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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 17 Juil - 15:45

176 résultats trouvés pour autobiographie

Ernesto Sábato

Avant la fin

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Ce sont les mémoires d’Ernesto Sábato, rédigées à 86 ans.
Dans la première partie, l’auteur suit la chronologie. Jumeau d’un mort-né, traumatisé par un père autoritaire, le monde lui apparaît très tôt comme une noire source de terreur dans le malheur du manque d’amour. Après les misère et rigueur d’une triste enfance de pauvres immigrés dans la pampa, « cette métaphore du néant », il passe du communisme à l’anarchisme sans jamais renoncer à l’humanisme, de la physique dans les laboratoire Curie et MIT au surréalisme, de la pureté absolue des théorèmes mathématiques et du rationnel à l’art (il est aussi peintre).
Ayant abandonné la science et sa position confortable, il retourne à Paris pour travailler à l’UNESCO :
« L’édifice où était situé l’UNESCO avait été le siège de la Gestapo, et dans cette atmosphère raréfiée de paperasseries bureaucratiques je sentis une fois encore se fissurer autour de moi cet univers kafkaïen où je me mouvais. Sombrant dans une grave dépression, face aux eaux de la Seine, je fus submergé par la tentation du suicide.
Un roman profond surgit quand notre existence affronte des situations limites, douloureuses croisées des chemins où nous sentons la présence inéluctable de la mort. Dans un tremblement existentiel, l’œuvre est notre tentative, jamais tout à fait réussie, de reconquérir l’unité ineffable de la vie. Torturé par l’angoisse, je me suis mis avec fébrilité à écrire, sur une machine portative, l’histoire d’un peintre qui cherche désespérément à se faire comprendre [Le Tunnel].
Égaré comme je l’étais dans un monde en décomposition, parmi les ruines d’idéologies en banqueroute, l’écriture a été pour moi le moyen fondamental, le plus absolu et puissant, qui m’a permis d’exprimer le chaos dans lequel je me débattais ; et j’ai pu ainsi libérer non seulement mes idées, mais surtout mes obsessions les plus secrètes et inexplicables.
La véritable patrie de l’homme n’est pas l’univers pur qui fascinait Platon. Sa véritable patrie, à laquelle il revient toujours après ses détours dans l’idéal, c’est cette région intermédiaire et terrestre de l’âme, ce territoire de déchirements où nous vivons, aimons et souffrons. Et dans une époque de crise totale, l’art seul peut exprimer l’angoisse et la désespérance de l’homme, parce que, à la différence de toutes les autres activités de la pensée, c’est la seule qui capte la totalité de son esprit, et tout spécialement dans les grands romans qui réussissent à pénétrer jusqu’au domaine sacré de la poésie. La création est ce début de sens que nous avons conquis de haute lutte contre l’immensité du chaos.
"Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer." Vérité absolue, cher, admiré et douloureux Artaud ! »

Cet aspect cathartique de l’écriture n’est pas propre à Sábato ; c’est même sans doute l’un des principaux moteurs de la création littéraire.
Pessimisme et doute métaphysiques, proximité avec Camus dans une sorte d’existentialisme humanitaire, conscience de la tragique condition humaine et de l’avenir compromis de la planète, dans une seconde partie Sábato expose sa vision de l’illusion du progrès civilisationnel compromis par la technique et la raison aveugles et orgueilleuses, en fait régression et involution dues à la croissance économique qui exclut l’humanité, l’argent qui a remplacé les valeurs, le pouvoir entre les mains de quelques-uns.
Sábato cite, à cinquante ans d’écart, son premier essai (1951), Hommes et engrenages :
« Ce paradoxe, dont nous subissons actuellement les ultimes et plus tragiques conséquences, a été le résultat de deux forces dynamiques et amorales : l’argent et la raison. Ce avec quoi l’homme s’empare du pouvoir séculier. Mais ‒ et c’est là que le paradoxe prend ses racines ‒ cette conquête se fait sous les espèces de l’abstraction : du lingot d’or au clearing, du levier au logarithme, l’histoire de la maîtrise croissante de l’homme sur l’univers a été aussi l’histoire des abstractions successives. Le capitalisme moderne et la science positive sont les deux faces d’une même réalité dépourvue d’attributs concrets, d’une fantasmagorie abstraite dont fait partie l’homme lui-même, non plus désormais l’homme concret et individuel mais l’homme-masse, cet être étrange à l’aspect encore humain, doté d’yeux et de larmes, de voix et d’émotions, mais devenu en réalité un engrenage d’une gigantesque machine anonyme. C’est là le destin contradictoire de ce demi-dieu de la Renaissance qui avait revendiqué son individualité, qui s’était soulevé avec orgueil contre Dieu, en proclamant sa volonté de dominer et transformer les choses. Il ignorait qu’il finirait lui-même par se transformer en chose. »

C’est chose faite sur ce forum… Mais si ce discours n’est pas nouveau de nos jours, je vois presque de la prophétie dans cette progression de l’artificiel "hors-sol", qui se prolonge si symptomatiquement aujourd’hui dans le virtuel : une sorte de confirmation de l’analyse de Sábato.
« …] malheur des hommes, destinés à la beauté mais condamnés à survivre dans la banalité de cette culture où ce qui autrefois avait un sens a dégénéré en une grossière diversion, en excitants et en pathétiques objets décoratifs. Triste épilogue d’un siècle déchiré entre les délires de la raison et la cruauté de l’acier. »

Là, je ne peux que penser aux "substances" et aux récupérations "ethniques" (et mercantiles) actuelles…
Rappel avec à propos d’un titre de gravure de Goya :
« Les rêves de la raison engendrent des monstres »

Sábato parle aussi de la commission nationale (argentine) sur les disparus de 1976, qu’il présida, et son rapport Nunca Más (Jamais plus) ‒ cette surenchère du « terrorisme d’état » qui n’a pas pu trouver l’apaisement…
Dans la troisième partie, toujours par courts textes regroupés selon une thématique, Sábato évoque ses grandes douleurs, comme la perte d’un fils, la détresse de la jeunesse actuelle, l’ombre du suicide, soit ce « testament spirituel » de sa quête de vérité et de sacré. L’épilogue est une adresse aux jeunes gens, aux enfants déshérités : un message d’espoir, d'ouverture et de solidarité, un appel aux « héros, saints ou martyrs » nécessaires.
Voici ses derniers mots (cervantesques), avant la fin de sa vie, ou du monde :
« Seuls ceux qui se montreront capables d’incarner l’utopie pourront mener le combat décisif, celui dont l’enjeu est de recouvrer toute l’humanité que nous avons perdue. »

L’auteur étant un grand lecteur, les références et citations littéraires sont nombreuses : Dostoïevski, « ce diabolique Rimbaud » et bien d’autres, notamment Cioran, avec qui Sábato se trouve des affinités :
« Comme la nécessité de démythifier un rationalisme qui ne nous a apporté que la misère et les totalitarismes. »

Je dois signaler que ‒ en tout cas dans la traduction française ‒ ce livre est entaché par endroits de poncif, de pathos et d’un certain passéisme, ce qui ne retire rien aux convictions de l’auteur, ni à la valeur de son témoignage.

Voici un passage qui résonne particulièrement en moi (mais pas pour le style), sans doute compte tenu de ce que j'ai pu observer de mon côté :
« Dans la ville de Resistencia, j’ai fait une expérience qui me paraît déterminante. C’était au début de l’année, pendant les grandes inondations du Paraná. J’ai été alors bouleversé de voir une telle pauvreté et à la fois une telle humanité. Comme si elles étaient inséparables, comme si l’essentiel de l’homme se révélait dans l’indigence. »


Mots-clés : #autobiographie #creationartistique #ecriture #essai #temoignage #vieillesse #xixesiecle
par Tristram
le Dim 14 Juil - 16:23
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Joan Didion

Joan Didion
Née en 1934


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Joan Didion, née le 5 décembre 1934 à Sacramento en Californie, est un écrivain américain, connue comme journaliste, essayiste et romancière. Elle est considérée comme une muse et un auteur culte par des écrivains américains tels que Bret Easton Ellis ou Jay McInerney.

Son premier roman ‘Run River’ paraît en 1963 et l’année d’après elle épouse John Gregory Dunne, écrivain, avec qui elle retourne s’installer en Californie. Elle est surtout connue pour ses deux recueils d’essais ‘Slouching toward Bethlehem’ (1968) et ‘The White Album’ (1979), dans lesquels elle observe la culture et la politique américaines et les changements de cette période-là, dans un style journalistique mélangeant ses réflexions personnelles et l’observation sociale.
‘Political Fictions’ (2001) rassemble des essais publiés dans le New York Review of Books et son récit ‘Where I Was From’ (2003) analyse sa relation avec sa Californie natale ainsi que celle avec sa mère.
Elle est également l'auteur de plusieurs scénarios pour le cinéma avec l'écrivain John Gregory Dunne auquel elle a été mariée pendant quarante ans. Son dernier livre, "L'année de la pensée magique", qui relate le décès de celui-ci survenu à la suite d'une crise cardiaque, a remporté le National Book Award.

Elle était la mère de Quintana Roo Dunne, qu'elle avait adoptée à la naissance avec son mari et qui est également décédée, quelques mois après son père, d'une pancréatite aiguë à l'âge de trente neuf ans.

Joan Didion vit à New York.


Ouvrages traduits en français :

Romans :
- Une saison de nuit (Run, River, 1963)
- Maria avec et sans rien (Play it as it lays, 1970)
- Démocratie (Democracy, 1984)

Essais
- L'Amérique 1965-1990 - Chronique, traduction partielle des ouvrages Slouching Towards Bethlehem(1968), The White Album (1979), et After Henry (1992)
- L'année de la pensée magique (The year of magical thinking, 2005)
- Sud et Oust : Carnets (South and West : from a notebook, 2017)

Théâtre :
- L'année de la pensée magique (The Year of magical thinking, 2006), version pour la scène de son essai.

source : Wikipédia




Tag autobiographie sur Des Choses à lire 51ch0410

L'année de la pensée magique

Un livre sur le deuil...

Quatrième de couverture
:
Une soirée ordinaire, fin décembre à New York. Joan Didion s'apprête à dîner avec son mari, l'écrivain John Gregory Dunne - quand ce dernier s'écroule sur la table de la salle à manger, victime d'une crise cardiaque foudroyante.
Pendant une année entière, elle essaiera de se résoudre à la mort du compagnon de toute sa vie et de s'occuper de leur fille, plongée dans le coma à la suite d'une grave pneumonie.

La souffrance, l'incompréhension, l'incrédulité, la méditation obsessionnelle autour de cet événement si commun et pourtant inconcevable : dans un récit impressionnant de sobriété et d'implacable honnêteté, Didion raconte la folie du deuil et dissèque, entre sécheresse clinique et monologue intérieur, la plus indicible expérience - et sa rédemption par la littérature.

L'année de la pensée magique a été consacré " livre de l'année 2006 " aux Etats-Unis. Best-seller encensé par la critique, déjà considéré comme un classique de la littérature sur le deuil, ce témoignage bouleversant a été couronné par le National Book Award et vient d'être adapté pour la scène à Broadway, par l'auteur elle-même, dans une mise en scène de David Hare, avec Vanessa Redgrave.


MON AVIS

Un peu mitigé... Je crois que j'attendais trop du livre... J'ai trouvé que Didion revenait trop sur le passé et insistait trop sur la maladie de sa fille (qui hélàs a "gelé" son deuil), j'attendais qu'elle donne plus de détails sur ses actes et ses pensées, à chaque étape du deuil. Une sorte de manuel de survie quand on est en grandes difficultés de la vie...

Stylistiquement, un livre très bien écrit, mais je n'ai relevé aucune citation...

Qui l'a lu?


Mots-clés : #autobiographie #ecriture #mort
par Plume
le Mer 15 Mai - 21:08
 
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Enrique Vila-Matas

Paris ne finit jamais

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Le narrateur est disqualifié dans la compétition des doubles d’Hemingway à Key West pour absence de ressemblance avec l’idole de son jeune âge, et se lance dans une conférence sur ses deux années de jeunesse à Paris, en miroir de l’expérience d’Hemingway rapportée dans Paris est une fête (également dans Le soleil se lève aussi, ouvrages qu’à point nommé j’ai lus récemment), en référence à l’extrait suivant :
« Il n’y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu’en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d’une personne à l’autre. […] Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux. »

C’était dans les années 20, et en 1974 le narrateur, incarnant une savoureuse caricature de jeune intellectuel pédant et compassé, essaie désespérément d’écrire son premier livre, La Lecture assassine (dont la structure est inspirée de celle de Feu pâle, de Nabokov, et le sourire de la femme fatale celui d’Isabelle Adjani) :
« Et pourquoi l’idée de tuer mes lecteurs m’avait-elle séduit autant alors que je n’en avais pas encore un seul ? »

Il est locataire d’une mansarde chez Marguerite Duras (autobiographique), qu’aurait occupé Hemingway… la bohème à Paris un demi-siècle plus tard, les exilés du Flore, le milieu artistique et le cercle durassien, le cinéma ces années-là et le tournage d’India Song, aussi un bel éloge de la ville (chapitre 17).
« J’ai cherché à nouer des amitiés étrangères et me suis peu à peu coupé du monde terrible de l’exil de mes compatriotes, un monde qui, tournant exclusivement autour de l’antifranquisme, ne m’attirait guère, pas plus que ne m’attirait la politique en soi, une passion ou une activité dont je voyais que, à la longue, elle finissait par exiger des concessions à mi-chemin entre l’idéalisme et le pragmatisme, ce qui me semblait non seulement peu stimulant mais, en plus, répugnant. »

Livre de souvenirs de son apprentissage d’écrivain, livre aussi sur l’ironie, avec une ironie assumée (et parfois la dent dure), par exemple sur l’inintelligibilité chez certains écrivains (notamment l’absconse Duras, lorsqu’elle parle dans son « français supérieur ») :
« Je n’aime pas les récits qui racontent des histoires compréhensibles. Parce que comprendre peut être l’équivalent d’une condamnation. Et ne pas comprendre, de la porte qui s’ouvre. »

Vila-Matas interprète Un Chat sous la pluie, nouvelle d’Hemingway qu’il n’avait jamais comprise, comme une transposition de l’aventure malencontreuse de son auteur avec Scott Fitzgerald dans Paris est une fête, ce qui vaut au lecteur une belle prestation d’odradek (kafkaïen donc) hantant la Closerie des Lilas (chapitre 25).
Et toujours la même délectable pratique de renvoyer à d’autres auteurs (avec parfois un délicieux brin d’irrévérence) : Gracq, Perec, Quiroga, Juan Marsé, Borges, et beaucoup d’autres…
Voici le (bref) chapitre 8 in extenso :
« Le passé, disait Proust, non seulement n’est pas fugace mais, en plus, il ne change pas de place. Même chose pour Paris, qui n’est jamais parti en voyage. Et comme si c’était trop peu, Paris est interminable et ne finit jamais. »

Un livre pour les afficionados d’Hemingway, de Duras (Églantine ?), voire de Vila-Matas…
« Ce livre collectif sur Duras s’ouvrait par des mots de sa plume par lesquels elle avouait qu’elle écrivait pour faire quelque chose. Et elle ajoutait que si elle avait la force de ne rien faire, elle ne ferait rien. C’était parce qu’elle n’avait pas la force de ne rien faire qu’elle écrivait. Il n’y avait pas d’autre raison. C’était ce qu’elle pouvait dire de plus vrai à ce sujet. La sincérité de ces mots m’a impressionné. »


Autofiction ?

Mots-clés : #autobiographie #autofiction #jeunesse #temoignage
par Tristram
le Dim 14 Avr - 0:16
 
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Sujet: Enrique Vila-Matas
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Ryszard Kapuscinski

Voyages avec Hérodote

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Après une enfance pauvre dans Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale, le jeune Kapuściński devient journaliste et est envoyé en Inde avec comme seul viatique les Histoires d’Hérodote. Ce récit autobiographique mêle souvenirs de Pologne, impressions de voyage et commentaires sur Hérodote.
Dans l’Inde infinie, à la misère incommensurable, son éducation communiste le fait se sentir solidaire des pauvres, et révolté des abus sociaux. Et l’empreinte est profonde :
« Mais quel rapport avec Hérodote dont le livre avait été écrit deux mille cinq cents ans plus tôt ? Il faut croire que ce rapport existait, puisque, en ce temps-là, toute notre pensée, toute notre manière de regarder et de lire le monde se trouvaient dominées par la hantise de l’allusion. Le moindre mot était équivoque, avait un double sens, cachait un sous-entendu, une acception mystérieuse, la moindre expression contenait un code secret habilement dissimulé. Rien n’était comme dans la réalité, clair et univoque, chaque objet, chaque geste et chaque mot renvoyaient à un signe allusif, à un clin d’œil de connivence. Celui qui écrivait avait du mal à atteindre le lecteur non seulement parce que en chemin son texte risquait d’être confisqué par la censure, mais aussi parce que, dans le cas où il arrivait à bon port, il faisait l’objet d’une interprétation totalement différente de celle que son auteur lui avait donnée. En le lisant, le lecteur se posait constamment la question : "Mais qu’a réellement voulu dire l’écrivain ?" »

Puis c’est la Chine de Mao, puis l’Égypte, le Soudan, puis le Congo, puis l’Iran, l’Éthiopie, la Tanzanie, l’Algérie, le Sénégal…
Malheureusement Kapuściński ne parle guère de ces pays et de ses expériences de reporter, mais beaucoup de sa lecture d’Hérodote, et se pose beaucoup de vaines questions qui apportent peu…
Intéressants aperçus cependant de la première démocratie :
« "Pour les Athéniens, la déroute de Milet est un coup terrible. Lorsque Phrynicos fit jouer son drame, La Prise de Milet, l’auditoire tout entier fondit en larmes" (Hérodote). Le dramaturge fut sanctionné par une amende draconienne de mille drachmes et mis à l’index, car les autorités de la ville d’Athènes estimaient que le but de l’art consistait à remonter le moral du public tout en le distrayant et non pas à raviver ses blessures. »




Mots-clés : #autobiographie #historique
par Tristram
le Ven 5 Avr - 16:37
 
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Sujet: Ryszard Kapuscinski
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Martin Hirsch

La lettre perdue

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Après l'avoir portée sur lui pendant 23 ans, l'avoir lue et relue, apprise par cœur, Martin Hirsch a perdu  la dernière lettre écrite par son père, celle qui le félicitait pour sa réussite au concours de l'ENA, et le mettait en garde contre la suffisance.

C'est l'occasion pour lui de revenir sur son parcours, et surtout sur la notion d'engagement qui a mené sa destinée, conduit lui ses décisions, mis son empreinte sur son parcours.

Martin Hirsch revient sur des personnes, des personnalités, des événements, des situations anecdotiques ou non, certaines savoureuses, des épisodes, des liens, qui ont tous contribué à construire ce grand puzzle d'une vie dédiée à l'engagement. Il rend un hommage vibrant à son père et son grand-père.
Ça a l'air plutôt anecdotique comme ça, mais c'est une belle lecture avec un texte  bien écrit, par un esprit intelligent tout à la fois noble et humble, qui sait manier l'humour et reconnaître ses erreurs, Il y a de très belles pages sur la musique et l'alpinisme lequel est, pour lui, une autre représentation de l'engagement puisque :
Dans l'engagement, il y a la prise de risque, la mise en déséquilibre, le dépassement de soi, la participation à un projet collectif, la solidarisation avec une communauté, l'aspiration par le haut, la poursuite d'un idéal., l'envie de transformation.



Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #identite #politique
par topocl
le Mar 2 Avr - 17:11
 
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Sujet: Martin Hirsch
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Henri Thomas

La nuit de Londres

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Autobiographie et/ou autofiction (ou ses origines ‒ publié en 1956, dans les débuts du nouveau roman) : marches dans la nuit londonienne, aussi genèse d’un texte, d’un personnage (Mr. Smith) dans un certain vide existentiel, et, encore et toujours le monstre informe et stupide, la foule, le « manège » de la foule urbaine :
« La foule n’a aucun souvenir distinct ; les images du moment n’innovent guère sur les précédentes, de sorte que la même impression persiste, et que ce qui serait souvenir dans une conscience personnelle est ici seulement à l’état de revenez-y d’aimantation générale. »

« Je suis ignorant comme la foule ; le Kha s’ignore lui-même dans la foule ; et si j’étais dans ma foule, – qui n’est pas celle de cette ville, ni de Paris, ni d’aucun endroit où j’ai vécu, – je ne chercherais pas d’explication ; je disparaîtrais inexpliqué comme tous les Smith qui meurent en ce moment. »

(Le Kha en question est le ka de l’ancienne Égypte, énergie vitale et double spirituel de l’être humain.)
« …] c’était le présent, la foule ici et en ce moment qui ne cesse de se refermer sur elle-même et de regarder en elle-même sans rien voir que son propre piétinement. »

« Un homme a erré chaque jour pendant plusieurs années, des milliers d’heures, dans cette ville, avec la foule qui n’est jamais une autre et jamais la même, la foule qui se referme continuellement sur elle-même comme sur un centre d’où elle est en même temps chassée. »

Les autres thèmes abordés dans ce bref texte (pas même un récit; près de 170 pages) sont la solitude, l’impécuniosité d’un obscur traducteur de « l’Agence Presse-Radio », et l’expatriation.
Dans une sorte de postface, un second narrateur évoque l’"auteur", qui serait un certain Paul Souvrault, écrivain et collègue du premier narrateur, connu depuis Paris et rencontré à Londres au cours de ses errances nocturnes.
(Selon la Société des lecteurs d'Henri Thomas, http://henrithomas.pbworks.com/w/page/17790059/Biographie, un site où est étudiée son œuvre, il faudrait y reconnaître « Emmanuel Peillet, son condisciple au lycée Henri IV, fondateur après la guerre du Collège de Pataphysique ».)
En dire plus serait divulgâcher ; j’ajouterai simplement que ce livre prouve à l’envi que persister dans une lecture, même comme ici au-delà des quatre-cinquième, permet parfois d’éprouver une magnifique surprise, qu’on n’attendait même pas, et qui en redouble l’intérêt.
« …] s’était mis à aimer la nuit, ou plus exactement, si je l’ai compris, la foule de la nuit, et le vide quelle découvre en se dispersant (et cette feuille morte accrochée à la grille). »



J’ajoute :

Mots-clés : #autobiographie #autofiction
par Tristram
le Sam 30 Mar - 21:10
 
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Sujet: Henri Thomas
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John Fante

Le vin de la jeunesse

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Ce recueil de nouvelles regroupe des textes plus ou moins autobiographiques qui évoquent une enfance dans une famille pauvre d’immigrés italiens ‒ catholiques chez les protestants ‒ dans le Colorado du début du XXe : père maçon, mère de famille nombreuse, enfants avides, cruels, vergogneux, fiers, bagarreurs, dissimulateurs, fabulateurs, machos déjà. Cette détonante combinaison d’amour et de haine familiales paraîtrait caricaturale si une sensible expérience intime ne perçait pas.
On retrouve le même humour, ce don de retrouver l'enfance, et ce style syncopé, jazzy, si particulier à John Fante.
« M. Wagner nous a fait descendre au sous-sol et nous a mis en prison. On n’a pas essayé de s’enfuir ni rien. C’est une très belle prison. Personne ne s’en ai jamais échappé. Une fois, pourtant, trois bandits ont réussi. M. Wagner est remonté pour téléphoner à nos pères respectifs. Il leur a dit de venir tout de suite à la prison. »

La notion de péché le fait toujours revenir à son Église (le prêtre l’appelle « espèce de Huysmans de cinquième zone ! »)
« Hébété, furieux, dégoûté, je suis sorti dans le matin gelé, mon panier-repas dans une main, mes livres dans l’autre, et l’enveloppe de mon père me glaçait l’estomac. Bon Dieu, pour qui se prenait-il donc ? Pourquoi ne faisait-il pas sa fichue confession directement au prêtre ? Pourquoi devais-je marcher dans les rues avec ce sacré paquet ? Ce n’étaient pas mes péchés, c’étaient les siens, alors qu’il les porte lui-même au prêtre ! »
Le Dieu de mon père

On trouve une superbe description de tremblement de terre dans La colère de Dieu :
« Les secousses étaient incessantes. La terre tremblait comme la croupe d’un cheval sous les piqûres des mouches. Une vibration nauséeuse, affolante, comme si l’on tirait vicieusement sur des ficelles attachées à vos chevilles. Ça vous flanquait les haut-le-cœur qui précèdent un vomissement. »



Mots-clés : #autobiographie #nouvelle
par Tristram
le Mar 26 Mar - 19:53
 
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Sujet: John Fante
Réponses: 14
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Yunbo

Je ne suis pas d'ici

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Une BD fort sympa, à connotation autobiographique, d'une jeune coréenne qui quitte pour la première fois son foyer pour venir étudier dans unr école d'art en France. Pas facile de s'y reconnaitre, de s'y intégrer, de comprendre et sus et coutumes. A tel point qu'un beau jour elle se retrouve avec une tête de chien (car les chiens vivent si près des humains qu'ils croient être comme eux alors qu'il n'en est rien). Une chance, cette tête de chien passe inaperçue des gens qu'elle fréquente, mais tout n'est pas facile pour autant.
Très bien observé, plein d'humour, un dessin extra. On y reconnait le malaise de nos étudiants personnels qui, eux, n'étaient pourtant partis qu'à 100 km de chez eux!

Tag autobiographie sur Des Choses à lire C11


Mots-clés : #autobiographie #humour #jeunesse #voyage
par topocl
le Mar 26 Mar - 14:31
 
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Sujet: Yunbo
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Joseph Ponthus

Du coup, me relisant pleine du sentiment d'être mesquine et facile juge, je me rends compte que c'est une littérature aussi très intéressante pour plonger dans la question de la légitimité. C'est, que j'aime ou pas le type qui raconte, une poignante illustration de ce que j'ai pu  vivre dans ma génération et dans ma vie : une variation très personnelle sur le sentiment de déclassement, de désir de s'intégrer, de cul entre deux chaises, du rôle de l'amour des mots et du dire dans la vie,  face au manque d'idéal intime, ou face à une identité fantôche, dumoins dérisoire, à extraire de la glaise à tout prix.
Touchant.

(A tous les coups quand j'aime pas ya des complexes dans l'air je vous dis;;Wink


Mots-clés : #autobiographie #documentaire #identite #mondedutravail #social #viequotidienne
par Nadine
le Dim 24 Mar - 16:37
 
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Sujet: Joseph Ponthus
Réponses: 20
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Henri Thomas

La Nuit de Londres

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Encore un écrivain passé aux oubliettes ! Toutes les références à Henri Thomas que j’ai trouvées sur le net insistent sur les qualités d’écriture d'Henri Thomas, mais aussi sur le fait qu’il soit resté inconnu du grand public. Pourquoi ? Probablement en raison d’une profonde modestie ; peut-être également par un style d’écriture qui peut dérouter de prime abord.
En effet, il m’a fallu un certain temps pour entrer réellement dans « La Nuit de Londres ». Et ne vous demandez surtout pas où veut en venir l’auteur ? à rien justement, si on prend pour critères le roman traditionnel ; mais à beaucoup de choses si on cherche un peu plus.
De quoi s’agit-il ? d’un modeste employé, désargenté, employé à Londres dans une agence et qui passe ses nuits à parcourir la ville. Oh, il ne fait pas de rencontres exceptionnelles, mais chacune est une vraie aventure, la pièce de monnaie avec laquelle il joue dans sa main, la feuille morte plantée sur le poteau d’une grille ! Il se pose aussi beaucoup de questions, se voit à l’intérieur de la foule, puis à l’extérieur, en observateur soi-disant impartial. Il se demande ce qu’est cette foule, anonyme et pourtant constituée d’individus, ce qui l’anime, la fait vivre, ce qu’est le vide quand elle a disparue ? Pourquoi certaines images, aussi insignifiantes soient-elles, se fixent et d’autres non ? Qui sont ces visages croisés, ces enseignes lumineuses, à peine entrevues, mais qui sont inhérents à la déambulation nocturne ? Quel rapport entretenons-nous avec toutes ces choses ?
Vous voyez, combien de sujets passionnants Henri Thomas peut aborder, mais de manière discrète, à la marge, sans insister. En marchant quoi ! libre à nous d’en faire ce que nous voulons.
Il y a un peu de l’esprit du Nouveau roman dans « La Nuit de Londres » ; description minutieuse des choses, rapport entre l’individu et le monde extérieur ; mais sans le carcan d’une construction rigoureuse. Il s’agit plutôt d’une divagation poétique.
C’est un livre à recommander à tous les grands arpenteurs de pavés nocturnes, de Rétif de la Bretonne à Léon-Paul Fargue, et beaucoup d’autres.
Un beau coup de cœur en ce qui me concerne.


« Tout ce qu’un pauvre, élevé dans notre civilisation, désire voir, peut surgir à ses yeux, amené du fond de la nuit par le mouvement perpétuel qui fait qu’un visage est presque aussitôt remplacé par un autre, alors que dans la vie quotidienne, les mêmes visages vous entourent, et que leur disparition s’appelle la mort. Le dernier des hommes, plongeant dans la foule, entre dans un monde où la disparition n’est pas une cause d’inquiétude, où elle n’est plus la mort, ni même l’absence ; elle est ressentie comme un battement de cil dans la vision ; elle est chaque fois comme l’enlèvement d’un obstacle, à peine aurait-il surgi : ce visage, ce regard une seconde rencontré, ces façades où toutes les ombres basculent au passage. »


« Je suis depuis quelque temps déjà la ligne qui se trace devant moi à mesure que j’avance ; bien quelle me soit invisible, je ne peux l’imaginer que blanche, - d’un blanc presque gris, comme tracée à la craie depuis assez longtemps pour qu’elle soit devenue par la pluie et la poussière presque indistincte sur le trottoir ; je ne sais jamais quand je fais les premiers pas sur cette ligne, qui n’existe plus derrière moi ; subitement, elle est là, sa fin m’échappe comme son commencement.»


« … la pluie tombe si fort que je l’entends crépiter sur le toit du taxi ; et par instants je sens des gouttes sur mon visage ; la vitre de mon côté n’est pas complètement fermée : il y a une mince bande de nuit noire avec des lueurs comme une toile cirée qui semble bouger tout près de mes yeux ; toutes les nuits seront de plus en plus comme cela, maintenant, et c’est par une nuit pareille que je suis arrivé à Londres il y a … trois, quatre ans. Je dirais dix ans, ce serait pareil : il y aurait le même espoir, celui du premier soir et de maintenant. Libre et à bout de force, et heureux, - et attendre de comprendre pourquoi je suis heureux, attendre que le taxi trouve ma rue, et puis dormir, et me réveiller à un certain moment de la fin de l’automne, non pas demain ni les jours qui viennent, mais après des années, et pas dans cette ville ; il y aura encore beaucoup de nuits encore à traverser ; j’ai eu tout le temps et tout l’espace, et je n’ai gardé que cette petite bande de ciel noir si proche qui glisse au haut de la vitre ; c’est le sommeil de la foule peut-être. »


« Pour pouvoir porter longtemps la fatigue, il faut marcher d’un pas égal ; la fatigue est alors comme un fardeau qui s’équilibre peu à peu, jusqu’à ne plus être senti comme fatigue, mais comme un état nouveau, un état de corps et d’âme qui peut durer, durer, durer… autant que nous-même. »


« Les traces de pas sont partout nombreuses, mais plus ou moins confondues ; il y a des piétinements par endroits, comme si l’on s’était battu ; mais partout c’est comme une écriture – la foule de cette nuit a écrit tout cela, chaque passant a prononcé quelque chose là. »


« Je ne sais pas bien regarder, je ne suis pas à ce qui est rare et beau ; quatre ans de Londres sans en sortir, et je n’ai vu que des murs qui sont comme des buvards ayant tellement servi qu’ils sont noirs de toutes sortes d’encres. »


« C’était facile, il y avait abondance de repères de tous côtés, la rose des vents était toute marquée autour de moi dans la brume, en un grand cercle qui était Londres, jusqu’à l’horizon, comme si les nuages, un peu soulevés au-dessus de Saint-Paul, retombaient là-bas pareils à une tente de cirque bien fermée. Tout était dans ce cirque, et j’allais y redescendre bientôt ; j’avais froid, j’étais fatigué, et la pluie recommençait. Alors j’ai repensé à la feuille accrochée à sa grille : dans cette espèce de gouffre, il y avait donc cela – une feuille morte, immobile, noyée, oubliée de tout, et je savais le chemin qui me mènerait exactement à elle. Je n’étais pas seulement orienté vers le pourtour du cercle et par-delà, je savais ma route aussi vers le centre, vers quelque chose qui était là – ou qui n’y était plus peut-être, mais le chemin passait là, descendait plus loin vers le centre – et ce ne serait jamais le centre, mais toujours mon chemin, image après image, ma vérité de fonctionnaire et de chien mouillé. »


(petit aparté : le livre trouvé à Emmaüs porte de petites annotations au crayon, comme "Les Eaux étroites" de Gracq et "L'Arrêt de mort" de Blanchot. J'ai donc commencé la lecture de ce dernier. Soyons fous !  Very Happy )


Mots-clés : #autobiographie #autofiction #lieu #solitude #viequotidienne
par ArenSor
le Sam 23 Mar - 19:18
 
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Sujet: Henri Thomas
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Paul Auster

Excursions dans la zone intérieure

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À 67 ans, Paul Auster continue dans la veine autobiographique entamée avec Chronique d’hiver : C’est aux années de formation qu’il s’adresse, entre 6 et 22 ans. C’est donc Paul Auster, écrivain mondialement reconnu, qui se penche  sur Paul Auster l’enfant et le jeune homme qu’il a été, qui ne sait pas encore qu’il va devenir Paul Auster. Il trouve en ce(s)  garçon(s) un sentiment de familiarité, mais aussi une distance, qu’il exprime en s’adressant à eux par le tutoiement.

La première partie, avant l’adolescence, c’est tout ce que j’aime retrouver chez Paul Auster : l’intelligence élégante, la précision attentive, l’émotion mise à distance. Il rapporte des épisodes formateurs, qui soit seront de la matière sur laquelle nourrir ses fictions, soit seront à la source de sa personnalité ultérieure, de son destin d’écrivain. Il analyse, rationalise, plus qu’il ne s’attendrit, Paul Auster reste le brillant intellectuel qu’il est , et malgré cela, offre un portrait tout à fait touchant.

Les deux parties suivantes, je les ai trouvées assez paresseuses.
Dans la deuxième partie, il décrit par le menu les scénarii de deux films qui l’ont particulièrement marqué, l’homme qui rétrécit et Je suis un évadé. Certes, il ne se perd pas complètement de vue, il explique au passage en quoi les péripéties des films ré»pondent aux interrogations, attentes et émotions du jeune garçon qu’il était,  on continue à progresser dans notre connaissance de ce jeune homme intranquille et consciencieux. C’est quand même un peu longuet.
Dans la  troisième partie, le voilà jeune homme. Paul Auster nous retranscrit des pages et des pages de lettres qu’il a adressées à celle qui devait devenir sa première femme, Lydia Davis. On  fréquente toujours ce jeune homme inquiet, souvent mélancolique, encore plus souvent dépressif, le jeune écrivain se dessine mais ne sait pas encore qu’il va réussir, c’est une période difficile de sa vie. Le moins qu’on puisse dire est que Paul Auster ne se laisse pas aller à des débordements amoureux (A-t’il coupé certains passages ? Ou ne serait-il pas un peu égocentrique?). Il s’avère cependant une fois de plus que les correspondances intimes  sont vite lassantes pour  le grand public.

Une quatrième partie est constituée par tout un stock de photos qui illustrent ses propos précédents, les photos ont été recherchées par Laura Wyss. Il ne faut pas attendre des photos personnelles de l’enfance de Paul Auster (il explique qu'il ne lui reste pas grand chose), mais  des faits culturels et politiques illustratifs. Toujours cette distance, on ne se refait pas.

Bref la manière ne m’a pas emballée. Il y a un certain plaisir à retrouver ce jeune homme torturé qui n’a pas encore éclos, à y trouver un portrait d’une certaine Amérique assez sagement contestataire, et aussi des vécus que j’ai pu avoir enfant ou adolescente, n’étant finalement qu’un petit peu plus jeune que l’auteur. Mais il faut dire aussi que beaucoup des anecdotes rapportées l’ont déjà été  ailleurs soit précédemment dans ses écrits autobiographiques, soit dans 4.3.2.1 que Paul Auster va publier quelques années plus tard et que j’ai pour ma part lu avant.



mots-clés : #autobiographie #intimiste #jeunesse
par topocl
le Jeu 21 Mar - 13:11
 
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Sujet: Paul Auster
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Julien Gracq

Les Eaux étroites

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Chaque fois que j’ouvre un livre de Julien Gracq, je suis sûr de ne pas être déçu. C’est pour moi une valeur refuge, sorte de « doudou » que je retrouve régulièrement avec le plus grand plaisir.
"Les Eaux étroites" est donc un court texte publié en 1976. Il s’agit  d’une sorte de vagabondage dans la nature déserte ou habitée, dans le passé de l’auteur, ses écrivains de prédilection. Gracq excelle dans le voyage à la géographie très précise mais néanmoins poétique, parfois onirique ; voyage également au fil de ses références littéraires, souvent romantiques.
A la base, des souvenirs d’enfance, de promenades en barque le longe de l’Evre, un petit affluent de la Loire. Il suffit alors de se lisser le long de l’eau, parcourir ces terroirs enchantés, les associations d’images et d’idées, savourer cette écriture si fluide, si belle, si parfaitement adaptée à son propos.
Un réel enchantement.  drunken

« Ce qui commence plus loin, au-delà de la bosse d’une colline qui vient border la berge, c’est une autre contrée, non praticable au pied, non carrossable à la voiture, dont l’accès est réservé à certains jours fastes : journées sans nuages de fête et de chaleur, que le soleil dès le matin consacre, et dont l’eau seule ouvre le chemin. »


« Tant les paysages qui devaient au fil des années, l’un après l’autre, me retenir ou m’émouvoir, ont puisé plus d’une fois, mais plus d’une fois aussi en virant du clair au sombre, leur pouvoir de suggestion dans le signe de reconnaissance que leur adressaient les stations jalonnant le chemin d’eau élu de l’enfance »


« Ce n’est pas tellement l’empreinte d’un passé fabuleux qui laisse peser sur le vallon mort une menace imprécise, c’est plutôt un sentiment de distraction  totale par rapport au train de la vie courante. Rien n’a bougé ici ; les siècles y glissent sans trace et sans signification comme l’ombre des nuages : bien plus que la marque d’une haute légende, ce qui envoûte ce val abandonné, cette friche à jamais vague, c’est le sentiment immédiat qu’y règne toujours dans toute sa force le sortilège fondamental, qui est la réversibilité du Temps. Ces ravins ingrats de la lande occidentale que tachent sans les égayer le jaune mort des ajoncs, j’ai peine où que ce soit, quand je le rencontre, à m’en déprendre : il me semble que j’y marcherais tout le jour : ravins de la Hague, qui dévalent, au creux humide des pentes gonflées et rondes comme un sillon entre les seins vers la mer couleur de lilas – ravins à bruyères de la Montagne limousine, remplis du tintement de l’eau et des sonnailles des vaches, éclaboussés de rose et de jaune violent comme par ces tapis que l’Orient étale à sécher, dans la pire solitude, sur les rocs du gué. Ce n’est pas une trace fabuleuse que je viens chercher dans les landes sans mémoire ; c’est la vie plutôt sur ces friches sans âge et sans chemin qui largue ses repères et son ancrage et qui devient  elle-même une légende anonyme et embrumée : le faussaire d’Ossian, sans le savoir, s’y retrouve poète. Là où cesse le chemin, le barrage et la clôture, là où ils n’ont jamais pu mordre sur le poil sauvage, le mors et la bride aussi sont ôtés de l’esprit : le sentiment de sa liberté vraie n’est jamais entièrement séparable pour moi de celui du terrain vague. »



mots-clés : #autobiographie
par ArenSor
le Sam 16 Mar - 18:10
 
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Sujet: Julien Gracq
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Joseph Ponthus

A la ligne

Tag autobiographie sur Des Choses à lire 41-lgl10


"Dédicace
Ce livre
Qui est à Krystel et lui doit tout
Est fraternellement dédié
Aux prolétaires de tous les pays
Aux illettrés et aux sans dents
Avec lesquels j’ai tant
Appris ri souffert et travaillé
A Charles Trenet
Sans les chansons duquel je n’aurais pas tenu
A M.D.G
Et
A ma Mère"

Tout d’abord l’écriture, de la prose sous forme de poésie, pas de ponctuation tout « A la ligne » ; et j’ai trouvé que cela était une scansion  anarchique et originale.

C’est une incursion dans le milieu ouvrier, celui des usines, du travail à la chaine, le très dur travail physique auquel s’ajoutent les odeurs à s’habituer dans ce cas (usine de produits marins et abattoir) Le narrateur travaille en qualité d’intérimaire donc un travail aléatoire. Bien qu’il ait fait des études (hypôkhagne) il ne trouve pas de travail dans son métier et comme il faut gagner  « ses sous » pour vivre, il accepte toutes les missions  confiées par l’agence d’intérim.

Ces feuillets d’usine qu’il écrit le soir en rentrant chez lui c’est du temps de repos en moins alors qu’il sait que le lendemain matin il va en pâtir, mais c’est essentiel pour lui l’écriture.

A l’usine il y a les autres ouvriers ceux qui sont là depuis des années, qui seront encore là demain, ils souffrent comme lui, à tous les niveaux de la chaine, l’abattoir est un lieu fermé, pas une seule fenêtre pour égarer le regard alors pour tenir quand c’est trop dur il chante, des chansons de Charles Trenet, quand c’est possible ou dans sa tête, il invite les mots d’auteurs quand les faits s’y prêtent.
Il y a le secours à la pause du café et de la cigarette !

La pause :
« Trente minutes
C’est tout dire
La pointeuse est évidemment avant ou après le vestiaire
Suivant que l’on quitte ou prenne son poste
C’est-à-dire
Au moins quatre minutes de perdues
En se changeant au plus vite
Le temps d’aller à la salle commune chercher un café
Les couloirs les escaliers qui ne semblent jamais en finir
Le temps perdu
Cher Marcel je l’ai trouvé celui que tu recherchais
Viens à l’usine je te montrerai vite fait
Le temps perdu
Tu n’auras plus besoin d’en tartiner autant »


Parfois l’angoisse quand une longue mission est annulée pour problème mécanique ce qui veut dire pas d’argent !

« Le week-end n’a plus le même goût
Pas celui du repos avant la bataille
Pas de tonnes de bulots à travailler lundi pour deux mois
Assurés
Pas sûr de bosser la semaine prochaine »


A l’école il recevait son bulletin, à l’usine il a  un carnet où toute ton activité est portée et qui n’avoue pas sa fonction véritable, presser un peu plus le petit citron ouvrier.
« Si j’avais su
Vingt ans plus tôt
Sur les bancs de l’élite
Prétendue
Que le père Godot m’aiderait à en rire de tout ça
Vingt ans plus tard
De l’intérim
Des poissons panés
Du bulletin non-dit »


L’écriture lui étant essentielle il écrit ces « feuilles d’usine, il écrit à sa femme quand il part au travail et qu’elle rentrera plus tard, à sa mère (deux émouvantes lettres) il écrit sur son chien, il écrit…………

« Un texte
C’est deux heures
Deux heures volées au repos au repas à la douche et à la balade
Du chien
J’ai écrit et volé deux heures à mon quotidien et à mon
Ménage
Des heures à l’usine
Des textes et des heures
Comme autant de baisers volés
Comme autant de bonheur
Et tous ces textes que je n’ai pas écrits »


A sa femme :
[…]
Il y a qu’il faut le mettre ce point final
A la ligne
Il y a ce cadeau d’anniversaire que je finis de t’écrire
Il y a qu’il n’y aura jamais
Même si je trouve un vrai travail
Si tant est que l’usine en soit un faux
Ce dont je doute
Il y a qu’il n’y aura jamais
De
Point final
A la ligne »


Une pause dans le travail d’usine, il retrouve pour quelques semaines un  emploi  comme,  « personne ressource » auprès d’un centre de vacances pour handicapés,  plus adapté à son métier.

Période de fêtes, la cadence s’affole !

« On a gagné une guerre contre le bulot et nous-mêmes un
Vendredi 23 décembre 2016
Les deux jours de Noël seront les plus précieux du monde
Et les plus rapides
A peine le temps du repas de famille dominical
Qu’il faut rentrer après le café
Demain l’embauche est si tôt »
« A la prochaine
L’usine
A la prochaine
Les sous
Les sous à aller gagner racler pelleter avec les bras le dos les reins les dents serrées les yeux cernés et éclatés les mains désormais caleuses et  rêches la tête la tête qui doit tenir la volonté bordel
A la prochaine »


Je demande au chef combien de temps durera la mission
Il me répond
« Tant que tu seras  gentil »
Malgré les doigts coupés
Les jambes de bois
Le pied que j’ai failli perdre
L’abattoir vend du rêve
Et Kopa joue au ballon en rentrant de la mine
Et j’essaie d’écrire comme Kopa jouait au ballon
Allez Raymond
Je bois un coup à la santé de tes doigts coupés
De la main de Cendrars
De la tête d’Apollinaire
De mon pied sauvé par une coque de métal
Au bar des amputés des travailleurs des mineurs et des
Bouchers »


« Pas une sieste pas une nuit sans ces mauvais rêves de carcasses
De bêtes mortes
Qui me tombent sur la gueule
Qui m’agressent
Atrocement
Qui prennent le visage de mes proches ou de mes peurs les
Plus profondes »


A son chien Pok Pok :

« Si tu savais en rentrant chaque jour
Comme ça me coûte d’aller te promener
Mais en rentrant à chaque fois
La joie et même plus que la joie de te savoir derrière la porte
Vivant
A frétiller de la queue et du popotin
A faire cette fête des retrouvailles »


autres :

« Une soirée et une nuit belles
Comme la liberté volée
Ca n’a pas de prix »

« J’ai vu les horaires les planques et les moyens de sortir les trucs
Deux langoustes donc
Juste faites en rentrant hier avec un riz basmati tiède et de la mayo maison
C’est pas mal la langouste
Je ne vole rien
C’est rien que de la réappropriation ouvrière
Tout le monde le fait »


« A l’usine on chante
Putain qu’on chante
[….]
Et ça aide à tenir le coup
Penser à autre chose
Aux paroles oubliées
Et à se mettre en joie
Quand je ne sais que chanter
J’en reviens aux fondamentaux
L’internationale «

« Je sais que la première occurrence du mot crevette est chez Rabelais
Cela me plaît et se raccord aux relents gastriques de l’usine »
« Ca suffit à mon bonheur de la matinée
Me dire que j’avais dépoté des chimères »


Ce qui m’a intéressé c’est bien le rapport de l’homme et du travail, le poids de la souffrance physique dans ces lieux se compte en tonnes. Ces hommes sont surexploités ; des ouvriers se mettent en grève, il les rejoindrait bien s’il n’était pas intérimaire et ne risquait de perdre le boulot, comme il rejoindrait bien les copains de la ZAD Notre-Dame des Landes.  

Je n’aurais jamais pensé pouvoir lire un récit sur les abattoirs mais là (nonobstant le fait que je ne mange plus de viande depuis plus de 20 ans mais pas d’hypocrisie j’ai été carnivore avant) et que les détails ne sont pas ragoûtants,  j’ai lu ces « feuillets d’usine » comme un hommage aux ouvriers d’ usine.

C’ est vraiment un plaisir de découvrir le premier livre de cet auteur, un témoignage vibrant sur le travail en usine, à la chaine, et la particularité du travail intérimaire, statut précaire et donc angoissant  par le manque d’ assurance sur le lendemain.

Le rapport entre les hommes est aussi  intéressant , leur soutien malgré le peu de partage étant donné la vitesse à laquelle défile le travail à assumer, suffit d’une clope , d’un coup d’épaule, d’un regard.

C’était une lecture émouvante , utile  et que je vous engage à faire.


Mots-clés : #autobiographie #documentaire #identite #mondedutravail #social #viequotidienne #identité[/color]
par Bédoulène
le Dim 24 Fév - 0:51
 
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Sujet: Joseph Ponthus
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Patti Smith

Dévotion

Tag autobiographie sur Des Choses à lire 41kcsx10


Encore un petit cabinet de curiosité qui s'ouvre sur la mélancolie quasi-pathologique de cette femme singulière.
J'ai eue le sentiment d'une écriture plus rapide, moins pesée, que M Train, plus altruiste du coup. Comme d'une âme moins esseulée en fait. Smith nous prend par la main, nous amène avec elle pour son voyage en France, et raconte avec grande finesse son voyage en filigranne à Paris alors qu'elle était toute jeune, en compagnie de sa soeur. C'est totalement beau.
On sent les ennuis, les poncifs, la sincérité.
On sent aussi son talent pour élever son quotidien. Vraiment, dans MTrain cela m'avait marquée, et bien là rebelotte. Elle sait respecter et élever son existence, la légitimer. Une grâce importante, non ?
Et puis elle nous raconte, dans un passage à vide à Sète, comment nait soudain, en partant le jet d'écriture cette fois fictionnelle. Et son récit s'achève. On tourne la page et on est invité à découvrir ce texte de fiction, tissé de tout ce qu'elle a dit avant. Le dit est romantique au diable, maladroit, pas toujours bien ficelé, brut. Une expérience de passage de la fiction au reel, et de la pensée abstraite à la fiction passionnante, intime. Qui trahit un imaginaire de midinette, dirait-on, mais qu'importe, du moment qu'elle est sincère.
On revient ensuite à un texte-récit, auprès de la veuve de Camus et sa fille. On devine comme Patti Smith maitrise ses doubles intimes, elle assoit encore une fois sa personnalité envers et contre tout, tout contre ce qu'on lui offre : elle se retire, elle écrit. Un beau voyage vers un égo réel mais fertile.


mots-clés : #autobiographie #creationartistique #initiatique #journal #nouvelle
par Nadine
le Dim 3 Fév - 14:49
 
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Henry Miller

Le monde du sexe

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Je l'ai dis plus haut j'aime le ton de Miller dans ses romans, cette énergie actante, même crue.
J'ai aimé aussi son essai sur Rimbaud parce qu'il transmet la polyfacette de toute émulation.

Mais pour cet opus, cet essai, franchement, , gros bof.

Je dirais que comme entrée dans l'oeuvre, c'est pas le bon à lire, sauf si le lecteur potentiel a juste, virilement, en salon privé, d'homme à homme, envie de trouver à justifier la primauté de sa libido sur toute conception. Oui, ça va causer métaphysique de la b---, mon garçon. Et l'honneur du cerveau sera sauf. Juré. Car Miller ne le dit pas comme ça, et par le fait il fait même un long détour, à plusieurs reprises , sur l'état du monde, le degré de suintement sensuel que les nations diverses offrent au ressentis, il fait de la métaphysique, et même de l'analyse sociétale. Il consacre aussi de nombreuses pages à une réflexion sur la puissance de son oeuvre, la place et la vérité qu'elle dénoncera dans un siècle. (Le génie parle.)
On peut donc y téter la source vive d'un égo plein, toujours séduisant, mais un peu boursouflé à mon avis. La chute de mon commentaire vous apprendra la raison que j'en donne, toute simple.


Miller conseille de vivre , et pleinement. Et souligne que vivre c'est jouir, sentir, prendre. Je l'approuve. Totalement. Oui, c'est vrai, si tu as une libido du diable, tu seras toujours hors de ta vie si tu ne la suis pas. Il a raison bien sûr. Il nous le dit via le récit de ses deux premiers engagements "amoureux" : en étude de cas on, suit comme le maelstrom prend la place de la raison, on suit l'échec des bonnes volonté , et l'échec du bon sens, tout simplement.
Mais l'ossature de sa thèse emprunte des dialectiques , qui si elles assument de troubler les timoré(e)s, (sans que cela semble un but ici car il a tout bonnement oublié de s'adresser aux Humains, j'entends à ces filles qui s'égarent à le lire, bah oui excusez moi de réagir à ça mais là il parle entre hommes)  n'en sont pas moins très maladroitement fardées de vacuité. Elles me disent que si Miller a une vie instinctive, ce que je saluerai toujours, il a cette fois une vanité de taupe. rose. Imberbe piquée d'être intellectuelle , mais un peu simple, quoi. Faudrait peut-être pas en faire une affaire métaphysique pareille, ou pas comme ça, mec. Ce qui est indécent, ce n'est pas de parler cru, c'est de gloser autant pour dire un truc si simple.(ça me fais du bien de lui parler, direct, excusez l'orgueil que ça trahit, mais bon , après 150 pages réifiantes pour moi, c'est de bonne guerre.)
J'aimerais bien pouvoir écrire autant de salades pour simplement dire qu'il faut pas se biler et prendre tout ce que le sexe m'offrira. Et en être payée, vivre de cette plume là un peu fumeuse.
Il ya même quelques passages embarrassants qui vieilliront mal, très mal. N'est pas prophète qui croyait.

N'est pas Miller qui veut.Et là, Miller n'est que Henry. Franchement. Tout orgueil féminin mis de côté. Juré (car il y en a aussi dans ce commentaire ma bonne dame)

Un opus très faible, donc, du Maître des sèves.



Bon, écrit en 1940.

Crise de la cinquantaine, sans doute.

ça valait le coup de le commettre : il a vécu bien longtemps ensuite, pour notre grand plaisir. Il y aura trouvé de quoi passer le cap difficile, quoi. Bien heureusement , après, il est devenu plus simplement lui même.


mots-clés : #autobiographie #essai #sexualité #social
par Nadine
le Dim 3 Fév - 14:36
 
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Sujet: Henry Miller
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Erri De Luca

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Une_fo10

Une fois un jour

On passe parfois à côté d'une lecture et en toute connaissance de cause.
C'est ce qui s'est passé pour moi avec Une fois un jour, un livre autobiographique sans aucune complaisance.
Sobre, pudique, rude et douloureux... Un beau livre !
Il y a des livres qui valent mieux que leur lecteur quelquefois !

Nous n'eûmes pas d'enfant. Quand nous engageâmes une procédure d'adoption, elle tomba malade.
Comme il est étrange le temps des maladies qui n'est pas fait de jours, de nuits, de dimanches et de saisons à la fenêtre.
Ce fut une succession d'heures, quelques unes de répit, d' autres au contraire où la douleur virait dans son corps comme une toupie au mouvement perpétuel. Nuits et matins se confondirent dans notre chambre au point d'être indistincts... Elle ne connaissait plus le sommeil, mais tombait dans de brefs assoupissements aux réveils toujours plus pénibles, car le mal allait plus vite derrière ses yeux fermés.
Là où était son sourire, persistaient les fils.

Ses yeux vifs grands ouverts et curieux, commencèrent à se cacher, se retirant dans le creux aride des orbites.
Ils étaient lointains... Je ne les laissais pas en paix, je les cherchais, je m'approchais tout près pour les appeler au dehors, encore....
Quand elle mourut je ne m'en aperçus pas. Je dormais sur la chaise, mes mains enlacées aux siennes, mes yeux fermés et les siens ouverts tournés vers moi.
Lorsque je libérai mes doigts des siens, je fus seul sur terre.


mots-clés : #autobiographie #mort
par bix_229
le Mer 30 Jan - 19:28
 
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Sujet: Erri De Luca
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Philippe Lançon

Le lambeau

Tag autobiographie sur Des Choses à lire Proxy103

Je ne vivais ni le temps perdu, ni le temps retrouvé ; je vivais le temps interrompu.


Le lambeau est la version de Philippe Lançon sur un événement qui a  bouleversé sa vie, après avoir bouleversé toute une nation. La part intime de cet événement après lequel rien n’a plus été pareil : l’attentat de Charlie Hebdo où, si la France et le monde y ont perdu une naïveté, une légèreté,  Philippe Lançon a perdu ses amis, son visage et ses dernières illusions : il s’est perdu lui-même, « un événement qui, dans ma propre vie, mettait le reste entre parenthèses »

C’est une année de reconstruction, entre humilité et obstination, par un homme qui n'a pas pu parler ni manger pendant des mois.  Il s'y réinvente dans une prose qui est très loin d’être journalistique, mais au contraire profonde, brillante, littéraire pour tout dire.  Philippe Lançon n'a aucun souci de de l’universel (il n’y entre même pas): pas de revanche, pas de haine, pas de réflexion convenu sur le fanatisme…. dans une attitude qu’il ne juge même pas utile de justifier:le propos n’est pas là.

Alors n’est-ce pas se regarder le nombril que de ne parler que de soi, de reconstituer au jour le jour, détail après détail, sans en lâcher aucun,  une lutte certes admirable mais ô combien personnelle ? Certains penseront cela. Pour ma part j’y ai surtout vu un partage dans une complète sincérité - qui n’empêche pas les jardins secrets. Voilà ce que c’est d'être un homme, cet homme-là, en lutte tel qu’il est, et est devenu, dans ses faiblesses et dans ses forces, tel qu’il nous le relate dans une impudique pudeur. Car ce livre à lui seul est un oxymore géant, une perpétuelle mise en confrontation de la nuance et de la subtilité, du sérieux et de l’humour, de l’homme et de l’enfant, de l’intellectuel virulent et du patient désarmé, du sachant et de l'ingénu.

C’est aussi un magnifique hommage à ceux qui l’ont aidé : les amis, la famille (dans une recomposition circonstancielle), bien sûr : les toujours-là et toujours-prêts. Mais aussi  les soignants, menés par Chloé, la chirurgienne charismatique, auprès desquels il a trouvé non seulement une technicité hors pair, mais aussi un nid protecteur et stimulant où se ressourcer, constituant pour lui une sorte de balai de dieux et de héros. Et les policiers qui l’ont sécurisé 24 heures sur 24, tout à la fois d’agresseurs potentiels que de ses visions de reviviscence terrorisantes (oui il le reconnaît lui-même un journaliste de Hara-kiri qui remercie ceux qu’il n’appelle plus des flics, c’est assez savoureux). Et puis, aussi Proust dont il lit et relit la mort de la grand-mère, Kafka écrivant à Milena, La Montagne magique de Mann et son enfermement cotonneux , Bach, et toutes ces lectures, ces films, ces musiques,  cette vie antérieure qu’il ne  reconnaît plus, dans ce grand chambardement de la personnalité, de la mémoire et de la cognition, mais qui fut nourrissante, affectivement culturellement, qui fait ce qu’il est quand même, et ce qu’il devient , et, alors même qu’il ne se connaît plus lui-même, lui donne un terreau comme tremplin.

« La réflexion sur ces choses n’apporte rien. C’est comme si l’on voulait s’efforcer de briser une seule des marmites de l’enfer, premièrement on échoue, et deuxièmement si on réussit, on es consumé par la masse embrasée qui s’en échappe, mais l’enfer reste intact dans sa magnificence. Il faut commencer autrement. En tout cas s’allonger dans un jardin et tirer de la maladie, surtout si elle n’en est pas vraiment une, le plus de douceurs possible. Il y a là beaucoup de douceurs. »Ces phrases [de Kafka] me servaient depuis lors de bréviaire, et même de viatique.


C’est un texte somptueux, par son humilité dans une démarche qui aurait vite pu être auto-promotionelle, auto-apitoyée, larmoyante, vainement égocentrique, et aussi par son écriture, sa richesse en humanité et en culture, son émotion et sa pensée.

Philippe Lançon apporte ici une réponse à cette question qui , peut-être, je ne sais pas, rôde parfois en vous : à quoi sert la littérature? N’est ce pas, entre autres, apporter une parole réfléchie, intense face à d’imbéciles agissements, à un monde qui se disloque, donner encore une petite foi en l’homme, fourmi agissante, pensante et créatrice face à l’obscurantisme obtus. Une preuve d'humanité résiliente, en quelque sorte.

j’ai senti de nouveau, mais avec une force inédite, qu’on mourrait un nombre incalculable de fois dans sa vie, des petites morts qui nous laissaient là, debout, pétrifiés, survivants, comme Robinson sur l’île qu’il n’a pas choisie, avec nos souvenirs pour bricoler la suite et nul Vendredi pour nous aider à la cultiver.



mots-clés : #autobiographie #identite #medecine #psychologique #terrorisme
par topocl
le Dim 6 Jan - 13:08
 
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Sujet: Philippe Lançon
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Henri Calet

La belle lurette

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Généalogie familiale de miséreux et de voyous, d’une enfance pendant la guerre en Belgique aux champs de courses parisiens, en passant par une fabrique de cirage.
« J’eus toutes les maladies que l’on dit être nécessaires à la croissance et qui font l’orgueil d’une mère. Le sien a eu la coqueluche et la scarlatine, la rougeole et la jaunisse, la varicelle et les oreillons, un commencement de méningite… Par-dessus ce marché, j’ai eu une orchite, tout comme un grand, à la suite d’une chute sur mes petites boules qui se mirent à grossir énormément et gardèrent, par la suite, une allure bien laide. Dans le cours de ma sixième année, l’ostéite se déclara en suppurant. C’était, dans mes os, la manifestation de la syphilis ancestrale. Avec cela, j’étais servi pour la vie. De l’hôpital, où je fus opéré, on dut, sans tarder, m’envoyer dans l’air de la mer. Dans le Sud. Afin de faire face aux dépenses élevées de la pension, ma mère entreprit un périple européen pour le placement de la production. Les boutiquiers de Paris devaient être saturés de la monnaie qu’elle battait. »

Il faut principalement élevé, entre deux pensionnats louches, par sa mère, successivement faux-monnayeur (en petite monnaie, ce à quoi fait référence l’extrait précédent), entremetteuse, Madame Caca,
« Attentif, et j’avais promptement acquis un savoir remarquable, je suivais l’évolution tumultueuse des diarrhées ou celle, soupirante, des constipations, jusqu’au froissement de papier de soie annonciateur du dénouement…
‒ M’man, le "cinq" va finir ! »

Faiseuse d’anges…  
« Nous marchions dans les rues du retour à la Cour de la Grâce de Dieu. Je savais que le lendemain nous irions au mont-de-piété pour dégager les objets utiles qui s’y trouvaient et chez le concierge cracheur pour y retirer des quittances en souffrance. Je savais aussi qu’il me faudrait choisir, parce que j’avais été bien gentil, un jouet à l’étalage du bazar poudreux qu’un bonhomme en blouse grise ne finissait pas d’épousseter à l’aide d’une espèce de martinet. La vie était difficile ; nous ne décrochions un avortement que par-ci, par-là. »

C’est donc le même projet autobiographique que le Taba-Taba de Deville, soit les débuts incertains d’une crevette, mais la comparaison s’arrête là. Si c’était un roman, il serait de déformation ; comment devenir inéluctablement un rebut de la société.
« Notre carré était terrorisé par le grand terrassier. Quand il rentrait, le soir, plein de vin rouge, nous poussions le verrou car les différends du ménage se réglaient à coups de pied dans le ventre, sur le palier. Il la traînait par les cheveux sa femme grosse-molle, la mère Marchand, et lui cognait la tête contre les murs peu épais. Ça résonnait. Les cinq enfants morveux couraient, en ronde, dans la turne et hurlaient avec la mère jusqu’au moment où l’homme tombait près de sa vomissure violacée pour s’endormir en toute innocence retrouvée. À la fin des fins, pour le repos de tout le monde, il l’a jetée par la fenêtre, sa femme, et puis il s’est pendu dans la cage de l’escalier, au moyen de sa longue ceinture rouge. »

Ce monde moche est parcouru sans gêne, d’un style alerte et laconique, avec un humour distancié : il ramentoit le Céline du début.
« Une syphilis comparable à la sienne, on n’en avait pas vu souvent. Après chaque piqûre, la chair de ses cuisses, de ses fesses s’en allait par morceaux gros comme un poing. Elle devint toute pourrie et mauve. Elle a perdu ses longs cheveux bruns. Elle est morte à l’hôpital, la belle putain. »

« On s’est finalement accordé sur un prix doux. Pas cher. L’amour qu’on fait ne vaut jamais cher. C’est l’amour qui pour cent sous de plus enlève sa chemise. Il y a aussi l’amour qu’on dit et qui n’existe pas. »

« Quant à ma conscience, elle était devenue totalement aphone. J’étais dans le chemin des pauvres. "Poussez pas et suivez la foule." »

« C’est ma jeunesse et je n’en ai pas d’autre. »



mots-clés : #autobiographie
par Tristram
le Ven 28 Déc - 21:04
 
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Sujet: Henri Calet
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Marie Chaix

Les lauriers du Lac de Constance

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Son père collaborationiste, l’un des proches de Jacques Doriot, Marie Chaix ne l’a guère connu :  née en 1942, il était sans cesse en partance, en mission, puis en fuite, puis en prison.
Elle retrace son parcours en mêlant ce qu’elle a tiré des carnets personnels de son père, de l’image qui lui en a été donnée dans son enfance par son milieu familial, de ce qu’elle a vécu intimement de cette perpétuelle absence, puis de cette faute dénoncée  par l’extérieur étant enfant et adolescente. Qu’est ce qu’être la fille d’un homme inconnu qui préfère sa cause à sa famille pourtant aimée, qui fait le mauvais choix, que tous accusent, qui est emprisonné et risque la peine de mort ? Qu’est ce  que vivre entourée de silences mal gardés ?

Se mêlent donc dans le récit des éléments très historiques, retraçant l’histoire du Parti Populaire Français, et des choses plus familiales, cette femme élégante,  amoureuse perpétuellement fidèle, ces enfants fascinés par un père absent et  charismatique.

Ecrivant ce livre des années après, Marie Chaix fait une réelle œuvre d’écrivain, par un style percutant, très personnel, surprenant, adoptant le point de vue de cette enfant à qui on ne dit pas grand chose, mais qui ressent tout. Son portrait paternel est exempt tout à la fois d’admiration et de critique, dans une tentative d’objectivité rétrospective, mais porteur d’un amour étrange, envahissant, bien qu’en creux. Elle lui reconnaît sa sincérité dans l’erreur, une grande dignité qui n’est pas exempte de courage.

C’est un roman très personnel quoiqu’il appartienne à l’Histoire, avec un réel travail d’écrivaine, qui rapporte des faits objectifs mêlés de façon troublante à la subjectivité du vécu de cette enfant solitaire.


Mots-clés : #autobiographie #biographie #deuxiemeguerre #enfance #famille #historique
par topocl
le Sam 22 Déc - 17:42
 
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Françoise héritier

Au gré des jours

Tag autobiographie sur Des Choses à lire 55205510

Dernier ouvrage écrit par l'auteure, dernier ouvrage plutôt personnel, loin des études anthropologiques, articulé en deux volets distincts, une premiere partie nommée "Entrez", une dernière nommée "Façonnages".
Elle dit : a écrit:Le présent livre est conçu en deux parties. Dans la première, intitulée "De bric et de broc", je continue à recenser, à la manière su "Sel de la vie", les petits faits, les sensations et affects qui sont les supports et matériaux identifiables de notre existence. Dans la seconde, intitulée "Façonnages", j'essaie de présenter, sous forme imagée, par associations libres d'idées, sur un mode qui n'est ni celui de la biographie ni celui de la confession comment ces matériaux ont servi de support à l'élaboration de ma propre vie.


Son premier volet se feuillette, se décore ou s'oublie, je l'ai lu en diagonale, parfois frappée, touchée, parfois distraite, c'est ainsi je crois qu'il faut le prendre, ce sont des miscellanées mais à l'échelle d'une idée par phrase, dont la syntaxe même suggère la liste, l'accumulation. Recensement. On a envie de le garder, le livre, d'y revenir, pour éviter de brader les scènes encloses, parfois ébauchées en 8 mots, parfois développées sur un paragraphe.
On y croisera beaucoup de beauté sensible et d'observation à l'égard du vivant, mais aussi, alors qu'on s'habitue à une linéarité des vues, on y croisera la métaphysique, l'étonnante jeunesse intellectuelle de Héritier, et la singularité de son expérience, traduite vers l'universel .
Le second volet, plus classiquement identifiable, nous donne des éléments et souvenirs biographiques toujours pertinents, souvent propres à la féminité, où à son expérience d'anthropologue, toujours solides, on sent la femme de tête qui est épanouie et reconnue, c'est un bol d'air , donc, humaniste et intelligent, qui se lit comme un loisir sérieux. Et en réalité on a le sentiment de lire une femme extrêmement agréable et gentille. J'étais ravie de la rencontre, impressionnée par la jouvence de sa prose malgré son âge, et atterrée de lire au détour d'une page, qu'elle date, que le livre avait dans son écriture précédé sa mort de quelques mois seulement. On n'y sent pas un gramme de nostalgie morbide. Et de se rendre compte qu'elle a écrit un testament hommage à toutes ses émotions. C'est émouvant. Parce qu'elle a aimé la vie apparemment.


Mots-clés : #autobiographie #viequotidienne
par Nadine
le Ven 21 Déc - 21:09
 
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Sujet: Françoise héritier
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