Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


La date/heure actuelle est Mar 19 Nov - 4:24

29 résultats trouvés pour identitesexuelle

Anosh IRANI

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Le colis

Pour perdre la face, il faut avoir une face, et pas ce qu’avait Madhu : un visage indéfini, homme et femme se la disputant inlassablement pour tenter de s’imposer. Une énergie féminine existait en elle depuis son enfance. Elle s’était exprimée de manière très progressive, d’abord subtile, une cuisse par-ci, un regard timide par-là, un gloussement dans l’obscurité, puis, plus franche, la femme avait pris le dessus, elle s’était moquée de l’homme et l’avait laissé pour mort. Mais cet homme du passé revenait maintenant prendre sa vengeance, il la punissait de s’être débarrassée de lui, se frayait un chemin vers le devant de la scène. Et si cet affrontement ne cessait pas, elle finirait sans visage. Il ne lui resterait plus qu’un crâne.


En Inde, les hijras sont vénérées, un peu. Méprisées, beaucoup. Et craintes peut-être encore plus. Nées femmes dans un corps d’homme, elles se regroupent en communauté autour de leur gourou. Elles ont le don de bénir ou de maudire, à leur guise. Elles sont « le troisième sexe ». Très jeune, Madhu a fui le rejet familial pour devenir l’une d’entre elles et vivre dans le quartier rouge, haut lieu de la prostitution de Bombay. Mais à bientôt 40 ans, son corps autrefois adulé la trahit, et les questions existentielles affluent...

Madhu est à l’heure des bilans. L’heure d'admettre que la liberté qu’elle a crue trouver chez les hijras n’était probablement qu’illusoire et que, derrière le charme de sa gourou et les soupirs exaspérés de son père, se cachaient une complexité qu’elle a toujours niée. L’heure de réaliser que, dans le quartier rouge, les luttes de pouvoir et d’argent sont à l’oeuvre à chaque instant, jusque les rares endroit dont on les pensait exclus. Son passé, sa vie semée d’échecs la rongent… Et c’est précisément à ce moment qu’on la charge d’un nouveau colis.
Les "colis", ce sont des fillettes vendues par leurs familles et qu’il faut broyer mentalement afin qu'elles se résolvent à leur sort : 10 passes par jour, 300 jours par an. Minimum. Madhu a sa propre méthode, bien différente de la violence inouïe des proxénètes, et pourtant tout aussi glaçante… Cette fois encore elle l’applique froidement, consciencieusement. Mais le chaos intérieur qui est le sien depuis quelques temps l’amène à douter…

Il y a des romans, comme ça, qui vous remuent au plus profond de vous. Des livres qui vous rappellent à quel point un seul être peut receler en même temps des abîmes de tendresse et de monstruosité, et qui vous mettent face à votre propre humanité si imparfaite. Pour moi, Le colis fut de ceux-là.
D'ordinaire, les prostituées comme les hijras ne sont que des ombres interchangeables à la merci des proxénètes et du sida, vouées au rejet, aux quolibets et à la honte. Anosh Irani leur rend un visage, des rêves sous le désespoir, des rires et des amours, aussi. Sa plume, tour à tendre tendre, nostalgique ou d’une crudité acerbe, épouse cette humanité mouvante, ambigüe, reniée et pourtant tellement réelle. Madhu, avec ses contradictions, son verbe haut et sa fragilité, est inoubliable.
Un roman coup de poing. Un roman coup de coeur.


Mots-clés : #famille #identitesexuelle #lieu #psychologique #sexualité
par Armor
le Sam 7 Sep - 16:02
 
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Sujet: Anosh IRANI
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Jake Hinkson

Sans lendemain

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C’est un thriller dans les suites immédiates de l’après-guerre, qui se passe dans Arkansas, état archaïque de la puritaine Amérique. Billie, une jeune lesbienne délurée et rentre dans le tas, souhaite y promouvoir, pour la société qui l’emploie,  les vertus du cinéma de série B. Incarnation du démon, elle est confrontée à un charismatique pasteur  aveugle qui ne jure que par le mal. Il est l‘époux d’une jeune femme splendide dont elle tombe immédiatement amoureuse. Deux meurtres plus loin, elle se plaint encore que le monde est inique et peu tolérant.

Le ton est alerte et plutôt plaisant, parfois même drôle, surtout au début, mais le roman s’embourbe vite dans des péripéties rocambolesques et des personnages lourdingues. Dommage pour un roman  qui courre sur des sentiers rarement battus, mais qui, malgré ses bonnes intentions, ne m'a guère fait palpiter.


Mots-clés : #conditionfeminine #identitesexuelle #religion  Et on re-réclame "thriller" Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire 1384701150 ??
par topocl
le Lun 8 Avr - 11:44
 
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Sujet: Jake Hinkson
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Claudie Hunzinger

Elles vivaient d'espoir

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"Thérèse disait qu'elle se compromettait follement. Je n'ai pas coutume de m'occuper de l'opinion des autres, répondait Emma. La mienne me suffit. Et je trouve plus honorable d'être au ban de la société qu'en ses trônes d'honneur."

C. H.

Elles vivaient d'espoir est un roman qui raconte l'émancipation de deux femmes, Emma et Thérèse. Elles tentent de construire ensemble, dans les années trente, une vie à la fois amoureuse et engagée, parallèlement à la montée des utopies et du nazisme. Un homme et la guerre vont les séparer. Leur histoire personnelle rejoint alors la grande Histoire et l'horrible beauté des tragédies.

Présentation de l'éditeur.

Troisième roman de Claudie Hunzinger que je lis et je l'ai trouvé différent des autres. Dans le sujet bien sûr, le style et les sentiments qu'il m'en reste, une fois la dernière page tournée.

L'histoire en parallèle de deux femmes qui s'aiment  et qui n'auront pas le même trajet de vie.
Je n'ai pu m'empêcher d'avoir une affinité plus prononcée pour l'une plutôt que pour l'autre...Même si j'essayais de rester neutre, l'égoïsme de l'une face à l'abnégation de l'autre me dérangeait.
En regard de leurs vies intimes partagées ou non, gronde la montée du nazisme et donc des choix vont être à faire...

Durant toute la deuxième partie du roman qui est le récit d'un réseau de résistance dans le pays de Fougères, en Bretagne, je n'ai pu éloigner, de mes pensées, le souvenir lu de la vie de Thérèse de Moëlien, égérie de la Chouannerie bretonne au destin tragique. (Et Claudie Hunzinger en parle dans les dernières pages du roman.)
Cette partie du roman m'a captivée et je pense désormais, souvent, à Thérèse Pierre et à son courage. J'ai refermé le livre encore plus partagée sur le récit de la vie de ces deux femmes : et si elles avaient fait d'autres choix personnels ?


Mots-clés : #amour #biographie #deuxiemeguerre #identitesexuelle #politique
par kashmir
le Jeu 4 Avr - 18:30
 
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Sujet: Claudie Hunzinger
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Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

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Je n'aime pas trop les jeunes gens trop médiatiques et les livres trop médiatiques. J'y allais donc vraiment à reculons. J’ai de ces aprioris, parfois. 
J'avais tort. C’est les médias qu'il faut ne pas aimer, et laisser les jeunes gens qui ont des choses à dire écrire leurs livres. Celui-ci ressemble à un conte populaire : les fées d'Édouard Louis c'est  l’école de la République qui pour une fois a joué son rôle et l'a aidé à sortir de sa misère psychique, et à devenir le garçon brillant qu'il est devenu, quoique définitivement marqué. 

D’abord il y a sa famille : Zola en l’an 2000, on l’a dit. Des êtres frustres, rustres. La pauvreté, l’alcool, l’absence d’horizon. On a parlé de règlement de compte, je ne l'ai pas vu. Peut-être en rajoute-t’il, peut-être pas. C’est sans importance (il y a écrit « roman »). Ce sont des faits et des comportements, insoutenables pour nos yeux éduqués et privilégiés. Mais cependant, si on veut mettre un peu de bienveillance dans sa lecture, j'ai cru déceler en eux tous, des failles, une humanité. Et si je l’ai lue, c’est qu’Edouard Louis l’y a glissée. 

Toute cette bassesse,  cette arrogance vulgaire, cette sauvagerie, ce n'est jamais que de la peur, la peur de l'autre chez des gens qui n'ont jamais eu droit à la parole, mais aussi à ce qu'on leur parle, à ce qu'on leur explique. Malgré tout le rejet qu'ils inspirent, ils souffrent et aiment, mais ils n'ont pas eu la chance qu'on leur apprenne à l’ exprimer dignement. Mais quand même, le père a décidé de ne jamais frapper ses enfants, et s'y tient ; croyant mourir, il donne cérémonieusement  une chevalière à son fils, qu'il a pourtant l'air de tant rejeter ; il y a plusieurs tels petits gestes rapportés, sous le flot de grossièretés, qui montrent l'homme en lui. L’homme souffrant. Malgré tous ces dénigrements , malgré l'horreur que leur inspire l'homosexualité de leur fils, pour eux totalement inacceptable, ils n'en sont pas moins fiers.
(Edouard Louis écrit un chapitre qu'il appelle L'autre père où il rapporte des faits "honorables" en rapport avec son père. Si son père pouvait écrire, il écrirait sûrement lui aussi un chapitre intitulé  L'autre fils pour éclairer son ambiguïté à son sujet)

Finalement je me disais : ce qu'il y a de plus curieux, ce n'est pas tant que de tels gens existent, c'est surtout qu’il soit besoin d' expliquer qu'ils existent, car dans la vie, nous en côtoyons, j'en vois dans mon bureau, j'en vois dans ma rue. Il suffit de choisir de les voir.
.
Et puis, cette homophobie, cette horreur de voir leur fils être (et devenir) autre, je ne pense pas que cela soit lié uniquement à leur inculture, c'est trop facile, ce n'est vraiment pas une question de classe sociale (le dernier paragraphe du livre le prouve bien et nous-même comment aurions-nous réagi avec toutes nos belles idées et notre belle conscience donneuse de leçons ?). 

Et c’est le 2e grand thème du livre, ce garçon, qui, dès la petite l'enfance s'est senti différent, et a été ressenti différent par les autres. Qui a discerné peu à peu en quoi cela consistait, en a eu peur, en a même été dégoûté (comme dans Le secret de Brokeback mountain), a subi, dans la famille,  au village, au collège, les humiliations et les insultes qui y étaient liées, a tenté selon les moments de l'apprivoiser, de le nier, de le dépasser, a souffert dans son corps et dans son âme. Ce garçon, qui, quand il est enfin arrivé à sortir avec une fille, jubile en se répétant dans sa tête : « guéri, guéri ». Et qui, peu à peu, construit sa défense : la fuite. Une fuite comme une construction.

Sans pathos, sans fiel, En finir avec Eddy Bellegueule est un roman d’éducation absolument terrible.

Récup 2014

Mots-clés : #autobiographie #discrimination #enfance #famille #identitesexuelle #social #temoignage
par topocl
le Mar 23 Oct - 20:37
 
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Sujet: Edouard Louis
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Sebastian Barry

Des jours sans fin

Tag identitesexuelle sur Des Choses à lire Cvt_de11

Thomas McNulty a fui la famine de son Irlande natale tout juste adolescent. Avec la terre nouvelle de l'Amérique, incarnation de son espoir de renouveau,   il va découvrir, en compagnie de John Cole, son "galant", un mode de vie qu'il va servir avec une constante loyauté -qui n'empêche pas les remises en question. Ce monde naissant, où il s'engage en tant que Tunique Bleue,  s'appuie sur la conquête de la frontière, l'extermination des bisons et des Indiens, mais aussi  la guerre de Sécession au nom de la liberté de tous. Au fil des années, des épreuves et des moments de bonheur, il cerne mieux cette Amérique, en perpétuelle évolution, ses combats ignobles ou généreux, ses habitants contrastés et ambivalents. il apprend aussi à se connaître lui-même, à prendre soin de la part féminine qui est en lui, qui ne l'empêche en aucun cas de se montrer "viril" au combat.

Thomas McNulty, dans sa naïveté, est un homme sensible et résolu, il raconte avec délicatesse les atermoiements de son âme, les interrogations de son esprit, les battements de son cœur, mais il se montre aussi, quand il est soumis à l'autorité,  dans une cruauté sans ambages, partie prenante  des massacres, des atrocités physiques et morales d'un monde en construction.

C'est un très beau western, avec ce que le western implique de nobles sentiments et de droiture. Mais il est aussi source de réflexion et plein de compassion. Contrairement aux westerns classiques, les femmes n'y sont pas que des potiches et il réfléchit sur l’identité sexuelle dans un monde pas vraiment ouvert sur ce sujet. Il ne réserve pas le beau rôle aux blancs, il dénonce implacablement la cruauté et le génocide. Il s'épanouit dans  la douceur et de la bienveillance de son personnage, plein de l'amour qui le lie à ses attachements, contraint par l'époque et le lieu à une vie de violence, qu'il s'efforce de décrypter.

Les soldats échangent quelques coups d'oeil. Personne aime voir les nombreuses armes étincelantes des Indiens. Des dagues, des pistolets. On a l'impression de rencontrer des bandits. Des types pas honnête. Leurs pères possédaient tout, et ils avaient jamais entendu parler de nous. Maintenant, cent mille Irlandais parcourent cette terre avec des Chinois qui fuient de cruels empereurs, des Hollandais et des Allemands, ainsi que des hommes de l'Est. Qui se déversent sur les chemins en hordes interminables. Chaque visage indien donne l'impression d'avoir été giflé. Plusieurs fois. Et ces têtes sombres nous observent  sous leurs mauvais chapeaux. Des vagabonds. Des hommes défaits. C'est ce que je pense.          

                                                                                                                                   

Je  suis une fois de plus extrêmement touchée par cet auteur, Sebastian Barry, sa pudeur mêlée de lyrisme, son amour de la nature et des hommes, de la part d'humanité qui est en eux, cachée derrière la violence, son respect pour la souffrance de chacun quel qu'il soit. Comment il arrive  à décrypter une certaine bonté derrière le déchaînement. Cet homme est miséricordieux, comme son héros, il parle "avec plus de chagrin que de colère". Il réussit le tour de force de  reconnaître sa valeur et sa dignité au plus obscur des personnages, se nourrissant des ambiguïtés et des ambivalences, sans pour autant pardonner l'impardonnable ou renoncer  à la dénonciation d'une extermination sauvage.

Merci Tom Léo Very Happy !                                    




mots-clés : #aventure #genocide #guerre #historique #identitesexuelle #immigration #xixesiecle
par topocl
le Mar 4 Sep - 14:46
 
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Sujet: Sebastian Barry
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Djuna Barnes

Le bois de la nuit

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Le Paris nocturne des années vingt-trente et de tous les vices, terrain favori des ivrognes et « invertis » tourmentés, notamment états-uniens, et volontiers iconoclastes.
Roman d’inspiration onirique, baroque, décadente, théâtrale, que traversent les personnages en perdition : la baronine Robine Vote, une jeune Américaine mariée au faux baron Felix Volkbein, riche juif autrichien cultivé auquel elle donne un enfant retardé, Guido, avant de le fuir pour vivre avec l’amoureuse et bohème Nora Flood, qu’elle fuit pour errer la nuit dans les cafés, puis suivre la riche et vulgaire Jenny Petheridge, le tout sous l’œil du docteur Matthieu O'Connor, observateur averti et pochard travesti.
Je retiens le portrait acerbe (et jaloux) de la « squatteuse », Jenny, la description cruelle des « deux-pence-debout » (prostituées en fin de carrière), le facétieux Tiny O’Toole, l’oscillation perpétuelle entre bestial et humain…
Ramentevances, parentages et rapprochements non certifiés : Lautréamont, Wilde, Peladan, Ronald Firbank, Cixous, les vierges folles rimbaldiennes…
« Ses méditations, pendant cette marche, étaient une part du plaisir qu’elle escomptait trouver quand la marche prendrait fin. […]
Ses pensées étaient par elles-mêmes une forme de locomotion. »

« …] des rideaux qui ressemblaient à des colonnes par le tempo de leur immobilité [… »

« La vie : la permission de connaître la mort. »

« Votre vie est particulièrement à vous quand vous l’avez inventée. »

« Le Temps est un grand congrès qui projette notre fin, et la jeunesse n’est que le passé en train d’avancer une jambe. »

« La souffrance est le dépérissement du cœur ; tout ce que nous avons aimé devient l’"interdit" quand nous ne l’avons pas compris tout à fait, comme le pauvre est le rudiment d’une ville parce qu’il sait quelque chose que la ville, à cause de sa propre destinée, veut oublier. Ainsi l’amant doit aller à l’encontre de la nature pour trouver l’amour. »



mots-clés : #amour #identitesexuelle
par Tristram
le Sam 4 Aoû - 21:00
 
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Sujet: Djuna Barnes
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David Foster Wallace

Petits Animaux inexpressifs

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Nouvelle narrant l’histoire de l’équipe de production et de réalisation du jeopardy. Dans es années 80 quand il fallait relancer ce jeu célèbre. Précisions que cette histoire est intégrée dans le recueil de nouvelles La fille aux cheveux étranges que je n’ai pas lu.
Cette histoire globale est incrémentée dans l’histoire d’amour de deux jeunes femmes abîmées, la candidate phare du jeu et l’encyclopédiste chargée des questions. Des personnages avec une forte psychologie, un style mi sarcastique mi cynique font de cette histoire une fiction intéressante. L’autisme et le lesbianisme sont des thématiques de société qui n’ont malheureusement pas évolué dans le bon sens et on y décèle les mêmes enjeux et les mêmes incompréhensions. Que dire à autrui ? Comment l’expliquer ? C’est notre vécu ? Notre nature ?
Une fiction simple avec un propos émouvant et intelligemment mené.

****
mots-clés : #amour #identitesexuelle #pathologie #psychologique
par Hanta
le Jeu 5 Avr - 10:30
 
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Arundhati ROY

topocl, j'ai mis le temps, mais voilà mon avis...

Le ministère du bonheur suprême

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Au début, lorsqu’elle était venue s’y installer, elle avait enduré des mois de cruauté insouciante comme l’aurait fait un arbre, sans broncher. Elle ne se retournait pas pour voir quel mouflet lui avait jeté une pierre, ne se dévissait pas le cou pour lire les insultes gravées dans son écorce. Quand les gens l’invectivaient - clown sans cirque, reine sans palais - , elle laissait la blessure traverser ses branches comme une brise, et de la musique de ses feuilles bruissantes elle tirait un baume pour apaiser la douleur.


Ce livre commence comme un tourbillon qui vous happe et ne vous lâche plus. Inspiré, enlevé et foisonnant, le style de l’auteur, qui n’est pas sans rappeler un certain Salman Rushdie, multiplie les trouvailles. Les quelques 200 pages consacrées au personnage follement romanesque d’Anjum sont un enchantement. Dans ce roman parfois très cru sur la réalité indienne, Arundhati Roy semble avoir voulu laisser en partie de côté ce que le quotidien des hijras peut avoir de sordide pour créer une figure flamboyante, rebelle et insondable, agréant autour d’elle, dans le cimetière dont elle a fait son domaine, une petite communauté hétéroclite et attachante. Une sorte d’idéal bancal de syncrétisme et de tolérance. L’Inde (presque) rêvée d’Arundhati Roy ?

Mais le rêve n’a qu’un temps, et le reste du roman délaisse Anjum pour se consacrer à des pages autrement plus politiques, multipliant les allusions à l'actualité indienne qu'un lecteur un minimum averti sera probablement plus à même d'apprécier. Toutefois, cette seconde partie est surtout consacrée au conflit au Cachemire, qui perdure depuis 70 ans, avec des horreurs perpétrées de tous côtés, et au milieu, une population équilibriste qui jongle pour sa survie. Les personnages de Tilo, Naga et Musa, sont là pour nous rappeler toute l’âpreté de cette existence en sursis.
Malheureusement, si Arundhati Roy retrouve régulièrement sa verve et son talent dans des pages particulièrement poignantes, celles-ci sont noyées dans de longues digressions qui saturent le lecteur. L'auteur a voulu mettre dans son roman toute la démesure et la folie d’une situation bouchée, mais aussi les doutes et les indignations de la militante qu’elle est depuis tant d’années, perdant parfois de vue qu’elle n’écrivait pas un nouvel essai... Inévitablement, ses héros en pâtissent, et font souvent figure d’alibis. J’aurais dû trembler pour eux, j’aurais voulu trembler pour eux, mais pour cela, il aurait fallu pouvoir s’attacher…

Arundhati Roy semble avoir eu pour projet d'écrire une sorte de roman total sur l'Inde, ou plutôt sur « son » Inde. Le pari n’est qu’en partie réussi. Une fois passé un premier tiers enchanteur dont la grâce n’est jamais revenue, le récit se fait quelque peu poussif. A vouloir absolument multiplier les péripéties pour évoquer tous les grands maux de l’Inde contemporaine, l’auteur s’est parfois perdue. Pourtant, quelque chose m’a retenue, malgré tout. Car c’est là un roman peu banal, qui agace, qui remue, qui veut crier au monde ce que l’Inde tient tant à cacher, qui émeut dans sa volonté farouche de rétablir l’humain dans les espaces où il est nié.
Je regrette évidemment le livre extraordinaire qu’Arundhati Roy aurait pu écrire si tout avait été à l’avenant du premier tiers, si les quelques fulgurances de la partie cachemirie n’avaient pas été engluées dans tant de redites... Mais rien que pour son début magnifique, ce roman vaut la peine. Rien que pour le style et l’évidente sincérité d’un auteur sans concession, il vaut la peine. Rien que pour la lutte obstinée contre la haine et l'obscurantisme, il vaut la peine. Et si le bonheur semble chaque jour plus illusoire, ce n’est pas une raison pour ne pas essayer d’y croire... un peu.

Il n’y avait pas de guide touristique à sa disposition pour lui expliquer qu’au Cachemire les cauchemars étaient volages. Infidèles à leurs propriétaires, ils s’invitaient dans les rêves des autres pour y folâtrer en toute impudeur. Des génies de l’embuscade qu’aucune fortification, aucune clôture ne pouvait tenir à distance. Au Cachemire, la seule chose à faire avec eux, c’était de les étreindre comme de vieux amis et de les manoeuvrer comme de vieux ennemis. Elle allait apprendre, bien sûr, bientôt.



mots-clés : #amitié #guerre #identitesexuelle #politique
par Armor
le Dim 11 Mar - 23:50
 
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Sujet: Arundhati ROY
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Franck Bouysse

Glaise

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Sur fond de guerre de 14, au fin fond du Cantal rural, ceux et celles qui ne sont pas partis au front tentent de survivre, et affrontent l'amour et la haine.

Les péripéties sont totalement prévisibles dans les deux premiers tiers du livre, et ce qui innove un peu à la fin est préparé mine de rien  par des dialogues-pièges semés ça et là entre les chapitres pour feinter le lecteur. Les personnages sont, on dira dans ce contexte rural, taillés à la serpe, la nuance  ne semblant pas faire partie de la psychologie des habitants du Cantal. Assez curieux de voir ces paysans de peu de mots alterner entre le dialogue utilitaire  et les interrogations philosophico-existencielles. Enfin, parmi les scènes vraiment "terroir", un certain plaisir à se complaire dans la vilénie assez morbide.

Tout cela dans un style ronflant à force d'être travaillé, avec des métaphores "poétiques" qui fleurissent à chaque page (oui, à chaque page, ce n’est pas une façon de parler).

Cet avis n'engage que moi, Le Monde recommande, mon libraire recommande, Babelio note 4.25/5...

Mots-clés : #amour #identitesexuelle #premiereguerre #ruralité
par topocl
le Sam 10 Mar - 9:36
 
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Sujet: Franck Bouysse
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Vues: 517

Paul Auster

4 3 2 1

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Quel dommage que ce livre fasse 1 000 pages, qu'il pèse 1 tonne, cela va décourager tant de lecteurs ! Quel plaisir que ce roman de la démesure, qu'il fasse 1000 pages, qu' on s'y vautre, qu'on s'y traîne, qu'on s'y love, qu'on y tremble et qu'on y pleure, qu'on y rie, qu'on s'y attache, qu'on y retrouve tant  de souvenirs propres , qu'on y apprenne tant…

Bien sûr, certains aimeront, d'autres pas, mais comment ne pas reconnaître à Paul Auster, cet homme courtois, lumineux, intelligent, d'être en plus un auteur hors-pair, hors normes, qui nous livre ici son Grand Roman Américain, typique d'un lieu et d'une époque, tentaculaire et omniscient et qui ne ressemble à aucun autre? Comment ne pas lui reconnaître un talent extraordinaire de conteur, tant dans la structure narrative, profondément originale et parfaitement maîtrisée, que dans l'écriture d'une richesse, d'une vivacité, une inventivité qui n'est que le reflet de celle de la vie de son (ses) héros, "mes quatre garçons" les appelle-t'il, tellement jeunes et tellement mûrs, tellement heureux et tellement désespérés, tellement attachants?

On l'a dit partout, Archibald Isaac Ferguson est un jeune juif new-yorkais des banlieues dans l'après-guerre, de cette classe moyenne qui, Dieu merci, recherche son émancipation non dans la consommation et la frivolité, mais dans la création, (l'écriture en l'occurrence ), la réflexion, la remise en question, la recherche d'une justice et des libertés. Et comme Ferguson est un enfant puis un jeune homme réfléchi, si souvent "adulte", qui s'interroge en permanence sur la destinée, le rôle du hasard et des choix, Paul Auster, par des glissements dans son environnement, lui offre quatre destins, tout en préservant sa personnalité centrale, qui va évoluer, certes, varier selon les versions, mais rester là comme un noyau fondateur.

Tour de force, Paul Auster déplace sur une vingtaine d'années les personnages (Ferguson et tout son complexe environnement familial et amical)  avec malice, sur son échiquier élaboré, sans jamais perdre le lecteur, en tout cas jusque ce qu'il faut pour que cela soit délicieux de se laisser porter, d'essayer de venir vérifier un détail en arrière et finalement y renoncer, car finalement, on s'en fout, l'instant est là qui nous emporte: il y a cet humour, cette clairvoyance, cette tendresse pour les personnages quels qu'ils soient,  cette générosité sans limites de l'auteur et c'est ce qui importe..  Il y a ce souffle époustouflant à décrire l'intimité d'un jeune homme en formation, son incroyable relation avec une mère toujours ouverte, toujours accueillante, toujours encourageante, jamais envahissante, qui est la clé de sa personnalité, de son aptitude à de devenir un explorateur et un conquérant (un conquérant sympathique) dans tous les domaines : les études, l'écriture, le positionnement politique, le sport, la culture, l'amour, le sexe… L'existence des quatre histoires enrichit formidablement cette façon d'aborder  l'élaboration d'une personnalité, lui donne une puissance, une profondeur.

Les quatre Ferguson ont tous  une relation à l'écrit, qui n'est pas la même, poète, journaliste, prosateur… à succès ou sans succès, tous dans une recherche absolue de sincérité, dans un désir d'inventer de nouvelles voies, et ceux qui cherchent à savoir ce qu'est la littérature ne manqueront pas de trouver ici de nombreuses pistes.
Mais Auster élargit son discours à tous les arts, rend un hommage à un nombre incalculable d' œuvres qui ont marqué son propre apprentissage culturel, les livres, les films, les pièces musicales, le sport qui en même temps qu'un épanouissement physique est un art. Il raconte le plaisir des premières fois,  ces innombarables premières fois qu'il faut connaître, les unes après les autres, pour se construire en tant qu'homme vivant.
Il rend hommage aux médiateurs, parents, adultes bienveillants, amis, petites amies et petits amis, professeurs, tous sources d'inspiration, donneurs de conseils, tuteurs attentionnés, guides à travers le monde, tous  ces gens qui nous aiment, et qui font que nous devenons qui nous sommes.

Il raconte comment la jeunesse née après guerre, dans cette euphorie du jamais-plus et de la quête du bonheur enfin aboutie, sa jeunesse à lui, a grandi au contraire dans  une Amérique violente, autoritaire, imbue d'elle-même, violant les libertés individuelles, méprisant les individus (l'assassinat de Kennedy, de King, la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les émeutes raciales). Comment elle a fait fleurir en son sein  la révolte et parfois l'engagement.

Il y a enfin New-York, ville tentaculaire, détestable et magnifique, ses rues numérotées où déambuler nuit et jour, ses cafés, ses odeurs, ses taudis, ses habitants, ses universités, ses banlieues d'où chacun rêve de s'échapper...

Et puis, on tourne la 1015ème page... et c'est fini.
Déjà.... pale
Tant pis, il nous reste Paul Auster, il parait qu'il a déjà commencé à écrire son prochain livre!



mots-clés : #amitié #amour #communautejuive #creationartistique #identitesexuelle #insurrection #lieu #relationenfantparent #sports
par topocl
le Sam 3 Mar - 10:58
 
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Sujet: Paul Auster
Réponses: 101
Vues: 3824

Le One-shot des paresseux

Je mets d'autant plus ce livre en one-shot que je ne sais pas dans quelle case mettre son auteur, Shaun Levin

Shaun Levin est né en Afrique du Sud. Il a passé de nombreuses années en Israël et vit aujourd’hui à Londres. Dans son œuvre, il aborde les thèmes de l’immigration et des expériences traumatiques ainsi que la question de l’identité, en particulier à travers la sexualité. S’il publie depuis le début des années 1990, son premier roman, Seven Sweet Things, est paru en 2003. Il a été suivi de plusieurs livres, récits et essais. Depuis quelques années, il écrit sur la vie de trois artistes britanniques du xxe siècle : Mark Gertler, David Bomberg et Isaac Rosenberg.


Le Garçon en polaroïds


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C'est un joli objet d'autofiction intime, qui met en face à face des clichés d'un jeune garçon, photos de famille un peu floues et maladroites, et des textes décrivant des instantanés de sa vie, de ses émotions, qui répondent avec une précision floutée à la question : c'est quoi de grandir avec une sexualité qui n'est pas celle attendue, de changer de pays, de se confronter sans réticence à ses désirs.
Petit livre attachant à l'émotion parfois violente qui trace un portrait subjectif de son auteur, "le Garçon".

mots-clés : #autofiction #identitesexuelle
par topocl
le Sam 24 Fév - 9:59
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Arundhati ROY

Le Ministère du Bonheur Suprême

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C'est un roman qui se veut total, brillant, phénoménal. Qui emprunte au conte merveilleux façon Rushdie, à la folie façon Garcia Marquez, au militantisme tous azimuts façon Arindathi Roy, le tout saupoudré d'instants de poésie magique. L'auteur y multiplie les détails, les joyaux, les extravagances entrecroisés avec passion. On ne compte plus les personnages, les lieux, le temps éclate pour n'être plus linéaire. Tout cela est d'une richesse inouïe, mais un peu gaspillée car l'effet final est  d'une confusion (sans doute alimentée par la pauvreté de ma culture en histoire indienne) qui a fini par me mener à l'ennui. Tant de péripéties donnent paradoxalement  l'impression qu'il ne se passe pas grand chose, et les personnages, à force de singularité, deviennent archétypaux et désincarnés.

Y échappe Anjum, la hijrat, femme dans un corps d'homme, construisant une chambre d'hôtes entre les tombes, accueillante aux hommes et aux  animaux, curieux symbole d'une Inde déchirée entre ses diverses identités, et qui donne une belle vie aux 200 premières pages (malheureusement il en reste 350...).

Mots-clés : #historique #identitesexuelle #regimeautoritaire
par topocl
le Ven 26 Jan - 13:38
 
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Christophe Honoré

Ton père

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Voila un petit "roman" poignant comme la vie quand elle grippe, que le bonheur vous est refusé, et refusé simplement parce que c'est vous. Etre soi pour Christophe Honoré, c'est être gay : déjà qu'il revendique le droit à la différence, ne voila t'il pas qu'il revendique aussi le droit au bonheur, quel culot!

Christophe Honoré  aime la drague et le sexe. Il n'a jamais pensé que cela interdisait d'avoir des enfants, c'est pourquoi il a fait une fille avec une amie hétérosexuelle, une petite fille  délurée et tendre qui a  10 ans maintenant. Elle partage son temps entre ses parents, et part en vacances avec eux deux. Ils ont une relation pleine de vivacité, de respect, un attachement qui vient des tripes, parce qu'un père aime son enfant, tout simplement, et que là ça a été un combat particulier, cette paternité, et ça ne peut que magnifier les émotions.

Seulement un jour, quelqu'un se mêle de lui faire savoir que ça le contrarie, cette paternité pour un homme gay,  que ça outrepasse l'acceptable, que c'est un non-droit. Et ce quelqu'un le dit de façon anonyme, et odieuse, et le répète.

Christophe Honoré raconte la grande ambiguïté de sa réaction face à cette agression. Prendre à la légère, négliger, rigoler : se réfugier derrière l'habituel "Ce n’est rien", habitué qu'il est depuis toujours à affronter cette discrimination "ordinaire" ?  Tout remettre en question comme si le droit était de l'autre côté, se laisser phagocyter par le point de vue haineux de l'autre? Ou au contraire laisser ressurgir cette peur tapie  qui ne l'a jamais vraiment quitté (et  qui inclut sa fille, cette fois), se laisser envahir, démolir, submerger par la tristesse et la colère (une colère rageuse parfois à la limite de l'infantile). Il va de l'un à l'autre, il erre, et finalement refuse de laisser cette manipulation malveillante  souiller son heureuse intimité personnelle familiale.

C'est virulent,  intime, débordant d'émotion, mêlant habilement la douceur et l'horreur. A travers ce réquisitoire révolté transparaît (rayonne, plutôt)  l'histoire pleine de tendresse de cette filiation, qui ne devrait normalement qu'être ordinaire. C'est souvent maladroit et sincère, comme semble l’être Christophe Honoré dans la vie, et il en ressort un charme de résistance finalement joyeuse.

mots-clés : #autofiction #identitesexuelle #relationenfantparent #discrimination
par topocl
le Sam 18 Nov - 16:31
 
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Sujet: Christophe Honoré
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Daniel Mendelsohn

L’étreinte fugitive

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Daniel Mendelsohn  , pour moi comme pour beaucoup, ça a d'abord été le choc de Les disparus. Le succès aidant, est parue en français l'étreinte fugitive, premier volet de sa trilogie. La parution récente du troisième opus,  Une odyssée : un père, un fils, une épopée, est l'occasion pour moi de m'y replonger. Moins abouti sans doute, plus confus, moins centré, l'étreinte fugitive reste une lecture riche et pleine d'ouvertures.

Si la tragédie était, comme nous nous plaisions à le croire parfois, le théâtre de l'affrontement du Bien et du Mal, elle ne serait pas aussi captivante : la tension qu'elle suscite vient de quelque chose de beaucoup plus complexe et intéressant, qui est le conflit entre deux idées du Bien.


Daniel Menselsohn aime les "garçons", il vit à Chelsea, quartier gay de New-York et fréquente les lieux de drague, les sites de rencontres,  cumule les rencontres d'une nuit ou d'un instant, sans lendemain et sans intimité, pour le plaisir du jeu et de la multiplicité.
Daniel Mendelsohn habite aussi dans le New Jersey, un quartier à la bourgeoisie conformiste, auprès d'une femme célibataire, Rose, qui, une fois enceinte, lui a demandé d'être l'élément masculin auprès de cet enfant, Nicholas. Auprès de lui il apprend l’importance  de la permanence, de la sagesse, l'intensité de la filiation.
Daniel Mendelsohn est le descendant de Juifs polonais émigrés aux Etats-Unis entre deux guerres, et dont l'histoire familiale est aussi complexe et pleine  de sens que celles de la tragédie grecque.
Daniel Mendelsohn ne renonce à aucune de ces trois images de lui, qui se reflètent  et se répondent à l'infini dans un miroir qu'il se tend à lui-même.

Ce qui donne un sens à cet amalgame parfois confus,  est une expression du grec ancien, dont Mendelsohn est un érudit passionné : deux particules, men ... et de... qui n'ont de sens l'une sans l'autre, et qu'on pourrait traduire par d'un côté... et de l'autre côté , et qui, nous dit-il, sous-tendent la pensée grecque. Quelque chose qui a à voir avec la dualité, le paradoxe, l’ambiguïté, le compromis. Quelque chose qui apprivoise la complexité : gay et père, sujet et objet, volage et fidèle, Américain et juif, fils et père, confronté à la beauté comme à la perte.

Dans la famille de cet homme, les photos avaient une importance suprême parce que c'était la preuve de la beauté et qu'après avoir  tout perdu, leur maison, leur terre, leur brasserie, leur boucherie en gros, leurs camions, leurs domestiques, leurs filles et leur dignité, il ne leur restait que la beauté.


C'est livré dans un livre exigent, sans concession, qui ne s'offre pas le luxe de la simplicité, de la chronologie, parce que ce ne serait pas le reflet de la vie, de ses surprises, de ses traquenards. Mendelsohn suit ses pensées, saute d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre pour tracer un trajet plein de contre-temps, de digressions  et de détours. L'ensemble est disparate, parfois sans queue ni tête, et l'unité lui vient par une réflexion implicite sur les liens entre vie vécue, littérature, mythes, histoires, mensonges qui sont la source de son identité.

Nous allons voir des tragédies parce que nous avons honte de tout compromis, parce que nous trouvons dans la tragédie la beauté pure de l'absolu, une beauté qu'on ne peut avoir si on choisit de vivre.



mots-clés : #autobiographie #communautejuive #contemythe #famille #identitesexuelle #immigration
par topocl
le Mer 11 Oct - 21:39
 
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Sujet: Daniel Mendelsohn
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Philippe Besson

"Arrête avec tes mensonges"

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A 17 ans, en 1984, dans sa petite vie provinciale et médiocre, l'année du bac, Philippe Besson a connu un grand amour avec Thomas Andrieu un jeune homme farouche, mais tendre, tout le contraire de lui : fils d'agriculteur, sans culture livresque, voué à rester au pays. Une folie passionnelle de quelques mois qui a fini bêtement, comme elle devait finir, quand Philippe est parti à la fac.

Ils ne se sont jamais revus. Philippe a croisé son fils , par hasard, en 2007, puis encore en 2016, après le décès de Thomas (je ne dévoile rien, ses dates sont écrites à la première page : le livre est dédié à Thomas Andrieu, ce qu'il l'ancre dans la réalité.
C'est un premier amour , qui reste   indéfectiblement inscrit en lui, et laisse des traces dans tous les romans.. Et cette hisoire prend une tournure totalement pathétique avec ces deux rencontres, où il apprend l'empreinte que cela avait laissée en Thomas,  de ces histoires dont on dit que la  réalité dépasse la fiction.

Tout cela est vrai, bien sûr (c'est  écrit sur le quatrième de couverture, qui n'est qu'une des pièces du jeu). Mais Philippe Besson est un malin. Il  raconte comment il a toujours cultivé le mensonge : "Arrête avec tes mensonges", lui disait toujours sa mère. il dut en quoi cela a nourri son œuvre de romancier. Il insiste sur le fait que depuis toujours, pour lui écrire, c’est inventer. Et il appelle son livre "Roman". Déclarant que tout est vrai, il sème en même temps le doute : quelle est la part de la fiction, l'invention, du rêve, du fantasme, de la reconstitution ? Il interroge très habilement le rôle de l'écrivain.

L'écriture n'est pas toujours folichonne, certes (la première page a failli me faire refermer le livre), la description de l'adolescence en province donne l'impression d'avoir été lue cent fois. Mais voilà, j'ai été emportée par cette intelligence narrative. Et par le fait que Philippe Besson est quand même très fort pour raconter la première transgression d'un garçon sage, pour faire ressentir la complexité des personnages, leurs douleurs, leurs errances, le poids porté au fil des années, les regrets. J'ai été vraiment touchée par cette histoire.

mots-clés : #autofiction #creationartistique #identitesexuelle
par topocl
le Ven 6 Oct - 17:49
 
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Sujet: Philippe Besson
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Philippe Besson

Philippe Besson, pour moi, au fil des années, ça a été la douche écossaise. J'avais plutôt aimé la tentation de Thomas Spencer, et après j'avais adoré

Son frère

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Philippe Besson, je n’avais jamais rien lu de lui. Je le mettais une peu dans la case Marc Levy, peut-être la case juste avant. J’ai bien aimé la couverture de son dernier livre, Retour parmi les hommes (qui m’évoque Henry Fonda dans les Raisins de la Colère)
Spoiler:
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Donc je me suis dit que c’était l’occasion de me faire mon opinion personnelle. Evidemment à la bibliothèque il est sur liste d’attente. Je me suis donc rabattue sur Son Frère
Son frère est un « Petit Roman Parfait »

Thomas et Lucas Andrieu sont nés à 15 mois d’écart. Ensemble ils ont joué sur les plages de l’île de Ré, vers la maison familiale. Une enfance ordinaire et heureuse. On les prenait pour des jumeaux. Vers 15 ans, Thomas s’est mis à aimer les filles et pour Lucas, c’était les garçons. Ce fut leur première différence, elle les a plutôt rapprochés. A 25 ans une deuxième différence les a définitivement soudés : Thomas a appris qu’il était malade, il a su qu’il allait mourir. ils ne se sont plus quittés. Ils ont partagé les derniers mois dans une fusion totale, par delà les mots. Ils sont retournés sur leur île, ils ont affronté la douleur , l’espoir vaincu, les proches qui s’éloigne , la dérisoire solitude face à la toute puissance scientifique.
Sur ce thème très dangereux, Besson a produit un texte d’une grande beauté, absolument pas tire-larme, en même temps complètement, désespéré et lumineux. Il n’y a pas un mot de trop, tout est indispensable et magnifique, on a souvent envie de relire des pages à peine les a t’on finies. Il y a un grand respect de l’homme, de la force et de la fragilité, et une infinie dignité dans ce texte.
C’est extrêmement distancié et en même temps l’émotion qui vous envahit. Il a un style tout en redondances, en répétitions qui marquent l’obsession de la douleur.
Un livre qui se lit en une soirée (impossible de remettre la fin – pourtant connue - à demain) et à garder au cœur toute une vie. Je vais sûrement lire d’autres Philippe Besson, lui enlever l’étiquette stupide que je lui avais collée, et même s’ils me déçoivent , il restera l’homme qui a écrit Son frère.

J’ai vu que Chéreau en a tiré un film, mais cela me fait plutôt peur. Chéreau n’est pas quelqu’un qui travaille dans la subtilité…


« Alors que la pluie continue de tomber sur l’île, sur la mer, sur St Clément, sur la maison silencieuse, il prend soudain la parole pour dire qu’il veut une tombe, quelque chose qui relie à la terre, qui ramène à elle. Bien sûr, lorsqu’on meurt sur une île, on envisage que le corps soit brûlé et les cendres jetées à la mer. Mais non, il insiste : il veut une sépulture, un lieu identifié, un socle sur lequel on se recueillera. Il dit qu’il veut du marbre, comme une trace qu’on laisse, un héritage qu’on lègue, un lien avec ce qui fut pour ceux qui restent. Il dit que, sous le nom il faudra apposer la date de naissance et celle de la mort, des jours comme des repères. Il ne faut pas perdre la mémoire de ça. Il dit qu’il n’a pas de rêve illusoire de grandeur et de postérité, simplement la conviction que le souvenir s’exprime dans ces poses silencieuses qu’on prend devant les pierres tombales, dans ces recueillements distraits ou émus au pied des dépouilles. Il dit qu’il veut voisiner avec ceux qui sont morts avant lui, les jeunes hommes fauchés dans le plus bel âge sur les champs de bataille et dont il regarde le visage d’enfant sur des cartes postales en noir et blanc, les veuves octogénaires qui ont promené leurs silhouettes de deuil pendant d ‘interminables années, les corps que la maladie a emportés, qu ‘un accident a mutilés. Il dit que c’est l’histoire d’un pays, d’un siècle qui se raconte dans les cimetières de France, qu’il souhaite être de cette histoire, que l’éparpillement des cendres au large de côtes qu’on a aimées, ça ne peut pas remplacer cela.(…) Il dit qu’il veut des fleurs, des couronnes, ce décorum un peu vulgaire, un deuil éclatant, celui qu’on montre, qu’on expose, afin de ne pas le conserver par-devers soi, afin de l’expulser, de l’accomplir véritablement. Il dit qu’il faudra des larmes, des évanouissements peut-être, des manifestations spectaculaires, que la souffrance s’exprime plutôt que d’être contenue. Il dit que ce sera une belle cérémonie : il compte sur moi. »


(commentaire récupéré)
mots-clés : #famille #identitesexuelle #pathologie
par topocl
le Ven 11 Aoû - 17:06
 
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Sujet: Philippe Besson
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Yukio Mishima

Puisqu'on parle de lui sur le fil Kawabata, il mérite bien son fil. Un homme aux multiples visages, qui a marqué beaucoup de monde avec son suicide spectaculaire.
Mais c'est surtout un immense écrivain, dont je m'attèle à lire l'oeuvre complète, du moins ce qui nous a été traduit.

J'ai commencé par son recueil de nouvelles Pèlerinage aux trois montagnes, que j'avais trouvé tout bonnement génial. Puis, j'ai lu presque tout ce que j'ai pu trouver.

Un peu de récup pour commencer : (je n'ai pas encore lu La mer de la fertilité, mais les deux romans ci-dessous méritent d'être ses plus connus, à mon goût tant ils sont forts).  

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Le pavillon d'or:


C'est une lecture forte, qui marque le lecteur que je suis.
Mais j'ai bien du mal à en parler.
Car j'ai le sentiment de ne pouvoir mettre des mots sur les émotions, et qu'également des choses m'échappent.
Bien que l'on dise que Mishima a un côté occidental, et plus facilement accessible pour nous que d'autres écrivains japonais, je suis persuadé que ce chef-d'oeuvre est difficilement compréhensible.
De par la philosophie orientale (Bouddhisme zen et shinto) qui embrasse le récit.
On peut voir plein d'explications pour tenter d'expliquer les motivations du personnage central, mais pourtant il m'est à penser qu'il demeure de l'inexplicable.

C'est un roman esthétique, philosophique, graphique, poétique, haletant, voire oppressant.
Comment comprendre la relation de Mishima à la Beauté? Le caractère éphémère de son paroxysme?

Parti d'un fait divers, Mishima a fait très fort avec ce roman. Son écriture est sublime, et le message très complexe.
L'histoire du chat qui vient dans un monastère est répétée plusieurs fois, et est totalement déroutante. C'est ici je crois que la difficulté se pose.

Sinon plus personnellement, j'ai pris plaisir à retourner virtuellement dans Kyoto, Mishima dépeint à la perfection tous ces lieux magiques, tous ces temples qui parsèment l'ancienne cité impériale.






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Confession d'un masque:


Premier succès de Mishima, un roman de jeunesse, mais qui plante le décor pour les suivants. Un personnage central en proie aux troubles de l'âme, torturé. Ici, le thème central est l'homosexualité refoulée, qui rejaillit toujours en dépit des efforts pour correspondre à la norme.
A contrario de ce que j'ai pu lire sur le fil, il y a bien une histoire dans ce roman, avec des chapitres, des personnages, etc.
Si le style est plus ou moins fluide, il n'est pas si aisé de progresser, et de suivre la pensée de l'auteur, qui derrière le personnage central, nous livre peu ou prou une autobiographie.
C'est parfois déroutant, et effrayant, cette fascination pour le corps des jeunes éphèbes, et surtout ce fantasme de leur mise à mort sanguinolente.
Le personnage arbore également un masque face à la guerre, qu'il occulte autant que possible, se réfugiant dans la routine, et parfois la retrouve, et tout ce qu'il souhaite alors, c'est mourir, qu'un bombardement ne le délivre de ses souffrances.

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mots-clés : #identitesexuelle #psychologique
par Arturo
le Mar 8 Aoû - 16:41
 
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Sujet: Yukio Mishima
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Daniel Arsand

Des amants

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C'est une espèce de conte populaire, qui commence avec un prince blessé dans un bois et soigné par un jeune chevrier. Ils sont pris d'amour l'un pour l'autre, et le prince revient  à sa recherche quelques mois plus tard, l'invite dans son château, l'aime et le chérit. C'est un amour sublime entre eux deux, même si l'amour, la fidélité, le bonheur n'ont pas forcément le même sens pour chacun. Mais le Roi, là-haut à Versailles, ne voit pas cela d'un bon oeil, cette "bougrerie", ce garçon vaguement sorcier, ces insolences en quelque sorte. Cela finira mal, on le sait du départ.

C'est l'histoire d'un amour sublime quoique maudit (sublime car maudit?) raconté par Daniel Arsabd selon sa technique habituelle, son grand art devrais-je dire, cent courts chapitres, de cinq lignes à deux pages, qui sont autant de joyaux chatoyants assemblés en mosaîque pour raconter cette histoire pathétique d'amour et de mort, à faire pleurer dans les chaumières - dont la mienne.


mots-clés : #amour #identitesexuelle
par topocl
le Dim 11 Juin - 10:09
 
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Sujet: Daniel Arsand
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Sarah Waters

Ronde de nuit

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Voilà un roman assez curieux. Au lieu de nous présenter des personnages et de nous expliquer ce qu’ils deviennent, Sarah Waters raconte la vie de quelques jeunes gens, à Londres, au lendemain de la guerre, reliés entre eux par des liens divers démenant chacun leur existence propre, et remonte dans les années précédentes pour mieux expliquer ces liens, leur fragilité et leur caractère douloureux. Et on ne sait pas du tout ce qu'ils vont devenir .

C'est un livre fort intéressant et attachant car il nous décrit une époque : celle de la guerre à Londres. Cela crée un décor fascinant de ruine désolée, de couvre-feu, de bombardements… Elle nous décrit ces jeunes gens pris dans cette tourmente angoissante : les gestes et paroles sont toujours marqués par le fait qu'il seront peut-être les derniers ; la révolte et  l'angoisse de la mort rôdent, autorisant des comportements, des sentiments, des choix, qui auraient peut-être été mis de côté dans une période autre.

Les jeunes femmes sont pour la plupart de jeunes lesbiennes, au  caractère extrêmement moderne, affranchi, émancipé, portant le pantalon, fumant et buvant du whisky, comparant leurs bas nylon et s'offrant des pyjamas en satin, bien décidées à mener leur vie et leur sexualité comme elle l'entendent, et cela m'a un peu rappelé comme ambiance, dans la franchise de leurs relations, l’excellent roman de Simone de Beauvoir, l'Invitée (qui, lui, ne parlait pas ouvertement d'homosexualité).


Enfin il faut souligner l'écriture de Sarah Waters, en particulier dans les situations à deux, très liées au décor et à l'environnement, au lieu des rencontres, et où rien n'échappe de la subtilité des sentiments, des allers-retours, des réticences, des anges qui passent,  où les 5 sens se manifestent, les odeurs, les bruits, un bras qui frôle, un tissu qui se froisse… On entre ainsi intensément dans l'intimité des personnages, dans l'urgence de leurs sentiments, leur fragilité et c’est souvent magnifique (parfois un peu long, mais on lui pardonne volontiers).

(commentaire récupéré et discrètement remanié)

mots-clés : #deuxiemeguerre #identitesexuelle
par topocl
le Dim 5 Mar - 11:41
 
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Sujet: Sarah Waters
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Sarah Waters

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Derrière la porte

Ce dernier roman de Sarah Waters apparait d'abord comme une synthèse de ses précédentes oeuvres, avec une intrigue centrale autour d'une relation lesbienne et une trame historique marquée par le poids de l'héritage de la première Guerre mondiale. De multiples rebondissements et l'appropriation d'un sensualité rappellent donc l'univers néo-victorien de Caresser le velours ou Du bout des doigts, alors que la description d'une ville de Londres portant au quotidien les souffrances de la guerre met en lumière une désagrégation socio-économique.

Frances est une jeune femme qui semble sans avenir et sans perspectives, habitant avec sa mère. Afin de payer des dettes, elles louent un étage de leur maison à Leonard et Lilian Barber, couple dont la présence bouleverse immédiatement Frances et fait revivre une personnalité dissimulée. Sa relation avec Lilian devient le fil conducteur d'un roman dont la tension monte progressivement, tant leur avenir se heurte à une impasse.

Derrière la porte est une lecture souvent passionnante dans sa dimension policière qui explore à la fois des aspects intimes et sociaux, mais le récit est parfois surchargé dans son ambition. Sarah Waters veut montrer la duplicité et la fragilité des êtres, l'intensité de passions fiévreuses et d'errances affectives face à un contexte hostile. Les coups d'éclat romanesques laissent cependant trop souvent les protagonistes à distance.


mots-clés : #identitesexuelle #social
par Avadoro
le Dim 5 Mar - 10:42
 
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Sujet: Sarah Waters
Réponses: 4
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