Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 17 Jan 2020 - 22:56

192 résultats trouvés pour autobiographie

Nastassja Martin

Croire aux fauves

Tag autobiographie sur Des Choses à lire 61cz1e10


Originale : Français, 2019

CONTENU :
Editeur: a écrit:" Ce jour-là, le 25 août 2015, l'événement n'est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L'événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C'est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l'actuel ; le rêve qui rejoint l'incarné ".


REMARQUES :
Dans « Les âmes sauvages » l’auteure racontait déjà en 2016 dans son travail de doctorat de son séjour de deux ans parmi les peuples dans l’extrême Nord-Ouest de l’Alaska quand elle avait 23 ans. S’ensuivaient d’autres années d’études des Gwich’in et puis un séjour prolongé dans l’extrême Est de la Russie, dans des régions réculées du Kamtchatka. Là-aussi, elle se meut surtout dans le contact avec des gens marqués par les traditions et la cultures de ces peuplades sous influences schamaniques et animistes. Elle étudie alors de près ces compréhensions d’un monde, des mondes interpénétrés des uns par les autres. Ces présentations ne lui restent pas étrangères ; elle commence à vivre, penser, rêver dans ses patterns : elle rêve de rencontres avec des animaux, de la disparition de frontières (entre mondes).

Puis en Août 2015 alors cette rencontre d’un autre type : De façon inattendue, aussi bien pour l’ours et pour elle, ours et femme se font face, engagent un combat. L’une et l’autre emporte un morceau. Martin est mordu au visgae et à la jambe, une lutte commence pour refaire le visage, de rejoindre les services de secours, loin de là. Et après premières interventions, le retour en France et la continuation des soins.

Mais ce qui est particulier c’est qu’elle ne va pas tellement parlé d’une relation entre attaquant et victime, mais plutôt d’une rencontre de face à face. Sur les premiers pages cette rencontre est déjà passée, mais elle va y retourner dans les réflexions qui accompagnent le livre, le récit. Récit de l’année après la « rencontre » : des interventions, des souffrances, certes, mais beaucoup plus presque récit, exposé sur la patrie spirituelle de l’auteure, la non-dualité, le fait d’être marquée (déjà en avance?!) par l’ours et le melange, l’interpénétration des mondes. Qu’est-ce qu’une identité ? Singularité ? Ou plutôt : multiplicité ? Qu’est-ce qu’y est illusion, quoi vérité, réalité ? Ainsi cette anthropologue expérimente en et par elle-même les défis de la vision du monde des peuples « étudiés ». Et s’ouvrent des ponts et des portes.

C’est un livre qui pourrait vraiment déconcerté, mais qui est très sympathique, sans se larmoyer (malgré des larmes), avec beaucoup d’impulsions pour la réflexion.


Mots-clés : #autobiographie
par tom léo
le Sam 11 Jan 2020 - 16:04
 
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Sujet: Nastassja Martin
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Wallace Stegner

Lettres pour le monde sauvage

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Textes autobiographiques, les souvenirs d’une enfance dans les plaines du Saskatchewan, et l’expérience déterminante de se tenir seul dans l’immensité de la nature :
« Le monde est vaste, le ciel encore plus, et vous tout petit. Mais le monde est également plat, vide, presque abstrait, et, dans sa platitude, vous êtes une petite chose dressée sur son chemin, aussi soudaine qu’un point d’exclamation, aussi énigmatique qu’un point d’interrogation. »
La quadrature du cercle

Ces différents récits se superposent, donnent des variantes ou se complètent. Ils retracent notamment l’histoire d’un melting pot pionnier à la frontière canadienne (métis d’Indiens et de Français, cockneys, cow-boys, Scandinaves, etc.), un pot-pourri de migrants idéalistes, naufragés ou escrocs. Ils permettent aussi de trouver l’origine de certaines scènes des romans de Wallace Stegner, comme celle du poulain à la décharge.
Et surtout, ils expriment la réalité du contact avec la nature :
« Mon enfance dans l’un des derniers espaces de la Frontière m’a inculqué deux choses : la connaissance du monde sauvage et de ses créatures, et, sur le tard, la culpabilité d’avoir participé à leur destruction.
J’étais un enfant chétif, mais pas soumis. Comme tous les garçons que je connaissais, je reçus une arme et l’utilisai dès l’âge de huit ou neuf ans. Nous tirions sur tout ce qui bougeait ; nous abattions tout ce qui n’était pas apprivoisé ou protégé. L’hiver, nous posions des pièges pour les petits animaux à fourrure de la rivière ; l’été, mon frère et moi passions chaque jour des heures à piéger, abattre, prendre au collet, empoisonner ou noyer les spermophiles qui affluaient dans notre champ de blé et dans l’eau précieuse de notre rezavoy [réservoir, en français]. Nous empoisonnions les chiens de prairie et liquidions au passage les putois à pieds noirs qui s’en nourrissaient – ce sont aujourd’hui les mammifères les plus rares d’Amérique du Nord. Nous ignorions même qu’il s’agissait de putois ; nous les qualifiions de grosses belettes. Mais nous les tuions comme nous tuions tout le reste. Un jour, j’en transperçai un avec une fourche dans le poulailler et fus écœuré par sa vitalité farouche, épouvanté par la résistance des créatures sauvages face à la mort. J’eus la même impression en attrapant un blaireau dans un piège à spermophiles. Je l’aurais volontiers laissé partir, mais il était si féroce et se jeta sur moi avec une telle sauvagerie que je dus le frapper à mort avec une pierre »
Trouver sa place : une enfance de migrant


« Chaque fois que nous nous aventurons dans le monde sauvage, nous recherchons la perfection de l’Éden primitif. »
Au jardin d’Éden

C’est par exemple « le Havasu Canyon, le sanctuaire profondément enfoncé, cerclé de falaises, des Indiens havasupai » d’Au paradis des chevaux. (Le lieu m’a ramentu un paysage des Himalayas décrit par Alexandra David-Néel.)
Mais c’est « Un paradis pas complètement idyllique, malgré son isolement, sa tranquillité et son eau d’un bleu éclatant. », notamment à cause de « l’insensibilité habituelle des Indiens vis-à-vis des animaux »
Wallace Stegner lui-même ne sait pas quelle solution préconiser pour sauvegarder les dernières cultures libres :
« Est-il préférable d’être bien nourri, bien logé, bien éduqué et spirituellement (c’est-à-dire culturellement) perdu ; ou bien est-il préférable d’être ancré dans un schéma de vie où décisions et actions sont guidées par de nombreuses générations de tradition ? »


Puis viennent des remarques d’une "brûlante" actualité sur l’arrogance aberrante de notre civilisation inadaptée, qui n’ont pas été entendues. À propos d’une mirifique, prodigue et vaine réalisation architecturale :
« Cette maison dans le désert me paraissait, et me paraît toujours, un paradigme – plus qu’un paradigme, une caricature – de notre présence dans l’Ouest au cours de ma vie. »
Frapper le rocher

L’aridité comme mode de vie est plutôt un essai historique sur l’Ouest américain, vaste espace pour migrants déracinés, tandis que Les bienfaits du monde sauvage interroge le devenir du rêve américain.
« Combien de temps la liberté survit-elle aux richesses ? Combien de temps la démocratie peut-elle survivre à l’amenuisement des possibles et à l’élargissement du fossé entre riches et pauvres ? »
Les bienfaits du monde sauvage

« Car, pendant que nous nous acharnions à modeler le monde sauvage, celui-ci nous modelait en retour. Il a changé nos habitudes, notre cuisine, notre langue, nos espoirs, nos images, nos héros. Il a courbé le manche de nos haches et marqué un tournant dans notre religion. Il a façonné notre mémoire nationale ; il nous a fait une promesse. Manifestement, ce changement n’a pas affecté tous les Américains, et les nouveaux Américains arrivés trop tard pour être rebaptisés par le monde sauvage, qui ne connaissent d’autre Amérique que les jungles d’asphalte, risquent de ne pas l’avoir ressenti du tout. Mais il a affecté suffisamment de gens et de générations pour insuffler à nos institutions, nos lois, nos croyances et notre rapport à l’univers une dynamique dont les futurs Américains ont pu bénéficier et dont ils ont pu tirer des enseignements, une dynamique à laquelle le droit tend à se conformer, qui fait partie intégrante d’une foi typiquement américaine. »
Les bienfaits du monde sauvage


« Nous sommes une espèce sauvage, comme l’a montré Darwin. Personne ne nous a jamais apprivoisés, domestiqués ou engendrés scientifiquement. Mais, pendant au moins trois millénaires, nous nous sommes engagés dans une course effrénée et ambitieuse pour modifier notre environnement et en prendre le contrôle, et, dans ce processus, nous nous sommes quasiment domestiqués. »
Coda : lettre pour le monde sauvage

« Il me semble significatif que notre littérature ait ostensiblement glissé de l’espoir à l’amertume presque au moment précis où le mythe de la Frontière touchait à sa fin, en 1890, et quand l’American way of life a commencé à devenir largement urbain et industriel. À mesure de cette urbanisation, notre littérature et, je crois, notre peuple devenaient affolés par le changement technologique, malades et aigris. »
Coda : lettre pour le monde sauvage


Mots-clés : #amérindiens #autobiographie #ecologie #essai #nature #ruralité #temoignage
par Tristram
le Dim 8 Déc 2019 - 11:46
 
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Ryu MURAKAMI

69

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De Ryu Murakami j’ai aussi lu „seulement „69“ et comme déjà dit, cette oeuvre semble sortir de l’atmosphère des autres livres. C’est, au moins à Tokyo, le temps de la révolte, avec les Stones, Beatles et Compagnie, et chez le héros, le narrateur principale, le souci premier de finalement perdre sa virginité. Pour vue qu’on accepte que dans cette perspectif Ryu subordonne la révolution à la recherche d’une relation amoureuse, on trouvera un livre hilarante à souhait, avec des poules perdues et des infractions rocambolesques à l’école. Il semble que ce livre fut aussi un triomphe au Japon. Et même si je ne suis pas de la même génération, je me sentais rappelé aux temps d’une certaine jeunesse.


Mots-clés : #autobiographie #humour #jeunesse #xxesiecle
par tom léo
le Sam 30 Nov 2019 - 7:57
 
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Moritz Thomsen

Mes deux guerres

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Récit autobiographique, l’histoire de cette famille plus extraordinaire qu’une création romanesque, mais aussi typiquement nord-américaine dans la démesure de la fortune et du désastre, du sordide et de la folie, gravitant sans fin autour de la figure du père haïssant et haïssable ‒ le tout épicé d’un humour subtil, mais fort teinté de dérision. Avec le bizarre contrepoint de l'expérience tout aussi traumatisante de la Seconde Guerre mondiale comme bombardier.
Thomsen est un puissant narrateur, comme de cette séance déterminante dans une taverne munichoise en pleine poussée fasciste, ou celle du choc de Pearl Harbor ‒ et bien sûr les bombardements vus d’un B-17. Le point de vue dont il témoigne m’est souvent paru différent de ce que j’aurais cru, mais toujours plein d’enseignements (telle cette significative diffamation officielle : « Lack of Moral Fibre », défaut de combativité).
« Et il est tout aussi étrange que, lorsqu’on se met à creuser le passé, on n’y trouve pas, bien souvent, ce à quoi on s’attendait ; dans nos souvenirs les plus vivaces, on est rarement dans les bras de quelqu’un, mais presque toujours seul et peut-être à ne rien faire de plus important qu’être posté à la fenêtre tandis que la lune monte au-dessus des arbres, ou contempler, dans une sorte d’extase, les eaux limpides d’un lac de montagne. »

« La monotonie s’est parée d’une qualité enchantée, comme si nous vivions des journées qui ne seront pas décomptées de notre espérance de vie, dividendes sans valeur, mais dont, avec un peu d’imagination, il est possible de retirer quelques moments de relative joie. »

« Le temps de quelques instants, je fus ébranlé par l’idée de ces artistes, alors clandestins [dans l’Europe occupée par les nazis], dont nous avons besoin pour interpréter la nature transcendante du réel, et de ces penseurs sans illusions qui, en l’absence de Dieu, ne peuvent que nous indiquer comment marcher avec grâce et courage vers notre propre extinction. […]
Qui d’autre, là en bas, portait le fardeau du monde, maintenait la cohésion du monde, recréait un monde à partir des menus éléments de son expérience et de sa vision personnelles ? »

« On entend dans sa jeunesse les accords d’ouverture d’un concerto tout de puissance et de romantisme et, pour le restant de sa vie, l’on est prisonnier de cette émotion qui revient avec chaque répétition de l’œuvre. »

« Pourquoi, quand la vie est à ce point odieuse, sommes-nous si terrifiés à l’idée d’en être soulagés ? »


Mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #relationenfantparent #temoignage
par Tristram
le Mar 26 Nov 2019 - 13:15
 
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Helene Hanff

84, Charing Cross Road


Tag autobiographie sur Des Choses à lire 41tdu810

J'adore les livres d'occasion qui s'ouvrent d'eux-mêmes à la page que leur précédent propriétaire lisait le plus souvent. Le jour où le Hazlitt est arrivé, il s'est ouvert à "Je déteste lire des livres nouveaux" et je me suis exclamée " Salut, camarade ! " à l'adresse de son précédent propriétaire, quel qu'il soit.

Une relecture, pour moi, qui n'en fais que très peu parce qu'il y a tant à découvrir et à lire. Mais , une relecture qui m'a fait passé un bien joli moment ; je ne me souviens plus de mes pensées lors de la découverte de ce livre, il y a un certain nombre d'années. J'ai comme l'impression que je l'ai apprécié davantage parce que je prends conscience avec les années de la place des livres dans une vie.

Les livres comme "amis", les livres comme autant de liens qui se tissent autour d'eux, les livres comme messagers au moment des choix de vie, les livres juste pour savoir qu'ils sont là et nous accompagnent, toujours.



Une belle histoire que celle de l'amitié entre une jeune femme de New York désireuse de rattraper le temps perdu et "d'apprendre" sur la littérature anglaise et les employés d'une librairie d'occasion qui n'auront de cesse que de la contenter dans ses demandes de livres épuisés ou abordables.
Une histoire sur le temps qui passe, les vies qui se défont, les absences qui surviennent... et les livres qui demeurent prêts à circuler entre d'autres mains en attente.
Une belle histoire pour dire le merveilleux de ces livres d'occasion, déjà lus, annotés et qui enrichissent encore davantage "leur propriétaire" du moment.


Finalement : relire, c'est porter un autre regard et c'est bien également.


Mots-clés : {#}autobiographie{/#} {#}correspondances{/#} {#}universdulivre{/#}
par Invité
le Ven 22 Nov 2019 - 18:27
 
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Sujet: Helene Hanff
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Karen Blixen

Tag autobiographie sur Des Choses à lire 41hcfj10

Dans la première partie j'ai aimé la découverte de l'Afrique, de cette région, à travers les yeux et les ressentis de l'auteure.

"Les indigènes sont l’Afrique personnifiée, l’Afrique en chair et en os. Ils sont aussi bien le Longonol, le grand volcan assoupi qui domine, solitaire, toute la vallée du Rift, les mimosas le long du fleuve. Les éléphants et les girafes ne représentent pas mieux l’Afrique que mes indigènes, humbles silhouettes dans un paysage écrasant. Les uns comme les autres émanaient du même principe et n’étaient que des variations sur un thème unique ; non pas des composés fixes d’atomes hétéroclites, mais des composés hétéroclites d’atomes semblables, comme le seraient par rapport au chêne le bois, la feuille ou le gland.
En Afrique, les Blancs qui se déplacent toujours chaussés, et généralement pressés détonnent dans le paysage. Les indigènes, au contraire, sont toujours en « harmonie avec le pays."

"Dans un pays étranger et devant les aspects nouveaux, qu’y revêt la vie, il faudrait savoir ce qui, jusque dans la mort, conserve sa valeur."

C'était très intéressant que l'auteure s'attarde à dresser le portait physique, psychique et spirituel des différentes ethnies. De même les rapports entre elle et "ses" indigènes, (tout particulièrement le chapitre consacré aux femmes Somalies) ses squatters. On mesure aussi l'hospitalité que cette femme de l'aristocratie accorde, bien sur à ses amis, mais aussi aux personnes de passage qui viennent, reviennent, restent, meurent aussi dans la ferme, la maison !

"En échange des bienfaits de la civilisation, mes voyageurs m’apportaient les trophées de leurs chasses, des peaux de léopard et de cheetah, de quoi m’habiller de fourrures quand je reviendrais à Paris, des peaux de serpents ou de lézards pour mes sacs et mes souliers et des plumes de marabouts"

Bon, je vois ça à une époque où peu de personnes s'intéressaient à l'écologie, la biodiversité, à la préservation.

Son regard sur les animaux :

"Ce sont les bœufs qui ont en Afrique payé le plus lourd tribut à la civilisation.
Partout où une terre a été défrichée, ce sont eux qui l’ont défrichée, peinant, suant, enfonçant jusqu’au jarret dans la terre, devant la charrue, avec la menace des longs fouets suspendue au-dessus d’eux.
Partout où un chemin fut tracé, ce sont eux qui l’ont tracé et ils ont remorqué le fer et les outils à travers le pays sous les encouragements et les vociférations des conducteurs, à travers les terrains caillouteux de la montagne, comme à travers les hautes herbes de la plaine, car il n’y avait pas d’autres chemins.
Dès l’aube, ils ont remonté et descendu les collines, traversé les vallées et le lit des rivières, et cela aux heures les plus brûlantes.
Leurs flancs ont été zébrés de coups de fouet et l’on rencontre des bœufs qui ont perdu un œil ou les deux yeux d’un seul coup de ces fouets à lanières.
Les bœufs des Indiens, comme ceux de beaucoup d’entrepreneurs européens, travaillent tous les jours de leur vie sans jamais connaître de dimanche.
Nous avons de grands torts envers le bœuf ; on peut dire que le taureau est constamment furieux, qu’il roule les yeux, martèle le sol et fonce sur tout ce qu’il voit, mais du moins il vit, le feu jaillit de ses naseaux et la vie de ses reins.
Ses jours sont marqués par des exigences sans doute, mais quelquefois aussi par des satisfactions.
De tout cela nous avons privé les bœufs et en échange que leur avons-nous laissé ? Nous avons disposé de leur existence, les bœufs sont condamnés à nous suivre partout et à partager notre vie quotidienne, ils portent nos fardeaux et les tâches les plus lourdes leur sont réservées. Ce sont des êtres dépourvus d’existence propre.
Ils semblent créés pour nous subir"


"Tous ces oiseaux étaient noirs, mais d’un noir doux, profond et mystérieux, un noir d’Afrique qui ressemblait plus à une patine acquise avec l’âge, qu’à une couleur ; c’est le noir des vieilles suies, le noir qui surpasse par son élégance, sa Vivacité et sa force toutes les autres couleurs.
Tous les calaos, avec beaucoup de pétulance, parlaient à la fois ; on eût dit une réunion d’héritiers après un enterrement"


Elle chasse ;  ne fait jamais montre d'anthropomorphisme, elle se borne à admirer, reconnaître chez les animaux leur beauté, leur valeur, leur caractère, s'il faut tuer un animal elle le fait, parce que c'est utile (pour nourriture, parce que l'animal sauvage prélève des animaux domestiques) mais aussi pour le plaisir de chasser (ce qu'il est pas facile d'admettre vu qu'elle se rend compte de la disparition peu à peu de certaines espèces).

La Baronne gère apparemment seule la ferme, son mari n'est cité qu'une fois alors qu'elle accompagne un convoi de ravitaillement, à sa demande, pendant la guerre. (j'ai pu voir dans sa biographie ses rapports avec lui).

"Une ferme est un lourd fardeau, les indigènes qui vivaient d'elle, et même les Européens qui en dépendaient, se déchargeant sur moi de tous  soucis. Je me suis demandé parfois si les boeufs et les caféiers n'en faisaient point autant.
J'avais l'impression que toutes les créatures de la ferme, celles qui parlaient comme celles qui ne parlaient point, me rendaient responsable, si la pluie tardait ou si les nuits étaient froides.
Et, le soir, lorsque j'étais seule il ne me semblait même pas possible ou convenable d'oublier mes soucis et de prendre un livre ; j'étais poussée hors de chez moi, comme une feuille emportée par le vent, par crainte de perdre ma ferme."

Les caféiers ne rendent pas beaucoup car ils sont trop en altitude, s'ajoute les dégâts causés par les sauterelles (véritable plaie), les maladies, l'ingratitude du temps. La ferme doit être vendue, la Baronne doit s'occuper du sort des squatters, licencier ses indigènes, récupérer ses quelques biens.

"Il fallait aussi régler le sort de mes chevaux et de mes chiens.
J’avais pensé les tuer, mais plusieurs amis m’avaient écrit pour me demander de les leur laisser, ils m’assuraient qu’ils en prendraient grand soin.
En voyant courir mes chiens à côté de mon cheval, je pensais que ce serait mal agir envers eux que de supprimer cette vie que je sentais si ardente. Je fus longue à me décider. Et finalement, je résolus de les laisser à mes amis."


Ceci m'a été difficile à comprendre, mais cette attitude rejoint ce que j'ai dit plus haut pas d'anthopomorphisme, l'animal reste un animal, c'est sa valeur qu'elle voit, on ne peut pas dire qu'elle "aime" ses animaux, non.

Dans la IIIème partie, ce sont les départs, le sien, ceux qui quittent la vie, un ami, un chef Kikuyu, un invité...

C'était une lecture intéressante, les descriptions sont très belles ; l'attitude du gouvernement aussi vis à vis des indigènes (les nombreuses interdictions qui tendent à nier les us et les moeurs - traditions -  des indigènes) ; les rapports entre les différentes ethnies, entre les Blancs et les Noirs. La Baronne est intelligente, elle a su comprendre l'Afrique à travers les Indigènes. Elle s'est impliquée, dénouant les conflits, lectrice, soigneuse pour tous ceux qui vivaient sur sa terre.

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merci à Tristram qui m'a suggéré cette lecture


Mots-clés : #autobiographie #colonisation #lieu
par Bédoulène
le Jeu 21 Nov 2019 - 15:49
 
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Sujet: Karen Blixen
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Herman Melville

Omoo : récits des mers du Sud

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Omoo10

Dans cet ouvrage, on apprendra grâce à l’auteur (et pas aux éditeurs) que ce récit forme la suite de Taïpi Typee »).
Sur un ton de l’aveu-même de l’auteur « familier », ce récit autobiographique présente la vie sur « un très vieux trois-mâts barque d’un beau gabarit, jaugeant plus de deux cents tonneaux et de construction américaine », à la marche « vive et folâtre », mais dans un état franchement misérable (nourriture, rats, cancrelats).
« J’appris plus tard que nos aliments avaient été achetés à Sydney par les armateurs, à une vente aux enchères de vivres maritimes avariés. »

« Le navire entier était dans un triste état ; mais le poste, lui, ressemblait au creux d’un vieil arbre pourrissant. Complètement humide et décoloré, le bois se montrait par endroits mou et poreux ; de plus, le cuisinier ne se gênait pas pour venir taillader les bittes et les couples à coups de hache et de scie afin de se procurer des copeaux pour allumer son feu. Au-dessus de notre tête, les entremises étaient noires de suie et l’on pouvait y déceler de gros trous calcinés, souvenirs laissés par des marins ivres au cours d’un précédent voyage. D’en haut, on entrait par une planche munie de deux taquets, qui descendait obliquement de l’écoutille, simple ouverture dans le pont. Comme nous manquions de panneau à glissière pour la fermer, le prélart temporaire qui était censé le remplacer, offrait une bien faible protection contre les embruns projetés au-dessus des bossoirs : aussi, dès qu’il y avait un soupçon de brise, notre retraite se trouvait lamentablement inondée. S’il tombait un grain, l’eau se déversait en nappes, cascadait, éclaboussant brutalement tout le poste ; puis, rejaillissant entre les coffres, elle nous arrosait de ses jets comme une fontaine. »

L’existence est rude, la compagnie fruste et « inhumaine », même si le rire est souvent de mise.
Melville nous entretient notamment de son ami, le docteur Long Ghost, médecin du bord démissionnaire… mais la diversité de l’équipage occasionne une remarquable galerie de portraits (y compris d’autres figures hautes en couleur) ! Tel Salem (du nom du port américain où il embarqua), beach-comber :
« Ce terme est en vogue parmi les marins du Pacifique. Il s’applique à certains personnages errants qui, sans rester attachés d’une façon permanente à un même navire, prennent la mer de temps à autre sur un baleinier pour une croisière de courte durée, mais sous condition d’être libérés sur leur demande, n’importe où, la première fois que l’ancre sera mouillée. Cette clique se compose principalement de gaillards insouciants et fantasques attachés au Pacifique, et ne rêvant jamais de doubler le cap Horn pour revenir un jour chez eux. De là vient leur mauvaise réputation. »

Et justement une (sorte de) mutinerie survient ; j’ai trouvé fort intéressant d’être documenté sur le Round Robin, la pétition en forme de roue :
« Juste au-dessous de la supplique, je traçai une circonférence dans laquelle devaient s’inscrire nos noms, – car le principal objectif d’un Round Robin est de disposer les signatures en étoile, afin que personne ne puisse être désigné comme étant le promoteur de la pétition. »


Tag autobiographie sur Des Choses à lire Round_11

Puis Melville nous présente plusieurs îles polynésiennes vues par un marin embarqué dans les années 1840 sur les mers du Sud.
Publié en 1847, l’ouvrage renferme nombre de considérations sur la rivalité Anglo-saxon/Français, sur celle des missionnaires protestants et catholiques (les premiers avec leur inquisitoriale milice des bonnes mœurs). Et, sans grande surprise, avec la religion on aborde la dégradation de la société indigène par disparition des coutumes.
« Mais, avant de poursuivre, je veux que vous compreniez bien que tout ce que je dis, ici et plus loin, ne tend absolument pas à nuire aux missionnaires ou à leur doctrine : je désire seulement montrer les choses sous leur jour actuel. »

« En vérité, les marins se font de ces païens nus une idée qui dépasse l’entendement. Ils les tiennent à peine pour des humains. Mais il est à remarquer que plus les hommes sont ignorants et vils, plus ils méprisent ceux qu’ils jugent leurs inférieurs. »

« C’était dans l’ensemble une race gaie, pauvre et sans dieu. »

Les deux compères jouiront d’une musarderie curieuse :
« Le titre de l’ouvrage – Omoo – est emprunté au dialecte des îles Marquises ou, entre autres sens, ce mot signifie un vagabond, ou mieux, un homme qui erre d’île en île, comme certains indigènes désignés par leurs concitoyens sous le vocable de Taboo Kannakers. »

A ce propos, Kanaka est le terme qui désigne les indigènes chez les étrangers ("Canaques").
Vagabonder dans une région tropicale, où les indigènes sont extrêmement hospitaliers, est une sinécure :
« Je ne puis m’empêcher de glorifier ici les avantages très supérieurs qu’offrent les contrées tropicales aussi bien aux simples vagabonds comme nous, qu’aux sans-le-sou en général. Dans ces climats bénis, les gens éprouvent naturellement moins de besoins et il est facile de satisfaire ceux qui sont indispensables. On peut se passer complètement de combustible, de toit et même, si cela vous plaît, de vêtements. Quelle différence avec nos rudes latitudes nordiques ! »

Mais, finalement, « la nostalgie de la grande houle » est la plus forte, même si Melville préfère « rentrer plus agréablement au pays par petites étapes. »


Mots-clés : #autobiographie #aventure #temoignage #voyage
par Tristram
le Lun 21 Oct 2019 - 13:45
 
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Sujet: Herman Melville
Réponses: 28
Vues: 1090

Olivier Rolin

Extérieur monde

Tag autobiographie sur Des Choses à lire 41ltw910

 Il y a des erreurs de jeunesse. Eh bien là, je vais peut-être plutôt parler d’une erreur de vieillesse. Olivier Rolin réalise qu’il arrive à un moment de sa vie où on ne parle plus du « temps qui passe » mais « du temps qui reste ». Il se dit que c’est peut-être le moment de se retourner en arrière.

Mais comme il tient à être un écrivain singulier, un Écrivain, quoi, il ne va pas s’en tenir à écrire de vulgaires mémoires, très peu pour lui. Il lui faut un truc plus original, rien qu‘à lui. Adieu l’ordre chronologique, voilà un bouquin en train de s’écrire, bienvenues les errances de la mémoires, les digressions et associations d’idées ! Formidable ! Mais quand même avec un peu des thèmes, restons raisonnables et et assez basiques, des rolinades on dira : les femmes qui m’ont fait rêver, les lieux oùj’ai eu le plus le bourdon, les alcools que j’ai dégustées, les carnets où je prends des notes, les livres qui m’ont marqué, les cafés dont je me souviens etc... Mais quand même en entretenant un certain désordre, c’est mieux.

Alors il y a  des passages magnifiques, des portraits saisissants, des descriptions épatantes. Il y a toujours l’humour-Rolin nonchalant,  une autodérision (parfois un peu surfaite?), une érudition et une vie unique de bourlingueur du monde, dans la proximité avec les gens. Mais aussi un fouillis abominable, des moments d’ennuis profonds, l’impression d’une certaine vanité et d’un narcissisme tout aussi certain.

Ou alors on trouve que c’est ça, la littérature, ce fouillis créatif qui ne s’occupe pas du lecteur. Ou alors,  comme moi, on vit ça comme une soirée diapo chez un ami, non seulement il faut se tartir toutes les innombrables diapos, les commentaires passionnés sur des lieux dont on ne connaît même pas le nom, mais en plus le gars qui invite  a laissé échapper le panier-photo, n’ a pas pris le temps de re-ranger, et c’est tout sans dessus-dessous. C’est un copain alors on ne dit rien. Mais, bon…..la prochaine fois, on se demande si on ne trouvera pas  une décale.

Mots-clés : #autobiographie #voyage
par topocl
le Sam 19 Oct 2019 - 19:55
 
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Sujet: Olivier Rolin
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Roger Caillois

Le fleuve Alphée

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Voici une sorte de testament de Caillois, des mémoires retraçant sa progression tant dans l’existence que dans ses études, et son interprétation du monde.
« L’archéologie de la mémoire est aussi inventive que l’autre et aussi anxieuse de continuité… La différence est qu’elle ajoute volontiers, chez les plus candides, au goût des origines celui d’une flatteuse prédestination. »

Enfance ‒ et, déjà, l’imaginaire :
« Arbres, insectes, odeurs, animaux, étoiles, jouets formaient un monde non pas exactement hermétique, mais complet et cependant ouvert. Il s’enrichit ma vie durant, si loin que j’aie voyagé, de nouveaux éléments qui s’ajoutaient aux plus anciens sans, comment dire ? sans accroître une totalité toujours aussi pleine. »

La guerre, familière, et les ruines où il joue
« …] : plutôt le cheminement normal et paisible de la nature, dont l’homme et ses monuments font partie.
Les traces qu’il en subsiste sont alors moins effacées que réconciliées. »

Puis la découverte tant attendue du monde des livres, immensité marine, vaste « parenthèse » de sa vie.
« À la fin, il me fallut relire l’épisode, c’est-à-dire que je commençais d’accorder à l’expression un intérêt qui ne tenait pas à la péripétie, que je connaissais déjà. C’est le moment où le démon de la littérature saisit un lecteur qui, jusque-là, n’était guidé que par l’attente du dénouement. »

Et l’écriture :
« La dette que chaque écrivain contracte envers sa langue maternelle est imprescriptible. Elle ne s’éteint qu’avec lui. Je suis assuré qu’en un tel domaine, s’endetter et s’acquitter de sa dette coïncident rigoureusement. Pour ma part, j’ai toujours traité ma langue avec un respect religieux. »

Aussi des voyages, des échappées hors de la « culture imprimée » :
« Ma vie durant, mes voyages dans des régions à peine peuplées (c’était mon oxygène) l’éclipsèrent périodiquement, il est vrai pour un temps bref, mais qui me marquait davantage que la monotonie des jours d’étude, puis de métier. Je me ménageais, chaque fois que le permettaient les missions dont j’étais chargé, une randonnée dans les contrées quasi désertiques sans monuments ni histoire, où la présence de l’homme demeure précaire et taciturne, quasi muette. La nature d’avant lui, en tout cas, peut encore aujourd’hui l’éliminer d’une chiquenaude. Il lui suffit d’ailleurs de profiter de la négligence de l’intrus. »

Après le mimétisme animal, Caillois évoque les objets qui l’ont obsédé de leur « magie analogue », « objets manufacturés, catalyseurs d’associations mentales », « objets-carrefours », « appât(s) à l’imagination », jusqu’aux cristaux et minéraux :
« Subsistent les pierres qui sont un monde à elles seules ; peut-être qui sont le monde, dont tout le reste, l’homme le premier, sommes excroissances sans durée. »

Caillois ne renie pas totalement son expérience surréaliste…
« Je continuais de décrire les pierres sans trop me soucier de leur contradiction. Cependant, plus je les décrivais et plus je me trouvais conduit à accroître de cette antinomie la portée et les conséquences. Je considérais une lave fluide, puis refroidie, une pâte enfermant panaches et festons, franges ourliennes et corolles dilatées, feuillages et figures de ballets, épaules en pente douce comme d’otaries ou hanches déclives comme de femmes foulbées ; faucilles, crocs ou dards de forficules, d’articulés ; draperies anticipant toute flore, tout paysage, l’immense répertoire des formes, des simulacres possibles ; falaises, alpages et bastions, villes en ruine, toute figure dont le nom déclenche une lointaine résonance, une évocation inhabituelle ou désuète, une atmosphère plutôt qu’un objet commun dont on n’ignore ni l’aspect ni l’usage et que l’on connaît par expérience ; ou bien des bêtes, des plantes, des personnages de pays exotiques ou d’époques révolues, des griffons, des gypaètes, des harpies, un funambule avec son balancier, des lansquenets aux bannières immenses, une faune de bestiaire fabuleux ou d’armoiries, un monde de fête, de mascarades, de livres illustrés, en un mot ce qui fait appel aux nostalgies du désir et de l’enfance plutôt qu’aux réticences ou aux scrupules de l’exactitude et du contrôle. Les géodes enveloppent sous leurs écorces maussades et râpeuses une pinacothèque infinie, où des styles reconnaissables selon les gîtes et les espèces répartissent par manières ou par sujets les innombrables tableaux. »

Accents pongiens ?
« …] je parle de minéraux insensibles. En un mot, je me sens approuvé dans la singulière entreprise de chercher dans l’exactitude une poésie inédite. »

Une vision souvent morbide de la végétation…
« Quand tous les arbres s’arbreront à partir de la même souche ; et quand toutes les herbes s’herberont à partir du même rhizome… »

« J’imagine parfois qu’en chaque végétal, s’ajoutant à sa sève particulière, circule un latex commun qui s’y trouve dissous. Élastique, extensible à l’infini, il unit les plantes en une effroyable conspiration. Il leur assure une fécondité indivisible qui compense leur fixité forcée. À l’opposé, les objets irrémédiablement seuls, stériles, et qui ne cèdent qu’à la rouille. »

… mais pas toujours :
« Plus tard, je fus frappé par une plante ornementale Maranta Makoyama, que je vis pour la première fois à Huisnes, chez Max Ernst et dont chaque feuille lancéolée affiche, dessiné sur son limbe, un rameau entier de feuilles plus petites, il va de soi, mais identiques, à la feuille support. La tige qui les porte n’est que la nervure axiale de la feuille réelle, de sorte que les feuilles figurées invitent à penser que chacune d’elles doit logiquement porter à son tour un rameau de feuilles que seules leurs dimensions, cette fois lilliputiennes, rendent indiscernables. »

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Calath10
(Feuille de Calathea makoyana)

Caillois poursuivit avec ses recherches sur la dissymétrie la quête des lois qui unifient l’univers sensible comme imaginaire, résurgences d’une même eau, « réseau de duplications et d’interférences qui est ma façon accoutumée de considérer l’univers ».
« La permanence de la présence ou de l’apparition de la dissymétrie en tout milieu de grande stabilité ou de lente, mais incessante métamorphose m’avait convaincu de l’existence de pareilles syntaxes générales. »

Puis considérations critiques voire pessimistes sur l’homme dans sa bulle pensée à l’écart de la nature :
« J’étais près de tenir pour importunes la vie, la reproduction, la vaine multiplication des hommes et des œuvres. J’écrivis une phrase provocatrice, sinon blasphématoire, que je n’ai peut-être pas publiée, tant à moi-même elle paraissait sacrilège : "Je déteste les miroirs, la procréation et les romans, qui encombrent l’univers d’êtres redondants qui nous émeuvent en vain." »

« Les voies croisées de la chance et de la nécessité ont présidé, a-t-on estimé, à l’émergence de la vie, puis à son prodigieux destin : elles indiquent également que le miracle peut avoir lieu tout aussi bien en sens inverse. Une erreur, un mauvais aiguillage, risquent d’avoir de proche en proche des conséquences fatales pour la faveur de la vie, la contraindre à remonter à sa source accidentelle et la restituer à l’inertie impassible, immortelle, d’où un bonheur statistique la fit surgir. Rien n’empêche la loi des grands nombres de jouer dans l’un comme dans l’autre sens et voici qu’une téméraire manipulation génétique engendre une longue séquence d’effets cumulatifs, uniformément funestes ceux-ci. Toute gélatine frémissante, jadis heureuse bénéficiaire d’un concours égal d’options fortunées, inaugure soudain une carrière à rebours. »

« Il est des périodes où tout ce qui répète (ou complète) réussit, d’autres où seulement est applaudi et porte des fruits ce qui innove (ou désagrège). Jusqu’aux mythes des fins dernières exposent volontiers la succession de phases ascendantes et descendantes. Ils reflètent fidèlement l’entraînement de toutes choses dans un mouvement cosmique de progrès et de déclin. Plusieurs théologies ont prévu un crépuscule des dieux, d’autres des anéantissements périodiques du monde par des embrasements et des déluges alternatifs. »

Belle prose aux somptueuses métaphores, si évocatrices, inspirantes : Alphée le fleuve qui remonte, les pierres à l’échelle du temps, l’architecture souterraine…

Mots-clés : #autobiographie #essai
par Tristram
le Mer 16 Oct 2019 - 18:31
 
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Sujet: Roger Caillois
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Howard Fast

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Memoir10

Mémoires d'un rouge

Encore un commentaire qui ne rendra pas justice à la somme de choses qu'on trouve dans le livre. Surtout qu'il a du métier ce Howard Fast dont je ne connaissais pas le nom, les environ 550 pages de ses mémoires passent avec une facilité déconcertante.

On démarre fort avec un jeune homme qui rêve de s'engager contre le nazisme et qui se retrouve presque à regret à travailler comme un damné à la préparation des bulletins d'information qui seront diffusés dans toutes l'Europe occupée.

On découvre ensuite derrière ce patriotisme un parcours assez dur : très jeune il a dû travailler, se battre aussi et à côté de ça il a réussi malgré tout à lire, et à écrire. L'obsession après avoir juste ce qu'il faut pour se loger et se nourrir avec ses frères et leur père.

De rencontre en rencontre il se démène et accepte l'importance de sa tâche, stimulé aussi par sa place au cœur du système et de l'information. Néanmoins il veut partir, se confronter à la réalité de la guerre. Ce qui ne se fera pas comme il l'espérait. Ses penchants "à gauche" ou pro-russes alors que le conflit va toucher à sa fin dérangent et son départ se fera pour l'Afrique du Nord avant l'Inde.

Patriotisme toujours, et pacifisme encore plus fort face aux absurdités et injustices de la guerre. Nous voilà partis dans un vrai voyage qui vient nourrir l'homme et ses convictions. Il y a des pages très fortes là-dedans aussi.

De retour aux Etats-Unis les années difficiles pour les communistes et sympathisants sont là. D'auteur à succès il devient persona non grata. Procès, refus des éditeurs... Condamnation et montage de sa propre maison d'édition. Prison, campagnes politiques, meetings, récoltes de fonds pour les plus démunis, combat contre le racisme des années difficiles mais riches encore. La mise en place du maccarthysme et de mascarades judiciaires aux frais du contribuable sont décrites dans l'ombre non pas des écoutes et tracas incessants causés par un FBI envahissant mais plutôt dans la tension entre le parti communiste et ses lignes directrices et le sentiment d'injustice car au fond il reste et est volontairement ce qu'on pourrait un "bon américain" avec des idéaux indéboulonnables de liberté.

Des pages assez incroyables encore. Il faut aussi parler de la menace d'une troisième guerre mondiale avec la menace atomique mais aussi de l'antisémitisme et des rumeurs d'une URSS de moins en moins idyllique. Ne pas oublier les tentatives de lynchages ?

C'est dense, très dense, très riche et avance vers l'inévitable ras le bol d'un parti qui s'est peut-être d'abord plombé lui-même à force de rigidité et de dogmatisme aveugle. Désillusion ? Ptet ben que oui, ptet ben que non.

Après tout pour Howard Fast ce qu'on lit c'est sa volonté mais soutenue par les rencontres, sa femme, ses enfants et les amis d'un jour ou de toujours, ce sont aussi ses chroniques au Daily Worker et surtout surtout l'indépendance et la liberté de penser, de s'exprimer et d'aider.

Et il y a les images et idéologies qui sont mises en lumière dans le livre avec leurs reflets d'aujourd'hui...

Mots-clés : #autobiographie #documentaire #guerre #justice #politique #racisme #social #solidarite #universdulivre
par animal
le Jeu 26 Sep 2019 - 14:08
 
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Sujet: Howard Fast
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Vénus Khoury-Ghata

La maison aux orties

Tag autobiographie sur Des Choses à lire La_mai10

Roman, 2006, éditions Actes Sud, 110 pages environ.

J'ai beaucoup aimé ce roman.
Vénus Khoury-Ghata explique le projet en prologue:
Prologue a écrit:Deux années de travail acharné, des dizaines de pages sacrifiées avec la fausse impression de coller à la réalité. Le mot "Fin" étalé sur la dernière page et m'étant relue, j'ai constaté que ces pages ne contenaient que des pépites de ce que j'ai vécu. L'écriture seul maître à bord a tiré les ficelles et m'a entraînée vers une réalité enrobée de fiction.
  Il m'est impossible de faire la part du vrai et de l'inventé, de démêler la masse compacte faite de mensonges et de vérité. À quelle date exacte avait commencé la déchéance de mon frère ? Où fut enterré mon père ? La guerre limitant les déplacements, on enterrait sur place à l'époque. Les personnages de ce livre n'étant plus de ce monde, je les ai convoqués par la pensée et leur ai demandé de donner leur version personnelle des faits.
  Penchée par-dessus mon épaule, mon analphabète de mère me dicte ses espoirs et ses désillusions. Mon jeune mari mort il y a deux décennies me donne rendez-vous dans un café, et me demande de lui décrire ma vie après lui. Seul mon frère reste sourd à mes appels.


La maison aux orties est la maison natale au Liban, la mère de Vénus se promettait chaque jour de les arracher, ces plantes envahissantes, inutiles et inesthétique afin de planter par exemple des hortensias, et, par procrastination, différait chaque jour cette tâche promise: elle ne l'a jamais accomplie.

Roman névrotique, passablement ravagé, avec plus d'humour qu'il n'y paraît.
Il est bon d'avoir lu l'autre bouquin avec une maison dans le titre (Une maison au bord des larmes) auparavant. Au reste, l'écriture en est assez différente.
Le style est nettement plus savoureux, réfléchi, avec la mise en valeur par jeu de reliefs de passages complets que dans le tempétueux Une maison au bord des larmes, montrant ainsi que Vénus Khoury-Ghata, poète, traductrice et romancière, a décidément bien des cordes à son arc, est-il si fréquent de voir de telles évolutions stylistiques, en peu d'années, chez un romancier ?

Vénus, son défunt jeune mari, feu ses parents, son voisin Boilevent, ses chattes, sa fille Yasmine alias Mie, son amant (désigné par l'initiale M., peintre chilien de grande notoriété - pour les moins perspicaces, j'avance le nom complet tel que je le présume: Matta), les coulisses du prix Max-Jacob avec des évocations marquantes (Alain Bosquet, Jean Kaplinski, etc...), bien des petits détails tout à fait croquignolets et quantité d'autres choses encore: roman de la solitude et de la vieillesse approchant, mais certainement pas roman de la décrépitude ! Madame, vos morts sont si emplis de vie !

Mots-clés : #amitié #amour #autobiographie #humour #mort
par Aventin
le Sam 21 Sep 2019 - 11:20
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Vénus Khoury-Ghata

Une maison au bord des larmes

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Une_ma10

Roman, 1998 (précisé Beyrouth 1950 - Beyrouth 1990 en fin), éditions Balland, 130 pages environ.

Roman douloureux autour de l'enfance, avec comme personnages principaux le père, la mère, le frère et un peu Vénus elle-même. Ses deux sœurs restent estompées, à peine évoquées, l'une même n'est, je crois, pas du tout nommée.

Un univers glaçant, un frère maudit - ou bien, apprenons-nous au fil de la lecture, porteur d'une malédiction apparaissant fatale aux yeux paternels, la pauvreté, une mère d'exception, splendide analphabète.

Assise sur le seuil, ma mère scrutait les ténèbres à la recherche d'une silhouette. Elle me fit une place  à côté d'elle et m'expliqua qu'il ne fallait pas en vouloir au père. Il est maladroit. Il ne sait pas exprimer sa tendresse. C'est dû à des faits graves qui remontent à son enfance dans un pays au-delà des frontières.
Sa main balaya le nord derrière son épaule.
- Personne, ajouta-t-elle, n'a jamais su d'où venaient la femme et les deux garçons descendus d'une carriole sur la place d'un village du sud. L'avaient-ils choisi pour l'ombre de ses platanes ou pour la porte béante de son église ? Cette femme était-elle une veuve ou fuyait-elle un mari trop brutal, un assassin peut-être ? Penchée sur le bac à lessive du monastère où elle s'était réfugiée, elle gardait un port de reine. Son maigre salaire pouvant payer les études de l'aîné, elle leur céda le petit. Il prendrait l'habit. Une femme si secrète; elle n'évoqua jamais sa fille retenue par l'irascible père et qu'elle retrouva vingt ans après, vêtue de l'habit traditionnel des paysannes venues des plaines qui fournissent son blé à la Syrie et des travailleurs saisonniers à tout le Proche-Orient.
Ma mère faisait remonter la honte de génération en génération jusqu'à ce seuil où elle attendait.


Une écriture âpre, bouillonnante, si je n'avais lu un peu de sa poésie je ne serais pas forcément convaincu que l'effet premier-jet, presque brouillon, n'est pas recherché: Tout au contraire, je crois qu'à l'évidence il fait partie du procédé littéraire mis en place: avec un objectif de fraîcheur, de percussion.
C'est très réussi.

Les pages claquent, les demi-fous qui composent le voisinage de cette pauvre maison, de cette famille déshéritée et se sentant maudite semblent imposants, inévitables autant qu'irréels, et participent à la fatalité ambiante, campés qu'ils sont à simples coups hardis, grands traits forts.
Un certain humour arrive à sourdre, telle l'humidité en milieu désertique et battu des vents.
J'ai aimé ce livre, parcouru avec la sensation de suivre un torrent dévalant.

Mots-clés : #autobiographie #culpabilité #devoirdememoire #famille #fratrie #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Lun 16 Sep 2019 - 0:12
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Irène Nemirovsky

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Le_vin10


Le Vin de solitude. - Albin Michel


"Ou bien « Le Vin du souvenir » ? Le « Vin de solitude » ? Le Vin de solitude est un beau titre et il a de plus l’avantage certain de bien fixer ma pensée sur un point essentiel. En effet, je crois que ce qu’il faut montrer surtout, c’est cette enfant qui pousse ainsi, absolument seule. Bien mettre l’accent sur cette profonde et amère solitude, sur les fantasmagories qui peuplent sa vie, sur l’apparence monstrueuse que cette vie prend pour elle."

Irène Nemirowski


Le titre choisi finalement par Irène Nemirowski définit tout à fait le contenu du livre.
L'histoire d'une enfant puis d'une jeune fille seule. D'une ville à l'autre, de Kiev à Paris.
Le père, banquier, s'imagine compenser une enfance misérable en spéculant et en brassant de l'argent facile.
Absent la plupart du temps, il oublie sa fille qui l'adore.

La mère, -et c'est pire- est futile, égoiste, froide, sauf quand il s'agit de prendre un nouvel amant.

Elle n'aime pas sa fille et ne se prive pas de le lui dire. Ni de l'accabler de reproches méprisants.

Et elle ne lui épargnera jamais la vue de ses amants et de leurs coucheries.

La seule personne qui lui manifeste une vraie tendresse fut la gouvernante française. Mais quand la mère s'en appercevra, elle la chassera.
La guerre puis la révolution mettent la famille en fuite. D'abord à St Petesbourg, puis en Finlande, en Suède avant Paris où la mère a entraîné son dernier amant.
La jeune fille, décide alors de le séduire pour se venger de sa mère. Elle n'ira pas jusqu'au bout lorsque elle se rend compte qu'il ne l'aime plus et que la vengeance la plus cruelle est désormais le temps et l'age.

C'est d'ailleurs un élément fort que cette relation mère/fille.
Je ne me souviens pas avoir lu une relation à la mère aussi violente. Sinon celle de Jules Vallès.


On le sait à présent, le roman est en grande partie autobiographique, et cet antagonisme apparaît dans d'autres romans.
Le Vin de solitude est un travail de mémoire assez extraordinaire. Où il s'agit de restituer des situations, des atmosphère, d'essayer de reproduire ou de repenser des conversations.
Travail de mémoire aussi quand il s'agit de se remémorer les lieux où la famille vécut, le mode de vie où la richesse ne fait jamais oublier la négligence, le manque d’âme, la chaleur humaine.

Et aussi les bouleversements de la guerre et de la révolution bolchevik dont elle est témoin.
Ce qu'on retiendra avant tout, c'est le personnage qu'elle incarne, mélange de sensibilité frustrée, mais aussi d'intelligence, de lucidité, de volonté.
Toute sa vie le manque d'affection constituera une blessure permanente.
Et c'est sans doute pourquoi ce qu' elle a vécu se reflète dans un style incisif, précis, cruel.
Ce roman, au moment où il parut (en 1934) constituait un roman d'apprentissage au féminin, ce qui n'était pas encore très courant à l'époque. Si l'on excepte Colette à qui l'on pense parfois.
Mais Colette, elle, avait une mère qu'elle adorait et c'est déjà une grande différence.

Mots-clés : #autobiographie #exil #famille #premiereguerre #revolution #solitude
par bix_229
le Mer 31 Juil 2019 - 17:59
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
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James Ellroy

Ma part d'ombre

Tag autobiographie sur Des Choses à lire M0274310

Le livre est composé de 4 chapitres :

I La rouquine

Il s'agit de la découverte d'un corps de femme étranglée et abandonnée dans un parc, "rouquine", de son identification : Jean Ellroy née Hilliker et qui se trouve être la mère de l'auteur. Annonce à l'enfant de 10 ans et à l'ex-mari, lesquels ne semble pas trop touchés. Les relations père/fils semblent très bonnes. l'attitude de l'enfant n'est pas significative pour la police, mais celle du père  affirme des mauvaises relations de l'ancien couple. Déroulement logique d'une enquête criminelle qui n'aboutira pas.

"Je savais que j'aurais du pleurer. La mort de ma mère était un cadeau et je savais que j'aurais du payer pour le recevoir"
Je la haïssais, je haïssais El Monte. Quelque tueur inconnu venait de m'offrir la vie ; une vie flambant neuf."
dira plus tard l'auteur.

II Le môme sur la photo

Enfance de James avec ses parents, puis en alternance après leur séparation. L'homme et la femme se critiquent devant l'enfant et James croit son père et toutes les critiques sur sa mère : ivrognesse et pute. Jean était infirmière et élevait correctement son fils mais s'octroyait les WE pour elle pendant que James était avec son père.
Seul avec un père permissif  ("Mon père cosignait mon obsession du crime" ; "J'avais 13 ans, des femmes mortes me possédaient".
)
Avec son père James a une vie sociale assez misérable, mauvais élève, voyeur, menteur, entre dans une bande de garçons dont il est le "fou", le taré et qui le maltraite : "J'étais le môme-poster idéal pour illustrer le chapitre "Si-Vous-Ne-Pouvez-M'Aimer-Remarquez-Moi" de tous les bouquins de psychologie infantile.

Espionnait sa mère pour son père quand il vivait avec elle à El Monte et la haïssait puisque son père la haïssait."Je la haïssais et je crevais de désir pour elle. Et alors elle est morte"

Quand son père meurt James est adolescent,  mais durant leur vie à deux il a eu le temps de reconnaître que les critiques de Jean étaient justifiées.

Il s'abîme dans l'alcool, la drogue, jusqu'à entendre des Voix et avoir des crises de delirium tremens (seul un autre ado, Lloyd l'aide) fait de la prison car il squatte les maisons vides, vole, fait le voyeur, devient  SDF. Devient de plus en plus obsessionnel pour le crime sexuel, la pornographie.

C'est suite à une hospitalisation et avec le cercle des  "AA" qu'il prend conscience, à 27 ans de son état, mais malgré cela il a écrit un roman lequel a été publié.
Suit la rencontre avec sa femme et leur vie, une vie qu'il commence avec sa mère disparue, sa femme l'y pousse, et qu'il espère pouvoir lui revenir et récupérer ce qu'il a manqué, négligé enfant.
Il se créé un monde intérieur pour la retrouver, seul avec elle, dans le noir.

III - Stoner

Deux chapitres où l'on fait connaissance avec cet inspecteur de la criminelle en le suivant dans ses enquêtes et lui aussi son obsession pour "ses femmes" assassinées.

IV - Geneva Hilliker

Stoner et Ellroy reprennent de bout en bout le dossier de Jean Ellroy, retrouvent les personnes encore en vie (37 ans ce sont écoulées depuis juin 58) tous deux souhaitent retrouver les deux personnes qui doivent savoir ce qui s'est passé : un homme dit "le basané" et une femme blonde avec une queue de cheval.
De longues recherches, lectures de dossiers, rencontres, interrogations etc....
James en renouant avec la famille de sa mère aura l'agréable surprise de récupérer des photos d'elle dans sa jeunesse, verra la maison où elle a vécu, petit à petit il l'apprend, sa mère lui appartient, il veut la retrouver, la reconnaître.
"Je ne laisserai pas s'installer de fin. Je ne la trahirai pas, ne l'abandonnerai pas une nouvelle fois."

***
ce que j'en pense : Un peu de redites par rapport à la lecture du Dalhia noir.

Il me fait de la peine ce "môme" qui doit vivre sans la régularité, l'affection  de sa mère qu'il a repoussé ;  dans la permissivité de son père (un raté), l'obsession du crime sexuel, sans amis (seul Lloyd l'aidera), qui devra faire tout et n'importe quoi pour être "remarqué" pour exister aux yeux des autres.
Pourquoi ce besoin du "noir" pour se retrouver, pour retrouver sa mère ?
Cette haine/amour qu'il a d'elle  (rêve et visions incestuelles, à l'âge adulte) est-ce un complexe d'oedipe  refoulé et qui ressurgirait plus tard dans la vie de l'adulte ?

j'attends l'analyse de Chrysta (notre spécialiste) qui doit lire aussi ce livre.

C'était donc une lecture "noire", où tout nous est dévoilé sur le minutieux et long  travail d'enquête d'un policier de la criminelle. Une vision aussi de la société américaine à l'époque des années 50 et l'évolution 30/40 ans plus tard. J'ai eu l'impression que LA était une zone de largage de corps de femmes assassinées.
Ecriture incisive qui sied à l'ambiance.


Mots-clés : #autobiographie #criminalite #lieu
par Bédoulène
le Mer 31 Juil 2019 - 16:41
 
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Sujet: James Ellroy
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Suketu Mehta

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Bombay Maximum City

Bombay Maximum City est un monstre : près de 800 pages en grand format, plus de 5 cm d’épaisseur, et un contenu protéiforme et démesuré, aussi affolant qu’attachant, déroutant en diable…  Un ouvrage gargantuesque, à l’image de cette ville tentaculaire de Bombay (désormais Mumbai), plus de 20 millions d’habitants au compteur et des milliers de nouveaux arrivants absorbés chaque jour sans coup férir.
Bombay est la ville de tous les possibles : un Eldorado, un mirage, une chimère… Pour elle, pour les espoirs qu’elle porte, les provinciaux n’hésitent pas à tout quitter pour s’entasser à 7 dans quelques mètres carrés insalubres. A Bombay, millionnaires et miséreux vivent dans une étonnante proximité, les gangs règnent en maîtres, la politique se mêle de tout – ou rien, c’est selon. A Bombay nul ne peut vivre s’il n’accepte qu’en toute chose, il faut accepter de petits arrangements, avec autrui comme avec sa propre conscience… Bombay est aussi sage que délurée, honnête que corrompue, tolérante qu’incendiaire… Bombay a mille vies et mille formes, si étroitement entrelacées qu’il est presqu’impossible de les démêler.

Suketu Mehta, de retour dans la ville de son enfance après des années passées aux Etats-Unis, a arpenté la cité pour tenter de se la réapproprier. Il nous livre un ouvrage hybride et très personnel, mélange de récit autobiographique et d’enquête journalistique. La particularité de l’auteur est d’avoir longuement côtoyé ceux dont il a choisi de parler, finalement pas si nombreux, et d’avoir exploré des facettes sombres ou méconnues de la ville. On croise ainsi d’attachantes danseuses de bar, des tueurs à gage à la solde des gangs qui contrôlent la ville, des stars de Bollywood, un chevalier blanc de la lutte anti-terroriste (tortionnaire à ses heures perdues), et même une famille de diamantaires jaïns qui renonce à tout attachement et tout bien terrestre pour embrasser une vie monastique d’un ascétisme presque terrifiant...

Dans ce foisonnement d’informations, le passage qui m’a durablement marquée reste la (longue) première partie, consacrée aux émeutes inter-religieuses qui ont ensanglanté la ville en 1993. On ne ressort pas indemne de la lecture des témoignages de ceux qui, des années après avoir massacré passants, voisins, et même amis, prétendaient n’en éprouver aucun remord, tandis que l’instigateur des émeutes, le tout puissant Bal Thackeray (chef du parti nationaliste hindou Shiv Sena), continuait d’attiser la haine dans un constant mélange de  « fake news » et d’arrogance. Avec le tout Bombay à sa porte pour solliciter ses faveurs...

Bombay Maximum City, ce sont 800 pages de démesure et d’humanité cachée, retrouvée ou bafouée. Un texte dont on ressort tout pantelant, des interrogations plein la tête. On ne va pas se mentir : il y a des longueurs. Pas mal de longueurs, même. J’en avais bien conscience en les lisant et pourtant je m’en fichais comme d’une guigne, tant l'auteur a le don de vous prendre par la main et de ne plus vous lâcher. (Bon allez OK, j'ai un chouilla rechigné sur la fin. Mais chut.)
Quinze ans après la parution du livre, j’aimerais penser que la situation a bien changé, et pourtant j’en doute, tant les problèmes de Bombay semblent être voués à un éternel recommencement…. Un livre édifiant.


Mots-clés : #autobiographie #criminalite #documentaire #lieu #religion #violence
par Armor
le Mar 30 Juil 2019 - 18:37
 
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Sujet: Suketu Mehta
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Rick Bass

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Sur la route et en cuisine avec mes héros

quatrième de couverture a écrit:Rick Bass a quitté sa vallée sauvage du Montana afin de rendre visite à ses mentors, disséminés à travers les États-Unis et l'Europe, pour leur cuisiner un repas raffiné, en guise de remerciement, car ces héros lui ont appris non seulement à écrire, mais aussi à vivre. C'est parfois un dernier hommage puisque le pèlerin ne reverra pas certains d'entre eux, ainsi Denis Johnson, John Berger ou Peter Matthiessen, disparus peu après.


Sur la route et en cuisine est un exercice d'admiration, une succession de portraits intimistes et d'épisodes drôles, truculents, voire hilarants : une dinde explose chez Thomas McGuane, des chiens de prairie pestiférés hantent un camping par une nuit d'orage, Rick Bass remarque des traces de sang à l'aéroport de Londres, Joyce Carol Oates s'offusque d'être photographiée, certains dîners se transforment en d'inénarrables fiascos.


Hum, il y aurait eu le choix entre la liste exhaustive des noms, de larges extraits avec ou sans élan, des anecdotes de seconde main et... quelques impressions. Heureusement pour la découverte, dommage pour le reste c'est la deuxième option que je retiens.

Autant le dire tout de suite j'en attendais plus. Plus d'émerveillement ? plus sur les oeuvres de ces auteurs/personnages ? Une écriture un petit peu plus développée ? Je ne sais pas.

Ceci dit Rick Bass conserve tout son capital sympathie et cette idée de s'inviter chez ses mentors, comme il les appelle, pour leur préparer des repas de compet', si possible en incluant de la viande chassée par ses soins, en est une manifestation inspirante.

Tout comme choisir de se faire accompagner si possible par la génération suivante fait partie du plan. Les tribulations d'un Rick Bass qui se remet difficilement de son divorce et écume les kilomètres c'est amusant et met l'eau à la bouche. C'est aussi le regard de l'écrivain sur sa vie, son écriture, son parcours et "sa" nature et un peu plus loin un petit panorama, quelques liens entrevus, sur la littérature américaine. Malgré tout. Pour la rubrique people alternative c'est pas mal non plus.

Pas une grande révélation mais agréable et plutôt inspirant. L'impression qu'il lui manque un petit truc à ce pauvre Rick en plein tournant et résolu à aller de l'avant.


Mots-clés : #amitié #autobiographie #creationartistique #ecriture #nature #peinture #universdulivre
par animal
le Mar 23 Juil 2019 - 21:16
 
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Sujet: Rick Bass
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Ernesto Sábato

Avant la fin

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Ce sont les mémoires d’Ernesto Sábato, rédigées à 86 ans.
Dans la première partie, l’auteur suit la chronologie. Jumeau d’un mort-né, traumatisé par un père autoritaire, le monde lui apparaît très tôt comme une noire source de terreur dans le malheur du manque d’amour. Après les misère et rigueur d’une triste enfance de pauvres immigrés dans la pampa, « cette métaphore du néant », il passe du communisme à l’anarchisme sans jamais renoncer à l’humanisme, de la physique dans les laboratoire Curie et MIT au surréalisme, de la pureté absolue des théorèmes mathématiques et du rationnel à l’art (il est aussi peintre).
Ayant abandonné la science et sa position confortable, il retourne à Paris pour travailler à l’UNESCO :
« L’édifice où était situé l’UNESCO avait été le siège de la Gestapo, et dans cette atmosphère raréfiée de paperasseries bureaucratiques je sentis une fois encore se fissurer autour de moi cet univers kafkaïen où je me mouvais. Sombrant dans une grave dépression, face aux eaux de la Seine, je fus submergé par la tentation du suicide.
Un roman profond surgit quand notre existence affronte des situations limites, douloureuses croisées des chemins où nous sentons la présence inéluctable de la mort. Dans un tremblement existentiel, l’œuvre est notre tentative, jamais tout à fait réussie, de reconquérir l’unité ineffable de la vie. Torturé par l’angoisse, je me suis mis avec fébrilité à écrire, sur une machine portative, l’histoire d’un peintre qui cherche désespérément à se faire comprendre [Le Tunnel].
Égaré comme je l’étais dans un monde en décomposition, parmi les ruines d’idéologies en banqueroute, l’écriture a été pour moi le moyen fondamental, le plus absolu et puissant, qui m’a permis d’exprimer le chaos dans lequel je me débattais ; et j’ai pu ainsi libérer non seulement mes idées, mais surtout mes obsessions les plus secrètes et inexplicables.
La véritable patrie de l’homme n’est pas l’univers pur qui fascinait Platon. Sa véritable patrie, à laquelle il revient toujours après ses détours dans l’idéal, c’est cette région intermédiaire et terrestre de l’âme, ce territoire de déchirements où nous vivons, aimons et souffrons. Et dans une époque de crise totale, l’art seul peut exprimer l’angoisse et la désespérance de l’homme, parce que, à la différence de toutes les autres activités de la pensée, c’est la seule qui capte la totalité de son esprit, et tout spécialement dans les grands romans qui réussissent à pénétrer jusqu’au domaine sacré de la poésie. La création est ce début de sens que nous avons conquis de haute lutte contre l’immensité du chaos.
"Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer." Vérité absolue, cher, admiré et douloureux Artaud ! »

Cet aspect cathartique de l’écriture n’est pas propre à Sábato ; c’est même sans doute l’un des principaux moteurs de la création littéraire.
Pessimisme et doute métaphysiques, proximité avec Camus dans une sorte d’existentialisme humanitaire, conscience de la tragique condition humaine et de l’avenir compromis de la planète, dans une seconde partie Sábato expose sa vision de l’illusion du progrès civilisationnel compromis par la technique et la raison aveugles et orgueilleuses, en fait régression et involution dues à la croissance économique qui exclut l’humanité, l’argent qui a remplacé les valeurs, le pouvoir entre les mains de quelques-uns.
Sábato cite, à cinquante ans d’écart, son premier essai (1951), Hommes et engrenages :
« Ce paradoxe, dont nous subissons actuellement les ultimes et plus tragiques conséquences, a été le résultat de deux forces dynamiques et amorales : l’argent et la raison. Ce avec quoi l’homme s’empare du pouvoir séculier. Mais ‒ et c’est là que le paradoxe prend ses racines ‒ cette conquête se fait sous les espèces de l’abstraction : du lingot d’or au clearing, du levier au logarithme, l’histoire de la maîtrise croissante de l’homme sur l’univers a été aussi l’histoire des abstractions successives. Le capitalisme moderne et la science positive sont les deux faces d’une même réalité dépourvue d’attributs concrets, d’une fantasmagorie abstraite dont fait partie l’homme lui-même, non plus désormais l’homme concret et individuel mais l’homme-masse, cet être étrange à l’aspect encore humain, doté d’yeux et de larmes, de voix et d’émotions, mais devenu en réalité un engrenage d’une gigantesque machine anonyme. C’est là le destin contradictoire de ce demi-dieu de la Renaissance qui avait revendiqué son individualité, qui s’était soulevé avec orgueil contre Dieu, en proclamant sa volonté de dominer et transformer les choses. Il ignorait qu’il finirait lui-même par se transformer en chose. »

C’est chose faite sur ce forum… Mais si ce discours n’est pas nouveau de nos jours, je vois presque de la prophétie dans cette progression de l’artificiel "hors-sol", qui se prolonge si symptomatiquement aujourd’hui dans le virtuel : une sorte de confirmation de l’analyse de Sábato.
« …] malheur des hommes, destinés à la beauté mais condamnés à survivre dans la banalité de cette culture où ce qui autrefois avait un sens a dégénéré en une grossière diversion, en excitants et en pathétiques objets décoratifs. Triste épilogue d’un siècle déchiré entre les délires de la raison et la cruauté de l’acier. »

Là, je ne peux que penser aux "substances" et aux récupérations "ethniques" (et mercantiles) actuelles…
Rappel avec à propos d’un titre de gravure de Goya :
« Les rêves de la raison engendrent des monstres »

Sábato parle aussi de la commission nationale (argentine) sur les disparus de 1976, qu’il présida, et son rapport Nunca Más (Jamais plus) ‒ cette surenchère du « terrorisme d’état » qui n’a pas pu trouver l’apaisement…
Dans la troisième partie, toujours par courts textes regroupés selon une thématique, Sábato évoque ses grandes douleurs, comme la perte d’un fils, la détresse de la jeunesse actuelle, l’ombre du suicide, soit ce « testament spirituel » de sa quête de vérité et de sacré. L’épilogue est une adresse aux jeunes gens, aux enfants déshérités : un message d’espoir, d'ouverture et de solidarité, un appel aux « héros, saints ou martyrs » nécessaires.
Voici ses derniers mots (cervantesques), avant la fin de sa vie, ou du monde :
« Seuls ceux qui se montreront capables d’incarner l’utopie pourront mener le combat décisif, celui dont l’enjeu est de recouvrer toute l’humanité que nous avons perdue. »

L’auteur étant un grand lecteur, les références et citations littéraires sont nombreuses : Dostoïevski, « ce diabolique Rimbaud » et bien d’autres, notamment Cioran, avec qui Sábato se trouve des affinités :
« Comme la nécessité de démythifier un rationalisme qui ne nous a apporté que la misère et les totalitarismes. »

Je dois signaler que ‒ en tout cas dans la traduction française ‒ ce livre est entaché par endroits de poncif, de pathos et d’un certain passéisme, ce qui ne retire rien aux convictions de l’auteur, ni à la valeur de son témoignage.

Voici un passage qui résonne particulièrement en moi (mais pas pour le style), sans doute compte tenu de ce que j'ai pu observer de mon côté :
« Dans la ville de Resistencia, j’ai fait une expérience qui me paraît déterminante. C’était au début de l’année, pendant les grandes inondations du Paraná. J’ai été alors bouleversé de voir une telle pauvreté et à la fois une telle humanité. Comme si elles étaient inséparables, comme si l’essentiel de l’homme se révélait dans l’indigence. »


Mots-clés : #autobiographie #creationartistique #ecriture #essai #temoignage #vieillesse #xixesiecle
par Tristram
le Dim 14 Juil 2019 - 16:23
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Joan Didion

Joan Didion
Née en 1934


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Joan Didion, née le 5 décembre 1934 à Sacramento en Californie, est un écrivain américain, connue comme journaliste, essayiste et romancière. Elle est considérée comme une muse et un auteur culte par des écrivains américains tels que Bret Easton Ellis ou Jay McInerney.

Son premier roman ‘Run River’ paraît en 1963 et l’année d’après elle épouse John Gregory Dunne, écrivain, avec qui elle retourne s’installer en Californie. Elle est surtout connue pour ses deux recueils d’essais ‘Slouching toward Bethlehem’ (1968) et ‘The White Album’ (1979), dans lesquels elle observe la culture et la politique américaines et les changements de cette période-là, dans un style journalistique mélangeant ses réflexions personnelles et l’observation sociale.
‘Political Fictions’ (2001) rassemble des essais publiés dans le New York Review of Books et son récit ‘Where I Was From’ (2003) analyse sa relation avec sa Californie natale ainsi que celle avec sa mère.
Elle est également l'auteur de plusieurs scénarios pour le cinéma avec l'écrivain John Gregory Dunne auquel elle a été mariée pendant quarante ans. Son dernier livre, "L'année de la pensée magique", qui relate le décès de celui-ci survenu à la suite d'une crise cardiaque, a remporté le National Book Award.

Elle était la mère de Quintana Roo Dunne, qu'elle avait adoptée à la naissance avec son mari et qui est également décédée, quelques mois après son père, d'une pancréatite aiguë à l'âge de trente neuf ans.

Joan Didion vit à New York.


Ouvrages traduits en français :

Romans :
- Une saison de nuit (Run, River, 1963)
- Maria avec et sans rien (Play it as it lays, 1970)
- Démocratie (Democracy, 1984)

Essais
- L'Amérique 1965-1990 - Chronique, traduction partielle des ouvrages Slouching Towards Bethlehem(1968), The White Album (1979), et After Henry (1992)
- L'année de la pensée magique (The year of magical thinking, 2005)
- Sud et Oust : Carnets (South and West : from a notebook, 2017)

Théâtre :
- L'année de la pensée magique (The Year of magical thinking, 2006), version pour la scène de son essai.

source : Wikipédia




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L'année de la pensée magique

Un livre sur le deuil...

Quatrième de couverture
:
Une soirée ordinaire, fin décembre à New York. Joan Didion s'apprête à dîner avec son mari, l'écrivain John Gregory Dunne - quand ce dernier s'écroule sur la table de la salle à manger, victime d'une crise cardiaque foudroyante.
Pendant une année entière, elle essaiera de se résoudre à la mort du compagnon de toute sa vie et de s'occuper de leur fille, plongée dans le coma à la suite d'une grave pneumonie.

La souffrance, l'incompréhension, l'incrédulité, la méditation obsessionnelle autour de cet événement si commun et pourtant inconcevable : dans un récit impressionnant de sobriété et d'implacable honnêteté, Didion raconte la folie du deuil et dissèque, entre sécheresse clinique et monologue intérieur, la plus indicible expérience - et sa rédemption par la littérature.

L'année de la pensée magique a été consacré " livre de l'année 2006 " aux Etats-Unis. Best-seller encensé par la critique, déjà considéré comme un classique de la littérature sur le deuil, ce témoignage bouleversant a été couronné par le National Book Award et vient d'être adapté pour la scène à Broadway, par l'auteur elle-même, dans une mise en scène de David Hare, avec Vanessa Redgrave.


MON AVIS

Un peu mitigé... Je crois que j'attendais trop du livre... J'ai trouvé que Didion revenait trop sur le passé et insistait trop sur la maladie de sa fille (qui hélàs a "gelé" son deuil), j'attendais qu'elle donne plus de détails sur ses actes et ses pensées, à chaque étape du deuil. Une sorte de manuel de survie quand on est en grandes difficultés de la vie...

Stylistiquement, un livre très bien écrit, mais je n'ai relevé aucune citation...

Qui l'a lu?


Mots-clés : #autobiographie #ecriture #mort
par Plume
le Mer 15 Mai 2019 - 21:08
 
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Sujet: Joan Didion
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Enrique Vila-Matas

Paris ne finit jamais

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Le narrateur est disqualifié dans la compétition des doubles d’Hemingway à Key West pour absence de ressemblance avec l’idole de son jeune âge, et se lance dans une conférence sur ses deux années de jeunesse à Paris, en miroir de l’expérience d’Hemingway rapportée dans Paris est une fête (également dans Le soleil se lève aussi, ouvrages qu’à point nommé j’ai lus récemment), en référence à l’extrait suivant :
« Il n’y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu’en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d’une personne à l’autre. […] Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux. »

C’était dans les années 20, et en 1974 le narrateur, incarnant une savoureuse caricature de jeune intellectuel pédant et compassé, essaie désespérément d’écrire son premier livre, La Lecture assassine (dont la structure est inspirée de celle de Feu pâle, de Nabokov, et le sourire de la femme fatale celui d’Isabelle Adjani) :
« Et pourquoi l’idée de tuer mes lecteurs m’avait-elle séduit autant alors que je n’en avais pas encore un seul ? »

Il est locataire d’une mansarde chez Marguerite Duras (autobiographique), qu’aurait occupé Hemingway… la bohème à Paris un demi-siècle plus tard, les exilés du Flore, le milieu artistique et le cercle durassien, le cinéma ces années-là et le tournage d’India Song, aussi un bel éloge de la ville (chapitre 17).
« J’ai cherché à nouer des amitiés étrangères et me suis peu à peu coupé du monde terrible de l’exil de mes compatriotes, un monde qui, tournant exclusivement autour de l’antifranquisme, ne m’attirait guère, pas plus que ne m’attirait la politique en soi, une passion ou une activité dont je voyais que, à la longue, elle finissait par exiger des concessions à mi-chemin entre l’idéalisme et le pragmatisme, ce qui me semblait non seulement peu stimulant mais, en plus, répugnant. »

Livre de souvenirs de son apprentissage d’écrivain, livre aussi sur l’ironie, avec une ironie assumée (et parfois la dent dure), par exemple sur l’inintelligibilité chez certains écrivains (notamment l’absconse Duras, lorsqu’elle parle dans son « français supérieur ») :
« Je n’aime pas les récits qui racontent des histoires compréhensibles. Parce que comprendre peut être l’équivalent d’une condamnation. Et ne pas comprendre, de la porte qui s’ouvre. »

Vila-Matas interprète Un Chat sous la pluie, nouvelle d’Hemingway qu’il n’avait jamais comprise, comme une transposition de l’aventure malencontreuse de son auteur avec Scott Fitzgerald dans Paris est une fête, ce qui vaut au lecteur une belle prestation d’odradek (kafkaïen donc) hantant la Closerie des Lilas (chapitre 25).
Et toujours la même délectable pratique de renvoyer à d’autres auteurs (avec parfois un délicieux brin d’irrévérence) : Gracq, Perec, Quiroga, Juan Marsé, Borges, et beaucoup d’autres…
Voici le (bref) chapitre 8 in extenso :
« Le passé, disait Proust, non seulement n’est pas fugace mais, en plus, il ne change pas de place. Même chose pour Paris, qui n’est jamais parti en voyage. Et comme si c’était trop peu, Paris est interminable et ne finit jamais. »

Un livre pour les afficionados d’Hemingway, de Duras (Églantine ?), voire de Vila-Matas…
« Ce livre collectif sur Duras s’ouvrait par des mots de sa plume par lesquels elle avouait qu’elle écrivait pour faire quelque chose. Et elle ajoutait que si elle avait la force de ne rien faire, elle ne ferait rien. C’était parce qu’elle n’avait pas la force de ne rien faire qu’elle écrivait. Il n’y avait pas d’autre raison. C’était ce qu’elle pouvait dire de plus vrai à ce sujet. La sincérité de ces mots m’a impressionné. »


Autofiction ?

Mots-clés : #autobiographie #autofiction #jeunesse #temoignage
par Tristram
le Dim 14 Avr 2019 - 0:16
 
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Sujet: Enrique Vila-Matas
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Ryszard Kapuscinski

Voyages avec Hérodote

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Après une enfance pauvre dans Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale, le jeune Kapuściński devient journaliste et est envoyé en Inde avec comme seul viatique les Histoires d’Hérodote. Ce récit autobiographique mêle souvenirs de Pologne, impressions de voyage et commentaires sur Hérodote.
Dans l’Inde infinie, à la misère incommensurable, son éducation communiste le fait se sentir solidaire des pauvres, et révolté des abus sociaux. Et l’empreinte est profonde :
« Mais quel rapport avec Hérodote dont le livre avait été écrit deux mille cinq cents ans plus tôt ? Il faut croire que ce rapport existait, puisque, en ce temps-là, toute notre pensée, toute notre manière de regarder et de lire le monde se trouvaient dominées par la hantise de l’allusion. Le moindre mot était équivoque, avait un double sens, cachait un sous-entendu, une acception mystérieuse, la moindre expression contenait un code secret habilement dissimulé. Rien n’était comme dans la réalité, clair et univoque, chaque objet, chaque geste et chaque mot renvoyaient à un signe allusif, à un clin d’œil de connivence. Celui qui écrivait avait du mal à atteindre le lecteur non seulement parce que en chemin son texte risquait d’être confisqué par la censure, mais aussi parce que, dans le cas où il arrivait à bon port, il faisait l’objet d’une interprétation totalement différente de celle que son auteur lui avait donnée. En le lisant, le lecteur se posait constamment la question : "Mais qu’a réellement voulu dire l’écrivain ?" »

Puis c’est la Chine de Mao, puis l’Égypte, le Soudan, puis le Congo, puis l’Iran, l’Éthiopie, la Tanzanie, l’Algérie, le Sénégal…
Malheureusement Kapuściński ne parle guère de ces pays et de ses expériences de reporter, mais beaucoup de sa lecture d’Hérodote, et se pose beaucoup de vaines questions qui apportent peu…
Intéressants aperçus cependant de la première démocratie :
« "Pour les Athéniens, la déroute de Milet est un coup terrible. Lorsque Phrynicos fit jouer son drame, La Prise de Milet, l’auditoire tout entier fondit en larmes" (Hérodote). Le dramaturge fut sanctionné par une amende draconienne de mille drachmes et mis à l’index, car les autorités de la ville d’Athènes estimaient que le but de l’art consistait à remonter le moral du public tout en le distrayant et non pas à raviver ses blessures. »




Mots-clés : #autobiographie #historique
par Tristram
le Ven 5 Avr 2019 - 16:37
 
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Sujet: Ryszard Kapuscinski
Réponses: 6
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