle induit parfois entre ce qui est communiqué et le plus intime... le réconfort incertain mais palpable (ou l'inverse) qu'elle peut être, sa collectivité potentiellement très réelle. Cécile Wajsbrot n'est pas dans l'effet de manche.

Très construit, très réfléchit, intellectualisé mais aussi très sensoriel, sensitif, sensible, observateur.... ça m'a rappelé ? Potentiellement Hélène Cixous mais pas seulement ? Trou de mémoire.

C'est du solide et ça fait quelque chose de relire ce fil ouvert par Shanidar...

Mots-clés : #contemporain #journal #regimeautoritaire #romananticipation
par animal
le Jeu 23 Mai - 19:39
 
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Sujet: Cécile Wajsbrot
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Cyril Dion

Demain
Un nouveau monde en marche

(il a dû rager un peu de se faire piquer son « monde  en marche, Cyril Dion)

Tag contemporain sur Des Choses à lire 518bak10

Mais nous avons oublié un détail : est-ce que l'être humain a besoin de la nature ? Oui. Est-ce que la nature a besoin de l'être humain ? Non.
Pierre Rabhi.


En 2012, Cyril Dion « découvre », par une étude de Nature , que nous allons tous dans le mur.

"Que faire ? Mais pourquoi personne ne fait rien ? , se dit-il, c’est incroyable !"

Bien conscient qu’il ne faut pas compter sur les multinationales, ni sur les gouvernements que celles-ci tiennent pieds et poings liés, il décide, avec Mélanie Laurent,  de partir à la rencontre d’initiatives individuelles ou collectives, souvent implantées dans le local, qui non seulement créent une ambiance de pépinière, mais aussi prouvent que cela est possible, efficace, et aussi rentable. Et réussissent. Et diffusent leurs pratiques.

Et il les raconte,  persuadé que ce qui fait bouger les hommes, ce sont les récits. Il y met une sympathique naïveté feinte, qui permet de revenir aux fondamentaux dans  une volonté pédagogique, un enthousiasme déterminé qui permettent d’échapper à un côté trop catalogue, fait ressentir une réelle proximité au lecteur, traité d’égal à égal, totalement impliqué, pris en considération tant dans les carences de ses connaissances que dans ses motivations personnelles.

Thierry Salomon : « le mot "transition" est intéressant. Ce n'est pas un modèle, c'est une démarche. On part d'un certain nombre de petites expérimentations locales, qui arrivent à se bâtir dans les interstices de ce que permet l'institution, qui se reproduisent lorsqu'elles fonctionnent et, si elles ont fait leurs preuves, on crée une norme pour aller dans ce sens. Ce mouvement est intéressant car il part du bas, puis le haut raccroche les wagons pour généraliser. »


Cyril Dion mêle avec fluidité les données objectives, informations scientifiques, interviews d’experts et d’acteurs de terrain, observations personnelles. Il y met aussi une réelle  empathie, qui est l’une de ses forces, je crois, pour un réel ouvrage d’investigation populaire. Il s’introduit dans le récit, aussi humble que le lecteur,  réfléchissant à l’hôtel d’étape, cédant un temps au pessimisme pour mieux rebondir, se culpabilisant des km parcourus pour la cause en avion.
Cela donne, à côté de la rigueur de l’exercice,  une grande proximité à ce nouveau récitpour l’homme moderne qu’il nous propose, qui décide d’un optimisme (il dit bien quelque part qu'il a volontairement décidé de ne pas s'étendre sur les difficultés et les échecs).

Il finit en apothéose par la description de « son » monde idéal pour demain, écologique, citoyen, partagé, récit très utopique, il doit bien le savoir, mais  porteur d’espoirs et  ferment d’actions positives.

Spoiler:
Au niveau agroalimentaire, il rapporte les expériences de Detroit, ville économiquement ravagée reconvertie dans l' agriculture urbaine , de Topmordem en Angleterre dont les habitants ont développé Les Incroyables Comestibles, culture de fruits et légumes partagés , ou la ferme de permaculture du Bec-Helloin qui prouve sa compétitivité face à la culture intensive.

Au niveau énergétique il rapporte le scénario de transition énergétique Negawatt, qui montre que celle-ci est possible, entre décroissance du gaspillage énergétique, création d’énergies renouvelables, recherche d'autonomie, réduction d'émission de CO2 . Un pays (Islande), des îles (La réunion), des villes ( Copenhague classée n°1 des villes les plus résilientes au changement climatique, Malmö et son écoquartier prometteur, San Francisco avec l'objectif zéro déchet) se lancent à fond dans l’aventure de la transition énergétique.

Au niveau économique, en réponse à l’aberration de la croissance économique indéfinie, génératrice du pillage de la planète et des pire disparités, il évoque l’expérience d’Emmanuel Druon (dont j’ai lu Le syndrome du poisson lune) avec Pochéco,  une entreprise qui prouve au quotidien  que la performance économique est compatible avec une croissance raisonnée et une gestion écologique et humaine. Il parle des monnaies complémentaires comme celle de la  Wir Bank en Suisse ou la Bristol Pound, d’initiatives privilégiant le local., ou encore des makers et de la culture des Fab-labs, qui remplacent la consommation par la fabrication et la réparation.

Au niveau politique, il parle de la démocratie délibérative, du tirage au sort en alternative aux élections, des  ateliers constituants http://ateliersconstituants.org/ et s’appuie sur la rédaction de la Constitution Islandaise, ou les panchayat (conseils municipaux) et gram sabha (assemblées populaires) en Inde  notamment à Kuttambakkam, où le maire, par ce biais, a réussi à annihiler le système des castes et l’exclusion des Intouchables.

Tout cela ne tiendra pas sans l’éducation, bien sûr, une éducation à la coopération et non plus à la compétition, comme en Finlande où nous visitons une école.


Alors, nous, qu’est-ce que nous faisons aujourd’hui plus qu’hier pour entrer dans Demain ?

Mots-clés : #contemporain #documentaire #ecologie #economie #education #nature #politique #urbanité
par topocl
le Jeu 16 Mai - 11:50
 
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Sujet: Cyril Dion
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Michel Quint

Apaise le temps

Tag contemporain sur Des Choses à lire 51-yqt10

Je suis définitivement fan de Michel Quint. Alors oui ce n'est pas la Littérature avec un grand "L" mais c'est un auteur qui a un style plus complexe qu'il n'y paraît.
Ici il est question d'une défense de la culture et des livres. Des livres comme vecteur de liens sociaux, d'intégration, d'accompagnement dans une histoire et une Histoire qui n'est pas nécessairement la nôtre, d'accompagnement dans des codes qui ne sont pas les nôtres.
Abdel apprend la mort de sa libraire, celle qui lui a appris à lire, à écrire et qui fait de lui le prof qu'il est devenu dans un Roubaix, ville la plus pauvre de France.
Sur fond de passé algérien, de FLN et d'OAS nous apprenons les souvenirs de la grande Dame alors qu'Abdel s'occupe de ses affaires et de la libraire désormais orpheline.
Michel Quint, grâce à ce style faussement simple touche au coeur du lecteur par les émotions qu'il développe, délicates, brutes parfois, mais il touche aussi sa raison avec une critique sociale sous-jacente qui ne juge pas mais qui assume un propos et un développement.
C'est excellent, et cela devrait être étudié en classe.


*****


Mots-clés : #contemporain #guerredalgérie #immigration #social
par Hanta
le Sam 11 Mai - 8:55
 
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Sylvain Tesson

Géographie de l'instant

Tag contemporain sur Des Choses à lire Tesson11
2012 -  nouvelle édition augmentée en 2014.
Genre: notes, brèves, journal (bloc-notes, selon l'auteur) souvent publiées déjà, dans des publications éparses, comme le magazine Grands Reportages et divers autres titres de presse.
Comptez 390 pages à peu près, plutôt aérées et digestes.




Alors que M. Sylvain Tesson redoute surtout d'être décousu, il peut s'avérer redondant, carrément répétitif, mais c'est le jeu du bloc-notes, à ce jeu-là tout le monde n'est pas Mauriac, qui n'est d'ailleurs pas l'aune de la mesure du genre.

Le propos a souvent la brillance du vernis, celle qu'on s'abstiendra de gratter afin que ça luise encore, et parfois M. Sylvain Tesson nous sert d'authentiques petites succulences.

Comme celle du mandchou qui se croit d'origine française, bien jolie.

Comme Novembre 2010, notre Grand Reporter sur la frégate Ventôse abordant en Haïti après le désastre aux plusieurs centaines de milliers de morts, mais, paille dans le diamant, il l'a honnêteté de se décrire, au bout du compte, dans ce monde d'apocalypse, sur la terrasse de l'hôtel Olofsson, bière Prestige fraîche et litron de mauvais rhum, en train de bouquiner L'énigme du retour, de Danny Laferrière, franchement, même si Laferrière est brillant, haïtien et exilé, ça n'apporte rien, le coté cru y perd, même si je comprends bien le but de la démo, après la pire catastrophe, dans le dénuement le plus extrême, les gens ont aussi besoin de livres, pour étonnant que cela puisse sembler.  

Le meilleur n'est pas loin d'être dans l'addenda de la nouvelle édition, en particulier les pages sur le nomadisme, voire celles sur l'Islande.

Mais notre globe-trotteur, déplaisant rageux, n'est pas convainquant dans ses diatribes d'enfonce-portes-ouvertes, et ne nous apprend pas grand chose que nous ne savions déjà, à moins bien sûr de s'intéresser à la teneur du jet de M. Tesson: Est-il plutôt acide ou plutôt aigre ?
Il faut être Léon Bloy (qui n'est pas le moins cité par notre ambulante mitraillette à citations) pour un tel rentre-dedans sur ce ton-là, mais, c'est écrit sans abaisser M. Sylvain Tesson, convenons que c'est là un tout autre projet d'œuvre, pour une toute autre carrure littéraire.     

Ses éructations à l'emporte-pièce, son humour qui si exceptionnellement est joie, mais qui érige plutôt d'ordinaire le castigat ridendo en système, ses horribles amalgames, ses jugements péremptoires, font que ce prétendu combattant anti-beaufitude à la Cabu passe en fait d'une beaufitude à l'autre. Patatras.
Du poil-à-gratter au provo, de l'impétrant au malséant, du montreur de vertu à l'égotique.

De même, à la différence de nombreux écrivains-voyageurs de toutes époques et tous styles, il semble ne jamais s'inclure dans la critique, et, d'une façon générale, ce grand érudit ne paraît pas pratiquer l'humilité, encore moins la compter au nombre des vertus.

Curieux, si ce n'est suspect, que les enseignements, leçons, reculs, altitudes prises, quêtes intérieures, altérités comprises et tout ce qu'il prétend comme métamorphoses qu'engendre le voyage parviennent, in fine, à ça.
En plus, dans ce livre-là du moins, les moments exceptionnels de ses voyages, il y fait certes parfois allusion, mais pas le moins du monde il ne les donne à partager au lecteur, ou bien si peu.

Ses étais de discours-monologues, pour les moins toniques d'entre ceux-ci (les meilleurs sont emballants, et justifient la lecture), semblent davantage tenir par un labeur de fertilisation, consistant en un épandage de citations et de références culturelles: même si, soulignons les qualités, l'à-propos est au rendez-vous.
Du coup, faut-il s'étonner si d'aucuns, sur ce fil, lui apposèrent la pancarte hautain, collet-monté (pour le dire gentiment) ?

Son écriture à peu près 100% type presse-magazines me fait tiquer, ne pouvait-il pas saisir l'occasion du livre pour peigner un peu sa laine ?
Alors je sais, ce n'est que la moindre des choses pour une compilation de parutions-presse, et puis ça ne fatigue pas le lecteur, ça fait proche (et donc anti-collet-monté du moins dans la forme), etc...  

J'émets aussi le petit regret qu'il n'aille pas jusqu'au bout du discours eschatologique qu'il relaie pourtant en mode haut-parleur (après, peut-être le fait-il ailleurs, dans ses écrits ou ses activités télévisuelles).

Néanmoins, à le lire, je ressens souvent quelques connivences, à moins que ce ne soit des accointances.  
Spoiler:
Toujours un agrément si particulier pour moi que lire un auteur ayant le goût de la grimpe, surtout quand il n'en parle que de façon allusive.
Mais, même là, les initiés (qui doivent être une liliputienne minorité des lecteurs de ce livre) se rendent vite compte qu'à citer le Verdon, Orpierre, Pen-Hir, Fontainebleau-Les-Trois-Pignons, le Caroux, Bavella, Wadi-Rum, etc... il ne risque pas de passer pour un grimpeur de bordillos (=de rebords de fossés), autrement dit et sans en avoir l'air, au cas où un quidam ayant les codes passerait par ces pages, c'est en place pour qu'il subodore l'homme de goût, hors du commun de la couenne à trois boulons du populo dont il a dû -ou doit encore ?- pourtant tâter à l'occasion, même si tous ces endroits notoires qu'il égrène sont assez à portée du vulgum pecus tant en termes d'accès géographique que d'accès de parcours pour les voies les plus abordables (parce que dans ces lieux-là un niveau certain est assez vite proposé, dans des styles et des techniques très différents - m'as-tu-vu dans des styles différents ?).


Il m'arrive de petitement jubiler, quand il prend vraiment de l'altitude en se débarrassant de toute posture (par ex. pas quand il parle de parachutisme, quoi, pour bien me faire comprendre), même dans ses aspersion de corrosif, tout en gardant conscience que certains passages vont réjouir les uns et me débectent, d'autres fois ce sera vice-versa exemple:
Quand il pourfend la chasse, c'est -à mon humble avis- au niveau pré-ado de la charge, à se demander où est passé son talent de plume, tandis que d'aucuns esquisseront un signe de gaieté.
En sens inverse, autre exemple, pour ma part c'est un propos comme celui-ci sur le théâtre moderne que je trouve succulent et drôle, d'autres tordront le nez:
Juillet 2010 a écrit:Il y a un théâtre de plein-vent qui se distingue d'un théâtre antipoétique, porteur de messages, fermé sur sa propre parole. Entre les deux, la différence qui sépare une steppe mongole d'un parking souterrain. Lassé des productions de ce théâtre autiste post-brechtien, qui ne s'adresse plus qu'à lui-même, de ces intermittents déchirés entre le besoin de liberté et celui des points-retraite, de ces metteurs en scène qui ont mis les textes au service de leurs arrangements personnels et de ces artistes idéologisés qui confondent représentations et meetings [...]


Notre proclamé wanderer disruptif prend l'avion comme moi le vélo mais nous assène fin du monde, décroissance, déserts, déforestation de la forêt tropicale, insectes et fonds marins: comment dire ? On est d'accord sur toute cette ligne-là,
En étant bien conscients que c'est pas assez, en priant d'accepter les excuses pour le trop peu.
Humblement (voir ce mot, M. Tesson) nous effectuons au moins mal notre part du colibri (comme dit Pierre Rhabi) et même plus (mais sans dire je dirai même plus), sans le clamer sur les toits à stégophiles ni présenter une telle empreinte carbone (à quoi il répondra sans doute que c'est pour nous informer, à quoi l'on rétorquera bien, justement, fais-le, informe-nous etc..., etc...).


Sylvain Tesson, dans cet opus ?
@églantine a écrit:C'est un "sale gosse" attachant , avec un charme fou , un ego qui n'en peut plus , vif et cultivé.


Toutefois la séduction est susceptible d'opérer.
Dire si j'ai apprécié cette lecture ?
Je ne sais pas trop, il faut que je sorte le nuancier pour voir ce qu'il y a entre à la rigueur, médiocre, passable, si vous n'avez rien d'autre à lire et moyen.

Je me demande quel compagnon de bivouac il fait, surtout sur un bivouac bien galère, un qui entame dur, les nerfs à fleur de peau ?
Allez, adorable, exceptionnel, j'en jurerai.
Peut-être faudra-t-il veiller à bien planquer le flasque de Cognac tout au fond du sac-à-dos, mais ce serait bien la seule précaution.

Le mot de la fin à Shanidar, toute en mise à nu et synthèse, qui paraît avoir mis le doigt où ça ne fait pas du bien:
@shanidar a écrit:le paradoxe qui consiste à vouloir se retirer du monde tout en parlant de soi à l'infini. Il y a bien là quelque chose d'un peu patraque.





Mots-clés : #contemporain #journal #mondialisation #voyage
par Aventin
le Ven 10 Mai - 11:08
 
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Sujet: Sylvain Tesson
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Simon et Capucine Johannin

Nino dans la nuit

Tag contemporain sur Des Choses à lire Nino_d10


Nino est un tout jeune homme qui hante les rues et les nuits de Paris, poches vides, cœur battant, à la recherche d’éclats qui s’apparenteraient au bonheur. La rage au cœur il hait cette société qui ne vit que par l’argent, il va de petits boulots humiliants en petits vols rapides. Il aime la douce Lale d’un curieux amour-toujours revitalisant, trésor de tendresse dans ce monde sans pitié. Avec ses potes, à la vie à la mort, ils déchirent les nuits de leurs cris, de elurs danses, de leurs défonces.

Si le roman n’avait pas cette fin,  ce serait une romance contemporaine âpre, sauvage, magnétique, où la noirceur du quotidien n’empêche pas la douceur de l’âme de ces jeunes antihéros en galère, refusés de la vie « normal ». Il y a une beauté fébrile dans cette colère désespérée, dans cette langue crue, résolument contemporaine, à la poésie urbaine, qui claque et frappe, on prend ça en pleine figure.

J’ai douté sur la fin, cette allégeance brutale à un univers clinquant, cette démission face au fric. Qu’y a t’il donc de pire, la galère sociale en elle-même , ou les mirages et les compromissions qu’elle impose ?
On parlait naguère des romans que seule la fin « justifiait ». J’ai trouvé ici un roman insolite, innovant, prenant, auquel je dois au contraire pardonner la fin.

Mots-clés : #amitié #amour #contemporain #jeunesse #social #urbanité
par topocl
le Jeu 25 Avr - 9:26
 
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Dominique Fabre

Photos volées

Tag contemporain sur Des Choses à lire 41xkst10

C’est l’histoire d’un quinquagénaire avancé qui n’a pas réussi grand-chose dans la vie. Mal aimé par sa mère célibataire, son mariage s’est délité dans la souffrance de l’enfant non venu. Photographe de profession, il a dû abandonner son métier pour un travail de bureau sans intérêt, et le voila licencié. C’est comme un grand vide que viennent combler des visites amicales, des bières solitaires à la terrasse de cafés, des ballades, souvent nocturnes, le long de la Seine, des rencontres à Pôle Emploi; il reprend quelques photos ; il ressort son stock de milliers de photos qu’il classe et regarde, sa vie se déroule par petits bouts au gré des images, le passé répond au présent, la vie avance à tous petits pas au fil des mois.

Il y a une petite musique douce–amère dans ce bouquin, dont j’ai longtemps cru qu’il était l’image d’un désenchantement hésitant avec le désespoir, mais où au fil des pages, des petits moments, de la bienveillance de tous et de la modestie du héros, la douceur va finir par l’emporter, au moins pour un temps, et, un temps, c’est déjà ça.

On suit sans discontinuer la pensée de Jean, qui va et vient, fait des détours, rappelle des choses oubliées ou des souvenirs obsédants, observe des détails cocasses ou sans intérêt (ah ! l’importance du détail!) , s’intéresse aux autres - qui le lui rendent, un peu – et  se contente finalement de ce peu là, qui pour lui est beaucoup.

Les photos qu’il avait un temps reléguées sont la preuve que sa vie, si ordinaire, n’en était (est) pas moins une vie singulière, irremplaçable. Ce ne sont pas  les illusions perdues de la jeunesse, car il en avait finalement peu, d’illusions. C’est la vie qui passe avec son cortège de bons et de mauvais moments, l’idée que trois ans de bonheur justifient bien tout le reste, sans doute, et que le reste est finalement vivable, peut-être même un peu plus par moments, c’est déjà ça.

Le mot clé "couverture ridicule" n'existe pas?
Mots-clés : #contemporain #nostalgie #solitude
par topocl
le Mer 10 Avr - 16:20
 
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Julian Barnes

Dix ans après

Tag contemporain sur Des Choses à lire 51t6sg13

Suite de Love, etc., 1992 (titre original Talking It Over, alors que celui de 2002 est appelé en français… Love, etc. !) ‒ ce n’est pas l’éditeur qui l’aurait clairement indiqué ! et bien sûr je n’ai pas lu Love, etc. (le premier, hein…) D’ailleurs j’ai eu du mal à comprendre qui sont les personnages secondaires ; pour qui serait dans le même cas (lire ce livre avant le précédent), je précise que Mme Wyatt est la mère de Gillian (d’origine française), et Ellie une jeune collègue de cette dernière (restauratrice de tableaux). Mais le trio central, c’est Gillian, qui a divorcé de Stuart pour épouser son meilleur ami, Oliver, alors qu’ils avaient la trentaine. Stuart revient des USA, où il s’est remarié et a redivorcé, ainsi qu’eu du succès dans le négoce agro-alimentaire, tandis qu’Oliver est un cossard facétieux et dépressif qui a donné deux filles à Gillian.
Ce que Barnes représente dans ce texte, c’est donc les retrouvailles des personnages dix ans après, selon un projet littéraire qui serait sous-entendu dans ce qu’expose Stuart ici :
« Dans les romans, quelqu’un se marie et c’est fini ‒ eh bien, je peux vous dire par expérience que ce n’est pas le cas. Dans la vie, chaque fin est le début d’une autre histoire. Sauf quand on meurt ‒ ça c’est une fin qui est vraiment une fin. Je suppose que si les romans reflétaient fidèlement la vie, ils se termineraient tous par la mort de tous leurs personnages ; mais alors on n’aurait pas envie de les lire, n’est-ce pas ? […]
Mais la vie n’est jamais comme ça, hein ? On ne peut pas la poser comme on pose un livre. »

Le livre est constitué de monologues, peut-être adressés à l’auteur, et de dialogues qui se répondent. Ces soliloques et conversations sont bourrés d’humour, sans doute le plus difficile à traduire, d’autant que l’esprit est souvent idiosyncrasique d’une culture… Humour fort spirituel donc, allant des jeux de mots jusqu’à l’ironie la plus cruelle entre les deux rivaux ‒ Stuart vu par Oliver :
« Ô narcoleptique et stéatopyge individu, à l’entendement crépusculaire et à la Weltanschauung en Lego… »

« Un Anglais doté d’une Théorie, oh mon Dieu ‒ c’est comme de porter un costume en tweed au Cap-d’Agde. Ne fais pas ça, Stuart ! "Mais non, il leur faut encor / Plier leur prochain à leur volonté." Et donc Stuart, vêtu de pied en cap de laine six-fils, nage en chien parmi les nudistes en tenant le manifeste suivant entre ses canines : L’humanité elle-même doit devenir biologique ; le citadin peut revendiquer une certaine parenté avec le goret stressé ; nous devons nous griser d’air pur loin de ces redoutables sigles de pollution avec lesquels il prend plaisir à nous effrayer ; nous devons cueillir des baies sauvages et occire le lapin du dîner avec un arc et une flèche, puis danser sur la mousse humide comme dans une vision arcadienne de Claude le Lorrain. »

On découvre aussi « la loi de l’effet non voulu », le dilemme des causes endogènes ou exogènes à la dépression (héritage génétique versus vicissitudes de son vécu…) La dépression est bien décrite :
« On dit que l’alcoolisme est une maladie, alors je suppose qu’on peut l’attraper d’une façon ou d’une autre… Et pourquoi n’en serait-il pas de même avec la dépression ? Après tout, ça doit être terriblement déprimant de vivre avec une personne déprimée, non ? »

« Avant je pensais qu’il y avait quelque intérêt à être moi. Maintenant je n’en suis plus convaincu. »

« Non, c’est le hic avec tout ça… Je ne peux décrire que ce qui est susceptible d’être décrit. Ce que je ne peux pas décrire est indescriptible. Ce qui est indescriptible est insupportable. Et d’autant plus insupportable que c’est indescriptible. »

« Non pas que je croie à l’âme. Mais je crois à la mort d’une chose à laquelle je ne crois pas. »

Julian Barnes, un des plus francophiles et pourtant parfaitement britannique parmi les auteurs de langue anglaise, est aussi un profond observateur de la société :
« En fait de héros il n’y a plus que ce pâle ersatz, le "modèle". On n’aspire plus à l’individualisme, on aspire à représenter une catégorie. »

Question cuisine, on parle sandwich frites-beurre et curries (Oliver), mais aussi risotto et même une exceptionnelle frittata (Stuart) que j'ai sauvegardée dans les Recettes culinaires et littéraires.
Barnes ne précise pas le genre de ce texte (si l’éditeur a respecté sa volonté), qui effectivement n’est pas tout à fait du roman.
A propos, quand on aura sauvé la planète et mené à bien toutes nos saines revendications, il faudra mettre la pression sur les éditeurs pour qu’ils se résignent à une éthique les obligeant à indiquer sur la couverture qu’ils publient la suite d’un autre livre !


Mots-clés : #contemporain #famille #humour #social
par Tristram
le Mar 9 Avr - 1:07
 
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Sujet: Julian Barnes
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Cyril Dion

Petit manuel de résistance contemporaine

Tag contemporain sur Des Choses à lire 41epdd10

En fin d'année, ce livre  était sur toutes les banques des librairies,en  grosses piles,comme les chewing-gums à la caisses des supermarchés, et ce procédé marketing m'a un peu irritée, Mais le livre me faisait  bien envie, quand même.
J'ai résolu mon problème de conscience en l'offrant tout bêtement à ma mistonne, qui me l'a ensuite refilé.

C'est un petit bouquin  qui répond opportunément  à la logique d'engagement de Martin Hirsch dans La lettre perdue que je viens de lire, qui cherche à rallier du monde, à expliquer pour convaincre.

Cyril Dion commence par tracer un portrait de l'état de la planète et de l'avenir qui nous attend dans un premier chapitre qui s'appelle de façon engageante « c'est pire que vous ne le croyez. » (et c'est bien le cas). Histoire de bien faire comprendre à quel point on a quand même un peu intérêt à se  bouger les fesses.

Il explique ensuite comment on en est arrivé là, sous la triple pression de l'argent triomphant, (d'où la (nécessité de supporter un travail débilitant),  du divertissement envahissant (8 heures d' écrans de divertissement par jour pour un Américain moyen ! avec ce que cela implique de captation de temps, d'énergie et d'empathie) ; et de soumission aux lois sous prétexte de sécurité.

Il explique que certains s'en foutent royalement, d'autres pensent que le petit geste quotidien est dérisoire et inutile dans cette situation de toute façon  désespérée et qu'il faut se concentrer sur la recherche de solutions post-apocalyptiques, et que d'autres enfin, dont il fait parti, sont adeptes de la méthode du colibri.Celle-ci, outre ses effets propres, permet la mise en place d'un climat, d'une dynamique se fixant des objectifs atteignables, qui peuvent peut-être paraître dérisoire, mais comme vous le savez, les petits ruisseaux font les grandes rivières.

L'objectif est  l'émergence de mouvements de désobéissance civique pacifiques, de contre-pouvoirs parmi lesquels les villes semblent émerger face au pouvoirs plus centraux et aux multinationales, pour mettre en place des solutions qui commencent à émerger sérieusement et pourraient à terme bouleverser notre paysage politique et écologique.

C'est très bien expliqué, argumenté, facile à lire pour toucher le plus grand nombre, et si cette semaine, j'ai enfin fabriqué la lessive au lierre dont j'avais la recette depuis pas mal de temps , planté quatre salades bio dans mon mini jardin, acheté des ferments pour faire mes yaourts, ce n'est sans doute pas un hasard.


Mots-clés : #contemporain #ecologie
par topocl
le Mar 2 Avr - 20:36
 
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Steve Tesich

Karoo

Tag contemporain sur Des Choses à lire Karoo_10

New York, puis Los Angeles, 1991 (livre publié en 1998) ; le narrateur, Saul Karoo, la cinquantaine, vit à l’aise de la réécriture de scénarios et du redécoupage de films pour Hollywood, en la personne notamment du puissant producteur Jay Cromwell. Lâche et dépravé, il est en cours de divorce avec Dianah, ne parvient pas à consacrer du temps à leur fils adoptif Billy, et l’alcool ne lui faisant plus d’effet, il en est réduit à simuler l’ivresse…
« Je devais me forcer à me souvenir, tout en attendant que Dianah apparaisse, que c’était de l’eau que je buvais et non de l’alcool, et qu’on ne devait s’attendre à aucun signe d’ivresse de ma part. La force de l’habitude était telle que le simple fait de tenir un verre avec des glaçons à la main me faisait immanquablement me glisser dans le rôle du malheureux ivrogne. Je ne m’attendais pas à cela. Il y avait apparemment des symptômes de manque même lorsqu’on n’était plus accro à autre chose qu’à soi-même. »

Voilà un nouveau spécimen de ces quelques livres brillants (ceux de Philip Roth, Sinclair Lewis, John Updike, Wallace Stegner, etc.) qui observent avec clairvoyance et rendent avec humour la société nord-américaine dans tous ses travers (donc la nôtre plus ou moins, compte-tenu du décalage de l’influence états-unienne sur nous).
« La plupart des horreurs commises à mon époque (voilà que je tournais au philosophe) n’étaient pas l’œuvre d’hommes mauvais déterminés à commettre des actes mauvais. C’étaient plutôt les actes d’hommes comme moi. Des hommes avec des critères moraux et esthétiques d’un ordre supérieur – quand cela les prenait. Des hommes qui savaient distinguer le bien du mal et qui agissaient pour le bien, quand ils étaient dans cet état d’esprit. Mais des hommes qui n’avaient pas d’amarres pour maintenir ces convictions et ces critères en place. Des hommes sujets aux humeurs et aux vents changeants, condamnés à se retourner complètement quand une autre humeur, contradictoire, leur tombait dessus. Ils trouveraient toujours, ces hommes lunatiques, une façon de justifier leurs actions et d’en assumer les conséquences. La terminologie qu’ils utilisaient pour justifier leurs crimes était, pour une large part, le fondement de ce que nous appelons l’Histoire. »

« Désormais, toutes les guerres ne seraient plus tournées que vers la destruction de l’intimité. Les guerres, grandes ou petites, civiles ou pas, étaient des attaques collectives contre la vie privée. Il faudrait encore de très nombreuses années avant que l’humanité soit totalement libérée du joug de l’intimité et que le souvenir de son existence soit même effacé. »

Ainsi, les poncifs (yankees, mais donc pas que) sont revisités avec une subtile perspicacité : divorce, mensonge, parades rituelles viriles et misogynes du pouvoir social, la notion du Mal (que Tesich qualifie pertinemment de « monolithique »).
Divorce :
« Parler divorce avait toujours cet étrange effet de nous faire sentir plus proches l’un de l’autre que nous ne l’avions jamais été durant notre mariage, mis à part le bref moment où Billy est entré dans nos vies. Parler divorce faisait ressortir le meilleur de nous-mêmes. Nous essayions de surpasser l’autre en attentions, en générosité et en considération. Nous partagions nos visions respectives du genre de divorce que chacun de nous voulait. Amical, certes, mais plus encore qu’amical. Beaucoup plus. Tendre, riche de sentiments profonds, plein d’amour, tel était le genre de divorce que nous avions en tête. Quinze minutes et trois cigarettes plus tard, nous en parlions encore. Plus nous parlions divorce, plus nous avions l’air mariés. Et non seulement mariés, mais encore heureux en mariage. »

« Même si je n’aime plus Dianah, je n’ai pas le cœur de la faire souffrir. Et elle souffrirait si j’arrêtais de boire. Elle a investi tant de temps et d’énergie à populariser le mythe selon lequel mon alcoolisme était le grand responsable de l’échec de notre mariage que cesser de boire maintenant passerait presque pour un geste d’hostilité. Que je montre la moindre amélioration dans ma vie depuis l’échec de notre union friserait la méchanceté. Bien que je sois accablé de maladies et de traits de caractère répréhensibles, la méchanceté n’en fait pas partie. Je sais donc que la meilleure chose que je puisse faire pour elle, c’est soutenir le mythe selon lequel je suis un alcoolique invétéré. Je me dis que je lui dois au moins ça. »

Mensonge (et c’est piquant à lire en période de post-vérité) :
« Maintenant ce sont les mensonges que nous racontons qui, seuls, peuvent révéler qui nous sommes. »  

« Il me ment, bien entendu. Mais il le fait à sa façon. Il veut que je sache qu’il ment. Il veut que je sache que chaque mot qu’il prononce est un mensonge éhonté. Assis en face de lui, je me sens désespérément démodé, sans aucun contact avec les tendances actuelles. Lorsque je mens, j’essaie toujours de duper les autres et leur faire croire que je dis la vérité. Quand Cromwell ment, il affirme qu’il n’y a pas de vérité. »

« Il ne se contente pas de mentir à Saul. Il veut que Saul sache qu’il est en train de le faire. Cette façon de mentir, ça devient un genre de vérité. Une vérité cromwellienne. Une anti-vérité. »

Rites du pouvoir mâle :
« Toutes les filles assises à notre table étaient jeunes. La jeune Asiatique, la compagne de Cromwell, était plus jeune que les trois autres, mais Laurie était encore plus jeune qu’elle.
C’est moi qui avais la plus jeune, donc.
La jeunesse de Laurie fut ainsi transformée en un bien de consommation, un bien que je possédais.
C’était moi qui détenais sa jeunesse, pas elle.
Ma popularité, à cette table, était en pleine ascension. »

Le Mal :
« La réponse à laquelle je parviens est la suivante : le Mal monolithique est irrésistible parce qu’il met en jeu la possibilité de l’existence de la bonté monolithique comme force compensatrice. Je ne deviens conscient de cela que lorsque je suis en compagnie de Cromwell. Le Mal qui est en lui permet la bonté. »

Il y a d’autres leitmotive, comme les assurances santé ou le goût de se mettre en spectacle, qui donnent son unité au texte. Intéressantes réflexions, par exemple sur les balles perdues comme arbitraire :
« Moi-même, j’avais probablement déjà joué le rôle de la balle perdue et je jouerais probablement à nouveau ce rôle dans la vie de quelqu’un. Et quelqu’un le jouerait dans ma vie. Cela paraissait inévitable. Les lois de la probabilité étaient assez méticuleuses, mais l’improbabilité n’obéissait à personne et pouvait évoluer sans limite dans l’univers. »

« Je n’étais plus, me rendis-je compte, un être humain, et cela faisait probablement longtemps que je n’en étais plus un. J’étais devenu, au lieu de ça, un nouvel isotope d’humanité qui n’avait pas encore été isolé ou identifié. J’étais un électron libre, dont la masse, la charge et la direction pouvaient être modifiées à tout moment par des champs aléatoires sur lesquels je n’avais aucun contrôle. J’étais l’une des balles perdues de notre époque. »

À pratiquement trente ans de différence, on mesure combien ça reste pareil quand ça change en matière d’actualité :
« Les sans-abri deviennent un vrai problème. Il y en a de plus en plus. C’est une décennie nouvelle, et il y a aujourd’hui une nervosité nouvelle face à ce vieux problème.
Le racisme augmente sur les campus universitaires. Les crimes de haine augmentent aussi. »

L’intrigue du roman ne permet pas de le résumer à cette lucide analyse : on y trouve une vraie histoire, où le réparateur de scripts anti-héros va tenter de jouer les démiurges. Mais on devine peut-être trop évidemment les rebondissements, et il m’a semblé que la narration s’essouffle à mi-parcours…
J’ai déjà évoqué l’humour ; il m’a été particulièrement sensible dans les passages de psychologie de bazar.
Le style du récit (qui doit à la cinématographie dans la structure et les plans) sert excellemment le propos.
« Aucun des personnages des scripts que j’ai réécrits n’apparaît qu’une seule fois. Au départ, la seule raison de leur existence, c’est de pouvoir revenir par la suite. Leur seule raison d’être, c’est de réapparaître au bénéfice d’un autre. »

De belles métaphores, dont :
« Tout cela rebondit dans ma tête comme un bout de carotte dans un mixeur Cuisinart. Mais, à force de rebondir, il devient de plus en plus petit et finit par perdre toute signification. Il va rejoindre la liste d’autres inquiétudes, pensées et visions, dans la soupe psychique de mon esprit. »



Mots-clés : #contemporain #social
par Tristram
le Mar 2 Avr - 0:53
 
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Sujet: Steve Tesich
Réponses: 19
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Garth Risk Hallberg

Vies et mœurs des familles d'Amérique du Nord

Tag contemporain sur Des Choses à lire 511cz210

Au départ deux bonnes idées
- Faire un roman de l'Amérique ordinaire, celle de la classe moyenne, des voisins et des barbecues, à travers l'histoire de deux familles mitoyennes et des événement banaux qui rythment leurs vies: divorce, enterrement, amours adolescentes, fiston qui se drogue, fille pom-pom girl, première voiture où oh surprise a lieu la première pipe, accident etc...
- Pour cette idée ordinaire, choisir un mode de présentation atypique fait de textes de moins d'une page, couronnés de titres classés par ordre alphabétique, en dépit de la chronologie. Le lecteur est invité à voyager soit dans l'ordre de présentation, soit en fonctionnant par des hyperliens énumérés à la fin de chacun des textes (soit de façon totalement aléatoire précise l'auteur)
Et voila donc 100 livres possibles, aux épisodes identiques, mais que le lecteur découvre dans un ordre dont il est le décideur.

A l’arrivée, un livre visuellement très réussi, les pages ressemblent à des pages de vieux livres ou cahiers, et chaque texte est illustré d’une photo. c’est très soigné, jusqu'à la première page, fac similé d'une vieille carte de bibliothèque glissée dans sa pochette collée, les vieux me comprendront. C'est juste dommage que les textes ne soient pas toujours à la hauteur, mais n’était-ce pas aussi prévisible ? Car au final, la banalité n'est jamais que banale. Et le roman une forme plus avancée de littérature que la liste.

On se retrouve donc avec un très bel objet un peu creux.


Mots-clés : #contemporain #famille #viequotidienne
par topocl
le Mar 12 Mar - 20:06
 
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Sujet: Garth Risk Hallberg
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Raymond Carver

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Les vitamines du bonheur

Un recueil de petites nouvelles, de petites tranches de vie à l'américaine. Des histoires de couple que tu lis, un verre à la main. Ou en pensant au déjeuner, accompagné d'un verre de lait. Ou aux gens que t'as pas envie de voir. Tu passes à la suivante qui ne change pas trop, un peu le paysage. Tu peux de resservir un verre si tu veux chérie.

C'est morne. C'est un peu beau quand on y promène un regard désabusé et pas trop empathique mais c'est un peu plat. Littérature américaine débarrassée de ses excès qui ne révèle pas grand chose.

Je ne sais pas trop ce qui m'a le plus manqué pour ne pas avoir l'impression de lire de petits portraits de genre un brin forcés. Tout n'est pas forcément à jeter mais j'y suis globalement indifférent.

(Et c'est dégueu l'idée du grand verre de lait avec le steack et les patates ou je ne sais pas quoi ? Encore plus en étant déjà bourré ?)


Mots-clés : #contemporain #nouvelle #viequotidienne
par animal
le Ven 8 Mar - 9:45
 
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Sujet: Raymond Carver
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François Bégaudeau

En guerre  

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Dans cette ville où nul ne sait bien pourquoi il reste, il y a Romain, travailleur culturel bobo, nonchalant, mais sûr de sa mission, un homme qui parle, qui pense, sûr de ses certitudes comme de son incapacité à agir dans leur sens. Et il y a Louisa, jeune femme que seul le combat maintient à flot, scannant des articles à l’entrepôt d’Amazone, qui voit partir à la dérive la petit bonheur pavillonnaire quand son conjoint, aimablement éjecté d’une multinationale qui a mieux à faire en Slovaquie, endosse le rôle du perdant.

Rien de commun entre ces deux là, mais les circonstances vont les mettre face à face, puis dans le même lit.
Et les conséquences seront dévastatrice, dans une explosion de violence qui va les remettre en question, mais chacun à sa façon, la rencontre n’a finalement pas changé grand-chose.

Et, après Leurs enfants après eux,  me voilà repartie dans un roman social. A ce détail près qu’on n’est plus en Lorraine mais à Amiens, ce qui en matière d’emploi, n’est guère mieux, les héros de Bégaudeau pourraient, si on compte bien, être ceux de Nicolas Mathieu, quelques années plus tard.

Même veine sociale, même idée bien ancrée du déterminisme social, donc, mais pas du tout le même livre, pas du tout.
Ici, quelque chose de plus malin, de plus fin, de plus créatif. Une façon de raconter ce que Mathieu expliquait. La justesse est soutenue par l’humour et par une ironie feutrée, décalée. Et cela autorise une apothéose mi-onirique, mi-visionnaire, mi-poétique. Une improbable, mais délectable et tordante victoire des petits. Cependant Bégaudeau n’est pas dupe, chacun retrouve finalement sa place , comme chez Mathieu.  Je n’en dis pas plus, mais le scénario est plein d e bonnes idées, s’ouvrant à d’autres personnages qui enrichissent l’habile description de cette classe moyenne provinciale si multiple.

C’est extrêmement malin, direct, rapide et réfléchi tout à la fois.  Il y a cette  portée intemporelle: c’est un conte du prince charmant et de la pauvresse. Mais ils ne seront pas heureux et n’auront pas beaucoup d’enfants : on est au XXIème siècle, quand même. Le roman s’implante dans une géographique, la ville, les banlieues, les rocades, le McDo, la Halle aux vêtements, qui lui donnent une  proximité immédiate. Il s’inscrit dans le temporel, les événements passent au loin,  attentas, Nuits debout, Trump, sans envahir, messages furtifs, mais terreau d’une façon de penser et d’agir. C’est donc aussi un roman d’ici et de maintenant, un roman d’aujourd’hui, clairvoyant, qui parle  sans concession mais sans jugement, avec une empathie dont le désespoir  est voilé par la lucidité, de gens que je connais, de leurs histoires, de leurs vies.

mots-clés : #contemporain #mondedutravail #social #vengeance
par topocl
le Sam 26 Jan - 16:08
 
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Sujet: François Bégaudeau
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