Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 6 Avr - 8:18

199 résultats trouvés pour autobiographie

Evguenia Guinzbourg

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Le vertige Tome 1

« L’année 1937 commença, en vérité, à la fin de 1934, très exactement le 1er décembre 1934.
À 4 heures du matin, le téléphone sonna. Mon mari, Pavel Vasilevitchi Axionov, membre du Secrétariat du Comité régional du parti de Tatarie, était en mission. De la pièce à côté me parvenait la respiration régulière des enfants qui dormaient.
— Rendez-vous à 6 heures au Comité régional, bureau 38 !
C’est à moi, membre du parti, qu’on l’ordonnait »


Evguénia (Jénia) est accusé de ne pas avoir dénoncé le Trostkyste Elvov avec qui elle travaillait et qui a été arrêté. Ce dernier la prévient « vous ne comprenez pas les évènements qui viennent pour vous ce sera très difficile ». Ce le fut.

« — Mais il avait toute la confiance du Comité régional. Les communistes l’avaient élu membre du Comité urbain.
— Vous deviez signaler que l’on commettait une erreur. C’est bien pour cela que vous avez reçu une éducation supérieure et un titre académique.
— Mais a-t-on dès à présent prouvé qu’il était trotskyste ?
Cette naïveté provoqua une explosion de sainte indignation.
— Il a été arrêté, oui ou non ? Pensez-vous peut-être qu’on arrête sans disposer de faits précis ? »


Arrestation, procès où les accusés doivent se repentir de ce dont on les accuse, c’est-à-dire tout et n’importe quoi puisque la réalité est la fausseté des accusations.

« se frappant la poitrine, les coupables criaient bien haut qu’ils avaient fait preuve de myopie politique, qu’ils avaient manqué de vigilance, qu’ils s’étaient montrés conciliants à l’égard d’individus douteux, qu’ils avaient porté de l’eau au moulin du coupable, qu’ils avaient fait preuve de libéralisme pourri. Ces formules, et bien d’autres du même genre, retentissaient sous les voûtes des édifices publics »

« Après chaque procès, les choses allaient plus mal. Bientôt se répandit la terrible accusation d’« ennemi du peuple ». Par une logique infernale, chaque région et République devait avoir son quota d’« ennemis » pour ne pas se montrer en retard sur la capitale ».

Sommée de rendre sa carte du parti communiste, qu’elle gardait précieusement, lui est retiré le droit d’enseigner et arrive l’année 1937 où elle est convoquée au « Lac Noir », se suivront l’internement dans plusieurs prisons, le procès : Evguenia ne s’est jamais repentie, elle fut condamnée à 10 ans ! En isolement pendant 3 ans à Laroslavl d’où elle fut envoyé à Kolyma.

Que ce soit en prison, à l’isolement, au cachot disciplinaire Evguenia récitait à haute voix quand s’était permis ou dans sa tête les poèmes d’Essénine, Maïakoski, Nekrassov…….la poèsie, la littérature la soutenaient.
Déjà avant leur départ en train portant mention « outillage spécial »(elles les incarcérées) Jénia et les autres détenues avaient pu avoir des nouvelles de l’extérieur, les bourreaux devenaient à leur tour victimes. Que d’ennemis du peuple , l’année 1937 en était fructueuse !!

Vous pouvez suivre le parcours de Jénia d’après les extraits qui suivent :

« Parfois le convoi, obéissant à je ne sais quel ordre supérieur, s’arrêtait des journées entières. Pas le moindre souffle d’air ne pénétrait dans notre fourgon, qu’envahissait en revanche une terrible puanteur. La porte était fermée hermétiquement. Nous avions l’ordre de nous taire, même lorsque le train était arrêté en pleine campagne. »
Camps de transit  de Vladivostok: « Carcérales »… Les affreuses bêtes qu’on appelle « carcérales »… Nous traînerons avec nous cette définition, comme un poids écrasant, pendant près de dix ans. Nous sommes les plus méchantes des méchantes, les plus criminelles des criminelles, les plus malheureuses des malheureuses ; le comble du mal. »

Avec un cynisme qui désarmait et qui n’étonnait plus personne, le médecin du camp faisait son « diagnostic » d’après la condamnation. Les travaux forcés les plus durs, qui exigeaient une santé de « première catégorie », étaient réservés aux « politiques.
« Bizarrement, ce nom de Kolyma qui terrorisait tout homme libre, non seulement ne nous effrayait pas, mais éveillait en nous une espérance.
— Si nous pouvions partir bientôt !
— À Kolyma, au moins, nous mangerons à notre faim.
— Le froid et le gel sont préférables à cet étouffement ! »


Sur le Djourma – le bateau qui emmène à Kolyma, embarque aussi les femmes du « milieu » :

« Ce n’étaient pas des garces banales, mais l’extrême du monde de la délinquance : des récidivistes, des homicides, des perverses, des maniaques sexuelles. Aujourd’hui encore je suis fermement convaincue qu’on ne devrait pas reléguer ce genre de femmes dans des prisons ou dans des camps, mais dans des hôpitaux psychiatriques. Lorsque je vis s’engouffrer dans la cale cette horde aux visages simiesques, ces corps à moitié nus et tatoués, je crus qu’on avait décidé de nous faire exterminer par des folles. »

Poème d’Essénine :
« Pas de chance, aujourd’hui,
Madame la mort ! Au revoir.
Jusqu’à la prochaine. »

A Magadan : Pour Jénia travail de « droit commun » à l’hôtel, puis au réfectoire, elle récupère. Elle a la chance de trouver des « aides », la répartitrice des travaux (contre un manteau), le cuisinier sourd, un médecin.

Arrive un convoi d’hommes : « « Il y a parmi nous un gars de chez vous, oui, de Kazan… C’est la fin. Il ne tiendra pas jusqu’à ce soir. Il a su qu’une femme de Kazan travaillait au réfectoire et il m’a envoyé demander du pain. Pouvez-vous lui en donner ? Avant de mourir, il voudrait au moins manger à sa faim. Il s’agit d’un de vos compatriotes. Vous qui êtes au réfectoire…
« — Tenez, fis-je en lui tendant ma ration. Et donnez-lui un salut de ma part. Attendez ! Comment s’appelle-t-il ?
— C’est le major Elchine. Il travaillait au N.K.V.D., à Kazan.
Je laissai tomber le morceau de pain. Le major Elchine !
Voilà le pain. Donnez-le lui… Attendez ! Dites-lui seulement qui le lui envoie. Rappelez-vous mon nom, et dites-le lui.


C’était l’enquêteur qui avait estimé « ses crimes » ! Le bourreau était à présent victime !

A l’abattage des arbres, départ vers Elguen !

« — Vous avez trois jours pour vous entraîner. Pendant ces trois jours, la nourriture vous sera distribuée sans tenir compte de la norme. Après, on vous la distribuera en proportion de votre travail. Vous mangerez autant que vous abattrez.
Pendant trois jours, Galia et moi, nous tentâmes l’impossible. Pauvres arbres ! Comme ils souffraient sous nos coups maladroits ! »

« À partir de ce jour, celles qui n’atteignaient pas la norme – c’était le cas de toutes les « politiques » tirées de prison, sans exception – furent, au retour du travail, conduites non plus dans les baraques, mais directement au cachot. Il est difficile de décrire ce cachot disciplinaire. C’était une petite baraque sans chauffage et qui ressemblait à des latrines publiques : il était absolument interdit d’en sortir et aucun seau n’y avait été installé. »

« Un jour de mai, alors que j’étais occupée à couper les nœuds d’un mélèze que nous venions d’abattre, je vis pour la première fois, près d’une souche fraîche, dans la vapeur de la glace qui fondait, un petit rameau de myrtilles conservé sous la neige, un vrai miracle de fragilité, une création parfaite de la nature. Il portait six baies d’un rouge presque noir, si délicates qu’on avait le cœur serré à les regarder. Comme tout ce qui est trop mûr, les baies tombaient au moindre contact. On ne pouvait les cueillir sans qu’elles fondissent entre les doigts. Mais en se couchant par terre, sur le ventre, on pouvait les manger directement à même la branche. Je les saisis de mes lèvres sèches et crevassées par le vent, et les pressai une à une entre ma langue et mon palais. Elles avaient une saveur indescriptible : celle d’un vin qui « bonifie en vieillissant ». La saveur acidulée des myrtilles ordinaires n’est en rien comparable à l’arôme enivrant de ces baies que les souffrances endurées pour surmonter l’hiver rendaient encore meilleures. Quelle découverte ! Je mangeai les fruits de deux branches, à moi toute seule. Et ce n’est que lorsque j’en découvris une troisième, que je redevins un être humain, capable de solidarité ; je criai, agitée :
— Galia ! Galia ! Jette ta hache et viens vite ! Regarde… J’ai rencontré « du raisin aux larmes d’or ».


« — On t’envoie à la maison d’enfance. Tu y seras infirmière, me dit d’un ton aimable le jeune soldat qui était venu nous chercher.
Je l’aurais embrassé.
Pendant le trajet, notre remorque se détacha du tracteur et tomba dans le canal qui, bien que nous fussions en juin, était gelé. Mais comment donner de l’importance à cet épisode ? Encore une fois, j’avais échappé à la mort. »


La suite dans le Tome II.

C’est une excellente lecture, nous découvrons le terrifiant régime stalinien, le destin de la personne accusée d’être un « ennemi du Peuple », des premiers instants où on s’interroge d’une convocation, puis où on commence à craindre, l’arrestation, le procès, la condamnation.

L’auteure en racontant son drame personnel montre également celui de ses compagnes de tout horizon, de toutes opinions politiques : des socialistes révolutionnaires, des communistes, des trotkystes ……
En fond la société dans les années 30 et le rappel des évènements internationaux (la guerre d’Espagne…)


Mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Sam 28 Mar - 0:08
 
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Sujet: Evguenia Guinzbourg
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Sylvain Tesson

Tag autobiographie sur Des Choses à lire CVT_Une-tres-legere-oscillation_5296




Ah....décidément j'adore Sylvain Tesson !

Voici son journal tenu de 2014 à 2017....petit livre de quelques 200 pages...mais quel délice !

Plein d'humour, de réflexions philosophiques auxquelles j'adhère pour la plupart, sur l'état de notre société, sur la politique, etc... de citations (quelle culture) et bien entendu quelques pages sur ses randonnées et ses escalades un peu partout.... " Agir, c'est connaître le repos" Fernando Pessoa ..Le livre de l'intranquillité. Je suis tout à fait d'accord avec cette pensée....et lui aussi visiblement Laughing

Il y relate également son terrible accident, tombé du toit d'une maison d'un ami, ayant quelque peu abusé du vin de Savoie ( il ne fréquente visiblement pas les bars à eau) mauvaise réception sur le dos, crâne ouvert, une vingtaine de fractures et 4 mois d'hôpital..rééducation : escalader les marches de la Tour Eiffel et ensuite celles qui mènent aux Tours de Notre Dame... 450 marches !!!! Quelle énergie et quelle force !


Bref, je vous laisse découvrir les pensées de ce grand voyageur....et quelques uns de ses aphorismes...et réflexions :


Une troisième voie : Face à l'accident, il ne faut exprimer ni révolte ni résignation. Il conviendrait plutôt d'inventer un nouveau solfège de l'existence. Une manière de continuer le voyage en compagnie d'une deuxième personne : la faiblesse.

Never complain : La pathologie des malades est de s'appesantir sur leur mal, ne parler que de leurs tracas. Le commentaire permanent de nos maux finit par les entretenir. Si l'on veut guérir, il faut mépriser la souffrance, la considérer avec désinvolture, ne jamais la nommer.


Il est plus intéressant de boire un verre avec les paumés, les errants, les hommes dans le doute. Les gens qui ont raté leur vie, en général, réussissent bien leurs soirées.

Etant donné l'état d'abrutissement dans lequel la fréquentation de la télévision plonge l'humain, il est heureux que l'invention du petit écran soit advenue après des conquêtes telles que l'aiguille à coudre ou l'imprimerie, dont les découvertes respectives n'auraient pas été possibles si la télé leur avait préexisté !

Un fleuve bordé de saules pleureurs est-il une rivière de larmes ?

La nuit tombe, le vent se lève, l'hiver avance : qui se tient encore tranquille ?

Y-a-t-il des hommes qui se sont pendus de n'avoir pu se jeter au cou d'une femme ?

Pour l'animal, l'homme est le criminel en liberté.

Enterrement : toute vie se termine par une séance de spéléologie


Un vrai régal, ce journal Smile Smile


Mots-clés : #autobiographie #journal #voyage
par simla
le Dim 15 Mar - 23:28
 
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Sujet: Sylvain Tesson
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Elias Canetti

Histoire d’une jeunesse : la langue sauvée

Tag autobiographie sur Des Choses à lire La_lan10

C’est un beau livre autobiographique  d’un de ces intellectuels humanistes polyglottes de la Mitteleuropa, balloté par les évènements chaotiques du XXe siècle.
Cela commence en Bulgarie dans une famille aisée de commerçants Juifs Séfarades, ça continue à Londres, puis Vienne, puis Zürich. Ce premier volume se clôt sur la fin de l’adolescence et le départ vers l’Allemagne.
Dreep en a très bien parlé. L’écriture est classique, fluide avec parfois un petit côté lénifiant. Les premiers épisodes se font sous forme de bribes réchappées du passé, c’est peut-être la partie que j’ai le plus apprécié, puis le récit se densifie pour offrir un portrait vivant des lieux et de leurs habitants. C’est sensible tout en étant remarquablement documenté.
Elias parle un espagnol particulier, celui des Juifs exilés d’Espagne, comprend le turc, apprend l’anglais puis l’allemand. Cette richesse linguistique s’accompagne d’un élargissement culturel en proportion.



Mots-clés : #autobiographie #enfance #premiereguerre
par ArenSor
le Jeu 12 Mar - 18:52
 
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Sujet: Elias Canetti
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Charles Plisnier

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Livre-10

Faux passeports

Quatrième de couverture a écrit:Il y a des œuvres dont le temps révèle la vérité. Faux passeports est de celles-là. Ce roman rend compte, en effet, de la destruction d’une espérance collective dont l’éclatement de l’empire soviétique, plus de cinquante ans après, a illustré l’ampleur et la tragédie. Convaincu de trotskisme et exclu du Parti communiste lors du congrès d’Anvers en 1928, Charles Plisnier s’est inspiré de son itinéraire personnel pour écrire cette suite narrative dont les personnages – mus, torturés, divisés par le même idéal – prennent aujourd’hui un relief singulier, une étrange épaisseur.

espacenord.com


Des nouvelles réunies d'une part par leurs attaches autobiographiques : personnages rencontrés et "déception communiste" mais d'autre part et d'abord par leur tonalité partagée. Le narrateur "qui n'est pas je" mais cependant toujours le même et lui raconte la déception, le doute, l'inachèvement de l'engagement dans le combat politique. Mais c'est aussi une fascination pour le dépassement, le dévouement inhumain à la cause et aussi des faits très durs : assassinats, exécutions, tortures. Et le plus souvent des couples, des doubles, l'impossible mélange, conflictuel, de l'intime et du plus grand.

Sans complaisance, comme pour certains positionnements qu'il refuse si on peut dire, critique, combat (encore). Pour autant il n'est pas vengeur et derrière la distance nécessaire entretenue par une écriture classiquement travaillée il y a beaucoup d'empathie, d'effroi aussi, et de regrets devant une révolution qui plus que de l'avoir abandonné en route s'est d'abord perdue elle-même.

Assez dur, complexe, pas confortable mais sincère et hanté. On peut y lire un témoignage à peine déguisé et y trouver des perspectives historiques multiples mais ça serait mettre au second plan l'humanité et ses élans profonds. Enfin, pas simple à appréhender cette tranche d'histoire vivante et très personnelle.


Mots-clés : #autobiographie #identite #politique #revolution
par animal
le Lun 2 Mar - 21:06
 
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Sujet: Charles Plisnier
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Erri De Luca

Les poissons ne ferment pas les yeux

Tag autobiographie sur Des Choses à lire De_luc10
Titre original: I pesci non chiudono gli occhi, paru en 2011, 2013 pour la traduction française.
115 pages environ.



Le thème-marronnier de l'autobiographie sur l'enfance, "j'ai dix ans", est-il assez éculé ?
À rebattre ces halliers de grand passage littéraire, ce qu'un auteur risque principalement consiste à prendre un dossard anonyme et concourir malgré lui au petit jeu des comparaisons, jamais sûr de se tirer pas trop égratigné d'un thème si commun et parfois frelaté.

Erri de Luca sort à son avantage d'un tel exercice, évitant certains écueils usuels, tels l'apologie de sa petite personne ou les grandiloquences sur l'âge d'enfant.

Sa manière d'écriture -son style- est assez foisonnante, donnant dans l'enjolivure avec un je-ne-sais-quoi d'humour narquois laissé à la poussière des recoins du livre.  
Y affleurerait un soupçon de tendresse réprimée qu'on ne serait pas surpris, si un jour l'auteur consentait à cet aveu.
Ne vous fiez pas trop à l'extrait ci-dessous, choisi pour participer à la conversation embryonnaire sur Erri de Luca.
C'est, dans l'ensemble, assez ramassé, et truffé de singularités.

Ce que cela conte ?
L'affaire s'engage assez mal, le glissando amenant d'emblée à une sorte d'altérité de l'enfant Erri de Luca (aïe, aïe, aïe, encore un qui va s'affirmer si singulier que ça va justifier de noircir toutes ces pages-là et d'en faire un bouquin).      

Puis le père absent, la sœur étrangère, la mère proche sans fusion, la grand-mère surgissant parfois en arrière-fond de propos.
Une île, proche de Naples, une fin d'été - septembre.
Les premiers coups reçus, la fréquentation des pêcheurs, la plage, le premier amour (à moins que ce ne soit l'amour premier), et le devenir grand dans tout ça.

Un livre qui sait se faire attachant, à emporter par exemple si vous projetez un de ces mois prochains d'aller vous dorer sous la canicule d'une plage méditerranéenne; ça pourrait s'avérer à-propos, exquis si, par bonheur, quelques enfants d'une dizaine d'années, désœuvrés en apparence, déambulent alentours...  

Allongé à l'avant sur la corde de l'ancre, je regardais la nuit qui tournait sur ma tête. Mon dos oscillait doucement avec les vagues, ma poitrine se gonflait et se dégonflait sous le poids de l'air. Il descend d'une telle hauteur, d'un amas si profond d'obscurité, qu'il pèse sur les côtes. Des éclats tombent en flamme en s'éteignant avant de plonger. Mes yeux essaient de rester ouverts, mais l'air en chute les ferme. Je roulais dans un sommeil bref, interrompu pas une secousse de la mer. Maintenant encore, dans les nuits allongées de plein air, je sens le poids de l'air dans ma respiration et une acupuncture d'étoiles sur ma peau.

Des mots nocturnes avaient bien du mal à sortir. Le silence de l'homme dans la nuit était juste. Ni le bateau qui défilait à l'horizon toutes lumières muettes ni le gargarisme d'un bruit de rames à l'approche ne parvenaient à le gâcher. Dans le noir, un échange de salut avec voyelles seulement, car les consonnes ne servent pas en mer, l'air les avale. Ils connaissaient bien tout ce qui les entourait, ils évoluaient avec une mémoire d'aveugles dans une pièce.

Ronflante emphase verbeuse pour les uns, prosodie non dénuée de qualités d'élégance pour les autres (au nombre desquels je me compte) que cet extrait; je ne sais trop la part de la traduction sur le rendu en français, mais un détail comme "dans les nuits allongées de plein air", d'aucuns l'eussent transcrit par un, mettons: "allongé les nuits en plein air" et le sens change, et le fait que ce soient les nuits qui s'allongent fait toute la différence, piètre pour les uns, à valeur littéraire ajoutée pour les autres...

Mots-clés : #autobiographie #enfance #xxesiecle
par Aventin
le Dim 1 Mar - 18:10
 
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Sujet: Erri De Luca
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Wolfgang Büscher

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Loin de la mer : A pied à travers les grandes plaines

L'auteur décide donc de traverser les USA en partant de la frontière du Canada jusqu'à Matamoros au Mexique

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Marche10

Mais  ceux qui connaissent l'Amérique lui on dit : "Marcher en Amérique était impossible"

aussi dit-il de lui-même : "J'étais l'idiot d'Amérique".

Et pourtant il marchera dans les grandes plaines, sous la neige, la pluie, le soleil, mais dit-il :

"Je n'étais pas seul. A mes côtés il y avait, comme des chiens fidèles, ces avertissements."

Au nord les habitants le prévenaient contre les loups, les coyotes... et en descendant vers le sud c'était contre les hommes ; les escrocs, les assassins. Cependant l'auteur n'a jamais été agressé par les uns, ni par les autres ; plusieurs personnes le prenaient en stop, sans qu'il les eut interpellés. Ceci lui permis de belles rencontres, des connaissances sur les lieux traversés, les légendes locales, le vif, le profond de l'Amérique.

Il traversa des villes fantômes, les plaines, le désert ;  il eut froid, chaud, soif, faim car parfois impossible de trouver un magasin, un bar, une chambre. Il visita le plus petit ranch et le plus grand.

Le passé de l'Amérique est distillé au fur et à mesure des villes ou des lieux-dits, rappel des drames économiques, sociaux, spirituels (le sort des Indiens, la secte Waco...)

L'auteur se laisse porter par le temps, les rencontres, les paysages, il accepte tout.
Curieusement on a l'impression que tous les américains ont des racines allemandes car dans ses rencontres souvent les gens rappellent un aïeul. Mais c'est logique car l'Amérique est allée chercher des bras en Allemagne après la 1ère guerre mondiale, puis à la deuxième sont arrivés aussi des émigrés d'Europe.
A noter que l'auteur a choisi comme terminus de sa marche la ville d' Amatamoros, une ville où le meurtre s'est installé quotidiennement.

C'était une lecture intéressante.

Extraits :

"Avec les petits commerçants, les trafiquants de drogue, avec tous ceux qui traversaient le fleuve pour louer leurs services en Amérique dans un ranch, dans un bar, une villa, la mort mexicaine émigrait elle aussi en traversant le Rio Grande. Elle était présente dans les moindres faits et gestes."

"A Robstown je vis un cheval paître dans une décharge. Driscoll n'était qu'un amas de maisons en tôle décaties, tout était rouillé, poussiéreux, nu. Les rares choses qui existaient portaient un nom générique, comme si leur accorder un nom propre demandait trop d'effort. Le bar de Bishop s'appelait Bar, le diner s'appelait Diner, et le ciel bleu pâle aurait eu besoin d'un bon coup de peinture."

Dans l'attente d'un car de dépannage :

"D'un ton ferme et inimitablement affable on nous assurait, une fois de plus, de tout faire pour résoudre ce léger problème dans la demi-heure et de nous ramener en toute sécurité chez nous, "home for Christmas".  Tout à coup je compris que, devant la vitre, deux personnes (deux allemands) issues d'une nation d'ingénieurs géniaux regardaient une nation de vendeurs géniaux (les américains)qui parvenaient à maintenir pendant des heures les gens dans de bonnes dispositions sans que rien, apparemment, ne fonctionne, sinon les hauts-parleurs. Nous regardions en secouant la tête - étonnés. Nous construisions parmi les meilleures machines au monde. Mais eux, ils vendaient les rêves qui avaient le plus de succès au monde. Avec eux ils étaient allés loin. Mais pourraient-ils aller plus loin ?."

"Ce n'était pas l'église qui dominait dans les petites villes que je traversais mais le courtyard, le tribunal. Ces forteresses de la Loi étaient souvent de puissants édifices néoromans rappelant le style néobaroque mais, avant tout, la façon dont s'était construite l'Amérique ; au commencement était le fusil, le revolver. Le droit ne vint qu'après."

"Combien de lieux vides n'avais-je pas vus. Mais Wichita était le plus désert de tous. [...]toute une population de sculptures, immobiles et muettes, simule ce que Wichita pourrait être s'il y avait des gens dans les rues. C'était quand il faisait encore jour, car le soir, je rencontrai des gens -d'un coup et de façon si inattendue qu'une certaine inquiétude s'empara de moi qui devait un peu ressembler à ce que Robinson Crusoé avait éprouvé à la vue des cannibales qui accostaient. [...] ils arrivaient par centaines, boiteux ou en pleine forme, beaux, laids, maigres et bouffis, ceux qui puent......
C'était le plus étonnant - une personne sur trois n'avait pas l'aire d'avoir attendu toute une journée afin d'obtenir un repas chaud gratuit.
Il fallut une demi-heure à peine pour que la place devant la cathédrale redevienne aussi déserte qu'avant."

"C'est dangereux pour tout le monde. Les auto-stoppeurs agressent les conducteurs qui les prennent. Les conducteurs dévalisent les auto-stoppeurs. Ici, ceux qui vont à pied sont des mendiants ou des fous. Faites attention !"



Mots-clés : #autobiographie #lieu
par Bédoulène
le Mar 11 Fév - 10:38
 
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Sujet: Wolfgang Büscher
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Le One-shot des paresseux

Stéphanie Bodet

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Stzoph10

Biographie: L'ouvrage À la verticale de soi étant assez autobiographique, et puis ceci n'est pas une ouverture de fil, on va juste préciser qu'elle est une grimpeuse de top niveau vivant de sa passion (enfin, ça, elle vous l'expliquera), laquelle s'allie comme un gant (ou plutôt comme un coincement dans un offwidth) au voyage et à un goût certain et affiné pour la littérature ainsi que pour l'autre, autrui en général, et enfin qu'elle forme un beau couple longévif avec Arnaud Petit.


Bibliographie:
 Stéphanie Bodet, Arnaud Petit, Parois de légende : les plus belles escalades d'Europe, Grenoble, Glénat, coll. « Montagne randonnée », 2006, 143 p.
 -  Salto Angel, Chamonix, Guérin, La Petite collection, 2008.
 -  Stéphanie Bodet, Arnaud Petit, Parois de légende, Grenoble, Glénat, Collection Montagne-évasion.
 -  À la verticale de soi, Chamonix, Éditions Paulsen, Collection Guérin, 2016,
 -  Habiter le monde, Stéphanie Bodet, Editions L'Arpenteur, 2019, 288 p.


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À la verticale de soi
Autobiographie, 300 pages environ y compris portfolios (certaines photos sont à couper le souffle).


Tag autobiographie sur Des Choses à lire A_la_v10
Paru en 2016 dans la fameuse collection Guérin "couverture rouge", éditions Paulsen, déception: format semi-poche en revanche, dit Terra Nova, je préférais les grands formats de chez Guérin-Paulsen, ça faisait beau livre en plus...

Petit froncement d'arcade à l'ouverture de l'ouvrage, la préface est de l'immanquable Sylvain Tesson. Qu'on se rassure, il donne dans le sobre.
Fidèle aux codes de l'autobio en matière d'alpinisme (on n'avait aucun doute sur le fait qu'elle les connaissait et les maîtrisait ceci dit), la belle Stéphanie commence par un chapitre-choc. Audacieuse, la suite de ce chapitre est située à la fin de l'ouvrage.

Puis c'est l'enfance, l'adolescence, la jeunesse qui se déroulent comme on délove une corde, avec le grand choc de la mort subite de sa sœur toute jeunette encore.

La rencontre avec Arnaud, les années-compètes, les années-voyages.
La maison, l'installation.
Stéphanie Bodet est tout à tour espiègle, enjouée, drôle, grave, inquiète rarement, de cette intranquillité maladive, comme elle dit si bien, qui au fond la fait avancer.

Aussi, le grand point d'interrogation existentiel.
Le choix de pas d'enfants, les années noires, les pépins physiques - de qui donc est cette sentence que je profère moi-même parfois quand les circonstances autorisent de la placer:  "on n'arrive pas indemne à quarante ans ?".
 
Le besoin de faire sens, venant de quelqu'un qui ne vit pas dans sa bulle grimpante (comme on peut en croiser, eh oui).

Stéphanie Bodet a une belle sensibilité, une écriture assez fine et non dénuée de joliesse; normal elle a un CAPES de Lettres me direz-vous, mais justement non, son écriture n'est pas livrée avec les copeaux d'emballage de la fac et le ton n'est jamais universitaire. Beaucoup de clins d'œil littéraires, références et citations parsèment l'ouvrage, avec à-propos, ce n'est jamais pompeux, et puis ce sont souvent des auteurs appréciés et commentés ici-chez-nous, sur deschosesàlire...

Bien sûr ça me ravit, il manquait une plume d'une telle envergure au genre littéraire alpinisme, catégorie francophone, depuis au moins... pfftt... Pierre Mazeaud, Gaston Rébuffat même qui sait ?
Les talents littéraires de Rébuffat et Mazeaud étaient trés différents entre eux, ceux de Stéphanie Bodet procèdent d'une autre singularité encore. 

Petit extrait, peut-être pas plus illustratif du style que ça j'en conviens mais qui percute bien, de surcroît j'ai bassement élu un passage de pure escalade:
À plus de 500 mètres du sol, tous les ingrédients sont réunis pour parfaire l'aventure: mauvais temps et neige sur les prises. C'est ma petite Patagonie à moi la Fleur de Lotus [NB: le nom de la voie], c'est mon Himalaya. L'initiation tant attendue !
 Le grésil me fouette le visage. Les joues en feu et la goutte au nez, , je jubile. Beth doit penser que je suis folle à lier...Encapuchonnée, les doigts gelés, je pose un câblé dans la fissure et parviens à franchir au prix d'un jeté aléatoire le petit toit de la longueur difficile. J'aime bien cette sensation de recul sur le rocher, on s'apprête à tomber quand soudain, ça tient, on ne sait pas comment mais enfin, ça a tenu ! Un bien ancré sur un cristal, trois doigts refermés sur une petite pincette de granit et un biceps sans doute congelé qui refuse de s'ouvrir, le tour est joué, me voilà au relais.
 Au sommet, tandis que Tommy réchauffe les pieds de sa douce dans sa doudoune, le vent tombe soudain. Une éclaircie déchire le voile de brume, la neige fond en scintillantes traînées sur les parois alentour. Le lac apparaît au fond de la vallée comme une profonde échancrure dans la fourrure sans fin des forêts. L'atmosphère redevient accueillante, étrangement plate même et sans relief...
 



Cet ouvrage est susceptible de plaire à beaucoup d'entre les habitués de ce forum -une majorité, peut-être, d'entre ceux-là- en tous cas bien au-delà de ceux auxquels on l'associerait spontanément en premier, à savoir Églantine et Avadoro, lesquels, du reste, l'ont possiblement déjà lu !




Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #aventure #contemporain #sports
par Aventin
le Sam 8 Fév - 0:02
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Nastassja Martin

Croire aux fauves

Tag autobiographie sur Des Choses à lire 61cz1e10


Originale : Français, 2019

CONTENU :
Editeur: a écrit:" Ce jour-là, le 25 août 2015, l'événement n'est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L'événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C'est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l'actuel ; le rêve qui rejoint l'incarné ".


REMARQUES :
Dans « Les âmes sauvages » l’auteure racontait déjà en 2016 dans son travail de doctorat de son séjour de deux ans parmi les peuples dans l’extrême Nord-Ouest de l’Alaska quand elle avait 23 ans. S’ensuivaient d’autres années d’études des Gwich’in et puis un séjour prolongé dans l’extrême Est de la Russie, dans des régions réculées du Kamtchatka. Là-aussi, elle se meut surtout dans le contact avec des gens marqués par les traditions et la cultures de ces peuplades sous influences schamaniques et animistes. Elle étudie alors de près ces compréhensions d’un monde, des mondes interpénétrés des uns par les autres. Ces présentations ne lui restent pas étrangères ; elle commence à vivre, penser, rêver dans ses patterns : elle rêve de rencontres avec des animaux, de la disparition de frontières (entre mondes).

Puis en Août 2015 alors cette rencontre d’un autre type : De façon inattendue, aussi bien pour l’ours et pour elle, ours et femme se font face, engagent un combat. L’une et l’autre emporte un morceau. Martin est mordu au visgae et à la jambe, une lutte commence pour refaire le visage, de rejoindre les services de secours, loin de là. Et après premières interventions, le retour en France et la continuation des soins.

Mais ce qui est particulier c’est qu’elle ne va pas tellement parlé d’une relation entre attaquant et victime, mais plutôt d’une rencontre de face à face. Sur les premiers pages cette rencontre est déjà passée, mais elle va y retourner dans les réflexions qui accompagnent le livre, le récit. Récit de l’année après la « rencontre » : des interventions, des souffrances, certes, mais beaucoup plus presque récit, exposé sur la patrie spirituelle de l’auteure, la non-dualité, le fait d’être marquée (déjà en avance?!) par l’ours et le melange, l’interpénétration des mondes. Qu’est-ce qu’une identité ? Singularité ? Ou plutôt : multiplicité ? Qu’est-ce qu’y est illusion, quoi vérité, réalité ? Ainsi cette anthropologue expérimente en et par elle-même les défis de la vision du monde des peuples « étudiés ». Et s’ouvrent des ponts et des portes.

C’est un livre qui pourrait vraiment déconcerté, mais qui est très sympathique, sans se larmoyer (malgré des larmes), avec beaucoup d’impulsions pour la réflexion.


Mots-clés : #autobiographie #nature
par tom léo
le Sam 11 Jan - 16:04
 
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Sujet: Nastassja Martin
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Wallace Stegner

Lettres pour le monde sauvage

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Lettre10

Textes autobiographiques, les souvenirs d’une enfance dans les plaines du Saskatchewan, et l’expérience déterminante de se tenir seul dans l’immensité de la nature :
« Le monde est vaste, le ciel encore plus, et vous tout petit. Mais le monde est également plat, vide, presque abstrait, et, dans sa platitude, vous êtes une petite chose dressée sur son chemin, aussi soudaine qu’un point d’exclamation, aussi énigmatique qu’un point d’interrogation. »
La quadrature du cercle

Ces différents récits se superposent, donnent des variantes ou se complètent. Ils retracent notamment l’histoire d’un melting pot pionnier à la frontière canadienne (métis d’Indiens et de Français, cockneys, cow-boys, Scandinaves, etc.), un pot-pourri de migrants idéalistes, naufragés ou escrocs. Ils permettent aussi de trouver l’origine de certaines scènes des romans de Wallace Stegner, comme celle du poulain à la décharge.
Et surtout, ils expriment la réalité du contact avec la nature :
« Mon enfance dans l’un des derniers espaces de la Frontière m’a inculqué deux choses : la connaissance du monde sauvage et de ses créatures, et, sur le tard, la culpabilité d’avoir participé à leur destruction.
J’étais un enfant chétif, mais pas soumis. Comme tous les garçons que je connaissais, je reçus une arme et l’utilisai dès l’âge de huit ou neuf ans. Nous tirions sur tout ce qui bougeait ; nous abattions tout ce qui n’était pas apprivoisé ou protégé. L’hiver, nous posions des pièges pour les petits animaux à fourrure de la rivière ; l’été, mon frère et moi passions chaque jour des heures à piéger, abattre, prendre au collet, empoisonner ou noyer les spermophiles qui affluaient dans notre champ de blé et dans l’eau précieuse de notre rezavoy [réservoir, en français]. Nous empoisonnions les chiens de prairie et liquidions au passage les putois à pieds noirs qui s’en nourrissaient – ce sont aujourd’hui les mammifères les plus rares d’Amérique du Nord. Nous ignorions même qu’il s’agissait de putois ; nous les qualifiions de grosses belettes. Mais nous les tuions comme nous tuions tout le reste. Un jour, j’en transperçai un avec une fourche dans le poulailler et fus écœuré par sa vitalité farouche, épouvanté par la résistance des créatures sauvages face à la mort. J’eus la même impression en attrapant un blaireau dans un piège à spermophiles. Je l’aurais volontiers laissé partir, mais il était si féroce et se jeta sur moi avec une telle sauvagerie que je dus le frapper à mort avec une pierre »
Trouver sa place : une enfance de migrant


« Chaque fois que nous nous aventurons dans le monde sauvage, nous recherchons la perfection de l’Éden primitif. »
Au jardin d’Éden

C’est par exemple « le Havasu Canyon, le sanctuaire profondément enfoncé, cerclé de falaises, des Indiens havasupai » d’Au paradis des chevaux. (Le lieu m’a ramentu un paysage des Himalayas décrit par Alexandra David-Néel.)
Mais c’est « Un paradis pas complètement idyllique, malgré son isolement, sa tranquillité et son eau d’un bleu éclatant. », notamment à cause de « l’insensibilité habituelle des Indiens vis-à-vis des animaux »
Wallace Stegner lui-même ne sait pas quelle solution préconiser pour sauvegarder les dernières cultures libres :
« Est-il préférable d’être bien nourri, bien logé, bien éduqué et spirituellement (c’est-à-dire culturellement) perdu ; ou bien est-il préférable d’être ancré dans un schéma de vie où décisions et actions sont guidées par de nombreuses générations de tradition ? »


Puis viennent des remarques d’une "brûlante" actualité sur l’arrogance aberrante de notre civilisation inadaptée, qui n’ont pas été entendues. À propos d’une mirifique, prodigue et vaine réalisation architecturale :
« Cette maison dans le désert me paraissait, et me paraît toujours, un paradigme – plus qu’un paradigme, une caricature – de notre présence dans l’Ouest au cours de ma vie. »
Frapper le rocher

L’aridité comme mode de vie est plutôt un essai historique sur l’Ouest américain, vaste espace pour migrants déracinés, tandis que Les bienfaits du monde sauvage interroge le devenir du rêve américain.
« Combien de temps la liberté survit-elle aux richesses ? Combien de temps la démocratie peut-elle survivre à l’amenuisement des possibles et à l’élargissement du fossé entre riches et pauvres ? »
Les bienfaits du monde sauvage

« Car, pendant que nous nous acharnions à modeler le monde sauvage, celui-ci nous modelait en retour. Il a changé nos habitudes, notre cuisine, notre langue, nos espoirs, nos images, nos héros. Il a courbé le manche de nos haches et marqué un tournant dans notre religion. Il a façonné notre mémoire nationale ; il nous a fait une promesse. Manifestement, ce changement n’a pas affecté tous les Américains, et les nouveaux Américains arrivés trop tard pour être rebaptisés par le monde sauvage, qui ne connaissent d’autre Amérique que les jungles d’asphalte, risquent de ne pas l’avoir ressenti du tout. Mais il a affecté suffisamment de gens et de générations pour insuffler à nos institutions, nos lois, nos croyances et notre rapport à l’univers une dynamique dont les futurs Américains ont pu bénéficier et dont ils ont pu tirer des enseignements, une dynamique à laquelle le droit tend à se conformer, qui fait partie intégrante d’une foi typiquement américaine. »
Les bienfaits du monde sauvage


« Nous sommes une espèce sauvage, comme l’a montré Darwin. Personne ne nous a jamais apprivoisés, domestiqués ou engendrés scientifiquement. Mais, pendant au moins trois millénaires, nous nous sommes engagés dans une course effrénée et ambitieuse pour modifier notre environnement et en prendre le contrôle, et, dans ce processus, nous nous sommes quasiment domestiqués. »
Coda : lettre pour le monde sauvage

« Il me semble significatif que notre littérature ait ostensiblement glissé de l’espoir à l’amertume presque au moment précis où le mythe de la Frontière touchait à sa fin, en 1890, et quand l’American way of life a commencé à devenir largement urbain et industriel. À mesure de cette urbanisation, notre littérature et, je crois, notre peuple devenaient affolés par le changement technologique, malades et aigris. »
Coda : lettre pour le monde sauvage


Mots-clés : #amérindiens #autobiographie #ecologie #essai #nature #ruralité #temoignage
par Tristram
le Dim 8 Déc - 11:46
 
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Ryu MURAKAMI

69

Tag autobiographie sur Des Choses à lire 41c2fq10


De Ryu Murakami j’ai aussi lu „seulement „69“ et comme déjà dit, cette oeuvre semble sortir de l’atmosphère des autres livres. C’est, au moins à Tokyo, le temps de la révolte, avec les Stones, Beatles et Compagnie, et chez le héros, le narrateur principale, le souci premier de finalement perdre sa virginité. Pour vue qu’on accepte que dans cette perspectif Ryu subordonne la révolution à la recherche d’une relation amoureuse, on trouvera un livre hilarante à souhait, avec des poules perdues et des infractions rocambolesques à l’école. Il semble que ce livre fut aussi un triomphe au Japon. Et même si je ne suis pas de la même génération, je me sentais rappelé aux temps d’une certaine jeunesse.


Mots-clés : #autobiographie #humour #jeunesse #xxesiecle
par tom léo
le Sam 30 Nov - 7:57
 
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Moritz Thomsen

Mes deux guerres

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Récit autobiographique, l’histoire de cette famille plus extraordinaire qu’une création romanesque, mais aussi typiquement nord-américaine dans la démesure de la fortune et du désastre, du sordide et de la folie, gravitant sans fin autour de la figure du père haïssant et haïssable ‒ le tout épicé d’un humour subtil, mais fort teinté de dérision. Avec le bizarre contrepoint de l'expérience tout aussi traumatisante de la Seconde Guerre mondiale comme bombardier.
Thomsen est un puissant narrateur, comme de cette séance déterminante dans une taverne munichoise en pleine poussée fasciste, ou celle du choc de Pearl Harbor ‒ et bien sûr les bombardements vus d’un B-17. Le point de vue dont il témoigne m’est souvent paru différent de ce que j’aurais cru, mais toujours plein d’enseignements (telle cette significative diffamation officielle : « Lack of Moral Fibre », défaut de combativité).
« Et il est tout aussi étrange que, lorsqu’on se met à creuser le passé, on n’y trouve pas, bien souvent, ce à quoi on s’attendait ; dans nos souvenirs les plus vivaces, on est rarement dans les bras de quelqu’un, mais presque toujours seul et peut-être à ne rien faire de plus important qu’être posté à la fenêtre tandis que la lune monte au-dessus des arbres, ou contempler, dans une sorte d’extase, les eaux limpides d’un lac de montagne. »

« La monotonie s’est parée d’une qualité enchantée, comme si nous vivions des journées qui ne seront pas décomptées de notre espérance de vie, dividendes sans valeur, mais dont, avec un peu d’imagination, il est possible de retirer quelques moments de relative joie. »

« Le temps de quelques instants, je fus ébranlé par l’idée de ces artistes, alors clandestins [dans l’Europe occupée par les nazis], dont nous avons besoin pour interpréter la nature transcendante du réel, et de ces penseurs sans illusions qui, en l’absence de Dieu, ne peuvent que nous indiquer comment marcher avec grâce et courage vers notre propre extinction. […]
Qui d’autre, là en bas, portait le fardeau du monde, maintenait la cohésion du monde, recréait un monde à partir des menus éléments de son expérience et de sa vision personnelles ? »

« On entend dans sa jeunesse les accords d’ouverture d’un concerto tout de puissance et de romantisme et, pour le restant de sa vie, l’on est prisonnier de cette émotion qui revient avec chaque répétition de l’œuvre. »

« Pourquoi, quand la vie est à ce point odieuse, sommes-nous si terrifiés à l’idée d’en être soulagés ? »


Mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #relationenfantparent #temoignage
par Tristram
le Mar 26 Nov - 13:15
 
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Helene Hanff

84, Charing Cross Road


Tag autobiographie sur Des Choses à lire 41tdu810

J'adore les livres d'occasion qui s'ouvrent d'eux-mêmes à la page que leur précédent propriétaire lisait le plus souvent. Le jour où le Hazlitt est arrivé, il s'est ouvert à "Je déteste lire des livres nouveaux" et je me suis exclamée " Salut, camarade ! " à l'adresse de son précédent propriétaire, quel qu'il soit.

Une relecture, pour moi, qui n'en fais que très peu parce qu'il y a tant à découvrir et à lire. Mais , une relecture qui m'a fait passé un bien joli moment ; je ne me souviens plus de mes pensées lors de la découverte de ce livre, il y a un certain nombre d'années. J'ai comme l'impression que je l'ai apprécié davantage parce que je prends conscience avec les années de la place des livres dans une vie.

Les livres comme "amis", les livres comme autant de liens qui se tissent autour d'eux, les livres comme messagers au moment des choix de vie, les livres juste pour savoir qu'ils sont là et nous accompagnent, toujours.



Une belle histoire que celle de l'amitié entre une jeune femme de New York désireuse de rattraper le temps perdu et "d'apprendre" sur la littérature anglaise et les employés d'une librairie d'occasion qui n'auront de cesse que de la contenter dans ses demandes de livres épuisés ou abordables.
Une histoire sur le temps qui passe, les vies qui se défont, les absences qui surviennent... et les livres qui demeurent prêts à circuler entre d'autres mains en attente.
Une belle histoire pour dire le merveilleux de ces livres d'occasion, déjà lus, annotés et qui enrichissent encore davantage "leur propriétaire" du moment.


Finalement : relire, c'est porter un autre regard et c'est bien également.


Mots-clés : {#}autobiographie{/#} {#}correspondances{/#} {#}universdulivre{/#}
par Invité
le Ven 22 Nov - 18:27
 
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Sujet: Helene Hanff
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Karen Blixen

Tag autobiographie sur Des Choses à lire 41hcfj10

Dans la première partie j'ai aimé la découverte de l'Afrique, de cette région, à travers les yeux et les ressentis de l'auteure.

"Les indigènes sont l’Afrique personnifiée, l’Afrique en chair et en os. Ils sont aussi bien le Longonol, le grand volcan assoupi qui domine, solitaire, toute la vallée du Rift, les mimosas le long du fleuve. Les éléphants et les girafes ne représentent pas mieux l’Afrique que mes indigènes, humbles silhouettes dans un paysage écrasant. Les uns comme les autres émanaient du même principe et n’étaient que des variations sur un thème unique ; non pas des composés fixes d’atomes hétéroclites, mais des composés hétéroclites d’atomes semblables, comme le seraient par rapport au chêne le bois, la feuille ou le gland.
En Afrique, les Blancs qui se déplacent toujours chaussés, et généralement pressés détonnent dans le paysage. Les indigènes, au contraire, sont toujours en « harmonie avec le pays."

"Dans un pays étranger et devant les aspects nouveaux, qu’y revêt la vie, il faudrait savoir ce qui, jusque dans la mort, conserve sa valeur."

C'était très intéressant que l'auteure s'attarde à dresser le portait physique, psychique et spirituel des différentes ethnies. De même les rapports entre elle et "ses" indigènes, (tout particulièrement le chapitre consacré aux femmes Somalies) ses squatters. On mesure aussi l'hospitalité que cette femme de l'aristocratie accorde, bien sur à ses amis, mais aussi aux personnes de passage qui viennent, reviennent, restent, meurent aussi dans la ferme, la maison !

"En échange des bienfaits de la civilisation, mes voyageurs m’apportaient les trophées de leurs chasses, des peaux de léopard et de cheetah, de quoi m’habiller de fourrures quand je reviendrais à Paris, des peaux de serpents ou de lézards pour mes sacs et mes souliers et des plumes de marabouts"

Bon, je vois ça à une époque où peu de personnes s'intéressaient à l'écologie, la biodiversité, à la préservation.

Son regard sur les animaux :

"Ce sont les bœufs qui ont en Afrique payé le plus lourd tribut à la civilisation.
Partout où une terre a été défrichée, ce sont eux qui l’ont défrichée, peinant, suant, enfonçant jusqu’au jarret dans la terre, devant la charrue, avec la menace des longs fouets suspendue au-dessus d’eux.
Partout où un chemin fut tracé, ce sont eux qui l’ont tracé et ils ont remorqué le fer et les outils à travers le pays sous les encouragements et les vociférations des conducteurs, à travers les terrains caillouteux de la montagne, comme à travers les hautes herbes de la plaine, car il n’y avait pas d’autres chemins.
Dès l’aube, ils ont remonté et descendu les collines, traversé les vallées et le lit des rivières, et cela aux heures les plus brûlantes.
Leurs flancs ont été zébrés de coups de fouet et l’on rencontre des bœufs qui ont perdu un œil ou les deux yeux d’un seul coup de ces fouets à lanières.
Les bœufs des Indiens, comme ceux de beaucoup d’entrepreneurs européens, travaillent tous les jours de leur vie sans jamais connaître de dimanche.
Nous avons de grands torts envers le bœuf ; on peut dire que le taureau est constamment furieux, qu’il roule les yeux, martèle le sol et fonce sur tout ce qu’il voit, mais du moins il vit, le feu jaillit de ses naseaux et la vie de ses reins.
Ses jours sont marqués par des exigences sans doute, mais quelquefois aussi par des satisfactions.
De tout cela nous avons privé les bœufs et en échange que leur avons-nous laissé ? Nous avons disposé de leur existence, les bœufs sont condamnés à nous suivre partout et à partager notre vie quotidienne, ils portent nos fardeaux et les tâches les plus lourdes leur sont réservées. Ce sont des êtres dépourvus d’existence propre.
Ils semblent créés pour nous subir"


"Tous ces oiseaux étaient noirs, mais d’un noir doux, profond et mystérieux, un noir d’Afrique qui ressemblait plus à une patine acquise avec l’âge, qu’à une couleur ; c’est le noir des vieilles suies, le noir qui surpasse par son élégance, sa Vivacité et sa force toutes les autres couleurs.
Tous les calaos, avec beaucoup de pétulance, parlaient à la fois ; on eût dit une réunion d’héritiers après un enterrement"


Elle chasse ;  ne fait jamais montre d'anthropomorphisme, elle se borne à admirer, reconnaître chez les animaux leur beauté, leur valeur, leur caractère, s'il faut tuer un animal elle le fait, parce que c'est utile (pour nourriture, parce que l'animal sauvage prélève des animaux domestiques) mais aussi pour le plaisir de chasser (ce qu'il est pas facile d'admettre vu qu'elle se rend compte de la disparition peu à peu de certaines espèces).

La Baronne gère apparemment seule la ferme, son mari n'est cité qu'une fois alors qu'elle accompagne un convoi de ravitaillement, à sa demande, pendant la guerre. (j'ai pu voir dans sa biographie ses rapports avec lui).

"Une ferme est un lourd fardeau, les indigènes qui vivaient d'elle, et même les Européens qui en dépendaient, se déchargeant sur moi de tous  soucis. Je me suis demandé parfois si les boeufs et les caféiers n'en faisaient point autant.
J'avais l'impression que toutes les créatures de la ferme, celles qui parlaient comme celles qui ne parlaient point, me rendaient responsable, si la pluie tardait ou si les nuits étaient froides.
Et, le soir, lorsque j'étais seule il ne me semblait même pas possible ou convenable d'oublier mes soucis et de prendre un livre ; j'étais poussée hors de chez moi, comme une feuille emportée par le vent, par crainte de perdre ma ferme."

Les caféiers ne rendent pas beaucoup car ils sont trop en altitude, s'ajoute les dégâts causés par les sauterelles (véritable plaie), les maladies, l'ingratitude du temps. La ferme doit être vendue, la Baronne doit s'occuper du sort des squatters, licencier ses indigènes, récupérer ses quelques biens.

"Il fallait aussi régler le sort de mes chevaux et de mes chiens.
J’avais pensé les tuer, mais plusieurs amis m’avaient écrit pour me demander de les leur laisser, ils m’assuraient qu’ils en prendraient grand soin.
En voyant courir mes chiens à côté de mon cheval, je pensais que ce serait mal agir envers eux que de supprimer cette vie que je sentais si ardente. Je fus longue à me décider. Et finalement, je résolus de les laisser à mes amis."


Ceci m'a été difficile à comprendre, mais cette attitude rejoint ce que j'ai dit plus haut pas d'anthopomorphisme, l'animal reste un animal, c'est sa valeur qu'elle voit, on ne peut pas dire qu'elle "aime" ses animaux, non.

Dans la IIIème partie, ce sont les départs, le sien, ceux qui quittent la vie, un ami, un chef Kikuyu, un invité...

C'était une lecture intéressante, les descriptions sont très belles ; l'attitude du gouvernement aussi vis à vis des indigènes (les nombreuses interdictions qui tendent à nier les us et les moeurs - traditions -  des indigènes) ; les rapports entre les différentes ethnies, entre les Blancs et les Noirs. La Baronne est intelligente, elle a su comprendre l'Afrique à travers les Indigènes. Elle s'est impliquée, dénouant les conflits, lectrice, soigneuse pour tous ceux qui vivaient sur sa terre.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Ngongh10


merci à Tristram qui m'a suggéré cette lecture


Mots-clés : #autobiographie #colonisation #lieu
par Bédoulène
le Jeu 21 Nov - 15:49
 
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Sujet: Karen Blixen
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Herman Melville

Omoo : récits des mers du Sud

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Omoo10

Dans cet ouvrage, on apprendra grâce à l’auteur (et pas aux éditeurs) que ce récit forme la suite de Taïpi Typee »).
Sur un ton de l’aveu-même de l’auteur « familier », ce récit autobiographique présente la vie sur « un très vieux trois-mâts barque d’un beau gabarit, jaugeant plus de deux cents tonneaux et de construction américaine », à la marche « vive et folâtre », mais dans un état franchement misérable (nourriture, rats, cancrelats).
« J’appris plus tard que nos aliments avaient été achetés à Sydney par les armateurs, à une vente aux enchères de vivres maritimes avariés. »

« Le navire entier était dans un triste état ; mais le poste, lui, ressemblait au creux d’un vieil arbre pourrissant. Complètement humide et décoloré, le bois se montrait par endroits mou et poreux ; de plus, le cuisinier ne se gênait pas pour venir taillader les bittes et les couples à coups de hache et de scie afin de se procurer des copeaux pour allumer son feu. Au-dessus de notre tête, les entremises étaient noires de suie et l’on pouvait y déceler de gros trous calcinés, souvenirs laissés par des marins ivres au cours d’un précédent voyage. D’en haut, on entrait par une planche munie de deux taquets, qui descendait obliquement de l’écoutille, simple ouverture dans le pont. Comme nous manquions de panneau à glissière pour la fermer, le prélart temporaire qui était censé le remplacer, offrait une bien faible protection contre les embruns projetés au-dessus des bossoirs : aussi, dès qu’il y avait un soupçon de brise, notre retraite se trouvait lamentablement inondée. S’il tombait un grain, l’eau se déversait en nappes, cascadait, éclaboussant brutalement tout le poste ; puis, rejaillissant entre les coffres, elle nous arrosait de ses jets comme une fontaine. »

L’existence est rude, la compagnie fruste et « inhumaine », même si le rire est souvent de mise.
Melville nous entretient notamment de son ami, le docteur Long Ghost, médecin du bord démissionnaire… mais la diversité de l’équipage occasionne une remarquable galerie de portraits (y compris d’autres figures hautes en couleur) ! Tel Salem (du nom du port américain où il embarqua), beach-comber :
« Ce terme est en vogue parmi les marins du Pacifique. Il s’applique à certains personnages errants qui, sans rester attachés d’une façon permanente à un même navire, prennent la mer de temps à autre sur un baleinier pour une croisière de courte durée, mais sous condition d’être libérés sur leur demande, n’importe où, la première fois que l’ancre sera mouillée. Cette clique se compose principalement de gaillards insouciants et fantasques attachés au Pacifique, et ne rêvant jamais de doubler le cap Horn pour revenir un jour chez eux. De là vient leur mauvaise réputation. »

Et justement une (sorte de) mutinerie survient ; j’ai trouvé fort intéressant d’être documenté sur le Round Robin, la pétition en forme de roue :
« Juste au-dessous de la supplique, je traçai une circonférence dans laquelle devaient s’inscrire nos noms, – car le principal objectif d’un Round Robin est de disposer les signatures en étoile, afin que personne ne puisse être désigné comme étant le promoteur de la pétition. »


Tag autobiographie sur Des Choses à lire Round_11

Puis Melville nous présente plusieurs îles polynésiennes vues par un marin embarqué dans les années 1840 sur les mers du Sud.
Publié en 1847, l’ouvrage renferme nombre de considérations sur la rivalité Anglo-saxon/Français, sur celle des missionnaires protestants et catholiques (les premiers avec leur inquisitoriale milice des bonnes mœurs). Et, sans grande surprise, avec la religion on aborde la dégradation de la société indigène par disparition des coutumes.
« Mais, avant de poursuivre, je veux que vous compreniez bien que tout ce que je dis, ici et plus loin, ne tend absolument pas à nuire aux missionnaires ou à leur doctrine : je désire seulement montrer les choses sous leur jour actuel. »

« En vérité, les marins se font de ces païens nus une idée qui dépasse l’entendement. Ils les tiennent à peine pour des humains. Mais il est à remarquer que plus les hommes sont ignorants et vils, plus ils méprisent ceux qu’ils jugent leurs inférieurs. »

« C’était dans l’ensemble une race gaie, pauvre et sans dieu. »

Les deux compères jouiront d’une musarderie curieuse :
« Le titre de l’ouvrage – Omoo – est emprunté au dialecte des îles Marquises ou, entre autres sens, ce mot signifie un vagabond, ou mieux, un homme qui erre d’île en île, comme certains indigènes désignés par leurs concitoyens sous le vocable de Taboo Kannakers. »

A ce propos, Kanaka est le terme qui désigne les indigènes chez les étrangers ("Canaques").
Vagabonder dans une région tropicale, où les indigènes sont extrêmement hospitaliers, est une sinécure :
« Je ne puis m’empêcher de glorifier ici les avantages très supérieurs qu’offrent les contrées tropicales aussi bien aux simples vagabonds comme nous, qu’aux sans-le-sou en général. Dans ces climats bénis, les gens éprouvent naturellement moins de besoins et il est facile de satisfaire ceux qui sont indispensables. On peut se passer complètement de combustible, de toit et même, si cela vous plaît, de vêtements. Quelle différence avec nos rudes latitudes nordiques ! »

Mais, finalement, « la nostalgie de la grande houle » est la plus forte, même si Melville préfère « rentrer plus agréablement au pays par petites étapes. »


Mots-clés : #autobiographie #aventure #temoignage #voyage
par Tristram
le Lun 21 Oct - 13:45
 
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Sujet: Herman Melville
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Olivier Rolin

Extérieur monde

Tag autobiographie sur Des Choses à lire 41ltw910

 Il y a des erreurs de jeunesse. Eh bien là, je vais peut-être plutôt parler d’une erreur de vieillesse. Olivier Rolin réalise qu’il arrive à un moment de sa vie où on ne parle plus du « temps qui passe » mais « du temps qui reste ». Il se dit que c’est peut-être le moment de se retourner en arrière.

Mais comme il tient à être un écrivain singulier, un Écrivain, quoi, il ne va pas s’en tenir à écrire de vulgaires mémoires, très peu pour lui. Il lui faut un truc plus original, rien qu‘à lui. Adieu l’ordre chronologique, voilà un bouquin en train de s’écrire, bienvenues les errances de la mémoires, les digressions et associations d’idées ! Formidable ! Mais quand même avec un peu des thèmes, restons raisonnables et et assez basiques, des rolinades on dira : les femmes qui m’ont fait rêver, les lieux oùj’ai eu le plus le bourdon, les alcools que j’ai dégustées, les carnets où je prends des notes, les livres qui m’ont marqué, les cafés dont je me souviens etc... Mais quand même en entretenant un certain désordre, c’est mieux.

Alors il y a  des passages magnifiques, des portraits saisissants, des descriptions épatantes. Il y a toujours l’humour-Rolin nonchalant,  une autodérision (parfois un peu surfaite?), une érudition et une vie unique de bourlingueur du monde, dans la proximité avec les gens. Mais aussi un fouillis abominable, des moments d’ennuis profonds, l’impression d’une certaine vanité et d’un narcissisme tout aussi certain.

Ou alors on trouve que c’est ça, la littérature, ce fouillis créatif qui ne s’occupe pas du lecteur. Ou alors,  comme moi, on vit ça comme une soirée diapo chez un ami, non seulement il faut se tartir toutes les innombrables diapos, les commentaires passionnés sur des lieux dont on ne connaît même pas le nom, mais en plus le gars qui invite  a laissé échapper le panier-photo, n’ a pas pris le temps de re-ranger, et c’est tout sans dessus-dessous. C’est un copain alors on ne dit rien. Mais, bon…..la prochaine fois, on se demande si on ne trouvera pas  une décale.

Mots-clés : #autobiographie #voyage
par topocl
le Sam 19 Oct - 19:55
 
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Sujet: Olivier Rolin
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Roger Caillois

Le fleuve Alphée

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Voici une sorte de testament de Caillois, des mémoires retraçant sa progression tant dans l’existence que dans ses études, et son interprétation du monde.
« L’archéologie de la mémoire est aussi inventive que l’autre et aussi anxieuse de continuité… La différence est qu’elle ajoute volontiers, chez les plus candides, au goût des origines celui d’une flatteuse prédestination. »

Enfance ‒ et, déjà, l’imaginaire :
« Arbres, insectes, odeurs, animaux, étoiles, jouets formaient un monde non pas exactement hermétique, mais complet et cependant ouvert. Il s’enrichit ma vie durant, si loin que j’aie voyagé, de nouveaux éléments qui s’ajoutaient aux plus anciens sans, comment dire ? sans accroître une totalité toujours aussi pleine. »

La guerre, familière, et les ruines où il joue
« …] : plutôt le cheminement normal et paisible de la nature, dont l’homme et ses monuments font partie.
Les traces qu’il en subsiste sont alors moins effacées que réconciliées. »

Puis la découverte tant attendue du monde des livres, immensité marine, vaste « parenthèse » de sa vie.
« À la fin, il me fallut relire l’épisode, c’est-à-dire que je commençais d’accorder à l’expression un intérêt qui ne tenait pas à la péripétie, que je connaissais déjà. C’est le moment où le démon de la littérature saisit un lecteur qui, jusque-là, n’était guidé que par l’attente du dénouement. »

Et l’écriture :
« La dette que chaque écrivain contracte envers sa langue maternelle est imprescriptible. Elle ne s’éteint qu’avec lui. Je suis assuré qu’en un tel domaine, s’endetter et s’acquitter de sa dette coïncident rigoureusement. Pour ma part, j’ai toujours traité ma langue avec un respect religieux. »

Aussi des voyages, des échappées hors de la « culture imprimée » :
« Ma vie durant, mes voyages dans des régions à peine peuplées (c’était mon oxygène) l’éclipsèrent périodiquement, il est vrai pour un temps bref, mais qui me marquait davantage que la monotonie des jours d’étude, puis de métier. Je me ménageais, chaque fois que le permettaient les missions dont j’étais chargé, une randonnée dans les contrées quasi désertiques sans monuments ni histoire, où la présence de l’homme demeure précaire et taciturne, quasi muette. La nature d’avant lui, en tout cas, peut encore aujourd’hui l’éliminer d’une chiquenaude. Il lui suffit d’ailleurs de profiter de la négligence de l’intrus. »

Après le mimétisme animal, Caillois évoque les objets qui l’ont obsédé de leur « magie analogue », « objets manufacturés, catalyseurs d’associations mentales », « objets-carrefours », « appât(s) à l’imagination », jusqu’aux cristaux et minéraux :
« Subsistent les pierres qui sont un monde à elles seules ; peut-être qui sont le monde, dont tout le reste, l’homme le premier, sommes excroissances sans durée. »

Caillois ne renie pas totalement son expérience surréaliste…
« Je continuais de décrire les pierres sans trop me soucier de leur contradiction. Cependant, plus je les décrivais et plus je me trouvais conduit à accroître de cette antinomie la portée et les conséquences. Je considérais une lave fluide, puis refroidie, une pâte enfermant panaches et festons, franges ourliennes et corolles dilatées, feuillages et figures de ballets, épaules en pente douce comme d’otaries ou hanches déclives comme de femmes foulbées ; faucilles, crocs ou dards de forficules, d’articulés ; draperies anticipant toute flore, tout paysage, l’immense répertoire des formes, des simulacres possibles ; falaises, alpages et bastions, villes en ruine, toute figure dont le nom déclenche une lointaine résonance, une évocation inhabituelle ou désuète, une atmosphère plutôt qu’un objet commun dont on n’ignore ni l’aspect ni l’usage et que l’on connaît par expérience ; ou bien des bêtes, des plantes, des personnages de pays exotiques ou d’époques révolues, des griffons, des gypaètes, des harpies, un funambule avec son balancier, des lansquenets aux bannières immenses, une faune de bestiaire fabuleux ou d’armoiries, un monde de fête, de mascarades, de livres illustrés, en un mot ce qui fait appel aux nostalgies du désir et de l’enfance plutôt qu’aux réticences ou aux scrupules de l’exactitude et du contrôle. Les géodes enveloppent sous leurs écorces maussades et râpeuses une pinacothèque infinie, où des styles reconnaissables selon les gîtes et les espèces répartissent par manières ou par sujets les innombrables tableaux. »

Accents pongiens ?
« …] je parle de minéraux insensibles. En un mot, je me sens approuvé dans la singulière entreprise de chercher dans l’exactitude une poésie inédite. »

Une vision souvent morbide de la végétation…
« Quand tous les arbres s’arbreront à partir de la même souche ; et quand toutes les herbes s’herberont à partir du même rhizome… »

« J’imagine parfois qu’en chaque végétal, s’ajoutant à sa sève particulière, circule un latex commun qui s’y trouve dissous. Élastique, extensible à l’infini, il unit les plantes en une effroyable conspiration. Il leur assure une fécondité indivisible qui compense leur fixité forcée. À l’opposé, les objets irrémédiablement seuls, stériles, et qui ne cèdent qu’à la rouille. »

… mais pas toujours :
« Plus tard, je fus frappé par une plante ornementale Maranta Makoyama, que je vis pour la première fois à Huisnes, chez Max Ernst et dont chaque feuille lancéolée affiche, dessiné sur son limbe, un rameau entier de feuilles plus petites, il va de soi, mais identiques, à la feuille support. La tige qui les porte n’est que la nervure axiale de la feuille réelle, de sorte que les feuilles figurées invitent à penser que chacune d’elles doit logiquement porter à son tour un rameau de feuilles que seules leurs dimensions, cette fois lilliputiennes, rendent indiscernables. »

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Calath10
(Feuille de Calathea makoyana)

Caillois poursuivit avec ses recherches sur la dissymétrie la quête des lois qui unifient l’univers sensible comme imaginaire, résurgences d’une même eau, « réseau de duplications et d’interférences qui est ma façon accoutumée de considérer l’univers ».
« La permanence de la présence ou de l’apparition de la dissymétrie en tout milieu de grande stabilité ou de lente, mais incessante métamorphose m’avait convaincu de l’existence de pareilles syntaxes générales. »

Puis considérations critiques voire pessimistes sur l’homme dans sa bulle pensée à l’écart de la nature :
« J’étais près de tenir pour importunes la vie, la reproduction, la vaine multiplication des hommes et des œuvres. J’écrivis une phrase provocatrice, sinon blasphématoire, que je n’ai peut-être pas publiée, tant à moi-même elle paraissait sacrilège : "Je déteste les miroirs, la procréation et les romans, qui encombrent l’univers d’êtres redondants qui nous émeuvent en vain." »

« Les voies croisées de la chance et de la nécessité ont présidé, a-t-on estimé, à l’émergence de la vie, puis à son prodigieux destin : elles indiquent également que le miracle peut avoir lieu tout aussi bien en sens inverse. Une erreur, un mauvais aiguillage, risquent d’avoir de proche en proche des conséquences fatales pour la faveur de la vie, la contraindre à remonter à sa source accidentelle et la restituer à l’inertie impassible, immortelle, d’où un bonheur statistique la fit surgir. Rien n’empêche la loi des grands nombres de jouer dans l’un comme dans l’autre sens et voici qu’une téméraire manipulation génétique engendre une longue séquence d’effets cumulatifs, uniformément funestes ceux-ci. Toute gélatine frémissante, jadis heureuse bénéficiaire d’un concours égal d’options fortunées, inaugure soudain une carrière à rebours. »

« Il est des périodes où tout ce qui répète (ou complète) réussit, d’autres où seulement est applaudi et porte des fruits ce qui innove (ou désagrège). Jusqu’aux mythes des fins dernières exposent volontiers la succession de phases ascendantes et descendantes. Ils reflètent fidèlement l’entraînement de toutes choses dans un mouvement cosmique de progrès et de déclin. Plusieurs théologies ont prévu un crépuscule des dieux, d’autres des anéantissements périodiques du monde par des embrasements et des déluges alternatifs. »

Belle prose aux somptueuses métaphores, si évocatrices, inspirantes : Alphée le fleuve qui remonte, les pierres à l’échelle du temps, l’architecture souterraine…

Mots-clés : #autobiographie #essai
par Tristram
le Mer 16 Oct - 18:31
 
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Sujet: Roger Caillois
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Howard Fast

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Memoir10

Mémoires d'un rouge

Encore un commentaire qui ne rendra pas justice à la somme de choses qu'on trouve dans le livre. Surtout qu'il a du métier ce Howard Fast dont je ne connaissais pas le nom, les environ 550 pages de ses mémoires passent avec une facilité déconcertante.

On démarre fort avec un jeune homme qui rêve de s'engager contre le nazisme et qui se retrouve presque à regret à travailler comme un damné à la préparation des bulletins d'information qui seront diffusés dans toutes l'Europe occupée.

On découvre ensuite derrière ce patriotisme un parcours assez dur : très jeune il a dû travailler, se battre aussi et à côté de ça il a réussi malgré tout à lire, et à écrire. L'obsession après avoir juste ce qu'il faut pour se loger et se nourrir avec ses frères et leur père.

De rencontre en rencontre il se démène et accepte l'importance de sa tâche, stimulé aussi par sa place au cœur du système et de l'information. Néanmoins il veut partir, se confronter à la réalité de la guerre. Ce qui ne se fera pas comme il l'espérait. Ses penchants "à gauche" ou pro-russes alors que le conflit va toucher à sa fin dérangent et son départ se fera pour l'Afrique du Nord avant l'Inde.

Patriotisme toujours, et pacifisme encore plus fort face aux absurdités et injustices de la guerre. Nous voilà partis dans un vrai voyage qui vient nourrir l'homme et ses convictions. Il y a des pages très fortes là-dedans aussi.

De retour aux Etats-Unis les années difficiles pour les communistes et sympathisants sont là. D'auteur à succès il devient persona non grata. Procès, refus des éditeurs... Condamnation et montage de sa propre maison d'édition. Prison, campagnes politiques, meetings, récoltes de fonds pour les plus démunis, combat contre le racisme des années difficiles mais riches encore. La mise en place du maccarthysme et de mascarades judiciaires aux frais du contribuable sont décrites dans l'ombre non pas des écoutes et tracas incessants causés par un FBI envahissant mais plutôt dans la tension entre le parti communiste et ses lignes directrices et le sentiment d'injustice car au fond il reste et est volontairement ce qu'on pourrait un "bon américain" avec des idéaux indéboulonnables de liberté.

Des pages assez incroyables encore. Il faut aussi parler de la menace d'une troisième guerre mondiale avec la menace atomique mais aussi de l'antisémitisme et des rumeurs d'une URSS de moins en moins idyllique. Ne pas oublier les tentatives de lynchages ?

C'est dense, très dense, très riche et avance vers l'inévitable ras le bol d'un parti qui s'est peut-être d'abord plombé lui-même à force de rigidité et de dogmatisme aveugle. Désillusion ? Ptet ben que oui, ptet ben que non.

Après tout pour Howard Fast ce qu'on lit c'est sa volonté mais soutenue par les rencontres, sa femme, ses enfants et les amis d'un jour ou de toujours, ce sont aussi ses chroniques au Daily Worker et surtout surtout l'indépendance et la liberté de penser, de s'exprimer et d'aider.

Et il y a les images et idéologies qui sont mises en lumière dans le livre avec leurs reflets d'aujourd'hui...

Mots-clés : #autobiographie #documentaire #guerre #justice #politique #racisme #social #solidarite #universdulivre
par animal
le Jeu 26 Sep - 14:08
 
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Sujet: Howard Fast
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Vénus Khoury-Ghata

La maison aux orties

Tag autobiographie sur Des Choses à lire La_mai10

Roman, 2006, éditions Actes Sud, 110 pages environ.

J'ai beaucoup aimé ce roman.
Vénus Khoury-Ghata explique le projet en prologue:
Prologue a écrit:Deux années de travail acharné, des dizaines de pages sacrifiées avec la fausse impression de coller à la réalité. Le mot "Fin" étalé sur la dernière page et m'étant relue, j'ai constaté que ces pages ne contenaient que des pépites de ce que j'ai vécu. L'écriture seul maître à bord a tiré les ficelles et m'a entraînée vers une réalité enrobée de fiction.
  Il m'est impossible de faire la part du vrai et de l'inventé, de démêler la masse compacte faite de mensonges et de vérité. À quelle date exacte avait commencé la déchéance de mon frère ? Où fut enterré mon père ? La guerre limitant les déplacements, on enterrait sur place à l'époque. Les personnages de ce livre n'étant plus de ce monde, je les ai convoqués par la pensée et leur ai demandé de donner leur version personnelle des faits.
  Penchée par-dessus mon épaule, mon analphabète de mère me dicte ses espoirs et ses désillusions. Mon jeune mari mort il y a deux décennies me donne rendez-vous dans un café, et me demande de lui décrire ma vie après lui. Seul mon frère reste sourd à mes appels.


La maison aux orties est la maison natale au Liban, la mère de Vénus se promettait chaque jour de les arracher, ces plantes envahissantes, inutiles et inesthétique afin de planter par exemple des hortensias, et, par procrastination, différait chaque jour cette tâche promise: elle ne l'a jamais accomplie.

Roman névrotique, passablement ravagé, avec plus d'humour qu'il n'y paraît.
Il est bon d'avoir lu l'autre bouquin avec une maison dans le titre (Une maison au bord des larmes) auparavant. Au reste, l'écriture en est assez différente.
Le style est nettement plus savoureux, réfléchi, avec la mise en valeur par jeu de reliefs de passages complets que dans le tempétueux Une maison au bord des larmes, montrant ainsi que Vénus Khoury-Ghata, poète, traductrice et romancière, a décidément bien des cordes à son arc, est-il si fréquent de voir de telles évolutions stylistiques, en peu d'années, chez un romancier ?

Vénus, son défunt jeune mari, feu ses parents, son voisin Boilevent, ses chattes, sa fille Yasmine alias Mie, son amant (désigné par l'initiale M., peintre chilien de grande notoriété - pour les moins perspicaces, j'avance le nom complet tel que je le présume: Matta), les coulisses du prix Max-Jacob avec des évocations marquantes (Alain Bosquet, Jean Kaplinski, etc...), bien des petits détails tout à fait croquignolets et quantité d'autres choses encore: roman de la solitude et de la vieillesse approchant, mais certainement pas roman de la décrépitude ! Madame, vos morts sont si emplis de vie !

Mots-clés : #amitié #amour #autobiographie #humour #mort
par Aventin
le Sam 21 Sep - 11:20
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
Réponses: 8
Vues: 496

Vénus Khoury-Ghata

Une maison au bord des larmes

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Une_ma10

Roman, 1998 (précisé Beyrouth 1950 - Beyrouth 1990 en fin), éditions Balland, 130 pages environ.

Roman douloureux autour de l'enfance, avec comme personnages principaux le père, la mère, le frère et un peu Vénus elle-même. Ses deux sœurs restent estompées, à peine évoquées, l'une même n'est, je crois, pas du tout nommée.

Un univers glaçant, un frère maudit - ou bien, apprenons-nous au fil de la lecture, porteur d'une malédiction apparaissant fatale aux yeux paternels, la pauvreté, une mère d'exception, splendide analphabète.

Assise sur le seuil, ma mère scrutait les ténèbres à la recherche d'une silhouette. Elle me fit une place  à côté d'elle et m'expliqua qu'il ne fallait pas en vouloir au père. Il est maladroit. Il ne sait pas exprimer sa tendresse. C'est dû à des faits graves qui remontent à son enfance dans un pays au-delà des frontières.
Sa main balaya le nord derrière son épaule.
- Personne, ajouta-t-elle, n'a jamais su d'où venaient la femme et les deux garçons descendus d'une carriole sur la place d'un village du sud. L'avaient-ils choisi pour l'ombre de ses platanes ou pour la porte béante de son église ? Cette femme était-elle une veuve ou fuyait-elle un mari trop brutal, un assassin peut-être ? Penchée sur le bac à lessive du monastère où elle s'était réfugiée, elle gardait un port de reine. Son maigre salaire pouvant payer les études de l'aîné, elle leur céda le petit. Il prendrait l'habit. Une femme si secrète; elle n'évoqua jamais sa fille retenue par l'irascible père et qu'elle retrouva vingt ans après, vêtue de l'habit traditionnel des paysannes venues des plaines qui fournissent son blé à la Syrie et des travailleurs saisonniers à tout le Proche-Orient.
Ma mère faisait remonter la honte de génération en génération jusqu'à ce seuil où elle attendait.


Une écriture âpre, bouillonnante, si je n'avais lu un peu de sa poésie je ne serais pas forcément convaincu que l'effet premier-jet, presque brouillon, n'est pas recherché: Tout au contraire, je crois qu'à l'évidence il fait partie du procédé littéraire mis en place: avec un objectif de fraîcheur, de percussion.
C'est très réussi.

Les pages claquent, les demi-fous qui composent le voisinage de cette pauvre maison, de cette famille déshéritée et se sentant maudite semblent imposants, inévitables autant qu'irréels, et participent à la fatalité ambiante, campés qu'ils sont à simples coups hardis, grands traits forts.
Un certain humour arrive à sourdre, telle l'humidité en milieu désertique et battu des vents.
J'ai aimé ce livre, parcouru avec la sensation de suivre un torrent dévalant.

Mots-clés : #autobiographie #culpabilité #devoirdememoire #famille #fratrie #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Lun 16 Sep - 0:12
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
Réponses: 8
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Irène Nemirovsky

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Le_vin10


Le Vin de solitude. - Albin Michel


"Ou bien « Le Vin du souvenir » ? Le « Vin de solitude » ? Le Vin de solitude est un beau titre et il a de plus l’avantage certain de bien fixer ma pensée sur un point essentiel. En effet, je crois que ce qu’il faut montrer surtout, c’est cette enfant qui pousse ainsi, absolument seule. Bien mettre l’accent sur cette profonde et amère solitude, sur les fantasmagories qui peuplent sa vie, sur l’apparence monstrueuse que cette vie prend pour elle."

Irène Nemirowski


Le titre choisi finalement par Irène Nemirowski définit tout à fait le contenu du livre.
L'histoire d'une enfant puis d'une jeune fille seule. D'une ville à l'autre, de Kiev à Paris.
Le père, banquier, s'imagine compenser une enfance misérable en spéculant et en brassant de l'argent facile.
Absent la plupart du temps, il oublie sa fille qui l'adore.

La mère, -et c'est pire- est futile, égoiste, froide, sauf quand il s'agit de prendre un nouvel amant.

Elle n'aime pas sa fille et ne se prive pas de le lui dire. Ni de l'accabler de reproches méprisants.

Et elle ne lui épargnera jamais la vue de ses amants et de leurs coucheries.

La seule personne qui lui manifeste une vraie tendresse fut la gouvernante française. Mais quand la mère s'en appercevra, elle la chassera.
La guerre puis la révolution mettent la famille en fuite. D'abord à St Petesbourg, puis en Finlande, en Suède avant Paris où la mère a entraîné son dernier amant.
La jeune fille, décide alors de le séduire pour se venger de sa mère. Elle n'ira pas jusqu'au bout lorsque elle se rend compte qu'il ne l'aime plus et que la vengeance la plus cruelle est désormais le temps et l'age.

C'est d'ailleurs un élément fort que cette relation mère/fille.
Je ne me souviens pas avoir lu une relation à la mère aussi violente. Sinon celle de Jules Vallès.


On le sait à présent, le roman est en grande partie autobiographique, et cet antagonisme apparaît dans d'autres romans.
Le Vin de solitude est un travail de mémoire assez extraordinaire. Où il s'agit de restituer des situations, des atmosphère, d'essayer de reproduire ou de repenser des conversations.
Travail de mémoire aussi quand il s'agit de se remémorer les lieux où la famille vécut, le mode de vie où la richesse ne fait jamais oublier la négligence, le manque d’âme, la chaleur humaine.

Et aussi les bouleversements de la guerre et de la révolution bolchevik dont elle est témoin.
Ce qu'on retiendra avant tout, c'est le personnage qu'elle incarne, mélange de sensibilité frustrée, mais aussi d'intelligence, de lucidité, de volonté.
Toute sa vie le manque d'affection constituera une blessure permanente.
Et c'est sans doute pourquoi ce qu' elle a vécu se reflète dans un style incisif, précis, cruel.
Ce roman, au moment où il parut (en 1934) constituait un roman d'apprentissage au féminin, ce qui n'était pas encore très courant à l'époque. Si l'on excepte Colette à qui l'on pense parfois.
Mais Colette, elle, avait une mère qu'elle adorait et c'est déjà une grande différence.

Mots-clés : #autobiographie #exil #famille #premiereguerre #revolution #solitude
par bix_229
le Mer 31 Juil - 17:59
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
Réponses: 4
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